1500

G.H. Dumont, Histoire des Belges, Dessart, 1954, T1

 

(p.210) Charles le Téméraire unifia le pouvoir administratif des Pays-Bas.  Il promulgua 2 ordonnances: “la première créait le Parlement de Malines, c’est-à-dire une Cour suprême de Justice, servant de juridiction d’appel à toutes les provinces néerlandaises ; la seconde réorganisait les finances par la réunion des Chambres des Comptes de Lille et de Bruxelles en une seule Chambre ds Comptes fixée également à Malines.”

 

(p.215) “Pour la première fois, le génial et rusé Louis XI renonça à sa tactique de prudence; il dévoila trop tôt son désir d’annexer les Pays-Bas.  Partout où elles s’annoncèrent, les armées françaises d’ invasion suscitèrent la résistance des seigneurs, des populations rurales et même des communes.”

 

(p.245) /Les Pays-Bas et Charles-Quint/

“Les Pays-Bas l’avaient marqué pour toujours; ils avaient chevillé dans son âme les grands principes de la chevalerie belge: l’ honneur et la défense de la foi chrétienne.”

 

(pp.252-253) /XVII provinces/

Par la Pragmatique Sanction de 1549, Charles-Quint voulut empêcher le partage des Pays-Bas entre plusieurs héritiers.  Il exigea l’application d’ une seule et même règle de succession à l’ensemble du pays.  “Comme souverain des XVII provinces, Charles-Quint mérite donc plus que nul autre le titre de Conditor Belgii.”

 

1500s

in : Jean-Léon Huens, Jean Schoonjans, Histoire illustrée de Belgique, 2, 2003

 

(p.34) Bandes d’ordonnance

Pour assurer la défense des Dix-sept Provinces, Charles-Quint créa les bandes d’ordonnance. C’était une cavalerie d’élite composée uniquement de nobles belges et qui se couvrit de gloire dans la plupart des pays d’Europe et jusqu’en Afrique.

 

1500s

in : Jean-Léon Huens, Jean Schoonjans, Histoire illustrée de Belgique, 2, 2003

 

(p.42) Bruxelles, la jeune capitale des Dix-sept Provinces (…)

 

1500

Le siècle de Charles-Quint vit fleurir tous les arts dans nos riches Pays-Bas.

Nos dentellières aux doigts de fée réalisaient des merveilles en point de Bruges, de Bruxelles ou de Malines, tandis que nos architectes bâtissaient des édifices en dentelle de pierre et que nos carillons égrenaient de la dentelle de musique …

Nos tapissiers, notamment ceux de Bruxelles, étaient réputés dans le monde entier …

 

(in: Nos Gloires, III)

 

1500

Léon Vander Essen, Pour mieux comprendre notre histoire nationale, s.d.

 

(p.111) LES ARCHERS BELGES DE LA GARDE DES ROIS D’ESPAGNE

 

LES rois d’Espagne qui ont été souverains de nos provinces au cours du XVIe et du XVIIe siè­cles ne paraissaient en public — comme tous les souverains d’Europe depuis la fin du moyen âge — qu’entourés d’archers ou d’hallebardiers.

Le fait en lui-même n’a rien d’extraordinaire, mais ce qui rend la présence de ces archers digne de remar­que pour nous, c’est que ces archers étaient belges.

Il vaut la peine d’exposer ici, aussi brièvement que possible, les détails que les archives nous révèlent au sujet de cette garde du corps essentiellement nationale.

Le corps des archers était d’origine bourguignonne. La garde de Charles le Téméraire comprenait 62 de ces soldats, commandés par deux capitaines, et on les appelait « archers de corps ». Les successeurs de Marie de Bourgogne conservèrent cette escorte en la (p.112) simplifiant ou en en modifiant les cadres. Philippe le Beau était entouré d’archers belges lorsqu’il se rendit en Espagne et Charles-Quint, son fils, en entretenait une centaine, en même temps qu’une compagnie de hallebardiers haut-allemands. Depuis Charles-Quint jusqu’à la mort de Charles II (1700), il y eut, au ser­vice des Habsbourgs d’Espagne, deux gardes d’hon­neur : celle de Bruxelles et cefle de Madrid; les soldats de l’une et de l’autre s’intitulaient « garde du corps » de Sa Majesté.

C’est à partir du règne de Philippe II que la pré’ sence des archers belges — introduits en Espagne par Philippe le Beau — devint régulière et permanente. Cette garde belge, qui avait l’honneur d’accompagner partout le souverain, avec la garde espagnole et les hallebardiers, était appelée à Madrid la « garde bour­guignonne ». Les soldats qui en faisaient partie, au nombre d’une centaine, étaient montés, tandis que la garde allemande et la garde espagnole ne compre­naient que des fantassins.

Le règne de Charles-Quint fut le beau temps pour les archers belges. Ils accompagnèrent l’Empereur dans ses nombreuses expéditions, soit qu’il fît la guerre en Italie contre François Pr, roi de France, soit qu’il allât combattre les princes luthériens d’Allema­gne, soit qu’il marchât sur Gand pour y aller châtier les bourgeois révoltés. Ces soldats mettaient alors de

(p.113) la coquetterie à avoir les meilleurs chevaux et les plus belles armes.

Mais sous un roi aussi casanier que Philippe II, retiré en solitaire dans sa petite chambre de l’Escurial, ils perdirent peu à peu leurs qualités militaires et leur discipline finit par se relâcher.

Ce fut Philippe de Croy, seigneur de Molembais, appelé à Madrid en 1588 pour commander la garde, qui rendit aux archers belges leur ancien lustre.

Les archers belges de la garde du roi d’Espagne devaient être bons catholiques, d_e noble extraction ou de famille honorable, avoir servi en campagne pendant six ans au moins, posséder quelque bien et être exempts de toute infirmité corporelle. Avant de pou­voir être admis, ils étaient obligés de prouver leur ori­gine flamande ou bourguignonne, encore que, par exception, on y rencontre de temps en temps des Lié­geois.

Ils devaient aussi, cela se conçoit, fournir la démon­stration qu’ils n’avaient jamais servi contre le Roi, soit dans une armée ennemie, soit comme rebelles, et on exigeait d’eux qu’ils n’eussent jamais exercé « métier ou trafic vil ou mécanique ». Ils ne pouvaient avoir dépassé la trentaine et ne devaient épouser qu’une femme de condition.

Log,és gratuitement, comme tout le personnel de la Cour, ils n’étaient justiciables que de I’« alcade » ou

(p.114) juge de cour, ne pouvaient être exécutés pour dettes par les tribunaux ordinaires; on ne pouvait les priver de leur monture, de leurs armes, de leur uniforme, de leur lit et leurs gages restaient insaisissables.

Ces faveurs avaient naturellement comme contre­partie des obligations très strictes au point de vue discipline. On ne tolérait ni manquement à l’honneur, ni absence non motivée, ni armes mal entretenues, ni désobéissance. Etaient impitoyablement punis de mort ceux qui fuyaient devant l’ennemi, ou qui dégainaient avec une intention méchante à l’intérieur du palais royal.

Ces archers belges étaient de service dans toutes les fêtes où le Roi se montrait : processions, célébra­tions populaires, corridas ou courses de taureaux. On les voyait aussi entourer la personne du souverain lorsqu’il assistait à l’exécution des hérétiques sur le bûcher, et alors les flammes rouges se reflétaient en couleurs sanglantes dans le fer de leurs lances en forme de coutelas. A la réception d’un ambassadeur, dix de ces archers, choisis par l’officier parmi les hom­mes de plus belle prestance, faisaient le service d’hon­neur, et à la chapelle du palais, le lieutenant de la compagnie avait sa place derrière le banc des grands d’Espagne.

Au repas du souverain, deux soldats de chaque nation, c’est-à-dire deux Espagnols, deux Allemands (p.115) et deux Flamands se rendaient à la paneterie pour y chercher les mets et les archers, armés, les accompa­gnaient. De l’office à la table royale, les viandes qui composaient le menu royal étaient transportées avec la même solennité et les archers belges ne retournaient au corps de garde qu’après avoir été reporter proces-sionnellement le couvert royal dans le meuble où on le conservait.

Cette cérémonie, qui nous fait sourire, nous rappelle que le XVIe et le XVIIe siècles sont des époques où les souverains craignaient toujours d’être empoisonnés et prenaient les précautions les plus minutieuses pour •que ila nourriture r.oyaOe ‘fut ‘bien protégée.

Le soir, les archers belges, conjointement avec les hallebardiers allemands et espagnols, parcouraient, à la lueur des torches, les longs corridors et les vastes appartements du palais pour s’assurer si tout était en ordre. Puis, ils fermaient les portes, pendant que s’en­dormait, dans une chambre éloignée, le « Roi très catholique », souverain des Espagnes, des Pays-Bas et des colonies d’Amérique.

Ces archers belges des rois d’Espagne ne portaient plus l’arc, qui avait cédé la place à l’arquebuse, mais ils avaient gardé du costume des archers d’autrefois le hausse-col, le plastron, les épaulières, les manches de mailles et le morion. En voyage, leurs armes offen­sives étaient le pistolet et la javeline; au palais ou dans

(p.118) les cérémonies, la guja, sorte de lance à fer en forme de coutelas.

Pensionnés, s’ils le désiraient, après dix ans de ser­vice, les archers belges de Madrid recevaient, à leur retour en Belgique, des charges réservées et enviées. Tel devient maître des ouvrages de maçonnerie du Brabant, gardien des « bêtes sauvages du Parc », por­tier de la porte de Caudenberg, d’autres deviennent baillis, maires, écoutêtes; d’autres encore crieur de bans, lieutenant des bois de Haï, garde des châteaux de Crèvecœur et de Montaigle.

Le plus connu de ces archers belges au service des rois d’Espagne est Jehan Lhermite, qui écrivit le Pas-sefemps, journal où il relate sa participation à la vie de cour, avec des détails savoureux et pittoresques, et où il nous fait connaître un Philippe II tout différent de celui qui fit tomber les têtes des comtes d’Egmont et de Homes et étrangler le sire de Montigny, un Philippe II affectueux pour ses serviteurs, un roi dont l’âge a épuisé les forces et qui songe, dans sa chapelle de l’Escurial, au grand voyage qu’il devra bientôt entreprendre vers le royaume de l’au delà…

 

1500s

Michel Grodent, La capitale? c’était Bruxelles!, LB 26/01/1994

 

Au temps de Charles-Quint, comme l’ affirment Carmen Bernard et Serge Grusinski dans leur “Histoire du Nouveau Monde”:”Bruxelles est alors la capitale du monde occidental ou presque, la cité que l’ on visite des confins de la Hongrie ou des Indes, au terme d’ interminables équipées par terre et par mer.”

 

1500s

Wim Blockmans, prof. dr. (Univ. Leiden), Historia docet / Karel V en de vorming van de XVII Provinciën, In : Delta, 10, 2000, p.3-5

 

(p.3) Delta heeft dit jaar ruimschoots aandacht besteed aan een groot vorst, Keizer Karel V, dit jaar 500 jaar terug te Gent in Vlaanderen geboren.

Wij besluiten thans dit herdenkingsjaar met de samenvattig van de toespraak die prof. Dr

Wim Blockmans (Universiteit Leiden) hield op het schitterend geslaagd Karel V-colloquium van de Aldegonde Stichting te Vlissingen op 28 oktober jl. Colloquium waarop ook Delta vertegenwoordigd was, zoals onze lezers elders vernemen.

 

In 1548 merkte Karel V in zijn Instructie voor zijn zoon Filips op dat hij “met de hulp

van God zijn talrijke landen heeft kunnen behouden en verdedigen en er zelfs nog

enkele behoorl ijk welvarende en belangrijke heeft kunnen aan toe voegen”. Bij deze aanwinsten hoorden niet minder dan zes vorstendommen in de noordelijke Nederlanden, met een gezamenlijke oppervlakte van meer dan de helft van het huidige koninkrijk. Die lagen alle in een aaneengesloten blok in het midden, noorden en oosten van het huidige Nederland, en werden geleidelijk ingepalmd. De eerste verovering lag evenwel in het zuiden.

 

In november 1521 viel de belangrijke bisschopstad Doornik na een beleg in Karels handen De Fransen hadden deze enclave in de voorbije jaren uitgebouwd tot een agressieve vesting, die Vlaanderen, Artesië en Henegouwen bedreigde, Ook alle verdere territoriale veroveringen van Karel V in de Nederlanden waren direct uitgelokt door Franse provocaties. De vorming van

de XVIl provinciën beantwoordde geenszins aan een ideaalbeeld over de afbakening van de Nederlanden, maar was eerder de toevallige uitkomst van de Habsburgse reacties op agressie van buren. De hertogen van Gelre speelden hierin als Franse bondgenoten een sleutelrol. In het jaar van de Franse aanvallen van 1521 op de Nederlanden, greep hertog Karel van Gelre zijn kans om zich te laten huldigen als heer van de Groningse Ommelanden.

In een moeite door palmde hij het grootste deel in van Overijssel, het deel van het Sticht Utrecht ten Oosten van de IJssel. In het volgend jaar werd Karel van Gelre ook nog

gehuldigd in de stad Groningen en in Drente, zodat hij zich leek te gaan ontpoppen als de heerser van een groot aaneengesloten territoriaal complex. Hij profiteerde met zijn snel le

veroveringen van de geringe consolidatie van de machtsverhoudingen in deze regio op het

territoriale niveau. Familiale clans geleid door herenboeren, hoofdelingen genoemd, en tijdel ijke formaties van partijschappen bepaalden nog steeds het politieke landschap. In F riesland genoot Karel van Gelre de steun van een aantal hoofdelingen die behoorden tot de partij van

de Verkopers.

 

Voor koning Frans I van Frankrijk was steunverlening aan Karel van Gelre steeds een geschikte optie om de keizer op verschillende fronten tegelijk last te berokkenen. Tijdens de volgende decennia zouden de omliggende vorstendommen Brabant, Utrecht en Holland regelmatig te lijden hebben van Gelderse raids (1) en hinder van de scheepvaart op de Zuiderzee en de grote rivieren. De Fransen (p.4) steunden hun bondgenoten in het Noorden door de Atlantische en de Noordzee kusten onveilig te maken voor de Nederlandse vrachtvaarders. In de stad Utrecht riep de burgerfactie die zich verzette tegen de zwakke bisschop Hendrik van Beieren in 1527 een Gelders garnizoen binnen de muren. In november bleek de bisschop aI bereid in ruil voor Habsburgse steun ten voordele van keizer Karel af te zien van zijn wereldlijke heerschappij.

Onmiddellijk werd de bouw aangevat van een dwangburcht, de Vredeburg, waaraan de Hollandse Staten fors bijdroegen onder het motto dat het garnizoen in Utrecht ook Holland zou beschermen. Hierna trad rust in op de Nederlandse wateren, die niet toevallig samenviel met de vrede die Frans I en Karel V in 1529 hadden gesloten.

De Habsburgse Nederlanden waren nu uitgebreid met de aan elkaar en aan de overige provincies grenzende landen van Utrecht en Friesland, maar Gelre behield in het noordoosten een uitgestrekt  machtsgebied tussen het Neder en het Oversticht in en ten noorden hiervan. Toen Frans l in 1536 Karel opnieuw de oorlog verklaarde, trad zijn onruststoker in het noorden ook weer in actie. De bondgenootschappen hadden zich nu verruimd tot een anti-Habsburgse coalitie met Duitse protestanten en de eveneens protestantse Deense koning Christian III. In mei 1536 vielen door hem en door Karel van Gelre gesteunde troepen Overijssel en de Groningse Ommelanden binnen. Dit bracht de Groningers ertoe

 Habsburgse bescherming te zoeken en keizer Karel als hun heer te huldigen. Nu was het hen voor het eerst in hun geschiedenis duidelijk dat de druk van de omliggende vorstendommen alleen weerstaan kon worden door een nog machtiger heer. Zijn stadhouder in Friesland nam die huldiging in ontvangst en slaagde erin, met de steun van egentes Maria, de Denen te verdrijven en ook Drente in te palmen. Omwille van de handelsbelangen sloot zij, tegen de zir

 van haar keizerlijke broer in, met Christiar IlI in het volgende jaar een vierjarig bestand dat de vrije doorvaart van Nederlanders door de Sont waarborgde.

 

 De Gelderse kwestie werd opnieuw acuut toen Karel van Gelre in januari 1538 zonder nageslacht overleed. In het verdrag van 1528 had hij keizer Karel aangewezen als zijn opvolger. Maar de Staten van Gelre lieten hun keuze vallen op Willem van Gulik, die na de dood van zijn vader in 1539 de hertogdommen Kleef en Gulik erfde alsmede Berg en Mark. Samen met Gelre en Zutphen werd aldus een nieuw landenblok gevormd aan de Nederrijn dat voldoende kracht leek te hebben om de aanhoudende Habsburgse druk te weerstaan. Karel

 gedoogde gedurende vijf jaren de ontkenning van zijn opvolgingsrecht over Gelre omdat hij dringender verplichtingen elders had.

 

 In juli 1542 brak echter een nieuw groot anti-Habsburgs offensief los, met de Nederlanden als belangrijkste doelwit, Vanuit vier richtingen vonden aanvallen plaats. Christian III van Denemarken sloot de Sontdoorvaart voor NederIanders af en zond een vloot van 40 schepen met naar verluidt 10.000 soldaten naar de Hollandse en Zeeuwse kusten. Die hinderden de visserij en de handelsvaart maar konden geen vaste voet aan land krijgen. Franse aanvallen werden gericht op Luxemburg en Artesië (2). In verhouding tot de ruwweg 50.000 manschappen die op de NederIanden waren losgelaten, was de schade beperkt gebleven en het resultaat pover. De alliantie van Willem van Gulik met Frankrijk en Christian IIl en de invallen n de Nederlanden gaven voor Karel de doorslag om zijn rechten op Gelre nu eens en voor aItijd te realiseren. De destabilisering in de regio interesseerde de keizer vooral omwille van haar internationale dimensies. (p.5) Willem was niet alleen een bondgenoot van Frankrijk, maar ook bestond de vrees dat hij zich via zijn Saksische zwager zou kunnen aansluiten bij het Smalkaldisch verbond van protestantse Duitse vorsten en op die manier ook in de Nederlanden de Hervorming versneld uitbreiding geven. Met zijn enorme overmacht aan manschappen en materiaal kon de keizer in twee weken hertog Willem en de Staten van Gelre dwingen zich neer te leggen bij het nieuwe bewind. Karel liet de hertog in het bezit van zijn oorspronkelijke vorstendommen, maar Gelre werd de zeventiende ‘provincie’ in de Nederlanden.

 

Zo ontstonden zowel blijvende banden als duurzame grenzen tussen allerlei vorstendommen die zonder de ingrepen van de keizer nog geen duidelijk staatkundig kader hadden gevonden. In taal, cultuur, economische relaties noch landschap drong zich immers een grens op. Utrecht, Friesland, Groningen, Drente, Overijssel en Gelre zijn door Habsburgse druk verenigd met de overige Nederlandse provincies, Karel trok ook Gelre definitief binnen de Nederlanden, terwijl Kleef, Gulik, Mark en Berg bij de Westfaalse Kring van het Rijk bleven behoren. Karels dubbele positie als landsheer in de Nederlanden en keizer maakte het hem mogel ijk deze scheidingslijn te trekken. Tegelijk waren het ook zijn vijanden die hem als keizer aanzetten tot de inlijving van Gelre. Vanuit Habsburgs standpunt valt dus te besluiten dat de verovering van nieuwe Nederlandse provincies telkens plaatsvond als een reactie op vanuit Frankrijk ondersteunde Gelderse agressie. De toestand van 1543 werd in 1648 gestabiliseerd in de Vrede van Westfalen, waardoor het territorium van de Nederlanden blijvend gevormd werd en afgebakend naar het Oosten.

 

 

(1) Denken wij maar aan de strooptochten van Maarten van Rossum, zelfs tot onder de poorten van Antwerpen.

(2) Zie het arttkel in het Zannekin-Jaarboek van de hand van Jean-François Sztuka (nr. 1411992, p. 83-92) “De bewogen geschiedenis van Montmédy”, schriftelijke neerslag van een referaat dat de auteur hield op de studie-uitstap van Zannekin op 25 mei 1991.

 

1600

Léon Vander Essen, Pour mieux comprendre notre histoire nationale, s.d.

 

(p.151) MARCHANDS ET COMMERÇANTS BELGES EN ITALIE AU XVIIe SIECLE

LES  relations  artistiques  entre  la   Belgique  et l’Italie sont bien connues.

Ce qui l’est moins et ce qui mérite tout au­tant de retenir l’attention de tous ceux qui s’intéressent à notre passé national, c’est la présence d’importantes colonies belges dans certaines villes italiennes pendant l’époque moderne.

C’est ce qui nous engage à parler maintenant des commerçants flamands établis à Venise et de l’in­fluence de certains Belges particulièrement représen­tatifs à Naples au cours du XVIIe siècle.

Lorsque le peintre anversois Corneille de Wael, qui possédait un atelier bien fréquenté à Gênes et y rece­vait royalement ses compatriotes qui visitaient l’Italie, vint à Venise en 1621, il y entra de suite en relations avec un riche armateur qui s’appelait Luc van Uffel,

 

(p.152) et par l’intermédiaire de celui-ci, avec une véritable colonie de compatriotes, fixés à demeure dans la cité des lagunes.

Ce Luc Van Uffel était né en Hollande, semble-t-il, mais appartenait à une famille authentiquement anver-soise, dont on constate la présence à Anvers à l’époque de Charles-Quint. La femme de Hans Van Uffel le vieux — ou senior, comme nous dirions aujourd’hui — était petite-fille de l’imprimeur Jacques van Lies-velt, exécuté à Anvers en 1545 par ordre de l’Inquisi­tion. Armateur et marchand, Luc Van Uffel s’était fixé à Venise en 1616 et s’y était associé avec Jan van Mère; il conquit bientôt une situation très en vue et l’on sait que c’est la firme Van Uffel-van Mère qui intervint pour une grande part dans l’armement de la belle flottille qui devait conduire à Londres l’ambas­sadeur vénitien Contarini.

Au début du XVII” siècle, les commerçants fla­mands sont nombreux à Venise; ils s’y montrent très entreprenants et savent acquérir une grande influence.

On trouve parmi eux des Anversois dont la famille est très cotée dans la mère-patrie, les Van den Put, van Castro, Lunden, Van Neste, Du Bois, Nys, Mer-tens, Moens, Van der Piet, d’autres encore.

Ces Flamands, au début du XVII” siècle, conti­nuaient à bénéficier de la situation internationale exceptionnelle que le port d’Anvers avait réussi à

(p.153) conquérir sous le règne glorieux de Charles-Quint et, lorsque la fortune naissante de la Hollande maritime poussera le commerce néerlandais vers le bassin de la Méditerranée, ce sont ces colonies anversoises de Venise et d’ailleurs qui se feront les intermédiaires les plus informés et les plus qualifiés.

Si, à cette époque, la majeure partie des « comptoirs de commerce » de la Turquie sont entre les mains de gérants brabançons, en Italie on ne peut guère se pas­ser des gens de « Flandre ».

C’est que, si l’expansion commerciale des Hollan­dais progresse rapidement dans la direction de la péninsule italique et des pays méditerranéens, l’hosti­lité politique de l’Espagne essaie partout de barrer la route aux flottes de ceux que l’on s’obstinait à Madrid à considérer comme des « rebelles ».

Seuls des agents commerciaux d’origine flamande parvenaient à arrondir les angles et à éluder cette opposition.

Aussi, dans tous les ports d’Italie, des Belges se rencontrent qui sont en relations directes et normales avec les armateurs et les équipages hollandais.

Une richesse considérable vint couronner le terme de ces efforts : plusieurs de ces marchands flamands sont collectionneurs de tableaux, d’antiquités et se montrent pour les artistes de véritables mécènes.

Luc Van Uffel possédait une merveilleuse galerie de tableaux, dont on sait qu’elle comprenait des œuvres de Raphaël, du Titien, de Ribera, de Rubens, (p.154) de Van Dyck et le célèbre Cupidon de Duquesnoy. A côté de lui, les d’Anna possédaient un Titien, Jean Reynst avait acquis la partie la plus importante des richesses artistiques du patricien vénitien André Ver-dramin. Au cours de son séjour à Venise, Corneille de Wael vendit nombre de gravures et de tableaux a ses compatriotes, chez lesquels un sens très développé des affaires n’avait pas étouffé le goût des choses artis­tiques et le culte de la Beauté.

A Naples aussi, on trouve au XVII” siècle une colo­nie flamande, composée de marchands opulents, pro­tecteurs des artistes et amateurs de tableaux.

Corneille de Wael les visita, comme il avait visité ceux de Venise, et il entra en relations surtout avec celui d’entre eux qui était le plus représentatif, Gas­pard de Roomer. Ce personnage considérable, com­merçant, banquier, armateur, l’homme le plus riche de Naples pendant une grande partie du XVIIe siècle — et dont M. Giuseppe Ceci a, pour ainsi dire, révélé l’existence dans un travail bien documenté, paru en 1920 dans la revue Napoli nobilissima — était né à Anvers vers 1590. Le Père Mastelloni, qui prononça, en avril 1674, le panégyrique de Gaspard de Roomer, pouvait dire que celui-ci « -descendait d’une famille sénatoriale, avait des ancêtres et parents qui s’étaient illustrés dans l’administration de la ville d’Anvers, qui (p.155) avaient commandé les armées du roi d’Espagne et siégé dans les tribunaux impériaux ».

À Naples, où l’influence espagnole se faisait sentir plus profondément que dans toute autre région d’Ita­lie, tes Belges avaient occupé des places de comman­dement et ils avaient été mêlés directement à l’admi­nistration du pays.

Parce que territoire soumis à la monarchie espa­gnole, le port de Naples était complètement fermé aux navires hollandais.

Ceux-ci pouvaient cependant s’y introduire sous le couvert du pavillon d’un autre pays et c’est de cette circonstance que le commerçant de Roomer sut tirer un excellent parti.

Armateur, de Roomer affrète, loue et vend des bateaux : les rois d’Espagne sont ses clients. Banquier, il prête des sommes considérables aux monarques es­pagnols, dont le trésor est toujours à sec; il fait de bonnes affaires de change et achète en monopole la perception des impôts. Ses navires chargés de grain vont en Espagne, naviguent sur les canaux de Frise et de Gueldre, arrivent en Poméranie, poussent jusqu’en Norvège; leur pavillon flotte à Londres, à Constanti-nople, à Alexandrie.

Ayant amassé ainsi une fortune considérable, Gas­pard de Roomer s’entoura de faste et de beauté. En (p.156) 1630, il habitait un palais, le palais de Monte-Oliveto, où l’on peut encore voir aujourd’hui ses armes sculp­tées dans la pierre. En 1648, il alla occuper le palazzo délia Stella, et y installa ses collections d’art, ses argenteries ciselées, ses tapisseries et ses tableaux. Pendant les chaleurs, il se réfugie dans une villa qui était un séjour de rêve, avec ses bosquets ombragés et ses jeux d’eau. Il en possède une seconde au Pausi-lippe, et d’autres palazzi de moindre importance dans divers quartiers de la ville. Dans toutes ces demeures, où éclate à la fois sa richesse et son goût artistique, il organise des fêtes splendides et invite le vice-roi espa­gnol, des dignitaires, toute l’aristocratie napolitaine. Celle-ci le connaissait sous son nom italianisé de Gasparo Romolo et le considérait comme le Crésus de l’époque.

L’amour sincère de l’art, et surtout de la peinture, pousse cet Anversois au génie commercial à acquérir et à exposer chez lui des œuvres de l’Espagnolet, de J.-B. Caracciolo et de Stanzione, mais surtout de Van Dyck et de l’école du Caravage. Il aime aussi à orner son musée de. ces petits tableaux, représentant des paysages animés, qu’un groupe de peintres du Nord, flamands, hollandais et allemands, peignaient avec une prédilection marquée. Et ce grand commerçant belge, à moitié italien, empêche ainsi de crever de faim ces « bentvogels », ces artistes faméliques et gais lurons qui, à cause de leurs beuveries et de leurs expéditions (p.157) nocturnes, faisaient si souvent parler d’eux dans les salles de police et les tribunaux de Rome.

La gloire de de Roomer atteignit son apogée lors­que, en 1640 environ, il convia les artistes de Naples à venir admirer un tableau de Pierre-Paul Rubens qu’il venait d’acquérir, et qui représentait le festin d’Hérode. Naples tout entière fut transportée d’en­thousiasme.

Belle leçon que celle de ces hardis et entreprenants commerçants belges, qui, non par snobisme, mais par un amour véritable de ce qui était beau et de ce qui rendait la vie meilleure, furent en réalité les premiers à organiser « la propagande artistique belge à l’étran­ger ».

 

1600

Les peintres Rubens, chef de l’ école d’ Anvers,  Van Dijck,  inspirant l’école de peinture anglaise, peintre officiel de Charles Ier, roi d’Angleterre,  Jordaens,  David Teniers, Philippe Champagne, peintre attitré du roi de France, Louis XIII et de son ministre, le cardinal de Richelieu, sont les plus brillants représentants dela peinture belge à cette époque.

 

1600

Michel De Coster, Les Wallons… (suite), LB 07/03/2008

 

PIERRE MINUIT, FIGURE EMBLÉMATI­QUE DE L’IMMIGRATION WALLONNE EN AMÉRIQUE, est toujours Hollan­dais selon “Le Robert des noms pro­pres”, Français selon l’historien P. de Ravel d’Esclapon et le voici Allemand selon les hasards de sa naissance… et de son mariage, selon Y. Vander Cruysen (cf. son courrier du 5/03/08). D’après ce lecteur, soutenir que Minuit était Wallon relève d’une légende ima­ginée par le poète Robert Goffin, réfu­gié à New York durant la Seconde Guerre mondiale : ce qui est tout à fait inexact En effet, l’historien américain Charles Baird, dans son “History of thé Huguenot Emigration of America”, écrivait déjà en 1885 que Pierre Minuit était bien Wallon et que sa famille avait trouvé refuge à Wezel, en Allemagne, fuyant les persécutions de la Contre-Réforme. Pierre y était d’ailleurs diacre à l’église wallonne (vol I, p. 175). Un autre historien, James G. Wilson, confirme le fait en 1893, notant au passage que Minuit écrivit “en français” au gou­verneur de la colony of Plymouth (“Mé­morial of thé City of New York” (vol. I. p. 164). Henry G. Bayer, lecteur à l’Université de New York avalise ce fait en 1925 dans son ouvrage particulière-” ment bien documenté “The Belgian, first settlers in New York”…Voici qui nous éloigne d’une légende tissée par un poète.

Si tant est que le père de Minuit fut ori­ginaire de Valenciennes, c’était, à l’épo­que, une ville wallonne qui, tout en gar­dant ce caractère, ne devint française qu’en 1678 par le traité de Nimègue. Mais il est vraisemblable que le berceau de la famille se situait à Ohain “en ro­man pays de Brabant”. Minuit, avec l’autorisation de la Compagnie néer­landaise des Indes occidentales, obtint l’autorisation d’appeler le site de la fu­ture cité de New York, “Nouvelle Bel­gique”, comme l’atteste son sceau de gouverneur, le sigillum Novi Belgii. Pa­radoxe pour un Allemand ! Minuit était bien d’origine wallonne et fit partie des

immigrés wallons qui fondèrent New York ainsi que les Etats de New York (Albany, Delaware, Pennsylvanie, Con-necticut et New Jersey).

 

 

1700  & 1800s

J. Sottiaux, Le dernier chant des gardes-wallonnes (sic), Coll. Durendal, Bxl, 1936

 

Peu à peu, pour reconstituer les régiments wallons qui subissaient, à cause de leur héroïsme, d’énormes pertes, on eut recours à des unités étrangères au pays wallon, comme le prouve un chant que les compagnies de Baillet Latour répétaient à la révolution brabançonne:

« Hardis au feu comme des lions;

Bien que nous sommes des quatre nations:

Wallons, Flamands, Lorrains, Brabançons! »