Grands techniciens belges / Beroemde Belgische technici

1479 - Lodewyk van Berken (Louis De Bercken)

in: Yves Vander Cruysen, Curieuses histoires des inventeurs belges, éd. Jourdan, 2012, p.265-273

 

Lodewyk van Berken

Louis De Berken (seconde moitié du XVe siècle) a inventé, en 1479, la technique de la taille du diamant. Il devint le joaillier personnel de Charles le Téméraire, lui taillant les plus beaux bijoux de son temps.

(in: J.-L. Huens, Histoire de Belgique, T1)

1600 Simon Stevin vond de zeilwagen uit

(HLN, 09/09/2017)

1600s – Simon Stevin

 

 

Exposition Simon Stevin, L’émergence de la nouvelle science, LB 24/08/2004

 

LA MAQUETTE DU CHAR A VOILE invent√© par Simon Ste¬≠vin et qui transporta 25 person¬≠nes √† du 35 km √† l’heure sur la plage de Scheveningen au XVIIe si√®cle sera une des pi√®ces ma√ģ¬≠tresse de l’exposition que la Bi¬≠blioth√®que royale de Belgique consacre √† ce touche √† tout de g√©nie. Dans le cadre de la pr√©si¬≠dence n√©erlandaise de l’Union europ√©enne, la Biblioth√®que pr√©sente du 17 septembre au 30 octobre prochain une expo¬≠sition consacr√©e √† Simon Stevin ( 1548-1620).

Partisan de Copernic en astro¬≠nomie, il s’int√©ressa aux fortifi¬≠cations comme √† la musique, √† la navigation et √† la notation des nombres. C’est ainsi qu’il in¬≠venta notamment une notation nouvelle des d√©cimales.

 

1600s - Ferdinand Verbiest, inventeur de la première automobile (avant Cugnot)

1600s

in: Yves Vander Cruysen, Curieuses histoires des inventeurs belges, éd. Jourdan, 2012, p.55-58

 

Depuis des d√©cennies, les manuels scolaires attribuent √† Joseph Cugnot la r√©alisation de la premi√®re automobile. Mais si l’on s’en tient √† l’√©tymologie du mot, cette invention devrait √™tre accor¬≠d√©e au p√®re Ferdinand Verbiest. Un si√®cle avant la pr√©sentation du c√©l√®bre fardier, il avait d√©j√† r√©ussi √† faire se mouvoir un petit v√©hicule √† vapeur. Cela se passait ni plus ni moins qu’√† la Cour de l’Empereur de Chine.

Ferdinand Verbiest est n√© √† Pittem, pr√®s de Tielt, le 9 octobre 1623. Proche des Seigneurs de l’endroit, il fait des √©tudes compl√®¬≠tes chez les j√©suites de Bruges, puis de Courtrai. Il √©tudie ensuite la philosophie √† l’Universit√© de Louvain o√Ļ il d√©couvre aussi, aux c√īt√©s du p√®re Taquet, tout le g√©nie des math√©matiques. Mais ses priorit√©s sont ailleurs. Re√ßu novice √† Malines en 1641, professeur au Coll√®ge de Bruxelles en 1647, il s√©journe √† Rome en 1652 pour approfondir ses connaissances th√©ologiques, puis se rend √† S√©ville o√Ļ il est proclam√©, en avril 1655, docteur es th√©ologie.

√Ä ce moment, le j√©suite qu’il est devenu aspire √† partager sa foi avec des peuples lointains. Il r√™ve d’Am√©rique du Sud. Mais c’est vers la Chine qu’il obtient, en 1658, une mission. Le voyage est √©puisant ; sept de ses coll√®gues vont d’ailleurs succomber en cours de route. Sur place, il accompagne le p√®re Couplet dans l’√©vang√©lisation de la province de Shanxi. Mais il n’y reste pas longtemps. Ayant √©t√© averti de ses comp√©tences math√©matiques, le p√®re Adam Schall von Bell obtient sa mutation √† P√©kin pour l’associer √† ses travaux astronomiques. Ses connaissances vont cependant tr√®s vite cr√©er des jalousies, surtout parmi les scienti¬≠fiques ou pseudo-scientifiques chinois qui n’h√©sitent pas √† l’accu¬≠ser d’imposture. Il est vrai que l’astronomie chinoise est encore bas√©e sur des traditions que d’aucuns n’h√©sitent pas √† qualifier de manipulatrices. Le 16 novembre 1664, il est ainsi arr√™t√© avec son mentor. Ils sont inculp√©s pour conspiration contre l’Etat, calculs astronomiques erron√©s et propagation de superstitions. Mais il en faut plus pour d√©sar√ßonner Ferdinand Verbiest. Profitant d’un tremblement de terre, il obtient des autorit√©s sup√©rieures de pouvoir confondre ses accusateurs dans une s√©rie d’√©preuves astronomiques contradictoires dont il triompha brillamment. Il en profita pour d√©noncer les f√Ęcheuses erreurs dont ses d√©tracteurs avaient afflig√© le calendrier chinois.

Il entre ainsi dans les faveurs du jeune empereur Kangxi, qui le nomme pr√©sident de la ¬ęCour supr√™me des sacrifices imp√©riaux¬Ľ. Verbiest l’appellera son tribunal supr√™me des math√©matiques. Il est aussi nomm√© vice-pr√©sident de l’Observatoire de P√©kin, qu’il dote d’instruments parmi les plus performants de l’√©poque. Il fait construire une sph√®re armillaire zodiacale, une sph√®re √©quinoxiale, un sextant, un globe c√©leste, qui font la fiert√© de l’Empereur et du peuple chinois. C’est d’ailleurs toujours le cas de nos jours.

Verbiest est donc bien en cour. Il devient le secr√©taire de l’empereur; prend en charge l’organisation du minist√®re des travaux publics ; l’accompagne, √† ce titre, dans ses d√©placements en province. Pour mieux le prot√©ger, il l’√©quipe de canons d’une puissance exceptionnelle. Pour l’aider √† construire un mausol√©e,

il invente des outils de levage, tel le ¬ęglossocome¬Ľ, une sorte de cric compos√© de roues dent√©es permettant d’√©lever les fardeaux les plus lourds. Il initie aussi son ma√ģtre √† sa religion et le distrait de mille et une mani√®res, notamment en cr√©ant un orgue hydraulique dont le vent √©tait comprim√© par la pression de l’eau. C’est dans ce cadre qu’il construit, probablement en 1679, un petit chariot √† vapeur capable de se mouvoir de mani√®re autonome.

Dans un de ses ouvrages, intitul√© Astronomia Europae, pr√©cieu¬≠sement conserv√© √† la biblioth√®que de New York, il d√©crit son invention : ¬ę Faite en bois, elle mesurait 2 pieds de long (environ 65 centim√®tres) et √©tait actionn√©e par un √©olipyle que chauf¬≠faient des braises ardentes. Le jet de vapeur frappait une roue horizontale comportant des pales et engrenant les roues motrices avant. Au milieu de l’axe des roues post√©rieures, un timon tr√®s flexible √©tait reli√© √† une roue d’un diam√®tre plus grand, facile √†

manŇďuvrer. ¬Ľ

Le chariot fut essay√© dans la grande cour du palais de P√©kin. Il tourna en rond, de mani√®re tout √† fait autonome, pour le plus grand amusement de la Cour, qui le conserva pr√©cieusement. Il servit d’ailleurs de mod√®le, au d√©but du XVIIIe si√®cle, au p√®re Grimaldi qui, toujours en Chine, r√©it√©ra l’exp√©rience. Et il fallut attendre 1763 pour qu’en France, Joseph Cugnot fasse de m√™me, d’ailleurs sans plus de succ√®s, son ¬ęfardier¬Ľ se r√©v√©lant difficile √† manŇďuvrer. Pour l’anecdote, sa premi√®re sortie s’acheva dans un mur. Il n’avait pas √©t√© √©quip√© de freins.

L’invention de Verbiest √©tait certes un jouet mais, sur le plan √©tymologique, il fut bel et bien une automobile, c’est-√†-dire se mouvant par soi-m√™me. M√™me si le terme n’est apparu dans le vocabulaire qu’en 1890.

Le p√®re Verbiest n’en tira aucune gloire. Du moins en Europe, ¬įu il fut presque oubli√©. Ce qui ne fut pas le cas en Chine. Elev√©

√† la dignit√© de mandarin sous le nom de Nan-Hai-Jin, ce qui signifie dans la langue locale ¬ęcordialement humain¬Ľ, il succom¬≠bera √† P√©kin le 28 janvier 1688. Et au panth√©on chinois, il figure, aujourd’hui encore, au nombre des 108 personnalit√©s qui ont marqu√© l’histoire de l’Empire du soleil. La Belgique l’a pourtant oubli√©, n’√©voquant m√™me pas son nom ou ses inventions lors de l’exposition universelle de Shangha√Į dans un pavillon exhibant pourtant fi√®rement les plus grands Belges de tous les temps!

 

1600s

Lou Van Beirendonck, Lieven Verbrugge, Les Belges sont formidables, Vous en doutiez ?, éd. Brillant, 2005

 

Le pr√™tre et missionnaire Ferdinand Verbiest (1623-1688) a con√ßu √† la Cour de Chine un pr√©curseur de l’automobile. Il a mont√© une bouilloire sur un petit four avec des pales, des rouages et des roues, et a fait rouler cet engin √† vapeur pendant une heure dans les couloirs du palais. Verbiest a √©galement r√©alis√© un globe terrestre, des cadrans solaires, des clepsydres, un thermom√®tre, une cam√©ra obscura et des pompes √† eau hydrauliques pour lutter contre les inondations. Un charpentier de chez nous a permis de pomper l’eau de la Seine sur 162 m√®tres pour alimenter les fontaines de Versailles sous Louis XIV. Ren√© ou Rennequin Sualem (1645-1708) a √©t√© le premier ‘ing√©nieur’ du roi. Il a con√ßu une construction en bois que le peintre anglais Turner a immortalis√©e dans une aquarelle.

 

1600s - Louis de Geer, financier et investisseur industriel, père de l'industrie du fer en Suède

1605 - eerste krant : "Nieuwe Tijdinghe" (verantw. Abraham Verhoeven) (Antwerpen)

1700s - Jean-Jacques Dony, chercheur

(Yves Vander Cruysen, Curieuses histoires des inventeurs belges, éd. Jourdan, 2012)

1700s - Hubert Sarton, inventeur de la première montre à rotor

in: Yves Vander Cruysen, Curieuses histoires des inventeurs belges, éd. Jourdan, 2012, p.69-72

 

Depuis plus de vingt ans, une pol√©mique oppose les historiens de l’horlogerie quant √† l’attribu¬≠tion de l’invention de la montre automatique. La Suisse revendique ce titre pour Abraham-Louis Perlet, dont la maison est l’une des plus prestigieuses du pays. Mais √† Li√®ge, on attribue cette invention √† Hubert Sarton. Preuves √† l’appui, un chercheur fran√ßais vient de remettre les pendules √† l’heure : c’est bien sur les bords de la Meuse que fut con√ßue la premi√®re montre √† rotor.

Dieudonn√©-Hubert Sarton est ce que l’on peut appeler un g√©nie inventif. C’est en tous les cas le qualificatif utilis√© par la Ville de Li√®ge pour rappeler sur une st√®le scell√©e sur sa maison natale combien sa cr√©ativit√© fut grande. Mais aussi combien la Cit√© ardente est fi√®re de son enfant. C’est, en effet, √† Li√®ge que celui-ci fut baptis√©, le 3 novembre 1748. Et c’est aupr√®s de son oncle et parrain, Dieudonn√© Sarton qu’il fait l’apprentissage, d√®s son plus jeune √Ęge, des techniques horlog√®res. Le gamin est dou√©. Il n’est donc pas √©tonnant qu’il soit envoy√© en stage √† Paris dans l’atelier de Pierre Leroy. Mais il retrouvera bien vite les bords de Meuse, y ouvrant son propre atelier et sa propre boutique. √Ä la belle saison, en revanche, c’est √† Spa qu’il installait ses cr√©ations, faisant r√™ver, avec ses multiples et extravagants instruments de pr√©cision, la riche et noble client√®le fr√©quentant la ville d’eau.

Habile m√©canicien, notre homme est, en effet, d’une grande inventivit√©. Il est ainsi l’auteur d’une splendide et grande pendule, ¬ę montrant le lever et le coucher du soleil et les phases de la lune ¬Ľ que va tr√®s vite acheter Charles de Lorraine, faisant de lui l’horloger-m√©canicien officiel du Gouverneur g√©n√©ral des Pays-Bas autrichiens. Mais aussi d’un cadran manuel de l’√©quation du temps, d’une machine pour l’extraction du charbon de terre, d’un r√©gulateur de compensation, d’une machine hydraulique destin√©e √† remplacer la machine de Marly, si ch√®re √† Rennequin Sualem, d’un chronom√®tre autographique, d’un moulin √† vent r√©volutionnaire et d’un fauteuil mouvant √† volont√©. Mais, sans qu’il en ait profit√© de son vivant, c’est √† son invention d’une montre enti√®rement automatique qu’il doit aujourd’hui sa tardive immortalit√©.

Sa sp√©cificit√© est qu’elle est √©quip√©e d’un dispositif unique, appel√© rotor. C’est une esp√®ce de battant en cuivre, permettant √† la montre de se remonter par le mouvement de la marche de la personne qui la porte dans son gousset.

Pendant plus de deux si√®cles, pourtant, cette invention lui fut contest√©e. En Suisse, en effet, la v√©n√©rable maison Perrelet base toute sa promotion sur le fait que son fondateur fut le v√©ritable cr√©ateur de la montre automatique, dite √† rotor. Cela se serait pass√© en 1777. Mais elle n’apporte aucune preuve. Si ce n’est une note au crayon d’un certain Horace-Benedict de Saussure √©crivant ¬ęavoir rencontr√©, en 1777, M. Perlet, l’inventeur de montres qui se remontent par le mouvement de celui qui les porte. ¬Ľ C’est tout! Les d√©fenseurs d’Hubert Sarton ont, eux, retrouv√© √† Paris le proc√®s-verbal de la 76e et derni√®re s√©ance de l’ann√©e 1778 de la tr√®s s√©rieuse Acad√©mie royale des sciences de Paris. On peut ainsi

y lire, √† la date du 16 d√©cembre 1778, qu’un certain ¬ęmonsieur Sarton, horloger √† Li√®ge, a pr√©sent√© une montre qui se remonte d’elle-m√™me par l’agitation de celui qui la porte¬Ľ. On sait aussi que l’invention fut ensuite analys√©e par deux experts, MM. Leroy et De Fouchy qui confirm√®rent, au bout d’une dizaine de pages, apr√®s exp√©riences, qu’elle √©tait bien d’une ing√©nieuse inventivit√© et qu’elle m√©ritait d’√™tre reconnue comme telle par l’Acad√©mie. On ne peut donc pas fournir plus belle preuve, les brevets d’invention n’existant pas avant 1791.

L’argument ne fut cependant pas suffisant aux yeux du prince des historiens de l’horlogerie, Alfred Chapuis, celui-ci estimant qu’un tel aval de l’Acad√©mie aurait d√Ľ √™tre accompagn√© au minimum d’un sch√©ma. Et il faudra quinze ans de recherches √† Joseph Flores et Andr√© Thiry pour qu’ils r√©ussissent, en ao√Ľt 2009, √† mettre la main sur ¬ęla¬Ľ preuve irr√©futable: un dessin, d√©pos√© par Sarton √† l’Acad√©mie pr√©cit√©e, en septembre 1778, portant le cachet de celle-ci et expliquant le fonctionnement de l’invention afin qu’elle puisse √™tre analys√©e par les experts.

L’invention d’Hubert Sarton est donc, aujourd’hui, incontesta¬≠ble. Seul ce dernier, on l’a dit, ne se sera jamais rendu compte de 1 importance de sa d√©couverte. Avec le d√©veloppement du bracelet-montre, elle va tout simplement bouleverser l’industrie horlog√®re. Elle est d’ailleurs encore utilis√©e de nos jours.

Occup√© √† d’autres inventions, Sarton va d’ailleurs c√©der, d√®s 1787, aux √©tablissements Dubois et fils, install√©s au Locle, le droit de r√©aliser des montres de son invention, ¬ę n’ayant plus le temps de fournir tout ce qu’on lui demandait. ¬Ľ Et c’est en imaginant l’anc√™tre du chronom√®tre qu’il d√©c√©dera, le 18 octobre 1828, dans sa bonne ville de Li√®ge, laissant derri√®re lui une jolie post√©rit√©. L’un de ses fils, pr√©nomm√© √©galement Hubert h√©rita de son esprit inventif. Il imagina un ¬ę moulin √† bl√© au moyen duquel un adolescent de quinze √† seize ans pouvait facilement moudre trois √† quatre cents livres de farine par jour ¬Ľ dont n’aurait pas rougi notre homme. Sa fille Barbe donna, elle, naissance √† Andr√© Dumont, l’un des plus brillants g√©ologues qu’ait connu la Belgique.

1700s - François Villette et les machines électrostatiques

On attribue au Li√©geois Gilles des Marteaux (1722-1776) l’invention d’une m√©thode de gravure imitant le crayon, tr√®s pris√©e au XVIIIe si√®cle. (in: Yves Vander Cruysen, Curieuses histoires des inventeurs belges, √©d. Jourdan, 2012, p.265-273)

1700s - Joseph Merlin, inventeur du patin à roulettes

Lou Van Beirendonck, Lieven Verbrugge, Les Belges sont formidables, Vous en doutiez ?, éd. Brillant, 2005

 

(p.286)¬† Le musicien et ing√©nieur Joseph Merlin (Huy 1735 – Londres 1803) est l’inventeur du patin √† roulettes. Il fabriqua des machi¬≠nes, des montres et des instruments de musique. Merlin fut le premier √† monter des roulettes sur des patins de bois, mais il ne pouvait gu√®re les diriger ni freiner.

 

Vous pensez que les rollerblades’ ou ‘skeelers’ sont des inventions am√©ricaines r√©¬≠centes? L’inventeur de leurs anc√™tres, les patins √† roulettes, s’appelait Joseph Merlin (1735-1803), et √©tait originaire de Huy. Il a mont√© des roulettes sous ses sabots pour circuler plus vite dans les rues de Londres. En 1762, il a m√™me fait une apparition remarqu√©e lors d’un bal masqu√© en patinant dans le salon tout en jouant du violon en virtuose, avant de surprendre tout le monde en atterrissant finalement dans un miroir. M√™me le trolleybus original, un bus ne roulant pas sur rails reli√© √† une ligne √©lec¬≠trique a√©rienne, a des racines belges. C’est le sp√©cialiste en √©lectricit√© Charles J. Van Depoele (1846-1892), un Belge naturalis√© am√©ricain, qui en a eu l’id√©e. La Van Depoele Electric Co. a d’abord introduit ce moyen de transport √† Richmond, Chicago et Toronto. Ce moyen de transport √©cologique a ensuite fait son entr√©e en Europe et dans quelques villes belges.

(VA, 13/02/1988)

1700s / in: Yves Vander Cruysen, Curieuses histoires des inventeurs belges, éd. Jourdan, 2012, p.73-75

Le gaz de ville de Minckelers

 

Jusqu’√† la¬† R√©volution fran√ßaise, Maastricht faisait partie de la Principaut√© de Li√®ge. On peut donc consid√©rer que ses natifs sont, sur un plan g√©ographique, belges. D’ailleurs, Jan-Pieter Minckelers se consid√©rait de la sorte. N√© √† Maastricht en 1748, issu d’une famille de m√©decins et de pharma¬≠ciens, il re√ßoit une solide formation au coll√®ge j√©suite de sa ville natale avant de rejoindre Li√®ge, puis Louvain pour poursuivre ses √©tudes de philosophie et de th√©ologie. Il se destine √† la pr√™trise. Le 2 d√©cembre 1770, il re√ßoit d’ailleurs, √† Li√®ge, le sous-diaconat. Un an plus tard, il devient n√©anmoins professeur de philosophie, mais aussi de logique, de physique et de m√©taphysique au presti¬≠gieux Coll√®ge du Faucon √† l’Universit√© de Louvain.

C’est dans ce cadre qu’il rencontre, en 1783, Louis-Englebert, sixi√®me duc d’Arenberg. /Promoteur de la science et l’art, ce dernier a engag√© un comit√©/ dans le but de trouver celui qui est le moins cher et le plus efficace pour faire voler des ballons. Minckelers va trouver un gaz de houille, quatre fois plus l√©ger que l’air.

Dans son ¬ę m√©moire sur l’air inflammable tir√© de diff√©rentes substances¬Ľ, il √©crit: ¬ęAyant mis de la houille en poudre dans un canon de fusil, j’ai obtenu de l’air inflammable en abondance et tr√®s promptement. ¬Ľ

D’Arenberg est enthousiaste. Car le gaz d√©couvert par Mincke¬≠lers est plus commode et moins dangereux que l’air chaud jusqu’alors utilis√© par les a√©rostiers. Le 16 novembre 1783, soit quatre mois √† peine apr√®s le premier vol des fr√®res de Montgolfier, un certain F. Dey s’envole, avec succ√®s, dans un ballon gonfl√© au gaz de houille. L’exp√©rience se fait √† Heverlee, pr√®s de Louvain, sous le regard de Louis-Englebert d’Arenberg qui a, probablement, financ√© les recherches. Ce dernier est √† ce point convaincu de la commodit√© de la trouvaille de Minckelers qu’il d√©cide, √† son tour, de tenter l’aventure. Elle a lieu, avec le m√™me succ√®s, le 21 novembre 1783.

Mais Minckelers a une autre id√©e. Son gaz de houille est non seulement inflammable mais aussi √©clairant. Il d√©cide de l’utiliser pour alimenter une lampe. L’effet est saisissant. La luminosit√© offerte par son gaz est sans commune mesure avec celle propos√©e, jusqu’√† pr√©sent, par les lampes √† huile et autres chandelles. Il vient donc d’inventer le gaz d’√©clairage, dit gaz de ville. Quelques ann√©es plus tard, Londres est la premi√®re ville √† √™tre dot√©e d’un √©clairage public. M√™me s’il ne put jamais s’en rendre compte, les travaux de Minckelers n’y sont pas √©trangers.

La R√©volution braban√ßonne va d’ailleurs mettre fin √† ses recher¬≠ches. Il retourne √† Maastricht o√Ļ il reprend la pharmacie familiale. Pour ce faire, il est m√™me oblig√© de repasser des examens. √Ä 56 ans. Mais il ne se contente pas de tenir l’officine de son p√®re. Sa cit√© natale fait tr√®s vite appel √† ses qualit√©s p√©dagogiques. Il participe ainsi au lancement de l’√©cole centrale de Maastricht o√Ļ il enseigne la physique et la chimie. Ses amis scientifiques bruxellois ne l’ont pas oubli√©. Le 3 juillet 1816, il est nomm√© membre de la prestigieuse Acad√©mie royale des sciences et belles lettres. Il d√©c√®de le 3 juillet 1824. Aujourd’hui encore, une statue le repr√©sentant, une flamme √† la main rappelle sa m√©moire dans le centre de Maastricht.

Jean-Pierre Minkelers inventa l'éclairage au gaz.

(LB, 30/07/1996)

1787 - Hubert Sarton (Liège) invente le système 'rolex'

in: Lou Van Beirendonck, Lieven Verbrugge, Les Belges sont formidables, Vous en doutiez ?, éd. Brillant, 2005

 

Le syst√®me Rolex, gr√Ęce auquel la montre se ‘remonte’ seule gr√Ęce aux mouvements de la personne qui la porte, avait d√©j√† √©t√© invent√© par l’horloger li√©geois Hubert Sarton, en 1787.

1700s - Rennequin Sualem invente une machine hydraulique pour le ch√Ęteau de Versailles.

(J.N., in: L.B., s.d.)

1800s - Joseph Plateau, inventeur du cinéma

Ds, Le phénakistiscope, LB 13/07/1996

 Etape déterminante vers le cinéma, l’invention de Joseph Plateau fit carrière comme jouet.

 

Van Beirendonck Lou, Verbrugge Lieven, Les Belges sont formidables, Vous en doutiez ?, éd. Brillant, 2005

Le précurseur belge du film

Le Gantois Joseph Plateau (1801-1883) a inventé le film en 1833 dans le cadre de

(p.309) ses recherches visant √† fixer des images mobiles. Le ph√©nakistiscope, un disque rotatif repr√©sentant un danseur effectuant une pirouette, donnait une illusion de mouve¬≠ment. Le stroboscope est √©galement une invention de Plateau. Cet appareil, que l’on trouve aujourd’hui dans les discoth√®ques les plus branch√©es, g√©n√®re des impulsions lumineuses rapides donnant l’illusion que les objets mobiles bougent tr√®s lentement ou semblent m√™me √† l’arr√™t. Le destin de Plateau est moins joyeux: il est devenu aveugle d’avoir trop regard√© le soleil afin d’en √©tudier ses effets sur la r√©tine.

in: Yves Vander Cruysen, Curieuses histoires des inventeurs belges, éd. Jourdan, 2012, p.105-108

 

Si les Fr√®res Lumi√®re sont consid√©r√©s comme √©tant les p√®res du cin√©ma, Joseph Plateau en est l’incontestable grand-p√®re. Physi¬≠cien, il d√©couvrit la synth√®se du mouvement et inventa, d√®s 1832, le ph√©nakistiscope, l’anc√™tre du projecteur cin√©matographique. Le 7e Art ne l’a pas oubli√©, son nom ayant longtemps √©t√© associ√© √† la remise des prix du cin√©ma belge.

Joseph-Antoine-Ferdinand Plateau est né à Bruxelles, le 14 octobre 1801,

au sein d’une famille artistique. Son p√®re n’est autre qu’Antoine Plateau, le ¬ę peintre des fleurs ¬Ľ que s’arrachait, au XVIIIe si√®cle, l’aristocratie belge pour d√©corer ch√Ęteaux de plaisance et autres maisons de ma√ģtre. Son grand-p√®re √©tait, lui, un ma√ģtre-repousseur r√©put√© dans la r√©gion tournaisienne. C’est donc tout naturellement que notre homme se retrouve, d√®s son plus jeune √Ęge, √† l’Acad√©mie de dessin. Mais la mort pr√©matur√©e de ses g√©niteurs va r√©orienter son destin. Joseph Plateau n’a que quatorze ans. Recueilli par un oncle, avec lequel, soit dit en passant, il raconte avoir assist√© √† la bataille de Waterloo, il est pri√© de rejoindre l’enseignement classi¬≠que qu’il va suivre √† l’Ath√©n√©e royal de Bruxelles. Son intelligence

est tout de suite rep√©r√©e. Elle lui permet de sauter plusieurs classes et de se retrouver rapidement sur les bancs de l’Universit√© de Li√®ge dans la facult√© de philosophie et lettres. Mais la litt√©rature ne l’int√©resse pas plus que cela et, d√®s la fin de ses candidatures, il pr√©f√®re rejoindre la facult√© de droit.

La vie universitaire le rend curieux. Poussant un jour, presque par hasard, la porte d’un cours de chimie, il se d√©couvre une passion irr√©sistible pour les sciences de l’observation. Sa d√©cision est prise : il va mener de front ses √©tudes de Droit et de Physique. Mais il n’a pas le sou. Dot√© d’un dipl√īme de candidat en sciences physiques et math√©matiques, il accepte un poste de professeur de math√©matique √† l’Ath√©n√©e de Li√®ge tout en poursuivant ses √©tudes universitaires.

Sa th√®se de doctorat n’a cependant rien √† voir avec les math√©¬≠matiques qui l’ont pourtant nourri. Elle a trait aux impressions produites par la lumi√®re sur l’organe de la vue et est illustr√©e par plusieurs exp√©riences in√©dites. Il devient ¬ęle¬Ľ sp√©cialiste de la persistance r√©tinienne. Pour lui, les images que nous recevons de l’ext√©rieur se forment au fond de notre Ňďil sur une couche sensible appel√©e la r√©tine. Cette r√©tine envoie ¬ę le message visuel ¬Ľ √† notre cerveau par l’interm√©diaire du nerf optique. La r√©tine poss√®de une substance, le ¬ępourpre r√©tinien¬Ľ, qui est d√©compos√© par la lumi√®re mais se reforme extr√™mement vite, en environ l/12√®me de seconde. Mais il existe toutefois une rupture, √† cause de ce tr√®s court instant. Il constate qu’il suffit donc de regarder des images qui d√©filent √† un rythme de plus de douze images par seconde pour avoir l’impression qu’elles se suivent sans rupture.

Pour mettre en pratique sa d√©couverte, Joseph Plateau invente, en 1833, le ph√©nakistiscope, un nom compliqu√©, inspir√© des mots grecs ¬ę phenax ¬Ľ et ¬ę skopein ¬Ľ et voulant √©voquer une illusion d’optique.

Il s’agissait en fait d’un disque rond en carton perc√© de fentes sur lequel les diff√©rentes √©tapes d’un mouvement sont recompo¬≠s√©es. Pour reconstituer le mouvement, la personne devait √™tre en face d’un miroir et positionner ses yeux au niveau des fentes. Elle faisait ensuite tourner le carton, les fentes ainsi en mouvement ne laissant appara√ģtre l’image qu’un tr√®s court moment et le cache, entre ces fentes, permettant de dissimuler l’image quand celle-ci √©tait en mouvement. L’Ňďil ne voyait donc que des images fixes, qui s’animaient quand le carton tournait suffisamment vite. Une pr√©figuration de l’obturateur dans un projecteur de cin√©ma!

Son invention deviendra tr√®s vite un jouet. Car Plateau va multiplier les sujets mis en mouvement. Ses admirateurs auront droit aux mouvements d’un acrobate ou d’un danseur, √† un cheval au galop ou √† la course d’une draisienne. Se souvenant de ses √©tudes de dessin, il va lui-m√™me illustrer ses disques. Il ne sera pas le seul. Le peintre Jean-Baptiste Madou utilisera la technique de Plateau pour populariser son art. Avant que le ph√©nakistis¬≠cope se retrouve au pied des arbres de No√ęl destin√© aux enfants de la bourgeoisie. Charles Baudelaire lui donnera ses lettres de noblesse, lui consacrant tout un chapitre, tr√®s explicatif, de sa ¬ę Morale du joujou ¬Ľ.

Joseph Plateau ne profitera pas du succ√®s de son invention. Ses exp√©rimentations sur la persistance r√©tinienne vont en effet le rendre aveugle. Il a, en effet, au cours de l’√©t√© 1829, observ√© le soleil √† l’oeil nu pendant 25 secondes, br√Ľlant irr√©m√©diablement sa r√©tine. Il deviendra d√©finitivement aveugle en 1843.

Cela ne l’emp√™chera pas de poursuivre une carri√®re acad√©mique. Pouss√© par Adolphe Qu√©telet, il avait accept√© la chaire de physique √† l’Universit√© de Gand. Encadr√© par une √©quipe d’assistants, qui devinrent ses yeux, il y multiplia les exp√©riences physiques dans plusieurs domaines. Et c’est aur√©ol√© de gloire qu’il d√©c√®de, √† Gand, le 15 septembre 1883. Sa ville d’adoption entretient sa m√©moire.

Elle lui a consacr√© une art√®re et a donn√© son nom aux prix du cin√©ma belge remis, plus de vingt ans durant, au cours du festival international du film de Gand. Quant √† sa cit√© natale, Bruxelles, elle lui a offert une rue mais aussi un monument √©rig√©, en 1996, √† l’occasion du centenaire du cin√©ma. Une mani√®re d’officialiser le r√īle qu’a jou√© Joseph Plateau dans la pr√©histoire du 7e Art.

1800s - Etienne Lenoir, l'inventeur du moteur à explosion

in: Yves Vander Cruysen, Curieuses histoires des inventeurs belges, éd. Jourdan, 2012, p.129-133

 

S’il est une des inventions belges les plus importantes, c’est bel et bien celle du moteur √† combus¬≠tion. Il est le fruit des recherches d’un Luxembourgeois, Jean-Joseph Etienne Lenoir √† qui l’on doit aussi de multiples accessoires, comme les bougies, les soupapes et autres culbuteurs. Il est donc √† la base de l’industrie automobile, voire de la navigation moderne et est consid√©r√© par l’Acad√©mie fran√ßaise comme l’un des cent plus grands inventeurs de tous les temps.

Jean-Joseph Etienne Lenoir est n√© le 12 janvier 1822, √† Mussy-la-Ville, non loin de Virton. √Ä l’√©poque, il √©tait donc citoyen grand-ducal puisqu’il faudra attendre 1839 pour voir une partie de l’actuelle province du Luxembourg rejoindre la Belgique √† peine n√©e. Il est le troisi√®me enfant d’une famille de huit enfants qui vit de l’agriculture et d’une forme de colportage. Son instruction est sommaire. C’est celle de l’instituteur du village qui a bien de la peine √† canaliser les ambitions de l’√©l√®ve. On raconte que, d√®s l’√Ęge de douze ans, il d√©clarait : ¬ę Quand je serai grand, je ferai des machines, des nouvelles machines, des machines marchant toutes seules ! ¬Ľ.

Comprenant, sans doute, que son avenir n’est pas en Gaume, il se d√©cide √† quitter son village o√Ļ il se sent incompris. Il n’a que seize ans. La l√©gende veut que, √† la sortie de Mussy, il se soit d√©chauss√© et qu’il ait jet√© ses chaussures dans le foss√© en clamant: ¬ęJe ne veux m√™me pas emmener avec moi un morceau de cette terre qui colle √† mes chaussures. Personne dans ce pays ne veut comprendre ce que je veux faire. ¬Ľ

Son avenir est, il le sait, √† Paris qu’il rejoint, √† pied, en trois mois, s’arr√™tant de ferme en ferme, effectuant quelques petits boulots pour pouvoir manger. Il s’installe, en bord de Seine, dans le quartier du Marais, √† l’Auberge de l’Aigle d’Or, o√Ļ il travaille, le jour, comme gar√ßon de caf√© consacrant ses nuits √† mener, dans sa chambre, diverses exp√©riences. Il sympathise aussi avec des artisans du quartier ; rencontre un √©mailleur et devient son ouvrier. Une question se pose √† lui : comment obtenir un √©mail blanc en se privant des oxydes. Il cherche. Et il trouve. Nous sommes en 1847. Il d√©pose son premier brevet d’invention.

Touche √† tout, curieux, observateur, il s’int√©resse aussi aux h√©lices, aux appareils de pesage, aux fusils, aux boutons, aux m√©tiers √† tisser, √† la galvanoplastie, aux √©tiquettes de jardin, aux cartouches pour lesquels, entre 1850 et 1860, il obtiendra de multiples brevets de perfectionnement. Mais aussi une valorisation surprenante de ses travaux. Tel le groupe ornemental que l’orf√®vre Charles Christofle a pu r√©aliser, sur base d’une de ses inventions, sur la fa√ßade de l’Op√©ra de Paris.

Mais notre homme n’a qu’une chose en t√™te, celle qui le pr√©oc¬≠cupe depuis son enfance: faire bouger des machines. Il sait qu’une exp√©rience a √©t√© faite, au milieu du XVIIIe si√®cle, par un certain Joseph Cugnot dont le fardier est conserv√© aux Arts et M√©tiers. L’engin, comme on l’a √©voqu√© pr√©c√©demment, bougea mais ses mouvements furent si brutaux qu’il d√©fon√ßa, √† son premier essai, le mur de l’atelier o√Ļ il vit le jour. Il fut rang√© aux oubliettes.

Lenoir, √† l’abri financi√®rement gr√Ęce √† ses pr√©c√©dentes inven¬≠tions d√©cide de se concentrer tout entier √† la construction d’un

moteur. Il fr√©quente pour ce faire les cours gratuits des Arts et M√©tiers ; √©tudie le fonctionnement de l’engin de Cugnot, mais aussi des machines √† vapeur de Denis Papin, de Christian Huyghens ou de Georges Stephenson ou encore les atouts de la bobine d’induction de Heinrich Ruhmkorff et du piston de Street. Il s’int√©resse aussi aux nouveaux combustibles gazeux. Il sait que son moteur na√ģtra de l’assemblage de toutes ces innovations. Il entame ses premi√®res (bruyantes) exp√©riences dans les ateliers de son ami Hippolyte Marinoni, futur cr√©ateur des premi√®res rotatives pour l’impression des journaux.

Le 23 janvier 1860, devant une vingtaine de privil√©gi√©s, Etienne Lenoir pr√©sente le fruit de son travail. Il s’agit, pour faire simple et selon ses explications, d’un cylindre moteur, dot√© d’un piston, d’une bielle √† fourche, d’un arbre coud√©, d’un volant tournant √† 130 tours/minute et de deux paires de tiroirs en bronze par lesquels on obtient le m√©lange intime tonnant de l’air appel√© du dehors et du gaz d’√©clairage allum√© par l’√©tincelle de la bobine de Ruhmkorff, puis l’expulsion des gaz de combustion. C’est √† mi-course du piston que le tiroir d’admission se ferme et que 1 explosion a lieu, donnant au piston l’impulsion pour l’ach√®¬≠vement de sa course. Le tiroir de d√©charge correspondant laisse alors √©chapper les gaz. La m√™me s√©rie de ph√©nom√®nes se d√©roule derri√®re la face oppos√©e du piston, command√©e par l’autre paire de tiroirs, et l’on obtient le mouvement alternatif du piston, donc la rotation du volant. Une circulation d’eau refroidit les parois du cylindre et les chapelles de d√©charge.

Quant au syst√®me d’allumage, il est constitu√© par deux √©l√©ments d’accumulateurs Bunsen fournissant le courant basse tension √† une bobine d’induction cr√©√©e par Ruhmkorff. Le courant est transform√© en haute tension qui alimente des bougies fabriqu√©es par ses soins.

La d√©monstration fait sensation. Dans les m√©dias de l’√©poque, on parle d’une √®re nouvelle pour la force motrice, d’une invention r√©volutionnaire. Pourtant Lenoir n’est pas tout √† fait satisfait de son travail. Si son moteur a des avantages (comme la suppres¬≠sion de la chaudi√®re ou une mise en route ais√©e), il conserve aussi quelques d√©fauts. Etienne Lenoir n’aura de cesse d’am√©liorer son brevet, portant le num√©ro 43624. L’un des plus importants de l’histoire de l’automobile. Pas moins de 380 moteurs vont sortir, dans le courant de l’ann√©e 1860, des ateliers de la soci√©t√© Lenoir-Gautier. D√®s 1861, il √©quipe un bateau d’un moteur de 2 CV. En septembre 1863, il dote un v√©hicule automobile d’un moteur de 1,5 CV, qui va lui permettre d’effectuer un trajet de 18 kilom√®tres en trois heures. En 1865, il fournit √† un magnat de la presse parisienne un moteur de 6 CV lui permettant de mouvoir un bateau de 12 m√®tres de long sur la Seine. Mais son invention entre tr√®s vite dans le domaine public. En Allemagne, deux ing√©nieurs, Nikolaus August Otto et Eug√®ne Lagen, vont cr√©er, √† partir du moteur Lenoir, un moteur √† 4 temps d’un meilleur rendement.

Qu’√† cela ne tienne. M√™me s’il continue √† s’int√©resser √† la commercialisation de ses diff√©rents moteurs, Lenoir va d√©poser des brevets pour une multitude d’autres inventions. Il y en aura septante-cinq : du p√©trin m√©canique au compteur √† eau, en passant par l’√©lectrographe, le torr√©facteur, l’engrais destructeur du phyllox√©ra, une brosse pour le lavage des voitures, une technique d’√©tamage du verre et, m√™me, un ¬ę buffet rafra√ģchisseur destin√© √† maintenir frais toutes esp√®ces de produits, vins, comestibles, fruits, etc.¬Ľ. L’anc√™tre du frigo!

Malade, Etienne Lenoir d√©c√®de le 4 ao√Ľt 1900, ne laissant aucune descendance. Il repose, comme bon nombre de savants belges √©migr√©s √† Paris au prestigieux cimeti√®re du P√®re-Lachaise. Mais sa tombe est abandonn√©e. Ses inventions, elles, sont expos√©es au tr√®s riche conservatoire des Arts et M√©tiers √† Paris. Elles y occupent une place de choix. Et pour cause. Quelques semaines avant sa mort, l’Automobile Club de France n’avait pas h√©sit√© √†

lui offrir sa plaquette de vermeil ¬ę en reconnaissance de ses grands m√©rites en tant qu’inventeur du moteur √† gaz et constructeur de la premi√®re automobile du monde. ¬Ľ Pouvait-on rendre plus bel hommage ?

En Belgique, son souvenir est rappelé par quelques noms de rues et monuments, notamment à Arlon, à Virton et à Mussy-la-Ville. Un de ses concitoyens, Jean-Pierre Monhonval lui a aussi dédié une très fouillée biographie.

(VA, 30/11/1995)

Monument Etienne Lenoir (Mussy-la-Ville) par Fernand Tomasi

Van Beirendonck Lou, Verbrugge Lieven, Les Belges sont formidables, Vous en doutiez ?, éd. Brillant, 2005

Etienne Lenoir (1822-1900), n√© en Belgique, mais naturalis√© Fran√ßais, a d√©velopp√© d√®s 1860 un moteur simple √† gaz, utilis√© pour g√©n√©rer du courant. C’est gr√Ęce √† lui que Paris a √©t√© la premi√®re ville d’Europe √† b√©n√©ficier d’un √©clairage de rue, auquel elle doit son nom de ville-lumi√®re.

 

(Jo Gérard, in: LB, s.d.)

(Jo Gérard, s.r.)

1800s - Adolphe Sax

(in: LB, 07/02/1994)

1800s - Zénobe Gramme, pionnier de l'électricité

(Mus√©e de l’Industrie – Li√®ge)

(in: LB, 19/07/1996)

in: Yves Vander Cruysen, Curieuses histoires des inventeurs belges, éd. Jourdan, 2012, p.153-156

 

Z√©nobe-Th√©ophile Gramme est n√© le 4 avril 1826 dans le joli village de Jehay-Bodegn√©e, √† quelques encablures de Li√®ge et de Huy. Il est le sixi√®me enfant d’une fratrie de douze. M√™me si son p√®re, receveur d√©l√©gu√© √† l’administration des Houill√®res d’Antheit fait tout pour donner √† ses enfants une instruction de qualit√©, on ne peut pas dire que le petit Z√©nobe marque un int√©r√™t profond pour les √©tudes. Ses notes sont d’ailleurs catastrophiques. On raconte m√™me qu’il sera brouill√© √† vie avec la syntaxe et l’orthographe. En fait, il est plus manuel qu’intellectuel. Son temps libre, il le passe aupr√®s des menuisiers du village dont il observe la dext√©rit√©, voire l’ing√©niosit√©. D√®s 1848, on retrouve d√®s lors sa trace dans l’atelier Duchesne √† Hannut. Il fr√©quente aussi les cours du soir de menuiserie aux √©coles industrielles de Huy et de Li√®ge. Cette formation, sur le tas, va lui prendre cinq ans. Dipl√īme en poche, il se rend √† Bruxelles, √† Lyon, √† Marseille pour gagner sa cro√Ľte et aboutit, en 1856, au terme d’une v√©ritable ann√©e de gal√®re, dans un grand atelier de menuiserie parisien. Il y restera quatre ans. En 1860, il rejoint, toujours dans la capitale fran√ßaise, la soci√©t√© de construction √©lectrique ¬ę L’Alliance ¬Ľ o√Ļ il est charg√© de fabriquer quelques pi√®ces en bois pour les machines magn√©to-√©lectriques produites par l’entreprise. Il y d√©couvre un tout autre univers, celui de l’√©lectricit√©. Et il est fascin√© par celui-ci. Son esprit inventif, son sens de l’observation, sa cr√©ativit√© le poussent √† s’int√©resser de tr√®s pr√®s au domaine. Il fr√©quente les Arts et M√©tiers, assiste aux le√ßons d’Antoine Becquerel et imagine un r√©gulateur de tension pour les lampes √† arc volta√Įque. Mais √† l’¬ę Alliance ¬Ľ, on ne le prend pas au s√©rieux. Las de voir toutes ses demandes d’innova¬≠tion de l’outillage rejet√©es par la direction, il rejoint, d√®s 1863, le constructeur d’appareils √©lectriques et inventeur de la bobine d’induction Heinrich Ruhmkorff. Il quitte ainsi d√©finitivement le monde de la menuiserie pour celui, plus complexe, de l’√©lectricit√©. Selon Jean Pelseneer, ses d√©buts ne sont gu√®re ais√©s. C’est m√™me assist√© d’un dictionnaire qu’il essaye de comprendre les bases rudimentaires de l’√©lectricit√©, telles que d√©crites dans le c√©l√®bre manuel d’Adolphe Canot. Mais tout va tr√®s vite…

Le 26 f√©vrier 1867, il prend un premier brevet pour plusieurs dispositifs destin√©s √† perfectionner les machines √† courant alter¬≠natif. L’ann√©e suivante, alors qu’il s√©journe √† Londres aux c√īt√©s du photographe Andr√© Disd√©ri, il construit sa premi√®re dynamo √† courant continu. C’est-√†-dire un moteur qui est capable de trans¬≠former le travail m√©canique en √©nergie √©lectrique, et inversement. Il va mettre quatre ans √† perfectionner son invention, brevet√©e d√®s 1869 mais rendue publique, le 17 juillet 1871, √† l’occasion d’une communication qui va faire grand bruit √† l’Acad√©mie des Sciences de Paris. Ce jour-l√†, il entre dans l’Histoire, offrant √† l’Europe industrielle une production ais√©e du courant √©lectrique.

En tous les cas plus performante que les piles ou les aimants associ√©s √† des circuits tournants jusque-l√† utilis√©s. Encore faut-il pouvoir commercialiser son invention…

C’est le comte d’Ivernois qui, le premier, va l’aider dans son projet de d√©veloppement. Gr√Ęce √† sa fortune, il lui permet de cr√©er la Soci√©t√© des machines magn√©to-√©lectriques Gramme et d’engager, comme directeur, l’industriel Hippolyte Fontaine. Les deux hommes sont faits pour s’entendre. Fontaine est, comme Gramme, un ancien menuisier. Ensemble, ils d√©couvrent que la dynamo est r√©versible. Elle peut fournir de l’√©nergie m√©canique √† partir d’√©nergie √©lectrique, et donc servir de moteur. La machine Gramme entre ainsi, par la grande porte, dans le monde industriel, o√Ļ ses capacit√©s d√©passent les esp√©rances.

Elle trouve aussi une grande visibilité aux expositions univer­selles de Vienne et de Paris, devenant de la sorte une invention populaire.

Peu ambitieux, d’un naturel discret, Z√©nobe Gramme laissa √† Hippolyte Fontaine le soin de d√©velopper la soci√©t√© et de valoriser sa cr√©ation. Lui, qui avait connu la mis√®re et qui √©tait, gr√Ęce √† son g√©nie cr√©atif, √† la t√™te d’une jolie fortune pr√©f√©ra demeurer modeste dans sa prosp√©rit√©. Il construisit √† Bois-Colombe, dans la banlieue parisienne, une fort jolie villa qu’il d√©sertait, au fil des saisons, pour profiter, avec sa jeune √©pouse de trente-huit ans sa cadette, des joies de la vill√©giature. Il s√©journa ainsi, r√©guli√®rement, √† Villers-sur-Mer, au Cap Martin ou dans les montagnes de la Haute-Autriche. C’est m√™me tr√®s tardivement, en 1897, que la Belgique rendit hommage √† son g√©nie, lui d√©cernant le cordon de Commandeur de l’Ordre de L√©opold, √† l’occasion de l’Exposition internationale de Bruxelles. Vingt ans auparavant, la France l’avait honor√© en le faisant Officier de la L√©gion d’Honneur. M√™me s’il √©tait conscient qu’il devait sa fortune √† l’Hexagone, m√™me s’il dut attendre son septante-deuxi√®me anniversaire pour √™tre l’objet d’une grande manifestation de reconnaissance et d’admiration √†

Bruxelles, Z√©nobe Gramme conserva, jusqu’√† la fin de ses jours, la nationalit√© belge.

Atteint d’une cirrhose h√©patique, il mourut peu de temps apr√®s, le 20 janvier 1901, √† Bois-Colombes. Ses fun√©railles eurent lieu, quelques jours plus tard, au P√®re-Lachaise, en pr√©sence de repr√©¬≠sentants du Gouvernement belge. Au nom de l’Institut, Eleuth√®re Mascart prit la parole, insistant sur le fait que ¬ę s’il fallait baptiser un si√®cle par un nom propre, le XIXe si√®cle devrait s’appeler le si√®cle de Gramme. ¬Ľ

Aujourd’hui encore, le nom de Z√©nobe Gramme est d√©clin√© de multiples mani√®res. Un c√©l√®bre voilier, un ast√©ro√Įde, des √©coles, des boulevards, des ponts, des places, des avenues rappellent le souvenir du grand inventeur. Mais ce sont ses statues, √† Li√®ge comme √† Paris, qui en ont fait un personnage populaire, son physique altier, son visage barbu immortalis√©s dans la pierre, l’ayant fait entrer de la sorte dans la m√©moire collective.

 

Paul Vaute, Gramme faisait le poids, LB 19/07/1996

 En mettant au point la dynamo, il a ouvert la voie à la possibilité de produire de l’électricité.

Van Beirendonck Lou, Verbrugge Lieven, Les Belges sont formidables, Vous en doutiez ?, éd. Brillant, 2005

La dynamo a √©t√© invent√©e par un Belge, Z√©nobe Gramme (1826-1901). Il a travaill√© √©galement √† Paris, o√Ļ il a mis en service, en 1871, la premi√®re dynamo pouvant convertir une force m√©canique en √©nergie √©lectrique et inversement. La vapeur, produite avec du charbon, va ensuite c√©der progressivement la place √† l’√©lectricit√©.