in: Louis Verniers, Le bréviaire des Belges, éd. De Boeck, 1944, p.11-13

 

(p.11) Le Nom du Pays et de ses Habitants.

………Flamands, Wallons,

Ce ne sont là que des prénoms

Belges est notre nom de famille.

 

A.clesse

 

D’où vient le nom de notre pays ? Depuis quand ses habi­tants s’appellent-ils Belges ?

Si le royaume de Belgique n’existe que depuis 1830, le nom Belgique appliqué à une région comprenant notre terri­toire actuel, et celui de Belges appliqué à ses habitants re­montent à deux millénaires ou davantage.

 

L’un et l’autre apparaissent dans les écrits au temps de la conquête des Gaules par les légions romaines. Dans le récit de ses campagnes fameuses Jules César désigne par le- terme Belgium cette partie du « pays des Belges » habitée par les Ambiens (Amiénois), les Atrébates (Artois) et des Bellovaques (Beauvaisis), puis l’ensemble des régions s’éten­dant entre le Rhin, la Marne, la Seine et le littoral maritime. Toutes les tribus qui s’y trouvent installées se donnent le nom de Belges (Belgae). Vers le milieu du premier siècle de notre ère, l’ensemble de leurs « pays » devient une •entité administrative de l’Empire romain appelée Gallia Belgica (Gaule Belgique). Avant la fin du même siècle, on en détache la Germania superior et la Germania inferior, à la tête desquelles se trouvent respectivement les villes de Mayence et de Cologne. Au troisième siècle, le reste est à son tour divisé en deux circonscriptions administratives : la Belgica prima (Belgique première), dont le chef-lieu est ‘Trêves, sur la Moselle, et la Belgica secunda (Belgique se­conde), ayant Reims comme centre dirigeant. Le territoire de la Belgique actuelle ne correspond à aucune de ces sub­divisions antiques; il est constitué de portions de trois d’entre (p.12) elles, de la Belgique première (la partie méridionale de notre province de Luxembourg), de la Belgique seconde et de la Germanie inférieure.

 

Ainsi donc les noms Belgique et Belges remontent à des temps anciens. Que sont-ils devenus depuis ?

Après la chute de l’Empire romain l’ombre s’étend sur eux. On les oublie pendant des siècles. Lorsque le terme Belgique réapparaît — à partir du troisième siècle — il s’applique à des territoires divers et d’étendue restreinte. Seuls d’ailleurs quelques rares chroniqueurs ou juristes s’en servent dans leurs écrits en langue latine. La masse populaire l’ignore totalement.

Il lui reste inconnu même après que la dynastie des ducs de Bourgogne aura réuni sous une domination unique les diverses principautés constituées au cours du moyen âge.

 

Les gens d’ici se disent Flamands, Brabançons, Liégeois, Narnurois, Hennuyers, Luxembourgeois, suivant leur appar­tenance à l’une ou à l’autre de ces principautés — comte de Flandre, duché de Brabant, principauté épiscopale de Liège, marquisat de Namur, comté de Hainaut, duché de Luxembourg — ou bien Bourguignons ou encore hommes des puys de par-deçà.                                    

Au  début du XVIme siècle,  Clément Marot les nomme cependant des « Belgeois », pour leur faire honneur.

 

Néanmoins le terme Belgique continue à vivre dans la mémoire d’un petit nombre, ce dont témoignent les textes savants et les documents administratifs. Mais, au cours des temps modernes (XVIme – XVIIme – XVIIIme siècles) il s’applique à l’ensemble dit XVII provinces (des Pays-Bas), même après la rupture de ce bloc politique, Pro­vinces-Unies au nord, Pays-Bas espagnols, puis autrichiens au sud. Le Leo Belgicus (Lion Belgique) est l’emblème héraldique de l’un et l’autre des deux Etats issus du soulèveme­nt national contre la tyrannie de Philippe II d’Espagne.

 

C’est durant la seconde moitié du XVIIme siècle que le terme Belgique – tant comme substantif que comme adjectif – va enfin reprendre sa place. Dorénavant il va retentir dans les assemblées politiques et parmi le fracas des émeutes populaires qui conduiront à l’effondrement de l’Ancien Régime.

La Révolution brabançonne de 1789 l’adopte en proclamant l’indépendance des Etats-Belgiques-Unis (à l’instar des Etats-Unis d’Amérique). Les républicains français, conqué­rants de nos provinces, le reprennent. Ils distinguent les Belges des Bataves et « la ci-devant Belgique » — compre­nant l’ancienne principauté épiscopale de Liège — de la « république batave ».

 

Et lorsqu’en 1830 le soulèvement des patriotes belges pro­voque une nouvelle rupture entre le Sud et le Nord, les Constituants du pays libéré renouent la tradition interrom­pue depuis une génération et, s’opposant au royaume des Pays-Bas, fondent le royaume de Belgique, la nation belge.

L’ancienne forme adjective Belgique cède définitivement la place à cette nouvelle, plus brève, belge.

C’est depuis lors que l’on parle du territoire belge, des provinces belges, de la peinture belge, des lettres belges, voire de l’âme belge.

La forme ancienne ne subsiste plus que dans l’expression héraldique désignant l’emblème national : le Lion belgique.

 

J. Schoonjans, Nos Gloires, Vulgarisation de l’histoire de Belgique par l’image, Ed. Historia, BXL,  1949

 

« Dieu protège la libre Belgique et son Roi! »

Telles sont nos gloires.  Tel est notre passé.  L’avenir doit être digne de ce passé.  Et il le sera si vous le voulez, vous qui êtes le présent.

 Grâce à ses qualités d’énergie, notre peuple a pu bâtir un passé glorieux.

 

 G.H. Dumont, Histoire des Belges, Dessart, 1954, T1

 

 (p.13) 10.000 av. JC – race autochtone + population du type alpin (taille moyenne ou petite, yeux bruns foncés, cheveux noirs)

1000 av. JC: arrivée de la branche gauloise des Celtes

+- 600 av. JC – arrivée des Belges, ayant vaincu ces Gaulois.

 

G.H. Dumont, Histoire des Belges, Dessart, 1954, T1

 

(p.20) “Le nom des Belges est le plus ancien d’Europe avec celui des Grecs.”

Ils organisèrent plusieurss expéditions militaires jusqu’en Bulgarie (en 298 av. JC), en Macédoine (en 260) mais “par manque de sens politique, les Belges se laissèrent progressivement absorber.” (p.20) “Un autre groupe de Belges descendit vers l’Italie; il était commandé par le roi Virdomar qui, en 222, fut écrasé à la bataille de Clastidium.’ (p.21) “L’expédition des Belges en Angleterre fut infiniment plus fructueuse; elle aboutit, en effet, à la fondation de colonies dans le Kent, l’Essex, l’Hertfordshire et le Hampshire – colonies qui demeurèrent en contact avec les Belges du continent.”

 

(ok) (p.22) “Le nom Belgica n’apparaît qu’au milieu du premier siècle.  A la fin du 3e siècle, la Belgica fut répartie en trois provinces: la Germanie seconde, la Belgique première et la Belgique seconde.”

 

(p.23) Installation des Aduatuques, germains celtisés, à l’est du pays (vers le début du 1er siècle av. JC)

–          arrivée des Romains (57 av. JC)

 

(pp.45-46)  Frontière linguistique: origine

(p.45) “Au 4e siècle, Rome abandonne aux Francs le nord de la Belgique et reporte sa défense sur la route axiale Boulogne – Cologne.  Sur cette ligne, qui est à l’origine de l’actuelle frontière linguistique, les empereurs multiplièrent les fortifications.” …

(p.46) Le peuplement franc en masse s’arrêta devant les dernières lignes de défense de l’Empire romain.  Probablement parce que les territoires du Nord constituaient un espace vital suffisant.  Plus au Sud, des colonies franques s’établirent, mais elles n’étaient pas assez nombreuses pour absorber les populations celtiques romanisées.”

 

(p.47) / mélange de peuples /

 

“Au point de vue anthropologique, le dosage actuel est d’ores et déjà acquis: d’une part, les phalo-nordiques, aux cheveux blonds et aux yeux clairs, qui groupent aussi bien les Francs que les Celtes; d’autre part, les méso-néolithiques, aux yeux et cheveux foncés, dénommés alpins et qui vinrent dans le pays quelque dix millénaires avant Jésus-Christ.  L’apport de sang latin, contrairement à ce qu’imagine le populaire, fut aussi infinitésimal que, plus tard, l’apport de sang espagnol.  Mais il va de soi que l’esprit actuel de notre population révèle un brassage continuel entre les groupes raciques.”

 

M. Fraselle, La Belgique, LB 22/05/1979

 

“La Belgique – en gros les Pays-bas catholiques du sud – tire sa véritable origine du XIIe siècle, de la séparation au Traité d’Utrecht en 1614, entre les provinces protestantes et catholiques.  Le trait d’union véritable entre Anvers et Namur est donc la foi catholique.  Elle seule peut être le ciment, la cause d’une restauration authentique de la Belgique comme de l’occident ex-chrétien.”

 

J. Willequet, éd., Pierre Nothomb (1887-1966) et le nationalisme belge, Cah. de l’Acad. lux., 8, Arlon 1980

 

Bibliographie: La Belgique martyre; les barbares en Belgique; la Barrière belge; L’yser; Histoire belge du Grand-Duché de Luxembourg

 

(p.13) “Une conscience nationale a besoin d’une opposition extérieure pour s’affirmer.” (J. Willequet Pierre Nothomb en 1914-1918)

 

(p.13) (J. Willequet) “Ce nationaliste, qui était en réalité un Lotharingien allait devenir, à part entièren un Européen.  Je ne vois aucune contradiction dans son processus.”

(p.26) G.Trausch, P. Nothom et la question du Luxembourg à l’époque de la première guerre mondiale

“Si le Luxembourg /après la guerre 14-18, après avoir logé sous l’orbite allemande/ échappe à l’emprise de la Belgique, il tombera forcément dans l’orbite de la France.”

 

(p.35) “Il est intéressant de voir le climat dans lequel Pierre Nothomb a travaillé: enthousisame, exaltation, ardeur, voilà les mots qui se présentent à l’esprit … et tout cela parce que Nothom peut donner libre champ à son immense besoin d’action.  Voici quelques citations à ce sujet: “La fièvre de l’action m’emporta sans fléchir.” ou encore: “Rien ne pouvait arrêter ma course, ni les obstacles, ni les douleurs, ni les froideurs des autes …” ou encore “Bonheur de servir, bonheur d’agir, bonheur d’avoir sa part, si petite soit-elle – exaltante – dans le salut du monde; bonheur d’avoir raison, de le savoir, d’imposer ses pensées à ceux qui refusent …”

 

(p.35-36) “Toute son action s’inspire d’un ardent patriotisme belge, du désir brûulant de voir cette Belgique devenir plus grande à tous les points de vue.”

(p.37) “Les efforts de Pierre Nothom et des nationalistes belges ont grandement contribué à soustraire le Luxembourg à l’hégémonie de la France.  Du même coup, la belgique est plus forte pour affirmer son indépendance, face à la France.  Malgré l’alliance militaire de 1920, elle a réussi à ne pas devenir un satellite de la France.”

(p.37) “carton de Wiart a dit que chez Pierre Nothomb, l’action était la soeur du rêve.  L’intéressé lui-même dit quelque chose d’analogue quand, au faîte de sa vie, jetant un regard sur l’histoire de sa famille, il parle d’un “compromis entre la raison et l’avanture”.”

 

(p.43) (K. Grünebaum, Pierre Nothomb, Der Streiter für “Grossbelgien”)

“Im April 1964 bedient sich Pierre Nothomb einer Diskussion im Senat über die Kulturpolitik, um die Bedeutung des kulturellen Einflusses der deutschsprachigen Belgier hervorzuheben.

Nothom hat sich seit 1945/46 für die besonderen Belange der deutschsprachigen Bevölkerung Ostbelgiens eingesetzt.”

 

(p.47) (P.H. Desneux, Pierre Nothomb et la révision des traités de 1839)

“/Contre les tentatives de P. Nothomb de faire annexer le Limbourg hollandais par la Belgique,/ l’Algemeen Handelsblad essayera d’initroduire la zizanie laquelle, en opposant la Wallonie et les Flandres en exposant la thèse selon laquelle, au début, Nothomb aurait agi de commun accord avec

Hymans, lequel se serait écarté du Comité de Politique Nationale quand il s’était aperçu qu’il avait atteint le maximum possible, étant bien sûr clair que la Hollande ne perdrait aucun pouce de territoire et que l’Escaut resterait fermé en temps de guerre. La campagne de Pierre Nothomb devait donc être considérée comme uniquement anti-hollandaise et donc comme anti-flamande.”

 

L’Histoire de Belgique, LB 07/10/1981

 

“Dès le XIVe siècle, Jacques Van Artevelde concluait d’étroites alliances entre la Flandre, le Brabant et le Hainaut”, “au XIVe siècle, des artistes flamands, wallons et brabançons créaient ensemble la merveilleuse Chartreuse de Champmol en Bourgogne”,”aux XVIe et XVIIe siècles, on vit l’artiste liégeois Lambert Lombard former son compatriote Jean de ramet qui, à son tour, forma l’Anversois van Veen lequel devint le professeur de Rubens qui, à son tour, forma le grand peiintre liégeois Gérard Doufet.”

En 1882-1883, les trois médecins du Congo créent en équipe la médecine tropicale.  Ce sont le Wallon Allart, le Flamand van den Heuvel et le Brabançon Courtois.

 

Gérard Jo, La Belgique n’existe pas, dites-vous ?, LB 16/10/1981

 

I Une géopolitique, très vivante

 

            Faites bouger de 100 kilomètres, dans n’importe quelle di rection, notre pays et il n’existe plus parce que disparaît ainsi   sa position de carrefour situé à            égale distance des grands cen tres urbains français, anglais, hollandais et allemands. Cette étoile de routes que nous sommes naquit du mes croisement il y a 2000 ans, de la chaussée romaine de Cologne à Boulogne avec nos deux fleuves: la Meuse et l’Escaut coulant du Sud au Nord. Ainsi étions-nous reliés par des voies terrestres et fluvia les aux. Quatre points cardinaux.

La nature d’un pays-carre four est de donner et de rece voir sans cesse selon un double rythme qu’on n’observe pas dans une nation montagneuse ou dans un Etat si énorme que les influences étrangères n’y pénètrent que lentement. Qu’on songe à l’ancienne Chine ou à la Russie d’hier.        

 

Dès nos origines, notre position de carrefour conditionne l’évolution dù peuple vivant en Belgique. Pas n’importe quel peuple. Deux témoins parlent : « De tous les peuples de la Gaule les Belges sont les plus courageux. » Le grand historien tacite : « Belgae Galorum robur » : les Belges sont l’énergie des Gaulois. (…)

 

P.S., Jo Gérard: une certaine façon de raconter l’Histoire et une certaine idée de la Belgique, LB 11/10/1982

 

“On dit toujours, dans certains milieux, que la notion de Belgique n’existe pas.  Or, je me suis amusé à chercher si, au 17e siècle, la Belgique était déjà citée.” …

Par exemple, “30 familles wallonnes allant fonder la future New York, appellent leur village Nova Belgium, un marin anversois de la Compagnie des Indes, Pierre van den Broeck va fonder à Batavia une citadelle qu’il appelle Belgica, Juste Lipse appelle Philippe le Bon “conditor Belgii”, dans sa correspondance, Rubens emploie 27 fois le nom de Belgica, dans les collèges de jésuites, il y a un cours sur l’histoire de la Belgique …”

 

Jean Stengers, Le vocabulaire national dans le royaume des pays-bas, in: Colloquium over de geschiedenis van de Belgisch-Nederlandse betrekkingen tussen 1815 en 1945, Acta, Brussel, 10-12/2/80, Gent 1982

 

(p.10) “Le premier août 1814, Guillaume lance une proclamation “aux habitants de la belgique”.

(p.11) “Le Roi parle du “peuple belge”, de “la Belgique”, de la “monarchie des Belges”.”

 

Christophe de Fossa, La législation princière  pour le comté de Hainaut (1427-1506), LB 01/07/1982

 

“Certains historiens sacrifient à dame régionalisation et n’hésitent pas à justifier l’existence de la Wallonie en usant d’un déterminisme qu’ils reprochent dans le même temps à ceux qui ont écrit sur lma Belgique hier.”

“Il est clair que la centralisation de ce que sera la Belgique remonte au Xve siècle et que, si des particularismes subsistent, ils furent le fait de chacune de nos principautés, aïeules de nos provinces.”

“Dès le deuxièmle tiers du XVe siècle, les princes des Pays-Bas vont s’efforcer sans relâche d’introduire une législmation générale applicable à l’ensemble de leurs petits Etats.”

Car “il importait d’établir des normes en ce qui concerne l’administration, la justice, la police au sens large, c’est-à-dire le maintien de l’ordre, le commerce et l’industrie, les monnaies et le commerce de l’argent.”

 

Jo Gérard, la plus grande aventure militaire des Belges, De la guerre des Gaules à mai 40, Legrain 1983

 

(p.8) “D’après vous, Plutarque, qu’étaient les Belges?”

“Les plus puissants des gaumois.”

 

(p.10) “Retenez cete phrase du célèbre historien français Camille Julian: “Les Belges seront seuls à lutter pour leur indépendance.  Ils se lèveront les premiers en 57 et ils céderont les derniers, en 51 avant Jésus-Christ.”

 

(p.10) “Quant au plus grand historien romain, le fameux Tacite, il a dit: “Belgae Gallorum robur”: les Belges sont la force des Gaulois.”

 

(p.17) “Charlemagne, c’ est le plus belge des empereurs.  Originaire de la dynastie des Pepin solidement enracinée dans nos régions, …”

 

(p.29) ‘Godefroid Kurth a dit:

“Jusqu’à la fin, nos chevaliers ne cessèrent d’aller verser leur sang en terre Sainte pour la course sacrée de la Croix.  Aucune nation ne peut se vanter d’avoir joué un rôle plus glorieux dans ces héroïques entreprises. L’Europe entière le reconnut puisque c’est à des princes belges qu’elle donna la couronne du royaume de Palestine et celle de l’Empire latin de Constantinople.”

(p.29) “Henri irenne: “L idéal chrétien et chevaleresque semble seul avoir prise sur les Croisés belges.”

“La croisade n’est pour eux qu’une entreprise chrétienne et européenne.”

 

Après la bataille de Woeringen livrée le 5/6/1288 par le duc de Brabant, Jean Ier, contre les seigneurs allemands, “les ducs de Brabant dominent les régions s’étendant entre l’Escaut et la Meuse.  Délivré à l’Est de l’emprise gemanique, le carrefour belge va subir à l’Ouest l’agression incontestable de l’impérialisme français, car le roi Philippe le Bel rêve de s’emparer de la Flandre dont les richesses justifient la convoitise royale.” (p.43)

(p.56) Les ducs de Bourgogne, en guerre contre Louis XI, peuvent d’abord compter sur le “dévouement et le courage des chevaliers belges dont l’élite compose l’ordre de la Toison d’or.”

(p.69) “Charles Quint apprécia tellement les Belges, que lors de son abdication à Bruxelles, il déclara dans un sanglot: “Si je pleure, Messieurs, ne croye pas que c’ est pour la souveraineté que j’ abandonne, c’ est pour l’obloigation où je suis de m’ éloigner du pays de ma naissance et de me séparer de vassaux tels que ceux que j’ y avais.”

 

Towards victory in Europe, The Bulletin, Aug. 30, 1984

The occupation (p.7) (in Belgium)

 

“The most spontaneous expression of opposition to the occupying forces was the grafiti, the words or symbols scrawled on the walls of the city.  The V in white paint became so ubiquitous that the Germans tried to coopt it instead of erasing it.  But their huge black banners prolaiming the Victory of the Third Reich did not discourage the silent protestors armed with no more than a piece of chalk from displaying their emblem wherever they dared.”

 

(pp.6-7) “Everyone read the underground press – there was an astonishing number of clandestine newspapers in belgium – and I / Jean Vanwelkenhuyzen, Director of the Reserach Centre for the Historical Study of the Second World War/ used to slip any copy I got into the pages of the naszi propaganda magazine, Der (…?).  “If the Germans searched my schoolbag, they exclaimed approvingly when they saw I had their magazine.  It never seemed to occur to them that it wopuld be a good place to conceal one of our flimsy little anti-Nazi newsheets.  They referred to stick to the letter of the law.  They did their job, more concerned to search than to find.”

 

(p.7) “Despite the acts of selless assistance to the persecuted or the hunted (downed flyers, escaped political prisoners), it would be inaccurate to suggest, says Vanwelkenhuyzen, that the Occupation brought people together, created a form of popular solidarity againt the common enemy. ‘Not at all’, it tore people apart.  Except for the family unit or the closest friends, you couldn’t trust anyone.”

(p.8) ‘Yet, the trivial distinctions between political parties did not exist.  When, you came right down to it, people were either good or bad. … Conventinal ethics went by the board, too.’

 

Jo Gérard, Le passé belge “rénové” par nos historiens, LB 27/11/1987

 

“Nul n’ignore l’existence de la “Geschiedenis van Vlaanderen”, l’histoire de la Flandre, rédigée avant 1941 par plusieurs professeurs d’université.  On sait aussi qu’en 1973, parut une oeuvre collective et préfacée par le professeur Génicot: “Histoire de la Wallonie”.  Certes, on peut, sans sacrifier l’objectivité scientifique à un ombrageux mininationalisme, raconter le passé des Flamands et des Wallons.  N’offrent-ils pas assez de caractéristiques originales pour justifier qu’on les analyse?”

 

Jo Gérard, Le passé belge rénové par nos historiens, LB 27/11/1987

 

« Notre bourreau, c’ est le cardinal de Richelieu. »

« Nul n’ignore l’existence de la « Geschiedenis van Vlaanderen », l’histoire de la Flandre, rédigée avant 1940 par plusieurs professeurs d’université.  On sait aussi qu’en 1973, parut une oeuvre collective et préfacée par le professeur génicot: « Histoire de la Wallonie ». …

« Ne faut-il pas se garder de chavirer dans le séparatisme historique, en cloisonnant outrancièrement le passé des Belges du Nord et du Sud? »

« Cette tendance … rejette d’innombrables faits et combien d’événements. »

 

1) ‘Charles Rogier, Liégeois fut après 1830 gouverneur de la prvince d’Anvers.  ON lui offrit une maison à St Josse « en gratitude pour tout ce qu’il avait fait en faveur des lettres et des arts flamands, à Anvers.’

2) ‘Au XVIIe siècle, Gérard Doufet, peintre liégeos suit une formation dans l’atelier anversois de Rubnens.’

3) ‘Le Wallon Auguste Lambermont, diplomate, permit aux Anversois en 1863 de se libérer des lourds droits de péage prélevés par la Hollande sur les navires se rendant dans la métropole de l’Escaut.’

4) ‘Au XIXe siècle, le romancier Camille Lemonnier et le juriste Edmond Picard ont une ascendance wallonne et flamande.’ (etc)

 

« On repère sans cesse dans notre passé les interférences les plus variées entre Flamands et Wallons.  Refuser d’entenir compte, c’ est amputer arbitrairement l’histoire de la Flandre ou de la Wallonie d’apports originaux et d’échanges fructueux. »

« Quel casse-tête pour nos mininationalistes que de déformer le passé afinde l’enserrer dans le moule si étroit de leur conception de l’histoire. »

 

Georges Chantraine, s.j., La nouvelle évangélisation: l’“exemple belge”, LB 15/07/1988

 

“Sans le catholicisme – un catholicisme ouvert aux idées libérales – la Belgique n’aurait pu se constituer.  Elle s’effrite, au contraire, à mesure que le catholicisme s’affaiblit comme force religieuse et sociale.  La désagrégation de l’unité belge aurait été impossible et impensable dans un pays où le catholicisme serait demeuré vivant.”

 

Paul E. Raucq, Dr. Sc., membre de l’Acad. Roy. des Sciences d’Outre-Mer, BXL, LB 26/08/1988

 

“Pourquoi taire l’appartenance ancienne de Fouron au duché de Limbourg, comme la plus grande partie du plateau de Herve et le pays de Sprimont? …  L’ancienne capitale du duché est mieux connue actuellement sous le nom de Dolhain, par suite de cete nuance qu’ont les Belges d’oublier leur histoire.”

‘dans les “Délices des Pays-Bas”, sous-titré “Description Géographique et Historique des XVIII provinces Belgiques” (éd. de 1769), paru une première fois sous la signature de J.-B. Chrystyn, chancelier de Brabant (mort en 1690), les Pays-bas néerlandais sont décrits comme “provinces Belgiques” et la Principauté de Liège, sans y être incluse, fait l’objet de tout un chapitre (t.4, pp. 73-204), en y comprenant Stavelot-Malmédy, en raison du fait que ce pays est “enclavé dans les Pays-basn, avec lesquels il a un commerce considérable”, quoique faisant partie de la basse Allemagne.’

 

G. Samsoen de Gérard, M. Perin et la Wallonie introuvable, LB 18/07/1988

 

“Est-il exceptionnel quele royaume de Belgique n’esxiste que depuis 1830?  M. Perin oublie-t-il (ou ignore-t-il?) que l’Etat allemand ne fut constitué qu’en 1871, sous la contrainte de Bismarck, par l’union de nombreux ryaumes, duchés et principautés, que le royaume d’Italie ne vit le jour qu’en 1870, que la tchécoslobaquie et la Yougoslavie ne furent créés qu’en 1919 et qu’il fut un temps où la bretagne, l’Aquitaine, la Provence et la Bourgogne ne faisaient partie du royaume de France?”

 

Notre nom national à travers les siècles, in : LB, 23/10/1992

 

La conscience d’être belge en 1810 : un patriotisme en plein développement

 

Au temps de son annexion à l’empire de Napoléon, la Belgique comptait à Courtrai, Anvers, Bruxelles et dans d’autres villes des « Sociétés de Lecture ». Composées d’intel­lectuels, d’artistes, de bour­geois, elles possédaient de belles bibliothèques, organi­saient des conférences et se livraient à des débats d’idées.

MAIS EN 1810. Mais en 1810 paraît un pamphlet contre les Belges. Son titre : « Virgile en France ou la nou­velle Enéide, poème héroïcomique ».

Dans ce texte plutôt viru­lent, nous lisons : « Les nobles belges d’aujourd’hui n’ont pas dégénéré de leurs ancêtres. Ils sont, en général, ambitieux, ignorants, crasseux et crapu­leux, incapables d’actions nobles et généreuses; ils font aussi peu d’honneur à leur rang qu’à la nation ».

Les curés belges encaissent aussi : « Le clergé était jadis scandaleux, sans mœurs et sans science ».

Nous sommes tous des ignares, à en croire le pam­phlétaire anonyme de 1810. Il écrit : « Le peuple surtout en Belgique où les arts et les sciences sont si peu estimés, où la littérature est si peu cultivée, est ordinairement un juge inique et aveugle vis-à-vis des productions qui portent l’empreinte d’un caractère de nouveauté et d’originalité. »

 

Pareil pavé lancé dans la mare belge de l’époque suscita-t-il des réactions ?

Mais oui et surtout dans la « Société de Lecture » de Bru­xelles.

En juin 1810 ses membres se réunirent pour entendre un de leurs administrateurs : Pierre Jean Brunelle. Celui-ci fit un discours des plus curieux et qu’édita aussitôt, à Bruxelles, l’imprimerie Flon, rue de la Puterie.

 

QUAND ON LIT… Quand on lit le discours de M. Bru­nelle, on y découvre l’intensité du patriotisme belge sous le régime napoléonien. Très exactement dix-huit fois, au fil de sa conférence, l’orateur uti­lise le nom de la Belgique et parle des Belges.

Il déclare qu’il va rappeler : « Les noms d’hommes célèbres qui ont honoré notre commune Patrie ». S’en prenant au pam­phlétaire qui avait craché son mépris envers la noblesse belge, M. Brunelle dit que ces aristocrates : « Ont fondé la plus industrieuse, la plus com­merçante, la plus riche répu­blique du monde : la Hol­lande ». Et de faire l’éloge des Nassau, des Brederode, des Egmont, des Hornes. A propos de ces derniers, M. Brunelle de dire : « Une larme tombera toujours des yeux d’un véri­table Belge au souvenir de ces deux vertueux citoyens ».

A propos de nos aristocrates, M. Brunelle a cette jolie for­mule : « Ils n’avaient ni la mor­gue de la noblesse du Nord, ni le luxe et l’esprit de débauche des nobles de quelques nations voisines ».

Quant à la prétendue igno­rance de notre noblesse, M. Brunelle la nie en citant avec éloge les écrits du Prince de Ligne, les travaux histo­riques de Msr de Nelis, du comte de Saint Génois, du marquis de Chasteleer, auteur d’un ouvrage : « Sur les diffé­rentes migrations des Belges à travers le monde ».

M. Brunelle souligne la va­leur des œuvres du comte de Nieuport, grand mathémati­cien et du baron de Poederlé, un botaniste éminent.

L’orateur ajoute : « Je crois pouvoir noter encore comme protectrices des sciences et des arts de Belgique, les illustres maisons d’Arenberg et d’Ursel. »

 

A PROPOS  DU  CLERGE.

M. Brunelle prend ainsi la dé­fense du clergé belge dont les évêques dit-il : « N’abandon­naient pas leur troupeau pour aller mendier la faveur des ministres ou des souverains ».

Prouvant qu’il connaît bien le passé religieux de son pays, M. Brunelle déclare : « Ce sont les devanciers de nos prêtres qui ont tiré la Belgique de la barbarie. Ce sont eux qui ont fondé les villes de Saint-Hu­bert, Saint-Trond, Gembloux. Ils ont appris aux Belges le défrichement des terres et la science des Lettres ».

M. Brunelle décrit ensuite les mérites scientifiques et lit­téraires de plusieurs ecclésias­tiques.

 

PAS DE CRITIQUE BELGE ? Ce qui vexa surtout ce bon M. Brunelle ? La façon dont le pamphlétaire anti­belge décréta que nous étions viscéralement incultes. Pour réfuter ce verdict si expéditif, M. Brunelle dresse tout un bilan des arts et des lettres dans notre pays et il déclare que : « L’arbre de la science ne cessera pas de fleurir sur le sol fertile de la Belgique ».

Ce qui est aujourd’hui pas­sionnant à découvrir ? La par­faite connaissance que possède en 1810, M. Brunelle de notre passé esthétique. Il cite nos peintres, nos graveurs, loue le talent de nos architectes MM. Dewez, Payen et Montoyer.

Il dit : « Les sculpteurs belges peuvent être mis en pa­rallèle avec tous ceux des na­tions modernes ». Il affirme que : « La musique brille en­core dans une contrée qu’elle peut regarder comme son ber­ceau».

Et d’évoquer le talent du compositeur Gossec.

M. Brunelle nous rappelle que : « La Belgique vit aussi naître l’art typographique. Les Belges ont excellé les premiers da|ns cet art introduit en Bra-baht par les Frères de la Vie commune. Frédérjc Léonard né à Bruxelles porta ses ta­lents à Paris dont il est cité comme un des plus célèbres imprimeurs ».

 

ET LES SCIENCES ? Ecou­tons M. Brunelle : «Après avoir parcouru le domaine des arts si nous portions nos pas vers celui des sciences, mêmes mo­tifs d’orgueil pour un Belge vraiment patriote ».

Les Belges se sont illustrés dans la médecine, la bota­nique, la mécanique, la phy­sique et la chimie, de raconter, exemples à l’appui M. Bru-neile. Il parle du chimiste bruxellois J.-B. Vanmons, membre de l’Institut de France et auteur de traités remar­quables.

Dans des métiers comme la tapisserie, l’orfèvrerie, la car­rosserie : « Nous possédons, dit l’orateur, des ouvriers compa­rables aux meilleurs des autres nations ».

Ne négligeant aucun do­maine, M. Brunelle est précis : « Nous avons eu aussi des voyageurs renommés. C’est à Josse Rixi, de Gand, que la ville de Quito en Amérique doit le froment. C’est lui qui le premier fit des semis dans cette ville ». A l’appui de ces dires, M. Brunelle cite le grand explorateur allemand von Humboldt.

 

N’OUBLIANT PERSONNE. N’oubliant personne, M. Bru-1 nelle déclare : « Je vanterais Godefroid de Bouillon, Charles Quint, Guillaume et Maurice de Nassau, le comte d’Egmont. Je nommerais de nos jours Clerfait, Beaulieu, d’Aspremont, Vandamme, Dumon-ceau etc… »

Enfin, notre orateur de 1810 termine par cette constata­tion : « La bienfaisance est la vertu caractéristique des Belges. La preuve en est dans ce nombre infini d’hôpitaux, d’hospices, de fondations en tout genre qui couvrent le sol hospitalier de la Belgique ».

 

CONCLURE ? Que conclure du document que nous venons de résumer sinon que le patriotisme belge fut bien antérieur à 1830, que nos aïeux avaient conscience d’appartenir à une nation et qu’ils en étaient fiers.

A Anvers, par exemple, le 7 décembre 1809 fut chanté cet impromptu dont je possède le texte imprimé à l’époque :

« Florissante et noble Bel­gique

Enfin tu revois dans ton sein

De tes Chambres de Rhéto­rique

Renaître le brillant des­tin ».

C’est à Anvers encore qu’en 1809, on chantait un air com­mençant par :

«  Belgique ô ma patrie

Enfin, je fus heureux… ».

Mais on aura beau produire des archives, accumuler les preuves et les plus irréfu­tables, on trouvera toujours en Belgique, comme en 1810, des gens pour nier l’existence de leur pays.

Et d’autres pour les re­mettre à leur place, comme en 1810, mais oui…

 

Wallons, Flamands, mais surtout Belges

 

Posons-nous une question intéressante : existait-il un sentiment national belge en Flandre et en Wallonie au temps où nous étions devenus des départements de l’Empire napoléonien ?

Le 15 novembre 1807, un groupe d’écrivains et d’érudits qui se réunissent à Alost dans la « Société des Catherinistes » crée un concours destiné à ré­compenser les jeunes auteurs qui auront composé les meil­leurs poèmes de 300 à 500 vers sur les Belges et la Belgique. Un jury choisira les lauréats. Il est composé de membres de l’Académie française et pré­sidé par le comte François de Neufchâteau. En 1810, paraît édité à Gand par l’imprimeur De Goesin-Verhaeghe, le re­cueil des œuvres primées sous le titre : « Verzaemeling des Dichtwerken over de Belgen door het Aloude Gilden van Dicht et Toneelkunde Gezegd de Chatharinisten en Aelst».

A qui nos « Catherinistes » ont-ils octroyé les prix ? A Phi­lippe Lesbroussart, Adrien J.J. Lemayeur et P. Benau, tous trois lauréats pour la langue française. Trois prix récom­pensèrent les jeunes poètes flamands P.J. de Borchgrave, David de Simpel et A. E. Van den Poel.  

 

Lorsqu’on lit les vers de ces auteurs, on y découvre non sans émotion un sens très vif, très profond de la patrie belge. Deux ans plus tard, en 1812, paraît d’ailleurs, chez la veuve Lemaire à Bruxelles, une nou­velle œuvre d’un des lauréats du concours de 1810, Adrien

le titre définit aussi longue­ment que parfaitement le contenu : « Les Belges : poème contenant le précis de leur his­toire, l’exposition de leurs progrès dans les arts et les sciences, le tableau de leur gé­nie et de leurs mœurs depuis l’origine de la nation jusqu’à nos jours. Ouvrage accom­pagné de remarques histo­riques tirées des meilleurs au­teurs ».

Mais dès 1807 avait paru en sept volumes chez l’éditeur P.J. De Mat un ouvrage beau­coup plus important que les poèmes dont nous avons parlé. Il s’agit de F« Histoire générale de la Belgique depuis la conquête de César». Son au­teur ? Le Namurois Louis Dewez qui avait été professeur au collège de Nivelles, magistrat, sous-préfet de l’arrondisse­ment de Saint-Hubert. Louis Dewez et son œuvre illustrent une évidence : la persistance du sentiment qu’éprouvent les Belges d’appartenir à une na­tion alors qu’on pourrait ima­giner qu’amalgamés au vaste empire napoléonien, ils ont perdu toute originalité propre et jusqu’au souvenir de celle-ci. Il n’en est rien et le succès de librairie remporté par l’« Histoire de Belgique » de Louis Dewez en témoignera. Faut-il souligner que déjeunes poètes flamands célébrèrent le passé des Belges et qu’un érudit wallon raconte leurs ex­ploits depuis la guerre des Gaules.

 

Un aperçu de notre multiséculaire identité belge

 

Une certaine confusion et même une confusion certaine règnent dans l’opinion publique à propos de notre nom de « Belges », de son usage jadis, et de l’emploi qu’en peuvent ou non faire les historiens. Les meilleurs d’entre    eux, les plus grands : Godefroid Kurth, Léon Van der Es sen, Charles Terlinden, Henri    Pirenne se sont intéressés au    problème et publièrent à ce    propos des essais et des pages    solidement étayées. Ces histo riens sont unanimes à consta-    ter qu’avec celui des Grecs    notre nom national est le plus    d’Europe, car il est lar-    gement antérieur à l’ère chré- tienne.

Jules César et Tacite par- lent des Belges. Tacite écrit : « Belgae Galorum robur»: « Les Belges sont l’énergie des      Gaulois ». Notre nom s’« offi    cialise » dans le cadre de l’Em    pire romain, où sont créées    deux provinces : la Belgica    prima et la Belgica secunda.    Ainsi que le souligne bien Go defroid Kurth : « Belgica est à  proprement parler un adjectif devant  lequel il faut sous-entendre un mot comme provincia au comme Gallia. On disait la Belgique pour lui dire la Gaule belgique comme on disait la Lyonnaise ou la Narbonnaise pour désigner la partie de la Gaule dont Lyon et Narbonne étaient les métropoles. »

Après l’écroulement de l’Empire romain et au cours des siècles qui suivirent, on désigna notre territoire actuel sous les vocables les plus variés : Francia Antiqua, Lothringen et sous la plume des érudits : Lotharienses, les gens du Lothier. Dans les chansons de ancien geste nous sommes le pays d’Avalois.

Sous les ducs de Bourgogne, qui unifient nos régions, nous devenons les «pays de pardeçà» mais Charles le Témé raire parle de son royaume de Bourgogne et on nous désigne sous le nom de Bourguignons. Ce qualificatif persistera longtemps, puisqu’on trouve au XVIe siècle, dans une chanson belge sur la bataille de Pavie ce vers: « Quantefois sont vaincus par Bourguignons, les Francillons ».

 

 

Emplois courants du mot « belge »

 

Au XVIIe siècle, l’amiral anversois de la Compagnie hollandaise des Indes, Pieter van den Broeck fonde aux îles Moluques des comptoirs et pour les protéger il fait bâtir un fort qu’il baptise « Belgica ».

A la même époque, le poète Vondel publie une tragédie dont l’héroïne qu’il nomme Belgica s’oppose à Philippe II.

En 1739, paraît chez l’édi­teur Poppens à Bruxelles, en deux tomes de 590 pages cha­cun, un « Dictionnaire des Belges illustres », rédigé en la­tin. L’auteur de cet ouvrage, Jean François Foppens, dans la dédicace de son livre à l’ar­chevêque de Malines emploie cinq fois les termes : Belgia, Belgica, Belgii.

La préface du dictionnaire porte ce titre que je traduis du latin : «Au lecteur bienveillant et amateur de l’érudition belge ».

Dans sa préface, Jean-Fran­çois Foppens écrit en 1739: « Notre Belgique fut la mère féconde de grands génies et d’érudits qui ont acquis une réputation méritée dans la ré­publique des Lettres ».

J’insiste : Jean-François Foppens use en latin, des mots : « Belgica nostra » (notre Belgique).

On en déduit que cette ex­pression était courante à l’époque, près d’un siècle avant notre indépendance de 1830.

 

Enfin, l’éditeur du « Diction­naire des Belges illustres n’aurait pas pris le risque de le publier sous ce titre s’il n’avait pas eu conscience que cet ou­vrage allait rencontrer un large écho dans un public au­quel le nom de Belge était familier.

On nous dira ptut-être, que l’usage de termes latins pour désigner la Belgique se limi­tait à des cercles très res­treints d’érudits. C’est oublier qu’au XVIIe siècle comme au XVIIIe siècle le latin était beaucoup plus répandu qu’au­jourd’hui parmi les avocats, les juristes, les médecins et le clergé tant séculier que régu­lier.

Au XVIe siècle, par exemple, c’est en latin que le célèbre médecin bruxellois André Vé-sale publia son grand traité d’anatomie à l’usage du corps médical.

Comment Charles Quint et Philippe II nous nommeront-ils officiellement? «Nos pays d’en-bas ». Ce terme passe alors dans la langue diploma­tique sous le nom de Pays-Bas, qui demeurera officiellement le nôtre jusqu’en 1794. Quand la Hollande s’était séparée de nous en 1579 elle avait pris le nom de Provinces-Unies. Mais les choses ne sont pas aussi simples que d’aucuns se l’ima ginent aujourd’hui. En effet, au XVIIe siècle, un érudit belge, le père Boucher, qui signe Bucherius écrit: « Flandre est le nom donné par les Français, par les Italiens et par presque tous les étrangers aux Etats de la maison de Bourgogne dans les Pays-Bas, les désignant ainsi par le nom de leur province principale

En 1549 d’ailleurs, le chroni­queur espagnol Calvette de Estrella, racontant le voyage aux Pays-Bas du prince Philippe, le futur Philippe II, écrit que Luxembourg fut « la pre­mière ville de Flandre» où l I royaume, fils de Charles Quint fit son entrée. Et d’ajouter : « A Namur, le Prince fut reçu avec le cérémonial usité dans tous les Etats de Flandre ». Mais le P. Boucher nous apporte, au XVIIe siècle, de curieuses pré­cisions : « Le Belgium est cette partie ancienne du domaine bourguignon de la maison d’Autriche que les Français et les Italiens appellent la Flandre». Et le P. Boucher d’ajouter ces lignes impor­tantes :  » Nous, les gens du pays, nous attribuons au mot Flandre une acception beau­coup plus restreinte, car nous la limitons au seul comté de ce nom, qui représente à peine la cinquième de la Belgique. »

 

Donc, le P. Boucher emploie le terme Belgique, exactement comme Pierre-Paul Rubens, en ce XVIIe siècle, l’utilisera dans sa correspondance pour dési­gner nos provinces. Le 10 jan­vier 1790, les députés de nos états généraux, après le succès de la révolution brabançonne, votent une loi qui donne à notre pays le nom de «Répu­blique des Etats belgiques unis ».

Pourquoi « belgiques » et non bourguignons ou tout simple­ment « République des Pays-Bas ? » C’est une énigme assez singulière, qui vaut la peine d’être scrutée. Quand disparu­rent, avec l’Empire romain au Ve siècle la Belgica prima et la Belgica secunda, ces deux pro­vinces impériales, l’Eglise garda la terminologie romaine. Un exemple : la province ecclé­siastique de Reims se nomme Belgica secunda. Des moines et des érudits comme Grégoire de Tours, Paul Diacre, Pru­dence de Troye et Sigebert de Gembloux utilisent le terme Belgica pour désigner nos ré­gions-. Comme l’a découvert Godefroid Kurth : « Sous leur plume, le nom de Belgica se présente déjà avec une accep­tion tout à fait moderne comme celui d’un pays parfaitement distinct de la France et de l’Allemagne ».

 

Au Xlle siècle, l’auteur de la Vie d’Adalbéron de Trêves cite les évêques de Germaniae, Belgicae, Franciae, Angliae, ainsi que nous le ferions au­jourd’hui ! Si on feuillette la chronique médiévale de Fran­çais Richer, on y lit textuelle­ment ceci : «Après la mort du roi Lothaire, les Belges purent respirer ».

Èt c’est encore du terme de « Belges » qu’usent des auteurs allemands comme le vieil Othon de Freyssingen et le biographe de la reine Mathilde pour désigner, au Moyen Age, les habitants de notre actuel royaume.

A la  Renaissance, nombre d’écrivains et d’érudits nous qualifient de Belges. Auteur d’un poème sur la destruction de Liège par le Téméraire en 1468, l’Italien Ange de Viterbe écrit : « Urbs Leodina fuit Leodis de nomina régis Maxima Belgarum ». Il est intéressant de constater que cet Italien englobe déjà Liège dans la Bel­gique…

 

Mais voici, avec leur date de parution, une liste de livres où le mot « belge » ou « Belgique » figure en bonne place :

Divaeus, de Galliae Belgicae antiquit abus, 1564.

Sexagius, Orthographia linguae belgicae, 1576.

Pontus Heuterus, Rerum Belgicarum Libri XV, 1598.

Miraeius, Elogia illustrium Belgii scriptorum, 1602.

Grotius, Annales et historiae de regis belgicis, 1609.

Locrius, Chronicum belgicum, 1616.

Valerius Andréas, Bibliotheca belgica, 1623.

Erycius, Historiae belgicae, Liber unus, 1656.

J’ai relayé très exactement vingt et un ouvrages, parus entre 1564 et 1656, dont le titre contient le nom ou l’adjec­tif Belgique.

 

Quand, dans les orages et les tumultes du XVIe siècle, les Pays-Bas du nord ralliés à la Réforme se séparent de ceux du sud, donc de l’actuelle Bel­gique, ils prennent d’abord le nom de Foederatum Belgium avant de s’appeler Provinces-Unies. Au XVIIe siècle, la carte d’Amérique où figurent les premières colonies belges, porte le nom de Novum Belgium.

 

Mais, dès le début de ce XVIIe siècle, ainsi que le souli­gnent si judicieusement Godefroid Kurth et après lui d’autres historiens, l’avène­ment des archiducs Albert et Isabelle nous assure définiti­vement le nom de Belges. Dans tous les documents qui le concernent, l’archiduc est dé­signé tel le Belgarum princeps, le prince des Belges, Godefroid Kurth écrit : « Les humanistes hollandais, Grotius, pat-exemple, qui aimait parler de Belges émancipés et de Belges restés sous l’autorité de l’Es­pagne, nous abandonnèrent le nom autrefois commun aux deux peuples et récrirent pour eux celui de Bataves « . Sait-on que les grands dramaturges anglais Marlowe et Shakespeare utilisaient cou­ramment le mot Belgia pour désigner notre pays ? Dans Ed­ward the Second, Marlowe fait dire à la reine Isabelle :  » Our kindest friends in Belgia we have left ». Et dans Henri IV de Shakespeare on trouve ces vers :

 

« What  counsels, sir ? Ed­ward from Belgia

With hasty Germans and blunt Hollanders

Hath passed in safety through the narrow seas ».

 

En 1598, le poète Jean Polit rédige ces vers :

 

 » Charles, duc bourguignon, comte charolais

Et l’onzième Louis, puis­sant roi des Français,

Secondés du pouvoir de toute la Belgie

Et des forces de France, ensemble de furie

Coururent l’un de peur, l’autre d’ire incité,

Assaillir des Liégeois la su­perbe cité ».

 

Jean Polit n’est pas le seul à utiliser le nom Belgie. On le retrouve dans les œuvres de Remacle Mohy de Ronchamp et dans plusieurs textes du XVIIe siècle.

 

En 1628, un Liégeois, M. du Cornet, publie l’Histoire géné­rale de Savoie, de Bohême et du Palatinat. Il dédie son livre ; « aux Belgois » et il écrit : « Ln Belge est un grand pays entre la  France, l’Allemagne et la mer océane. Ses principales ri­vières sont le Rhin, l’Isel, le Walle, la Meuse, l’Escaut,  la  Lys et la Sombre. Elle est répartie en deux régions presque égales, à savoir la Belge wallonne et la Belge allemande ou  flamande, selon d’aucuns ».  Trente ans avant le livre de M.  du  Cornet,  avait paru  à Anvers, en  1598, un «Poème pour la paix de In Belgique » et, en 1604 est imprimée un livre : « Miroir de l’union Belgique ». Plus tard, en 1761, l’écrivain Paquot édite les « Annales Belgiques » et j’y lis : « La Belgique qui pendant trois cents ans a été le théâtre de tant de guerres sanglantes… »

 

En 1772, l’Académie Tondée à Bruxelles par l’impératrice Marie-Thérèse pose à nos érudits la question suivante : « Quels étaient l’habillement, le langage, l’état de l’agricul­ture, du commerce, des arts et des lettres chez les peuples de la Belgique avant le Vile siècle ? »

 

En 1779, mon aïeul, Joseph Gérard, secrétaire de cette Académie, faisait à ses collè­gues une communication inti­tulée : «  De la manière de pu­blier les historiens qui peuvent utiliser l’histoire de Belgique ».

 

Le polémiste Feller, au XVIIIe siècle, parle de « Bru­xelles, cette capitale de la Bel­gique ». Les évêques à la même époque, évoquent dans leurs lettres pastorales : « L’Eglise Belgique ». Un journal paraît qui porte le titre de « L’Ami des Belges ».

 

L’essayiste Desroche em­ploie sans cesse les termes « histoire belgique » ou « litté­rature belgique ».

 

Le général Vandermeersch, qui organise nos troupes en 1789, contre les Autrichiens, est surnommé dans la presse : le « Washington belgique ».

Voilà pourquoi et comment, en 1790, était tout naturel le choix de notre nom officiel : les « Etats belgiques unis ».

 

La persistance du sentiment national, de l’appartenance à un pays qu’on avait appelé la Belgie, la Belge, les Etats bel­giques était réelle et profonde. En 1816, paraît, rédigé par M. Rapsaet, le « Journal des séances de la Commission qui a été chargée par le Roi en 1815 de rédiger un projet de consti­tution pour le royaume des Pays-Bas ».

Et Rapsaet d’écrire, qua­torze ans avant 1830: « Nous souhaitons un prince élevé dans les principes de la liberté belgique, entouré de conseillers du pays, demeurant au milieu de ses sujets, commandant une armée de Belges, garantie contre toute sujétion étrangère: un prince, belge enfin ne peut se présenter avec plus de beaux titres aux Belges ».

On s’en aperçoit, notre nom national ne date nullement de 1830.

 

Paul Vaute, Redécouvrir la Belgique baroque des Archiducs, LB 17/09/1998

 

Exposition à Bruxelles

“Quand la Cour de Bruxelles donnait le ton à l’Europe”

“A ceux qui croiraient encore que notre histoire commence en 1830, on recommandera des gravures telles que le Leo belgicus dédié par Claes jansz Visscher à la Trêve de douze ans, ou celle de Johannes Sadeler célébrant le Vindex Belgii, le “sauveur de la belgique”, ou encore les brochures reprenant les éloges funèbres d’Albert “Belgarum Principis”…

 

Henri Deleersnijder, Les raisons de la colère, in : Le carnet et les Instants, 115, 2000, p. 70-71

 

A propos de : Jean Stengers, Histoire du sentiment national en Belgique des origines à 1918, TI, Les racines de la Belgique, Jusqu’à la révolution de 1830, BXL, racine, 2000

 

Selon l’auteur, cet ouvrage est né d’un mouvement de colère devant « l’énormité des bêtises » écrites ici et là à propos des fondements historiques de la nationalité belge. Quelques-unes sont rappelées, dès l’introduction : la Belgique est « dans un certain sens, un Etat sans âme », où une « conscience nationale n’est apparue que sporadiquement » (Luc Huyse, in : De Morgen, 7/12/95) ; elle « n’a été vraiment une nation que pour une frange assez faible de sa population » (Claude Javeau, in : Le Soir, 14/3/98) ; elle est « née grâce à la résistance de quelques hommes en vie par l’apathie de beaucoup » (Derk Jan Eppink, in : De Standaard, 22/7/95) ; elle a une histoire « assez réduite : qu’et-ce que c’est 150 ans ? » (interview de Luc Rosenzweig, anc. coredspondant du Monde en Belgique, in : Le Soir illustré, 10/3/99) ; elle « a été infligée aux Wallons et aux Flamands par les autres » (interview d’Hugo Claus in : Le Monde, 28/10/97). (p.70)

 

Selon Jean Stengers, professeur e.r. à l’ULB, une multitude de sources permette sans hésiter d’affirmer qu’un sentiment national belge a bel et bien existé, et ce dès la révolution brabançonne de 1789. Cette révolution belge va déboucher sur l’indépendance d’un pays qui est déjà, au plein sens du terme, la Belgique. Ses habitants, se disant « Belges », elle préfigure la Belgique de 1830, tant du point de vue territorial qu’en ce qui regarde le sentiment national. Du reste, l’Etat temporaire créé en 1790 par les partisans de Vonck et de van der Noot portera le nom symptomatique d’Etats Belgiques-Unis : le vent d’Amérique avait donc inspiré une révolution qui se terminera cependant par un lamentable fiasco.

 

(p.70) Certains vont rétorquer que cette façon de considérer la révolution brabançonne comme l’événement fondateur de l’identité belge fait fi de la principauté de Liège, laquelle présentait tout de même un tiers de la Belgique actuelle.

Objection à laquelle l’auteur répond en faisant valoir qu’en 1643, lorsque Louis XIV succède à son père, le futur Hexagone « ne comrpend ni Arras, ni Lille, ni Strasbourg, ni la Lorraine, ni la Franche-Comté, ni la Savoie, pas plus qu’Avignon, Nice ou Perpignan. » Est-ce une raison suffisante pour affirmer que le pays à la tête duquel succède le Roi-Soleil ne peut répondre du nom de « France » ?

 

Krug Georges s.j., Ils revendiquent leur ignorance!, LB 04/08/2001

 

Les « histoires belges », au sens le plus désolant de ces termes, reviennent trop souvent à l’ordre du jour…

Les habitants des communes « à facilités » de la périphérie de Bruxelles ne s’inspireraient-ils pas, très heureusement, de la sagesse de leurs compatriotes francophones disséminés à plusieurs endroits de la région flamande de notre pays ? Leur règle de conduite est celle-ci : « Adaptation ? Oui. Intégration ? Oui ! Assimilation? Non! » Ils se sont fait un point d’honneur d’admirer et de parler le néerlandais plus correctement et plus élégamment qu’un bon nombre de néerlandophones.

 

Et c’est ce qui amène précisément ceux-ci à les accueillir avec la plus exquise bienveillance. La seule chose qu’avec raison ils ne tolèrent pas c’est le mépris et l’arrogance.

N’est-on pas inéluctablement amené à déplorer pareille attitude hautaine dans l’ignorance persistante du néerlandais dont se réclament, depuis plusieurs décennies, les habitants de la périphérie bruxelloise ? Quelle sorte de grandeur d’âme ou de largeur de vues peut-on déceler dans la revendication affichée d’une ignorance ? S’ils daignaient faire l’effort d’apprendre la langue de la région où ils vivent, en quoi leur adhésion à la francophonie, leur attachement à la langue française, en seraient-ils altérés ou diminués ? Cette option culturelle est du ressort de leur vie privée, tout comme le choix de leur religion, de leur conjoint ou des prénoms de leurs enfants. Mais, pour ce qui concerne leur vie associative, quel sens et quelle valeur peut-on encore accorder, après tant et tant d’années de séjour en une région hétérophone, à l’exigence d’un brevet officiel et légal d’incapacité linguistique ? Qui peut douter du fait qu’il ne s’agit ici de rien d’autre que d’un manque de civisme belge? ….

 

Faut-il, dès lors, abolir les « facilités » ? Nullement. Elles sont bétonnées dans la Constitution. Il suffirait d’apporter sagesse et modération avant que, tout naturellement, elles deviennent obsolètes.

 

Paul Vaute, Le testament belge de Jean Stengers, LB 15/10/2002

 

« Il n’y a rien, dans l’histoire de la Belgique jusqu’en 1914, qui permette de déceler l’existence de deux peuples. N’existe qu’un seul vouloir-vivre ensemble – constitutif de la nation selon Renan – : celui des Belges. »

« Comme il l’a dit lui-même, relève Eliane Gubin /sa collaboratrice à l’ULB/, son ouvrage résulte d’un mouvement de colère devant le nombre d’énormités et de bêtises qui s’écrivent aujourd’hui sur la nationalité belge. »

Ainsi, « l’antériorité de l’identité belge sur les identités flamande et wallonne est imparable. »

Ce n’est qu’après la Grande Guerre que des cercles resreints se radicaliseront et que le contentieux Nord-Sud s’installera durablement dans l’agenda politique.

 

Jean Stengers et Eliane Gubin : Histoire du sentiment national en Belgique des origines à 1918, t.2, : « Le grand siècle de la nationalité belge », éd. Racine, 240 pp., 22.95 euros.

 

Paul Vaute, La Belgique avant l’Etat belge, LB 04/05/2004

 

Sébastien Dubois (archiviste aux Archives de l’Etat à Liège) :

« En 1814-1815, les pétitions liégeoises demanderont à suivre le même sort que la Belgique. La brève tentative de l’ancien prince-évêque de Méan de restaurer la principauté restera sans lendemain. »

Chemin faisant, Sébastien Dubois s’est trouvé on ne peut plus en phase avec feu Jean Stengers, lequel ne lui mesura d’ailleurs pas ses encouragements.

Le professeur émérite à l’ULB avait, on s’en souvient, lui-même remis l’ouvrage sur le métier pour publier les deux volumes de son « Histoire du sentiment national en Belgique » (Racine, 2000 et 2002). Deux livres qui ne relevaient nullement du militantisme unitariste – le présent n’y était pas abordé – mais qui collaient  un zéro pointé à nombre d’auteurs de perles, illustres ou non : du sociologue Claude Javeau déclarant que « la Belgique n’a été vraiment une nation que pour une frange assez faible de sa population » au général de Gaulle voyant

dans notre pays une « association contre nature imposée par les Anglais », de ce ministre-Président de l’exécutif flamand décrétant que « la Flandre existe depuis des siècles, la Belgique depuis un siècle et demi » à cet ancien correspondant du « Monde » à Bruxelles recopiant sans contrôle que la vie commune des Belges se réduit à « 150 ans »… Evidemment, la liste est longue !

 

Et pourtant, nul besoin d’être grand clerc pour comprendre, entre autres, que quand les révolutionnaires de 1790 proclament les « Etats belgiques unis », l’expression ne tombe évidemnment pas du ciel. Héritier de la géographie antique dont les cadres étaient forcément vagues, le mot « Belgique » a repris vigueur dès la Renaissance

pour désigner l’ensemble des comtés, duchés, seigneuries… rassemblé par les ducs de Bourgogne. Lui sont apliqués les noms latins de « Belgium » et « Belgica’, traduits en français par « Belgique » ou par « Pays-Bas » en néerlandais pa « Nederland(en) ».

 

(…) Il reste que dans l’acception géographique qui leur est donnée aujourd’hui, les mots « Flandre » et « Wallonie » ne remontent guère au-delà du milieu du XIXe siècle.

(…) La manière dont le passé natIonal est enseigné fournit, elle aussi, ample moisson de pièces à conviction. « La réforme des études de 1777 rend obligatoire un cours d »‘histoire nationale belgique » dans tous les collèges. Parmi les questions d’exarmen, par exemnple, on demande quand est né l’Etat belgique et la réponse à fournir est : au XVe siècle. On dit aussi déjà à cette époque que la Grand-Place de Bruxelles est la plus belle du monde! » Et les élèves déclament depuis belle 1urette le célèbre « fortissimni sunt Belgae » de César, même si  la population concernée par ce jugement flatteur n’occupait pas exactement l’espace belge ultérieur.

Formellement, pourtant, les Pays-Bas méridionaux sont alors autrichiens. Mais techniquement, ils constituent bien un Etat séparé, avec son gouverneur général et avec sa cour considérée comme souveraine. D’où le contenu

des manuels, « Vienne ne cherche pas à contrecarrer l’idée de Belgique. Il en ira tout autrement sous le régime français. »

 

(…) Les résistances aux intendants de Louis XIV envoyés dans de nombreux villages flamands, namurois et luxembourgeois pour contraindre leurs habitants à faire allégeance au Roi-Soleil en témoignent éloquemment. Et dans les tourmentes des années 1780-1830, quand à plusieurs reprises le souverain est déchu, on (re)devient naturellement patriote belge.

Ni sous le régime français, ni sous le hollandais, ces perceptions ne changent radicalement. « Sous le Directoire, il y a une véritable proscription. On parle de la « ci-devant Belgique » ou des « ci-devant Liégeois ». Quand quelqu’un veut lancer à Gand une « Gazet van België », on le lui interdit parce que le mot rappelle l’Ancien Régime. Mais après 1800, le régime devient plus souple. Les mots « Belge » et « Belgique » seront admis et utilisés même par les autorités, par les préfets. »

 

A l’heure de La Haye, tolérance identique : « Belge » ou « Belgique » et « Nederlander » ou « Nederlanden » sont officiellement interchangeables alors que la pratique, influencée par la volonté de se différencier du Nord, fait nettement pencher la balance en faveur des deux premiers termes.

Rien d’étonnant, dans ces conditions, si les aspirations patriotiques de 1830 réitèrent en fait celles de 1789. « On a parfois l’impression, au début des Journées de Septembre à Bruxelles, que certains sont allés rechercher leurs

insignes et leurs drapeaux de la Révolution brabançonne. Louis Dewez, qui a vécu 1789, en a parlé dans son « Histoire de la Belgique », parue en 1805-1807, comme d’une première révolution pour l’indépendance. »Et dans les couloirs du Congrès national, le patriote Jean-Joseph Raepsaet, né sous le règne de Marie-Thérèse, brandit la Joyeuse Entrée de Brabant…

La langue ? Elle n’apparaît pas comme un critère décisif à l’aube du XIXe siècle. « Les Etats- Unis parlent anglais alors qu’ils ont mis les Anglais dehors. Les Autrichiens parlent allemand sans pour autant vouloir se fondre dans une nation allemande, On doit aussi se souvenir que la langue populaire varie d’un lieu à l’autre. J’ai trouvé notamment le récit d’un voyageur français, au XVIIIe siècle, qui se rend à Mons. Il écrit : « Je suis en Belgique, tout le monde parle flamand ici »! comprenez qu’il a entendu parler un patois qu’il ne connaît

pas. Quand des voyageurs lettrés arrivent dans un village, ils cherchent aussitôt le curé parce qu’avec lui, ils pourront au moins s’entretenir en latin. »

La lecture de Sébastien Dubois dissipera donc les derniers doutes, s’il y en avait encore. La Révolution de 1830

 

s’est faite au nom des Belges, de la Belgique, des droits des Belges… et ces notions disposaient déjà, à l’époque, d’une solide antériorité. La théorie de la Belgique-création-artificielle-des-grandes-puissances n’a jamais tenu la route :  ce que les couronnes d’Europe avaient voulu et décidé au congrès de Vienne, ce n’était pas l’indépendance belge de 1830 mais l’amalgame belgo-néerlandais de 1814. Celui-là même que devait balayer une conscience nationale assez forte pour qu’un air d’opéra et quelques émeutiers suffisent à la réveiller.

 

Christian Laporte, La Belgique a existé avant la Belgique, LB 30/04/2005

 

Pour Sébastien Dubois, la Belgique n’est pas une « anomalie de l’Histoire ».

À partir de 1648, ont émergé les conditions structurelles de l’État-nation.

 

La démarche est purement historique. Et rigoureuse­ment scientifique. C’est pourquoi l’on ne saurait assez re­commander au monde politique de prendre connaissance de « L’in­vention de la Belgique », l’ouvrage de Sébastien Dubois, docteur en histoire de.l’UCL et conservateur aux Archives géné­rales du Royaume. Un livre qui tombe à point nommé en cette année de 175e anniversaire du pays mais qui, il faut le souli­gner n’est nullement un livre de circonstance.

A l’heure où d’aucuns réécri­vent notre passé en affirmant que le mot « Belgique » est posté­rieur à 1830 et tentent de faire passer l’idée d’une Flandre avant la Flandre et d’une Wallo­nie avant la Wallonie, préexistantes à la Belgique, l’historien, des milliers de références à l’ap­pui, a montré qu’à partir de la rupture de nos provinces (Pays-Bas espagnols) avec la Hol­lande (Provinces unies) on a vu progressivement émerger les conditions structurelles d’un Etat-nation qui prendrait le nom de Belgique.          

 

Mais qu’on ne s’y méprenne pas: Dubois n’a nullement réglé la question de l’évolution de l’identité collective. ‘ »En fait, mon principal objectif était de décrire­ au moyen d’une géographie retrospective de la perception, les conditions dans lesquelles a pu émerger la conscience d’apparte­nir à une Belgique.' »

Autre prévention: il fallait évi­ter de tomber dans l’anachro­nisme. Parler en terme de na­tion et de nationalisme, termes clairement issus du XIXe siècle n’avait pas de sens pour la pé­riode précédant la révolution. En fait, Sébastien Dubois a dd entrer dans les catégories de pen­sée de l’époque. Et il a donc étu­dié ce qui selon les normes du temps pouvait être un Etat, une patrie, une communauté…

Pour ce faire, il s’est jeté à corps perdu dans les documents des comités qui au xvme siècle, traitaient des litiges territo­riaux. Autre source très riche: les Archives nationales à Paris

où il a relu avec minutie la dépar­tementalisation de la Belgique après son annexion par la France en 1795.

 

Qu’en retenir? Synthétique­ment s’entend, car issu de sa thèse de doctorat, l’ouvrage de Dubois compte quand même en­core 448 pages qui fourmillent de notes et de références qui fe­ront la joie des spécialistes mais aussi des « honnêtes hommes (et femmes) » qui n’ont pas une vi­sion déterministe de la Belgique. Une double certitude: un certain patriotisme dynastique et les in­terventions du clergé ont contri­bué de manière décisive à forger un certain esprit belge. Qui mon­trera sa force dans la décennie après l’indépendance: la menace hollandaise était encore réelle mais tout le pays s’est alors senti concerné. Et pourtant, contraire­ment à Henri Pirenne, Dubois ne croit pas que l’unité de civili­sation ait imposé l’Etat belge.

 

Autre leçon intéressante: les pa­triotes de 1830 se sont référés à la révolution brabançonne de 1789. Dès lors? Pour l’historien, on ne peut affirmer que la Belgi­que de 1830 ne fut qu’une créa­tion artificielle issue du Congrès de Vienne. Celui-ci avait surtout imposé l’amalgame avec les Pays-Bas.

 

 

L’invention de la Belgique, Genèse d’un État-nation, 1648-1830., Editions Racine, 448 pp, 29,95 euros.

 

Pierre Houart op het «Congrès de la Féderation des Cercles d’Archéologie et d’Histoire», Louvain-la­-Neuve, 2004, in : in : Delta, 1, 2005, p.6

 

« De quelle Belgique vais-je vous parler? Pendant longtemps, on a essayé d’écrire l’histoire de notre pays, en lui donnant comme cadre ses frontières actuelles. Ce qui est logique si l’on s’en tient à la Belgique indépendante de 1830. mais dès lors que l’on re­trace et analyse les événements et les personnages des siècles antérieurs, ce cadre ne convient évidemment plus. Nul besoin à cet égard de rappeler que presque tous les territoires de nos anciennes principautés et provinces furent bilingues et sont au­jourd’hui divisés et répartis à travers plusieurs pays: Belgique, Hollande, Luxembourg, Nord de la France et Rhénanie. Notre histoire, c’est l’évidence même, est donc celle de l’Europe du nord-ouest formée par le Delta Escaut-Meuse-Rhin, et aussi celle de l’Europe médiane.

 

Jacques R. Pauwels, Europese namen voor de wereld, EPO, 2008

 

(p.219) Vooral Frankrijks ‘Grote Revolutie’ van 1789 ondermijnde echter de eeuwenoude ‘feodale’ politieke en sociale structuren in naburige landen en wekte zowat overal in Europa de gevaarlijke krachten van libéralisme, nationalisme en socialisme. Aïs gevolg daarvan deden zich in de loop van de 19e eeuw enkele revoluties voor die nieuwe staten met nieuwe namen deden ontstaan.

 

Als het in Parijs regent, druppelt het in Brussel, zegt men. De Parijse Revolutie van 1830 echode na in de rellen die Brussel in de zomer van dat jaar meemaakte. De opstandelingen – of toch een deel van hen – wilden een Anschluss bij Frankrijk, en Parijs zond troepen om hen daarbij behulp-zaam te zijn. De Britten staken echter stokken in de wielen en het kwam tôt een compromis: aansluiten bij la grande nation mocht niet, maar een scheiding van Nederland mocht wel. Het zuidelijke deel van de Lage Lan­den, dat eeuwenlang achtereenvolgens onder Spaanse, Oostenrijkse en daarna Franse overheersing had gezucht, werd daarmee onafhankelijk. Maar welke naam zou men aan die nieuwe staat geven? Eigenlijk ging het om de ‘Zuidelijke Nederlanden’, maar die naam was te omslachtig en deed te veel denken aan het Nederland waarvan men zich zopas had afgescheurd. Men herinnerde zich dat Caesar het noorden van Gallië Gal-lia Belgica had genoemd, en dat de humanisten in de 16e eeuw de Latijnse term Belgica (of Belgium) hadden gebruikt als een geleerd synoniem voor de Nederlanden in het algemeen, net zoals ze Gallia gebruikten als synoniem voor Frankrijk, Germania voor Duitsland, enzovoort. De term ‘Nederland’zelf werd sinds de scheiding van de Zeventien Provinciën in de 16e eeuw meer en meer geassocieerd met de onafhankelijke, Noordelijke Nederlanden, ook bekend aïs ‘Holland’. De korte en krachtige term Belgica stond nog altijd ter beschikking, en rolde bovendien zowel in zijn Franse als Vlaamse – pardon: Nederlandse – versie goed van de tong. Het werd dus België/Belgique, wat in de grond hetzelfde betekent als Nederland(en) of Pays Bas.

2l   Zie Pauwels, 2007, p.133.

 

Roger E. Buysse,  De namen van de Lage Landen, in: Jacques R. Pauwels, Europese namen voor de wereld, EPO, 2008, p.253

 

De term ‘Nederlanden’ontstond in de late Middeleeuwen aïs een des-criptieve naam voor dat deel van West-Europa dat ongeveer overeenkomt met het gebied van de drie Beneluxstaten. Net aïs zijn Duitse en Engelse cognaten nieder en nether, herkenbaar in Niederlande en Netherlands, duidt het prefix ‘neder’ op een lage ligging, meer bepaald op het laaggelegen (of ‘plat’) land nabij de mondingen van de Schelde, de Maas en de Rijn; tus-sen die stromen bevindt zich echter ook heel wat heuvelland, bijvoor-beeld de Ardennen. Voor de samengestelde vorm ‘Nederlanden’bestaat er een omschreven synoniem: ‘Lage Landen’. Op analoge wijze kent het Engels naast Netherlands het synoniem Low Countries, maar in het Frans gebruikt men uitsluitend Pays-Bas.

Het toponiem ‘Nederlanden’ontstond in het meervoud omdat het een veelheid van ‘landen’betrof. Met die ‘landen’bedoelde men niet de hui-dige staten Nederland, België en Luxemburg, want die bestonden toen nog niet, maar wel de verschillende vorstendommen die gezamenlijk het grondgebied van de Lage Landen vormden, waaronder het hertogdom Bra-bant en de graafschappen Holland en Vlaanderen. De vorstendommen ten westen van de Schelde, bijvoorbeeld Vlaanderen, maakten al eeuwenlang deel uit – althans in théorie – van het Franse Koninkrijk. De gewesten ten oosten en noorden van de Schelde, daarentegen, behoorden nominaal tôt het zogenaamde Heilige Romeinse Rijk, dat wil zeggen het Duitse Keizerrijk. In de 13E eeuw waren de Lage Landen nog een bonté verzame-ling van kleine, min of meer onafhankelijke gebieden – ‘une bigarrure de petits territoires indépendants’,’ schreef Henri Pirenne ooit – die qua taal en politiek verre van homogeen waren.

 

1  Pirenne, p.203. Vertaling: ‘Een lappendeken van kleine onafhankelijke gebieden’.

 

(p.254) De Lage Landen werden doorsneden door een eeuwenoude lingu-istische kloof die het Germaanse taalgebied scherp scheidde van het Romaanse taalgebied, dezelfde ‘taalgrens’die nog altijd België verdeelt. De bevolking ten zuiden van die grens bediende zich van Romaanse dia-lecten zoals de voorganger van de taal die sinds de 19e eeuw Wallon, ‘Waals’, wordt genoemd en het Picardische Frans dat in Artesië en Henegouwen thuishoorde. Boven de taalgrens sprak men Germaanse dialecten, voor-namelijk Frankisch maar ook Saksisch in het noordoosten, en Pries dat verspreid was van in het noordwesten langs de kust tôt aan Zeeland. De moderne taal die Nederlands genoemd wordt, stamt af van het dialect van de Franken, de Germaanse volksstam die ten tijde van de val van het Romeinse Rijk het zuidelijke gedeelte van de Lage Landen veroverde en koloniseerde. Het Westfrankisch werd dominant in het gebied ten noor-den van de taalgrens, maar de etnografische benaming ‘Frankisch’ wist zich niet te hechten aan de taal die we nu het Nederlands noemen, zoals wél gebeurde met de naam van de Germaanse volksstam de Angelen in het geval van de Engelse taal. De term ‘Frankisch’ wordt echter wel gebruikt door filologen bij het periodiseren van de taal, aïs synoniem van ‘Oudnederlands’. Het volgende stadium in de evolutie van die op het Frankisch gebaseerde taal ligt tussen de 12e en het einde van de 15e eeuw en staat bekend aïs ‘Middelnederlands’. Indertijd gebruikte men daarvoor de benaming ‘Diets’; die is afkomstig uit het Vlaamse dialect en morfolo-gisch verwant aan deutsch, de algemene benaming van de West-Germaanse talen op het Europese vasteland doorheen de Middeleeuwen.

De eenmaking van de Lage Landen werd in de late 14e en vooral in de 15e eeuw verwezenlijkt door de hertogen van Bourgondië. Tôt de middelen die daarbij gebruikt werden, behoorden aankoop, oorlog, erfenis en een geschikte huwelijkspolitiek. In de volgende eeuw werd de vereniging van de Lage Landen voltooid door keizer Karel V, de Habsburgse erfgenaam van de Bourgondische dynastie. Keizer Karel – in 1500 in Gent geboren en dus een Nederlander – breidde eerst het territorium uit met de aanwin-sten Friesland, Overijssel, Groningen en Gelderland; daarna voegde hij die mozaïek van gewesten formeel samen in één enkele staat en deed dat inter-nationaal erkennen, onder andere met de zogenaamde Pragmatieke Sanc-tie van 1549. De bedoeling was dat die landen voor altijd zouden samen-blijven onder een en dezelfde vorst, zijn zoon Filips en latere nazaten. De (p.255) nieuwe staat was een federatie van in totaal zeventien ‘provincies’- de voormalige graafschappen, hertogdommen, enzovoort – en de meeste stonden voortaan onder het bestuur van een gouverneur of’stadhouder’. De benaming ‘Zeventien Provinciën’werd dan ook snel een populaire bijnaam voor de Nederlanden.2

 

De 16e eeuw was het tijdperk van de Renaissance en het Humanisme. Het Latijn was toentertijd de taal van de geleerden en van gecultiveerde mensen in het algemeen, en de Latijnse naam voor de Nederlanden in hun geheel, de Zeventien Provinciën, was Belgium of Belgica. Dat gebruik was gebaseerd op het feit dat Julius Caesar in zijn DeBello Gallico het noor-delijke deel van Gallië – dat het huidige België, Zuid-Nederland en delen van Noord-Frankrijk omvatte – Gallia Belgica had genoemd. Zo valt te begrijpen waarom een van de hertogen van Bourgondië, Filips de Goede, postuum de eretitel Conditor Belgiï, ‘stichter van de Nederlanden’kreeg. Ongetwijfeld geïnspireerd door de leeuw die prijkte op de wapenschilden van talrijke Nederlandse gewesten, in Vlaanderen sinds de 12e eeuw, stelden humanistische cartografen op hun landkaarten de gezamenlijke Nederlan­den – van boven in Friesland tôt helemaal onderaan in Luxemburg – voor aïs een leeuw, en ze noemden dat dier de Léo Belgicus, ‘leeuw der Nederlan­den’. Geen wonder dat een leeuw – rechtstaand, met in de ene klauw een zwaard en in de andere een pijlenbundel aïs symbool van eenheid – vanaf 1578 het embleem was op de vlag van de Staten-Generaal, het ‘parlement’ van de Nederlanden. Diezelfde ‘leeuw der Nederlanden’ is nu nog terug te vinden op de wapenschilden van Nederland, België en Luxemburg.

 

Keizer Karels zoon Filips erfde van zijn vader niet alleen de troon van Spanje, waar hij heerste aïs koning Filips II, maar in 1555 ook de Neder­landen. Daar regeerde hij op politiek vlak zo autoritair en op godsdien-stig vlak zo intolérant tegenover het opkomende protestantisme, dat het in de jaren 1560 tôt een opstand kwam, geleid door Willem van Oranje. De rebellen of’geuzen’uit allé provincies concentreerden hun strijdkrachten in het beter verdedigbare gebied ten noorden van de grote rivieren. Zo konden uiteindelijk de noordelijke provincies van de Nederlanden, zeven in getal, hun onafhankelijkheid winnen; ze vormden de Republiek der

 

2 Die 17 provincies bestonden uit 4 hertogdommen (Brabant, Limburg, Luxemburg, Gelre), 7 graafschappen (Holland, Zeeland, Zutphen, Vlaanderen, Artesië, Henegouwen, Namen), 1 markgraafschap (Antwerpen) en 5 heerlijkheden (Mechelen, Utrecht, Overijssel, Friesland, Groningen).

 

(p.256) Verenigde Nederlanden, die ook bekend geraakte aïs de ‘Zeven Provinciën’. In de zuidelijke provincies bleef de koning van Spanje heer en mees-ter, dus noemde men dat gebied de ‘Spaanse Nederlanden’, of ook wel de ‘Zuidelijke Nederlanden’. De scheiding van de Nederlanden in ‘Noord’en ‘Zuid’was al omstreeks 1600 een voldongen feit, maar werd slechts offici-eel erkend in 1648 in het Verdrag van Westfalen.

In de ‘gouden’17e eeuw werd de Republiek der Verenigde Nederlanden een zeevarende macht van wereldrang. De provincie Holland openbaarde zich daarbij aïs de economische, politieke en culturele locomotief van het land, dus werd die naam in het buitenland bij wijze van parspro toto almaar meer gebruikt om te verwijzen naar de Noordelijke Nederlanden in hun geheel. Het toponiem Holland stamt af van boltlant, ‘houtland’; het graaf-schap was in de Middeleeuwen immers dicht bebost. Het ‘hol’ in de benaming heeft – nadat de t weggevallen was door assimilatie -verkeerdelijk de indruk gewekt dat de term ‘Holland’een laaggelegen gebied aanduidde.

In de 16e eeuw waren de Nederlanden veeltalig. Diets was het meest ver-spreide idioom, op de voet gevolgd door het politiek belangrijkere Frans, dat aan het hof en door de hoge adel werd verkozen. In de randgebieden werden minderheidstalen gesproken: Pries in het uiterste noorden en Letze-burgisch, een vorm van Duits, in de oostelijke helft van Luxemburg. ‘Diets’, de oorspronkelijk Vlaamse benaming voor de Germaanse taal van de meer-derheid der inwoners van de Nederlanden, was op het einde van de Mid­deleeuwen verdrongen door ‘Duits’, de Brabants-Hollandse variant, maar in de eerste helft van de 16e eeuw maakte de term ‘Nederlands’zijn intrede. ‘Duits’had het nadeel dat het ook de taal van Duitsland opriep; daarom sprak men in de tweede helft van de 16e eeuw liever van ‘Nederduits’. De twee benamingen met het prefix ‘neder’ zouden gedurende niet minder dan drie eeuwen met elkaar concurreren: het noorden van de Nederlanden gaf de voorkeur aan ‘Nederduits’, het zuiden aan ‘Nederlands’. Pas in de tweede helft van de 19e eeuw zou ‘Nederlands’aïs taalbenaming triomferen. Een van de redenen waarom ‘Nederduits’uiteindelijk moest wijken, was dat die term ook leidde tôt verwarring met de taal van Duitsland, meer bepaald de noor-delijke variant ervan, die in het Duits zelf Niederdeutsch wordt genoemd.3

Voor de noordelijke en zuidelijke varianten van het Nederlands, die in de huidige staten Nederland en België worden gesproken, bestaan er

3      Claes, p.271.

(p.258) twee populaire terrnen: ‘Hollands’en ‘Vlaams’. De opkonist van de term ‘Vlaams’en zijn buitenlandse equivalenten werd in de late Middeleeuwen bevorderd door Vlaanderens grote internationale reputatie op het gebied van handel, nijverheid en kunst. Vooral de Fransen gebruikten de term flamand, eigenlijk het dialect van het graafschap Vlaanderen, om te ver-wijzen naar de Dietse taal van de Lage Landen in het algemeen. lets gelijk-aardigs gebeurde met de term ‘Hollands’in de 17e eeuw, na de scheiding van de Nederlanden. De naam van het dialect van de machtigste provincie in de Republiek begon daar de Nederlandse/Nederduitse taal van het Noor-den in het algemeen aan te duiden.4

 

De etymologie van ‘Vlaming’ en ‘Vlaanderen’is omstreden. Volgens de prevalente hypothèse zijn de twee benamingen gevormd met het Germaanse woord flama of flauma, dat ‘vloed’of ‘stroming’ betekent. Dat had betrekking op het vlakke land nabij de Noordzee, een moeras-sig landschap dat dunbevolkt was en van de 3e tôt de 9e eeuw geteisterd werd door overstromingen. In de laat-Romeinse tijd waren zich in die streek Germaanse stammen, namelijk Friezen en Saksen, komen vesti-gen, getuige daarvan de Romeinse benaming litus Saxonicum, ‘Saksische kust’. Om de inwoners van die landstreek te benoemen voegde men aan de wortel flama het suffix ‘ing’ toe, en zo ontstond het etnoniem Flaming (vgl. Tervinga, ‘bosbewoner’). Vermoedelijk werd bij de vorming van het woord ‘Vlaanderen’aan de wortel flama het suffix aria gehecht, of een variant ervan (vgl. Toxandria, ‘Kempenland’).5 Onder de invloed van d werd de m van flama daarna omgevormd tôt n en zo zou het toponiem Flandria – Germaans Flandra – ontstaan zijn dat het vloedland langs de Noordzee beschreef.

De naam ‘Vlaanderen’verscheen voor de eerste maal in een Latijnse tekst uit de 8e eeuw, in de vorm in Flandris; de Vlamingen worden daarin Flandren-ses genoemd. lets later verscheen de naam pagus Flandrensis voor een admini-stratief gewest van het Frankische rijk. Oorspronkelijk bestreek die ‘Vlaamse gouw’ alleen het gebied ten noordwesten van Brugge, maar de graven van Vlaanderen maakten dat Flandria veilig tegen de Vikingaanvallen en breid-den het uit door samenvoeging met verscheidene naburige gouwen, onder

4      In de Republiek der Nederlanden werd naast ‘Hollands’natuurlijk ook nog Fries gesproken.

5      Carnoy, p.123, associeert het woord wander, ‘zwerver’, met het tweede deel van de samenstelling.

 

(p.259) andere die van Cent en Kortrijk. Vroege Latijnse vermeldingen van de gouw staan geregeld in het meervoud, bijvoorbeeldFlandriae. Die meervoudsvorm komt ook terug in het Engelse Flanders, het Duitse Flandern, het informele Franse les Flandres en natuurlijk ‘Vlaanderen’en ‘de Vlaanders’.

In het midden van de 16e eeuw voerden humanisten de Latijnse term Belgica (of ook wel Belgium) in aïs geleerd synoniem voor de nog ongeschei-den Nederlanden, dus voor allé zeventien provincies. Het voorbeeld daar-voor vonden ze in de Romeinse benaming Gallia Belgica die verwees naar het noordelijke deel van Gallië. Ook de taal, die toen zowel Nederduits aïs Nederlands werd genoemd, kreeg de naam Belgicus in het Latijn, en de geloofsbelijdenis van de hervormden in de Nederlanden, opgesteld door Guido de Brès in 1561, had aïs titel Confessio Belgica, wat vertaald kan worden aïs ‘Geloofsbelijdenis van de Nederlanden’. Dat met Belgica of Bel­gium de Nederlanden in hun geheel bedoeld waren, dus van Friesland in het noorden tôt en met Luxemburg in het zuiden, werd overduidelijk gemaakt op de voorpagina van een beschrijving der Nederlanden, Totius Belgii Descriptio, door de Italiaanse aardrijkskundige Ludovico Guicciardino, in de Amsterdamse uitgave van 1648. Daarop stond te lezen: ‘Belgium dat ist: Nederlandt.’

Na ongeveer twee eeuwen scheiding werden de Noordelijke en Zuidelijke Nederlanden herenigd door het Congres van Wenen van 1814-1815 in een ‘Koninkrijk der Nederlanden’, waarvan de Franse naam Royaume des Belgique* luidde. De Latijnse term Belgica deed dus nog altijd dienst aïs synoniem voor de Nederlanden. Toen het in 1830 kwam tôt een twee-de scheiding van de Lage Landen, behield het noordelijke deel de naam Nederlanden, en koos men in het zuiden voor het alternatief, ‘België’, waarvan de Franse vorm, Belgique, het Latijnse Belgica oproept. Eigenlijk was het al de tweede keer in de geschiedenis dat die term werd toegepast op het zuiden van de Nederlanden. In 1790 waren de Zuidelijke Neder­landen namelijk in opstand gekomen tegen de Oostenrijkse overheer-sers. Bij die zogenaamde Brabantse Omwenteling werd een republiek uitgeroepen die in Amerikaanse stijl de naam Etats belgiques unis kreeg, ‘Verenigde Belgische Staten’; de term belgique fungeerde daar aïs bijvoeg-lijk naamwoord. De burgers van die republiek, die na ongeveer een jaar door de Oostenrijkers werd heroverd, noemden zichzelf trots ‘Belgen’. Het was een précèdent dat in 1830 navolging vond.

(p.260)  Caesar was de eerste die (schriftelijk) met de benamingen Belgae en Bel­gica verwees naar het volk en het gebied van de Lage Landen en Noord-Frankrijk. Maar waar kwamen die termen vandaan? Waarschijnlijk was Belgae een bestaande, heel oude volksnaam toen Caesar er kennis mee maakte en hem latiniseerde. Volgens de conventionele verklaring zou in Belgae (en dus ook in Belgica) een Indo-Europese wortel schuilen, name-lijk bhelgh, die ook terug te vinden is in Nederlandse woorden zoals ‘balg’, Verbolgen’en ‘gebelgd’en in de Engelse woorden to bulge (‘opzwellen’), belly (‘buik’) en bellows (‘blaasbalg’). De Belgae van weleer waren naar ver-luidt driftige kerels die zich snel (figuurlijk gesproken) dik maakten en opbliezen om er groter en vreesaanjagender uit te zien en zo hun vijan-den te intimideren. Het gaat echter om een conjectuur die gebaseerd is op niets meer dan de fonologische gelijkenis tussen ‘Belg’ en ‘(blaas)balg’.6

 

Volgens een andere, meer overtuigende hypothèse is ‘Belg’ een ‘niet-Indo-Europees substraatwoord’; anders gezegd: een woord uit een van de zogenaamde ‘substraattalen’die in Europa werden gesproken voor de Indo-Europeanen er kwamen opdagen, vermoedelijk in het tweede millennium voor Christus. Tot die ‘substraattalen’behoorden onder andere het Etruskisch en ook het Baskisch dat nu nog springlevend is. Bovendien waren de substraattalen verwant aan de idiomen van de grote beschavingen van het Midden-Oosten, bijvoorbeeld het Akkadisch, het Fenicisch en het Hebreeuws, zonder uitzondering talen waarmee filolo-gen goed vertrouwd zijn. Het Baskisch, Sumerisch en vrijwel allé dode en levende Semitische en andere Afro-Aziatische talen kunnen dus dienst-doen aïs een soort ‘Steen van Rosetta’, met andere woorden: ze kunnen ons helpen om de geheimen te ontsluieren van topo- en etnoniemen die stammen uit de tijd voor de aankomst in Europa van de sprekers van Indo-Europese talen.7

De Italiaanse paleofiloloog Giovanni Semerano, een groot kenner van de oude talen van het Midden-Oosten, is tôt de conclusie gekomen dat Belgica en Belgae inderdaad stammen uit een niet-Indo-Europese ‘sub-

6      In Maurits Gysselings Toponymisch Woordenboek, bijvoorbeeld, staac het volgende te lezen: ‘
« BELGAE » (les habitants de Belgica): […] de [l’]I[ndo-|E|uropéen] bhelgh- « gonfler » au sens conservé en a[ncien]a[nglais] belgdn « être en colère », n[eder]l[andsj verbolgen « en colère » ‘.

7      Pauwels, 2006, pp. 10-15. Voor de invloed van substraattalen op het Nederlands,i-.ieMarlies
Philippa, Frans Debrabandere en Arend Quak, Etymologisch Woordenboek van hetNederlands, deel 1: A t/m E, Amsterdam, 2003.

 

 (p.260) straattaal’, dat het onomastische fossielen zijn uit een heel ver verleden. Belgica en Belgae, legt hij uit, zijn cognaten van het Akkadische palag en het Hebreeuwse peleg, waarvan de betekenis ‘water’ in het algemeen kon zijn, maar ook meer specifiek ‘waterloop’, ‘stroom’ of ‘zee’. (Vanuit een of andere substraattaal sloop die term ook het Indo-Europese Grieks bin-nen in de vorrn van pelagos, ‘zee’.) De betekenis van Belgica was dus ‘land nabij het water/de zee’, en het etnoniem Belgae betekende Volk dat nabij het water/de zee woont’.8 Die beschrijving past opperbest bij de Belgae in het begin van onze jaartelling, want er woonden ‘Belgische’ stammen, niet uitsluitend in het noorden van Gallië maar ook in het zuidoosten van Engeland. In de termen Belgae en Belgica werd duidelijk gezinspeeld op de wateren die zich uitstrekken tussen enerzijds Engeland en ander-zijds Frankrijk en de Lage Landen, dus de zee-engte van het Kanaal en de Noordzee.

‘België’ is sinds 1830 de naam van het land dat in vroeger tijden de Zui-delijke Nederlanden werd genoemd. In zijn Latijnse vorm Belgica, of Bel-gium, was de naam al in de 16e eeuw een synoniem voor de gezamenlijke Nederlanden. De Nederlanden zijn eveneens bekend aïs de ‘Lage Landen bij de Zee’ – de ‘Pelagische Landen’zou men op zijn Grieks kunnen zeg-gen. ‘Land nabij de zee’ blijkt echter ook de oorspronkelijke betekenis van ‘België’ te zijn geweest in een oeroude substraattaal. We kunnen dan ook zeggen dat Nederland en België het onomastische erfgoed van hun gemeenschappelijke voorouder, de Nederlanden, eerlijk hebben verdeeld. Nederland erfde de inheemse naam die in de 16e eeuw gebruikelijk was voor de Zeventien Provincies, en België mag tevreden zijn met de njne humanistische versie van diezelfde landsnaam.

 

8     Semerano, 1984, p.354.

 

Le 21 juillet

 

Te Deum : cantique d ‘action de grâce qui commence par ces deux mots (« Toi dieu » en français), écrit par versets comme le « Magnificat », d’auteur inconnu (on l’a attribué à saint Nicetas de Remésiana, fin du 4e siècle).

En usage en 1866 après l’avènement de Léopold II (Léopold I était protestant), à la date du 15 novembre, jour de la Saint-Léopold et, par une heureuse coïncidence, de la Saint-Albert.

Les évêques prirent l’initiative de créer cette célébration pour les Fêtes du 21 juillet et du Roi.