50 scandales au PTB-PVDA 50 schandalen bij de PVDA-PTB

Extraits de:  

Pascal Delwit, PTB, éd. Luc Pire, 2014

 

(p.11) Le parti est engag√© dans une op√©ration syst√©matique visant √† sup¬≠primer tout ce qui fut un jour accessible sur la toile. Les archives de Solidaire ne sont plus accessibles avant 2008 et les textes des s√©minaires communistes internationaux ne le sont pas davantage avant cette date. Les sites qui les h√©bergeaient ont √©t√© ferm√©s. Des propos ¬ę compromettants ¬Ľ sur la cuisine sont aussi √īt√©s du net ou de la biblioth√®que du parti. Pour le PTB, l’enjeu est de ne parler que de la salle de restaurant. Et en pr√©sence de quiconque s’int√©resse √† autre chose, il convient de louvoyer et de mettre les rieurs de son c√īt√©. Non, non, comme le dit son porte-parole Raoul Hedebouw, le PTB n’est pas un parti de bisounours. La formule est plaisante. Mais qu’est-ce √† dire r√©ellement ?

 

(p.21) En 1928, le Pl√©num de l’Internationale communiste adopte la strat√©gie de classe contre classe. Celle-ci vise particuli√®rement la France et la Grande-Bretagne. Au nom d’une radicalisation sup¬≠pos√©e des masses, ce tournant √† gauche assimile la social-d√©mo¬≠cratie √† la bourgeoisie dans un premier temps, au fascisme en seconde approche. Toute collaboration est proscrite, a fortiori toute alliance √©lectorale, f√Ľt-elle simplement la dynamique de d√©sistement r√©publicain. La strat√©gie de classe contre classe se donne aussi pleinement √† voir en Allemagne, o√Ļ elle prend une tournure dramatique pour le mouvement ouvrier. En 1931, le KPD se voit imposer de prendre part au r√©f√©rendum hostile au gouvernement social-d√©mocrate de Prusse, initi√© par le Parti national-socialiste. ¬ę D’abord porter un coup mortel √† la social-d√©mocratie ¬Ľ avant de se tourner contre ces derniers, √©crit Die Internationale en 1932. Jusqu’√† l’accession d’Hitler √† la Chancellerie, en janvier 1933,le Parti social-d√©mocrate allemand est vilipend√© et d√©nonc√© comme social-fasciste. Pour le KPD, qui relaie fid√®lement les th√®ses de Moscou, l’obstacle principal √† l’√©mancipation et au d√©veloppement du mouvement ouvrier allemand est le SPD. Le 1¬ę f√©vrier…¬†¬† 1933, le Secr√©taire g√©n√©ral du KPD estime ainsi qu’un ¬ę tournant des forces de classe en faveur de la r√©volution prol√©tarienne ¬Ľ s’est produit. Un mois plus tard, le KPD est interdit et subit une r√©pression impitoyable. Les choix de Staline et du (p.22) ont conduit √† l’effondrement total du communisme allemand.

 

(p.48) (1962) Jacques Grippa est alors une figure prestigieuse du parti commu¬≠niste. Grand r√©sistant qui s’√©tait tu sous la torture, Grippa incarne un symbole de la puret√© r√©volutionnaire. Longtemps responsable des relations internationales du parti, il avait fait plusieurs voyages en Chine qui l’avaient √©bloui.

 

(p.48) Au printemps 1963, le congr√®s f√©d√©ral bruxellois donne √† voir une tr√®s √Ępre joute entre les deux sensibilit√©s. Pendant deux jours, les deux parties s’affrontent pied √† pied. Et √† son terme, la minorit√© prochinoise agr√®ge un tiers des congressistes57. La rup¬≠ture est quasi consomm√©e. Elle intervient quelques semaines plus tard. Au congr√®s national, Jacques Grippa et trois cadres bruxel¬≠lois sont exclus. L’unit√© communiste belge a v√©cu. L’aile mao√Įste du PCB le quitte. Parmi les dissidents les plus notoires, on rel√®ve Henri Glineur, Xavier Relecom, Maurice Delogne, Arnold Hauwaert, Maurice Massoz, Ren√© Raindorf, D√©sir√© Trifaux, Achile Van Turnhout, Albert Faust, Michel Graindorge ou encore Hertz et Yvonne Jospa58.

Pour ces militants, l’URSS ne fait plus r√™ver. Elle n’est plus la grande patrie du socialisme qui a fray√© la voie. Les √©poux Jospa, fid√®les militants communistes, sont par exemple revenus d√©sabu¬≠s√©s d’un voyage en Union sovi√©tique59.

 

57 Martel Liebman, ¬ę R√©visionnisme et marxisme-l√©ninisme dans le com¬≠munisme belge ¬Ľ, Temps modernes, 1964, n¬į 219-220, p. 468.

58 Manuel Abramowicz, ¬ę Le parti prochinois en Belgique dans son contexte historique 1963-1989 ¬Ľ, Dissidence, 2009, n¬į 7, p. 94-95.

59 Jean-Philippe Schrciber, ¬ę Introduction ¬Ľ, in Hertz Jospa. Juif, r√©sistant,
communiste, Bruxelles, EVO, 1997, p. 10.

 

 

(p.49) La scission prochinoise b√©n√©ficiera d’un exceptionnel soutien logistique et financier en provenance de P√©kin. Une d√©l√©gation du nouveau parti compos√©e de Jacques Grippa, Henri Glineur, Ren√© Raindorf, Arnold Hauwaert et Madeleine Chapellier-Grippa est accueillie en grande pompe le 20 mai 1964 √† P√©kin par Deng Xiaoping et Kang Sheng. Pour le PCC, le Parti communiste belge prochinois est consid√©r√© comme une organisation-pivot pour faire rayonner les th√®ses chinoises dans le mouvement communiste europ√©en. Cette donn√©e explique l’ampleur de la scission sans √©quivalent en Europe63. Selon l’estimation d’Alphonse Bonenfant, le parti b√©n√©ficie de pas moins de 60 permanents pour un nombre

 

60 Jean-Marie Faux, ¬ę Hertz ec Hava Jospa ¬Ľ, in Hertz, Jospa. Juif, r√©sistant, com¬≠muniste, op. cit., p. 29.

61 Marcel Liebman, ¬ę R√©visionnisme et marxisme-l√©ninisme dans le commu¬≠
nisme belge ¬Ľ, temps modernes, 1964, n¬į 219-220, p. 469.

62 Nicolas Naif, op. cit., p. 54.

63 Fran√ßois Fejt√ī, Dictionnaire des partis communistes et des mouvements r√©volu¬≠tionnaires, Paris, Casterman, 1971, p. 87.

 

(p.50) d’adh√©rents voisinant quatre cents64. Largement financ√©s par la Chine, les communistes grippistes fondent plusieurs organisations propres : l’Action pour la paix et l’ind√©pendance des peuples (APIP), la Marche anti-atomique des jeunes, le Comit√© belge de solidarit√© avec le peuple du Sud-Vietnam futur Comit√© Solidarit√© Belgique-Vietnam, le Comit√© contre la prescription des crimes nazis, les Comit√©s d’action anti-imp√©rialiste des jeunes65

Pour autant, les communistes marxistes-l√©ninistes n’op√®rent qu’une perc√©e tr√®s limit√©e lors du scrutin national de 1965, au cours duquel le PCB-KPB glane, lui, un tr√®s bon score. Cette phase est suivie d’une intense discussion dans leurs rangs quant √† l’appr√©¬≠ciation sur les √©volutions en Chine. Lorsque la r√©volution culturelle est lanc√©e, Jacques Grippa soutient la ligne de Liu Shaoqi contre Mao Ts√©-toung. Ce choix g√©n√®re une dissidence et l’√©tablissement d’une nouvelle formation, le Parti communiste marxiste-l√©niniste de Belgique (PCMLB), dont les figures principales sont Michel Graindorge, Jules Vanderlinden, Xavier Relecom, Marthe Huysmans, Henri Glineur, Emile Remy, Fernand Lefebre, Jacques Wattiez et Jean-Claude Cols. Celui-ci a pour ambition de d√©fendre et propager le ¬ę marxisme-l√©ninisme de la pens√©e de Mao Ts√©-toung66 ¬Ľ. Jusqu’en 1978, cette formation est la seule √† entretenir des relations directes avec le Parti communiste chinois67 et lance la publication du p√©riodique Clart√©.

64 Alphonse Boncnfant, ¬ę L’√©volution du grippismc en Belgique ¬Ľ, rapport pour la CCP, janvier 1968, in√©dit in Milou Rikir, Le PCB et la scission grippiste”de 1963, Bruxelles, Carcob, 2002, p. 25.

65 Claudine Marissal, √Čliane Gubiii, Jeanne Vmheval. Un engagement social et f√©mi¬≠niste, Bruxelles, Institut pour l’√©galit√© des femmes et des hommes, 2011, p. 35.

66 Manuel Abramowicz, op. cit., p. 96.

67 Jan Buelinckx, Radicaal-links in Bclgi√ę en de val van de Muur. Hoe overleefden de KP, de SAP en de PVDA de val van het ‘re√ęel bestaande socialisme’?, m√©moire Universit√© de Gand, 2001-2002.

 

¬†(p.78) ¬ę Vous savez, le PTB, c’est un parti de la petite bourgeoisie moyenne flamande catholique ¬Ľ, nous a dit un ancien dirigeant. Comparant AMADA √† rUC(ml)B, France Blanmailland pointe aussi cet √©l√©ment : ¬ę Mais n’oubliez pas que la culture des deux √©tait tr√®s diff√©rente. √Ä AMADA, la tr√®s grande majorit√© venait d’un horizon tr√®s catholique: familles nombreuses, coll√®ges,… alors qu’√† l’UC(ml)B, beaucoup sortaient de l’ULB136. ¬Ľ Comme le pointe alors Jean-Marie Chauvier, on ne peut saisir l’√©mergence d’AMADA, sa radicalit√©, mais aussi le registre de la croyance en la r√©volution sans prendre en consid√©ration le ¬ę r√īle important jou√© par la crise au sein des institutions catholiques137 ¬Ľ.

C’est que, pour certains, la voie prom√©th√©enne de la r√©volu¬≠tion socialiste s’assimile √† un changement de chapelles. Nous y reviendrons, la croyance est dans une certaine mesure au cŇďur du projet et de l’action d’AMADA puis du PTB. Croyance en la r√©volution socialiste, dans le r√īle dirigeant de la classe ouvri√®re dans l’av√®nement du socialisme, dans l’engagement presque sacri¬≠ficiel qui est r√©clam√© des militants. De mani√®re significative, plu¬≠sieurs actions √©tudiantes ou comportements du SVB, du MLB ensuite, ou d’AMADA font r√©f√©rence √† une rh√©torique religieuse. Les ¬ę missions ¬Ľ et le travail d’¬ę apostolat ¬Ľ138 sont ainsi souvent point√©s.

 

135 Henri Goldman, ¬ę Wilfried et Ludo ¬Ľ, Cahiers marxistes, mai-juin 1988, n¬į 160, p. 21.

136 Entretien avec France Blanmailland, Bruxelles, 2 ao√Ľt 2012.

137 Jean-Marie Chauvier, ¬ę “Gauchisme” et nouvelle gauche en Belgique. I. ¬Ľ, Courrier hebdomadaire du CRISP, 20 avril 1973, n¬į 600-601, p. 7-8.

138 Ibid., p. 25-26.

 

(p.147) ¬†En Belgique, plusieurs adh√©rents du PTB rejoindront d’ailleurs les rangs d’Ecolo ou d’Agalev.

 

(p.152) Il en va de m√™me pour la Chine et la figure de Mao. Dans la pr√©paration du deuxi√®me congr√®s du Parti du travail, Ludo Martens se doit de l’aborder sans pour autant juger erron√©es les prises de positions ant√©rieures :

¬ę En Chine m√™me, de grands changements ont √©t√© op√©r√©s : une s√©rie de th√®ses fondamentales de la r√©volution culturelle (1966-1976) ont √©t√© criti¬≠qu√©es. Beaucoup de marxistes-l√©ninistes ont d√©fendu aveugl√©ment la r√©volution culturelle en 1966-1969 et ceci √©tait normal au d√©but du mouve¬≠ment marxiste-l√©niniste250. ¬Ľ

 

(p.154) Par ailleurs, dans les circons¬≠tances d’h√©ritage, d’avances sur h√©ritage, de dons importants, le cadre ¬ę compl√®te sa r√©serve jusqu’√† un montant √©quivalent √† un revenu annuel ¬Ľ. Le solde est donn√© au parti. En la mati√®re, le rappel est pressant et s’articule √† un r√©f√©rentiel id√©ologique implacable :

¬ę Les h√©ritages sont des revenus pour lesquels on n’a pas travaill√© soi-m√™me. Les h√©ritages, surtout les grands, sont souvent de la plus-value arrach√©e √† la classe ouvri√®re. En tant que communistes, nous partons du principe que chacun doit travailler pour son revenu : l’argent qui n’est pas gagn√© par son propre travail va au parti257. ¬Ľ

Ajoutons que toute maison h√©rit√©e est donn√©e au parti. Les cadres qui ont cach√© leur h√©ritage pour acheter une maison ont donc commis une ¬ę infraction grave √† l’esprit du parti et √† la dis¬≠cipline258 ¬Ľ. L’achat d’une maison est d’ailleurs totalement pro¬≠hib√©259. Pour une raison somme toute bancale : le militant, totalement disponible, peut √™tre transf√©r√© √† tout moment dans un autre espace pour une action ou une implantation du parti. Tout cadre qui d√©rogerait √† cette r√®gle serait d’ailleurs imm√©diatement d√©mis de ses fonctions260. Un ancien permanent nous confirme :

 

  • , p. 23.
  • I bid., p. 28-29.
  • ,?. 30.
  • , p. 42.
  • ,?. 45.

 

¬†(p.155) ¬ę Tu ne pouvais pas acheter une maison ou quelque chose comme √ßa. Tu ne pouvais pas √™tre d√©pendant financi√®rement, car si le parti d√©cidait que tu devais demain aller √† Huy, eh bien ! tu allais √† Huy. Donc, surtout aucun lien avec une maison. Il y avait une chape gigantesque. Tu n’avais pas de vie priv√©e. C’√©tait impossible. ¬Ľ

 

(p.167) Une r√©√©valuation progressive de l’essence du r√©gime sovi√©tique et de l’histoire de l’URSS se dessine. Elle s’√©tend m√™me aux d√©mocra¬≠ties populaires d’Europe centrale et orientale. Un temps c√©l√©br√© dans le cadre de la lutte contre le ¬ę social-fascisme ¬Ľ, Lech Walesa, le cha¬≠rismatique dirigeant du syndicat polonais Solidarit√©, devient √† son tour vilipend√©. La R√©publique d√©mocratique allemande sous la hou¬≠lette d’Erich Honecker est d√©sormais vant√©e pour ses… succ√®s. L’accession de Mikha√Įl Gorbatchev au poste de Secr√©taire g√©n√©ral du PCUS, le 11 mars 1985, et le lancement de la perestro√Įka (la restruc¬≠turation) et de la glasnost (la transparence) √©branlent plus encore les certitudes. La dynamique en URSS et les interrogations dans le PTB obligent le parti √† se repositionner. Le parti confesse que des ¬ę th√®ses essentielles de 1979 ¬Ľ √©taient erron√©es. En ao√Ľt 1987, le comit√© cen¬≠tral, √† l’unanimit√© moins quatre abstentions, estime qu’il s’impose de r√©√©valuer ses th√®ses sur l’URSS286.

 

285 Ludo Martens, ¬ę Van Geyt en Chine : vers la grande r√©conciliation ? ¬Ľ, Soli¬≠daire, l juin 1983.

286 Ludo Martens, De Tien tin Men à Timisoara. Luttes et débats au sein du PTB(1989-1991), Anvers, EPO, 1994, p. 152.

 

(p.168) Au final, l’organisation adopte une position pour le moins surprenante sur l’URSS et l’action du Secr√©taire g√©n√©ral du PCUS. Le PTB se refuse √† choisir. Les cadres peuvent tout aussi bien consid√©rer que ¬ę Gorbatchev est un v√©ritable marxiste-l√©ni¬≠niste ¬Ľ et argumenter sur cette base, que juger qu’il est un ¬ę r√©vi¬≠sionniste et un social-imp√©rialiste ¬Ľ288 ! En revanche, le soutien √† Staline est consensuellement r√©affirm√©.

 

(p.170) 1989 est une ann√©e funeste pour le PTB. Trois faits majeurs l’affectent tr√®s durement. Le premier est bien √©videmment la chute du mur de Berlin et l’effondrement des d√©mocraties popu¬≠laires en Europe centrale et orientale. Dix ans plus t√īt, l’organisa¬≠tion mao√Įste aurait peut-√™tre c√©l√©br√© cet √©v√©nement. Mais en 1989, il intervient alors m√™me que le PTB avait reformul√© son appr√©ciation sur ces r√©gimes, tout particuli√®rement la RDA, et √©tait devenu l’un de leurs plus fid√®les soutiens. Le m√™me pro¬≠bl√®me se posera d’ailleurs lors de l’implosion et de la disparition du r√©gime sovi√©tique, en 1991. Le second est le d√©veloppement du mouvement √©tudiant et d’une partie de la soci√©t√© civile en Chine, qui conduit au mouvement social de la place Tien an Men, durement r√©prim√© par le r√©gime au d√©but du mois de juin. Le troisi√®me est une nouvelle crise qui frappe le parti eu √©gard √† son positionnement sur ces questions.

En Chine, les événements de la place Tien an Men font tan­guer le parti. La couverture des événements passe par quatre

(p.172) phases. En premi√®re approche, c’est un relatif silence qui pr√©vaut. D’avril √† fin mai, le parti et son hebdomadaire sont muets sur l’effervescence qui anime la communaut√© √©tudiante chinoise. Seul un √©ditorial de Kris Merckx traite de la situation pour d√©noncer l’anticommunisme. Bien mal inspir√©, Merckx traite les soldats chinois ¬ę d’enfants de chŇďur compar√©s √† nos gendarmes belges √† la g√Ęchette l√©g√®re et munis de boucliers et de matraques290 ¬Ľ.

Puis, dans le dernier num√©ro de mai, un article sous la plume de Serge Thiry aborde pour la premi√®re fois le sujet. L’approche est pond√©r√©e et m√™me bienveillante pour les revendications √©tudiantes. Bien √©videmment, il y a des influences √©trang√®res, bien s√Ľr, la confiance est maintenue au Parti communiste chinois, mais un appel √† l’√©coute de revendications des √©tudiants est toutefois sug¬≠g√©r√© et la reconnaissance de leur impact est attest√©e :

¬ę Ind√©pendamment des objectifs conscients des diri¬≠geants √©tudiants, ind√©pendamment des influences id√©ologiques, politiques, voire mat√©rielles, de l’imp√©¬≠rialisme, il est incontestable que les probl√®mes soule¬≠v√©s par les √©tudiants sont bien r√©els et que leurs revendications trouvent un √©cho favorable dans de larges couches de la population291. ¬Ľ

Le 4 juin 1989, l’arm√©e r√©prime massivement les √©tudiants pr√©sents sur la place Tien an Men et dans ses alentours. Le PTB entame alors une troisi√®me phase de sa couverture. Elle est enti√®¬≠rement assur√©e par Ludo Martens. Le 7 juin, le pr√©sident qualifie de ¬ę drame sanglant ¬Ľ ce qui s’est produit. Des ¬ę centaines de

 

290 Kris Merckx, ¬ę L’anti-communisme bat son plein ¬Ľ, Solidaire, 10 mai 1989.

291 Serge Thiry, ¬ę Le mouvement des √©tudiants en Chine, des probl√®mes qui sont bien r√©els ¬Ľ, Solidaire, 31 mai 1989.

 

(p.173) morts ¬Ľ sont attribu√©es √† l’arm√©e. Et le r√©gime est partiellement bl√Ęm√©, car les ¬ę moyens et les m√©thodes militaires employ√©s sont disproportionn√©s par rapport aux d√©sordres cr√©√©s par certaines fractions contre-r√©volutionnaires292 ¬Ľ. En parall√®le, Ludo Martens entame une s√©rie d’articles sur la situation de la lutte des classes en Chine, o√Ļ il en appelle √† une ¬ę rectification radicale ¬Ľ du PCC.

Dans une derni√®re phase, le PTB revoit cette description liminaire des √©v√©nements de la place Tien an Men. L’heure n’est plus √† l’ex√©g√®se. La Chine communiste a agi l√©gitimement d’une main de fer pour mater les forces contre-r√©volutionnaires et le mouvement √©tudiant petit-bourgeois. Nous le verrons, l’√©valua¬≠tion sur le bilan humain des √©v√©nements de la place Tien an Men est r√©√©valu√© √† la baisse. ¬ę Nous avions fait un num√©ro de Solidaire qui condamnait prudemment le choix du PCC. Et Ludo est arriv√©, et il a tout chang√©. Et c’√©tait : “Tout √ßa, c’est contre-r√©vo¬≠lutionnaire et pilot√© par l’√©tranger.” On a eu une r√©union ouverte o√Ļ on pouvait soi-disant s’exprimer. Mais Ludo Martens a eu une ligne plus ferme que les Chinois eux-m√™mes. √Ä ce moment-l√†, j’ai consid√©r√© que ce parti n’√©tait pas d√©mocratique, que j’avais ferm√© les yeux sur beaucoup de choses pendant longtemps, mais que maintenant il devenait clair que ce parti ne pouvait plus se transformer de l’int√©rieur. Et que ses positions emp√™chaient qu’il puisse √™tre un parti progressiste et qu’il se coupait des larges masses ¬Ľ, pr√©cise un ancien de l’√©quipe de Solidaire.

 

292 Ludo Martens, ¬ę Les origines du drame sanglant en Chine ¬Ľ, Solidaire, 1 juin 1989.

 

(p.174) Le 15 novembre, Solidaire titre en une : ¬ę RDA : Les commu¬≠nistes veulent reconstruire la confiance du peuple ¬Ľ et d√©veloppe, sous la plume de Tino Delabie, l’id√©e que ¬ę le socialisme reste debout ¬Ľ293. Pour preuve, un meeting du SED aurait rassembl√© des dizaines de milliers de personnes. Par la suite, les √©v√©nements en Europe centrale ne sont quasiment plus comment√©s. Et en d√©cembre, le parti ne peut que d√©noncer cette contre-r√©volution maniganc√©e de l’ext√©rieur. La r√©v√©lation de la manipulation de Timisoara est un levier auquel le PTB se raccroche pour √©tayer la preuve de l’action organis√©e contre les r√©gimes d’Europe centrale et orientale. Un massacre avait √©t√© annonc√© et comment√© dans cette ville √† l’extr√™me Ouest de la Roumanie. C’√©tait un montage, malgr√© tout largement relay√© par les m√©dias. La preuve est l√†. Il s’agit d’une v√©ritable contre-r√©volution. Et la mise en sc√®ne de Timisoara en est la plus √©loquente illustration. Pas de doutes, les mouvements sociaux de d√©cembre qui d√©bouchent sur la chute du Ceaucescu sont pilot√©s par des forces de droite anti-imp√©ria¬≠listes. Les choix du parti sur les √©v√©nements en Roumanie sus¬≠citent en interne un malaise d√©j√† palpable apr√®s les prises de position sur la r√©pression en Chine. Certains cadres n’acceptent pas le propos stalinien et ferm√©.

  • Solidaire, 15 novembre 1989.

 

(p.175) Pour Ludo Martens, cette posture est une mauvaise analyse l√©niniste. La bonne est d√©livr√©e par le parti : ¬ę La Roumanie de Ceaucescu a conserv√© de nombreux principes fondamentaux. Nous avons beaucoup de critiques sur la mani√®re dont le parti a

(p.176) travaill√©. Mais la Roumanie a toujours affirm√© son ind√©pendance envers l’Europe, les √Čtats-Unis et l’Union sovi√©tique. De plus, la Roumanie a collectivis√© les moyens de production, qui sont entre les mains du peuple. La Roumanie √©tait donc un Etat socialiste. ¬Ľ Point. Le d√©bat est clos. Et face aux questionnements anticommu¬≠nistes de Humo ou du journal De Morgen, les militants ont une triple attitude √† observer. Ils doivent d’abord √©tudier et analyser compl√®tement le d√©veloppement de Ludo Martens dans Solidaire de mani√®re √† pouvoir en discuter en r√©union de cellule. Surtout, tout membre confront√© au ¬ę groupe anti-parti ¬Ľ doit imm√©diate¬≠ment saisir la Direction quotidienne du parti. Enfin, ils doivent prendre contact aussi vite que possible avec les sympathisants de l’entreprise ou du quartier pour anticiper tout vague √† l’√Ęme, voire toute d√©fection.

Plus largement, pour le pr√©sident du parti, la r√©action doit √™tre √† la mesure de l’audacieuse indiscipline. C’est que, comme le rappelle Kris Merckx, les √©v√©nements de la place Tien an Men ont g√©n√©r√© une tr√®s haute tension politique dans le parti296. Ces cadres se sont ralli√©s √† la ¬ę d√©mocratie imp√©rialiste ¬Ľ et ont √©t√© contamin√©s par la vaste campagne contre le camp socialiste, juge Ludo Martens. Le pr√©sident du parti publie alors un livre sous la forme d’un br√Ľlot sans nom : De Tien an Men √†… Timisoara, luttes et d√©bats au sein du PTB (1989-1991). Chaque membre a l’imp√©rieuse obligation de le lire et de l’analyser scrupuleusement. ¬ę Oui, en principe… ¬Ľ, nous ont pr√©cis√© plusieurs membres du PTB. Mais Nadine Rosa-Rosso est plus cat√©gorique : ¬ę Tout le parti l’a lu ! C’√©tait obligatoire. Et il y avait des s√©minaires de for¬≠mation… De m√™me qu’f/w autre regard sur Staline. C’√©tait obli¬≠gatoire. Les autres, c’√©tait plut√īt conseill√©297. ¬Ľ

 

  • Jan Buelinckx, cit.
  • Entretien avec Nadine Rosa-Rosso, Bruxelles, 4 juillet 2012.

 

(p.184) Cette r√©affirmation a avant tout une port√©e interne. Il ne faut pas l’oublier, ¬ę la lutte contre l’Ňďuvre de Staline est, pour l’essentiel, la lutte contre le communisme316 ¬Ľ. C’est que dans les rangs du PTB, le pr√©sident du parti per√ßoit l’Ňďuvre de Staline comme ¬ę tu√©e en douceur ¬Ľ dans plusieurs secteurs de l’organisa¬≠tion :

¬ę Les positions adopt√©es officiellement depuis la lutte contre le courant liquidateur en 1983 n’ont pratiquement aucun effet. Au cours de ces dix ans, combien de membres et de cadres ont √©tudi√© quelques livres traitant de l’exp√©rience historique du parti bolchevik et quelques textes de Staline317 ? ¬Ľ

 

315 Ludo Martcns, ¬ęR√©flexions sur la contre-r√©volution √† l’Est¬Ľ, Contradic¬≠
tions,
1990, n”62, p. 94.

316 Id., De Tien an Men √† Timisoara…, op. cit., p. 170.

317 Ibid., p. 175.

 

(p.186) Le premier, La contre-r√©volution de velours, se veut une analyse du mouvement contre-r√©volutionnaire qui a tu√© le socialisme en Europe centrale et orientale. Le deuxi√®me, Un autre regard sur Staline, est une Ňďuvre de sauvegarde du patrimoine, de la substantif√ģque moelle, du socialisme. Le livre est toujours consid√©r√©, dans la mouvance des organisations marxistes-l√©ninistes, comme le principal ouvrage d√©di√© aux apports et √† la personnalit√© de Staline. En la mati√®re, l’ambition de Ludo Martens n’est pas mince. Il s’agit, ni plus ni moins, de porter une contradiction ¬ę d√©finitive ¬Ľ aux propos anti-staliniens pr√©sents, depuis 1956, dans les organisations de gauche. Aussi, toutes les organisations communistes et r√©volutionnaires de par le monde ¬ę se verront oblig√©es de r√©examiner les opinions et les jugements qu’elles ont formul√©s depuis 1956 sur l’Ňďuvre de Staline321 ¬Ľ. Sans surprise, c’est une r√©habilitation en bonne et due forme de Staline et du Parti communiste chinois qui, apr√®s 1956, est rest√© dans la voie qu’il a trac√©e et qui l’a soutenu contre l’offensive khrouchtch√©vienne.

N√©anmoins, il est possible de relever certaines nouveaut√©s. Fait exceptionnel dans les textes du PTB, le testament de L√©nine est abord√©. Le ¬ę testament de L√©nine ¬Ľ est le dernier texte que L√©nine ait √©crit avant son d√©c√®s en janvier 1924. Ce texte est tout sauf anodin, dans la mesure o√Ļ il se pr√©sente, entre autres, comme un r√©quisitoire √† l’encontre de Staline. Aussi est-il ¬ę douloureux ¬Ľ pour les organisations marxistes-l√©ninistes et, d√®s lors, quasiment jamais √©voqu√©. Plusieurs membres que nous avons interview√©s nous ont d’ailleurs confess√© ne pas du tout avoir connaissance de ce document et n’en avoir jamais entendu parler lors des forma¬≠tions. Il est d√®s lors notable que Ludo Martens l’aborde. Le pro¬≠pos est vite exp√©di√©, mais il est pr√©sent, ce qui est d√©j√† significatif.

 

321 Id., Un autre regard sur Staline, Anvers, EPO, 1994, p. 9.

 

(p.187) Pour le pr√©sident du PTB, c’est un L√©nine ¬ę sentant sa fin proche ¬Ľ qui tenta de traiter certaines questions essentielles. Mais il ne les ¬ę ma√ģtrisait plus ¬Ľ. Aussi – et la rh√©torique √† l’endroit de L√©nine est aussi exceptionnelle que, sinon fausse, √† tout le moins tr√®s discutable ‚ÄĒ ce texte est-il d’une ¬ę incoh√©rence √©tonnante, manifestement dict√© par un homme malade et diminu√© ¬Ľ. L√©nine se serait laiss√© influencer par sa femme Kroupska√Įa, √† laquelle Staline aurait adress√© ¬ę quelques mots trop rudes ¬Ľ322. La demande de d√©mission du Secr√©taire g√©n√©ral, de Staline donc, que formule L√©nine dans ce texte ne pourrait s’appr√©cier et se comprendre que dans ce contexte.

Pass√©e cette √©vocation, le propos est lin√©aire : L√©nine a d’em¬≠bl√©e tout compris, et Staline a poursuivi et am√©lior√© les choses par la suite. Tout est justifi√©. Pour ce faire, Ludo Martens contredit, sans les citer, l’essentiel des travaux en sciences historiques. Et pour cause, cette litt√©rature ne peut, bien entendu, qu’√™tre anti¬≠communiste. La collectivisation forc√©e, une erreur et une ter¬≠reur ? Nullement, il ne s’agit ni d’une d√©cision du parti, ni de Staline. ¬ę C’est une contre-v√©rit√©. L’impulsion essentielle pour les √©pisodes violents de la collectivisation venait des masses pay¬≠sannes les plus opprim√©es. Elles ne voyaient pas d’issue en dehors de la collectivisation323. ¬Ľ La dramatique famine en Ukraine ? ¬ę Elle fut principalement provoqu√©e par la lutte √† mort que l’ex¬≠tr√™me droite ukrainienne livrait contre le socialisme et contre la collectivisation de l’agriculture324. ¬Ľ La grande purge et les grands proc√®s lanc√©s en 1937 ? Une n√©cessit√©, vu le complot qui se tra¬≠mait. Qu’import√© que les attendus des jugements se contredisent, le complot combin√© des trotskistes et de la Gestapo n√©cessitait une r√©action ferme :

 

322 Ibid., p. 37.

323 Ibid., p. 72.

324 Ibid., ‚ÄĘp. 122.

 

(p.188) ¬ę L’assassinat de Kirov fut le premier avertissement s√©rieux, attestant que les ennemis du peuple allaient jouer double jeu et que, ce faisant, ils se camoufle¬≠raient en bolcheviks, en membres du parti pour gagner la confiance et s’ouvrir l’acc√®s √† nos organisations. Le proc√®s du bloc zinovi√©viste-trotskiste (de 1936) a montr√© en toute √©vidence que les zinovi√©vistes et les trotskistes groupent autour d’eux tous les √©l√©ments bourgeois hostiles, qu’ils sont devenus une agence d’espionnage de la Gestapo, que le double jeu et le camouflage sont pour eux l’unique moyen de p√©n√©trer dans nos organisations, que la vigilance et la perspicacit√© politique constituent le moyen le plus s√Ľr pour emp√™cher cette p√©n√©tra¬≠tion325. ¬Ľ

Bref, comme le souligna Jean Vogel, ce livre ¬ę approuve, en bloc et en d√©tail, toutes les monstruosit√©s du stalinisme326 ¬Ľ.

Pour ce qui a trait √† la Chine, le PTB revoit certaines de ses appr√©ciations ant√©rieures. Pour l’essentiel, les erreurs sont port√©es √† charge du PTB lui-m√™me. Et il ne saurait √™tre question de ¬ę bl√ʬ≠mer ¬Ľ le PCC et, moins encore, d’oublier ¬ę ce que le camarade Mao Ts√©-toung nous a appris ¬Ľ327. Les Khmers rouges restent par ailleurs une r√©f√©rence328.

 

(p.191) Mais le non-retour ressortit encore √† d’autres registres. Pour partie, le PTB s’assimile √† une secte. On vit dans un entre-soi. Nous l’avons vu, les membres ne lisent que la presse du parti ou les brochures et les ouvrages recommand√©s. Les m√©dias bourgeois sont honnis et les militants n’ont tout simplement pas le temps de lire ou faire autre chose. Le parti compte plus que tout. Ce fonctionnement s’impose comme la norme, donc comme nor¬≠mal. Il est une √©vidence pour les participants qui, nous l’avons relev√©, ne sont pas v√©ritablement invit√©s √† √™tre cr√©atifs dans l’in¬≠terpr√©tation du marxisme ou dans les jugements qu’ils portent.

¬ę Quand j’ai quitt√©, j’ai enfin ressenti le besoin de penser par ma propre t√™te ¬Ľ, pr√©cise Chille Deman, qui ajoute : ¬ę J’ai repris des √©tudes. […] Je n’ai pas √©t√© √©tudier pour avoir un dipl√īme mais pour que je r√©ussisse √† sortir de ces deux carcans : mon √©du¬≠cation dogmatique catholique et le carcan du marxisme-l√©ni¬≠nisme. √áa m’a vraiment apport√© plein d’air frais332. ¬Ľ ¬ę Des ann√©es apr√®s que je sois sorti, il m’arrivait encore souvent de me demander “qu’en pense le parti ?” face √† une situation ou quand je devais prendre une d√©cision ¬Ľ, nous a racont√© un ancien mili¬≠tant. ¬ę J’ai √©t√© stup√©fait moi-m√™me de ce conditionnement, dont je n’avais pas mesur√© la port√©e. ¬Ľ Le concept de ¬ę secte ¬Ľ a d’ail¬≠leurs √©t√© quasiment syst√©matiquement √©nonc√© dans nos entre¬≠tiens avec les militants qui avaient quitt√© l’organisation ou en avaient √©t√© exclus. ¬ę Tu es √©duqu√© dans le sens que, quelle que soit la d√©cision que tu prends dans une journ√©e, elle est toujours tour¬≠n√©e autour de l’objectif principal. √áa veut dire que la vie que tu te choisis, le partenaire que tu te choisis, les amis que tu te choisis sont ceux qui vont dans le m√™me sens. C’est extr√™mement difficile d’avoir une vie en dehors de cela.

 

332 Entretien avec Chille Deman, Bruxelles, 16 décembre 2013.

 

(p.196) Comme il se doit, la mise en Ňďuvre du processus est √©troite¬≠ment associ√©e √† une d√©marche de formation, qui reste l’alpha et l’om√©ga du labeur militant. Les grands ¬ę classiques ¬Ľ √† conna√ģtre, d√©cortiquer et analyser sont r√©pertori√©s pour que tout un chacun soit mis devant ses responsabilit√©s. De Karl Marx et Friedrich Engels, les ouvrages suivants sont incontournables : Le manifeste du parti communiste (1848), Socialisme utopique et socialisme scientifique (1877), Travail salari√© et Capital (1847, introduction d’Engels 1891) et Le capital (1867-1894). Toutefois, pour Le capital, cadres et militants peuvent se contenter du r√©sum√©

 

335 Fran√ßois Brabant, ¬ę Le vrai visage du PTB ¬Ľ, Le Vif-L’Express, 14 d√©cembre
2012.

336 Ludo Martens, Le parti de la révolution, Bruxelles, EPO, 2000 (2e édition),
p. 23.

 

(p.197) pr√©sent√© dans le Manuel d’√©conomie politique de l’Acad√©mie des sciences d’URSS (1955). Pour ce qui a trait √† L√©nine, les livres suivants sont d√©clin√©s : Que faire ? (1902), Un pas en avant, deux pas en arri√®re (1904), Deux tactiques de la social-d√©mocratie (1905), L’√Čtat et la r√©volution (1917), La r√©volution prol√©tarienne et le ren√©gat Kautsky (1918), Le gauchisme, maladie infantile du communisme (1920), L’imp√īt en nature (1921) et De la coop√©ra¬≠tion (1923). En ce qui concerne Staline, sept textes sont r√©perto¬≠ri√©s : Principes du l√©ninisme (1924), La r√©volution d’octobre et la tactique des communistes russes (1924), Les questions du l√©ninisme (1926), Le caract√®re international de la r√©volution d’octobre (1927), Questions de politique agraire en URSS (1929), Pour une formation bolchevique – rapport au comit√© central mars 1937 (1937), Histoire du PCUS (Bolchevik) (1938), Rapport au XVIIIe congr√®s du PCUS (1939). La production de Mao se limite √† quatre ouvrages: Probl√®mes strat√©giques de la guerre r√©volutionnaire en Chine (1936), De la pratique (1937), De la contradiction (1937) et De la juste solution des contradictions au sein du peuple (1957). Enfin, Enver Hoxha est toujours √† l’honneur avec L’histoire du parti du travail d’Albanie (1970)337‘.

 

(p.207) La s√©quence de 1995 √† 1999 marque donc une intense phase de mobilisation sur ces terrains, avec une visibilit√© certaine du PTB. Pour autant, le parti ne vit pas un long fleuve tranquille. En 1997, l’organisation est confront√©e √† une nouvelle secousse interne dans le cadre de ¬ę l’affaire Sa√Įd Charki ¬Ľ. Le 7 novembre 1997, l’interpellation de Sa√Įd Charki, soup√ßonn√© d’√™tre un acteur d’un r√©seau de trafiquants de drogues, tourne mal. Ce dernier est abattu par la gendarmerie √† Anderlecht, rue Wayez. Pendant trois jours, des √©meutes √©maillent la commune. La pr√©sence de respon¬≠sables du PTB au premier rang des manifestations est assum√©e. Le parti est d’ailleurs montr√© du doigt comme un instigateur de

(p.208) saccages, sinon d’insurrections. Plusieurs responsables lib√©raux le prennent √† partie dans le d√©bat sur les ¬ę incidents ¬Ľ qui se sont d√©roul√©s dans la commune d’Anderlecht.

C’est dans ce contexte que Boudewijn Deckers, un des fonda¬≠teurs historiques d’AMADA et le plus proche lieutenant de Ludo Martens, quitte le parti. Ce d√©part semble li√© √† la fois √† une forme de lassitude face √† l’engagement permanent auquel sont soumis les responsables et √† une importance trop grande accord√©e au soutien aux immigr√©s. Apr√®s moult discussions avec certains responsables, Deckers reconsid√©ra son d√©part et reprit sa place au Bureau poli¬≠tique. Mais des interrogations subsistent : le parti reste sans pro¬≠gramme pr√®s de vingt ans apr√®s celui adopt√© en 1979.

 

  • ¬ę Arafat trahit toute r√©sistance contre Isra√ęl ¬Ľ, Solidaire, 1cr mai 1996, n¬į 19.

 

(p.214) Enfin, sur l’instance de la secr√©taire g√©n√©rale Nadine Rosa-Rosso, le parti doit aussi penser les Maisons m√©dicales M√©decine pour le peuple comme de potentiels leviers √©lectoraux et politiques. Voil√† un espace o√Ļ des responsables du PTB rencontrent quoti¬≠diennement de nombreux citoyens. Pourquoi ne pas en tirer parti √©lectoralement ? Pourquoi ne pas en faire un instrument du recru¬≠tement dans la nouvelle cat√©gorie d’adh√©rents ? T√Ęche est donc assi¬≠gn√©e √† M√©decine pour le peuple de devenir un mod√®le ¬ę dans le domaine du recrutement massif¬Ľ. M√©decine pour le peuple peut aussi servir largement dans la pratique d’enqu√™tes et de collectes d’informations pour isoler ce qu’attendent les citoyens ou pour affiner les priorit√©s362. Enfin, le PTB fixe les ¬ę espaces ¬Ľ dans les¬≠quels il convient de puiser des √©lecteurs potentiels et, ce faisant, les partis qui devront faire l’objet d’un maximum de critiques sinon d’attaques. Dans le spectre n√©erlandophone, trois formations sont cit√©es : le SP, Agalev et le Vlaams Blok. La pr√©sence du parti d’ex¬≠tr√™me droite peut a priori surprendre. Mais l’optique n’est pas si √©tonnante. Le Vlaams Blok a √©tendu son emprise √©lectorale d√®s les ann√©es nonante dans les milieux populaires, dont certains segments n’√©chappent pas √† une x√©nophobie latente ou explicite. Pour le PTB, cette observation est un d√©fi. ¬ę La mont√©e du Vlaams Blok (aujourd’hui Vlaams Belang, PD.) a incit√© des patients √† quitter notre cabinet ¬Ľ, raconte Kris Merckx. ¬ę Des patients nous ont dit,

 

  • , p. 32.
  • , p. 52.

 

(p.215) apr√®s le “dimanche noir” de 1991, quand le Blok a r√©alis√© une per¬≠c√©e spectaculaire : “X et Y ne viendront plus ici. Ils disent : ‘ce sont de bons m√©decins mais je ne veux plus m’asseoir dans la salle d’at¬≠tente avec tous ces Marocains’ “363. ¬Ľ Merckx, l’un des fondateurs d’AMADA et historiquement implant√© √† Anvers, ne peut d’ailleurs cacher sa d√©ception face √† une certaine √©volution, singuli√®rement dans le monde des dockers :

¬ę Pour notre parti qui, depuis la gr√®ve des dockers de 1974, s’engage intensivement en faveur des int√©¬≠r√™ts des travailleurs portuaires, il √©tait p√©nible de voir comment le Vlaams Blok avait conquis le cŇďur et les esprits de bien des dockers364. ¬Ľ

 

  • Kris Merckx, M√©decin du peuple, op. cit., 36.
  • , p. 241.

 

(p.222) La deuxi√®me est celle qui suscita le plus de commentaires. Dans la province d’Anvers, le PTB noue une alliance avec la sulfureuse Ligue arabe europ√©enne (LAE) et pr√©sente une liste nomm√©e Resist. Celle-ci est conduite par Dyab Abou Jahjah, alors pr√©sident de la LAE. La Ligue arabe europ√©enne s’√©tait fait conna√ģtre par une radicale mise en cause de la police anversoise et un positionnement pro-palestinien. La LAE avait notam¬≠ment lanc√© des patrouilles de surveillance de l’activit√© polici√®re et, fin 2002, Abou Jahjah avait √©t√© arr√™t√© pour ¬ę r√©bellion en bande ¬Ľ.

 

(p.228) Enfin, l’approche serait aussi erron√©e dans le travail inter¬≠national et les relations internationales du parti. Les organisa¬≠tions avec lesquelles le PTB entretient des contacts r√©guliers s’enqui√®rent du nombre d’√©lus, en ce compris les partis commu¬≠nistes du pouvoir. Ayant des contacts officiels avec les partis communistes du Laos, du Vietnam, de Cor√©e du Nord, de Chine et de Cuba, les d√©l√©gations sont r√©guli√®rement interpel¬≠l√©es √† ce sujet. Aussi s’impose-t-il d’aller de l’avant pour poser les jalons d’une strat√©gie √©lectorale victorieuse. Deux proposi¬≠tions concr√®tes sont soumises. La premi√®re, d√©j√† √©tablie dans la r√©solution de 1999, est de mettre en √©vidence des porte-paroles √† l’instar de l’avocat Jan Fermon, de Colette Moulaert, de Michel Collon ou de Mohammed Hassan, sp√©cialiste des rela¬≠tions internationales. Ensuite, la question du ¬ę Front ¬Ľ est repo¬≠s√©e.

 

(p.233) La crise a une port√©e politique, organisationnelle et person¬≠nelle. √Ä notre estime, plusieurs √©l√©ments sont en jeu. Le premier est le statut de Ludo Martens dans le PTB. √Ä maints √©gards, il est le p√®re fondateur du parti. Il fut l’un des principaux dirigeants √©tudiants dans la deuxi√®me moiti√© des ann√©es soixante, celui qui impulsa la formation d’AMADA puis du PTB-PVDA en 1979, et celui qui orienta, plus exactement, dicta tous les tournants de l’organisation. C’est peu dire qu’il a un r√īle singulier dans le parti. Personne ne lui a donc jamais port√© s√©rieusement la contra¬≠diction. √Ä beaucoup d’√©gards, les t√©moignages se recoupent pour le pr√©senter.

 

(…) Ensuite, sur la possibilit√© de discussions informelles. ¬ę J’ai eu plusieurs discussions avec Ludo. Il pouvait √©couter ¬Ľ, t√©moigne Luc Walleyn. Mais dans l’organisation et les r√©unions, Ludo Martens ne souffrait aucune contradiction. Son point de vue devait s’imposer. ¬ę Politiquement, c’√©tait un tyran. Il avait l’id√©e que lui seul savait. Ceux qui √©taient d’accord avec lui, c’√©tait bon. Mais ceux qui n’√©taient pas d’accord avec lui… ¬Ľ, constate Gr√Ęce Winter, ¬ę ce qui est compl√®tement contradictoire avec la mani√®re (p.234) dont il √©tait dans la vie quotidienne ¬Ľ, ajoute-t-elle. ¬ę Martens √©tait le leader et le gardien de cette radicalit√©. Il d√©finissait la ligne, √©tait le seul juge de l’id√©ologie, et le chef incontest√©. Son pouvoir dans l’organisation √©chappait √† toute critique ¬Ľ, corro¬≠bore Paul Goossens, l’ancien leader √©tudiant379. ¬ę En fait, Ludo avait surtout une autorit√© par ses silences ! Il parlait tr√®s peu. Mais quand il parlait, √ßa tombait ! C’est quelqu’un qui avait r√©ussi √† installer une situation o√Ļ on ne d√©battait pas avec lui ¬Ľ, juge Nadine Rosa-Rosso380. ¬ę C’√©tait un dictateur id√©ologique. Absolument. Il d√©terminait d’apr√®s ses lectures la position. Et les autres expliquaient par apr√®s pourquoi c’√©tait comme √ßa. Il avait une telle connaissance des textes de L√©nine que quelle que soit la r√©ponse, il te sortait une citation pour montrer que tu avais tort. Donc, on l’acceptait. Personne n’osait vraiment s’opposer √† une opinion de Ludo. Jamais. Et d’une certaine mani√®re, les gens avaient peur. Il pouvait se f√Ęcher ¬Ľ, relate un haut cadre dans les ann√©es quatre-vingt. Il n’a jamais √©t√© mis en minorit√©, constate Luk Vervaet. ¬ę Jamais. Il a cr√©√© un style qui le mettait au-dessus des autres. Il pouvait y avoir des discussions ou des contradic¬≠tions. Mais c’est la personne qui allait trancher. En fait, il √©tait un peu au-dessus de la m√™l√©e. De par l’autorit√© qu’il s’√©tait cr√©√©e, c’est devenu quelque chose d’intouchable. Avec tous les d√©fauts que cela peut entra√ģner381. ¬Ľ Chille Deman confirme : ¬ę Jamais. Il n’y avait personne qui arrivait √† le contredire. Je ne dormais pas avec L√©nine sous mon oreiller. D√®s qu’on commen√ßait √† citer L√©nine, je devais abdiquer. Mais plusieurs fois, j’ai √©t√© √† des r√©u¬≠nions √† Gand ou Bruxelles o√Ļ j’avais l’intention de critiquer Ludo sur des points. Je ne l’ai jamais fait. J’√©tais consid√©r√© comme

379 Paul Goossens, ¬ę Ludo Martens, le dernier communiste ¬Ľ, Politique, 2011,
n¬į71.

380 Entretien avec Nadine Rosa-Rosso, Bruxelles, 4 juillet 2012.

381 Entretien avec Luk Vervaet, Bruxelles, 14 ao√Ľt 2012.

 

(p.235) quelqu’un qui osait dire ce qu’il pensait et m√™me la construction de la liste √† Schaerbeek, c’√©tait une mani√®re indirecte de prendre des distances. Mais affronter directement, non. Contre Ludo, tu ne pouvais pas avoir raison. On √©tait dans un syst√®me de pens√©e o√Ļ, si tu voulais contredire Ludo, tu devais trouver des √©l√©ments chez Marx, L√©nine… Ce n’√©tait pas un raisonnement contre un autre raisonnement. C’√©tait dans le cadre du marxisme-l√©ni¬≠nisme382. ¬Ľ Seul l’avocat Jan Fermon nuance cette derni√®re pi√®ce du puzzle : ¬ę Ludo avait une grande influence. Mais dire que, quand Ludo avait parl√©, la discussion √©tait finie, ce n’est pas vrai, je pense383. ¬Ľ

Ce sch√©ma est mis en cause en 2003. Certains dirigeants, au premier rang desquels Nadine Rosa-Rosso, ne souhaitent plus s’en laisser conter. Ce refus est li√© √† un √©l√©ment majeur. Depuis 1997, Ludo Martens passe la plupart de son temps au Congo, officiellement en soutien politique √† Laurent-D√©sir√© Kabila. En la mati√®re, le PTB en f√ģt beaucoup. √Čnorm√©ment m√™me. Ludo Martens y consacra beaucoup d’ouvrages384, le parti d√©non√ßa durement tant√īt le Rwanda, tant√īt l’Ouganda, tant√īt Mandela dans ses propositions d’une solution pacifi√©e dans une situation troubl√©e385. Nelson Mandela est m√™me d√©peint comme un agent des Am√©ricains, luttant pied √† pied pour contrecarrer le combat anti-imp√©rialiste386. Seul le soutien √† Kabila de Mugabe, pr√©sident

 

  • Entretien avec Chille Deman, Bruxelles, 16 d√©cembre 2013.

383 Entretien avec Jan Fermon, Bruxelles, 4 décembre 2012.

384 Ludo Martens : Une femme ou Congo, Anvers, EPO, 1991 ; Pierre Mule le ou
La seconde vie de Patrice Lumiimba, Anvers, EPO, 1985 ; Kabila et la révolu­
tion congolaise. Panafricanisme ou néocolonialisme ?, Anvers, EPO, 2002.

385 Solidaire, 2 septembre 1998.

386 Ludo Martens, ¬ę La guerre au Congo et en Afrique centrale et la globalisa¬≠
tion imp√©rialiste ¬Ľ, Contribution au dixi√®me s√©minaire communiste inter¬≠
national, Bruxelles, 2-4 mai 2001.

 

(p.236) du Zimbabwe, pr√©sent√© comme le coordinateur de la lutte anti¬≠imp√©rialiste, trouva gr√Ęce aux yeux du PTB. Dans le parti, beau¬≠coup se sont interrog√©s sur cette situation. Un pr√©sident de parti absent l’essentiel du temps pour des raisons peu compr√©hensibles et l’obligation de missions r√©guli√®res de coop√©ration et d’√©duca¬≠tion politique pour nombre de cadres au Congo. Au surplus, cer¬≠tains √©pisodes de la vie priv√©e de Ludo Martens au Congo suscitent des questions d√©licates, une g√™ne indubitable sinon de l’indignation dans les rangs du parti.

 

(p.239) In fine, contrairement √† ce qu’affirm√© Raoul Hedebouw390, plusieurs responsables sont bel et bien exclus le 3 avril 2004, apr√®s une l√©nifiante r√©solution du Comit√© central en 54 points391 : Jeannine Tips, Jacques Brouckaert, Andr√© Engelen, Herman Vermeulen, Luk Vervaet, mais aussi l’ancienne secr√©taire g√©n√©rale, qui en garde un souvenir dramatique :

¬ę Et le 3 avril 2004, le jour de mon anniversaire, ils m’ont exclue. Ma fille avait organis√© une super f√™te. Ils ont m√™me essay√© de savoir o√Ļ avait lieu la f√™te. Heureusement, mes enfants ne savaient pas tout, car mon fils aurait fait un malheur. Il faut se rendre compte, B.P. a plus √©t√© chez moi que chez ses parents ; on habitait la m√™me maison. Et ils ont √©t√© les plus virulents392 ! ¬Ľ

 

390 dans : Raoul Hedebouw : ¬ę Le PTB √©tait trop dogmatique, voire sectaire ! ¬Ľ,
Le journal du mardi, 4 mars-1″ avril 2009, p. 10. √Čl√©ments mat√©riels √†
I appui, nous pouvons affirmer que ceci est tout simplement faux.

391 ¬ę R√©solution du comit√© central du Parti du travail de Belgique. Au sujet de
Fex-secr√©taire g√©n√©rale Nadine Rosa-Rosso et de l’ancien responsable de la
politique de cadres Luk Vervaet ¬Ľ, in PTB, Contribution √† la lutte contre la
ligne liquidatrice…, op. cit.,
p. 13-33.

392 Entretien avec Nadine Rosa-Rosso, Bruxelles, 4 juillet 2012.

 

(p.249) La deuxi√®me grande pol√©mique porte sur la personnalit√© de Nordine Sa√Įdi, l’actuel porte-parole d’Egalit√©. En effet, Sa√Įdi avait √©t√© exclu dans les ann√©es 2000 du Mouvement contre le racisme, la x√©nophobie et l’antis√©mitisme (MRAX) en raison de posts sur un blog, qui avaient √©t√© jug√©s racistes406.

 

(p.289) Le parti est pr√©sent sur le terrain des discrimi¬≠nations, mais dans des registres moins voyants. En interne, il accueille des Belges d’origine maghr√©bine, et plusieurs ont √©t√© √©lus en 2012. Anvers, o√Ļ une discr√®te campagne du parti relative √† la question du foulard et de l’abattage rituel fut men√©e, est un exemple √©clairant. Zohra Othman a √©t√© √©lue conseill√®re commu¬≠nale et est √©chevine dans le district de Borgerhout. Karima (p.290)

Amaliki et Abderrazak Irbaiyne ont √©t√© √©lus dans le district d’An¬≠vers, Mohamed Chebaa Animou l’a √©t√© dans celui de Merksem, Karima Choukri et Aziza Falki √† Deurne, Sadiq Mazghani et Mustapha Ahale √† Hoboken. En revanche, il est vrai qu’au niveau des instances centrales, le fait est nettement moins saisissant.

Il en va de m√™me sur les questions de justice et de s√©curit√©. Cela concerne d’ailleurs aussi tout le volet des relations interna¬≠tionales. Seuls trois des trente-cinq points du programme sont consacr√©s √† ces th√©matiques. Plus pr√©cis√©ment, le point 33 √©nu-m√®re quelques positions non d√©velopp√©es :

¬ę Pour une politique de paix active. Pas de participa¬≠tion aux guerres de l’OTAN. Solidarit√© avec la Palestine.

Propositions : ‚ÄĒ Troupes belges hors d’Afghanistan ; ‚ÄĒ Armes nucl√©aires hors de Kleine Brogel ; ‚ÄĒ Annulation imm√©diate des accords secrets avec les √Čtats-Unis ; Neutralit√© : la Belgique hors de l’OTAN ; – L’arm√©e ne peut avoir que des missions d√©fensives. Pas de parti¬≠cipation √† des interventions ext√©rieures ; ‚ÄĒ Sanctions contre Isra√ęl, Solidarit√© avec la Palestine462. ¬Ľ

Nous l’avions not√©, le PTB avait op√©r√© une distinction dans ses ¬ę r√©servoirs ¬Ľ de voix entre le Nord et le Sud du pays. Alors qu’en Flandre, l’√©lectoral du Vlaams Belang √©tait pr√©sent√© comme un socle √† entamer, il n’en allait pas de m√™me dans le spectre fran¬≠cophone. Dans la phase contemporaine de la vie du PTB, le parti a revu cette posture. L’√©lectorat ¬ę protestataire ¬Ľ est d√©sormais aussi une cible. Le populisme rampant dont fait preuve le PTB apr√®s 2008 l’illustre. L’ambition de capter le vote ¬ę antipolitique ¬Ľ ou

 

462 Ibid., p. 48.

 

(p.294) COMAC a pris d’assaut la F√©d√©ration des √©tudiants franco¬≠phones (FEF), o√Ļ il a men√© une large politique d’entrisme. Militants officiels et clandestins du COMAC y sont majoritaires, ce qui est d√©nonc√© par certaines d√©l√©gations √©tudiantes et des enseignants467. C’est donc sans la moindre surprise que Micha√ęl Verbauwhede rejoint le PTB en septembre 2013. De la m√™me fa√ßon, COMAC est le principal animateur du Comit√© des √©l√®ves francophones (CEF), un syndicat de lyc√©ens reconnu par la F√©d√©ration Wallonie-Bruxelles. Le noyautage est on ne plus √©vident. Et COMAC ne le d√©ment que mollement :

¬ę Certes le CEF a √©t√© en partie cr√©√© par des gens du COMAC, et COMAC encourage ses membres √† adh√©rer au CEF, mais la majorit√© des membres ne sont pas de COMAC et sur notre site (www.lecef.be), nous renvoyons vers des sites des diverses organisa¬≠tions de jeunesse politique468. ¬Ľ

 

(p.300) √Ä l’origine, le mod√®le m√©dical de M√©decine pour le peuple √©tait clair et √©nonc√© comme tel : la Chine communiste et ce qui se faisait en mati√®re de sant√© en Union sovi√©tique jusqu’en 1953. Certains ¬ę h√©ros ¬Ľ √©taient port√©s au pinacle √† l’instar du m√©decin Norman B√©thune, engag√© dans la guerre civile espagnole (1936-1939) et puis en Chine avant l’av√®nement du communisme en 1949. Aujourd’hui, l’√Čtat le plus cit√© pour la qualit√© de son sys¬≠t√®me de sant√© est Cuba. L’√ģle d’Am√©rique centrale est aussi valori¬≠s√©e pour sa ¬ę grande solidarit√© internationale ¬Ľ dans le domaine sanitaire. ¬ę Depuis 1960, quelque 126000 m√©decins et travail¬≠leurs m√©dicaux cubains ont d√©j√† travaill√© dans 104 pays, g√©n√©ra¬≠lement du Tiers Monde. En cette ann√©e 2008, il y a 36735 travailleurs m√©dicaux cubains au travail √† l’√©tranger ¬Ľ, soutient Kris Merckx474. A contrario, la Chine suscite d√©sormais certaines interrogations dans ce domaine. On aurait vu y surgir ¬ę des fortes tendances √† la privatisation ¬Ľ. Mais dans la phase contemporaine, les choses s’am√©lioreraient √† nouveau dans un sens socialiste475.

 

474 Ibid., p. 97.

475 Ibid., p. 93.

 

(p.301) Pour sa part, l’Institut d’√©tudes marxistes (INEM) a pour mission d’assurer la formation478. Sa vocation est d√®s lors de ¬ę populariser la vie et l’Ňďuvre de Karl Marx, ainsi que celles des grands auteurs marxistes ¬Ľ, les grands classiques que nous avons plusieurs fois mentionn√©s. Jusqu’il y a peu, plusieurs textes √©taient t√©l√©chargeables. En 2012 encore, les ¬ę livres classiques du marxisme-l√©ninisme ¬Ľ disponibles en t√©l√©chargement √©taient les suivants : Histoire du parti communiste bolchevik de l’URSS (1938), attribu√© √† Staline, le Manuel d’√©conomie politique de l’Aca¬≠d√©mie des sciences de l’URSS, Questions du l√©ninisme de Staline et

 

  • http://marx.be/

 

(p.303) Les principes √©l√©mentaires de philosophie de Georges Politzer. Quant aux ¬ę textes classiques ¬Ľ, √©taient disponibles en ligne l’ex¬≠trait de la postface de Marx √† la deuxi√®me √©dition allemande du Capital (1873), le texte de Ho Chi Minh paru dans la Pravda du 27 janvier 1924 √† l’occasion de la mort de L√©nine, intitul√© L√©nine et les peuples coloniaux, le programme de l’Internationale commu¬≠niste adopt√© par le sixi√®me congr√®s mondial ‚ÄĒle 1er septembre 1928 √† Moscou, les statuts de l’Internationale communiste, Moscou 1928, le compte rendu de la rencontre entre Staline et Maurice Thorez le 18 novembre 1947 au sujet de l’arme ato¬≠mique, la R√©ponse de Staline √† une question d’un correspondant de la Pravda, le 6 octobre 1951, la Lettre de Che Guevara √† Armando Hart D√Ęvalos, Dar es-Salaam, Tanzanie (4/12/1965) ‚ÄĒ en fran√ßais et en espagnol, et Sur l’action politique de la classe ouvri√®re, Engels et Marx, √† l’occasion des √©lections. Cette s√©lec¬≠tion n’est pas anodine. √Čpinglons par exemple que les d√©cisions de l’Internationale communiste en 1928 portent sur le lancement de la strat√©gie ¬ę classe contre classe ¬Ľ, o√Ļ l’ennemi principal est… la social-d√©mocratie. Elle m√®nera notamment le Parti commu¬≠niste allemand √† la d√©route face √† la mont√©e d’Hitler, un des pires √©checs de la strat√©gie de l’Internationale communiste.

 

(p.304) Plusieurs juristes du PTB ont d’ailleurs activement milit√© dans la Ligue des droits de l’homme ou son correspondant n√©erlandophone, la Liga voor Mensenrechten, qui fut notamment pr√©sid√©e par Jos Vander Velpen, cadre du PTB. Cet investissement dans ces deux organisations n’a pas √©t√© sans susciter quelques remous, eu √©gard au soutien aux Khmers rouges au Cambodge ou encore √† la R√©publique populaire de Cor√©e, exp√©riences politiques o√Ļ la pro¬≠tection des droits de l’homme fut et est tout simplement inexistante.

 

(p.305) Intal est l’organisation qui s’est substitu√©e √† la Ligue anti-imp√©rialiste. C’est un des espaces o√Ļ le PTB traite, vers un public cibl√©, de politique internationale. L’objectif officiel de l’association est de ¬ę mettre sur pied un contre-pouvoir dans le Nord et dans le Sud afin de r√©aliser ensemble le droit √† la sant√© ¬Ľ. √Ä cette j fin, cette association travaille √† deux niveaux. Le premier consiste en un soutien √† des associations et organisations des pays du Sud. Le soutien peut √™tre financier, mais il peut aussi se d√©cliner comme une aide √† la coop√©ration, en particulier en mati√®re sani¬≠taire. En ces circonstances, cela se r√©alise en partenariat avec une autre organisation satellite, M√©decine pour le Tiers Monde. L’action concr√®te d’Intal est focalis√©e sur certains pays : les Philippines, le Congo, la Colombie, la Palestine, ou encore le Venezuela. Ajoutons que le site accueille les blogs de plusieurs membres du parti investis dans cette d√©marche, tant√īt pour rela¬≠ter le travail r√©alis√© ou les probl√®mes rencontr√©s, tant√īt pour faire un suivi d’analyses politiques des espaces consid√©r√©s.

 

Le second consiste en des actions de sensibilisation politique en Belgique. √Ä titre d’exemple, Intal est un acteur qui promeut le boycott de l’Etat d’Isra√ęl483. A ce titre, Intal relaie la campagne ¬ę BDS ¬Ľ, Boycott-d√©sinvestissement-sanctions √† l’endroit d’Isra√ęl, men√©e sur la base de plusieurs raisons jug√©es fondamentales : le caract√®re ill√©gal a) de l’occupation de la Cisjordanie, y compris J√©rusalem-Est, b) du blocus de la bande de Gaza, c) de la coloni¬≠sation des territoires occup√©s, d) de la construction d’un mur de s√©paration. S’y ajoutent la n√©gation du droit non n√©gociable du retour des r√©fugi√©s palestiniens, l’appr√©ciation que l’√Čtat isra√©lien m√®ne une politique discriminatoire envers les Arabes isra√©liens et qu’Isra√ęl serait un √Čtat d’apartheid487.

 

  • ¬ę R√©solution Palestine. 2010 ¬Ľ, http://www.intal.be.
  • http://bds-helgium.he, onglet ¬ę Qui sommes-nous ? ¬Ľ.

 

(p.306) Dans la foul√©e de son pr√©d√©cesseur, la Ligue anti-imp√©ria¬≠liste, Intal livre un combat contre l’imp√©rialisme, am√©ricain au premier chef. Cela est particuli√®rement affirm√© dans son travail relatif √† l’Am√©rique latine. Enfin, Intal est un acteur actif concer¬≠nant le Congo, un pays tr√®s important pour Ludo Martens jusqu’√† son d√©c√®s et pour le PTB. L’action d’Intal vise √† faire reconna√ģtre les fautes de la colonisation belge et celles de L√©opold II, √† qui des millions de morts sont attribu√©es. En poli¬≠tique int√©rieure congolaise, Intal est un d√©fenseur z√©l√© de Joseph Kabila et du r√©gime. Dans les troubles qui secouent r√©guli√®re¬≠ment l’Est du Congo, Intal d√©nonce les agissements du mouve¬≠ment M23 et appelle √† ¬ę l’interdiction de toute livraison d’armements ¬Ľ √† l’Ouganda et au Rwanda, qui soutiennent cette organisation, de m√™me qu’√† ¬ę l’arr√™t imm√©diat de toute forme de coop√©ration militaire ¬Ľ avec ces deux √Čtats485.

 

  • ¬ę Pour un embargo militaire contre le Rwanda et l’Ouganda ¬Ľ, intal.be

 

(p.321) Dans la communication politique, le parti a profond√©ment chang√© son fusil d’√©paule dans l’approche des journalistes, des fai¬≠seurs d’opinion ou des m√©dias. En la mati√®re, la diff√©rence est d√©tonante. Le PTB s’est tr√®s largement professionnalis√© et est, dans certains domaines, parfois plus performant que certains par¬≠tis classiques. Sous cet angle, le m√©rite du parti n’est pas mince. Mais pour l’essentiel, nous sommes dans un registre de forme, qui confine d’ailleurs parfois √† l’obsession. Nous l’avons men¬≠tionn√©, le parti excelle dans cette nouvelle approche. En parall√®le, le PTB fait un immense travail pour effacer ou gommer ce qui affecterait cette image de gentil parti protestataire et anti-¬ęte-blishment. Des documents accessibles sont √īt√©s du net, des sites

495 Le Soir, 16 septembre 2013.

 

(p.322) sont ferm√©s et la communication est extr√™mement cibl√©e en fonc¬≠tion du contenu et de l’interlocuteur.

Lorsque le fond est effleur√©, les choses sont bien plus com¬≠plexes. Certes, des r√©f√©rences ont √©t√© dans une large mesure suppri¬≠m√©es. Et, comme il leur a √©t√© demand√©, les cadres louvoient. Plusieurs exemples en portent t√©moignage. Riet Dhont, cadre his¬≠torique qui a accompagn√© tous les retournements du parti avec un √©gal bonheur et enthousiasme, relate ainsi comment elle contourne le probl√®me de Staline : ¬ę Ce n’est pas la question du jour ¬Ľ, r√©pond-elle √† des ouvriers sceptiques. Et puis, il ¬ę n’a pas fait que des mau¬≠vaises choses, Staline ¬Ľ4%. √čdulcorer ou passer √† autre chose doivent √™tre des attitudes ma√ģtresses. Mais tout n’est pas effa√ßable et tout ne peut √™tre ignor√©. Pour d√©samorcer les interrogations sur la pr√©sence du livre Le parti de la r√©volution au programme de la formation des cadres, le porte-parole du parti r√©pond laborieusement. Vient d’abord une affirmation peu correcte, ensuite vient un propos exact, mais non engageant, et puis, bien s√Ľr, le louvoiement :

¬ę Tout d’abord, je pr√©cise qu’il ne s’agit pas ici de nos statuts. Je peux vous le garantir, d’ailleurs tout le monde peut les consulter, que ni Mao ni Staline n’y figurent. Le principe du livre dont vous parlez √©tait de voir un peu (je souligne) comment rester un parti de principes dans la gestion de nos cadres. On a tou¬≠jours dit que nous n’√©tions pas un parti comme les autres et nous assumons ! Mais il est √©vident que le d√©bat quant √† l’analyse de notre doctrine doit continuer497… ¬Ľ

 

496 Riet Dhont, ¬ę Faire des membres pour notre parti, c’est possible. Faites-le ¬Ľ,
in PTB, Bulletin d’organisation, mars 2007.

497 Raoul Hedebouw, ¬ę Les r√©f√©rences historiques du PTB doivent changer ¬Ľ,
publié le 10 janvier 2013, http://infopol.overblog.com/tag/ptb/

 

 

(p.329) Une affirmation peu correcte initialement, pointions-nous. Dans les faits, il n’est gu√®re ais√© de se procurer les statuts du PTB. Le PTB est la seule formation politique en Belgique dont il n’est pas possible de t√©l√©charger les statuts. Il faut donc se d√©placer pour se les procurer. Qui plus est, ils sont payants, attitude, elle aussi, tout aussi exceptionnelle parmi les formations politiques en Belgique.

Un propos exact, mais non engageant, soulignions-nous ensuite. Effectivement, la r√©f√©rence √† Staline et √† Mao est absente des statuts, comme elle l’est des travaux du huiti√®me congr√®s. Pour une raison simple que nous avons mise en √©vidence : cela fait d√©sormais partie de ¬ę l’identit√© du parti ¬Ľ d’avoir deux lignes et de ne pas tout mentionner √† l’externe. En interne, le PTB ne cache nullement son essence marxiste-l√©niniste et la proclame fi√®¬≠rement √† l’√©tranger et dans les s√©minaires communistes interna¬≠tionaux. Mais cette affirmation est totalement absente des statuts ou des textes du huiti√®me congr√®s.

En revanche, à la question de savoir si le PTB se vit comme un autre parti substantiellement autre, la réponse est plus aisée. Elle est négative. Dès 2005, anticipant les conclusions du huitième congrès du parti, Peter Mertens se prononçait sans ambages :

(p.326) ¬ę Oui, on peut dire, la ligne interne, c’est aller vers le socia¬≠lisme ¬Ľ, confie Aur√©lie Decoene. L’objectif du PTB, c’est ¬ę une soci√©t√© socialiste ¬Ľ, ajoute Lydie Neufcourt. Et pour bien appuyer la filiation de ce qui se met en place √† l’horizon du huiti√®me congr√®s, Peter Mertens met ses pas dans ceux de Ludo Martens, endossant et promouvant la litt√©rature post√©rieure √† la chute du mur de Berlin, dont nous avons pr√©sent√© la teneur :

¬ę Ce n’est pas la strat√©gie du programme du parti telle qu’elle a √©t√© approuv√©e lors du congr√®s de fon¬≠dation du parti qui est erron√©e, mais bien le troi¬≠si√®me chapitre traitant de la condamnation de l’Union sovi√©tique. Par la suite, ces erreurs ont √©t√© analys√©es et rectifi√©es lors du quatri√®me congr√®s du parti en 1990. Le congr√®s a √©t√© suivi par l’ouvrage L’URSS et la contre-r√©volution de velours. Ensuite, l’autocritique du parti s’est approfondie dans le livre De Tien an Men √† Timisoam. Luttes et d√©bats au sein du PTB (1989-1991) et dans l’article Sur quelques aspects de la lutte contre le r√©visionnisme^ . ¬Ľ

Nous l’avons vu, ces textes importants sont fond√©s sur un attachement, plus une filiation in√©branlable √† Marx, Engels, L√©nine, Staline et Mao.

 

498 Peter Mertens, ¬ę La classe ouvri√®re √† l’√®re des entreprises transnationales ¬Ľ,
√Čtudes marxistes, 2005, n¬į 72, p. 113.

499 Ibid., p. 113.

 

(p.325) Alors m√™me qu’ils annon√ßaient au printemps 2007, devant les partis communistes des s√©minaires communistes internatio¬≠naux, la teneur des principales √©volutions qui interviendraient au huiti√®me congr√®s du printemps 2008, les dirigeants du PTB r√©af¬≠firmaient leur foi dans les principes marxistes-l√©ninistes. Combattre l’opportunisme droitier qui se serait infiltr√© et pro¬≠gresser dans l’√©dification du parti d’avant-garde sont des points clairement relev√©s. ¬ę L’histoire ¬Ľ l’aurait enseign√©, le parti d’avant-garde est le seul mod√®le organisationnel pour qu’adviennent des victoires socialistes. Avec les autres participants des s√©minaires communistes internationaux, le PTB le rappelle fi√®rement √† la r√©union de 2007 :

¬ę Toute l’histoire des mouvements r√©volutionnaires du 20e si√®cle, des victoires du socialisme en Europe de l’Est, des r√©volutions chinoise, vietnamienne, cor√©enne et cubaine ont prouv√© que, sans parti marxiste-l√©niniste, ni le socialisme ni les r√©volutions nationales et d√©mocratiques ne sauraient √™tre victo¬≠rieux. […] Dans chaque pays du monde, la construc¬≠tion d’un parti l√©niniste, fid√®le √† la voie trac√©e par la r√©volution d’octobre, reste une t√Ęche prioritaire. […] Le parti l√©niniste est un parti d’avant-garde. Le pre¬≠mier objectif du type de parti bolchevique est de conqu√©rir id√©ologiquement et d’organiser l’avant-garde de la classe ouvri√®re, la partie consciente et la plus d√©cid√©e. ¬Ľ

(p.332) ¬†D√®s sa naissance, le Parti du travail de Belgique a tr√®s dure¬≠ment rejet√© le Parti de la gauche europ√©enne. Les objectifs affi¬≠ch√©s par le PGE seraient incompatibles avec le socialisme et le processus r√©volutionnaire tels que l’auraient imagin√© Marx, Engels, L√©nine, Staline et Mao.

(p.333) Plus grave, le PGE a m√™me l’audace de reprendre ¬ę l’anti-stalinisme √† son compte ¬Ľ.

(p.329) Nous l’avons √©voqu√©, la Chine a eu un r√īle cl√© dans la nais¬≠sance et le d√©veloppement de TPO-AMADA d’abord, du PTB-PVDA ensuite. Une part substantielle de l’activit√© politique et militante s’est strictement agenc√©e aux postures du Parti commu¬≠niste chinois. Avec l’estompement du mao√Įsme, cette situation s’est modifi√©e, mais le parti a gard√© une attention soutenue pour l’√©volution du PCC et du r√©gime chinois.

Comme beaucoup d’autres faits et dimensions, la Chine n’est dans une large mesure plus mentionn√©e par le PTB dans sa communication publique. Toutefois, dans les rares appr√©ciations port√©es par des responsables du parti, la Chine reste qualifi√©e d’Etat socialiste.

(p.341)¬† Mais la d√©marche s’en tient au questionnement. Le PTB est n√©anmoins confront√© √† quelques difficult√©s sur le sujet. La pre¬≠mi√®re est la temporalit√© du boom chinois. Le d√©veloppement se fixe g√©n√©ralement sur deux dates : 1949 et le point d’aboutisse¬≠ment. Les textes d√©di√©s √† la Chine dans la litt√©rature du parti se gardent bien aujourd’hui d’√©tablir des bilans d’√©tapes. Les m√©rites du ¬ę grand bond en avant ¬Ľ ou de la ¬ę r√©volution culturelle ¬Ľ sont ainsi pass√©s sous silence ou mis sur le compte de ¬ę quelques erreurs d’appr√©ciation ¬Ľ, comme j’ai pu l’entendre dans une for¬≠mation dispens√©e aux membres du COMAC. Le take-off√†e l’√©co¬≠nomie chinoise apr√®s l’arriv√©e au pouvoir de Deng Xiaoping et, surtout, la large ouverture √† l’√©conomie de march√© ne sont plus

(p.342) v√©ritablement abord√©s. Paradoxalement, plusieurs travaux qui se f√©licitent du d√©veloppement dans la Chine socialiste omettent de le lier √† cette ouverture et, dans le m√™me temps, donnent la parole √† ¬ę l’aile gauche ¬Ľ du PCC, plut√īt critique √† l’√©gard de l’√©volution contemporaine. Il n’en a pourtant pas toujours √©t√© ainsi. Dans les ann√©es nonante, l’actuel secr√©taire aux Relations internationales, Bert Debelder, et Dirk Van Duppen, tous deux membres du Comit√© national, s’en prenaient vertement √† Deng Xiaoping dans son approche r√©visionniste du mao√Įsme et de la Chine :

¬ę Le socialisme a apport√© paix, stabilit√©, d√©veloppe¬≠ment √† la Chine depuis 1949. Faut-il changer d’orientation ? C’est aujourd’hui l’enjeu majeur de la lutte de classes dans ce pays. […] Deng a pos√© les jalons du r√©visionnisme en Chine. Il a entra√ģn√© l’in¬≠telligentsia √† voir dans l’Occident son mod√®le. Il a sap√© la vigilance r√©volutionnaire face aux id√©es capitalistes’20. ¬Ľ

La deuxi√®me difficult√© est le rapport √† l’action du PTB en Belgique. Le parti qui s’√©meut syst√©matiquement des fermetures d’entreprises est confront√©, tout comme avec le cas vietnamien, aux positionnements √† pr√©senter sur la th√©matique de la d√©sin-dustrialisation en Belgique et en Europe eu √©gard aux co√Ľts du travail moindres dans l’Est asiatique et √† la r√©volution du trans¬≠port de masse sur longue distance. Le parti contourne cet obs¬≠tacle en √©pinglant l’impact majeur de la Chine dans l’√©conomie mondiale et donc son apport suppos√© positif pour l’emploi en Europe.

 

520 Dirk Van Duppen et Ben Debelder, ¬ę Apr√®s Deng, la Chine √† la crois√©e des chemins ¬Ľ, Solidaire, n¬į 9, 26 f√©vrier 1997.

 

(p.343) ¬ę Les r√©formes et la croissance √©conomique de la Chine b√©n√©ficient √† l’ensemble de l’√©conomie mon¬≠diale. De nombreuses √©tudes d√©montrent que le d√©veloppement vigoureux de grands pays du Sud suscite une telle demande envers les entreprises de nos pays qu’en fait bien plus d’emplois sont sauv√©s que perdus. […] En fait, la croissance ph√©nom√©nale de l’√©conomie chinoise a stimul√© la demande de produits occidentaux et par l√† l’emploi global521.

 

(p.344) Ajoutons, bien √©videmment, d’autres probl√©matiques cen¬≠trales. Il en est par exemple ainsi de la th√©matique des conditions de travail et/ou salariales. Prompts √† d√©noncer les r√©gressions en Belgique, en Europe ou dans d’autres √Čtats capitalistes, le PTB et son r√©seau d’organisations p√©riph√©riques sont pour le moins silen¬≠cieux relativement √† la Chine, alors m√™me que de nombreux pro¬≠bl√®mes sont soulev√©s, notamment par le Bureau international du travail. Songeons aussi √† la structure in√©galitaire des revenus, l’axe principal de d√©nonciation de Peter Mertens dans son livre Comment osent-ils ? L’Institut Hurun recence d√©sormais pas moins de 299 milliardaires en dollars dans le pays en 2013 pour 91 en 2008′23.

Qui plus est, cette r√©ussite s’accomplirait sans posture imp√©¬≠rialiste √† l’international. ¬ę La Chine a acquis de nouvelles technolo¬≠gies et la capacit√© de produire elle-m√™me, dans tous les domaines. Gr√Ęce √† cela elle a pu sortir des dizaines de millions de paysans de la pauvret√© et faire progresser le pays entier. Cela lui permet aussi de d√©velopper des relations √©conomiques avec un nombre croissant de pays d’Asie, d’Am√©rique latine et d’Afrique, qui peuvent ainsi diminuer leur d√©pendance vis-√†-vis des multinationales imp√©ria¬≠listes. Souvent la Chine leur fournit une aide (je souligne) non n√©gligeable ¬Ľ, √©gr√®ne le PTB lors de son huiti√®me congr√®s de 2008. Dans une appr√©ciation sur des questions de politique internatio¬≠nale lors d’une conf√©rence nationale du PTB en 2011, la Chine est honor√©e comme un acteur d’une autre dimension dans les relations internationales. Pas d’exploitation. Pas d’essence imp√©rialiste. Au contraire, un ¬ę r√īle anti-imp√©rialiste ¬Ľ dans la p√©riode contempo¬≠raine’24. Une dynamique purement coop√©rative :

 

523 http://www.hurun.net/usen/HRRL.aspx

524 ¬ę R√©solution pr√©sent√©e √† la conf√©rence nationale du PTB, 26 mars 2011, La crise, la lutte des classes et les grandes opportunit√©s pour le PTB ¬Ľ, √Čtudes marxistes, 2011, n¬į 34, p. 27.

 

¬†(p.345) ¬ę La Chine a de plus en plus de relations √©conomiques *‚ÄĘ et financi√®res avec les pays d’Afrique et d’Am√©rique latine. Elle conclut des accords de coop√©ration √† avan¬≠tage mutuel, elle pr√™te √† des conditions avantageuses, elle construit des infrastructures en √©change de mati√®res premi√®res. Ces pratiques sont en contradic¬≠tion flagrante avec les pratiques imp√©rialistes. √Ä la conf√©rence de Copenhague sur le climat, la Chine a d√©fendu, avec le Br√©sil, l’Afrique du Sud, et l’Inde les aspirations des pays du Sud et s’est oppos√©e ferme¬≠ment √† Obama et √† l’Union europ√©enne525. ¬Ľ

Plus r√©cemment, le PTB met une fois encore en √©vidence l’absence de caract√®re imp√©rialiste de la Chine et son action sur une base de respect mutuel526. Le parti est donc silencieux sur le propos d’acteurs qui, au contraire, d√©noncent des pratiques d’ar¬≠rogance, voire de pillage de l’Etat et du monde entrepreneurial chinois. Il l’est tout autant sur le mod√®le de d√©veloppement pour le moins peu √©cologique et peu social qui consiste √† cr√©er, avec le transport maritime de masse, une dette environnementale gigan¬≠tesque. Enfin, la coop√©ration avec des responsables de r√©gimes autoritaires, notamment en Afrique, n’a rien √† envier √† celle des √Čtats occidentaux imp√©rialistes.

Le sovi√©tisme apr√®s… l’URSS

Nous l’avons analys√©, a posteriori, l’URSS et les d√©mocraties populaires d’Europe centrale et orientale ont, de mani√®re impli-

 

525 Ibid., p. 24.

526 WPB, ¬ę Capitalisai in crisis, new times for socialism ¬Ľ, Contribution to the 15th International Meeting of Communist and Workers’ Parties, Lisbonne, 8-10 novembre 2013.

 

(p.346) cite et explicite, √©t√© r√©√©valu√©es. Au final, il ne s’agissait pas d’√Čtats sociaux-imp√©rialistes ou sociaux-fascistes comme ils furent long¬≠temps d√©nonc√©s. Certes, apr√®s 1991, Gorbatchev fut pourfendu par Ludo Martens. Mais une rh√©torique relative aux ¬ę anciens √Čtats socialistes ¬Ľ pour √©voquer l’URSS et les anciennes d√©mocra¬≠ties populaires s’est perp√©tu√©e. On e√Ľt pu croire que le propos soit revisit√© par le nouveau PTB. Il n’en est rien. En 2008, les √©v√©nements de 1989 sont toujours analys√©s √† l’aune de mouve¬≠ments et de faits ¬ę contre-r√©volutionnaires527 ¬Ľ. La r√©volution de velours en Tch√©coslovaquie reste d√©nonc√©e et pr√©sent√©e comme une ¬ę contre-r√©volution de velours ¬Ľ. Et l’URSS est de temps √† autre qualifi√©e de ¬ę bastion socialiste ¬Ľ :

¬ę La contre-r√©volution de velours, qui est venue √† bout du socialisme en Union sovi√©tique et dans les pays d’Europe de l’Est, a eu des cons√©quences dra¬≠matiques. […] Une fois le bastion socialiste d√©man¬≠tel√©, une attaque a √©t√© lanc√©e contre les acauis sociaux et politiques528. ¬Ľ

Cette qualification singuli√®re est tr√®s int√©ressante √† plusieurs titres. D’abord par ce qu’elle r√©v√®le de l’analyse de ces anciens r√©gimes politiques. Ensuite, en implicite, si l’URSS √©tait ¬ę le ¬Ľ bastion socialiste aux yeux du PTB, cela supposerait que la Chine ne l’√©tait pas ou ne le serait plus. Dans la p√©riode de la vie actuelle du parti, l’examen des propos n√©cessite une approche nuanc√©e. Somme toute, nous avons pu recenser tr√®s peu de documents du parti traitant de l’appr√©ciation de l’URSS entre 1953 et 1991, en ce compris dans la revue th√©orique du PTB Etudes marxistes.

 

527 8e congrès du PTB, Un parti de principes. Un parti souple. Un parti de tra­vailleurs, 2008, p. 110.

527 Ibid., p. 51.

 

 

(p.347) Cuba, le Venezuela et l’Am√©rique latine

Cuba est sans doute devenu le principal r√©f√®rent du PTB. ‘ D√©but 2008, Peter Mertens s’en √©tait d√©fendu. ¬ę Le r√©gime cubain, par exemple, a fait de bonnes choses, notamment en mati√®re de soins de sant√©. Mais il a aussi fait certaines erreurs. Ce n’est pas un mod√®le pour nous, et nous n’avons d’ailleurs pas besoin de mod√®le’29. ¬Ľ En r√©alit√©, Cuba est bien √©pingle comme un mod√®le, un id√©al, une forme d’incarnation des id√©aux frater¬≠nels et internationalistes du socialisme :

¬ę Le capitalisme abandonne les gens √† leur sort,¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† t

encourage le “chacun pour soi” et dresse les gens les uns contre les autres. Mais le socialisme s’oriente vers “l’int√©gration des gens”. Il veut le collectivisme, l’humanisme, l’internationalisme et l’antiracisme. Il veut l’honn√™tet√©, la modestie, la justice et le sens des responsabilit√©s. C’est pour cela que 38 000 m√©de¬≠cins cubains ont propos√© leur aide m√©dicale b√©n√©¬≠vole dans 92 pays’30. ¬Ľ

C’est aussi le nouveau lieu de vill√©giature pour les voyages poli¬≠tico-touristiques de COMAC. Plus globalement, les √©volutions poli¬≠tiques en Am√©rique latine suscitent beaucoup d’attention dans le chef du PTB et de ses organisations r√©ticulaires. La gauche y a op√©r√© une perc√©e d’ensemble notable’31. Trois pays plus sp√©cifiquement sont suivis de pr√®s : l’Equateur, la Bolivie et le Venezuela. C’est que

 

529 La Libre Belgique, 28 février 2008.

530 8e congrès du PTB, Un parti de principes. Un parti souple. Un parti de tra­vailleurs, 2008, p. 59.

531 Voir √† ce sujet Olivier Dab√®ne (√Čd.), La gauche en Am√©rique latine, Paris,
Presses de Sciences Po, 2012.

 

Le ¬ę difficile ¬Ľ cas de la Cor√©e du Nord

(p.348) l’Equateur sous la pr√©sidence de Rafael Correa, la Bolivie sous celle d’Eco Morales, et le Venezuela sous celle d’Hugo Ch√°vez incarnent, aux yeux de nombreux responsables de la gauche radicale europ√©enne, l’alternative. Non pas l’alternance, l’alternative: la possiblit√© de fonctionner sur une autre base que les pures lois du march√©.

(p.348) La Corée du Nord a de tout temps été un partenaire privilé­gié du PTB, le pays du socialisme à défendre contre les innom-

 

532 Michel Collon, Les sept p√©ch√©s capitaux d’Hugo Ch√†vez, Bruxelles, Couleur livre, 2009.

 

(p.349) brables attaques de l’imp√©rialisme am√©ricain. Ludo Martens a eu les honneurs de rencontres avec le leader socialiste historique, Kim il Soung. Et le Parti du travail de Cor√©e du Nord a √©t√© tr√®s longtemps un participant majeur des s√©minaires communistes internationaux. L’investissement militant a donc √©t√© exceptionnel pour appuyer la Cor√©e du Nord. En 2002 encore, Jean Pestieau et Boudewijn Deckers proposent de faire feu de tout bois pour soutenir la ¬ę Cor√©e socialiste ¬Ľ. Au nom du PTB, ils envoient une lettre √† l’ensemble des participants des s√©minaires communistes internationaux pour mettre en Ňďuvre un appui affich√© √† la R√©publique populaire d√©mocratique de Cor√©e : √©dition d’un livre traduit en plusieurs langues, qui d√©fendrait de mani√®re tr√®s concr√®te la ¬ę Cor√©e socialiste ¬Ľ et r√©futerait point par point les mensonges propag√©s par les ¬ę m√©dias occidentaux ¬Ľ, lancement d’une ¬ę grande campagne de solidarit√© ¬Ľ √† l’√©t√© 2003, site com¬≠mun utilisable par tous les participants, organisation d’une grande conf√©rence r√©unissant les progressistes et d√©mocrates sou¬≠haitant exprimer leur solidarit√© avec la RPDC533… Cette m√™me ann√©e, un groupe de jeunes d√©livre un reportage l√©nifiant de leur voyage en Cor√©e du Nord :

¬ę Durant nos visites, nous avons rencontr√© des Cor√©ens convaincus et motiv√©s. Nous avons appris √† comprendre l’id√©ologie qui sous-tend leur soci√©t√© socialiste, la pens√©e de Juche. Cela √©quivaut √† “compter sur ses propres forces” et √† cr√©er une tout autre mentalit√© : engagement, fiert√©, discipline et travail collectif de la terre. Nous avons d√©couvert un peuple courageux. Les gens travaillent dur, mais ils

 

533 Parti du travail de Belgique, To thé Central Committees ofCommunist and Workers Parties in Europe, 24 juillet 2002.

 

(p.350) dansent et chantent aussi tr√®s volontiers. Le dimanche, ils pique-niquent en famille √† la rivi√®re ou dans les montagnes de Myohyang534… ¬Ľ

Peter Mertens lui-m√™me prend la Cor√©e du Nord comme mod√®le pour porter la contradiction aux th√®ses liquidatrices de Nadine Rosa-Rosso. Le monde ouvrier sur le lieu de travail doit √™tre le terrain privil√©gi√© du PTB comme l’enseigne l’exp√©rience cor√©enne :

¬ę Dans le m√™me temps, des exp√©riences comme en Cor√©e nous enseignent que l’organisation et la force de frappe sur les lieux de travail des grandes entre¬≠prises sont toujours d√©terminantes’35. ¬Ľ

En 2006 toujours, une rencontre entre le Parti du travail de Cor√©e du Nord et le Parti du travail de Belgique se d√©roule dans une perspective visant √† √©tendre les ¬ę relations d’amiti√© et de coo¬≠p√©ration entre les deux partis536 ¬Ľ.

Mais le probl√®me est que la Cor√©e du Nord n’est pas tr√®s ¬ę pr√©sentable ¬Ľ et que les affinit√©s entre les deux partis sont peu propices √† valider la repr√©sentation du nouveau PTB. Aussi trois transformations interviennent-elles relativement √† ce cas complexe. La premi√®re est d’√©viter les rencontres publiques. Le Parti du travail cor√©en ne participera plus aux s√©minaires communistes internatio¬≠naux. La deuxi√®me est de louvoyer, bien entendu dans une forme

 

534 Leen Swinnen, ¬ę La Cor√©e du Nord, un √Čtat voyou ? Des voyageurs belges sont all√©s voir sur place ¬Ľ, Vrede.be, 26 novembre 2003.

535 Peter Mertens, ¬ę La classe ouvri√®re √† l’√®re des entreprises transnationales ¬Ľ,
loc. cit., p. 9.

536 ¬ę Talks between Secretary of th√© CC, WPK and General Secretary of th√©
CC, WPB ¬Ľ, Kopean Hbioc, 15 f√©vrier 2006.

 

(p.361) d√©sormais classique : une premi√®re approche imm√©diatement nuanc√©e. Peter Mertens distillera ainsi un commentaire critique aussit√īt amoindri, sans, bien √©videmment, que soit au final pr√©cis√© le rapport entre le PTB et le Parti du travail de Cor√©e du Nord :

¬ę Pour √™tre clair : la Cor√©e du Nord, militaire, auto¬≠cratique, n’est pas notre vision du socialisme. Mais (je souligne) nous sommes anti-imp√©rialistes, m√™me si cela nous co√Ľte des plumes537. ¬Ľ

La troisi√®me est d’apporter son soutien √† la Cor√©e du Nord, mais de mani√®re discr√®te. D√©but 2011, l’agence de presse nord-cor√©enne (KNCA) relaie ainsi une information, qu’aucun m√©dia belge n’aura pourtant re√ßue. Le PTB y r√©it√®re sa solidarit√© envers le parti et son dirigeant, ¬ę condamne l’attitude des √Čtats-Unis qui tentent de renforcer leur domination militaire en Asie du Nord-Est ¬Ľ, et juge ¬ę urgent d’enrayer la machination des imp√©rialistes am√©ricains ¬Ľ. Dans ce travail important, le PTB ¬ę souhaite une r√©ussite au peuple cor√©en dans son important combat pour la paix dans la p√©ninsule et dans le reste du monde ¬Ľ. Ce qui devait rester dans la cuisine est ainsi d√©couvert, sans trop de cons√©¬≠quence pour autant. Raoul Hedebouw pr√©cisera qu’il s’agit d’une lettre adress√©e au Parti du travail de Cor√©e du Nord et au Parti travailliste d√©mocratique de Cor√©e du Sud, ¬ę afin de soutenir les forces dans les deux camps pour √©viter une escalade militaire ¬Ľ. Pour ce qui a trait au r√©gime, le porte-parole annonce ne pas vou¬≠loir ¬ę se m√™ler des affaires internes ¬Ľ, ce qui est l’exact contraire de ce que pratique le PTB dans les s√©minaires communistes interna¬≠tionaux ou de ce qu’√©noncent et pratiquent les organisations

 

537 Le Soir, 9 février 2012.

 

(p.362) périphériques du parti. Néanmoins, il y a un ennemi à combattre et, par ailleurs, on ne saurait victimiser les Nord-Coréens :

¬ę Ce qui est vrai, et je veux politiquement l’assumer, c’est que le PTB consid√®re que les √Čtats-Unis d’Am√©rique ont un r√īle majeur dans la situation de tension et de guerre qui existe dans la p√©ninsule cor√©enne (depuis 1950), comme en Afghanistan, Irak, Moyen-Orient, Am√©rique latine, etc. Nous n’adh√©rons pas √† la th√®se qui remet la faute unilat√©¬≠ralement sur les Nord-Cor√©ens. Le PTB apporte d√®s lors son soutien √† toutes les forces dans le monde qui prennent des initiatives de paix et s’opposent aux interventions militaires expansionnistes en dehors de leurs fronti√®res538. ¬Ľ

Pour autant, le ¬ę cas ¬Ľ nord-cor√©en reste tr√®s d√©licat. Lorsque Jef Bossuyt, un des huit membres du bureau national du parti, d√©clare √† la VRT, le 19 d√©cembre 2011, que le mod√®le nord-cor√©en est une ¬ę inspiration’39 ¬Ľ, le PTB s’√©trangle face √† cette rupture de la double ligne. Il ne peut que limiter les d√©g√Ęts en expliquant que Bossuyt ne parlait pas au nom du parti, alors m√™me que la VRT ne l’avait pas sugg√©r√©. Pour autant, le PTB ne pipe mot sur ledit r√©gime.

 

538 http://parlemento.vvordpress.com/2011/01 /26/hedebouw-le-ptb-soutient-
la-coree-du-nord-et-du-sud.

539 hctp://ww\v.deredactie.be/cm/vrtnieuws/videozone/archief/programmas/te
rzake/2.19117/2.19118/1.1180428

 

(p.353) Le positionnement des Etats-Unis, d’Isra√ęl ou de certains Etats europ√©ens a fortement orient√© le traitement de ces cas. Dans ces situations, l’√©l√©ment crucial est le rapport √† la lutte anti-imp√©rialiste. Cela a amen√© le PTB √† tr√®s r√©guli√®rement condamner toute forme d’intervention mat√©rielle ou potentielle :

(p.354)¬† en ex-Yougoslavie dans les ann√©es nonante, en Irak et en Afghanistan au d√©but de la d√©cennie 2000, en Libye, en Syrie ou en Iran dans la p√©riode contemporaine. Bref, pour citer Henri Goldman, ¬ę la “gauche anti-imp√©rialiste” parle en termes g√©opoli¬≠tiques, avec une vision plan√©taire. […] L’ennemi des peuples, le bourreau de l’humanit√©, c’est l’Empire sous ses multiples d√©cli¬≠naisons. Les puissances qui lui r√©sistent et lui font contrepoids ‚ÄĒ Chine, Russie, Iran, Syrie, Am√©rique latine… ‚ÄĒ ne sont peut-√™tre pas des mod√®les d√©mocratiques, mais en tenant t√™te aux √Čtats-Unis, elles servent la cause des peuples pris globalement. Sur le dos de leur propre peuple ? Ce serait trop cynique de l’en¬≠visager. On s’emploiera d√®s lors √† montrer que ces dictatures ne sont pas aussi crapuleuses qu’on pr√©tend, qu’elles ont quelques succ√®s √† leur cr√©dit (par exemple en mati√®re de sant√©, d’√©duca¬≠tion, d’√©mancipation des femmes.,.), qu’elles ont le soutien d’une partie non n√©gligeable de leur population et qu’en face d’eux cela ne vaut pas mieux541. ¬Ľ La r√©solution adopt√©e par le PTB et cinquante-deux autres partis communistes relativement √† la Libye est tr√®s illustratrice du type de positionnement propag√© :

¬ę Les assassins imp√©rialistes men√©s par les √Čtats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et l’OTAN dans son ensemble, et cela avec le consentement de l’ONU, ont lanc√© une nouvelle guerre imp√©rialiste. Cette fois en Libye. Leurs pr√©textes pr√©tendument humani¬≠taires sont tout √† fait mensongers ! Ils jettent de la poudre aux yeux des peuples ! Leur v√©ritable objectif, ce sont les hydrocarbures en Libye. Nous, partis communistes et ouvriers, condamnons l’intervention

 

541 Henri Goldman, ¬ę Irak, Libye, Syrie. . . : la gauche malade du “campisme” ¬Ľ, La Libre Belgique, 8 novembre 2013.

 

(p.355) militaire imp√©rialiste. Le peuple de Libye doit d√©ter¬≠miner lui-m√™me son avenir, sans interventions imp√©¬≠rialistes √©trang√®res. Nous appelons les peuples √† r√©agir et √† exiger l’arr√™t imm√©diat des bombardements et de l’intervention imp√©rialiste542 ! ¬Ľ

 

542 l’agression imp√©rialiste en Libye ¬Ľ, http://www.ptb.be, 21 mars 2011.

 

(p.356) Certes, la r√©f√©rence √† la d√©mocratie, √† la qualification d√©mo¬≠cratique est tr√®s r√©guli√®re, abondante m√™me, mais elle ne s’agence pas √† la d√©mocratie repr√©sentative ou laisse planer le doute sui¬≠vant l’approche rod√©e, une affirmation imm√©diatement nuanc√©e. ¬ę Nous sommes un parti d√©mocratique, inscrit dans la d√©mocra¬≠tie, aucun doute, mais (je souligne) pour nous, les mouvements de masse ont leurs poids dans l’histoire ¬Ľ, avertit Peter Mertens546. ¬ę Oui, on a l’ambition de changer les r√®gles du jeu. C’est assez clair ¬Ľ, souligne Aur√©lie Decoene, confirmant par ailleurs l’ab¬≠sence de cette ambition dans les programmes que le parti soumet aux √©lecteurs547. Dans l’ouvrage de r√©f√©rence du parti, Le parti de la r√©volution, le doute n’est pourtant pas permis, l’av√®nement du socialisme reste l’objectif premier du parti et celui-ci passera par un mouvement r√©volutionnaire. C’est l’option unique :

¬ę Seules l’insurrection populaire et la r√©volution socialiste peuvent mettre fin √† ce syst√®me bar¬≠bare548. ¬Ľ

Plus r√©cemment, le PTB s’est joint aux conclusions des s√©minaires communistes internationaux pour pr√©ciser la pi√®tre estime dans laquelle il porte le parlementarisme et la d√©mocratie repr√©sentative :

 

545 Entretien avec Lydie Neufcourt, Gand, 20 février 2013.

546 Le Soir, 1 mars 2012.

547 Entretien avec Aurélie Decoene, Bruxelles, 8 novembre 2012.

548 Ludo Martens, Le parti de la révolution, Anvers, EPO, 2000 (21 édition),
p. 12.

 

 

¬†(p.357) ¬ę Le caract√®re distinctif des partis communistes est dans leur fid√©lit√© √† la voie r√©volutionnaire et d√®s lors √† la primaut√© de la lutte de classe. C’est √† travers les luttes de classe et la confrontation avec les forces bourgeoises que le parti se renforce et que la classe ouvri√®re prend conscience de ses t√Ęches historiques. La bataille parlementaire et le travail dans les insti¬≠tutions bourgeoises ne sont pas plus que des moyens pr√©cieux pour mieux s’adresser aux masses et diriger les luttes de masse. Les opportunistes qui cherchent √† b√©atifier le syst√®me capitaliste, abandonnent la lutte de classe et sont absorb√©s compl√®tement par le travail parlementaire pour g√©rer le syst√®me549. ¬Ľ

Toute id√©e de r√©formisme radical fond√©e sur une d√©marche ¬ę parlementaire ¬Ľ est prohib√©e. Le combat √©lectoral peut √™tre utile, mais comme un levier pour faire avancer les objectifs des organisations politiques. Les formations de gauche qui se pr√™tent √† une croyance parlementaire n’auraient rien compris aux ensei¬≠gnements du marxisme et du l√©ninisme. Dans une contribution r√©cente √† √Čtudes marxistes, Herwig Lerouge s’est d’ailleurs pr√™t√© √† un r√©quisitoire contre les formations √† la gauche de la social-d√©mocratie inscrites dans une pratique parlementaire et, lorsque cela est possible, d’exercice des responsabilit√©s gouvernementales. Cette voie serait une impasse. ¬ę Malheureusement, ces visions d’un brillant avenir pour l’Europe par le moyen des √©lections ont √©t√© d√©pass√©es par les derniers r√©sultats √©lectoraux et, fait plus important encore, par l’√©volution politique de ces partis ¬Ľ, juge-t-il. La d√©mocratie repr√©sentative n’est pas un cadre possible d’√©di-

 

549 Conclusions générales du séminaire communiste international, Bruxelles, 13-15 mai 2011.

 

(p.358) fication du socialisme. Et malheur √† ceux qui s’y fourvoient. ¬ę Le PRC perdit toute sa repr√©sentation parlementaire dans la d√©b√Ęche de la gauche √©lectorale (je souligne). Il s’agit de l’exp√©rience la plus r√©cente des d√©g√Ęts que le r√©visionnisme peut occasionner”0. ¬Ľ Les communistes italiens ne sont pas les seuls en cause. Le parti communiste fran√ßais n’est pas √©pargn√© par Lerouge :

¬ę Pr√©tendre modifier dans l’h√©micycle parlemen¬≠taire l’√©quilibre du pouvoir en faveur de la popula¬≠tion laborieuse est absurde aux yeux de tous ceux qui observent le cirque √©lectoral (je souligne), qui voient les milliers de groupes de pression et autres commissions d’experts pay√©s par les groupes d’af¬≠faires afin d’influencer directement les d√©cisions politiques551. ¬Ľ

Alors, le Parti du travail se fait le chantre de m√©canismes d’autres d√©mocraties, la d√©mocratie directe, tr√®s peu pratiqu√©e en interne cependant, et la d√©mocratie participative, encore moins. Pour ce qui a trait aux institutions de l’Union europ√©enne, le PTB r√©clame l’examen obligatoire par l’Assembl√©e parlementaire de toute proposition de loi qui aurait re√ßu l’appui d’un million de signatures, ainsi que l’organisation d’un r√©f√©rendum obliga¬≠toire lorsqu’au moins cinq millions de citoyens en font la demande52. De m√™me r√©clame-t-il dans le cadre belge, sans autre r√©flexion, la possibilit√© d’organiser un r√©f√©rendum obligatoire d√®s

 

550 Herwig¬†¬† Lerouge,¬†¬†¬† ¬ę¬†¬†¬† La¬†¬† participation¬†¬† des¬†¬†¬† partis¬†¬†¬† communistes¬†¬† au
gouvernement :¬† une fa√ßon¬† de sortir de la crise capitaliste ?¬† ¬Ľ,¬† Etudes marxistes, octobre-d√©cembre 2012, n¬į 200, p. 4l.

550 Ibid., p. 42.

551 8e congrès du PTB, Un parti de principes. Un parti souple. Un parti de travailleurs, 2008, p. 41.

 

(p.359) lors que cent mille citoyens au moins en ont fait la demande. Parall√®lement, toute loi vot√©e devrait pouvoir √™tre annul√©e par voie r√©f√©rendaire. Mais dans ces d√©veloppements, la d√©mocratie repr√©sentative reste la grande absente… Dans la r√©solution de 1999, un texte, nous l’avons not√©, jug√© fondateur de l’esprit du ¬ę nouveau PTB ¬Ľ, la d√©mocratie et le parlementarisme sont stig¬≠matis√©s et ne sont, pour le moins, pas le r√©gime de r√©f√©rence. Certes, la participation aux √©lections est importante, mais la p√©n√©tration dans les institutions n’est pas un but en soi :

¬ę Nous avons une position de principe √† expliquer aux masses. “Ne croyez pas qu’un quelconque Parlement va r√©soudre vos probl√®mes. Le pouvoir r√©el n’appartient pas au Parlement, mais aux grands monopoles et aux forces de r√©pression de la bour¬≠geoisie.” […] Il faut participer aux luttes √©lectorales pour faire passer quelques id√©es anticapitalistes dans la masse, d√©masquer les partis bourgeois et recruter des sympathisants. Elles doivent aider √† pr√©parer l’or¬≠ganisation des luttes de classe √† venir. […] Il y a un m√©contentement tr√®s r√©pandu, un ras-le-bol. Mais cela reste dans le cadre de la d√©mocratie bourgeoise et parlementaire. Voter PTB, c’est au moins commen¬≠cer √† mettre en cause le parlementarisme553. ¬Ľ

Peu lue des ¬ę profanes ¬Ľ, le PTB peut d√®s lors √™tre moins √©va-sif dans sa revue √Čtudes marxistes sur l’inadaptabilit√© de la d√©mocra¬≠tie repr√©sentative comme cadre de d√©ploiement du socialisme. Il peut aussi rappeler cette v√©rit√©, cach√©e en public. Seul un mouve-

 

553 R√©solution du comit√© central sur la campagne √©lectorale de 1999, 7 ao√Ľt 1999, in PTB, Apprendre des campagnes √©lectorales √† Herstal et √† Zelzate, Documents de base, EPO, n.d., p. 18.

 

(p.360) ment révolutionnaire pourra faire advenir une société socialiste, même si le contexte nécessite une démarche longue et adaptée :

¬ę La voie parlementaire vers le socialisme repose sur l’illusion que le grand capital va accepter de se mettre en retrait et qu’il va c√©der sans coup f√©rir sa machine d’√Čtat √† la classe ouvri√®re alors que celle-ci sera suffi¬≠samment repr√©sent√©e au Parlement. Naturellement, nous devons √™tre conscients de ce que la majorit√© des gens en Europe, aujourd’hui, reconna√ģt l’ordre social actuel comme le seul possible. Un processus r√©volu¬≠tionnaire requiert de la flexibilit√© tactique, une adap¬≠tation √† la r√©alit√© politique, une √©valuation ad√©quate de l’objectif de chaque bataille, une connaissance exacte des contradictions de classe et des rapports de pouvoir, et de larges alliances554. ¬Ľ

Et la communication est pour le moins √©vasive. Interpell√© par le journaliste Bertrand Henn√© sur un de nos propos, Raoul Hedebouw donne une nouvelle fois une r√©ponse qui est un mod√®le d’esquive, une appr√©ciation aussit√īt pond√©r√©e :

¬ę BH : – Alors, on va parler un peu des commu¬≠nales et de vos pr√©tentions √† ces √©lections, Raoul Hedebouw. Pascal Delwit est interrog√© √† votre pro¬≠pos ce matin dans Le Soir qui vous consacre deux pages. “La tactique du PTB, dit Pascal Delwit, poli¬≠tologue, c’est de dissocier ce qu’ils servent dans le restaurant et la cuisine interne.” “Et la cuisine interne, il dit, du PTB, c’est une soci√©t√© socialiste

 

554 Ibid., p. 42-43.

 

(p.361) bas√©e sur la dictature du prol√©tariat.” Vous lui r√©pondez quoi ?

RH : – II ne faut pas rire ! Le PTB est un parti tout √† fait d√©mocratique, et donc la preuve : on participe aux √©lections, etc. ¬Ľ

Le propos est √©vacu√© ‚ÄĒ ¬ę II ne faut pas rire ¬Ľ -, mais Raoul Hedebouw ne le contredit nullement. Il est vrai qu’il aurait eu du mal, d√®s lors qu’il √©tait une simple reprise de l’√©nonc√© des textes du dernier congr√®s en date du PTB. Il n’y a aucune contestation que le principe de la dictature du prol√©tariat soit toujours le r√©f√®rent.

Sur le rapport au r√©gime, le porte-parole du parti ne dit mot, le simple fait de prendre part aux √©lections suffit √† la d√©monstration. Sur le fond, bien entendu, cela n’a pas de sens. Un parti qui rejette la d√©mocratie repr√©sentative peut parfaite¬≠ment se pr√©senter aux √©lections. On ajoutera qu’√™tre pr√©sent dans l’ar√®ne √©lectorale ne conf√®re gu√®re la qualit√© ¬ę d√©mocratique ¬Ľ au parti. Nous avons pu montrer que l’id√©e que le PTB est un parti tout √† fait d√©mocratique – d√©clinaison de Ludo Martens tout au long de son existence – ne s’imposait pas comme une √©vidence √† l’aune des standards contemporains dans l’analyse compar√©e des mod√®les organisationnels partisans.

Comme √† l’accoutum√©e, le propos liminaire est nuanc√© : ¬ę Mais (je souligne) c’est vrai, je dois quand m√™me dire que notre grille d’analyse est celle que l’histoire sociale de la Belgique ne s’est pas √©crite que dans les Parlements. L’histoire sociale de la Belgique s’est √©crite surtout par des dynamiques extraparlemen¬≠taires. Vous savez, ce n’est pas le Parlement qui a vot√© la journ√©e des 8 heures (sic), c’est le mouvement ouvrier qui l’a impos√©e et les parlementaires qui ont suivi (sic). ¬Ľ

(p.362) Plus avant, Bertrand Henn√© pose la question suivante : – ¬ę Vous n’√™tes m√™me plus intellectuellement antiparlementariste comme √ßa a √©t√© le cas dans le pass√© en disant “tous pouvoirs au peuple”, “on ne passe plus par les Parlements qui sont la repr√©sentation des bourgeois” ? ¬Ľ (Pour rappel n√©anmoins, Tout le pou¬≠voir aux ouvriers-Aile macht aan de arbeiders se pr√©sente pour la premi√®re fois aux… √©lections en… 1974, PD.) La r√©ponse de Raoul Hedebouw n’engage √† rien : – ¬ę Non, non, √ßa, c’est clair qu’on ne fait plus partie de cette partie-l√†… ¬Ľ

Mais Raoul Hedebouw n’en a pas fini. Le journaliste s’inter¬≠roge quand m√™me : ‚ÄĒ ¬ę Ce cadre-l√†, il est totalement oubli√© ? ¬Ľ Le porte-parole ne peut pas compl√®tement occulter la r√©alit√© : ‚ÄĒ ¬ę Pas totalement (je souligne). Je vais vous dire clairement : moi, je constate que le Parlement belge n’a jamais eu aussi peu de pou¬≠voirs qu’aujourd’hui, donc c’est une r√©alit√©. Quand on voit tout ce qui est impos√© par l’Union europ√©enne, quand on voit qu’on ne soumet m√™me pas √† la consultation toutes les mesures euro¬≠p√©ennes, les trait√©s europ√©ens √† la population belge ; oui, le PTB trouve qu’il y a un gros probl√®me de d√©mocratie en Belgique. ¬Ľ

Nouvelle belle esquive classique, la d√©mocratie repr√©senta¬≠tive ne fonctionne pas bien. Il faut plus de d√©mocratie. Mais quelle d√©mocratie ? Dans les travaux du huiti√®me congr√®s, aucune motion relative au r√©gime n’est adopt√©e, si ce n’est que l’objectif est le ¬ę socialisme ¬Ľ, que celui-ci sera le ¬ę r√©sultat d’une longue p√©riode de conflit entre les deux grands camps ennemis diam√©tra¬≠lement oppos√©s : la classe poss√©dante (le capital) et la classe tra¬≠vailleuse, sur plusieurs terrains5” ¬Ľ. Nulle pr√©cision quant auxdits terrains, si ce n’est, nous l’avons √©pingle, l’action dans le monde ouvrier et du monde ouvrier :

 

558 8e congrès du PTB, Un parti de principes. Un parti souple. Un parti de tra­vailleurs, 2008, p. 62.

 

(p.363) ¬ę La force essentielle du mouvement est dans le degr√© d’organisation des ouvriers dans les “grandes

usines””6.

Nulle pr√©cision quant √† la compatibilit√© du socialisme et de la d√©mocratie repr√©sentative. Mais dans ses statuts adopt√©s en 2008, le parti se fait le promoteur de la ¬ę d√©mocratie socialiste participative ¬Ľ adoss√©e √† un ¬ę appareil d’Etat socialiste ¬Ľ (je souligne)557.

 

556 Ibid., p. 113.

557 PTB, Statuts, 8′ congr√®s du PTB, p. 8.

 

 

(p.365) M√™me dans des circonstances exceptionnelles, le propos est sans concessions. En Gr√®ce, le PTB a ainsi soutenu le point de vue du parti communiste (KKE) qui a refus√© toute id√©e de parti¬≠cipation gouvernementale et a m√™me d√©clin√© l’invitation que lui fit Alexis Tsipras, leader du parti de la gauche radicale Syriza. Et en juin 2012, malgr√© un recul sensible du KKE et une progres¬≠sion spectaculaire de Syriza, la rh√©torique √©tait inchang√©e. Qu’import√© la situation dramatique de la tr√®s grande majorit√© des Grecs, le fait √©pingle √©tait… la social-d√©mocratisation de Syriza :

¬ę N√©anmoins, certains partis refusent de tirer les le√ßons de telles exp√©riences. Ils prouvent qu’ils sont devenus de v√©ritables partis sociaux-d√©mocrates, pr√™ts √† remplacer les anciens aujourd’hui discr√©dit√©s. (p.366) En Gr√®ce, plus la possibilit√© d’une victoire √©lec¬≠torale semblait r√©aliste, plus la section locale du Parti de la gauche europ√©enne, Syriza, a rendu son programme le plus acceptable possible pour la direction de l’UE et la bourgeoisie grecque. […] Nulle part, le syst√®me capitaliste n’est mentionn√© comme la cause de la crise’60. ¬Ľ

Et pour justifier cette th√®se, le propos confine au ridicule. Marx et L√©nine auraient ainsi refus√© toute participation sauf en cas de… menace fasciste. Voil√† que Marx aurait envisag√© une menace fasciste… Et m√™me L√©nine, qui d√©c√®de en janvier 1924… avant le premier gouvernement purement fasciste :

¬ę Les exp√©riences confirment les positions de Marx, de L√©nine et la Troisi√®me Internationale √† ce pro¬≠pos. Ils rejettent tous la participation √† l’exception d’une situation o√Ļ le fascisme constitue une r√©elle

menace561. ¬Ľ

De mani√®re int√©ressante, relevons qu’en la circonstance Friedrich Engels n’est pas mentionn√©. Contrairement √† Marx, Engels a v√©cu les pr√©misses de la d√©mocratisation de plusieurs Etats europ√©ens. √Ä la fin de sa vie, il a pu juger des potentialit√©s des processus √©lectoraux. Mais Marx, L√©nine et l’Internationale communiste ne sont pas les seuls mobilis√©s. Le Kominform l’est aussi :

 

560 Herwig¬†¬† Lerouge,¬†¬†¬† ¬ę¬†¬† La¬†¬† participation¬†¬† des¬†¬† partis¬†¬† communistes¬†¬† au
gouvernement : une fa√ßon de sortir de la crise capitaliste ? ¬Ľ, loc. cit., p. 50.

561 Ibid., p. 52.

 

(p.367) ¬ę En septembre 1947, lors d’une r√©union o√Ļ √©taient pr√©sents des membres du nouvel organe de coordi¬≠nation des partis communistes apr√®s la Seconde Guerre mondiale ‚ÄĒ le Kominform ‚ÄĒ les participants critiqu√®rent la ligne opportuniste du PCF et du PCI dans leur politique de front uni durant l’Occu¬≠pation et leur participation au gouvernement par la suite562. ¬Ľ

 

(p.374) Pour autant, un √©l√©ment suppl√©mentaire doit √™tre ajout√© au tableau. Dans cette configuration, le c√īt√© strictement binaire du combat est crucial. Les d√©tenteurs des moyens de production et d’√©change – la bourgeoisie ‚ÄĒ s’opposent √† ceux qui vendent leur force de travail ‚ÄĒ le prol√©tariat. Les m√©chants contre les bons. Le bien contre le mal. Cet affrontement d√©clin√© comme exclusif se donnerait √† voir √† l’interne des √Čtats et dans les relations interna¬≠tionales. Tout un chacun est donc d’un c√īt√© ou de l’autre. Point d’entre-deux. Point de neutralit√©. Pas de nuances. Pas d’autres cli¬≠vages. Tout au long de l’histoire du PTB, les appr√©ciations expli¬≠cites ou en creux sont articul√©es √† ce tableau et √† la croyance d’un devenir socialiste, le triomphe du bien. Ce r√™ve, Marx et Engels l’ont pens√©, L√©nine l’a initi√©, Staline l’a mis en Ňďuvre et a vaincu le fascisme, et Mao l’a prolong√©. Certes, ce fut il y a longtemps. L’Union sovi√©tique s’est effondr√©e et la Chine de Mao est une relique oubli√©e. Qu’import√©, l’√©toile n’a pas √©t√© inaccessible. L’histoire est faite d’avanc√©es et de reculs. Et chaque p√©riode r√©v√®le son lot de conditions pour le sacre du socialisme. De r√©u¬≠nions en luttes, de d√©faites en petites victoires, la situation est presque syst√©matiquement auscult√©e √† l’aune de ses potentialit√©s r√©volutionnaires. ¬ę Le caract√®re syst√©mique et prolong√© de la crise capitaliste mondiale, les changements dans les rapports de force internationaux, les exemples de lutte ouvri√®re, de lutte du peuple et des r√©voltes dans le monde soulignent les opportunit√©s crois¬≠santes pour le d√©veloppement des forces r√©volutionnaires contre celles de la r√©action, et accroissent la confiance que nous pour¬≠rons voir la progression de la seule alternative soci√©tale au capita¬≠lisme dans le courant du XXIe si√®cle : le socialisme ¬Ľ, proclame avec emphase le PTB √† la r√©union des partis communistes en novembre 2013, comme il le faisait vingt, trente ou quarante ans auparavant dans d’autres contextes.

 

(p.379) Pour autant, le parti n’est pas tr√®s √©clairant sur les termes, voire m√™me sur les contours de ¬ę ce ¬Ľ socialisme. Or, les ques¬≠tions ne manquent pas. Hors m√™me son exercice dans ce contexte d’entrelacement √©conomique et financier, le lecteur ou le citoyen restent sur leur faim sur le r√©gime politique et l’essence de l’√Čtat socialiste belge. Eu √©gard √† des exp√©riences pass√©es qui se sont revendiqu√©es du socialisme, ce silence est difficile √† tenir.

Dans la d√©licate question relative √† la mise en Ňďuvre des objectifs explicites ou latents qu’il √©nonce ou qu’il sous-entend, le Parti du travail de Belgique ne dit rien. Rien, au sens propre du terme. Les dirigeants que nous avons interrog√©s √† ce sujet sont rest√©s silencieux. Somme toute pour une raison bancale : c’est un impens√©. √Ä ce stade √† tout le moins, la participation au pouvoir dans la d√©mocratie repr√©sentative est rejet√©e. Et la perspective du socialisme est un horizon lointain. Pas besoin donc de longs d√©veloppements et de r√©flexions √©labor√©es. L’alternative qui se pr√©sente pour le parti est de la sorte assez claire.

Kryemadhi Safet, PTB: un autre fascisme (LS, 18/05/1999)

2000

Jean Vogel, Vous avez dit stalinien?, in: Journal du mardi, 09/05/2000

 

Le pr√©sident du PTB, Ludo Martens, flirte parfois avec l‚Äôantis√©mitisme.¬† Il qualifie de ‚Äúfalsification de l‚Äôhistoire‚ÄĚ l‚Äôid√©e que le g√©nocide juif a √©t√© le ‚Äúcrime principal‚ÄĚ des nazis et il cherche de fa√ßon perverse √† en att√©nuer la port√©e: ‚Äú(…) La grande masse des juifs pauvres a √©t√© gaz√©e.¬† Mais beaucoup de juifs riches ont r√©ussi √† se sauver aux Etats-Unis.¬† Apr√®s la guerre, ils se sont mis au service de l‚Äôimp√©rialisme am√©ricain et d‚ÄôIsra√ęl.‚ÄĚ

‚ÄúEn novembre 1997, le PTB a sign√© une d√©claration √† Saint-P√©tersbourg qui accuse le ‚Äúsionisme international‚ÄĚ d‚Äô√™tre coresponsable de l‚Äôeffondrement de l‚ÄôURSS.¬† Comme chacun sait, c‚Äôest le terme cod√© utilis√© par les antis√©mites russes pour d√©signer les Juifs.‚ÄĚ

 

2011

L‚Äôagence de presse pro-gouvernementale nord-cor√©enne (KNCA) vient r√©cemment (24/01/2011) de relayer un communiqu√© de presse en anglais du Comit√© central du ¬ę¬†Workers Party of Belgium¬†¬Ľ (PTB, PvdA, extr√™me gauche belge) r√©it√©rant sa solidarit√© au parti communiste cor√©en ainsi qu‚Äôau r√©gime du ¬ę¬†leader supr√™me¬†¬Ľ Kim Jong-il. ¬†Dans ce communiqu√©, le PTB ¬ę¬†condamne l‚Äôattitude des Etats-Unis qui tente de renforcer sa domination militaire en Asie du nord est¬†¬Ľ. D‚Äôapr√®s le Comit√© central du parti belge, il serait ¬ę¬†urgent d‚Äôenrayer la machination des imp√©rialistes am√©ricains¬†¬Ľ en Asie et dans le reste du monde. Le PTB ¬ę¬†souhaite une r√©ussite au peuple cor√©en dans son important combat pour la paix dans la p√©ninsule et dans le reste du monde¬ę¬†.

Selon les organisations humanitaires internationales, la Corée du Nord est considérée comme une dictature de type stalinienne ayant le plus mauvais rapport en matière de respect des droits de l’Homme et cultivant le culte de la personnalité autour de la famille Kim. Le pays figure également parmi les pays les plus militarisés dans le monde et dispose d’un arsenal nucléaire.

2013

Inauguration du jumelage Gaza Molenbeek

La maison médicale le Renfort partenaire du centre médical Al Quds à Beit Hanoun à Gaza

 

Ce samedi 23 Novembre , le Renfort et le PTB-Molenbeek vous invitent √† l’inauguration officielle du jumelage entre le centre m√©dical d’action Le Renfort √† Molenbeek et le centre m√©dical Al Quds √† Beit Hanoun √† Gaza .

Une rencontre avec Jehan Al Aklouk, coordinatrice de l’UHWC (une organisation semblable √† M√©decine pour le Peuple en Belgique) qui g√®re 5 centres m√©dicaux et un h√īpital √† Gaza. M√©decine pour le peuple Molenbeek est jumel√© avec un des 5 centres m√©dicaux de UHWC, celui de Beit Hanoun.

Quand : 23 Novembre 

O√Ļ : Au Renfort
rue Comte de Flandre 25
1080 Molenbeek (à 50 mètre du métro Comte de Flandre)

15h¬†: c√©r√©monie d’inauguration officielle
16h : rencontre avec Jehan Al Aklouk

Soyez nombreux

Le Renfort et le PTB ont d√©j√† r√©colt√© 9.000 ‚ā¨ pour le centre al-Qods de Beit Hanoun.

Vous pouvez apporter votre soutien en versant sur le compte 001-0451780-30 de Médecine pour le Tiers monde (avec la mention jumelage Molenbeek-Gaza)

Date: 

Jeudi, 21 Novembre, 2013 – 11:30

Lieu: 

Centre Médicale Le Refort

Rue comte de Flandre

1080 Molenbeek

 

2019

07/02/2019

 

Olivier Devaux

Ce matin sur Bel RTL, le PTB a une fois de plus affich√© son vrai visage. Raoul Hedebouw ne croit pas en la d√©mocratie parlementaire. Autre phrase choc : ¬ę les √©l√®ves apprennent plus en une journ√©e de manifestation pour le climat qu‚Äôen deux semaines pass√©es en classe ¬Ľ. Les professeurs appr√©cieront …

 

La Corée du Nord rend hommage au PTB+

(VA, 11/02/2011)

Robert Halleux, directeur du Centre d'Histoire des sciences et des techniques de l'ULg, et ... négationniste du PTB

(VA, 19/02/2014)

Raoul Hedebouw loue la dictature √† Cuba (avec ses milliers de boat people ayant fui le r√©gime et l'√ģle personnelle de Fidel Castro, sans oublier Che Guevara, directeur d'une prison en pr√©sence de qui on ex√©cutait des prisonniers...)

(VA, 19/12/2014)

PTB-PVDA: "Het marxisme is actueler dan ooit." (Met tientallen miljoenen doden...)

(DS, 30/05/2014)

Asfrand Shahid (PVDA+): antisemitisch

(HLN, 06/05/2014)