Fascismo / Fascism / Faschismus / Fascisme: one way to kill your mind ...

Le totalitarisme, in : Pour mémoire, Triangle rouge, Les Territoires de la mémoire, 2004

 

Le totalitarisme n’est pas une doctrine mais une pratique qui a pour objet de transformer l’individu en un “homme nouveau” model√© sur l’objectif id√©ologique que s’assigne le r√©gime. En Italie, l’individu doit devenir un serviteur d√©vou√© jusqu’√† la mort √† l’Etat. En Allemagne, le totalitarisme a pour but de cr√©er une race pure dans laquelle les Aryens domineraient la soci√©t√©, les autres “races” √©tant r√©duites en esclavage. En URSS, l’individu est model√© pour devenir le producteur volontaire et d√©sint√©ress√© d’une soci√©t√© sans classes o√Ļ la propri√©t√© deviendrait collective et o√Ļ 5^ l’Etat dispara√ģ¬≠trait. Il y a donc une diff√©rence dans les objectifs mais pas dans les moyens.

Fascisme & nazisme

Jacques Willequet*, La Belgique sous la botte, résistances et collaborations 1940-1945, éd. Universitaires, Paris 1986

 

(*professeur d’histoire à l’ULB)

 

“A la m√©moire de Frans van Kalken, professeur de s√©r√©nit√©”

 

(p.348) Les p√©riodes troubl√©es ne manquant jamais de faire voler en miettes la mince couche de raison qui recouvre, dans le cerveau humain, un univers d’instincts et de superstitions. D√®s qu’on ne comprend pas, on rationalise de travers √† la fa√ßon des id√©ologues, ou on se met carr√©ment √† d√©lirer : combien de personnes n’y a-t-il pas eu, aussi bien en 1914 qu’en 1940, pour croire dur comme fer √† certaines proph√©ties de Sainte-Odile qui annon√ßaient la victoire pour une date d√©termin√©e? D√®s qu’une guerre √©clate, les √©glises deviennent trop petites pour accueillir les fid√®les (qu’on veuille bien ne pas mal interpr√©ter cette remarque : disons simplement que ces fid√®les-l√† ne sont pas de la meilleure qualit√©). D√©j√† le g√©n√©ral Ludendorff, dans les ann√©es vingt, voyait le destin du monde r√©gl√© par un obscur conclave, r√©uni Dieu sait o√Ļ et paradoxalement compos√© de Juifs, de J√©suites et de francs-ma√ßons. D’autres imaginent, d’une mani√®re caricatu¬≠rale, une conspiration de capitalistes ou des ¬ę deux cents familles¬Ľ. Bouc √©missaire, puis victime, le monde juif est aussit√īt retourn√© comme un gant pour incarner toutes les abominations agressives et oppressives qui d√©so¬≠lent la plan√®te. D’ennemis de la chr√©tient√©, les ma√ßons deviennent, dans un contexte modifi√©, d’excellents patriotes puis, une g√©n√©ration plus tard, d’honorables spiritualistes dont il convient de se rapprocher pour combat¬≠tre un mat√©rialisme envahissant.

 

(p.355) ¬†¬ę Fascisme ¬Ľ ?

 

Ce ph√©nom√®ne fasciste ‚ÄĒ et ce mot tant galvaud√© ‚ÄĒ m√©ritent d’√™tre examin√©s d’un peu plus pr√®s : cela nous permettra peut-√™tre de mieux comprendre la situation dans laquelle se trouv√®rent des Belges, responsables (p.356) et conscients √† des titres et des degr√©s divers, entre 1940 et 1944. On le sait, maintenant, qu’un syst√®me totalitaire s’√©tait peu √† peu √©tabli en Allemagne ; mais que savait-on du mot, que connaissait-on de la chose ? En g√©n√©ral, on disait plut√īt ¬ę dictature ¬Ľ, ou ¬ę r√©gime autoritaire ¬Ľ. D’au¬≠tres parlaient de ¬ę fascisme ¬Ľ, un vocable susceptible des interpr√©tations les plus vagues. A l’extr√™me-gauche, on y voyait √† la limite √† peu pr√®s l’√©quiva¬≠lent de non-communisme, ce qui dispensait de creuser plus √† fond, et surtout, d√©tournait le bon peuple de comparaisons g√™nantes avec le totali¬≠tarisme sovi√©tique. Fascistes, Hitler et Franco, Pinochet et les colonels grecs, mais bien entendu, ni Staline ni le g√©n√©ral Jaruselski. ¬ę Je l’ai constat√© depuis longtemps, avait dit Henri Rochefort, ce sont les mots dont je ne connais pas le sens qui rendent le mieux ma pens√©e. ¬Ľ La pens√©e d’un pamphl√©taire, certes ; mais celle de certains professeurs d’universit√©, et dans des facult√©s de science politique encore bien ? Or, entre une dictature, un fascisme et un totalitarisme, il y a des convergences et des zones floues qui se chevauchent, mais les lignes de force fondamentales restent distinctes.

Depuis la Rome antique, la dictature, en g√©n√©ral militaire, est un exp√©dient dont on imagine qu’il permettra de sortir d’une situation inextri¬≠cable, voire d√©sesp√©r√©e. Une telle usurpation n’√©tait pas √† la mode dans la partie √©volu√©e de l’Europe des ann√©es trente et, √ī paradoxe, on pourrait r√©trospectivement le regretter. Pur jeu de l’esprit, un g√©n√©ral von Schlei-cher (assassin√© en 1934) ou un g√©n√©ral von Blomberg (√©cart√© par des m√©thodes honteuses en 1938) eussent saisi le Reich dans une poigne ferme, gel√© la situation politique, profit√© d’une conjoncture √©conomique en voie d’am√©lioration et de la perte de vitesse qui d√©j√†, √©tait manifeste au sein des partis extr√©mistes. Schleicher avait d’ailleurs quelque chose de semblable dans l’esprit : il ne fut pas soutenu par les masses syndicales, et il recula devant la perspective d’un assaut conjugu√© des milices nazies et communistes. Cessons de r√™ver pour en venir √† une constatation qui nous para√ģt solide. L’ordre ainsi restaur√© n’aurait certes rien eu de d√©mocrati¬≠que ; du moins aurait-il eu cet avantage de n’√™tre appuy√© ni sur une doctrine ni sur un parti ‚ÄĒ donc d’√™tre et de ne se vouloir qu’essentielle¬≠ment transitoire. Les pires abominations qui allaient suivre nous eussent √©t√© √©pargn√©es.

Une dictature de ¬ę droite ¬Ľ est pleinement autoritaire. Elle se fonde sur un syst√®me d’une grande simplicit√©. Sous les ordres du chef se r√©partis¬≠sent, √† tous les niveaux hi√©rarchiques, les doses variables d’ob√©issance et de responsabilit√©. Aucun parti unique n’est porteur d’un quelconque message id√©ologique : on se contente de maintenir, de figer par la contrainte les valeurs √©tablies et les cadres socio-√©conomiques pr√©existants (donc √©ven¬≠tuellement de ¬ę gauche ¬Ľ : voir la Pologne actuelle). Dans les rares cas o√Ļ un tel parti est cr√©√© ou tol√©r√©, il ne joue qu’un r√īle d’encadrement et de mobilisation de la masse populaire. En bref ‚ÄĒ et ceci est fondamental ‚ÄĒ, bien que confisqu√©e au profit d’un seul homme, la souverainet√© de l’Etat reste intacte ; mieux, elle est accrue. Par la force des choses, le r√©gime

(p.357) devient policier. Tel fut entre beaucoup d’autres le franquisme, exemple d’autant plus significatif que l’Espagne poss√©dait un mouvement fasciste ‚ÄĒ peut-√™tre le plus exemplaire de tous ‚ÄĒ mais cette Phalange, justement, fut d√©mantel√©e et r√©duite par le dictateur √† une fonction symbolique d√®s 1937. Franco fut un Salazar encore plus muscl√©, chacun est libre de lui attribuer les qualificatifs les plus malsonnants, sauf celui de fasciste. Plusieurs causes peuvent expliquer que son r√©gime ait dur√© si longtemps ; la principale pourrait se trouver dans les structures encore archa√Įques du pays. Il y rem√©dia du reste, et √† moyen terme creusa sa propre tombe en d√©veloppant une classe moyenne qui, en 1936, n’existait qu’√† l’√©tat embryonnaire.

Avec le fascisme en g√©n√©ral, nous entrons dans un domaine d’autant plus complexe qu’il emmagasine √† des doses vari√©es les √©l√©ments doctri¬≠naux et les phantasmes les plus disparates. M√™me s’il incorpora certains th√®mes remontant √† la plus haute Antiquit√©, et qui devaient lentement refaire surface apr√®s son d√©c√®s officiel, la r√©union de ces composantes offre quelque chose de tellement unique et original qu’on est bien oblig√© de le consid√©rer comme un ph√©nom√®ne particulier, inscrit entre deux dates pr√©cises (la fin de chacune des guerres mondiales) et dont toute la difficult√© consiste √† lui donner une d√©finition. Contrairement √† la dictature banale que nous venons d’√©voquer, ce fut en tout cas une manifestation se voulant r√©volutionnaire, et le produit d’une soci√©t√© industrialis√©e. Une cons√©¬≠quence, au premier chef, de l’√©pouvantable traumatisme politique, √©cono¬≠mique, social et psychologique caus√© par la Grande Guerre. On ne passe pas quatre ann√©es de souffrances et de sacrifices dans les tranch√©es sans en sortir d’autant plus marqu√© qu’une fois la paix revenue, la vanit√©, l’inutilit√© de ces combats se r√©v√®lent avec √©vidence. Les probl√®mes n’ont pas √©t√© r√©solus, ils se sont aggrav√©s. L’¬ę ennemi ¬Ľ int√©rieur a donc remplac√© l’¬ę en¬≠nemi ¬Ľ ext√©rieur ; il faudra continuer la lutte dans un m√™me esprit nationa¬≠liste, par les m√™mes m√©thodes militaires, dans un m√™me coude √† coude fraternel et viril. Tous les leaders fascistes ont √©t√© des anciens combattants ‚ÄĒ m√™me Degrelle qui, trop jeune en 1914, fit l’√©volution inverse et termina sa carri√®re sous l’uniforme du soldat. Autre choc : le coup d’Etat l√©ninien et la r√©volution bolcheviste commenc√©e en 1917. Cette r√©volution s’accompagna d’un long et cruel bain de sang qui s’√©chelonna sur des ann√©es (avant de resurgir de plus belle, en 1930), et qui engendra l’image bien connue de l’¬ę homme au couteau entre les dents¬Ľ : ce fut l’origine d’une r√©action de peur chez les uns, de loin les plus nombreux, et d’un fallacieux espoir au sein de la classe ouvri√®re. L’id√©al d’un socialisme √† visage humain subsista bien dans le Labour et dans les partis belge, fran√ßais et allemand, mais n’oublions pas que si maintenant, le socialisme sous des formes vari√©es (et souvent inconciliables) a conquis l’Europe et une grande partie de la plan√®te, il n’y eut jamais, entre 1917 et 1945, qu’un seul mod√®le de socialisme appliqu√© : le stalinisme. On conviendra g√©n√©ralement que s’il put aveugler une partie de l’opinion, il rev√™tit aux yeux de tous les autres un aspect fort peu s√©duisant. Pour s’en pr√©server, ‚ÄĒ autre racine importante du fascisme ‚ÄĒ une d√©mocratie parlementaire en crise, d√©pas-

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s√©e par des probl√®mes √©conomiques, mon√©taires et techniques nouveaux, apparut √† beaucoup comme de moins en moins fiable et cr√©dible. Non seulement elle ne ma√ģtrisait gu√®re le chaos engendr√© par le terrible conflit, mais bien des gens commenc√®rent √† se dire que les lib√©raux tol√©rant les socialistes et les socialistes tol√©rant le communisme, tout le syst√®me ris¬≠quait de glisser vers Staline comme le plus mince ruisseau finit par aboutir √† l’oc√©an. Ne serait-on pas oblig√©, pour le vaincre, d’adopter les nouvelles m√©thodes de combat qu’il avait lui-m√™me inaugur√©es (violence, pragma¬≠tisme cynique, encadrement de la nation par un parti unique, etc.) ? La guerre n’avait pas tu√© que des hommes, par millions ; elle avait brutale¬≠ment ruin√© les valeurs bourgeoises de scientisme, de rationalisme, d’indivi¬≠dualisme et de foi dans un progr√®s sans limites qui avaient eu cours jusqu’en 1914. Quelle valeur pouvait avoir un arbre qui avait port√© de si tristes fruits? L’irrationnel resurgissait. Ce d√©sarroi g√©n√©ral fut quelque peu masqu√© par l’ivresse de la victoire dans des pays de tradition d√©mocra¬≠tique plus ancienne. Il toucha davantage l’Italie victorieuse mais frustr√©e, et surtout l’Allemagne, o√Ļ la d√©faite fut consid√©r√©e comme injuste et inexplicable autrement que par la trahison. Toutefois, ces angoisses et ces rancŇďurs se seraient r√©sorb√©es si une autre cons√©quence de la guerre n’√©tait venue jouer avec une force d√©terminante : la d√©s√©quilibration du corps social au d√©triment de couches qui, en plus, avaient √©t√© davantage saign√©es par le conflit : la petite et moyenne bourgeoisie. L’immense gas¬≠pillage d’or se paya, r√©trospectivement, par une inflation qui fit tomber le franc au septi√®me de sa valeur, et le mark √† z√©ro. Incompr√©hensifs et indign√©s, ceux qui ne poss√©daient que du papier ou des revenus bloqu√©s en monnaie fondante furent profond√©ment touch√©s. Leur col√®re se porta sur le ¬ę Boche ¬Ľ qui refusait de payer ‚ÄĒ ou ailleurs sur les anciens Alli√©s qui non seulement avaient vaincu par tricherie, mais abusaient maintenant de leur force pour d√©valiser la grande bless√©e, et aller extraire de ses poches les derni√®res pi√®ces d’or qui pouvaient encore s’y trouver. ¬ę Deutschland erwache ! ¬Ľ Un r√©volutionnarisme confus se d√©veloppa dans une classe moyenne d’autant plus angoiss√©e qu’elle voyait, √† sa droite, un grand capital qui se d√©brouillait plut√īt bien, et √† sa gauche une classe ouvri√®re psychologiquement et mat√©riellement moins touch√©e parce que d√©fendue, elle, par ses organisations syndicales.

1925 apporta un apaisement passager ; les blessures subsist√®rent, mais le redressement √©conomique les camoufla, en partie au profit de b√©n√©ficiai¬≠res nouveaux. Le r√©pit fut de courte dur√©e. Pendant un bref laps de temps, l’Europe se crut revenue √† la ¬ę normale ¬Ľ, s’imagina avoir retrouv√© sa place pr√©pond√©rante dans le monde, alors qu’en r√©alit√© elle vivait au centre d’une cha√ģne financi√®re dont elle ne poss√©dait plus la ma√ģtrise : les Etats-Unis d√©versaient leurs milliards sur l’Allemagne laborieuse, qui pouvait ainsi payer les int√©r√™ts de ces emprunts et les R√©parations dues aux anciens Alli√©s, lesquels redevenaient en mesure de r√©gler les annuit√©s des dettes contrac¬≠t√©es en Am√©rique pendant la guerre. Une cha√ģne se casse √† son maillon le plus faible : c’est ce qui se produisit √† Wall Street en octobre 1929.

(p.359)

Cette fois, la grande crise eut des effets radicaux. Le monde entier fut frapp√©, et par ricochet l’Allemagne d√©pendante au plus haut degr√©. La classe paysanne y fut agress√©e par une chute verticale des prix, le ch√īmage y atteignit les six millions (un ch√īmage au contenu tr√®s diff√©rent de celui que recouvre, aujourd’hui, le m√™me mot), et d’innombrables faillites tou¬≠ch√®rent une fois de plus, non point tant les grosses firmes (plus solides ou aid√©es par l’Etat), mais essentiellement les petites et moyennes entreprises qui, jusque-l√†, avaient pu modestement d√©passer les limites de la rentabi¬≠lit√©. Les classes moyennes, commer√ßantes et artisanales, entr√®rent dans un processus de prol√©tarisation ¬ę en cols blancs ¬Ľ. En th√©orie, on aurait pu les imaginer tendant la main √† la classe ouvri√®re, elle aussi en d√©tresse (c’est ce qu’un Spaak et un De Man, dans la Belgique d√©mocratique, allaient faire avec un certain succ√®s). Outre-Rhin, cela se produisit sous la forme la plus f√Ęcheuse, en coop√©ration avec la partie non politis√©e et non encadr√©e de la classe ouvri√®re : longtemps plus que marginal, le nazisme s√©duisit √† la fois la fiert√© nationaliste (m√©pris pour les ¬ęcriminels de novembre 1918¬Ľ, camouflage d’attachement aux valeurs ¬ęrespectables¬Ľ) et l’espoir d’une r√©volution sociale gu√®re d√©finie, mais dont on attendait au moins qu’elle r√©soudrait la crise et r√©aliserait un ordre plus juste en coupant l’herbe sous le pied d’un communisme qui faisait horreur.

Staline, du reste, joua dans les ann√©es trente un double r√īle dont les cons√©quences catastrophiques ne sauraient √™tre surestim√©es. D’abord l’al¬≠li√© objectif du nazisme dont sa presse allemande reproduisait les th√®mes nationalistes, revanchards et anti-ploutocratiques, il contribua √† le porter au pouvoir. Ensuite, il fit sensation en 1935 en op√©rant un virage √† 180 degr√©s qui renversa tous les mots d’ordre classiques de sa propagande et d√©concerta en France, en Belgique et ailleurs bien des esprits qui lui avaient fait jusque-l√† une confiance religieuse. Non seulement l’U.R.S.S. commen√ßait √† se faire ouvertement nationaliste, mais ses antennes ext√©¬≠rieures rejetaient le pacifisme si profond√©ment implant√© √† l’extr√™me-gau-che de l’√©ventail politique, glorifiaient l’arm√©e et la d√©fense nationale en r√©gime capitaliste, cessaient de consid√©rer les socialistes comme des fr√®res jumeaux du fascisme, tendaient ¬ęla main aux cur√©s¬Ľ, ressuscitaient les th√®mes du vieux jacobinisme bourgeois et pr√īnaient une alliance qui pourrait s’√©tendre, contre le fascisme, jusqu’aux milieux les plus r√©action¬≠naires. On mesurera difficilement le trouble qui en r√©sulta dans les milieux les plus traditionnels de l’extr√™me-gauche : si les d√©mocrates id√©alistes tinrent bon, nombreux furent les esprits et, surtout, les temp√©raments qu’aujourd’hui on appelle gauchistes qui s’en all√®rent grossir les rangs de ceux qui, au sein du fascisme, aspiraient sinc√®rement √† une r√©volution sociale. En France, Jacques Doriot repr√©senta spectaculairement cette tendance mais partout, jusque sous l’occupation nazie, bien des hommes, happ√©s par une √©volution logique, se laiss√®rent engager dans une courbe qui les mena de l’extr√™me-gauche vers ‚ÄĒ le serpent qui se mord la queue ‚ÄĒ ce qu’on a coutume de consid√©rer un peu vite comme une extr√™me-droite.

 

(p.360) Dans la vieille Allemagne dont les couches aristocratiques et grand-bourgeoises avaient donn√© √† notre civilisation ses valeurs les plus √©lev√©es, mais √† un moindre degr√© dans les pays de plus ancienne d√©mocratie, certaines classes populaires et petites-bourgeoises se laiss√®rent hypnotiser par ces mouvements. Le besoin le plus √©l√©mentaire de l’homme le porte √† faire ses trois repas par jour, et moins la d√©mocratie repr√©sentative est implant√©e dans les masses, plus on y trouvera les nombreux desperados pr√™ts √† confier leur sort et leur salut aux ¬ę terribles simplificateurs ¬Ľ qui d√©signeront du doigt un ennemi, un responsable d’autant plus abhorr√© que son action est souterraine, impalpable ou m√™me carr√©ment mythique.

Le fascisme, ou le national-socialisme premi√®re mani√®re est donc un mouvement (plut√īt qu’un parti, le mot tendait √† se d√©pr√©cier) dont les racines doivent √™tre cherch√©es, directement ou indirectement, dans tous les maux, les d√©stabilisations ou les phantasmes engendr√©s ou r√©activ√©s par la Grande Guerre. Sans elle, il est incompr√©hensible, de m√™me qu’il pr√©pare et explique la seconde catastrophe ‚ÄĒ en cherchant, car tout cela est complexe, dans certains cas √† l’√©viter. Cette fonction est claire dans certai¬≠nes cat√©gories belges et fran√ßaises, o√Ļ il n’est pas du tout √©vident que le soudain pacifisme de ces milieux, √† partir de 1936, soit d√Ľ √† de quelcon¬≠ques affinit√©s id√©ologiques. Une certaine aristocratie tendait alors √† rejoin¬≠dre le prol√©tariat pacifiste: en septembre 1939, L√©opold 111 le grand seigneur id√©aliste, Robert Poulet le maurrassien et De Man le socialiste envisageaient le ph√©nom√®ne guerre, sous l’angle √©thique et esth√©tique, √† peu pr√®s de la m√™me fa√ßon. L’avenir de l’Europe en g√©n√©ral, lui aussi, les angoissait, on ne saurait dire √† tort.

Loin d’√™tre une extr√™me-droite pure, le fascisme pr√©tendait synth√©ti¬≠ser, syncr√©tiser √† la fois les valeurs traditionnelles et la justice sociale. La Phalange espagnole, par exemple, avait mis √† son programme, sous l’im¬≠pulsion de Jos√©-Antonio Primo de Riveira, parall√®lement une tranche de droite (autorit√©, religion, grandeur et unit√© de l’Espagne) et un volet de gauche (nationalisation des banques, pouvoirs √©tendus aux syndicats et, √ī merveille, r√©forme agraire). Sa sinc√©rit√© √©tait hors de doute, comme celle de bien des nazis, doriotistes et autres, et qu’il n’en soit rien sorti ne doit pas trop nous surprendre : en histoire contemporaine, les d√©raillements sont plus nombreux que les r√©ussites, les meilleures intentions peuvent tourner au cauchemar, et nous aurons la charit√© de ne pas aligner les exemples (de ¬ę gauche ¬Ľ) qui se pressent sous la plume. En plus, on ne se rendait pas compte que le syst√®me passerait par un Etat policier, pour aboutir √† peu pr√®s in√©luctablement au totalitarisme.

 

En Italie, Mussolini cr√©a des services qui furent aussit√īt ressentis par la classe ouvri√®re comme de grands progr√®s auxquels le r√©gime bourgeois ant√©rieur n’avait pas song√© : Dopolavoro, cr√®ches, consultations de nour¬≠rissons, tandis que le corporatisme et les tribunaux du travail furent loin de trancher syst√©matiquement au profit des patrons. Quant √† Hitler, il eut le trait de g√©nie, avant tout le monde sauf l’Union sovi√©tique, de d√©cr√©ter le 1er mai f√™te l√©gale ; son Arbeitsfront, supplantant les syndicats, offrit aux (p.361) travailleurs une gamme d’institutions sociales qui leur donn√®rent le senti¬≠ment de devenir des membres √† part enti√®re de la ¬ę Volksgemeinschaft ¬Ľ. Pour la premi√®re fois dans l’histoire de l’Allemagne, les ma√ģtresses de maison en vinrent √† se lamenter : ¬ę Je n’ose plus rien dire √† ma bonne, elle irait aussit√īt me d√©noncer au Parti¬Ľ. Ces faits, du moins au cours des premi√®res ann√©es, expliquent l’adh√©sion r√©sign√©e ou enthousiaste de la classe ouvri√®re au r√©gime, en Italie et en Allemagne. Ils sont en g√©n√©ral pass√©s sous silence. Un tel paternalisme d’Etat r√©pondait fort peu, cela va de soi, aux normes actuelles. Il n’en fut pas moins efficace, et si la guerre n’avait pas √©clat√©, rien ne permet de deviner o√Ļ l’aurait conduit son destin.

 

La critique marxiste, cette autre terrible simplificatrice, affirme que les fascismes ont √©t√© d√©lib√©r√©ment port√©s au pouvoir par les puissances √©conomiques et financi√®res qui redoutaient de perdre le poids √©norme dont elles jouissaient dans un Etat lib√©ral. Si la chose √©tait exacte, ces forces occultes devraient √™tre rang√©es parmi toutes les autres dupes que le r√©gime allait bient√īt faire. En r√©alit√©, il est bien vrai que la grande bourgeoisie (qui votait nationaliste ou lib√©ral, mais certainement pas nazi) a financ√© Hitler, mais elle a financ√© davantage pas mal d’autres partis et organismes, du centre gauche √† la droite, qui ne sont pas arriv√©s pour autant au pouvoir. Son seul but √©tait d’acheter la ¬ępaix sociale¬Ľ, c’est-√†-dire une classe ouvri√®re docile et un climat politique o√Ļ l’on p√Ľt gagner son argent et travailler √† l’aise. Le fascisme n’avait gu√®re d’autre doctrine en mati√®re √©conomique qu’un souci d’efficacit√©. Par la force des choses, la grande bourgeoisie fut enserr√©e dans le m√™me carcan que toutes les autres classes. Elle dut passer par le dirigisme et la planification, pour aboutir √† une √©conomie de guerre qui lui fit perdre tous ses pouvoirs de d√©cision. Le IIIe Reich peut se pr√©valoir r√©trospectivement d’un seul et unique succ√®s. Alors que la r√©publique de Weimar avait laiss√© intacte une pr√©pond√©rance bour¬≠geoise si bien symbolis√©e par le chapeau haut-de-forme et le col raide √† coins cass√©s du Dr. Schacht, les douze ann√©es de nazisme entra√ģn√®rent d√©lib√©r√©ment un brassage dont la d√©mocratie parlementaire du chancelier Adenauer allait abondamment profiter. L’Allemagne devenue √©galitaire gr√Ęce √† la croix gamm√©e, voil√† qui √©tait plut√īt inattendu.

 

Dans notre souci de clart√©, ces g√©n√©ralit√©s sur le fascisme vont nous conduire vers une remarque absolument fondamentale. Ce qui diff√©rencie radicalement ce fascisme d’une simple dictature de droite, c’est l’existence pr√©alable et permanente d’un parti unique, agent moteur de tout le sys¬≠t√®me et v√©ritable contre-Etat. Les structures de l’ancien Etat subsistent, mais elles sont syst√©matiquement doubl√©es par les structures du Parti, qui graduellement les absorbent et s’y substituent. La dictature militaire figeait ; le fascisme, qui est mouvement, part pour une conqu√™te qui ne laissera aucune institution en repos. Le Parti et l’Etat ont chacun leur arm√©e, leurs Affaires √©trang√®res, leur Justice, leurs Affaires √©conomiques, leurs organi¬≠sations sociales et culturelles, leur police et m√™me, dans un cas, leurs religions concurrentes. Et la vocation des unes est, autant que possible, de prendre le contr√īle des autres. Ce sch√©ma existe en partie dans l’Italie (p.362) fasciste ; en Allemagne, il va prendre une allure vertigineuse. Au d√©part, le r√©gime fait modeste figure : il n’y a rien de chang√©, si ce n’est qu’enfin, l’¬ę opposition nationale ¬Ľ s’est empar√©e de la barre pour rendre au pays sa dignit√©. Les mises au pas successives ob√©iront toujours, en apparence, √† un souci d’efficacit√© et √† la plus rigoureuse des logiques. Le Front du Travail est cr√©√© en mai 1933, et l’Eglise ¬ęchr√©tienne-allemande¬Ľ en septembre. Himmler devient chef de la police en avril 1934 et en juin, la ¬ę nuit des longs couteaux¬Ľ liquide la S.A., arm√©e du Parti, au profit de la Reichswehr. Surprenante concession : on comprendra bient√īt que c’√©tait le prix pay√© pour obtenir, √† la mort d’Hindenburg, la fusion des titres de F√ľhrer et Chancelier (le second vocable ne dispara√ģtra que vers- 1943). A cette tactique l√©ninienne du pas en arri√®re vont succ√©der, en 1938, deux grands pas en avant : Hitler ¬ę coiffe ¬Ľ l’arm√©e en prenant le portefeuille de la Guerre et en nommant le docile Keitel √† la t√™te de la Wehrmacht ; le serment de fid√©lit√© des troupes ne s’adressera plus √† l’Etat et √† sa l√©gisla¬≠tion, mais au F√ľhrer et chancelier en personne. Au m√™me moment Ribben-trop (¬ę la Voix de son Ma√ģtre ¬Ľ), qui avait primitivement dirig√© le bureau des Affaires √©trang√®res du Parti, est plac√© √† la t√™te de l’Ausw√§rtiges Amt. Depuis septembre 1937, les services de Goering se sont empar√©s de la planification.

 

On sait que dans les premiers mois du r√©gime, la Cour de Justice de Leipzig lui avait inflig√© un camouflet en acquittant les communistes accus√©s d’avoir incendi√© le Reichstag. On invoqua l’¬ę urgence¬Ľ pour expliquer la br√®ve apparition d’une justice partisane au lendemain du 30 juin 1934, et puis tout rentra provisoirement dans l’ordre, sauf bien entendu en ce qui concerne les d√©tenus concentrationnaires ; il est vrai que leur cas relevait d’une fiction admirable : loin d’√™tre une punition, c’√©tait une Schutzhaft, une mesure provisoire qui devait les prot√©ger contre la col√®re de la foule. La justice parall√®le n’apparut qu’en avril 1942 lorsque fut constitu√© le Tribunal du Peuple du redoutable Roland Freisler. Mais d√©j√† s’√©tait pr√©ci¬≠s√©e la prolif√©ration des services relevant d’Himmler et de son SS-Hauptamt. Il doubla l’Abwehr militaire (pour s’y infiltrer plus tard) en prenant le contr√īle de la police (Sipo-Gestapo) et du renseignement (S.D., Sicherheitsdienst) sous le chapeau du R.S.H.A. (Reichssicherheitshauptamt) de Heydrich, puis Kaltenbrunner. En m√™me temps, le Reichsf√Ļhrer SS se mit √† grignoter, et √† vider de leur importance de vieilles administrations telles que les Affaires √©conomiques et les Affaires √©trang√®res : cr√©ation du Wirtschafts- und Verwaltungshauptamt, attribution en 1941 de tout ce qui relevait, √† l’√©tranger, de la ¬ę Volkstumspolitik ¬Ľ c’est-√†-dire des rapports avec les populations de souche germanique √† l’ext√©rieur du Reich. Enfin, jusqu’au 20 juillet 1944, l’appareil militaire d’Etat √©tait rest√© un monde o√Ļ ¬ę d’√™tre honn√™te homme on p√Ľt avoir la libert√© ¬Ľ ; apr√®s ce coup manqu√©, la SS coiffa √©galement l’arm√©e, o√Ļ les soldats durent d√©sormais saluer leurs sup√©rieurs en levant le bras √† l’hitl√©rienne. Ce pouvoir croissant d’Himmler allait bient√īt, en Allemagne et √† l’√©tranger, faire na√ģtre des sp√©culations sur une rivalit√© potentielle entre Hitler et lui. C’√©tait compl√®tement faux :

(p.363) jusqu’√† l’avant-derni√®re minute du r√©gime, le slogan √† usage interne resta justifi√© : Himmlerpolitik ist F√ľhrerpolitik. Le Reichsf√ľhrer SS lui-m√™me √©tait aux ordres. Pendant ce temps-l√†, dop√©s par les succ√®s militaires (patriotisme !) ces Allemands constataient des exactions qu’il √©tait difficile de ne pas voir, mais les consid√©raient comme des ¬ę bavures ¬Ľ auxquelles Hitler, quand il en aurait le loisir, mettrait bon ordre. ¬ę Wenn der F√ľhrer das w√ľsste ¬Ľ, disaient-ils, lointain √©cho du c√©l√®bre : ¬ę Si le Roy savait… ¬Ľ.

 

En ¬ę hommage ¬Ľ √† Mussolini, nous pr√©f√©rerons baptiser fasciste ce stade au cours duquel commencent √† s’interp√©n√©trer pouvoir et contre-pouvoir, encore qu’en Italie, la monarchie et l’Eglise aient eu pour effet de freiner cette int√©gration √† mi-chemin. Il est √©trange que m√™me dans les milieux scientifiques, o√Ļ l’on est si f√©ru de typologie et de sch√©mas, on tol√®re l’usage d’un terme purement passionnel pour d√©signer trois sortes de syst√®mes qui ne sont recouverts que par de simples analogies superficielles. Le fascisme doit donc √™tre consid√©r√© comme un r√©gime √©volutif et transi¬≠toire, non seulement transitoire parce qu’il est mort avec la seconde Guerre mondiale, mais parce que son implacable logique interne devait n√©cessairement le faire aboutir √† quelque chose de diff√©rent : le totalita¬≠risme.

 

Le fascisme avait encore une certaine chaleur enthousiaste qui pouvait donner l’apparence d’un patriotisme exacerb√©. D√©sormais, nous entrerons dans l’univers secret et glac√© des Eichmann et des Vychinski, id√©ologues implacables, des assassins bureaucratiques et des doctrinaires d√©sincarn√©s. On pouvait encore traiter avec une certaine humanit√© des ennemis de l’Etat (en Italie, on se contenta en g√©n√©ral de les exiler ou de les assigner √† r√©sidence aux √ģles Lipari, tandis que le nazisme premi√®re mani√®re laissait volontiers partir des Juifs) ; les ennemis de l’id√©ologie devinrent des non-hommes, cess√®rent d’√™tre justiciables d’un traitement normal.

 

Le racisme nazi contre l’Etat, contre la Nation

 

Avec une certaine condescendance, les nazis eux-m√™mes se d√©fen¬≠daient d’√™tre fascistes, et ils d√©cernaient cette √©tiquette aux juristes qui, n’ayant pas encore tout √† fait compris, cherchaient √† introduire le ¬ę F√ľhrer-prinzip ¬Ľ dans le fonctionnement de l’Etat. En effet, c’est au seul Parti que devait revenir, maintenant, le pouvoir discr√©tionnaire de d√©cision. Le Parti donne des ordres, l’Etat en assure l’ex√©cution bureaucratique, ce qui en allemand s’exprime sous la forme d’un bon jeu de mots : aux uns la ¬ę F√ľhrung ¬Ľ, aux autres la ¬ę Durchf√ľhrung ¬Ľ. Pendant la p√©riode fasciste, le Parti avait encadr√©, par mille racines et courroies de transmission, tous les aspects de la vie concr√®te des hommes, des femmes et des enfants. Et parall√®lement, il avait envahi l’Etat, non point pour le renforcer, mais pour le r√©duire et l’√©tioler. Le but se dessinait avec clart√© : une ¬ę Entstaatlichung des √∂ffentlichen Lebens¬Ľ, une d√©s√©tatisation de la vie publique.

 

Supr√™me forme de m√©pris, cet Etat, on pr√©f√®re l’ignorer. Hitler ne prit (p.364) jamais la peine d’abolir officiellement la Constitution de Weimar (nous √©viterons bien s√Ľr les frappantes comparaisons avec le totalitarisme sovi√©ti¬≠que, si bien relev√©es par par Hannah Arendt ; rappelons simplement que Staline, lui, promulgua en 1936 une Constitution des plus rassurantes, mais compl√®tement fictive). Le Reichstag continua d’exister, ses membres gar¬≠d√®rent leurs indemnit√©s et autres avantages, mais on ne les r√©unit plus qu’une fois par an pour √©couter un discours d’Hitler et chanter les hymnes nationaux *. On maintint, certes, l’Ausw√§rtiges Amt, mais ces diplomates traditionnels n’eurent plus √† jouer que le r√īle ‚ÄĒ utile ‚ÄĒ d’une vitrine respectable. Il y a gros √† parier que leurs rapports n’√©taient pas lus : ceux de 1939 √©taient pourtant d’une lucidit√© parfaite, de m√™me qu’√† Moscou l’am¬≠bassadeur von der Schulenburg, digne r√©plique de Caulaincourt en 1812, allait d√©ployer des efforts path√©tiques pour √©viter la guerre. Dans ce type de r√©gime, les diplomates ont int√©r√™t √† se taire, ce qui parfois vaut mieux pour leur s√©curit√© personnelle, ou bien √† abonder dans le sens de la v√©rit√© officielle.

 

Les ministres perdirent toute prise sur la r√©alit√©. Recevoir un porte¬≠feuille devint synonyme de r√©trogradation, ou d’insignifiance. Mis √† part Schacht qui d√©missionna, Ribbentrop et Goebbels sont les seuls dont l’histoire conserva le souvenir. En 1941, le vieux lutteur (¬ęaller K√§mpfer ¬Ľ) Rosenberg quitta le Bureau des Affaires √©trang√®res du Parti pour assumer un nouveau portefeuille : celui des territoires de l’Est. Ses id√©es fausses mises √† part, sa qualit√© de Balte lui donnait une certaine comp√©¬≠tence et il se mit √† √©laborer, dans le vide, une r√©organisation √©tatique du monde slave qui, somme toute, e√Ľt r√©serv√© √† ces populations un sort moins affreux. Pur camouflage : pendant ce temps-l√†, les ¬ę Einsatztruppen SS ¬Ľ commen√ßaient √† les d√©porter, ou √† les massacrer all√®grement. On entre en plein d√©lire avec la reconstitution, en 1940, d’un minist√®re des Colonies. Sur la base d’un organigramme impressionnant, o√Ļ ne manquaient ni la politique indig√®ne ni la lutte contre les maladies tropicales, quelques 250 fonctionnaires se mirent √† g√©rer avec une conscience professionnelle toute germanique un empire colonial inexistant. Personne ne se souciait d’eux et c’est au bout de trois ans, √† l’√©poque des grandes d√©faites, qu’on s’aper√ßut de leur pr√©sence et qu’en un coup de col√®re compr√©hensible, on mit fin √† leur activit√©.

 

Rien n’√©tant aboli et tout foisonnant, on vit cro√ģtre la plus extraordi¬≠naire prolif√©ration de services dont les attributions et les comp√©tences se d√©doublaient et d√©triplaient, se chevauchaient et, chose plus grave encore, devaient rendre leurs comptes √† des hi√©rarchies concurrentes, voire anta¬≠gonistes. Un √©difice peut avoir une structure, pas un mouvement. A pre¬≠mi√®re vue et avec nos conceptions d√©mocratiques, on pourrait croire que le r√©gime voulait caser ses cr√©atures. Une √©tude plus approfondie montre que si cette pr√©occupation joua, ce ne fut qu’√† titre tr√®s, tr√®s secondaire. A

 

  • La gouaille berlinoise les d√©signera comme ¬ę das teuerste M√§nnerchor der Welt ¬Ľ, la chorale masculine la plus co√Ľteuse du monde.

 

(p.365) l’atomisation de la masse devait correspondre une atomisation de la bu¬≠reaucratie. Il fallait emp√™cher qu’une hi√©rarchie permanente et juridique¬≠ment √©tablie puisse √©ventuellement, gr√Ęce √† des pr√©rogatives reconnues, g√™ner ou menacer le seul pouvoir l√©gitime, celui d’Hitler. Un d√©sordre d√©lib√©r√© y pourvoirait. De judicieuses mutations (ou la cr√©ation d’organis¬≠mes suppl√©mentaires !) animaient ou r√©animaient un mouvement perp√©tuel d’o√Ļ n’√©mergeaient, seuls pivots, que des rois fain√©ants gav√©s ou des inconditionnels SS.

Les rois fain√©ants gav√©s ? Ce furent les vieux camarades du parti que l’on mit √† la t√™te de l’administration civile √† l’int√©rieur, puis au Pays-Bas, au Gouvernement g√©n√©ral en Pologne, au Commissariat du Reich en Ukraine et dans d’autres pays occup√©s. Quant aux inconditionnels SS, voil√† qui autoriserait des d√©veloppements consid√©rables ; nous n’en retiendrons que ce qui sera utile √† la compr√©hension de notre sujet. Himmler, nous l’avons vu, avait au d√©part des attributions de police. D√®s novembre 1937, le F√ľhrer pr√©cisa que la police allait devenir ¬ę une sorte de pouvoir ex√©cutif de l’autorit√© supr√™me¬Ľ, sa mission secondaire (et, si l’on veut plus nor¬≠male) consistant √† ¬ę prot√©ger le peuple contre les forces de destruction et de d√©sint√©gration ¬Ľ. Le meilleur connaisseur belge du IIIe Reich, le Dr. A. De Jonghe, un historien flamand que nous avons suivi avec gratitude, a d√©peint en une minutieuse s√©rie d’articles un aspect de cette lutte de la SS contre l’Etat. En Allemagne, cet Etat-fa√ßade agonisait. En Belgique, une administration militaire se maintint, et il est maintenant d√©montr√© que cette situation r√©sulta pour l’essentiel de la pr√©sence, au pays, du roi L√©opold. Quand on le d√©porta en 1944, une administration civile (donc nazie et SS) fut introduite, mais par bonheur elle n’eut gu√®re le temps d’exercer des ravages plus affreux encore.

L’arm√©e, c’est un truisme, est par excellence un organe de l’Etat. En 1914, elle incarna ce qu’il y avait de plus dur dans un Reich domin√© par son influence ; par comparaison, elle apparut en 1940 comme le vestige de ce qui avait √©t√© le grand souci de l’Allemagne prussienne et wilhelmienne : un Rechtsstaat, un Etat de droit. Certes, les convictions d√©mocratiques ne la caract√©risaient que fort peu. Aristocrate, le g√©n√©ral von Falkenhausen abhorrait la ¬ę racaille ¬Ľ nazie et se sentait au fond plus √©loign√© de ses propres compatriotes que de L√©opold III, de la Reine Elisabeth et des membres de la noblesse belge qui demandaient, et obtenaient des mesures de gr√Ęce pour des r√©sistants condamn√©s √† mort *. Il laissait toute l’¬ę inten¬≠dance ¬Ľ au chef de son administration militaire, Reeder. Jusqu’en juin 1944, cette administration militaire eut le souci d’une bonne gestion et d’une image de marque acceptable en haut lieu. Cela impliquait aussi, dans une certaine mesure, une ¬ę modulation ¬Ľ des ordres re√ßus, des T√§tigkeitsberichte

 

Voici une petite anecdote ; nous ne voudrions pas qu’elle se perde. Le vicomte Jacques Davignon, un homme peu communicatif, nous d√©clara un jour : ¬ę Sous l’occupation, j’ai sauv√© une centaine de personnes ¬Ľ. Et nous voyons toujours cet ancien ambassadeur √† Berlin, avec sa haute taille et son index lev√© : ¬ę Savez-vous combien d’entre elles sont venues me remercier apr√®s? Une¬Ľ.

 

(p.366) (rapports d’activit√©) comportant des parties impeccables mais dont d’autres doivent √™tre prises cum grano salis (l’¬ę ennemi ¬Ľ n’√©tait pas qu’en Belgique, il √©tait aussi √† Berlin). Sa politique, qui √©tait aussi inspir√©e par l’auto-d√©fense, pr√©tendait nourrir et pr√©server une population qui pourrait ainsi mieux travailler sur place ‚ÄĒ pour l’effort de guerre du Reich bien entendu. Jusqu’√† un certain point, et ce ne fut pas le moindre des para¬≠doxes, ses int√©r√™ts recouvraient ceux de la population occup√©e. Une situa¬≠tion analogue √† celle de 1914-1918 se reproduisait. Avec sa belle franchise militaire, von Bissing, gouverneur g√©n√©ral de l’√©poque, avait coutume de dire : ¬ę Je suis d’avis qu’une vache crev√©e ne donne plus de lait. ¬Ľ Mais Falkenhausen et Reeder avaient affaire, √† Berlin, √† un groupe de pression qui, dans son d√©lire, m√©prisait en fin de compte aussi bien les int√©r√™ts allemands que les int√©r√™ts belges. Une ¬ę Volkstumspolitik ¬Ľ, une politique raciale s’amor√ßait, √† laquelle l’administration militaire dut collaborer : elle fait partie int√©grante et essentielle du totalitarisme nazi… et elle nous √©loigne encore davantage d’un simple fascisme.

 

Disons pour l’instant qu’inconcevable et incompr√©hensible pour pres¬≠que tous les Belges et la plupart des Allemands, mais d’une coh√©rence parfaite pour qui veut bien en accepter les pr√©misses, elle faisait de la notion de race la base de toute l’organisation sociale future. Les non-peuples (Juifs, Tsiganes) devaient √™tre extermin√©s comme des parasites. Ensuite venaient les primitifs, les ¬ę Untermenschen ¬Ľ (sous-hommes), c’est-√†-dire les Slaves ; une fois leurs √©lites liquid√©es, ils feraient de bons valets de ferme et pousseurs de brouettes. Des races latines, on s’en souciait peu ; il n’y avait qu’√† les abandonner √† leur d√©cadence. La race aryenne ou germanique, elle, √©tait seule d√©positaire des qualit√©s les plus √©minentes. Mais n’allons pas croire, loin de l√†, que tous les Allemands fussent dignes d’acc√©der √† l’√©lite supr√™me. Des Germains, il y en avait jusqu’en Norv√®ge, au Danemark, aux Pays-Bas, en Flandre puis, en doses qui allaient diminuant, en Wallonie et jusqu’√† la Somme. Le grand Reich germanique se constituerait sur cet espace. On le pressent, apr√®s le concept d’Etat, c’est celui de Nation qui, dans le r√™ve hitl√©rien, commen√ßait √† se dissoudre. Bismarck avait construit au si√®cle dernier un IIe Reich, unifiant de force des populations qui, √† part la race, avaient au fond peu de choses en commun. Et il est bien vrai que nos grands voisins se divisent, au¬≠jourd’hui encore, en particularismes profonds et vari√©s : les Rh√©nans diff√®¬≠rent des autres, les Badois sont presque des Alsaciens, il y a un ab√ģme entre les Souabes et les Bavarois, et tous se r√©concilient contre les Prussiens, porteurs n√©anmoins de traditions qui ne sont pas sans m√©rites. Au XIXe si√®cle, la langue allemande √©crite s’√©tait impos√©e par l’√©cole et le service militaire, refoulant √† la cuisine et aux champs des patois dont les utilisa¬≠teurs eussent √©t√© incapables de se comprendre d’un ¬ę Land ¬Ľ √† l’autre. Ce processus, ne pourrait-on pas le continuer √† l’√©poque actuelle, au-del√† des fronti√®res ¬ę reichsdeutsch ¬Ľ ? Compl√©tant cette entreprise grandiose, Hitler rassemblerait la totalit√© de la race germanique. M√™me l’Allemagne, comme jadis les ¬ęL√§nder¬Ľ, aurait √† s’y int√©grer, et √† se soumettre. Le r√™ve

(p.366) hitl√©rien, apr√®s tout, n’√©tait pas absurde √† 100 % ‚ÄĒ si ce n’est qu’il arrivait simplement plusieurs si√®cles trop tard ! Alors, derni√®re √©tape de cette √©volution fond√©e sur l’obsession d’une race pure, l’√©lite SS, produit d’une distillation √©manant du monde germanique dans son entier, r√©gnerait sur le tout *. Mais cela, c’√©tait la doctrine secr√®te, le dernier stade √©sot√©rique de l’initiation SS. On n’en d√©couvrit toute l’ampleur qu’apr√®s la guerre, en lisant les propos de table d’Hitler, son deuxi√®me livre posthume, et les conf√©rences faites √† huit-clos par Himmler aux hauts dignitaires SS. Nous voil√† loin d’un fascisme. Mais de tout cela, la g√©n√©ralit√© des Belges ‚ÄĒ et des Allemands ‚ÄĒ n’avait aucune id√©e. Ces Allemands, auraient-ils vot√© pour Hitler en 1932, si ce dernier √©tait venu leur promettre qu’une fois au pouvoir, il entreprendrait l’an√©antissement de leur Etat et de leur Nation ?

 

Pendant quatre ann√©es donc, l’administration militaire lutta pied √† pied pour rester ma√ģtresse de ses pr√©rogatives et de ses responsabilit√©s. Longtemps, elle parvint √† limiter le partage et le chevauchement des comp√©tences qui √©taient siennes. Elle dut admettre un d√©l√©gu√© du Front du Travail pour les questions ouvri√®res, la SD-Sipo alors qu’elle avait ses propres services (Feldgendarmerie et Abwehr), la Propagandastaffel qui relevait √† la fois de Reeder et de Goebbels, voire l’embryon d’un SS-Amt que toute l’obstination d’Himmler tendrait √† coiffer d’un HSSPF.

 

L’institution de ces H√∂√īherer SS und Polizeif√ľhrer remonte √† 1937 ; ils repr√©sentent le signe le plus net de cette d√©g√©n√©rescence d√©lib√©r√©e de l’Etat. D√®s le d√©part, ce furent des sous-Himmler charg√©s, comme lui, de coordonner police, renseignement et organisation SS non point m√™me dans le ressort du ¬ę Gau ¬Ľ (anciennement, ¬ę Land ¬Ľ), mais dans celui du district militaire (¬ę Wehrkreis¬Ľ) qui ne co√Įncidait pas avec les fronti√®res du pre¬≠mier : le syst√®me nazi d√©passe toutes les bornes de la complication, et on aura d√©j√† compris dans quel but. Apr√®s qu’ils eurent sap√© le pouvoir administratif √† l’int√©rieur, on les envoya poursuivre la m√™me besogne dans les territoires conquis ou occup√©s. Les Pays-Bas en furent dot√©s d√®s le d√©but ; √† Paris, le g√©n√©ral von Stulpnagel dut cohabiter avec le redoutable Oberg en 1942. Les instructions qu’ils re√ßurent leur attribuaient ¬ęles pouvoirs de police, les probl√®mes raciaux et toutes les questions politi¬≠ques ¬Ľ(!). Chacun comprendra les sentiments de notre administration militaire, la souplesse tenace qu’elle mit √† s’en d√©fendre, jusqu’√† sa d√©faite finale en juin 1944.

Le pouvoir totalitaire touchait au point de perfection. La tache d’huile fanatique, raciste et subversive gagnait une Europe conquise, o√Ļ l’¬ęEindeutschung ¬Ľ e√Ľt √©t√© aussi fatale que la francisation des couches sup√©rieu¬≠res belges aux XVIIIe et XIXe si√®cles ; ses fronti√®res, heureusement, se

 

  • Le leader flamand Van de Wiele, chef de l’organisation SS DeVlag, fut un des rares √† avoir compris. Alors que presque tous les r√©sistants et m√™me, d’une autre fa√ßon, la plupart des collaborateurs s’√©taient d√©fendus contre une mainmise nationale allemande, cet incondition¬≠nel d√©clara √† son proc√®s : ¬ę Vous me reprochez d’avoir pr√™t√© serment d’all√©geance √† Hitler ? Mais c’√©tait tout naturel. Son successeur aurait pu tout aussi bien s’appeler Piet Janssens ! ¬Ľ (Janssens, en Belgique, est √† peu pr√®s l’√©quivalent de Dupont en France).

 

(p.368) La g√©n√©ralit√© de notre population avait ressenti le choc comme si Guillaume II l’avait agress√©e une seconde fois. Les militaires allemands firent leur devoir le moins inhumainement possible (certains, dont Falkenhausen, se r√©volt√®¬≠rent en juillet 1944 et en subirent les cons√©quences), les fascistes franco¬≠phones et les nationalistes flamands se laiss√®rent duper par une vari√©t√© de d√©cors en trompe l’Ňďil ; ils n’√©vit√®rent ni les ge√īles am√©ricaines dans le cas des premiers, ni les rigueurs de l’√©puration en ce qui concerne les seconds, m√™me ceux dont les yeux s’ouvrirent au bout de deux ans. L’¬ę occupant ¬Ľ, ou ¬ę les Allemands ¬Ľ, n’√©taient √† coup s√Ľr pas ce que tout le monde s’√©tait figur√©.

La maladie avait progress√©, chronologiquement et id√©ologiquement, entre 1920 et 1945. Avec une ruse diaboliquement g√©niale elle avait, soit us√© d’une ¬ę langue de bois ¬Ľ des plus s√©duisantes (dont le Dr. Goebbels √©tait le ma√ģtre d’Ňďuvre et aussi, h√©las ! le pr√©curseur), soit carr√©ment tu certains th√®mes inopportuns (peu de chose sur les Juifs dans les discours d’Hitler en 1932 !) pour les faire resurgir, chaque fois au moment voulu. Chaque cat√©gorie sociale √† l’int√©rieur, chaque pays √† l’√©tranger avaient entendu, quand il le fallait, le discours propre √† l’anesth√©sier. L’imag√ģnaire s’en √©tait abondamment nourri, tandis que la r√©alit√© se dissimulait derri√®re une s√©rie de d√©cors astucieux. L’√©sot√©risme de cette sorte d’√©glise initiati¬≠que √©tait soigneusement camoufl√©. Beaucoup d’Allemands s’y tromp√®¬≠rent,. .. et m√™me pas mal de nazis.

 

Quant aux peuples vaincus et occup√©s, on a pu voir au cours de cette √©tude, dans le cas belge, le temps qu’il leur a fallu pour d√©chirer un voile, puis un autre, et enfin un troisi√®me apr√®s 1945. Mais la le√ßon profonde, a-t-elle vraiment port√© ses fruits? A voir certaines critiques qui ont √©t√© adress√©es au r√©cent petit livre de Georges Goriely ‚ÄĒ si remarquable pourtant ‚ÄĒ, on viendrait √† en douter. L’imagi¬≠naire reste toujours pr√©sent, dans les tripes et dans les illusions.

 

Pierre Milza, Mussolini

Pierre Milza, Mussolini, Libr. Arthème Fayard 1999: extraits

 

(p.177) /1914/ Le journal Popolo d’Italia lancé par Mussolini bénéficiera des subsides que lui fourniront les socialistes français et belges, ainsi que les services de l’ambassade de France à Rome  (…).

 

(p.427) La consolidation de la souverainet√© italienne sur les territoires occup√©s avant 1914, ou plut√īt leur reprise en main – car une bonne partie d’entre eux avaient, √† la faveur de la guerre, √©chapp√© √† l’autorit√© m√©tropolitaine – avait commenc√© √† s’op√©rer d√®s l’automne 1922. En Tripolitaine, la ¬ę pacification ¬Ľ s’effectua en deux phases : reconqu√™te des zones littorales et des r√©gions septen¬≠trionales en 1922-1924, puis p√©n√©tration du Sud tripolitain en 1927-1928, s’achevant l’ann√©e suivante par l’occupation du Fez-zan. En Cyr√©na√Įque, la nature du terrain et la r√©sistance acharn√©e des b√©douins, entra√ģn√©s par Omar al-Mukhtar, contraignirent les Italiens √† mener contre les rebelles une v√©ritable ¬ę guerre de sept ans ¬Ľ, conduite avec des m√©thodes d’une extr√™me brutalit√© (popu¬≠lations massacr√©es ou parqu√©es dans des camps de concentration, villages pill√©s et incendi√©s, biens des chefs de la r√©sistance confis¬≠qu√©s, etc.), et qui s’ach√®verait en 1931 par la capture et l’ex√©cution du chef de la Senoussya. Il en alla de m√™me en Afrique orientale : en Erythr√©e et surtout en Somalie, de Vecchi, nomm√© gouverneur en 1925, poursuivit pendant plus de deux ans dans les sultanats du Nord une f√©roce campagne de ¬ę pacification ¬Ľ, pr√©lude aux atroci¬≠t√©s qui seraient commises quelques ann√©es plus tard en Ethiopie par les arm√©es fascistes.

 

(p.579) Bien davantage encore que celui des acad√©mies ¬ę classiques ¬Ľ (la plus prestigieuse √©tant l’Accademia dei Lincei), l’ar√©opage d’intellectuels d√©vou√©s au r√©gime et largement r√©mun√©r√©s par lui -en argent (le traitement d’un acad√©micien s’√©levait √† 3 000 lires par mois), en honneurs et en avantages de toutes sortes – que constituait l’Acad√©mie d’Italie ne pouvait que renforcer par son action – distributions de prix, titres et d√©corations, √©puration de la langue, que Mussolini et Starace jugeaient contamin√©e par le virus des vocables √©trangers, participations √† toutes les c√©r√©monies et parades du r√©gime, etc. – le conformisme de l’intelligentsia fas¬≠ciste et la scl√©rose de la culture officielle. Mais il contribuait, par le prestige de ses membres, fascistes convaincus comme Pirandello, ou simples fiancheggiatori (compagnons de route), tout aussi prompts √† manier l’hyperbole, √† la diffusion dans le public cultiv√© de l’image d’un Duce ¬ę r√©novateur de la culture nationale ¬Ľ.

 

(p.591) Beaucoup d’intellectuels enfin n’adh√©r√®rent au fascisme que par opportunisme. Ce fut largement le cas de Luigi Pirandello, malgr√© tout le mal que se donna par la suite l’auteur de V√™tir ceux qui sont nus pour justifier id√©ologiquement, ou esth√©tiquement, son enga¬≠gement. Jusqu’√† la marche sur Rome, le dramaturge sicilien s’√©tait fort peu souci√© de politique, manifestant tout juste quelque sympa¬≠thie pour les tendances anarchisantes des faisceaux des travailleurs siciliens, au d√©but des ann√©es 1890, comme plus tard pour les interventionnistes militants du ¬ę mai radieux ¬Ľ (√† l’exception de D’Annunzio qu’il d√©testait). Cela n’avait sans doute rien de contradictoire avec le fascisme, bien au contraire. De l√† √† √©crire, comme le fit Pirandello dans L’Idea nazionale pour le premier anniversaire de la marche sur Rome : ¬ęJ’ai toujours eu la plus grande admiration pour Mussolini et je crois √™tre une des rares personnes capables de comprendre la beaut√© de sa cr√©ation conti¬≠nue de la r√©alit√© ¬Ľ, et √† chercher des correspondances entre sa propre cr√©ation et celle du Duce, il y avait quand m√™me une dis¬≠tance que le dramaturge n’eut aucune peine √† franchir. En r√©compense de quoi il put jouir de la consid√©ration amicale du chef du fascisme, aussi flatt√© que lui-m√™me de son prix Nobel de 1934 et du succ√®s international de son Ňďuvre dramatique, mieux accueillie il est vrai √† l’√©tranger que dans la P√©ninsule.

 

(p.622) En octobre 1931, au retour de la conf√©rence de la ¬ę table ronde ¬Ľ, qui s’est tenue √† Londres pour discuter du sort de l’Inde, Gandhi est re√ßu au palazzo Venezia par le chef du gouvernement, puis √† la villa Tor-lonia o√Ļ ‚ÄĒ fait excessivement rare ‚ÄĒ un concert est organis√© en son honneur, et o√Ļ l’ap√ītre de la non-violence fait son entr√©e, pr√©c√©d√© de son ins√©parable ch√®vre. ¬ęC’est un g√©nie et un saint¬Ľ, dira Mussolini au lendemain de cette rencontre, que Gandhi qualifie pour sa part d’√©v√©nement historique.

 

(p.622) En f√©vrier 1934, c’est un autre adversaire de l’imp√©rialisme bri¬≠tannique – le dirigeant sioniste Cha√Įm Weizmann – qui est admis, en compagnie de son √©pouse, √† l’audience du Duce. √Ä cette date, Mussolini n’a pas encore opt√© pour l’alliance allemande, et son interlocuteur songe moins aux diff√©rends qui opposent la commu¬≠naut√© juive de Palestine √† la puissance mandataire, qu’√† la menace dont est porteuse la politique raciale des nazis. Aussi incite-t-il Mussolini √† ¬ę cr√©er une barri√®re contre la barbarie ¬Ľ, en se rappro¬≠chant de Londres et de Paris. Curieux √©change de propos au cours duquel le Duce se d√©clare favorable √† la cr√©ation d’un √Čtat juif, reconna√ģt que J√©rusalem ¬ę ne peut en aucun cas devenir une capi¬≠tale arabe ¬Ľ, et pour finir promet son appui au dirigeant sioniste. Surtout, c’est l’ultime s√©quence de la rencontre qui m√©rite d’√™tre rapport√©e ici, pour ce qu’elle nous apprend de l’image inter¬≠nationale du dictateur.

 

(p.671) UN G√ČNOCIDE RACIAL ?

Ni les divers projets de compromis concoct√©s √† Gen√®ve ni la tentative d’intimidation britannique qui a eu lieu en septembre n’ont fait reculer Mussolini. La Grande-Bretagne en effet a concentr√© en M√©diterran√©e une flotte de 800 000 tonnes, en esp√©¬≠rant que la menace suffira √† retenir l’Italie. Simple gesticulation : le Duce n’ignore pas qu’il s’agit, pour une bonne part, de navires de type ancien, et que Laval ne suit qu’√† contrecŇďur l’initiative de Londres. Il redoute d’autant moins une intervention britannique qu’ont √©t√© publi√©s fin juin, peu de temps apr√®s la visite d’Anthony Eden √† Rome, les r√©sultats du Peace Ballot, un r√©f√©rendum effec¬≠tu√© aupr√®s des lecteurs de journaux par l’Union pour la SDN, et dont il ressort que, tout en se disant favorables √† une action √©ner¬≠gique conduite par l’institution genevoise, les Anglais affirment avant tout leur volont√© de paix.

Engag√©e le 3 octobre sans d√©claration de guerre, la campagne d’Ethiopie fut tout autre chose qu’une simple promenade militaire. D√©j√† en f√©vrier, lorsqu’il s’√©tait pench√© sur les plans √©labor√©s par l’√©tat-major, le Duce avait donn√© le ton en parlant d’une ¬ę guerre totale ¬Ľ (guerra a fonda). On avait m√™me envisag√© l’emploi de l’arme bact√©riologique contre les populations √©thiopiennes, mais l’option n’avait pas √©t√© retenue, sans doute parce qu’elle pr√©sentait autant de danger pour l’agresseur que pour l’agress√©12. L’exp√©¬≠rience malheureuse qui avait abouti au d√©sastre d’Adoua, en 1896, avait laiss√© des traces dans la m√©moire du haut commandement militaire : on savait que l’Abyssinie √©tait un pays d’acc√®s difficile et que ses habitants, quoique priv√©s d’armements modernes, √©taient des combattants redoutables. Mussolini donna donc √† ses g√©n√©raux la consigne d’agir vite, √† la fois pour ne pas donner √† l’adversaire le temps de s’organiser et de recevoir des armes de l’ext√©rieur, ni aux sanctions vot√©es par la SDN celui de mettre l’Italie √† genoux.

 

(p.672) Les premi√®res semaines du conflit furent conformes √† ses esp√©¬≠rances. √Ä partir de l’Erythr√©e, de Bono occupa en quelques jours une s√©rie de villes dont les noms √©veillaient de profonds √©chos en Italie : Adoua, Aksoum, Makall√©, etc, autant de souvenirs des humiliantes d√©faites du temps de Crispi. Au sud, parti de Somalie et d√©sob√©issant aux ordres d’attentisme qui lui avaient √©t√© donn√©s, Graziani p√©n√©tra en Ogaden et dans le Harrar13. Tr√®s vite cepen¬≠dant, l’offensive tourna court, les √Čthiopiens opposant une r√©sis¬≠tance inattendue aux arm√©es fascistes, pourtant tr√®s sup√©rieures en nombre, en armement et en moyens logistiques. Compte tenu du contexte international, qui √©tait devenu franchement d√©favorable √† l’Italie, Mussolini eut t√īt fait de perdre patience, accusant de Bono de mollesse et d’incomp√©tence. Le 13 novembre, il lui signifiait sa destitution et le rempla√ßait par Badoglio.

Le chef d’√©tat-major de l’arm√©e italienne trouva sur place une situation difficile et d√©cida de faire venir des renforts, portant √† pr√®s de 500 000 hommes l’effectif du corps exp√©ditionnaire. En d√©cembre, alors que la r√©organisation des forces fascistes √©tait encore en cours et que les conditions climatiques s’√©taient forte¬≠ment d√©t√©rior√©es, ce furent les √Čthiopiens qui prirent l’offensive, obligeant le haut commandement √† faire reculer ses troupes. Ce n’√©tait pas faute d’avoir employ√©, pour vaincre les soldats du N√©gus, les moyens les plus sophistiqu√©s (pour l’√©poque), en m√™me temps que les plus barbares. Au moment o√Ļ il avait pris ses fonc¬≠tions de chef du corps exp√©ditionnaire, Badoglio avait re√ßu carte blanche pour mener en Ethiopie une guerre de terreur et d’extermi¬≠nation. Le mot n’√©tait pas prononc√©, mais les m√©thodes utilis√©es pour faire plier l’adversaire ne laissaient aucun doute sur les inten¬≠tions des dirigeants fascistes. Il s’agissait d’obtenir une victoire rapide, aussi peu co√Ľteuse que possible en vies italiennes, et √©ven¬≠tuellement de faire place nette en vue de la colonisation du pays par d’importants contingents de ruraux venus, comme en Libye, des provinces m√©ridionales de la P√©ninsule.

Cette sorte de ¬ę nettoyage ethnique ¬Ľ avant la lettre s’inscrivait dans une campagne raciste qui n’attendit pas la vague antis√©mite de la fin des ann√©es trente pour se manifester, mais prit toute son ampleur apr√®s la proclamation de l’Empire, et qui, en Ethiopie m√™me, servit de l√©gitimation √† la politique r√©pressive du mar√©chal Graziani et aux mesures adopt√©es par le ¬ę vice-roi ¬Ľ pour emp√™¬≠cher tout m√©tissage avec la ¬ę race b√Ętarde ¬Ľ des Amhara ‘4. En attendant, on fit table rase de tout ce qui pouvait retarder l’avance de l’arm√©e italienne, et pour cela on fit un usage massif de l’avia¬≠tion et des gaz de combat.

C’est Badoglio qui, le premier, exprima aupr√®s du Duce le sou¬≠hait d’utiliser sur une grande √©chelle cette arme prohib√©e par les conventions internationales. Il s’agissait, pour le commandant en (p.673) chef, de r√©pondre par la dissuasion √† la ¬ę barbarie abyssine ¬Ľ, et notamment aux mutilations guerri√®res inflig√©es aux hommes du corps exp√©ditionnaire. Mussolini ayant donn√© son accord, l’emploi des gaz se g√©n√©ralisa, associ√© aux mitraillages et aux bombarde¬≠ments d’objectifs militaires, d’unit√©s combattantes, mais aussi de civils.

√Ä ce jeu, qui comportait d’autant moins de risques pour les aviateurs italiens que l’arm√©e du N√©gus ne disposait ni d’appareils de chasse ni de v√©ritable d√©fense anti-a√©rienne, les deux fils a√ģn√©s de Mussolini, son gendre et quelques-uns des hi√©rarques les plus en vue, comme Farinacci, se taill√®rent une gloire facile, jouant au chat et √† la souris avec les malheureux √Čthiopiens qui tentaient de leur √©chapper, d√©versant sur les villes et les villages leurs bombes incendiaires et arrosant de gaz toxiques les colonnes de fuyards. ¬ęC’√©tait un travail tr√®s divertissant, d’un effet tragique mais d’une grande beaut√© ¬Ľ, √©crivit Vittorio Mussolini dans un livre de souve¬≠nirs publi√© en 1937′5. Il est vrai, expliqua-t-il dans un autre pas¬≠sage de cet ouvrage traduit d√®s sa parution en plusieurs langues et vou√© √† un grand succ√®s, que ¬ę l’Abyssin est un animal ¬Ľ.

C’est au cours des derni√®res semaines de la guerre, l’arm√©e ita¬≠lienne ayant repris l’offensive en f√©vrier 1936, que les op√©rations prirent le caract√®re d’un v√©ritable g√©nocide, si par ce mot on d√©signe – comme il est d’usage aujourd’hui – une action visant √† faire dispara√ģtre tout ou partie d’une population (ethnie, classe, confession religieuse, etc.). D√©but avril, tandis que Starace, qui avait lui aussi repris du service √† la t√™te d’une colonne motoris√©e, mettait le feu aux villages conquis et proc√©dait √† des ex√©cutions massives, Badoglio lan√ßait ses escadrilles de bombardement sur les unit√©s √©thiopiennes en retraite dans la r√©gion du lac Ashangi et du lac Tana. Pendant dix jours, l’aviation italienne arrosa de bombes incendiaires et d’yp√©rite les soldats du N√©gus. Les bless√©s qui se tra√ģnaient jusqu’aux eaux du lac pour y trouver un peu de fra√ģcheur, ou pour boire, ne trouvaient plus devant eux qu’une masse liquide satur√©e de gaz moutarde et mouraient dans d’atroces souffrances. Les fils Mussolini et Ciano, qui √©taient affect√©s les deux premiers √† la 14e escadrille et leur beau-fr√®re √† la 15e, particip√®rent √† cette d√©monstration des hautes vertus civilisatrices de la romanit√©.

 

(p.752) (‚Ķ) la conversion du Duce au racisme et √† l’antis√©mitisme qui a entra√ģn√© la d√©rive du fascisme vers les rivages troubles de la ¬ę politique de la race ¬Ľ.

Les contraintes de la politique √©trang√®re et le changement radi¬≠cal qui s’est op√©r√© sur ce terrain en 1935-1936 ont fortement pes√©, semble-t-il, sur l’attitude de Mussolini √† l’√©gard des Juifs. Ceux-ci ont pourtant √©t√© partie prenante dans le consensus qui a connu, on l’a vu, son apog√©e lors de la guerre d’Ethiopie. Nombreux furent parmi eux les volontaires pour l’Afrique, au point que le minist√®re de la Guerre et l’Union de la communaut√© se mirent d’accord pour la cr√©ation d’un rabbinat militaire. Tr√®s large √©galement fut l’adh√©¬≠sion √† la ¬ę Journ√©e de la foi ¬Ľ et √† l’offre d’or pour le financement de la guerre. La victoire et la proclamation de l’Empire furent salu√©es par la presse juive avec enthousiasme et furent c√©l√©br√©es dans les synagogues comme dans les √©glises. En revanche – et c’est le fait nouveau ‚ÄĒ, les relations jusqu’alors tr√®s bonnes entre le sionisme et le gouvernement fasciste commenc√®rent √† se d√©t√©rio¬≠rer, et ce pour trois raisons concomitantes : le rapprochement avec l’Allemagne, la recherche d’un gentlemen’s agreement avec la Grande-Bretagne, fond√© sur la reconnaissance des int√©r√™ts des deux puissances en M√©diterran√©e et sur l’abandon par l’Italie de sa politique de p√©n√©tration en Egypte et en Palestine, enfin le rap¬≠prochement de l’Italie, comme d’ailleurs de l’Allemagne, avec le monde arabe. Orientation symbolis√©e par le geste de Mussolini, brandissant le 18 mars 1937 √† Tripoli ¬ę l’√©p√©e de l’Islam ¬Ľ.

La carte sioniste, que Mussolini avait conserv√©e dans son jeu √† seule fin d’embarrasser les Britanniques, avait en somme cess√© de pr√©senter la moindre valeur pour lui, au moment o√Ļ il s’appr√™tait √† jouer conjointement celle de l’alliance allemande et celle du rap¬≠prochement avec les Arabes. √Ä partir de l√†, le Duce – qui se cher¬≠chait de bonnes raisons de justifier son alignement sur la politique hitl√©rienne – n’allait pas manquer de g√©n√©raliser certaines prises de position antifascistes √©manant, √† l’occasion de la guerre d’Ethiopie et de la guerre d’Espagne, de personnalit√©s et d’organi¬≠sations juives √©trang√®res, au demeurant assez isol√©es, et de procla¬≠mer que ¬ę l’internationale juive ¬Ľ, alli√©e aux ennemis du fascisme, √©tait partie en guerre contre lui.

Il est clair que d’autres mobiles ont jou√© dans le choix par Mus¬≠solini et par le groupe dirigeant fasciste d’une politique de ¬ę d√©fense de la race ¬Ľ. Il faut noter tout d’abord que celle-ci n’a pas commenc√© avec les mesures antis√©mites adopt√©es en 1938 par le gouvernement fasciste. Les premi√®res cibles en ont √©t√© les popu¬≠lations d’Afrique orientale : √Črythr√©ens, Somaliens et surtout √Čthiopiens, et cela d√®s le d√©but de la campagne d’Abyssinie. La (p.753) presse fasciste, les discours des hi√©rarques, les commentaires par¬≠l√©s des cinegiornali fourmillent ainsi de propos racistes visant les autochtones, consid√©r√©s comme des √™tres inf√©rieurs et des sau¬≠vages avec lesquels la ¬ę race italienne ¬Ľ doit √©viter de se m√™ler. Symptomatique est √† cet √©gard l’interdiction faite par Mussolini aux soldats italiens de chanter la c√©l√®bre rengaine Facetta nera bell’Abissina (¬ę Frimousse noire belle Abyssine ¬Ľ), consid√©r√©e par le Duce comme une invite au ¬ę madamisme ¬Ľ, c’est-√†-dire √† l’union avec des femmes indig√®nes et par cons√©quent au m√©tis¬≠sage. Les mesures coercitives ne tard√®rent pas √† suivre. En avril 1937, un d√©cret royal √©tablissait que tout Italien ayant des relations suivies avec une femme √©thiopienne √©tait passible d’une peine de cinq ans d’emprisonnement. Son application donna lieu √† des interpr√©tations tr√®s diverses selon les tribunaux concern√©s, et sur¬≠tout elle n’emp√™cha pas les soldats et les colons italiens d’avoir des rapports sexuels avec des femmes de race noire. On eut beau instituer le ¬ę billet jaune ¬Ľ (ilfoglio giallo), invitant les coupables √† observer la loi sous peine de poursuites, ou proposer, comme le secr√©taire du fascio d Addis-Abeba, Guido Cortese, d’importer d’Italie plusieurs milliers de femmes blanches destin√©es aux mai¬≠sons closes d’Afrique orientale39, le madamisme continua de pros¬≠p√©rer sous le ciel abyssin40.

Le peu d’empressement manifest√© par les colonisateurs pour changer des habitudes qui remontaient √† la conqu√™te de l’Erythr√©e, √† la fin du xixe si√®cle, ne signifie pas qu’ils soient rest√©s sourds √† tous les propos tenus par les thurif√©raires de l’¬ę hygi√®ne de la race¬Ľ, de m√™me qu’√† ceux qui les incitaient √† se comporter en pays conquis comme des ¬ę seigneurs ¬Ľ. Mussolini lui-m√™me avait donn√© le ton en d√©clarant √† plusieurs reprises qu’il consid√©rait les Britanniques comme des colons mod√®les, ayant su prendre leurs distances avec l’indig√®ne. Il souhaitait que les Italiens partant pour l’Afrique s’inspirent de cet exemple, afin d’instaurer dans l’Empire le ¬ę prestige de la race ¬Ľ : un mot d’ordre qui allait deve¬≠nir une antienne de la politique fasciste de colonisation, en atten¬≠dant d’inspirer la loi du 29 juin 1939 qui instituait dans les terri¬≠toires d’outre-mer le ¬ę d√©lit d’atteinte au prestige des Italiens ¬Ľ, passible de lourdes peines de prison. La v√©ritable sauvagerie √† laquelle donna lieu, de la part aussi bien des militaires et des fas¬≠cistes encart√©s que de nombreux colons non inscrits au PNF (pour la plupart des ruraux originaires du Mezzogiorno), la r√©pression exerc√©e contre la population noire d’Addis-Abeba au lendemain de l’attentat contre le mar√©chal Graziani le 19 f√©vrier 19374I en dit long sur l’impact de la campagne de haine raciale lanc√©e quelques mois plus t√īt par les autorit√©s italiennes. Plusieurs milliers de per¬≠sonnes ¬ę pass√©es par les armes ¬Ľ, selon les propres dires du ¬ę vice-roi ¬Ľ Graziani42, (p.754) ou massacr√©es lors des chasses √† l’homme dans les rues de la capitale √©thiopienne, des dizaines de repr√©sentants de l’intelligentsia abyssine tu√©s, jet√©s dans le fleuve qui traverse la ville ou dans des puits o√Ļ leurs cadavres furent br√Ľl√©s au p√©trole : au total entre 5 000 et 6 000 victimes selon les sources italiennes, 30 000 selon les sources √©thiopiennes examin√©es par Fabienne Le Hou√©rou dans le livre qu’elle a tir√© de sa th√®se, L’√Čpop√©e des sol¬≠dats de Mussolini en Abyssinie, 1936-1938n. Quatre jours apr√®s l’attentat, Mussolini avait t√©l√©graphi√© √† Graziani : ¬ę √Čliminer tous les suspects sans faire d’enqu√™tes44. ¬Ľ

¬ę D√©fense de la race ¬Ľ, ¬ę hygi√®ne de la race ¬Ľ, ¬ę prestige de la race ¬Ľ : voil√† donc des formules qui avaient cours au plus haut niveau de la hi√©rarchie fasciste, bien avant que ne soit adopt√©e la l√©gislation antis√©mite. Ce qui veut dire que le terrain avait √©t√© pr√©¬≠par√© pour que l’opinion ne f√Ľt pas trop surprise par le revirement effectu√© par le pouvoir fasciste √† l’√©gard des Juifs d’Italie, une petite communaut√© de quelque 47 000 personnes, essentiellement rassembl√©es dans des villes comme Livourne, Ancone, Ferrare et Rome. Le discours raciste, tel qu’il avait fonctionn√© depuis deux ans √† rencontre des populations indig√®nes de l’Empire, avec son argumentaire ax√© sur l’in√©galit√© des peuples, sur la relation suppo¬≠s√©e entre le m√©tissage et la d√©cadence des soci√©t√©s humaines, sur la n√©cessit√© de pr√©server la ¬ę puret√© ¬Ľ de la race, ne pouvait que s’accorder avec les principes √©nonc√©s par les promoteurs de la ¬ę r√©volution culturelle fasciste ¬Ľ. Il suffisait de remplacer le Noir par le Juif pour que, dans l’esprit d’une partie de la population transalpine, s’impose l’id√©e d’une s√©gr√©gation dirig√©e contre le monde isra√©lite.

 

(p.756) Les mesures discriminatoires n’ont pas tard√© √† suivre le ¬ę Mani¬≠feste des savants ¬Ľ. On commen√ßa par interdire aux Juifs √©trangers d’inscrire leurs enfants dans les √©coles, puis l’on proc√©da √† l’expulsion de ceux qui √©taient entr√©s en Italie depuis la guerre, les plus nombreux √©tant ceux qui avaient d√Ľ quitter l’Allemagne et l’Autriche du fait des pers√©cutions nazies. Toutes les naturalisa¬≠tions accord√©es aux Juifs depuis 1919 furent r√©voqu√©es et les d√©na¬≠turalis√©s durent √©galement quitter le pays. Vint ensuite le tour des Juifs de nationalit√© italienne, identifi√©s comme Juifs en vertu de crit√®res se r√©f√©rant tant√īt √† l’appartenance religieuse, tant√īt √† la ¬ę race ¬Ľ49, et dont les dispositions adopt√©es en novembre 1938 fai¬≠saient du jour au lendemain des citoyens de seconde zone. Ils √©taient exclus de l’enseignement, des acad√©mies, instituts ou asso¬≠ciations scientifiques, artistiques ou litt√©raires et de l’arm√©e. Le mariage entre Italiens et ¬ę non-Aryens ¬Ľ √©tait interdit, le droit de poss√©der des biens immobiliers et de diriger des entreprises sou¬≠mis √† de strictes limitations, l’acc√®s √† la fonction publique et l’appartenance √† des organismes mixtes, comme l’IRI, totalement ferm√©s. Bottai, qui √©tait en charge de l’√Čducation nationale – et qui, en d√©pit de sa r√©putation de ¬ę lib√©ral ¬Ľ, fut, parmi les hi√©¬≠rarques, l’un de ceux qui appliqua avec le plus de z√®le la politique de ¬ę d√©fense de la race ¬Ľ -, y ajouta des mesures sp√©cifiques : les (p.757) √©l√®ves juifs furent exclus des √©coles publiques et envoy√©s dans des √©coles sp√©ciales, dot√©es d’un personnel juif. Dans les √©tablisse¬≠ments scolaires italiens et dans les universit√©s furent interdits les livres d’auteurs juifs et les Ňďuvres comment√©es par des Juifs.

La m√©moire collective – en Italie, mais aussi ailleurs – a retenu l’image d’une r√©sistance passive de la population et de l’adminis¬≠tration aux mesures adopt√©es par le gouvernement fasciste. Or des √©tudes r√©centes et des travaux en cours – ceux par exemple de l’historienne fran√ßaise Marie-Anne Matard50 – conduisent √† r√©vi¬≠ser partiellement cette id√©e. S’il est vrai que le r√©gime a pratiqu√©, jusqu’√† la d√©b√Ęcle de 1943, une certaine retenue dans sa politique de s√©gr√©gation raciale – en multipliant par exemple les exemptions pour faits de guerre ou de participation √† la ¬ę r√©volution fas¬≠ciste ¬Ľ¬†– et que la population italienne a, dans son ensemble, peu adh√©r√© √† l’intense matraquage m√©diatique orchestr√© par le parti et par le Minculpop, l’image d’une Italie frondeuse, opposant sa force d’inertie aux consignes du pouvoir est pour le moins exces¬≠sive. Dans les rangs fascistes, rares furent ceux qui – comme Balbo, de Bono et Federzoni lors de la s√©ance du Grand Conseil o√Ļ fut examin√©e la ¬ę Charte de la race ¬Ľ – os√®rent √©lever la voix pour dire leur d√©saccord avec le guide supr√™me. Les quelques cen¬≠taines de dirigeants et de militants qui manifest√®rent simplement leur solidarit√© avec les Juifs furent exclus du parti. L’administra¬≠tion suivit dans l’ensemble les consignes de sa hi√©rarchie, appli¬≠quant tant√īt avec rigueur (comme √† Trieste), tant√īt de mani√®re plus souple la l√©gislation antis√©mite approuv√©e √† la quasi-unani¬≠mit√© par les deux chambres et sign√©e par le roi.

Quant √† Mussolini, dont la responsabilit√© personnelle dans l’adoption par l’Italie d’une politique d’exclusion raciale qui a pr√©¬≠par√© le terrain pour les d√©portations exterminatrices du temps de guerre est totale, son souci de donner des gages √† Hitler en faisant au moins de la surench√®re verbale sur son homologue nazi appara√ģt dans cette confidence de Ciano, en date du 12 novembre 1938 : ¬ęLe Duce est de plus en plus mont√© contre les Juifs. Il approuve inconditionnellement les mesures de r√©torsion adopt√©es par les nazis. Il dit que, dans une situation analogue, il en ferait encore plus. ¬Ľ

2002

La religion fasciste ‚Äď Emilio Gentile, √©d. Perrin, LB 13/09/2002

 

Le fascisme itallien a revêtu un caractère religieux bien oublié. (…)

 

Articles de journaux, directives minist√©rielles et pr√©fectorales, endoctrinement des enfants, d√©lire des id√©ologues, conception de l‚Äôexposition organis√©e pour le dixi√®me anniversaire du r√©gime √† Rome, apparitions th√©√Ętralis√©es de Mussolini, sont ici d√©crits et diss√©qu√©s. (‚Ķ)

Porté par une idéologie anti-catholique, il trouvait ses références et des précédents dans la Révolution française : ses fêtes, ses messes, ses déesses républicaines.

Bref, la religion fasciste illustre à sa manière la brillante interprétation que Raymond Aron a donné des totalitarismes en tant que religions séculières.

 

2003

Marcel Linden, Allemagne / Fin peu glorieuse de l’IG Farben, LB 12/11/2003

 

L‚Äôentreprise qui produisit pendant la guerre le ¬ę¬†Zyklon B¬†¬Ľ est mise en liquidation… sans avoir jamais d√©dommag√© les l√©gions de travailleurs forc√©s pendant la guerre.

 

2004

in : Pour mémoire, Triangle rouge, Les Territoires de la mémoire, 2004

L’antifascisme italien

 

Il y avait des anti- et des pro¬≠fascistes dans les rangs de tous les partis et mouvements italiens. L’opposition la plus radicale √† Mussolini se retrouve dans les partis de gauche : r√©publicains et socialistes, anarchistes et communistes. Certains, exil√©s en France, cr√©ent la Concentration Antifasciste √† Paris en 1927 qui r√©unit les deux partis socialistes, les R√©publicains, la Conf√©d√©ration du Travail et la Ligue italienne des Droits de l’Homme.

 

2004

in : Pour mémoire, Triangle rouge, Les Territoires de la mémoire, 2004

VNV et Verdinaso

 

D√®s 1931-1932, le Verdinaso a les allures d’un parti fasciste avec salut nazi, uniformes et milices paramilitaires. Joris Van Severen, son Pr√©sident, veut cr√©er un “Empire thiois” avec le pays flamand, la Wallonie, la Flandre fran√ßaise et les Pays-Bas. Arr√™t√© par la S√Ľret√© belge, il est fusill√© par les soldats fran√ßais en mai 1940. La tendance pronazie des dirigeants et des militants du Verdinaso rejoint alors le VNV dont l’objectif est la constitution d’un pays flamand ind√©pendant au sein de la nouvelle Europe. Le Vlaams Blok est consid√©r√© aujourd’hui comme l’h√©ritier id√©ologique du VNV.

 

2004

in : Pour mémoire, Triangle rouge, Les Territoires de la mémoire, 2004

L’antifascisme belge

 

D√®s 1933, il existe en Belgique un fort courant antifasciste et unitaire (de type Front Populaire) dont profite pleinement le Parti Communiste. L’union incompl√®te de la gauche belge, le POB et le PC, permet la cr√©ation d’un Comit√© de coordination socialiste-communiste en f√©vrier ¬ę,-. 1937 dont l’action,¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

ax√©e¬†¬† surtout¬†¬† sur l’aide √† l’Espagne r√©publicaine, aboutit √† la cr√©ation¬†¬† de multiples comit√©s anti¬≠fascistes.

 

2006

Speroni Gigi, Libia : perché ci accusa Gheddafi, in : Gente, (…) Marzo, 2006, p.108-114

 

(p.114) 1911 : il primo bombardamento aereo del mondo.

 

(p.114) ¬ę¬†In Libia, spenti gli ultimi focolai di rivolta con una dura repressione del maresciallo Rodolfo Graziani, dal 1933 il governo attu√≤ un vasto programma di colonizzazzione creando fabbriche, una Manufattura tabacchi a Tripoli, opere¬† idrauliche e di rimboscimento, 850 aziende agricole. E costru√¨ una rete stradale di 3.545 chilometri.¬†¬Ľ

 

(p.109) Libia non ci perdona 32 ani di occupazione. E oltre 100 mila morti.

 

2006

Houden OUDERS nu van fascistisch eugenisme ?
‚ÄėHet leven zoals het begint‚Äô, in: HUMO, 3286, p.42-43

Prof. Dr. P. De Sutter (UZ Gent, afd. Fertiliteit):
‚ÄúHet verwachtingspatron /van ouders met vruchtbarheidsproblemen/ ligt tegenwoordig zeer hoog, h√®: de mensen willen niet alleen een kind, ze willen een ‚Äėperfect‚Äô kind, met alles erop en eraan.

 

2008

Belardelli Giovanni, Così ai militari ebrei venne tolto l’orgoglio di essere italiani, CDS 16/06/2008

Il 23 di marzo 1919, tra i fondatori del nuovo movimento di Mussolini, cinque erano ebrei.(…)

 

Desillusione conseguente, nel 1938, alla svolta antisemita del regime. (…)

 

Leggi razziali

 

2011

Christian Laporte, Joris van Severen aurait-il collaboré avec les Nazis ?

Mis en ligne le 23/05/2011

Une comm√©moration autour du chef du Verdinaso lance un nouveau br√Ľlot. Quel camp aurait choisi Joris van Severen s‚Äôil avait surv√©cu √† Abbeville ?

Ce lundi, Stefaan De Clerck rencontrera les responsables communautaires juifs pour lever l‚Äô√©quivoque autour de ses propos malheureux sur la collaboration. Mais un autre front s‚Äôest ouvert contre lui apr√®s que le Rassemblement-Wallonie-France eut r√©v√©l√© qu‚Äôun repr√©sentant du ministre pourrait comme l‚Äôan pass√© d√©poser une couronne √† une comm√©moration brugeoise, ce samedi 21 mai, autour du drame d‚ÄôAbbeville o√Ļ le 20 mai 1940, des soldats fran√ßais avaient froidement ex√©cut√©, sans autre forme de proc√®s sur le kiosque municipal, 21 personnes proches de mouvements d‚Äôextr√™me droite, mais aussi du monde communiste ainsi que des personnes de six autres nationalit√©s qui avaient √©t√© arr√™t√©es d√®s le 10 mai chez nous et envoy√©es en France parce que consid√©r√©es comme des “√©l√©ments suspects” pour l‚ÄôEtat belge. Pour la petite histoire, L√©on Degrelle aurait pu figurer parmi les victimes, mais il ne se trouvait plus avec les Belges d√©plac√©s C‚Äôest l‚Äôauditeur g√©n√©ral Walter-Jean Ganshof van der Meersch qui avait eu l‚Äôid√©e de rassembler hors nos fronti√®res ceux qui pouvaient constituer “la cinqui√®me colonne”.

Quatre victimes de cette terrible bavure de l’armée de la France, alors toujours non occupée, étaient brugeoises et, parmi elles, figurait Joris van Severen, le leader du Verdinaso, le Verbond der Dietse Nationaalsolidaristen. Incontestablement, un homme politique d’extrême droite qui s’inscrivait totalement dans le climat de la montée de l’Ordre Nouveau en Europe. Mais était-il pro-nazi pour autant comme l’ont laissé entendre certains médias ou blogs ce week-end, au risque de relancer une nouvelle polémique communautaire stérile après la proposition de loi sur l’amnistie du Belang ?

Rien de tel face √† pareille controverse que de laisser la parole aux scientifiques plut√īt que de tirer des conclusions d√©finitives, sous le coup de l‚Äô√©motion, qui pollueraient un d√©bat qui doit rester strictement historique

Précisément, le professeur Bruno De Wever Рgrand connaisseur de la période qu’il enseigne à l’université de Gand et nullement suspect de servir la cause de la droite radicale Рa consacré une notice au Verdinaso et à son chef dans le Dictionnaire de la Seconde Guerre mondiale en Belgique réalisé sous la direction de José Gotovitch et de Paul Aron (1).

Une certitude : “Le Verdinaso, en fran√ßais : l‚ÄôUnion des solidaristes nationaux thiois, √©tait une organisation politique flamande d‚Äôextr√™me droite.” Mais si, “au d√©part, le parti √©tait fortement anti-belge, √† partir de 1934, van Severen souhaita plut√īt que l‚ÄôEtat belge devienne une partie des Pays-Bas r√©unis √† l‚Äôimage des anciens Etats bourguignons”. Comme le pr√©cise Bruno De Wever, “c‚Äôest √† ce titre qu‚Äôil soutient la politique de neutralit√© de la Belgique, et en mai 1940, il est clairement royaliste”.

Le serait-il rest√© ou aurait-il opt√© pour une entente avec les Nazis ? L‚Äôon ne le saura jamais puisque van Severen se retrouva √† Abbeville o√Ļ, pour des raisons qui n‚Äôont jamais √©t√© vraiment √©tudi√©es par les historiens fran√ßais, les soldats de la R√©publique opt√®rent pour une solution pour le moins radicale !

Reste que Emiel Thiers et d‚Äôautres responsables du Verdinaso avaient respect√© les options de leur leader disparu. “A ce moment”, poursuit Bruno De Wever, “le mouvement pouvait vivre dans l‚Äôillusion qu‚Äôil jouerait un r√īle important dans un mouvement de collaboration autour de L√©opold III”. Pas tr√®s longtemps toutefois : ceux qui auraient pu se retrouver autour du Roi s‚Äôen d√©tourn√®rent puisqu‚Äôil campa sur sa neutralit√©, mais une aile r√©volutionnaire dissidente du Verdinaso esp√©rait √™tre adoub√©e par les Nazis. En vain, car l‚Äôoccupant avait choisi de soutenir le VNV et la DeVlag, mais les √©l√©ments les plus durs finirent quand m√™me par rejoindre les SS. Pour en revenir √† Joris van Severen, le Centre d‚Äô√©tudes qui perp√©tue sa m√©moire r√©fute toute volont√© pro-nazie de sa part. Et de rappeler que pendant la Premi√®re Guerre, il d√©fendit loyalement la Belgique jusqu‚Äô√† l‚Äôarmistice, alors que son soutien aux soldats flamands avait amen√© la hi√©rarchie √† l‚Äô√©carter du front. Certes, van Severen devint une figure de proue du Frontpartij et √©pousa l‚Äôid√©ologie de l‚ÄôOrdre nouveau, mais insiste le Studiecentrum, “juste avant mai 40, il avait encore demand√© √† ses troupes de combattre l‚Äôoccupant quel qu‚Äôil soit. Ce qu‚Äôil aurait fait “.

(1) Le Dictionnaire paru chez André Versaille Editeur a fait appel aux meilleurs connaisseurs de la période.

 

Eritrea - Mussolinis Kolonialstadt Asmara - Warum verschweigt die UNESCO die d√ľnstere Geschichte hinter ihrer avantgardistischen Architektur ?

(Die Zeit, 26/02/2009)

2014 - Comment des néo-rexistes et des intégristes catholiques sont-ils parvenus à commémorer publiquement le collabo Léon Degrelle?

(Olivier Rogeau (Le Vif L’Express), in: Journaux de Guerre, 9, 2016)

Faschismus, Totalitarismus

(in: Der Spiegel РGeschichte, Die Aufklärung, April 2017, S.138)

Mussolini, campione di bluff (Corrado Stajano)

Troppe Italiani credono ancora alle vecchie e bugiardi vanterie del regime (Corriere della Sera, 04/06/2019)