Guide de conversation / Irlandais de poche, Assimil, 2011, p.66

 

Dans les l√©gendes irlandaises, na Fir Bolg √©tait une tribu farouche qui harcelait beaucoup les Irlandais. Seloncertains, na Fir Bolg d√©signait en fait les Belgae, c’est-√†-dire les Belges, dont Jules C√©sar immortalisa la f√©rocit√©.

 

Au premier siècle avant Jésus-Christ

1. Ce que nous en apprennent les historiens anciens.

C’est en 57 avant J√©sus-Christ que les Belges sont entr√©s dans l’histoire, inscrits, par C√©sar, au livre d’or des Gaules avec cette citation magnifique : ¬ę De tous les Gaulois, les Belges sont les plus braves.¬Ľ Avant cette date, m√™me leur nom √©tait ignor√© dans les pays m√©diterran√©ens o√Ļ, depuis plusieurs milliers d’ann√©es, s’√©laborait la civilisation. Il a fallu l’ambition du futur dictateur romain pour les faire d√©couvrir, et tout de suite les Belges apparurent aux gens du Midi comme les habitants de contr√©es bien lointaines : Virgile qua¬≠lifie encore certains d’entre eux, les M√©napiens, d’extremi hominum, ¬ę d’hommes de l’extr√™me bout du monde ¬Ľ.

Ce n’est pourtant pas que tr√®s t√īt le monde antique n’ait proc√©d√© √† des explorations des c√ītes europ√©ennes de l’Atlantique. Les marchands s’y sont probablement de tout temps aventur√©s; aussi haut que l’on puisse remonter dans l’histoire de l’humanit√©, on constate que l’oc√©an Atlantique a √©t√© affront√© par de hardis navigateurs. Les premiers dont l’histoire ait conserv√© le nom furent ceux de Tartesse qui servirent d’inter¬≠m√©diaires entre les r√©gions de l’Atlantique et la Cr√®te.

Plus tard, l√©s Carthaginois √©prouveront plus d’int√©r√™t que tout autre peuple √† conna√ģtre ces contr√©es. Aussi, dans le courant du Ve si√®cle avant J√©sus-Christ, une exp√©dition command√©e par le Carthaginois Himilcon franchit-elle les colonnes d’Hercule et cingla vers le nord. Le r√©cit de ce voyage avait √©t√© conserv√©; au IVe si√®cle de notre √®re, un po√®te latin archa√Įsant, Festus Avienus, en tira quelques donn√©es qu’il incorpora dans une pi√®ce connue sous le nom d’Ora maritima, dont un fragment seulement nous est parvenu. On n’y trouve malheureusement rien concernant notre histoire.

 

Dans le dernier tiers du IV* si√®cle avant J√©sus-Christ, un autre voyage d’exploration fut entrepris par Pyth√©as de Marseille dans un but √† la fois scien¬≠tifique et commercial. Pyth√©as traversa le golfe de Gascogne, la Manche, longea les c√ītes de la Grande-Bretagne et p√©n√©tra probablement dans la Baltique ; il recueillit des renseignements m√©t√©orologiques, oc√©anographiques et g√©ographiques sur les contr√©es arc¬≠tiques. La relation qu’il avait laiss√©e de son voyage est perdue ; nous en connaissons quelques passages ‚ÄĒ ou tout au moins le contenu de ceux-ci ‚ÄĒ principalement par des citations de Strabon. Il est √† peu pr√®s cer¬≠tain que Pyth√©as avait d√©crit les c√ītes de Flandre, mais ses souvenirs nous font d√©faut aujourd’hui.

Il faut attendre C√©sar pour trouver une documen¬≠tation sur notre pays au premier si√®cle avant J√©sus-Christ. Les Belges occupaient alors une contr√©e autre¬≠ment vaste que le territoire du royaume de Belgique actuel : au nord, ils s’√©tendaient jusqu’aux bouches de l’Escaut, de la Meuse et du Rhin ; √† l’est, tout le long du Rhin jusqu’aux environs de Cologne ; au sud, leur fronti√®re suivait la lisi√®re m√©ridionale de la for√™t des Ardennes jusqu’√† la Meuse, s’infl√©chissait brusque¬≠ment vers le sud pour toucher la haute Marne, puis suivre cette rivi√®re jusqu’√† la Seine et gagner la Manche le long de ce dernier fleuve ; enfin, √† l’ouest, la Manche et la mer du Nord baignaient leurs rivages.

Lorsque, venant du sud, on p√©n√©trait chez les Belges par la vall√©e de la Meuse, celle de l’Aisne ou celle de la Marne, on rencontrait d’abord le peuple des R√®mes. Ce dernier, qui habitait les plaines de la Champagne, poss√©dait des terres produisant en abon¬≠dance le bl√© et le fourrage. Il comptait parmi les plus riches des peuples de la Gaule. Sa ville principale √©tait Durocortonim, Reims, et un oppidum, Bibrax, d√©fendait sa fronti√®re nord.

Entre le territoire des R√®mes et l’Oise, les Suessions s’√©tendaient vers le nord ; Noviodunum √©tait leur refuge. En descendant ensuite le cours de la Seine, on passait successivement chez les Bellovaques (pays de Beauvais), dont la forteresse √©tait d√©nomm√©e Bratuspantium, chez les Valiocasses, puis chez les Cal√®tes sis √† l’embouchure de la Seine.

En remontant le long des c√ītes vers le nord, sur les deux rives de la Somme, on rencontrait les Ambiens avec la ville de Samarobriva, Amiens ; le reste de la c√īte, jusqu’√† l’embouchure de l’Escaut, constituait le domaine des Morins dont le port principal √©tait Portas Itius.

 

A l’int√©rieur des terres, les Atr√©bates occupaient l’Artois actuel o√Ļ ils disposaient d’une forteresse, Nemetocenna; les Viromandui habitaient l’ancien Vermandois; les Nerviens une partie du nord de la France, le Hainaut et le Brabant ; les Menapiens les provinces actuelles d’Anvers et le Limbourg ; vers son embouchure, ils atteignaient le bas Rhin sur la rive droite duquel ils poss√©daient des habitations et des cultures.

Au sud des Menapiens, sur les deux rives de la Meuse jusqu’au Rhin et dans la for√™t des Ardennes, vivaient des populations qui portaient en commun le nom de Germani : c’√©taient d’abord les Eburons qui s’√©tendaient de la rive gauche de la Meuse jusqu’au Rhin, les Segni, dont nous ignorons la position g√©o¬≠graphique, et les Gondrusiens qui ont laiss√© leur nom au Condroz. Enfin, les Paemani que les anciens ma¬≠nuels localisent erron√©ment en Famenne, nom avec lequel ils n’ont aucun rapport, et les Caeresi dont l’appellation para√ģt se retrouver dans celle du pagus Caroascus des temps carolingiens qui √©tait situ√© dans l’Eifel, aux environs de Pr√Ľm.

Telle était, dans ses grandes lignes, la répartition des peuples dont le groupement portait le nom de Belges.

Il faut y ajouter les Aduatuques qui avaient √©tabli leurs demeures quelque part sur la Meuse moyenne. A peu pr√®s au centre du pays des Eburons se trouvait un endroit fortifi√© qui portait le nom d’Aduatuca et qui para√ģt √™tre devenu plus tard Tongres.

 

Bien qu’il porte le nom des Aduatuques, ce n’√©tait pas le refuge principal de ce peuple. Ce dernier se trouvait sur le territoire m√™me occup√© par ceux-ci. On en ignore la situation exacte, bien qu’on ait √©crit toute une biblioth√®que sur cette question. Ce ne peut avoir √©t√© ni la citadelle de Namur, ni le mont Fallize, pr√®s de Huy, ni l’oppidum d’Hastedon, car C√©sar, en le d√©crivant vaguement, il est vrai, ne mentionne ni la Meuse ni la Sambre qui, dans les trois sites jouent un r√īle important du point de vue de la d√©fense.

On s’est √©tonn√© de rencontrer une Aduatuca en plein pays des Eburons. Or, nous savons par C√©sar que ceux-ci payaient tribut aux Aduatu,ques, que le fils et le neveu d’Ambiorix, un des rois des Eburons, √©taient aux mains de ceux-ci et gard√©s comme otages lors de l’arriv√©e des troupes romaines. Il est probable qu’Aduatuca √©tait un poste √©tabli par les Aduatuques en plein pays des Eburons pour maintenir ces derniers sous leur domination.

 

Il √©tait cependant encore d’autres peuples de moindre importance: les Nerviens avaient comme clients les Centrones, les Grudii, les Levaci, les Pleu-moxii et les Geidumni. Malheureusement, tous les noms de ces petites peuplades paraissent avoir disparu avec la conqu√™te romaine. C√©sar ne fournit aucune pr√©cision sur les lieux qu’elles occupaient. On s’est ing√©ni√© √† les loger sur les cartes. Certaines de ces loca¬≠lisations remontent √† la Renaissance : les humanistes ont fait par exemple des Grudii les Louvanistes, et dans la po√©sie latine moderne, Athenae Grudiae, c’est Louvain jusqu’√† la fin du XVIIIe si√®cle. Mais, il n’y a rien √† retenir d’aucune des hypoth√®ses qui ont √©t√© avanc√©es au sujet de ces peuples : il faut se r√©signer √† ignorer o√Ļ ils √©taient √©tablis.

César cite encore les Ambivarites ; il faut probable­ment chercher ceux-ci au sud du pays des Ménapiens, dans le Brabant septentrional.

On aura remarqu√© que, parmi les peuples belges, nous n’avons pas compris les Tr√©vires dont il est question dans tous les manuels d’histoire de Belgique.

C’est que les Tr√©vires ne sont nulle part mention¬≠n√©s par C√©sar comme faisant partie int√©grante de la communaut√© belge. Lorsqu’il situe dans la Gaule la civitas Treverorum, le g√©n√©ral romain en fait un peuple ayant une existence propre. Plus tard, les Tr√©¬≠vires furent englob√©s dans la Provincia belgica, et c’est pourquoi Pline l’Ancien, Pomponius M√™la et Strabon les ont compt√©s parmi les Belges. Il semble bien toutefois que les Tr√©vires, tout en ayant de grandes affinit√©s avec les Belges, √©taient isol√©s et n’appartenaient √† aucun groupement.

Le pays des Tr√©vires, situ√© au sud de la for√™t des Ardennes, s’√©tendait √† l’est jusqu’au Rhin, des envi¬≠rons de Cologne √† Mayence ; au sud, il √©tait born√© par les fronti√®res des Mediomatriques, et √† l’ouest par celles des R√®mes.

 

Nous poss√©dons deux autres listes de peuples belges dress√©es post√©rieurement √† la conqu√™te romaine. L√† premi√®re est fournie par Strabon, g√©o¬≠graphe grec qui nous a laiss√© une description de la Belgique √©crite tout au d√©but de notre √®re, mais qui est bas√©e sur des donn√©es emprunt√©es √† ses pr√©d√©ces¬≠seurs, entre autres Pyth√©as dont nous avons men¬≠tionn√© l’exp√©dition, et C√©sar qu’il rectifie par endroits. Pour Strabon, les peuples belges √©taient au nombre de quinze, mais il ne les √©num√®re pas syst√©matique¬≠ment ; ils habitaient le long de l’Oc√©an, entre le Rhin et la Loire. C’est ainsi qu’il range, parmi les Belges, les V√©n√®tes et les Osismii qui se trouvaient fix√©s en Bre¬≠tagne. Il est un fait certain, c’est que des liens sinon de parent√©, du moins d’int√©r√™t et de sympathie unis¬≠saient les Belges √† ces deux peuplades, car les rive¬≠rains de la mer, M√©napiens et Morins furent les alli√©s des V√©n√®tes dans la campagne que C√©sar mena contre ceux-ci en 56 avant J√©sus-Christ. Il se peut que cette circonstance ait amen√© Strabon √† consid√©rer comme belges tous les peuples du littoral de la mer du Nord et de la Manche. Notre g√©ographe place aussi les Tr√©vires parmi les Belges.

La seconde liste se trouve chez Pline l’Ancien, mort en 79 de notre √®re en observant la terrible √©ruption du V√©suve qui enterra Herculanum et Pomp√©i. Il n’y a pas moyen d’utiliser les donn√©es de Pline de ma¬≠ni√®re critique : ce qu’il nous a conserv√©, ce n’est pas la liste des peuples qui occupaient la Belgique avant la conqu√™te par C√©sar, c’est celle des peuples r√©unis par l’administration romaine pour former la province belgique de son temps. Or, cette province s’√©tendait non seulement sur les territoires compris entre la Seine, la mer du Nord et le Rhin, mais encore jus¬≠qu’aux Alpes, sur la rive gauche de la Sa√īne et du Rh√īne. On avait r√©uni √† la Belgique des territoires qui n’avaient jamais √©t√© peupl√©s par des Belges. D’un autre c√īt√©, imm√©diatement apr√®s la conqu√™te, d’im¬≠portants remaniements de la population avaient eu lieu, sans que nous soyons √† m√™me de les indiquer avec pr√©cision. Cependant cette liste n’est pas tran¬≠scrite sans ordre, un certain classement g√©ographique y est suivi. Si elle ne peut nous apporter aucun ren¬≠seignement pr√©cis au sujet des populations belges d’avant la conqu√™te romaine, il est bon d’en tenir note, car, parmi les peuples cit√©s, il en est peut-√™tre que C√©sar a omis de mentionner comme belges. Voici ce passage bien connu : ¬ę Depuis l’Escaut, habitent, √† la p√©riph√©rie (lire dans le texte extetni √† la place de la corruption Exerni) les Taxandres, qui portent plu¬≠sieurs noms, ensuite les M√©napiens, les Morins, les Oromarsaci, joints au pagus qui s’appelle Cersiacus, les Bretons, les Ambiens, les Bellovaques, les Bassi; √† l’int√©rieur, les Catoslugi, les Atr√©bates, les Ner-viens libres, les Viromandui, les Suaeuconi, les Sues-sions libres, les Ulmanetes libres, les Tongres, les Sunuci, les Frisiavones, les Betasi, les Leuci libres, les Tr√©vires libres autrefois, les Lingons f√©d√©r√©s, les R√®mes f√©d√©r√©s, les Mediomatriques, les Sequanes, les Raurici et les Helv√®tes. ¬Ľ On a imprim√© en ita¬≠lique les noms dont C√©sar ne fait pas mention. Il est probable que plusieurs de ceux-ci, Catoslugi (Catuslogi?), Suaeuconi, Ulmanetes, sont corrom¬≠pus. On ne saura jamais exactement ce que Pline avait √©crit.

Le pays des Belges est d√©sign√© par C√©sar au moyen de leur nom pr√©c√©d√© d’une pr√©position : in Belgis en Belgique, ex Belgis, hors de Belgique.

Le conquérant romain a employé trois fois dans ses Commentaires, et Hirtius, son continuateur, quatre fois, le mot de Belgium pour caractériser spécifique­ment le territoire du groupe des peuples belges qui habitaient au nord de la basse Seine, Bellovaques, Veliocasses, Gaietés, Atrébates : ce sont les Belges qui, nous le verrons, avaient colonisé le sud de la Bretagne quelque temps auparavant.

Pour d√©signer le territoire qu’habitait l’ensemble des Belges avant la conqu√™te romaine, il n’y avait pas encore de nom. C’est l’administration romaine qui cr√©era celui de provincia belgica, devenu Belgique.

En r√©alit√©, la Belgique se composait √† ce moment de deux r√©gions g√©ographiques nettement diff√©rentes : le sud et le nord. Au sud, s’√©tendaient de riches plaines o√Ļ les champs cultiv√©s alternaient avec les prairies et les petits bois. Les habitants, R√®mes, Suessions, Bellovaques, Veliocasses, Atr√©bates, Ambiens, se trou¬≠vaient en rapports directs avec la Gaule celtique √† travers laquelle agissait sur eux la civilisation m√©di¬≠terran√©enne. Le climat y est aussi plus doux, le prin¬≠temps plus h√Ętif que dans la r√©gion du nord. C’est le Belgium.

Le nord √©tait s√©par√© du reste du pays par la for√™t des Ardennes, qui, d’apr√®s C√©sar, s’√©tendait des rives du Rhin au pays des R√©mois, et de l√†, √† l’embou¬≠chure . de l’Escaut. Des mar√©cages nombreux cou¬≠vraient le territoire compris entre le bas Rhin et la basse Meuse, ainsi que les rives de l’Escaut et les abords du rivage de la mer.

C√©sar d√©crit la for√™t des Ardennes comme la plus vaste des for√™ts des Gaules. Dans sa partie septentrio¬≠nale, elle √©tait fort √©paisse, √† tel point que pour venir √† bout des M√©napiens, il fallut y tailler une large voie en abattant les arbres que l’on disposait des deux c√īt√©s de la trou√©e en guise de rempart. Comme les Commentaires nous disent que ce travail avan√ßait avec une rapidit√© incroyable, force nous est d’en d√©¬≠duire que les arbres abattus ne pouvaient pas √™tre bien gros. Or, c’est ce qui r√©sulte des observations de Strabon. Ce dernier nous assure que les arbres de la for√™t des Ardennes √©taient peu √©lev√©s, et qu’elle √©tait moins √©paisse que ne l’ont pr√©tendu les historiens.

 

Elle renfermait beaucoup de buissons épineux que les indigènes attachaient entre eux pour obstruer les pas­sages en temps de guerre. César avait déjà noté cette particularité lors de sa marche contre les Nerviens.

La for√™t des Ardennes √©tait donc loin d’√™tre imp√©¬≠n√©trable; elle devait renfermer de vastes clairi√®res qui furent autant de centres d’habitat. Elle √©tait tra¬≠vers√©e par de nombreuses routes, tout au moins par des pistes fort praticables : l’arm√©e de C√©sar se meut dans toutes ses parties et avec grande c√©l√©rit√©. Or dans la premi√®re campagne contre les Belges, les l√©gions durent la traverser de part en part avec tout leur charroi qui √©tait fort important. C√©sar ne men¬≠tionne jamais de retard dans les d√©placements de celui-ci. Comment le train e√Ľt-il pu suivre les troupes, s’il n’avait pas d√©j√† exist√© tout au moins d’excellentes pistes bien trac√©es ?

Pourtant, si elle n’√©tait pas imp√©n√©trable m√™me aux arm√©es, la for√™t des Ardennes a √©t√© une entrave au d√©veloppement de la civilisation, ou tout au moins √† la propagation vers le nord de la civilisation venant du sud.

Au nord de celle-ci, les populations √©taient plus rudes, moins cultiv√©es que celles du Belgium. C√©sar pr√©tend que les Nerviens ne permettaient pas aux marchands de p√©n√©trer chez eux, ni d’y importer ni le vin, ni d’autres objets de luxe. Toutes les peuplades y √©taient pourtant adonn√©es √† l’agriculture et √† l’√©le¬≠vage. Que ce soit chez les M√©napiens, les Morins, les Nerviens, les Ebur√īns, C√©sar .mentionne l’existence de villages (vici), d’habitations (aedificia), de champs de bl√©, de troupeaux de b√©tail. Nous savons que les b√™tes √† cornes y √©taient nombreuses et qu’il y existait une race de porcs de grande taille tr√®s rapides √† la course, qui faisait l’√©tonnement et l’admiration des m√©ridio¬≠naux √©gar√©s dans ces parages. Les cultures √©taient si d√©velopp√©es que l’arm√©e romaine put y vivre sur le pays; √† tout instant, les Commentaires nous rappor¬≠tent que des cohortes vont frumenrari, c’est-√†-dire piller les champs de bl√© des indig√®nes. Malgr√© ses for√™ts et ses marais, gr√Ęce au labeur de ses habitants, notre pays produisait toutes les denr√©es n√©cessaires √† la vie en quantit√© plus que suffisante.

Le nombre de ces habitants √©tait relativement con¬≠sid√©rable. Nous pouvons l’√©valuer avec assez de cer¬≠titude. Au moment d’engager la lutte avec les Belges, C√©sar s’√©tait abondamment document√© aupr√®s des R√®mes sur les adversaires en face desquels il allait se trouver. Il nous a dress√© la liste des contingents militaires fournis par les divers peuples qui avaient d√©cid√© de se d√©fendre. D’autre part, nous savons par la campagne contre les Helv√®tes que le nombre total de ceux-ci √©tait de 368.000 personnes dont 92.000 combattants. Ces derniers constituaient donc √† cette √©poque le quart de la population. A l’aide de cette indication, on peut dresser le tableau suivant: !

Suessions 50.000 combattants : 200.000 personnes.

Bellovaques 60.000¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† ¬Ľ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† 240.000¬†¬†¬†¬†¬† ¬Ľ

Nerviens¬†¬†¬†¬† 50.000¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† ¬Ľ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† 200.000¬†¬†¬†¬†¬† ¬Ľ

Atr√©bates¬†¬†¬†¬†¬† 15.000¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† ¬Ľ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† 60.000¬†¬†¬†¬†¬† ¬Ľ

Ambiens¬†¬†¬†¬† 10.000¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† ¬Ľ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† 40.000¬†¬†¬†¬†¬† ¬Ľ

Morins¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† 25.000¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† ¬Ľ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† 100.000¬†¬†¬†¬†¬† ¬Ľ

M√©napiens¬†¬†¬†¬†¬† 7.000¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† ¬Ľ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† 28.000¬†¬†¬†¬†¬† ¬Ľ

Caletes¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† 10.000¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† ¬Ľ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† 40.000¬†¬†¬†¬†¬† ¬Ľ

Veliocasses¬†¬† 10.000¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† ¬Ľ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† 40.000¬†¬†¬†¬†¬† ¬Ľ

Viromandui¬† 10.000¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† ¬Ľ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† 40.000¬†¬†¬†¬†¬† ¬Ľ

Aduatuques¬† 19.000¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† ¬Ľ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† 76.000¬†¬†¬†¬†¬† ¬Ľ

German√Į¬†¬†¬†¬†¬† 40.000¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† ¬Ľ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† 160.000¬†¬†¬†¬†¬† ¬Ľ

Les Germani, pour mémoire, comprennent les Ebu-rons, Condrusiens, Segni, Paemani, etc.

En r√©sum√©, sans compter les R√®mes qui √©taient un peuple de l’importance des Suessions, cette liste fournit un total de 306.000 combattants, ce qui correspond¬† √†¬† une¬† population¬† de¬†¬† 1.224.000¬† personnes pour la Belgique enti√®re.

Les uns proclament ces chiffres fortement exag√©r√©s ; d’autres les tiennent pour vraisemblables. Nous pen¬≠sons qu’ils sont tout √† fait approximatifs, mais que, toutefois, ils ne s’√©cartent pas fort de la r√©alit√©. Nous pouvons v√©rifier dans une certaine mesure, par un recoupement tout au moins, l’une de ces indications. C√©sar nous dit avoir fait vendre √† l’encan 53.000 Aduatuques faits prisonniers dans leur refuge. Le tableau ci-dessus attribue √† ces derniers 76.000 indi¬≠vidus. Les deux tiers de la population auraient √©t√© vendus. La chose est tout √† fait vraisemblable, car, apr√®s leur d√©faite, une petite partie d’entre eux con¬≠tinua d’exister et de r√©sister : Ambiorix les souleva contre les Romains apr√®s le massacre des troupes de Sabinus et de Cotta.

Si l’agriculture et l’√©levage constituaient le fonds de leur √©conomie, ces populations connaissaient et pratiquaient √† peu pr√®s toutes le commerce, car elles ont battu monnaie. Au d√©but du IIe si√®cle avant ‚ÄĘ J√©sus-Christ, les conqu√™tes de Rome en Orient avaient remis dans la circulation √† Rome le stat√®re d’or de Philippe de Mac√©doine (voir la planche en hors texte). Cette monnaie, commode pour les transactions inter¬≠nationales, p√©n√©tra en Gaule par la Province, et de , l√† dans la Gaule celtique o√Ļ elle fut imit√©e d’abord par les Eduens et les Arvernes. Ces copies parvinrent sur les bords de la Meuse o√Ļ elles furent reproduites par les habitants de l’Entre-Sambre-et-Meuse dont nous ignorons le nom, vers la fin du II* si√®cle avant J√©sus-Christ. Apr√®s l’invasion des Cimbres et des Teutons, un artiste bellovaque interpr√©ta la t√™te d’Apollon du stat√®re mac√©donien d’une mani√®re ori¬≠ginale. Cette pi√®ce fut reproduite et imit√©e √† son tour chez les Veliocasses, les Atr√©bates, les Morins’et les Nerviens. Mais, comme dans le nord on √©tait moins riche en or que dans le sud, pour √©conomiser les mati√®res, on frappa des flans plus petits que les coins ; il s’ensuivit toute une s√©rie de d√©formations d√©routantes : si on ne poss√©dait pas tous les interm√©¬≠diaires, on serait dans l’impossibilit√© d’identifier le prototype de ces pi√®ces.

Quoi qu’il en soit, les peuplades belges eurent des monnaies d’or. Il r√©sulte de ce fait que C√©sar a exa¬≠g√©r√© lorsqu’il a pr√©tendu que les marchands n’√©taient pas admis chez les Nerviens, car, dans ce cas, ceux-ci n’eussent eu que faire de leur or et ils en frapp√®rent en abondance : le tr√©sor de Frasnes-lez-Buissenal, d√©couvert en 1864 et conserv√© parmi les collections du duc d’Aremberg, n’en renfermait pas moins d’une trentaine. C√©sar aura voulu augmenter le prestige de sa victoire en repr√©sentant les Nerviens comme beau¬≠coup plus incultes qu’ils ne l’√©taient r√©ellement, √† l’aide d’un th√®me souvent utilis√© par les historiens anciens pour caract√©riser l’inf√©riorit√© d’une civilisa¬≠tion.

Nous ignorons par quelle autorit√© ces monnaies furent frapp√©es. En g√©n√©ral, elles ne portent pas d’inscription susceptible de permettre de le d√©celer. Pourtant, il ne peut y avoir de doute que ce fut par les autorit√©s politiques.

Les formes de l’organisation politique variaient chez les Belges suivant les peuplades. Toutes n’√©taient pas parvenues au m√™me stade d’√©volution. D’ordinaire, √† leur t√™te, on trouve un roi. Il y a des exceptions : les R√®mes n’en avaient plus ; ils semblent avoir √©t√© r√©gis par une aristocratie formant un s√©nat. Par contre, leurs voisins, les Suessions, √©taient gouvern√©s par un roi renomm√© pour sa justice et sa prudence, le vieux Galba. Les Nerviens √©taient command√©s par un roi puissant chef de guerre, Boduognat. Les Eburons en poss√©daient deux qui paraissent avoir gouvern√© cha¬≠cun une partie diff√©rente du pays. En somme, le pouvoir de ces rois, comme c’est chose naturelle, variai consid√©rablement,’ suivant l’√©quation personnelle de chacun d’eux.

D’une mani√®re g√©n√©rale, on peut dire qu’il existai! partout une aristocratie dont les membres sont corn’ par√©s par C√©sar aux chevaliers romains. Seule, celle-c: prenait part aux d√©lib√©rations concernant les affaires de l’Etat.

Au-dessous d’elle, on trouve une pl√®be qui s’av√®re purement passive politiquement, car elle n’exerce aucun droit politique. Beaucoup de membres de celle-ci √©taient assujettis √† l’aristocratie en qualit√© de clients.

Enfin, au bas de l’√©chelle, comme partout dans le monde antique, il y avait des esclaves qui paraissent avoir √©t√© surtout des prisonniers de guerre, mais qui ont √©t√© aussi des moyens d’√©changes commerciaux : Diodore de Sicile rapporte que les marchands italiens les achetaient en Gaule en donnant en √©change des vases remplis de vin.

Chaque peuplade constituait de la sorte une unit√© politique. Mais l’ensemble de celles qui portaient le nom de Belge ne formait pas √† proprement parler un Etat : il n’existait pas d’organisme central perma¬≠nent pour y assurer une unit√© de direction. C’√©tait seulement lorsque des circonstances imp√©rieuses l’im¬≠posaient, que se r√©unissait le Commun conseil des Belges. Celui-ci se composait de d√©l√©gu√©s des diverses peuplades. La plus puissante du moment fournissait le chef √† qui toutes √©taient th√©oriquement tenues d’ob√©ir ; chacune s’engageait √† ex√©cuter les d√©cisions prises en commun en √©changeant des otages avec les autres. Puis, la d√©lib√©ration termin√©e, le Commun conseil √©tait dissous, jusqu’√† ce que des √©v√©nements nouveaux le fissent se reconstituer.

Aussi, au moment o√Ļ ils allaient perdre leur ind√©¬≠pendance, les Belges nous apparaissent-ils former une sorte de conf√©d√©ration aux liens l√Ęches dans laquelle la pr√©sence de puissantes individualit√©s est indispen¬≠sable pour r√©aliser quelque action. Nous verrons que le m√™me ph√©nom√®ne s’est rencontr√© plus ancienne¬≠ment dans la .Gaule d’Ambigatus ; plus pr√®s de nous, l’√©tat politique dans lequel vivait l’Irlande lorsque saint Patrick y aborda se r√©v√®le absolument identique. Le grand facteur auquel il est d√Ľ, c’est l’esprit d’abso¬≠lue libert√© qui n’a cess√© de souffler sur les Celtes dans tout le cours de leur histoire.

Les Belges ne formaient donc pas encore un Etat au premier si√®cle avant J√©sus-Christ. Nous voyons en eux un groupement humain qui poss√©dait un terri¬≠toire bien √† lui, territoire que tous d√©fendent d√®s qu’il est attaqu√©. Ce pays est compt√© comme l’une des trois parties de la Gaule. Ses habitants se diff√©renciaient nettement de ceux de l’Aquitaine et de la Gaule celtique par la langue, les institutions et les lois. Ces diff√©rences n’√©taient toutefois que de peu d’impor¬≠tance : en ce qui concerne la langue, simples vari√©t√©s dialectales ; les Belges parlaient le gaulois ; les insti¬≠tutions et les lois pr√©sentaient des particularit√©s locales.

Ce qui faisait l’unit√© des Belges, c’√©taient la commu¬≠naut√© de langue et la communaut√© de civilisation, jointes √† la communaut√© d’origine : tous √©taient venus d’au del√† du Rhin.

Cependant, C√©sar ajoute que la plupart des Belges . √©taient d’origine germanique ; parmi eux, il mentionne une s√©rie de peuplades group√©es sous le nom de Germani, de Germains. Pourtant, √† part le nom, il n’y a pas pour lui de diff√©rence entre ceux-ci et les autres Belges. Lorsqu’il d√©peint la r√©sidence d’Ambiorix, un des rois des Eburons, la plus importante des peu¬≠plades des Germanf cisrhenani, comme les appelle C√©sar par opposition avec les Germains d’outre-Rhin, ce n’est pas la description d’une hutte germanique

qu’il nous donne, c’est celle d’une habitation gauloise. ¬ę C’√©tait, dit-il, une maison en pleine for√™t, comme sont presque toutes les habitations des Gaulois qui, dans le but d’√©viter la^ chaleur, recherchent le voisi¬≠nage des for√™ts et des cours d’eau. ¬Ľ Ambiorix vivait donc comme un Gaulois. Bien plus, il n’entretenait aucun rapport de quelque sorte que ce f√Ľt avec les Germains d’outre-Rhin : ce furent les Tr√©vires qui le mirent en relation avec ceux-ci lors de sa r√©volte contre C√©sar; il est donc peu probable qu’il se soit consid√©r√© comme √©tant de m√™me sang ; par contre, Ambiorix √©tait l’h√īte des M√©napiens qui √©taient des Celtes. Ajoutons que C√©sar se sert √† tout propos du nom de Gaulois pour d√©signer des Belges, et jamais de celui de Germains. Il conviendra donc d’examiner, √† l’aide d’autres sources, ce qu’il faut entendre par l’origine germanique de la plupart des Belges.

Ce qui a frapp√© le plus le conqu√©rant romain, c’est la bravoure de ces derniers auxquels il a fait la r√©putation d’√™tre les plus braves des Gaulois. Mais ils √©taient aussi anim√©s d’un esprit farouche de libert√© qui soutenait leur courage. Certains d’entre eux, .tels les M√©napiens et les Morins, affect√®rent longtemps d’ignorer C√©sar; ils ne demand√®rent la paix qu’apr√®s avoir √©t√© totalement √©cras√©s.

A la bravoure, les Belges unissaient la ruse. L’Atr√©bate Commius se fit d’abord un des auxiliaires de C√©sar, pour en arriver √† √™tre en Belgique le dernier des ennemis des Romains qui d√©pos√Ęt les armes, et pour finir par passer en Bretagne o√Ļ il se refit un nouveau royaume. Ambiorix profite de l’intervention de C√©sar pour obtenir de lui la lib√©ration de son peuple et de sa famille du joug des Aduatuques; il feint d’entretenir les meilleurs rapports d’amiti√© avec Q. Junius, un des hommes de confiance du proconsul ; il ravitaille les troupes romaines dans leurs quartiers d’hiver, puis, le moment venu, il les attire hors de leur camp retranch√© pour les massacrer avec une haine d√©cha√ģn√©e, et enfin, C√©sar a beau d√©truire son peuple par une implacable vengeance, Ambiorix ne c√®de pas ; il r√©ussit sans cesse √† √©chapper √† toutes les embuscades, revient d√®s que les Romains se sont retir√©s, il s’efforce de regrouper les d√©bris de son peuple, et, lorsque ceux-ci sont de nouveau mis en pi√®ces, lui seul, insaisissable, reste le cauchemar de celui qui va devenir le ma√ģtre du monde.

Ce recours √† la ruse-a √©t√© impos√© aux Belges par le sentiment de leur faiblesse en face des l√©gions ,de Rome. Cette faiblesse √©tait due √† deux causes : d’abord l’insuffisance de leur armement, et ensuite leur ignorance de l’art de la guerre que pratiquaient leurs adversaires. Le Belge se. lan√ßait au combat demi-nu, mal prot√©g√© par un bouclier trop grand qui paralysait ses mouvements ; sa lance l√©g√®re, et sa mauvaise √©p√©e ‚ÄĒ quand il en poss√©dait une, car c’√©tait une arme rare, ‚ÄĒ ne secondaient gu√®re son ardeur guerri√®re. Il √©tait sans d√©fense devant le pilum romain, l’arme de jet la mieux con√ßue qu’ait invent√©e l’antiquit√©, et devant le glaive court mais solide du l√©gionnaire casqu√©, bard√© de cuir et de fer et solide¬≠ment prot√©g√© dans la bataille non seulement par son armement mais par la tactique que lui imposaient ses chefs. Aussi les batailles contre les Romains furent-elles de v√©ritables boucheries : en quelques heures, les Nerviens perdirent cinquante mille hommes.

Cependant, le Belge √©tait intelligent, industrieux et observateur. Apr√®s quelques campagnes qui avaient √©t√© des d√©sastres, quoique sans outils et sans mat√©riel, il se mit √† imiter l’arm√©e romaine, √† √©lever des retran¬≠chements, √† construire des tours d’assaut et des ma¬≠chines de guerre. C√©sar en resta saisi d’√©tonnement. Mais la partie √©tait perdue pour les Belges, plus n’√©tait possible de redresser la situation.

Il faudrait, pour terminer ce portrait moral des Belges, dire un mot de leur religion. Malheureuse­ment César a négligé de nous en parler spécialement. Il en résulte que celle-ci ne différait pas de celle du reste des Gaulois.

Les Belges ont donc d√Ľ √™tre fort adonn√©s aux pratiques religieuses et ils auraient m√™me encore recouru √† des sacrifices humains. On ne nous donne pas les noms de leurs dieux, mais ceux des dieux romains auxquels ceux-ci correspondaient : le plus grand des dieux √©tait Mercure, inventeur de tous les arts, protecteur des voyages et du commerce. Puis viennent Apollon, dieu gu√©risseur, Mars, dieu des combats, Jupiter, le ma√ģtre des dieux, et Minerve, la, cr√©atrice des industries.

Ces dieux ne paraissent pas avoir eu de repr√©sen¬≠tation anthropomorphe. C√©sar dit bien qu’il existait de nombreux simulacra, c’est-√†-dire repr√©sentations de Mercure, mais on n’a d√©couvert en Gaule aucune statue ou statuette de Mercure ant√©rieure √† la con¬≠qu√™te . romaine. C’est pourquoi il est certain que l’expression simulacre, repr√©sentation, ne vise pas des statues. Il est probable que C√©sar a pris pour des Herm√®s les nombreuses pierres lev√©es ‚ÄĒ les menhirs ‚ÄĒ qui existaient en grand nombre en Gaule ; certaines de celles-ci tout au moins ont √©t√© identifi√©es avec Mercure ; il en existe m√™me une qui porte un Mer¬≠cure sculpt√© en bas-relief.

Il faudrait aussi dire un mot des druides, bien que ceux-ci paraissent n’avoir jou√© aucun r√īle chez les Belges du temps de C√©sar. Les druides constituaient une sorte de clerg√© qui jouissait d’une haute consid√©¬≠ration. Dispens√©s du service militaire, ils accomplis¬≠saient les sacrifices tant publics que priv√©s ; ils exer¬≠√ßaient les fonctions de juge au criminel et au civil ; la peine la plus grave qu’ils pronon√ßaient √©tait l’in¬≠terdit qui mettait le d√©linquant au ban de la soci√©t√©.

Une fois par an, les druides se r√©unissaient au pays des Carnutes. L’un d’eux poss√©dait l’autorit√© sur tous les autres, et, √† sa mort, il y avait parfois lutte √† main arm√©e pour sa succession. Les druides √©taient aussi les √©ducateurs de la jeunesse. Leurs th√©ories comme leur enseignement √©taient orales ; elles √©taient mises en vers. Ils croyaient √† la transmigration des √Ęmes et poss√©daient des doctrines philosophiques sur les dieux, le monde et les astres. C’est ainsi qu’ils faisaient descendre les Gaulois de Dis Pater, le dieu des Enfers.

Il semble que ce soit surtout dans la Gaule celtique et en Bretagne que l’activit√© des druides s’est exer¬≠c√©e.

Telle est, principalement gr√Ęce au ¬ę dieu Julius, le plus grand des auteurs¬Ľ, comme dit Tacite, l’image que nous pouvons nous faire des Belges √† la fin de la premi√®re moiti√© du premier si√®cle avant J√©sus-Christ.

Mais pour les temps ant√©rieurs, quelle est la tradi¬≠tion qui nous a √©t√© conserv√©e? Il r√©sulte des indica¬≠tions recueillies par C√©sar que le territoire des Belges aurait √©t√© occup√© par des Gaulois, quand les premiers p√©n√©tr√®rent dans le pays. Ces Gaulois en auraient √©t√© chass√©s. Evidemment, il ne faut pas prendre ce ¬ę chas¬≠s√©s ¬Ľ dans un sens trop absolu : on ne chasse jamais compl√®tement une population d’un territoire dans lequel elle est ancr√©e. Sans doute, il y eut des d√©parts, mais une bonne partie de % l’ancienne population subsista certainement. Quels furent ceux qui se d√©pla¬≠c√®rent ? o√Ļ pass√®rent-ils ? C√©sar ne le dit pas. Le fait que les Nerviens poss√©daient toute une s√©rie de peu¬≠plades clientes, ‚ÄĒ les Cenfrones, Grudii, Levaci, Pleu-mox.ii et Ge√Ļfumni ‚ÄĒ tendrait √† faire croire que ce sont l√† les descendants des anciennes populations vaincues et asservies. Les Cenfrones sont peut-√™tre ce qui est rest√© dans ses anciennes demeures d’une peu¬≠plade dont une autre partie a √©migr√©, car nous retrou¬≠vons des Cenfrones dans les Alpes. Mais il se pourrait aussi que les deux fractions des Centrones se fussent s√©par√©es avant l’arriv√©e de l’une d’elles dans nos con¬≠tr√©es. Une autre preuve des d√©placements de peuples provoqu√©s par l’arriv√©e des Belges est fournie par la position g√©ographique des Sequani. Ceux-ci, comme l’indique leur nom, devraient √™tre riverains de la Seine ; or on les trouve refoul√©s sur la rive gauche de la Sa√īne.

Bien que C√©sar applique d’une mani√®re g√©n√©rale le nom de Belge √† toutes les peuplades qui habitaient entre le Rhin, la Seine et la mer du Nord, √† y regar¬≠der de plus pr√®s, on voit qu’il distingue les Belges proprement dits des Germani, et les deux groupes pr√©c√©dents des Aduatuques.

Nous avons vu que les Germani occupent l’est du pays ; pratiquement, ils sont √©tablis entre la Meuse et le Rhin ; ils ont m√™me d√©bord√© sur la rive gauche de la Meuse. Ce sont les voisins les plus proches du Rhin. On peut inf√©rer de l√† qu’ils furent les derniers √† franchir le fleuve, ou, du moins, qu’ils l’ont franchi apr√®s les Belges proprement dits. Ils ne furent toute¬≠fois pas les derniers √† s’√©tablir en Belgique : les Adua¬≠tuques y sont encore entr√©s apr√®s eux ; ce sont m√™me les seuls dont nous connaissions la date d’arriv√©e : d’apr√®s C√©sar, ils √©taient les descendants de six mille Cimbres et Teutons laiss√©s dans notre pays √† la garde de bagages, lorsque ces peuples, vers 110 avant J√©sus-Christ, s’√©taient dirig√©s vers l’Italie.

Cette histoire, √† premi√®re vue, para√ģt √™tre en con¬≠tradiction avec ce que C√©sar rapporte de la lutte entre les Cimbres et les Teutons, d’une part, et les Belges, d’autre part. Ceux-ci, d’apr√®s le conqu√©rant romain, √©taient le seul peuple de la Gaule qui e√Ľt r√©sist√© victorieusement aux Cimbres et aux Teutons, le seul qui e√Ľt emp√™ch√© les envahisseurs de’p√©n√©trer sur son territoire. Or, en fait, c’est exact, puisque nous trouvons les Aduatuques √©tablis au milieu des Germains cis-rh√©nans et non parmi les Belges propre¬≠ment dits. Ces Germains cis-rh√©nans n’eurent pas de chance : les Aduatuques vainquirent la plus puissante de leur peuplade, les Eburons, leur impos√®rent le payement d’un tribut, se firent livrer des otages et construisirent au milieu du territoire des vaincus une forteresse qui re√ßut le nom d’Aduatuca, marque d’asservissement.

Les autres peuplades des Germani ne furent pas plus heureuses, elle tombèrent sous la domination de leurs voisins du sud, les Trévires.

Bref, encore gr√Ęce √† C√©sar, on peut √©tablir que les derniers peuplements de la Belgique avant la con¬≠qu√™te romaine se seraient effectu√©s comme suit :

A une √©poque ind√©termin√©e tr√®s anciennement, nos contr√©es ont √©t√© occup√©es par des Gaulois, c’est-√†-dire par une population parlant une langue celtique.

En des temps plus récents, mais anciens, les Belges ont franchi le Rhin et ont conquis ou chassé les Gau­lois qui les avaient précédés.

Sont venus ensuite les Germani, puis, vers 110 avant J√©sus-Christ, les Aduatuques. Les Germani n’ont pu ni p√©n√©trer profond√©ment dans le pays, ni conserver leur ind√©pendance ; ils ont √©t√© asservis √† l’un ou √† l’autre des deux autres groupes.

Ces quatre √©l√©ments de peuplement formaient au premier si√®cle avant notre √®re un tout homog√®ne. C√©sar √©tend √† tous la d√©nomination g√©n√©rale de Belges. S’il n’y avait pas eu fusion compl√®te entre eux, il y avait du moins cohabitation pacifique, unit√© de civilisation et solidarit√© devant l’√©tranger.

Cette tradition est-elle conforme √† la r√©alit√© ? Nous demanderons √† l’arch√©ologie de nous r√©pondre.

 

2. La langue.

Que les Belges aient parl√© un dialecte gaulois, C√©sar et Strabon en font foi. Cependant, il est d√©sirable de se rendre compte de la valeur qu’il faut accorder √† ces assertions et de les v√©rifier, d’autant plus que l’un et l’autre ‚ÄĒ peut-√™tre le second a-t-il simplement copi√© le premier ‚ÄĒ nous disent qu’une partie de la population √©tait d’origine germanique. D√®s lors, nous sommes aussi en droit de nous demander si cette par¬≠tie de la population ‚ÄĒ qui n’est pas sp√©cifi√©e ‚ÄĒ ne parlait pas, elle, une langue germanique.

Faute de textes suivis, l’unique moyen dont nous disposions pour atteindre notre but, c’est l’√©tude des noms de peuples, des noms d’hommes et des noms g√©ographiques du temps de C√©sar qui sont parvenus jusqu’√† nous. Nous disons √† dessein : ¬ę l’√©poque de C√©sar ¬Ľ, car nous poss√©dons beaucoup de ces noms qui nous ont √©t√© transmis par des auteurs post√©rieurs : Pline l’Ancien, Tacite, Ammien Marcellin, etc., et sur¬≠tout par les inscriptions latines post√©rieures √† la con¬≠qu√™te.

Or, apr√®s cette derni√®re, et celle-ci √† peine achev√©e, d’importantes modifications ont √©t√© apport√©es √† la r√©partition des populations et, surtout, de nouveaux habitants, cette fois incontestablement des Germains, ont √©t√© introduits en Belgique. La col√®re de C√©sar √† la suite du massacre des troupes de Sabinus et de Cotta avait transform√© le territoire des Eburons en un d√©sert. Il fut repeupl√© par des Germains, qui se pres¬≠saient alors sur la rive droite du Rhin, mais qui n’avaient pu, jusque-l√† franchir ce fleuve. Le nom des Eburons fut proscrit et peut-√™tre remplac√© par celui des Taxandres ; √† celui des Germani fut substitu√© celui des Tongres ; il n’est pas √©tonnant d√®s lors qu’en √©tudiant les noms des Tongrois qui ont servi dans l’arm√©e romaine, on rencontre √† c√īt√© de noms celtiques des noms germaniques. Aussi, se baser sur ceux-ci pour conclure que les Eburons √©taient de vrais Ger¬≠mains, ce serait commettre une erreur de m√©thode grave. C’est pourquoi nous nous bornerons √† l’√©tude des noms fournis par l’√©poque de C√©sar.

La valeur qu’il faut attribuer aux noms celtiques que l’on rencontre √† la fronti√®re germanique n’est pas ais√©e √† √©tablir : on sait que bien des noms de peu¬≠plades germaniques et de chefs de celles-ci sont celtiques sous la forme sous laquelle ils nous ont √©t√© transmis par les auteurs anciens, alors que les peu¬≠plades elles-m√™mes √©taient certainement germaniques. L’exemple typique est celui des Cimbres et des Teu¬≠tons, Cimbri et Teutoni avec leurs chefs Boiorix et Teutoboduus, noms nettement celtiques.

On a r√©solu le probl√®me de diverses mani√®res : les uns, devant la nature purement celtique de ces noms, en ont conclu que ces peuplades √©taient celtiques ; ils en ont d√©duit que les Germains s’√©taient trouv√©s dans un √©tat d’√©troite d√©pendance par rapport aux Celtes, aussi bien sous le rapport politique qu’en ce qui con¬≠cerne la civilisation. Mais, comme pr√©cis√©ment √† cette √©poque les Celtes n’ont cess√© de reculer devant les Germains, cette interpr√©tation des faits a paru peu probable. On a cherch√© une autre solution. On s’est demand√© si ces noms n’avaient pas √©t√© transmis par les Celtes aux historiens de l’antiquit√© sous une forme adapt√©e, √† leur phon√©tique. Les Celtes ne poss√©daient pas toute une s√©rie de sons germaniques ; dans bien des cas, ils ont d√Ľ substituer les leurs √† ceux des.Ger¬≠mains, ce qui aurait* eu pour cons√©quence de donner aux noms germaniques une apparence toute celtique.

Cette mani√®re de voir contient une part de v√©rit√©, mais’ l’appliquer de fa√ßon absolue conduirait √† des erreurs: sans doute, les Romains ont connu les Cim¬≠bres par des Celtes : les ambassadeurs des Taurisci ; mais que dire dans des cas semblables √† celui de Maroboduus, le roi des Marcomans. Son nom est purement celtique. On a suppos√© que c’est la notation celtique du germanique Moerabadwaz. Or, Maroboduus avait pass√© sa jeunesse √† Rome, il avait servi dans l’arm√©e romaine ; il n’y avait pas eu d’interm√©diaire celtique entre lui et les Romains. Force est donc d’admettre que ce Germain portait un nom celtique, comme beaucoup.de jeunes filles belges portent aujourd’hui le nom su√©dois d’Astrid.

En somme, il peut se pr√©senter trois cas : le nom est celtique et appartient √† des Celtes ; le nom est celtique et est port√© par un Germain, ou bien ce nom celtique est un nom germanique celtis√©. Au surplus, m√™me le nom d’un peuple peut appartenir √† une’ langue qui n’est pas la sienne : nous disons les Allemands; ceux-ci se d√©nomment die Deutschen.

Il convient donc d’examiner chaque cas en parti¬≠culier avant de formuler des conclusions.

Cependant, si tous les noms de peuples, tous les noms de personnes, les noms g√©ographiques appar¬≠tiennent √† la m√™me langue, il ne peut y avoir de doute que cette langue ne soit celle de ce peuple. Et c’est pr√©cis√©ment ce que l’on constate pour les noms rela¬≠tifs √† la Belgique que nous donne C√©sar : tous sont celtiques, sans que nous puissions les expliquer tous, √† commencer par celui des Belges eux-m√™mes : Belgae, chez C√©sar, BeXywoi chez Dion Cassius. Aucune des √©tymologies qui en ont √©t√© propos√©es par Zeuss, Die-fenbach, etc., ne semble pouvoir √™tre accept√©e. La der¬≠ni√®re en date a √©t√© formul√©e par Henri Hubert. Elle est assez amusante. Les Belges, qui ont fait des exp√©¬≠ditions en Irlande, comme on le verra, sont d√©sign√©s par les annalistes irlandais sous le nom de Fir Bolg, litt√©ralement hommes belges. Mais comme bolg ‘en . irlandais signifie sac, en Irlande on a fait des Belges des hommes-sacs. Des l√©gendes ont √©t√© cr√©√©es pour expliquer cette d√©nomination fantaisiste. Henri Hubert a pens√© que bolg, sac, pouvait avoir signifi√© pantalon, puisque, en anglais, on dit parfois bags pour trousers. Il fait d’un large pantalon le v√™tement national des Belges. Ceux-ci auraient √©t√© d√©nomm√©s ¬ę les panta¬≠lons ¬Ľ de m√™me que la Gallia braccata a re√ßu son nom parce que ses habitants portaient des braies, et la braie aurait √©t√© la culotte par opposition au pantalon.

Cette hypoth√®se est ing√©nieuse, mais elle ne peut √™tre admise : aucun texte ne dit que les Belges por¬≠taient un pantalon particuli√®rement large ; bracca semble avoir d√©sign√© aussi bien le pantalon que la culotte ; dans aucun passage nous ne trouvons bu/ga, forme gauloise de bolg sac d√©signant le pantalon ; enfin, aucune des statues et des statuettes sur les¬≠quelles Henri Hubert appuie sa d√©monstration ne repr√©sente des Belges avec certitude, et aucune n’offre d’exemple d’un pantalon vraiment ample au point de pouvoir √™tre compar√© √† un sac.

R√©signons-nous donc √† ignorer tout au moins pro¬≠visoirement la signification de notre nom national, contentons-nous de savoir qu’il est apparent√© √† une racine celtique qui, en irlandais, signifie gonfler.

Le nom des R√®mes est √† rapprocher de l’irlandais riam, avant ; ce sont sans doute ¬ę les premiers ¬Ľ parmi les peuples de la Gaule. Nous avons les noms de deux de leurs notables : Iccius et Andecumborius. Nous ne pouvons expliquer Iccius par les langues celtiques modernes, ni par les langues germaniques, mais c’est un nom qui √©tait r√©pandu dans toute la Gaule, o√Ļ, en combinaison avec le suffixe acus, il a cr√©√© quantit√© de noms de lieux tels que Issy, Issac, Issay, Isse, Is, Isse, etc. Le nom d’Andecumborius se retrouve sur. une monnaie des Carnutes ; il se d√©compose en ande- par¬≠ticule intensive, et comboro, irl. commor, rencontre. Ce comboro a donn√© en fran√ßais comfore, barrage.

Un troisi√®me nom des R√®mes se trouve sur une de leurs monnaies. C’est Ulatos qui est √† rapprocher de l’irlandais flaith, puissance. On peut √† coup s√Ľr le traduire par ¬ę prince ¬Ľ, sans qu’il soit possible de dire si c’est un nom commun ou un nom propre.

Les R√®mes avaient comme ville principale Durocortorum (irl. dur, dur, forteresse, et cortorum, non identifi√© jusqu’√† pr√©sent mais dont le radical se retrouve dans d’autres noms de la Gaule), et un oppi¬≠dum, Bibrax (du gaulois beber, castor) tous deux √† noms celtiques.

Le nom des Suessions est obscur, mais certaine¬≠ment gaulois, car on y retrouve la particule su- (irl. su, gallois hy) qui marque le renforcement. Leur forteresse Novio-dunum est ¬ę le nouveau refuge ¬Ľ de novio-(irl. nue, nouveau) et dunum (irl. d√Ľn, enceinte forti¬≠fi√©e, refuge).

Le nom des Bellovaques est compos√© de bello- que l’on retrouve dans Bellorix, dans Bellovesus et de vaci qui repara√ģt dans un nom de peuple O√Ľaxtop.(xyoi, et dans des noms propres, Vacus, Vacia, sans que nous puissions l’interpr√©ter. Les -Bellovaques poss√©¬≠daient la forteresse de Bratuspantium. Bratu- est √† rapprocher de l’irlandais brath et du gallois brawd, jugement; -spantium semble √™tre parent du gallois yspant, flaque d’eau. Le sens para√ģt √™tre ¬ę l’√©tang du jugement ¬Ľ.

Caletes signifie ¬ę les durs, les fermes ¬Ľ, √† comparer au gallois calet, dur. Ambiant s’apparente √† l’irlandais imbed, richesse. Le nom de leur ville, Samarobriva peut se traduire exactement par Pont de la Somme, fer/va, pont, est tr√®s fr√©quent dans toute la Gaule. ‚ÄĘ

Les Morini ont un nom translucide, ce sont les ¬ę gens de la mer ¬Ľ (irlandais m√Ļir, gallois mor, la mer). Leur port principal √©tait Portus Itius dont le nom reste inexpliqu√©.

Les Viromandui ont un nom commençant par Viro-particule de renforcement très fréquente en gaulois.

Le nom des Nerviens reste une √©nigme. Mais celui de leur chef Boduo√©natus est compos√© de boduo, irl. bodh, corneille et d√©esse de la guerre qui appa¬≠raissait sous la forme d’une corneille, et de gnatos, fils. Boduognat est le fils de la corneille ou de Bodh, la d√©esse de la guerre.

Le nom des M√©napiens ne s’explique ni par les langues celtiques ni par les langues germaniques, de m√™me que celui de leurs voisins, les Ambivariti, dans lequel on retrouve la particule ambi, fr√©quente en gaulois.

Quelques-unes des peuplades clientes des Nerviens ont des noms’clairs : celui des Centrones est √† rappro¬≠cher du vieil irlandais cinteir, √©peron; celui des Gei-dumni, du gallois gei, geian, chaleur, ardeur et de l’irlandais domnu, profondeur. Les autres restent imp√©n√©trables.

En somme, lorsqu’on examine les noms des peu¬≠plades belges et de leurs chefs, pas un seul n’est ger¬≠manique, tous sont celtiques, translucides ou imp√©n√©¬≠trables, mais d’allure celtique dans leurs √©l√©ments et leur composition.

Passons √† l’examen des noms des Germains cis-rh√©nans. Leur nom de groupe a fait l’objet de recher¬≠ches acharn√©es et consid√©rables. Il existe toute une biblioth√®que √† ce sujet. Les uns se sont efforc√©s de l’expliquer par les langues celtiques, les autres par, les langues germaniques. Il semble bien que. la savante et subtile d√©monstration de R. Much tendant √† en faire un nom germanique soit loin d’emporter la conviction, bien au contraire. Si on reprend l’examen de la ques¬≠tion avec la s√©r√©nit√© que doivent comporter sem¬≠blables recherches,’ on doit avouer que Germani offre un aspect purement celtique. C’est un compos√© de deux termes, ger et mani, comme Ceno-mani, Viro-manus, Acio-mamis, Pae-mani dont le second terme est fr√©quent dans les langues brittoniques, c’est mano-, en vieux breton man, second terme de noms bretons tels que Cat-man, homme de guerre, Mor-man, homme de mer. Le sens du premier terme nous √©chappe : on a voulu le rapprocher de l’irlandais √ęairm, gallois garni, clameur, mais la forme primitive de ces vocables est *√©artsmen, ce qui ne peut donner ger-; on a song√© aussi au vieil irlandais gair, gallois ger, voisin, mais le gaulois devrait avoir gero-mani au lieu de Germant, bien que,’√† la rigueur, la disparition de P√ī puisse se justifier. Ne veuillons pas en savoir trop, constatons que le second √©l√©ment de Ger-niani nous permet de dire que c’est un mot celtique.

Passons aux noms des diverses peuplades dont se composaient les Germani.

Celui des Eburons se rattache √† l’irlandais ibhar, if. Ce sont les ¬ę gens de l’if ¬Ľ. L’if √©tait certainement un arbre sacr√© pour eux, car un de leurs chefs, Catu-volcus, s’empoisonna ¬ę au moyen de Pif ¬Ľ, nous apprend C√©sar. Catu-volcus est compos√© de catu qui correspond √† l’irlandais cath, bataille et de vo/cus, identique √† l’irlandais folg, rapide. Catuvolcus est ¬ę celui qui est rapide dans le combat ¬Ľ.

Le second de leurs rois √©tait Ambiorix. Ambio- est √† rapprocher de l’irlandais imbed, richesse, abondance, et tix correspond √† l’irlandais ri, roi.

Le nom des Condrusi se rattache √† l’irlandais drus, passion; celui des Segni √† l’irlandais s√©n = *se√©no dont le sens primitif est filet; celui des Caeroesi est appa¬≠rent√© √† l’irlandais cair, brebis. Ce sont les ¬ę Brebis ¬Ľ comme on a les Epidii, les ¬ęChevaux¬Ľ, les Bibroci, ¬ę les castors ¬Ľ, les Gabrantini, les ¬ę ch√®vres ¬Ľ. Enfin,’le nom des Pae-mani, renferme mano-, homme, que nous avons vu plus haut.

Chose curieuse, tous les noms des Germains cis-rhénans, gens et peuples, sont celtiques.

On a sugg√©r√© qu’un nom comme Catuvolcus pour¬≠rait √™tre la notation celtique de Hathuwalhaz. La chose est tout √† fait invraisemblable. Pourquoi les Celtes auraient-ils rendu walhaz par volcus, puisqu’ils poss√©¬≠daient le son a ?

Il suit de l√† que les Germani cisrhenani √©taient ‘des Celtes ; que Germani a √©t√© d’abord le nom d’un peuple celtique venu d’au del√† du Rhin ; que ce nom de Germains a √©t√© appliqu√©- par la suite √† toutes les popu¬≠lations d’outre-Rhin de m√™me qu’en fran√ßais nous appliquons le nom d’une peuplade, les Alamans, dont nous avons fait les Allemands, au peuple germanique tout entier.

Mais le plus curieux des anciens noms de peuples de notre pays, c’est incontestablement celui des Aduatuques. Les Aduatuques paraissent bien avoir √©t√© des Germains, puisqu’ils descendaient des Cimbres et des Teutons. Cependant leur nom est purement celtique : il est d√©riv√© au moyen du suffixe tic- que nous retrouvons dans Sun-uc-i, Taran-uc-us, d’une racine qui a donn√© en gallois addu, aller. ‘Comme formation et comme sens, il correspond exactement au mot grec signifiant ¬†les audacieux. Ce n’est probablement pas leur nom primitif; nous devons nous trouver en pr√©sence de celui qu’ils auront re√ßu de leurs voisins celtiques.

En tout cas, √† l’√©poque de C√©sar, les Aduatuques √©taient compl√®tement celtis√©s. Ils font cause com¬≠mune avec tous les Belges contre les Romains et C√©sar non seulement -ne fait aucune diff√©rence entre eux et les peuplades belges, mais il les comprend parmi elles.

 

 

¬†3. L’habitat.

Pour nous rendre compte de la densit√© de l’occu¬≠pation du pays, nous avons √† notre disposition un moyen assez hasardeux, c’est d’√©tudier l’apport des Belges √† sa toponymie. Sans doute beaucoup de noms d’habitats celtiques ont disparu au cours des √Ęges par suite de la fragilit√© des constructions qui les avaient re√ßus ; d’autres sont difficilement reconnais-sables aujourd’hui, mais il en subsiste encore un nombre suffisant pour nous √©clairer √† ce sujet Vu l’espace r√©duit dont nous disposons, nous nous borne¬≠rons √† √©tudier les noms de lieux qui se trouvent sur le territoire de la Belgique actuelle.

Les noms qui se conservent le plus longtemps sont ceux du r√©seau fluvial. Aussi ceux d’un grand nombre de cours d’eau nous ont-ils √©t√© transmis par les Celtes tels qu’ils les avaient re√ßus des habitants ant√©rieurs du pays. La plupart sont plus anciens que les Celtes. Nous ignorons tout des langues auxquelles ils appar¬≠tiennent, car, bien certainement, ils ont √©t√© cr√©√©s par diverses couches d’envahisseurs qui se sont superpo¬≠s√©es dans notre pays au cours des √Ęges. Il est probable toutefois que quelques-uns d’entre eux sont malgr√© tout celtiques, car, on ne saurait trop le r√©p√©ter, notre connaissance du celtique continental est si d√©fectueuse qu’il ne nous est pas toujours possible de reconna√ģtre les mots qui lui appartiennent.

Il nous est parvenu quelques termes g√©ographiques qui ont √©t√© cr√©√©s certainement par les Belges ou par les Gaulois qui les ont pr√©c√©d√©s : d’abord, le nom de la for√™t des Ardennes, Arduenna, qui est apparent√© √† l’irlandais arc?, haut. Arduenna signifie certainement ¬ę qui couvre les hauteurs ¬Ľ, car nous avons vu que les arbres qui la composaient n’√©taient pas bien √©lev√©s.

Voici maintenant quelques noms de cours d’eau qui tous sont celtiques:

UAlisna, affluent de la Semois et l’Alisontia (l’Alzette, affluent de la Sure) tirent leur nom du gaulois aliso, alise.

Le castor, en gaulois beber, ga√©lique beabhar, devait √™tre alors abondant dans nos cours d’eau. Il a-donn√© son nom √† toute une s√©rie de localit√©s et au moins √† quatre ruisseaux : la Biesme, au Xe si√®cle Beverna, qui se jette dans la Sambre en amont de Tamines; la Biesme, ruisseau qui passe √† Fosse et qui, au XIe si√®cle, portait le nom de Beforona; la Bi√®vre, qui donne son nom √† la commune de Bi√®vre (D√ģnant) et la Breuvanne, affluent de la Semois, Bevrona en 1064.

Le nom du Chiers, affluent de la Meuse, Cares chez Fortunat, Carus en 638 pr√©sente la m√™me racine que l’irlandais car-aim, j’aime.

Le nom du D√©mer, Tamera en 908, s’apparente au moyen irlandais taim, obscur, et le Douvic, rivi√®re √† Warneton, Duvia en 1066, rappelle l’irlandais d√Ļb, noir.

Le Glain, affluent de la Salm, s’appelle Glards en 1170, ce qui correspond √† l’irlandais √©/an, pur.

La Lasne,’ affluent de la Dyle, est la ¬ę rivi√®re plane ¬Ľ au cours lent de lano-, terme gaulois qui d√©si¬≠gne la plaine. Par contre, les noms de la Lienne, Lederna, affluent de l’Ambl√®ve et du ri de Liernu, affluent de la M√©haigne, sont √† rapprocher du gaulois ledo, grande mar√©e : c’√©taient donc des torrents.

Un ruisseau qui passe √† Ambresin, la Soile, est un ancien Sig√Ļla, diminutif de sego-, terme bien connu dans les noms celtiques, irl. seg, force.

On sait que chez les Gaulois les rivi√®res √©taient l’objet de cultes. Quelques noms rappellent cette par¬≠ticularit√©. Ce sont Divonna et Isara.

Le nom de Divonna, la divine (irlandais dia, dieu) est conserv√© par le Dions (Xe si√®cle), aujourd’hui le Pisselet, affluent de la Dyle, par la Deeve, rivi√®re √† Ingelm√Ļnster, et sous une ‚ÄĘ forme de diminutif, Divis-onna, par le Dison, aujourd’hui : La Pisseroulle, affluent de la Vesdre √† Verviers, et par le Dison, ruisseau qui passe √† Jalhay.

L’Oise, Isara au III* si√®cle et l’Yser, Esere en 1077, correspondant √† l’irlandais iar, sacr√©. Enfin l’Isque, Yssche, en n√©erlandais, para√ģt tout simplement tirer son nom de celui de l’eau, irlandais esc.

A c√īt√© de ces noms dont le sens s’explique claire¬≠ment, il s’en trouve toute une s√©rie qui sont herm√©¬≠tiques pour nous. Alors que le Rhin porte un nom incontestablement celtique, Renus, apparent√© √† l’irlan¬≠dais rian, la mer, nos deux grands fleuves, la Meuse et l’Escaut, ainsi qu’un grand nombre de leurs affluents ont re√ßu leur d√©nomination √† une √©poque o√Ļ les Celtes n’avaient pas encore occup√© notre pays. Nous ne donnerons pas la liste compl√®te de ces cours d’eau, en voici quelques-uns :

Bassin de l’Escaut : L’Escaut Scaldis chez C√©sar. Affluents et sous-affluents : L’-Arpfa (XIIIe s.), aujourd’hui le Meulebeke ; Dorma (694), la Durme ; Dyla (891) et Tyla (1008), la Dyle et les ruisseaux de son bassin, la Fura (VIIIe s.), la V√īere ; la Gafia (956), la Geete ; la Cysindria, aujourd’hui le Mole-beek ; la Medonia, la Men√© ; la Neropia (981), une des sources de la Geete ; la Rura (847) affluent de la Geete ; la Wileppa, la Velpe ; la Legia (Xe s.) la Lys avec YAbsentia, affluent de la Li√®vre, la Mella (1037) la Melle, la Viva (964), la Vive et son affluent la Fista (965) la Vichte; la Mandra (811-871), le Man-del ; le Marviz (XIIe s.) ; la Sava (VIP s.), la Selle ; la Saina (1159) la Senne avec la Sonna (1179) la Zuun, la Samia (1221), la Samme, et la Brama (966), la Braine. Vient ensuite la Tenera (966), la Dendre avec l’Asbra (861) une de ses branches, et l’A//ene (1189), l’Alphen.

Le bassin de la Meuse est plus riche encore en d√©¬≠nominations pr√©celtiques que celui de l’Escaut : Mosa, chez C√©sar, la Meuse; Bama (1091), le ruisseau de Bende; la Marga (1198), la Marge, affluent du Chiers; Flona, la Flone ; Gu/ia (891), la Geule ; qua¬≠tre rivi√®res portant le nom de Hoitim, Huia ou Hoio-lum : deux Hoyoux, une Houille, un Hoyoul ; le Solcio (851) une des sources du Hoyoux; le Jacara (808), le Geer; la Leggia (1118), la Legia; la Licea (770), la Lesse avec ses affluents, l’Andaina, ruisseau de Saint-Hubert, le Biron; l’Isna (943), l’Iwoine; la Lumina (862), la Lomme avec la Vemena (VIIIe s.), la Wamme ; la Sara, ancien nom de la Molign√©e ; U Roera, la Roer ; la Sabis, chez C√©sar, qui ne doit pas √™tre la Sambre ; la Samera (840), la Sambre, avec ses affluents levGeWio (841), le Jodion et l’t/r (973), l’Heure; la Scustra, aujourd’hui le Roodebeek; la Seso-miris (648), la Semois et ses affluents la Rura (1056), la Rulle et la Vigera, la Vierre ; l’Orto (636), l’Ourthe avec l’Amblava (666), l’Ambl√®ve, la Warica (915), la Warche, et la Warchinna (666), la Warchienne ; l’Edera (1008), l’Heure; la Suminara (946), la Somme; la Vesera (915), la Vesdre, avec ses affluents la Poleda (898), la Hoegne et le Tailernion (827), le Targnon; et enfin la Voira (925) aujour¬≠d’hui le Grootebeek, la Wuosapia (1046), la Wiseppe, qui se jette dans la Meuse √† Stenay.

 

Ces listes sont des plus significatives : il y a donc eu dans notre pays, avant les Celtes, d’autres popu¬≠lations tr√®s importantes puisqu’elles ont donn√© au r√©seau fluvial des noms qui se sont maintenus pour la plupart jusqu’aujourd’hui.

Les noms gaulois de localités sont peu nombreux.
Cela s’explique par le fait qu’√† l’√©poque de C√©sar, √† part deux ou trois villes situ√©es dans le Belgium, il n’y avait pas dans notre pays d’agglom√©rations dignes de ce nom : la plupart des habitations √©taient rurales ; il semble que beaucoup de constructions ‚ÄĒ aedificia, chez C√©sar ‚ÄĒ se trouvaient isol√©es ; elles √©taient rev√™¬≠ tues de torchis et couvertes de paille, de sorte qu’elles
ont ais√©ment disparu sans laisser de traces, et que leurs noms se sont perdus.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† ‚ÄĘ

Voici une brève liste de mots gaulois auxquels des noms de localités se rattachent :

arganro-, argento, irl. argaf, argent, befoer, castor, bonna, irlandais bonn, gallois bon, base, fondations.

briva, brivo, brio, pont.

broga, champ, gallois et breton bro, pays. brogilus, bois.

cammino,  chemin,   irlandais   céim,   marcher,   gallois cam, pas.

cassano, chêne.                         

condate, confluent. devo-, divin, irlandais dia, dieu. dttnitm, montagne, irlandais d√Ľn, enceinte fortifi√©e. duro-, duntm, irlandais dur, dur, gallois, dir, force. gabro-, irlandais gabor, ch√®vre.

ialo-, gallois fa/, endroit découvert, probablement clai­rière.

magus, irlandais mag, champ. nanto-, gallois nant, vallon. nemeto-, irlandais nemed, sanctuaire, nevfo-, gallois newydd, nouveau, novfo-, irlandais nue, nouveau.

randa, irlandais et breton rann, gallois rhan, partie. tigerno-, vieux breton  tigerno, irlandais  tigerne, sei­gneur, mais sens premier, probablement hauteur.

Voyons maintenant comment les noms de lieux d’origine celtique se r√©partissent dans le pays.

Dans la Flandre occidentale, ils sont fort rares. Jos. Mansion a bien rapproch√© le nom de Bruges, de br√Ľca, bruy√®re, et M. Claerhout celui de Wenduine, de Vindo-dunum, ce qui constituerait un curieux parall√®le avec Blankenberghe, mais ces hypoth√®ses sont peu vraisemblables : on ne rel√®ve dans cette province que deux noms certainement celtiques, et ce, dans le sud : Viroviacum, aujourd’hui Wervicq et Cortoriacus, Courtrai. Il faut y ajouter deux noms de localit√©s tir√©s de noms de rivi√®res pr√©celtiques : Zarren (arrondissement de Dixmude), qui porte le nom de la Sarra et Ypres qui a pris celui de l’Yper-l√©e. On en aurait attendu davantage, car on sait que le littoral, notamment √† La Panne, a √©t√© bien peupl√© pendant le dernier mill√©naire avant J√©sus-Christ. Mais les anciens noms y ont disparu.

En Flandre orientale, nous rencontrons d’abord Gand qui est √† peu pr√®s s√Ľrement un ancien Condate, confluent, puis Gavre, qui tire son nom de gabro-ch√®vre, et Nevele primitivement nevio-ialo, terre neuve. Mater (arrondissement d’Audenarde) vient de Materna (998) et d√©rive du celtique matrona, la m√®re, nom de rivi√®re. Quatre autres localit√©s ont pris des noms pr√©celtiques de rivi√®res : Zeveren (air. de Gand), d’apr√®s la Severna, Tamise (arr. de Saint-Nicolas), Temisica (941), Termonde, Thenra (941) et Renaix, Rodenacum en 831, du nom de la Rodena.

La province d’Anvers est la plus pauvre en noms de lieux celtiques. Pourtant elle a √©t√© bien peupl√©e jusqu’√† l’√©poque de C√©sar, mais les noms ont disparu. On n’y rel√®ve qu’un boulevard de Malines, le Bruul, qui a conserv√© son nom antique de forogi/o, bois, et un hameau de Kontich, Ali√©na, qui semble avoir pris le nom d’un ruisseau.

Le Limbourg est beaucoup mieux partag√© : on y trouve d’abord Tongres qui a h√©rit√© du nom des Tungri, irlandais ruinge, gallois tune, serment, et dont la signification doit √™tre ¬ę Les F√©d√©r√©s ¬Ľ, ; Duras, un ancien Durachium (1124) ; Bilsen, en 950 Belisia, √† rapprocher du nom du dieu celtique Belenos; Canne, Cannes en 965, vieux gallois canr, brillant; Eben-Emal (arr. de Tongres), In Donnas en 1005, litt√©rale¬≠ment ¬ę aux maisons ¬Ľ ; Kessenich, de cassaniacum, la ch√™naie, et Grand-Brogel (arr. de Maeseyck), de brogilo.

Le Hainaut offre une r√©colte encore plus riche. Nimy, d√©j√† orthographi√© ainsi en 1180, est un ancien nemetiacum, l’endroit du temple ; Les Noyelles, hameau de Montroeul-sur-Haine, remonte √† un novoialum, la nouvelle clairi√®re ; Givry vient de Gabrt√†cum, la ch√®vrerie; Dour, Durnum (865) para√ģt d√©riv√© de durum; dans Cambron-Casteau, Cambrions en 751, on retrouve cambo-, irlandais et breton camm, courbe. Dans l’arrondissement de Tournai, relevons Blaton, Ablatonas pour ad blatonas, de blato-, irlandais blath, fleur, √† traduire par ¬ę aux rieurs ¬Ľ ; Bruenne, hameau d’Esplechin, un ancien brucana; Bruyelle, de Bror gella; Kain, en 1138 Cheim, de cammino-, le chemin; Marquain, Marquedunum en 902, de marca, irlandais marc, cheval, le ¬ę Fort du Cheval ¬Ľ, et peut-√™tre Vezon, Vesum en 1031, dans lequel on pourrait re¬≠trouver visu-, irlandais fiur, digne. A remarquer que l’arrondissement d’Ath poss√®de deux Tongre, Tongre-Notre-Dame et Tongre Saint-Martin, qui tous deux portent le m√™me nom que Tongres en Limbourg, puis un Quesnoy, d√©pendance de Wodecq, un cassanetum, la ch√™naie, et Izi√®res, Iserna en 831, apparent√© au nom de l’Yser. Dans l’arrondissement de Charleroi, deux localit√©s, Seneffe, Sonefia au XIe s., et Leernes, Lederna en 868, ont emprunt√© leur nom √† celui d’un cours d’eau.

Le Brabant n’a conserv√© que quelques noms de lieux d’origine celtique. Ceux qui ont exist√© dans la r√©gion de Court-Saint-Etienne, par exemple, o√Ļ nous verrons par l’arch√©ologie qu’une population belge √©tait √©tablie, ont totalement disparu. Dans l’arrondissement de Louvain, il reste Tirlemont, Tienas au VIIe s., d√©riv√© de tegia-, irl. teg, vieux breton ti√©, maison, et deux brogilo-, Bruul, d√©pendance de Lovenjoul et Bruel, hameau de Rode-Saint-Pierre. Un hameau de Nivelles du nom d’Ardenelle, Aidinella en 992, semble tirer celui-ci de ardu, √©lev√©. Mentionnons encore les deux Dion, Dion-le-Mont et Dion-le-Val qui ont pris le tr√®s ancien nom d’un ruisseau.

Par contre, la province de Namur est plut√īt riche. Namur, Namucum au VIIe si√®cle, tire son nom d’une racine nem qui correspond √† l’irlandais nem, ciel, et √† des doublets: nimhidh, divinis√©, et naomh, sacr√©. Namur est ¬ę l’endroit sacr√© ¬Ľ, Nam√®che, Nameca en 1199, en est une variante avec suffixe diff√©rent; Malonne, au IXe si√®cle Maghlino, est un d√©riv√© de magilo, irlandais oghamique maglus, irlandais mal, prince ; dans Jallet, on retrouve gallo, irlandais gall, rocher ; Andenne, Andana (870), est un ande-ana, ¬ę pr√®s du marais ¬Ľ ; Argenton, hameau de Lonz√©e, est probablement un ancien argentomagus, champ argent√© ; Tongrinne, Tongrimts en 966, tire son nom de Tungri dont nous avons parl√© ; Dinant, Deonant en 985, sort de divo-nanto- ¬ę la vall√©e des dieux ¬Ľ ; Waulsort, Walciodorum au Xe si√®cle, a pour second √©l√©ment doro-, breton dor, porte. Un hameau de Waulsort, Lenne, √©tait Lenna au XIIe si√®cle et est √† rapprocher de lindo-, irlandais lind, √©tang ; Hordenne, une d√©pendance d’Anseremme s’appelait Ardunnium en 817, c’est aussi un d√©riv√© de ardu-. Dans l’arrondis¬≠sement de Philippeville, on rel√®ve Nismes, Nimaud en 1061, de nemeto-, irlandais nemed, sanctuaire; Cou-vin, Cubinium en 872, difficile √† interpr√©ter; Oignies, Oginiaci en 1152, irlandais uan = *ogno ¬ę le pays des agneaux ¬Ľ. Un certain nombre de localit√©s, Beauraing, Grand-Leez, Leffe-lez-Dinant, Leignon, Liernu, etc., tirent leur nom de cours d’eau √† d√©nominations pr√©¬≠celtiques.

La province de, Li√®ge compte aussi un certain nombre de noms de lieux d√©rivant du gaulois : Les-Avins-en-Condroz, Alventium en 814, et Vervoz, hameau de Clavier, Vervigium en 862, tous deux inexpliqu√©s ; Bonne, hameau de Linchet, de bonna, maison ; Thiernesse, d√©pendance d’Angleur, Thier-nache au XIIIe si√®cle, de tigernacia, vieux breton tigerno-, irlandais tigerne, seigneur ; Glain, G/anico en 814, de glano-, irlandais et gallois glan, pur; Argenteau, Argentel en 1070, de arganto-ialo, la clairi√®re argent√©e; Verviers, Viroviacum, inexpliqu√©; Geveray, hameau de Jalhay, gabracum ¬ę la place aux ch√®vres ¬Ľ, et de plus, une s√©rie de noms de communes sont emprunt√©s √† des noms de cours d’eau qui remon¬≠tent aux temps pr√©historiques : Amel, Aubel, Bolland, Elven, Wezeren, etc.

Enfin, dans la province de Luxembourg, le nom d’Arlon d’abord attire l’attention. C’√©tait Orolaunum au temps de l’Itin√©raire d’Antonin. Le second √©l√©ment launum d√©rive de lavenos, gallois llawen, joyeux ; le sens du nom est incertain ; Izels, /sers en 1124, Isiera en 1230, et Izier, /sers en 1130, d√©rivent leur nom de isarno-, irlandais iarn, le fer. Breuvanne, hameau de Tintigny, a pris le .nom de la Bevrona (1064), le ¬ę ruisseau du castor ¬Ľ ; Bologne, d√©pendance de Habay-la-Neuve, remonte √† bonna, maison; Cugnon, Congidunus en 644, dans lequel on retrouve un dunum, et Durbuy, Durboium en 814, dont le pre¬≠mier composant est un duro-.

En somme, l’examen des noms de rivi√®res et de ceux des lieux habit√©s montre que le territoire entier de la Belgique actuelle a √©t√© couvert par des popula¬≠tions parlant le celtique continental. On pourrait encore y joindre d’autres preuves, par exemple la persistance jusqu’aujourd’hui dans toutes les parties de la Wallo¬≠nie du mot tchin, qui n’est rien d’autre que cammino, chemin, ainsi qu’une petite liste de mots celtiques qui sont conserv√©s aujourd’hui encore dans le wallon.

Le gaulois a marqu√© d’une empreinte profonde la toponymie de l’√©poque romaine et m√™me celle de l’√©poque franque. Le suffixe gaulois -acon, ajout√© √† des noms de personnes apr√®s avoir √©t√© latinis√© en. -acum servit √† cr√©er des appellations pour les grands do¬≠maines dans toute la Gaule jusqu’au Rhin, ou plus exactement jusqu’au limes, la muraille de Chine de l’Empire romain; devenu -iacus apr√®s l’invasion franque, il est rest√© vivant jusqu’aux temps carolingiens ; il s’est soud√© √† quantit√© de noms francs.

On trouve les noms en -acurn et en -iacum en grand nombre dans toutes nos provinces, sauf dans celle d’Anvers et dans le nord de la Flandre occidentale. Dans la province d’Anvers, on ne pourrait gu√®re mentionner que Contich, Contheca en 1147.

Nulle part sur le territoire de la Belgique on ne rel√®ve dans la toponymie les traces d’une occupation germanique ant√©rieure √† l’√©poque de C√©sar. Pas plus dans la province d’Anvers que dans les r√©gions du sud, on ne rencontre les plus anciens noms de lieux dus aux idiomes germaniques. Godefroid Kurth a mis une fois pour toutes en relief le caract√®re relativement moderne de la toponymie germanique de nos pro¬≠vinces : elle est nettement post√©rieure √† la conqu√™te romaine.

Et maintenant que le caract√®re celtique de nos populations √† l’√©poque de C√©sar est bien √©tabli, il importe de rechercher √† quel moment, des Gaulois d’abord, les Belges ensuite, sont arriv√©s dans notre pays.

(…)

C’est naturellement sur l’exp√©dition de Bellov√®se que Tite-Live nous fournit le plus de d√©tails, chose na¬≠turelle puisque c’est celle qui int√©resse le plus directement Rome. La troupe qui y prit part se composait de contingents Bituriges, Arvernes, S√©nons, Eduens, Am-barres, Carnutes et Aulerques, toutes peuplades qui habitaient entre la Seine et le Rh√īnei Le r√©cit de Tite-Live est c√©l√®bre : on se rappelle la d√©faite des Romains sur l’Allia, la prise de Rome abandonn√©e √† la suite d’une panique, la d√©fense du Capitule et enfin la d√©livrance de Rome par Camille.

De nouvelles incursions gauloises en Italie eurent lieu en 367, 361-360, 350-349. A cette derni√®re date, les Gaulois p√©n√©tr√®rent jusqu’en Apulie. Le r√©sultat fut que les Gaulois rest√®rent solidement √©tablis sur le P√ī.

2. Les Belges dans Test de l’Europe.

Nous ne connaissons pas la composition des bandes de Sigov√®se. Nous savons seulement que, parti dans la direction de l’est, apr√®s avoir travers√© des territoires depuis longtemps aux mains des Celtes, il atteignit la Pannonie o√Ļ des Gaulois se fix√®rent. Mais la progres¬≠sion des Celtes ne s’arr√™ta pas l√† : en 298, ils s’avan¬≠cent jusqu’en Bulgarie ; en 260, ils traversent l’Illyrie, p√©n√®trent en Mac√©doine et d√©font l’arm√©e du roi Ptol√©m√©e Keraunos qui fut tu√©. Leur chef s’appelait Bolgios ; or ce nom de Bolgios est un doublet de Be/ga. Le chef des envahisseurs de la Mac√©doine portait donc le nom de Belge, soit qu’il fut d√©sign√© par la nationa¬≠lit√© des contingents qu’il commandait, soit que ce fut son propre nom. C’est la premi√®re fois que l’on peut constater la mention de Belges dans l’histoire.¬†¬†¬†

Peu apr√®s, c’est l’invasion de la Gr√®ce par les troupes de Brennus et le sac du temple de Delphes. Une partie de cette arm√©e passa en Asie mineure. Les historiens grecs en appellent les soldats Galates. Apr√®s s’√™tre mis comme mercenaires au service de roitelets locaux, on voit ceux-ci travailler pour leur propre compte. Vain¬≠cus en 270 par Antiochus S√īter, ils se fix√®rent en Phrygie. Ils s’y montr√®rent turbulents, prenant parti dans les guerres r√©gionales, jusqu’√† ce qu’ils fussent r√©duits totalement √† l’impuissance en 241 par Attale I, roi de Pergame.

Les Belges ont laiss√© des traces de leur pr√©sence parmi les Galates d’Asie mineure, et m√™me au cours des exp√©ditions pr√©c√©dentes : il y a eu en Pannonie une ville de Belgites.

Deux noms de rois Galates, Gaesarorix et Gaesato-diasros, rappellent celui d’une peuplade des Germani dont C√©sar n’a pas parl√©, les Gaesati. Le premier n’est probablement pas un nom propre et signifie le roi des G√©sates; le second est obscur, le sens de la seconde partie du mot nous √©chappe. La langue des Galates pr√©sentait une √©troite parent√© avec celle des Belges : saint J√©r√īme rapporte que de son temps les Galates parlaient encore le gaulois ; il insiste sur ce fait que leur langage √©tait √† peu pr√®s identique √† celui des Tr√©vires proches voisins des Belges que plus d’un historien de l’antiquit√© a class√© parmi ces derniers.

3. Les Belges en Italie.

Les G√©sates, nous allons les retrouver √† partir de la fin du III0 si√®cle avant notre √®re, sur les routes condui¬≠sant en Italie. Durant ce si√®cle, les Gaulois √©tablis pai¬≠siblement dans la vall√©e du P√ī furent souvent d√©rang√©s

 

par des Transalpins qui franchissaient les Alpes. Ils les dirigeaient tant bien que mal contre les Etrusques et les Romains.

En 283, les Romains avaient vaincu les Sénons, et en 232, par la Lex flaminia de agro gallico viritim dividende, ils décidèrent de se partager leur terri­toire. Les Sénons appelèrent à leur secours des Trans­alpins.

Les Gaulois qui r√©pondirent d’abord √† leur appel appartenaient √† diff√©rentes peuplades, dont les G√©sates. Ceux-ci √©taient command√©s par deux rois, Concolitanos et Aneroestos. Ils furent vaincus et leur arm√©e d√©truite par le consul L. Aemilius Papus √† la bataille de T√©la-mon.

Les G√©sates reparurent en 222; ils avaient’√† leur t√™te le roi Virdomarus. Celui-ci fut vaincu √† la bataille de Clastidium et tu√© en combat singulier par le consul M. Claudius Marcellus lui-m√™me.

Or ces G√©sates venaient de Belgique. Nous savons que Virdomarus r√©gnait sur les bords du Rhin ; d’autre part, les Fastes capitolins nous donnent le nom du peuple auquel les G√©sates appartenaient : ce sont les Germani, le second groupement de peuplades qui a occup√© notre sol √† l’√©poque protohistorique. Et Pro¬≠perce donne √† Virdomarus le nom de Belge: le passage vaut la peine d’√™tre cit√© ¬ę Claudius repoussa les enne¬≠mis venus du Rhin, et rapporta le bouclier du puis¬≠sant chef belge Virdomar; celui-ci se vantait de descendre du Rhin lui-m√™me ; fier de sa noblesse, il lan√ßait ses gaesa du haut de son char couvert. Son collier tomba entre les mains de Marcellus qui lui avait coup√© la gorge, alors que, en braies ray√©es, il lan√ßait ses traits des rangs de son arm√©e. ¬Ľ

Ces G√©sates venaient selon toute vraisemblance de la r√©gion de Tongres. On a trouv√© √† Tongres une inscription par laquelle des G√©sates faisaient au deuxi√®me si√®cle de notre √®re une d√©dicace au dieu Vulcain; il n’y a pas √† douter que ce ne fussent les descendants de ceux qui all√®rent se faire massacrer en Italie, car nous savons par Florus que les soldats de Virdomar avaient fait vŇďu de consacrer √† ce m√™me Vulcain les armes qu’ils prendraient aux Romains.

Nos G√©sates en se dirigeant vers l’Italie, laiss√®rent probablement en route une fraction de leurs effectifs, les Raeti Gaesati qui occup√®rent le Valais. Ils √©taient vraisemblablement accompagn√©s de contingents four¬≠nis par d’autres peuplades belges : nous retrouvons dans les Alpes des Centrones dont le nom est identique √† celui d’une peuplade cliente des Nerviens. Le fait n’a pas √©chapp√© aux historiens anciens : Strabon rapporte que certaines peuplades belges qu’il ne cite pas habi¬≠taient les Alpes.

La peuplade des Gaesati tirait son nom de son arme¬≠ment ; son arme principale √©tait le gaesum, une lance de jet sp√©cifiquement belge et particuli√®rement redou¬≠table. Nous verrons que les Belges l’import√®rent en Irlande o√Ļ elle √©tait c√©l√®bre sous le nom de gai bolca, le gaesum belge.

Henri Hubert a voulu aussi retrouver une fraction des Germani de Belgique dans la Germani Oretani d’Espagne. Il signale √©galement en Tarraconaise une ville de Belg√ģda qui rappelle le nom des Belges comme le fait celle de Be√ģgites en Pannonie. Malheureusement ces indications sont isol√©es et trop vagues pour qu’on puisse affirmer que l√† aussi il y a trace du passage de Belges d’autrefois.

4. Les Belges en Belgique.                               

Nous venons de rencontrer les Belges en Italie √† la fin du IIIe si√®cle avant J√©sus-Christ. Nous avons vu qu’ils venaient des r√©gions du Rhin et de la Meuse. Ils √©taient donc √©tablis dans notre pays. Mais ici nous sommes priv√©s de toute source historique, les anciens ne nous ont rien appris sur l’√©poque o√Ļ ils se sont-√©ta¬≠blis en Belgique, C√©sar se borne √† dire que ce fut anciennement.

Les Belges y devaient √™tre fix√©s depuis un certain temps pour pouvoir envoyer dans le sud des contin¬≠gents consid√©rables, car ils avaient d√Ľ y prosp√©rer. Si nous supposons qu’environ deux cents ans s’√©taient √©coul√©s alors depuis qu’ils avaient pass√© le Rhin, nous ne devons pas nous tromper de beaucoup.

Les Belges ont d√Ľ venir des rives du Main et du Rhin moyen pour se r√©pandre d’abord au nord de la Seine par le sud de la for√™t des Ardennes, tandis que d’autres descendaient la vall√©e du Rhin lui-m√™me. Nous avons vu qu’il reste une preuve g√©ographique de ce mouvement, c’est la position des Sequanes √† l’√©po¬≠que de C√©sar.

Il est certain qu’il y eut plusieurs vagues d’immigra¬≠tions ; c’est seulement peu √† peu que chaque peuplade aura trouv√© sa place d√©finitive. Les Belges proprement dits auront suivi la route du sud, les Germani, la voie rh√©nane.

Ce que nous savons ensuite, c’est que les Belges eurent √† subir l’invasion des Cimbres et des Teutons ; ils la repouss√®rent victorieusement, et celle-ci, proba¬≠blement, donna-t-elle plus de coh√©sion aux popula¬≠tions, en les amenant √† collaborer √† une d√©fense com¬≠mune.

C’est encore ce cataclysme qui donna sa physiono¬≠mie d√©finitive √† l’est de la Belgique en y amenant l’√©tablissement des Aduatuques. Alors seulement se trouve achev√© le peuplement du pays,

5. Les Belges en Angleterre.

Les peuplades du Belgium, o√Ļ les terres √©taient plus riches que dans le nord, se d√©velopp√®rent rapidement et acquirent1 une puissance sans cesse grandis¬≠sante. Ce fut le cas sp√©cialement des Suessions. Ceux-ci, avec le concours de voisins, organis√®rent des exp√©ditions destin√©es d’abord simplement √† piller et √† ran√ßonner les c√ītes de Bretagne. Il ne s’agissait donc pas d’un d√©placement de populations.

La Bretagne leur offrit-elle des avantages inesp√©r√©s ? Nous n’en savons rien, mais toujours est-il que ces actes de piraterie amen√®rent la colonisation de la partie sud de l’√ģle : les pillards s’y √©tablirent √† demeure et se mirent √† y faire de la culture.

Cette colonie fut tout un temps rattach√©e √† la m√®re-patrie, car au milieu du premier si√®cle avant notre √®re, on conservait nettement le souvenir de l’√©poque o√Ļ Divitiacus, un roi des Suessions, avait r√©gn√© √† la fois sur le continent et sur une partie de la Bretagne. C√©sar ajoute que presque toutes les cit√©s de Bretagne avaient conserv√© le nom de celles dont elles √©taient sorties; il a malheureusement n√©glig√© de nous donner la liste de celles-ci. Aujourd’hui, nous sommes bien en peine pour les retrouver. Ptol√©m√©e signale une civitas Belgarum qui, du nord des Downs, s’√©tendait jusqu’au canal de Bristol. Elle couvrait l’ouest du Somersetshire, le Wiltshire et une partie du Hampshire. Sa ville prin¬≠cipale √† l’√©poque romaine fut Venta Belgarum, aujour¬≠d’hui Winchester. Il est difficile d’admettre que les Belges aient occup√© ¬ę officiellement ¬Ľ, si j’ose dire, une partie de la Bretagne √† la suite d’une d√©cision de leur Commun conseil. Les Belgae que nous venons de ren¬≠contrer ne peuvent √™tre qu’un regroupement d’√©l√©¬≠ments √©pars qui, partis √† la recherche de butins pro¬≠fitables, se sont finalement fix√©s √† demeure sur le th√©√Ętre de leurs exploits.

Au nord-ouest des Belges, √©taient √©tablis les Atr√©-bates dont la capitale s’appelait Calleva, aujourd’hui Silchester. Ils occup√®rent le comt√© de Southampton et une partie du Hampshire ; peut-√™tre leur √©tablisse-

 

ment ne date-t-il que de la conquête de la Belgique par les Romains.

La peuplade la plus puissante fut celle des Catu¬≠vellauni qui √©taient install√©s dans les comt√©s de Hert-ford, Cambridge, Bedford et Northampton. Parmi les peuplades belges du continent, nous ne trouvons aucune mention des Catuvellauni ; sous l’Empire, on rencontre des Catalauni au pays de Ch√Ęlons-sur-Marne, en lesquels on a cru retrouver les Catuvel¬≠launi sous un nom contract√©. Quoi qu’il en soit, les Catuvellauni √©taient originaires du continent et le peuple le plus puissant de la Bretagne. Il avait con¬≠quis les Trinobantes, peuplade indig√®ne, et avait franchi la Tamise.

Il est √† remarquer que les Belges du Continent continu√®rent d’entretenir des rapports √©troits avec ceux de Bretagne. C√©sar nous dit qu’une des causes pour lesquelles il voulut soumettre la Bretagne, c’est que des secours √©taient sans cesse envoy√©s de l’√ģle aux Belges. D’autre part, C√©sar se fit pr√©c√©der en Bretagne par un Atr√©bate qu’il avait fait roi de cette peuplade apr√®s l’avoir vaincue; il lui avait confi√© la mission de pr√©parer les Bretons √† se soumettre au peuple romain, vu l’autorit√© dont il jouissait de l’autre c√īt√© de la Manche. Or, Commius √©tait un patriote devenu collaborateur par int√©r√™t personnel comme Ambiorix. Apr√®s avoir rompu avec ‘les Romains et connu l’humiliation des d√©faites inflig√©es aux derniers soul√®vements, apr√®s avoir men√© une guerre de gu√©rillas contre les troupes romaines d’occu¬≠pation, il fut le dernier chef belge √† faire sa soumis¬≠sion, puis il passa en Bretagne vers 50 avant J√©sus-Christ et s’y refit un royaume. Il y fut suivi par une s√©rie d’√©migr√©s ; il semble avoir eu deux fils, Tincom-mius et Eppilus, qui lui succ√©d√®rent.

Les Belges instaur√®rent en Bretagne une monnaie d’or semblable √† celle qu’ils utilis√®rent sur le continent. Eppilus a frapp√© un stat√®re d’or √† Calleva.

En somme, le principal r√©sultat de la colonisation du sud de la Bretagne par les Belges fut de substituer des royaumes plus puissants aux principaux groupe¬≠ments de tribus qui existaient ant√©rieurement Dans la premi√®re moiti√© du premier si√®cle de notre √®re, le roi Cunobelin des Catuvellauni exer√ßa l’h√©g√©monie sur tous les Belges de Bretagne du sud-est. Sa mort fut l’occasion que saisit l’empereur Claude pour entre¬≠prendre la conqu√™te de l’√ģle.

Et alors, le fils de Cunobelin, Cataracus, fit montre des qualit√©s de sa race : vaincu, il se retira au pays de Galles, o√Ļ il r√©sista tant qu’il le put; apr√®s la conqu√™te de cette contr√©e, il disparut vers le nord. De m√™me qu’Ambiorix, il n’avait pu se plier √† la ¬ępaix romaine¬Ľ.

6. Les Belges en Irlande.

Les Belges ont p√©n√©tr√© jusqu’en Irlande : Ptol√©m√©e mentionne sur la c√īte sud-est de celle-ci une peuplade qu’il appelle Mav<x>tun, et une ville de Mavaiua. C’est aujourd’hui Wicklow en Leinster. On pourrait h√©siter √† reconna√ģtre des M√©napiens dans ces M a v au 101, mais √† c√īt√© d’eux, un peu au nord, Ptol√©¬≠m√©e mentionne des Ka√Ľxoi qui ne peuvent √™tre que des Chauques. Or, au moment de la conqu√™te des Gaules, il y avait des Chauques en Hollande, dans le voisinage des M√©napiens.

Ce qui a d√Ľ se passer est assez clair: au moment de la conqu√™te de la Belgique, de m√™me que chez les Atr√©bates, une fraction de la population a √©migr√© en Bretagne pour ne pas se soumettre au Romain, de m√™me chez les M√©napiens qui ont √©t√© √† cette √©poque refoul√©s √† l’ouest sur la mer, des irr√©ductibles ont pr√©f√©r√© s’expatrier plut√īt que de perdre leur libert√©. Les M√©napiens poss√©daient une flotte ; celle-ci les a transport√©s en Irlande o√Ļ ils se sont √©tablis. Ils auront entra√ģn√© dans leur exp√©dition un contingent de Chauques, leurs voisins, qui se sont de nouveau fix√©s pas bien loin d’eux.

D’apr√®s M. Eoin Mac Neill, on retrouve plus tard les M√©napiens dans un peuple dispers√© en Irlande, appel√© Manaigh ou Monaigh. Une de leurs branches √©tait √©tablie √† l’est de l’Ulster, vers Belfast ; une autre √† l’ouest ; le comt√© de Fermanagh conserve son nom. Les g√©n√©alogies font venir ces gens du Leinster o√Ļ √©taient √©tablis les M√©napiens.

Au sud-est du comt√© de Fermanagh se trouve celui de Monaghan pour le nom duquel on a voulu retrou¬≠ver la m√™me origine. Cette interpr√©tation est certaine¬≠ment inexacte : Mona√©han est la forme anglaise de l’irlandais Muineachan, et Muineachan est un dimi¬≠nutif de muine qui signifie ¬ę bouquet d’arbrisseaux ¬Ľ.

En outre, de m√™me que la Bretagne a subi toutes sortes d’invasions des Belges et des Gaulois, l’Irlande a √©t√© le terrain d’une multitude d’exp√©ditions aux¬≠quelles ont pris part de multiples peuples celtiques du continent.

Des po√®mes malheureusement perdus racontaient celles-ci. Leur contenu toutefois a √©t√© sauv√© par une compilation du XIe si√®cle intitul√©e Leabhar na Gabala, le Livre des Invasions. Cet ouvrage n’est pas un travail historique, c’est une Ňďuvre de mytho-graphes, mais ces derniers y ont incorpor√© des donn√©es historiques ind√©niables.

Parmi les envahisseurs se trouvent les Fir Bolg, les Fir Domnain et les Galioin que l’on rencontre toujours associ√©s. Les Fir Bolf* sont des Belges ‚ÄĒ fir signifie homme ‚ÄĒ les Fir Domnain, des Dumnonii, des Bretons de Cornouailles, et les Galioin, des Gau¬≠lois. Tous trois sont fr√©quemment associ√©s aux Luai-gni qui √©taient √©tablis entre le Shannon et la mer

 

d’Irlande, et formaient un des corps principaux de l’arm√©e du Leinster.

Les Fit Bolg ont un nom identique √† celui de Bolgios, doublet de Belga que nous avons rencontr√© chez les Galates. Un de leurs clans s’appelait Clan na Morna et rappelle le nom des Morins.

Tous ces √©trangers ont √©t√© fort mal vus des anna¬≠listes irlandais, ce qui est tout naturel. Ceux-ci ne manquent pas de nous les repr√©senter comme √©tant de mauvais gar√ßons ; Duald Mac Firbis, le grand his¬≠torien irlandais du XVIIe si√®cle, qui a r√©sum√© dans son Livre des G√©n√©alogies les anciennes chroniques, a emprunt√© √† ces derni√®res le portrait suivant : ¬ę Qui¬≠conque est noir de cheveux, cancanier, astucieux, con¬≠teur d’histoires, tapageur, mis√©rable, .vil, vagabondant, de mauvaise conduite, rude et inhospitalier, tout esclave, tout vil voleur, tout rustre, tous ceux qui n’aiment pas √©couter la musique et les divertisse¬≠ments, ceux qui jettent le trouble dans les r√©unions et les assembl√©es, et qui sont promoteurs de discorde parmi le peuple, ces gens-l√† sont les descendants des Fit Bolg, des Gailioin, des Luaigni ou des Fir Dom-nain en Irlande. Mais cependant, les descendants des Fir Bolg sont les plus nombreux de tous. ¬Ľ

Les Fir Bolg ont apport√© en Irlande leur armement de fer, et sp√©cialement une esp√®ce de lance de jet c√©l√®bre dans toute l’√©pop√©e irlandaise sous le nom de gai foolca, gaesum belge, car gai est le m√™me mot que gaesum. Les po√®tes irlandais ont fait du gai bolca l’arme terrible par excellence, et combien difficile √† manier. Seul, Cuchulain, le h√©ros du Tain foo Cualnge,’ la grande √©pop√©e irlandaise, sait s’en servir √† la per¬≠fection, II ne l’emploie d’ailleurs que lorsqu’il ne peut venir √† bout de ses adversaires avec les armes ordi¬≠naires.

L’arme est d√©crite dans la po√©sie √©pique comme ayant une large pointe munie de trente dents tourn√©es en arri√®re, de sorte que, une fois entr√©e dans le corps, il devenait impossible de l’en retirer sans ouvrir celui-ci.

Il ne faudrait pas naturellement attacher trop d’im¬≠portance √† cette description, car l’imagination porte souvent les po√®tes √† s’√©carter de la r√©alit√©. Cepen¬≠dant Diodore de Sicile, s’il ne mentionne dans l’arme¬≠ment des Gaulois que des lances de deux palmes, sans parler de dents, ajoute que certains se servaient de glaives dentel√©s qui faisaient d’horribles blessures.

Les Fir Bolg et leurs √©mules ont beaucoup p√©r√©grin√© √† travers l’Irlande. Mais ce n’√©taient que des bandes arm√©es. Ils se sont fondus dans les populations go√Įd√©liques qui les ont compl√®tement assimil√©es.