Chanoine Michel Dangoisse, VIVRE AVEC LES SAINTS, LA SAINTETE… A LA BELGE, p.17-26, in: Pâque Nouvelle, 3/1998

 

(p.17) Les saints belges sont bien trop méconnus par les Belges eux-mêmes, toujours si prompts à se sous-estimer et à admirer tout ce qui vient de l’étranger.  D’où les lignes qui suivent.

 

Un soir, passant dans la forêt des Ardennes, au sud de la frontière belge entre l’actuelle Abbaye d’Orval et Montmédy, Grégoire de Tours, au VIe siècle, s’arrêta dans un monastère dont l’abbé Walfroy (Vulfilaïcus) lui raconta sa curieuse histoire. (On trouve aujourd’hui dans la région l’Ermitage Saint-Walfroy).

 

L’abbé, né en Lombardie, après un pèlerinage au Moyen-Orient, fut séduit par les stylites.  Arrivé chez nous il s’était mis en tête de se construire une colonne en haut de laquelle il se tenait debout, pieds nus, été comme hiver: mais en hiver les ongles lui tombaient des pieds et des glaçons lui pendaient à la barbe ! De toute la région des pèlerins (p.18) accouraient pour  le voir… Mais voilà que deux évêques -sans doute l’évêque de Trèves et l’évêque de Tongres – passent par là.  Ils ne témoignent d’aucune admiration pour ce genre de performance spirituelle, mais au contraire lui font quelques reproches : « Tu n’es pas sur la bonne voie.  Qui es-tu pour t’égaler à Siméon d’Antioche ? » Ensuite, motif emprunté à leur expérience : « Le climat de ce pays ne permet pas d’affronter ce genre de vie.  Descends plutôt et habite avec les frères que tu as groupés autour de toi ».  Il n’osa pas résister aux évêques qui lui dérouillèrent les jambes dans une petite promenade et l’invitèrent à dîner.

 

Examinons leur méthode.  Pas la moindre menace de sanction, mais pas de compliment non plus (ce n’est pas dans nos habitudes).  « Dans son pays, note J. Leclercq, il aurait eu plus de discours et moins de bonhomie ».  Puis un des prélats, sans rien lui en dire, sans crier gare, passe immédiatement aux actes : il envoie des ouvriers jeter à bas sa colonne.  Le lendemain, il n’en trouva plus que des débris, mais n’osa pas la reconstruire.  « Voilà pourquoi, conclut-il inconsolable, j’habite maintenant ce monastère, au milieu de mes frères ».  C’était sans doute mieux pour gouverner un monastère…

Cet épisode est révélateur de la mentalité chrétienne des Belges.  Nos évêques sont restés un peu les mêmes : aucun enthousiasme pour les excentricités, même pieuses.  Walfroy est d’ailleurs le seul stylite connu en Occident.  Et c’était un méridional… Pratiques et soucieux de bonne administration, les évêques ne s’embarquent pas dans des discussions de principes, mais passent à l’action.  Sous des dehors amicaux, on sentait une autorité ferme qui coupe court aux discussions.

 

Les racines de l’Europe sont chrétiennes.

 

Ainsi notre évangélisation doit beaucoup aux moines, religieux évêques venus des pays étrangers : la foi nous est venue par des étrangers. Celui qui, est sans doute notre premier évêque venait vraisemblablement d’Arménie ou de Grèce : saint Servais (« Sarbatios ») distingua dans le combat contre l’hérésie arienne au Concile de Rimini en 359,

où il a résisté à toutes les pressions ; saint Athanase le cite comme un des grands défenseurs de la foi authentique ; on le trouve aussi à un Concile dans l’actuelle Bulgarie.  Il participe à Cologne à un Concile qui dépose un évêque notoirement hérétique et apostat : « Je sais, dit Servais, ce que cet évêque a enseigné, lorsqu’il niait la divinité du Christ.  Mon avis est qu’il ne peut être évêque des chrétiens et que ceux qui auront communication avec lui ne pourront porter le nom de chrétiens ».  Voilà comment on y allait à l’époque ! Il fut évêque de Tongres, c’est-à-dire d’un immense territoire qu une douzaine de diocèses se partagent aujourd’hui.  Son tombeau est à Maastricht.

 

Mais il y eut bien d’autres étrangers chez nous : Amand, évêque missionnaire, nous est venu des environs de Poitiers au VIIe siècle ; Berthuin, dont on. fête cette année à Malonne le 1300e anniversaire de la mort, vient d’Angleterre, comme Willibrord ; Feuillen (Fosses-la-Ville) est originaire d’Irlande ; sainte Julie Billiart au XIX

siècle, du Nord de la France, s’installe à Namur, etc.

 

Survol de l’histoire des saints de Belgique

 

Ce sera un simple survol et je ne pourrai évoquer ici que quelques figures, au risque d’être un peu injuste.  Mais les  saints passés sous silence ne m’en voudront pas, puisque ce sont des saints ! Considérée comme (p.20) christianisée vers 750, la Belgique connut des temps forts : le VIIe siècle est appelé « le siècle des saints », et la vallée de la Sambre à cette époque, « la vallée des saints ». À l’époque mérovingienne apparaissent de grands évêques (Éleuthère à Tournai, Médard, Vaast, Géry, Omer, Éloi, Lambert et surtout Hubert, patron des chasseurs demeuré très populaire et qui fixa à Liège l’évêché de Tongres-Maastricht).  Le christianisme, chez nous, atteint d’abord les couches supérieures et l’influence des abbayes a tou’ours été considérable.  Un saint Gérard, fondateur de l’abbaye de Brogne, reste peu connu, alors qu’il est un des grands réformateurs du clergé au X’ siècle.  Les Croisades des XI’ et XII’ siècles ont attiré de nombreux Lotharingiens (pensons à Godefrold de Bouillon, vrai serviteur du Christ), mais ne Prirent jamais – comme ce fut parfois le cas en France – un caractère d’entreprise nationale.

 

C’est au XIIe siècle qu’apparaît dans tout le pays une création originale et typiq,e de nos régions : les béguinages.  Ils se sont développés progressivement, presque sans fondateur et au début presque sans règle, aussi bien en pays wallon qu’en Flandre et en Hollande.  Sortes de villages de « béguines », ils forment des paroisses soumises à -une sorte de règle religieuse, mais ces femmes pieuses vivant dans des maisons particulières ne font pas de voeux, et gardent la disposition de leurs biens.  Maiderus, l’évêque d’Anvers, en a bien saisi la raison en 1630 : « Les femmes de Belgique qui veulent se consacrer à Dieu y trouvent un genre de vie en rapport avec le caractère de leur peuple.  Car ce peuple aime la liberté et préfère se laisser conduire que contraindre… » Effectivement, il a un jour prononcé pour l’indépendance, avec parfois un penchant pour l’indiscipline et la résistance passive : il a appris cela sous les nombreuses occupations étrangères des siècles passés…

 

La sainteté en Belgique, surtout partir du XIIe siècle et jusqu’au XIVe, est aussi connue par ses mystiques (qu’on appelle un peu indûment « mystiques flamands », car il y a autant, si pas plus, de Wallons que de Flamands).  On y trouve peu d’hommes, mais plusieurs femmes, surtout des contemplatives (souvent cisterciennes).

 

Marie d’Oignies, née à Nivelles, mariée très jeune, se retira avec le consentement de son mari près de la Sambre, tout près de l’église du Prieuré d’Oignies.  Cette grande sainte nous est bien connue grâce a sa Vie, écrite par le Français Jacques de Vitry, qui finit cardinal – et par un (p.21) Supplément dû au chanoine Thomas de Cantimpré’.  Elle éprouvait une grande vénération pour la Vierge Marie et une extraordinaire dévotion pour l’Eucharistie : « C’était pour elle mourir, de devoir trop longtemps être séparée du sacrement en ne le recevant pas », lit-on dans la Vie.  Et après un jeûne de 35 jours, elle ne prononçait qu’une seule phrase: « Je veux le corps de Notre Seigneur Jésus-Christ ».  Elle recourait fréquemment à la confession et était gratifiée du don des larmes.  Un peu avant sa mort à 36 ans, il lui arrivait d’entonner pendant des journées entières des chants de jubilation (un peu comme dans les groupes du Renouveau).

 

Mais elle était aussi sensible aux besoins de son époque, travaillant pour la nourriture des pauvres, veillant des nuits entières au chevet des mourants.  Dans son travail « elle avait le psautier placé devant elle et elle en récitait suavement les Psaumes au Seigneur », dit la Vie.  Cinq jours avant sa mort, elle murmurait : « Combien tu es beau, notre Roi et Seigneur ! » Et elle resta longtemps dans une si grande joie, en chantant, en riant, en applaudissent quelquefois avec les mains.  Ainsi « Madame Marie », comme l’appelaient les gens, vêtue d’un vêtement souvent blanc, parfois noir, plongée dans la joie de la Très Sainte Trinité (dont elle parle souvent) a exercé un rayonnement spirituel considérable dans le pays désigné alors sous le nom de Lotharingie.

 

Il en va de même pour la liégeoise Julienne du Mont-Cornillon qui est à l’origine de la Fête-Dieu.  Au début du XIII’ siècle, en effet, dans la prière, elle avait compris qu’il manquait à l’Église une solennité qui célébrât le Très Saint Cor ‘ ps du Christ dans ]’Eucharistie.  Après bien des difficultés, elle obtint enfin que l’évêque de Liège institue la Fête-Dieu en 1246.  Mais elle connut une sorte de persécution, et dut s’enfuir à Namur à l’Abbaye cistercienne de Salzinnes, puis à Fosses-la-Ville où elle mourut.  Quelques années après, le pape étendit cette fête à l’Église universelle.  Nos régions sont donc décidément un lieu de prédilection pour la piété eucharistique.  C’est d’ailleurs de Namur, sous Mgr’ Heylen, que partit l’idée des grands Congrès eucharistiques au XX’ siècle.

 

(p.22) Citons aussi Lutgarde, qui ne parlait que le flamand – après avoir été bénédictine à Tongres, elle entre chez des cisterciennes en terre wallonne près de Nivelles ; ayant une profonde dévotion au Sacré-Coeur, elle connut extases, visions et lévitations.  Yvette de Huy, elle, est un cas spécial : veuve à 18 ans avec deux fils, elle se dévoue pour les lépreux de Huy et à 34 ans, se fait murer dans une cellule de la recluserie pendant 36 ans, sans perdre de vue ses deux fils, dont l’un devint abbé d’Orval et l’autre se convertit grâce à elle après une vie de désordres.

 

Au XIVe siècle vécut un des plus célèbres mystiques flamands : le chanoinejean Ruysbroeck, prince de la mystique médiévale.  Fils d’une pauvre femme qu’il chérissait beaucoup, peut-être fils naturel, il devient prêtre à 24 ans et est longtemps vicaire à Bruxelles.  Puis à 50 ans, avec uelques ecclésiastiques, ce prêtre peu loquace et très méditatif a trouvé Jans la forêt de Groenendael (au sud de la ville) le recueillement et la solitude sous l’habit blanc des chanoines de Saint-Augustin.  Vivant chacun dans sa propre maison, ces religieux se rassemblaient pour l’office choral : une sorte d’ermitage dont il resta le prieur, sous les ordres du prévôt, et où les visiteurs recevaient l’hospitalité.

 

Ruysbroeck « l’Admirable » composait ses traités dans la forêt sur des tablettes de cire : « Je n’ai jamais rien écrit q u’en présence de la Saine Trinité », disait-il.  « Si vous étiez dans l’extase la plus haute où un homme puisse être élevé et que votre frère ait la fièvre, laissez là votre extase et allez chauffer un peu de bouillon.  Vous ne feriez que quitter Dieu pour Dieu, et le Dieu que vous quittez est moins sûr que le Dieu où vous allez.  Car l’extase peut avoir des illusions, mais la charité n’en a jamais ».  Le visage apaisé et joyeux, distrait, s’affaissant parfois durant la célébration de l’Eucharistie sous l’abondance de la grâce divine, il prenait pourtant sa part des travaux manuels, brouettant le fumier par exemple, mais ne distinguant pas toujours les légumes des mauvaises herbes… Il lui arrivait de passer toute la nuit dans un entretien avec ses frères, mais d’autres fois, ne se sentant pas inspiré il avouait avec une charmante simplicité : « Aujourd’hui, mes enfants, je n’ai rien à vous dire ».  Il n’a jamais été canonisé ; il est resté bienheureux…

 

Chose curieuse : depuis la procédure régulière en canonisation, à partir du XIVe siècle, à part les martyrs de Gorcum (XVI’ siècle), canonisés en 1867, il n’y a plus eu jusqu’à nos jours de saint belge (p.23) reconnu officiellement, sauf deux : Jean Berchmans et Mutien-Marie.  Jean Berchmans, patron de la jeunesse belge, est mort à 22 ans au XVIIe siècle.  Ce jeune Flamand né dans une famille pauvre – il dut travailler pour payer ses études à Malines -, sentait à 17 ans un grand combat se livrer dans son coeur : ses compagnons l’ont retrouvé plus d’une fois endormi à genoux au pied de son lit.  « Si je ne deviens pas saint maintenant que je suis jeune, je ne le deviendrai jamais ! » Il décide d’entrer chez les jésuites et on l’envoie à Rome, où il loge dans la chambre occupée naguère par saint Louis de Gonzague. joyeux compagnon et boute-en-train, il se sanctifie dans les humbles gestes quotidiens: communia non communiter, disait-il (les choses ordinaires, il ne faut pas les faire de manière ordinaire).  Il avait promis: « Le premier livre que j’écrirai, ce sera sur la Sainte Vierge ».  Il sera emporté en 15 jours par la maladie, le 13 août 1621 après avoir chanté l’Ave, Maris Stella.  Il avait demandé son chapelet, sa croix et la Règle : « Avec ces trois choses, je meurs content ».  La mort des jeunes saints est toujours si impressionnante ! Jean Berchmans fut dans notre pays un des magnifiques fruits du Concile de Trente.  Voilà un bon patron pour les étudiants: il n’a fait qu’étudier durant sa courte vie…

 

Le dernier saint canonisé est un Frère des Écoles Chrétiennes, le Frère Mutien-Marie de Malonne (près de Namur).  « Le Frère qui prie toujours », (p.24) mort en 1917, est déclaré saint en 1989.  Modeste professeur de musique et de dessin durant plus de 50 ans dans la même École de Malonne, lui « qui n’était bon à rien et qui fut employé à tout », qui n’a rien fait d’extraordinaire, après un début difficile dans l’enseignement, est mort à 77 ans en disant « Jésus, Jésus, je vous aime ».  Objet d’un culte très populaire, dont il doit être le premier surpris, il voit chaque jour défiler des foules devant son tombeau…

 

Enfin en 1995, Jean-Paul Il a béatifié un grand missionnaire flamand, un costaud qui ne manquait pas de tempérament (ce qui lui a valu quelques problèmes … ), l’extraordinaire apôtre des lépreux, mort lépreux lui-même en 1889 : le Père Damien De Veuster.  Ses lettres ont de quoi nous secouer : « Je ne demande qu’une grâce ; suppliez notre révérend Père d’envoyer quelqu’un qui puisse une fois par mois descendre dans notre tombeau pour me confesser … « Sans la présence continuelle de notre divin Maître à l’autel de mes pauvres chapelles, je n’aurais jamais pu persévérer à jeter mon sort avec les lépreux de Molokaï ».  Voilà, bien avant qu’on ne répande l’expression, un véritable apôtre des exclus » u’ travaillait sans bruit, sans les spots de télévision, sous le soleil de l’île Molokaï… Quelle leçon pour les chrétiens d’aujourd’hui !

 

Je pense qu’on devrait mettre aussi sur les autels un Père Lebbe, génial apôtre de la Chine, dont la pensée a marqué Vatican Il dans ses textes sur les missions.  Car il faut redire que la Belgique a été au XIXe et XXe siècles proportionnellement une des plus grandes pourvoyeuses des missions.

 

Caractéristiques de la sainteté en Belgique

 

À présent, risquons une synthèse avec Mgr Leclercq.  En fait, les saints belges sont de braves gens, pondérés et préoccupés des résultats pratiques de leur action, consciencieux comme le technicien belge.  Droits, et de ce fait manquant parfois de diplomatie : au XVI’ siècle, Adrien d’Utrecht, chancelier de l’Université de Louvain, qui deviendra le pape Adrien VI, arrive à Rome avec sa vieille bonne qui lui reprisait ses (p.25) chaussettes déconcertant les Romains par son austérité, leur demandant, en voyant la chapelle Sixtine, si c’était là salle de bain…

 

Remarquons d’abord que les documents qui en parlent sont rares et peu explicites.  « Nous ne sommes pas un peuple écrivain.  Le Belge est cordial et bon enfant ; ce sont des vertus orales.  L’écrit solennise… Le Belge pieux vit sa piété, mais ne voit pas de motif pour la mettre par écrit… Heureusement un Français passe de temps en temps » (pensons à Jacques de Vitry) !

 

Une double ligne de forces consiste – on l’a vu – dans la ferveur eucharistique et aussi dans la piété mariale (jusqu’à notre époque, c’est une terre mariale : il suffit d’évoquer Beauraing et j3anneux).

 

Autre caractéristique générale: nos saints sont réalistes et ont l’esprit pratique ; par exemple, ils ne se défont de leurs biens que s’ils sont sûrs qu’ils seront vraiment utiles.  Quand Charles le Bon, prince flamand du XII’ siècle, fait distribuer des vêtements, on prend soin de nous expliquer que ce sont des costumes complets, comportant sept pièces qu’on énumère ! Au même siècle, Lambert « le Bègue » (!), prédicateur populaire liégeois, prêche contre les pèlerinages en Terre Sainte… « parce qu’ils coûtent trop cher » ! Souci d’efficacité qu’on retrouvera toujours dans le clergé et dans les « oeuvres catholiques » si nombreuses.  Aspect pratique – nous n’avons peut-être guère de grands théologiens (encore que les louvanistes aient joué un rôle de premier plan au concile Vatican Il) mais des casuistes et aussi des historiens : c’est la patrie des célèbres Bollandistes.

 

Encore un aspect typique-. la sainteté à la belge manque peut-être d’éclat et de grandeur, car la sainteté demande une vertu poussée au degré héroïque.  Jamais nous n’y découvrons d’excentricités ni de démesure ni de folle dans l’amour : ce n’est pas dans notre tempérament, nous sommes raisonnables, notre sans-façon dans les manières, la truculence de nos propos expriment une modération foncière, assez sûre d’elle-même.  C’est pourquoi on n’observe jamais de persécutions violentes contre nos saints.  D’où on ne voit jamais personne se rouler dans les orties ou se plonger en hiver dans un étang glacé pour éteindre la concupiscence ! Jamais un Belge ne s’aviserait de marcher nu-pieds comme le fit saint Norbert en arrivant comme nouvel archevêque à (p.26) Magdebourg : il penserait qu’il va tout salir avec ses pieds pleins de poussière en arrivant au palais archiépiscopal…

 

Il y a cependant de rares exceptions.  Yvette de Huy, par exemple, qui a un caractère entier que rien n’arrête, allant jusqu’à souhaiter la mort du mari qu’on lui a imposé étant adolescente ou finissant par s’emmurer dans la récluserie.  Mais en général les saints de Belgique ne cherchent pas à se mettre en valeur.  « Aucun peuple n’est plus cordial ; aucun n’est moins poli.  Aucun peuple ne fait moins de phrases et ne se donne moins de peine pour se faire apprécier ; nos saints non plus ne font pas de phrases et sont vraiment dépourvus de qualités spectaculaires ».

 

Enfin ils sont peu portés à la spéculation; d’où le succès de la « dévotion moderne » au XVe siècle, réagissant contre les tendances spéculatives des mystiques précédents.  De là vient une certaine paix intellectuelle, le Belge n’étant guère amateur de grandes controverses doctrinales, car elles ne donnent guère de fruits pratiques.  ‘Pour qu’elles acquièrent du style, il faut que des étrangers s’en mêlent, et de préférence des Français ».  Ainsi l’Augustinus de jansenius, professeur à Louvain et évêque d’Ypres, ne donna naissance au jansénisme, une de nos rares hérésies, que lorsqu’il fut repris par les Français.

 

C’est donc en général un peuple qui ne rêve pas, qui invente peu, mais qui se sert admirablement des inventions des autres, mieux que les inventeurs eux-mêmes : c’est vrai en religion comme dans d’autres domaines.  Donc chez les saints belges, pas de romantisme échevelé comme chez les Nordiques, de passion brûlante à la slave, de verbe imagé comme chez les Latins ni de grand rêve de style germanique . « Nous avons l’impression, conclut J. Leclercq, d’être de robustes paysans de plaine qui regardent de loin les chamois courir sur les rochers et les aigles planer.  La lourde terre grasse du plat pays est ferme sous les pieds et comme on y est à l’abri des avalanches et des tempêtes ! »

Quelques missionnaires belges …

 

Le père Verbiest, jésuite, natif de Pittem, passa sa vie en Chine comme missionnaire. Prodigieux astronome et mathématicien, il devint le conseiller de l’ empereur Kang-Hi, premier mandarin du Céleste Empire.  Il écrivit des livres savants en chinois, convertit le monde jaune et mourut pauvre …

(in: Nos Gloires, III)

 

Nos missionnaires firent merveille au 17e siècle. Georges Willems, de Geel, débarqua au Congo où flottait alors le drapeau portugais.  Il se mit à prêcher aux noirs de la côte.  Il fut le premier qui eut l’ idée de composer un dictionnaire des idiomes nègres. 

Louis Hennepin était né à Ath.  Il partit pour l’ Amérique du Nord qui était en possession anglaise. Il apporta le christianisme aux Sioux.  Ceux-ci le firent prisonnier.  Hennepin était aussi un audacieux explorateur. Il semble avoir été le premier à découvrir le cours du Mississipi …

(in: Nos Gloires, IV)  

 

Le jésuite Pierre de Smet fut missionnaire dans les Montagnes Rocheuses.

En 1873, le père Damien de Veuster, partit seul pour les îles Hawaï afin de consacrer sa vie à soigner et à encourager les lépreux relégués à Molokaï.  Au bout de 10 années, il contracta l’ horrible maladie et mourut au milieu de ses malades auxquels il avait rendu l’ espérance et la joie …

(in: Nos Gloires, VI)

Missionnaires belges (encadrés) à travers le monde, in: Tremplin, 43, années 1970

sinte Djètru / sainte Gertrude (6e siècle) (COll. Nos Gloires)

sinte Djètru / sainte Gertrude : sa vie

(in: Dimanche, 19/01/1992)