Histoire du village de Bourcy / Histware do viadje di Borci

Histware do viadje di Borci / Histoire du village de Bourcy

3.1 Histoire / Histware

 

3.1.1 Chronologie

 

3.1.1.0 Introduction

3.1.1.1 Epoque romaine

3.1.1.2 Moyen Age

3.1.1.3 Période autrichienne

3.1.1.4 Période française

3.1.1.5 Période hollandaise

3.1.1.6 De 1830 à 1914

3.1.1.7 De 1914 à 1918

3.1.1.8 De 1940 à 1944

3.1.1.9 Décembre 44 – janvier 45

 

3.1.2 Histoire religieuse

3.1.3 Démographie

3.1.4 Liste des bourgmestres de l’ancienne commune

3.1.5 Enseignement

3.1.6 Transport

3.1.7 Annexes : analyses et illustrations

 

 

3.1.1 Chronologie

 

3.1.1.0 Introduction

 

RECUL DANS LE TEMPS… (Octave, 1983, 20)

 

 

L’imagination des hommes a toujours été fouettée par “les grosses pierres” brutes ou taillées. Les dimensions de certaines d’entre elles, ainsi que l’audace, la volonté et la somme de travail qu’il a fallu déployer pour les amener sur place et les édifier, les ont fait attri­buer à des êtres surnaturels, dieux, géants, fées, sorcières, diables.(1)

 

L’ERE MEGALITHIQUE

Les archéologues et les préhistoriens sont à peu près unanimes à fixer l’origine des monuments mégalithiques entre 1000 et 2000 ans antérieurs aux Gaulois.

Si beaucoup de problèmes soulevés par ces pierres ont reçu une solution qu’on admet définitive, certains restent non résolus, et les monuments mégalithiques gardent encore une grande partie de leur caractère mysté­rieux. Qu’appelle-t-on ” mégalithe” ?

” Pierre brute ou légèrement dégrossie par les mains de l’homme”. La plus simple de ces pierres est le ” menhir”, pierre de hauteur très variable placée verticalement dans le sol, parfois isolée, parfois à deux (jumelles) ou groupées (le groupement est appelé “cromlech”) ou encore alignées: elles forment alors, un “alignement”. Le “dolmen” est constitué d’une dalle horizontale posée sur plusieurs bloc de pierre. Tandel, dans “Les communes luxembourgeoises », signale ” la béchue pierre” (bètchoûye pîre) (pierre pointue) sur le territoire de Michamps: pierre pyramidale disposée en guise de borne.

La “roche de Jon-Haye” (Rotche di Djon-Hé), appelée “trou des nutons” (Trau dès Nûtons), à la limite des com­munes de Noville et Longvilly, et d’où nous viennent les histoires de “nûtons”.

De nombreux mégalithes sont assez connus dans les Ardennes: Pour n’en citer que quelques-uns:

Grand-Menil à 14 km de La Roche, “le chêne à la pierre” (en wallon : Tchin.ne à l’ Pîre).

Les trois menhirs d’Oppagne. La pierre Saint Hubert ou le menhir renversé à mi-chemin entre Marche et Waha. Le “Rocher de Fal-Hoth” (demeure de Faule) à Tavigny.

“L’allée couverte du Nord” à Weris, très remarquable.  “Au caillou” à Bertogne.

“Le Ferreux et “Rouge pierre” à Mont-le-Ban.

“Le dolmen de Tillet ” autrefois connu sous le nom de “goet”, taureau, pierre plate qui passait pour avoir servi, avant l’ère chrétienne, à des sacrifices humains (l)

Histoire : Le jeune guerrier arrivant le der­nier au conseil (…) était torturé et mis à mort. D’ordinaire le sup­plice consistait à lier la victime sur une grande pierre plate et ronde et à le faire écarteler par des taureaux excités.

 

(1) W. et M. BROU: Le secret des druides et Chaussées Brunehault.

 

(p.21) Mousny-lez-Ortho

Sur ce que l’on appelle le plateau de Rive et d’Ortho se trouvent les « Blancs cayaus » (« Blancs Cailloux”). Trois énormes blocs de pierre. Deux d’entre eux sont juxtaposés dans la direction Est-Ouest ; le troisième beaucoup plus gros domine le tout et est clivé en son milieu par une fente ver­ticale, véritable embrasure d’où l’on peut voir le soleil se coucher au SO, au solstice d’hiver. Autour de ces trois blocs, une multitude de blocs de même nature, mais de dimensions moindres, sont placés en cercle. Ce curieux site « druidique» était probablement un cromlech. Les blocs sont en quartzite blanc. (1)

 

Légende

La tradition veut qu’un berger avec ses deux chiens et ses mou­tons se trouvait là un soir lorsque passa un pèlerin exténué. Le berger refusant de partager avec lui sa pitance, lui jeta une pierre. Un éclair déchira les airs et le tonnerre se fit entendre. Berger et moutons, muets pour l’éternité avaient été changés en pierres. Le voyageur n’était autre que Notre-Seigneur qui, en pèlerin, allait honorer Saint Thibaut.

Et combien d’autres pierres anciennes, servant en quelque sorte de repères ou de poteaux indicateurs antiques ont existé, mais ont été détruites, réutilisées par les habitants à des fins diverses.

 

Bourcy fut-il habité à l’époque néolithique ? C’est un point que nous ne saurions éclaircir. Il est très difficile d’établir d’une façon certaine l’origine d’une localité.

A notre connaissance, on n’a jamais trouvé d’outillage en pierre dans la région.

 

(1) W. et M. BROU: Le secret des druides.

 

Avançons dans l’histoire au fil des siècles, avec, parfois, une halte plus prolongée à certaines époques, l’histoire locale étant toujours liée à l’histoire nationale. (Octave, 1973, 22)

 

Les empereurs romains jusqu’au Ve siècle.

Les rois Francs (Ve-VIIIe siècle)

Charlemagne, puis les petit-fils de celui-ci (Charles le Chauve, Lothaire et Louis le Germanique).

Notre région fut attribuée à Lothaire puis à Charles le Chauve.

De 963 à 1136: la Maison d’Ardenne.

Du XIe au XIIe siècle dynasties héréditaires :

Maison de Namur. Maison du Limbourg. Les Comtes de Luxembourg à partir de 1332.

Le Comté de Luxembourg est élève au rang de Duché de Luxembourg en 1354 par l’empereur Charles IV. Il s’étend de la Meuse à la Moselle et de l’Amblève jusque Metz.

En 1441, nous tombons sous la dynastie bourguignonne, puis nous nous retrouvons ensuite sous régime espagnol jusqu’en I7I5 (interrompu par de bonnes années sous le règne d’Albert et d1 Isabelle (I598-I 621) morts sans descendance).

De 1715 à 1792, période autrichienne. De 1792 à la1815, période française.

De 1815 à 1830, période hollandaise. 1830 : indépendance.

 

 

3.1.1.1 Epoque romaine  (Octave, 1973, 23)

 

Les Romains, conquérants, organisateurs et constructeurs, ont doté notre pays d’un admirable roseau routier. Ces routes étudiées et repérées par d’éminents chercheurs ont été retracées et approfondies, pour ressusciter ces antiques chemins, pour rechercher la raison de leurs tracés, pour interroger les sites, les vestiges de ruines peu apparentes, ruines qu’il faut parfois découvrir sous la surface du sol.

Un laborieux travail de prospection et d’études permit de découvrir le réseau antérieur des Gaulois. La présence de mégalithes et la toponymie allaient, entre autres, les guider pour reconstituer les antiques itiné­raires et leurs abords.

Ces merveilleuses routes rayonnant en sept branches autour de Bavay sont-elles uniquement des créations dues au génie romain ?

Si les légions de César pénétraient sur notre sol avec aisance, disons même avec une certaine rapidité, c’est que certaines pistes leur ouvraient le passage.

Un des premiers soins des Romains lorsqu’ils occupèrent la Gaule fut d’abord l’aménagement des anciennes pistes gauloises en voies militaires plus nombreuses. Il fallait assurer des communications rapides entre les divers camps militaires pour faciliter le déplacement des troupes; il fal­lait aussi approvisionner ces garnisons.

Ils améliorèrent certaines routes en les élargissant, les rectifiant et par contre, en négligèrent d’autres, moins utiles. Petit à petit, des chemins secondaires ou “diverticula” servirent de trait d’union entre les grandes chaussées. Tout le long de ces grands axes, ils créèrent des camps  (Castia) et des fortins (Castilla). Plus tard, l’Etat Romain établit sur ces routes, des relais, des stations publiques.

Les gros propriétaires et les soldats retraités fondèrent des exploitations rurales (villae) à courte distance de ces routes. Ces villas agricoles Etaient d’ordinaire, établies sur des promontoires comme pour rester en quelque sorte, en communication avec les autres. Comme le dit l’Abbé Sulbout dans ses études: ” Les “villae” étaient loin de présenter de médiocres demeures. Des pavements de mosaïques, richement décorés, attestent de la richesse du maître vivant dans l’aisance et la sécurité. Il exploitait avec ses colons la terre ou quelque industrie, le bois, la pierre,  les métaux, ou se livrait à l’élevage.

Une nombreuse population attirée par la chasse, le négoce, le trafic devait sillonner le pays en tous sens, d’où des échanges commerciaux par chariots entre les régions de l’Empire. Le réseau routier fut aussi la voie ouverte à la culture, aux arts partis de Rome et qui se diffusèrent dans toutes les régions. En un mot, si au début les routes romaines jouè­rent un rôle militaire stratégique, elles eurent bientôt une importance économique et administrative incontestable.

 

(p.24) Suivons rapidement un itinéraire.(1)      

 

Partons de Bavay (Bagacum) capitale gallo-romaine, située entre Valenciennes et Maubeuge,  à moins de 10 km de la frontière belge. De Bavay, sept voies menaient vers les régions voisines comme une étoi­le à sept branches qui constitua le réseau routier de la Belgique romaine. La route que nous prenons est celle dite de Bavay-Trêves, qui entre en Belgique à Montignies-St-Christophe,  se poursuit par Chastres, les hauts-plateaux de l’Entre-Sambre et Meuse jusqu’à Bouvignes-sur-Meuse, puis vers Nassogne (l’antique Nassonacum), traverse le bois de Nassogne, la forêt de Freyr, atteint Sprimont-sous-Amberloup. Par Flamierge, Mande Saint-Etienne, la chaussée atteint Bastogne, où elle croise les chaussées principales Arlon-Tongres et Reims-Cologne.

Par Marvie et le Bois de Jean Collin, la chaussée pénètre dans le Grand-Duché de Luxembourg, où elle traverse la Haute-Sûre, passe au Sud de Diekirch et de son menhir,  puis

au Nord de Waldbillig et de son dolmen. La chaussée franchit la Basse Sûre avant d’atteindre Trêves, capitale de la Belgique première.

La tradition rapporte qu’à Bavay se dressait autrefois une colonne heptagonale dont les faces correspondaient aux sept chaussées (l’existence de cette colonne n’a pas été prouvée)La colonne posée au milieu de la Grand-Place de Bavay et qui fut détruite à la fin du XVIlIe siècle,  ne datait que du commencement du XVIIe siècle. On la remplaça en 1816 par un petit obélis­que. En 1872, on substitua à ce modeste monument une grande colonne couronné d’une statue de reine.C’est la colonne actuelle des sept Chaussées ou « Colonne Brunehault ».Elle porte l’inscription suivante: « Ce monument a  été réédifié en l’an 1872 au point central où aboutissaient les Sept Chaussées. Ces voies furent construites par Marcus Agrippas,  lieutenant de César Auguste, vers l’an 25 avant J.C. et restaurées par la reine Brunehault morte en 613 ».

 

(p.24) La voie principale greffée sur la grande artère Reims-Arlon-Trêves, fut celle,  qui,  partant d’Izel,  passait à Straimont, Ste Marie-Chevigny, Bastogne, Bourcy, Haut-Bellain,  en direction de St Vith, Amel, Zülpich par Gemünd, toujours en suivant une crête de partage des eaux entre deux affluents de la Roer,  puis enfin Cologne (C. Peutinger).

Suivant G. Jottrand, plusieurs batailles furent livrées le long de cette voie romaine au cours des siècles: en 712, par Charles Martel et en 1387, par l’armée du roi de France Charles VI contre le jeune duc de Gueldre.                                        

Mais ce n’était pas seulement les armées qui au cours des siècles se servaient de la vieille voie: le commerce faisait de même, puisqu’on rappelle différents droits de douane et de haut conduit que devaient acquitter les marchands à St-Vith et à Beslain.

En 1253, le duc de Luxembourg Henri II dit “Le Blondel” restitua cer­taines villes en échange des droits de douane et de haut-conduit à per­cevoir sur les marchandises-transportées par ce chemin de St-Vith. (l)

Comme le disait le professeur E. Ewig:” La route Reims-Cologne était l’artère principale des Ardennes franques”.

Il y a eu de nombreuses polémiques sur le tracé exact de l’arrivée et de la traversée de Bastogne, mais nous laisserons aux spécialistes le soin de résoudre un jour ce problème.

Reprenons ici le tracé de Monsieur L.Hector (2).Cette chaussée arrivait donc à Bastogne par le chemin de Musy, faisait un coude vers la droite coupant la grand-route de Marche un peu à l’est du pont du chemin de fer et venait se souder à angle droit à la grand-rue actuelle,  à peu près à l’emplacement où se trouvait le magasin Poste-Fraselle, soit à la Porte Haute du Moyen-Age”.

De là, elle descendait la grand-rue pour sortir de la ville, en lon­geant le mur du séminaire et arrivait à un endroit devenu célèbre depuis la dernière guerre,”Le Mardasson”, en se dirigeant ensuite vers Bizory mais sans atteindre le village, tournait à gauche pour arriver à l’endroit dénommé Miltombe (Maltombe au 17e s.). Il y a quelques années plusieurs découvertes romaines furent faites en cet endroit, non loin de la halte de Bizory, où une chaussée empierrée est encore visible par endroit.

Ce vieux chemin ou “vî voye” suit en partie la ligne de chemin de fer Bastogne-Gouvy, mais est fortement rétréci par l’empiètement des champs. Ce chemin est encore emprunté chaque année par la “procession de Cologne” dont nous parlerons plus loin.

Nous arrivons ainsi, par ce chemin en mauvais état, avec des ornières se remplissant d’eau à la moindre pluie, en un lieu reconnu comme le plus élevé de la commune de Longvilly, appelé “Dame Hevez”, où jadis s’élevait la  “potence de la justice”.” Le 27 avril 1627,  la  “Haute Cour de Longvilly”condamne deux voleurs au gibet”signe de Haute Justice y planté proche d’un arbre hestre en un lieu fort  éminent appelé  “Dame à Vé” (Dame du Vez) lieu dit formant le point le plus élevé de la chaîne ardennaise (Archiv. de Metz)(sous l’ancien régime la peine capitale était la pendaison).

Cette crête marque la ligne de séparation des bassins de la Meuse et du Rhin. Elle offre d’ailleurs une large vue sur le paysage.

 

 

VILLA ROMAINE (Octave, 1973, 26)

 

A l’endroit dénommé “Aux magiets”(maceriae : ruines) situé à la limite des communes de Longvilly et Noville, section Bourcy, à environ 1400 m. au SE de la voie romaine, en empruntant le “chemin des morts” qui va de Michamps à Noville, ont été décou­vertes en  1953/1954, lors des fouilles effectuées par les soins du Service des fouilles de l’Etat, les ruines d’une villa romaine, villa agricole de type fort simple (l).

Résumons le compte rendu de Monsieur Roosens paru dans le bulletin des musées royaux d’art et d’histoire (1955).

La fouille de Bourcy a révélé un bâtiment, construit sur un plan que l’on peut qualifier de rectangulaire, mesu­rant 24,60 mètres de long sur 12 m 30 de large, dont l’axe longitudinal était exposé au Sud-Sud-Est.

En général, les fondations du bâtiment étaient encore bien en place. Les murs apparaissaient déjà entre 10 et 20 cm sous la surface; ils étaient parfois conservés sur une profondeur de 70 cm. L’assise consistait en un lit de pierrailles de 70 à 75 cm de large sur une hauteur de quelque 25 cm, sur lequel était placé, dans le sens de la longueur, et seulement du côté intérieur, une dalle de schiste. Ce soubassement supportait le mur propre­ment dit, large de 65 cm, composé de dalles de schiste, reliées par une terre battue noirâtre. Les murs intérieurs avaient des assises de dalles posées à plat.

La cave F1 est en annexe sur le mur Nord-Nord-Est.

Les murs de celle-ci avaient une épaisseur de 80 cm, sauf celui exposé à l’Est qui n’en n’avait que 65.

Le fond de la cave était constitué de terre battue. Une rigole de 30 cm de large remplie de pierrailles, longeait les murs.

Le mur occidental était percé d’un soupirail; la voûte de la cave était encore partiellement bien conservée.

Dans la pièce G, aucun mur intérieur.

L’entrée devait se trouver sur une espèce de “hall” (H) ouvert au Nord-Est-Est, clôturé du côté Sud-Sud-Est par un mur bas, peut-être avec ba­lustrade, au bout duquel se dressait vraisemblablement une colonne.

On doit supposer la porte d’entrée donnant accès dans la pièce A ou B. Dans la façade Sud-Sud-Est, une porte cochère permettait d’accéder dans la pièce G, mesurant 11 mètres sur 13 mètres 60 (mesures intérieures) qui doit avoir servi de grange ou d’écurie.

 

(l) “Ce n’est pas à cette ruine que fait allusion Tandel dans les Com. Lux. en parlant de ruines à Magie-Haye, ni H. Schuermans dans les A.I.A.L.1899

 

(p.27) Les occupants disposaient donc de cinq places et d’une cave. Il se pourrait, toutefois, que les pièces E et D étaient  destinées à des fins professionnelles.

Dans la pièce E, débouchait la cave par un escalier en bois; ces deux locaux combinés peuvent avoir servi pour la préparation et la conser­vation des produits laitiers. L’éclairage de cette pièce E, ne pouvait se faire que par le mur septentrional. On peut supposer que la pièce D servait de cuisine. La véritable demeure était donc constituée par les places A, B et C.

 

L’aspect du bâtiment en élévation est plus problématique. Il est fort problable que les murs étaient en maçonnerie sur toute la hauteur; en tout cas, aucun fragment de torchis n’a été recueilli. Les deux ailes saillantes peuvent être reconstituées sous forme de tourelle à un

étage.

Le seul fait certain, est que le toit était recouvert d’ardoises, car il fut retrouvé quantité d’ardoises trouées, les unes de forme carrée aux deux coins opposés coupés, (34 cm sur 34, épaisseur 1,5 cm à 2,5) les autres de forme triangulaire (37 cm de base sur 26 cm de hauteur).                                                                             

 

Comme matériaux de construction, c’est essentiellement la dalle de schiste qui fut employée. Les pierres étaient soigneusement appareillées, la face taillée, pour autant que possible vers l’extérieur, et assemblées au moyen d’une terre battue assez dure, faisant fonction de mortier.

 

(p.28) Ce bâtiment construit apparemment d’un seul jet et d’après un plan préétabli, auquel on n’a constaté ni transformations ni ajoutes, fut démoli par suite d’un incendie. En effet, une couche de cendres recou­vrait les ruines, plus spécialement les pavements, preuve certaine que les habitants n’ont plus cherché à remettre leur demeure en état.

La durée de l’occupation de la villa n’est pas bien délimitée. On peut s’en tenir au IIe et IIIe siècle en général, sans exclure la seconde moitié de ce dernier siècle.

On ne trouve plus trace, actuellement des fouilles effectuées à cet endroit. Le propriétaire a cultivé à nouveau son terrain.

 

Trouvailles

C’était la vaisselle la mieux représentée dans cette villa. Des masses de tessons de cruches rouges, grandes et petites y furent trouvées. La pite est fine, un peu sableuse et recouverte d’un engobe lisse; d’autres fragments de goulot de cruche en terre blanche, très cuite et rugueuse, un autre en terre beige et rugueuse, décoré d’un bourrelet à incisions. Des fragments d’assiettes de forme assez commune, de gobelets noirs, des objets en métal, deux objets en fer, trois en bronze, deux petites meules en pierre volcanique, une petite meule entière en grès, etc.

 

Nous réclamons votre indulgence si nous quittons un instant le cadre de Bourcy, mais il nous semble intéressant de citer ici, la découverte faite à Foy (territoire de Noville).

 

Découverte à Foy. (l)

 

En 1862, Monsieur Mathieu propriétaire à Foy, découvrait dans son champ situé au lieu-dit “derrière la Croix Ste Barbe”, une statuette en bron­ze massif d’une hauteur de 25 cm. Aucune inscription ne permettait de l’identifier, mais comme la parcelle contenait de nombreux débris de construction romaine, les spécialistes conclurent à cette époque que la statuette représentait un légionnaire romain; personnage tête nue, à chevelure longue et bouclée, portant une tunique et sur l’épaule une peau de bête sauvage dont les pattes retombantes semblent trop peu lar­ges pour figurer celles d’un lion; (vraisemblablement la peau d’un loup) par derrière, cette peau est retenue avec la tunique par une ceinture à traits en losange, simulant des dessins frappés sur le cuir; une bou­cle ronde ferme la ceinture.

La main droite levée devait tenir une haste (lance) à en juger par la direction du trou cylindrique, aujourd’hui vide, qui traverse cette main; quant à l’autre main tendue en avant et inclinée, elle doit avoir tenu une patère à l’aide de laquelle le personnage fait des libations.

D’après la personne qui a trouvé cette statue, les yeux étaient en pierres précieuses, (disparues). (2)

 

(1) L.Lefebvre: A propos du dieu Intarabus.

(2) Bull.Com.Art-Hist. T.3I.pge 293

 

(…) (p.30) En 1892, Monsieur Mathieu entreprit de nouvelles fouilles dans cette parcelle demeurée inculte,(sur la hauteur, à l’angle de la route de Bastogne et du chemin qui conduit au château de Recogne) sur une surface de 30 m de long sur 25 m de large et 1 m de profondeur. Vu le grand nombre de pierres et de morceaux de tuiles plates retrouvée à cet endroit, une construction romaine devait manifestement s’élever à cet emplacement.

La découverte principale fut alors, celle d’une pierre blanche très dure cassée en plusieurs morceaux, d’une longueur (reconstituée) de 92 cm de long sur 45 cm de large et 10 cm d’épaisseur (l). Elle portait l’inscrip­tion dédicatoire ou votive suivante, faite sur 6 lignes et qui peut se traduire comme suit :

“Au dieu Enarabus et au Génie de la centurie d’Ollodagus, ce portique, que Velugnius Ingenuus avait promis, après sa mort, Sollavius Victor, son fils adoptif l’a fait construire”.

Il découlait donc de ces découvertes qu’un temple a bien existé à Foy et que le portique était vraisemblablement dédié à 2 divinités: l’une gauloise: Enarabus, considéré comme le dieu guerrier des Trévires, et l’autre romaine: le Génie d’une centurie. Certains estiment qu’en cet endroit, dès les premiers siècles, il y aurait eu une station militaire.

En 1935, Monsieur Gaspard charruant son champ contigu à celui de Mon­sieur Mathieu trouva un petit socle en bronze portant une dédicace. Cette découverte ne sera connue que beaucoup plus tard, en 1964, par le plus grand des hasards et confirmera qu’il y avait bien à cet emplacement à Foy, un sanctuaire dédié au dieu gaulois Enarabus et dont nous donnons ici l’inscription traduite en français:

“Au dieu Intarabus, Ategniomarus, fils de Respectus, a accompli à juste titre sa promesse.”

 

Notons pour terminer, et selon l’opinion de M. Vannerus, historien luxembourgeois, le mot Foy et les lieux voisins, dits Mabafoy et Nabafoy, ont une relation certaine avec le mot latin “fanum” lequel veut dire “temple”.

 

D’autres petites découvertes eurent lieu à Noville (l955) aux lieux-dits à l’ Creûs (“a l’Creux”), à Mwarlé (“Moirlé”) et â Potau (“au poteau”).

A Bourcy, des investigations plus poussées devraient être poursuivies, notamment en différents endroits; ” Sur la tombe”, “la Tombe” et “en-dessous de la Tombe”, ces endroits ne signifient-ils pas que jadis se trouvait là quelque sépulture ? N’oublions pas que nos ancêtres ont donné à ces lieux une dénomination d’origine naturelle. En tenant compte de la situation des lieux, un plateau élevé disposant d’une large vue sur la région, ce qui permettait d’apercevoir à l’est comme au sud l’ancienne voie romaine. La densité des cimetières est liée à celle des grands-routes, sachant que chaque habitat a eu son cimetière et qu’il se trou­vait habituellement le long des chaussées ou le long d’un chemin qui re­joint une chaussée importante.(prov. de Lux: 216 cimetières, 85 villas et 325 km de routes).

Nous ne poursuivrons pas plus avant les découvertes faites tout le long de cette voie romaine. Sachons seulement que de nombreuses trouvailles furent faites déjà au siècle dernier sur le territoire de Rouvroy, Steinbach, Limerlé et Cetturu. De nombreuses fouilles sont faites par le cercle Segnia d’Houffalize, un peu partout dans la région, fouilles qui donnent des résultats des plus intéressants.

 

(1) Cette pierre se trouve au Musée du Cinquantenaire (Bruxelles).

 

(p.31) Nous nous sommes attardés quelque peu à la période romaine, mais elle fut très importante et nous faisait entrer directement dans l’Histoire.

 

 

3.1.1.2 Moyen Age (Octave, 1973, 31)

 

LA FEODALITE s’organise du IXe au XIe siècle.

 

Le lien qui unissait le vassal à son seigneur fut constitue par l’acte de recommandation.  Par cet acte,  le vassal devenait l’homme de son sei­gneur; par contre le seigneur lui accordait aide et protection. Pour s’assurer du constant attachement de leurs vassaux, les suzerains leur donnaient un bénéfice ou fief;  les féaux en jouirent d’abord à titre viager, plus tard,  comme propriétés héréditaires.

Les souverains partagèrent leurs possessions en duchés, comtés, marquisats et baronnies. A leur tour,  les propriétaires de ces fiefs établirent des arrière-fiefs,  par suite de cessions de biens-fonds à leurs vassaux.

Insensiblement, par suite du luxe des seigneurs, un grand nombre de fiefs durent être vendus; ces propriétés furent cédées, à l’origine,  aux hommes nobles;  peu après,  les roturiers purent s’en rendre acquéreurs.  A partir de cette époque, date la décadence de la noblesse.

Dans le Duché de Luxembourg, les seigneurs les plus puissants avaient haute, moyenne et basse justice. Ils jouissaient des dîmes, des terrages, corvées, rentes en argent et en grains,  droit de chasse et de pêche.

Les seigneurs pour peupler les territoires soumis à leur juridiction ac­cordaient aux manants la faculté de couper du bois dans leurs forêts; ils leur accordaient le droit de pâturage et de glandée,- c’est là, l’origine des droits d’usage. Ces droits s’exerçaient sans ordre ni métho­de,  les règlements variaient d’un seigneur à l’autre.  La variété de ces règlements engendra de nombreux abus et amena la dévastation des forêts. Un édit en 1617 d’Albert et Isabelle réglementa l’exploitation de tous les bois domaniaux d’une façon uniforme. Ce règlement resta  le véritable code forestier et Marie-Thérèse le renforça encore en 1754.

Le droit donné à un noble par le Souverain d’établir une Seigneurie hautaine, avec octroi du titre de seigneur et le droit d’établir une Cour de justice ne  se donnait que moyennant de faire  ” foy et hommage et de fournir des  soldats”. Il fallait,  de plus, verser au Suzerain la part des dîmes. (1)

Lorsque la  justice établie avait juridiction sur les délinquants de droit commun, elle se nommait,  basse, moyenne ou haute justice suivant le degré du pouvoir. La haute justice était compétente pour prononcer la peine de mort et les sentences  étaient exécutées par le Prévôt de Bastogne.( Le Prévôt était un magistrat représentant le pouvoir central;  il avait juri­diction administrative et judiciaire sur un territoire correspondant à peu près à un arrondissement) Bourcy dépendait de la Prévôté de Bastogne.

La mairie de Bourcy se titrait de Haute Cour. Par Cour, on entendait au­trefois, comme aujourd’hui, un tribunal qui rendait la justice. A Bourcy fonctionnait, en outre, une cour foncière, celle de St Remacle, vestige où le village était en grande partie une possession du monastère de Stavelot. Cette  juridiction mineure n’a  pas laissé d’archives. Elle est cependant encore mentionnée dans le courant du XVIIIe siècle (2).

 

(1) A.E.A.  Seign. hautaine de Bourcy:  acte scabinal du 6/10/16I8

(2) H.Bourguignon:   Ard.  et Fan?.  1964

 

(p.32) Sous le régime féodal, il était d’usage d’appliquer le mot “cour” au territoire qui se trouvait placé sous le même juge,  ce que nous nommons aujourd’hui,  arrondissement judiciaire. Cependant, cette “cour” était moins étendue alors qu’actuellement, eu égard à la division en seigneu­ries et parce que les juges qui y siégeaient n’avaient qu’à décider des questions territoriales ou foncières et féodales.

La mairie de Bourcy était composée des 13 localités (ou bans) suivantes: (année 1624) Arloncourt, Benonchamps, Bourcy,  Cobru, Foy, Longvilly, Mageret, Michamps, Noville, O(u)bourcy, Recogne, Vaux et Wicourt (par la suite, Mageret et Benonchamps furent abandonnés).

Ces localités dépendant de la mairie avaient une justice à part, exercée par un dignitaire particulier portant le titre de mayeur, lequel exerçait ses attributions en dehors du pouvoir prévôtal.

Le mayeur nommé par le Souverain présidait et était assisté de deux échevins, d’un greffier et d’un sergent. Il exerçait une juridiction complète sur les habitants, à la réserve des causes criminelles, dont la prévôté avait la connaissance. (1)

Les échevins étaient des notables habitant les villages de la mairie, ils étaient choisis et désignés par le seigneur, ils devaient assister le maieur pour rendre la  justice et devaient s’occuper des divers actes de transactions, partages, prêts, etc..

Les échevins, dit Defacqz, étaient revêtus d’une triple magistrature, ils étaient les juges ordinaires au civil et au criminel, ayant juridic­tion sur les juges des métiers et autres juges inférieurs établis dans la Communauté. A cette qualité éminente, ils joignaient celle d’officiers publics compétents pour recevoir les contrats et conférer l’authenticité aux conventions des parties.

Pour obtenir cet office, l’échevin devait prêter serment entre les mains des gens de justice de la mairie. Il le faisait en ces termes:

“Il n’a rien donné, promit, n’y fait donner, ni promettre, ni ne don­nera ou fera ‘donner chose quelconque direct ni indirect” (haute cour de justice – Bourcy – n°436)

Le Grand Conseil de Malines était la Cour suprême de justice de l’Ancien régime. Indépendamment de certaines causes en première instance, il avait à juger en appel, les procès de plusieurs conseils provinciaux et notam­ment du Conseil de Luxembourg.

On conserve à Arlon,  aux archives de l’Etat, la régistrature des oeuvres de loi, de Bourcy, de 1629 et celles des rôles de 1624 à 1731, plus un portefeuille de pièces diverses de 1617 à 1696.

Citons pour terminer ce chapitre, les lignes suivantes inscrites sur la page de garde des oeuvres de loi de la Haute cour de Bourcy: ” L’an 1655,  la 21e année de la guerre triste et déplorable qui fut com­mencée par Louis XIII, Roy de France,  et continuée par Louis XIV,  prions Dieu,  qu’il nous donne la  paix”.

“En janvier 1651,  deux régiments de cavalerie commandés par le Comte de Granpré,  lieutenant du Maréchal de Turenne, occupent les Seigneuries de Longvilly et de Borsy. Les soldats y enlevèrent tous les chevaux de ser­vice, tout le bétail, les grains et  les meubles. La moitié des habitants furent réduits à la besace.  Ils s’adressèrent au Conseil du Luxembourg. (Archives du Gouvernement – Luxembourg)

Le XVIIe siècle fut en effet un siècle de misères pour nos villages, les gens étaient pauvres,  le  peste y fit d’énormes ravages, c’est ainsi que bon nombre de villages disparurent.

 

(1) M. Bourguignon: Ard. et Fam. 1964.

 

 

LES SEIGNEURS DE BOURCY  (Octave, 1973, 98 & sv.)

 

En 890, nous trouvons mentionné une “villa Burcido ac Barris” ou “de Bourcy et Boeur”, dans laquelle douze manses furent donnés à l’Abbaye de Stavelot, le 3 octobre 891, par un certain Ricardius qui reçut en échange divers biens situas dans les pagi du Condroz et de Lomme.(1)

Le 6 avril 907, Herduin le comte Otbert et son épouse Hélitrude cédèrent à l’Abbaye de Stavelot, un manse seigneurial à Wampach, en échange de 12 manses “in Villa Burcit”, à condition qu’après leur mort, ces biens feraient retour au susdit monastère. (2)

BOURCY était donc propriété de l’Abbaye de Stavelot et portait le nom de : “Seigneurie foncière de St Remacle”. L’Abbaye s’en dessaisit, croit-on, au Xe siècle en faveur d’un seigneur de Bourcy, pour une raison mal définie.

Diverses archives nous signalent que durant des siècles, les seigneurs de Bourcy tinrent un rang élevé parmi la noblesse luxembourgeoise. Pour faire partie de ce corps, le récipiendaire devait être possesseur d’une terre avec haute justice, être âgé de vingt-cinq ans et prouver deux quartiers nobles, tant du coté paternel que du côté maternel; il suffisait que les aïeuls paternel et maternel de l’aspirant aient été anoblis ou noblement alliés. Celui dont le père, l’aïeul, le bisaïeul et le trisaïeul en ligne masculine étaient nobles, ou tenus pour tels, du moins pendant les cent dernières années, sans avoir fait aucun acte dérogatoire, était admis moyennant la preuve qu’entre ces quatre ascendants paternels, il y avait eu deux alliances nobles, auquel cas, l’aspirant était dispensé de faire la preuve des quatre quartiers. (3)

 

Au XI siècle, WALLERAME  DE BOURCY, héros d’une légende que nous transcrivons ci-après, et dont l’authenticité ne repose sans doute que sur l’imagination du légendaire, (légende retrouvée dans le couvent de Hosingen) semble être le premier d’une suite de preux chevaliers.

 

Voici cette légende qui enveloppe le premier Sire, de rêverie et de mystère. (4)

” Au XIe siècle, Messire WALLERAMME DE BOURCY, qui après s’être distingué dans maintes aventures, s’illustrait en joutant dans les tournois et en hauts faits d’armes dans les expéditions lointaines, se présenta à la Cour de Luxem­bourg. Sous la bannière du Comte Conrard I, il partit porter secours à l’Empe­reur Henri IV, comte de Flandre, contre des vassaux rebelles, et en récompense de se valeur, le chef de l’Empire l’arma Chevalier et lui fit don d’un bou­clier aux armoiries de la Maison de Bourcy, qui portait “d’argent à la bande de sable”. La paix conclue, il rentra dans ses domaines où il se trouva dans une situation financière très fâcheuse; il devait acquitter des dettes au sei­gneur de Houffalize, seigneur farouche et très avare. Cette redevance consis­tait en 2 perdrix de bois, à livrer le jour de la St Jean, avant le coucher du soleil. L’échéance approchait, Wallerame et ses chasseurs parcoururent pen­dant plusieurs jours le domaine sans découvrir le gibier désiré, car l’hiver avait été rude et la neige longue à disparaître. Le Sire de Bourcy savait que s’il ne s’exécutait pas au jour fixé, les gens de son créancier auraient ordre de se livrer immédiatement à des incursions sur ses terres. Le jour de la St-Jean, le seigneur de Bourcy, harassé de fatigue poursuivait encore sa chasse alors que le soleil se couchait derrière les forêts de Noville. Il maudissait sa dette et son voisin, traduisant sa fureur en fouettant ses chiens, éperonnant sa monture et parlant durement à ses gens.

 

(1) Bull. Art et histoire: Liège: 1913.

(2) Chartes de Stavelot: T.I.

(3) C. de Kessel: Armorial luxemb.

(4) Verkooren: Inventaire des Chartes.

(5) Mr le curé Lecocq (-1873)

 

(p.99) Soudain,  les sons harmonieux d’une voix de femme se firent entendre et Walleramme aperçut une jeune fille de grande beauté vêtue d’une  pèlerine. Le châtelain ému de cette apparition, la salua avec courtoisie, l’inter­rogea sur les motifs de sa présence et lui offrit l’hospitalité en son manoir; ce qui fut accepté.

Chemin faisant, la belle inconnue apprit à son compagnon qu’elle était orpheline d’un ancien et haut lignage de pays étranger et qu’elle avait accompli un voeu secret en se mettant en route. Le Chevalier, de son côté, lui fit part de l’objet pour lequel il s’était mis en chasse.  Alors, elle lui offrit de lui montrer un lieu où il pourrait trouver les oiseaux cherchés; et en effet, notre sire se trouva bientôt en possession d’un très beau couple de perdrix qui fut expédié immédiatement sur Houffalize. A Bourcy, l’hospitalité fut cordiale et vers la fin de la  soirée, le châte­lain fit part de ses sentiments à la belle inconnue qui les agréa avec joie. Seulement,  elle lui fit jurer de ne jamais prononcer en sa présence un nom sacré, ce qui entrait,  disait-elle, dans le voeu qu’elle avait fait en quittent son pays natal.

Le sire n’avait pas tardé à s’apercevoir que la belle inconnue avait un pied de biche, mais que lui importait, le bonheur lui suffisait. Cette union, dûment bénie par le chapelain continua d’être heureuse pour le sire de Bourcy dont toutes les entreprises réussissaient.  Il fit changer ses armoiries: elles portèrent dorénavant deux perdrix essorantes de  sable, becquées et membrées de gueule, une en chef et une en pointe. Cette alliance fut longtemps heureuse.  Pour comble de félicité, deux fils naquirent Walcant et Othon.

Or, il advint qu’un jour, au milieu d’un repas, Wallerame de Bourcy jeta un os à ses chiens,  lesquels se prirent de querelle, et l’un étrangla l’autre: “Sainte Vierge Marie” s’écria le sire.  A peine a-t-il prononcé ces mots, qu’il recule épouvanté. La “dame au pied de biche” entourée de flammes et de fumée comme si la foudre l’avait frappée disparut dans les airs, il ne restait plus rien d’elle. Son époux et ses fils revenus à eux, se si­gnèrent et récitèrent le “Retro Satanas”. De plus, ils se crurent obligés de prendre part à une croisade, pensant que cette expédition leur serait méri­toire. Les trois guerriers partirent donc en croisade, mais un seul revint: Walcant. Celui-ci devint un chef respecté de la  famille qui subsista jusqu’à la  fin du XVIIe  siècle.

Le blason fut alors d’argent à la bande de sable, chargé de trois coquilles d’or en mémoire des trois croisés, accompagnée de trois perdrix (…); de plus, ils portèrent pour cimier un buste de châtelaine ayant la face enflammée, accosté à dextre d’un pied de biche et à senestre d’une flèche et d’une massue.

Leur devise : «  Fidélité et honneur ».*

 

 

* Voir annexe : BLASON de BOURCY

 

 

L’ AN 1138, WALCANT DE BOURCY, part pour la Palestine, unissant sa valeureu­se épée à celles des Sires de Brandenbourg, d’Esch, de Wirnenbourg, d’Ouren, de Biddebourg, de Wampach, de Malberg, de Lellich, d’Enscheringen et de Salckenstein, presque tous voisins de Hosingen et ayant pour le plupart dans cette Abbaye de leurs parentes ou alliées. (J.M..Lauwers, Bxl.)

Au XIIe siècle (1), le seigneur de Bourcy, Gouvy, Cobru, Arloncourt, Longvilly et Hosingen, fait bâtir en cet endroit (Hosingen), un couvent de dames avec obligation de justifier de quatre quartiers de noblesse. Ce couvent fut détruit à la révolution.

En 1270, WARNIER DE BOURCY intervint à l’hommage que Philippe, Comte de Vienne fit du Comte de Luxembourg.

 

(1) E. TANDEL., Les communes luxembourgeoises. T.IV

 

(p.100) LE 17 FEVRIER 1271

Ce fust fait et donnei en l’an del incarnation Nostre Seignor kant li milliaires corroit par mil et deus cent et sexante et dix, le mardi devant karerame prenant.

Philippe, Comte deVianden et Seigneur de Grimberghen, ayant le même jour repris de Marguerite, comtesse de Luxembourg et de son fils aîné Henri, le château de Vianden avec toutes ses appartenances pour tenir à perpétuité le tout à hommage lige des comtes de Luxembourg et comme forteresse à eux toujours “rendable”, déclare autoriser Geoffroi seigneur d’Esch, Ferry Seigneur de Weuerburg, le seigneur de Reuland, Rodolphe de Sterpigny, le seigneur de Brandenburg, Louis de Hoscheid (?) et Warnier de Bourcy, ses vassaux., ainsi que leurs hoirs, à prendre contre lui le parti du Comte de Luxembourg dans le cas où il contreviendrait à ses engagements. a la demande de Philippe susdit, trois de ses vassaux scellèrent avec lui la présente charte.(1)

Philippe Comte de Vienne, pour ôter tout soupçon d’infidélité, s’obligea plus expressément, par un autre acte de la même année; de ne jamais aller contre la teneur de son vasselage, ni en tout, ni en partie; il constitua pour ses pleiges, Geoffroi d’Esch, Conon de Reuland, Ferri de Neuerbourg, Raoul de Sterpigny, le Seigneur de Brandenbourg, Louis d’Othey, Werre de Heisking (?), Warnier de Bourcy, consentant que ces seigneurs prissent les armes contre lui s’il manquait à sa  parole. (1)

 

1350: maisons nobles. “Quant aux seigneurs fieffés des Comtes de Vienne, ils se nommaient: Bourcy, Hozingen, Ham, Holveltz, Fischbach, Bettendorf et Erpeldange”….(2)

20 avril 1390: Le justicier  Marsilis de Bourscheidt règle un différent entre Huart d’Autel, Drossart de Luxembourg et le Seigneur de Burtzich (Bourcy) au sujet de la jouissance de biens et droits sur le villsge de Helzingen (Hochiville). Par défaut de défendeur, le seigneur de Bourcy perdit le procès et sa cause. Il paye 2000 florins de Mayence. (3)

Le 14 novembre 1464: Evert d’Orley, Seigneur de Vaulx et Barbe Taye, sa femme engagent leurs revenus pour 600 florins à Jean de Borchie (Bourcy) et à Else de Besselingen, conjoints.(4)

Au XVIe siècle, Jean de Biersdorff dit de Bellain, seigneur de Bondorf, épousa Catherine de Bourcy, dont l’enfant, Jean II de Biersdorf dit de Bondorff épouse A.M. de Breiderbach, demeurant et décédés à Niederwampach.

Le 20 janvier 1830, Hans de Birsdorf, co-seigneur de Bondorf reconnaît avoir reçu en fief, certains biens détenus par moitié, par Jeanne de Borcy veuve von der Heyden de Jegen, sa nièce et sont sis à Hosingen.(4)

 

Au XVIe siècle, Jeanne Yolande de Bourcy était prieure à Hosingen.

Les Sires successifs de Bourcy donnèrent à Hosingen plusieurs bien-fonds et des rentes considérables affectées sur les villages de Bourcy, Longvilly, Moinet, Limerlé et Gouvy. .Les archives de l’Abbaye ont conservéa des obituaires qui témoignent que jusqu’en l’an 1765, on ne cessa de prier dons cette maison religieuse pour la famille de Bourcy qui en avait été la  constante bienfaitrice . La maison de Bourcy se serait donc éteinte au commencement du I7e siècle dans l’antique et illustre Haison de Wirnenbourg de Bondorf et par suite du mariage de Thérèse de Bourcy avec Jean de Wirnenbourg, tous deux inhumés à Niederwampach (5).

 

(1) inventaire des Chartes et Cart.du Mix. Comté puis Buchr :A.Verkooren.

(2) J.Bertholet: Histoire ecclésiastique du Duché de Lux.

(3) Arch. dioc. Liège. n° 1336

(4) J.Vannerus:le fief de Niederwempach.

(5) papiers J.M. Lauwers, Bxl.

 

(p.101) La famille de Bourcy s’est-elle bien éteinte avec le décès de Thérèse de Bourcy et de son époux Jean de Wirnenbourg ? Il nous est permis d’en douter, en lisant E. Tandel (1) qui mentionne que “le 26 mai 1782, eut lieu une transaction entre le seigneur de Hesgin, sgr de Gondelange et Jean Henri de Bourcy d’Aspelt, résidant à Steinbach. Celui-ci représentant le mineur délaissé par Charles Joseph de Beurthé, et à ce autorisé par noble seigneur de Coppin, sgr de Grainchamps, curateur du mineur.”

“Le 16 juin 1784, Michel Joseph de Beurthé, seigneur de Steinbach et au­tres lieux et Henri de Bourcy, seigneur foncier de Kickausen, son beau-frère, font une fondation pour la célébration d’une messe annuelle à Gouvy.”

Cette famille de Bourcy fut certainement alliée à bon nombre de familles nobles du Luxembourg.

A Villers la-Bonne-Eau et Hondelange (Gourdet) (2), “une dalle encastrée au nom de Alexandre de Monflin, celui-ci décédé en 1711, porte 24 quartiers de noblesse, dont les armes de Bourcy (3 coquilles et 2 merlettes), à côté des armoiries des familles Biersdorf, Breiderbach, Wampach, etc.

 

Elle se serait donc alliée également avec la famille de Steinbach, d’abord au XVIe siècle (Servais de Bourcy, gendre de Marguerite de Grumelscheid épse Georges de Steinbach) et comme il est cité ci-dessus, Henri de Bourcy, beau-frère de Michel J. de Beurthé-Spoux de Marie Gabrielle de Steinbach de Grumelscheid. (…)

 

(1) E.Tandel: Les communes Lux.T.IV, p.502 et 507.

(2) L.Gourdet: Armoiries gles.

 

(p.101-102) (…) (fin 16e– début 17e s.)

Voici donc Martin de Steinbach, Seigneur de Rouvroy, devenu seigneur foncier de la seigneurie de Haute Cour de Steinbach et Limerlé, des seigneuries de Bourcy, Oubourcy, Longvilly et Grumelscheid.

 

(p.103-4)(…) / (p.105) Un document signé J.F. D’Hoffschmidt, adjoint à la mairie de Noville, et adressé au Préfet de l’Arrondissement de Neufchâteau, fait part du décès du seigneur Jacques Joseph de Steinbach de Bourcy, après une maladie de 5 à 6 jours à son domicile à Bourcy. D’Hoffschmidt propose comme maire en remplacement, Monsieur Jean Maquart.(l)-mars 1809.

(…) La famille de Steinbach est certainement celle qui a le plus marqué la localité puisqu’elle s’y est maintenue jusqu’à la révolution.

 

LE CHATEAU   (Octave, 1973, 106)

 

Nous ignorons la date de construction du château. Ce fut sans doute d’abord une maison noble qui subit certainement au cours des siècles plusieurs transformations.

La date la plus ancienne se trouve sur le portique (1683) mais le château devait être antérieur à cette date. On a d’ailleurs retrouvé des vestiges de construction au pied de la façade arrière, lors du placement des conduites d’eau. L’ancienne tour du château aurait été démolie en 1792 par les propriétaires, qui, sachant que les troupes qui envahissaient notre patrie se montreraient plus exigeantes chez les propriétaires d’un donjon qu’auprès des paysans, procédèrent eux-mêmes à la démolition et sacrifièrent ainsi au principe d’égalité.(2)

Ajoutons que la tour carrée aurait été reconstruite en 1875 et une petite aile ajoutée en 1881. (Notes de Mr Delheid)

La date de 1749 ” Carolus Josephus de Steinbach” sur le fronton de la porte d’entrée ne renseigne-t-elle pas également la date d’un agrandissement ou d’une transformation.

Le domaine fut vendu par la famille de Steinbach au citoyen Jean MAQUART, né le 28 décembre 1774 à Boemont (Département de la Meuse-France).Celui-ci dragon au 2ème régiment français s’établit à Bourcy en 1801.

Il fut nommé membre du collège électoral de Neufchâteau le 16 décembre 1810, mire de la commune de Noville après le décès de Jacques de Steinbach. Il fut conseiller à la commune de Longvilly en 1838. Il décéda à Bourcy le 28 juillet 1810 âgé de 67 ans.(…)

 

 

ARMOIRIES  (Octave, 1973, 107)

 

Le privilège, disons, le signe distinctif de la première noblesse fut le blason, les armes ou les armoiries.                                                                    ,

Le 1er blason de la famille DE BOURCY, serait “d’argent à la bande de sable chargée de 3 coquilles d’or, posées dans le sens de la bande, accompagnée de deux merlettes de sable.(I)

Plus tard, Bertholet et de Kessel (2) nous disent que la famille portait “d’argent à la bande de sable chargée de trois coquilles d’or, accompagnée de trois perdrix volantes de sable} deux en chef et une en pointe”. Ces héraldistes ont sans doute repris le blason de la famille de Bourcy, laquelle peut avoir remplacé les deux merlettes par des perdrix au nombre de trois, pour un motif inconnu, ou pour donner plus de sens à la légende de Hosingen ? Nous retrouvons ce blason dans le tympan de la façade arrière du château, façade qui fut jadis, considérée comme entrée principale. Dans une pièce du château, une cheminée dont le manteau date de 1759, porte en creux sur une taque, ce même écu couronné, (la couronne perlée est une couronne comtale et le cimier un buste de chevalier.)

 

(1) L.GOURDET: Inventaire des blasons de la Prov. de Lux. pge

(2) Bertholet: Histoire ecclésiastique.p.216

(3) Ch. de Kessel: Armorial du Luxembourg. 1868, pge 39

 

 

3.1.1.3 Période autrichienne: 1715-1792 (Octave, 1973, 33)

 

Dans l’ensemble le règne de Marie-Thérèse fut relativement calme, contrairement à celui de son fils Joseph II qui lui succéda.

L’impératrice Marie-Thérèse apporta des réformes très appréciées:

– l’ordonnance du 18 mars 1743, qui obligea les curés à tenir les re­gistres des baptêmes, mariages et décès.

– le règlement du Conseil de Luxembourg pour l’établissement des mes­sagers dans les endroits de la province où il n’y avait pas encore de service de poste.

– le règlement donnant les dispositions relatives à la maladie des bêtes à cornes, épizootie qui faisait de nombreux ravages dans le bétail.

En 1777, l’élaboration du “cadastre” qui porte d’ailleurs son nom, sous une ordonnance ainsi conçue:

« …..tous les propriétaires, possesseurs ou dépositaires de biens fonds, ou immeubles quelconques, situés au Duché de Luxembourg et Comté de Chiny, sans nulle exception: ecclésiastiques, nobles ou ro­turiers, domiciliés ou forains, doivent fournir une déclaration exacte de tous leurs biens et revenus de quelque nature que ce soit..”

Ce travail dura 5 années, mais ce fut un travail de précision. Nous y reviendrons plus loin.

– ordonnance défendant de couper les grains avant leur maturité et avant qu’une décision ait été prise en pleine communauté à la pluralité des voix.

– autorisation aux communautés de la province de céder aux étrangers qui voudraient s’y établir, des emplacements pour y construire des maisons, soit dans l’enceinte du village ou à proximité.(Dans nos campagnes, les fermes flanquées de tours carrées ont été bâties sous le règne de Marie-Thérèse).

– ordonnance, fixant le prix des grains dans la province, le salaire des médecins, etc, etc..

 

Les ordonnances arrêtés-lois, envoyés de Vienne devaient être lues en chaire à la messe du dimanche et ce, durant deux dimanches consécutifs.

Le règne de son fils Joseph II fut une époque de despotisme systématique. Sa frénésie de réforme en matière religieuse ne connut plus de borne. Il désirait avoir en main un clergé, “éclairé” entièrement soumis à ses vues. La disparition des Ordres religieux jouait un rôle capital dans ses plans: on pourrait disposer d’une immense fortune pour les réformes. Les biens des couvents supprimés en 1783 furent administrés par le Domaine.

Des réquisitions et impôts de toutes sortes furent levés, ceux-ci d’au­tant plus pénibles que nos ancêtres avaient déjà tellement de difficul­tés pour vivre.

A titre documentaire, nous citons, ci-après l’ordonnance de 1789 (1)

Au receveur des Domaines de Bastogne.

« Pour déterminer la valeur en argent des Cens, Rentes et autres pres­tations dues en nature, nos receveurs des Domaines feront un relevé de leurs produits par années communes des années 1786-1787-1788, calculés sur le prix des ventes des denrées qui en font l’objet ou sur l’évaluation, suivant les cops, fractions ou hallages ».

 

(1) Jointes du Luxembourg, n° 267

 

(p.34) La fin de l’occupation autrichienne avec sa politique tatillonne se déroula dans le désordre avec des alternatives de succès et de revers. Les Autrichiens quitteront définitivement la Belgique après la bataille de Fleurus, gagnée par Jourdan en 1794, mais une partie du Luxembourg restera encore quelques temps aux mains des Autrichiens. La signature de la capitulation eut lieu à Luxembourg le 7 juin 1795.

 

 

3.1.1.4 Période française

 

OCCUPATION FRANÇAISE: 1792-1815 (Octave, 1973, 34)

 

Le 1er octobre 1795, la France proclama l’annexion de la Belgique et le 2 octobre, les troupes françaises entrèrent à Bastogne et occupèrent la région.

Le Département des Forêts fut constitué le 23 octobre 1795. Le 6 décembre 1796, les lois françaises sont déclarées exécutoires en Belgique.

Le 26 février 1797, le Directoire promulgue 456 arrêtés-lois, dont les principaux: le système métrique, le calendrier républicain, le Culte de l’Etre suprême, la loi Chapelier (travail), la sécularisation, les listes de proscription, la suppression des signes de féodalité, la nationalisation des biens du clergé, etc.

Les Français, maîtres déjà de l’ancienne province du Luxembourg, à l’ex­ception de sa  capitale, Luxembourg, devaient nécessairement organiser une administration civile pour remplacer l’administration autrichienne que la conquête venait de dissoudre.

Ils choisirent pour siège de cette administration provisoire, Saint-Hubert qui se trouvait sur la route de Bruxelles à Luxembourg. Le bâtiment de l’ancienne Abbaye pouvait se prêter facilement à l’installation des bu­reaux de l’administration républicaine.

L’Administration d’arrondissement jugea indispensable d’avoir à sa dispo­sition une police-armée, disséminée dans les différents points de l’Ar­rondissement, qui puisse assurer le  succès de  ses opérations. C’est ainsi qu’on comptait 270 hommes dans l’infanterie et 150 hommes dans la cavalerie dont 28 cavaliers à Houffalize, 50 à Bastogne, 25 à Neufchâteau et 50 à Saint Hubert, plus  60 hommes dans l’infanterie.

Tout n’alla  pas sans quelques résistances concernant les réquisitions incessantes, les différentes vexations,  la confiscation des denrées et des bêtes à cornes pour la  subsistance de la troupe.

Sur ordre du Préfet du Département des Forêts, la commune de Longvilly dut satisfaire une levée de chevaux pour le service du train des équi­pages militaires, en exécution de la loi du 25 mars 1812. La mairie devait fournir un cheval de la taille de 4 pieds, 7 pouces. Celle-ci, dans l’impossibilité de fournir le cheval réunissant les quali­té requises, fut dans l’obligation d’acheter ce cheval pour faire face à cette réquisition.

De plus, l’armée française, comme lors de toute opération militaire, traî­na derrière elle, des pillards, s’enrichissant au détriment des populations, sous prétexte parfois de fausses réquisitions. Les Français versèrent le contenu de toutes les caisses publiques dans celles de l’armée. Ils enlevè­rent des musées, des bibliothèques, tout ce qui était  précieux pour l’en­voyer en France.

 

(p.35) De tous les impôts établis par les Français, celui qui parut le plus dur fut la conscription qu’on appelait aussi ” l’impôt du sang”. Les jeunes gens du pays devaient servir la France et beaucoup trouvèrent la mort sur les champs de bataille. Les réfractaires cherchaient refuge dans les forêts. (L’écho des heurts entre l’autorité occupante et les “hors la loi “, nous est répercuté dans quelques arrêtés. (W.Lassance))

Il parut nécessaire au point de vue administratif, financier et judiciaire de créer une division territoriale en Départements et Cantons. L’arrêté du 2 juin 1796 divisa le Département des Forêts en arrondisse­ments et cantons sous préfecture: Neufchâteau comprenait Bastogne,  Fauvillers, Paliseul et Neufchâteau.

Le canton de Bastogne à cette époque comprenait 95 localités avec 5760 habitants. Bastogne,  seul, comptait 940 habitants.

On créa  également cinq tribunaux correctionnels: Luxembourg, Diekirch, Bitburg, St Vith et Habay. Habay pour les cantons de Virton, Etalle, Florenville, Paliseul, Bastogne et Neufchâteau.

Cinq notaires furent nommés pour exercer les fonctions de notaires publics à Bastogne: Nadin, Habay, André, Burnotte et Thiry.

La loi du 2 octobre 1795 avait prescrit la tenue, dans chaque commune, d’un registre civique dans lequel devait être inscrit le nom de tous les citoyens. Ceux-ci recevaient  “une carte civique”; c’est depuis lors que les registres furent tenus dans les communes et des pièces d’iden­tité distribuées, mais le modèle de celles-ci a  souvent changé au cours des années qui suivirent.

Dès 1796, l’Administration centrale décida l’application d’une loi rela­tive à l’établissement de garde-champêtres dans les communes.

Vers 1797, on essaya de réorganiser, modestement d’abord, les services de l’instruction publique et commença à paraître une “presse”,”L’écho des Forêts”.

Avec Bonaparte, la lutte religieuse (voir plus loin histoire religieuse) cessa et la liberté des cultes fut rétablie.

Après l’abdication de l’Empereur en 1814, l’Administration devint plutôt interalliée,  les Russes, les Autrichiens et les Prussiens occupant le pays.

Le Luxembourg fut administré par deux gouverneurs généraux : Grunner, un Russe et Snack, un Prussien, résidant tous deux à Luxembourg.

 

Le 9 juin 1815, le Département des Forêts ayant cessé d’exister, le Luxembourg est promu au rang de Grand-Duché de Luxembourg, tandis que le Traité de Vienne intègre nos provinces dans le Royaume des Pays-Bas; mais chacun sait ce qu’il advint de cette union mal assortie entre les territoires du Nord et ceux du Sud.

 

 

3.1.1.5 Période hollandaise: 1815-1830  (Octave, 1973, 38)

 

Le Congrès de Vienne remania la carte de l’Europe. L’attribution du Luxembourg au roi Guillaume Orange-Nassau fut signée le 9 juin 1815.

Ce fut une période de troubles, baignée d’incertitude, de passions politiques.

Guillaume 1er, à part une brève apparition à Arlon, s’est peu occupé de la province de Luxembourg durant les 15 années de son règne. Lorsque, mécontents du régime, la révolution des Belges en 1830, leur offrit l’occasion de s’en débarrasser, les Luxembourgeois furent vite entraînés par le vent de révolte qui soufflait.

Tandis qu’Arlon chassait la petite garnison hollandaise de cette ville, de nombreux volontaires partirent pour Bruxelles pour former un corps de Chasseurs luxembourgeois sous le’ commandemant de l’avocat Dominique Claisse de Luxembourg. Nous trouvons comme volontaires pour Bastogne: H.Masbourg, J.P.Siville et P.F. Tosquinet qui dès le 1er octobre 1830 se rendit à Bruxelles à la tête de plusieurs de ses concitoyens qu’il entretint durant le voyage. Il se distingua à Waelhem et à Wilryck. Breveté sous-lieutenant le 9/11/1830, il passa au 2me chasseurs à pied le 30/9/1831, fut nommé lieutenant le 31/5/1834, et décéda tragiquement au camp de Beverlo le 25 juillet 1837. (1)

Le Luxembourg fut donc au 1er rang de la victoire remportée sur les Hollandais.

Le Musée royal de l’Armée conserve un uniforme de ce corps de volontaires (uniforme du volontaire Rogister  blouse de toile bleue sans passepoil de couleur; bonnet à flamme verte, tresse et floche de laine rouge, tur­ban de fourrure noire surchargé de grandes lettres de cuivre L.X.; houzeaux de velours brut à grosses côtes.(1)

Seize Luxembourgeois siégèrent au Congrès, dont Nothomb pour le district d’Arlon et Hubert Hasbourg pour Bastogne.

De 1831 à 1839, le représentant à 1a Chambre pour le district de Bastogne fut

  1. D’Hoffschmit de Recogne.

 

Le 19 avril 1839 fut signé le traité des XXIV articles et avec l’accep­tation de Guillaume 1er, ce fut la séparation: notre province actuelle restn à la Belgique, tandis que l’autre partie demeura acquise au Grand-Duché indépendant.

 

(l) L.Leconte: Le 2me bataillon de tirailleurs ou les volontaires Luxem­bourgeois de Claisse. pages 13 et 16.

 

(p.39) Nous ne pouvons terminer cette page d’occupation hollandaise sans parler du fameux projet du”canal Meuse-Moselle”, canal plus connu dans notre ré­gion sous le nom de “canal de Tavigny” ou “canal de Bernistap”. Cette oeuvre considérable mérite bien que nous lui consacrions quelques lignes.

 

 

CANAL DE TAVIGNY dit aussi de BERNISTAP (1)

 

Entre 1815 et 1830, se trouvait donc sous le régime hollandais; par la conformation même de leur pays, tout en canaux, c’est aux bateaux que nos gouvernants de La Haye songèrent d’abord; et ils se mirent à dévelop­per le réseau des voies fluviales (canaliser la Sambre et la Meuse, creu­ser le canal de Gand à Terneuzen etc.

Ce fut alors que naquit le projet de réunir la Meuse liégeoise à la Moselle Luxembourgeoise et au Rhin, par l’Ourthe et la Sûre canalisées. Ce canal devait être une route de transit pour l’Allemagne et la France; en même temps qu’un canal d’exploitation agricole, le bateau était un moyen de trans­port facile et peu coûteux.

Le promoteur du projet, un futur colonel du génie de l’armée belge, Remy de Puydt, ingénieur de talent et voyant loin et large, avait procédé à diverses études. Il Etablissait, par des chiffres, la possibilité d’exé­cuter une voie navigable partant du confluent de l’Ourthe et de la Meuse, à Liège, et aboutissant au confluent de la Sûre et de la Moselle, à Wasserbillig, en remontant l’Ourthe et en descendant la Sûre.

L’alimentation de cette voie était assurée grâce au débit des deux rivières et par l’établissement de réservoirs suffisants. On utiliserait le lit de l’Ourthe entre Liège et Houffalize et, dans l’actuel Grand-Duché, le cours de la Woltz, puis de la Sûre.

Il prévoyait même plus tard deux embranchements au futur canal: l’un sur la commune de Rendeux s/Ourthe, qui rejoindrait la Lesse en aval de Rochefort et de là, le confluent de la Lesse et la Meuse.

Le second partirait d’Ettelbruck sur la Sûre et remonterait l’Alzette.

On pense plutôt, avec le recul du temps, que de Puydt proposait ces embran­chements pour faire croire ê. un projet de mise en valeur agricole de la Haute Ardenne et détourner l’attention hollandaise de la liaison fluviale qu’il établirait entre le Rhin et la Meuse. L’habile officier réussit très bien, ce projet étant favorable aux Hollandais, mais il ne réussit pas à intéresser les Belges à son entreprise. C’est probablement la raison pour laquelle le projet ne fut pas mené à bonne fin.

Le 1er juillet 1827, un arrêté royal accordait la concession à perpétuité du canal et de ses deux embranchements au groupe formant la “Société ano­nyme – Société du Luxembourg”. L’acte de concession accordait un délai de 5 années pour terminer la liaison principale, plus deux ans pour l’exécu­tion des embranchements.

Dès le courant de 1827, les travaux commencèrent à l’embouchure de l’Our­the, à Liège et, en même temps, à Wasserbillig. La voie principale était, pour la répartition dû travail, divisée en trois parties.

Le première comprenait le cours de l’Ourthe à une demi-lieue en amont du centre de Liège et jusqu’au confluent des 2 Ourthes en amont de La Roche.

 

(1) O. Petitjean: Revue Touring Club 1931/32

 

(p.40) La rivière devait être canalisée par des barrages établis dans son lit et 8l Ecluses à sas ménagées sur des canaux de dérivation. Chaque écluse devait mesurer 3 m50 de largeur sur 20 mètres de longueur, ce qui per­mettrait le passage des bateaux de 60 tonnes.

La seconde partie du tracé utiliserait la vallée de l’Ourthe, passerait par Houffalize pour atteindre l’embouchure d’un ruisseau dit  “du Moulin” (un peu en amont de Houffalize) et continuer sur Tavigny. Entre les deux Ourthes et Houffalize, on devait creuser un canal, soit dans le lit de la petite rivière dont les eaux seraient relevées par barrages,  soit dans des parties de rivières redressées. De Houffalize à Tavigny, on creuserait un canal particulier latéral à l’Ourthe et au ruisseau du Moulin. La lon­gueur totale de cette section devait être de 25.418 mètres: la chute de 170 mètres, nécessitant la construction de 37 écluses,  la plupart à sas multiples.

 

Dans la troisième partie, la section sud en pays Luxembourgeois, remon­terait la Wiltz jusque Kautenbach,  puis la Woltz par Wilwerwiltz et Clervaux. Elle obliquerait vers l’ouest au nord de Clervaux par le ruisseau de Troine et atteindrait, au-delà d’Asselborn, un bief de partage des eaux.  Ce bief s’étendrait entre Buret et le hameau Luxembourgeois Hoffelt. (commune de Hachiville). Sa longueur totale devait être de 5.370 mètres, comprenant,de part et d’autre d’untunnel de 2528 mètres de longueur,  deux sections à ciel ouvert.

L’art de l’ingénieur était de surmonter deux difficultés, l’alimentation en eau à un point du pays situé à plus de  500 m d’altitude au-dessus du niveau de la mer et le franchissement d’une crête qui, de part et d’autre des écluses d’accès au bief, se relevait de 60 mètres.

La partie la plus intéressante était donc le bief à établir entre la com­mune de Tavigny et celle de Hachiville. Il fallait l’établir à une côte qui permettrait d’amener les eaux du plateau environnant, ce qui imposait la nécessité de creuser le canal en tunnel sous la crête. L’emplacement avait été choisi à cause, précisément, des possibilités d’une alimentation abondante en eau, c’est-à-dire entre la première éclu­se ouvrant la descente vers la Meuse, à Bernistap,  et la première écluse descendant vers la Moselle, à Hoffelt, à 50 m environ en-dessous du pla­teau environnant et 60 m en-dessous de la crête de partage des bassins fluviaux.

 

De part et d’autre de cette crête, le bief fut établi à ciel ouvert: la distance entre l’écluse de Bernistap et l’entrée du tunnel, à Buret, est d’environ 2 km. Le travail y fut complètement exécuté;  c’était une tranchée qui allait en s’approfondissant, à mesure que le terrain se relevait, fut taillée dans le roc;  au point où cette tranchée atteignit 10 m 50 de profondeur,  il devint moins onéreux de commencer le souterrain. Celui-ci devait avoir 2.528 mètres de longueur. De sa  sortie orientale à l’écluse de Hoffelt, il n’y avait que 700 m environ de tranchée à creuser.  Cette tranchée fut  également creusée.

Le canal,  y compris le tunnel, suivait dans ce bief une ligne assez droite.

Deux ruisseaux,  celui de Tavigny et le ruisseau de Hachiville recueillaient par deux affluents principaux les eaux du haut plateau environnant. Le projet du colonel de Puydt drainait vers le bief de partage les eaux supé­rieures de ces quatre affluents principaux à l’aide de petits canaux (rigoles) au Sud, les ruisseaux de Boeur et Buret et au Nord les eaux du ruisseau de Roset,  et les ruisseaux de la partie grand-ducale.

 

(p.41) Les tranchées qui devaient amener le canal aux deux entrées du souter­rain furent commencées dans le courant de 1828. Le 13 janvier 1829, elles étaient terminées et l’on entama le percement du tunnel à Buret, percement qui fut long et difficile; la dureté de la roche, l’envahissement des eaux et la pauvreté des moyens à cette époque, ne permettaient        d’avan­cer que d’environ 2 mètres par quinzaine.

L’endroit où la société avait établi le dépôt de son matériel, des ateliers de la cantine, etc., se trouvait tout en haut de la crête qui porta pendant longtemps le nom de « Chantier », petit hameau construit en cet endroit.

En août 1831, le tunnel s’enfonçait dans la montagne sur une longueur de 1300 mètres, dont la moitié était maçonnée (rapport officiel).

D’après les renseignements du chapelain de l’époque à Buret, les chiffres mentionnés dans les registres de la cure, sont un peu inférieurs aux précédents: longueur de 1130 mètres 20 cm.

Ces travaux avaient déjà coûté 1.500.000 frs dans ce secteur.

Les travaux, d’abord ralentis à la suite de la révolution de 1830, avaient été complètement abandonnés en août 1831. Il semble que cet abandon fut surtout imposé par manque d’argent. La Société avait arrêté ses travaux avec l’intention de les terminer quand le sort politique des territoires traversés serait fixé.

Après la révolution belge, les deux extrémités de cette voie appartenaient à deux Etats,  qui,  ayant le même souverain, pouvaient se concerter pour étrangler le trafic sur le parcours belge

intermédiaire. Le canal ne pou­vait plus compter, en toute hypothèse, sur un fret en provenance ou à des­tination de la Hollande libre de tous droits de douane et de navigation. Si tout ou une  partie du Luxembourg venait  à être enlevée à la Belgique, celle-ci ne pouvait garantir à la Société,  ni la  continuation des travaux en territoire grand-ducal jusqu’à la Moselle aux conditions de la conces­sion primitive, ni la liberté du trafic et  de l’exploitation convenue sans entraves douanières, péages et redevances sur le territoire grand-ducal.

En réponse au Gouvernement belge qui voulait des précisions sur les tra­vaux, la Société répondit qu’un achèvement  partiel ne l’intéressait  guère et que si le Gouvernement désirait qu’elle  canalisât l’Ourthe, il devait lui en fournir les fonds. Cette réponse  était une fin de non-recevoir: la Société maintenait tous ses droits et entendait rester seule juge de l’opportunité de la continuation des travaux.

La population du Luxembourg tenait au canal, et en 1836, deux députés de la province,  Bercer et  D’Hoffchsmidt dépecèrent a la Chambre une proposi­tion de  loi  pour la  continuation des travaux grâce au produit de  la vente des bois domaniaux en Luxembourg.

 

Mais en 1843, le problème avait changé d’aspect. La Belgique ayant décidé en 1834,  la  construction d’une ligne de chemin de fer d’Anvers-Cologne, avait rendu inutile l’achevèrent du canal,  Dès lors, une transaction s’im­posait. Par une convention conclue avec l’Etat belge en 1846, la Société fut libérée de construire le canal. En même temps la  Société obtenait la concession de la  ligne de chemin de fer de Bruxelles à Luxembourg.  Cette Société prit le nom de  “Grande Société du Luxembourg” et prit, pour objec­tif, celui de construire et d’exploiter aussi bien des voies ferries que des canaux.

Quant au tunnel, il a résisté, jusqu’à ce jour du moins, et le canal de Bernistap s’est rempli d’eau et est envahi par ses roseaux et les plantes sauvages. C’est une curiosité fort peu connue,  mais il est vrai que l’accès en est très malaisé.

 

 

3.1.1.6 De 1830 à 1914

 

TIRAGE AU SORT  (Octave, 1973, 36)

 

Le ” tirage au sort”, appelons cela “un mode de recrutement” remonte en Belgique à la conscription napoléonienne. Cette loi, née de la guerre et de la révolution,  imposée de force,  fut le produit d’un régime de despo­tisme pour aider l’oppresseur à tenir notre patrie sous son joug.  Quand en l’an VI de la République française avaient  été apposés les premiers placards annonçant l’extension à la Belgique des lois sur la conscription, ce fut la guerre des paysans, petites troupes mal organisées et vouées à la défaite. Les Belges restaient farouches et hostiles à ces enrôlements, et bon nombre furent réfractaires ou déserteurs.

La conscription est restée presque la même durant des années, triste néces­sité sans doute, même lorsque notre pays pu jouir d’une ère de paix et de prospérité. (La nouvelle loi sur la milice du 3 juin 1870, apporta un changement important au système de recrutement de la loi du 8 janvier 1817.)

Jusqu’à l’établissement du service militaire personnel en 1910, (l’année 1909 fut la dernière année du”tirage au sort”) la cérémonie de ce mode de recru­tement,  était dans nos communes rurales, un événement très important.

” Tout Belge était tenu de se faire inscrire pour la milice pendant le mois de décembre de l’année où il avait 19 ans accomplis”. Vers la fin de février avait lieu le « tirage » pour les jeunes gens inscrits.

Le contingent annuel était divisé en deux parties: l’une active, l’autre de réserve assignée à l’infanterie. Chacune de ces deux parties était répartie entre les provinces, et par la Députation permanente, entre les cantons de milice composés de une ou plusieurs communes. (1)

La répartition était faite proportionnellement au nombre d’inscrits de la levée. Au jour fixé par le Gouverneur et annoncé par affiches, le tirage se faisait  sous la direction du Commissaire d’Arrondissement, assisté de deux membres du collège échevinal.

Le Commissaire d’Arrondissement, après avoir fait connaître le chiffre des ajournés de chacune des deux catégories, paraphait et comptait à haute voie autant de numéros qu’il y avait d’inscrits pour la levée. Il déposait en­suite les numéros dans l’urne.

Les numéros les plus bas en montant jusqu’à ce que le nombre requis de miliciens à incorporer soit complet,  désignaient les inscrits qui feront partie de l’armée  active;  les numéros les plus élevés en descendant jus­qu’à ce que le nombre  également requis  soit complet,  désignaient les ins­crits qui feront partie de la réserve.

Les premiers et les derniers nu­méros, sont attribués de droit,  respectivement aux deux catégories d’a­journés et dont le numéro avait été appelé pour la formation du contin­gent de l’armée où ils avaient tiré au sort.  L’une de ces listes compre­nait les ajournés de la  partie active du contingent,  l’autre,  ceux de la réserve”(Loi sur la milice)(I)

L’appel du nom se faisait par lettre alphabétique. L’inscrit prenait un numéro dans l’ « urne » ou «  tambour », le remettait au commissaire qui, après avoir crié et inscrit le numéro,  le rendait à l’intéressé.

Les ” bons numéros” étaient  les numéros les plus élevés. Les “mauvais” étaient  les numéros les plus bas, donnant ordre de service; plus une troisième catégorie, “la réserve”(ou “balance”)

Le milicien qui était “dehors” recevait un congé définitif.  Celui qui avait pris un “mauvais” numéro, devait se rendre 1 mois après le tirage, au chef-lieu du canton de milice où avait  lieu la visite au Conseil de révision.

 

(1) Hubert Leemans: Loi sur la milice: 870, p.95, art.19

 

(p.37) Au milicien défavorisé par le sort, on lui fournissait le moyen d’échap­per au service: il pouvait payer un remplaçant. Celui-ci devait satis­faire naturellement aux conditions requises, mais le remplacé était néanmoins responsable, c’est-à-dire,  qu’il devait être désigné pour le ser­vice si son remplaçant désertait, se faisait chasser de l’armée ou était condamné à la dégradation; (il pouvait s’affranchir de toute responsabi­lité en versant à la caisse de l’Etat, une  somme dans les dix jours qui suivaient l’avis que son remplaçant était admis).

Si aucun remplaçant ne se présentait, certains miliciens passaient une annonce dans le journal.

Qu’elle était la rémunération des volontaires? Elle variait. Ainsi, en 1899/1900, elle  était de 1.600 frs, en 1903,  de 1.700 frs et en 1909, dernière année, de 1800 frs.

On devine la  joie de ceux qui exhibaient un bon numéro et la désillusion des autres.  Pourtant ceux-ci manifestaient comme les autres, arborant à leurs chapeaux leur numéro. On buvait sec pour fêter l’heureuse chance, ou pour noyer la déception.

Nous avons trouvé, par hasard, une liste de ” tirage au sort” de la commune de Longvilly,  de l’année 1902. Nous la reproduisons ci-dessous, (…).

 

Numéro le plus haut : 130, le plus bas : 20 (appelé aussi  “le bidet”) :

 

DELCHAMBRE François  

57

LAMBERT Jules

97

FLAMANG Jules 

44

LAUKES Alexandre

34

FRICOT Lubert

55

LOMMERS Félix

106

GLESNER Melchior 

63

MAQUET François

75

GUEBEL Victor 

95

SCHLECTER Jean

86

JACQUEMIN Eudore  

82

SIMON Joseph

38

JACQUES Joseph  

58

THINES Ch.

40

KENER Louis      

67

TIERNES E.

76

KUPPER L

25

 

 

 

 

3.1.1.7 De 1914 à 1918

 

LA GUERRE 1914-1918 (Octave, 1973, 110)

 

La nuit du 31 juillet au 1er août fut une nuit mémorable. La paix et le calme des villages fut troubles par de fiévreuses sonneries de clo­ches, par des appels de clairons:” Soldats levez-vous, courez à la dé­fense du sol menacé”. Heures marquées par d’émouvantes scènes d’adieu. (1)

Le 2 août 1914, à 7 heures du matin, le ministre d’Allemagne remettait au Gouvernement belge la note du Gouvernement allemand, annonçant l’intention de violer le territoire et demandant une neutralité bienveillante, à défaut de laquelle le règlement des rapports serait laissé à la décision des armes

Le 3 août, le Gouvernement belge remettait une réponse négative. Dès ce mo­ment les préparatifs de résistance s’accentuèrent, l’ordre vint d’abattre les arbres pour obstruer les routes, surtout dans la partie nord-est de la province.

Le 4 août, Monsieur de Broqueville annonçait la violation du territoire.

L’Allemagne est reliée au Nord du Luxembourg par 4 grandes routes, dont 2 tra­versent le Grand-Duché :

 

1 la route Recht-Petit-Thier-Vielsalm,

2 la route St Vith-Beho

3 la route Allerborn-Longvilly-Bastogne

4 la route Wiltz-Bastogne.

Bordant toute notre frontière, la région fut tout de suite piétinée par l’envahisseur. Le premier soin de l’ennemi fut de détruire le téléphone, le télégraphe et les correspondances restées en souffrance dans les bureaux de poste.

 

Les troupes entrèrent à Beho dès le 4 août et se dirigèrent vers Bovigny. Le 5 août, vers 4 heures de l’après-midi, 5 uhlans passèrent la  frontière grand-ducale d’Allerborn à Longvilly et arrivèrent à Bourcy,  place de la gare. Le 7 août, il en arriva 35, puis une compagnie de cyclistes qui fit déblayer les routes de Moinet et de Boeur encombrées d’arbres abattus. D’importants mouvements de troupes commencèrent le  lendemain;  ils emprun­taient aussi les routes secondaires: le  sentier de Troine à Buret, la vieille route de Boeur-Bourcy (au lieu-dit Bâneû (‘Banneux’), on raconte qu’un ca­valier allemand, fit une chute dans l’étang et perdit son cheval. Ils occupèrent bientôt tout le réseau des voies de communications. Cependant les armées françaises avaient, elles aussi, pénétré sur notre sol pour nous porter secours. (C’est la version historique officielle; en fait, la France préférait mener une guerre forcément destructrice sur le sol belge …).  La  cavalerie fit une courte apparition avec le corps du général Sordet (12.000 à 13.000 chevaux =  3 divisions). A Dame-Havez sur l’ancienne route romaine, il y eut un bref combat entre des Allemands et des éclaireurs français.  Ils se  firent acclamer le 5 août à Neufchateau,  Bouillon, Florenville, St Hubert, Libramont, à Bastogne le 6 août, le 7 à Houffalize. Le 1er soldat français mort sur le sol belge tomba à Houffalize le 7 août à 7 h 30 du matin. Mais bientôt l’ordre re­tentit de refluer, les troupes françaises durent céder le pas sous la forte pression de l’invasion allemande.  Le 10 août, Bastogne fut envahi par les casques à pointe.  Chaque avance des forces allemandes était marquée par des sévices exercés sur des civils,   sévices plus ou moins im­portants suivant les localités. Parfois, ce ne furent que de pures manoeu­vres de terrorisation dans le but de mater les habitants et faciliter les réquisitions;  ailleurs, la férocité et l’excitation sauvage des troupes allemandes firent des victimes, telles que les deux civils exécutés à Bertogne,  ou des destructions, telles que l’incendie des maisons à Mabompré, Ortho,  etc.

Bourcy échappa à de tels sévices. Les Allemands occupèrent dès les pre­miers jours l’école de Monsieur Mathieu, l’église, qui fut dégagée de son contenu afin de permettre à la troupe de l’occuper, et bien sûr, nombre d’habitations, également en vue du logement de la troupe.

 

(1) Ch. J. Schmits: Invasion allemande dans la prov. de Luxembourg

 

(p.111) Ils réquisitionnèrent des hommes et des attelages pour assurer divers transports de denrées, faciliter l’approvisionnement des années, et ef­fectuer un peu partout les travaux de déblaiement. Un Allemand serait décédé à Bourcy durant cette période. Sa tombe se trouvait jadis au cimetière de Bourcy dans le coin gauche de l’entrée. Ces restes furent rapatriés, dit-n,  durant l’occupation de 1940/45.

Cependant la seconde avance allemande fut plus importante que la première. Ce fut le passage jour et nuit de l’infanterie, de l’artillerie et de convois de ravitaillement de plus en plus importants.

Les Allemands en voulaient particulièrement au clergé. A Noville, l’abbé X.Collard, curé à l’époque et monsieur Auguste Lecomte furent pris comme otages pendant quelques jours par des Saxons.

A Bourcy, monsieur le curé Bodson, le bourgmestre et le garde-champêtre furent également gardés comme otages au presbytère. Les deux derniers furent libérés rapidement. Il n’en fut pas de même de l’abbé Bodson. (…)

A part cet épisode, rien de grave ne se passa durant ces années. Pour tout déplacement un laissez-passer était nécessaire. Les hommes munis d’une carte spéciale devaient se présenter chaque mois au  “Kontrolle” afin de faire viser leur présence dans la commune.

En 1916, il y a eu quelques jours d’émotion lors de la  réquisition des hommes qui partirent,  (…) pour Bastogne. Mais finalement tout se termina bien grâce à l’intervention du bourgmestre qui, raconte-t-on, flat­ta les Allemands en leur offrant un dîner bien arrosé. Ils rentrèrent quelques jours plus tard, ayant échappé à la déportation.

 

(p.113) Il se créa un “Comité de Secours et d’alimentation du Luxembourg”; c’était un “Comité hispano-américain” de ravitaillement qui avait pour but l’achat de vivres pour les habitants. Comme dans toutes les occu­pations, les rations étaient limitées, mais dans nos villages si on manquait d’un bon nombre de choses (c‘était l’époque de la “céréaline”) nul ne souffrit vraiment de la faim. Les saloirs se remplissaient quand même, au nez et à la barbe de l’occupant.

Fin octobre 1918, les troupes allemandes commencèrent à refluer vers les frontières, c’était une armée désorganisée qui avait perdu la mor­gue des années précédentes. Vers cette date, une installation de boulan­gerie allemande occupa à Bourcy, “les prés Colas” durant quelques jours, ravitaillant les dernières troupes. Les enfants du voisinage ne se gê­naient pas pour leur dérober de temps en temps quelques pains. Vers la fin de l’année 1918, des Italiens apparurent dans la région, leur uniforme était verdâtre comme celui des Allemands, vivaient chez l’habitant ou dans les dépendances.  Selon certains témoins, ils souffri­rent surtout du froid, cela se comprend.

La grippe espagnole apparut chez nous dans les années 1918-1919. Elle sévissait partout et de nombreuses personnes en furent touchées, même mortellement.

Pourquoi ce nom de grippe espagnole contre laquelle on se trouvait désar­mé? Simplement dit-on, parce qu’en Europe, les hécatombes avaient com­mencé au-delà des Pyrénées.

Détail important que soulignèrent les journaux du temps, la grippe es­pagnole massacra plus particulièrement les adultes et parmi ceux-ci les gens en pleine force. Elle négligea (ou presque) les enfants et les vieillards. (Au contraire, l’épidémie d’influenza de 1889, de sinistre mémoire aussi, enterra surtout les moins de vingt ans et les plus de cinquante ans.)

 

Voici la  liste des anciens combattants de 1914-1918 de la commune, liste que nous avons essayé, de reconstituer le  plus complètement possible. (p.113-114)

 

 

 

Docteur

Albert HUBIN

né le 8 février 1883, à St-Servais, engagé comme volontaire pour la milice de 1903, vint habiter Bourcy le 25 octo­bre 1906. (Il avait construit la maison Dufourny actuelle). Il rejoignit son poste à la déclaration de guerre et fut attaché à la 1ère Section d’hospitalisation de la  2me Division d’armée; comme médecin-adjoint ;

attaché au 8e régiment d’artillerie de tranchée au début de 1917 ;

attaché à l’hôpital de  passage à Calais, puis à l’hôpital militaire à Calais le 2 novembre 1917 ;

attaché au 5e régimt. de Ligne le 25 mars 1918 ;

décédé à Vinckem (Furnes) le 8 mai 1918. (1)

Edouard L. François KRACK

né à Bourcy le 12 octobre 1893,  cadet de neuf enfants. Engagé au 12e de ligne comme volontaire de carrière pour un terme de milice prenant cours le 1er octobre 1911. Il se trouve à Bouillon,  lors de la  dé­claration de guerre,  termine celle-ci au 10e de ligne et au 8e de ligne  comme adjudant. (1) Il fut de nouveau au combat en 1940 (voir plus loin.)

Jean ROULING

né à Arloncourt en 1869. Entré au 6e de ligne en 1889 par tirage au sort du 20 juillet 1889,  il est entré en service actif en octobre de la même année. Devenu officier,  il s’est senti attiré par le Congo belge. Entré dans les cadres de la force publique en 1905, il fut bientôt chargé de missions. La guerre de 1914 lui permit de mettre en valeur ses bril­lantes qualités militaires. Grâce à sa volonté farouche, il fut appelé “le sanglier des Ardennes”. Le 3 juillet 1916, à Kato (2), il livrait au Hauptmann Godovius, commandant des forces allemandes, un sanglant combat de 6 heures environ,  avec un effectif très inférieur. La colonne ennemie fut complètement détruite et son chef fait prisonnier. Rouling fut gravement blessé de 5 balles dont une lui avait percé l’oeil gauche. Il fut surnommé le “vainqueur de Kato », l’un des combats les plus terribles de la campagne africaine. Major en 1916, il fut nommé lieutenant-colonel en 1919. Pensionné le 28 juin 1921, fut nommé colonel à titre hono­raire en 1924. Il est décédé à Bruxelles le 16 novembre 1939 et repose au cimetière d’Arloncourt. Bastogne a donné  son nom à une rue de la ville. (1946)

Alphonse BREVERS

de Bourcy

Emile BEAULIEU

Longvilly

Joseph  BOCK

Longvilly – tué

C.  CHWINNEN

Longvilly – déporté

A. DEROUANNE

Michamps

Emilien FRERES

(Longv.) Bourcy

Jules GUEBEL

(Longv.) Bourcy

A. GRESSE

Michamps

F. HENQUINET

Longvilly

O. JACQUEMIN

Bourcy (ch. de fer)

T. KESCH

Michamps

PHILIPPART

(Vesqueville) Bourcy

Louis PICARD

Longvilly

L. PIRON

Longvilly

Camille LUC

Longvilly   

O. MARCHAL

Longvilly – tué

P. MARCHAL

Longvilly – tué

J. MOINET 

Michamps

Edouard RIES

 (Moinet) Bourcy

SCHWINNEN

Longvilly – tué ou prisonnier ?

SLEITER ?

Longvilly – décédé en Allemagne

TIERNES

Michamps

Michel FETTEN

(Buret) Bourcy

J. CLOSE

Tué

 

(1) Arch.Armée Bxl: Etats de service.

(2) Kato : à l’ouest du lac Victoria (Congo belge).

 

 

 

3.1.1.8 De 1940 à 1944

 

LA GUERRE DE 1940  (Octave, 1973, 115) (1)

 

Les ” bérets verts” sont issus en ligne directe du 10e régiment de ligne créé en 1830 et qui reçut son drapeau le 22 décembre 1831 à Louvain des mains du roi Léopold 1er.

Le 10 mars 1933, un Arrêté Royal décida que désormais le 10e de ligne s’appellerait “Régiment des Chasseurs Ardennais”. Le 15 septembre 1934, à la plaine de Waltzing, près d’Arlon, le jeune Roi Léopold III, remettait solennellement leurs drapeaux aux trois groupements mixtes constituant le régiment de Chasseurs Ardennais, lesquels seraient appelés à former trois régiments en cas de mobilisation.

Le 2me Groupement des Chasseurs Ardennais gagna sa nouvelle garnison: Bastogne en 1937. A la tête du régiment en 1940, se trouvait le Colonel Fl. MERCKX.

A la lisière de l’Ardenne, le 1ère Division des Chasseurs Ardennais, sous les ordres du Général Descamps, se dressait depuis Arlon et Assenois (I .C.A.) jusqu’à l’Amblève-Salm (3e Ch.A.) en passant par Bastogne (2e Ch.A.). Le IIIe bataillon (Major Danloy) occupait le quartier Nord dont le P.C. était à Bastogne. Le IIe bataillon (Major Delvaux) occupait le

quartier Sud, dont le P.C. était à Isle-la-Hesse.(l)

Dans la région Longvilly-Bourcy, trop proche de la frontière, il n’y avait pas de troupe, seulement un poste d’alerte de quelques hommes à “La Raine”. Ce poste d’alerte avait  simplement pour but, de signaler l’arrivée des troupes ennemies et de se replier immédiatement.

Le 9 mai au soir, on signalait des allemands dans la région de Wiltz. Aux approches de l’aube, on entendit des passages importants d’avions. Bientôt le jour étant venu, on vit des escadrilles composées d’une vingtai­ne d’avions allemands. Sur les routes, des civils fuyaient l’envahisseur, semant la nouvelle de l’invasion du Grand-Duché.

Le 10 mai, vers 5 H,30, un avion allemand survolait Bastogne et la région à basse altitude, lançant des tracts en français et en wallon., promettant monts et merveilles en cas de reddition immédiate, mais qui se terminaient sur un ton menaçant

Nos chars vos sprotcheront dins vos traus”.

Mais les Chasseurs Ardennais étaient prêts à résister.

Vers 6 h 30, les soldats du poste de « La Mine » rentrèrent à Bastogne, tan­dis qu’une vingtaine d’Allemands se trouvaient à Bourcy et que de nombreux parachutistes étaient descendus en divers endroits.

Les destructions particulièrement nombreuses confiées au régiment étaient toutes impeccablement effectuées, et de fait, l’ennemi subissait des retards.

 

Nous trouvons superflu de nous étendre sur la bataille même de Bastogne. De nombreux ouvrages ont, mieux que nous ne pourrions le faire, détaillé cet épisode de la 2e guerre mondiale, comme d’autres l’ont fait en ce qui concerne la bataille des Ardennes et le siège de Bastogne en 1944/45.

Rappelons seulement que les Chasseurs Ardennais se sont couverts de gloire tout le long des combats qui les conduisirent de Bastogne sur la Lys, en passant par Belgrade et Temploux. Les vergers de Temploux… où le bombar­dement systématique par des escadrilles allemandes se relayant de quart d’heure en quart d’heure, de 14 h.30 jusqu’à 20 heures, coûta la vie de bien des Chasseurs Ardennais. (l) Fr.Krack, se trouvait aux côtés du Colonel de Schepper, lorsque celui-ci fut tué, éventré par un éclat d’obus.

 

(1) Le Chasseur ardennais: la journée du 10 mai 1940

 

(p.117) Deux Chasseurs Ardennais de la commune furent tués à Temploux: A. THISNES de Longvilly et A.GRESSE de Michamps,  le 12 mai 1940, jour de la Pentecôte.

Alphonse DASSENOY de Bourcy, sergent de carrière tombé lors de la ba­taille de la Lys le 25 mai 1940.(20 ans) Il repose au cimetière de Bourcy.

Alphonse WINAND, 32 ans, se trouvait sur une péniche, comme prisonnier de guerre, en partance pour l’Allemagne. Celle-ci sauta sur une mine marine dans le Waal le 7 juin 1940.  Il est enterré à Willemstad (Hollande).

 

Bourcy n’eut pas à souffrir de cette avance rapide. Dès les premiers bruits de guerre,  les jeunes gens ainsi que quelques familles prirent la fuite et s’efforcèrent de gagner la France.  Plusieurs ne tardèrent pas à rentrer, mais d’autres furent dirigés vers le sud de la France et on ne les revit que quelques mois plus tard.

Un mouvement de résistance s’organisa très tôt dans la commune: sous-sec­tion de Bastogne,  dirigé par Lesage de Longvilly.

 

PRISONNIERS DE GUERRE DE LA COMMUNE qui ne rentrèrent pour la plupart qu’en 1945.

ABINET Armel     

SCHAAK M.  et BAUVIR J.

BOURCY, rentré après quelques mois,  de même que:

BOURCY

ABINET Victor      

BOURCY 

BAUVIR Firmin      

BOURCY   

BREVERS François

BOURCY

BOURG L.       

ARLONCOURT

BOURG F.      

ARLONCOURT

BOURG R.      

ARLONCOURT,  décédé en captivité.

BORSEU A.       

LONGVILLY

COLLIN Joseph

BOURCY,  rentré pour cause maladie.

CHARNEUX F.

MICHAMPS

CHARNEUX C.  

MOINET

DUSSART Ernest  

BOURCY

ENGLEBERT

MOINET    

GILLET J.    

MOINET     

GILLET R.

MOINET  

GUEBEL

LONGVILLY  

GIRS J.

MICHAMPS 

GIRS J.-P.

MICHAMPS

HENROTTE A.

MICHAMPS    

HEYDEN A.

BOURCY

HOZAY Ernest

BOURCY

HOZAY Maurice  

BOURCY

JACQUES A.

MICHAMPS

KRACK Ed. François

nommé en 1934 au 1er Groupement mixte des Chasseurs Ardennais,  nommé capitaine-commandant le 26/3/1937 et adjudant Major le 7/4/1938) fut fait prisonnier le 28 mai 1940. Il fut rapatrié le 13/9/41 pour cause de maladie.

Attaché en 1942 à l’O.T.A.D. (Office de l’armée démobilisée),  adjoint au Commandant de la Prov. de Luxembourg le 16/9/1944, adjudant-major au 6e bataillon de Fusiliers, commissionné au grade de major le 26/3/1945 au 36e bataillon de Fusiliers.

Il prit sa retraite en 1954 comme lieutenant-colonel.

Il est décédé à Bruxelles, le 23 juillet 1964, et repose au cimetière de Bourcy.

LAMBERT M.

MICHAMPS   

LAMBIN Aimé

originaire de Bourcy,  déporté à Neuengamme y est décédé le 22 avril 1944.(34 ans).

LASSINE Marcel

BOURCY   

LOUIS Albert    

BOURCY 

MARECHAL Elie  

BOURCY

MARENNE Joseph

BOURCY

MARTIN Roger

BOURCY

ROSSION A.

LONGVILLY

TAUNUS A.

LONGVILLY 

TIERNES A.

MICHAMPS

WIRARD Albert

BOURCY 

WIRARD Roger

BOURCY

 

 

LA LIBERATION (Octave, 1973, 118)

 

On pressentait cette libération, les Allemands minaient dans toute la région les routes et les ponts. A la gare du Sud à Bastogne, les explo­sions se succédaient, aiguillages, locomotives, réservoir d’eau sautaient. L’ennemi ne voulait rien laisser intact aux mains des Alliés. Les habitants des localités regardaient d’un oeil moqueur le départ de quelques Allemands en vélo, de quelques guimbardes et des camions au gazo­gène, qui prenaient la direction du Grand-Duché. L’oreille collée à la radio, on suivait l’avance libératrice.

Le 10 septembre 1944, précédés des Résistants, les premiers fantassins africains firent leur entrée dans la ville de Bastogne; c’est le délire, c’est la délivrance: ils défilent sur deux files, follement acclamés dans les rues pavoisées,  suivit d’un long cortège de jeeps et de chars que la population prenait d’assaut.

On se déplaçait de plusieurs kilomètres, les gens affluaient des villages pour les voir passer,  car sans s’arrêter, ils continuaient sur Noville, Houffalize. A peine, les Américains étaient-ils entrés dans Bastogne, que de grandes affiches recouvraient les murs de la ville. Le texte en avait, certainement, été composé d’avance:

 

« Proclamation à la population de l’arrondissement de Bastogne.

 

La  population luxembourgeoise va connaître l’heure pathétique et qu’une attente de 4 ans a rendue fébrilement solennelle, de la libération du territoire de l’envahisseur germanique.

Au nom de l’Armée Belge reconstituée et de la Nation Renaissante qu’elle défend, appel est fait à toute la population de l’arrondissement de Bas­togne, afin que, dans un sentiment d’exaltation purement patriotique, elle sache dans une dignité parfaite célébrer ce jour nouveau.

Que dans le calme et la pondération propres aux Ardennais, elle s’abstienne de toute manifestation désordonnée et songe à recueillir dans l’honneur et la dignité, les fruits d’une activité que le Peuple Belge libéré attend. »

 

s:  Le Commissaire d’arrondissement. J. Stas.

 

 

3.1.1.9 Décembre 44 – janvier 45

 

LA CONTRE-OFFENSIVE ALLEMANDE

 

Hélas, trois mois plus tard, le vent d’allégresse allait subitement se retourner en une formidable rafale de dévastation, toute une région allait être broyée.

Déjà depuis le début décembre, les bruits circulaient: on parlait d’espions allemands, de faux parachutistes, de concentration de troupes allemandes à la frontière…. mais rien ne permettait de supposer une offensive si rapide.

Dans l’après-midi du dimanche 17 décembre des obus allemands tombaient sur le village. Quelques Grand-ducaux passaient, effrayés par les combats qui se déroulaient, disaient-ils aux environs de Clervaux. Le lundi matin, des bruits inhabituels réveillent la population: les Allemands occupent le vil­lage. En effet, la 2e Panzer Division était à Allerborn vers 4 heures du matin, mais s’écartant de la route de Bastogne, elle bifurqua sur Bourcy, tandis que la  Panzer-Lehr-Division se dirigeait sur Mageret après de nom­breux combats à Longvilly.

Les premiers rounds de la bataille avaient débuté partout. De Bastogne, les bataillons de la 101e Airborne se mirent également en route. Sous les ordres du Colonel Cherry,  une division américaine fut envoyée sur Longvilly.

(p.119) Le lieutenant-colonel O’Hara se dirigea sur Wardin. Le Groupe blindé DESOBRY devait gagner Noville et barrer la route de Bourcy. Ces trois forces ayant pris position le 18, leur mission, consistait à tenir l’ennemi le plus longtemps possible éloigné de Bastogne, en attendant des renforts.

Le major Desobry envoyé sur Noville, dut faire face à la pre­mière attaque entre Bourcy et Noville vers le matin, le 19. De nombreux combats se déroulèrent dans le secteur de Noville, mais après une lutte de 24 heures, et malgré les renforts envoyés, le Groupe Desobry, inférieur en nombre et en matériel, malgré son acharne­ment et un combat héroïque contre les chars allemands arrivant de trois côtés (Bourcy-Vaux et Houffalize), commença une pénible retraite vers Foy et Bizory, espérant faire jonction avec les troupes américaines sur la route Neffe-Bastogne.

Les Allemands s’arrêtèrent au-dessus de Foy, juste au chemin qui se diri­ge sur le château de Monsieur D’HOFFSCHMIDT à Recogne. Ils n’allèrent ja­mais plus loin.

Desobry était venu à Noville avec 15 blindés;  il lui en restait 4,  il avait perdu 13 officiers et 213 hommes, mais la 2me Panzer avait été blo­quée un jour entier.

 

Nous ne pouvons nous étendre sur l’aspect militaire des combats de la ré­gion de Bastogne; depuis la fin de la guerre, de nombreux ouvrages y ont été consacrés.

Dès l’exode des Grands-Ducaux, les jeunes gens, le garde-champêtre et les membres de la gendarmerie qui craignaient les représailles allemandes avaient quitta le village, qui, à pied,  qui en vélo, par les petits che­mins de campagne,  afin de gagner la Meuse le plus rapidement possible. Ceux qui restaient, se préparaient à vivre des jours inénarrables.

Le village, immédiatement occupé par l’ennemi et par les détachements spé­ciaux de la  “Sicherheitspolizei und Sicherheidtsdienst” communément appelés” Gestapo” et qui accompagnaient toutes les unités combattantes, subissait immédiatement des atrocités.  La Gestapo recherchait les membres de l’armée secrète ou “armée blanche” (1), et visitait les maisons du village. Elle possédait une liste comprenant les noms des suspects… Les membres de la  gendarmerie étaient en tête de liste, mais ils étaient loin. C’est  ainsi qu’eut lieu un rassemblement d’une trentaine d’hommes devant la maison-épicerie de Monsieur Roland.

Place de la gare, les époux J. MAQUET-KATTE,  avaient déjà été froidement abattus dans leur cuisine. Nul n’en sut jamais la raison. En existait-il une? Le même jour, le fils des époux Maquet, malgré les conseils de prudence qu’on lui témoignait, se vit également arrêté et abattu de 5 balles dans la nuque après avoir été conduit dans un champ non loin du cimetière. Léon OCTAVE, ayant été dénoncé, par erreur, comme résistant, fut battu comme plâtre et réussit, Dieu sait comment, à convaincre les brutes. Il fut laissé sur place avec plaies et bosses.

 

(1) Sous l’occupation, ce vocable générique et impropre d’”armée blanche” comprenait les mouvements de résistance à l’ennemi.

 

(p.120) Sous la garde des S.S. et d’une mitrailleuse pointée sur eux, les hommes arrêtés, attendaient devant la maison Roland. S’y trouvaient, notamment: M.ROLAND, M.WAGNER, A. GILLIS, FREDERICK, A. ABINET, C. DUPLICY, V. KRACK, E. FRERES, GREGOIRE, J. RIJMESTER, N. et A. MATHIEU, A. ANNET, A. GEORIS,… »  Mes amis, dit l’instituteur, nous allons être fusillés ». Interrogés, réinterrogés à tour de rôle à l’intérieur de la maison voisine, ils passèrent ainsi la nuit.

Monsieur Roland, répondant à la demande d’un soldat et espérant ainsi sauver ses compagnons d’une situation critique, se rendit dans sa cave pour prendre quelques bouteilles d’alcool cachées dans un ancien four à pain. Hélas, l’Allemand l’ayant suivi, découvrit les drapeaux alliés confectionnés en hâte quelques mois plus tôt et qui avaient si joyeuse­ment flottés lors de la libération. Monsieur Roland fut emmené et battu. Les autres prisonniers entendaient ses cris, le revirent un instant, épuisé, puis emmené au dehors. On le retrouva méconnaissable à 150 mè­tres de sa demeure; il avait succombé aux suites des mauvais traitements. Sa femme et sa fille âgée de 15 ans, furent également battues. Les prisonniers, après cette longue nuit, purent finalement rentrés chez eux. La soif de vengeance s’était peut-être assouvie à Bourcy, mais 4 km plus loin, six habitants de Noville furent froidement assassinés,par le même groupe semble-t-il. (Ce détachement de S.S. ne semblait pas être composé uniquement d’Allemands, mais d’après certains documents officiels, des Français se trouvaient parmi eux. Certains déclarèrent eux-mêmes, être Français.)                            

 

Pour les habitants, ce fut la ruée vers les caves réputées les plus solides, sans eau, sans électricité, avec un strict minimum de nourriture, entassés, jeunes, vieux, malades, dans des conditions hygiéniques rudi­mentaires.

La cave du presbytère contenait au moins 40 personnes. Vers la fin de l’offensive, les occupants en furent chassés et se réfugièrent un peu partout. Les étables et les caves de la ferme Duplicy étaient remplies, ainsi que la ferme du château. En communauté, on se sent plus en sécu­rité, sécurité toute illusoire, bien sûr.

Plusieurs familles se réfugièrent “en dessous du Moulin” se croyant pro­tégées par les bois touffus d’épicéas. Cet abri trop précaire, fut bien­tôt abandonné. Elles trouvèrent refuge dans le hangar de Monsieur Lambert, refuge tout aussi précaire, car il fut bientôt perforé par le feu de la bataille. Les plus courageux profitaient de l’obscurité ou d’une petite accalmie pour se procurer un peu de ravitaillement ou pour glaner quel­ques nouvelles.

Il est impossible de décrire ces jours interminables. Jamais prières et chapelets ne furent récités avec plus de ferveur: c’est vers Dieu qu’on se tourne dans la détresse.

Le 16 janvier, les derniers obus tombaient sur Bourcy. Un de ceux-ci éclata à proximité de la maison E. Frères, décapitant net Madame L. Lhermitte, son fils de 13 mois sur les bras. On

releva l’enfant indemne. Bourcy était libéré le 17 janvier; le cauchemar avait duré 1 mois. Mais quel réveil. Chacun ne voyait autour de lui, que ruines, désolation, routes décentrées, bois déchiquetés, cadavres d’animaux et de soldats. Pas une seule maison intacte: 25 maisons complètement détruites, les autres, fortement endommagées et pillées. Grandeur des vainqueurs ou grandeur des victimes ?…

 

(p.121) En plus des cinq victimes citées, mentionnons également Alphonse DOMINIQUE,  étudiant (17 ans) qui avait quitté le séminaire de Bastogne le 19 décembre et fut tué à Mageret.

Sylvain WIRARD (50 ans), tué d’un éclat d’obus en pleine poitrine. Jules MATHIEU (65 ans) Emile JACQUEMART (79 ans), Mme MAYEN-VOLVERT ( 45 ans) ; M.HAAG (66 ans) emmené par une ambulance américaine; on n’a jamais retrouvé sa trace.

 

Les autres villages de la commune subirent le même sort. Michamps, Oubourcy,  Arloncourt,  occupés tour à tour par les Allemands et les Amé­ricains et ceci plusieurs fois durant tout un mois; on imagine facile­ment dans quel état se trouvaient ces villages après les batailles. Ce fut pour les habitants un va et vient continuel à la recherche d’abris. Au prix de mille difficultés, ils quittaient leur village en feu pour échouer dans un autre, qui connaissait un peu plus tard le même sort.

A Michamps, un bref corps à corps se déroula dans la maison Fairon. Le 16 janvier, l’Oberlieutenant Kierski se trouvait dans la cave de la ferme Jacob, occupée par Derouanne.

Il avait opté pour la résistance, mais finalement se rendit. Un obus explosa à l’étage de la maison Garcia tuant le père et blessant l’épouse et la fille. Le 3 janvier, toutes les maisons situées en face de la chapelle brûlèrent. Le bâtiment Fairon devint un refuge pour 80 personnes, ainsi que les caves Jacob et Zune.

 

Victimes de l’offensive:

A Michamps 

Joseph Garcia                                        

Léon Marchal

Hélène Gaspard et son fils Guy                                                  

Nicolas Louis                                                                              

Oubourcy

I. Roufosse, veuve Girs

Céline Baltus épse Marchal

Moinet

Michel Sainlez

Arloncourt

Ernest Charneux, tué à Oubourcy par un Allemand

Longvilly

C.Clause

Fern. Lesage                                             

R.Guebel

E.Guebel, quittant un instant la cave de Monsieur Beaulieu, fut blessé par un éclat d’obus. Deux heures plus tard, les Américains entrant au village emmenèrent le blessé en ambulance. Nul ne le revit.

 

 

Pour l’arrondissement de Bastogne, on comptait une perte de bétail de l’ordre de 3.863 vaches laitières et 14.623 porcs,  plus ce qui a échappé aux constats officiels.

Le matériel agricole fut saccagé, les greniers et les caves vidées, sans récolte: la population avait perdu à la  fois, ses biens, ses demeures, ses instruments de travail.

Les villageois sinistrés menèrent une vie pénible durant de longs mois, s’installant dans des écuries, des annexes ou chez un voisin compatissant moins sinistré. Cet état de chose dura jusqu’à l’arrivée des habitations appelées” baraquements”, du ” provisoire”, mais qui dura une bonne dizaine d’années. L’électricité ne fut rétablie que fin 1946. Cependant les ha­bitants ont aussitôt employé leur énergie à reconstruire leur village. Ils ont retrouvé au fond d’eux-mêmes la vigueur et la ténacité de leurs ancêtres pour déblayer les ruines et remettre pierre sur pierre.  Hélas, la len­teur des organismes officiels chargés de la réparation des dommages de guerre a contrarié leurs élans de courage par de vaines attentes. Certains touchèrent seulement leurs dommages de guerre 15 ou 20 années plus tard.

 

 

Koskimaki George E., The Battered Bastards of Bastogne, 1994

 

(p.456-459)

JANUARY 15 1945

Things were fairly quiet during that day and a half of waiting, but we knew that the attack on Bourcy was imminent. We did receive a number of presents from the enemy, both incoming artillery shells and some screaming enemies, the whistling mortar shells that were supposed to frighten the people in the target area. Unfortunately, the radio operator of ‘F” Company was wounded in one arm. I still remember Cpl. Walter Zagol, a lively fellow from Chicago, making his way back to the rear, holding up his bleeding arm and calling out with a big smile: ‘At last, I got it! A million dollar wound!’ This was the comic pose of the guy who got hit; a wound that took him to the hospital, but which was not very serious. Zagol was a good young fellow and he rejoined us after a few weeks.196

 

JANUARY 16 1945

In the 502nd sector (right flank), the 2nd Battalion had moved into position in the northeast section of the Bois Jacques about midnight on the 14th and at 0830 on the 15th passed through 3rd Battalion. Now on the 16th, 2nd Battalion would lead the drive into Bourcy.

With the capture of Captain Earl Hendricks and a fellow officer, along with 47 members of a platoon on January 3 in an enemy tank attack on Longchamps, command had gone over to Captain Raymond “Whispering” Smith who had lost his radio operator, Cpl. Walter Zagol, who had picked up his “million dollar wound”. Needing a replacement, Smith had selected Pvt. Alden Todd to fill the void. Todd had no working knowledge of the SCR-300 radio or communication procedures. He did realize the radio was heavy when carried around on the back (42 pounds) with an antenna which projected nine feet above the set. Radio operators were often targets of enemy snipers. Another soldier had given Todd ten minutes of operating instructions. Todd relates that first experience:

After the elementary instructions, I was on my own. My job was to transmit the orders and queries between Captain Smith and the battalion command post and to receive the replies. We were supposed to use code words for the units and the commanders to keep the enemy from understanding our messages.197 But in fact, I used only a few of those codes – very few. I really was not fully trained.

The attack on Bourcy was scheduled to jump off at 0830. It was being preceded by a thunderous artillery barrage. Captain Smith was supposed to move

 

———————–

196 From a paper: Memories of my first visit to Bourcy – January 1945, by Alden Todd, November 1986.

197Code names were assigned to all regiments. The 502nd was “Kickoff while the 1st, 2nd and 3rd Battalions were “Red”, “White” and “Blue” respectively. In the above case, “F” Company was “Fox”.

 

 

(p.457) his troops forward at 0830 and he was becoming extremely nervous wondering if the barrage would let up so the shells wouldn’t land on his advancing troops. Pvt. Alden Todd continues his story:

Suddenly he shouted at me in that thunderous tone of voice for which he was well known: Todd! Tell them to lift the artillery. Stop the artillery!1

Obediently, I called into the radio mouthpiece: ‘Captain Smith says to lift the artillery!’ A second later, thinking that perhaps the word ‘lift’ had not carried clearly by radio, I repeated the message, using every useful word that came to my mind: ‘Stop the barrage – Do not fire any longer!’

Eight-thirty – a whistle sounded, the signal for the attack. Suddenly, the thundering shells stopped falling. Silence.

With some apprehension, not having any idea of what might happen, we crossed the ridge, every man now being an excellent target for the enemy in Bourcy, if he wanted to take aim at us. We moved forward in a strange silence, sinking deep into the snow, moving downhill toward the village. Then Captain Smith and his neophyte radio operator found a track in the snow made by a German Tiger tank that had gone up our hill a couple days earlier and then back toward Bourcy. The Tiger, with its great weight, had flattened the snow so as to form two perfect walkways, each one about two feet wide. Smith, being the commanding officer, took the left-hand path to make it easier to cross this enemy terrain. The radio operator, who, of course, had to stay near the captain, took the right-hand track. Then several other men in the company, seeing how easily we got out of the deep snow, fell in line behind us in the two Tiger tracks – and then the captain saw them.

‘Get out of those tracks!’ he shouted in his angry ‘whisper’. ‘You are a perfect target!’ Of course, he was right. The other men, somewhat annoyed, spread out to the right and left in the snow, moving forward with difficulty, one heavy step following the other. Fortunately, there was not a single rifle or machine gun shot from the direction of Bourcy – at least, not so far.198

 

PFC. Robert T. Harrison was in on the same action as a member of the 3rd Battalion Headquarters Company. He remembers it was a real struggle through the snow. It was tough on the “ole man” of his unit. Harrison describes the action:

After we were relieved, we went on the offensive and moved up the highway. Bastogne was on our right and before we were to kick off, Captain Frank Lillyman asked me to cover a machine gun in a tank but I wasn’t too happy to get in that thing so Chuck Clites took it. They were short a gunner. We had a man in our outfit, one of the first to go through jump school. His name was Nick Vignovich. He was much older than most of us. We called

 

198Todd, op. cit.

 

(p.458) him ‘the ole man’ or ‘Dad’. I think he was about 32 years old. We had to cross a field one at a time. It was open and the snow was pretty deep. When my turn came, I got out in the middle of the field. Nick was lying there and couldn’t go anymore so I got him up, took his equipment and got him over and under cover just in time for we were on the receiving end of another artillery barrage.

T/5 Richard J. Kazinski was a member of a bazooka team with 2nd Battalion Headquarters Company of the 502nd Regiment. He was in on the attack toward Bourcy and remembered some large enemy tanks facing his position and being told by a tanker to forget about making an attempt to stop one of them with his bazooka. Kazinski wrote:

 

One morning I remember, we were to attack a town in a valley. As we approached the top of the hill, we saw five Tiger Royals waiting for us. Our Sherman tanks were no match for them. Our tank shells bounced off the Royals like ping-pong balls. It was quite a show when the Air Corps came in to take care of them. We had front row seats for the performance.

I remember the tanker who gave me a pair of gloves and a word of advice – Take your bazooka and get your ass the hell away from that tank,1 for he knew that neither he nor I stood a chance against the Tiger Royal.

(p.459)

Out of small arms range, one of the Division Artillery Piper Cub L-4 planes was observing the battles for Bourcy and Rachamps, looking for enemy tanks and hidden artillery positions. The pilot, 1Lt. George Schoeneck and his aerial observer were shot down when their plane ran into the path of a friendly artillery shell reportedly fired by one of the units moving down from the north to close the gap. The explosion blew the small plane and its occupants from the sky.

When the troops arrived in Bourcy, they found the enemy was gone. The few civilians who peeked furtively from the doorways informed the paratroopers that the enemy left the night before. The enemy artillery fire had been directed at the advancing troops from beyond the confines of the small village.

 

 

in : Des civils témoignent, Bastogne, Hiver 44-45, s.d.

 

(p.81-94) CHAPITRE 3

MICHAMPS, HORRITINE, OUBOURCY, ARLONCOURT, BOURCY.

 

Les événements à Michamps , Horritine et Oubourcy

Cadre tactique

– La nuit du 18 au 19 décembre, la 2e Panzer Division (2PzD) pro­gresse sur l’axe Longvilly (carrefour est), Bourcy, Noville. La division assure sa sûreté par des flancs-gardes dont l’une se porte vers Michamps, Horritine, Oubourcy. De même, le 19 après-midi, lorsque le 77e Régiment de la 26e Volksgrenadier Division (77/26VGD) progresse d’est en ouest, par Arlon-court, il cherche la liaison vers le nord avec la 2PzD.

– Lorsque celle-ci poursuit sa progression vers l’ouest, le 21, son sec­teur est repris par la 26VGD. Les trois villages se trouvent alors dans le sous-secteur du 78e Volksgrenadier Régiment.

– Le 2 janvier, vers 15 h, le 50e Armored Infantry Battalion du Com­bat Command   “B” de  la  6e Armored Division   (50/6AnnD)  s’empare d’Oubourcy faiblement défendu et se dirige vers Michamps où il tombe sous le feu de deux compagnies, l’une de reconnaissance, l’autre blindée, de la 12e SS Panzer Division (12SSPzD) qui doit attaquer le lendemain vers Mageret et Bizory. Au coucher du soleil et sous la protection des feux de douze bataillons d’artillerie, les Américains se replient. L’avant-garde de la 12SSPzD entre alors à Michamps puis à Oubourcy. Cette division est consti­tuée des unités de combat suivantes: 12e SS Panzer Régiment (12SSPzR), 25e et 26e SS Panzer grenadier Régiment (25SSPzGR, 26SSPzGR)) et 560e SS Panzerjäger Abteilung (560SSPzJA).

Le 3 janvier, l’heure H est fixée à midi. La 12SSPzD s’empare d’abord des bois au sud de Horritine et de Al Hez, puis entre dans Arlon-court où elle oblique vers l’ouest, avec un Panzergruppe du 12SSPzR et un bataillon du 25SSPzGR en direction de Mageret et de Bizory. Pendant ce temps, la 340e Volksgrenadier Division (340VGD) progresse avec un déta­chement assez faible au nord du chemin de fer et contrecarre ainsi l’action du 501e Para Régiment de la 101e Airborne Division (501) qui a pour mission de nettoyer le bois Jacques jusqu’au chemin Foy-Michamps. Dans l’ensemble, le succès est allemand.

– Le 4 janvier, tandis que le 26SSPzGR nettoie le bois Jacques jusqu’à la route Foy-Bizory, le 25SSPzGR atteint le bois de Hazette.

-Le 10 janvier, la 12SSPzD passe en réserve. Elle a été relevée par la 340VGD au cours des deux nuits précédentes. Un Kampfgruppe blindé sub­siste cependant à Michamps-Oubourcy. Le même jour à 10 h, la 4eArmored Division (4ArmD) et le 501 attaquent en direction de Bourcy. Le Combat Command “A” de la 4ArmD (CC”A”) vient de Neffe-Mageret, le CC”B” de Bizory, le 501 avance à gauche (nord) du chemin de fer. Alors que la 4ArmD est en marche vers Arloncourt et Oubourcy, elle reçoit l’ordre d’arrêter les combats pour être transférée ailleurs. Elle se replie alors sur la ligne de départ.

– Le 11 à 7 h, le 501 est contre-attaque par une unité de la 340VGD venant de Michamps. Il en est de même, le 13 janvier, lorsque 327 et 502 (de la même 101e Airborne Division) tentent de reconquérir la totalité du bois Jacques. Le nettoyage complet de ce bois par les Américains exigera encore deux jours.

–  Le 16 janvier, la 6ArmD -notamment le 320e Régiment de la 35 Infantry Division à ses ordres- attaque à partir des confins nord-est du bois Jacques et libère Oubourcy, Michamps, Horritine, qui se trouvent entre les transversales de repli allemand pour les nuits des 14/15 et 15/16. Le timing allemand est respecté. Bourcy est libéré le 17, Moinet le 21.

Témoignages André WIDART

Plusieurs familles sont réfugiées dans la ferme Jacob.

Le matin du 2 janvier, vers 9 heures, des avions américains surgissent. C’est la mitraillade aveugle de tout le village à laquelle succède le bruit sourd des bombes touchant leurs objectifs.

Le centre du village semble surtout visé. Après cette attaque, les civils sortent prudemment de leurs abris. Le toit de la ferme Jacob où je me trouve André, brûle. Enfants et aînés font la chaîne et amènent par l’intérieur de la maison l’eau pompée dans des seaux. Ils réussissent à stopper l’incendie. Le corps de logis est sauvé, mais les étables brûlent; les animaux pris au piège des flammes beuglent de douleur. Un gros boeuf d’attelage et un cheval cou­verts de brûlures réussissent cependant à casser leurs liens.

 

C’est alors que la deuxième vague d’avions recommence le carrousel infernal. Tout le monde plonge dans la cave. Papa pense alors au boeuf; il faut le mettre à l’abri. Malgré le danger énorme, il remonte avec mon frère. Hélas, le boeuf et un autre cheval sont déjà tués.

L’après-midi, les Américains occupent le rez-de-chaussée de la ferme alors que les Allemands sont dans les caves. Deux jeunes soldats pleurent, mais deux SS ne prétendent pas se rendre. Courageusement, M. Jacob réussit à les convaincre.

Le soir de ce jour de bataille, les Américains se sont retirés. On entend les souliers cloutés des Allemands battre le sol du rez-de-chaussée.

Les villageois demeureront dans les caves encore quatre jours. La puanteur des bêtes crevées se propageant partout rend le séjour difficile à supporter. C’est alors que les Allemands chassent tout le monde: personnes âgées et enfants se retrouvent dans le froid.

C’est le départ, deux par deux, en file vers Bourcy. “Moi, dis-je pars avec une bouilloire et une cafetière.” Papa et ma soeur emportent des valises avec de l’argenterie qu’ils abandonneront d’ailleurs derrière une tombe du cimetière.

Dans la nuit glaciale, sur une route verglacée, les gens arrivent à Bourcy et se réfugient dans la cave Duplicy. Les plus âgés, fourbus, n’arrive­ront que le matin. Heureusement, chacun a sa petite ration de galettes que des femmes ont cuites la veille.

 

La vie s’organise péniblement. Après une dizaine de jours, les blindés américains entrent dans Bourcy par la route de Noville.

Un Allemand est posté avec sa mitrailleuse à une fenêtre de la ferme avec l’intention de stopper l’offensive. Si jamais il tire, on va vers une héca­tombe de civils. La soeur du curé Faisant se précipite vers le soldat et le supplie de se rendre sans ouvrir le feu. Et elle le convainc.

 

Célestin PIERRE (13 ans )

Un jour, un Allemand nous apporta trois poules. Il voulait que Maman les mette à bouillir. Elle accepta, mais avec une idée derrière la tête. Quand le bouillon eut bien mijoté, elle nous en versa un bol et elle rajouta de l’eau. L’Allemand revint un peu après et, jugeant que c’était trop maigre, il ajouta un quart de beurre. Il partit ensuite pour le front et on ne le revit jamais. Alors, en toute quiétude, nous avons bu le bouillon et mangé les poules.

 

J’ai été frappé de stupeur lorsqu’on nous a annoncé que notre voisin Joseph Garcia avait été tué dans son lit par un éclat d’obus. Sa femme était indemne, mais sa petite fille Gaby était blessée.

 

Ida et Alix ZUNE (24 et 28 ans)

Le 18 décembre au soir, des Allemands vinrent nous surprendre dans la cave de notre ferme. Des branchages attachés à leur casque les camou­flaient. Ils cherchaient les Américains. (Ida) Je dus les précéder, avec une petite lampe, au grenier et dans les chambres. Ils visitèrent ensuite le rez-de-chaussée bousculant tout sur leur passage, puis ce fut la cave. Ils cherchaient aussi des résistants. Mais mes trois frères s’étaient sauvés. Eudore Calay, qui était dans la cave, s’enfuit dans la nuit, en passant par l’arrière du bâtiment.

La Croix-Rouge allemande s’installa dans notre maison. On se retira dans les caves de la ferme Fairon, (actuellement Verlaine). Quand nous reve­nions soigner le bétail, on voyait les morts alignés devant la porcherie. Lorsqu’on bêcha le jardin au printemps, on retrouva, enveloppée dans un tablier de Maman, … une jambe!

 

Chaque matin, il fallait soigner le bétail. Combien de fois nous som­mes-nous allongés dans les fossés tant les obus tombaient. Les soldats allemands nous enguirlandaient de leur voix gutturale parce que nous n’étions pas assez prudents.

Le 2 janvier, les Américains réoccupèrent Michamps, mais, le soir, ils se retirèrent. Les Allemands revinrent. Un voisin guettait leurs allées et venues par une fenêtre occultée par une couverture. “Méfions-nous, dit-il, je vois des soldats dont la veste est américaine et dont le pantalon est allemand.” L’occu­pation dura encore deux semaines, car Michamps ne fut libéré que le 16 janvier.

 

Mme GIRS-MOINET

Un soldat allemand vint bavarder avec nous en français. C’était un Alsa­cien enrôlé de force.

“Mais où sont les Américains?” lui demanda-t-on. « Ils sont là, derrière Oubourcy.”

Cette nouvelle nous encouragea beaucoup. Nous ne nous doutions pas qu’avant de les revoir ici. il y aurait bien du malheur. Chez nous, les Alle­mands avaient tout sorti de notre maison et s’étaient amusés à tout casser. Mon beau service à dîner, mes tasses, mes verres, tout était éparpillé en mille morceaux. Un maillet de menuisier était resté là. Ils avaient dressé un chien qui poursuivait nos poules et les leur ramenait. Nous en avions septante et nous n’en avons retrouvé qu’une!

 

Dans ma colère, j’avais dit: “Il ne nous en restera pas à cause de cette charogne-là!” Un Allemand crut que je parlais de lui. Il me menaça de son revolver et nous chassa, mon mari et moi. “Qu’ils prennent tout, pourvu que nous gardions la vie !” me dit mon mari.

Nous étions retournés soigner les bêtes et nous avions délié les vaches pour qu’elles aillent boire à l’extérieur. Soudain, des avions survolèrent le troupeau à basse altitude et commencèrent à mitrailler et à bombarder le vil­lage. Les gros arbres se pliaient et se cassaient, tellement le déplacement d’air était puissant. Je reliais les bêtes à leur mangeoire et je les comptais au fur et à mesure qu’elles rentraient. J’étais affolée. Mon mari chassait devant lui ce qui restait du troupeau. Je suivais furtivement sa progression. Brusquement, il disparut. Avait-il été touché ? Je me mis à pleurer, là, anéantie, entre deux vaches. C’est à ce moment que je vis flamber la maison de mes parents où se trouvaient nos enfants. J’étais au désespoir… Mon mari surgit dans l’étable; il s’était abrité le long d’une haie. Et les enfants ? Il me prit par la main pour m’aider à enjamber les arbres couchés sur la route, car j’attendais mon cin­quième enfant. Angoissés, nous sommes arrivés devant le brasier. Ma mère en sortait, la dernière petite dans les bras, les autres aussi étaient là. Les avi­ons survolaient encore le village. Il fallait nous abriter. Nous nous sommes réfugiés chez Joseph Moinet jusqu’au jour de la libération définitive.

 

Louis WENKIN

Le dimanche 17, tôt le matin, mon frère aîné me réveilla: “Ecoute, on entend le canon, le départ et l’arrivée des obus.” Le curé nous dit: “Ce ne sont pas des obus, ce sont les Américains qui s’exercent.” Il se trompait. Le dimanche après-midi, un oncle vint nous montrer des éclats d’obus trouvés derrière sa maison à Moinet. Vers 16 h, des obus tombèrent à Bourcy, près du pont.

Le lundi avant-midi, grande inquiétude ! Tout à coup, quelqu’un aper­çut un petit avion qui tournait au-dessus de Moinet. La DCA tirait; tout autour de l’avion se formaient des sortes de mouchoirs de poche. L’avion s’éloigna. Vers 10 h 30, Papa rentra à la maison et avertit Maman qu’il allait partir avec Victorien, mon frère aîné (17 ans), car il craignait le retour des Allemands. Et Maman resta seule avec les cadets. Moi, 13 ans, j’étais devenu l’aîné et il y avait un bébé de 2 ans; ma grand-mère, 76 ans, malade, était là aussi.

Après-midi, des Gillet du Grand-Duché arrivèrent avec leur bétail et leurs chevaux et Maman fut heureuse de les accueillir, car elle espérait qu’ils la protégeraient. Nos voisins Fred et Anna Finck l’avaient déjà prévenue qu’elle pourrait s’abriter dans leur cave. On entendait un roulement du côté de Longvilly. “Si ce sont des Américains, nous sommes sauvés. Si ce sont des Allemands, prions pour que la Vierge de Longvilly les arrête loin du village.”

Maria Garcia, blessée par un obus, arriva aussi dans la cave Finck. Elle venait de quitter sa maison fortement ébranlée, où, hélas, elle avait aban­donné son mari, Joseph, tué lors du bombardement. Il était resté sur son lit à l’étage.

Il y avait déjà du monde dans la cave Finck: des voisins et des Grands-Ducaux. Il fallait songer à nourrir ces personnes. On avait caché de la nourriture pour que les Allemands ne la découvrent pas: farine, sucre et quatre jambons. Maria Garcia nous dit qu’elle avait des poules chez elle, mais qu’il fallait les attraper. Je me décidai à l’accompagner. La fermette Gar­cia était éloignée d’une centaine de mètres en montée. Arrivé là, je fus envahi par une frousse carabinée. Le toit de la maison était prêt de s’écrouler. Mais il fallait agir. Pendant que Maria donnait du grain aux poules, je sautai sur deux d’entre elles, plus vite qu’un renard, et je dévalai la côte avec mon butin. Je fus vite rentré à la cave.

Vers 20 h, nous essayâmes de dormir, mais, à peine au lit, voilà que des obus tombèrent à nouveau sur le village. Nous nous sommes réfugiés dans la cave. Lors d’une accalmie, je me suis endormi dans la paille comme une masse. A un moment donné, je me suis réveillé; on marchait sur moi. “Tu n’es pas fou!” dis-je. C’étaient des Allemands qui chassaient les hommes de la cave. Ils les ont rassemblés près de la chapelle. Heureusement, les Luxembourgeois et M. Finck qui parlaient allemand, discutèrent avec eux et ils les relâchèrent.

Nous nous demandions où les Américains se trouvaient. Un Allemand interrogé par Maman lui dit que le front était à Noville. Un autre m’appela et me montra que Bastogne était encerclée.

 

Un jour, on vit arriver les Girs de Al Hez. Ils avaient voulu se sauver, mais les Allemands les avaient surpris à Noville. Le père Girs fut même arrêté en même temps que M. Lutgen, mais il fut libéré et rejoignit Michamps avec sa famille. Les Luxembourgeois retournèrent chez eux.

Alors que j’étais allé chercher de la paille avec un cousin, le brouillard se leva brusquement et aussitôt des avions surgirent en rasant les toits. Nous étions en train de les compter quand ils se mirent à mitrailler. Vite vers l’es­calier de la cave qui fut rapidement encombré, si bien que l’on décida que ceux qui n’avaient rien à faire à l’extérieur ne sortiraient plus. Malgré cela, un jour qu’il faisait très calme, nous sommes allés manger à la cuisine. Pas pour longtemps: des obus éclatèrent à nouveau! Direction la cave! Quelle cohue !

Moi seul étais descendu avec une assiette de pommes de terre et de la viande à moitié cuite.

Le jour du nouvel an, alors qu’un officier allemand nous conseillait, en français, de sortir des caves, avions et canons commencèrent à lancer leurs engins de mort. Effrayant ! On aurait dit une pluie d’orage avec de gros grêlons.

Le 2 janvier, l’artillerie et l’aviation américaines concentrèrent leurs tirs sur le village. Six Allemands vinrent se réfugier près de nous. Ils enlevè­rent leurs cartouchières et leur ceinturon. Grands coups sur la porte! Les Américains étaient là ! Tous les civils durent sortir et les Allemands se rendi­rent. Tout flambait; l’artillerie américaine continuait à tirer sur Michamps. Les G.I., trop avancés, durent se retirer, nous laissant seuls, sans amis ni ennemis. Le lendemain, des hommes habillés en blanc circulaient dans le vil­lage. De quelle armée ? Nous l’apprîmes bien vite: c’étaient des SS, ceux qui ne reculaient jamais, disaient-ils. Ils nous firent sortir de la cave et nous trou­vâmes un refuge bien précaire dans une écurie, chez Gaspard. “Et les jambons ?” dit ma mère. C’était incroyable de songer à des jambons dans le déluge de feu qui nous entourait. Ma mère et moi, nous sortîmes cependant dans cet enfer. Il faisait noir. Arrivés dans notre cave, ma mère craqua des allumettes. Des Allemands étaient là. Ma mère leur indiqua les quatre grands sacs qu’elle venait chercher. Ils nous les passèrent bien gentiment. On est rentré chez Gaspard avec les jambons. Nous avons alors décidé de rentrer dans notre cave. Le 16 janvier, nous avons entendu un crépitement inhabi­tuel. C’étaient les éternits de notre hangar en feu qui éclataient. M. Girs, qui observait par la lucarne, s’écria: “Je vois un Américain! je vois un Allemand!” C’était un combat corps à corps. A ce moment, l’explosion d’un obus près de la fenêtre blessa M. Girs d’un éclat à la gorge. Le sang coulait en abondance. Il tomba par terre, mort. Son fils Fernand et Adolphe Del-chambre reçurent aussi des éclats dans les jambes. Quand on souleva Fernand, quelqu’un dut lui soutenir les jambes qui ne suivaient pas le corps. Et les Américains entrèrent. Ils expédièrent les blessés on ne sait où. Ils ne voulurent pas croire qu’on ait pu laisser des civils sur ce champ de bataille.

 

Jean LAMBERT, Horritine

(centre provincial agricole), (La Tannerie).

Depuis la libération en septembre, plus personne n’envisageait le retour des Allemands. Cependant, dans la nuit du 16 au 17 décembre, des déflagrations lointaines nous mirent en éveil. Le lendemain dimanche, les gens réunis près de l’église s’interrogeaient. “Avez-vous entendu ? Ce sont sans doute des V1.” On apprit ensuite que c’étaient des obus tombés à Bourcy. Mais on ignorait leur origine.

 

Mon premier contact avec l’offensive se passa le dimanche 17 à midi. J’étais allé rendre visite à mes oncles habitant “Al Hez”. Nous nous amusions à regarder des choses étranges qui se passaient au loin. Etait-ce des combats aériens? Des obus, semblait-il, éclataient. Et puis il y avait ces fumées noi­res. En réalité, la bataille était engagée à Clervaux, à quinze kilomètres d’ici.

L’après-midi, Papa et moi sommes allés marquer des bois dans une sapinière pour consolider un hangar de Michamps. Sur la route de Moinet, des convois américains défilaient, mitrailleuses en batterie. A ce moment-là, des obus tombèrent tout autour de nous. A toutes jambes, nous avons rega­gné la tannerie.

Le dimanche soir, nous ne nous doutions de rien. Nous avions une foi aveugle dans l’invincibilité de l’armée américaine. Nous nous sommes endor­mis, malgré tout, un peu inquiets.

Le lundi 18 au matin, un de mes oncles , Joseph Girs, passa chez nous; il allait chercher des souches à Noville. Après une demi-heure, il revint très énervé. “Les Allemands sont là tout près,” dit-il. Il s’enfuit immédiatement, car il avait fait de la résistance. Il atteignit Noville; les Allemands aussi, mais, le 19. Il fut pris comme otage mais il eut plus de chance que les huit fusillés, il fut libéré. Nous nous sommes rendus à l’évidence: les Allemands étaient autour de Horritine. Nous avons passé la nuit, non plus dans nos chambres, mais à la cuisine; nous n’avions pas de bonnes caves.

Le mardi 19, pas l’ombre d’un Allemand! Maman, qui n’avait peur de rien, alla aux nouvelles à Michamps. Pas d’ennemis, mais Bourcy était pris. Vers 19 h, un coup de pied dans la porte: un Allemand surgit dans la cuisine. En un instant, ce fut une invasion de soldats. Ils étaient partout à la fois. Ça tiraillait à l’extérieur. Sans doute des Américains, pris au piège, tentaient-ils de s’échapper. Ainsi avons-nous vécu le retour des Allemands.

Les jours suivants, les combats firent rage du côté de Noville, Foy, Bizory. Ici, ce fut plus calme. Les Allemands prétendirent avoir pris Bastogne. Mais nous nous sommes bien vite rendu compte que c’était de la vantardise. Ils déployèrent de grosses pièces d’artillerie dans les environs. C’est alors que les premiers carreaux volèrent en éclats. Les Allemands creu­sèrent des tranchées; cela nous conforta dans l’idée que l’avance ennemie, si elle n’était pas stoppée, était au moins ralentie.

L’enfer commença le 23 décembre quand le ciel s’éclaircit. Nous fûmes constamment la cible des avions. Heureusement, notre maison était camouflée par un bois d’épicéas qui, finalement, fut totalement détruit. Entre­temps était arrivé un état-major. (Sitôt après la libération, les Américains vin­rent fouiller pour découvrir des documents laissés dans “le château Horritine”, selon leur expression.) Un gros bombardier américain le prit pour cible. Il y eut une  formidable déflagration. De chaque côté du chalet, les jambes avaient creusé deux cratères énormes dans lesquels on eut pu enter­rer notre maison.

Vers le 1er janvier, on sentit que les Allemands devenaient de plus en plus nerveux. L’un d’eux nous dit: “Voilà vos amis qui reviennent!”

Le 2 janvier, jour de la première reprise de Michamps, nous avons subi un intense bombardement d’artillerie. La famille de mon oncle Joseph Girs était chez nous; leur maison de “Al Hez” avait été incendiée le 26 décembre. (Il y avait un atelier de réparation de chars dans le bosquet voisin.) Nous sommes restés planqués sans oser mettre le nez dehors. Signe annon­ciateur de l’arrivée des G.I. : mon oncle observa par une lucarne un Allemand tirant des coups de revolver. Mais ici, nous n’avions encore aucun Américain. Le soir, ce fut le calme plat. Les deux derniers Allemands, du moins, le croyions-nous, étaient revenus en plein bombardement chercher une grande casserole de viande. Nous avons alors décidé de quitter la maison pour nous réfugier dans les caves de la tannerie, à 50 m. de là. Il nous fallut plus de vingt minutes tellement les branches entravaient notre progression. Cette nuit-là, personne n’est venu.

Le lendemain, de nouveaux combats éclatèrent. L’après-midi vers 14 h, un groupe de soldats vêtus de blanc se dirigea vers notre cave. C’étaient des SS. Parmi eux, un officier arrogant voulait nous fusiller. Heureusement, mon père a pu discuter avec lui. Il s’est radouci et nous a chassés vers Michamps. Nous sommes partis le 4 janvier en plein combat, dans la neige, pris entre deux feux. Arrivés sains et saufs à Michamps, nous nous sommes séparés en deux groupes. Nous, nous avons trouvé refuge dans les caves de M. Jacob occupées déjà par une quarantaine de personnes, tandis que la famille de mon oncle était accueillie chez Finck, en face. Nous sommes res­tés une bonne huitaine de jours chez Jacob. Nous dormions sur le tas de charbon couvert de paille. On souffrait du froid, de la faim, des maladies.

Une nuit, un officier de la Croix-Rouge nous expulsa poliment de notre abri. On décida d’aller vers Bourcy deux par deux. Un phare balayait la campagne. On arriva sous le pont de Bourcy, puis on se réfugia dans une étable de M. Duplicy, où l’abbé Faisant nous rendit visite le soir.

Bourcy fut libéré le 17 janvier au matin. On a tout d’abord entendu le vacarme des chars, des canons, des chariots, ainsi que des cris rauques… Apparut alors une sorte de “jeep” allemande. Prise pour cible, elle s’en­flamma immédiatement. Une pluie de petits obus s’abattit ensuite sur le village et il fit noir comme en pleine nuit: fumée, poussière, gaz d’échappement. Quelques silhouettes apparurent enfin: les Américains, de véritables Peaux-Rouges !

Chez Duplicy (Gilis) où nous étions, un soldat voulut lancer une gre­nade, après avoir enlevé le soupirail, mais Papa lui cria “Civils!”. Le danger fut écarté. Près du château, bras levés, les Allemands se rendaient; l’un d’eux fit un geste imprudent; il fut froidement abattu. Vers midi, on est venu nous dire de nous rendre tous à l’église. Pourquoi ? Nous étions quand même inquiets. On se regardait, on s’interpellait… ” Mon Dieu, comme vous avez mauvaise mine! Un tel a été tué…” Arriva un major très sympathique qui monta dans la chaire de vérité, et parla en français avec un accent américain épouvantable; il chiquait. Il nous donna des instructions : se méfier des grena­des truquées en ouvrant une porte, un tiroir, etc…C’était la fin de l’occupation.

On fut saupoudré de DDT; un camion déversa de la nourriture pour les affamés. Après deux jours, on rentra chez nous. Nous avions appris la mort de l’oncle Joseph à Michamps lors de la libération. Notre maison n’était pas brûlée, mais en lamentable état. Elle fourmillait d’Américains.

Une anecdote:

Les G.I., aussi bien les soldats que leur colonel, faisaient la file pour recevoir de la nourriture. C’était vraiment démocratique. Cet officier supé­rieur avait cependant une autorité incontestable sur ses hommes. Par comparaison, le colonel allemand qui nous avait expulsés avait chassé en même temps les ordonnances qui allaient jusqu’à cracher dans sa cafetière… nous étions devenus copains. Après l’attentat contre Hitler, tous les soldats, pour saluer, devaient crier “Heil Hitler!” Eux disaient “Drei Liter!”

 

 

 

Jeanne GIRS-STILMANT (30 ans)

Les Allemands ramenaient leurs blessés dans les pièces chauffées. Nous devions leur donner à boire ainsi qu’aux blessés étendus dans le corri­dor. Alors que nous étions réfugiés chez Joseph Moinet à Michamps, ce dernier nous suggéra de faire des crêpes. 11 fallait des oeufs, du lait et de la farine. Tante Sophie avait des oeufs en conserve, on récolta du lait, mais les vaches étaient souvent traites et on eut à peine une tasse. Joseph Moinet apporta un reste de farine. J’ai préparé la pâte que l’on cuisit sur une cuisi­nière basse. C’est à ce moment que les Américains firent leur apparition en haut de l’escalier. On partagea les crêpes: d’abord les enfants, puis les soldats . En échange, ils nous offrirent leurs rations . Une libération originale !

 

Louisa MOINET (Oubourcy)

Nous avions dîné chez mes beaux-parents (Nielen). Quand nous som­mes rentrés chez nous, nous découvrîmes l’intérieur pillé. On nous dit que c’était l’oeuvre d’Allemands arrivés par la route de Foy. Nous avions une fille de dix mois et j’attendais un bébé pour le mois suivant. J’essayais de me ménager, je restais la plupart du temps dans une chambre à l’étage. Mais le 25 décembre, notre maison fut incendiée par l’aviation américaine; mes beaux-parents nous accueillirent dans leur cave voûtée où nous sommes res­tés une semaine. Au nouvel an sont arrivés des SS qui nous ont chassés. Nous sommes alors partis pour rejoindre mes parents à Michamps. Pour nous faire peur, ou pour s’amuser, les SS nous canardaient. Nous rampions dans la neige. Les balles sifflaient autour de nous. Nous avons enfin atteint la ferme, sains et saufs, et la vie dans les caves continua. Emile, mon mari, retournait soigner les bêtes; un jour, il revint en jeep avec des soldats américains. Il venait me rechercher.

 

Nelly DUTROUX (13 ans)

Déjà le dimanche 17 décembre, un obus tomba à proximité du pont de Bourcy. On attendit les événements, anxieux. Nous dormions à l’étage et les heures s’écoulaient normalement. Le 18, pas d’école! La nuit du 19, dans un vacarme assourdissant, les Allemands étaient de retour. Aussitôt les maisons furent envahies et les pièces réquisitionnées. Ils nous laissèrent cependant la cuisine et l’étage. Une nouvelle occupation commençait.

25-26 décembre. A partir de Noël, les obus tombèrent plus nombreux; papa décida de descendre à la cave. Heureuse résolution car, la nuit suivante, une grosse pierre s’abattit sur le lit de ma soeur.

26-31 décembre. Durant les accalmies, Maman nous préparait des repas à la cuisine. Mais la plupart du temps, nous étions dans les caves.

L’après-midi du 2 janvier 1945. Les Américains attaquèrent le village et le libérèrent pour quelques heures. Dans la descente d’escalier de notre cave, sept Allemands refusaient de monter pour aller se battre. Un officier les menaça de son revolver. Le premier qui atteignit le rez-de-chaussée s’écroula sous les rafales de mitraillettes, les autres n’eurent pas plus de chance ! Mais une grenade lacrymogène avait éclaté à quelques mètres de nous. “Civils ! ” cria papa. A moitié suffoqués, nous atteignîmes le corridor. Déjà, un Américain fouillait tous les coins et, son inspection terminée, il nous apporta une tasse de café.

La nuit suivante fut calme. Le matin, notre voisin nous avertit que des tanks ennemis étaient là. Avec sa famille de six personnes, il nous rejoignit dans notre cave.

Les prisonniers allemands blessés avaient été abandonnés dans la mai­son voisine par les Américains. Une jeune fille grand-ducale, que nous avions recueillie, avait averti les Américains qu’un blessé allemand cachait un revolver derrière lui et on le lui avait pris. Quand les Allemands furent de retour, le blessé reconnut la jeune fille à la blouse rouge et prétendit que c’était une espionne. Elle fut fouillée; rien de suspect! Elle rentra indemne dans notre cave.

Le 3 janvier. Je n’ai pas vécu personnellement l’épisode suivant. A l’autre bout du village, les Allemands avaient enfermé une quinzaine de civils dans un fournil d’où ils les faisaient sortir un à un. Cherchaient-ils un suspect? M. Charneux d’Arloncourt se présenta à l’appel de l’officier, sa petite-fille dans les bras. Y eut-il une discussion, une altercation entre lui et les Allemands ? De toute façon, il avait décidé de s’enfuir, coûte que coûte. Brusquement, il s’élança. Les Allemands, surpris, ne réagirent pas immédia­tement. Il eut le temps de déposer sa petite-fille sur une table dans la maison voisine. Puis il courut, longeant les murs, sous une fusillade nourrie et il s’abattit non loin de là. Terrorisés, les civils se dispersèrent, se cachant der­rière les meules, se terrant dans les trous d’obus. Le tir s’arrêta enfin et les villageois se retrouvèrent chez nous. Nous étions maintenant trente-deux dans notre cave. La Maman de la fillette réussit à rejoindre Arloncourt, bles­sée à la figure, et la petite fut recueillie par sa grand-mère.

Le 4 janvier. Des soldats pénétrèrent dans le bureau de Papa et ils le saccagèrent. Ils brûlèrent des papiers sur le parquet, ils lacérèrent des images religieuses. Papa, furieux, signala les dégâts à un officier. Celui-ci présenta ses excuses et essaya même de réparer le bureau. Il ordonna aux soldats de plier bagages. On ne les revit plus.

 

 

Et les jours passaient… On vivotait dans le froid et l’obscurité des caves. La voisine, qui n’avait pas peur, allait de temps en temps traire une vache. On donnait le lait aux huit enfants; les Allemands en réclamaient aussi. Comme il fallait les ménager, ils recevaient leur ration qui était au préalable “baptisée”.

Le 13 janvier. Une grêle d’obus s’abattit sur le village. Les avions lan­cèrent leurs bombes au phosphore. Sur les dix maisons, sept brûlèrent; les autres furent fortement endommagées. Sur ordre des Allemands, les civils durent quitter le village. Papa décida d’abord de rester…puis résolut finale­ment de partir dans la nuit glaciale. Maman, qui portait ma petite soeur, glissa sur le sol gelé, sans se blesser heureusement. Quelques centaines de mètres plus loin, on atteignit le village de Michamps. Nous fûmes reçus dans la ferme de Joseph Moinet. Nous y étions cinquante-deux. Nous y sommes restés deux jours.

 

Le 16 janvier. Affamés, apeurés, fatigués, sales, presque indifférents, on assista à l’entrée des Américains dans Oubourcy. Nouvelle bataille achar­née entre fantassins. Les Allemands s’enfuirent. Encore une fois nous étions libérés, mais dans quel état ! Et après ! Les parents de Maman (les Bernard), qui habitaient Bastogne, nous invitèrent, par l’intermédiaire de mon frère Roger qui avait vécu l’offensive dans la ville encerclée, à venir chez eux. Dans un premier temps, une tante nous y emmena, ma soeur Monique (10 ans) et moi. Le lendemain, Maman, bien courageuse, prit à son tour le che­min de Bastogne. Elle tirait un traîneau sur lequel avaient pris place Marie-Berthe, 3 ans, et Jean-Marie, 5 ans. Mon frère la relayait. Que c’était pénible ! Les routes étaient verglacées; tanks et jeeps se croisaient, leur écorchant les oreilles et les forçant à longer les fossés. Bizory fut enfin atteint. Encore une côte et, au sommet, Bastogne ! Mais la route de Wiltz était encore loin. Route de Clervaux, deux jeunes filles, les demoiselles Etienne s’offrirent à les aider. Elles se chargèrent des enfants. Le groupe atteignit l’abattoir près de la rue de la Chapelle où les jeunes filles les quittèrent, car la nuit tombait et la pré­sence des soldats américains était loin de les rassurer. Encore un kilomètre et, enfin, la maison Bernard ! Nous les attendions avec inquiétude. “Je n’ou­blierai jamais cette journée ! ” déclara Maman, exténuée.

 

Louis STILMANT

Après leur attaque sur Oubourcy, le 2 janvier, les Américains s’étaient retirés le soir dans les bois des collines . De chez nous, on pouvait les obser­ver patrouillant à l’orée des sapinières. Grâce aux jumelles qu’un Allemand m’avait prêtées, je les épiais à mon aise.

Lors d’un tir de l’artillerie américaine, un obus traversa un mur de la cave, où nous étions réfugiés, sans exploser puis il alla frapper la cave voi­sine où des blessés allemands s’étaient mis à l’abri. Plusieurs furent tués.

Après la première reprise d’Oubourcy, les Américains nous demandè­rent à papa et à moi de sortir les cadavres. Nous les avons déposés contre un mur de la ferme. Un Allemand était en plusieurs morceaux que nous avons rassemblés dans une couverture; nous l’avons enterré dans un trou de bombe.

Les combats définitifs pour reprendre Oubourcy s’annoncèrent très durs. Les Allemands nous conseillèrent de nous réfugier à Michamps. Quand les Américains lancèrent leur attaque sur ce village, nous étions cachés dans une étable encore occupée par des vaches. Papa s’était appuyé contre le flanc de l’une d’entre elles. Une mitraillade proche éclata, des balles touchèrent la bête à l’épaule et à la cuisse. La vache s’affaissa; Papa indemne était encore appuyé contre elle. Le lendemain, la vache périssait.

Lors de notre retour à Oubourcy, nous nous sommes rendus compte que les Allemands avaient fui par une fenêtre de l’arrière du bâtiment. Furent-ils mitraillés par un avion ou par des fantassins ? Ils étaient vingt-cinq, étendus dans la neige, en file indienne.

 

 

(p.105) Lorsque, le 21 avant-midi, les 2 et 3/134/35 progressent dans la zone boisée à l’est-sud-est de Bourcy pour la nettoyer, le commandant du 3 observe à partir d’un haut bâtiment aux lisières de Bourcy. Simultanément, la 11ArmD attaque au nord du chemin de fer, mais tombe dans le vide. Rap­pelons que les Allemands, compte tenu de leurs transversales de repli, pouvaient déjà quitter Bourcy dans la nuit du 15 au 16 janvier et Moinet, la nuit suivante.

 

Témoignages

 

Extraits d’un rapport du Maréchal des Logis Crépin, commandant la brigade de Longvilly, au Commandant de District de Bastogne, datée du 12 janvier 1945.

La nuit du 14 au 15, les Mdlis Scholer et Georis en patrouille respecti­vement aux abords des bois de Moinet et Boeur me signalent vers 1 h 30 qu’ils ont vu des fusées rouges et vertes tirées par-dessus les bois dans ces directions. Le 15, le C.I.C.1 américain me donne les signes conventionnels des parachu­tistes allemands, en l’occurence:

LA: endroit de parachutage,

  1. B F ou E (Je ne parviens pas à déchiffrer cette lettre) : chemins sui­vis,
  2. M: endroit de rassemblement.

 

 

Ce même jour, au cours de mes recherches, un fermier de Bourcy me signale qu’il a trouvé sur un sapin abattu le signe (A). Ensemble, nous par­courons les bois à l’endroit et aux environs de la trouvaille; nous ne retrouvons aucun autre signe, si ce n’est un sentier improvisé tracé dans des futaies très épaisses; ce sentier nous amène et s’arrête sur la ligne de chemin de fer Bourcy-Limerlé. J’en préviens le C.I.C. et, le lendemain, j’organise avec tout mon personnel une nouvelle battue sans plus de réussite. La nuit du 16 au 17, tout le personnel est de nouveau en patrouille et, sur toute la fron-

 

N.d.l.r. : service de contre-espionnage.

 

(p.106) tière,  ils aperçoivent des fusées rouges et vertes très rapprochées; ils entendent aussi des mitrailleuses.

Le 17, des services de circulation doivent être organisés sur tous les chemins conduisant à la frontière. Les Américains rentrent en Belgique en camions, en blindés et à pied; ces derniers marchent en ligne de combat. Dans l’après-midi, les Américains font sauter certains dépôts en les mitraillant. Vers midi, je préviens téléphoniquement mon commandant de district, quoique le “civil affairs” américain prétende qu’il n’y a rien à crain­dre.

La nuit du 17 au 18, tout le personnel reste en patrouille et, vers 21 heures, les premiers réfugiés luxembourgeois arrivent à pied et en chariot; ils nous supplient presque de quitter car, disent-ils, “les Allemands sont très près et ils ont pendu les gendarmes luxembourgeois aux barrières de leurs caser­nes.” Un contrôle sévère de tous ces étrangers est exercé et les Américains obligent ces réfugiés à se caser dans les cours des fermes pour éviter l’en­combrement des routes. Toute la nuit, on entend crépiter les mitrailleuses.

Dans la matinée du 18, alors qu’une colonne de camions américains se trouve arrêtée sur tout le parcours Moinet-Noville, un avion allemand (chas­seur) plonge sur cette colonne juste devant la brigade. L’avion ne tire pas tandis qu’il est mitraillé par les Américains sans toutefois être touché. Vers 10 heures, un obus allemand éclate près du pont du chemin de fer aux envi­rons de la gare. Vers 12 heures, les Mdlis Scholer et Georis me rapportent que les premières troupes se trouvent à environ 5 km de nous. On peut distin­guer aisément les différents coups de feu de canons, de tanks ou de mitrailleuses. Tout le personnel est employé à la circulation, au service des Américains et à un contrôle sévère des étrangers (luxembourgeois). Vers 5 heures, le Mdlis Georges m’informe que les Allemands se trouveraient à 4 km de nous. A ce moment, je rassemble et brûle tous les écrits confidentiels ou compromettants, par crainte de représailles de la part des Allemands con­tre les civils du canton. Mes P.V. sont soigneusement cachés ainsi que le drapeau national et la pancarte Gendarmerie Nationale, par l’intermédiaire de l’épouse du 1er Mdlis Pechoy (actuellement à Montzen). A 16 h, le Mdlis de carrière Schack vient me rapporter que les Allemands ont été vus à 3 km de Bourcy, en gare de Buret, à gauche et, non loin de Mageret, à droite; nous sommes ainsi à demi encerclés. A 16 h 30, nous partons à vélo, alors que les obus des canons allemands tombent dans tous les environs. Il nous est impos­sible de rejoindre le district. Nous passons la nuit à Engreux (Mabompré), canton d’Houffalize… (…)

Le 22 janvier 1945, nous regagnons Bourcy. La brigade (maison louée) est fort endommagée et totalement inhabitable. Les meubles ont été détruits, enlevés ou vidés presqu’entièrement de leur contenu. Les maisons

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des membres du personnel sont brûlées ou détruites complètement, mais sur­tout vidées de tout ce qu’elles pouvaient contenir. C’est ainsi que chacun de nous n’a absolument plus rien de son ménage. (…)

A Bourcy, les Allemands ont fusillé ou martyrisé quatre civils, trois hommes et une femme. A Noville, ils en ont fusillé huit ou neuf, car il est question de Luxembourgeois arrêtés et que l’on n’aurait pas retrouvés. Ces crimes ont été commis sans jugement et pour cause, il n’y avait aucune preuve de culpabilité quelconque dans le faits de guerre ou de résistance ou autre raison qui pouvaient être reprochée par les criminels allemands à ces malheureuses victimes. Poursuivant l’enquête pour ces crimes, je suis par­venu à établir, si pas les auteurs, du moins, les noms de certains officiers et soldats allemands, garde wallonne, milice de Darlan, qui ont participé aux arrestations de ces malheureux. J’ai rassemblé tout un volume de pièces justificatives : cartes militaires avec le tracé des chemins suivis par ces trou­pes depuis l’Allemagne jusque Bourcy, registres des hommes de combat, des hommes malades, de l’intendance, des armements allant du canon jusqu’au pistolet, de nombreux livrets militaires avec photos ainsi que d’autres photos civiles ou militaires avec adresses civiles ou militaires, insignes, etc… Le tout a été remis au C.I.C. américain (capitaine Blayne, je pense); certains docu­ments ont aussi été remis à des agents de la Sûreté de l’Etat à Liège.

Pour terminer, je ne peux laisser sous silence les paroles et faits des Allemands à leur arrivée à Bourcy. En effet, s’adressant au premier civil ren­contré, ils demandèrent:

“Où sont les gendarmes ?

-Et le Commandant de Brigade ainsi que le bandit Krier, où habitent-ils?”

-Ils sont partis. -Où ? -Je l’ignore

Sur indication de mon logement, les Allemands sont allés charger tout ce qui se trouvait au rez-de-chaussée. C’est le bombardement de ma maison qui les a empêchés de continuer. Je pense que ces recherches, pour moi-même en particulier, sont dues au fait qu’ils avaient probablement raté l’occa­sion de me fusiller lors de la libération de septembre 1944, alors que j’avais été pris dans le maquis, puis maltraité et battu et mis contre un sapin à plu­sieurs reprises devant le peloton d’exécution; tandis que pour Krier, rien de son dossier de F.S. n’était resté au bureau de la brigade, mais l’intéressé, qui faisait partie du M.N.B., avait, par ordre de ses chefs, à la libération de sep­tembre, arraché trois drapeaux tricolores chez des fermiers du canton, soupçonnés d’avoir fourni des marchandises aux Allemands pendant l’occu­pation. (…)

 

(p.108) François et Raymond MAYEN

Le dimanche 17 après-midi, nous étions derrière la maison de ma grand-mère, située sur la route de Boeur, à 800 m. de la gare, lorsque les pre­miers obus allemands tombèrent dans la prairie en face de notre demeure actuelle. Le tir cessa aussitôt, mais notre émotion subsista, car nous habitions à côté d’un dépôt de munitions. Mes parents décidèrent de quitter cet endroit dangereux pour se rendre à Tavigny. Peu après l’arrivée des Allemands, l’après-midi du 19, des Américains se replièrent en traversant ce village. Ils firent sauter un tank juste en face de la ferme Rossion (désaffectée mainte­nant). Puisque les Allemands occupaient toute la région, nous sommes rentrés chez nous.

Nous étions sans nouvelles des combats et nous croyions que l’armée allemande avait poursuivi son avance bien au-delà de Bourcy. Mais ne voilâ­t-il pas que des soldats viennent installer un poste radio dans notre cuisine. J’entendis que l’on parlait de Bastogne. Je demandai à l’opérateur des explica­tions sur la situation militaire: Bastogne n’était pas prise, mais encerclée. Les Allemands étaient donc bloqués à cet endroit.

Ils se battaient du côté de Bizory, de Mageret et ils descendaient du front, fourbus, mourant de faim. Nous n’avions que des pommes de terre pour les rassasier. Un jour, après avoir dévoré les patates, des soldats reçu­rent l’ordre de remonter au front. Ils nous montrèrent, avant de partir, les dix cartouches qu’ils avaient reçues chacun.

Quelques jours avant l’arrivée des Américains, notre maison fut réqui­sitionnée. Nous sommes alors partis chez Calmant, un voisin. Pas pour longtemps, car on nous pria de vider les lieux, là aussi. Les Allemands prépa­raient la défense de Bourcy; ils devaient résister! Cependant, certaines troupes se repliaient, tirant toutes sortes de véhicules chargés de matériel. Nous avons gagné le centre du village et nous nous sommes réfugiés dans la ferme du château.

La veille de la libération et le lendemain au matin, les Américains bombardèrent le village. Le tir cessa vers 8 h30. Alors, les G.I. se faufilèrent entre les maisons qu’ils visitèrent une à une pour débusquer les Allemands. Quelqu’un les avertit qu’il y en avait dans la ferme du château. Nous étions rassemblés dans un coin de la cour, les mains en l’air; nous observions les faits et gestes des soldats. Le premier Allemand qui apparut fut abattu. Avait-il fait un geste mal interprété ? Les autres eurent plus de chance et furent faits prisonniers, de même qu’un autre soldat qui sortit de la maison du doc­teur Louis…

(p.109)  Le soir approchait et nous étions inquiets à cause du soldat allemand tué qui gisait encore dans la cour. Un Liégeois de passage le chargea sur une brouette et disparut dans l’obscurité. Pour passer la nuit, les Américains avaient pris leurs précautions; ils avaient installé un poste d’observation et de défense sur la route de Boeur par où les Allemands s’étaient retirés. Mais ces derniers ne revinrent plus.

Dès le lendemain, les Américains commencèrent le bombardement de Boeur. Heureusement, un habitant de ce village, M. Steenhout, vint avertir les Américains qu’il n’y avait plus d’Allemands à cet endroit. Les G.I. l’enfer­mèrent dans notre maison. Une jeep de reconnaissance partit aussitôt pour vérifier. Elle annonça par radio que les dires du civil étaient exacts. (Voir le témoignage de Mme Steenhout, l’épouse de ce courageux volontaire et de René Majerus de Boeur, au ch. 5) Le bombardement cessa et M. Steenhout put sortir de notre maison.

 

Aline OCTAVE

Dans l’après-midi du dimanche 17, des obus allemands tombent sur le village. Quelques Luxembourgeois passent, effrayés par les combats se déroulant aux environs de Clervaux.

(p.110) Dès l’exode des Luxembourgeois, les jeunes gens, le garde-champêtre et les membres de la gendarmerie quittent le village, à pied ou à vélo, par les petits chemins de campagne afin de gagner la Meuse le plus rapidement pos­sible.

Ceux qui restent se préparent à vivre des jours épouvantables. Le vil­lage subit immédiatement des atrocités. La “Sicherheitspolizei” (Gestapo) recherche les membres de l’Armée Secrète et visite les maisons. Elle possède une liste des suspects: les gendarmes figurent en tête de liste. Une trentaine d’hommes sont rassemblés devant l’épicerie de M. Roland.

Place de la Gare, les époux J. Maquet-Katte ont déjà été froidement abattus dans leur cuisine. Nul n’en saura jamais la raison. Le même jour, leur fils, malgré la prudence qu’on lui conseille, est arrêté et abattu de cinq balles dans la nuque après avoir été conduit dans un champ non loin du cimetière.

Léon Octave, dénoncé par erreur comme résistant, est battu comme plâtre et laissé sur place avec plaies et bosses. Sous la garde des SS qui poin­tent une mitrailleuse sur eux, les hommes arrêtés attendent devant la maison Roland. S’y trouvent notamment, MM. Roland, M. Wagner, A. Gillis, Frede­rick, A. Abinet, C. Duplicy, V. Krack, E. Frères, Grégoire, J. Rijmester, N. et À. Mathieu, A. Annet, A. Georis et R. Dominique. “Mes amis, dit l’institu­teur, nous allons être fusillés.” Interrogés à plusieurs reprises et à tour de rôle, à l’intérieur de la maison voisine, ils passent ainsi la nuit.

  1. Roland, à la demande d’un soldat et espérant sauver ainsi ses com­pagnons, se rend dans le fournil pour prendre quelques bouteilles d’alcool cachées dans un ancien four à pain. Hélas, il est suivi par un Allemand qui découvre les drapeaux alliés confectionnés en hâte quelques mois plus tôt. Il est emmené et battu; les autres prisonniers entendent ses cris et le revoient un instant, épuisé, puis emmené au dehors. On le retrouvera, méconnaissable, ayant succombé aux coups, à 50 m. de sa maison. Sa femme et sa fille sont également battues. Après cette longue nuit, les prisonniers peuvent finale­ment rentrer chez eux. La soif de vengeance ne s’est pas entièrement assouvie à Bourcy, car, 4 km plus loin, à Noville, huit personnes seront encore froidement assassinées par le même groupe. (Ce détachement ne sem­blait pas être composé uniquement d’Allemands, mais, d’après certains documents, des Français se trouvaient parmi eux. Certains déclarèrent eux-mêmes être Français.)

Pour tous, c’est la vie dans les caves, entassés comme du bétail, sans eau, sans électricité, avec un strict minimum de nourriture, dans des condi­tions hygiéniques rudimentaires.

(p.111) Au moins 40 personnes s’entassent dans la cave du presbytère. Elles en seront chassées vers la fin de l’offensive et trouveront refuge un peu par­tout. Les étables et la cave de la ferme Duplicy sont remplies ainsi que la ferme du château. Plusieurs familles se réfugient “En-dessous du Moulin”, se croyant protégées par les bois d’épicéas. Ces abris trop précaires seront vite abandonnés.

Le 16 janvier, les derniers obus tombent sur Bourcy. Un de ceux-ci éclate à proximité de la maison Frères, (actuellement Robert Krack) décapi­tant net Mme L. Lhermitte qui avait son fils Marcel âgé de 13 mois sur les bras. On relèvera l’enfant indemne. Bourcy est libéré le 17. Le cauchemar a duré un mois, mais quel réveil: routes éventrées, bois déchiquetés, cadavres de soldats et d’animaux, 25 maisons complètement détruites et les autres for­tement endommagées et pillées !

 

Eugénie FOGUENNE (28 ans)

Lorsque l’offensive commence, mon mari est prisonnier en Allema­gne. Quand on entend dire que les Allemands reviennent, mes beaux-parents avec qui j’habite à Bourcy, me conseillent de retourner chez mes parents à Noville. Je pars donc avec ma petite Michèle, âgée de 5 ans assise dans une voiturette d’enfant. Mon frère, ma soeur Fernande et son mari Louis Mathieu partent se réfugier à Rachamps. Je décide alors de partir dans la direction de (p.112)

Cobru. Je comprends vite, à cause de la neige et du froid, que je ne pourrai pas aller plus loin. Je fais demi-tour et je regagne Noville où je trouve refuge dans la cave de la maison Braquet. Bientôt je vois arriver un véhicule conduit par un Allemand et dans lequel a pris place mon beau-père Jules Marin. Comment a-t-il appris que je me trouve chez Braquet ? Une rumeur, sans doute, qui a circulé à Bourcy et l’Allemand, après discussion avec mes beaux-parents, a accepté de venir me chercher. Je rentre donc à Bourcy. Les balles sifflent et les obus éclatent de partout. Nous nous réfugions dans la cave. Une bombe tombe sur le talus en face et fracasse toutes les vitres. L’Al­lemand qui m’a ramenée cherche refuge dans la cave et se blesse en descendant l’escalier. Il est emmené à l’hôpital (sans doute chez Goosse à Bourcy); il perdra un oeil.

Notre abri ne vaut plus rien. Nous nous réfugions chez Gilis (Duplicy) ainsi que beaucoup d’autres personnes qui rempliront la cave et les écuries.

 

Christian LAMBERT (7 ans)

Un matin gris, ma grand-mère Rosa Laukès (dont la maison est occu­pée actuellement par Malou Picard, ma tante), aperçoit un tank tout blanc passant devant la maison. Elle entend parler allemand. L’ennemi est de retour.

Un des matins suivants, (je suis encore au lit), ma grand-mère crie: “Vite, levez-vous! Les avions!” La fenêtre de ma chambre s’abat au pied du lit. Je descends au rez-de-chaussée ! Les avions mitraillent. Ma tante Malou et moi, on s’abrite sous l’escalier. Puis, nous nous retrouvons derrière la mai­son, à une dizaine. Hubert Dodrimont traverse la route pour se rendre chez Sylvain Wirard (actuellement chez Maquet). Nous le suivons en contournant la haie. Nouvelle déflagration: le souffle nous couche par terre. Nous nous retrouvons dans l’étable . Sylvain a beau étançonner la porte, chaque nou­velle déflagration la repousse à l’intérieur.

Quelques jours après, nous nous réfugions dans les bois du “Vieux Moulin”. Que de neige! La DCA est installée à l’orée du bois. Elle tire sur des avions qui ripostent aussitôt en mitraillant. Tout le monde se disperse. Je vois encore Delphine Thulle qui pousse une brouette contenant ses derniers biens.

La nuit a été tellement froide que ma grand-mère décide de retourner chez Wirard. Nous marchons dans un chemin encaissé. Un Allemand est posté tous les 50 m. Nous marchons courbés, car les balles sifflent au-dessus de nos têtes.

(p.113) Enfin, nous sommes de nouveau accueillis chez Wirard. Dans la cui­sine, des soldats fourbus ronflent, étendus sur de la paille. Nous nous asseyons dans un coin. Un jeune soldat joue avec le pistolet que j’ai reçu à la St-Nicolas. Je le lui arrache des mains; il est furieux, mais il se calme sous les injonctions d’un soldat plus âgé. Nous allons chez Alfred Laukès. Chaque soir, on étend les paillasses et, le matin, on les entasse presque jusqu’au pla­fond. Chaque fois que le chien pressent un bombardement, il se cache sous la pile. Nous devinons qu’un bombardement se prépare à la plaque de zinc qui vibre à la fenêtre. Le grand-oncle Alfred, lui, dort dans son lit, à l’étage. Un obus y perce une poutre du plafond. Ma grand-mère Rosé, sa soeur, lui demande s’il a eu peur. “Non, dit-il. J’ai vu que la poutre se consumait, mais le feu s’est éteint assez vite.” (Cette poutre noircie est toujours là actuelle­ment).

Un jour, Papa rentre de La Roche. Il pleure parce que nous ne le reconnaissons plus. Il a passé trois jours dans une cave, prisonnier des gra­vats. Il nous fait peur. Nous ne sommes pas plus beaux, mais nous ne le savons pas.

 

(p.114) Bertha ALIE (30 ans)

Le 18 décembre dans la soirée, Maman et moi, nous avons rendu visite à notre voisin, un homme âgé. Craignant le retour des Allemands, mon mari s’était sauvé. Nous sommes rentrées vers 23 heures et, comme je mon­tais à l’étage, j’ai entendu un grand bruit de moteurs. Un convoi passait. A la tenue des soldats, je dus me rendre à l’évidence, c’étaient des Allemands. Les Américains s’étaient d’ailleurs retirés de Bourcy.

Nous avons été très vite en plein combat. Pour nous protéger des bom­bardements, nous sommes descendus dans la cave. Nous étions quatre. J’entendis crier mon nom: “Bertha!” Qui pouvait bien m’appeler ? Maman me conseilla de ne pas sortir, car de nombreux soldats erraient autour de la maison. Quelqu’un descendit l’escalier. C’était un Allemand qui nous avertit que la maison était en feu. Il nous aida à remonter et nous guida vers l’exté­rieur par l’arrière du bâtiment, car le phosphore enflammé léchait, par à-coups, toute la façade.

Des SS menaient des enquêtes dans tout le village, à la recherche des résistants. Chez nous, ils remarquèrent le manteau et le képi de facteur de mon mari. Ils m’interrogèrent longuement ; moi, je ne savais pas où il était mon mari. Me crurent-ils ? J’avertis ma voisine de cette visite; ses deux frè­res s’enfuirent. Les SS interrogèrent une vingtaine d’hommes rassemblés chez Maquet. Un soldat demanda de l’alcool à Marcel Roland. Il retourna chez lui, suivi par deux Allemands qui, hélas, découvrirent des drapeaux alliés cachés dans une boîte. Le 23 ou le 24, une dame me dit qu’un homme était étendu sur la route de Noville. Bravant les dangers, nous sommes allées voir cet endroit: c’était le corps de Marcel Roland que nous avons reconnu difficile­ment tant il était défiguré.

Nous étions quinze réfugiés, soldats et civils, dans la cave de Mme Peschon. Celle-ci était parvenue à sauver une manne de vaisselle. Elle nous dit son intention de la remonter au rez-de-chaussée. Je m’offris à l’aider, mais un Allemand s’interposa et offrit ses services. Au regard de Mme Peschon, je compris qu’elle souhaitait que je l’accompagne. Je les suivis dans les esca­liers. Juste à l’instant où ils disparaissaient dans la cuisine, un Américain apparut sur le seuil de la porte. Je lui fis signe, un doigt sur la bouche. Il se glissa prudemment dans le corridor et vint cueillir l’Allemand sans coup férir. Mais un soldat aux aguets ne fait pas de sentiment: l’Américain m’obligea à le précéder dans la visite de la maison. Revenu au dehors, il me donna une savonnette, me serra la main et disparut. Ce n’est pas beau de se réjouir du malheur des autres, mais je ne pus m’en empêcher quand les Allemands res­tés dans la cave furent aussi faits prisonniers. Ils avaient menacé de nous massacrer !

 

(p.115) Nous étions le 17 janvier.

 

Roger DOMINIQUE (15 ans)

Vers 23 h30, Maman, qui est montée à l’étage pour identifier un bruit anormal, aperçoit la grue de la gare qui passe devant le maison. Au moment où elle redescend, trois Allemands habillés d’uniformes américains et coiffés de casques allemands ouvrent brusquement la porte et braquent leurs fusils sur elle. C’est une des grandes peurs de sa vie.

Le 21 au soir, la Gestapo vient arrêter mon père et mon frère et les ali­gne, avec d’autres, devant une maison. Pendant vingt minutes, une mitrailleuse installée sur un véhicule est braquée sur eux . Enfin, les Alle­mands décident de les emmener autre part. Ils rejoignent d’autres otages dans la maison de Max Maquet. Ils attendent dans une pièce du rez-de-chaussée et sont interrogés tour à tour à l’étage. Ils n’en croient pas leurs oreilles quand on leur dit qu’ils peuvent rentrer chez eux, sauf Marcel Roland. Mon frère rentre épuisé de cette rude épreuve, ce que voyant, un soldat qui part monter de garde lui prête son sac de couchage.

Mon frère Alphonse, qui avait 17 ans, était au séminaire de Bastogne. Le 19, on renvoie les élèves . Paul Goosse et lui décident de rentrer à Bourcy par leurs propres moyens. Le long du petit chemin qui conduit de Mageret à Arloncourt, ils sont pris entre deux feux. Paul Goosse échappe à la mitraillade en retournant vers les lignes américaines. Hélas, Alphonse est tué. On retrouvera son corps un mois après, au bord du chemin.

 

Paul GOOSSE (15 ans)

J’étais élève au Petit Séminaire de Bastogne.

Le dimanche 17 au matin, quelques élèves entendent des détonations et aperçoivent, des fenêtres du dortoir, des faisceaux lumineux balayant le ciel quelque part à l’est. Mais, malgré ces alertes, l’insouciance continue à régner jusqu’à la fin de l’après-midi. Des convois militaires circulent. Le soir, à l’étude: brusque panne d’électricité! C’est à la lueur des chandelles et en invoquant le manque de chauffage que l’on donne l’autorisation aux élèves habitant la région de regagner leur domicile le lendemain matin par leurs propres moyens. Bien sûr, c’est aux fenêtres des dortoirs que nous passons la nuit, contemplant l’horizon enflammé, mais toujours inconscients du danger qui s’annonce.

Comme je suis parmi ceux qui ont reçu l’autorisation de partir, c’est sans hâte que, le lundi 18, je fais mes bagages et, à 15 heures, chargé de lour­des valises, je quitte le collège avec un condisciple de 17 ans, Alphonse

(p.116) Dominique, pour entreprendre une route de 12 kilomètres. Nous sommes à peine sortis de la ville que les premiers obus tombent sur Bastogne : effrayés par ces détonations si proches, nous nous jetons dans le fossé. L’alerte pas­sée, nous reprenons nos bagages et continuons la route, ralentis par les colonnes de réfugiés se dirigeant vers Bastogne et les convois militaires allant au front; ce n’est que vers 17 heures que nous atteignons Mageret. Là, les grands-parents de mon compagnon nous hébergent.

Partout sur les routes et dans la campagne : des chars, des canons, des camions; nous avons toujours l’impression qu’un retour des Allemands est impossible. Le soir, après dîner, nous allons au lit, pour nous endormir très vite, quand, brusquement vers minuit, une forte explosion nous réveille en sursaut; les vitres volent en éclats. Nous nous habillons en hâte et rejoignons nos hôtes à la cuisine. La bagarre fait rage et la maison ne dispose pas de cave. Des explosions d’obus secouent la maison; à proximité un canon tire sans arrêt; des balles sifflent et d’autres s’écrasent sur la façade; des hommes crient et nous, nous retenons notre souffle, effrayés, mais aussi hébétés qu’une chose pareille puisse arriver. Vers deux heures, la bataille se calme; on entend des bruits de pas dans la rue, des chars, des conversations … Sont-ce des Allemands ou des Américains ? On ne sait pas. L’inquiétude grandit. Notre hôte, qui, à cause de son grand âge, ne se rend pas très bien compte de la situation, sort pour s’enquérir de ce qui se passe. Il est bientôt renvoyé à l’intérieur. Nous lui posons des questions: qu’a-t-il vu ? Des soldats améri­cains ou allemands ? Il ne sait pas. On lui demande s’il a vu beaucoup d’Américains.”Oui, dit-il, avec des chars et des canons, ils se dirigent vers Longvilly”. Etait-ce peut-être le civil dont fait mention le général Bayerlein ? Je n’en sais rien, mais en tout cas l’heure concorde et, à ce moment, je ne crois pas que beaucoup de civils aient pu se trouver à l’extérieur.

La nuit se poursuit dans l’angoisse; des mitrailleuses crépitent encore de temps à autre; il nous semble entendre le bruit caractéristique des souliers allemands: peut-être des prisonniers.

A quatre heures, la porte s’ouvre; un officier allemand sans arme se présente: “Ici, pas camarades allemands ? …” A la réponse négative, il sort. Sans doute un prisonnier envoyé par les Américains.

 

Vers sept heures, nous regardons par la fenêtre: hélas, plus d’Améri­cains, mais des soldats allemands bien armés.

Le calme étant revenu, après un déjeuner pris en hâte, nous décidons de reprendre notre route. C’est dans l’indifférence des troupes que nous tra­versons le village mais, fait étrange, des jeeps de la Croix-Rouge, conduites par des soldats en uniforme américain, circulent librement. Nous nous enga­geons dans un chemin de campagne quand, brusquement, la bataille reprend (p.117) et sous le sifflement des balles, nous regagnons le village où les habitants affolés se précipitent dans les caves et refusent de nous prendre en charge. Nous sautons dans un abri d’où nous sommes bientôt délogés par un officier allemand, revolver au poing. Désemparés, perdus dans cet enfer, nous déci­dons de quitter définitivement Mageret.

A peine dans la campagne, nous comprenons la raison de ce furieux combat : une colonne américaine, bloquée sur la route de Longvilly, essaie de percer vers Bastogne.

Brusquemment repérés, nous sommes pris pour cible; nous nous jetons dans le fossé; le talus est déchiqueté par les projectiles et la terre bien­tôt nous recouvre. J’essaie de me retourner vers mon compagnon, mais en vain : les balles me frôlent de si près que tout mouvement devient impossible; péniblement, en rampant, j’avance mètre par mètre; chaque geste fait redou­bler la fusillade et, dans ce vacarme infernal, j’exhorte mon compagnon à me suivre. Il faut à tout prix s’éloigner; ma lente progression se poursuit dans l’eau glacée d’un ruisseau; exténué et transi de froid, j’arrive derrière un bos­quet qui me permet d’échapper au tir meurtrier. Là, je fais le point: je n’aperçois plus mon compagnon, qui aura sans doute pris une autre direction; d’autre part, je réalise que je suis à découvert, pris entre deux feux. Je n’entre­vois qu’une possibilité : atteindre en rase campagne un bois distant d’environ un kilomètre; pour cela, je m’engage en rampant dans le dernier sillon d’un terrain labouré. De nouveau repéré, le tir recommence, non plus en rafales, mais par salves de quatre coups. Je peux facilement suivre l’impact des balles: la première tombe à quelques mètres, la deuxième se rapproche, la troisième, que j’appréhende, claque aux oreilles ou me frôle le dos, la qua­trième va se perdre plus loin. De temps à autre, je fais le mort, mais chaque mouvement redéclenche le tir. Une fois, je soulève la tête : une balle traçante me passe sous le nez et claque contre la paroi du sillon; sans ce réflexe inconscient, tout était fini.

Après neuf heures de cette lente progression dans l’eau et la boue, j’ar­rive à la lisière du bois. Entre les sapins, je discerne des hommes casqués paraissant être des Allemands, me faisant signe de les rejoindre. Tandis que je me dirige vers eux, des tirs de mitrailleuses labourent le sol. En fait, ce sont des Américains qui, fusil dans le dos, m’emmènent dans leur camp à l’intérieur du bois, où un officier essaye de connaître la raison de ma pré­sence. De là, on me conduit à Bizory, dans une ferme, où un officier supérieur me demande d’où je viens, combien de chars j’ai vus à Mageret et combien d’hommes sur chaque char. Ensuite, un soldat, Louis Frey, vient me chercher. Il me prendra sous sa protection pendant toute la durée de l’offen­sive. Je réside deux jours à la ferme de Bizory en compagnie de Louis, partageant ses repas et sa couchette, dans une cave, sur un tas de betteraves.

(p.118)  La bataille fait rage et nous échappons de justesse à un obus qui éclate dans le vestibule alors que nous sortons.

Etant donné la situation trop dangereuse, Louis Frey me propose de me ramener à Bastogne. A minuit, nous partons dans un half-track. Sur la banquette gauche arrière se trouvent, Louis et un autre Américain; en face, trois prisonniers allemands et, à nos pieds, deux cadavres américains. Nous roulons phares éteints et, à mi-chemin, nous sommes pris sous le feu de mitrailleuses. Les Allemands et moi nous nous couchons sur les cadavres, les Américains restent assis. Nous débarquons au Séminaire et, après avoir par­couru le rez-de-chaussée partiellement détruit, nous découvrons, dans une cave, des civils, la plupart des pensionnaires de la maison de repos, incons­cients de la situation.

Le jour suivant, je rejoins l’abbé Godelaine, les Soeurs et les filles du Séminaire, ainsi que la famille Arbalestrier. C’est avec eux que je passerai le reste de l’offensive et aussi avec des soldats américains. Je reçois régulière­ment la visite de Louis. Un jour, il m’apporte une photo aérienne sur laquelle je lui désigne l’emplacement de ma maison à Bourcy et, quelques jours plus tard, j’apprends que mes parents l’ont quittée et que des civils se sont réfugiés non loin dans un hangar (ancienne bergerie de M. Lambert).

Louis faisait partie d’un groupe de douze qui s’infiltrait dans les lignes allemandes. Deux ont survécu.

J’ai, tout au long de l’offensive, été frappé par le courage et l’héroïsme des Américains.

C’est avec émotion que je repense aux parachutages, aux blessés enve­loppés de parachutes multicolores et alignés dans la chapelle transformée en hôpital, aux offices religieux aujour de Noël dans la chapelle, aux sapins de Noël décorés de serpentins provenant de l’ouverture des boîtes de conserve.

Enfin, aux environs du 20 janvier, j’ai pu quitter Bastogne et rentrer chez moi, où je retrouvai mon père. Six bombes étaient tombées aux alen­tours; le bétail était tué et la maison pillée.

Deux semaines plus tard, on retrouvait à Mageret le corps d’Alphonse Dominique.

Pour ma part, j’ai bénéficié d’une messe de mort au couvent de Beauplateau : une valise percée de balles et portant mon nom avait été retrou­vée à côté d’Alphonse.

 

(p.119)  Extrait d’une lettre envoyée par Louis Frey à Paul Goosse en 1993.

 

Paul,

 

J’ai été heureux de recevoir votre lettre et d’apprendre que vous étiez à la maison O.K.

Vous ne saurez jamais combien vous avez été près d’être déchiré par les mitrailleuses allemandes.

La route de Bizory à Bastogne était toujours coupée par des patrouilles “boches” arrivant derrière nos lignes et posant des mitrailleuses le long de la route.

Nous voulions envoyer des hommes et des camions de Bizory à Bas­togne. Nous les avons trouvés, le jour suivant, dans les fossés, pendant que les Allemands longeaient la route.

Je sais que j’ai eu une grande chance la nuit où je vous ai conduit à Bastogne. (…)

 

Raymond KRACK (21 ans)

A Bourcy, le dimanche 17 décembre fut assez calme. Cependant, vers 17 heures, des obus éclatèrent dans le parc du château.

Le lundi matin, étant employé à la menuiserie Haan, je me rendis à mon travail. Nous devions aller travailler à Oubourcy. Le patron hésitait, il ne comprenait pas bien ce qui se passait. Il décida qu’il valait mieux rester à l’atelier. Nous y avons commencé le montage d’un escalier, qui ne fut jamais terminé. Après l’offensive, on le retrouva en pièces détachées, dans l’atelier qui n’avait pas brûlé.

Vers midi, alors que je retournais dîner, je remarquai un MP qui essayait d’orienter vers Noville de nombreux camions américains plus ou moins en débandade. Sur ces entrefaites arriva, venant de Noville, une colonne de véhicules. Il lui fit faire le tour du village par la rue des Ecoles, la gare et la renvoya aussi vers Noville. L’après-midi, je ne suis pas allé à l’ate­lier. Des jeunes et moi-même, nous circulions dans le village, inquiets. Vers 16 h30, des obus tombèrent à nouveau, mais en dehors de Bourcy, près du bois de Noville. Cet incident nous décida. A une vingtaine, nous avons quitté le village en direction de La Roche.

 

(p.120) Jean GOOSSE

Avant le retour des Allemands à Bourcy, Jean découvre près de la maison Dominique un dépôt d’essence abandonné par les Américains, un tré­sor pour l’ennemi. Il commence à répandre l’essence par terre, mais Mme Dominique interrompt bruyamment “cette oeuvre de destruction patriotique”.

Les premiers jours, les Goosse se cachent dans les caves d’où les sol­dats les font déguerpir. Ils vont se réfugier dans un hangar à une bonne centaine de mètres, sous les mangeoires des vaches. Cela dure trois jours, mais cette retraite est bien précaire; aussi, les chefs de famille cherchent-ils un autre abri. (Deux chevaux du hangar seront tués plus tard par des obus.)

Ils se dirigent vers Hardigny et Rachamps où ils sont hébergés. Mais, sitôt les Américains revenus, ils regagnent leurs pénates. Mme Fichefet, qui précède les Goosse, découvre un Allemand dans leur cave. Elle avertit les Américains et doit descendre devant eux.

Jean découvre, quelques jours après, un cadavre allemand dans la prai­rie. Il l’enterre provisoirement. On viendra le rechercher pour l’inhumer à Recogne. Le médecin légiste déclarera que cet homme n’avait pas 17 ans. C’est le plus jeune du cimetière, ainsi que l’indique un panneau.

 

Marie-Josée LAUKES-FREDERICK (18 ans)

Peu avant Noël, Maman et moi, nous trayions chacune une vache lors­qu’un éboulement se produisit dans l’étable. La cause, on ne la connut jamais. Peut-être l’explosion d’un gros engin!

Les vaches réagirent nerveusement, sans nous blesser heureusement. La poussière envahit la pièce, saupoudrant le lait. Je n’avais qu’un demi-seau. Je remplis une bouteille que je portai à mon ancienne patronne (Bertha Alié). Celle-ci me dit: “On vient de retrouver le corps de Marcel Roland, les Alle­mands l’ont battu à mort après avoir découvert chez lui des drapeaux alliés. Va vite dire à ta Maman qu’elle fasse disparaître les siens!”

Notre voisin, Monsieur Abinet, suggéra de s’occuper du cadavre de Marcel Roland. Madame Titeux, Jeanne Beauve et Maman procédèrent à la toilette du martyr défiguré. Le sol gelé ne permettait pas l’enterrement immé­diat. Il resta plusieurs semaines dans la brouette où on l’avait déposé.

Le jour de Noël, plusieurs maisons bombardées brûlèrent. On ne se sentait plus en sécurité. Aussi, M. Abinet attela-t-il ses chevaux à un chariot chargé de nourriture. Maman emporta sept lapins, trois pots de beurre et sept pains. Plusieurs dizaines de personnes gagnèrent ainsi un hangar en tôle situé (p.121)

au “Doyard”, à quelques centaines de mètres de là. Sécurité bien illusoire! Aussi, avons-nous décidé, le lendemain, de gagner une maisonnette cent mètres plus loin, sur la route Bourcy – Boeur. On y campa jusqu’au 17 jan­vier. La nourriture partagée fut vite épuisée.

Maman et Armel Abinet allaient chaque jour soigner les bêtes et en profitaient pour rapporter un peu de nourriture. Le curé Faisant leur reprocha ces allées et venues journalières bien dangereuses. Le 17 au matin, on les vit faire des signes à partir des dernières maisons du village. On finit par com­prendre que les Américains avaient délivré Bourcy. Mais la maisonnette était encore environnée d’Allemands. Les combats s’amplifièrent. Rester là deve­nait dangereux. Alors on s’est dit qu’au lieu de mourir sur place, mieux valait risquer le retour. Enveloppés de couvertures, plus souvent couchés dans les fossés enneigés que debout et entre deux feux, on finit par atteindre les pre­mières maisons où les Américains étaient postés. Quelle joie de retrouver Maman !

Rentrer chez nous était dangereux, car deux bombes non éclatées s’étaient emberlificotées dans le treillis du sommier. Les Américains le des­cendirent par l’escalier, cassant la rampe pour élargir le passage.

Nous sommes restés deux jours chez M. Sylvain Wirard (actuellement Guy Maquet) avant de regagner notre maison encombrée de plâtras.

 

Angèle OCTAVE (18 ans)

Le lundi 18, les Américains occupaient encore le café Jules Maquet près de la gare de Bourcy. J’étais en train de lessiver; au loin tonnaient les coups sourds des canons. Les Américains, fébriles, préparaient leur départ. Ils chargeaient des paquets faits à la hâte. Je les observais, intriguée. Maman vint me chercher car, disait-elle, les Allemands avaient lancé une offensive.

“Il faut que vous partiez”, dit-elle. A quelques-uns nous, avons été à Bertogne où nous avons logé quelques jours. Le premier Allemand aperçu était un motocycliste qui descendait le village à folle allure et qui a, paraît-il, trouvé la mort dans un accident.

Les Allemands étaient là. Nous avons décidé de retourner à Bourcy à travers bois et champs. Comme nous étions nombreux chez nous, nos parents jugèrent bon de nous séparer pour éviter le pire. Avec Amélie, je me réfugiai au château, chez Mathieu. Nous n’y sommes pas restées longtemps; le vieux Georis vint nous avertir que nos parents quittaient notre maison. Nous nous sommes empressées de les rejoindre. Papa avait déjà attelé le cheval à un chariot. On sortit les vaches et on les poussa devant nous. Nous sommes allés nous cacher dans le hangar d’Isidore Lambert dans la campagne. Nous som-

(p.122)

mes restés là jusqu’au retour des Américains. Chaque jour, lors des accalmies, quelques audacieux revenaient au village chercher de la nourri­ture. Nous dormions à côté des chevaux et les vaches beuglaient à l’extérieur. Une nuit, les Allemands nous les prirent. Nous avons été contents de quitter ce hangar lorsque les Américains ont repris Bourcy.

 

 

Denise DOMINIQUE-THULLE (17 ans)

Le 26 décembre, jour de bombardement par l’aviation américaine, un engin tomba devant notre maison. La moitié du toit fut détruite. Les jours suivants, durant la journée, nous allions nous cacher dans les bois au “Vieux Moulin” et le soir nous revenions loger chez Lejeune. Nous étions bien une trentaine de personnes. Notre impression était que les avions américains nous avaient repérés grâce aux enfants qui jouaient dans les prairies et qui leur fai­saient signe. Sans doute nous avaient-ils identifiés comme civils, car ils ne nous attaquèrent jamais. Nous sommes restés là jusqu’à la libération, le 17 janvier.

 

Albert HAAN

Le vendredi 12 janvier, Sylvain Wirard, 50 ans, fut tué par un obus en allant chercher de la nourriture pour son bétail. On ne le découvrit que le len­demain matin. Comme il faisait assez calme, mon père et moi avons décidé de fabriquer une caisse provisoire afin de lui donner une sépulture quelque peu décente.

Plus tard, trois avions américains surgirent, lâchant des bombes tous les deux cents mètres environ. Instinctivement, nous nous sommes collés contre un mur. Une bombe éclata à vingt mètres de nous sans nous blesser. Miracle ou bienheureux hasard ? La bombe avait pénétré profondément dans le sol, très fangeux à cet endroit, et les éclats retombèrent en pluie autour de l’impact. Les avions n’effectuèrent qu’un seul passage. Après cette chaude alerte, Papa et moi avons terminé la fabrication du cercueil de fortune. Avant la reprise de Bourcy, durant tout l’avant-midi du 17 janvier, les Américains arrosèrent le village de centaines de projectiles . Ce tir de barrage prit fin brusquement… Un silence pesant s’ensuivit. Petit à petit, le tir des armes automatiques s’intensifia. Prudemment, derrière leurs murs effondrés, quel­ques villageois observaient l’avance des G.I.. Ils progressaient prudemment, profitant du relief pour se protéger et ils atteignirent le village, car la riposte de l’ennemi fut faible.

Ils avançaient dans les rues par petits groupes, visitant les maisons dont la plupart étaient en ruines. Très souvent, ils se faisaient précéder d’un civil pour dénicher d’éventuels planqués, aussi bien dans les caves que dans les greniers. Ils étaient nerveux et méfiants. Et ils libérèrent Bourcy. Les

(p.123) bruits de bataille s’estompèrent; les civils s’aventurèrent dans les rues couver­tes de gravats. Le cauchemar était-il fini ?

Au lendemain de la seconde libération, mon beau-père et moi avons visité l’église. Il n’était pas facile d’entr’ouvrir la porte freinée par des débris. Le choeur avait plus souffert que le vaisseau. Un trou énorme déchirait la toi­ture. La lampe du Saint-Sacrement gisait sur le pavement. La table d’autel, éventrée, offrait un spectacle de désolation.

Mais, me retournant, je n’en crus pas mes yeux en apercevant la statue de Saint-Jean, patron de la paroisse, toujours debout sur son socle. “C’est un miracle!” déclara l’abbé Faisant, curé de la paroisse à cette époque.

 

Marie-Louise CALAY-CHARNEUX (27 ans)

Un soldat allemand mange sa ratatouille non loin de nous. Il est assis à côté d’une pile de seaux lorsqu’une rafale de balles perce les récipients en plusieurs endroits. Indemne, il veut répliquer. Nous craignons qu’il en résulte de nombreuses victimes parmi nous et nous le supplions de se rendre. Mais il refuse et se met à tirer sur les Américains. C’est un SS dont la devise est “plutôt mourir que se rendre!”. Il est malgré tout fait prisonnier et, par mira­cle, il n’y a pas de victimes civiles.

 

Marie-Louise HESSE – PICARD (19 ans)

J’habitais avec Maman, derrière l’église de Bourcy. Ma tante Elise se trouvait là aussi avec ses deux enfants, Christian (6 ans) et Chantai (4 ans).

Les Allemands nous expulsèrent. On se réfugia chez Céline Wirard. Pas pour longtemps, car l’occupant nous força encore à déménager. On se rendit alors chez l’oncle Alfred Laukès. On s’installa tous dans la “chambre”. Une de mes amies, venue de Liège au mauvais moment, était là aussi.

Bourcy fut occupé pendant quatre semaines par des soldats allemands assez corrects. Il fallait bien s’en accommoder. Une anecdote parmi d’autres : les Allemands avaient tué plusieurs poules afin d’améliorer leur ordinaire. L’amie liégeoise qui passait par là en déroba deux qu’elle cacha sous son manteau. Sa ligne s’en trouva évidemment modifiée. Elle rentra cependant saine et sauve à la maison . Son aspect fit bien rire. Maman s’alarma, crai­gnant des représailles éventuelles. Heureusement, les Allemands avaient d’autres soucis. Le bouillon fut excellent.

Le 17 janvier, au matin, un bruit terrible ébranla la maison. C’était un tir de barrage annonçant le retour des Américains. Mon amie liégeoise s’écria: “Notre dernière heure est venue !

(p.124) Chez l’oncle, on avait calfeutré les fenêtres à l’extérieur, avec des bot­tes de paille afin de se préserver du froid et des éclats, ce qui rendait l’intérieur lugubre, éclairé seulement par quelques bougies. Je décidai d’enle­ver quelques bottes afin de pouvoir observer les événements. J’en avais à peine enlevé quelques-unes lorsque le tir des armes automatiques s’intensifia. Il était temps de rentrer. Je longeai le mur afin de me protéger mais il me sembla que celui-ci vacillait ; je courus vite chez Frères, (actuellement Robert Krack) où je fus horrifiée à la vue d’une dame tuée, Ludvine Lher-mite-Lambert (28 ans). Je courus vers la maison. Je vis le clocher vaciller ; je me sentis faiblir ; ma main venait de toucher du sang. J’étais blessée. J’entrai dans la maison de l’oncle où l’on me mit un garrot provisoire.

Une heure plus tard, les Américains, l’air mauvais, pénétrèrent dans Bourcy, les armes pointées vers l’avant. Mon amie dut en précéder un, armé de grenades, dans la visite du bâtiment.

Un peu plus tard, mon amie, qui s’était rendue à l’église où se trouvait le docteur Louis, avertit les Américains de ma blessure. Un infirmier me fit un pansement et me donna des cachets.

Après quatre jours, on me chargea sur une jeep qui m’amena tant bien que mal à l’école communale de Bastogne d’où je fus transférée à Arlon.

 

Germaine HOZAY (30 ans)

Notre maison est à l’écart, sur la route de Moinet. Le 19 entre 6 et 7 heures du matin, Papa et moi, les seuls de la famille à être restés à Bourcy, sommes réveillés par des bruits venant de l’extérieur. Je me lève et, comme je descends l’escalier, une balle frappe la rampe. Je l’ai échappé belle. Les Allemands occuperont la maison jusqu’au 17 janvier. Elle ne sera guère endommagée; la plupart des vitres de la cuisine subsisteront même.

 

Gilbert (16 ans) et Maurice (13 ans) ANNET

Dans la nuit du 18 au 19 décembre, les Allemands occupèrent Bourcy. Nous nous sommes tout d’abord abrités dans les caves du voisin et ensuite sous l’aqueduc du chemin de fer situé derrière chez nous où nous restâmes accroupis ou assis pendant trois jours.

(p.125) Puis, nous nous sommes cachés dans le bois. Nous logions à quelques-uns dans des trous individuels, creusés auparavant par des soldats.

Nous sommes ensuite revenus dans la ferme Volvert (maison habitée actuellement par Jeanne Dufourny) où nous étions rassemblés en grand nom­bre. Un avion américain lança une bombe sur la ferme. Seul le corps de logis fut touché, tuant huit Allemands. Des villageois dégagèrent les corps des décombres.

Avant Noël, notre famille se réfugia chez Pierre Volvert (Louis Dufourny). Nous y étions une cinquantaine, à l’abri dans les étables. Les Allemands occupaient les pièces habitables. Alors qu’ils étaient en train de cuire des crêpes, une bombe saccagea le corps de logis. Les civils durent aider à dégager les soldats morts et blessés.

Dans la maison en face du facteur Bauvir, les vaches arrachèrent leurs chaînes et deux d’entre elles se réfugièrent dans le fenil en montant l’escalier.

 

Dépôt de munitions de Bourcy, Ronaldo MARQUIS du 197e Bataillon d’Artillerie Antiaérienne (Extraits)

La mission de cette unité américaine était la défense du dépôt de munitions de Bourcy. (…)

 

(p.126) Dès le 25 octobre, tous les canons étaient en position et prêts à faire feu. Ce dépôt dépendait du Ville Corps dont le QG était situé à Bastogne.

Le PC se trouvait dans le café Lambin, dont la propriétaire était Mme Hélène Lambin, plus connue sous le nom de “toot sweet” (tout de suite).

Le PC du premier peloton se trouvait dans un café tenu par Jules Maquet et son fils Fernand. La section ménage était située dans le dépôt de marchandises. (…)

Un groupe d’observation aérienne était à Boeur mais il ne put fournir aucun renseignement sur l’activité allemande car il fut pris sous le feu d’ar­mes légères.(…)

Le 18 à 16 h!5, le dernier groupe de chargement et la compagnie munitions quittèrent Bourcy pour le nouveau point de ravitaillement en munitions. La patrouille d’observation voulut rejoindre la batterie à 16 h45, mais celle-ci avait déjà abandonné la zone de déploiement. Ce dernier groupe quitta Bourcy aux environ de 17 h.

 

Roger GRAINDORGE (15 ans)

En septembre 1944, après la libération, les Américains demandèrent de la main d’oeuvre civile pour travailler dans les dépôts de munitions aux alentours de Bastogne.

Chaque matin, des camions embarquaient les volontaires devant l’église Saint-Pierre et les transportaient à Bourcy. Là, en effet, se trouvait le dépôt central dirigé par le capitaine Edouard Polman, qui était un Noir, de même que le sergent “Neige”.

Le dépôt de munitions était dissimulé dans un petit bois en face d’une boucherie. Tôt le matin, nous chargions les munitions dans trois ou quatre camions et nous allions les répartir le long des routes jusqu’à Hoffelt au Grand-Duché. Il fallait quatre hommes par véhicule. Chaque camion empor­tait une seule sorte de munitions, par exemple des grenades, des obus, des cartouches… Tous les quarante mètres environ, nous déchargions quelques caisses que nous placions sur des troncs de sapin abattus. On comptait ainsi quelque cinq cents dépôts à approvisionner jusqu’à Hoffelt. Nous rentrions tous les soirs chez nous. Il était parfois 22 h. Nous étions une vingtaine & volontaires, entre autres Fernand Sac, François Husbourg, Lucien Kobs.

 

Le 16 décembre, le canon gronda au loin vers l’est. Les Americains nous avertirent que les Allemands venaient de lancer une offensive locale à partir de la frontière. Ce n’était pas grave. Cependant, dès le 17, des camions

 

(p.127) de plus en plus nombreux vinrent se ravitailler en munitions à Bourcy. Ils repartaient immédiatement pour le front. Il fallait bien se rendre à l’évidence : l’ennemi revenait, car la canonnade se rapprochait rapidement.

Bientôt, les obus commencèrent à tomber, mais le dépôt de munitions semblait épargné, à croire que les Allemands voulaient se le réserver.

Les volontaires n’étaient plus si nombreux: la peur sûrement. Trois camions furent chargés en hâte de cent cinquante obus chacun. Nous devions les déposer près d’Hoffelt. Là, aidés par des soldats, nous alimentions des blindés qui revenaient du front. Une vingtaine d’obus étaient rangés à l’inté­rieur des coupoles. Puis, nous avons déchargé ce qui restait.

De retour à Bourcy, on rechargea immédiatement les camions et on repartit aussitôt vers le front. Les obus pleuvaient. On était déjà en pleine bataille. La panique s’empara de nous. Nos chargements n’allaient-ils pas se transformer en feu d’artifice ? On arriva à Troine vers 16 h. En vitesse, on se débarrassa des munitions.

Un Luxembourgeois s’arrêta près de nous, l’air inquiet, et nous demanda: “Avez-vous déjà vu une sapinière qui avance ?” Intrigués, nous avons scruté la colline d’en face. Elle bougeait! C’étaient des tanks camou­flés; les Allemands venaient droit sur nous. Et ne voilà-t-il pas qu’ils nous prenaient pour cible ! Bombardement terrible ! Déflagrations ! On se sauva à pied; on s’aplatit dans les fossés, on se dissimula derrière les haies. Heureuse­ment, un camion américain, rescapé du massacre, nous chargea… Et on rentra à Bourcy. Les Allemands nous talonnaient. Les maisons brûlaient, le matériel américain était en partie détruit.

De nouveau, on déguerpit à pied, cherchant des cieux plus cléments.

J’appris plus tard que trois camarades avaient été pris par l’ennemi et emmenés en première ligne pour creuser des tranchées. Heureusement, ils sortirent indemnes de cette aventure.

 

M. Gilbert LEONARD

Dès la mi-novembre, Papa et moi, nous avons été engagés par les Américains pour travailler au dépôt américain de Bourcy. Tous les matins, nous partions à pied jusqu’à Noville d’où un camion militaire, qui était allé chercher d’autres volontaires à Bastogne, nous emmenait à Bourcy.

S’il y avait un travail immédiat, on nous débarquait à la gare, là où le dépôt se trouvait. Il fallait transborder les caisses de munitions des wagons dans les camions. Nous travaillions par équipe de deux. A l’aide d’un outil,

 

(p.128) un petit manche muni d’un crochet, nous saisissions les obus par un anneau et nous les transportions dans notre camion. Le chargement terminé, nous par­tions alimenter de petits dépôts situés à moins de cent mètres les uns des autres le long des routes de Boeur, Buret, Tavigny et Troine. Nous avions au préalable coupé des troncs de jeunes sapins que nous avions couchés le long de la route et sur lesquels nous déposions les munitions. Le travail terminé, on nous ramenait devant la boucherie Geuzaine. Là, se trouvait le bureau de répartition du travail et un abri dans lequel on faisait du feu à l’aide de carton bitumé dont la fumée nous rendait presqu’aussi noirs que les soldats noirs occupés au dépôt. Un infirmier, noir aussi, soignait nos petits bobos. Que vous ayez mal à la tête ou que vous soyez blessé, il vous donnait toujours la même pilule. Nous l’avions surnommé “pilule”.

Le 16 décembre, des bruits d’offensive circulèrent. Le 18, alors que nous partions vers Boeur, le conducteur d’un camion qui revenait de la fron­tière grand-ducale, nous fit signe de faire demi-tour. Nous sommes donc rentrés à Bourcy, puis à Noville, d’où nous avons regagné Recogne à pied.

 

Gilbert (16 ans) et Maurice (13 ans) ANNET

Les Américains avaient établi un dépôt en plein air derrière la gare de Bourcy. Ils construisirent des chemins empierrés afin de manoeuvrer plus facilement. C’était un dépôt de matériel de génie. Ce matériel leur parvenait par chemin de fer et était transbordé dans des camions a l’aide de grues et de bulldozers que les villageois apercevaient pour la première fois de leur vie.

 

Alden TODD, soldat à la Compagnie F du 502e Régiment de la 101e Division Airborne

L’après-midi du 15 janvier, la compagnie F s’était déployée derrière une crête dominant Bourcy au sud-ouest. Peut-être 600 m. devant nous se trouvaient les maisons les plus proches du village. A Bourcy, les Allemands avaient établi de fortes défenses, notamment avec plusieurs chars. Mais nous savions qu’ils préparaient leur recul vers l’est; il était clair maintenant qu’ils avaient perdu la bataille des Ardennes et que leur attaque vers Bastogne avait échoué.

Le 15 et même le 16 janvier, pendant que nous faisions discrètement nos reconnaissances sur la crête vers Bourcy, nous avons parfois vu plusieurs soldats allemands qui couraient d’un abri à l’autre en se cachant au mieux. L’après-midi du 16 janvier, nous avons observé un camion à croix rouge qui chargeait des blessés et puis roulait vers la gare et ensuite vers l’est. Le calme fut interrompu, cet après-midi-là, par une attaque de plusieurs avions améri­cains sur des objectifs ennemis au nord et à l’est de Bourcy.

 

 

(p.129) Nous étions dans l’attente, mais nous savions bien que l’attaque vers Bourcy était imminente. Nous reçûmes, pendant ces deux jours-là, plusieurs cadeaux de l’ennemi, particulièrement des obus d’artillerie et aussi des “screaming mimis” (mortiers sifflants) dont le but était d’effrayer les combat­tants. L’opérateur radio de la compagnie F fut malheureusement blessé au bras. Je me rappellerai toujours le caporal Zagel, un gars de Chicago, alors qu’il marchait vers l’arrière, en tenant bien haut son bras sanglant et en criant, avec un grand sourire: “Enfin, je l’ai eue, cette blessure qui vaut un million!” C’était une apostrophe comique pour quelqu’un qui souffrait… Une blessure qui le menait à l’hôpital, mais qui n’était pas vraiment grave. Zagel était un jeune homme courageux et il nous a rejoints après quelques semaines.

Le capitaine “chuchotant” Smith avait besoin d’un remplaçant comme opérateur radio et c’est moi qu’il a choisi. On lui avait donné le sobriquet “le chuchotant” (wispering), avec un humour typiquement américain, parce que sa voix tenait du barissement de l’éléphant. Je n’avais reçu aucune instruction en radio. Il fallait porter l’appareil, avec ses lourdes piles, sur le dos comme un “rucksack”. Il pesait presque onze kilos et il signalait sa présence par une antenne qui ressemblait à une canne à pêche longue de 1,5 mètre au-dessus de mon casque. Dans l’après-midi, quelqu’un m’a donné dix minutes d’ins­truction sur le fonctionnement de la radio, et puis j’ai dû tirer mon plan. Mon devoir était de transmettre les informations et les avis du capitaine Smith à l’état-major du bataillon et de recevoir les réponses transmises. Où était l’état-major ? Peut-être deux à trois kilomètres à l’arrière, je ne le savais pas. En principe, nous devions employer des mots-codes pour identifier les unités et les commandants, afin d’empêcher l’ennemi de comprendre. En fait, je n’en ai employé que quelques-uns.

J’ai passé les nuits du 15 et du 16 dans un confort relatif, bien que la température soit tombée en-dessous de zéro degré et que la neige ait atteint 50 à 60 cm. Avec deux ou trois autres, j’ai eu la bonne chance de tomber sur un “foxhole” (trou d’abri) bien construit par les Allemands plusieurs jours auparavant, garni de paille tout autour de l’intérieur, ce qui nous isolait de la terre gelée quand on s’allongeait. Il y avait même une petite cheminée creu­sée dans le sol, à côté, où nous pouvions allumer un feu très discret et réchauffer un peu notre ravitaillemant. Ce qui nous manquait, c’était l’eau. Les ruisseaux étaient complètement gelés. Le col de ma gourde, portée à la ceinture et exposée à l’air froid, était gelé dur comme pierre et je ne pouvais même pas en verser une goutte d’eau.

Bien avant l’aube du 17 janvier, la compagnie F fit ses préparatifs pour attaquer Bourcy. Selon le plan, nous devions passer la crête devant nous à 8 h30 et avancer vers le village, sans savoir quelle résistance nous allions rencontrer. Les autres unités à gauche et à droite devaient avancer à la même heure, pour envelopper Bourcy par le nord-ouest, l’ouest et le sud. Je me rappelle (p.130)  clairement, qu’au point du jour, notre artillerie a exécuté un barrage massif sur Bourcy et sur les chemins sortant du village à l’ouest. Le tonnerre de ce barrage d’artillerie semblait long, mais je pense qu’il n’a duré qu’une dizaine de minutes. Le capitaine Smith, qui devait avancer avec la compa­gnie vers Bourcy à 8 h30, devenait de plus en plus inquiet, car l’heure de l’attaque approchait et les obus continuaient à tomber devant nous. Naturelle­ment, il ne voulait pas faire avancer la compagnie directement dans ce rideau de feu. Il me cria de sa voix célèbre: “Todd, dis-leur de cesser de tirer! Arrê­tez l’artillerie.”

Avec obéissance, j’ai crié dans le micro: “Le capitaine Smith dit: arrê­tez l’artillerie!” Un instant plus tard, craignant que le mot “arrêtez” n’ait pas été transmis clairement, j’ai répété le message, utilisant tous les mots que je pouvais trouver: “Stop, l’artillerie!… Halte, l’artillerie!… Ne tirez plus!… Le capitaine dit: cessez le barrage! Fini, l’artillerie!” A huit heures trente, on sif­fla le signal pour l’attaque. Et, soudain, le tonnerre des obus s’arrêta. Silence !

Avec appréhension, ne sachant pas ce qui allait arriver, nous nous sommes engagés sur la pente, offrant une cible excellente à l’ennemi de Bourcy, s’il désirait tirer sur nous. Nous avancions dans un silence étrange, plongeant dans la neige profonde, en direction du quartier sud-ouest du vil­lage. Peu après, le capitaine et son opérateur-radio néophyte découvraient les traces d’un char Tigre allemand qui avait gravi cette pente quelques jours plus tôt et qui était redescendu vers Bourcy. Le Tigre, d’un poids énorme, avait tassé la neige et avait dessiné deux sentiers parfaits, larges de 50 cm. environ, qui pouvaient faciliter la progression. Smith, étant le commandant, prit celui de gauche et l’opérateur-radio, qui devait rester près du capitaine, prit celui de droite. D’autres de la compagnie, voyant que nous évitions la neige profonde, nous suivirent. Le capitaine les vit. “Sortez des sentiers! cria-t-il dans son “chuchotement” enragé. Vous constituez une cible parfaite!” Il avait raison, naturellement. Les autres, fâchés, se déployèrent à gauche et à droite dans la neige, avançant avec difficulté, un pas lourd après l’autre. Heureusement, pas un coup de fusil ou de mitrailleuse en provenance de Bourcy, du moins pour l’instant!

Lorsque nous avons atteint les premières maisons du village, le silence était complet. Aucun coup de fusil, aucun cri, personne à voir. Quand nous sommes entrés dans la première rue, nous avons vu une personne, puis une autre, aussi craintives que nous, sortir timidement des maisons.

Etant l’interprète informel de la compagnie F, je criai au prerm61 homme que je vis:”Est-ce que les Boches sont ici? Où sont les Boches?”

“Partis! a-t-il répondu, tous partis hier soir et pendant la nuit! Dal1 cette direction là!” Il indiquait vers la gare et au-delà du village vers l’est. En

 

(p.131) quelques minutes, mes camarades firent une reconnaissance soigneuse de plusieurs maisons et des alentours pour s’assurer que ce n’était pas un piège. Entretemps, les civils sortaient des caves en souriant, sachant que l’occupa­tion était finie et que nous étions des amis.

Soudain, je me trouvai devant un garçon qui me semblait avoir 16 ou 17 ans, en uniforme allemand, sans insignes militaires, sans armes, les mains levées. Il s’approcha en disant: “Franzose! Ich bin Franzose!”, et il montrait un petit drapeau tricolore sur sa veste. Il exprimait sa joie de nous rencontrer et il expliqua qu’il était un Alsacien engagé de force dans la Wehrmacht. Il s’était caché dans une cave à Bourcy pendant deux jours, espérant ne pas être découvert et comptant se livrer aux Américains. J’ai donné une brève expli­cation au capitaine qui mit sous bonne garde notre jeune et heureux prisonnier.

Puis nous avons pénétré dans la rue à droite et nous avons progressé vers la gare et la voie ferrée par le centre de Bourcy.

La compagnie F et les autres unités à nos côtés n’ont trouvé aucun sol­dat ennemi et le village était enfin libéré. (…)

Tout à coup, un tir d’artillerie ennemi s’abattit sur nous, à onze heures si je me rappelle bien. Il ne dura pas longtemps et les dommages ne furent pas importants. (…) Après ce tir, une femme très aimable, âgée peut-être de 50 à 60 ans, m’invita chez elle et me fit patienter, le temps de retrouver une bouteille de vin cachée dans un tas de charbon. Dans sa joie d’être libérée, elle voulait nous l’offrir, à nous les Américains. Je protestais pendant que cette aimable et généreuse femme creusait avec ses mains dans le charbon, fâchée parce que les Allemands lui avaient pris sa pelle. La bouteille était si bien cachée qu’elle fut forcée d’abandonner ses recherches. Je me souviendrai toute ma vie de ce geste généreux.

 

Guy MAQUET (10 ans)

En 1944, j’habitais déjà Bourcy, route de la Scierie, où ma mère Ber-the Wallerand vit toujours. Avant l’offensive, les Américains avaient établi un dépôt de Génie Civil sur le site de la scierie et des magasins Annet. D’im­posants tas de douilles d’obus se trouvaient sur le terrain de football actuel et beaucoup de personnes allaient en “prélever”, car le cuivre se vendait cher. Il y avait des dépôts de munitions (obus, etc…) répartis le long des routes vers Hardigny et Boeur-Buret jusqu’au Grand-Duché. Ces munitions arrivaient par chemin de fer à la gare de Bourcy et des civils belges aidaient à leur déchargement et à leur transport par camions vers les lignes de front au nord du Grand-Duché et en Allemagne.

(p.132) Dans l’après-midi du dimanche 17 décembre, de nombreux camions américains, chargés de fantassins et de munitions, tractant parfois un canon et d’autres véhicules comme des half-tracks, traversèrent le village, venant de Noville et se dirigeant vers Moinet et le Grand-Duché.

On savait que les Allemands avaient repris l’offensive et on se deman­dait comment, affaiblis et encore équipés de chariots tirés par des chevaux, sans aviation ou presque, ils pourraient percer cet impressionnant déploie­ment de matériel et de soldats américains.

De petits obus allemands tombèrent sur le village dont un derrière notre maison et un éclat atteignit un half-track du 197e Bataillon d’Artillerie Anti-aérienne qui s’y trouvait; ce half-track, ainsi que d’autres placés à inter­valles réguliers depuis Bourcy vers Buret et le Grand-Duché, avait pour mission de protéger les dépôts de munitions.

Le lundi 18 décembre, l’école fut fermée à midi et, vers la fin de l’après-midi, mon père partit à vélo pour fuir les Allemands, mais ma mère ne voulut pas le suivre. Par la ligne de chemin de fer, il se dirigea vers Foy et Recogne où il passa la nuit chez ses cousins Mars. Le bruit de la canonnade se rapprochait et s’intensifiait; des obus tombèrent encore le village et aux environs.

Les Américains évacuaient dans la précipitation et nos amis du half-track (Joseph, Charly, etc…) vinrent nous dire au revoir rapidement; ils étaient inquiets et tristes de nous quitter, car ils venaient tous les jours chez nous. Je pense encore très souvent à eux et j’espère qu’ils reviendront en 1994.

Vers 21 heures, ma mère (30 ans), mon frère Aimé (3 ans et demi), ma soeur Nelly (7 ans) et moi-même (10 ans), nous sommes descendus à la cave, suivant en cela les conseils de mon père.

La nuit, jusqu’à vers 2 heures du matin, nous entendîmes repasser à toute vitesse de nombreux véhicules américains venant du Grand-Duché et se dirigeant vers Noville; les mitrailleuses crépitaient.

Le mardi 19 au matin, un énorme tank allemand se trouvait devant notre maison; son poids l’empêchait de franchir le pont route de Moinet et, comme les autres gros chars, il franchit la ligne de chemin de fer près de la gare, en face de la scierie.

Des coups frappés à notre porte nous firent sortir de la cave. C’étaient des Allemands qui nous obligèrent, ma mère et moi, à les précéder dans la visite de la maison ; ils cherchaient les Américains.

(p.133) Plus tard dans la journée, des SS s’exprimant très bien en français nous firent part du “décès” des tenanciers du café situé en face de la gare: il s’agis­sait de Jules Maquet (65 ans) et de son épouse Elvire Katté (63 ans), oncle et tante de mon père ; les Allemands disaient qu’ils n’avaient pas été “corrects”. Ils furent assassinés dans leur chambre à coucher sans motif apparent, mais il se peut que les Allemands aient retrouvé du matériel oublié par les Améri­cains qui y avaient leur PC, ce qui les aurait mis en fureur.

Les soldats montrèrent à Maman une carte militaire en disant que Bastogne était prise et que leur avance victorieuse continuait vers la Meuse. Ils exhibèrent la photo d’Hitler: ma mère ne put s’empêcher de la frapper d’un coup de poing; un des Allemands en fureur la menaça de son “Pistol”.

Dans la journée, au moins une dizaine de chars allemands déployés le long de la route de Moinet entre les fermes Gérardy (actuellement Lecoq) et Hozay, canons orientés vers Bastogne, tirèrent plusieurs salves. C’était effrayant ! Quelle impression de puissance que rien ne pourrait arrêter.

Un SS de la Garde Wallonne dit à ma mère : “Madame, je suis aussi Belge que vous, je suis originaire de la région d’Arlon.” “C’est impossible, lui répondit ma mère, à cause de l’uniforme allemand que vous portez sur le dos.”

Trois chars moyens de la 2e Panzer Division s’étaient placés entre notre maison et celle de mon oncle Maurice Maquet; ils étaient sous des arbres et recouverts de fagots.

Un jeune tankiste, âgé de 16 ans, qui avait perdu deux frères en Rus­sie, jouait avec moi et nous essayions de fabriquer des bougies, car il n’y avait plus d’électricité depuis le 18 décembre au soir.

Le 24 décembre, les Allemands reçurent du courrier, quelques vic­tuailles ainsi que du vin et de l’alcool. Ils firent la fête toute la soirée et la nuit en chantant des chants de Noël. Ils nous quittèrent le 27 ou le 28 décem­bre pour se diriger vers Hardigny et Rachamps. Deux jours plus tard, dans la soirée, le sous-officier qui les commandait revint, en jeep américaine, voir si notre maison n’avait pas été détruite par les avions; il s’inquiétait pour nous. Il conseilla à Maman de tuer notre cochon, avant que ses “collègues” ne nous le volent.

Aux environs de Noël, les avions américains vinrent mitrailler et bom­barder le village et particulièrement le quartier de la gare. Du soupirail de notre cave, on voyait les maisons flamber. Des bêtes hurlaient dans les étables. De sa cave, mon oncle Maurice Maquet en vit huit brûler en même temps.

 

(p.134) A Bourcy, il y eut entre 25 et 30 maisons incendiées ou complètement détruites; d’autres subirent de gros dégâts, dont la nôtre, qui reçut un obus allemand le 18 janvier 45.

Tous les jours au matin, nous scrutions le ciel et, si le temps était ensoleillé, nous avions peur et nous descendions à la cave, car nous savions que les avions américains allaient venir bombarder et mitrailler. C’était sans grand danger pour eux, car la DCA allemande était pratiquement inexistante.

Vers le début de l’année 45, une autochenille blindée allemande équi­pée d’un canon de 88 mm. (Panzerjäger) vint se camoufler contre notre maison. L’équipe de huit hommes était commandée par le sergent Hans. Ces hommes avaient volé un cochon dans le village de Rachamps; ils avaient donc à manger, ce qui ne les empêcha pas de tuer toutes nos poules (sauf deux que Maman cacha à la cave) à coups de revolver. C’étaient encore des SS. Une fois, alors qu’ils s’apprêtaient à manger des morceaux de cochon qu’ils avaient fricassés, ma mère n’hésita pas à se servir; Hans, leur chef, se fâcha, puis se calma devant la détermination de ma mère qui lui dit que nous avions faim aussi et qu’après tout, c’était un cochon belge.

 

Un jour, ils furent réquisitionnés pour monter au front; ils emballèrent les morceaux restants du cochon dans un drap de lit qu’ils enfouirent dans la neige du jardin. Ma mère me demanda d’aller dégager la neige avec une pelle (p.135) et de prendre un beau morceau, ce que je fis, lorsque les SS rentrèrent, le len­demain, affamés, fatigués, sales, déguenillés, certains dépourvus d’armes, ils s’aperçurent du larcin et nous le reprochèrent; ils nous dirent qu’ils avaient attaqué “Magerette”.

On sut à ce moment avec certitude que Bastogne résistait toujours; on se remit à espérer en une libération prochaine. De plus, mon grand-père, Léon Maquet (66 ans), qui venait souvent chez nous et allait parfois se pro­mener dans le village, nous dit avoir appris que les Américains étaient parvenus jusqu’à Michamps.

Quant à notre cochon de plus ou moins 120 kg, que nous devions tuer pour la Noël, il nous fut volé par d’autres SS qui vinrent le chercher avec une charrette. Ma mère se fâcha, prit un SS par le ceinturon et l’assit dans la neige. Nous demandâmes l’aide des soldats de la Wehrmacht qui se trou­vaient chez nous, mais ils n’osèrent pas intervenir.

Le 7 janvier, Fernand Maquet (30 ans), fils de Jules Maquet, qui était rentré au village la veille, après avoir fui les Allemands comme beaucoup d’autres hommes de Bourcy, voulut revoir la maison de ses parents, qui avait été entretemps incendiée par les avions, et arriva chez nous. Quelques minu­tes plus tard, deux agents de la Gestapo parlant français vinrent l’interroger et, finalement, l’emmenèrent en prétextant que Fernand devait leur montrer la route de Michamps pour aller voir le bourgmestre Joseph Jacques. Il fut questionné toute la journée dans une autre maison du village, battu et enfin emmené dans une prairie située entre le presbytère et le cimetière de Bourcy, où il fut lâchement assassiné de plusieurs balles dans le dos et la nuque.

Vers le début de l’année, une dizaine de personnes de Bourcy étaient venues se réfugier dans notre cave et, parmi celles-ci, mon grand-oncle Félix Maquet et mes tantes. Oncle Félix était un joyeux compère dont la compa­gnie était toujours recherchée, car il blaguait constamment et savait remonter le moral des plus défaillants. Il était arrivé avec une grosse manne remplie de bouteilles de vin. L’abbé Faisant, curé de Bourcy, lui avait dit de les emporter lorsque les Allemands avaient réquisitionné le presbytère et expulsé tous ceux qui s’y trouvaient. Tous les jours, avant de se coucher, nous chauffions le vin que nous sucrions et chacun (même les enfants) avait droit à sa petite ration. C’était un bon somnifère, excellent pour le moral.

Mon père revint à la maison vers le 12 ou le 13 janvier, coiffé de son képi de la RTT. Il avait parcouru à vélo beaucoup de kilomètres, car, après Recogne, Longchamps, Champion, Nassogne, il s’était retrouvé à Hotte non occupé par les Allemands. Là, habitaient les parents de ma mère et il s’y arrêta quelques jours. Il reprit ensuite son chemin à vélo, inquiet pour nous; il avait entendu dire que les Américains avançaient au nord de Bastogne. Il se (p.136) dirigea de Hotte vers Menufontaine. Burnon, Hollange, Chaumont, Assenois, Bastogne, Savy chez Guissart, frère et sœurs, puis repassa par Bastogne. Mon père continua par Luzery et, arrivé au-dessus de la côte de Foy, il fut interpellé par les Allemands qui le questionnèrent tout l’après-midi. Ils le soupçonnaient d’être un espion et ils ne comprenaient pas qu’il ait pu traver­ser les lignes américaines sans être inquiété. Il leur montra sa carte d’identité, ses papiers de la RTT, attestant qu’il travaillait auparavant dans la région et il leur dit qu’il voulait nous retrouver au plus vite à Bourcy, car il ne savait pas ce que nous étions devenus. Le soir, il fut conduit sous escorte à Noville dans la cave de l’école où il passa la nuit avec les Allemands. Le lendemain, ceux-ci lui proposèrent de le reconduire jusqu’à la sortie de Noville, sur la route vers Bourcy. A peine sortis de Noville, ils furent contraints de se mettre à l’abri à cause d’une pluie d’obus. Les Allemands restèrent cachés et mon père, malgré les obus qui tombaient toujours, continua vers Bourcy où il nous retrouva avec la joie que l’on devine.

Le 15 ou le 16 janvier, comme nous regardions, mon père et moi, par le soupirail de la cave située à l’arrière de la maison, nous avons aperçu des obus traçants tirés par des tanks américains (nous le supposions) se trouvant dans le Bois de Kwarta, situé à droite de la route Bourcy-Moinet. Ces tanks tiraient sur les chars allemands en mouvement près du site de la scierie de Bourcy.

Par la tabatière de notre grenier, le 16 janvier dans l’après-midi, mon père repéra des Allemands s’enfuyant depuis le pont du chemin de fer à Tchamont vers Bourcy. On apprit plus tard que les préparatifs pour la reprise de notre village avaient débuté le 14 janvier. Ma tante vit aussi ce jour-là, depuis la maison Dufourny, les Américains s’approcher du village par le sud-ouest. Un PC américain du 3e Bataillon du 502e Régiment de la 101e Airborne avait été installé à la sortie du bois Jacques, près du deuxième passage à niveau sur la ligne du chemin de fer entre Bourcy et Bizory. Le bataillon était sous les ordres du major Simmons qui avait remplacé le lieutenant-colo­nel Stopka tué le jour-même par des bombes américaines mal ciblées. Le major Simmons m’a fait le récit de ces combats pour la reprise de Bourcy.

Le 14 ou le 15 janvier, un soldat allemand légèrement blessé était arrivé chez nous pour se reposer et s’abriter. Il avait des bandes de tissu en guise de bas, des souliers et des vêtements déchirés. Il n’avait pratiquement rien à manger. Il se contenta d’un oeuf et de quelques pommes gelées qu’il trouva sur la neige du jardin, alors qu’il aurait pu exiger avec son arme que nous lui donnions le peu de nourriture que nous avions encore. Des officiers vinrent visiter les maisons, afin de rassembler tous les soldats encore dispo­nibles; ils leur intimèrent, sous la menace de leurs armes, l’ordre de se rendre à pied à Wicourt. Beaucoup de ces soldats étaient décidés à se rendre aux (p.138) Américains, car ils n’avaient plus le moral et ne souhaitaient qu’une chose : revoir les leurs.

Le mercredi 17 janvier vers 8 h, nous eûmes droit à un très violent pilonnage de l’artillerie américaine qui dura presque une demi-heure. Puis ce fut le silence, vite rompu par le bruit d’un char allemand venant de Boeur, traversant le carrefour “Collin” et passant sur le pont du chemin de fer pour se diriger vers Moinet. Mon père nous dit que l’on s’était réjoui trop vite, que le village ne serait pas encore libéré aujourd’hui puisque le char était passé. Ce tank n’alla pas loin; il fut atteint par des obus de chars américains, en face de la ferme Hozay, route de Moinet. Un des tankistes vint mourir dans la ferme.

Vers 10h du matin, les fantassins américains arrivèrent en vue de notre ferme. Nous sortîmes tous les mains en l’air: les soldats étaient très nerveux et se croyaient déjà en Allemagne. Ils visitèrent eux aussi toute la maison. Les Américains firent 84 prisonniers allemands à Bourcy.

Alden Todd, soldat de la compagnie F, 3e Bataillon du 502e Régiment (voir son récit ci-dessus) a ramené en 1984, à la chapelle de Foy, la clochette d’enfant de choeur qu’il avait retrouvée dans les ruines de la chapelle en décembre 44.

Aussitôt arrivés, les Américains creusèrent des trous de fusiliers, ils y placèrent des mitrailleuses orientées vers l’est. Nous leur demandâmes si les Allemands ne risquaient pas de revenir à nouveau, mais ils ne répondirent pas.

Ce fut, d’après les archives de la 101e Airborne, le dernier combat du 502e Régiment dans la Bataille des Ardennes qui, le 17 janvier, fut envoyé au repos dans la région de Vaux-sur-Sûre.

 

Quant à nous, nous étions libres.

 

 

 

3.1.2 Histoire religieuse (Octave, 1973, 64c & sv.)

 

On ne saura jamais les noms des premiers missionnaires qui évangélisèrent notre région. Les moines irlandais, tels que saint Monon, saint Martin, saint Remacle, furent, semble-t-il, les premiers. Les églises actuelles du Luxembourg ayant pour titulaire saint Martin (Amberloup, Arville, Assenois, Bihain, Compogne, Champs, Mabompré, Cowan, Mageret, Arloncourt, Longvilly, Bovigny, Stavelot, etc.) paraissent être, à première vue, des localités anciennes, très anciennes même, et possédaient pour la plupart des ruines romaines, ou vraisemblablement en possibilité de le faire. Ces localités se trouvant à proximité de voies très anciennes, n’y aurait-il pas lieu, en reliant toutes ces églises, de lire les toutes premières voies de l’évangélisation ?

Saint Remacle et ses moines se fixèrent à Stavelot vers l’an 648. Ce fut un lieu de prières, un centre de vie liturgique et contemplative au mi­lieu des populations à demi-barbares ou à demi-païennes, mais ce fut sur­tout un centre d’action missionnaire.

Les habitants de la région furent gagnés à la religion du Christ par le spectacle de la charité et de piété des moines. Au fur et à mesure que le christianisme se répandait, ils construisirent des chapelles en divers points, afin de faciliter la pratique de la religion, un peu comme font actuellement les missions en pays étrangers.

En 670, les moines installés à Stavelot reçurent une délimitation de laur territoire par le roi Childéric II. Partant de la Baraque Michel jusqu’à la Warche ( au sud de Robertville) en direction du sud, ils devinrent en­suite propriétaires de nombreux domaines ruraux, seigneuries, terres en Ardennes et jusqu’en Hesbaye, Condroz, et même en Rhénanie. Comme nous l’avons déjà dit, c’est ainsi qu’en 890, Bourcy fut propriété de l’Abbaye de Stavelot. Il est très difficile de fixer l’étendue de leurs biens, car les enclaves et les frontières changèrent par réduction d’un siècle à l’autre, et même plusieurs fois au cours d’un siècle.(1)

Charlemagne dans ses capitulaires régla l’entretien des églises et des pasteurs, et provoqua la délimitation des paroisses, mais les communautés éloignées des grands centres spirituels ne recueillirent que fort tard les bienfaits de ces institutions.

Charlemagne ordonna à tous ses sujets de payer la dîme (10e partie des récoltes). La dîme devait être payée à l’église paroissiale par tous ceux qui s’y adressaient pour l’accomplissement des devoirs religieux: « que tout homme, dit un capitulaire du synode de Francfort (794) apporte à l’église la dîme du produit de ses terres. »

Cette législation sur la dîme devait nécessairement amener l’exacte déli­mitation des paroisses. “Que chaque église ou paroisse ait ses limites fixées pour qu’on sache de quelles “villas” elle doit percevoir la dîme.”

Malheureusement, les invasions et les guerres entre les seigneurs féodaux jetèrent longtemps le désordre et la confusion dans les paroisses à peine organisées.

 

(1)  Ard. Para.1968., J. Hanin.

St Remacle, fondateur de l’abbaye de Stavelot naquit en Aquitaine en l’an 600. Il fut inhumé à Stavelot. (L’église primaire de Stavelot, héritière de l’abbaye disparue, possède encore la somptueuse châsse de St Remacle). Le bâtiment central de l’ancienne abbaye est actuellement  l’hôtel de ville.

 

(2) Bull.Art et Hist. de Liège, 1903

 

(p.65) L’ARCHIDIACONE D’ARDENNE s’étendait sur 125 paroisses réparties en deux Conciles ou Doyennés: celui de Stavelot et celui de Bastogne.

 

A côté de l’Evêque, il y avait des auxiliaires aux prérogatives variables:

 

L’ARCHIDIACRE

Celui-ci chargé de la discipline du clergé paroissial servait d’intermédiaire entre le clergé et l’évêque.

L’archidiacre intervenait dans la nomination et l’installation des curés, visitait une fois l’an les paroisses de son ressort (Statut synodal du 12-2-1288), tranchant les contestations, corrigeant les abus et fixant les décisions dans le règlement qui régissait la vie paroissiale.

Il donnait l’investiture aux curés et délivrait aux autres prêtres l’autorisation (placet) d’exercer quelque ministère, en qualité par exemple, de coadjuteur. Il présidait les assemblées synodales et il avait son tribunal ecclésiastique. L’autorité de l’archidiacre était limitée au territoire de son archidiaconat. Il se trouvait aussi un COLLECTEUR: celui-ci avait la charge de défendre la juridiction et les droits, c’est-à-dire, pratiquement les recettes de l’archidiacre.

 

LE VICE- ARCHIDIACRE

Parfois qualifié aussi de “forain”, était le premier représentant de l’archidiacre et commissionné par lui; il avait des fonc­tions assez semblables, mais limitées à un doyenné ou même à un certain nombre d’églises.

 

 

LE DOYEN RURAL était élu par ses confrères. Il avait pour mission de faire les visites annuelles des paroisses, de recueillir les recettes archidiaconales et de veiller à la dignité de la vie de ses curés. Il était entouré  d’une curie décanale, où l’on retrouvait, un official, un notaire et autres assesseurs.

Sous l’ancien régime, le diocèse de Trêves englobait nos régions ardennaises. Sa discipline a même subsisté quand nous fûmes rattachés au dio­cèse de Tongres, le plus ancien du territoire, puis à celui de Maastricht et enfin à celui de Liège, relevant tous de la Métropole de Cologne.

 

(1) Sous l’occupation française et à partir de la conclusion du Concordat (1801), le Luxembourg fut rattaché au diocèse de Metz et enfin, en 1323, au diocèse de Namur.

Dans le diocèse de Liège, c’est le doyen qui donnait l’investiture aux curés dans les quartes- chapelles, où ses droits étaient tellement étendus qu’on l’appelait souvent ” archidiacre des quartes-chapelles”.

Le doyenné de Bastogne, appelé aussi “Chrétienté”, était autrement vaste que le doyenné actuel, puisqu’il s’étendait depuis Les Tailles, au nord, à Fauvillers, au sud, et de Saint Hubert à Kaundorf (près de Wiltz).

Etait appelée CONCILE, la réunion des prêtres du doyenné, deux fois l’an, une fois au printemps et l’autre en automne, en vue de prendre les dispo­sitions adéquates au bon fonctionnement ou en vue de l’élection d’un doyen.

La  réunion pour notre doyenné avait lieu à Bastogne, chef-lieu du Concile. Un doyenné portait le nom de la paroisse où se tenait les réunions, quelle que fut la résidence du doyen qui était, avant son élection et restait en­suite curé de n’importe quelle paroisse. ( Jean Collignon, curé de Longvilly fut nommé  doyen en 1702).

 

(1) V.Habran: Coutumier ecclésiastique.

B.Van Espen: Droit coutumier du Concile de Bastogne.

Les archives diaconales reposent aux Arch.E.Liège et furent publiées: Guillaume.

 

(p.66) Certaines raisons justifiaient la remise du Concile: les dangers créés par les transports et par les épidémies qui ont, si souvent, ravagé nos régions. Ainsi, suite à une terrible Epidémie de peste en 1606, le Concile fut exceptionnellement tenu cette année à Nives.

Les Conciles décanaux arrêtaient les droits, us et coutumes qui régissaient le doyenné et tranchaient les difficultés qui surgissaient à leurs sujets. Ils publiaient également les mandements épiscopaux et les ordonnances archi-diaconales. C’est là aussi, que les curés élisaient à vie, par voie de scrutin secret, leur doyen, qui prenait possession de sa dignité après con­firmation par l’Evêque.

C’est au synode du 16 octobre 1585 que furent publiés en l’église de Bastogne, les décrets du Concile de Trente.

 

Le doyen avait un ou plusieurs curés pour l’assister dans son ministère. Ces aides, appelés « définiteurs » étaient également choisis, comme le doyen, parmi les prêtres les plus dignes et les plus instruits du Concile et élus par suffrage des curés.

 

LA VISITE DE LA PAROISSE comportait la tenue d’une assemblée synodale qui constituait la 1ère instance de la juridiction ecclésiastique. Elle ap­pelait en jugement les désordres notoires de la vie morale et chrétienne des paroissiens: fornication, coups, blessures, blasphème, travail dominical, etc., que l’on appelait “excès synodaux”.

La vie morale et les fonctions du curé étaient également soumises au crible du visiteur. Cette juridiction s’exerçait à l’époque et pour cette région, au nom de l’archidiacre, puisque c’est de lui qu’émanait la commission qui donnait au collecteur et au vice-archidiacre, le droit d’appliquer et de lever les amendes.

Voici une idée de ces sanctions synodales concernant les doyennés.

Il y avait une amende représentant la somme à payer par le délinquant. Outre cette amende, la sanction pouvait comporter une “peine salutaire”, telle que le jeûne, réparation publique, réclusion, pèlerinage. (On pouvait racheter le pèlerinage.)

 

Exemples

 

En 1616, J. de S. coupable d’adultère doit payer 20 florins pour le rachat d’un pèlerinage à St Jacques de Compostelle, en sus d’une péniten­ce salutaire.

Un autre en 1630: pour être absous d’adultère, il devait faire un pèle­rinage à N.D. d’Everclus, jeûner 4 vendredis, donner 2 livres de cire à la fabrique d’église et porter le cierge allumé au cours d’une messe solen­nelle, à le fin de laquelle, il demandera pardon devant la paroisse pour le scandale donné.

 

Pour un ecclésiastique, la pénitence était différente.

 

Exemples

 

En 1605, un curé dont les excès ont causé scandale dans sa pa­roisse, doit payer 34 florins, outre la pénitence imposée et une chasuble qu’il devra donner à son Eglise.

Un autre: pour inconduite, devait faire pénitence au monastère des Croisiers à Liège, plus un paiement de 100 florins.

 

LE CURE était donc présenté par le collateur, nommé à vie par l’évêque, investi par l’archidiacre et, enfin, installé par le doyen. Chaque année, il devait rendre compte à son doyen, de sa vie, de son ensei­gnement, de l’état de son église et de sa paroisse.

Les paroissiens devaient fournir à leur curé une maison, ainsi qu’une éta­ble pour un cheval et deux vaches.(le cheval était nécessaire au curé pour parcourir les distances entre les villages) Cette maison devait comprendre trois chambres, un cellier et une grange suffisante pour contenir les dîmes.

(p.67) Le curé devait entretenir son bâtiment mais les paroissiens étaient tenus au charroi des matériaux.

Tout curé qui percevait les mes de (…,) porcelets, agneaux, laine, etc., ainsi que les deniers afférents aux menues dîmes, était obligé d’entretenir un taureau et un porc pour l’usage de la paroisse. Voici une déclaration du doyen de Bastogne faite en l’an 1622 (1) : “… les paroissiens sont tenus de faire garder à leurs dépens, aux cures, deux vaches, un cheval, 12 menues bêtes et de payer 6 perdrix pour la messe des trépassés qui se dit chaque semaine “.

Ceci, donne une petite idée de la vie matérielle du prêtre.

Le curé vivait donc de la dîme, du casuel, et des récoltes sur les terres de son douaire. (Le douaire était la dot, le patrimoine de l’église). De plus les fidèles donnaient des offrandes, souvent en nature, parfois des biens fonciers pour assurer la subsistance du curé.

Dès les premiers temps, les offrandes faites aux curés par les paroissiens, étaient volontaires; plus tard, elles devinrent obligatoires et furent fixées au dixième des revenus en nature. Dans le diocèse de Liège, le curé tou­chait le tiers du dixième les deux autres tiers étaient employas selon les prescriptions épiscopales, pour l’église, les pauvres, etc. Il y avait les grosses dîmes et les menues dîmes. Les premières portaient sur les récoltes du blé et le gros bétail. Les deuxièmes sur la laine, le lin, les fruits et le menu bétail. Les légumes n’étaient pas dîmes. La coutume, très ancienne, des “fromages de croix” (1) s’est continuée jusqu’à la fin de l’ancien régime: obligation des paroissiens au paiement du lait de un jour de toutes leurs bêtes. Ce lait était transformé en fromages   récoltés par les personnes désignées.

Sous l’ancien régime, le patrimoine presbytéral était la dot du futur prêtre. Celui-ci, avant de recevoir l’ordination sacerdotale devait être pourvu d’un patrimoine, c’est-à-dire, d’une dot, afin qu’il ne tombe point dans le besoin. Aucun aspirant ne pouvait être admis aux ordres sacrés s’il ne disposait pas d’un patrimoine constituant son titre presbytéral. Cependant, ce patrimoine était parfois fictif.

Si le curé était sans revenus personnels, le travail agricole, à certaines heures, courbait ses épaules: il cultivait lui-même son douaire. (2)

Son habit différait totalement de celui des prêtres actuels. Il portait les cheveux longs, était coiffé d’un chapeau à larges bords devant et der­rière. Il portait un pourpoint piqué d’un rabat blanc, liseré de noir moiré. Les jambes des chausses se rencontraient aux genoux, avec les bas mainte­nus par des jarretières voyantes. Il portait des souliers plats, rehaus­sés de boucles d’argent. Ce n’était que pour les cérémonies sacrées qu’il revêtait l’habit que l’on nommait “robbe” ou soutane. La soutane fut défi­nitivement adoptée vers 1870 environ, l’habit de clergyman actuel vers 1963. Au XIIe siècle, les prêtres ne se rasaient pas, mais au XVIIIe siècle déjà, ils se rasaient.

 

(1) Fonds de l’Abbaye de St Hubert: l. n° 311.

(2) V.Habran: Coutumier ecclésiastique.

 

(p.68) Il y a lieu de rappeler que la transcription du titre presbytéral suivait de près la date de l’ordination sacerdotale.

Comme nous l’avons dit, dans le diocèse de Liège, pour être ordonne sous-diacre, il fallait posséder un bénéfice ecclésiastique ou un patrimoine suffisant pour vivre.

Les articles 8 et 10 d’une ordonnance promulguée en 1718 pour le Duché de Luxembourg, stipulaient que “le titre fut réalisé et reconnu par devant la Cour de justice, de la situation des biens donnés en garantie.” Les membres de la Cour locale étaient donc responsables de l’observation de cette formalité.

Le bénéfice ou le patrimoine assigné comme sûreté réelle, ne pouvait plus être résigné, ni aliéné sans la permission de l’évêque ou du Souverain Pontife. Le patrimoine, comme la rente constituée en faveur d’un futur prêtre ne devenait toutefois pas un bien ecclésiastique.

Reprenons ici comme exemple, le texte paru dans les oeuvres de loi (1) de la mairie de Bourcy pour la fondation d’un titre patrimonial d’un fils Barthélémy de Bourcy en l’an 1790 et dont nous reparlerons encore par la suite.

« Aujourd’hui, 12 octobre 1790, par devant nous, mayeur et échevins de la Seigneurie hautaine de Bourcy en la Prévôté de Bastogne, est personellement comparu Henri-Joseph Barthélémy, échevin de la dite Cour, lequel nous a dit et déclaré, que, comme son fils Jean-Michel Barthélémy serait aspirant, l’Etat sacerdotal, le comparant, pour seconder ses pieux des­seins, lui aurait, pour lui fonder un titre patrimonial, relativement aux ordres du Sérénissime Evêque de Liège, cédé et abandonné, comme il lui cède et abandonne pour toujours les pièces et parties de biens-fonds sui­vants, libres et exemptes de toutes redevabilités quelconques, mesurées et évaluées par Jean-Henri Bartholomé et Jean Octave, tous deux habitants de Bourcy, laboureurs experts, qu’ici comparants ont réellement assuré par serment prêté entre nos mains, la qualité, quantité et valeur en pro­duit net et annuel les dites pièces et parties, à savoir:

– 1 boulangerie avec 2 chambres et une écurie avec 4 places tenant à la dite boulangerie: rapport annuel de 40 florins dit Carolus de Liège.

– 1 verger avec 23 arbres fruitiers: contenance 1/2 journal et 5 verges 1/2

– Bois des Bolommes: 9 cordes de bois, à raison de 4 florins la corde.

– etc, etc,

Total: 271 florins Liégeois à 20 sols chaque. »

 

Le 8 octobre 1760 (2)

Même acte de donation de Madame Catherine Duchemin veuve de feu Thomas Huberti, à son fils Henri-Joseph Huberti, théologien, natif de Bourcy, lequel après avoir achevé le cours de ses études, se sent appelé à l’état ecclésiastique.(également terrains estimés par 2 laboureurs-experts de Bourcy.

 

Le 17 septembre 1777 (2)

Jean Mathieu Baltus donne à son frère sa portion filiale, à savoir, etc.

 

(1) Archives de l’Etat à Arlon.

(2) Archives de l’Etat à Liège.Patrimoines.

 

(p.69) LE  COADJUTEUR

Il  se trouvait au service de curés âgés ou chargés d’une paroisse très étendue. Il était embauché par le curé pour un an et était congédiable au gré du curé.

Il n’était protégé par aucun statut,  à moins qu’il ne fut en même temps que chapelain,  prêtre engagé par la communauté pour dire une messe mati­nale aux jours d’obligation, soit dans une chapelle annexe,  soit dans l’église paroissiale.(1)

 

Le diocèse de Liège comprenait 1676 églises, 73 curés et 30 vicaires. Le doyenné de Bastogne comptait 42 Eglises et 29 chapelles.

Le manuscrit de Rachamps de 1695 classe les paroisses en trois caté­gories: (2)

Eglises entières ou majeures:  Noville était église entière, ainsi que Bastogne, Houffalize, Boeur,  etc.

Eglises médianes:  entre autres Longvilly, Rachamps.

Quartes-chapelles: Tavigny, Cowan, Wardin, etc.

 

63 chapelles ou chapellenies avec ou sans titulaire: entre autres Bourcy, Michamps,  Arloncourt, Oubourcy, Moinet,  Benonchamps, Bizory, Foy, Vaux, Wicourt, etc.

C’était la différence des revenus,et par conséquent la différence des droits à payer périodiquement par chaque  église aux supérieurs, qui par­tageait ainsi les églises en trois classes.

Les  églises entières ou majeures payaient l’entièreté des droits. Les églises médianes payaient la moitié. Les quartes-chapelles payaient le quart.

Ces droits revenaient respectivement à l’évêque et à l’archidiacre. Le premier se payait les années paires et était le double du second, à verser les années impaires.

En 1603, les curés du doyenné de Bastogne, ont payé 92 florins, 13 patars pour l’obsonium,  dont le 1/3 pour le doyen. (Cart.Rach.) Ceci était l’effet d’une entente préalable entre l’archidiacre et le doyen, car à cause de la juridiction que les doyens exerçaient  sur les quartes-chapelles, ils pouvaient percevoir, pour leur propre compte, l’entièreté des droits épiscopaux et archidiaconaux.

 

(l) J.Hanin: Ard. et Fam. I968.

(2) Au presbytère de Rachamps, on conserve un petit registre de 980 pages mesurant 0 m20 X 0 m l6, relié en veau brun orné de fers à froid et qui, sauf les 15 dernières pages a été transcrit en entier par J.Hardigny, ancien curé de la localité. Le plus ancien acte remonte au 21 avril 1487 et a été transcrit en 1695. La dernière copie date de 1712.(BuL. A. et H 1907).

(3) V. Habran: Droit coutumier.

 

 

 

 

(p.70) SOUS LE REGIME AUTRICHIEN.

 

Joseph II chargea le clergé de publier en chaire ses édits. En 1786, tous les curés de la Prévôté de Bastogne furent obligés de donner lec­ture d’une série d’ordonnances impériales et durent signer une déclara­tion comme preuve d’obéissance.

Joseph II voulait réorganiser systématiquement les institutions ecclé­siastiques. Il  supprima “quelques couvents inutiles”…

En désorganisant ainsi la vie religieuse et en supprimant les séminaires, la révolution française et les régimes qui l’ont suivie provoquèrent une diminution assez sensible du clergé, bien avant dans le XIXe siècle.

 

SOUS LE REGIME FRANÇAIS (1792-1815)

Ce fut pour le Luxembourg, une période de troubles et de persécutions religieuses.

Les premiers temps de l’occupation françaises furent directement marqués par de grandes violences, incendies, destructions, pillages et réquisi­tions de toutes sortes. Les maisons religieuses furent fermées, religieux et religieuses expulsés. L’abbaye d’Orval fut pillée et incendiée, de même que celles de Saint Hubert et de Clairefontaine. 230 religieux et 44 reli­gieuses vivaient répartis sur le territoire en 17 monastères et 3 prieurés. Ils appartenaient à divers Ordres: Orval: Cisterciens – Clairefontaine, religieuses Cisterciennes, Bastogne – les Récollets, Arlon – les Carmes, plus des Bénédictins et des Capucins.

En exécution de la loi, tous furent complètement dépouillés, jetés dans la rue; mais pour couvrir d’un voile hypocrite cette odieuse mesure, le Di­rectoire accorda à chaque religieux, sous la dénomination de bons, 15.000 livres de pension annuelle et aux religieuses, 10.000 livres. Le louis d’or était vendu alors 5.300 livres ou assignats.

Mais sur les 274 personnes chassées de leurs couvents, 21 seulement accep­tèrent ces bons de retraite: les autres refusèrent, de crainte de violer leurs voeux.

Le curé de Nives note en 1795: “Comme les Français n’avaient pas de maga­sins formés pour la subsistance de leurs troupes, ils arrêtèrent les dîmes des ecclésiastiques, par un prétendu droit de préemption, en leur promettant une indemnité qu’ils ne payèrent jamais”.

Les biens du clergé et les meubles des églises furent vendus aux enchères.

 

Exemple d’une vente faite à Bastogne:

 

“Le citoyen Courtois de Bastogne touche 9 frs pour avoir crié et gardé les meubles provenant des églises et chapelles du canton de Bastogne et avoir annoncé la dite vente au son de la caisse pendant deux jours”.

Il s’agissait des meubles des églises de: Sibret, Houmont, Morhet, Tarchamps, Givry, Mande St Etienne, Grivroulle, Amberloup, Assenois, Hompré, Tillet, Honville, Harlange, Roumont, Flamierge, Sainlez, Longchamps, Harzy, Wardin, et Longvilly.

Il y avait aussi les meubles des chapelles supprimées ou séquestrées par une loi de 1798: Benonchamps, Remichampagne, Cobru, Marvie, Bizory, Lutrebois, Champs, Mageret, Moinet, Vaux-lez-Noville, Foy, Michamps, Bourcy, Arloncourt, Oubourcy et Recogne.

L’estimation de tout le mobilier des églises et chapelles ci-dessus s’élevait à 1.048 frs 85.

Noville 1798: Vente des biens de la cure et fabrique d’église. Aucune offre n’ayant été faite par les habitants, l’estimation se monta à 508 Fl. revenu estimé à 101 Flor. 10 s. – Capital: 2.030 Florins (1)

 

(1) Arch. état -Arlon. F.438.

 

(p.71) LE CIERGE DANS LA CLANDESTINITE  (E.Guillaume)

 

Au début de l’occupation française, la présence des prêtres fut “tolérée” si ceux-ci étaient munis d’un certificat de résidence, mais on voulait les affamer, comme nous l’avons dit, en confisquant les biens des églises, en défendant le remboursement des rentes et en supprimant les dîmes.

Le Directoire accentua bientôt sa politique anti-religieuse. En 1796, la loi française relative à la police et à l’exercice des cultes fut rendue applicable dans les pays annexés. Elle portait la peine d’exil ou de re­légation en Guyane contre les prêtres qui refuseraient le serment à la République, accordait une prime aux dénonciateurs de tout réfractaire et condamnait à la peine de mort quiconque cacherait un de ces proscrits.

Le peuple était loin de répondre aux excitations du gouvernement, et, grâce à la complicité de l’autorité locale, le culte catholique put encore s’exercer avec une certaine liberté jusqu’au coup d’Etat du Directoire du 4 septembre 1797.

En effet, à cette date, un arrêté fut pris qui décrétait: « Nul ne pourra remplir le ministère du culte, s’il n’a fait, au préalable, devant l’agent municipal, le serment de haine à la Royauté et fidélité à la République. » De plus, les communes ne pourront avoir de local pour l’exercice du culte, aucun signe particulier ne pourra être attaché aux yeux des citoyens, si ce n’est dans l’enceinte de l’église; les clefs de celles-ci devront être remises aux municipalités, les offices religieux seront supprimés s’ils ne sont présidas par un prêtre jureur, le port de l’habit ecclésiastique est défendu.”… » Enfin les prêtres qui troubleront la tranquillité publique pourront être déportés par arrêtés individuels motivés.”

Ainsi, les prêtres jureurs avaient la tranquillité, mais il n’en fut pas de même pour ceux qui avaient refusé le serment, les uns furent détenus en prison à Luxembourg, les autres furent transportés aux îles, alors maudites, de Ré ou d’Oléron.

 

(N’était le caractère discriminatoire de l’interdiction de porter l’habit ecclésiastique, la génération actuelle n’y verrait guère de mal: nos pères ne se seraient pas doutés de la rapidité avec laquelle la presque totalité du clergé allait adopter de nos jours, la vêture civile)

II ne restait donc aux prêtres fidèles, que la clandestinité et ses re­traites. Ils trouvèrent dans nos villages, grâce au dévouement de la popu­lation chrétienne, des maisons sûres et des cachettes nombreuses pour exer­cer leur ministère dans la clandestinité. C’était bien souvent un ministère de nuit, célébré dans un endroit quelconque, toujours différent, parfois même dans les bois.

Un courant de résistance s’installa sous le nom du “stévenisme”. Il avait à sa tête, pour la région de Bastogne, l’abbé J.R.REDING, curé de Bercheux, et Luc GRANDJEAN, curé de Nives. Ces deux prêtres réfractaires très en vue furent très recherchés.

  1. Reding, né en 1747, aux environs de Mersch (Grand-Duché) entra chez les jésuites où il passa 2 ans au Noviciat. La suppression de l’Ordre dans les pays autrichiens le dirigea vers le clergé séculier. Nommé d’abord maître de rhétorique et directeur du collège bénédictin fondé à Saint-Hubert, il fut chargé de l’administration de l’église St-Gilles de cette ville, puis pro­mu à la cure de Bercheux. Il fut arrêté le 18-8-1811 et emprisonné à Luxembourg.

Luc Grandjean, né à Luxembourg en 1755 entra au noviciat des Jésuites à Luxembourg, d’où il sortit également lors de la suppression de l’Ordre. Il était curé à Nives à l’époque du Concordat.

 

(p.72) De cette période ancienne discutée et discutable, la paroisse de Noville fut sérieusement bouleversée par la tourmente.

 

En 1805, une quarantaine de prêtres de l’arrondissement n’avaient pas encore adhéré, an Concordat, bien qu’ils ne fussent pas tous “stévenistes”.

Nous relevons quelques noms de prêtres de la région, cachés ou absents:

 

J.HENNECART, curé de Noville

BASTIN, ex-curé de Longvilly

BALON, ex-vicaire de Bourcy

G. BOULANGER, curé de Limerlé

H. A. DERUETTE, prêtre à Michamps

J. CONRARD, curé de Buret

GERARDIN de Longvilly                                    

J.P. GADISSEUX, curé de Hardigny

MARENNE, ancien vicaire de Bastogne et de Séviscourt et son frère curé à Lecheret.

les deux frères BARTHELEMY de Bourcy. (La famille BARTHELEMY, est ascen­dante de la famille Duplicy)

 

 

Le prêtre Jean-Fr. BARTHELEMY reçut un passeport pour se rendre à Krems, en Haute Autriche, en qualité de professeur de français. Il fut arrêté à Mayence pour perte de passeport, refusé à la frontière et emprisonné à Luxembourg.

Voici une copie de la lettre adressée au Préfet du Département des Forêts à Luxembourg (1)

Paris, le 11 janvier 1806. ” En exécution d’une décision du Sénateur Ministre de la police générale, à faire mettre en liberté, le prêtre Barthélémy, originaire de Bourcy, détenu à Luxembourg pour cause de déso­béissance à la loi du Concordat et à lui délivrer un passeport pour la Bohême, où il sollicite l’autorisation de se rendre. Il devra être con­duit de brigade en brigade jusqu’à la frontière. Il ne pourra rentrer en France sous peine d’être arrêté.

Son signalement: Taille de cinq pieds, 2 pouces, environ. Cheveux et gourets châtain brun le derrière peu garni, front découvert, yeux gris, nez bien fait, pointu, bouche moyenne, menton rond avec fos­sette, visage plus carré qu’ovale, les joues creuses, barbe assez fournie”.

 

Un ordre du 30 octobre 1810 fut donné de faire arrêter le diacre Jean Michel BARTHELEMY de Bourcy (son frère), pour être détenu à Luxembourg jusqu’à nouvel ordre, du fait qu’il baptisait à son domicile à Bourcy. Ce prêtre se réfugia dans la région de Grand-Halleux, puis s’enfuit à Vienne, en Autriche, pour rejoindre son frère, où il devint aumônier d’une famille noble. Il mourut à Vienne en 1845 (2).

Le Consulat ayant remplacé le Directoire, ce fut la fin de la persécution ouverte, mais une certaine surveillance continua, les églises furent réouvertes, le culte autorisé. Un serment, qui plus tard devint une simple promesse, fut seulement demandé, au clergé. Cependant, un assez grand nombre de prêtres restèrent sur leur position.

Le “stévenisme”, en somme, ne fut qu’une réaction spontanée, mais trop passionnée, des consciences catholiques contre une organisation, à la fois civile et religieuse, qu’elles regardaient comme entachée de nullité pour cause de violence morale. La résistance de ces prêtres, dont la vertu et le zèle étaient hors de doute, ne provenait, comme chez leurs adeptes, que de douloureux scrupules de conscience.

 

(1) Arch.E.Arlon.

(2) Arch. Evéché Namur

 

 

Camille Stevens, né à Wavre en 1747, devenu Vicaire général à Namur, fut une forte personnalité et l’adversaire le plus ardent pendant le Directoire et lors du Concordat. (Biogr. Chan. J. Soille) C’est de son nom que découla celui donné à la résistance.

 

(p.73) LA PAROISSE

 

Notes sur la paroisse de Noville dont dépendait Bourcy sous l’ancien régime et jusqu’en 1840.

La paroisse de Saint Etienne à Noville,  érigée comme celle de Boeur à l’époque de 1’évangélisation de la contrée,  emprunta vraisemblablement avec celle-ci, les contours de la villa commune primitive de Bourcy et Boeur, et donna naissance à la paroisse de Rachamps vers l’époque caro­lingienne (l)

Noville formait une paroisse dès le IXe siècle (cartulaire de Prüm). Par suite de l’augmentation de la population et de la grande étendue de son ressort primitif, la paroisse de Noville vit s’élever sur son terri­toire, bon nombre de chapelles (1).

 

1 La chapelle de Bourcy, dédiée à saint Jean l’Evangéliste, fut construite ou réédifiée au XVIe siècle. Nous en parlerons plus longuement dans les pages qui suivent.

Au XIXe siècle, Bourcy a relevé quelques temps de la  paroisse de Moinet,  puis a été érigé en paroisse au cours du même siècle.

 

2 La chapelle de Michamps (saint Hubert) actuellement annexe de la paroisse de Bourcy est citée sous Noville en 1589 et dans les pouillés pos­térieurs à cette date. La chapelle de Michamps fut déjà reconstruite en 1602.

 

3  La chapelle d’Oubourcy (saints Pierre et Paul), citée à partir de 1589, a passé de la paroisse de Noville à la paroisse de Longvilly vers 1808 et à celle de Bourcy en 1907.Cette chapelle était appelée oratoire. En 1719, la localité ne comptait que deux maisons et la chapelle.

 

4 La chapelle d’Arloncourt, mentionnée en 1602 et en 1707 est dédiée à Saint Martin. La chapelle fut reconstruite après la guerre et relève actuellement de la  paroisse de Longvilly.

 

5 La chapelle de Vaux-lez-Noville (saint Monon) dont il est fait mention lors d’une visite archidiaconale du 24 juin 1719, avait été construite en 1671.  Cette chapelle a disparu en 1907, pour être reconstruite sur l’emplacement de l’ancien château de l’endroit.

 

6 Les chapelles de Foy (sainte Barbe) et de Cobru (saint Nicolas) qui dé­pendent encore de Noville sont citées également en 1589.

 

7 Recogne possédait en 1589, une chapelle dédiée à saint Lambert dont on trouve mention dans les pouillés de 1602 et de 1707. Le titulaire de chapelle actuelle est saint Donat.

L’église de Noville fut visitée par l’archidiacre d’Ardenne vers 1602 et le 24 juin 1719. Le curé percevait en 1602, soixante à quatre-vingt huit muids sur la  dîme de la  paroisse, et possédait un douaire de 8 arpents et quelques rentes en nature; en 1707, le curé percevait le tiers de la dîme, environ 88 muids, et disposait encore du même douaire et des mêmes rentes. (1)

 

En 1719, la  paroisse de Noville comptait environ cinq cents communiants. (Longvilly était à la collation du curé de Bertogne en 1602 et en 1707.)

 

 

(1) Bulletin Art et Histoire Liège. 1913 (Moinet, d’abord annexe de Longvilly, fut érigé en paroisse le 15/10/1808.)

 

(p.74) Citons rapidement les prêtres de Noville qui se trouvent renseignés dans certains écrits (1)

 

1263 

Jean WAFLARS

1365:

Gérard de MILHOMONT ou AMILHOMONT

1443

Jean DE ENSWYLRE

XVe siècle

Henri DE KETTIGNY, Arnould d’ORPHELT,  Jean d’ESTRYLLER

fin XVe / début XVIe s

Henri DE STEMBAYE ( on lui attribue 35 ans de

pastorat)

vers 1520-1565

Pierre de LONGVILLY, cité comme doyen élu du Concile de Bastogne en 1520, décédé en 1579

1579

Richard DU PONT de Wicourt, élu doyen en 1588. Il gouverna la parois­se jusqu’en 1602, décédé en 1603.

1602

Jean de RECOIGNE dit GRANDJEAN, nommé vice-archidiacre d’Ardenne en 1613- décédé en 1637.

1636

Pierre Ernest d’OUREN même année: Michel GRANDHAN.

1640-1679

Jean DE LA TOUR, décédé en 1679

1679-1710

Georges Martin SMECK de Laroche, décédé en 1714 (2)

1715

Benoît AMBROSY

1716-1735

Jacques COLLARD

1735

Jean LECLERC, curé de Bure, fut nommé curé de Noville par le Révérend Abbé de Saint Hubert, le 21 octobre 1735.

De son côté, le recteur de la Compagnie de Jésus à Luxembourg avait désigné pour la dite cure de Noville Sire Henri GUILLAUME, curé de Hompré, investi le 14 novembre 1735. Il en est résulté un procès auquel mis fin une transaction et Sire GUILLAUME abandonna la cure de Noville à Jean Leclerc.

1736

Jean HOULART

1736-1753

Henri GUILLAUME, curé de Noville, notaire apostolique (2)

1753

Jean LECLERC, fut définitivement admis à cette cure jusqu’à sa mort en 1750 (2)

1760

Ferdinand CLOSSET

1761

Jean-François MARTOUGIN (alias Martougen) décédé en 1773.

1773

Henri Joseph LAMBOT de Paliseul, décédé en 1800

1800-1801

trois prêtres se succédèrent:

N.BLOCKAUSEN

Jean HENNECART, natif de Villance, curé non soumis, dut quit­ter la paroisse malgré les pétitions des paroissiens (2), fut remplacé par Pierre E. DEWEZ, ancien vicaire de Cowan, curé soumis au régime français, prête serment en 1806. (2)

1829

Jean N. BLAISE de Wandebourcy

 

Le 17 mai 1809, Bourcy fut rattaché, pour peu de temps, à la paroisse de Moinet. (Moinet fut érigé en paroisse par l’Evêque de Metz le 5 octobre 1808.) Nous trouvons en date du 16 juin 1809 (4) une plainte des habitants de Bourcy, demandant d’être maintenus à la paroisse de Noville. Cette lettre signée par Jean Maquart maire, adressée à Monsieur JOURDAN, Préfet du Dé­partement des Forêts à Luxembourg, invoque la difficulté du déplacement, les bois à traverser et l’intervention des habitants dans les frais de ré­parations et d’ornementation de l’église de Noville.

 

(1) Cartulaire de Houffalize et Bull. de la Sté Art et Histoire, Liège, 1913.

(2) Arch. E. Arlon, n° 436

(4) A.E.A. Départ, des Forêts-pièces diverses.

 

 

(p.75) Cette faveur leur fut accordée et Bourcy fit de nouveau partie de la paroisse de Noville.

La même année, une demande fut faite pour obtenir une “cloche” pouvant servir de timbre à l’horloge publique de Bourcy qui existait depuis bien des années sur la façade extérieure de la maison du seigneur de Steinbach; “cette cloche étant d’utilité publique pour la commune et pour les voyageurs du chemin de St-Vith “. Le timbre de cette horloge fourni par ordre des Municipaux de Bastogne, avait été volé par des brigands, qui furent d’ail­leurs arrêtés.

Réponse: Le Préfet n’accorda pas une cloche pour servir de timbre à l’hor­loge publique, mais une petite cloche de 400 livres pour la chapelle de Bourcy, en remplacement de celle enlevée par les armées.

 

CHAPELAINS, VICAIRES ET CURES DE LA PAROISSE.

Le temps, le feu, les guerres ont détruit les registres matricules des paroisses, certains furent égarés, bref, il est devenu très difficile de dresser une liste exacte et suivie des plus anciens chapelains, vicaires et curés qui ont exercé leur ministère à Bourcy.

Nous avons relevé les noms suivants:  (liste complétée dans : Octave, Porte ouverte sur Bourcy, 1988, 70)

 

1637

Jean DE NOISEULX. vicaire à Bourcy, dépendant du curé de Noville (1)

1640

Jean LIVERDIN (1)

1655

E. BRIAL, signalé comme chapelain et coadjuteur de “Borsy” (2)

1679-1693

François E. de RETTIGNY, vicaire

1693-1698

Jean LHOSTE, chapelain

1735

Jean THIRY

1745

J. Fr.URBAIN, vicaire et chapelain (3)

1760

F. CLOSSET  

1764

J.P. HOFFERLIN, vicaires attachés à la paroisse de Noville (1}

1765

J. GEORGES  

1767

Mathias REMY, prêtre à Bourcy (4)

1765-1780

François JACQUEMIN, prêtre, chapelain castral (3)

1777-1784

J.M. REMY chapelain à Bourcy (1)

1785

J.COLLIN, vicaire

1791

JACQUEMIN, chapelain, et Antoine DEROUETTE, vicaire à Michamps

1803

E. DEWEZ, vicaire (7)

1805

Jean BLOCKHAUSEN, de Rachamps

1806

Charles BOLAN, vicaire

1809

E. DUTROUX

1817

François BRAUN, vicaire

1818-1820

Nicolas GOOSSE, vicaire (2)

1825-1826 

Guillaume J.COLSON, chapelain à Bourcy, nommé vicaire à Cherain en 1826 (2)

1826

V. ERNIMONT, vicaire (2)

1828

Jean Nicolas BLAISE né en 1804 à Tavigny (2)

 

Bourcy figure comme chapellenie salariée à l’A.R. du 28 mars 1837, avec un traitement de “desservant” en remplacement de celui de chapelain.(5) et fut érigé en “succursale”(6) par un A.R. du II juillet 1842.(5)

 

(1) Bull. Sté Art et Histoire-Liège.-1913.

(2) Arch. Evêché de Namur.

(3) Arch. Etat Arlon – n° 437.

(4) Arch. Royaume- Bruxelles

(5) Minist. de la justice- Bxl.(Ad. cultes)

(6) M. Just. Ad. des cultes: “une paroisse par canton de justice de paix, les autres, sont appelées ” succursales”.

(7) Abbé Muller : Le clergé du Luxembourg

 

(p.76)

LHERMITTE  Clément Daniel

de Roy

signe son premier acte paroissial comme curé épiscopal le 22 avril 1840. (1)

LECOCQ Nicolas Joseph

né à Ortho le 20 septembre 1815, curé à Bourcy

de 1841 au 15/9/1880 (1).  Il quitta Bourcy pour Ortho (2).

REUTER Jean Nicolas

né à Limerlé le 17 septembre 1820, curé à Wancennes, puis à Bourcy du 8 octobre 1880 au 24 décembre 1882, retraité à Limerlé, puis à Anvers en 1886 où il est décidé le 5 mars 1891. (2)

HURT Jean-Pierre

né à Messancy le 12 septembre 1856, vicaire à Bastogne curé à Bourcy du 10 mars 1883 au 5 août 1890, curé à Limerlé, décédé et inhumé à Messancy. (2)(3)

De 1890 à 1892, la cure fut vacante: Jean Baptiste PIERRARD

curé retrai­té à Rachamps, administra la paroisse avec l’abbé REMIENCE, curé à Rachamps. (1)

SINDIC Alphonse

né à Tavigny le 22 janvier 1865, ordonné le 18 avril 1892 curé à Bourcy du 2 mars 1893 au 20 novembre 1901, a quitté Bourcy pour Orgeo jusqu’en 1939, fut aumônier à la clinique de Bertrix où il est décédé vers 1950.

BODSON Alphonse

né à Grand-Halleux le 8 avril 1867, ordonné le 18 avril 1892, curé à Bihain, puis à Bourcy de 1901 à août 1918, à Roy, à Tillet puis à Nives, où il est décédé le 18 mai 1959. Il a laissé à Bourcy un souvenir très vivace.

BERNARD Walter

né à Beho le 14 septembre 1873, ordonné le 15 août 1899, professeur à l’Institut St Louis à Namur, curé à Mande-St-Etienne, curé à Bourcy du 30 septembre 1918 au 30 juin 1927, curé à Bovigny, retraité à Beho en 1937, faisant fonction d’aumônier dans la maison paternelle transformée en hôpital pour personnes âgées depuis 1951. Celui-ci dirigé par les soeurs de St-Vincent de Paul. En 1959, il fêtait son jubilé sacerdotal de diamant (60 ans de prêtrise). Il est décédé à Beho le 21 octobre 1965 (C’était un prêtre particulièrement doux, pieux et charitable.)

JACQUEMIN Emile

né à Grand-Halleux le 8 mars 1878, ordonné le 10 août 1902, curé à Givroulle, à Bourcy de 1927 à 1937, à Tohogne, à Cetturu, décédé à Grand-Halleux le 25 juillet 1955.

FAISANT Joseph

né à Bovigny le 6 novembre 1893, ordonné le 18 août 1918, curé à Steinbach, à Bourcy du 13 octobre 1937 à 1958, re­traité à Bastogne et y décidé le 10 juin 1959, inhumé à Bovigny.

SCHARTZ Jean

de Bastogne, ordonné en 1933, vicaire à Bouillon, curé à Bellevaux, et curé à Bourcy depuis 1958 jusqu’en (à préciser).

JACQUES Jean-Maurice

(à préciser)

 

 

Autres vicaires de la paroisse de Noville:

 

1583

Jean Grandjean de Recogne 

1590

Pierre de Recogne

1597

Jean de Cobru

1600

Pierre de Michamps

1606

Nicolas Theodori de Cobru

fin XVIe s

Jean de Longvilly

1617

Urbain de Maigre ; Henri Martin de Foy

1622

Jacques Hermannus

1737-1738

Henri Denis à Foy

1770

Jean G.Valensart de Buret, vicaire à Foy

1770

Jean du Tiège

1790-1794

L. Antoine, vicaire à Noville

 

(1) Arch. Evêché Namur.

(2) Arch. Administration communale Michamps.

(3) Adm. comrn. du lieu

(4) Renseig. comm. par famille (Beho).

 

(p.77-78) PRETRES ORIGINAIRES DE LA PAROISSE

Nous trouvons aux dates suivantes:

 

1701

Jacques ENGLEBERT, sans patrimoine  (1)

1707

Jean HARTENT (dit  “Machuray”) de Michamps (1) et (2)

1732

Nicolas MARTIN, aspirant aux Sts Ordres Liège (1)

1746

Jean Fr.DELVAUX, aspirant aux Sts Ordres Liège (1)

1747

Sire MARTIN, prêtre, originaire de Bourcy (3)

1756

Jean Martin VOLVERT, prêtre originaire de Michamps (1)

1759

Jean Lambert HIVES,  prêtre originaire de Michamps (l)

1760

Henri Joseph HUBERTI,  prêtre originaire de Bourcy (1)

1762

KAISER ou KOEIJSER,  aspirant aux Saints Ordres (1)

1777

Jean François BALTUS, prêtre originaire de Bourcy (1)

1790

Jean-François BARTHELEMY, Jean-Michel BARTHELEMY, deux frères, originaires de Bourcy (3)

1793

Bertrand MICHEL, originaire de Bourcy, curé à Vielsalm

 

Jean François DUTIEGE, de Bourcy, retraité en 1802 et y décédé.(2)

 

Jean Joseph OCTAVE né le 22 août 1798, ordonné à Malines le 16 août 1627, vicaire à Bastogne en 1828, curé à Boeur en 1831, retraité à Bourcy en 1873 et y décédé le 29 décembre 1875.

 

Nicolas Jh. MAQUET né le 29 juin 1802, ordonné à Malines en 1826, vicaire à Virton, curé à Assenois, à Witry de 1834 à 1871, retraité à Bourcy en 1872 et y décédé le 19 novembre 1882. (a écrit l’histoire de l’ancienne seigneurie de Witry, manuscrit in-folio de 129 pages) (4)

 

Jean-Pierre BALTUS, né le 11 octobre 1815, vicaire à Couvin, puis entré

dans la Compagnie de Jésus. Après avoir passé quelque temps en Amérique (Saint Louis), il revint à Verviers. Il donna un grand nombre de missions dans les paroisses et s’occupa de l’oeuvre des Xavériens. Il décéda à Verviers le 3 juin 1893 (2).

 

Nicolas JACQUEMIN, né à Michamps en 1800, curé à Wancennes et décédé à

Michamps le 30 avril 1842. (2)

 

Jean-Pierre GADISSEUX, né en 1815 à Michamps, successivement vicaire à

Buzenol et à St-Léger, puis curé à Flamierge, Sibret et Taverneux où il est décédé le 10 mars 1860. (2)

 

Jean-François JACQUEMIN, neveu du précédent, né à Michamps le 10 décembre 1847, ordonné le 13 mars 1875, coadjuteur de Bérismenil, vicaire à Laroche, curé à Rechrival et à Graide et décédé le 6 avril 1888.

 

Jean-Pierre BALTUS, né à Bourcy le 30 octobre 1849, ordonné en 1876, vicaire à Grand-Halleux, curé à Rechrival et à Petit-Thier, retraité à Bourcy en 1901 et y décédé le 1 août 1906. (2)

 

Jean-Pierre DUPLICY, né à Bourcy le 2 janvier 1877, ordonné en 1903, vicaire à Namèche et décédé à Bourcy en 1908.

 

Achille LAMBERT de Michamps, sous-diacre, décédé le 17 novembre 1917.

 

Joseph STILMANT, né à Michamps le 18 novembre 1904, ordonné en 1928, successivement surveillant au séminaire de Bastogne, vicaire à Houffalize et Habay-la-Neuve, curé a Baranzy, aumônier de l’A.C., retraité à Rouvroy.

 

Joseph BREVERS de Bourcy, né le 18 mars 1908, ordonné le 31 juillet 1932, prémices le 17 août 1932, successivement vicaire à la cathé­drale de Namur, à Florennes et Dînant, curé à  Maissin (1938-1963), à Durbuy, à Roy et y décédé le 26 juillet 1968.

 

Joseph WENKIN, né à Michamps le 8 mai 1911, ordonne en 1937, vicaire à Sibret, aumônier d’A.C., actuellement doyen à Erezée.

 

Eudore LAMBERT, né à Michamps le 19 décembre 1914, ordonné en 1939, vicaire à Haut-Fays, curé à Flamierge et Menufontaine, retraité à Bastogne, y décédé en 1969.

 

Fernand STILMANT, de Michamps, né le 17 octobre 1925, ordonné en 1950, curé à Tintigny, Montquintin, puis curé à Meix-devant-Virton.

 

Raymond HARDY, de Bourcy, né en 1925, ordonné en 1951, vicaire à Gouvy, curé à Buret depuis 1965.

 

Guy ROLAND, né à Bourcy le 17 décembre 1940, ordonné à Sibret en 1967, puis vicaire à Nassogne.

 

Citons également le Père DELTOMBE des Oblats de Marie Immaculée (fils d’un chef de gare de Bourcy), né à Bourcy le 7 juillet 1922, qui devint missionnaire au Labrador (Canada) où il est décédé.

 

Le Père WERNER, assomptionniste, né à Bérismenil le 24 décembre 1908, ordonné à Louvain en 1936, professeur à Bure jusqu’en 1947. Après un fructueux travail d’évangélisation, il est décédé en Colombie en 1969.

 

Emile MOINET de Michamps, né en 1942, sera prochainement ordonné à Verdun, comme aumônier du travail.

 

(1) Arch. Liège-patrimoines.

(2) Arch.Evéché Namur.

(3) Arch.E.Arlon.

(4) Extrait du Manuscrit dans Communes Luxembourgeoises

 

VOCATIONS RELIGIEUSES

 

Irma FREDERICK

soeur Rose de la Charité

Pélagie FREDERICK

soeur Adrienne (décédée)

Rose OCTAVE

soeur Aline de la Doctrine Chrétienne

Rolande EVRARD

soeur Françoise de la Doctrine Chrétienne

 

 

(p.85) EVENEMENTS RELIGIEUX

 

Outre les prémices des nouveaux prêtres qui sont toujours célébrées dans nos villages avec l’enthousiasme respectueux et la foi chrétienne et forte de la population, nous voudrions citer également le magnifique congrès eucharistique de 1924.

Deux arcs de triomphe furent dressés: l’un sur le pont du chemin de fer en direction de Moinet et l’autre près de la maison Collin, avec l’ins­cription suivante: “Cloches, sonnez, le Seigneur passe”. En outre, des guirlandes, banderoles et bannières égayaient le village. La dévotion eucharistique et la  piété mariale furent les deux touches caractéristiques de l’épiscopat de Mgr Heylen. (1)

 

QUELQUES MISSIONS PAROISSIALES:

1924:  sous le ministère de l’Abbé Bernard,  prêchée par le R.P.Noiret

1931 : sous  le ministère de l’Abbé Jacquemain

(Tableau de N.Dame du Perpétuel Secours- souvenir de cette mission.)

1947:  sous le ministère de l’Abbé Faisant: RR.PP. Rédemptoristes B.Clercq et P.Lemmens.Le monument du Christ-Roi dresse son rigide hommage entre les localités de Michamps et de Bourcy,  en souvenir de cette mission paroissiale.

1961:  sous le ministère de Abbé Schartz : les RR.PP. Gillisjans et Bonmariage des Oblats de Marie Immaculée.

 

CONFIRMATION

1911:  Monseigneur Heylen

1920:   également Monseigneur Heylen

1950 et 1972:  Monseigneur Charrue.

 

 

(1) Mgr Th. L. Heylen, né à Kasterlee (Turnhout) en 1856, sacré en 1899. Dès 1901, il a la charge de Président des Congrès Eucharistiques. Plusieurs oeuvres prirent sous son épiscopat un grand développement: oeuvre du sacerdoce, des retraites fermées,  les journées d’adoration,  les pèleri­nages diocésains à Lourdes, etc. Il est décédé en 1941.

 

 

3.1.3 Démographie

 

DENOMBREMENTS  (Octave, 1973, 42)

 

Les prêtres des villages tenaient note, ou du moins devaient le faire, de la date de décès des habitants. En 1406, un synode leur prescrivit la tenue des actes de baptême, et vers 1515, on note le début des inscriptions des actes d’état civil.

 

Dénombrement de la Prévôté de Bastogne– juillet 1469 (1) “Ce sont les mesnaiges et maisons quy sont es villaiges de la prévosté de Bastogne, sur lesquelz, la grâce de mon très redoubté Seigneur, Monsieur le Duc, par Balthasar d’Autel, demeurant à Bastoigne et Jehan Schaloppe, clerc-juré du dit lieu, par le rapport et tesmoignage des personnes de justice, des mayeurs et des centeniers de chascune ville, enquiz et examinez, sur leurs sermens, tout compté, pauvre et rich, selon les feuz, réservé les maisons des presbstres”.

Bourcy: seize maisons où tout haulteur appartient à Monsieur le ducq; et entre les dites maisons, y at une maison d’unq gentilhome appelé Jehan de Bourchie et une qu’y est bourgoy du dit Bastoigne, payant ss bourgeoisie audit Bastoigne à unq receveur; tout le résidu sont homes à monsieur taillables. plus un moulin isolé (Houmen).

Noville: onze maisons

Grand-Rachamps: 15 maisons dont 1 prieuré

Petit-Rachamps:(Hardigny) 12 maisons appartenant au dit prieuré.

Michamps: 19 maisons.

Obourcy : 4 maisons.

Longvilly: 13 maisons (2 maisons à Collignon de Recoigne).

Vaux: 18 maisons.

Cobru: 7 maisons.

Mayerie de Bourcy: 1473 (2)

Bourcy:             4 1/2  feuz (Bourcy en partie)

Michamps         7       

Longyilly          7 1/2   

Benonchamps   5       

Obourcy         2 1/2

Harloncourt       3      

Wicourt             4

Noville             4

 

(1) TANDEL: Les communes luxembourgeoises. T.IV

(2) J. Grob et J. Vannérus: Dénombrements des feux „’ T.I

 

(p.43)  (…) / (p.44) On ne possède donc aucune indication sur l’importance de la popula­tion sur le territoire de la commune avant le XVe ou XVIe siècle. Le dénombrement de ménages fait à certaines dates avait  pour but av nt tout d’établir la liste des contribuables.

En vue de faire disparaître les abus qui se produisaient dans la ré­partition des aides et subsides dans le Luxembourg, l’Impératrice Marie-Thérèse, par une ordonnance du 12 mars 1766, fit faire le rele­vé cadastral de tous les biens-fonds du Duché de Luxembourg et Comté de Chiny. L’exécution de cette mesure fut confiée au Comte Philippe de Coblentz, Chambellan de Marie Thérèse (l).

Malgré de nombreux retords provenait du mauvais vouloir de la population, le relevé cadastral fut terminé en 1771 et fut encore remanié quelques années plus tard (1774). Sans avoir l’importance du cadastre actuel, les tabelles cadastrales de Marie-Thérèse donnent des renseignements sur la contenance et les valeurs des biens à l’époque.

 

(p.45-51) (…) / (p.52) L’Impératrice Marie-Thérèse enleva donc au clergé le privilège de tenir seul les registres des baptêmes et des décès; les autorités civiles reçu­rent la mission de surveiller la rédaction des actes. Le décret du 20 septembre 1792 chargea les officiers publics de recevoir à l’avenir les actes d’état civil, tâche qui fut confiée au maire et à ses adjoints. La maison du maire tenait habituellement lieu de mairie.

 

En 1780, Bourcy comptait 25 maisons, 33 laboureurs, 1 noble, 1 tailleur et 2 membres du clergé.

Michamps: 9 maisons, 20 laboureurs, 1 membre du clergé.

Oubourcy: 3 maisons, 8 laboureurs.

Arloncourt: 7 maisons, 15 laboureurs.

 

En 1821:

Bourcy 138 habitants       

Noville: 78 habitants

Michamps: 66 habitants                  

Cobru:  73  

Oubourcy: 18  

Foy:    6l  

Arloncourt: 55

Vaux:  103 

 

 

Les premiers actes d’état-civil de la commune de Longvilly (Longvilly et Moinet) datent de l’année 1797.

Le premier registre destiné à l’inscription des délibérations du conseil municipal et des actes administratifs de la mairie de Longvilly, en vertu de la circulaire de Monsieur le Préfet du Département des Forêts du 4 juillet 1810, a été signé en première page par Monsieur Pierre F.Delwiche, maire de la mairie de Bastogne le 18 août 1810.

A cette époque le Sieur Jean Michel Petrus de la commune de Bastogne rem­plissait simultanément les fonctions de secrétaire de plusieurs mairies.

Dans sa composition actuelle, la commune a été formée en vertu de l’arrêté royal du 2 janvier 1823.

Longvilly et Moinet, qui constituaient ensemble sous le régime français une mairie particulière, ont été alors renforcés par l’adjonction des villages de Bourcy, Michamps, Oubourcy et Arloncourt, détachés de la mairie de Noville.

Michamps, situé au centre de la commune, fut désigné pour y installer le bureau communal. Monsieur Jacquemin céda de son domicile, un local pour les séances administratives et celui-ci servit en même temps de bureau communal en attendant de pouvoir disposer d’une maison adéquate.

En 1925, fut voté le projet des nouveaux locaux scolaires et de la salle communale à Michamps.

 

(p.53) La commune, comme la plupart des localités purement agricoles a vu de nombreuses fluctuations du taux de sa population, et depuis une cin­quantaine d’années, une notable partie de celle-ci abandonner le sol natal et aller s’établir ailleurs, les villes de Liège, de Bruxelles, attirée par des occupations plus diversifiées ou par des salaires plus élevés.

Nous allons essayer de donner, par quelques chiffres, le mouvement de cette population (liste officielle, maison communale, Michamps).

 

1831 :   573 habitants

1910:   1273 habitants (Bourcy : 374 h.)

1840 :   610 habitants.

1920:   1285 habitants (Bourcy : 422 h.)

1850 :   766 habitants

1930:   1242 habitants

1860:   856 habitants

1940:   1194 habitants (en 1938: Bourcy 446)

1870:   879 habitants

1930:   1120 habitants

1880 :  1059 habitants

1960:   1059 habitants

1890;   1158 habitants (Bourcy: 309 h.)

1970 :   998 habitants.

1900:   1190 habitants (Bourcy : 342)

 

 

 

3.1.4 Liste des bourgmestres de l’ancienne commune

 

Nous ne possédons aucune liste officielle des bourgmestres. Malgré la complexité des recherches, nous avons dressé la liste suivante, sans être à l’abri d’une erreur ou d’un oubli.

 

1811-1816: Ch. BEAULIEU

1908-1926:  LHOTE

1816-1818: J.B. BONJEAN

1927-1937:  G. DUPLICY

1818-1823: J.M. DEVALDE

1937-1947:  J. JACQUES

1823-1827: Ch. BEAULIEU

1947-1949:  L. WENQUIN

1827-1876: J. JACQUEMIN

1949-1959:  V. KRACK

1876-1890: J. P. DUPLICY

1959-1964:  J. B. FICHEFET

1891-1894: GILLET

1964-1973:   L. MOINET

1894-1902: J. P. DUPLICY

1973-1976 : R. THYMOTHEE, jusqu’à la fusion

1902-1907:  J. N. BOURG

 

 

 

3.1.5 Enseignement

 

INSTRUCTION (Octave, 1973, 94)

 

Chez les Gaulois,  l’instruction était dans les mains des druides qui étaient à la fois, prêtres, médecins et juges.

Charlemagne fut le principal artisan des écoles. Il fit paraître dans ses domaines,  des ordonnances obligeant tout curé d’entretenir à ses frais un clerc, chargé de la tenue d’une école. Pourtant la position du curé n’é­tait pas brillante,  et avec ses maigres revenus, n’était pas toujours à même d’entretenir un clerc-maître d’école. Aussi le canon XIX du Concile de Trêves de 1236, porte: “Que les curés ou les vicaires ayant huit marcs d’argent de revenus” entretiennent un “écolier ou un maître d’école let­tré, pour les servir dans leurs offices  “Dès que les ressources du curé le permettaient, il était obligé de tenir, au dire des Chartes, un maître d’école ayant suivi les cours d’une  école latine. Si les ressources de la cure n’y suffisaient pas, c’était le curé en personne qui devait faire l’école aux enfants.

Le prêtre donnait alors surtout des leçons de catéchisme et de français. Les enfants apprenaient en même temps à rédiger les pièces nécessaires dans le commerce ordinaire de la vie. Aux   plus avancés, on apprenait le calcul élémentaire et la manière d’établir un compte d’après le système monétaire alors en usage.

Les parents désireux de faire instruire leurs enfants participaient aux frais, en lui payant 2 à 3 sols par mois.

Quant aux résultats obtenus par ces écoles, il faut bien se dire que le but était d’apprendre à lire et à calculer: apprendre à écrire venait ensuite, ce qui s’explique par les difficultés qu’elles éprouvaient à se pro­curer les objets nécessaires à écrire. On ne connaissait pas encore la bonne vieille ardoise,  le papier était cher, pour écrire, on utilisait la plume d’oie qu’il fallait tailler. Il fallait tenir compte aussi des temps de guerre, des calamités diverses, des travaux des champs où participaient même les jeunes enfants, des distances à parcourir, des longs hivers,  peut-être un peu aussi de l’indifférence.

Le nombre des analphabètes était relativement  élevé, beaucoup de personnes signaient à l’aide d’une simple croix.

Mais vers le 18e siècle, les parents, comprenant la nécessité de l’instruc­tion, envoyèrent de plus en plus les enfants à l’école, du moins jusqu’à leur première communion et surtout durant les mois d’hiver, c’est-à-dire du 1er novembre jusque Pâques.

La loi du 30 avril 1836 imposa aux provinces l’obligation d’accorder des secours aux communes pour l’instruction primaire. A partir de 1837, l’ac­tion de la province fut jointe à celle de l’État: obligation d’avoir dans chaque commune au moins une école communale adoptée ou privée. Mais hélas les instituteurs ne recevaient que des ressources locales, ce qui veut dire des allocations insuffisantes.

L’instituteur était alors choisi par les parents des élèves, de gré à gré, et qui fixaient entre eux létaux des rétributions mensuelles. Ils fournis­saient à l’instituteur un local meublé pour l’instruction, le logement et le chauffage (les habitants intervenant chacun dans le chauffage pour une quote-part). Il lui était payé pour chaque élève la somme mensuelle de 17 cents,   somme versée par les parents solvables, plus, une subvention de la commune pour les enfants indigents.

 

Le florin,  base du système monétaire valait 20 sols ou patards.

Le liard= 1/4 de sol ou de patard – le patagon= 48 sols ou 2 florins 8 sols.

Il y avait aussi des 1/2 sol en argent et des liards en cuivre et des doubles liards.

 

(p.95) Suite à la loi de l’instruction primaire du 25 septembre 1842, l’instituteur devait être porteur d’un “brevet délivré par la com­mission d’instruction publique”.

Vers les années 1842/45, il existait déjà des concours d’instituteurs annoncés par les communes, dans les journaux et mentiomant les avantages.

Par exemple: traitement fixe 400 frs ; subvention pour l’instruction des enfants indigents 100 frs ; rétribution des enfants solvables 200 frs ; plus le logement.

Les enfants susceptibles de fréquenter l’école étaient divisés par classes. Ainsi, Bourcy, avait en ces années,  26 enfants divisés en trois classes et pour lesquels l’instituteur recevait: (1) Pour la 1ère classe:  3 florins 77 c  pour 1 enfant ; 5 florins 74 c. pour 2 enfants ; 7 florins 54 c. pour 3 enfants ;

pour la 2me classe: 2 florins 77 c. pour 1 enfant ; 3 florins 73 c. pour 2 enfants ; 5 florins 34 c. pour 3 enfants ;

pour la 3me classe: 2 florins pour 1 enfant ; 3 florins pour 2 enfants ; 4 florins pour 3 enfants.

 

Les enfants ayant plus de douze ans et qui voulaient encore fréquenter l’école étaient portés sur l’état des parents ou tuteurs, et soumis aux dites taxes des rétributions affectées au traitement de l’instituteur.

En 1879, le ministre libéral Frère Orban fit voter une loi, appelée: “la loi du malheur de 1879”, loi qui déclencha des conflits entre libéraux et catholiques, et qui se répercuta jusque dans nos villages. Elle inau­gurait l’enseignement neutre dans les écoles, les cours de religion ne pouvant être donnés qu’en dehors des heures de classe. Cette loi fut remplacée par les lois de 1884 et 1895; ce fut la fin du conflit entre l’Eglise et l’Etat.

Les vacances d’hiver prenaient cours le 25 décembre jusqu’au 1er janvier, les vacances de Pâques, du Jeudi-Saint au 2e lundi après Pâques, et les vacances d’été, du dernier samedi d’août jusqu’au 1er lundi d’octobre.

Longvilly fut la première localité de la  commune à posséder un local des­tiné à l’usage d’école (avant 1843). Les habitants de Bourcy et Michamps prétextant l’éloignement, se cotisèrent pour trouver également un local adéquat, même Arloncourt posséda finalement sa petite  école privée.

La commune, administrée par des personnes conscientes de la nécessité de l’instruction et afin de remédier à l’insuffisance scolaire de certains adultes, décida par délibération du Conseil communal d’octobre 1874 (A.R. du 1.9.1866), d’établir dans la commune quatre écoles pour adultes (instruction gratuite), plus une 5e section à Arloncourt. Les frais furent supportés, partie par la commune et partie par l’Etat et la Province. Vers 1875, il y fut même annexé une petite bibliothèque.

A mettre également à l’actif du Conseil communal (1) l’achat en 1870, de quatre exemplaires de l’appareil (inventé par Mr Leval, instituteur à Paris) servant à la démonstration du système métrique dans les écoles primaires.

A dater du 1er janvier 1875, toujours par arrêté du Conseil communal, l’enseignement fut   complètement gratuit.

 

(1) Registre aux délibérations communales-

 

(p.96) Dès 1864, on parlait de projets de construction d’une école primaire à Bourcy. En 1868, les travaux de construction furent dressés par l’archi­tecte provincial de Bastogne. En 1883, elle fut complètement restaurée.

 

 

INSTITUTEURS DE BOURCY

 

1863

Henri Joseph BARTHOLOME ( on comptait alors 14 enfants solvables

et 20 enfants pauvres)

1864

LAFFALIZE

1865-1882

Antoine LAMBERT de Rosières

Celui-ci fut mis en disponibilité pour cause de suppres­sion d’emploi.(6 enfants) (guerre scolaire). Il avait épousé Melle V. Schwinnen de Moinet.             

 

L’école communale fut remplacée par l’école mixte adoptée dirigée par Monsieur Jean Joseph MATHIEU de Bourcy, vu le certificat lui délivré par les chefs de famille dont les enfants avaient fréquenté son école depuis 1879.  (MATHIEU s’était engagé à subir l’examen exigé par la loi) (1). Celui-ci fut nommé à l’unanimité du Conseil communal aux fonctions d’instituteur communal, en date du 5 février 1896 (J.J. MATHIEU: né le 22 juillet 1859, il était porteur d’un diplôme d’instituteur primaire délivré par le Jury de l’Etat à Nivelles sous la date du 12 avril 1886. Il resta en fonctions jusqu’à sa retraite en 1920, et dirigeait également l’école  d’adultes le soir, trois fois par semaine. Il est décédé en 1927. Il avait épousé Marie Octave de Bourcy en 1899.

1920-1940

1941-1945

1945-1960 

Maurice WAGNER, né à Turpange (Messancy) le 22 septembre 1899; il fit ses  études à l’Institut Ste Marie d’Arlon où il fut diplômé en 1918. Après avoir enseigné quelque temps à Dolhain, il fut d’abord intérimaire à Bourcy, puis nom­mé définitivement le 1 avril 1920.  Durant la guerre 1940/1945, Monsieur Wagner fut emprisonné par les Allemands et remplacé durant cette  période, par Monsieur Roger FRERES de Bourcy.

Il quitta Bourcy en 1960 et fut fêté par l’Administration communale le 21 août 1960,  en remerciement de son dévoue­ment durant ses 40 années de fonction. Il a compté en tout 246 élèves dont deux prêtres.  Il est décédé à Liège en 1964. Il avait  épousé Melle Simon de Bovigny. (L’école d’adultes fut supprimée en 1927)

1960-

Depuis 1960, Monsieur Gilbert MICHEL de Rachamps fut son dévoué successeur. Il est né le 24 novembre 1940 et diplômé de l’école nor­male de Carlsbourg.  Son école comptait en 1971 21 garçons.

(ensuite 🙂

école mixte

Monsieur Yannick PIELTAIN

Monsieur Pol MAHY

Madame Véronique RIES(à compléter)

 

(1) Arch. communales.

 

 

ECOLE DES FILLES

 

Dès les premiers jours de la déclaration de guerre en 1914, les Allemands occupèrent immédiatement les locaux de l’école mixte de Monsieur Mathieu. Après quelques temps d’interruption,  la fréquentation de l’école repris, mais uniquement pour les garçons.

L’ école libre s’installa dans les locaux du presbytère, appelés  “le Patronage”,   et mis à sa disposition par Monsieur l’abbé Bodson,  alors curé de la  paroisse.

 

 

-1916

La première institutrice pour l’école des filles fut: Mademoiselle Marie CROUTELLE de Tavigny. 

1916-1918

Lui succéda Mademoiselle Bertha EMOND de Ethe, habitant ensuite Ath.

 

Avec Mademoiselle GODEFROID de Gouvy, l’école des filles fut transférée dans une habitation du « Ministère ». Pourquoi “Ministère”? Sans doute parce que ces petites habitations appartenaient à un nommé Abinet, sur­nommé ” le ministre”.

1921-1932

Mademoiselle Célina MORMONT.  devenue Madame M. MATHIEU, domiciliée à présent à Gouvy. L’école des filles actuelle fut occupée en 1929.

Mademoiselle O. BRAQUET de Noville assura un intérim quelques mois.

1932-1937

Mademoiselle Jeanne SIMON de Bovigny, devenue Madame R.MAQUET, habitant ensuite Bastogne.

1937-1972

Mademoiselle Julie WERNER de Vaux-lez-Noville. Sa classe fut fréquentée par 11 filles en 1971.

1972-

« Melle Julie a été remplacée par Bernadette Girs (en 1972 ou 1973). »*

 

* Suivant un e-mail de Marylène Widart.

 

 

Sous le pastorat de Monsieur l’Abbé Faisant, une école gardienne fut fon­dée à Bourcy, grâce à la générosité de Monsieur Victor Abinet, qui fit don de sa maison à la Fabrique d’église.  Après les transformations nécessaires apportées à la maison (360.000 frs).

 

1950-

Mademoiselle SCHMIT de Habay-la-Neuve, fut nommée aux fonctions d’institutrice gardienne en 1950. Sa classe comptait 21 enfants en 1971.

(ensuite)

Mademoiselle Francine  (à compléter)

 

 

Sous le professorat de Monsieur Mathieu, on instaura à Bourcy et dans les autres localités (Michamps et Moinet) une école d’ouvrages manuels pour les filles, une ou deux heures par semaine, le plus souvent le jeudi après-midi; Madame JACQUES née DANDOY rempli d’abord cette fonction Mademoiselle PIERRARD (I906-I908)

Mademoiselle Suzanne SCHLECHSTER (1908-1913) couturière à La Mine. Mademoiselle SCHIMBERG Thérèse, couturière à Bourcy et Mademoiselle KRACK.

 

 

 

3.1.6 Transport

 

MESSAGERIES, POSTES ET DILIGENCES (Octave, 1973, 87)

 

Le roseau des routes créé par les Romains était le seul véritable roseau ouvert au grand trafic, mais au cours des années, elles perdirent de leur intérêt,  certaines disparurent complètement, d’autres continuent de nos jours à servir comme chemins de campagne.

Les premières messageries datent du XVe et du XVIe siècle. Elles existaient donc avant la création du réseau routier. Par ordonnance du 15 mars 1776, on créa un service de postes et de messageries sur toute l’étendue du Duché de Luxembourg. Les diligences circulaient sur les routes les plus impor­tantes. La route de Bruxelles à Luxembourg comptait 25 postes ¾.  Elle allait par Genappe, Sombreffe, Namur, Emptinne, Marche, Bellevue, Flamisoule, Malmaison,  Attert, Steinfort, Luxembourg,  et l’on mettait 30 heures pour aller de Bruxelles à Arlon.  Sur la route,  échelonnés de distance en distance, existaient des relais où le postillon changeait les chevaux.

Arlon-Liège en 1856 se faisait en 13 heures (par beau temps). La malle quittait Arlon à 6 heures du soir, on traversait Bastogne à 10 heures, Houffalize à minuit, pour atteindre Liège à sept heures du matin. (Guide du voyageur: A.Borgnet)

N’eussent été ces transports en commun, nombre de bourgades seraient demeu­rées isolées en Ardennes.

Cette diligence que certains appelaient “la patache”, était surmontés d’une bâche gonflée de bagages, de colis, de paquets de toutes sortes, attelle de deux canassons, parfois de 4 ou même cinq. Elle couvrait en moyenne de 10 à 12 km à l’heure. Dans les longues côtes, chacun mettait pied à terre pour alléger la charge des chevaux ou simplement pour se dégourdir les jambes.

Les péages fonctionnaient sur certaines routes. Leur souvenir s’est par­fois conservé dans le nom, « barrière Hinck », « barrière de Champlon », où l’on percevait la taxe qui était proportionnelle au nombre de chevaux et de roues de voitures. Le préposé au péage sortait et agitait, s’il faisait noir, une lanterne en criant: “Halte,  barrière”. (Le tarif des chevaux de poste et,  sur certaines routes, du guide du postillon, était de 1 fr 50 par cheval et 75 cent,  pour le guide. Le calcul se faisait parfois par 1/2 poste ou par 1/4 de poste,  suivant l’importance de la route. C’est en Ardennes qu’ont subsisté le plus longtemps ces attelages pittores­ques qui disparurent au fur et à mesure de la construction des chemins de fer. Dans la région, ce fut le service Bastogne-Laroche qui survécut le dernier, et ce jusqu’en 1914.

 

 

LES ROUTES

 

Ce n’est qu’en 1722 que fut décrétée la construction de la route de Bruxelles à Trêves, par Namur, Neufchâteau, Arlon, Luxembourg. Il fallut 57 ans pour l’achèvement de cette route, ce qui n’est pas  éton­nant, compte tenu des moyens de construction qui existaient à l’époque. En 1771,  on commença à s’occuper plus  sérieusement de la voirie de Luxem­bourg à Namur, par Bastogne et de relier entre elles les villes principales. La route Namur-Bastogne fut reconstruite sous le régime français en 1813, et fut inaugurée en 1823.

(p.88) 1837-1838-1840: modernisation de la route Bastogne-Aywaille-Liège.

1838: Bastogne-Laroche. 1840: Bastogne-Neufchâteau. 1867: Bastogne-Clervaux.

 

En 1845, le chemin n°7 de Bourcy à Noville n’avait qu’une largeur de 2 mètres 50. Chemin très humide et boueux; les habitants avaient demandé à l’administration communale la construction de “radiers et de gargouilles” à l’entrée du village, pour remédier à cet état de choses (1) spécialement à l’endroit dénommé à la Djâkète (“à la Jacquette”).

 

En 1874, achèvement des travaux sur la route de Michamps à Bourcy pour rejoindre la route de Clervaux à Bastogne.(1)

En 1876, on prolonge cette route vers Hardigny pour rejoindre celle d’Houffalize. La route d’Hardigny était alors ce chemin de campagne qui descend ” derrière le vieux moulin”, traverse les champs pour aboutir à l’entrée du village d’Hardigny, rejoignant la route actuelle.

Tout comme l’ancienne route de Boeur, encore ainsi dénommée par les “anciens” était celle, qui montant vers le cimetière, traverse la route d’Hardigny et descend sur le lieu-dit Bâneû (“Banneux”) pour remonter ensuite sur Boeur. La route actuelle de Boeur fut construite définitivement en 1931.

 

C’est surtout entre 1880 et 1902, donc sur une période d’une vingtaine d’années que les chemins vicinaux de notre commune commencèrent à s’amé­liorer.

De plus, dès le début de 1881, lors des terrassements de la voie de chemin de fer, les chemins furent défoncés par le charroi, surtout le chemin de Michamps à Bourcy: une bonne partie des pierres servant à ces terrassements provenaient d’une carrière de pierres de Michamps.(1) Ces routes furent donc remises en état après la fin des travaux.

L’actuelle route principale de Bourcy qui conduit à la gare de chemin de fer, portait jadis le nom de “chaveyes”(renseignée comme sentier sur les anciennes cartes) (“chavéyes” (ravin)) “On montait les chavèyes “..

Ce chemin devint d’une importance capitale pour la localité après la cons­truction de la ligne de chemin de fer. Mais il fut sujet à bien des dis­cussions pour sa transformation. La commune de Noville aurait voulu sa ré­fection rapide pour la facilité de l’accès à la gare de Bourcy, mais la com­mune de Longvilly ne fut d’accord qu’après bien des tergiversations. Ce n’est qu’en 1890 qu’on s’occupa sérieusement de cette route devenue impor­tante.

 

En 1909, on projeta d’améliorer l’état de la route Bourcy-Hardigny, projet qui ne fut repris qu’en 1914. On dut utiliser 150 mètres de tuyaux en béton pour l’assainissement de certaines parties. Tout ce quartier n’était que prés ou terres incultes.

 

 

LA POSTE

 

Les informations nécessaires aux premiers groupements humains s’effectuaient à l’aide de la signalisation à vue, procédé consistant dans l’implantation sur des hauteurs découvertes, de signaux aisément repérables de loin. Si rapidement que puissent être transmises les nouvelles par la signalisa­tion optique ou acoustique, elles n’en demeuraient pas moins très simples et très floues.

 

(1) Arch. communales.

 

(p.89) C’est pourquoi l’envoi d’un messager demeurait dans la plupart des cas, préférable. Dans les sociétés primitives, ignorantes de l’écriture et de la lecture, ce message était généralement verbal. La domestication du cheval apporta ensuite une transformation dans la transmission des nou­velles.

Léonard de Tour et Tassis fut le véritable fondateur de l’organisation postale, ce qui fit d’ailleurs la gloire et la fortune de sa maison. La famille en conserva la ges­tion jusqu’en 1815, lorsque celle-ci fut remplacée sous le régime hollandais. Les courriers postaux- voitures, malles-poste, cavaliers,-bénéficiaient sur les routes de la priorité absolue et obtenaient le passage par une sonnerie spéciale (cornet de postes). Le transport des correspondances urgentes ou importantes du Gouvernement, était confié à des “estafettes” qui parcouraient les routes à franc étrier.

Une route postale traversait le Duché de Luxembourg par Michamps et Asselborn. Un relais de chevaux était établi à 300 mètres de la chaussée romaine comme l’attestent 2  procès (1): l’un du 27/9/1614: Jehan de Roumont, tenant la poste de Michamps, contre le centenier et la  communauté de Michamps, à propos du droit de vaine pâture des chevaux de poste. L’autre (l) du 4/7/1656 concernant Catherine Hollert veuve Michel Poncelet, vivant maître de la posterie de Michamps. En 1830, il existait en Belgique 123 bureaux de poste. Dans ce total, une soixantaine de bureaux, dénommés bureaux de direction. Le percepteur portait alors le nom de directeur, Les autres bureaux, dénommés bureaux simples reçurent en 1836 la

dénomination de perception des postes et le fonctionnaire dirigeant celui de percepteur.(2)

En 1890, la Province de Luxembourg comptait 7 bureaux de direction et 16 bureaux de distribution. En tout, 23 localités sur 1704, où les lettres parvenaient par la poste (3). Les 1680 autres ne les recevaient que par les messagers du canton et ceux-ci ne s’y rendaient que 1 ou 2 fois par se­maine, quelquefois moins, suivant les besoins. A défaut de messagers, les directeurs des postes recouraient à toutes les occasions favorables pour faire remettre lettres et journaux aux destinataires. Ils profitaient surtout des jours de marché.

Les tarifs en vigueur en 1830 étaient fort compliqués et ils variaient d’une destination à l’autre. Chaque bureau de poste avait sa propre liste de tarifs pour ses relations avec les autres bureaux du Royaume. En 1835, les tarifs subirent une première simplification avec la création de zones de distance. La taxe des lettres était établie d’après la distance et le poids. L’événement le plus important au point de vue postal fut l’unification de la taxe des lettres internes. C’est d’ailleurs ainsi que fut créé le timbre-poste (arrêté royal du 17 juin 1849) (Précédemment le port des lettres se payait généra­lement au facteur lors de la remise à domicile) Cette réforme amena ainsi la géné­ralisation des boîtes aux lettres.

 

(1) A.I.A.L. 1949: Rég. Gd Conseil de Malines:n°s . 733-1158

(2) Musée postal

(3) E.Tandel: Les communes belges.

 

(p.90) En 1879, un arrêté royal abrogeait la poste aux chevaux. En 1883, ces fonctions furent définitivement supprimées, mais jusqu’en 1914, il resta dans les Ardennes, quelques diligences légères de deux chevaux pour des­servir les endroits où les chemins de fer vicinaux n’avaient pas encore pénétrés.

Les premiers facteurs étaient vêtus simplement d’un sarrau bleu, d’un pan­talon de velours ou de coutil suivant la saison, d’une casquette, de guêtres et de souliers ferrés. Le premier uniforme fut porté vers 1855/60. Celui-ci, plus élégant déjà, avec sa veste en drap croisé bleu, longue de 65 à 75 cm, collet droit de 4 cm en drap amarante. On supprima bientôt le

collet droit et on finit par adopter  un uniforme de postier plus classique.

En 1891, Monsieur DENIS assurait à Bourcy le dépôt-relais qui devint bien­tôt sous-perception, relevant de la perception de Bastogne.

En 1902, Monsieur T. MODART puis Mademoiselle SIMON.

En 1908, Monsieur Emile KRACK, jusque 1941 (facteur depuis 1895). Le bureau de poste était situé dans une pièce de son domicile.

A partir de 194l, Monsieur Maurice KRACK jusqu’en 1949.

Le bureau de poste fut transféré après la guerre dans une salle de la station de chemin de fer» relais desservi par les facteurs. La première centrale téléphonique commença à fonctionner a Bourcy en 1922, et desservait 22 abonnés.

 

 

in : Yannick Pieltain, Mémoires d’anciens ou Bourcy vu et conté par les anciens, s.d.

(p.23) La poste à Bourcy

 

La Poste à Bourcy a également sa petite histoire… Et si actuellement le relais postal situé près de l’Eglise est menacé régulièrement de disparition… il n’en fut pas de même en ce début de siècle où il était très actif et prospère.

Situé dans la rue principale, comme le montre la photo, il était tenu par le père d’Irène KRACK qui nous en livre ses secrets…

Les correspondances arrivaient au premier train de 10h45. Les facteurs devaient aller chercher les sacs destinés à Bourcy et aux environs. Il devaient alors trier et faire les tournées à vélo. En ce temps-là, il y avait 5 tournées. (Bourcy – Michamps, Oubourcy, Arloncourt -Moinet, Longvilly, Al Hez – Hardigny, Rachamps, Wicourt -Cobru, Noville, Vaux)

Le village de Bourcy à lui seul était divisé en deux tournées. Il y avait également deux levées de boîtes aux lettres dans les villages voisins.   Le facteur DASNOY (habitant anciennement la maison MAYEN, sur la route de Boeur) était une figure de l’activité postale dans notre village.

 

 

LES CHEMINS DE FER

 

Le Parlement belge vota le 18 juin 1846 une loi ordonnant la construction du chemin de fer de Bruxelles à Arlon- Luxembourg. Les entrepreneurs de messageries, adversaires du chemin de fer, luttèrent désespérément mais inutilement. “La grande Compagnie du Luxembourg” fut créée en septembre 1848.

Dès 1855, le travail avança rapidement entre Namur et Arlon. Ciney-Grupont, en juin 1858.

Grupont-Arlon, fut inauguré le 26 octobre 1858. Arlon-Luxembourg, en 1861.

La ligne Bruxelles-Luxembourg terminée, les réseaux secondaires se poursuivirent :

Athus-Arlon, en 1862

Trois-Ponts – Vielsalm -Gouvy, en 1867.

Libramont-Bastogne, en 1869.

Bertrix-Libramont, en 1882

Bastogne-Limerlé, en 1884.

Limerlé-Gouvy, en 1885.

Bastogne-Benonchamps-Wiltz, en 1887.

 

La section Bastogne-Limerlé, de la ligne de Bastogne à Gouvy, fut ouverte à l’exploitation le 20 février 1884 (1).

Elle desservait:

1 la station de Tavigny, ouverte au service des voyageurs

et des bagages, des marchandises, des finances, des chevaux et bestiaux, des tapissières et équipages. La station de Tavigny était pourvue d’une rampe de chargement, ainsi que d’un pont à peser.(1)

2 les haltes de Bourcy et de Limerlé ; elles n’étaient ouvertes qu’au service des voyageurs et des bagages. Ces deux haltes étaient gérées chacune par un agréé placé sous la dépendance de la station de Tavigny.

 

(1) Bur. des ch. de fer.- Bruxelles.

 

(p.91) (…) La nouvelle section n’était provisoirement desservie que par des trains

mixtes dont la vitesse ne pouvait dépasser 50 km/h.

En exécution d’une décision ministérielle du 8 novembre 1884, les haltes de Bourcy et Limerlé furent livrées à l’exploitation pour le service des voyageurs et bagages et ouvertes, en outre, aux services des marchandises, des finances, des chevaux et bestiaux et des tapissières et équipages.

En exécution d’un arrêté royal en date du 31 juillet 1889, la halte de Bourcy fut transformée en station, et la station de Tavigny, en halte. Celle-ci fut placée sous la dépendance de Bourcy.

La gare de Bourcy prit immédiatement de l’importance: on y chargeait le minerai de plomb extrait de “La Mine”, des bois pour charbonnages, des  perches pour houblonnières, des pommes de terre et également des myrtilles dans ces wagons spéciaux pour ferry-boat, à destination de l’Angleterre (l). Ajoutons qu’il s’agissait d’une ligne à simple voie. Pour des raisons stratégiques, au cours de la guerre 1914/1918, les chemin-de-feristes al­lemands, les  “Eisenbahn” (sic), construisirent une double voie avec la main-d’oeuvre des prisonniers russes. La ligne à simple voie fut à nouveau ré­tablie en 1930. (1)

 

Les myrtilles se récoltaient en abondance. On utilisait alors un outil assez simple, genre de peigne métallique de 15 cm environ de large. La cueillette était dure, mais elle rapportait à certaines familles jusque 6 à 7 frs par jour. Le  kilo se vendait en moyenne 0 fr 30 (en 1911).

 

(1) Mr R.Maquet- Bastogne.

 

(p.92) CHEFS DE GARE

 

De 1884 à 1889, Bourcy fut donc une halte.

 

1890-1896

Monsieur PIERRET, chef de station de 4e classe autonome

1897

Monsieur NOIRFALIZE T.J.

1898 à 1903

Monsieur NOËL D.J.

1904 à 1910

Monsieur MOSSAY A.

1911 à 1914

Monsieur WATRIN A.

1914 à 1919

annuaire du personnel non publié

1919  à 1920

Monsieur FLORENT

1920  à 1923

Monsieur DELTOMBE V.

1924 à 1925

annuaire non publié

1926 à 1931

Monsieur HERINE

1932 à 1935

Monsieur CULOT A.

1936 à 1937

Monsieur THYS A. (chef de halte)

1938 à 1944

Monsieur LOUIS A. (chef de halte)

1945-1946-1947

annuaire non publié –  Monsieur LACROIX

1948 à 1950

Monsieur MACQUIGNY R.,  chef de gare de 4e classe non autonome

1950 à 1967

Monsieur HUBERMONT W.,  commis de factage (transformée en dépendance)

 

Monsieur SONNET a, pendant plusieurs années, assuré le service quelques heures par jour.

 

 

 

(…) Au début de l’été 1954, on commença à retirer les trains à vapeur. Ceux-ci furent peu à peu remplacés par des tractions diesel appelées “autorails”.

A l’époque des premières locomotives, il n’y avait pas d’abri pour le méca­nicien, par crainte d’apporter le moindre obstacle à son champ de vue et à sa liberté de mouvement. Tout cela se perfectionna au fur et à mesure des années.

Dans la gazette d’hier…( K.Van Moorsel:  Le rail 1972) :

“Lorsqu’on se reporte à l’époque des débuts des chemins de fer, on a de la peine à se figurer ce que l’idée de chemin de fer représentait alors à l’es­prit de ceux qui n’en n’avaient jamais vu. Le nouveau système de locomotion paraissait étrange. La vitesse surtout inspirait à beaucoup de personnes de la crainte et même de l’effroi. Aussi voyait-on des voyageurs montés pour la première fois dans un train, se cramponner à leur banc au moment du départ. Le départ se faisait lentement, les voitures n’étaient pas encore munies de tendeurs, appareils composés d’une double vis qui relient les voitures en­tre elles en les serrant fortement butoir contre butoir. Ce perfectionne­ment ne fut introduit que plusieurs années plus tard.

A l’origine, les voitures n’étaient réunies que par des chaînes laissant entre elles un certain espace, de sorte qu’au départ toutes les voitures recevaient successivement un choc dont le plus ou moins degré de violence dépendait de l’habilité du machiniste à se mettre en marche….”

Les billets délivrés pendant les premiers temps aux voyageurs avaient été imités de ceux qui étaient en usage dans les services des messageries et diligences. Ils étaient “coupés” d’un livre à souches, d’où leur vint le nom de “coupons”, nom improprement appliqué aux tickets dont on se sert aujourd’hui. Les petits cartons en usage aujourd’hui, nommés “billets Edmondson” du nom de l’inventeur, ont été introduits pour la  première fois en Belgique, et peut-être sur le  continent, en 1847 sur le chemin de fer de Bruges à Courtrai.

 

 

« LE PETIT TRAM VERT » … (Octave, 1973, 93)

 

Au moment où les chemins de fer de l’Etat avaient presque terminé leurs travaux, une oeuvre similaire s’amorça. Le Gouvernement belge créait par une loi spéciale du 24 juin 1885,” la Société nationale des chemins de fer vicinaux”.

A son tour,  ce nouveau complexe allait tisser ses fils dans tout le pays. Les deux premières liaisons vicinales ardennaises furent mises en exploitation: en 1886:  Poix-St Hubert – Melreux-Laroche.

en 1889: Bourcy-Houffalize              

en 1903: Marloie-Bastogne.

Quatre ans après la mise en service du chemin de fer Bastogne-Gouvy, une ligne de tramways relia Bourcy à Houffalize, par Hardigny, Vissoule, Cowan, Houffalize. (Les trams faisaient arrêt à l’Ermitage, à Neufmoulin et à Banneux, sur demande des voyageurs).

Ce “petit tram vert” parcourait la distance approximative de 12 km, en quarante minutes. Il faisait 5 fois un “aller et retour par jour. Le prix du trajet Bourcy-Houffalize, coûtait à ses débuts 0 fr 85 en 1ère classe et 0frs 60 en 2me classe.

 

Citons quelques chiffres:

En 1913: le vicinal Bourcy-Houffalize faisait 3 412 frs de recettes pour voyageurs, bagages et marchandises. En 1922: 10.837 frs de recettes. En 1923: 15.540 frs. Sa construction avait coûté 516.000 frs (partie province, partie par di­verses communes). Une petite boîte aux lettres noire était fixée à l’arrière du petit tram, comme d’ailleurs sur tous les trams vicinaux.

Durant la guerre 1914-1918, les installations furent démontées par l’occu­pant ou du moins,unt partie des voies fut enlevée, le matériel roulant fortement endommagé, mais le vicinal reprit son activité dès 1921.

En 1934, les vieilles locomotives fumantes furent remplacées par des motrices.

Administrativement, le 1er juin 1959, fut la fin du “petit tram”. Il ef­fectua son dernier voyage le 1er août 1959: une motrice pilotée par Mon­sieur Léon Dubru de Houffalize, venait reprendre les derniers wagons se trouvant encore à Bourcy, et le 11août, on commençait les travaux de dé­molition des installations à Bourcy.

Après 70 ans de ” bons et loyaux services” le petit tram finissait sa carrière.

 

Comme le dit André Gillard, le rail ouvrait le champ de possibilités in­soupçonnées jusque là;  en reliant entre elles les villes les plus éloi­gnées des terres connues, les routes avaient ouvert à l’homme, le champ illimité des investigations commerciales et industrielles.

L’âme des petites localités aussi changea, les gares furent bâties autour d’elles, un hameau se dressa ou s’agrandit, des étrangers s’y établirent, des emplois nouveaux se créèrent,  le fils du bûcheron se fit conducteur de machines et le fils du cultivateur devint mécanicien.

 

 

3.1.7 Annexes

 

3.1.7.1 M. Bourguignon, Note sur la commune de Longvilly, in : Ardenne et Famenne, 2, 1962, p.58-62

 

  1. La commune de Longvilly relève de l’arrondissement judiciaire de Neufchâteau, mais du canton de justice de paix et de l’arrondissement admi­nistratif de Bastogne. Elle compte, pour une superficie de 3.250 ha, 18 a, 79 ça, une population de 1.087 habitants répartie entre les villages, hameaux et écarts ci-après :

 

Population

au 1er janvier 1891  

au 1er janvier 1957

Arloncourt     

89  

86

Bourcy

367

491

Longvilly

242

166

La   Mine

46

8

La Sauvagière

3

5

Le Moulin

17

5

Michamps

136

132

Horritine

21

7

Al Hez-Poteau

36 

11

Oubourcy

29

38

Moinet 

227

138

=

1.213                    

1.087

 

 

Dans sa consistance actuelle, la commune a été formée en vertu de l’arrêté royal du 2 janvier 1823. Longvilly et Moinet, qui constituaient ensemble, sous le régime français, une mairie particulière, ont été alors renforcés par l’adjonction des villages d’Arloncourt, Bourcy, Michamps et Oubourcy, détachés de Noville.

 

  1. Si l’on se place du point de vue des circonscriptions ecclésiastiques, la commune compte trois paroisses et un vicariat :
  2. Bourcy, dédiée à saint Jean, avec 491 âmes;
  3. Longvilly, consacrée à saint Martin, 231 habitants avec La Mine, La Sauvagière, Le Moulin, Arloncourt et Al Hez-Poteau ;
  4. Moinet (Saint-Brice), 138 âmes;
  5. le vicariat de Michamps, sous l’invocation de Saint-Hubert, dépendance de la paroisse de Bourcy, 177 habitants en y comprenant Horritine et Oubourcy.

Sous l’ancien régime, il n’y avait que deux paroisses :

1° Longvilly, avec Moinet;

(p.59)

2°  Noville, qui exerçait sa juridiction sur Arloncourt, Bourcy, Michamps et Oubourcy.

 

  1. Tous les villages et hameaux du territoire actuel ressortissaient à la prévôté de Bastogne, mais avaient leur justice particulière. Arloncourt, par exemple, était seigneurie hautaine. Hoffelt était le haut-command de Moinet. Bourcy, Longvilly et Oubourcy relevaient de la mairie royale de Bourcy, comme aussi Michamps, qui était une communauté distincte.

La mairie de Bourcy se titrait de haute cour. Le mayeur, nommé par le souverain, présidait la cour et était assisté de deux échevins, d’un greffier et d’un sergent. Il exerçait sur les habitants une juridiction complète, à la réserve des causes criminelles, dont la prévôté avait la connaissance. On conserve la registrature des œuvres de loi à partir de 1629 et celle des rôles depuis 1624.

(p.60) A Bourcy, fonctionnait en outre une cour foncière, celle de Saint-Remacle, vestige de l’époque où le village était en grande partie une posses­sion du monastère de Stavelot. Cette juridiction mineure n’a pas laissé d’archives. Elle est cependant encore mentionnée dans le courant du XVIIIe siècle et semble s’être perpétuée jusqu’à la fin de l’ancien régime.

La seigneurie hautaine d’Arloncourt possédait une justice qui, en 1783, siégeait à Bastogne. Elle comprenait le mayeur, des échevins, un greffier et un sergent. Sa registrature nous a été conservée depuis 1724 en ce qui concerne les œuvres de loi et depuis 1740 pour les rôles aux causes. Sa compétence s’étendait à toutes les matières, tant civiles que criminelles, l’exé­cution des condamnés étant normalement réservée au prévôt.

 

  1. Cette seigneurie d’Arloncourt est du reste très ancienne. Une famille de ce nom est signalée sporadiquement du IXe au XIIIe siècle. En 1311, le comte de Luxembourg, Jean de Bohême, accorda ou reconnut la haute justice sur le village à Arnould de Pittange, qui fut au point de départ d’une nouvelle dynastie.

Il n’est pas possible d’établir avec certitude la succession des personnages qui ont possédé la localité. On sait qu’elle fut dénombrée le 24 décembre 1520 par Jean de Créange et de Pittange, le 13 décembre 1547 par Wéry de Créange et de Pittange et le 21 octobre 1570 par Anne de Créange et de Pittange, fille de feu Georges, qui tous appartenaient à la même lignée.

Le 28 février 1605, on trouve mentionné comme seigneur du Châtelet, d’Arloncourt, de Bourcy et de Moinet Nicolas d’Everlange, fils de Bernard, lieutenant-prévôt et échevin d’Arlon. J’ignore si l’arrivée de cette famille est due au mariage de Nicolas avec Marie de Lamborel, fille de Robert, seigneur de Hollange, contracté en 1581. De toutes manières, elle doit résulter du déclin des Créange et Pittange, qui, vers cette époque, durent hypothéquer toutes leurs propriétés, engagère qui se transforma bientôt en cession de propriété.

Une fille de Nicolas, Catherine d’Everlange, fut alliée à Antoine, de Blanchart, greffier du Siège des nobles, ce qui fit passer la seigneurie d’Arlon­court à la famille de ce nom pour près de deux siècles.

Succédèrent en effet à ce personnage son fils Gaspard-Antoine, né le 15 janvier 1630, mort le 30 mars 1708, marié d’abord à Louise de la Court, puis à Catherine-Sidonie Van der Velde;

le fils de ce second lit, Sébastien-François, né le 9 octobre 1674, décédé le 26 juin 1752, époux successif de dame Anne-Gabrielle de Monhairon, puis de Marguerite-Thérèse de Bourcy.

Celle-ci, devenue, veuve, releva encore le fief d’Arloncourt le 5 février 1759 et le transmit à sa fille Marie-Antoinette-Philippine-Louise de Blanchart, mariée le 24 septembre 1770 avec Christophe-Antoine d’Arnoult, baron de Soleuvre, seigneur de Differdange, qui fut prévôt du siège de Bologne et mourut le 22 février 1795.

Les Blanchart, comme Nicolas d’Everlange, tinrent surtout leur résidence au Châtelet, près de Habay-la-Neuve, où ils jouèrent un rôle important au (p.61) siège prévôtal de Bologne. Ils portaient d’or à une aigle de sable, écartelé pale d’or et de sable de six pièces.

d’Arnoult portait d’argent à deux bâtons noués et écoles de gueules passés en sautoir et accompagnés de quatre lions de gueules.

d’Everlange portait d’azur à la fasce d’argent accompagnée de deux étoiles à six rais d’or, l’une en chef, l’autre en pointe.

Quant aux armes de l’ancienne lignée d’Arloncourt, elles sont décrites par les manuscrits de leur successeur Blanchart qui fut un éminent héraldiste : d’argent à une fasce ondée d’azur chargée en chef d’une clef à l’antique de même posée en fasce, et en pointe d’un croissant de gueules.

 

  1. Pour ce qui concerne Bourcy, la situation féodale était un peu plus compliquée. Une villa est mentionnée à cet endroit dès 890 : elle était la propriété du monastère de Stavelot et porta le nom de seigneurie de Saint-Remacle. L’abbaye s’en dessaisit vers 900, selon une tradition qui paraît mal fondée. De toutes façons, il existait dès le XIIIe siècle une famille noble de Bourcy, qui détenait, outre ce fief, divers biens à Arloncourt, Cobru et Gouvy. Les derniers descendants de cette lignée, Henri et Odile, frère et sœur, ven­dirent la cour de Saint-Remacle à Jean-François de Beurthé, déjà seigneur de Bourcy, dans des conditions qui vont être expliquées. L’acte porte la date du 18 octobre  1728 et montre clairement qu’il ne s’agit que d’une cour foncière.

Le 30 mai 1733 cette cour fut transportée à Pierre-Bernard de Steinbach, seigneur de Grumelscheidt et de Bourcy, héritier de Jean-François de Beurthé.

 

6,   De fait, la mairie avait éprouvé une mutilation du chef d’une engagère consentie par le souverain des Pays-Bas à Martin de Steinbach. L’acte est daté du 4 août 1626 et, comme on disait alors, « éclisse » les villages de Bourcy, Longvilly et Oubourcy de la prévôté de Bastogne moyennant verse­ment de 2.000 florins. En même temps, le même personnage se rend acqué­reur, pour la somme de 3.000 florins, des localités voisines de Limerlé et Steinbach.

Cet acte créait une seigneurie nouvelle, avec droit de haute, basse et moyenne justice. Elle ne tarda pas à réunir à ses possessions la cour de Saint-Remacle, qui cessa d’avoir une existence indépendante, mais dont le nom sera encore souvent mentionné par les textes.

Martin de Steinbach, époux de Catherine de Heyden, mourut le 12 mars 1633. Sa tombe existe encore dans l’église de Steinbach. Sa veuve lui sur­vécut assez longtemps, mais transmit à ses enfants Charles-Joseph et Anne-Claude, mariée bien avant 1668 à un gentilhomme lorrain, Edouard-François de Beurthé.

Cette particularité explique que cette dernière famille porte le titre de seigneur de Bourcy, d’autant que des mariages ultérieurs avec les Steinbach lui créèrent certains droits nouveaux, qui s’affirmèrent surtout à Steinbach et à Limerlé.

(p.62) Charles-Joseph eut pour successeurs un de ses fils, Jean-Charles, mort avant 1721, puis son petit-fils aussi prénommé Charles-Joseph, qui mourut octogénaire à Bourcy, le 1er mars 1789. Après une courte apparition d’un Jacques-Joseph de Steinbach. encore mentionné en 1793, on ne trouve plus à Bourcy, en 1798, qu’une dame de Steinbach, née de Milly, d’origine fran­çaise, sans doute veuve du prénommé. L’absence de registres paroissiaux à Longvilly ne permet pas de préciser le degré de parenté de ces derniers représentants de la famille, aujourd’hui éteinte.

 

  1. La famille de Steinbach (Stembay, etc.) est une des plus notables du Luxembourg. Ses membres ont siégé aux cours prévôtales d’Arlon et de Bastogne pendant plusieurs siècles. Elle est incontestablement celle qui a le. plus marqué de son empreinte la localité de Longvilly et les autres sections de la commune, puisqu’elle s’y est maintenue de 1626 à la Révolution.

De nombreux monuments rappellent son souvenir tant à Steinbach qu’à Li merle et à Bourcy. Ce sont surtout des dalles funéraires et des dessus de porte armoriés. Ils sont décrits par M. Louis gourdet, Blasons de la Province de Luxembourg… (Gembloux, Duculot, 1960), pp. 315-316.

L’histoire de la commune, telle que les documents permettent de la reconstituer, tire surtout son intérêt des lignées féodales qui s’y sont suc­cédé. Longvilly peut cependant revendiquer d’avoir été pendant une cinquan­taine d’années un centre d’exploitation de minières de plomb. Une société y a été créée à cet effet le 13 juillet 1821. Un arrêté royal du 3 août 1826 lui a accordé une concession toujours en vigueur, puisque renouvelée par un autre arrêté du 1er février 1886. Le travail est d’ailleurs abandonné depuis longtemps et ne sera sans doute jamais repris.

La commune, faute de pouvoir produire les armoiries d’une de ses anciennes justices — celles-ci n’en possédaient vraisemblablement pas, vu l’usage courant dans tout le Luxembourg de faire apposer les sceaux parti­culiers des féodaux ou des échevins sur les actes — demande reconnaissance ou concession de celles de la famille de Steinbach.

Elles sont décrites assez différemment par les héraldistes : d’argent à 3 coquilles de sable posées 2 et 1 ; de sable à 3 coquilles d’or ; d’argent à 3 coquilles d’or. La formulation première de l’Administration communale : d’azur parsemé de coquilles, est une variante de fantaisie. Elle paraît être motivée par une confusion avec le blason des Beurthé, qui est, selon certains auteurs : d’azur à la fasce de deux pièces d’or accompagnées de 3 bluteaux de moulin liés aux extrémités d’argent, un en chef, un en fasce et un en pointe, le tout sur l’azur.

Il apparaît que la concession de l’une ou l’autre des versions concernant les Steinbach doterait la commune d’armoiries qui ont été longtemps fami­lières à trois de ses importantes sections et conserverait la mémoire de faits importants pour l’histoire de ces localités. Je recommanderais, pour des raisons d’esthétique, la solution : de sable à trois coquilles d’or posées 2 et 1, qui est, de surcroît, unique dans le Luxembourg.

 

Arlon, le 2 mai 1961.

Marcel BOURGUIGNON, Conservateur des Archives de l’Etat à Arlon.

 

 

3.1.7.2 in: Octave Aline, BOURCY, s.d.

 

Ici vécurent nos pères, leurs parents, leurs aïeux….

 

Penchons-nous un instant sur le passé de BOURCY.

 

Imaginons quelques toits de chaume entourant la petite chapelle plantée au milieu du cimetière, non loin de la maison noble; les antiques chemins où les cailloux sont cruels, allant par monts et par vaux, fortement ravinés dans les montées. Bourcy a conservé à travers les siècles quelques-unes de ces anciennes voies, bordées de haies tordues, de pieux qui penchent.

Entre ces toits qui s’inclinent, imaginons encore les habitants qui triment bien dur pour gagner leur pain et celui de leur seigneur; le berger faisant rentrer son troupeau dans les diverses bergeries, et plus loin, sous la garde du petit porcher, tous les cochons du village fouillant les landes et les bois. Voilà un premier aspect du petit bourg aux siècles passés.

 

Le paysan cependant réalise des économies et s’y applique, fut-ce au prix de sacrifices et de dures privations avec une patiente persévérance. Ainsi, peu à peu, il devient petit ou moyen cultivateur, quitte à louer ses services à la journée à un plus important.

 

L’ouverture de la ligne de chemin de fer vaut à Bourcy d’avoir une gare qui, comme dans beaucoup d’endroits est construite en dehors du village. Celui-ci se développe alors rapidement autour de son épine dorsale « la rue de la gare » ou « la grand’route ». Ce fut l’époque de la plus grande transformation, trans­formation de la localité, de l’habitat, des routes, du mode de culture, de la vie même des habitants affectés à des emplois nouveaux.

 

Le « château » est peut-être une appellation un peu prétentieuse, mais dans nos villages, le nom de “château” était facilement attribué à toute habitation “bourgeoise et dès lors, la désignation est restée.

Nous ignorons la date de construction. Il a dû subir au cours des siècles plusieurs transformations. Vers l’an 890, Bourcy était propriété de l’Abbaye de Stavelot et portait le nom de “Seigneurie foncière de St Remacle”. L’Abbaye s’en dessaisit au Xe siècle en faveur d’un seigneur de Bourcy les seigneurs de Bourcy tinrent un rang élevé parmi la noblesse luxembourgeoise pendant plusieurs siècles.

La date la plus ancienne que l’on ait trouvée est celle de 1683 inscrite sur le portique de la cour, mais le château devait être bien antérieur à cette date» On a d’ailleurs retrouvé des vestiges de construction au pied de la façade arrière lors du placement des conduites d’eau.

La date de 1749 “Carolus Josephus de Steinbach” sur le fronton de la porte d’entrée ne renseigne-t-elle pas également la date d’un agrandissement ou d’une transformation?

En 1787, une prison se trouvait au château de Bourcy. L’ancienne tour qui vraisemblablement faisait office de prison aurait été détruite en 1792 par les propriétaires qui, sachant que les troupes qui envahissaient notre pays se montreraient plus exigeantes chez les propriétaires d’un donjon qu’auprès des paysans, procédèrent aux-mêmes à la démolition et sacrifièrent ainsi au principe d’égalité. Ajoutons que la tour carrée aurait été reconstruite en 1875 et une petite aile ajoutée en 188l. (Notes de Mr Delheid)

 

On dit, mais que ne dit-on pas quand on évoque les siècles révolus, qu’un seigneur de Bourcy aurait épousé au Xle siècle une belle inconnue qui lui était soudainement apparue dans les bois de Noville lors d’une chasse aux perdrix. Cette histoire est rapportée par la légende “La dame au pied de “biche”.

Leur blason se retrouve sur le tympan de la façade arrière du château, de même que sur une taque encastrée dans le manteau d’une cheminée. Le blason était “d’argent à la bande de sable chargée de 3 coquilles d’or en mémoire des trois croisés posées dans le sens de la bande et de 3 perdrix volantes deux en chef et une en pointe. Ils portèrent pour cimier”un buste de châtelaine ayant la face enflammée, accosté à dextre d’un pied de biche et à senestre d’une flèche et d’une massue” (de Kessel). Leur devise” Fidélité et honneur”.

Après les seigneurs “de Bourcy”, les familles alliées “de Beurthé” et ” de Steinbach”, se succédèrent du Xlle siècle jusqu’à l’occupation fran­çaise. Ensuite Jean Maquart,un dragon français, s’établit dans la région et y fit souche. Il épousa R.Th. D’ARLON de Bastogne (voir Porte ouverte sur Bourcy)

Le domaine de 164 ha environ fut considérablement agrandi par le proprié­taire suivant, Mr Jules Delheid de Liège qui s’en rendit acquéreur en 1873. Les enfants de celui-ci vendirent le domaine après son décès en 1893 à Mr A.Lambin de Sûre. Le morcellement du domaine se fit plus tard entre les enfants Lambin. En 1935, le château fut attribué à Mr D.J.Schaak époux de Edith Lambin. Le château fut partiellement détruit en 1944 et après sa restauration, le cadastre supprima ce titre et le dénomma simplement maison.

 

L’offensive des Ardennes a détruit une grande partie de la bourgade. Mais lorsque se furent tues les mitrailleuses et que les oiseaux apeurés eurent au printemps repris leurs chants, chaque habitant avec les qualités de la race ardennaise s’est attelé à la tâche de la reconstruction.

Aujourd’hui ils sont fiers, à juste titre, de leur village si accueillant.

 

BOURCY se trouve sur la crête de partage de l’Ardenne.

Altitude moyenne de 500 mètres.

Alternance de champs cultivés entrecoupés de collines,  de pâtures et de résineux.

 

Par A.R. de juillet 1907, on procéda à la construction de l’église actuelle, ni laide, ni belle, construite transversalement, respectant d’un côté l’ancien choeur, de l’autre, la tour. Elle fut inaugurée solennellement par Mgr Heylen en juillet I9II.

Accolés à l’église, on aperçoit encore les deux bacs de pierre servant d’abreu­voirs aux animaux et déversant l’eau potable pour le voisinage.

 

La première chapelle de Bourcy déjà connue sous le vocable de saint Jean l’Evangéliste fut construite ou réédifiée au XVIe s. (1530). La voûte du choeur de cette chapelle modeste devait être admirable à l’époque; richement décorée par des pein­tures d’une technique de celle de Bastogne, représentant des scènes de l’Apocalypse attribué par l’Eglise à Saint Jean l’Evangéliste.

Renadin de Wicourt, dont le père était à l’époque maire de Bourcy, fut ce peintre prestigieux qui a peint, non seulement les voûtes de cette petite chapelle de Bourcy mais aussi celles de l’église St Pierre de Bastogne  (1536)

Le choeur de cette chapelle fut classée par la Commission des Monuments et des Sites par A.R. du 20 novembre 1972.

 

Diverses transformations eurent lieu au cours des siècles, reconstruction, allongement et adjonction d’une tour (1864) Le clocher ci-dessus était moins élevé, mais plus fin, plus élégant que celui qui sera reconstruit après la dernière guerre.- Plantée au milieu du cimetière, la première chapelle dont on voit encore l’entrée, était entourée de petites croix de pierre, qui par dessus le mur, regardaient l’inlassable ronde des vivants semblant un trait d’union entre eux. Après la construction de l’église actuelle, le cimetière fut transféré.

 

 

3.1.7.3 Notes sur le blason de Bourcy / Notes su l’ blason d’ Borci

 

in : Pieltain Yannick, Mémoires d’anciens ou Bourcy vu et conté par les anciens, s.d.

 

(p.23-24) Le blason de Bourcy

Le privilège, disons le signe distinctif de la première noblesse fut le blason, les armes ou les armoiries. Le premier blason de la famille de Bourcy serait d’Argent de la bande de sable chargée de trois coquilles d’or, posées dans le sens de la bande, accompagnées de deux merlettes de sable. Plus tard, l’histoire nous dit que la famille portait « d’argent à la bande de sable chargée de trois coquilles d’or, accompagnées de trois perdrix volantes de sable, deux en chef et une en pointe. » Nous retrouvons ce blason dans le tympan de la façade arrière du château , façade considérée jadis comme principale. Dans une pièce du château, une cheminée dont le manteau date de 1759 porte en creux sur une taque ce même écu couronné. (La couronne perlée est une couronne comtale et le cimier un buste de chevalier)

Ajoutons que les armoiries de Bourcy ont une bien jolie légende dont nous vous livrons la traduction en fin de livret. Ce conte donne une explication des armoiries de Bourcy. Le blason arbore la traditionnelle bande de sable chargée de trois coquilles d’or. Elle porte également un cimier, le buste d’une pèlerine ayant la face enflammée, accostée à dextre d’un pied de biche et à sénestre d’une flèche et d’une masure, ayant trait aux différentes péripéties de la légende.

 

Illustrations

Borci / Bourcy - période romaine

(in: Aline Octave, op.citat., p.26)

Borci / Bourcy - période romaine - villa

(Octave, op.citat., p.27)

Borci / Bourcy - 1696 - une déclaration de succession

(in: Le Pays de Bastogne, 3, 2014)