La régionalisation, une catastrophe pour l'enseignement

1942 et de nos jours: un monde de différences

Avis d’enseignants

 

Alors que les enseignants jouent un r√īle cl√© dans l‚Äôavenir d‚Äôun pays, d‚Äôune r√©gion, la r√©gionalisation a fait de leur m√©tier une profession peu rago√Ľtante‚Ķ

20 témoignages de professeurs vigilants.

 

1 Watrin Martial, Veut-on des enseignants idiots ?, LB 06/02/2004

 

D’ann√©e en ann√©e, les professeurs de toutes les disciplines constatent des lacunes toujours plus profondes. On se moque parfois d’une certaine culture g√©n√©rale dont le vernis camouflerait des gisements d’ignorance. Disposer de rep√®res litt√©raires, historiques, g√©ographiques¬† contribue cependant √† structurer, m√™me superficiellement, les connaissances d√©j√† acquises et √† mieux se situer dans le¬† monde contemporain. Ces rep√®res, beaucoup de nos √©tudiants ne les poss√®dent pas. Demandez-leur par exemple en quel si√®cle a v√©cu Louis XIV, qui est l’auteur

de Candide, quel fleuve passe √† Gand, qui est actuellement le secr√©taire de l’Onu, et vous serez constern√©s par la plupart de leurs r√©ponses. D’accord : cela ne tire pas √† cons√©quence dans la vie de tous les jours. Mais ici je parle des futurs enseignants, de ceux qui, une fois dipl√īm√©s, devront installer et d√©velopper des connaissances d√©claratives, proc√©durales et conditionnelles (tel est en effet le langage de la p√©dagogie contemporaine) qu’ils ne ma√ģtrisent pas eux-m√™mes.

Connaissances g√©n√©rales souvent r√©duites donc, mais aussi et surtout faiblesses en langue maternelle. Celles-ci sont d’autant plus redoutables qu’elles entra√ģnent in√©vitablement dans les autres disciplines ce qu’on appelle pudiquement des “dommages collat√©raux”. Bien des erreurs proc√®dent en effet de la compr√©hension imparfaite, voire carr√©ment erron√©e, des √©crits de toutes sortes : √©nonc√©s math√©matiques, textes historiques, documents scientifiques, Alors, s’il s’agit d’oeuvres litt√©raires.”

Les faiblesses en orthographe sont connues de tous. Au cours de MLFOE (ma√ģtrise de la langue fran√ßaise orale et √©crite), le r√©sultat d’exercices destin√©s en¬† principe √† des √©l√®ves des deux premiers cycles du secondaire s’av√®re consternant. Des √©tudiants se montrent incapables de m√©moriser durablement certaines r√®gles d‚Äôaccord √©l√©mentaires et de les appliquer √† bon escient, retombant du coup √† chaque fois dans les m√™mes ereurs. Et que dire de la m√©connaissance de la conjugaison aux temps les plus usit√©s¬†? Faut-il rire ou pleurer lorsqu’on d√©couvre dans un travail des formes comme “il metta”, “il vena” “noua envoyerons”, “je

v√™tissais” ?

Plus pr√©occupante et plus dommageable encore appara√ģt la pauvret√© du vocabulaire et de

la syntaxe. Soumis √† un test de vocabulaire, plusieurs normaliens ont obtenu des r√©sultats sensiblement inf√©rieurs √† ceux de coll√©giens fran√ßais √Ęg√©s de quinze ans. Et d√®s qu’ils prennent la plume, serait-ce pour √©crire un mot d’excuse lors d’une absence, l’emploi de termes impropres et, plus largement, la m√©diocrit√© g√©n√©rale de l’expression laissent pantois.

De l√†, bien entendu, des difficult√©s parfois insurmontables dans les activit√©a de lecture et d’√©criture. Un tr√®s grand nombre de normaliens reconnaissent spontan√©ment qu’ils ne lisent pas, sinon des magazines sportifs ou “people”, lesquels utiliaent un vocabulaire et des atructures syntaxiques g√©n√©ralement simples. Or, les futurs instituteurs et les r√©gents litt√©raires devront donner aux jeunes le go√Ľt de lire et d’√©crire, leur commenter les textes, leur sugg√©rer dea am√©liorations lors des exercices d’√©criture!¬†

 

Comment expliquer cette situation affligeante des √©coles normales ? Par la formation dispens√©e dans le fondamental et le secondaire? Peut-√™tre, mais je n’ai pas de le√ßons √† donner √† des coll√®gues confront√©s √† des conditions de travail souvent tr√®s incommodes. Bien plut√īt par la m√©diocrit√© du recrutement, car, au sortir de l’ath√©n√©e ou du coll√®ge, les √©tudiants

de valeur choisissent des fili√®res qui don nent acc√®s √† des professions mieux pay√©es, mieux consid√©r√©es. Je lisais il y a quelques mois le beau livre de Mona et Jacques Ozouf ¬ę¬†La R√©publique des instituteurs¬†¬Ľ dans lequel s’expriment des ma√ģtres d‚Äô√©cole fran√ßais de la premi√®re moiti√© du XXe si√®cle, presque tous issus de milieux tr√®s modestes, et j’√©tais √©bloui¬† par la clart√© de leurs propos, par la pertinence de leurs avis, par l’aisance de leur style. Il est vrai qu’√† l’√©poque l’entr√©e √† l’Ecole Normale repr√©sentait une promotion pour les fils et les filles d’agriculteurs, d’ouvriers, d’employ√©s, acharn√©s, malgr√© un traitement mis√©rable, √† l’accomplissement d’une vocation ou √† la r√©asation d‚Äôun l√©gitime d√©sir de promotion sociale.

 

A pr√©sent, beaucoup de jeunes s’inscrivent dans un d√©partement p√©dagogique en d√©sespoir

de cause, apr√®s avoir √©chou√© ici et l√†: les √©tudes normales ont, √† tort ou √† raison, la r√©putation d’√™tre faciles et de d√©livrer des dipl√īmes ” √† l’usure” , entendez par l√† que le doubleur ou le trisseur finit presque toujours par r√©ussir. Etonnez-vous, dans ces conditions, que la premi√®re ann√©e d’√©tudes soit largement consacr√©e √† une tentative de remise √† niveau, et cela, les horaires n’√©tant pas extensibles, au d√©triment de la formation sp√©cifique…

Si, au moins, un test d’aptitude √©tait officiellement organis√© afin d’√©clairer les √©tudiants sur leurs qualit√©s et leurs faiblesses, on pourrait, le cas √©ch√©ant, d√©conseiller aux plus faibles d’entre eux des √©tudes qui ne correspondent pas √† leurs capacit√©s. Un examen d’entr√©e ?

Vous n’y pensez pas ! Pourtant, personne ne conteste celui qui donne acc√®s aux √©tu-

des d’ing√©nieur…

 

 

2 Praet Emmanuelle, Professeur de comptabilité étranglée, DH 01/10/2004

Un √©l√®ve de 5e, un Espagnol de ‚Ķ 20 ans, n‚Äôa pas appr√©ci√© son √©chec de l‚Äôann√©e pr√©c√©dente, malgr√© qu‚Äôil avait r√©ussi lors de l‚Äôexamen de passage, gr√Ęce √† la cl√©mence de la d√©lib√©ration.

Il a tenté d’étrangler son ancien professeur, Mme Babika, 39 ans, qui passait dans le couloir sans qu’aucun élève présent ne bouge.

Finalement, le professeur put prendre la fuite … sous les rires des élèves !

C’est la 3e agression en une semaine à l’établissement Madeleine Jacqmotte d’Ixelles.

 

 

3 Bougard Michel (professeur de chimie (Athénée provincial de La Louvière) / historien des sciences (Université de Mons-Hainaut), Lettrre ouverte à Maria Arena, LS 25/08/2004

 

Vous apprendrez ainsi que pr√®s de 90 % des professeurs du secondaire ont boycott√© la con¬≠sultation et comme le disent clai¬≠rement les sociologues de Saint-Louis, c’est l√† un v√©ritable ¬ę cri silencieux “. Vous y d√©couvrirez aussi que pr√®s des deux tiers des r√©pondants jugent les r√©formes introduites dans l’enseignement totalement n√©gatives et les consid√®rent comme des ¬ę hypocrisies inaccessibles “¬≠.

(…)

Anne Van Haecht, une des meilleures sp√©cialistes de l’histoire de l’enseignement en Belgi¬≠que, reconna√ģt quelles diverses mesures prises depuis 1990 l’ont √©t√© en connivence avec deux cat√©gories d’experts universitaires, des √©conomistes et des p√©dagogues.

Cette p√©dagogie se veut plus √©ga¬≠litaire en centrant davantage r√©cole sur l’enfant (mais en appauvrissant le contenu des sa¬≠voirs, elle ne fait en fait que ren forcer les in√©galit√©s d’origine so ciale) ; elle se veut aussi plus √©panouissante (alors qu’elle ne r√®gle en rien le probl√®me de ¬ę l’√©chec scolaire¬Ľ) ; elle se pr√©¬≠tend encore plus efficace (alors que nos √©l√®ves ont des ¬ę comp√©tences ¬Ľ de plus en plus faibles).

Parlons-en justement de ces fameuses ¬ęcomp√©tences ¬Ľ, der¬≠nier avatar du p√©dagogisme militant d√©sormais impos√©. √† tous les enseignants. Interrogez vos con¬≠seillers, Madame la ministre-pr√©¬≠sidente, et s’ils sont intellectuel¬≠lement honn√™tes, ils vous confir¬≠meront qu’il y a presque autant de d√©finitions pour ce concept qu’il y a de chercheurs en p√©da¬≠gogie. Plus grave: √† partir de cet¬≠te p√©tition de principe impr√©ci¬≠se, on a √©labor√© des listes de ¬ę comp√©tences terminales et sa¬≠voirs requis¬Ľ sans expliquer ni d√©cider comment on allait les √©valuer.¬≠

 

 

4 G.V. (Ath), P√ČNURIE D’ENSEIGNANTS ?, Cin√© T√©l√© Revue, 11/2004

 

Apr√®s plus de vingt ans dans l’enseignement, je viens, pour la seconde fois et dans le m√™me √©tablissement scolaire, de perdre une partie de mes heures apr√®s intervention et pressions politiques sur la direction de l’√©cole. Avant de quitter les lieux, l’ex-ministre de l’Enseignement de la promotion sociale a, via le service des d√©signations des enseignants, litt√©ralement forc√© mon chef d’√©tablissement √† engager comme ¬ę¬†enseignant¬†¬Ľ leur ex-conseiller juridique. En cas de refus d’obtemp√©rer, la direction se voyait infliger une sanction administrative. Pour ma part, je vis seule avec un gar√ßon qui fait des √©tudes universitaires et j’avais grand besoin de ces revenus. D’autant plus que, selon le classement des candidats pour l’obtention d’un poste, je suis premi√®re depuis plusieurs ann√©es d√©j√†, sans √™tre nomm√©e! Malgr√© mon √©cŇďurement li√© au fonctionnement politis√© de l’enseignement en Communaut√© fran√ßaise, j’aime toujours mon travail et je respecte mes √©l√®ves.

J’ai d√©sormais opt√© pour un horaire complet en promotion sociale, mais au service d’une commune qui reconna√ģt ma valeur.

 

 

5 F. M., Dur, dur…, DH 10/11/2004

 

Combien de temps faudra-t-il encore attendre avant que nos politiciens et autres conseillers p√©dagogiques re¬≠connaissent enfin l’√©chec total des dif¬≠f√©rentes r√©formes de l’enseignement des dix derni√®res ann√©es (p√©dagogie des comp√©tences, distinction entre √©valuation formative et certificative, r√©forme de l’orthographe, pression sur les enseignants afin que m√™me le plus fain√©ant des cr√©tins obtienne son dipl6me, menaces de recours, voire de proc√®s…) ? Pauvre (dans tous les sens du terme!) enseignant qui ne peut plus que rarement pratiquer son m√©tier: enseigner! En effet, il est plus souvent gardienne ONE, assistante so¬≠ciale¬†¬Ľ

 

6 Vossen Mia (Arel), Laissez-nous apprendre à lire et écrire à nos élèves, LS 16/11/2004

 

Dans mon √©cole, o√Ļ j’enseigne le fran√ßais en 5e Professionnel ¬ę Emploi de bureau “, 8 √©l√®ves sur 27 savent – presque ! -lire et √©crire. Certains parlent √† pei¬≠ne le fran√ßais. Ils ont r√©ussi la quatri√®me ann√©e Professionnel¬≠les. Ils ont √©t√© interrog√©s sur le roman policier, le roman fantastique, le sch√©ma narratif, le tex¬≠te argumentatif. .. et ils ne sa¬≠vent ni lire ni √©crire ! Mes coll√®¬≠gues respectent scrupuleuse¬≠ment le programme, re√ßoivent les f√©licitations de l’inspecteur… et mes √©l√®ves ne savent ni lire ni √©crire! Ils ont fait de bons con¬≠tr√īles. Contr√īle de quoi? De leur capacit√© √† m√©moriser? De leur capacit√© √† tricher?

J’aimerais, Mesdames et Mes¬≠sieurs, ministres de l’Enseigne¬≠ment, inspecteurs, que les √©l√®ves apprennent √† lire, √† √©crire. Je propose, pour y arriver, une m√©¬≠thode qui a fait ses preuves : lire et √©crire. Bien s√Ľr, certains √©l√®¬≠ves n’y arriveraient pas facile¬≠ment, pas assez vite… et nous sommes √† l’√©cole de la r√©ussite! Bien s√Ľr, les cotations ne se¬≠raient pas toujours objectives et les enseignants risqueraient des recours, des ennuis, des remar¬≠ques de l’inspecteur. Avec m√©tho¬≠de,

j’apprends √† lire et √† √©crire √†mes √©l√®ves. Ne vous demandez pas pourquoi j’ose. J’ai 59 ans et me permets ce que mes jeunes coll√®gues ne se permettent pas, par peur de sanctions: travailler dans l’int√©r√™t des √©l√®ves.

 

7 R.S. (Braine-l’Alleud), RETARD DES SALAIRES DES ENSEIGNANTS, Ciné Télé Revue 21/01/2005

 

Je suis scandalis√©e par le fait que Marie Arena d√©pense 300.000 euros pour r√©nover son bureau.¬† C’est honteux. Ma fille est institutrice en 5e primaire et elle a d√Ľ attendre le d√©but du mois de d√©cembre pour voir arriver sur son compte ses salaires des mois de septembre, octobre et novembre. Trois mois de retard √† cause des lourdeurs administratives dans l’enseignement. D√©j√† que les instits ne gagnent pas gros (+- 1.200 euros)… En attendant, elle doit vivre, payer son loyer et tous les autres frais. Mme Arena se rend-elle bien compte de la situation? Non, bien s√Ľr, car elle ne doit pas attendre trois mois pour toucher son traitement mirobolant…

 

 

 

8-9 Des profs en ont marre … (DH)

ENSEIGNEMENT: ET QUOI ENCORE?, CTR 01/03/2005

 

(V.U., Bruxelles)
√áa y est, la coupe est pleine, je n’en peux plus d’entendre toutes ces pseudo nouvelles id√©es g√©niales de notre ministre-pr√©sidente en mati√®re d’enseignement ! Apr√®s celle sur les cours de latin, en voici une sur les options disponibles au 1er degr√© du secondaire. Si je comprends bien, √† ce niveau, l’√©l√®ve aura le choix de prendre en option le latin et/ou une deuxi√®me langue √©trang√®re (le n√©erlandais demeurant obligatoire). Ces options resteront valables pour le 2e degr√©. Cela est pr√©sent√© comme une r√©forme nouvelle, positive, cens√©e am√©liorer nos r√©sultats pour la prochaine enqu√™te PISA. Mais, finalement, Marie Arena n’essaie-t-elle pas juste de r√©instaurer ce qui existait avant? Prenons mon cas. J’ai fait mes √©tudes secondaires de 1990 √† 1996 √† Bruxelles. En 1 re ann√©e, j’avais un cours de latin obligatoire, que j’ai continu√© de mani√®re optionnelle jusqu’en 4e ann√©e. D√®s la 2e, j’ai suivi des cours d’anglais, √† raison de deux heures par semaine, et d√®s la 3e, j’ai pu √©galement apprendre l’espagnol (deux heures par semaine au 2e degr√© et quatre heures au 3e degr√©). Evidemment, je suivais √©galement des cours de n√©erlandais, premi√®re langue √©trang√®re obligatoire √† Bruxelles (quatre heures par semaine). Au gr√© des r√©formes de nos chers ministres en charge de l’enseignement, ce panel d’offres de langues √©trang√®res a d’√™tre limit√© au point qu’il n’√©tait plus possible d’√©tudier trois langues √©trang√®res avant la 5e… Et apr√®s, on s’√©tonne que nos ¬ę amis” socialistes pr√īnent un nivellement par le bas? Alors, Madame Arena, arr√™tez de croire que la terre enti√®re vous en veut et ne vous comprend pas. Essayez plut√īt de d√©velopper votre sens critique et analytique (que, d’ailleurs, le cours de latin permet d’acqu√©rir) !

 

(C.B., Ath)

 

Nous avons appris la nouvelle réforme souhaitée par Marie Arena. A savoir: copier
le modèle français et mettre tous les élèves du 1er degré dans un tronc commun.

Donc, supprimer l’enseignement technique et professionnel et aligner ces √©l√®ves sur l’enseignement g√©n√©ral. Nous naissons tous √©gaux, bien s√Ľr, mais il est compl√®tement utopique de croire que tous nos enfants ont les m√™mes capacit√©s.
J’enseigne dans un institut technique et professionnel, o√Ļ je rencontre chaque jour des √©l√®ves de 1√®re qui ne savent pas √©crire leur nom sans leur carte d’identit√© et sont souvent incapables de lire! Que feront-ils dans ce ¬ę tronc commun ¬Ľ ? Se d√©go√Ľter encore plus de l’√©cole? Que feront mes coll√®gues professeurs d’atelier bois ou √©lectricit√© qui travaillent √† temps plein dans le 1er degr√©? Aller pointer au ch√īmage? Quand aurons-nous un(e) ministre de l’Enseignement issu(e) de l’enseignement qui sait de quoi il (elle) parle? Mais sans doute direz-vous encore, Madame la ministre, que nous vous avons mal comprise?

 

 

10 D.M. (Liège), in : Ciné Télé Revue, 21/10/2005

 

INSTITUTRICE? NON, GENDARME

 

Ce sont des sentiments de col√®re, de temps difficiles o√Ļ l’on parle de recyclage ou m√™me de doute et de d√©motivation qui animent ma plume virtuelle. En ces

changement d’orientanon au cours d’une carri√®re, je suis ‘pour √† 100 % si c’est justifi√©. Mais quand la per¬≠plexit√© et les remises en question envahissent notre es¬≠prit au bout de cinq ans de m√©tier, c’est inqui√©tant… Je suis institutrice (pff…, encore les enseignants qui rous¬≠p√®tent!) dans une c~se de 1re primaire, dans un milieu tr√®s d√©favoris√©. J’ai choisi cette profession, en sachant qu’elle √©tait faite pour moi. MaIs, depuis les premiers

ours de la rentr√©e de septembre, je ne vais d√©j√† plus √† ‘√©cole avec le sourire. En effet, mes

coll√®gues et moi, ce n’est pas le m√©tier d’enseignante que nous exer√ßons, mais celui de gendarme, de ¬ę gardien de la paix ¬Ľ. En permanence, toute la journ√©e, nous r√©glons (entre au¬≠tres) des gros probl√®mes de violence (quand ce n’est pas nous qui la subissons !), de grossi√®ret√© et de non-respect des

autres (y compris des adultes). Je pourrais en ‘par¬≠Ier durant des pages enti√®res, mais vous ne

le crOiriez simplement pas, comme moi avant d’√™tre √† ce poste

Jamais les gen√©rations pr√©c√©dentes n’auraient os√© se comporter ainsi, et encore moins √† 6

ans… Alors, la faute √† qui? Aux parents? Oui, s√Ľrement. A la soci√©t√©? Oui, aussi. Le constat

est fait. Super. Mais comment r√©agir? Les classes seront bient√īt vides de leurs en¬≠seignants.

En tout cas, moi, √† ce tytlune-I√†, j’aurai jet√©l’√©ponge dans pas longtemps. Et je ne serai pas la

seule.

 

 

11 Alphonse Salmon (Namur), Autres temps…, in : le Vif 28/10/2005

La presse, surtout locale, a fait lon¬≠guement √©cho au camouflet que la Commission externe des recours de la Communaut√© fran√ßaise a inflig√© √† la di¬≠rection et au personnel du coll√®ge Notre-Dame de la Paix d’Erpent. Les faits sont suffisamment connus pour ne pas devoir √™tre rappel√©s dans les d√©tails. Si¬≠gnalons bri√®vement qu’un √©l√®ve de clas¬≠se terminale avait vendu √† des condis¬≠ciples les questions que son p√®re, profes¬≠seur dans le m√™me √©tablissement, se proposait de poser √† un examen tout proche. La fraude ayant √©t√© d√©couverte, la d√©lib√©ration avait renvoy√© l’int√©ress√© √† une seconde session, de laquelle celui-ci s’est dispens√© gr√Ęce √† un certificat m√©di¬≠cal fort opportun. Malgr√© l’opposition du conseil de classe, en principe souve¬≠rain, le fraudeur a obtenu de la Commission externe de recours son certificat d’humanit√©s. L’histoire ne dit pas s’il a fait un bras d’honneur √† ses ¬ę bour¬≠reaux ¬Ľ. Une ¬ę indiscr√©tion ¬Ľ similaire s’est d√©roul√©e, bien avant la guerre, dans un ath√©n√©e de la province de Luxem¬≠bourg. Le fils ¬ę corrompu ¬Ľ a √©t√© exclu d√©finitivement de l’√©tablissement et le pro¬≠fesseur s’est vu infliger un bl√Ęme officiel pour n√©gligence grave, ce qui lui interdi¬≠sait tout espoir de promotion. C’√©tait au temps o√Ļ les chefs d’√©tablissement, aujourd’hui encore responsables administrativement et p√©nalement, jouissaient d’une certaine autonomie pour diriger, en toute √©quit√©, l’√©cole dont ils avaient la charge. Ils doivent, depuis tout un temps, en faire leur deuil. S’√©tonnera-t-on encore du manque d’enthousiasme et du scepticisme de certains ensei¬≠gnants – et de certains chefs d’√©tablisse¬≠ment – sur le sens de leur mission?

 

12 Cl. Arnould (Li√®ge), Les ¬ę bonnes¬Ľ id√©es . de la FEB !, LS 16/07/2004

Proposition de la FEB, lue dans ¬ę Le Soir” du 14 juillet: les seniors pourraient se recycler vers d’autres m√©tiers – l’ensei¬≠gnement, par exemple. Voil√† une id√©e qui est bonne!

Les travailleurs, épuisés par 35 ans (ou plus) de travail haras­sant, pourraient ainsi tranquillement terminer leur carrière avec un sympathique petit métier, bien pépère, et qui ne nécessite aucune compétence particulière. Excellente préparation à la re­traite !

Je sugg√®re aussi, dans le gen¬≠re : Madame (ou Monsieur) Pi¬≠pi, surveillant de vaches dans les p√Ętures, essayeur de chausset¬≠tes, trouveur d’id√©es √† la FEB.

 

 

13 Jean-Luc Degive (La Bruyère), ECOLE FOURRE-TOUT, in : LS 02/12/2006

 

Pourquoi demander aux ins¬≠tituteurs d’inclure dans un programme d√©j√† charg√©, des activit√©s pour combattre l’ob√©sit√©, la grossi√®ret√©, la violen¬≠ce, les drogues, l’alcoolisme, la malhonn√™tet√©, pour encourager au respect de l’environnement, des biens et des personnes, pour d√©velopper la coop√©ration, pour apprendre √† g√©rer un budget et j’en passe. Autant de missions, importantes au demeurant, que d’autres acteurs de la soci√©t√© ont aussi le devoir de remplir, √† com¬≠mencer par les parents qui se d√©chargent souvent sur ceux et cel¬≠les dont la fonction premi√®re est d’enseigner et non d’√©duquer. M‚ĄĘ Arena vient de frapper un grand coup, √† grand renfort d’affi¬≠ches et d’une brochure luxueuA se : il faudrait que les profs luttent contre l’homophobie. Propo¬≠ser une r√©flexion et des le√ßons √† des enfants qui n’ont pas encore d√©couvert leur propre sexualit√©, voil√† un pas que je ne franchirai pas. (…) Et pourtant, je ne suis pas r√©trograde, intol√©rant, oppo¬≠s√© √† la diversit√©. (…)

 

 

14 E.W., ¬ę¬†Elle n‚Äôavait rien √† nous dire¬†¬Ľ, VA 24/01/2007

 

Questions sans réponse

 

P Sur le fond, M. Colot (directeur adjoint de Cousot / Dinant) se montre tr√®s direct : ¬ę Nous avons pos√© beaucoup de question √† Mme Arena, nous n’avons eu aucune r√©ponse concr√®te. Elle n’avait rien √† nous dire. Rien par exemple sur les probl√®mes d’encadre¬≠ment dans les diff√©rents r√©¬≠seaux d’enseignement. ¬Ľ

Le sous-directeur de la com¬≠munaut√© scolaire Cousot a fait part d’un autre probl√®me, que la ministre doit bien constater : ¬ęOn accueille des gens dont on ne conna√ģt rien, √† part le li¬≠vret scolaire. Nous ne savions pas que l’agresseur de Pierre Jacquet faisait l’objet d’un dossier de justice, nous l’avons appris par la presse. Il existe un cloisonnement de l’informa¬≠tion sur base du secret profes¬≠sionnel, d’accord, mais notre directeur l’a pay√© cher!¬Ľ

Il y a bien eu dialogue avec la ministre Marie Arena, mais le corps professoral de l’institut Cousot est rest√© sur sa faim.

 

15 Druet François-Xavier, La confiance en l’école, remède à la pénurie, LS 01/02/2007

Faut-il rappeler l’√©norme g√Ęchis de 1995, pour montrer les leviers que certains politiciens privil√©¬≠gient dans leur action ¬ępour¬Ľ l’√©cole? Celle et ceux qui, alors, pour √©carter quelque cinq mille en¬≠seignants ¬ętrop co√Ľteux¬Ľ, ont noirci le tableau, montr√© l’√©cole comme un lieu d’abus en tous gen¬≠res, et tent√© de d√©go√Ľter du m√©tier un quota suffisant de candi¬≠dats √† la pr√©pension, ont pris une responsabilit√© impressionnante dans le d√©clin de la formation. Ils ont sap√© la confiance en l’√©cole.

 

 

16 ENSEIGNEMENT / DH 13/03/2007

 

Faites comme je dis, pas comme…

De Guy D., par e-mail: “Mesdames Arena, Milquet, mesda¬≠mes et messieurs les S√©nateurs, d√©pu¬≠t√©s, mesdames et messieurs les mem¬≠bres de cabinets minist√©riels francophones, ne laissez pas s’il vous pla√ģt faire ces horribles ministres n√©er-landophones qui osent r√©clamer un enseignement de qualit√©! En effet, gr√Ęce √† vos efforts conjugu√©s et r√©p√©¬≠t√©s depuis des d√©cennies, nous avons maintenant un enseignement franco¬≠phone digne d’une r√©publique bana-ni√®re (chiffres √† l’appui !). Le nombre important de parents unilingues fran¬≠cophones souhaitant inscrire leurs en¬≠fants dans une √©cole n√©erlandophone devrait √™tre un aveu chiffr√© de votre √©chec. Pendant ce temps, mes enfants, adolescents trilingues comme leurs parents, accumulent les jobs d’√©tu¬≠diants int√©ressants et se constituent leur carnet d’adresses. Et comme ils sontpartageurs, ils ont soin de laisser aux autres les emplois de caissi√®res, r√©assortisseur, et autres vendeurs de hamburgers, de gaufres ou de glaces, ou le trilinguisme est souvent exig√© par un g√©rant. . . unilingue ! Une des preuves de la qualit√© de cet enseigne¬≠ment, c’est que nous avons eu d’ailleurs le plaisir d’accueillir dans no¬≠tre √©cole n√©erlandophone, dans un quartier bruxellois r√©put√© bourgeois, la fille d’un s√©nateur r√©publicain ultra¬≠gauchiste. . . Il serait int√©ressant de sa¬≠voir dans quel r√©seau et dans quel quartier √©tudient les enfants de nos di¬≠rigeants qui sont en faveur de la mixit√© sociale dans l’enseignement. . . Faites comme je vous dis de faire, mais ne fai¬≠tes surtout pas comme je fais. . .”

 

 

17 F.T. (Couvin), LA GROGNE D’UNE ENSEIGNANTE, in¬†: CTR 23/03/2007

 

Etre prof? Facile avec tous ces cong√©s, les heures scolaires… Halte √† ces pr√©jug√©s ! Je suis une jeune enseignante et, jusqu’il y a peu, je pensais exercer le plus beau m√©tier du monde. Apr√®s avoir √©t√© l’objet de moqueries grossi√®res de la part des √©l√®ves, je me demande quel est le r√īle des instits √† l’heure ac¬≠tuelle. Les principes de base de l’√©ducation ne sont plus inculqu√©s √† domicile. Les parents soutiennent de plus en plus leurs enfants. Il ne nous est plus loi¬≠sible de les punir, nous devons tout accepter : leur agressivit√©, la col√®re des adultes… Si les mentalit√©s continuent √† √©voluer dans ce sens, attendez-vous, chers parents, √† devoir instruire vous-m√™mes vos enfants !

 

 

18 Viviane Bouhon-Linotte (Hte Ecole de Bruxelles (De Fré)), Sois prof et …, LS 14/12/2001

 

La politique de l’√©chec √† l’√©chec en mati√®re scolaire a √©chou√©. La Communaut√© fran√ßaise est ridi¬≠cule, et le temps est venu de chercher des responsables, des boucs √©missai¬≠res, des t√™tes de Turcs, une fois de plus. On parle √† tort et √† travers de la formation des ma√ģtres, de la d√©mission des parents, de la paresse des jeunes, de la t√©l√©vision, de l’attrait de la facilit√©. C’est comme si, en Commu¬≠naut√© fran√ßaise, on subissait plus qu’ailleurs les effets de l’√©volution du monde. Chacun y va de ses explica¬≠tions cat√©goriques et d√©finitives.

 

19 Marcel Vincent (Beauvechain), Enseignement : des opinions contrastées, Le Vif 11/01/2002

 

Professeur de fran√ßais et d’histoire depuis trente-cinq ans, je d√©sire donner l’avis d’un ¬ę homme de terrain¬Ľ sur la ¬ę faillite¬Ľ de l’enseigne¬≠ment secondaire en Communaut√© fran¬≠√ßaise. D’abord,je veux dire les raisons de cet √©chec, malgr√© tout relatif:

  1. L’enseignement r√©nov√© et son ¬ę b√™ti¬≠sier¬Ľ : l’exigence et la rigueur d√©lais¬≠s√©es au profit de la facilit√©. (…)
  2. L’incomp√©tence, m√™l√©e au d√©sir de r√©former, de nos hommes et femmes politiques.(…)
  3. La d√©motivation profonde de beau¬≠coup de professeurs. La profession a √©t√© d√©valoris√©e, prol√©taris√©e m√™me. Il faudra attendre 2004 pour avoir ¬ę une cro√Ľte de pain ¬Ľ. Lamentable! (…)
  4. L’ineptie de la Communaut√© fran√ßai¬≠se qui ne g√©n√®re aucune plus-value, qui mendie toujours et qui est toujours en d√©ficit.

Au-del√† des critiques, ce qui est es¬≠sentiel pour ¬ę remonter la pente¬Ľ :

  1. Revaloriser pécuniairement, de manière substantielle, les enseignants.
  2. Am√©liorer la formation des enseignants : pourquoi ne pas cr√©er une ¬ę li¬≠cence de l’enseignement ¬Ľ, articul√©e sur l’universit√© et sur les √©coles normales?
  3. Rendre l’enseignement √† ceux et √† celles qui le vivent sur le terrain; res¬≠taurer la confiance et, surtout, faire en sorte que l’exigence, la connaissance, l’apprentissage, les exercices √† l’√©cole et √† domicile retrouvent leur importance.

4 Vouloir que l’√©cole ne soit pas seule¬≠ment le reflet de la r√©gion o√Ļ elle se situe mais, au contraire, apporte les compensations aux jeunes de cette r√©gion: l’enseignement n’a de valeur que s’il tire vers le haut!

5 Prendre conscience que ¬ę donner des chances √©gales pour tous¬Ľ ne signifie pas ¬ę √©galitarisme¬Ľ et, par cons√©quent, esp√©rer que la Wallonie se d√©tache d’un socialisme collectiviste d√©bilitant. (‚Ķ)

 

 

20 Caroline Pisonier (Waterloo), Enseignement/ Je suis d√©go√Ľt√©e, LB 22/08/2002

 

JE SUIS ENSEIGNANTE EN MA¬≠TH√ČMATIQUES √† la Commu¬≠naut√© fran√ßaise, six ans de car¬≠ri√®re, toujours temporaire. j’ai choisi ce m√©tier par vocation et jusqu’√† aujourd’hui je ne le regrettais pas. J’ai toujours r√©ussi √† passer au-dessus du manque de consid√©ration que l’on avait pour “les profs”. Mais aujourd’hui, une goutte d’eau fait d√©border le vase. Monsieur le Ministre Hazette a d√©cid√© que notre ann√©e sco¬≠laire se terminait le 28 juin et non le 30 juin. Les 29 et 30 juin √©tant un samedi et un di¬≠manche. Pourtant notre C4 est dat√© au 30 juin. C’est du vol. Pas un hold-up, mais un vol √† la tire, 95 euros, qu’on nous subtilise habilement. Comme nous sommes pay√©s avec un mois de retard, nous constatons cela d√©but ao√Ľt lorsque tout le monde est en cong√©. Personne ne r√©pond √† mes lettres. C’est du m√©pris.

J’ai vraiment l’impression d’√™tre un pantin…

Je suppose que pour l’ann√©e prochaine on d√©cidera de ne plus payer les cong√©s scolai¬≠res, les jours f√©ri√©s, les same¬≠dis et les dimanches. Quoi de plus normal, n’est-ce pas, puis¬≠qu’on ne preste pas ces jours-l√† ?

Je n’ai qu’une seule chose √† lire, aujourd’hui, je suis d√©go√Ľt¬≠√©e..

Pirre Godin (professeur à l'UCL), Bilingues ? Par décret! (ou Comment la régionalisation due à des collabos francophiles unilingues racistes empêche les Belges du sud d'être bilingues) (LB, 20/03/1996)