sinte Djètru / sainte Gertrude (6e siècle) (COll. Nos Gloires)

Chanoine Michel Dangoisse, VIVRE AVEC LES SAINTS, LA SAINTETE… A LA BELGE, p.17-26, in: P√Ęque Nouvelle, 3/1998

 

(p.17) Les saints belges sont bien trop m√©connus par les Belges eux-m√™mes, toujours si prompts √† se sous-estimer et √† admirer tout ce qui vient de l’√©tranger.¬† D’o√Ļ les lignes qui suivent.

 

Un soir, passant dans la for√™t des Ardennes, au sud de la fronti√®re belge entre l’actuelle Abbaye d’Orval et Montm√©dy, Gr√©goire de Tours, au VIe si√®cle, s’arr√™ta dans un monast√®re dont l’abb√© Walfroy (Vulfila√Įcus) lui raconta sa curieuse histoire. (On trouve aujourd’hui dans la r√©gion l’Ermitage Saint-Walfroy).

 

L’abb√©, n√© en Lombardie, apr√®s un p√®lerinage au Moyen-Orient, fut s√©duit par les stylites.¬† Arriv√© chez nous il s’√©tait mis en t√™te de se construire une colonne en haut de laquelle il se tenait debout, pieds nus, √©t√© comme hiver: mais en hiver les ongles lui tombaient des pieds et des gla√ßons lui pendaient √† la barbe ! De toute la r√©gion des p√®lerins (p.18) accouraient pour¬† le voir… Mais voil√† que deux √©v√™ques -sans doute l’√©v√™que de Tr√®ves et l’√©v√™que de Tongres – passent par l√†.¬† Ils ne t√©moignent d’aucune admiration pour ce genre de performance spirituelle, mais au contraire lui font quelques reproches : “Tu n’es pas sur la bonne voie.¬† Qui es-tu pour t’√©galer √† Sim√©on d’Antioche ?” Ensuite, motif emprunt√© √† leur exp√©rience : “Le climat de ce pays ne permet pas d’affronter ce genre de vie.¬† Descends plut√īt et habite avec les fr√®res que tu as group√©s autour de toi”.¬† Il n’osa pas r√©sister aux √©v√™ques qui lui d√©rouill√®rent les jambes dans une petite promenade et l’invit√®rent √† d√ģner.

 

Examinons leur m√©thode.¬† Pas la moindre menace de sanction, mais pas de compliment non plus (ce n’est pas dans nos habitudes).¬† “Dans son pays, note J. Leclercq, il aurait eu plus de discours et moins de bonhomie”.¬† Puis un des pr√©lats, sans rien lui en dire, sans crier gare, passe imm√©diatement aux actes : il envoie des ouvriers jeter √† bas sa colonne.¬† Le lendemain, il n’en trouva plus que des d√©bris, mais n’osa pas la reconstruire.¬† “Voil√† pourquoi, conclut-il inconsolable, j’habite maintenant ce monast√®re, au milieu de mes fr√®res”.¬† C’√©tait sans doute mieux pour gouverner un monast√®re…

Cet √©pisode est r√©v√©lateur de la mentalit√© chr√©tienne des Belges.¬† Nos √©v√™ques sont rest√©s un peu les m√™mes : aucun enthousiasme pour les excentricit√©s, m√™me pieuses.¬† Walfroy est d’ailleurs le seul stylite connu en Occident.¬† Et c’√©tait un m√©ridional… Pratiques et soucieux de bonne administration, les √©v√™ques ne s’embarquent pas dans des discussions de principes, mais passent √† l’action.¬† Sous des dehors amicaux, on sentait une autorit√© ferme qui coupe court aux discussions.

 

Les racines de l’Europe sont chr√©tiennes.

 

Ainsi notre √©vang√©lisation doit beaucoup aux moines, religieux √©v√™ques venus des pays √©trangers : la foi nous est venue par des √©trangers. Celui qui, est sans doute notre premier √©v√™que venait vraisemblablement d’Arm√©nie ou de Gr√®ce : saint Servais (“Sarbatios ¬Ľ) distingua dans le combat contre l’h√©r√©sie arienne au Concile de Rimini en 359,

o√Ļ il a r√©sist√© √† toutes les pressions ; saint Athanase le cite comme un des grands d√©fenseurs de la foi authentique ; on le trouve aussi √† un Concile dans l’actuelle Bulgarie.¬† Il participe √† Cologne √† un Concile qui d√©pose un √©v√™que notoirement h√©r√©tique et apostat : “Je sais, dit Servais, ce que cet √©v√™que a enseign√©, lorsqu’il niait la divinit√© du Christ.¬† Mon avis est qu’il ne peut √™tre √©v√™que des chr√©tiens et que ceux qui auront communication avec lui ne pourront porter le nom de chr√©tiens”.¬† Voil√† comment on y allait √† l’√©poque ! Il fut √©v√™que de Tongres, c’est-√†-dire d’un immense territoire qu une douzaine de dioc√®ses se partagent aujourd’hui.¬† Son tombeau est √† Maastricht.

 

Mais il y eut bien d’autres √©trangers chez nous : Amand, √©v√™que missionnaire, nous est venu des environs de Poitiers au VIIe si√®cle ; Berthuin, dont on. f√™te cette ann√©e √† Malonne le 1300e anniversaire de la mort, vient d’Angleterre, comme Willibrord ; Feuillen (Fosses-la-Ville) est originaire d’Irlande ; sainte Julie Billiart au XIX

si√®cle, du Nord de la France, s’installe √† Namur, etc.

 

Survol de l’histoire des saints de Belgique

 

Ce sera un simple survol et je ne pourrai √©voquer ici que quelques figures, au risque d’√™tre un peu injuste.¬† Mais les¬† saints pass√©s sous silence ne m’en voudront pas, puisque ce sont des saints ! Consid√©r√©e comme (p.20) christianis√©e vers 750, la Belgique connut des temps forts : le VIIe si√®cle est appel√© “le si√®cle des saints”, et la vall√©e de la Sambre √† cette √©poque, “la vall√©e des saints”. √Ä l’√©poque m√©rovingienne apparaissent de grands √©v√™ques (√Čleuth√®re √† Tournai, M√©dard, Vaast, G√©ry, Omer, √Čloi, Lambert et surtout Hubert, patron des chasseurs demeur√© tr√®s populaire et qui fixa √† Li√®ge l’√©v√™ch√© de Tongres-Maastricht).¬† Le christianisme, chez nous, atteint d’abord les couches sup√©rieures et l’influence des abbayes a tou’ours √©t√© consid√©rable.¬† Un saint G√©rard, fondateur de l’abbaye de Brogne, reste peu connu, alors qu’il est un des grands r√©formateurs du clerg√© au X’ si√®cle.¬† Les Croisades des XI’ et XII’ si√®cles ont attir√© de nombreux Lotharingiens (pensons √† Godefrold de Bouillon, vrai serviteur du Christ), mais ne Prirent jamais – comme ce fut parfois le cas en France – un caract√®re d’entreprise nationale.

 

C’est au XIIe si√®cle qu’appara√ģt dans tout le pays une cr√©ation originale et typiq,e de nos r√©gions : les b√©guinages.¬† Ils se sont d√©velopp√©s progressivement, presque sans fondateur et au d√©but presque sans r√®gle, aussi bien en pays wallon qu’en Flandre et en Hollande.¬† Sortes de villages de “b√©guines”, ils forment des paroisses soumises √† -une sorte de r√®gle religieuse, mais ces femmes pieuses vivant dans des maisons particuli√®res ne font pas de voeux, et gardent la disposition de leurs biens.¬† Maiderus, l’√©v√™que d’Anvers, en a bien saisi la raison en 1630 : “Les femmes de Belgique qui veulent se consacrer √† Dieu y trouvent un genre de vie en rapport avec le caract√®re de leur peuple.¬† Car ce peuple aime la libert√© et pr√©f√®re se laisser conduire que contraindre…” Effectivement, il a un jour prononc√© pour l’ind√©pendance, avec parfois un penchant pour l‚Äôindiscipline et la r√©sistance passive : il a appris cela sous les nombreuses occupations √©trang√®res des si√®cles pass√©s…

 

La saintet√© en Belgique, surtout partir du XIIe si√®cle et jusqu’au XIVe, est aussi connue par ses mystiques (qu’on appelle un peu ind√Ľment “mystiques flamands”, car il y a autant, si pas plus, de Wallons que de Flamands).¬† On y trouve peu d’hommes, mais plusieurs femmes, surtout des contemplatives (souvent cisterciennes).

 

Marie d’Oignies, n√©e √† Nivelles, mari√©e tr√®s jeune, se retira avec le consentement de son mari pr√®s de la Sambre, tout pr√®s de l’√©glise du Prieur√© d’Oignies.¬† Cette grande sainte nous est bien connue gr√Ęce a sa Vie, √©crite par le Fran√ßais Jacques de Vitry, qui finit cardinal – et par un (p.21) Suppl√©ment d√Ľ au chanoine Thomas de Cantimpr√©’.¬† Elle √©prouvait une grande v√©n√©ration pour la Vierge Marie et une extraordinaire d√©votion pour l’Eucharistie : “C’√©tait pour elle mourir, de devoir trop longtemps √™tre s√©par√©e du sacrement en ne le recevant pas”, lit-on dans la Vie.¬† Et apr√®s un je√Ľne de 35 jours, elle ne pronon√ßait qu’une seule phrase: “Je veux le corps de Notre Seigneur J√©sus-Christ”.¬† Elle recourait fr√©quemment √† la confession et √©tait gratifi√©e du don des larmes.¬† Un peu avant sa mort √† 36 ans, il lui arrivait d’entonner pendant des journ√©es enti√®res des chants de jubilation (un peu comme dans les groupes du Renouveau).

 

Mais elle √©tait aussi sensible aux besoins de son √©poque, travaillant pour la nourriture des pauvres, veillant des nuits enti√®res au chevet des mourants.¬† Dans son travail “elle avait le psautier plac√© devant elle et elle en r√©citait suavement les Psaumes au Seigneur”, dit la Vie.¬† Cinq jours avant sa mort, elle murmurait : “Combien tu es beau, notre Roi et Seigneur !” Et elle resta longtemps dans une si grande joie, en chantant, en riant, en applaudissent quelquefois avec les mains.¬† Ainsi “Madame Marie”, comme l’appelaient les gens, v√™tue d’un v√™tement souvent blanc, parfois noir, plong√©e dans la joie de la Tr√®s Sainte Trinit√© (dont elle parle souvent) a exerc√© un rayonnement spirituel consid√©rable dans le pays d√©sign√© alors sous le nom de Lotharingie.

 

Il en va de m√™me pour la li√©geoise Julienne du Mont-Cornillon qui est √† l’origine de la F√™te-Dieu.¬† Au d√©but du XIII’ si√®cle, en effet, dans la pri√®re, elle avait compris qu’il manquait √† l’√Čglise une solennit√© qui c√©l√©br√Ęt le Tr√®s Saint Cor ‘ ps du Christ dans ]’Eucharistie.¬† Apr√®s bien des difficult√©s, elle obtint enfin que l’√©v√™que de Li√®ge institue la F√™te-Dieu en 1246.¬† Mais elle connut une sorte de pers√©cution, et dut s’enfuir √† Namur √† l’Abbaye cistercienne de Salzinnes, puis √† Fosses-la-Ville o√Ļ elle mourut.¬† Quelques ann√©es apr√®s, le pape √©tendit cette f√™te √† l’√Čglise universelle.¬† Nos r√©gions sont donc d√©cid√©ment un lieu de pr√©dilection pour la pi√©t√© eucharistique.¬† C’est d’ailleurs de Namur, sous Mgr’ Heylen, que partit l’id√©e des grands Congr√®s eucharistiques au XX’ si√®cle.

 

(p.22) Citons aussi Lutgarde, qui ne parlait que le flamand – apr√®s avoir √©t√© b√©n√©dictine √† Tongres, elle entre chez des cisterciennes en terre wallonne pr√®s de Nivelles ; ayant une profonde d√©votion au Sacr√©-Coeur, elle connut extases, visions et l√©vitations.¬† Yvette de Huy, elle, est un cas sp√©cial : veuve √† 18 ans avec deux fils, elle se d√©voue pour les l√©preux de Huy et √† 34 ans, se fait murer dans une cellule de la recluserie pendant 36 ans, sans perdre de vue ses deux fils, dont l’un devint abb√© d’Orval et l’autre se convertit gr√Ęce √† elle apr√®s une vie de d√©sordres.

 

Au XIVe si√®cle v√©cut un des plus c√©l√®bres mystiques flamands : le chanoinejean Ruysbroeck, prince de la mystique m√©di√©vale.¬† Fils d’une pauvre femme qu’il ch√©rissait beaucoup, peut-√™tre fils naturel, il devient pr√™tre √† 24 ans et est longtemps vicaire √† Bruxelles.¬† Puis √† 50 ans, avec uelques eccl√©siastiques, ce pr√™tre peu loquace et tr√®s m√©ditatif a trouv√© Jans la for√™t de Groenendael (au sud de la ville) le recueillement et la solitude sous l’habit blanc des chanoines de Saint-Augustin.¬† Vivant chacun dans sa propre maison, ces religieux se rassemblaient pour l’office choral : une sorte d’ermitage dont il resta le prieur, sous les ordres du pr√©v√īt, et o√Ļ les visiteurs recevaient l’hospitalit√©.

 

Ruysbroeck “l’Admirable” composait ses trait√©s dans la for√™t sur des tablettes de cire : “Je n’ai jamais rien √©crit q u’en pr√©sence de la Saine Trinit√©”, disait-il.¬† “Si vous √©tiez dans l’extase la plus haute o√Ļ un homme puisse √™tre √©lev√© et que votre fr√®re ait la fi√®vre, laissez l√† votre extase et allez chauffer un peu de bouillon.¬† Vous ne feriez que quitter Dieu pour Dieu, et le Dieu que vous quittez est moins s√Ľr que le Dieu o√Ļ vous allez.¬† Car l’extase peut avoir des illusions, mais la charit√© n’en a jamais”.¬† Le visage apais√© et joyeux, distrait, s’affaissant parfois durant la c√©l√©bration de l’Eucharistie sous l’abondance de la gr√Ęce divine, il prenait pourtant sa part des travaux manuels, brouettant le fumier par exemple, mais ne distinguant pas toujours les l√©gumes des mauvaises herbes… Il lui arrivait de passer toute la nuit dans un entretien avec ses fr√®res, mais d’autres fois, ne se sentant pas inspir√© il avouait avec une charmante simplicit√© : “Aujourd’hui, mes enfants, je n’ai rien √† vous dire”.¬† Il n’a jamais √©t√© canonis√© ; il est rest√© bienheureux…

 

Chose curieuse : depuis la proc√©dure r√©guli√®re en canonisation, √† partir du XIVe si√®cle, √† part les martyrs de Gorcum (XVI’ si√®cle), canonis√©s en 1867, il n’y a plus eu jusqu’√† nos jours de saint belge (p.23) reconnu officiellement, sauf deux : Jean Berchmans et Mutien-Marie.¬† Jean Berchmans, patron de la jeunesse belge, est mort √† 22 ans au XVIIe si√®cle.¬† Ce jeune Flamand n√© dans une famille pauvre – il dut travailler pour payer ses √©tudes √† Malines -, sentait √† 17 ans un grand combat se livrer dans son coeur : ses compagnons l’ont retrouv√© plus d’une fois endormi √† genoux au pied de son lit.¬† “Si je ne deviens pas saint maintenant que je suis jeune, je ne le deviendrai jamais !” Il d√©cide d’entrer chez les j√©suites et on l’envoie √† Rome, o√Ļ il loge dans la chambre occup√©e nagu√®re par saint Louis de Gonzague. joyeux compagnon et boute-en-train, il se sanctifie dans les humbles gestes quotidiens: communia non communiter, disait-il (les choses ordinaires, il ne faut pas les faire de mani√®re ordinaire).¬† Il avait promis: “Le premier livre que j’√©crirai, ce sera sur la Sainte Vierge”.¬† Il sera emport√© en 15 jours par la maladie, le 13 ao√Ľt 1621 apr√®s avoir chant√© l’Ave, Maris Stella.¬† Il avait demand√© son chapelet, sa croix et la R√®gle : “Avec ces trois choses, je meurs content”.¬† La mort des jeunes saints est toujours si impressionnante ! Jean Berchmans fut dans notre pays un des magnifiques fruits du Concile de Trente.¬† Voil√† un bon patron pour les √©tudiants: il n’a fait qu’√©tudier durant sa courte vie…

 

Le dernier saint canonis√© est un Fr√®re des √Čcoles Chr√©tiennes, le Fr√®re Mutien-Marie de Malonne (pr√®s de Namur).¬† “Le Fr√®re qui prie toujours”, (p.24) mort en 1917, est d√©clar√© saint en 1989.¬† Modeste professeur de musique et de dessin durant plus de 50 ans dans la m√™me √Čcole de Malonne, lui “qui n’√©tait bon √† rien et qui fut employ√© √† tout”, qui n’a rien fait d’extraordinaire, apr√®s un d√©but difficile dans l’enseignement, est mort √† 77 ans en disant “J√©sus, J√©sus, je vous aime”.¬† Objet d’un culte tr√®s populaire, dont il doit √™tre le premier surpris, il voit chaque jour d√©filer des foules devant son tombeau…

 

Enfin en 1995, Jean-Paul Il a b√©atifi√© un grand missionnaire flamand, un costaud qui ne manquait pas de temp√©rament (ce qui lui a valu quelques probl√®mes … ), l’extraordinaire ap√ītre des l√©preux, mort l√©preux lui-m√™me en 1889 : le P√®re Damien De Veuster.¬† Ses lettres ont de quoi nous secouer : “Je ne demande qu’une gr√Ęce ; suppliez notre r√©v√©rend P√®re d’envoyer quelqu’un qui puisse une fois par mois descendre dans notre tombeau pour me confesser … “Sans la pr√©sence continuelle de notre divin Ma√ģtre √† l’autel de mes pauvres chapelles, je n’aurais jamais pu pers√©v√©rer √† jeter mon sort avec les l√©preux de Moloka√Į”.¬† Voil√†, bien avant qu’on ne r√©pande l’expression, un v√©ritable ap√ītre des exclus” u’ travaillait sans bruit, sans les spots de t√©l√©vision, sous le soleil de l‚Äô√ģle Moloka√Į… Quelle le√ßon pour les chr√©tiens d’aujourd’hui !

 

Je pense qu’on devrait mettre aussi sur les autels un P√®re Lebbe, g√©nial ap√ītre de la Chine, dont la pens√©e a marqu√© Vatican Il dans ses textes sur les missions.¬† Car il faut redire que la Belgique a √©t√© au XIXe et XXe si√®cles proportionnellement une des plus grandes pourvoyeuses des missions.

 

Caractéristiques de la sainteté en Belgique

 

√Ä pr√©sent, risquons une synth√®se avec Mgr Leclercq.¬† En fait, les saints belges sont de braves gens, pond√©r√©s et pr√©occup√©s des r√©sultats pratiques de leur action, consciencieux comme le technicien belge.¬† Droits, et de ce fait manquant parfois de diplomatie : au XVI’ si√®cle, Adrien d’Utrecht, chancelier de l’Universit√© de Louvain, qui deviendra le pape Adrien VI, arrive √† Rome avec sa vieille bonne qui lui reprisait ses (p.25) chaussettes d√©concertant les Romains par son aust√©rit√©, leur demandant, en voyant la chapelle Sixtine, si c’√©tait l√† salle de bain…

 

Remarquons d’abord que les documents qui en parlent sont rares et peu explicites.¬† “Nous ne sommes pas un peuple √©crivain.¬† Le Belge est cordial et bon enfant ; ce sont des vertus orales.¬† L’√©crit solennise… Le Belge pieux vit sa pi√©t√©, mais ne voit pas de motif pour la mettre par √©crit… Heureusement un Fran√ßais passe de temps en temps” (pensons √† Jacques de Vitry) !

 

Une double ligne de forces consiste – on l’a vu – dans la ferveur eucharistique et aussi dans la pi√©t√© mariale (jusqu’√† notre √©poque, c’est une terre mariale : il suffit d’√©voquer Beauraing et j3anneux).

 

Autre caract√©ristique g√©n√©rale: nos saints sont r√©alistes et ont l’esprit pratique ; par exemple, ils ne se d√©font de leurs biens que s’ils sont s√Ľrs qu’ils seront vraiment utiles.¬† Quand Charles le Bon, prince flamand du XII’ si√®cle, fait distribuer des v√™tements, on prend soin de nous expliquer que ce sont des costumes complets, comportant sept pi√®ces qu’on √©num√®re ! Au m√™me si√®cle, Lambert “le B√®gue” (!), pr√©dicateur populaire li√©geois, pr√™che contre les p√®lerinages en Terre Sainte… “parce qu’ils co√Ľtent trop cher” ! Souci d’efficacit√© qu’on retrouvera toujours dans le clerg√© et dans les “oeuvres catholiques” si nombreuses.¬† Aspect pratique – nous n’avons peut-√™tre gu√®re de grands th√©ologiens (encore que les louvanistes aient jou√© un r√īle de premier plan au concile Vatican Il) mais des casuistes et aussi des historiens : c’est la patrie des c√©l√®bres Bollandistes.

 

Encore un aspect typique-. la saintet√© √† la belge manque peut-√™tre d’√©clat et de grandeur, car la saintet√© demande une vertu pouss√©e au degr√© h√©ro√Įque.¬† Jamais nous n’y d√©couvrons d’excentricit√©s ni de d√©mesure ni de folle dans l’amour : ce n’est pas dans notre temp√©rament, nous sommes raisonnables, notre sans-fa√ßon dans les mani√®res, la truculence de nos propos expriment une mod√©ration fonci√®re, assez s√Ľre d’elle-m√™me.¬† C’est pourquoi on n’observe jamais de pers√©cutions violentes contre nos saints.¬† D’o√Ļ on ne voit jamais personne se rouler dans les orties ou se plonger en hiver dans un √©tang glac√© pour √©teindre la concupiscence ! Jamais un Belge ne s’aviserait de marcher nu-pieds comme le fit saint Norbert en arrivant comme nouvel archev√™que √† (p.26) Magdebourg : il penserait qu’il va tout salir avec ses pieds pleins de poussi√®re en arrivant au palais archi√©piscopal…

 

Il y a cependant de rares exceptions.¬† Yvette de Huy, par exemple, qui a un caract√®re entier que rien n’arr√™te, allant jusqu’√† souhaiter la mort du mari qu’on lui a impos√© √©tant adolescente ou finissant par s’emmurer dans la r√©cluserie.¬† Mais en g√©n√©ral les saints de Belgique ne cherchent pas √† se mettre en valeur.¬† “Aucun peuple n’est plus cordial ; aucun n’est moins poli.¬† Aucun peuple ne fait moins de phrases et ne se donne moins de peine pour se faire appr√©cier ; nos saints non plus ne font pas de phrases et sont vraiment d√©pourvus de qualit√©s spectaculaires”.

 

Enfin ils sont peu port√©s √† la sp√©culation; d’o√Ļ le succ√®s de la “d√©votion moderne” au XVe si√®cle, r√©agissant contre les tendances sp√©culatives des mystiques pr√©c√©dents.¬† De l√† vient une certaine paix intellectuelle, le Belge n’√©tant gu√®re amateur de grandes controverses doctrinales, car elles ne donnent gu√®re de fruits pratiques.¬† ‘Pour qu’elles acqui√®rent du style, il faut que des √©trangers s’en m√™lent, et de pr√©f√©rence des Fran√ßais”.¬† Ainsi l’Augustinus de jansenius, professeur √† Louvain et √©v√™que d’Ypres, ne donna naissance au jans√©nisme, une de nos rares h√©r√©sies, que lorsqu’il fut repris par les Fran√ßais.

 

C’est donc en g√©n√©ral un peuple qui ne r√™ve pas, qui invente peu, mais qui se sert admirablement des inventions des autres, mieux que les inventeurs eux-m√™mes : c’est vrai en religion comme dans d’autres domaines.¬† Donc chez les saints belges, pas de romantisme √©chevel√© comme chez les Nordiques, de passion br√Ľlante √† la slave, de verbe imag√© comme chez les Latins ni de grand r√™ve de style germanique . “Nous avons l’impression, conclut J. Leclercq, d’√™tre de robustes paysans de plaine qui regardent de loin les chamois courir sur les rochers et les aigles planer.¬† La lourde terre grasse du plat pays est ferme sous les pieds et comme on y est √† l’abri des avalanches et des temp√™tes !”

Quelques missionnaires belges …

 

Le p√®re Verbiest, j√©suite, natif de Pittem, passa sa vie en Chine comme missionnaire. Prodigieux astronome et math√©maticien, il devint le conseiller de l‚Äô empereur Kang-Hi, premier mandarin du C√©leste Empire.¬† Il √©crivit des livres savants en chinois, convertit le monde jaune et mourut pauvre …

(in: Nos Gloires, III)

 

Nos missionnaires firent merveille au 17e si√®cle. Georges Willems, de Geel, d√©barqua au Congo o√Ļ flottait alors le drapeau portugais.¬† Il se mit √† pr√™cher aux noirs de la c√īte.¬† Il fut le premier qui eut l‚Äô id√©e de composer un dictionnaire des idiomes n√®gres.¬†

Louis Hennepin √©tait n√© √† Ath.¬† Il partit pour l‚Äô Am√©rique du Nord qui √©tait en possession anglaise. Il apporta le christianisme aux Sioux.¬† Ceux-ci le firent prisonnier.¬† Hennepin √©tait aussi un audacieux explorateur. Il semble avoir √©t√© le premier √† d√©couvrir le cours du Mississipi …

(in: Nos Gloires, IV)  

 

Le jésuite Pierre de Smet fut missionnaire dans les Montagnes Rocheuses.

En 1873, le p√®re Damien de Veuster, partit seul pour les √ģles Hawa√Į afin de consacrer sa vie √† soigner et √† encourager les l√©preux rel√©gu√©s √† Moloka√Į.¬† Au bout de 10 ann√©es, il contracta l‚Äô horrible maladie et mourut au milieu de ses malades auxquels il avait rendu l‚Äô esp√©rance et la joie …

(in: Nos Gloires, VI)

Missionnaires belges (encadrés) à travers le monde, in: Tremplin, 43, années 1970

sinte Djètru / sainte Gertrude : sa vie

(in: Dimanche, 19/01/1992)