Les origines de la Belgique (articles)

L'invention de la Belgique (Sébastien Dubois)

(VA, 08/05/2005)

in: Louis Verniers, Le bréviaire des Belges, éd. De Boeck, 1944, p.11-13

 

(p.11) Le Nom du Pays et de ses Habitants.

………Flamands, Wallons,

Ce ne sont là que des prénoms

Belges est notre nom de famille.

 

A.clesse

 

D’o√Ļ vient le nom de notre pays ? Depuis quand ses habi¬≠tants s’appellent-ils Belges ?

Si le royaume de Belgique n’existe que depuis 1830, le nom Belgique appliqu√© √† une r√©gion comprenant notre terri¬≠toire actuel, et celui de Belges appliqu√© √† ses habitants re¬≠montent √† deux mill√©naires ou davantage.

 

L’un et l’autre apparaissent dans les √©crits au temps de la conqu√™te des Gaules par les l√©gions romaines. Dans le r√©cit de ses campagnes fameuses Jules C√©sar d√©signe par le- terme Belgium cette partie du ¬ę pays des Belges ¬Ľ habit√©e par les Ambiens (Ami√©nois), les Atr√©bates (Artois) et des Bellovaques (Beauvaisis), puis l’ensemble des r√©gions s’√©ten¬≠dant entre le Rhin, la Marne, la Seine et le littoral maritime. Toutes les tribus qui s’y trouvent install√©es se donnent le nom de Belges (Belgae). Vers le milieu du premier si√®cle de notre √®re, l’ensemble de leurs ¬ę pays ¬Ľ devient une ‚ÄĘentit√© administrative de l’Empire romain appel√©e Gallia Belgica (Gaule Belgique). Avant la fin du m√™me si√®cle, on en d√©tache la Germania superior et la Germania inferior, √† la t√™te desquelles se trouvent respectivement les villes de Mayence et de Cologne. Au troisi√®me si√®cle, le reste est √† son tour divis√© en deux circonscriptions administratives : la Belgica prima (Belgique premi√®re), dont le chef-lieu est ‘Tr√™ves, sur la Moselle, et la Belgica secunda (Belgique se¬≠conde), ayant Reims comme centre dirigeant. Le territoire de la Belgique actuelle ne correspond √† aucune de ces sub¬≠divisions antiques; il est constitu√© de portions de trois d’entre (p.12) elles, de la Belgique premi√®re (la partie m√©ridionale de notre province de Luxembourg), de la Belgique seconde et de la Germanie inf√©rieure.

 

Ainsi donc les noms Belgique et Belges remontent à des temps anciens. Que sont-ils devenus depuis ?

Apr√®s la chute de l’Empire romain l’ombre s’√©tend sur eux. On les oublie pendant des si√®cles. Lorsque le terme Belgique r√©appara√ģt ‚ÄĒ √† partir du troisi√®me si√®cle ‚ÄĒ il s’applique √† des territoires divers et d’√©tendue restreinte. Seuls d’ailleurs quelques rares chroniqueurs ou juristes s’en servent dans leurs √©crits en langue latine. La masse populaire l’ignore totalement.

Il lui reste inconnu m√™me apr√®s que la dynastie des ducs de Bourgogne aura r√©uni sous une domination unique les diverses principaut√©s constitu√©es au cours du moyen √Ęge.

 

Les gens d’ici se disent Flamands, Braban√ßons, Li√©geois, Narnurois, Hennuyers, Luxembourgeois, suivant leur appar¬≠tenance √† l’une ou √† l’autre de ces principaut√©s ‚ÄĒ comte de Flandre, duch√© de Brabant, principaut√© √©piscopale de Li√®ge, marquisat de Namur, comt√© de Hainaut, duch√© de Luxembourg ‚ÄĒ ou bien Bourguignons ou encore hommes des puys de par-de√ß√†.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

Au¬† d√©but du XVIme si√®cle,¬† Cl√©ment Marot les nomme cependant des ¬ę Belgeois ¬Ľ, pour leur faire honneur.

 

N√©anmoins le terme Belgique continue √† vivre dans la m√©moire d’un petit nombre, ce dont t√©moignent les textes savants et les documents administratifs. Mais, au cours des temps modernes (XVIme – XVIIme – XVIIIme si√®cles) il s’applique √† l’ensemble dit XVII provinces (des Pays-Bas), m√™me apr√®s la rupture de ce bloc politique, Pro¬≠vinces-Unies au nord, Pays-Bas espagnols, puis autrichiens au sud. Le Leo Belgicus (Lion Belgique) est l’embl√®me h√©raldique de l’un et l’autre des deux Etats issus du soul√®veme¬≠nt national contre la tyrannie de Philippe II d’Espagne.

 

C’est durant la seconde moiti√© du XVIIme si√®cle que le terme Belgique – tant comme substantif que comme adjectif – va enfin reprendre sa place. Dor√©navant il va retentir dans les assembl√©es politiques et parmi le fracas des √©meutes populaires qui conduiront √† l’effondrement de l’Ancien R√©gime.

La R√©volution braban√ßonne de 1789 l’adopte en proclamant l’ind√©pendance des Etats-Belgiques-Unis (√† l’instar des Etats-Unis d’Am√©rique). Les r√©publicains fran√ßais, conqu√©¬≠rants de nos provinces, le reprennent. Ils distinguent les Belges des Bataves et ¬ę la ci-devant Belgique ¬Ľ ‚ÄĒ compre¬≠nant l’ancienne principaut√© √©piscopale de Li√®ge ‚ÄĒ de la ¬ę r√©publique batave ¬Ľ.

 

Et lorsqu’en 1830 le soul√®vement des patriotes belges pro¬≠voque une nouvelle rupture entre le Sud et le Nord, les Constituants du pays lib√©r√© renouent la tradition interrom¬≠pue depuis une g√©n√©ration et, s’opposant au royaume des Pays-Bas, fondent le royaume de Belgique, la nation belge.

L’ancienne forme adjective Belgique c√®de d√©finitivement la place √† cette nouvelle, plus br√®ve, belge.

C’est depuis lors que l’on parle du territoire belge, des provinces belges, de la peinture belge, des lettres belges, voire de l’√Ęme belge.

La forme ancienne ne subsiste plus que dans l’expression h√©raldique d√©signant l’embl√®me national : le Lion belgique.

 

J. Schoonjans, Nos Gloires, Vulgarisation de l’histoire de Belgique par l’image, Ed. Historia, BXL,¬† 1949

 

¬ę¬†Dieu prot√®ge la libre Belgique et son Roi!¬†¬Ľ

Telles sont nos gloires.¬† Tel est notre pass√©.¬† L’avenir doit √™tre digne de ce pass√©.¬† Et il le sera si vous le voulez, vous qui √™tes le pr√©sent.

¬†Gr√Ęce √† ses qualit√©s d’√©nergie, notre peuple a pu b√Ętir un pass√© glorieux.

 

 G.H. Dumont, Histoire des Belges, Dessart, 1954, T1

 

 (p.13) 10.000 av. JC Рrace autochtone + population du type alpin (taille moyenne ou petite, yeux bruns foncés, cheveux noirs)

1000 av. JC: arrivée de la branche gauloise des Celtes

+- 600 av. JC Рarrivée des Belges, ayant vaincu ces Gaulois.

 

G.H. Dumont, Histoire des Belges, Dessart, 1954, T1

 

(p.20) ‚ÄúLe nom des Belges est le plus ancien d’Europe avec celui des Grecs.‚ÄĚ

Ils organis√®rent plusieurss exp√©ditions militaires jusqu‚Äôen Bulgarie (en 298 av. JC), en Mac√©doine (en 260) mais ‚Äúpar manque de sens politique, les Belges se laiss√®rent progressivement absorber.‚ÄĚ (p.20) ‚ÄúUn autre groupe de Belges descendit vers l’Italie; il √©tait command√© par le roi Virdomar qui, en 222, fut √©cras√© √† la bataille de Clastidium.‚Äô (p.21) ‚ÄúL‚Äôexp√©dition des Belges en Angleterre fut infiniment plus fructueuse; elle aboutit, en effet, √† la fondation de colonies dans le Kent, l‚ÄôEssex, l‚ÄôHertfordshire et le Hampshire – colonies qui demeur√®rent en contact avec les Belges du continent.‚ÄĚ

 

(ok) (p.22) ‚ÄúLe nom Belgica n’appara√ģt qu’au milieu du premier si√®cle.¬† A la fin du 3e si√®cle, la Belgica fut r√©partie en trois provinces: la Germanie seconde, la Belgique premi√®re et la Belgique seconde.‚ÄĚ

 

(p.23) Installation des Aduatuques, germains celtis√©s, √† l’est du pays (vers le d√©but du 1er si√®cle av. JC)

–¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† arriv√©e des Romains (57 av. JC)

 

(pp.45-46)  Frontière linguistique: origine

(p.45) ‚ÄúAu 4e si√®cle, Rome abandonne aux Francs le nord de la Belgique et reporte sa d√©fense sur la route axiale Boulogne – Cologne.¬† Sur cette ligne, qui est √† l‚Äôorigine de l‚Äôactuelle fronti√®re linguistique, les empereurs multipli√®rent les fortifications.‚ÄĚ …

(p.46) Le peuplement franc en masse s‚Äôarr√™ta devant les derni√®res lignes de d√©fense de l‚ÄôEmpire romain.¬† Probablement parce que les territoires du Nord constituaient un espace vital suffisant.¬† Plus au Sud, des colonies franques s‚Äô√©tablirent, mais elles n’√©taient pas assez nombreuses pour absorber les populations celtiques romanis√©es.‚ÄĚ

 

(p.47) / mélange de peuples /

 

‚ÄúAu point de vue anthropologique, le dosage actuel est d‚Äôores et d√©j√† acquis: d‚Äôune part, les phalo-nordiques, aux cheveux blonds et aux yeux clairs, qui groupent aussi bien les Francs que les Celtes; d‚Äôautre part, les m√©so-n√©olithiques, aux yeux et cheveux fonc√©s, d√©nomm√©s alpins et qui vinrent dans le pays quelque dix mill√©naires avant J√©sus-Christ.¬† L‚Äôapport de sang latin, contrairement √† ce qu‚Äôimagine le populaire, fut aussi infinit√©simal que, plus tard, l‚Äôapport de sang espagnol.¬† Mais il va de soi que l‚Äôesprit actuel de notre population r√©v√®le un brassage continuel entre les groupes raciques.‚ÄĚ

 

M. Fraselle, La Belgique, LB 22/05/1979

 

‚ÄúLa Belgique – en gros les Pays-bas catholiques du sud – tire sa v√©ritable origine du XIIe si√®cle, de la s√©paration au Trait√© d’Utrecht en 1614, entre les provinces protestantes et catholiques.¬† Le trait d’union v√©ritable entre Anvers et Namur est donc la foi catholique.¬† Elle seule peut √™tre le ciment, la cause d’une restauration authentique de la Belgique comme de l’occident ex-chr√©tien.‚ÄĚ

 

J. Willequet, éd., Pierre Nothomb (1887-1966) et le nationalisme belge, Cah. de l’Acad. lux., 8, Arlon 1980

 

Bibliographie: La Belgique martyre; les barbares en Belgique; la Barri√®re belge; L’yser; Histoire belge du Grand-Duch√© de Luxembourg

 

(p.13) ‚ÄúUne conscience nationale a besoin d’une opposition ext√©rieure pour s‚Äôaffirmer.‚ÄĚ (J. Willequet Pierre Nothomb en 1914-1918)

 

(p.13) (J. Willequet) ‚ÄúCe nationaliste, qui √©tait en r√©alit√© un Lotharingien allait devenir, √† part enti√®ren un Europ√©en.¬† Je ne vois aucune contradiction dans son processus.‚ÄĚ

(p.26) G.Trausch, P. Nothom et la question du Luxembourg à l’époque de la première guerre mondiale

‚ÄúSi le Luxembourg /apr√®s la guerre 14-18, apr√®s avoir log√© sous l‚Äôorbite allemande/ √©chappe √† l‚Äôemprise de la Belgique, il tombera forc√©ment dans l‚Äôorbite de la France.‚ÄĚ

 

(p.35) ‚ÄúIl est int√©ressant de voir le climat dans lequel Pierre Nothomb a travaill√©: enthousisame, exaltation, ardeur, voil√† les mots qui se pr√©sentent √† l‚Äôesprit … et tout cela parce que Nothom peut donner libre champ √† son immense besoin d‚Äôaction.¬† Voici quelques citations √† ce sujet: ‚ÄúLa fi√®vre de l‚Äôaction m‚Äôemporta sans fl√©chir.‚ÄĚ ou encore: ‚ÄúRien ne pouvait arr√™ter ma course, ni les obstacles, ni les douleurs, ni les froideurs des autes …‚ÄĚ ou encore ‚ÄúBonheur de servir, bonheur d’agir, bonheur d‚Äôavoir sa part, si petite soit-elle – exaltante – dans le salut du monde; bonheur d‚Äôavoir raison, de le savoir, d’imposer ses pens√©es √† ceux qui refusent …‚ÄĚ

 

(p.35-36) ‚ÄúToute son action s‚Äôinspire d‚Äôun ardent patriotisme belge, du d√©sir br√Ľulant de voir cette Belgique devenir plus grande √† tous les points de vue.‚ÄĚ

(p.37) ‚ÄúLes efforts de Pierre Nothom et des nationalistes belges ont grandement contribu√© √† soustraire le Luxembourg √† l’h√©g√©monie de la France.¬† Du m√™me coup, la belgique est plus forte pour affirmer son ind√©pendance, face √† la France.¬† Malgr√© l’alliance militaire de 1920, elle a r√©ussi √† ne pas devenir un satellite de la France.‚ÄĚ

(p.37) ‚Äúcarton de Wiart a dit que chez Pierre Nothomb, l’action √©tait la soeur du r√™ve.¬† L’int√©ress√© lui-m√™me dit quelque chose d’analogue quand, au fa√ģte de sa vie, jetant un regard sur l’histoire de sa famille, il parle d’un ‚Äúcompromis entre la raison et l’avanture‚ÄĚ.‚ÄĚ

 

(p.43) (K. Gr√ľnebaum, Pierre Nothomb, Der Streiter f√ľr ‚ÄúGrossbelgien‚ÄĚ)

‚ÄúIm April 1964 bedient sich Pierre Nothomb einer Diskussion im Senat √ľber die Kulturpolitik, um die Bedeutung des kulturellen Einflusses der deutschsprachigen Belgier hervorzuheben.

Nothom hat sich seit 1945/46 f√ľr die besonderen Belange der deutschsprachigen Bev√∂lkerung Ostbelgiens eingesetzt.‚ÄĚ

 

(p.47) (P.H. Desneux, Pierre Nothomb et la révision des traités de 1839)

‚Äú/Contre les tentatives de P. Nothomb de faire annexer le Limbourg hollandais par la Belgique,/ l’Algemeen Handelsblad essayera d’initroduire la zizanie laquelle, en opposant la Wallonie et les Flandres en exposant la th√®se selon laquelle, au d√©but, Nothomb aurait agi de commun accord avec

Hymans, lequel se serait √©cart√© du Comit√© de Politique Nationale quand il s‚Äô√©tait aper√ßu qu‚Äôil avait atteint le maximum possible, √©tant bien s√Ľr clair que la Hollande ne perdrait aucun pouce de territoire et que l‚ÄôEscaut resterait ferm√© en temps de guerre. La campagne de Pierre Nothomb devait donc √™tre consid√©r√©e comme uniquement anti-hollandaise et donc comme anti-flamande.‚ÄĚ

 

L’Histoire de Belgique, LB 07/10/1981

 

‚ÄúD√®s le XIVe si√®cle, Jacques Van Artevelde concluait d’√©troites alliances entre la Flandre, le Brabant et le Hainaut‚ÄĚ, ‚Äúau XIVe si√®cle, des artistes flamands, wallons et braban√ßons cr√©aient ensemble la merveilleuse Chartreuse de Champmol en Bourgogne‚ÄĚ,‚ÄĚaux XVIe et XVIIe si√®cles, on vit l’artiste li√©geois Lambert Lombard former son compatriote Jean de ramet qui, √† son tour, forma l’Anversois van Veen lequel devint le professeur de Rubens qui, √† son tour, forma le grand peiintre li√©geois G√©rard Doufet.‚ÄĚ

En 1882-1883, les trois médecins du Congo créent en équipe la médecine tropicale.  Ce sont le Wallon Allart, le Flamand van den Heuvel et le Brabançon Courtois.

 

G√©rard Jo, La Belgique n’existe pas, dites-vous¬†?, LB 16/10/1981

 

I Une géopolitique, très vivante

 

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Faites bouger de 100 kilom√®tres, dans n’importe quelle di rection, notre pays et il n’existe plus parce que dispara√ģt ainsi¬†¬† sa position de carrefour situ√© √†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† √©gale distance des grands cen tres urbains fran√ßais, anglais, hollandais et allemands. Cette √©toile de routes que nous sommes naquit du mes croisement il y a 2000 ans, de la chauss√©e romaine de Cologne √† Boulogne avec nos deux fleuves: la Meuse et l’Escaut coulant du Sud au Nord. Ainsi √©tions-nous reli√©s par des voies terrestres et fluvia les aux. Quatre points cardinaux.

La nature d’un pays-carre four est de donner et de rece voir sans cesse selon un double rythme qu’on n’observe pas dans une nation montagneuse ou dans un Etat si √©norme que les influences √©trang√®res n‚Äôy p√©n√®trent que lentement. Qu’on songe √† l’ancienne Chine ou √† la Russie d’hier.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

 

D√®s nos origines, notre position de carrefour conditionne l‚Äô√©volution d√Ļ peuple vivant en Belgique. Pas n’importe quel peuple. Deux t√©moins parlent¬†: ¬ę¬†De tous les peuples de la Gaule les Belges sont les plus courageux.¬†¬Ľ Le grand historien tacite¬†: ¬ę¬†Belgae Galorum robur¬†¬Ľ¬†: les Belges sont l‚Äô√©nergie des Gaulois. (‚Ķ)

 

P.S., Jo G√©rard: une certaine fa√ßon de raconter l’Histoire et une certaine id√©e de la Belgique, LB 11/10/1982

 

‚ÄúOn dit toujours, dans certains milieux, que la notion de Belgique n‚Äôexiste pas.¬† Or, je me suis amus√© √† chercher si, au 17e si√®cle, la Belgique √©tait d√©j√† cit√©e.‚ÄĚ …

Par exemple, ‚Äú30 familles wallonnes allant fonder la future New York, appellent leur village Nova Belgium, un marin anversois de la Compagnie des Indes, Pierre van den Broeck va fonder √† Batavia une citadelle qu’il appelle Belgica, Juste Lipse appelle Philippe le Bon ‚Äúconditor Belgii‚ÄĚ, dans sa correspondance, Rubens emploie 27 fois le nom de Belgica, dans les coll√®ges de j√©suites, il y a un cours sur l‚Äôhistoire de la Belgique …‚ÄĚ

 

Jean Stengers, Le vocabulaire national dans le royaume des pays-bas, in: Colloquium over de geschiedenis van de Belgisch-Nederlandse betrekkingen tussen 1815 en 1945, Acta, Brussel, 10-12/2/80, Gent 1982

 

(p.10) ‚ÄúLe premier ao√Ľt 1814, Guillaume lance une proclamation ‚Äúaux habitants de la belgique‚ÄĚ.

(p.11) ‚ÄúLe Roi parle du ‚Äúpeuple belge‚ÄĚ, de ‚Äúla Belgique‚ÄĚ, de la ‚Äúmonarchie des Belges‚ÄĚ.‚ÄĚ

 

Christophe de Fossa, La législation princière  pour le comté de Hainaut (1427-1506), LB 01/07/1982

 

‚ÄúCertains historiens sacrifient √† dame r√©gionalisation et n‚Äôh√©sitent pas √† justifier l’existence de la Wallonie en usant d’un d√©terminisme qu‚Äôils reprochent dans le m√™me temps √† ceux qui ont √©crit sur lma Belgique hier.‚ÄĚ

‚ÄúIl est clair que la centralisation de ce que sera la Belgique remonte au Xve si√®cle et que, si des particularismes subsistent, ils furent le fait de chacune de nos principaut√©s, a√Įeules de nos provinces.‚ÄĚ

‚ÄúD√®s le deuxi√®mle tiers du XVe si√®cle, les princes des Pays-Bas vont s‚Äôefforcer sans rel√Ęche d’introduire une l√©gislmation g√©n√©rale applicable √† l’ensemble de leurs petits Etats.‚ÄĚ

Car ‚Äúil importait d‚Äô√©tablir des normes en ce qui concerne l’administration, la justice, la police au sens large, c‚Äôest-√†-dire le maintien de l’ordre, le commerce et l’industrie, les monnaies et le commerce de l‚Äôargent.‚ÄĚ

 

Jo Gérard, la plus grande aventure militaire des Belges, De la guerre des Gaules à mai 40, Legrain 1983

 

(p.8) ‚ÄúD’apr√®s vous, Plutarque, qu’√©taient les Belges?‚ÄĚ

‚ÄúLes plus puissants des gaumois.‚ÄĚ

 

(p.10) ‚ÄúRetenez cete phrase du c√©l√®bre historien fran√ßais Camille Julian: ‚ÄúLes Belges seront seuls √† lutter pour leur ind√©pendance.¬† Ils se l√®veront les premiers en 57 et ils c√©deront les derniers, en 51 avant J√©sus-Christ.‚ÄĚ

 

(p.10) ‚ÄúQuant au plus grand historien romain, le fameux Tacite, il a dit: ‚ÄúBelgae Gallorum robur‚ÄĚ: les Belges sont la force des Gaulois.‚ÄĚ

 

(p.17) ‚ÄúCharlemagne, c‚Äô est le plus belge des empereurs.¬† Originaire de la dynastie des Pepin solidement enracin√©e dans nos r√©gions, …‚ÄĚ

 

(p.29) ‚ÄėGodefroid Kurth a dit:

‚ÄúJusqu‚Äô√† la fin, nos chevaliers ne cess√®rent d‚Äôaller verser leur sang en terre Sainte pour la course sacr√©e de la Croix.¬† Aucune nation ne peut se vanter d‚Äôavoir jou√© un r√īle plus glorieux dans ces h√©ro√Įques entreprises. L‚ÄôEurope enti√®re le reconnut puisque c‚Äôest √† des princes belges qu‚Äôelle donna la couronne du royaume de Palestine et celle de l‚ÄôEmpire latin de Constantinople.‚ÄĚ

(p.29) ‚ÄúHenri irenne: ‚ÄúL id√©al chr√©tien et chevaleresque semble seul avoir prise sur les Crois√©s belges.‚ÄĚ

‚ÄúLa croisade n’est pour eux qu’une entreprise chr√©tienne et europ√©enne.‚ÄĚ

 

Apr√®s la bataille de Woeringen livr√©e le 5/6/1288 par le duc de Brabant, Jean Ier, contre les seigneurs allemands, ‚Äúles ducs de Brabant dominent les r√©gions s‚Äô√©tendant entre l‚ÄôEscaut et la Meuse.¬† D√©livr√© √† l‚ÄôEst de l‚Äôemprise gemanique, le carrefour belge va subir √† l‚ÄôOuest l’agression incontestable de l‚Äôimp√©rialisme fran√ßais, car le roi Philippe le Bel r√™ve de s’emparer de la Flandre dont les richesses justifient la convoitise royale.‚ÄĚ (p.43)

(p.56) Les ducs de Bourgogne, en guerre contre Louis XI, peuvent d’abord compter sur le ‚Äúd√©vouement et le courage des chevaliers belges dont l’√©lite compose l’ordre de la Toison d’or.‚ÄĚ

(p.69) ‚ÄúCharles Quint appr√©cia tellement les Belges, que lors de son abdication √† Bruxelles, il d√©clara dans un sanglot: ‚ÄúSi je pleure, Messieurs, ne croye pas que c‚Äô est pour la souverainet√© que j‚Äô abandonne, c‚Äô est pour l’obloigation o√Ļ je suis de m‚Äô √©loigner du pays de ma naissance et de me s√©parer de vassaux tels que ceux que j‚Äô y avais.‚ÄĚ

 

Towards victory in Europe, The Bulletin, Aug. 30, 1984

The occupation (p.7) (in Belgium)

 

‚ÄúThe most spontaneous expression of opposition to the occupying forces was the grafiti, the words or symbols scrawled on the walls of the city.¬† The V in white paint became so ubiquitous that the Germans tried to coopt it instead of erasing it.¬† But their huge black banners prolaiming the Victory of the Third Reich did not discourage the silent protestors armed with no more than a piece of chalk from displaying their emblem wherever they dared.‚ÄĚ

 

(pp.6-7) ‚ÄúEveryone read the underground press – there was an astonishing number of clandestine newspapers in belgium – and I / Jean Vanwelkenhuyzen, Director of the Reserach Centre for the Historical Study of the Second World War/ used to slip any copy I got into the pages of the naszi propaganda magazine, Der (…?).¬† ‚ÄúIf the Germans searched my schoolbag, they exclaimed approvingly when they saw I had their magazine.¬† It never seemed to occur to them that it wopuld be a good place to conceal one of our flimsy little anti-Nazi newsheets.¬† They referred to stick to the letter of the law.¬† They did their job, more concerned to search than to find.‚ÄĚ

 

(p.7) ‚ÄúDespite the acts of selless assistance to the persecuted or the hunted (downed flyers, escaped political prisoners), it would be inaccurate to suggest, says Vanwelkenhuyzen, that the Occupation brought people together, created a form of popular solidarity againt the common enemy. ‚ÄėNot at all‚Äô, it tore people apart.¬† Except for the family unit or the closest friends, you couldn‚Äôt trust anyone.‚ÄĚ

(p.8) ‚ÄėYet, the trivial distinctions between political parties did not exist.¬† When, you came right down to it, people were either good or bad. … Conventinal ethics went by the board, too.‚Äô

 

Jo G√©rard, Le pass√© belge ‚Äúr√©nov√©‚ÄĚ par nos historiens, LB 27/11/1987

 

‚ÄúNul n‚Äôignore l’existence de la ‚ÄúGeschiedenis van Vlaanderen‚ÄĚ, l‚Äôhistoire de la Flandre, r√©dig√©e avant 1941 par plusieurs professeurs d’universit√©.¬† On sait aussi qu‚Äôen 1973, parut une oeuvre collective et pr√©fac√©e par le professeur G√©nicot: ‚ÄúHistoire de la Wallonie‚ÄĚ.¬† Certes, on peut, sans sacrifier l‚Äôobjectivit√© scientifique √† un ombrageux mininationalisme, raconter le pass√© des Flamands et des Wallons.¬† N‚Äôoffrent-ils pas assez de caract√©ristiques originales pour justifier qu’on les analyse?‚ÄĚ

 

Jo Gérard, Le passé belge rénové par nos historiens, LB 27/11/1987

 

“Notre bourreau, c’ est le cardinal de Richelieu.”

“Nul n’ignore l’existence de la “Geschiedenis van Vlaanderen”, l’histoire de la Flandre, r√©dig√©e avant 1940 par plusieurs professeurs d’universit√©.¬† On sait aussi qu’en 1973, parut une oeuvre collective et pr√©fac√©e par le professeur g√©nicot: “Histoire de la Wallonie”. …

“Ne faut-il pas se garder de chavirer dans le s√©paratisme historique, en cloisonnant outranci√®rement le pass√© des Belges du Nord et du Sud?”

“Cette tendance … rejette d’innombrables faits et combien d’√©v√©nements.”

 

1) ‘Charles Rogier, Li√©geois fut apr√®s 1830 gouverneur de la prvince d’Anvers.¬† ON lui offrit une maison √† St Josse “en gratitude pour tout ce qu’il avait fait en faveur des lettres et des arts flamands, √† Anvers.’

2) ‘Au XVIIe si√®cle, G√©rard Doufet, peintre li√©geos suit une formation dans l’atelier anversois de Rubnens.’

3) ‘Le Wallon Auguste Lambermont, diplomate, permit aux Anversois en 1863 de se lib√©rer des lourds droits de p√©age pr√©lev√©s par la Hollande sur les navires se rendant dans la m√©tropole de l’Escaut.’

4) ‘Au XIXe si√®cle, le romancier Camille Lemonnier et le juriste Edmond Picard ont une ascendance wallonne et flamande.’ (etc)

 

“On rep√®re sans cesse dans notre pass√© les interf√©rences les plus vari√©es entre Flamands et Wallons.¬† Refuser d’entenir compte, c’ est amputer arbitrairement l’histoire de la Flandre ou de la Wallonie d’apports originaux et d’√©changes fructueux.”

“Quel casse-t√™te pour nos mininationalistes que de d√©former le pass√© afinde l’enserrer dans le moule si √©troit de leur conception de l’histoire.”

 

Georges Chantraine, s.j., La nouvelle √©vang√©lisation: l‚Äô‚Äúexemple belge‚ÄĚ, LB 15/07/1988

 

‚ÄúSans le catholicisme – un catholicisme ouvert aux id√©es lib√©rales – la Belgique n‚Äôaurait pu se constituer.¬† Elle s‚Äôeffrite, au contraire, √† mesure que le catholicisme s‚Äôaffaiblit comme force religieuse et sociale.¬† La d√©sagr√©gation de l‚Äôunit√© belge aurait √©t√© impossible et impensable dans un pays o√Ļ le catholicisme serait demeur√© vivant.‚ÄĚ

 

Paul E. Raucq, Dr. Sc., membre de l’Acad. Roy. des Sciences d’Outre-Mer, BXL, LB 26/08/1988

 

‚ÄúPourquoi taire l’appartenance ancienne de Fouron au duch√© de Limbourg, comme la plus grande partie du plateau de Herve et le pays de Sprimont? …¬† L’ancienne capitale du duch√© est mieux connue actuellement sous le nom de Dolhain, par suite de cete nuance qu‚Äôont les Belges d‚Äôoublier leur histoire.‚ÄĚ

‚Äėdans les ‚ÄúD√©lices des Pays-Bas‚ÄĚ, sous-titr√© ‚ÄúDescription G√©ographique et Historique des XVIII provinces Belgiques‚ÄĚ (√©d. de 1769), paru une premi√®re fois sous la signature de J.-B. Chrystyn, chancelier de Brabant (mort en 1690), les Pays-bas n√©erlandais sont d√©crits comme ‚Äúprovinces Belgiques‚ÄĚ et la Principaut√© de Li√®ge, sans y √™tre incluse, fait l’objet de tout un chapitre (t.4, pp. 73-204), en y comprenant Stavelot-Malm√©dy, en raison du fait que ce pays est ‚Äúenclav√© dans les Pays-basn, avec lesquels il a un commerce consid√©rable‚ÄĚ, quoique faisant partie de la basse Allemagne.‚Äô

 

G. Samsoen de Gérard, M. Perin et la Wallonie introuvable, LB 18/07/1988

 

‚ÄúEst-il exceptionnel quele royaume de Belgique n’esxiste que depuis 1830?¬† M. Perin oublie-t-il (ou ignore-t-il?) que l’Etat allemand ne fut constitu√© qu’en 1871, sous la contrainte de Bismarck, par l’union de nombreux ryaumes, duch√©s et principaut√©s, que le royaume d’Italie ne vit le jour qu’en 1870, que la tch√©coslobaquie et la Yougoslavie ne furent cr√©√©s qu’en 1919 et qu’il fut un temps o√Ļ la bretagne, l’Aquitaine, la Provence et la Bourgogne ne faisaient partie du royaume de France?‚ÄĚ

 

Notre nom national à travers les siècles, in : LB, 23/10/1992

 

La conscience d’être belge en 1810 : un patriotisme en plein développement

 

Au temps de son annexion √† l’empire de Napol√©on, la Belgique comptait √† Courtrai, Anvers, Bruxelles et dans d’autres villes des ¬ę Soci√©t√©s de Lecture ¬Ľ. Compos√©es d’intel¬≠lectuels, d’artistes, de bour¬≠geois, elles poss√©daient de belles biblioth√®ques, organi¬≠saient des conf√©rences et se livraient √† des d√©bats d’id√©es.

MAIS EN 1810. Mais en 1810 para√ģt un pamphlet contre les Belges. Son titre : ¬ę Virgile en France ou la nou¬≠velle En√©ide, po√®me h√©ro√Įcomique ¬Ľ.

Dans ce texte plut√īt viru¬≠lent, nous lisons : ¬ę Les nobles belges d’aujourd’hui n’ont pas d√©g√©n√©r√© de leurs anc√™tres. Ils sont, en g√©n√©ral, ambitieux, ignorants, crasseux et crapu¬≠leux, incapables d’actions nobles et g√©n√©reuses; ils font aussi peu d’honneur √† leur rang qu’√† la nation ¬Ľ.

Les cur√©s belges encaissent aussi : ¬ę Le clerg√© √©tait jadis scandaleux, sans mŇďurs et sans science ¬Ľ.

Nous sommes tous des ignares, √† en croire le pam¬≠phl√©taire anonyme de 1810. Il √©crit : ¬ę Le peuple surtout en Belgique o√Ļ les arts et les sciences sont si peu estim√©s, o√Ļ la litt√©rature est si peu cultiv√©e, est ordinairement un juge inique et aveugle vis-√†-vis des productions qui portent l’empreinte d’un caract√®re de nouveaut√© et d’originalit√©. ¬Ľ

 

Pareil pav√© lanc√© dans la mare belge de l’√©poque suscita-t-il des r√©actions ?

Mais oui et surtout dans la ¬ę Soci√©t√© de Lecture ¬Ľ de Bru¬≠xelles.

En juin 1810 ses membres se r√©unirent pour entendre un de leurs administrateurs : Pierre Jean Brunelle. Celui-ci fit un discours des plus curieux et qu’√©dita aussit√īt, √† Bruxelles, l’imprimerie Flon, rue de la Puterie.

 

QUAND ON LIT… Quand on lit le discours de M. Bru¬≠nelle, on y d√©couvre l’intensit√© du patriotisme belge sous le r√©gime napol√©onien. Tr√®s exactement dix-huit fois, au fil de sa conf√©rence, l’orateur uti¬≠lise le nom de la Belgique et parle des Belges.

Il d√©clare qu’il va rappeler : ¬ę Les noms d’hommes c√©l√®bres qui ont honor√© notre commune Patrie ¬Ľ. S’en prenant au pam¬≠phl√©taire qui avait crach√© son m√©pris envers la noblesse belge, M. Brunelle dit que ces aristocrates : ¬ę Ont fond√© la plus industrieuse, la plus com¬≠mer√ßante, la plus riche r√©pu¬≠blique du monde : la Hol¬≠lande ¬Ľ. Et de faire l’√©loge des Nassau, des Brederode, des Egmont, des Hornes. A propos de ces derniers, M. Brunelle de dire : ¬ę Une larme tombera toujours des yeux d’un v√©ri¬≠table Belge au souvenir de ces deux vertueux citoyens ¬Ľ.

A propos de nos aristocrates, M. Brunelle a cette jolie for¬≠mule : ¬ę Ils n’avaient ni la mor¬≠gue de la noblesse du Nord, ni le luxe et l’esprit de d√©bauche des nobles de quelques nations voisines ¬Ľ.

Quant √† la pr√©tendue igno¬≠rance de notre noblesse, M. Brunelle la nie en citant avec √©loge les √©crits du Prince de Ligne, les travaux histo¬≠riques de Msr de Nelis, du comte de Saint G√©nois, du marquis de Chasteleer, auteur d’un ouvrage : ¬ę Sur les diff√©¬≠rentes migrations des Belges √† travers le monde ¬Ľ.

M. Brunelle souligne la va¬≠leur des Ňďuvres du comte de Nieuport, grand math√©mati¬≠cien et du baron de Poederl√©, un botaniste √©minent.

L’orateur ajoute : ¬ę Je crois pouvoir noter encore comme protectrices des sciences et des arts de Belgique, les illustres maisons d’Arenberg et d’Ursel. ¬Ľ

 

A PROPOS  DU  CLERGE.

M. Brunelle prend ainsi la d√©¬≠fense du clerg√© belge dont les √©v√™ques dit-il : ¬ę N’abandon¬≠naient pas leur troupeau pour aller mendier la faveur des ministres ou des souverains ¬Ľ.

Prouvant qu’il conna√ģt bien le pass√© religieux de son pays, M. Brunelle d√©clare : ¬ę Ce sont les devanciers de nos pr√™tres qui ont tir√© la Belgique de la barbarie. Ce sont eux qui ont fond√© les villes de Saint-Hu¬≠bert, Saint-Trond, Gembloux. Ils ont appris aux Belges le d√©frichement des terres et la science des Lettres ¬Ľ.

M. Brunelle décrit ensuite les mérites scientifiques et lit­téraires de plusieurs ecclésias­tiques.

 

PAS DE CRITIQUE BELGE ? Ce qui vexa surtout ce bon M. Brunelle ? La fa√ßon dont le pamphl√©taire anti¬≠belge d√©cr√©ta que nous √©tions visc√©ralement incultes. Pour r√©futer ce verdict si exp√©ditif, M. Brunelle dresse tout un bilan des arts et des lettres dans notre pays et il d√©clare que : ¬ę L’arbre de la science ne cessera pas de fleurir sur le sol fertile de la Belgique ¬Ľ.

Ce qui est aujourd’hui pas¬≠sionnant √† d√©couvrir ? La par¬≠faite connaissance que poss√®de en 1810, M. Brunelle de notre pass√© esth√©tique. Il cite nos peintres, nos graveurs, loue le talent de nos architectes MM. Dewez, Payen et Montoyer.

Il dit : ¬ę Les sculpteurs belges peuvent √™tre mis en pa¬≠rall√®le avec tous ceux des na¬≠tions modernes ¬Ľ. Il affirme que : ¬ę La musique brille en¬≠core dans une contr√©e qu’elle peut regarder comme son ber¬≠ceau¬Ľ.

Et d’√©voquer le talent du compositeur Gossec.

M. Brunelle nous rappelle que : ¬ę La Belgique vit aussi na√ģtre l’art typographique. Les Belges ont excell√© les premiers da|ns cet art introduit en Bra-baht par les Fr√®res de la Vie commune. Fr√©d√©rjc L√©onard n√© √† Bruxelles porta ses ta¬≠lents √† Paris dont il est cit√© comme un des plus c√©l√®bres imprimeurs ¬Ľ.

 

ET LES SCIENCES ? Ecou¬≠tons M. Brunelle : ¬ęApr√®s avoir parcouru le domaine des arts si nous portions nos pas vers celui des sciences, m√™mes mo¬≠tifs d’orgueil pour un Belge vraiment patriote ¬Ľ.

Les Belges se sont illustr√©s dans la m√©decine, la bota¬≠nique, la m√©canique, la phy¬≠sique et la chimie, de raconter, exemples √† l’appui M. Bru-neile. Il parle du chimiste bruxellois J.-B. Vanmons, membre de l’Institut de France et auteur de trait√©s remar¬≠quables.

Dans des m√©tiers comme la tapisserie, l’orf√®vrerie, la car¬≠rosserie : ¬ę Nous poss√©dons, dit l’orateur, des ouvriers compa¬≠rables aux meilleurs des autres nations ¬Ľ.

Ne n√©gligeant aucun do¬≠maine, M. Brunelle est pr√©cis : ¬ę Nous avons eu aussi des voyageurs renomm√©s. C’est √† Josse Rixi, de Gand, que la ville de Quito en Am√©rique doit le froment. C’est lui qui le premier fit des semis dans cette ville ¬Ľ. A l’appui de ces dires, M. Brunelle cite le grand explorateur allemand von Humboldt.

 

N’OUBLIANT PERSONNE. N’oubliant personne, M. Bru-1 nelle d√©clare : ¬ę Je vanterais Godefroid de Bouillon, Charles Quint, Guillaume et Maurice de Nassau, le comte d’Egmont. Je nommerais de nos jours Clerfait, Beaulieu, d’Aspremont, Vandamme, Dumon-ceau etc… ¬Ľ

Enfin, notre orateur de 1810 termine par cette constata¬≠tion : ¬ę La bienfaisance est la vertu caract√©ristique des Belges. La preuve en est dans ce nombre infini d’h√īpitaux, d’hospices, de fondations en tout genre qui couvrent le sol hospitalier de la Belgique ¬Ľ.

 

CONCLURE ? Que conclure du document que nous venons de r√©sumer sinon que le patriotisme belge fut bien ant√©rieur √† 1830, que nos a√Įeux avaient conscience d’appartenir √† une nation et qu’ils en √©taient fiers.

A Anvers, par exemple, le 7 d√©cembre 1809 fut chant√© cet impromptu dont je poss√®de le texte imprim√© √† l’√©poque :

¬ę Florissante et noble Bel¬≠gique

Enfin tu revois dans ton sein

De tes Chambres de Rhéto­rique

Rena√ģtre le brillant des¬≠tin ¬Ľ.

C’est √† Anvers encore qu’en 1809, on chantait un air com¬≠men√ßant par :

¬ę¬† Belgique √ī ma patrie

Enfin, je fus heureux… ¬Ľ.

Mais on aura beau produire des archives, accumuler les preuves et les plus irr√©fu¬≠tables, on trouvera toujours en Belgique, comme en 1810, des gens pour nier l’existence de leur pays.

Et d’autres pour les re¬≠mettre √† leur place, comme en 1810, mais oui…

 

Wallons, Flamands, mais surtout Belges

 

Posons-nous une question int√©ressante¬†: existait-il un sentiment national belge en Flandre et en Wallonie au temps o√Ļ nous √©tions devenus des d√©partements de l’Empire napol√©onien ?

Le 15 novembre 1807, un groupe d’√©crivains et d’√©rudits qui se r√©unissent √† Alost dans la ¬ę Soci√©t√© des Catherinistes ¬Ľ cr√©e un concours destin√© √† r√©¬≠compenser les jeunes auteurs qui auront compos√© les meil¬≠leurs po√®mes de 300 √† 500 vers sur les Belges et la Belgique. Un jury choisira les laur√©ats. Il est compos√© de membres de l’Acad√©mie fran√ßaise et pr√©¬≠sid√© par le comte Fran√ßois de Neufch√Ęteau. En 1810, para√ģt √©dit√© √† Gand par l’imprimeur De Goesin-Verhaeghe, le re¬≠cueil des Ňďuvres prim√©es sous le titre : ¬ę¬†Verzaemeling des Dichtwerken over de Belgen door het Aloude Gilden van Dicht et Toneelkunde Gezegd de Chatharinisten en Aelst¬Ľ.

A qui nos ¬ę Catherinistes¬†¬Ľ ont-ils octroy√© les prix ? A Phi¬≠lippe Lesbroussart, Adrien J.J. Lemayeur et P. Benau, tous trois laur√©ats pour la langue fran√ßaise. Trois prix r√©com¬≠pens√®rent les jeunes po√®tes flamands P.J. de Borchgrave, David de Simpel et A. E. Van den Poel.¬†¬†

 

Lorsqu’on lit les vers de ces auteurs, on y d√©couvre non sans √©motion un sens tr√®s vif, tr√®s profond de la patrie belge. Deux ans plus tard, en 1812, para√ģt d’ailleurs, chez la veuve Lemaire √† Bruxelles, une nou¬≠velle Ňďuvre d’un des laur√©ats du concours de 1810, Adrien

le titre d√©finit aussi longue¬≠ment que parfaitement le contenu : ¬ę Les Belges¬†: po√®me contenant le pr√©cis de leur his¬≠toire, l’exposition de leurs progr√®s dans les arts et les sciences, le tableau de leur g√©¬≠nie et de leurs mŇďurs depuis l’origine de la nation jusqu’√† nos jours. Ouvrage accom¬≠pagn√© de remarques histo¬≠riques tir√©es des meilleurs au¬≠teurs ¬Ľ.

Mais d√®s 1807 avait paru en sept volumes chez l’√©diteur P.J. De Mat un ouvrage beau¬≠coup plus important que les po√®mes dont nous avons parl√©. Il s’agit de F¬ę Histoire g√©n√©rale de la Belgique depuis la conqu√™te de C√©sar¬Ľ. Son au¬≠teur ? Le Namurois Louis Dewez qui avait √©t√© professeur au coll√®ge de Nivelles, magistrat, sous-pr√©fet de l’arrondisse¬≠ment de Saint-Hubert. Louis Dewez et son Ňďuvre illustrent une √©vidence : la persistance du sentiment qu’√©prouvent les Belges d’appartenir √† une na¬≠tion alors qu’on pourrait ima¬≠giner qu’amalgam√©s au vaste empire napol√©onien, ils ont perdu toute originalit√© propre et jusqu’au souvenir de celle-ci. Il n’en est rien et le succ√®s de librairie remport√© par l’¬ę Histoire de Belgique ¬Ľ de Louis Dewez en t√©moignera. Faut-il souligner que d√©jeunes po√®tes flamands c√©l√©br√®rent le pass√© des Belges et qu’un √©rudit wallon raconte leurs ex¬≠ploits depuis la guerre des Gaules.

 

Un aperçu de notre multiséculaire identité belge

 

Une certaine confusion et m√™me une confusion certaine r√®gnent dans l’opinion publique √† propos de notre nom de ¬ę Belges¬†¬Ľ, de son usage jadis, et de l’emploi qu’en peuvent ou non faire les historiens. Les meilleurs d’entre¬†¬†¬† eux, les plus grands : Godefroid Kurth, L√©on Van der Es sen, Charles Terlinden, Henri¬†¬†¬† Pirenne se sont int√©ress√©s au¬†¬†¬† probl√®me et publi√®rent √† ce¬†¬†¬† propos des essais et des pages¬†¬†¬† solidement √©tay√©es. Ces histo riens sont unanimes √† consta-¬†¬†¬† ter qu’avec celui des Grecs¬†¬†¬† notre nom national est le plus¬†¬†¬† d’Europe, car il est lar-¬†¬†¬† gement ant√©rieur √† l’√®re chr√©- tienne.

Jules C√©sar et Tacite par- lent des Belges. Tacite √©crit : ¬ę Belgae Galorum robur¬Ľ: “Les Belges sont l’√©nergie des¬†¬†¬†¬†¬† Gaulois ¬Ľ. Notre nom s’¬ę¬†offi¬†¬†¬† cialise ¬Ľ dans le cadre de l’Em¬†¬†¬† pire romain, o√Ļ sont cr√©√©es¬†¬†¬† deux provinces : la Belgica¬†¬†¬† prima et la Belgica secunda.¬†¬†¬† Ainsi que le souligne bien Go defroid Kurth : ¬ę Belgica est √†¬† proprement parler un adjectif devant¬† lequel il faut sous-entendre un mot comme provincia au comme Gallia. On disait la Belgique pour lui dire la Gaule belgique comme on disait la Lyonnaise ou la Narbonnaise pour d√©signer la partie de la Gaule dont Lyon et Narbonne √©taient les m√©tropoles.¬†¬Ľ

Apr√®s l’√©croulement de l’Empire romain et au cours des si√®cles qui suivirent, on d√©signa notre territoire actuel sous les vocables les plus vari√©s : Francia Antiqua, Lothringen et sous la plume des √©rudits : Lotharienses, les gens du Lothier. Dans les chansons de ancien geste nous sommes le pays d’Avalois.

Sous les ducs de Bourgogne, qui unifient nos r√©gions, nous devenons les ¬ępays de parde√ß√†¬Ľ mais Charles le T√©m√© raire parle de son royaume de Bourgogne et on nous d√©signe sous le nom de Bourguignons. Ce qualificatif persistera longtemps, puisqu’on trouve au XVIe si√®cle, dans une chanson belge sur la bataille de Pavie ce vers: ¬ę Quantefois sont vaincus par Bourguignons, les Francillons ¬Ľ.

 

 

Emplois courants du mot ¬ę belge ¬Ľ

 

Au XVIIe si√®cle, l’amiral anversois de la Compagnie hollandaise des Indes, Pieter van den Broeck fonde aux √ģles Moluques des comptoirs et pour les prot√©ger il fait b√Ętir un fort qu’il baptise ¬ę Belgica ¬Ľ.

A la m√™me √©poque, le po√®te Vondel publie une trag√©die dont l’h√©ro√Įne qu’il nomme Belgica s’oppose √† Philippe II.

En 1739, para√ģt chez l’√©di¬≠teur Poppens √† Bruxelles, en deux tomes de 590 pages cha¬≠cun, un “Dictionnaire des Belges illustres ¬Ľ, r√©dig√© en la¬≠tin. L’auteur de cet ouvrage, Jean Fran√ßois Foppens, dans la d√©dicace de son livre √† l’ar¬≠chev√™que de Malines emploie cinq fois les termes : Belgia, Belgica, Belgii.

La pr√©face du dictionnaire porte ce titre que je traduis du latin : ¬ęAu lecteur bienveillant et amateur de l’√©rudition belge ¬Ľ.

Dans sa pr√©face, Jean-Fran¬≠√ßois Foppens √©crit en 1739: ¬ę Notre Belgique fut la m√®re f√©conde de grands g√©nies et d’√©rudits qui ont acquis une r√©putation m√©rit√©e dans la r√©¬≠publique des Lettres¬†¬Ľ.

J’insiste : Jean-Fran√ßois Foppens use en latin, des mots : “Belgica nostra” (notre Belgique).

On en d√©duit que cette ex¬≠pression √©tait courante √† l’√©poque, pr√®s d’un si√®cle avant notre ind√©pendance de 1830.

 

Enfin, l’√©diteur du ¬ę Diction¬≠naire des Belges illustres n’aurait pas pris le risque de le publier sous ce titre s’il n’avait pas eu conscience que cet ou¬≠vrage allait rencontrer un large √©cho dans un public au¬≠quel le nom de Belge √©tait familier.

On nous dira ptut-√™tre, que l’usage de termes latins pour d√©signer la Belgique se limi¬≠tait √† des cercles tr√®s res¬≠treints d’√©rudits. C’est oublier qu’au XVIIe si√®cle comme au XVIIIe si√®cle le latin √©tait beaucoup plus r√©pandu qu’au¬≠jourd’hui parmi les avocats, les juristes, les m√©decins et le clerg√© tant s√©culier que r√©gu¬≠lier.

Au XVIe si√®cle, par exemple, c’est en latin que le c√©l√®bre m√©decin bruxellois Andr√© V√©-sale publia son grand trait√© d’anatomie √† l’usage du corps m√©dical.

Comment Charles Quint et Philippe II nous nommeront-ils officiellement? ¬ęNos pays d’en-bas ¬Ľ. Ce terme passe alors dans la langue diploma¬≠tique sous le nom de Pays-Bas, qui demeurera officiellement le n√ītre jusqu’en 1794. Quand la Hollande s’√©tait s√©par√©e de nous en 1579 elle avait pris le nom de Provinces-Unies. Mais les choses ne sont pas aussi simples que d’aucuns se l’ima ginent aujourd’hui. En effet, au XVIIe si√®cle, un √©rudit belge, le p√®re Boucher, qui signe Bucherius √©crit: ¬ę Flandre est le nom donn√© par les Fran√ßais, par les Italiens et par presque tous les √©trangers aux Etats de la maison de Bourgogne dans les Pays-Bas, les d√©signant ainsi par le nom de leur province principale

En 1549 d’ailleurs, le chroni¬≠queur espagnol Calvette de Estrella, racontant le voyage aux Pays-Bas du prince Philippe, le futur Philippe II, √©crit que Luxembourg fut ¬ę la pre¬≠mi√®re ville de Flandre¬Ľ o√Ļ l I royaume, fils de Charles Quint fit son entr√©e. Et d’ajouter : ¬ę¬†A Namur, le Prince fut re√ßu avec le c√©r√©monial usit√© dans tous les Etats de Flandre ¬Ľ. Mais le P. Boucher nous apporte, au XVIIe si√®cle, de curieuses pr√©¬≠cisions : ¬ę Le Belgium est cette partie ancienne du domaine bourguignon de la maison d’Autriche que les Fran√ßais et les Italiens appellent la Flandre¬Ľ. Et le P. Boucher d’ajouter ces lignes impor¬≠tantes : ” Nous, les gens du pays, nous attribuons au mot Flandre une acception beau¬≠coup plus restreinte, car nous la limitons au seul comt√© de ce nom, qui repr√©sente √† peine la cinqui√®me de la Belgique. ¬Ľ

 

Donc, le P. Boucher emploie le terme Belgique, exactement comme Pierre-Paul Rubens, en ce XVIIe si√®cle, l’utilisera dans sa correspondance pour d√©si¬≠gner nos provinces. Le 10 jan¬≠vier 1790, les d√©put√©s de nos √©tats g√©n√©raux, apr√®s le succ√®s de la r√©volution braban√ßonne, votent une loi qui donne √† notre pays le nom de ¬ęR√©pu¬≠blique des Etats belgiques unis ¬Ľ.

Pourquoi ¬ę belgiques ¬Ľ et non bourguignons ou tout simple¬≠ment “R√©publique des Pays-Bas ? ¬Ľ C’est une √©nigme assez singuli√®re, qui vaut la peine d’√™tre scrut√©e. Quand disparu¬≠rent, avec l’Empire romain au Ve si√®cle la Belgica prima et la Belgica secunda, ces deux pro¬≠vinces imp√©riales, l’Eglise garda la terminologie romaine. Un exemple : la province eccl√©¬≠siastique de Reims se nomme Belgica secunda. Des moines et des √©rudits comme Gr√©goire de Tours, Paul Diacre, Pru¬≠dence de Troye et Sigebert de Gembloux utilisent le terme Belgica pour d√©signer nos r√©¬≠gions-. Comme l’a d√©couvert Godefroid Kurth : ¬ę Sous leur plume, le nom de Belgica se pr√©sente d√©j√† avec une accep¬≠tion tout √† fait moderne comme celui d’un pays parfaitement distinct de la France et de l’Allemagne ¬Ľ.

 

Au Xlle si√®cle, l’auteur de la Vie d’Adalb√©ron de Tr√™ves cite les √©v√™ques de Germaniae, Belgicae, Franciae, Angliae, ainsi que nous le ferions au¬≠jourd’hui ! Si on feuillette la chronique m√©di√©vale de Fran¬≠√ßais Richer, on y lit textuelle¬≠ment ceci : ¬ęApr√®s la mort du roi Lothaire, les Belges purent respirer ¬Ľ.

√ąt c’est encore du terme de ¬ę Belges ¬Ľ qu’usent des auteurs allemands comme le vieil Othon de Freyssingen et le biographe de la reine Mathilde pour d√©signer, au Moyen Age, les habitants de notre actuel royaume.

A la¬† Renaissance, nombre d’√©crivains et d’√©rudits nous qualifient de Belges. Auteur d’un po√®me sur la destruction de Li√®ge par le T√©m√©raire en 1468, l’Italien Ange de Viterbe √©crit : ¬ę Urbs Leodina fuit Leodis de nomina r√©gis Maxima Belgarum ¬Ľ. Il est int√©ressant de constater que cet Italien englobe d√©j√† Li√®ge dans la Bel¬≠gique…

 

Mais voici, avec leur date de parution, une liste de livres o√Ļ le mot ¬ę belge ¬Ľ ou ¬ę Belgique ¬Ľ figure en bonne place :

Divaeus, de Galliae Belgicae antiquit abus, 1564.

Sexagius, Orthographia linguae belgicae, 1576.

Pontus Heuterus, Rerum Belgicarum Libri XV, 1598.

Miraeius, Elogia illustrium Belgii scriptorum, 1602.

Grotius, Annales et historiae de regis belgicis, 1609.

Locrius, Chronicum belgicum, 1616.

Valerius Andréas, Bibliotheca belgica, 1623.

Erycius, Historiae belgicae, Liber unus, 1656.

J’ai relay√© tr√®s exactement vingt et un ouvrages, parus entre 1564 et 1656, dont le titre contient le nom ou l’adjec¬≠tif Belgique.

 

Quand, dans les orages et les tumultes du XVIe si√®cle, les Pays-Bas du nord ralli√©s √† la R√©forme se s√©parent de ceux du sud, donc de l’actuelle Bel¬≠gique, ils prennent d’abord le nom de Foederatum Belgium avant de s’appeler Provinces-Unies. Au XVIIe si√®cle, la carte d’Am√©rique o√Ļ figurent les premi√®res colonies belges, porte le nom de Novum Belgium.

 

Mais, d√®s le d√©but de ce XVIIe si√®cle, ainsi que le souli¬≠gnent si judicieusement Godefroid Kurth et apr√®s lui d’autres historiens, l’av√®ne¬≠ment des archiducs Albert et Isabelle nous assure d√©finiti¬≠vement le nom de Belges. Dans tous les documents qui le concernent, l’archiduc est d√©¬≠sign√© tel le Belgarum princeps, le prince des Belges, Godefroid Kurth √©crit : “Les humanistes hollandais, Grotius, pat-exemple, qui aimait parler de Belges √©mancip√©s et de Belges rest√©s sous l’autorit√© de l’Es¬≠pagne, nous abandonn√®rent le nom autrefois commun aux deux peuples et r√©crirent pour eux celui de Bataves “. Sait-on que les grands dramaturges anglais Marlowe et Shakespeare utilisaient cou¬≠ramment le mot Belgia pour d√©signer notre pays ? Dans Ed¬≠ward the Second, Marlowe fait dire √† la reine Isabelle : ” Our kindest friends in Belgia we have left ¬Ľ. Et dans Henri IV de Shakespeare on trouve ces vers :

 

¬ę What¬† counsels, sir ? Ed¬≠ward from Belgia

With hasty Germans and blunt Hollanders

Hath passed in safety through the narrow seas ¬Ľ.

 

En 1598, le poète Jean Polit rédige ces vers :

 

” Charles, duc bourguignon, comte charolais

Et l’onzi√®me Louis, puis¬≠sant roi des Fran√ßais,

Secondés du pouvoir de toute la Belgie

Et des forces de France, ensemble de furie

Coururent l’un de peur, l’autre d’ire incit√©,

Assaillir des Li√©geois la su¬≠perbe cit√© ¬Ľ.

 

Jean Polit n’est pas le seul √† utiliser le nom Belgie. On le retrouve dans les Ňďuvres de Remacle Mohy de Ronchamp et dans plusieurs textes du XVIIe si√®cle.

 

En 1628, un Li√©geois, M. du Cornet, publie l’Histoire g√©n√©¬≠rale de Savoie, de Boh√™me et du Palatinat. Il d√©die son livre ; ¬ę aux Belgois ¬Ľ et il √©crit : ¬ę Ln Belge est un grand pays entre la¬† France, l’Allemagne et la mer oc√©ane. Ses principales ri¬≠vi√®res sont le Rhin, l‚ÄôIsel, le Walle, la Meuse, l’Escaut,¬† la¬† Lys et la Sombre. Elle est r√©partie en deux r√©gions presque √©gales, √† savoir la Belge wallonne et la Belge allemande ou¬† flamande, selon d’aucuns ¬Ľ.¬† Trente ans avant le livre de M.¬† du¬† Cornet,¬† avait paru¬† √† Anvers, en¬† 1598, un ¬ęPo√®me pour la paix de In Belgique ¬Ľ et, en 1604 est imprim√©e un livre : ¬ę Miroir de l’union Belgique ¬Ľ. Plus tard, en 1761, l’√©crivain Paquot √©dite les “Annales Belgiques ¬Ľ et j’y lis : ¬ę¬†La Belgique qui pendant trois cents ans a √©t√© le th√©√Ętre de tant de guerres sanglantes… ¬Ľ

 

En 1772, l’Acad√©mie Tond√©e √† Bruxelles par l’imp√©ratrice Marie-Th√©r√®se pose √† nos √©rudits la question suivante : ¬ę Quels √©taient l’habillement, le langage, l’√©tat de l’agricul¬≠ture, du commerce, des arts et des lettres chez les peuples de la Belgique avant le Vile si√®cle ? ¬Ľ

 

En 1779, mon a√Įeul, Joseph G√©rard, secr√©taire de cette Acad√©mie, faisait √† ses coll√®¬≠gues une communication inti¬≠tul√©e :¬†¬ę¬† De la mani√®re de pu¬≠blier les historiens qui peuvent utiliser l’histoire de Belgique ¬Ľ.

 

Le pol√©miste Feller, au XVIIIe si√®cle, parle de ¬ę Bru¬≠xelles, cette capitale de la Bel¬≠gique ¬Ľ. Les √©v√™ques √† la m√™me √©poque, √©voquent dans leurs lettres pastorales : ¬ę¬†L’Eglise Belgique ¬Ľ. Un journal para√ģt qui porte le titre de ¬ę L’Ami des Belges ¬Ľ.

 

L’essayiste Desroche em¬≠ploie sans cesse les termes ¬ę histoire belgique ¬Ľ ou ¬ę litt√©¬≠rature belgique ¬Ľ.

 

Le g√©n√©ral Vandermeersch, qui organise nos troupes en 1789, contre les Autrichiens, est surnomm√© dans la presse : le ¬ę Washington belgique ¬Ľ.

Voil√† pourquoi et comment, en 1790, √©tait tout naturel le choix de notre nom officiel : les ¬ę Etats belgiques unis ¬Ľ.

 

La persistance du sentiment national, de l’appartenance √† un pays qu’on avait appel√© la Belgie, la Belge, les Etats bel¬≠giques √©tait r√©elle et profonde. En 1816, para√ģt, r√©dig√© par M. Rapsaet, le ¬ę Journal des s√©ances de la Commission qui a √©t√© charg√©e par le Roi en 1815 de r√©diger un projet de consti¬≠tution pour le royaume des Pays-Bas ¬Ľ.

Et Rapsaet d’√©crire, qua¬≠torze ans avant 1830: ¬ę Nous souhaitons un prince √©lev√© dans les principes de la libert√© belgique, entour√© de conseillers du pays, demeurant au milieu de ses sujets, commandant une arm√©e de Belges, garantie contre toute suj√©tion √©trang√®re: un prince, belge enfin ne peut se pr√©senter avec plus de beaux titres aux Belges ¬Ľ.

On s’en aper√ßoit, notre nom national ne date nullement de 1830.

 

Paul Vaute, Redécouvrir la Belgique baroque des Archiducs, LB 17/09/1998

 

Exposition à Bruxelles

‚ÄúQuand la Cour de Bruxelles donnait le ton √† l‚ÄôEurope‚ÄĚ

‚ÄúA ceux qui croiraient encore que notre histoire commence en 1830, on recommandera des gravures telles que le Leo belgicus d√©di√© par Claes jansz Visscher √† la Tr√™ve de douze ans, ou celle de Johannes Sadeler c√©l√©brant le Vindex Belgii, le ‚Äúsauveur de la belgique‚ÄĚ, ou encore les brochures reprenant les √©loges fun√®bres d‚ÄôAlbert ‚ÄúBelgarum Principis‚ÄĚ…

 

Henri Deleersnijder, Les raisons de la colère, in : Le carnet et les Instants, 115, 2000, p. 70-71

 

A propos de¬†: Jean Stengers, Histoire du sentiment national en Belgique des origines √† 1918, TI, Les racines de la Belgique, Jusqu’√† la r√©volution de 1830, BXL, racine, 2000

 

Selon l‚Äôauteur, cet ouvrage est n√© d‚Äôun mouvement de col√®re devant ¬ę¬†l‚Äô√©normit√© des b√™tises¬†¬Ľ √©crites ici et l√† √† propos des fondements historiques de la nationalit√© belge. Quelques-unes sont rappel√©es, d√®s l‚Äôintroduction¬†: la Belgique est ¬ę¬†dans un certain sens, un Etat sans √Ęme¬†¬Ľ, o√Ļ une ¬ę¬†conscience nationale n‚Äôest apparue que sporadiquement¬†¬Ľ (Luc Huyse, in¬†: De Morgen, 7/12/95)¬†; elle ¬ę¬†n‚Äôa √©t√© vraiment une nation que pour une frange assez faible de sa population¬†¬Ľ (Claude Javeau, in¬†: Le Soir, 14/3/98)¬†; elle est ¬ę¬†n√©e gr√Ęce √† la r√©sistance de quelques hommes en vie par l‚Äôapathie de beaucoup¬†¬Ľ (Derk Jan Eppink, in¬†: De Standaard, 22/7/95)¬†; elle a une histoire ¬ę¬†assez r√©duite¬†: qu‚Äôet-ce que c‚Äôest 150 ans¬†?¬†¬Ľ (interview de Luc Rosenzweig, anc. coredspondant du Monde en Belgique, in¬†: Le Soir illustr√©, 10/3/99)¬†; elle ¬ę¬†a √©t√© inflig√©e aux Wallons et aux Flamands par les autres¬†¬Ľ (interview d‚ÄôHugo Claus in¬†: Le Monde, 28/10/97). (p.70)

 

Selon Jean Stengers, professeur e.r. √† l’ULB, une multitude de sources permette sans h√©siter d‚Äôaffirmer qu‚Äôun sentiment national belge a bel et bien exist√©, et ce d√®s la r√©volution braban√ßonne de 1789. Cette r√©volution belge va d√©boucher sur l‚Äôind√©pendance d‚Äôun pays qui est d√©j√†, au plein sens du terme, la Belgique. Ses habitants, se disant ¬ę¬†Belges¬†¬Ľ, elle pr√©figure la Belgique de 1830, tant du point de vue territorial qu‚Äôen ce qui regarde le sentiment national. Du reste, l‚ÄôEtat temporaire cr√©√© en 1790 par les partisans de Vonck et de van der Noot portera le nom symptomatique d‚ÄôEtats Belgiques-Unis¬†: le vent d‚ÄôAm√©rique avait donc inspir√© une r√©volution qui se terminera cependant par un lamentable fiasco.

 

(p.70) Certains vont rétorquer que cette façon de considérer la révolution brabançonne comme l’événement fondateur de l’identité belge fait fi de la principauté de Liège, laquelle présentait tout de même un tiers de la Belgique actuelle.

Objection √† laquelle l‚Äôauteur r√©pond en faisant valoir qu‚Äôen 1643, lorsque Louis XIV succ√®de √† son p√®re, le futur Hexagone ¬ę¬†ne comrpend ni Arras, ni Lille, ni Strasbourg, ni la Lorraine, ni la Franche-Comt√©, ni la Savoie, pas plus qu‚ÄôAvignon, Nice ou Perpignan.¬†¬Ľ Est-ce une raison suffisante pour affirmer que le pays √† la t√™te duquel succ√®de le Roi-Soleil ne peut r√©pondre du nom de ¬ę¬†France¬†¬Ľ¬†?

 

Krug Georges s.j., Ils revendiquent leur ignorance!, LB 04/08/2001

 

Les “histoires belges”, au sens le plus d√©solant de ces termes, reviennent trop souvent √† l’ordre du jour…

Les habitants des communes “√† facilit√©s” de la p√©riph√©rie de Bruxelles ne s’inspireraient-ils pas, tr√®s heureusement, de la sagesse de leurs compatriotes francophones diss√©min√©s √† plusieurs endroits de la r√©gion flamande de notre pays ? Leur r√®gle de conduite est celle-ci : “Adaptation ? Oui. Int√©gration ? Oui ! Assimilation? Non!” Ils se sont fait un point d’honneur d’admirer et de parler le n√©erlandais plus correctement et plus √©l√©gamment qu’un bon nombre de n√©erlandophones.

 

Et c’est ce qui am√®ne pr√©cis√©ment ceux-ci √† les accueillir avec la plus exquise bienveillance. La seule chose qu’avec raison ils ne tol√®rent pas c’est le m√©pris et l’arrogance.

N’est-on pas in√©luctablement amen√© √† d√©plorer pareille attitude hautaine dans l’ignorance persistante du n√©erlandais dont se r√©clament, depuis plusieurs d√©cennies, les habitants de la p√©riph√©rie bruxelloise ? Quelle sorte de grandeur d’√Ęme ou de largeur de vues peut-on d√©celer dans la revendication affich√©e d’une ignorance ? S’ils daignaient faire l’effort d’apprendre la langue de la r√©gion o√Ļ ils vivent, en quoi leur adh√©sion √† la francophonie, leur attachement √† la langue fran√ßaise, en seraient-ils alt√©r√©s ou diminu√©s ? Cette option culturelle est du ressort de leur vie priv√©e, tout comme le choix de leur religion, de leur conjoint ou des pr√©noms de leurs enfants. Mais, pour ce qui concerne leur vie associative, quel sens et quelle valeur peut-on encore accorder, apr√®s tant et tant d’ann√©es de s√©jour en une r√©gion h√©t√©rophone, √† l’exigence d’un brevet officiel et l√©gal d’incapacit√© linguistique ? Qui peut douter du fait qu’il ne s’agit ici de rien d’autre que d’un manque de civisme belge? ….

 

Faut-il, d√®s lors, abolir les “facilit√©s” ? Nullement. Elles sont b√©tonn√©es dans la Constitution. Il suffirait d’apporter sagesse et mod√©ration avant que, tout naturellement, elles deviennent obsol√®tes.

 

Paul Vaute, Le testament belge de Jean Stengers, LB 15/10/2002

 

¬ę¬†Il n‚Äôy a rien, dans l‚Äôhistoire de la Belgique jusqu‚Äôen 1914, qui permette de d√©celer l‚Äôexistence de deux peuples. N‚Äôexiste qu‚Äôun seul vouloir-vivre ensemble¬†‚Äď constitutif de la nation selon Renan –¬†: celui des Belges.¬†¬Ľ

¬ę¬†Comme il l‚Äôa dit lui-m√™me, rel√®ve Eliane Gubin /sa collaboratrice √† l‚ÄôULB/, son ouvrage r√©sulte d‚Äôun mouvement de col√®re devant le nombre d‚Äô√©normit√©s et de b√™tises qui s‚Äô√©crivent aujourd‚Äôhui sur la nationalit√© belge.¬†¬Ľ

Ainsi, ¬ę¬†l‚Äôant√©riorit√© de l‚Äôidentit√© belge sur les identit√©s flamande et wallonne est imparable.¬†¬Ľ

Ce n’est qu’après la Grande Guerre que des cercles restreints se radicaliseront et que le contentieux Nord-Sud s’installera durablement dans l’agenda politique.

 

Jean Stengers et Eliane Gubin¬†: Histoire du sentiment national en Belgique des origines √† 1918, t.2,¬†: ¬ę¬†Le grand si√®cle de la nationalit√© belge¬†¬Ľ, √©d. Racine, 240 pp., 22.95 euros.

 

Paul Vaute, La Belgique avant l’Etat belge, LB 04/05/2004

 

Sébastien Dubois (archiviste aux Archives de l’Etat à Liège) :

¬ę¬†En 1814-1815, les p√©titions li√©geoises demanderont √† suivre le m√™me sort que la Belgique. La br√®ve tentative de l’ancien prince-√©v√™que de M√©an de restaurer la principaut√© restera sans lendemain.”

Chemin faisant, S√©bastien Dubois s’est trouv√© on ne peut plus en phase avec feu Jean Stengers, lequel ne lui mesura d’ailleurs pas ses encouragements.

Le professeur √©m√©rite √† l’ULB avait, on s’en souvient, lui-m√™me remis l’ouvrage sur le m√©tier pour publier les deux volumes de son “Histoire du sentiment national en Belgique” (Racine, 2000 et 2002). Deux livres qui ne relevaient nullement du militantisme unitariste – le pr√©sent n’y √©tait pas abord√© – mais qui collaient¬† un z√©ro point√© √† nombre d’auteurs de perles, illustres ou non : du sociologue Claude Javeau d√©clarant que “la Belgique n’a √©t√© vraiment une nation que pour une frange assez faible de sa population” au g√©n√©ral de Gaulle voyant

dans notre pays une “association contre nature impos√©e par les Anglais”, de ce ministre-Pr√©sident de l’ex√©cutif flamand d√©cr√©tant que “la Flandre existe depuis des si√®cles, la Belgique depuis un si√®cle et demi” √† cet ancien correspondant du “Monde” √† Bruxelles recopiant sans contr√īle que la vie commune des Belges se r√©duit √† “150 ans”… Evidemment, la liste est longue !

 

Et pourtant, nul besoin d’√™tre grand clerc pour comprendre, entre autres, que quand les r√©volutionnaires de 1790 proclament les “Etats belgiques unis”, l’expression ne tombe √©videmnment pas du ciel. H√©ritier de la g√©ographie antique dont les cadres √©taient forc√©ment vagues, le mot “Belgique” a repris vigueur d√®s la Renaissance

pour d√©signer l’ensemble des comt√©s, duch√©s, seigneuries‚Ķ rassembl√© par les ducs de Bourgogne. Lui sont apliqu√©s les noms latins de ¬ę¬†Belgium¬†¬Ľ et ¬ę¬†Belgica‚Äô, traduits en fran√ßais par ¬ę¬†Belgique¬†¬Ľ ou par ¬ę¬†Pays-Bas¬†¬Ľ en n√©erlandais pa ¬ę¬†Nederland(en)¬†¬Ľ.

 

(‚Ķ) Il reste que dans l’acception g√©ographique qui leur est donn√©e aujourd’hui, les mots “Flandre” et “Wallonie” ne remontent gu√®re au-del√† du milieu du XIXe si√®cle.

(‚Ķ) La mani√®re dont le pass√© natIonal est enseign√© fournit, elle aussi, ample moisson de pi√®ces √† conviction. “La r√©forme des √©tudes de 1777 rend obligatoire un cours d”‘histoire nationale belgique” dans tous les coll√®ges. Parmi les questions d’exarmen, par exemnple, on demande quand est n√© l’Etat belgique et la r√©ponse √† fournir est¬†: au XVe si√®cle. On dit aussi d√©j√† √† cette √©poque que la Grand-Place de Bruxelles est la plus belle du monde!” Et les √©l√®ves d√©clament depuis belle 1urette le c√©l√®bre “fortissimni sunt Belgae” de C√©sar, m√™me si¬† la population concern√©e par ce jugement flatteur n’occupait pas exactement l’espace belge ult√©rieur.

Formellement, pourtant, les Pays-Bas m√©ridionaux sont alors autrichiens. Mais techniquement, ils constituent bien un Etat s√©par√©, avec son gouverneur g√©n√©ral et avec sa cour consid√©r√©e comme souveraine. D’o√Ļ le contenu

des manuels, “Vienne ne cherche pas √† contrecarrer l’id√©e de Belgique. Il en ira tout autrement sous le r√©gime fran√ßais.”

 

(…) Les résistances aux intendants de Louis XIV envoyés dans de nombreux villages flamands, namurois et luxembourgeois pour contraindre leurs habitants à faire allégeance au Roi-Soleil en témoignent éloquemment. Et dans les tourmentes des années 1780-1830, quand à plusieurs reprises le souverain est déchu, on (re)devient naturellement patriote belge.

Ni sous le r√©gime fran√ßais, ni sous le hollandais, ces perceptions ne changent radicalement. “Sous le Directoire, il y a une v√©ritable proscription. On parle de la “ci-devant Belgique” ou des “ci-devant Li√©geois”. Quand quelqu’un veut lancer √† Gand une “Gazet van Belgi√ę”, on le lui interdit parce que le mot rappelle l’Ancien R√©gime. Mais apr√®s 1800, le r√©gime devient plus souple. Les mots “Belge” et “Belgique” seront admis et utilis√©s m√™me par les autorit√©s, par les pr√©fets.”

 

A l’heure de La Haye, tol√©rance identique : “Belge” ou “Belgique” et “Nederlander” ou “Nederlanden” sont officiellement interchangeables alors que la pratique, influenc√©e par la volont√© de se diff√©rencier du Nord, fait nettement pencher la balance en faveur des deux premiers termes.

Rien d’√©tonnant, dans ces conditions, si les aspirations patriotiques de 1830 r√©it√®rent en fait celles de 1789. “On a parfois l’impression, au d√©but des Journ√©es de Septembre √† Bruxelles, que certains sont all√©s rechercher leurs

insignes et leurs drapeaux de la R√©volution braban√ßonne. Louis Dewez, qui a v√©cu 1789, en a parl√© dans son “Histoire de la Belgique”, parue en 1805-1807, comme d’une premi√®re r√©volution pour l’ind√©pendance.”Et dans les couloirs du Congr√®s national, le patriote Jean-Joseph Raepsaet, n√© sous le r√®gne de Marie-Th√©r√®se, brandit la Joyeuse Entr√©e de Brabant…

La langue ? Elle n’appara√ģt pas comme un crit√®re d√©cisif √† l’aube du XIXe si√®cle. “Les Etats- Unis parlent anglais alors qu’ils ont mis les Anglais dehors. Les Autrichiens parlent allemand sans pour autant vouloir se fondre dans une nation allemande, On doit aussi se souvenir que la langue populaire varie d’un lieu √† l’autre. J’ai trouv√© notamment le r√©cit d’un voyageur fran√ßais, au XVIIIe si√®cle, qui se rend √† Mons. Il √©crit : “Je suis en Belgique, tout le monde parle flamand ici”! comprenez qu’il a entendu parler un patois qu’il ne conna√ģt

pas. Quand des voyageurs lettr√©s arrivent dans un village, ils cherchent aussit√īt le cur√© parce qu’avec lui, ils pourront au moins s’entretenir en latin.”

La lecture de S√©bastien Dubois dissipera donc les derniers doutes, s’il y en avait encore. La R√©volution de 1830

 

s’est faite au nom des Belges, de la Belgique, des droits des Belges… et ces notions disposaient d√©j√†, √† l’√©poque, d’une solide ant√©riorit√©. La th√©orie de la Belgique-cr√©ation-artificielle-des-grandes-puissances n’a jamais tenu la route :¬† ce que les couronnes d’Europe avaient voulu et d√©cid√© au congr√®s de Vienne, ce n’√©tait pas l’ind√©pendance belge de 1830 mais l’amalgame belgo-n√©erlandais de 1814. Celui-l√† m√™me que devait balayer une conscience nationale assez forte pour qu’un air d’op√©ra et quelques √©meutiers suffisent √† la r√©veiller.

 

Christian Laporte, La Belgique a existé avant la Belgique, LB 30/04/2005

 

Pour S√©bastien Dubois, la Belgique n’est pas une “anomalie de l’Histoire”.

√Ä partir de 1648, ont √©merg√© les conditions structurelles de l’√Čtat-nation.

 

La d√©marche est purement historique. Et rigoureuse¬≠ment scientifique. C’est pourquoi l’on ne saurait assez re¬≠commander au monde politique de prendre connaissance de “L’in¬≠vention de la Belgique”, l’ouvrage de S√©bastien Dubois, docteur en histoire de.l’UCL et conservateur aux Archives g√©n√©¬≠rales du Royaume. Un livre qui tombe √† point nomm√© en cette ann√©e de 175e anniversaire du pays mais qui, il faut le souli¬≠gner n’est nullement un livre de circonstance.

A l’heure o√Ļ d’aucuns r√©√©cri¬≠vent notre pass√© en affirmant que le mot “Belgique” est post√©¬≠rieur √† 1830 et tentent de faire passer l’id√©e d’une Flandre avant la Flandre et d’une Wallo¬≠nie avant la Wallonie, pr√©existantes √† la Belgique, l’historien, des milliers de r√©f√©rences √† l’ap¬≠pui, a montr√© qu’√† partir de la rupture de nos provinces (Pays-Bas espagnols) avec la Hol¬≠lande (Provinces unies) on a vu progressivement √©merger les conditions structurelles d’un Etat-nation qui prendrait le nom de Belgique.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

 

Mais qu’on ne s’y m√©prenne pas: Dubois n’a nullement r√©gl√© la question de l’√©volution de l’identit√© collective. ‘”En fait, mon principal objectif √©tait de d√©crire¬≠ au moyen d’une g√©ographie retrospective de la perception, les conditions dans lesquelles a pu √©merger la conscience d’apparte¬≠nir √† une Belgique.'”

Autre pr√©vention: il fallait √©vi¬≠ter de tomber dans l’anachro¬≠nisme. Parler en terme de na¬≠tion et de nationalisme, termes clairement issus du XIXe si√®cle n’avait pas de sens pour la p√©¬≠riode pr√©c√©dant la r√©volution. En fait, S√©bastien Dubois a dd entrer dans les cat√©gories de pen¬≠s√©e de l’√©poque. Et il a donc √©tu¬≠di√© ce qui selon les normes du temps pouvait √™tre un Etat, une patrie, une communaut√©…

Pour ce faire, il s’est jet√© √† corps perdu dans les documents des comit√©s qui au xvme si√®cle, traitaient des litiges territo¬≠riaux. Autre source tr√®s riche: les Archives nationales √† Paris

o√Ļ il a relu avec minutie la d√©par¬≠tementalisation de la Belgique apr√®s son annexion par la France en 1795.

 

Qu’en retenir? Synth√©tique¬≠ment s’entend, car issu de sa th√®se de doctorat, l’ouvrage de Dubois compte quand m√™me en¬≠core 448 pages qui fourmillent de notes et de r√©f√©rences qui fe¬≠ront la joie des sp√©cialistes mais aussi des “honn√™tes hommes (et femmes)” qui n’ont pas une vi¬≠sion d√©terministe de la Belgique. Une double certitude: un certain patriotisme dynastique et les in¬≠terventions du clerg√© ont contri¬≠bu√© de mani√®re d√©cisive √† forger un certain esprit belge. Qui mon¬≠trera sa force dans la d√©cennie apr√®s l’ind√©pendance: la menace hollandaise √©tait encore r√©elle mais tout le pays s’est alors senti concern√©. Et pourtant, contraire¬≠ment √† Henri Pirenne, Dubois ne croit pas que l’unit√© de civili¬≠sation ait impos√© l’Etat belge.

 

Autre le√ßon int√©ressante: les pa¬≠triotes de 1830 se sont r√©f√©r√©s √† la r√©volution braban√ßonne de 1789. D√®s lors? Pour l’historien, on ne peut affirmer que la Belgi¬≠que de 1830 ne fut qu’une cr√©a¬≠tion artificielle issue du Congr√®s de Vienne. Celui-ci avait surtout impos√© l’amalgame avec les Pays-Bas.

 

 

L’invention de la Belgique, Gen√®se d’un √Čtat-nation, 1648-1830., Editions Racine, 448 pp, 29,95 euros.

 

Pierre Houart op het ¬ęCongr√®s de la F√©deration des Cercles d’Arch√©ologie et d’Histoire¬Ľ, Louvain-la¬≠-Neuve, 2004, in¬†: in¬†: Delta, 1, 2005, p.6

 

“De quelle Belgique vais-je vous parler? Pendant longtemps, on a essay√© d’√©crire l’histoire de notre pays, en lui donnant comme cadre ses fronti√®res actuelles. Ce qui est logique si l’on s’en tient √† la Belgique ind√©pendante de 1830. mais d√®s lors que l’on re¬≠trace et analyse les √©v√©nements et les personnages des si√®cles ant√©rieurs, ce cadre ne convient √©videmment plus. Nul besoin √† cet √©gard de rappeler que presque tous les territoires de nos anciennes principaut√©s et provinces furent bilingues et sont au¬≠jourd’hui divis√©s et r√©partis √† travers plusieurs pays: Belgique, Hollande, Luxembourg, Nord de la France et Rh√©nanie. Notre histoire, c’est l’√©vidence m√™me, est donc celle de l’Europe du nord-ouest form√©e par le Delta Escaut-Meuse-Rhin, et aussi celle de l’Europe m√©diane.

 

Jacques R. Pauwels, Europese namen voor de wereld, EPO, 2008

 

(p.219) Vooral Frankrijks ‘Grote Revolutie’ van 1789 ondermijnde echter de eeuwenoude ‘feodale’ politieke en sociale structuren in naburige landen en wekte zowat overal in Europa de gevaarlijke krachten van lib√©ralisme, nationalisme en socialisme. A√Įs gevolg daarvan deden zich in de loop van de 19e eeuw enkele revoluties voor die nieuwe staten met nieuwe namen deden ontstaan.

 

Als het in Parijs regent, druppelt het in Brussel, zegt men. De Parijse Revolutie van 1830 echode na in de rellen die Brussel in de zomer van dat jaar meemaakte. De opstandelingen – of toch een deel van hen – wilden een Anschluss bij Frankrijk, en Parijs zond troepen om hen daarbij behulp-zaam te zijn. De Britten staken echter stokken in de wielen en het kwam t√īt een compromis: aansluiten bij la grande nation mocht niet, maar een scheiding van Nederland mocht wel. Het zuidelijke deel van de Lage Lan¬≠den, dat eeuwenlang achtereenvolgens onder Spaanse, Oostenrijkse en daarna Franse overheersing had gezucht, werd daarmee onafhankelijk. Maar welke naam zou men aan die nieuwe staat geven? Eigenlijk ging het om de ‘Zuidelijke Nederlanden’, maar die naam was te omslachtig en deed te veel denken aan het Nederland waarvan men zich zopas had afgescheurd. Men herinnerde zich dat Caesar het noorden van Galli√ę Gal-lia Belgica had genoemd, en dat de humanisten in de 16e eeuw de Latijnse term Belgica (of Belgium) hadden gebruikt als een geleerd synoniem voor de Nederlanden in het algemeen, net zoals ze Gallia gebruikten als synoniem voor Frankrijk, Germania voor Duitsland, enzovoort. De term ‘Nederland’zelf werd sinds de scheiding van de Zeventien Provinci√ęn in de 16e eeuw meer en meer geassocieerd met de onafhankelijke, Noordelijke Nederlanden, ook bekend a√Įs ‘Holland’. De korte en krachtige term Belgica stond nog altijd ter beschikking, en rolde bovendien zowel in zijn Franse als Vlaamse – pardon: Nederlandse – versie goed van de tong. Het werd dus Belgi√ę/Belgique, wat in de grond hetzelfde betekent als Nederland(en) of Pays Bas.

2l   Zie Pauwels, 2007, p.133.

 

Roger E. Buysse,  De namen van de Lage Landen, in: Jacques R. Pauwels, Europese namen voor de wereld, EPO, 2008, p.253

 

De term ‘Nederlanden’ontstond in de late Middeleeuwen a√Įs een des-criptieve naam voor dat deel van West-Europa dat ongeveer overeenkomt met het gebied van de drie Beneluxstaten. Net a√Įs zijn Duitse en Engelse cognaten nieder en nether, herkenbaar in Niederlande en Netherlands, duidt het prefix ‘neder’ op een lage ligging, meer bepaald op het laaggelegen (of ‘plat’) land nabij de mondingen van de Schelde, de Maas en de Rijn; tus-sen die stromen bevindt zich echter ook heel wat heuvelland, bijvoor-beeld de Ardennen. Voor de samengestelde vorm ‘Nederlanden’bestaat er een omschreven synoniem: ‘Lage Landen’. Op analoge wijze kent het Engels naast Netherlands het synoniem Low Countries, maar in het Frans gebruikt men uitsluitend Pays-Bas.

Het toponiem ‘Nederlanden’ontstond in het meervoud omdat het een veelheid van ‘landen’betrof. Met die ‘landen’bedoelde men niet de hui-dige staten Nederland, Belgi√ę en Luxemburg, want die bestonden toen nog niet, maar wel de verschillende vorstendommen die gezamenlijk het grondgebied van de Lage Landen vormden, waaronder het hertogdom Bra-bant en de graafschappen Holland en Vlaanderen. De vorstendommen ten westen van de Schelde, bijvoorbeeld Vlaanderen, maakten al eeuwenlang deel uit – althans in th√©orie – van het Franse Koninkrijk. De gewesten ten oosten en noorden van de Schelde, daarentegen, behoorden nominaal t√īt het zogenaamde Heilige Romeinse Rijk, dat wil zeggen het Duitse Keizerrijk. In de 13E eeuw waren de Lage Landen nog een bont√© verzame-ling van kleine, min of meer onafhankelijke gebieden – ‘une bigarrure de petits territoires ind√©pendants’,’ schreef Henri Pirenne ooit – die qua taal en politiek verre van homogeen waren.

 

1¬† Pirenne, p.203. Vertaling: ‘Een lappendeken van kleine onafhankelijke gebieden’.

 

(p.254) De Lage Landen werden doorsneden door een eeuwenoude lingu-istische kloof die het Germaanse taalgebied scherp scheidde van het Romaanse taalgebied, dezelfde ‘taalgrens’die nog altijd Belgi√ę verdeelt. De bevolking ten zuiden van die grens bediende zich van Romaanse dia-lecten zoals de voorganger van de taal die sinds de 19e eeuw Wallon, ‘Waals’, wordt genoemd en het Picardische Frans dat in Artesi√ę en Henegouwen thuishoorde. Boven de taalgrens sprak men Germaanse dialecten, voor-namelijk Frankisch maar ook Saksisch in het noordoosten, en Pries dat verspreid was van in het noordwesten langs de kust t√īt aan Zeeland. De moderne taal die Nederlands genoemd wordt, stamt af van het dialect van de Franken, de Germaanse volksstam die ten tijde van de val van het Romeinse Rijk het zuidelijke gedeelte van de Lage Landen veroverde en koloniseerde. Het Westfrankisch werd dominant in het gebied ten noor-den van de taalgrens, maar de etnografische benaming ‘Frankisch’ wist zich niet te hechten aan de taal die we nu het Nederlands noemen, zoals w√©l gebeurde met de naam van de Germaanse volksstam de Angelen in het geval van de Engelse taal. De term ‘Frankisch’ wordt echter wel gebruikt door filologen bij het periodiseren van de taal, a√Įs synoniem van ‘Oudnederlands’. Het volgende stadium in de evolutie van die op het Frankisch gebaseerde taal ligt tussen de 12e en het einde van de 15e eeuw en staat bekend a√Įs ‘Middelnederlands’. Indertijd gebruikte men daarvoor de benaming ‘Diets’; die is afkomstig uit het Vlaamse dialect en morfolo-gisch verwant aan deutsch, de algemene benaming van de West-Germaanse talen op het Europese vasteland doorheen de Middeleeuwen.

De eenmaking van de Lage Landen werd in de late 14e en vooral in de 15e eeuw verwezenlijkt door de hertogen van Bourgondi√ę. T√īt de middelen die daarbij gebruikt werden, behoorden aankoop, oorlog, erfenis en een geschikte huwelijkspolitiek. In de volgende eeuw werd de vereniging van de Lage Landen voltooid door keizer Karel V, de Habsburgse erfgenaam van de Bourgondische dynastie. Keizer Karel – in 1500 in Gent geboren en dus een Nederlander – breidde eerst het territorium uit met de aanwin-sten Friesland, Overijssel, Groningen en Gelderland; daarna voegde hij die moza√Įek van gewesten formeel samen in √©√©n enkele staat en deed dat inter-nationaal erkennen, onder andere met de zogenaamde Pragmatieke Sanc-tie van 1549. De bedoeling was dat die landen voor altijd zouden samen-blijven onder een en dezelfde vorst, zijn zoon Filips en latere nazaten. De (p.255) nieuwe staat was een federatie van in totaal zeventien ‘provincies’- de voormalige graafschappen, hertogdommen, enzovoort – en de meeste stonden voortaan onder het bestuur van een gouverneur of’stadhouder’. De benaming ‘Zeventien Provinci√ęn’werd dan ook snel een populaire bijnaam voor de Nederlanden.2

 

De 16e eeuw was het tijdperk van de Renaissance en het Humanisme. Het Latijn was toentertijd de taal van de geleerden en van gecultiveerde mensen in het algemeen, en de Latijnse naam voor de Nederlanden in hun geheel, de Zeventien Provinci√ęn, was Belgium of Belgica. Dat gebruik was gebaseerd op het feit dat Julius Caesar in zijn DeBello Gallico het noor-delijke deel van Galli√ę – dat het huidige Belgi√ę, Zuid-Nederland en delen van Noord-Frankrijk omvatte – Gallia Belgica had genoemd. Zo valt te begrijpen waarom een van de hertogen van Bourgondi√ę, Filips de Goede, postuum de eretitel Conditor Belgi√Į, ‘stichter van de Nederlanden’kreeg. Ongetwijfeld ge√Įnspireerd door de leeuw die prijkte op de wapenschilden van talrijke Nederlandse gewesten, in Vlaanderen sinds de 12e eeuw, stelden humanistische cartografen op hun landkaarten de gezamenlijke Nederlan¬≠den – van boven in Friesland t√īt helemaal onderaan in Luxemburg – voor a√Įs een leeuw, en ze noemden dat dier de L√©o Belgicus, ‘leeuw der Nederlan¬≠den’. Geen wonder dat een leeuw – rechtstaand, met in de ene klauw een zwaard en in de andere een pijlenbundel a√Įs symbool van eenheid – vanaf 1578 het embleem was op de vlag van de Staten-Generaal, het ‘parlement’ van de Nederlanden. Diezelfde ‘leeuw der Nederlanden’ is nu nog terug te vinden op de wapenschilden van Nederland, Belgi√ę en Luxemburg.

 

Keizer Karels zoon Filips erfde van zijn vader niet alleen de troon van Spanje, waar hij heerste a√Įs koning Filips II, maar in 1555 ook de Neder¬≠landen. Daar regeerde hij op politiek vlak zo autoritair en op godsdien-stig vlak zo intol√©rant tegenover het opkomende protestantisme, dat het in de jaren 1560 t√īt een opstand kwam, geleid door Willem van Oranje. De rebellen of’geuzen’uit all√© provincies concentreerden hun strijdkrachten in het beter verdedigbare gebied ten noorden van de grote rivieren. Zo konden uiteindelijk de noordelijke provincies van de Nederlanden, zeven in getal, hun onafhankelijkheid winnen; ze vormden de Republiek der

 

2 Die 17 provincies bestonden uit 4 hertogdommen (Brabant, Limburg, Luxemburg, Gelre), 7 graafschappen (Holland, Zeeland, Zutphen, Vlaanderen, Artesi√ę, Henegouwen, Namen), 1 markgraafschap (Antwerpen) en 5 heerlijkheden (Mechelen, Utrecht, Overijssel, Friesland, Groningen).

 

(p.256) Verenigde Nederlanden, die ook bekend geraakte a√Įs de ‘Zeven Provinci√ęn’. In de zuidelijke provincies bleef de koning van Spanje heer en mees-ter, dus noemde men dat gebied de ‘Spaanse Nederlanden’, of ook wel de ‘Zuidelijke Nederlanden’. De scheiding van de Nederlanden in ‘Noord’en ‘Zuid’was al omstreeks 1600 een voldongen feit, maar werd slechts offici-eel erkend in 1648 in het Verdrag van Westfalen.

In de ‘gouden’17e eeuw werd de Republiek der Verenigde Nederlanden een zeevarende macht van wereldrang. De provincie Holland openbaarde zich daarbij a√Įs de economische, politieke en culturele locomotief van het land, dus werd die naam in het buitenland bij wijze van parspro toto almaar meer gebruikt om te verwijzen naar de Noordelijke Nederlanden in hun geheel. Het toponiem Holland stamt af van boltlant, ‘houtland’; het graaf-schap was in de Middeleeuwen immers dicht bebost. Het ‘hol’ in de benaming heeft – nadat de t weggevallen was door assimilatie -verkeerdelijk de indruk gewekt dat de term ‘Holland’een laaggelegen gebied aanduidde.

In de 16e eeuw waren de Nederlanden veeltalig. Diets was het meest ver-spreide idioom, op de voet gevolgd door het politiek belangrijkere Frans, dat aan het hof en door de hoge adel werd verkozen. In de randgebieden werden minderheidstalen gesproken: Pries in het uiterste noorden en Letze-burgisch, een vorm van Duits, in de oostelijke helft van Luxemburg. ‘Diets’, de oorspronkelijk Vlaamse benaming voor de Germaanse taal van de meer-derheid der inwoners van de Nederlanden, was op het einde van de Mid¬≠deleeuwen verdrongen door ‘Duits’, de Brabants-Hollandse variant, maar in de eerste helft van de 16e eeuw maakte de term ‘Nederlands’zijn intrede. ‘Duits’had het nadeel dat het ook de taal van Duitsland opriep; daarom sprak men in de tweede helft van de 16e eeuw liever van ‘Nederduits’. De twee benamingen met het prefix ‘neder’ zouden gedurende niet minder dan drie eeuwen met elkaar concurreren: het noorden van de Nederlanden gaf de voorkeur aan ‘Nederduits’, het zuiden aan ‘Nederlands’. Pas in de tweede helft van de 19e eeuw zou ‘Nederlands’a√Įs taalbenaming triomferen. Een van de redenen waarom ‘Nederduits’uiteindelijk moest wijken, was dat die term ook leidde t√īt verwarring met de taal van Duitsland, meer bepaald de noor-delijke variant ervan, die in het Duits zelf Niederdeutsch wordt genoemd.3

Voor de noordelijke en zuidelijke varianten van het Nederlands, die in de huidige staten Nederland en Belgi√ę worden gesproken, bestaan er

3      Claes, p.271.

(p.258) twee populaire terrnen: ‘Hollands’en ‘Vlaams’. De opkonist van de term ‘Vlaams’en zijn buitenlandse equivalenten werd in de late Middeleeuwen bevorderd door Vlaanderens grote internationale reputatie op het gebied van handel, nijverheid en kunst. Vooral de Fransen gebruikten de term flamand, eigenlijk het dialect van het graafschap Vlaanderen, om te ver-wijzen naar de Dietse taal van de Lage Landen in het algemeen. lets gelijk-aardigs gebeurde met de term ‘Hollands’in de 17e eeuw, na de scheiding van de Nederlanden. De naam van het dialect van de machtigste provincie in de Republiek begon daar de Nederlandse/Nederduitse taal van het Noor-den in het algemeen aan te duiden.4

 

De etymologie van ‘Vlaming’ en ‘Vlaanderen’is omstreden. Volgens de prevalente hypoth√®se zijn de twee benamingen gevormd met het Germaanse woord flama of flauma, dat ‘vloed’of ‘stroming’ betekent. Dat had betrekking op het vlakke land nabij de Noordzee, een moeras-sig landschap dat dunbevolkt was en van de 3e t√īt de 9e eeuw geteisterd werd door overstromingen. In de laat-Romeinse tijd waren zich in die streek Germaanse stammen, namelijk Friezen en Saksen, komen vesti-gen, getuige daarvan de Romeinse benaming litus Saxonicum, ‘Saksische kust’. Om de inwoners van die landstreek te benoemen voegde men aan de wortel flama het suffix ‘ing’ toe, en zo ontstond het etnoniem Flaming (vgl. Tervinga, ‘bosbewoner’). Vermoedelijk werd bij de vorming van het woord ‘Vlaanderen’aan de wortel flama het suffix aria gehecht, of een variant ervan (vgl. Toxandria, ‘Kempenland’).5 Onder de invloed van d werd de m van flama daarna omgevormd t√īt n en zo zou het toponiem Flandria – Germaans Flandra – ontstaan zijn dat het vloedland langs de Noordzee beschreef.

De naam ‘Vlaanderen’verscheen voor de eerste maal in een Latijnse tekst uit de 8e eeuw, in de vorm in Flandris; de Vlamingen worden daarin Flandren-ses genoemd. lets later verscheen de naam pagus Flandrensis voor een admini-stratief gewest van het Frankische rijk. Oorspronkelijk bestreek die ‘Vlaamse gouw’ alleen het gebied ten noordwesten van Brugge, maar de graven van Vlaanderen maakten dat Flandria veilig tegen de Vikingaanvallen en breid-den het uit door samenvoeging met verscheidene naburige gouwen, onder

4¬†¬†¬†¬†¬† In de Republiek der Nederlanden werd naast ‘Hollands’natuurlijk ook nog Fries gesproken.

5¬†¬†¬†¬†¬† Carnoy, p.123, associeert het woord wander, ‘zwerver’, met het tweede deel van de samenstelling.

 

(p.259) andere die van Cent en Kortrijk. Vroege Latijnse vermeldingen van de gouw staan geregeld in het meervoud, bijvoorbeeldFlandriae. Die meervoudsvorm komt ook terug in het Engelse Flanders, het Duitse Flandern, het informele Franse les Flandres en natuurlijk ‘Vlaanderen’en ‘de Vlaanders’.

In het midden van de 16e eeuw voerden humanisten de Latijnse term Belgica (of ook wel Belgium) in a√Įs geleerd synoniem voor de nog ongeschei-den Nederlanden, dus voor all√© zeventien provincies. Het voorbeeld daar-voor vonden ze in de Romeinse benaming Gallia Belgica die verwees naar het noordelijke deel van Galli√ę. Ook de taal, die toen zowel Nederduits a√Įs Nederlands werd genoemd, kreeg de naam Belgicus in het Latijn, en de geloofsbelijdenis van de hervormden in de Nederlanden, opgesteld door Guido de Br√®s in 1561, had a√Įs titel Confessio Belgica, wat vertaald kan worden a√Įs ‘Geloofsbelijdenis van de Nederlanden’. Dat met Belgica of Bel¬≠gium de Nederlanden in hun geheel bedoeld waren, dus van Friesland in het noorden t√īt en met Luxemburg in het zuiden, werd overduidelijk gemaakt op de voorpagina van een beschrijving der Nederlanden, Totius Belgii Descriptio, door de Italiaanse aardrijkskundige Ludovico Guicciardino, in de Amsterdamse uitgave van 1648. Daarop stond te lezen: ‘Belgium dat ist: Nederlandt.’

Na ongeveer twee eeuwen scheiding werden de Noordelijke en Zuidelijke Nederlanden herenigd door het Congres van Wenen van 1814-1815 in een ‘Koninkrijk der Nederlanden’, waarvan de Franse naam Royaume des Belgique* luidde. De Latijnse term Belgica deed dus nog altijd dienst a√Įs synoniem voor de Nederlanden. Toen het in 1830 kwam t√īt een twee-de scheiding van de Lage Landen, behield het noordelijke deel de naam Nederlanden, en koos men in het zuiden voor het alternatief, ‘Belgi√ę’, waarvan de Franse vorm, Belgique, het Latijnse Belgica oproept. Eigenlijk was het al de tweede keer in de geschiedenis dat die term werd toegepast op het zuiden van de Nederlanden. In 1790 waren de Zuidelijke Neder¬≠landen namelijk in opstand gekomen tegen de Oostenrijkse overheer-sers. Bij die zogenaamde Brabantse Omwenteling werd een republiek uitgeroepen die in Amerikaanse stijl de naam Etats belgiques unis kreeg, ‘Verenigde Belgische Staten’; de term belgique fungeerde daar a√Įs bijvoeg-lijk naamwoord. De burgers van die republiek, die na ongeveer een jaar door de Oostenrijkers werd heroverd, noemden zichzelf trots ‘Belgen’. Het was een pr√©c√®dent dat in 1830 navolging vond.

(p.260)¬† Caesar was de eerste die (schriftelijk) met de benamingen Belgae en Bel¬≠gica verwees naar het volk en het gebied van de Lage Landen en Noord-Frankrijk. Maar waar kwamen die termen vandaan? Waarschijnlijk was Belgae een bestaande, heel oude volksnaam toen Caesar er kennis mee maakte en hem latiniseerde. Volgens de conventionele verklaring zou in Belgae (en dus ook in Belgica) een Indo-Europese wortel schuilen, name-lijk bhelgh, die ook terug te vinden is in Nederlandse woorden zoals ‘balg’, Verbolgen’en ‘gebelgd’en in de Engelse woorden to bulge (‘opzwellen’), belly (‘buik’) en bellows (‘blaasbalg’). De Belgae van weleer waren naar ver-luidt driftige kerels die zich snel (figuurlijk gesproken) dik maakten en opbliezen om er groter en vreesaanjagender uit te zien en zo hun vijan-den te intimideren. Het gaat echter om een conjectuur die gebaseerd is op niets meer dan de fonologische gelijkenis tussen ‘Belg’ en ‘(blaas)balg’.6

 

Volgens een andere, meer overtuigende hypoth√®se is ‘Belg’ een ‘niet-Indo-Europees substraatwoord’; anders gezegd: een woord uit een van de zogenaamde ‘substraattalen’die in Europa werden gesproken voor de Indo-Europeanen er kwamen opdagen, vermoedelijk in het tweede millennium voor Christus. Tot die ‘substraattalen’behoorden onder andere het Etruskisch en ook het Baskisch dat nu nog springlevend is. Bovendien waren de substraattalen verwant aan de idiomen van de grote beschavingen van het Midden-Oosten, bijvoorbeeld het Akkadisch, het Fenicisch en het Hebreeuws, zonder uitzondering talen waarmee filolo-gen goed vertrouwd zijn. Het Baskisch, Sumerisch en vrijwel all√© dode en levende Semitische en andere Afro-Aziatische talen kunnen dus dienst-doen a√Įs een soort ‘Steen van Rosetta’, met andere woorden: ze kunnen ons helpen om de geheimen te ontsluieren van topo- en etnoniemen die stammen uit de tijd voor de aankomst in Europa van de sprekers van Indo-Europese talen.7

De Italiaanse paleofiloloog Giovanni Semerano, een groot kenner van de oude talen van het Midden-Oosten, is t√īt de conclusie gekomen dat Belgica en Belgae inderdaad stammen uit een niet-Indo-Europese ‘sub-

6¬†¬†¬†¬†¬† In Maurits Gysselings Toponymisch Woordenboek, bijvoorbeeld, staac het volgende te lezen: ‘
“BELGAE” (les habitants de Belgica): […] de [l’]I[ndo-|E|urop√©en] bhelgh- “gonfler” au sens conserv√© en a[ncien]a[nglais] belgdn “√™tre en col√®re”, n[eder]l[andsj verbolgen “en col√®re” ‘.

7      Pauwels, 2006, pp. 10-15. Voor de invloed van substraattalen op het Nederlands,i-.ieMarlies
Philippa, Frans Debrabandere en Arend Quak, Etymologisch Woordenboek van hetNederlands, deel 1: A t/m E, Amsterdam, 2003.

 

¬†(p.260) straattaal’, dat het onomastische fossielen zijn uit een heel ver verleden. Belgica en Belgae, legt hij uit, zijn cognaten van het Akkadische palag en het Hebreeuwse peleg, waarvan de betekenis ‘water’ in het algemeen kon zijn, maar ook meer specifiek ‘waterloop’, ‘stroom’ of ‘zee’. (Vanuit een of andere substraattaal sloop die term ook het Indo-Europese Grieks bin-nen in de vorrn van pelagos, ‘zee’.) De betekenis van Belgica was dus ‘land nabij het water/de zee’, en het etnoniem Belgae betekende Volk dat nabij het water/de zee woont’.8 Die beschrijving past opperbest bij de Belgae in het begin van onze jaartelling, want er woonden ‘Belgische’ stammen, niet uitsluitend in het noorden van Galli√ę maar ook in het zuidoosten van Engeland. In de termen Belgae en Belgica werd duidelijk gezinspeeld op de wateren die zich uitstrekken tussen enerzijds Engeland en ander-zijds Frankrijk en de Lage Landen, dus de zee-engte van het Kanaal en de Noordzee.

‘Belgi√ę’ is sinds 1830 de naam van het land dat in vroeger tijden de Zui-delijke Nederlanden werd genoemd. In zijn Latijnse vorm Belgica, of Bel-gium, was de naam al in de 16e eeuw een synoniem voor de gezamenlijke Nederlanden. De Nederlanden zijn eveneens bekend a√Įs de ‘Lage Landen bij de Zee’ – de ‘Pelagische Landen’zou men op zijn Grieks kunnen zeg-gen. ‘Land nabij de zee’ blijkt echter ook de oorspronkelijke betekenis van ‘Belgi√ę’ te zijn geweest in een oeroude substraattaal. We kunnen dan ook zeggen dat Nederland en Belgi√ę het onomastische erfgoed van hun gemeenschappelijke voorouder, de Nederlanden, eerlijk hebben verdeeld. Nederland erfde de inheemse naam die in de 16e eeuw gebruikelijk was voor de Zeventien Provincies, en Belgi√ę mag tevreden zijn met de njne humanistische versie van diezelfde landsnaam.

 

8     Semerano, 1984, p.354.

 

Le 21 juillet

 

Te Deum¬†: cantique d ‚Äėaction de gr√Ęce qui commence par ces deux mots (¬ę¬†Toi dieu¬†¬Ľ en fran√ßais), √©crit par versets comme le ¬ę¬†Magnificat¬†¬Ľ, d‚Äôauteur inconnu (on l‚Äôa attribu√© √† saint Nicetas de Rem√©siana, fin du 4e si√®cle).

En usage en 1866 apr√®s l‚Äôav√®nement de L√©opold II (L√©opold I √©tait protestant), √† la date du 15 novembre, jour de la Saint-L√©opold et, par une heureuse co√Įncidence, de la Saint-Albert.

Les évêques prirent l’initiative de créer cette célébration pour les Fêtes du 21 juillet et du Roi.

 

La Belgique, une entité plus que 6 fois centenaire (Pierre Houart)

(LB, 02/01/2006)

Questions à propos de la belgitude ... (Jo Gérard)

A propos d’un livre √©crit par Fran√ßois Perin (collabo francophile et raciste) (LB, 11/07/1988)

Née du hasard, la Belgique? Les autres Etats aussi! (Jean Stengers (ULB))

(LB, 16/06/2000)

Notre nom national? Le voilà ! (Jo Gérard)

(LB, 1970s)