1,001 ways to destroy nature ...

Rallies (Rallyes)

example / voorbeeld / exemple / Beispiel: Legend Boucles (Bastogne)

ann√©es 1980 / EXPLOSIONS NUCLEAIRES SOUTERRAINES SOVIETIQUES nuisibles jusque dans le sud de l’Europe, en Asie Mineure et en Afrique du Nord

 

S√©isme en Turquie: les loups s‚Äô en m√™lent, LB, …/11/1983

 

“Selon le professseur Heinz Kaminski, les centres d’expérimentation nucléaires soviétiques de Semipalatinsk et au nord de la mer Caspienne sont situés dans une zone d’instabilité tectonique, et l’URSS a procédé les 23 et 26 octobre, à des tests dans la région.  Il est certain, d’après lui, que la dernière explosion a provoqué le tremblement de terre du 30 octobre.

Le professeur Kaminsky (de l‚ÄôObservatoire priv√© de Bochum (Ruhr)) a rappel√© qu il avait d√©j√†, en 1979, attir√© l’attention sur la liaison entre les explosions nucl√©aires souterraines sovi√©tiques et les tremblements de terre en Iran, en Turquie, en Gr√®ce, en Alg√©rie et dans le sud de l‚ÄôItalie.‚ÄĚ

1993

Washington licht sluier van kernproeven in Nevada, DS, 09/12/1993

 

‚ÄėDe Amerikaanse regering kondigde aan dat gegevens over stralingsproeven¬† op ongeveer 800 mensen in de jaren veertig en vijftig zullen worden bekendgemaakt.‚Äô

Proeven over de effekten van plutonium op het menselijk lichaam.

 

1994

La 25e heure: victimes du vent, AL, 18/06/1994, France 2, 0.10

 

‚ÄúD√®s 1946, les √ģles Marshall sont choisies pour effectuer un test atmosph√©rique.¬† Pour l‚Äô exp√©rience, 42.000 soldats am√©ricains sont expos√©s aux radiations …¬† Plus tard, dans le camp de Desert Rock dans le Nevada, treize essais atmosph√©riques sont men√©s et 250.000 soldats irradi√©s.

 

1996

Jean-Paul Doeraene, Le risque zéro n’existe pas, LB 18/05/1996

 

R√©action √† certaines affirmations contenues dans ¬ę¬†L‚Äô√©nergie nucl√©aire √† l‚Äôaube du 21e si√®cle¬†¬Ľ (entr√©e libre n¬į82)¬†:

1 Partant des installations nucl√©aires, l’auteur affirme qu’il faudra bien les remplacer d’ici le si√®cle prochain.¬† Et m√™me d’ajouter : il ne s’agira pas d’un simple remplacement mais aussi d’une relance de grands programmes d’√©quipe¬≠ments nouveaux.¬† Rien n’est moins s√Ľr.¬† Il existe actuelle¬≠ment un moratoire sur la construction de nouvelles cen¬≠trales nucl√©aires.¬† De plus, selon l’√©tude du Studiecentrum voor Technologie, Energie en Milieu, r√©alis√©e √† la demande de Greenpeace, il est possible, gr√Ęce √† une utilisation ration¬≠nelle de l’√©nergie, de fermer toutes les centrales nucl√©aires belges √† l’horizon 2010.¬† Bien s√Ľr, cette conclusion peut √™tre contest√©e, mais on ne peut pas ‘affirmer le contraire comme seule perspective envisa¬≠geable !

 

2. L’auteur affirme que les besoins √©nerg√©tiques ne feront que cro√ģtre au fil des ann√©es.¬† C’est une id√©e pr√©con√ßue¬†: √† l’ouest, la courbe de la de¬≠mande √©nerg√©tique a cess√© de suivre les pr√©visions alarmistes d√®s la crise p√©troli√®re de 1973, tandis qu’√† l’est, elle a m√™me diminu√© au cours des dix derni√®res ann√©es¬†!

 

3. L’auteur lie la diminution, de la production de COI au seul usage du nucl√©aire, alors que le m√™me r√©sultat peut √™tre ob¬≠tenu par les √©conomies d’√©ner¬≠gie, le recours aux √©nergies douces, le recyclag6, et les nou¬≠velles technologies rendant les outils industriels ou priv√©s (comme la voiture) √† la fois moins consommateurs d’√©ner¬≠gie et moins polluants.

 

4. Enfin, le clou de l’article: les d√©chets de faible radioacti¬≠vit√© peuvent √™tre stock√©s en toute s√©curit√© dans des installa¬≠tions de surface (1) tandis que ceux de haute activit√© dans des formations g√©ologiques souter¬≠raines parfaitement imper¬≠m√©ables. Et de conclure: le pro¬≠bl√®me du stockage des d√©chets radioactifs est, en Belgique, parfaitement ma√ģtris√©, mais il se heurte √† un obstacle poli¬≠tique.¬† Les sites de surfaces ont pourtant d√©j√† prouv√© leurs la¬≠cunes: ainsi ceux des Etats-¬≠Unis (West Valley, Sheffield, Maxey Flats, Barnwell, Beatty et Hanford) dont certains sont d√©j√† ferm√©s pour probl√®mes en¬≠vironnementaux, ou ceux de France. (La Manche et Sou¬≠laines) dont le premier accuse aux alentours un niveau de ra¬≠dioactivit√© largement – sup√©¬≠rieur √† la normale.¬† Quant aux formations souterraines, elles ne sont pas parfaitement imperm√©ables: l’argile est certainement un facteur tr√®s limitatif¬† de la propagation de l’eau ou de la radioactive t√†, mais au cune formation g√©ologique n’est parfaite: l’organisme na¬≠tionale des d√©chets radioactifs et des mati√®res fissiles met d’ailleurs lui-m√™me en doute la qualit√© de la couche argile de Boom, et envisage l’argile dYpres comme alternative Aucun scientifique s√©rieux n’oserait affirmer qu’il ma√ģ¬≠trise parfaitement un pro¬≠bl√®me : le risque z√©ro n’existe pas.¬† Enfin, si obstacle politique il y a, c’est que les hommes politiques se font relais des craintes de la population; on ne peut que se r√©jouir d’en √™tre entendu !!

 

Pour le Comité de Défense des Col­lines,

Jean-Paul DOERAENE.

 

(1) (Soigneusement contr√īl√©es¬†!)… Comment admettre que ceux qui nous suivront seront oblig√©s de contr√īler soigneusement nos d√©¬≠chets ? Et qui oserait garantir que ce contr√īle sera fait durant trois cents ans ? Cela nous para√ģt totale¬≠ment aberrant¬†!

 

1998

Les voisins des centrales en danger, LB 30/09/1998

 

Le quotidien The Tennessean affirme que plusieurs centaines de personnes qui vivent à proximité d’installations nucléaires américaines ou y travaillent souffrent d’affections respiratoires, neurologiques et du système immunitaire d’origine inconnue.  Le DOE, Dépt américain de l’Energie a répondu qu’il n’existait pour l’heure aucune preuve scientifique.

 

2000

Groth Claus, Kelkeim / Zu Kernkraftwerken Schweigen auf der Klimakonferenz, FAZ 5/12/00

 

¬ę¬†Bei der Erzeugung einer Kilowattstunde Strom in mit fossilen Brennstoffen befeuerten Kraftwerken f√§llt zwangsl√§ufig im Durchschnitt ein Kilogramm Kohlendioxyd an. Ein neues Kraftwerk – etwa M√ľlheim-K√§rlich – mit einer Kapazit√§t von 1000 Megawatt w√ľrde bei Volllast (etwa 8000 Betriebsstunden) pro Jahr den Ausstoss von rund acht Millionen Tonnen Kohlendioxyd verhindern. Gleichzeitig w√ľrden etwa zwei Millionen Tonnen Heiz√∂l respektive drei Millionen Tonnen Kohle oder etwa 2,3 Milliarden Kubikmeter Erdgas f√ľr eine bessere Wertsch√∂pfung als die Verbrennung freigesetzt.

 

2006

Ackerman Galia, Grandazzi Guillaume, Lemarchand Frédérick, éd., Les silences de Tchernobyl, L’avenir contaminé, éd. Autrement / Frontières, 2006

 

(p.7) L’√©v√©nement, c’est d’abord la vie quotidienne et le fait d’√™tre brutalement plong√© dans un monde dot√© de nouvelles r√®gles, de nouveaux interdits. La vie quotidienne devient un √©v√©nement par la nouveaut√© qu’elle rec√®le. L’√©v√©¬≠nement inaugural, √† un second niveau, a pu √™tre constitu√© par la politique de relogement des populations, d’abord pr√®s de la centrale, puis dans des zones de plus en plus √©loign√©es, ce qui a unanimement √©t√© v√©cu comme un traumatisme de d√©racinement. Mais Tchernobyl n’est pas √©v√©nement, acci¬≠dent, mais plut√īt la nouvelle condition humaine des millions de survivants condamn√©s √† vivre dans des territoires durablement contamin√©s. Puissions-nous convaincre le lecteur, comme nous en sommes convaincus, que la catas¬≠trophe est d√©sormais devant nous, alors m√™me que la fermeture – symbolique – de la centrale en d√©cembre 2000 nous inciterait √† croire qu’il s’agit d’un √©v√©nement appartenant au pass√©. Puisse cet ouvrage, que nous avons le plaisir de r√©√©diter dans une version augment√©e et actualis√©e, guider notre imagina¬≠tion et en √©largir les limites jusqu’aux confins des r√©gions inexplor√©es du d√©sastre, jusque dans son intimit√© secr√®te, jusque dans sa nouveaut√© radicale. Alors la catastrophe pourra-t-elle peut-√™tre nous d√©livrer une connaissance pour notre avenir √† l’¬ę √Ęge atomique ¬Ľ.

 

D’Hiroshima √† Tchernobyl : comment vivre √† l’√Ęge atomique ?

Nous sommes, depuis 1945, confront√©s √† la production d’un homme nouveau, non seulement en tant que genre humain – ce que toutes les formes de la modernit√© ont tent√©, avec plus ou moins de chance, de fabriquer, et tout particuli√®rement le syst√®me sovi√©tique -, mais aussi et surtout en tant qu’esp√®ce (menac√©e). S’agissant de l’esp√®ce humaine, cette grande mutation a commenc√© il y a plusieurs d√©cennies avec la r√©alisation des essais nucl√©aires dans l’atmosph√®re. Lesdits ¬ę essais ¬Ľ ont d√©j√† commenc√© √† produire leurs effets, depuis l’irradiation du p√™cheur japonais Atichimi Kuboyama, premi√®re, victime civile de l’exp√©rimentation en plein air, jusqu’√† la mise en √©vidence r√©cente, au Canada et en Russie notamment, de leurs cons√©quences sanitaires. On peut consid√©rer que, peu ou prou, 150 millions de Sovi√©tiques et autant d’Am√©ricains ont subi √† diff√©rents niveaux les retomb√©es des essais atmosph√©riques entre 1946 et 1963 (ann√©e du trait√© d’interdiction des essais a√©riens), soit 300 millions de personnes. On a lib√©r√© durant cette p√©riode l’√©quivalent de 10 000 bombes d’Hiroshima, √† quoi se sont ajout√©s ensuite les d√©gage¬≠ments de rejets radioactifs gazeux dus aux essais souterrains. Les rejets radioac¬≠tifs lib√©r√©s dans l’atmosph√®re par les explosions (70 % du total), qui devaient th√©oriquement se r√©partir de mani√®re √©gale sur toute la plan√®te, furent aspir√©s par des courants de haute altitude et se sont, en r√©alit√©, concentr√©s autour du 40e parall√®le avant de retomber.

 

(p.81) Il y a bien l√† du nouveau…

Youri Bandajevsky √©tablit un rapport de cause √† effet entre l’incorpo¬≠ration du c√©sium 137 √† partir de la nourriture et les sympt√īmes anormaux chez les enfants. Il met l’accent sur le danger des faibles doses et sur une contamination interne – diff√©rente de la contamination externe au moment d’un accident nucl√©aire – √©tudi√©e jusque-l√† sur les bases de l’exp√©rience d’Hiroshima. Au-del√† d’un certain seuil (50 becquerels par kilo de poids), il observe que les troubles deviennent irr√©versibles. Mais une nourriture pauvre en c√©sium 137, doubl√©e de cures de pectine (un additif alimentaire utilis√© par les Ukrainiens qui permet l’√©limination partielle du c√©sium), permet de faire baisser le taux de radioactivit√© et de faire r√©gresser les symp¬≠t√īmes. D’o√Ļ l’importance de pr√©venir les populations concern√©es qui ont √† faire face √† la contamination par l’alimentation. C’est l√† une question de sant√© publique √† un moment o√Ļ l’on parle de r√©habiliter les zones contamin√©es.

C’est dans cette optique qu’il accepte, en janvier 1999, de participer √† une s√©rie d’√©missions t√©l√©vis√©es sur les recherches de l’institut. Dans le m√™me esprit, en avril, il fait partie, avec le professeur Nesterenko3, d’une commis¬≠sion de contr√īle charg√©e de v√©rifier le registre des doses et l’utilisation, par un institut de m√©decine radiologique d√©pendant du minist√®re de la Sant√©, des fonds de l’√Čtat allou√©s aux cons√©quences de Tchernobyl. Leur rapport est tr√®s s√©v√®re. De plus, dans une lettre envoy√©e au pr√©sident Loukachenko, Bandajevsky critique l’orientation des travaux du minist√®re de la Sant√© et montre qu’en 1998, sur 17 milliards de roubles d√©pens√©s, un seul l’a √©t√© √† bon escient.

Il se fait alors beaucoup d’ennemis et la r√©action ne tarde pas : en mai 1999, trois commissions viennent contr√īler l’institut du point de vue de

 

3. Vassili Nesterenko, physicien nucl√©aire, acad√©micien, directeur de l’Institut de l’√©nergie nucl√©aire de l’Acad√©mie des sciences de Bi√©lorussie, limog√© de son poste en juillet 1987 comme alarmiste, quitte d√©finitivement cet institut d’√Čtat en 1990 et cr√©e, avec le soutien d’Andre√Į Sakharov et d’Anatoli Karpov, l’Institut de radioprotec-tion ind√©pendant Belrad.

 

(p.82) l’enseignement, de la recherche et de la gestion. On ne trouve rien √† lui reprocher. Au mois de juin, les examens se passent sans difficult√©, mais des lettres anonymes circulent sur le th√®me : ¬ę Bandajevsky a un compte en devises avec lequel il soutient l’opposition. ¬Ľ Le seul argument qui fasse peur au pr√©sident, dit un observateur…

Le 13 juillet 1999, quinze policiers viennent mettre √† sac son apparte¬≠ment ainsi que son laboratoire, et s’emparent de tout ce qui a trait √† ses recherches : ordinateur, fichiers, etc. Sous le coup d’un ¬ę d√©cret pr√©sidentiel contre le terrorisme ¬Ľ, il est jet√© en prison et mis au secret pendant vingt-deux jours dans des conditions abominables4, sans m√™me voir son avocat. Il n’en ressortira que le 27 d√©cembre sous la pression internationale et compte tenu de son √©tat de sant√© alarmant.

En fait de terrorisme, il est accus√© d’avoir re√ßu des pots-de-vin pour l’admission d’√©tudiants dans son institut. Son principal accusateur, le vice-pr√©sident de l’institut – Ravkov -, inculp√© lui aussi de corruption, s’est r√©tract√© avant et apr√®s le proc√®s, disant que c’est sous la contrainte qu’il l’a accus√©. Aucune trace d’enrichissement n’a pu √™tre trouv√©e. N√©anmoins, dans un proc√®s o√Ļ les observateurs ont pu relever huit infractions au code de proc√©dure de la Bi√©lorussie, le professeur Youri Bandajevsky est condamn√© par un tribunal militaire5 √† huit ans de prison √† r√©gime s√©v√®re, avec inter¬≠diction pendant cinq ans d’occuper un poste √† responsabilit√©s dans des ins¬≠tituts d’√Čtat. Et ce, le 18 juin 2001, soit dix jours apr√®s la fin de la conf√©rence de Kiev que nous avons √©voqu√©e plus haut. On peut supposer que la recon¬≠naissance officielle et m√©diatis√©e des d√©couvertes de Bandajevsky dans une conf√©rence internationale de i’oms aurait pu changer l’√©pilogue de ce proc√®s qui s’est d√©roul√© sans aucune couverture m√©diatique. Les irr√©gularit√©s de ce proc√®s n’ont fait que s’ajouter √† celles de son arrestation et de son premier emprisonnement : ce sont elles qui l’ont fait adopter imm√©diatement par Amnesty International comme prisonnier d’opinion.

Or, au cours de cette conf√©rence, quel a √©t√© l’argument qui a permis de s’opposer √† toute reconnaissance des d√©couvertes de Bandajevsky ? Pr√©cis√©ment celui avanc√© par Gonzales, √† savoir qu’¬ę on ne peut consid√©rer comme r√©els des effets non d√©tectables ¬Ľ. Mais non d√©tectables par qui ? √Ä partir de quelles normes ? √Ä partir de quels instruments de mesure ? Et de quelles exp√©riences ? Et puisque Gonzales fait pompeusement r√©f√©rence √†

 

4.¬† Ces conditions sont racont√©es par Galina Bandajevskaya dans une interview, ¬ę Poli¬≠tique et psychiatrie ¬Ľ, Revue Sud/Nord, n¬į 19, √Čditions √ąres, 2003.

5.¬† Ce qui interdit toute proc√©dure d’appel.

 

(p.83) l’√©pist√©mologie, faisons un bref rappel d’un √©pisode de l’histoire de la m√©de¬≠cine qui, par son c√īt√© sinistre, induit la comparaison.

Semmelweis et la découverte de la contagion

Semmelweis, m√©decin hongrois (1818-1865), d√©couvre, quarante ans avant Pasteur, le ph√©nom√®ne de la contagion responsable de la fi√®vre puer¬≠p√©rale qui s√©vissait alors dans les h√īpitaux d’Europe et entra√ģnait une forte mortalit√© des femmes en couches. √Ä l’h√īpital g√©n√©ral de Vienne dirig√© par le professeur Klein, o√Ļ il est assistant, il remarque que dans ce service o√Ļ les accouchements sont faits par les √©tudiants en m√©decine, on meurt quatre fois plus que dans celui du docteur Bartch, o√Ļ ils sont effectu√©s par des sages-femmes.

Semmelweis n’accepte pas comme une fatalit√© cette mort de femmes en couches et, apr√®s une s√©rie d’observations et de d√©ductions, il √©met l’hypoth√®se que ce sont les ¬ę exsudats pr√©lev√©s sur les cadavres qu’on doit incriminer dans le ph√©nom√®ne de contagion. Ce sont les doigts des √©tu¬≠diants souill√©s au cours des r√©centes dissections qui vont porter les fatales particules cadav√©riques dans les organes g√©nitaux des femmes enceintes6 ¬Ľ. Il rencontre beaucoup d’entraves pour v√©rifier cette hypoth√®se. Il inverse sages-femmes et √©tudiants et fait ainsi la preuve que la mort suit les √©tu¬≠diants. Il propose alors de faire se laver les mains au chlorure de chaux √† tous ceux qui diss√®quent des cadavres dans les quarante-huit heures pr√©c√©¬≠dant l’accouchement.

Nous sommes en 1846. On ignore tout des microbes. Le jour o√Ļ il demande √† Klein de mettre en place cette mesure d’hygi√®ne, celui-ci refuse tout net et, apr√®s une altercation, Semmelweis est mis √† la porte de l’h√īpital. On lui conseille de s’√©loigner quelque temps. Il reviendra √† Vienne et pourra exp√©rimenter son hypoth√®se dans le service de Bartch, en 1847, avec des r√©sultats significatifs: le taux de mortalit√© tombe de 18 √† 1,20%7. N√©an¬≠moins, il se heurte √† une cabale orchestr√©e par Klein, unissant m√©decins et √©tudiants qui se refusent √† se livrer √† cette pratique contraignante qu’ils jugent inutile.

Seuls cinq m√©decins viennois, dont ses deux ma√ģtres, vont croire √† la d√©couverte de Semmelweis – il est vrai desservie par son auteur qui n’a pas l’art de la ¬ę communiquer ¬Ľ. Au terme d’une bataille acharn√©e entre ces

 

6.  Cité dans Louis-Ferdinand Céline, Semmelweis, Paris, Gallimard, 1977, p. 70.

7.¬† Chiffres donn√©s par l’EncydopŇďdia universalis. C√©line donne 0,28 %.

L’ACCIDENT : UNE AFFAIRE SCIENTIFIQUE OU POLITIQUE ‚ÄĘ 83

 

(p.84) quelques-uns qui le soutiennent et la majorit√© qui le conspue, Semmelweis est purement et simplement chass√© de Vienne en mars 1849. Le ministre de la Sant√© a refus√© de constituer une commission d’experts qui pourrait statuer en toute ind√©pendance.

Tous les espoirs de Semmelweis et de ses amis sont mis dans une recon¬≠naissance de sa d√©couverte √† l’√©tranger, ¬ę loin des jalousies et des rancunes locales ¬Ľ. Ils mettent tout en Ňďuvre pour la faire conna√ģtre, mais ne rencon¬≠trent qu’indiff√©rence, m√©pris ou d√©ni. H√©bra, l’un de ses d√©fenseurs, dit √† l’√©poque : ¬ę Quand on fera l’histoire des erreurs humaines, on trouvera dif¬≠ficilement des exemples de cette force et on restera √©tonn√© que des hommes aussi comp√©tents, aussi sp√©cialistes, puissent, dans leur propre science, demeurer aussi aveugles, aussi stupides8. ¬Ľ

 

8. L.-F. Céline, Semmelweis, op. cit., p. 76.

 

(p.87) Bandajevsky en prison, une recherche √† enterrer…

Semmelweis est mort fou. Les ge√īliers de Bandajevsky, form√©s par le kgb, ont tout fait pour d√©truire l’homme et le scientifique. De juillet √† d√©cembre 1999, trait√© comme un grand criminel, Bandajevsky a connu une v√©ritable descente aux enfers15. Par tous les moyens, mauvais traitements physiques et tortures psychiques, chantage √† propos de sa famille16, on a essay√© de lui faire avouer une faute qu’il n’avait pas commise. De ces six mois de prison pr√©ventive, il ressort meurtri et humili√©.

 

14.¬† Soumis √† des tracasseries administratives, Vassili Nesterenko est aux prises avec des difficult√©s mat√©rielles pour maintenir l’activit√© de son institut ind√©pendant financ√© en grande partie par les ong occidentales.

15.¬† Cf. ¬ę La descente aux enfers du professeur Bandajevsky ¬Ľ, Revue Sud/Nord, op. cit.

16.¬† Lorsqu’il rencontre son avocat vingt-deux jours apr√®s son arrestation, les policiers qui l’interrogent lui font croire que sa m√®re est mourante et sa femme √† l’h√īpital. ¬ę II √©tait pr√™t √† signer alors n’importe quoi ¬Ľ, dit l’avocat. Celui-ci proteste face √† ces mensonges et permet ainsi √† Bandajevsky de reprendre pied.

L’ACCIDENT : UNE AFFAIRE SCIENTIFIQUE OU POLITIQUE ‚ÄĘ 87

 

 

(p.91) Youri bandajevsky :

‚ÄúLa v√©rit√© doit √™tre entendue. Selon moi, l√† est la t√Ęche principale des hommes qui ne sont pas indiff√©rents au destin de l‚Äôhumanit√© tout enti√®re¬†¬Ľ.

 

(p.96) Aucune dose de rayonnements ionisants artificiels n’est inoffensive, m√™me si les processus de r√©paration existent (2). Ces alt√©rations g√©nomiques vont d’aberrations grossi√®res des chromosomes √† des substitutions de bases, des ruptures ou des modifications dans les cha√ģnes d’ADN, ces alt√©rations pouvant √™tre isol√©es ou multiples, r√©parables ou irr√©parables. Elles peuvent aussi √™tre d’abord inapparentes, survenant apr√®s de nombreuses divisions cellulaires, voire dans les g√©n√©rations suivantes (3, 1).

Lorsque la cellule endommag√©e survit, l’anomalie non r√©par√©e persiste apr√®s division cellulaire, ce qui peut conduire √† des troubles fonctionnels de l’organe, ou √† un cancer. Des cancers des adultes surviennent ainsi ¬ę trop t√īt ¬Ľ, voire d√®s l’enfance, comme celui de la thyro√Įde (4) ou les leuc√©mies du nourrisson irradi√© in utero (5, 6).

L’instabilit√© g√©nomique √©tudi√©e par l’√©quipe du professeur Goncha-rova chez des rongeurs forestiers de Bi√©lorussie, dont le cycle de reproduc¬≠tion est rapide, a montr√© que le taux de mutations augmente encore apr√®s plus de vingt g√©n√©rations. Les alt√©rations chromosomiques s’aggravent de g√©n√©ration en g√©n√©ration avec comme cons√©quence pathologique mesu¬≠rable une augmentation de la mortalit√© fŇďtale, dans des r√©gions √©loign√©es de 40 √† 300 kilom√®tres de Tchernobyl, alors que la contamination des sols par le radioc√©sium (Csl37) baisse d’ann√©e en ann√©e (7, 8, 9, 10).

La tr√®s haute sensibilit√© aux rayonnements des cellules qui se divisent explique la fragilit√© tr√®s grande du fŇďtus et de l’enfant pendant sa croissance en pr√©sence de rayonnements ionisants. L’alt√©ration du g√©nome des cellules germinales, responsables de la reproduction, conduit √† des st√©rilit√©s, √† des malformations cong√©nitales ou √† des maladies g√©n√©tiques transmissibles de g√©n√©ration en g√©n√©ration.

Dans la premi√®re g√©n√©ration, seules des mutations √† caract√®re dominant peuvent se manifester de novo : doigts suppl√©mentaires (polydactylies), absence ou raccourcissement des membres et malformations multiples. La grande majo¬≠rit√© des mutations dominantes sont incompatibles avec la survie, d’o√Ļ avorte-ments pr√©coces ou st√©rilit√©. Sloukvine (11) signale que chez les carpes d’√©levage, √† 200 kilom√®tres de Tchernobyl, o√Ļ la vase des √©tangs est contamin√©e par 1 Ci3

 

3. Abréviation de curie.

 

(p.97) de Csl37 au kilom√®tre carr√©, 70 % des Ňďufs f√©cond√©s ne donnent plus naissance √† une larve viable. Les alevins survivants sont souvent m√©connaissables : absence de nageoires, d’opercules, voire de bouche, ou pigmentation anormale. Cet √©levage dispose d’une eau de qualit√©, sans polluant chimique. √Ä 400 kilo¬≠m√®tres de Tchernobyl, Sloukvine trouve un √©levage rest√© normal (11).

Dubrova et ses collaborateurs d√©montrent l’effet mutag√®ne de la radioactivit√© des retomb√©es de Tchernobyl (12). Ce g√©n√©ticien travaille sur le terrain et dans le service du professeur Jeffreys de l’universit√© de Leicester, en Grande-Bretagne (13). Il √©tudie des familles vivant dans des zones conta¬≠min√©es par le Csl37, en Bi√©lorussie, √† 260 kilom√®tres de Tchernobyl. Les alt√©rations des cha√ģnes de dna des minisatellites doublent chez les enfants de parents vivant dans un environnement contamin√© (14).

Dubrova trouve la m√™me corr√©lation dans des familles d’Ukraine, en comparant les enfants du m√™me p√®re, les uns n√©s avant Tchernobyl, les autres apr√®s. Il montre ainsi la responsabilit√© des retomb√©es radioactives pour la gen√®se de ces anomalies. √Ä Semipalatinsk, site d’essais atomiques sovi√©tiques responsables de l’irradiation r√©p√©t√©e des populations il y a cin¬≠quante ans, Dubrova constate que l’augmentation des mutations s’accentue encore dans la deuxi√®me g√©n√©ration ; ce sont les grands-parents qui furent irradi√©s (14).

Ellegren et son √©quipe d√©crivent les alt√©rations de i’adn chez les hiron¬≠delles de chemin√©e de Tchernobyl, associ√©es √† des taches blanches, anoma¬≠lies g√©n√©tiques r√©cessives, qui permettent de les reconna√ģtre. Ces hirondelles tachet√©es (et bagu√©es) ne reviennent pas dans le lieu o√Ļ elles sont n√©es pour se reproduire, contrairement √† leurs cong√©n√®res √©galement bagu√©es (15). La mortalit√© chez ces hirondelles peut √™tre la cons√©quence de maladies g√©n√©¬≠tiques associ√©es.

Malformations congénitales et fertilité

En 2001, un repr√©sentant du gouvernement de Bi√©lorussie (16) montre que dans les zones contamin√©es par plus de 555 kBq de Csl37 au m√®tre carr√©, les polydactylies surviennent dans 1,04 %o des naissances, contre dix fois moins (0,1 %o) dans l’ensemble de la population du pays. Les anomalies ou absences des bras ou des jambes touchent 0,53 %o des nouveau-n√©s des zones contamin√©es, contre 0,15 %o dans l’ensemble du pays. Les malforma¬≠tions multiples atteignent 2,32 %o des enfants des zones fortement conta¬≠min√©es, contre 1,04 %o pour l’ensemble de la population (tableau 1). Ces malformations sont le plus souvent d’origine g√©n√©tique.

 

(p.99) l’oms a appris √† ses d√©pens combien un lobby, celui du tabac (tr√®s modeste √† c√īt√© de celui de l’atome), peut r√©ussir pendant des d√©cennies √† tromper un organisme international. Il a fallu finalement mettre en place une commission d’enqu√™te, conduite par le professeur Zeltner de Berne, pour d√©montrer que des professeurs et chercheurs d’universit√©s riches et r√©put√©es d’Occident pro¬≠duisaient des faux, financ√©s par le lobby, sur les effets de la fum√©e passive du tabac sur la sant√©. Il fallait bloquer la campagne anti-fum√©e (23, 24).

 

(p.100) l’aiea aura attendu cinq ans entre 1991 et 1996 pour admettre la responsabilit√© des retomb√©es de Tchernobyl dans l’augmentation dramatique des cancers de la thyro√Įde de l’enfant (26), ce qui a emp√™ch√© d’apporter une aide internationale √† ces enfants qui devaient subir des traitements co√Ľteux. L’agence continue √† refuser de rapporter l’augmentation √©vidente et significative de ces cancers chez les adultes (qui n’√©taient pas des enfants en 1986) aux retomb√©es de Tchernobyl, alors que les √©tudes fond√©es sur le registre des cancers et le suivi des ¬ę liquidateurs ¬Ľ ont parfaitement d√©montr√© cette √©pid√©mie nouvelle.

Les 600 000 √† 800 000 liquidateurs aujourd’hui diss√©min√©s sur l’ensemble des territoires de l’ex-URSS √©taient pour moiti√© des militaires, pour moiti√© des techniciens, des pilotes, des mineurs dont l’√Ęge moyen √©tait de 33, 34 ans. Ils ont d√©contamin√© la zone des 30 kilom√®tres autour de la cen¬≠trale, construit le sarcophage. Toute √©tude √©pid√©miologique doit les √©tudier s√©par√©ment.

Le 24 avril 2005, dans un communiqu√© de presse, l’ambassade d’Ukraine √† Paris indiquait qu’en 2004 94 % des liquidateurs √©taient malades. Un tiers seraient d√©j√† invalides, leur √©tat de sant√© se d√©gradant rapidement. Parmi les maladies d√©g√©n√©ratives dont souffrent ces jeunes adultes figurent sept localisations de cancers, significativement plus fr√©¬≠quents que dans le reste de la population, les maladies cardiovasculaires repr√©sentant la premi√®re cause de mort. Les enfants des liquidateurs pr√©sen¬≠tent une augmentation significative d’anomalies cong√©nitales par rapport aux enfants de familles dont les parents n’ont pas travaill√© autour du r√©ac¬≠teur d√©truit (27).

 

5. L’Alsace, 27 octobre 2005.

 

(p.101) Les √©pid√©miologistes de Suisse, de France et d’Italie ont ignor√© l’impact de Tchernobyl sur la mortalit√© p√©rinatale, contrairement √† Scherb et √† son √©quipe (29) en Allemagne, qui montrent que, apr√®s Tchernobyl, cette mor¬≠talit√© a augment√© de 4,8 % dans une population de 80 millions d’habitants. L’augmentation est de 8 % en Allemagne de l’Est et dans les Alpes, avec des retomb√©es plus importantes, comparables √† celles des Alpes fran√ßaises, suisses et italiennes, et de certains versants de Corse. K√∂rblein (30) observe en Bavi√®re une augmentation significative des malformations cong√©nitales dans les vall√©es avec fortes retomb√©es radioactives, suite √† Tchernobyl.

 

(p.102) l’aiea n’a pas tenu compte des donn√©es de Gen√®ve dont les actes furent censur√©s. En 2001, Nakajima pr√©cise dans un entretien devant la T√©l√©vision suisse-italienne (31) que ¬ęles liens juridiques entre taiea et i’oms sont la cause de la non-publication des actes de la conf√©rence oms sur les cons√©¬≠quences de Tchernobyl sur la sant√© de 1995. ¬Ľ

 

 

(p.105) Bandajevsky d√©crit ainsi la cardiomyopathie8 du c√©sium, qu’il repro¬≠duit en administrant du Csl37 au rat. Il observe la d√©g√©n√©rescence du muscle cardiaque chez l’animal, comme chez les hommes, en particulier ceux vic¬≠times d’une mort subite. Dans ces cas, la charge en Csl37 dans le cŇďur est tr√®s √©lev√©e.

Dans des régions contaminées par plus de 5 Ci de Csl37 au kilomètre carré, les enfants sont apathiques, fatigués, et présentent des troubles fonction­nels cardiaques : une tension artérielle anormale, souvent trop basse, et, dans près de 50 % des cas avec plus de 100 Bq/kg, excessive après un effort minime (dix flexions des genoux). Cette hypertension peut provoquer des atteintes cérébrales avec paralysies, des infarctus, voire une mort subite (43,44).

Chez les enfants, les troubles cardiaques et les alt√©rations √† l’√©lectrocardiogramme (ecg) sont proportionnels √† la charge en Csl37 mesur√©e dans leur organisme entier. Bandajevsky et sa femme d√©montrent le r√īle du Csl37 dans les pathologies cardiaques, l’hypertension art√©rielle, les troubles de conduc¬≠tion et de repolarisation √† i’ecg (39). Une cure de pectine de pomme de seize jours r√©duit la charge de Csl37 et une partie des anomalies de i’ecg (43).

L’atteinte du syst√®me immunitaire a √©t√© pr√©coce apr√®s l’explosion du r√©ac¬≠teur, avec des alt√©rations des globules blancs et des anticorps (40). L’atteinte des lymphocytes persiste aujourd’hui dans les territoires contamin√©s et chez les ¬ę liquidateurs ¬Ľ. Chez l’enfant, le thymus (√† l’origine des lymphocytes T) est l’un des organes qui accumule le plus de Csl37 (45).

Les glandes endocrines l√©s√©es par le Csl37 lib√®rent dans le sang des fragments d’un exc√®s d’antig√®nes, que le syst√®me immunitaire prend pour des corps √©trangers. Des troubles de la r√©gulation des r√©actions immunitaires suite √† l’irradiation font que les lymphocytes se trompent durablement de cibles (normalement des virus, bact√©ries et cellules canc√©reuses) et d√©trui¬≠sent les cellules des glandes endocrines alt√©r√©es qui accumulent le c√©sium. Cela explique l’augmentation des maladies auto-immunes apr√®s Tchernobyl (46), comme la thyro√Įdite d’Hashimoto et le diab√®te sucr√© grave insulino-d√©pendant de l’enfant, devenu trois fois plus fr√©quent √† Gomel suite √† Tcher¬≠nobyl (47, 48).

 

8. Nom donn√© √† certaines maladies du muscle cardiaque, comportant une dilatation du cŇďur ou un √©paississement de ses parois (d√©finition Petit Larousse). (Note de l’√©diteur.)

 

(p.106) Les allergies chez l’enfant, en particulier alimentaires, augmentent en fonction de la charge radioactive de l’organisme. Le syst√®me immunitaire irradi√© d√©fend moins bien l’organisme contre les cellules canc√©reuses qui se d√©veloppent trop t√īt. Les maladies infectieuses de l’enfant irradi√© ont aussi une √©volution plus chronique et plus maligne que dans des zones moins contamin√©es : le rhume √©volue en sinusite, et la sinusite provoque trop sou¬≠vent un abc√®s c√©r√©bral. Les bronchites de l’enfant conduisent √† des bron¬≠chites chroniques, comme chez des fumeurs.

Dans les r√©gions contamin√©es, √† c√īt√© d’atteintes de la r√©tine, on note une opacification du cristallin conduisant √† une cataracte. Ceci ne se produit pas √† 70 ans, mais dans l’enfance. Le pourcentage des enfants atteints est directement proportionnel √† la charge en Csl37 (49).

Le syst√®me digestif est touch√© chez un fort pourcentage d’enfants, avec des gastrites et des duod√©nites chroniques. Si l’irradiation a eu lieu tr√®s t√īt dans la vie, on note une atrophie de la muqueuse avec pr√©canc√©rose.

 

Les cancers de Tchernobyl

 

Pour √™tre d√©tect√©es, les leuc√©mies des nourrissons ou des jeunes enfants doivent √™tre recherch√©es chez ceux qui ont subi le choc d’iode in utero. Suite √† Tchernobyl, l’augmentation du nombre de cas a √©t√© d√©tect√©e au pays de Galles, en Ecosse et en Gr√®ce (5, 6).

 

(p.107) Okeanov ajoute que dans la r√©gion contamin√©e de Gomel, ces cancers solides ont aussi augment√©, ainsi que les cancers du rectum, du poumon et, chez la femme, ceux du sein. √Ä Gomel, le cancer de sein survient quinze ann√©es plus t√īt chez les femmes des r√©gions irradi√©es que chez celles des zones ¬ę propres ¬Ľ. L’√©pid√©mie de cancers, en particulier chez les plus jeunes liquidateurs, explose depuis 2002 et est statistiquement significative.

Au nord de la Su√®de, √† une distance de Tchernobyl √©gale √† celle de la France et o√Ļ furent signal√©es les premi√®res retomb√©es radioactives apr√®s l’explosion du r√©acteur, les √©pid√©miologistes ont constat√© une augmentation significative des cancers. Ils ont d√Ľ se battre pendant cinq ans pour que leur √©tude soit enfin publi√©e. Les experts ne voulaient pas tenir compte des faits, (p.108) car leurs calculs – comme pour le cancer de la thyro√Įde en Bi√©lorussie -¬ę interdisaient ¬Ľ aux cancers de se multiplier. L’observation √©tait juste alors que le calcul reposait sur des hypoth√®ses fausses (51).

 

Maladies du système nerveux central

 

¬ę¬†¬† Les 600 000 √† 800 000 hommes et femmes venus de toutes les r√©publiques

de l’ex-URSS ont d√Ľ travailler autour du r√©acteur d√©truit par l’explosion. Ces liqui¬≠dateurs √©taient des adultes jeunes et en bonne sant√©. Dix-sept ans plus tard, un tiers d’entre eux souffrent de maladies ayant conduit √† une invalidit√© totale. Un ministre d’Ukraine, √† la conf√©rence de Vienne, parle de 150 000 liquidateurs de son pays en 1995, dont 10% √©taient invalides en 1996 (52).

 

(p.147) Ce qui s’est produit et continue de se passer l√†-bas ne peut √™tre ignor√©, en particulier dans notre pays. Rappelons que la France exploite cinquante-huit r√©acteurs r√©partis sur le territoire. La trag√©die de Tchernobyl nous enseigne que nous sommes tous riverains d’une installation nucl√©aire. L’ampleur de l’impact tant sur le plan g√©ographique que temporel conduit √† interroger la notion de proximit√©.

 

(p.149) avec Adrien Grodzinski (académicien)

 

Plusieurs t√©moins parlent du ph√©nom√®ne de gigantisme dans les premiers mois apr√®s la catastrophe. Au juste, qu’avez-vous trouv√© dans les territoires tr√®s contamin√©s autour de la centrale ?

On a en effet constat√© des changements cytog√©n√©tiques √©normes, pro¬≠voqu√©s par une multitude d’aberrations et de d√©t√©riorations chromosomi¬≠ques. Nous avons observ√© comment ces changements affectaient l’activit√© vitale des cellules, en particulier la vitesse et le caract√®re m√™me de la crois¬≠sance. On a d√©couvert des effets totalement nouveaux : soumises √† l’irradia¬≠tion, les cellules perdent leur capacit√© de r√©action ad√©quate. Je m’explique : normalement, une cellule qui se trouve √† l’endroit pr√©cis de l’organisme sait exactement ce qu’elle doit faire, mais quand elle est irradi√©e, elle perd sa capacit√© d’orientation, elle ne sait plus ce qu’elle doit faire et commence √† se comporter de fa√ßon aberrante. D’o√Ļ le gigantisme ou, autre exemple, des ramifications l√† o√Ļ il ne devait pas y en avoir. Les arbres produisaient une quantit√© effroyable de bourgeons suppl√©mentaires ; les sapins faisaient pousser des aiguilles jusqu’√† dix fois plus longues que la norme ; les ch√™nes avaient des feuilles g√©antes ; les bardanes avaient des feuilles d’un m√®tre de long. √Ä c√īt√© des feuilles g√©antes, la m√™me plante pouvait aussi produire des feuilles naines. On pouvait constater beaucoup d’autres anomalies : par exemple, les tiges de certaines plantes n’√©taient pas rondes √† la section, mais tortill√©es, etc. En un mot, on observait des ph√©nom√®nes de morphogen√®se et l’on en √©tudiait les m√©canismes mol√©culaires.

(p.150) Une grave question se pose : quel effet l’induction de l’instabilit√© du g√©nome aurait-elle sur l’homme ? D’embl√©e, on peut pr√©sumer que ce n’est pas une bonne chose. Nous cherchons donc, dans ce qui arrive aux plantes, des m√©canismes qui pourraient servir aux humains pour √©viter ce genre de d√©veloppement, pour se r√©g√©n√©rer plus rapidement apr√®s une irradiation. Car les organismes vivants ont des capacit√©s pour se d√©barrasser des effets d’une irradiation : les cellules qui ont subi trop de changements g√©n√©tiques n√©gatifs se tuent elles-m√™mes. Cette √©limination du fardeau g√©n√©tique est tr√®s importante, mais il faut que nous apprenions √† la d√©clencher et √† la diriger. Finalement, tous les organismes vivants ob√©issent aux m√™mes lois biologiques fondamentales et peut-√™tre que le travail de mon √©quipe contri¬≠buera √† aider les humains √† survivre dans un environnement de plus en plus hostile.

 

(p.151) Quelle impression vous donnait le fait de vous retrouver là-bas ?

C’√©tait une impression terrible. Car ce n’√©tait pas simplement une for√™t br√Ľl√©e, mais une for√™t v√©ritablement morte. Il n’y avait plus d’oiseaux, et m√™me les fourmili√®res √©taient mortes. Cette cessation de vie n’a pas √©t√© caus√©e seulement par la radiation, mais aussi par la rupture de cha√ģnes trophiques, car. dans n’importe quelle communaut√© du monde v√©g√©tal et animal (cela s’appelle la bioc√©nose), il existe des liens trophiques tr√®s complexes : si un organisme dispara√ģt, l’√©quilibre est rompu et la commu¬≠naut√© peut √©ventuellement p√©rir. D’ailleurs, c’est une partie tr√®s importante de notre recherche : comment la bioc√©nose, qui inclut des plantes et des animaux √† r√©sistance tr√®s diff√©rente face √† la radioactivit√©, change-t-elle sous l’effet de la radiation ? Lorsque les plantes et les animaux les plus sensibles p√©rissent √† cause des rayonnements ionisants, d’autres changements se pro¬≠duisent qui sont li√©s √† la rupture de cha√ģnes trophiques. L’extinction d’une ou de plusieurs esp√®ces de la bioc√©nose peut provoquer le remaniement catastrophique de tout un √©cosyst√®me.

 

(p.154) Les virologues affirment que la zone est aussi la source de virus nouveaux, tr√®s agressifs et r√©sistants. √Ä cause des mutations de virus, facilit√©es par la radiation, certains d’entre eux, qui n’avaient jamais caus√© de maladie chez les humains, sont d√©sormais capables de le faire. C’est pourquoi on est oblig√© de cr√©er des objets de monitoring totalement nou¬≠veaux, car la zone est en passe de devenir une source d’infections in√©dites.

 

Cet entretien a √©t√© r√©alis√© √† Kiev, le 31 ao√Ľt 2005.

 

 

(p.155) LE NUAGE QUI S’EST ARR√äT√Č √Ä LA FRONTI√ąRE Jean-Michel lacquemin-Raffestin

 

Vingt ans d√©j√† et toujours l’omerta sur ce sujet, devenu un des plus c√©l√®bres mensonges d’√Čtat de notre pays… Quelles sont les cons√©quences sanitaires et √©cologiques de cette catastrophe en France, vingt ans apr√®s ? Les connais¬≠sons-nous exactement ? Comme beaucoup de mes compatriotes, je croyais que ce ¬ę fameux nuage ¬Ľ √©tait rest√© √† la fronti√®re de notre pays, maintenu par un anticyclone venu des A√ßores, comme on nous l’avait rab√Ęch√© √† lon¬≠gueur de journaux t√©l√©vis√©s. Puis, au fil de mes enqu√™tes, j’ai d√©couvert que l’information avait √©t√© dissimul√©e ou falsifi√©e, que m√™me les bulletins m√©t√©o de la t√©l√©vision d’√Čtat, annonc√©s par Brigitte Simonetta, avaient √©t√© mani¬≠pul√©s, comme le r√©v√®lent aujourd’hui Jean-Pierre Pernaut1, journaliste √† tfi, ou Laurent Cabrol2, journaliste √† Europe 1. √Ä partir de 1996, et surtout de 1997, on nous apprend alors que le nuage de Tchernobyl a bien contamin√© le sol fran√ßais… Enfin un d√©but de v√©rit√© ?

 

Le sol français contaminé

 

L’Institut de protection et de s√Ľret√© nucl√©aire (ipsn) a donc bien reconnu que notre territoire √©tait fortement contamin√© dans certaines r√©gions : la Corse, la r√©gion Provence-Alpes-C√īte d’Azur, les Vosges, l’Alsace, etc. et que certains sites l’√©taient encore plus du fait de l’√©coulement des eaux de pluie ou de la fonte des neiges : certains endroits, plus particuli√®rement, comme la station de sports

 

1.  Interview, Paris-Match, 17 janvier 2002.

2.  Europe Santé, 24 avril 2004.

 

(p.156) d’hiver Isola 2000, o√Ļ i’ipsn a mesur√© dans un lieu situ√© √† 2 200 m√®tres d’altitud une contamination de 314 000 Bq/kg en c√©sium 137, ce qui signifie une conta mination surfacique sup√©rieure √† 800 000 Bq/mz. De tels taux sont rarissime chez nous et, pour donner un ordre d’id√©e, la zone interdite autour de la central de Tchernobyl commence √† 555 000 Bq/m2. Les analyses effectu√©es dans le par-national des √Čcrins par le laboratoire de i’ipsn de Cadarache en mai et juin 198< ont r√©v√©l√© une contamination tr√®s forte, certains lichens et mousses affichant di 10 000 Bq/kg √† 125 210 Bq/kg, dans la commune de Saint-Michel-de-Chaillo en particulier. Il aura donc fallu attendre plus de dix ans pour conna√ģtre cetti information. On constate √©galement dans le Bor√©on que l’activit√© des m√Ęts de prairie est plus faible que celle provenant des sols forestiers – entre 25 000 e 65 000 Bq/mz en c√©sium 137, selon le m√™me ph√©nom√®ne que celui constat√© √† Tchernobyl. Le rapport de l’ipsn ¬†indique une nette pr√©dominance de la radioactivit√© due √† l’accident de Tchernobyl. En 1997 toujours, c’est dans la vall√©e de la Moselle et dans les Vosges que les analyses ont eu lieu. Il faut dire que les 47 pr√©l√®vements effectu√©s apr√®s l’accident en 1986 indiquaient une concentra¬≠tion en c√©sium 137 allant de 2 500 √† 6 000 Bq/m2, avec une valeur moyenne de 5 300 Bq/m2. Comme ailleurs, les sols les moins contamin√©s sont les surfaces cultiv√©es et les plus contamin√©s sont les sols des for√™ts. Apr√®s l’annonce des taux √©lev√©s relev√©s dans le Mercantour et les Vosges, nous apprenons en 2000 que dans un ensemble de communes pr√®s de Vaison-la-Romaine les d√©p√īts ont pu th√©oriquement d√©passer 20 000 Bq/m2. √Ä Vinsobres, les analyses r√©v√®lent un taux de contamination de 40 000 Bq/m2. Philippe Renaud, de i’ipsn, pense que ¬ę compte tenu de ce que l’on peut voir comme contamination dans le sol, il est tr√®s probable que les productions agricoles, ici, dans les trois ou quatre pre¬≠mi√®res semaines de mai 1986, ont pu d√©passer les normes de commercialisation √©dit√©es √† l’√©poque. N√©anmoins, la consommation de ces produits ne permettrait pas d’√©tudier un risque sanitaire observable!. ¬Ľ

II est plus que probable que le potager situ√© √† cinquante m√®tres de l’endroit o√Ļ la terre a √©t√© analys√©e est lui aussi contamin√© de la m√™me fa√ßon. Attendons qu’un sp√©cialiste vienne confirmer qu’une personne qui consomme (en pensant manger bio) les produits cultiv√©s dans son potager contamin√© √† 40 000 Bq/m2 depuis vingt ans n’est pas en droit d’imputer, au moins partielle¬≠ment, son cancer du c√īlon, du foie, du pancr√©as ou des voies urinaires √† son alimentation contamin√©e. Il s’agit l√† pour de nombreux sp√©cialistes que j’ai rencontr√©s – canc√©rologues, endocrinologues – d’une √©vidence.

 

3. S. Graziani et J.-C. Chattard, Tchernobyl : autopsie d’un nuage, Presse Corse tv/ Galaxie Presse/France 3, France, 2000.

 

(p.157) Le gouvernement savait

 

Trois mois apr√®s la catastrophe, en septembre 1986, l’Union interna¬≠tionale des radio√©cologistes (uir) s’est r√©unie √† Madrid. Les Fran√ßais, pr√©¬≠sents, √©taient repr√©sent√©s par Luc Foulquier du Laboratoire de radioecologie des eaux continentales4. C’est √† cette occasion que fut pr√©sent√© le rapport fran√ßais qui nous apprend que :

Aussit√īt que nous avons √©t√© inform√©s de l’accident de Tchernobyl, nous avons organis√© une campagne afin de r√©colter plusieurs √©chantillons vari√©s dans diff√©¬≠rentes rivi√®res fran√ßaises, telles que le Rh√īne, la Garonne, la Moselle, des petites rivi√®res dans le Massif central et en Corse. […] En l’espace de quelques jours, les poissons et plantes aquatiques furent contamin√©s par les retomb√©es de Tcher¬≠nobyl √† un niveau √©quivalent ou plus √©lev√© qu’ils ne le furent sur plusieurs ann√©es par les d√©chets de nos usines nucl√©aires.[…] Les √©chantillons d’air, dans l’est du pays durant les premiers jours de mai, montrent la pr√©sence de plutonium 239+240 d’air et de plutonium 238. Dans les r√©gions √† l’ouest du pays, les valeurs sont basses. √Ä l’est, elles augmentent de 5,1CT4 Bq/m2 avec une valeur maximale de 10 000 Bq/m2 pour le ruth√©nium 103, 7 800 Bq/m2 pour le ruth√©nium 106, de 8 900 Bq/m2 pour le c√©sium 134 et de 24 000 Bq/m2 pour le c√©sium 137. D√©p√īts sur les plantes : l’activit√© varie de 10 √† 6 000 Bq/kg. Dans certaines plantes, les valeurs vont de 10 000 √† 20 000 Bq/kg en for√™t. Le thym est une plante tr√®s cou¬≠rante dans la r√©gion de Cadarache, qui constitue un excellent bio-indicateur. Il concentre le K40 (potassium). Avant Tchernobyl, son activit√© √©tait voisine de 200 Bq/kg. Il monte √† 4 000 Bq/kg le 13 mai et retombe √† 2 000 Bq/kg le 3 juin, et 1 600 Bq/kg le 1er juillet – il s’agit de valeurs moyennes. Une grande diff√©rence a √©t√© observ√©e d√©pendant des pr√©cipitations. Dans une grappe de raisin, nous avons trouv√© 443 Bq/kg de c√©sium 137, 293 Bq/kg de c√©sium 134, 254 Bq/kg de ruth√©nium 106 et 670 Bq/kg de ruth√©nium 103. Programme radio√©cologique : nous avons l’intention d’√©tudier le transfert des m√©canismes et d’enregistrer la validit√© des r√©sultats. […] √Ä chaque endroit, nous consid√©rerons tous les compor¬≠tements et les effets sur l’agriculture, l’alimentation, l’hydrologie, les popula¬≠tions… Les √©tudes seront faites d’apr√®s le d√©p√īt initial au sol. Nous projetons d’√©tudier l’√©volution de l’activit√© afin d’en √©valuer les coefficients de transfert. Une telle √©tude sera d’un grand int√©r√™t pour la radioecologie.

 

Cette annonce faite en septembre 1986 √† Madrid prouve donc que le gouvernement connaissait parfaitement la contamination du pays, bien que le ministre de l’Agriculture, Fran√ßois Guillaume, ait d√©clar√© trois mois plus t√īt que

 

4. DERS/SERE/CEN/Cadarache, Saint-Paul-lès-Durance, France.

 

(p.158) notre territoire avait √©t√© totalement √©pargn√© par les retomb√©es du nuage. Une question se pose : l’√Čtat fran√ßais a-t-il d√©lib√©r√©ment cach√© les informations rela¬≠tives √† la radioactivit√© qui s’est d√©pos√©e sur le territoire fran√ßais, √©mise par l’acci¬≠dent de Tchernobyl? Cela n’est plus un secret, les responsables de l’√Čtat savaient. Comment le Service central de protection contre les rayonnements ionisants (scpri) a-t-il pu annoncer, par la voix du professeur Pellerin, un chiffre moyen de contamination de 4 500 Bq/m2 aux instances europ√©ennes ? Comment ce dernier peut-il encore aujourd’hui ne pas √™tre entendu par la justice de notre pays sur son comportement de l’√©poque ?

Les registres des cancers

Lors du dixi√®me anniversaire de la catastrophe, en 1996, on a appris qu’il y aurait une augmentation importante de cancers de la thyro√Įde chez les enfants, en r√©gion paca et en Lorraine notamment, d’apr√®s les chiffres des registres du cancer de ces r√©gions. Mais l’information est bien vite d√©mentie : il y aurait eu une mauvaise comptabilisation de ces cancers par ann√©e… Et pourtant.

Lorsque j’ai commenc√© mon enqu√™te sur les cons√©quences sanitaires du nuage, j’ai tr√®s vite d√©couvert les chiffres du registre des cancers de la thyro√Įde du docteur Marie-Jo√ęlle Delisle en Champagne-Ardennes. Seul registre exhaustif, puisque commenc√© en 1966, il √©tait de vingt ans ant√©rieur au moment de la catastrophe. Le r√©sultat pour la d√©cennie 1986-1996 fait appa¬≠ra√ģtre une nette augmentation des pathologies, comme le pr√©cise le docteur Delisle dans le reportage Tchernobyl : autopsie d’un nuage diffus√© sur France 3 : ¬ę Pour les hommes, l’incidence est multipli√©e par deux ; pour les femmes, une augmentation de 30 % ; et pour les enfants, elle est multipli√©e par trois5. ¬Ľ

 

5 Voir Annales d‚Äôendocrinologie, n¬į57, Paris, masson, 1996, p.41-49

 

(p.159) Les chiffres du registre des cancers du Haut-Rhin sont encore plus alarmants pour la p√©riode 1988-1996. Comme me l’indique le responsable, Antoine Bu√©mi, chez l’homme, les cancers du c√īlon et des poumons augmentent de 24 %, les cancers du foie de 89 %. Chez la femme, les cancers du pancr√©as augmentent de 200 %, les cancers du foie de 228 %, les cancers des poumons de 280 %. Ce registre, qui contrairement √† d’autres donne ses chiffres6 en toute franchise, confirme les pr√©dictions du rapport n¬į 1 de l’Observatoire r√©gional de la sant√© (ors) de Corse intitul√© ¬ę Exposition suppl√©mentaire de la r√©gion corse aux rayonnements ionisants suite √† l’accident de Tchernobyl ¬Ľ, qui fut adress√© au professeur Pellerin en sep¬≠tembre 1986 (notons que ce rapport a d√©sormais myst√©rieusement disparu des archives du scpri). Lorsque je l’ai pr√©sent√© √† son successeur, ce dernier n’en n’avait jamais entendu parler. Ce rapport de tors de Corse r√©alis√© par son directeur, Jean Arrighi, et son pr√©sident, le docteur Paul Combette, indique en page 14 :

Les cons√©quences d’une irradiation √† faible dose sont pr√©occupantes. Plus l’exposition aux radiations a √©t√© longue et plus le risque est important de voir appara√ģtre des cancers au bout de quelques dizaines d’ann√©es, en particulier des cancers des poumons et des leuc√©mies. […] L’a√©rosol (le c√©sium) qui va attaquer tout de suite les poumons a pour cons√©quence d’entra√ģner, plus particuli√®re¬≠ment chez l’adulte, un nombre excessif de cancers du poumon. […] Il va y avoir, chez les gens qui ont inhal√© cet a√©rosol, un risque accru de cancer du foie dans les trente ans √† venir, et l’existence d’ant√©c√©dents d’h√©patite virale est l√† un facteur particuli√®rement favorisant.

 

6. Registre des cancers du Haut-Rhin, http://213.169.175.103 :55509.

 

(p.160) En novembre 2000, le pr√©sident de la R√©publique Jacques Chirac d√©cla¬≠rait, en parlant des farines animales : ¬ę Dans cette crise, aucun imp√©ratif ne peut √™tre plac√© plus haut que l’exigence de la sant√© publique. Aucune autre consid√©ration ne saurait inspirer l’action des pouvoirs publics7. ¬Ľ On ne peut que regretter que cette m√™me exigence de la sant√© publique n’ait pas √©t√© respect√©e en 1986, lorsque M. Chirac √©tait le Premier ministre du pr√©sident Mitterrand. Aujourd’hui, le deuxi√®me chantier du quinquennat du pr√©si¬≠dent Chirac est le cancer, et une commission de vingt-deux experts a √©t√© cr√©√©e afin de pr√©parer un rapport ¬ę Sant√© – Environnement ¬Ľ qui a √©t√© remis le jeudi 12 f√©vrier 2005 au Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin. Les auteurs de ce rapport soulignent que ¬ę la mortalit√© par cancer est, en France, environ 20 % plus √©lev√©e que dans le reste de l’Europe ¬Ľ et d√©plorent que ¬ę 7 % √† 20 % des d√©c√®s par cancer seraient imputables √† des facteurs environnemen¬≠taux non li√©s √† des comportements ¬Ľ. On apprend ainsi que l’incidence glo¬≠bale des cancers a cr√Ľ de 35 % en vingt ans depuis 1980, √† ¬ę √Ęge √©gal ¬Ľ, sans que la consommation de tabac ou l’allongement de l’√Ęge puisse l’expliquer. Depuis vingt ans, il est vrai que l’on √©vite d’aborder les cons√©quences sani¬≠taires du nuage de Tchernobyl, en dehors des probl√®mes de thyro√Įde dans notre pays. Pourtant, la concentration du c√©sium dans certaines r√©gions, sa diffusion et son accumulation dans l’alimentation pourraient expliquer cette recrudescence de cancers dans certaines r√©gions comme l’Est, la Corse et la r√©gion paca. Lors de mon enqu√™te, j’ai d√©couvert un document du laboratoire d’analyses m√©dicales (lam) du cea de Marcoule, ¬ę Annexe X : information donn√©e au cours de la r√©union pl√©ni√®re des chsct du 17 novembre 1986 ¬Ľ. On peut y lire, autre preuve du mensonge d’√Čtat, que les pouvoirs publics √©taient bien inform√©s et ont suivi les cons√©quences sur la population du passage du nuage radioactif sur notre pays. Les lam du groupe cea ont ainsi effectu√© certaines observations sur le personnel des diff√©rents cea, non pas au cours d’une campagne particuli√®re d’examens d√©clench√©s √† la suite de l’accident de Tchernobyl, mais dans le cadre de la surveillance syst√©matique quotidienne des personnels des √©tablissements nucl√©aires. Ces observations, tant sur le plan national que sur le plan local, font √©tat dans un premier temps d’une ¬ę incorporation par inhalation des radionucl√©ides volatiles, de p√©riode effective courte ¬Ľ (p. 2) ; puis, fin mai, ¬ę chez la plupart des agents mesur√©s, des spectres dit “sales” en raison de la pr√©sence de traces non quantifiables de diverses retomb√©es encore pr√©sentes √† cette √©poque et bien identifi√©es par ailleurs. […] Les spectres t√©moignent

 

7. Libération du 8 novembre 2000.

 

(p.161) d’un d√©but d’incorporation par ingestion ¬Ľ ; et enfin, de juin √† mi-novembre, ¬ę apparition progressive d’une charge corporelle en c√©sium 134 et en c√©sium 137. D’une part, d√©tectable sur une fraction du personnel mesur√©, elle est √† l’heure actuelle g√©n√©ralis√©e ; d’autre part, le niveau de cette charge a r√©guli√®rement √©t√© augment√© au cours du temps et semble avoir atteint actuellement un plateau (p. 3). Idem pour le c√©sium 137 (p. 4). Les experts du gouvernement Raffarin reconnaissent que les preuves sont diffi¬≠ciles √† √©tablir, tout comme dans le proc√®s des victimes des malades de la thyro√Įde, car il s’agit de petites doses diffus√©es jour apr√®s jour, qui peuvent se combiner entre elles et provoquer in fine ¬ę des impacts sanitaires subs¬≠tantiels sur le plan collectif ¬Ľ. Pourtant, comme je le r√©v√©lais d√©j√† dans Tcher¬≠nobyl : aujourd’hui les Fran√ßais malades8, certains canc√©rologues consid√®rent que dor√©navant 80 % des cancers ont une cause environnementale. C’est le cas du professeur Dominique Belpomme, qui √©crit :

On n√©glige la r√©alit√© des chiffres, le doublement des cancers du sein, le quadruplement du cancer de la prostate et l’augmentation de cancers de l’enfant au cours de ces vingt derni√®res ann√©es, parfois m√™me le triplement des cancers du foie. […] En outre, l’augmentation du nombre de cancers du poumon co√Įn¬≠cide, paradoxalement, avec une diminution de la consommation de tabac constat√©e dans notre pays depuis les dix derni√®res ann√©es9.

Nous comprenons donc mieux pourquoi le rapport de fors de Corse a √©t√© dissimul√© aux Fran√ßais. Vingt ans apr√®s Tchernobyl, ses conclusions proph√©tiques prennent toute leur r√©alit√© devant l’ampleur des d√©g√Ęts sur la sant√© des Fran√ßais vivant dans les r√©gions contamin√©es. Le rapport de d√©cembre 2000 de l’Institut de protection et de s√Ľret√© nucl√©aire (ipsn) et de l’Institut de veille sanitaire (ivs) se voulait rassurant et donnait un r√©sultat de cancers potentiels de la thyro√Įde annul√© par une marge d’erreur. Ce n’est pourtant absolument pas convaincant, comme le confirme le professeur Belpomme :

La m√©thode d’analyse utilis√©e n’est pas ad√©quate pour d√©tecter un effet sanitaire, modeste aujourd’hui, mais peut-√™tre grave demain, et il reste tout de m√™me √† expliquer globalement la fr√©quence croissante des cancers dans notre pays et celle constat√©e depuis l’accident de Tchernobyl dans d’autres pays : Pologne, Allemagne, Suisse, sud de la Grande-Bretagne…

8.  Editions du Rocher, 2001.

9.¬† Dominique Belpomme, Ces maladies cr√©√©es par l’homme, Paris, Albin Michel, 2004.

 

(p.162) Quatre fois plus de cancers de la thyro√Įde en Corse que sur le continent!

Lors de la ¬ęJourn√©e d’information scientifique sur les cons√©quences sanitaires de l’accident de Tchernobyl en Corse ¬Ľ, le 31 janvier 2002, une information de toute premi√®re importance a √©t√© oubli√©e, m√™me par certains participants qui se disent concern√©s au point de se porter partie civile dans le proc√®s des malades de la thyro√Įde et par les journalistes pr√©sents. Les chiffres connus et annonc√©s par le directeur de i’ors, Jean Arrighi, indiquent ¬ę113 cancers de la thyro√Įde (39 hommes et 74 femmes) pour l’ann√©e 199813 ¬Ľ. Or l’incidence du cancer de la thyro√Įde est √† pr√©sent de moins de 10 cas pour 100 000 habitants. La Corse comptant environ 260 000 habi¬≠tants, le nombre de cancers devrait √™tre voisin de 26 cas. Il est donc quatre fois plus √©lev√© que la moyenne nationale.

L’affaire du sol contamin√©

En 1999, un Fran√ßais porte plainte contre l’Ukraine pour son cancer de la thyro√Įde. D√©fendu par ma√ģtre Ludot, il est tr√®s vite d√©bout√©. La

 

13.¬† Minist√®re de la Sant√©, Journ√©e d’information scientifique sur les cons√©quences sani¬≠taires du nuage de Tchernobyl en Corse, 31 janvier 2002, p. 50.

 

(p.163) deuxi√®me plainte est d√©pos√©e par un jeune Fran√ßais √Ęg√© de 32 ans, Yohann W., originaire de Reims. Son avocat, ma√ģtre Ludot encore, d√©pose sa requ√™te devant la Cour de justice de la R√©publique contre trois anciens ministres : Charles Pasqua, ministre de l’Int√©rieur du premier gouvernement de coha¬≠bitation dirig√© par Jacques Chirac, Mich√®le Barzach, ministre d√©l√©gu√©e √† la Sant√© et √† la Famille, et Alain Carignon, ministre de l’Environnement. Apr√®s plusieurs reports, la plainte est class√©e et le jeune Yohann est d√©bout√©. Une troisi√®me plainte est d√©pos√©e en 2001 par Josiane Tourou, qui habitait Dardilly au moment des faits et qui a vu arriver chez elle des membres de la s√©curit√© civile venant pr√©lever de la terre de son jardin – ce qui prouve une fois de plus que les autorit√©s ont bien suivi la contamination radioactive du pays. J’ai rencontr√©, au cours de mes enqu√™tes, les m√™mes versions, aussi bien en Alsace qu’en Corse. √Ä la lecture de l’ouvrage Ce fameux nuage… Tchernobyl. La France contamin√©e1*, certains malades d√©cident de cr√©er une association des malades de la thyro√Įde. Le 1er mars 2001, l’avocat de l’asso¬≠ciation d√©pose 53 plaintes : 51 repr√©sentant les malades, une repr√©sentant l’Association fran√ßaise des malades de la thyro√Įde (afmt) et une derni√®re repr√©sentant une association qui s’est port√©e partie civile. Ces plaintes sont suivies de 125 autres le 5 octobre 2001, puis de 214 suppl√©mentaires le 25 avril 2002. L’instruction est men√©e consciencieusement par la juge d’ins¬≠truction Marie-Odile Bertella-Geffroy, qui n’h√©sitera pas √† mener des per¬≠quisitions dans les minist√®res concern√©s : Int√©rieur, Agriculture, Environne¬≠ment, Sant√©, √† Matignon, edf, au cea, √† la Cogema. Seul l’Elys√©e refusera. Ces perquisitions r√©v√®lent des documents compromettants pour les respon¬≠sables de l’√©poque. Ainsi, parmi les archives du cabinet de Jacques Chirac, le scell√© n¬į 2 en date du 8 mai 1986 indique :

Minist√®re des Affaires √©trang√®res, note pour le Ministre : A – L’accident de Tchernobyl n’a pas tard√© √† avoir des cons√©quences commu¬≠nautaires : pour la France, ce sont les mesures prises par l’Italie qui sont les plus g√™nantes. Par ordonnance du 2 mai, le gouvernement italien a interdit pure¬≠ment et simplement les importations de la plupart des pays tiers concern√©s ; B – Ces mesures ont provoqu√© d√®s le 3 mai un important ralentissement des exportations agricoles fran√ßaises vers l’Italie, source de pertes importantes pour les exportations fran√ßaises. Le solde annuel de la balance commerciale agroalimentaire vers l’Italie est de + 14 milliards de francs, ce qui repr√©sente √† lui seul la moiti√© du solde positif de la balance agroalimentaire fran√ßaise ;

14. √Čditions Sang de la terre, 1998.

 

(p.164) C РLa France a, dès le 4 mai, saisi la Commission européenne, considérant que ces mesures constituaient une entrave aux échanges non justifiée.

Apr√®s avoir eu connaissance de ces documents, la pr√©sidente de l’asso¬≠ciation des malades t√©moigne :

Sur les graphiques que nous a montr√©s la juge, le pic repr√©sentant en image trois fois la hauteur du mont Blanc sur une plaine, et ce pendant deux jours pendant lesquels la population a respir√© les iodes, le tellure, le c√©sium, sans protection aucune. Sur une carte d√©taill√©e de i’edf o√Ļ chaque centrale a sa propre couleur, le pic le plus haut √©tait celui de la centrale de Chooz dans les Ardennes. Des documents ont √©t√© falsifi√©s, le juge en a la preuve. Le scpri a

¬ę dilu√© les doses ¬Ľ en m√©langeant volontairement les r√©gions pour faire une moyenne et ce m√™me scpri aurait pouss√© la M√©t√©o √† faire des faux en √©criture √† l’annonce du passage du nuage. Certains documents montreraient la liaison financi√®re entre edf et le scpri. D’autres documents compromettraient certains grands scientifiques, membres de l’Acad√©mie des sciences. Lors des perquisitions effec¬≠tu√©es chez les trois secr√©taires du professeur Pellerin, dans leurs r√©sidences secondaires, on a retrouv√© de nombreux documents. Le juge a ordonn√© de recal¬≠culer les chiffres de la radioactivit√© par rapport aux donn√©es actuelles. Son tra¬≠vail n’est pas facile, on lui laisse peu de moyens… pour ne pas dire rien15

L’un de ces documents, class√© ¬ę confidentiel ¬Ľ, r√©dig√© le 16 mai 1986 par un haut fonctionnaire lors d’une r√©union de crise tenue au minist√®re de l’Int√©rieur, r√©v√®le : ¬ę Nous avons des chiffres qui ne peuvent √™tre diffus√©s. ¬Ľ Cette note relevait, entre autres, la pr√©sence dans du lait de brebis corse d’une contamination par l’iode 131 de plus de 10 000 becquerels par litre. La note mentionne, comme le confirme l’article du Figaro du 1er f√©vrier 2002 : ¬ę accord entre le scpri et i’ipsn pour ne pas sortir ces chiffres ¬Ľ. D’autres pi√®ces r√©v√®lent que le scpri a menti sur les chiffres. ¬ę Les experts expliquent que les autorit√©s de l’√©poque avaient connaissance des mesures de contami¬≠nation, qu’elles ont falsifi√© les chiffres et n’ont pas alert√© les populations concern√©es des risques encourus ¬Ľ, d√©clare ma√ģtre Christian Curtil, avocat des malades. Le rapport met en cause le scpri, l’autorit√© decisionnaire, qui aurait eu connaissance des taux de contamination largement sup√©rieurs aux taux autoris√©s. ¬ę Certains documents r√©v√®lent que dans un premier temps, on n’a pas voulu alarmer la population, puis que l’on a cherch√© √† couvrir les n√©gligences ¬Ľ, d√©clare encore l’avocat. Il est important de souligner que

 

15. Lettre de la pr√©sidente de i’aftm aux adh√©rents, 29 janvier 2004.

 

(p.165) dans cette affaire, le directeur g√©n√©ral de la Sant√©, Didier Houssin, n’a plus aucun droit de regard sur le nucl√©aire. Ce droit a √©t√© supprim√© √† l’un de ses pr√©d√©cesseurs, Lucien Abenha√Įm, qui n’a pu exercer aucune influence poli¬≠tique dans la r√©forme sur le nucl√©aire qui a cr√©√© i’irsn (regroupant l’ancien scpri, rebaptis√© opri en 1992, et i’ipsn), ni m√™me avoir la possibilit√© d’exprimer son opinion √† ce sujet. Cela n’est-il pas sans rappeler le contr√īle exerc√© par l’Agence internationale pour l’√©nergie atomique sur l’Organisation mon¬≠diale de la sant√© au sein de l‚Äôonu ?

 

(p.194) L’ATOME EN HERITAGE Guillaume Grandazzi

 

Tchernobyl est le lieu de deux d√©sastres, remarque l’√©crivain allemand Lothar Baier. En effet, c’√©tait le nom d’un village juif d’Ukraine qui fut an√©anti avec ses habitants pendant la Seconde Guerre mondiale par l’arm√©e allemande. Finalement, quelque quarante ans plus tard, m√™me son nom lui aura √©t√© enlev√©, qui n’√©voque plus d√©sormais que la catastrophe survenue en 1986. ¬ę C’est ainsi que Tchernobyl symbolise √† sa mani√®re cet √Ęge des extr√™mes que repr√©sente, pour l’historien Eric Hobsbawm, le xxe si√®cle, si√®cle du g√©nocide et de l’allumage du feu atomique1. ¬Ľ

En Bi√©lorussie, les troupes hitl√©riennes incendi√®rent 619 villages et extermin√®rent leur population ; plus de 400 de ces villages furent recons¬≠truits apr√®s la guerre, mais 186 ont d√©finitivement disparu. √Ä une cinquan¬≠taine de kilom√®tres de Minsk, la capitale, sur le site de la petite localit√© de Khatyn, dont les 161 habitants furent br√Ľl√©s vifs avec leur village un jour de mars 1943, un m√©morial a √©t√© am√©nag√© afin de perp√©tuer le souvenir de ce massacre, dont un unique survivant put t√©moigner. Au-del√† de cette tra¬≠g√©die embl√©matique, c’est en m√©moire des centaines de villages d√©truits par le feu, des milliers d’autres ras√©s par les bombes et des 2 200 000 victimes bi√©lorusses du nazisme – soit un quart de la population de la R√©publique -qu’ont √©t√© √©rig√©s les monuments qui composent le m√©morial de Khatyn.

 

1. Lothar Baier, ¬ę L’apr√®s-Tchernobyl. Approche d’un √©tat des lieux ¬Ľ, Agone, n¬į 15, 1996, p. 155-160. Eric Hobsbawm est l’auteur de L’√āge des extr√™mes. Histoire du court XXe si√®cle, Paris, Complexe, 1999.

 

(p.211) LE FUTUR POUR MEMOIRE Frederick Lemarchand

 

L’organisation internationale du silence

 

J’entends poser, en guise d’introduction, une question relative √† ce point saillant de l’historiographie contemporaine commun√©ment nomm√© ¬ę r√©visionnisme ¬Ľ ou encore ¬ę n√©gationnisme ¬Ľ. On a coutume de d√©finir ces deux termes par la position intellectuelle qui consiste √† minimiser l’impor¬≠tance du g√©nocide perp√©tr√© par les nazis contre les communaut√©s juive et tzigane et, plus fr√©quemment, √† contester l’existence m√™me des chambres √† gaz install√©es dans les camps d’extermination durant la Seconde Guerre mondiale, ce qui a conduit nombre de d√©fenseurs de cette th√®se √† nier l’exis¬≠tence m√™me des crimes contre l’humanit√© commis contre ces communaut√©s par l’Allemagne nazie. Plus largement, si l’on peut s’entendre sur le fait que toute √©criture de l’histoire, au sens de l’histoire moderne, est une r√©vision des faits ayant r√©ellement eu lieu et une r√©interpr√©tation des id√©es et des valeurs de l’√©poque, la strat√©gie d√©velopp√©e par de nombreux organismes en charge de la gestion de la catastrophe de Tchernobyl, et en premier lieu taiea (Agence internationale pour l’√©nergie atomique), qui a invent√© et sou¬≠tenu la ¬ę th√®se officielle ¬Ľ selon laquelle l’accident aurait provoqu√© 32 morts, constitue une forme av√©r√©e de n√©gationnisme de l’holocauste nucl√©aire. Un texte de loi europ√©en contre le r√©visionnisme a √©t√© approuv√© en mars 1995. Il pr√©voit des sanctions relativement s√©v√®res (jusqu’√† un an de prison) pour toute personne qui nie, minimise grossi√®rement, cherche √† justifier ou √† approuver le g√©nocide commis par le r√©gime national-socialiste allemand pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est √† noter que la loi Gayssot a (p.212) modifi√© la loi sur la presse pour y introduire un article punissant ¬ę ceux qui auront contest√© l’existence d’un ou plusieurs crimes contre l’humanit√© ¬Ľ. Or un crime contre l’humanit√© appartient √† la cat√©gorie d’infractions crimi¬≠nelles englobant l’assassinat, l’extermination, la r√©duction en esclavage, la d√©portation et tout autre acte inhumain commis contre toute population civile avant ou pendant la guerre, ainsi que les pers√©cutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux – que ces actes ou pers√©cutions aient constitu√© ou non une violation du droit interne du pays o√Ļ ils ont √©t√© per¬≠p√©tr√©s. Cette d√©finition a √©t√© donn√©e par l’article 6, alin√©a c, du statut du tribunal de Nuremberg, le tribunal militaire international charg√© de juger les criminels de la Seconde Guerre mondiale en Europe. Nous sommes donc en mesure de nous interroger sur les raisons pour lesquelles les positions r√©solument n√©gationnistes d√©fendues par faiea et diff√©rentes composantes du lobby nucl√©aire √† l’√©gard des cons√©quences sanitaires et sociales de la premi√®re catastrophe nucl√©aire civile sont jusqu’√† ce jour rest√©es impunies. N’y a-t-il √† cela que des raisons strictement politiques de la dissimulation d’un crime d’√Čtat de plus, dont l’histoire du xxe si√®cle est pav√©e ?

Hannah Arendt √©crivait dans La Crise de la culture qu’il n’y aurait pas de h√©ros √† l’√Ęge atomique1, voulant ainsi mettre en √©vidence le lien qui existe entre la mont√©e en puissance de la technique et l’augmentation cor¬≠r√©lative de l’impuissance de l’homme par la r√©duction progressive du monde commun politique et de ses marges de libert√© pratique. C’√©tait sans parier toutefois sur la capacit√© d√©velopp√©e par quelques hommes et femmes de science dont nous devons saluer ici le courage et la t√©nacit√© dont ils ont su faire preuve dans leur tentative d’approcher au plus pr√®s la r√©alit√© physique et biologique du nouveau Nouveau Monde contamin√©. Pers√©cut√©s, menac√©s, interdits – Youri Bandajevsky tortur√© -, celles et ceux qui n’ont pas souhait√© se faire trop rapidement oublieux de l’homme, en tentant de placer la science √† son service et non l’inverse, ont d√Ľ comprendre tr√®s vite que la science en laquelle ils continuent de croire est d√©sormais inf√©od√©e √† des int√©r√™ts √©conomiques et strat√©giques qui nient pr√©cis√©ment toute humanit√© de l’homme. La r√©pression scientifique dont ils continuent de faire l’objet et dont ils t√©moignent dans cet ouvrage n’est qu’une facette de l’organisa¬≠tion criminelle du mensonge sur les cons√©quences de la premi√®re catas¬≠trophe nucl√©aire civile. L’Organisation mondiale de la sant√© une fois

 

1. Voir Frederick Lemarchand, ¬ę √āge atomique ¬Ľ, in Yves Dupont (dir.), Dictionnaire des risques, Paris, Armand Colin, 2003, p. 14-20.

 

(p.213) musel√©e2, celle en charge de la promotion de l’√©nergie atomique a pu b√©n√©¬≠ficier du soutien du complexe militaro-industriel des √Čtats concern√©s et √† la solde desquels travaillent des centaines d’¬ę experts ¬Ľ de toutes disciplines (physique nucl√©aire, biologie, m√©decine…)- Cette gigantesque organisation n√©e dans les ann√©es 1950, organisation phare du lobby nucl√©aire, poss√®de encore aujourd’hui le pouvoir de peser lourdement sur la gestion de la sant√© publique, et plus particuli√®rement celui de contr√īler l’information officielle – dans laquelle √† vrai dire plus personne n’a confiance – et de fixer les normes de radioprotection. On pourra se demander comment il est possible que de grandes organisations internationales ayant pignon sur rue continuent √† nier la r√©alit√© de la majeure partie des cons√©quences de la catastrophe. C’est qu’elles sont trop √©normes pour √™tre accept√©es, m√™me partiellement, et les responsabilit√©s sont trop pesantes pour √™tre endoss√©es.

 

(p.298) 2.¬† Un accord datant de 1959 lie les mains de l’Organisation mondiale de la sant√© pour tout ce qui rel√®ve de l’√©tude des effets n√©fastes de l’industrie nucl√©aire sur la sant√©. L’ann√©e pr√©c√©dente, un rapport de i’oms pr√īnait la gen√®se d’une nouvelle g√©n√©¬≠ration ¬ę qui aurait appris √† s’accommoder de l’ignorance et de l’incertitude ¬Ľ.

3.¬† Gunther Anders, L’Obsolescence de l’homme, Paris, Encyclop√©die des nuisances, 2002 (publication originale 1956).

 

Vassili Nesterenko est membre de l’Acad√©mie des sciences de Bi√©lo¬≠russie, physicien de renomm√©e internationale. D√®s les premi√®res heures apr√®s l’explosion de Tchernobyl, il a compris la gravit√© de l’accident et a demand√© au Soviet supr√™me l’√©vacuation imm√©diate de la population dans un rayon de cent kilom√®tres. En cons√©quence de ce comportement coura¬≠geux, il a √©t√© limog√© de son poste de directeur de l’Institut de l’√©nergie nucl√©aire de Minsk. Avec un groupe de sp√©cialistes, il a fond√© alors l’Institut de radioprotection ind√©pendant Belrad. Il assure depuis seize ans la gestion de nombreux centres d’information et de contr√īle au service de la popula¬≠tion des territoires contamin√©s, mesure les taux d’accumulation des radio-nucl√©ides chez les enfants et a mis au point des techniques de pr√©vention et de d√©contamination de l’organisme humain (notamment par l’administration de pectine). Ces activit√©s lui ont valu des probl√®mes avec les autorit√©s bi√©lorusses. Plus grave encore, il a √©chapp√© √† deux attentats. Plusieurs fois irradi√©, sa sant√© est aujourd’hui tr√®s incertaine.

 

2007

in : EPS, April 2007

Luz sobre Palomares, p.30-34

 

Cuatro bomber at√≥micas cayeron sobre la costa asturiente en 1966. El r√©gimen franquista silenci√≥ los efeci√≥s del accidente en la poblaci√≥n de una de las zonas mai pobres y aisladas de Espa√Īa! Hambre, incertidumbre, terror. Un documental ofrece testimonios e im√°gines in√©ditas del desastre. Por Miguel Olid.

 

Espagne - 1933-1944 - expérimentations chimiques et bactériologiques

(EP, 13/12/2009)

the Galapagos Islands / Tourists destroy nature

(The Economist, 05/06/2010)

Palomares (Almeria) / Radioactieve erfenis

(DS, 07/04/2011)

Duitsland / Bruinkool

(De Telegraaf, 07/03/2012)

Internet pollutes

(IHT, 24/09/2012)

JO 2020 au Japon

(UBU, 12/09/2013)

1993 - Paul Staes (Agalev): Seveso, usine secrète d'armes chimiques

(in: LB, 1993)

Découvertes en bord de route

(VA, 31/03/2009)

Easter Island / Tourism threatens to trigger another ecological disaster

(in: The Economist, 10/10/2009)

Marc Li√©geois (Vedrin), Les l√Ęchers de ballons gonflables sont polluants

(VA, 06/03/2009)

La Belgique, 5e pays le plus cancérigène: notamment à cause des centrales nucléaires (Chooz, Cattenom, non loin de la frontière belge afin de nous contaminer; ...)

(VA, 26/01/2011)