LES GRANDES DATES DE L’HISTOIRE DE BELGIQUE

 

 

 

La Protohistoire

 

De -220  millions à -60 millions     

Les dinosaures

 

La Préhistoire

 

Vers –60000  

Homme de Spy (Homo sapiens)

Vers -35000

Homme de Cro- Magnon

Vers -6000

Apparition du néolithique

Vers -1800

Début de l’âge du bronze

Vers -1200

Apparition des Celtes

Vers -800

Arrivée des premières tribus gauloises

 

L’Antiquité

 

-58 à-51

Conquête de la Gaule par Jules César

De -50 à 250

La Paix romaine (Pax romana)

Vers 250

Premières invasions germaniques

Vers 300

Apparition du christianisme en Gaule

 

Le Moyen Age

 

Vers 450

Tournai devient la capitale du royaume des Francs

Vers 465-511

Clovis

600-700

Le « siècle des saints» : époque de la construction des premières grandes abbayes

742-814

Charlemagne

Noël 800

Couronnement de Charlemagne

843

Traité de Verdun qui partage l’empire de Charlemagne entre ses trois petits-fils

820-891

Incursions des Vikings

972-1008

Règne de Notger, prince-évêque de Liège

979

Fondation officielle de Bruxelles

1066

La première charte est concédée à Huy

1096-1099

Première croisade commandée par Godefroi de Bouillon

1099

Prise de Jérusalem par Godefroi de Bouillon

11 juillet 1302

Bataille des Éperons d’Or à Courtrai

17 juillet 1345

Assassinat de Jacques Van Artevelde

1348-1349

Grave épidémie de peste noire

 

Sous les Bourguignons

 

1396-1467

Philippe le Bon

1430

Création de l’ordre de la Toison d’or par Philippe le Bon

1433-1477

Charles le Téméraire

1457-1482

Marie de Bourgogne

 

Sous les Espagnols

 

1500-1558

Charles-Quint

25 octobre 1555

Abdication de Charles-Quint

1527-1598

Philippe II

1548

Transaction d’Augsbourg

1549

Pragmatique Sanction

1566

Compromis des Nobles

5 juin 1568

Exécution des comtes d’Egmont et de Hornes sur la Grand-Place de Bruxelles

1579

Scission des XVII Provinces entre les Provinces-Unies et les Pays- Bas espagnols

1598-1621

Règne des archiducs Albert et Isabelle

1621-1713

Le « siècle de Malheur»

1648

Le traité de Munster reconnaît l’indépendance des actuels Pays-Bas

1695

Les troupes de Louis XIV bombardent Bruxelles

 

Sous les Autrichiens

 

1713

Les Pays-Bas deviennent autrichiens par le traité d’Utrecht

1740-1780

Règne de Marie-Thérèse, impératrice d’Autriche

1744-1780

Charles de Lorraine, gouverneur des Pays-Bas Autrichiens

1780-1790

Règne de Joseph II, empereur d’Autriche

1790

Révolutions brabançonne et liégeoise

 

Sous les Français

 

1794

Victoire des Français sur les Autrichiens à Fleurus

1794-1814

Domination française

1er août 1795

Les anciens Pays-Bas autrichiens et la principauté de Liège sont officiellement rattachés à la France

1798

Guerre des Paysans

1804

Napoléon est sacré empereur

1814

Napoléon est exilé à l’île d’Elbe

18 juin 1815

Napoléon est battu à Waterloo et exilé à Sainte-Hélène

 

Sous les Hollandais

 

1815-1830

Domination hollandaise, sous le règne de Guillaume 1er d’Orange, roi des Pays-Bas

 

La Belgique indépendante

 

25,26,27 septembre 1830

À Bruxelles, combats victorieux des révolutionnaires belges contre les troupes hollandaises

21 juillet 1831

Prestation de serment du roi Léopold 1er

1831-1865

Règne de Léopold 1er

Août 1831

La Hollande attaque la Belgique mais ses troupes sont repoussées

19 avril 1839

Signature du traité des XXIV articles, consacrant la paix avec la Hollande

1865-1909

Règne de Léopold II

26 février 1885

La Conférence de Berlin reconnaît Léopold II comme souverain de l’État indépendant du Congo

1886

De nombreuses grèves éclatent pour réclamer l’amélioration des conditions de travail et de salaire

1893

Suffrage universel plural: chaque citoyen masculin possède au moins une voix

20 août 1908

Léopold II lègue le Congo à la Belgique

1909-1934

Règne d’Albert 1er

Du 4 août 1914 au 11 novembre 1918

Première Guerre mondiale

21 novembre 1918

Avant de faire son entrée triomphale à Bruxelles à la tête de ses soldats, le Roi accepte le principe du suffrage universel pur et simple à 21 ans.

16 novembre 1919

Première élection au suffrage universel pur et simple

1919

Par le traité de Versailles, la Belgique annexe les Cantons de l’Est, autrefois allemands, et reçoit l’administration du Ruanda-Urundi, ancienne colonie allemande.

1930

Flamandisation de l’université de Gand

17 février 1934

Mort accidentelle du roi Alben à Marche-les-Dames

1934-1950

Règne de Léopold III

29 août 1935

Décès accidentel de la reine Astrid à Küssnacht

10 mai 1940

L’Allemagne attaque la Belgique

25 mai 1940

Rupture entre Léopold III et ses ministres à Wijnendael

28 mai 1940

Capitulation de l’armée belge

De mai 1940 à septembre 1944

La Belgique est occupée par les nazis

7 juin 1944

Le lendemain du débarquement de Normandie, Léopold III est déporté en Allemagne

8 septembre 1944

Retour du gouvernement de son exil à Londres

De septembre 1944 à juillet 1950

Régence du prince Charles

Décembre 1944

Les Allemands encerclent les troupes américaines à Bastogne durant la Bataille des Ardennes

7 mai 1945

Capitulation de l’Allemagne

26 juin 1949

Premier vote des femmes en Belgique

12 mars 1950

Consultation populaire favorable au retour du Roi en Belgique

31 juillet 1950

Léopold III s’efface en faveur de Baudouin, qui devient prince royal.

16 juillet 1951

Léopold III abdique en faveur de son fIls, qui devient le cinquième roi des Belges.

1950-1993

Règne de Baudouin 1er

1957

La Belgique signe le traité de Rome comme l’un des six pays fondateurs du Marché commun.

1958

Exposition universelle de Bruxelles

6 novembre 1958

Signature du Pacte scolaire

30 juin 1960

Indépendance du Congo

15 décembre 1960

Mariage du roi Baudouin avec la reine Fabiola

1970

L’État belge reconnaît l’existence des régions

1991

Dirk Frimout est le premier Belge dans l’espace

7 février 1992

La Belgique signe le traité de Maastricht

5 mai 1993

La Belgique devient officiellement un État fédéral

31 juillet 1993

Décès du roi Baudouin

Depuis 1993

Règne d’Albert II

9 août 1993

Prestation de serment d’Albert II, sixième roi des Belges

Août 1996

Arrestation de Marc Dutroux et découverte des corps de Julie, Melissa, An et Eefje

20 octobre 1996

La Marche blanche

Fin 1996 – début 1998

Commission d’enquête parlementaire sous la présidence du député Marc Verwilghen

1er janvier 1999

Introduction officielle de l’euro en Belgique

Louis Verviers, Le bréviaire des Belges, éd. de Boeck, 1944

 

(p.117) DES GRANDS CADRES DE L’HISTOIRE DE BELGIQUE

  1. – Cadre politique et militaire

(Formation du la Nation Belge. – La Conquête de l’Indépendance nationale. – Les Misères de la Guerre.)

Etablissement des Celtes

850 av. J.-C. Etablissement en Gaule des premières peuplades celtiques.

300 av. J.-C. Tribus belges venues des régions rhénanes ou trans­rhénanes.

100 av. J.-C. Etablissement d’une arrière-garde germanique — les Aduatiques — dans la région namuroise actuelle.

55 av. J.-C. Les Ménapiens, chassés des rives du Rhin inférieur, occupent le littoral (Flandre). Au moment où vont appa­raître les légions de César, les tribus ne sont stabilisées que depuis peu de temps.

La conquête romaine

57 av. J.-C. Jules César commence la conquête du territoire; victoire du Sabis (Selle, et non la Sambre) sur les Nerviens de Boduognat.

56-55 av. J.-C. Expéditions de César contre les tribus des Morins et des Ménapiens.

54 av. J.-C.    Révolte d’Ambiorix, chef des Eburons.

53 av. J.-C. Campagne de César contre les Nerviens et les Ebu­rons.

51 av. J.-C. César ravage le pays des Eburons; les Trévires d’Indutiomar sont défaits par Labiénus.

 

(p.118) La paix romaine et ses conséquences, (de 51 av. J.-C. jusqu’au VIme siècle de notre ère.)

« Des libertés, tout subsistait sauf le droit de s’entre-déchirer ».     (J. Breuer.)

15 av. J.-C. Les territoires compris entre le Rhin, la Marne, la Seine et le rivage de la mer deviennent une province impé-périale dénommée Gallia Belgica (Gaule Belgique).

50 de l’ère chrétienne : Etablissement de la voie romaine de Bavai à Cologne, pièce maîtresse du réseau routier dans nos ré­gions; elle courait parallèlement à la Sambre et à la Meuse, après avoir franchi ce dernier cours d’eau à Maestricht.

Lente diffusion de la langue latine (origine des dialectes wallons). Diffusion de la mythologie romaine et, dans le cou­rant du IVme siècle, début de la première évangélisation. Vers 546 Saint Servais est-évêque de Tongres.

Adoption de techniques agricoles et industrielles romaines. Romanisation du genre de vie, surtout chez les riches.

IVme siècle. Division en Belgique première (capitale : Trêves) et Belgique seconde (capitale : Reims).

Les  invasions  germaniques  et la  fin   de  l’occupation romaine

255 (vers)    Première invasion des Francs en Gaule.

275-276 Dévastation de la Gaule par les Francs et les Alamans

Repli de la défense romaine sur la chaussée transversale Maestricht-Bavai-Boulogne (ligne avancée de fortins : castra et castella).
406      Grande invasion des Germains. Colonisation de la Campine et du pays de Waes; pénétration par la vallée de l’Escaut, de la Lys, du Rupel.

 

Période mérovingienne

450 Clodion, roi des Francs Saliens s’empare de Tournai et en fait sa capitale. Mérovée, Childéric Ier et Clovis y rési­dent successivement (dynastie mérovingienne ou tournai-sienne).

481 C’est de Tournai que Clovis s’élance à la conquête de la Gaule, dont il devient le souverain. La Belgique con­stitue la partie septentrionale du grand royaume mérovin­gien, dont la capitale est dorénavant Paris.

 

(p.119) La dualité linguistique de nos régions date de cette pé­riode : dans le sud, les populations continuent à employer des dialectes dérivés de la langue latine, dans le nord, les colons francs, frisons et saxons introduisent des dialectes germaniques. La limite géographique entre les deux zones linguistiques traverse le pays de l’Ouest à l’Est et le tranche en deux parties d’étendue à peu près égale, l’une peuplée de Wallons, l’autre de Flamands.

 

Après la conversion de Clovis commence la seconde christianisation de nos régions.

547 Saint Amand, évêque de Tongres-Maestricht.

       705 (vers) Assassinat de saint Lambert à l’endroit où naîtra Liège.

 

La période carolingienne

Origine hesbayenne de la dynastie des Pipinides (Herstal, Jupille, Landen) Tournai est délaissé par la royauté.
742 Sacre de Pépin le Bref.

768 Avènement de Charlemagne.

800 Charlemagne est couronné empereur à Rome.

« Renaissance carolingienne ». Nos régions mosanes et hesbayennes en bénéficient. Paix intérieure et prospérité.

834 à 892    Raids normands :

837 Ravage de la Flandre par les pirates nordiques.
850-861  Nouvelles incursions, surtout en Flandre maritime.
A partir de 879 Grandes  incursions en  Flandre,  en  Brabant et dans les pays mosans;  installation de camps retranchés à Hasselt (près de Venloo), à Louvain sur la-Dyle.
891 Victoire d’Arnoul de Carinthie à Louvain; les Normands quittent le pays l’année suivante et se portent vers l’embouchure de la Seine.

Conséquence : beaucoup de dévastations; la vie écono­mique est profondément atteinte; l’activité agricole reste l’essentiel.

Le partage de l’empire carolingien et les nouvelles frontières :

843 Le traité de Verdun donne :

  • la partie occidentale de l’empire, comprenant le comté
    de Flandre, à  Charles le Chauve;   le cours  de l’ Escaut en forme la limite à travers nos régions; origine du royaume de France;
  • la partie orientale, à Louis le Germanique; comprend (p.120) tout le territoire situé à l’est du Rhin; origine du royaume puis empire d’Allemagne;
  • la partie d’entre-deux, à Lothaire; c’est l’origine des Pays-Bas, du Grand-Duché de Luxembourg et de l’Alsace- C’est aussi l’origine des guerres qui, au cours des siècles, feront de nos régions un des principaux champs de bataille de l’Europe, la France et l’Allemagne se disputant la possession des territoires intermédiaires (longtemps dénommés Lotharingie du nom du roi Lothaire II).

Fluctuations :

870 Le traité de Meersen : partage la Lotharingie entre Charles le Chauve et Louis le Germanique.

879 Après la mort de Louis le Germanique, Louis le Jeune réunit toute la Lotharingie à l’Allemagne.

884 Charles le Gros, fils de Louis le Germanique, reconstitue l’empire de Charlemagne mais, trois ans plus tard, un petit-fils de Louis le Germanique nommé Arnoul de Carinthie est reconnu comme roi en Allemagne et en Lotharingie. Remporte victoire à Louvain sur les Normands (891 ).

895 Zwentibold, fils d’Arnoul de Carinthie, devient roi de Lotharingie.

900 A la mort de ce prince la Lotharingie fait retour à son frère Louis l’Enfant, roi d’Allemagne.

Mettant à profit la rivalité entre les rois de France et d’Allemagne, les chefs de l’aristocratie lotharingienne prati­quent une politique de bascule dans le dessein d’être aussi indépendants que possible à l’égard des uns et des autres. C’est le cas de Régnier Ier et de son fils Gislebert.

En 925, la Lotharingie ayant- été définitivement réunie à l’Allemagne par Henri l’Oiseleur, le titre de duc de Lotha­ringie est accordé à Gislebert. Celui-ci trouve la mort à la ba­taille d’Andernach (939) livrée contre son suzerain, Otton Ier dit le Grand. Celui-ci confie à son frère Brunon, arche­vêque de Cologne, le gouvernement du duché de Lotharingie. Six ans plus tard, ledit duché est divisé en deux : la Haute-Lotharingie (Lorraine) et la Basse-Lotharingie (Lothier). Cette dernière nous intéresse plus spécialement puisque le territoire de nos actuelles provinces de Luxembourg, de Namur, de Hainaut, de Liège, de Limbourg, de Brabant et d’Anvers y était compris. Quant au territoire de nos actuelles provinces de Flandre occidentale et orientale il dépendait, nous l’avons vu, du royaume de France.

(p.121) Ainsi donc, le cours de l’Escaut constituait une frontière politique coupant nos régions du Nord au Sud, tandis que la limite linguistique les partageait dans un sens opposé, Est-Ouest.

Otton Ier crée deux marches défensives le long de l’Escaut : l’une a pour chef-lieu Valenciennes, l’autre a pour centre le château d’Eename (en face d’Audenaerde). Brunon s’adjoint deux ducs militaires. Au premier d’entre eux est confiée la défense de la Basse-Lotharingie contre les empié­tements des comtes de Flandre.

Une troisième marche militaire est créée sous Henri II. Son siège est Anvers.

 

Formation des principautés territoriales belges

I Entre la Mer, l’Escaut et la Canche :

Le comte Baudouin, surnommé plus tard « Bras de Fer », fait construire un château-fort au centre du petit pagus qu’il administre. Ce centre deviendra plus tard la ville de Bruges, et le pagus deviendra le puissant comté de Flandre, s’éten­dant non seulement entre le littoral, l’Escaut et la Canche, mais même au-delà de l’Escaut (région d’Alost, ancienne marche d’Eename, en Lotharingie. : Flandre impériale).

Sous Philippe d’Alsace, le comté de Flandre englobe le Vermandois, le Valois et l’Amiénois (fin de XIIme siècle). « Post deum princeps » : Le premier après Dieu, devise des comtes de Flandre.

II A l’Est de l’Escaut :

Dans la Basse-Lotharingie, située tout entière à l’est de l’Escaut, vont se former plusieurs principautés :

Le duché de Brabant :

Après la mort de l’empereur Otton Ier les révoltes de l’aristocratie lotharingienne recommencent. Le pouvoir de l’empereur et celui du duc, son représentant, s’effritent de plus en plus au cours des siècles suivants.

A partir du milieu du XIIme siècle il n’y a plus de véri­table duc en Lotharingie; seul subsiste le titre, d’ailleurs âprement disputé par deux chefs locaux, le comte de Limbourg (Dolhain-Limbourg, province de Liège actuelle) et le comte de Louvain (descendant du comte Régnier).

(p.122) Ce dernier, installé dans sa forteresse de Louvain, acquiert le comté de Bruxelles, où, depuis la fin de Xme siècle, un châ­teau-fort avait été érigé dans une île de la Senne. Par la suite, étant devenu le haut protecteur des abbayes de Nivelles et de Gembloux, et le comté de Bruxelles faisant partie d’une région appelée Brabant (comprise entre l’Escaut et la Dyle), le comte de Lonvain s’intitule comte de Brabant.

Plus tard, l’empereur lui permet de porter le titre de duc de Basse-Lotharingie et lui accorde pouvoir sur le vaste terri­toire de la Campine, dont Anvers est le chef-lieu, et qui s’étend au Nord jusqu’aux rives de la Meuse.

Comme, dans la pratique, l’autorité réelle du duc de Basse-Lotharingie ne s’exerce que sur les territoires possédés à titre héréditaire, le titre de duc de Brabant se substitue définitivement à celui de duc de Basse-Lotharingie.

Comté, puis duché de Limbourg, dont le centre est la place forte de Limbourg (près Verviers) dominant la vallée de la Vesdre. Au XIIIme siècle le comté de Limbourg est rattaché au duché de Brabant, après la victoire remportée à Worringen par Jean Ier, dit le Victorieux.

Comté de Hainaut (ancien pagus de Hennegau), dont le centre est le château de Mons.

Comté de Namur (ancien pagus de Lomme), dont le centre est la puissante forteresse de Namur, sise sur un promontoire au confluent de la Sambre et de la Meuse.

Comté, puis duché de Luxembourg, après incorpora­tion des comtés de Chiny, Laroche, Durbuy et Arlon. Son centre politique et militaire est Luxembourg, dont le château-fort est admirablement situé pour résister aux plus rudes assauts.

Principauté épiscopale de Liège.

L’évêque de Liège a des pouvoirs identiques à ceux des chefs laïcs lotharingiens. Son autorité s’étend sur les rives de la Meuse et de la Sambre, au nord jusqu’à Maestricht, Tongres et Maeseyck (après l’incorporation du comté de Looz, notre province de Limbourg actuelle), au sud-ouest, jusqu’à Thuin, Huy, Dinant

 

Principauté  abbatiale  de  Stavelot-Malmédy,   dont  le (p.123) double foyer est constitué par les abbayes de Stavelot et de Malmédy.

Si ces principautés sont fréquemment en lutte l’une contre l’autre, des rapprochements se manifestent parfois entre elles au détriment des deux royaumes, la France et l’Allemagne, dont elles dépendent au point de vue féodal. Premiers signes d’une tendance à l’union que certaine communauté d’intérêts économiques viendra renforcer et multiplier par la suite.

Quelques dates :

972-1008 Notger, évêque de Liège.

1042-1048 Wazon, évêque de Liège.

1056 Baudouin V de Lille, comte de Flandre, reçoit l’inves-

titure du pays d’Alost, des Quatre-Métiers et d’une partie de la Zélande (Flandre dite impériale, parce que située en terre d’Empire).

1099 Godefroid de Bouillon, duc de Basse-Lotharingie, à la tête de la première croisade, s’empare de Jérusalem en Terre sainte.

1106 Godefroid Ier, comte de Louvain, reçoit le titre de duc de Basse-Lotharingie.

1128-1168 Thierry d’Alsace, comte de Flandre.

         1168-1191 Philippe d’Alsace, comte de Flandre, lutte contre Phi­lippe-Auguste et meurt à la croisade.

1190-1235 Henri Ier, duc de Brabant.

1194-1200 Albert de Cuyck, évêque de Liège.

1204 Baudouin IX de Flandre élu empereur de Constantinople (4me croisade).

 

Le développement communal

Dans le courant du Xme siècle le commerce renaît petit à petit. Des hommes, détachés du travail de la terre, se mettent à circuler le long des chemins et des cours d’eau, offrant en vente ou en troc des marchandises diverses. Les premières foires apparaissent, à Visé sur la Meuse et à Thourout en Flandre (à proximité du château comtal de Wijnendaele).

De petits centres humains (portus) se constituent ou s’élar­gissent aux endroits les plus favorables aux échanges, géné­ralement à un croisement de voies de communication et sous la protection soit d’une abbaye (Nivelles, Gand, Saint-Trond) soit d’un château-fort proche (Bruges, Bruxelles, Gand). Le (p.124) long d’une route reliant les régions rhénanes à la mer, s’égrènent Léau, Tirlemont, Louvain, Bruxelles, Alost, Gand et Bruges.

D’anciennes agglomérations ou escales fluviales de l’époque romaine ou carolingienne se raniment : telles Tournai sur l’Escaut, Binant, Huy, Liège et Maestricht sur la Meuse. Aux marchands qui se fixent ainsi dans des portus viennent se joindre des artisans, surtout à partir du moment où les an­ciennes industries métallurgique et textile, déjà appréciées au temps de l’occupation romaine, se mettent à prospérer et que les étoffes de luxe et les objets orfèvres sont demandés sur les marchés étrangers autant que dans nos régions.

Le genre de vie des habitants des bourgs se différencie de plus en plus de celui des gens du plat pays : il en résulte l’apparition d’obligations et de droits nouveaux. Ceux-ci sont consignés dans des chartes (heures) obtenues des seigneurs territoriaux. Les bourgeois (habitants des bourgs) forment dorénavant des collectivités privilégiées. Elles sont autorisées à s’administrer elles-mêmes (échevinages urbains), à orga­niser la défense militaire de leur résidence (remparts et milices), à lever des contributions. Le beffroi (tour d’obser­vation où l’on suspend la cloche communale et où l’on con­serve les précieuses chartes), l’hôtel de ville (où se réunis­sent les magistrats) sont, avec l’enceinte fortifiée, les signes apparents de la quasi-indépendance des communes.

La première charte écrite conservée est celle que l’évêque Théoduin accorde à la ville de Huy en 1066.

         1127 Les Brugeois obtiennent des privilèges après l’assassinat du comte Charles le Bon.

1191  Mathilde de Portugal, veuve du comte Philippe d’Alsace, octroie une charte à Gand, afin de se concilier les bourgeois.

1191 Le prince-évêque Albert de Cuyck, pour s’assurer l’appui des Liégeois  contre  son  rival  Simon  de  Limbourg, leur accorde des privilèges importants.

         1229 Le duc de Brabant Henri Ier et son fils Henri accordent une charte aux Bruxellois.

         1251 Creusement du canal de la Lieve (de Gand à Damme, avant-port de Bruges). Ainsi est évitée la grande boucle de l’Escaut par Termonde et Anvers; d’où de multiples avantages : gain de temps et d’argent; de plus on évite de devoir payer des tonlieux au passage des villes riveraines.

 

(p.125) Dès la fin du XIIIme siècle, le port d’Anvers commence déjà à prendre de l’importance.

 

Répercussions sur la vie des campagnards

Les communes deviennent des pôles attractifs pour les gens du plat pays; un séjour d’un an et un jour dans une commune libère définitivement le serf. Par ailleurs, l’accroissement du nombre de citadins nécessite l’extension des cul­tures et l’intensification de l’élevage des animaux domesti­ques. D’où, des déboisements et des défrichements de plus en plus importants, l’endiguement des « moeren » pour les soustraire à l’immersion marine. Dans le pays de Liège et dans le Hainaut, on commence dès les XIIme-XIIIme siècles à creuser des « puits » pour l’extraction de la houille; ce travail est entrepris par des paysans. Aussi interdit-on l’extraction de la houille durant le temps des moissons et des la­bours (du 24 juin au 1er novembre).

En somme, amélioration de la condition juridique des pay­sans. Les seigneurs octroient des privilèges à de nombreux villages (par exemple, privilèges accordés aux habitants de Florefîe par Godefroid, confirmés en 1151 par son fils Henri l’Aveugle, comte de Namur). Certains, en vue de favoriser la fixation de paysans dans les campagnes, créent des villages dotés de franchises.

Ainsi le servage diminue considérablement dès le XIIme siècle; en même temps se réduisent les droits de gîte et de chasse des seigneurs.

 

 

Luttes sociales dans les villes

A partir du XIIIme siècle et surtout au cours du XIVme siècle, d’âpres conflits éclatent entre les patriciens, maîtres de l’échevinage, et plébéiens, tenus à l’écart de l’administration communale.

1248  Troubles sociaux dans diverses villes brabançonnes, notamment à Léau où les foulons se sont révoltés.

1249-1252 Conclusion d’alliances entre échevinages patriciens du Brabant, de la principauté de Liège et de Gand, pour empê­cher que les foulons bannis d’une ville puissent trouver refuge et travail dans une autre. Une sorte d’ « internationale patricienne » se constitue pour enrayer le mouvement d’éman­cipation plébéienne.

(p.126)

1253 Révolte des villes liégeoises sous la direction d’Henri de Binant; elle échoue.
1274 Renouvellement de l’alliance de 1249-1252.

1279 Les tisserands et hommes de métiers de Tournai se révoltent mais échouent dans leur entreprise.

1280 Dans les villes flamandes, révolte du « commun » contre le patriciat considéré comme l’ennemi commun par les arti­sans, opprimés par des règlements impitoyables, par les marchands et drapiers exclus de la gilde, par les contribuables exaspérés   par   l’augmentation   constante   des   impôts.   La « Mourlemaye », à Bruges, la « Kokerulle » à Ypres. Le comte Guy de Dampierre ayant pris position contre le patri­ ciat des villes, celui-ci se tourna vers le roi de France, suze­rain du comte, (Leliaerts = gens du lis, contre Klauwaerts — gens de la griffe).

         1302 Après la victoire de Groeninghe (Courtrai) la démocratie urbaine triomphe dans la plupart des villes de Flandre
(Breydel et De Coninck) et, dans celles des autres princi­pautés, des soulèvements populaires se produisent.

En Flandre, la prépondérance passe aux métiers des tisse­rands et des foulons.

         1303 A Liège les « petits » (plébéiens), alliés au chapitre de Saint-Lambert, obtiennent la moitié des sièges dans le con­seil des jurés.

         1303-1306 Pendant trois ans les plébéiens de Bruxelles partagent le pouvoir avec leurs rivaux patriciens; ensuite, réaction patricienne soutenue par le duc de Brabant.

1309 De même, réaction patricienne en Flandre.

1312 La tentative de réaction à Liège échoue (Mal = malheur Saint Martin).

Le duc de Brabant accorde la charte de Cortenberg qui institue un conseil de 14 membres (10 représentants des villes et 4 de la noblesse) chargé de veiller au respect des privi­lèges.

1314 Chartes wallonnes : confèrent aux villes brabançonnes le contrôle des finances.

1316 Paix de Fexhe accordée par le prince-évêque de Liège.

         1326-1328 Soulèvement des tisserands et foulons brugeois, alliés aux paysans de la côte, du Franc de Bruges et du Veurn-ambacht, sous la direction de Nicolas Zannekin. Les « Kerels » sont vaincus par l’armée du roi Philippe de Valois à Cassel. Cela permet le retour au pouvoir du patri­ciat.

 

(p.127) 1331 Paix de Vottem contre les métiers liégeois.

1338 Renversement   de   la   prépondérance   patricienne   à Gand; cette ville, dirigée par Jacques Van Artevelde, prend la tête du mouvement politique dans le comté de Flandre. Apogée politique des villes en Flandre (les Trois membres de Flandre : Gand, Bruges et Ypres).

1343 Victoire plébéienne à Liège;  Lettre de Saint-Jacques.

1345 Assassinat de Jacques Van Artevelde.

       1348-1349 Renversement de l’hégémonie des tisserands à Bruges et à Ypres, en 1348, à Gand, l’année suivante. Début de la période de décadence politique des villes et de la restaura­tion du pouvoir comtal (Louis de Mâle).

1356 Les ducs Jeanne et Wenceslas accordent au Brabant la charte territoriale dite de la Joyeuse Entrée (le duc s’engage à respecter les privilèges des Brabançons, à exclure les étrangers de l’Administration du pays, à consulter ses sujets dans les circonstances importantes, à maintenir l’intégrité territoriale du duché).

        1360 21-22 juillet Victoire du « commun » à Louvain (Pierre Coutereel) ; partage du pouvoir avec les patriciens.

           23 juillet, échec du soulèvement plébéien à Bruxelles, échec du soulèvement plébéien à Bruxelles.

       1365 à 1369 Les métiers bruxellois obtiennent une série de con­cessions.

1378 A Louvain, partage du pouvoir communal entre patriciens et plébéiens.

        1379 Révolte des bateliers gantois provoquée par l’octroi du comte autorisant le creusement d’un canal entre Bruges et la Lys (en amont de Gand).

1380  Réaction du comte Louis de Mâle;  Gand seul reste sous la direction des tisserands.

1382  Les insurgés gantois  (les Chaperons blancs = tisserands) conduits par Philippe Van Artevelde, remportent la victoire du « Beverhoutsveld » et se rendent maîtres de Bruges; le comte ne leur échappe que par miracle; il fuit auprès du roi de France Charles VI, neveu de son gendre Philippe le Hardi.

1386  Dernière victoire des démocrates  liégeois; les « grands » perdent l’échevinage.

1407 Le « Calfvel », défavorable aux Brugeois (Jean sans Peur).

1408 Après la défaite subie à Othée, les Liégeois voient anéantir leur régime démocratique.

 

(p.128)

1421 Triomphe de la cause démocratique à Bruxelles sous le faible duc Jean IV.
1423 Partage définitif du pouvoir entre le patriciat et le commun à Bruxelles, avec légère prédominance patricienne.
1426 Révolte plébéienne à Tournai.

La décadence des industries d’exportation provoque l’affai­blissement de l’élément plébéien dans la plupart des grandes communes.

   Les luttes pour l’indépendance à l’égard de la France et de l’Allemagne au moyen âge.

Voir ci-dessus (p. 120, 123).

Les comtes de Flandre, vassaux du roi de France, et les princes lotharingiens, relevant de l’empereur d’Allemagne, tentent constamment de devenir indépendants en fait, sinon en droit. Dans leurs efforts répétés, ils sont presque tou­jours soutenus par leurs sujets et notamment par les plé­béiens des grandes communes. Au gré des contingences, ils s’allient à l’Allemagne contre la France, à celle-ci contre l’Allemagne, parfois à l’Angleterre.

         1182-1185 Guerre entre Philippe d’Alsace, comte de Flandre et son seigneur lige, Philippe-Auguste, roi de France; les villes de Flandre lui prêtent aide et assistance.

1187 Tournai  est  rattaché  directement à la  couronne  de France par Philippe-Auguste. L’année suivante une charte lui est octroyé.

         1194-1206 Les villes flamandes s’opposent à la politique anti-­anglaise du roi de France (elles ont besoin de la laine anglaise).

         1213 Le comte de Flandre, Ferrand de Portugal s’empare de Tournai.

         1214 A la bataille de Bouvines, Ferrand de Portugal est vaincu et fait prisonnier par le roi Philippe-Auguste.

1288 Bataille de Worringen : le duc de Brabant, Jean Ier l’emporte sur une. coalition de seigneurs pillards d’entre Meuse et Rhin. Ainsi est conservée « sûre et libre pour le trafic » la grande route reliant la Rhénanie au Brabant et à la Flandre.

1297  Rupture entre. Guy de Dampierre, comte de Flandre, et son suzerain Philippe le Bel, roi de France. Invasion du comté.

 

(p.129) 1298 Guy s’allie au roi d’Angleterre; les gens des métiers l’appuient, tandis que les patriciens font appel aux « fleurs de lis », c’est-à-dire au roi de France.

         1301 L’armée de Philippe le Bel pénètre en Flandre, le comté est confisqué.

1302  18 mai Matines brugeoises:  massacre de la garnison française par les plébéiens (rôle de Breydelet De Coninck, « schild en vriend »).

       1302 11 juillet Victoire de Groeninghe ou des Eperons d’or : les communiers flamands triomphent de l’armée féodale de Philippe le Bel; le comté de Flandre recouvre son indépen­dance.

         1304 Défaites de Zierikzee et de Mons-en-Pévèle. Les Tournaisiens participent à cette dernière bataille contre les Fla­mands. Philippe le Bel leur en sait gré.

        1305  et 1312 Suite aux traités d’Athis-sur-Orge et de Pontoise, la Flandre perd les châtellenies de Lille, de Douai et de Béthune (Flandre gallicante). Mais la partie septentrionale (flamande)  reste autonome.

1314 Campagne  militaire  de Philippe le  Long contre la Flandre.
1328 Défaite des  « Kerels » de Flandre au mont Cassel (voir page 126).
1338 Malgré  l’opposition  du comte  Louis  de  Nevers,  la neutralité de la Flandre  dans le  conflit qui  surgit  entre la France et l’Angleterre (Guerre de Cent ans) est reconnue par les belligérants. La politique de neutralité est l’œuvre du tribun gantois Jacques Van Artevelde.

1339 3 décembre   Artevelde   négocie   une   alliance   défensive entre la Flandre et le Brabant;  par ailleurs, il manœuvre en vue de conclure une alliance formelle avec l’Angleterre, source d’approvisionnement des laines travaillées dans les cités flamandes.

Les ducs de Brabant recherchent aussi l’alliance du roi d’Angleterre.

1340 24 juin Bataille navale du Zwin (victoire anglaise).

1340 26 juin Gand prête serment d’obédience au roi Edouard III d’Angleterre (alliance anglo-flamande contre le roi de France).

1340 juillet-octobre   L’armée   anglo-flamande   essaie   vainement de s’emparer de Tournai, fidèle à la couronne de France.

1345 juillet    Entrevue   de  Jacques  Van   Artevelde   avec  le   roi d’Angleterre.

(p.130)

1346 Bataille de Crécy;   le comte Louis de Nevers, resté fidèle à son suzerain, y trouve la mort; l’année suivante, son fils, Louis de Mâle, épouse Marguerite, une des trois héritières du duché de Brabant.

1382 Bataille de West-Roosebeke : les Gantois conduits par Philippe, fils de Jacques Van Artevelde, sont complètement défaits par l’armée royale, appelée à l’aide par Louis de Mâle.

1385 Paix de Tournai : conclue entre les Gantois et le nouveau comte de Flandre, le duc de Bourgogne Philippe le Hardi, époux de Marguerite, l’unique héritière de Louis de Mâle.

L’introduction de la maison de Bourgogne dans les Pays-Bas va, par un heureux concours de circonstances, ren­forcer la double tendance à la réunion des principautés belges et à la rupture des liens de vassalité à l’égard des couronnes de France et d’Allemagne.

   Du morcellement féodal et communal au regroupement territorial et à l’unification politique des principautés belges en un bloc distinct de la France et de l’Allemagne.

Rappel :

843 Par le traité de Verdun l’Escaut devient frontière politique entre le royaume de France (englobant le comté de Flandre) et le royaume de Lothaire.

925 La Lotharingie,  disputée par les  rois  de France et d’Allemagne, est définitivement rattachée à l’Allemagne. La Flandre est de mouvance française.

Le territoire est morcelé en une infinité de seigneuries fréquemment en guerre les unes contre les autres (guerres féodales). Peu à peu, se dégagent de ce chaos quelques grandes principautés (voir ci-dessus, p. 121 ) ; des causes diverses suscitent également entre elles des conflits (par exemple entre le Brabant et la principauté épiscopale de Liège, entre la Flandre et le Hainaut, entre la Flandre et le Brabant, etc.). Ce sont là des facteurs de divergence. Mais des forces d’attraction réciproque vont se mani­fester toujours plus impérieusement, surtout à partir du XIme siècle. Elles finiront par l’emporter sur les forces répul­sives. D’autant plus que certaines dynasties princières agi­ront dans le même sens que les courants économiques, (p.131) favorisant le rapprochement des villes et principautés. Par des mariages habilement combinés, par le jeu des successions que ces mariages « pour raison d’Etat » déclencheront, grâce à des achats et à des annexions enfin, la maison de Bour­gogne réussira à rassembler tous les territoires des Pays-Bas, achevant ainsi une œuvre dont les débuts sont bien anté­rieurs au XVme siècle.

         1190-1235 Règne d’Henri Ier en Brabant qui pratique une poli­tique de bascule entre la France et l’Empire (à comparer à celle des Régnier et Gislebert, voir page 120). Annexion de Maestricht. Lutte contre l’évêque de Liège (bataille de Steppes).

         1191-1194 Avènement de la Maison de Hainaut. Sous Baudouin V de Hainaut, VIII en Flandre, union personnelle du Hainaut et de la Flandre.

1255 Querelle des d’Avesnes et des Dampierre. La médiation de roi de France Saint Louis attribue la Flandre aux Dampierre, le Hainaut aux d’Avesnes (le dit de Péronne).

1280 Guy de Dampierre, comte de Flandre, achète le comté de Namur pour compenser la perte du Hainaut. Un de ses fils, Jean de Flandre, occupe le trône épiscopal de Liège (1282-1291).

1288 A la suite de la victoire remportée à Worringen, Jean Ier annexe le comté de Limbourg au duché de Brabant.

1297 Le Tournaisis, détaché de la Flandre, est annexé au domaine royal en 1302.

1299 Les unions matrimoniales des d’Avesnes avec les comtes de Hollande-Zélande aboutissent à l’union du Hai­naut et de la Hollande-Zélande sous une même dynastie.

1299 Jean II, comte de Hainaut, devient également comte de Hollande et de Zélande.

1300 La Flandre passe sous la couronne de France (anne­xion).

1304 Traité d’alliance entre Flandre et Brabant..

1328 Traité d’alliance entre Brabant, d’une part, Hainaut, Zélande et Hollande, d’autre part.

1337 Nouveau traité entre Flandre, Brabant, Hainaut, Zé­lande et Hollande.

1339 Renouvellement de ce traité. Alliance défensive entre Flandre et Brabant. Rôle de Jacques Van Artevelde.

1345 Accession de la Maison de Bavière (Wittelsbach) au comté de Hainaut (mariage de Louis IV de Bavière avec Marguerite d’Avesnes). Cela provoque l’alliance du duc de

(p.132) Brabant, Jean III, avec la maison de Luxembourg-Bohème.

1347 Louis de Mâle, comte de Flandre, épouse Marguerite, une des trois héritières du duché de Brabant.

1354 Wenceslas, comte de Luxembourg en 1346, obtient l’érection de sa principauté en duché (maison de Luxem­bourg-Bohême) .

1356 Union personnelle des duchés de Brabant et de Luxembourg du fait du mariage de Jeanne de Brabant et de ‘Wen­ceslas de Luxembourg. Elle dure jusqu’en 1383.

1356 Guerre de succession de Brabant (Louis de Mâle contre Wenceslas). La Flandre acquiert Malines et Anvers. En France, Louis de Mâle possède les comtés de Nevers et de Rethel; il hérite encore de la Franche-Comté de Bourgogne et de l’Artois.

1364 Le duc de Brabant acquiert la seigneurie de Fauquemont (Valkenburg).

1365 La principauté épiscopale de Liège annexe le comté de Looz (province de Limbourg actuelle).

1369 Marguerite de Mâle, unique héritière du comte de Flandre, épouse Philippe le Hardi, duc de Bourgogne (Mai­son de Flandre-Bourgogne). Restitution de Lille, Douai, Béthune à la Flandre.

1371 La défaite de Wenceslas à Basweiler, près d’Aix-la-Chapelle» met un terme aux ambitions brabançonnes vers l’Est. Les seigneuries d’Outre-Meuse sont données en enga-gère.

 

Œuvre d’unification des ducs de Bourgogne

 

Règne de Philippe le Hardi.

 

1384 à 1404 La Maison de Bourgogne accède au comté de Flandre : Philippe le Hardi (R. 1384-1404) succède à Louis de Mâle. Il gouverne en s’aidant d’un conseil, par après qualifié de « grand conseil », dont le principal fonctionnaire sera le chancelier de Bourgogne.

         1385 Double union matrimoniale entre Maisons de Bavière et de Bourgogne.   (Jean sans Peur épouse Marguerite de Bavière, Guillaume  IV  de Bavière  épouse  Marguerite  de Bourgogne.) Ce double mariage aura des conséquences poli­tiques considérables, favorables à l’unification territoriale.

(p.134)

1386 Philippe le Hardi crée deux « Chambres du Conseil », l’une à Dijon, l’autre à Lille; chacune est à la fois tribunal, cour des comptes et organisme de contrôle des fonction­naires. Première étape de la politique de centralisation des ‘ institutions politiques et administratives que poursuivront les successeurs de Philippe le Hardi. Il y a lieu de remar­quer que le ressort de la Chambre de Lille s’étend à toutes les possessions du duc dans les Pays-Bas.

         1387-1397 Rachat des seigneuries d’Outre-Meuse (Fauquemont, Wassemberg, Dalhem, etc.).

1390 Jeanne de Brabant reconnaît à Philippe le Hardi, la nue propriété du duché de Brabant, mais en conserve l’usu­fruit. Peu après, elle reconnaît Antoine, fils de Philippe, pour héritier. En échange, Philippe restitue Malines et Anvers au Brabant.

1396 Philippe le Hardi obtient de Jeanne la cession du Limbourg et des terres d’Outre-Meuse.

1404 Antoine de Bourgogne devient régent de Brabant.

 

 

Règne de Jean sans Peur (1404-1419)

Duc de Bourgogne, fils et successeur de Philippe le Hardi. Ce prince séjourne presque toujours en France où il est le chef du parti bourguignon en lutte contre celui des Armagnacs. Il est assassiné par ses adversaires à Montereau.

         1405 Création du « Raed van Vlaenderen »  (chambre de justice) à  Audenaerde,   transféré   plus  tard   à   Gand;   la chambre des comptes conserve son siège à Lille. Constitution définitive des « Etats de Flandre » ayant pour mission d’ac­corder des subsides au prince. Mort de Jeanne de Brabant.
Antoine de Bourgogne, -régent depuis deux ans, lui succède. Ainsi accédait au duché de Brabant la branche cadette de la maison de Bourgogne. Elle y pratique aussi une politique de centralisation administrative.

1409 Le duché de Luxembourg est donné en engagère à Elisabeth de Gôrlitz, épouse d’Antoine de Bourgogne en secon­des noces. Nouvelle union temporaire entre le Brabant et le Luxembourg.

1415 Mort d’Antoine de Bourgogne à la bataille d’Azincourt (entre Français et Anglais).

1418 Jacqueline de Bavière, souveraine en Hainaut, Hollande et Zélande, épouse Jean IV de Brabant, cousin de Jean sans Peur, duc de Bourgogne ef comte de Flandre.

(p.136)

 

Règne de Philippe-le-Bon (1419-1467)

1421 Philippe s’allie au roi Henri-V d’Angleterre contre le roi de France. Il achète le comté de Namur.

1423 Jean IV crée une chambre du conseil pour la justice à Bruxelles.

1425 Philippe se fait céder par Jean IV l’administration des comtés de Hainaut, Hollande et Zélande appartenant à son épouse Jacqueline de Bavière.

1425 Jean IV crée l’Université de Louvain.

1427 Philippe de Saint-Pol, successeur de Jean IV, nomme un chancelier de Brabant pour présider la chambre du con­seil.

1428 Création du « Hof van Holland ». Par le traité de Delft Jacqueline de Bavière reconnaît Philippe le Bon comme ruwart et héritier des pays de Hainaut, Hollande, Zélande et Frise.

1430 A la mort de Philippe de Saint-Pol, Philippe hérite du duché de Brabant, mais cette principauté conserve une véri­table autonomie (Conseil et sceau particuliers). Cette même année, Philippe crée l’ordre de la Toison d’Or, qui favorise la collaboration de la Noblesse à l’œuvre des ducs de Bour­gogne. Ses membres deviennent les « pairs » du souverain.

1433 Philippe devient comte de Hainaut.

1435 Par le traité d’Arras, qui le réconcilie avec le roi de France Charles VII, Philippe obtient la cession des villes de la Somme (Péronne, Montdidier, Roye) et la Picardie. Il se fait exempter, à titre personnel, de l’hommage pour ses fiefs de la couronne de France.

1436-1438 Soulèvement des Brugeois contre le duc.

1441 Philippe rachète à Elisabeth de Gb’rlitz le duché de Luxembourg. Deux ans plus tard, il prend possession de cette principauté.

1446 Création d’une Chambre des Comptes à La Haye.

         1449-1453 Rébellion des Gantois; leurs milices s’emparent du château de Gavere et mettent le siège devant Audenaerde. Les troupes ducales les obligent à abandonner le siège; ensuite elles les écrasent à la bataille de Gavere (1453).

1456 Philippe fait élire son neveu Louis de Bourbon au trône épiscopal de Liège.           

1463 Fusion des Chambres des Comptes de La Haye et de Bruxelles. Celle de Lille subsiste.

1465 Première assemblée des Etats Généraux à Bruges (réunion (p.135) des délégations des divers états provinciaux ayant comme principal objet de consentir les subsides financiers au duc) ; les Etats généraux favoriseront la naissance d’un sentiment de communauté entre les différents « pays » réunis.

        1465  20 octobre   Les troupes ducales battent les milices lié­geoises à Montenaeken ; le traité de Saint-Trond (22 décem­bre) renforce le protectorat bourguignon sur la principauté épîscopale. Charles (le Téméraire) fait octroyer à son père le titre de

 « gardien et avoué souverain » de la principauté.

       Le « Grand duc d’Occident » rêve-t-il de reconstituer un royaume indépendant de la France et de l’Empire ?

1466 Siège et sac de Binant par les troupes bourguignonnes.

1466 Les Liégeois défaits à la bataille de Brusthem.

 

Règne de Charles le Téméraire (1467-1477)

        1468  9 octobre Echec de l’héroïque tentative des 600 Franchimontois contre les troupes de Charles le Téméraire et de Louis XI. Prise et sac de Liège, peu après. L’hégémonie bourguignonne est définitivement établie sur la principauté.

1469 Les Gantois, qui s’étaient révoltés pendant l’expédi­tion contre Liège, doivent se soumettre sans condition au dur vainqueur.

1470 Le duc Charles, vassal du roi de France, interdit les appels au Parlement de Paris (manifestation d’indépendance à l’égard de son suzerain).

1471 Charles crée une armée permanente (compagnies d’or­donnance composées de mercenaires).

1472 Charles achète l’Alsace, le Sundgau et le comté de Ferrette à Sigismond d’Autriche (engagère).

1473 Charles annexe la Gueldre (entre-Basse-Meuse et Bas-Rhin).  Il veut se faire couronner roi,  mais  l’empereur d’Allemagne évite de se rendre au lieu fixé pour la céré­monie (Trêves).

Le grand conseil est scindé en deux :

1° Le grand conseil de Malines (cette ville apparaît à ce moment comme la capitale des pays de par-deçà) ;

2° Le Parlement de Malines (cour suprême de justice dont le ressort s’étend à l’ensemble des possessions bour­guignonnes de par-deçà).

         1474 Charles intervient en Rhénanie en faveur de l’arche­vêque de Cologne; il échoue au siège de Neuss.

L’Alsace se soulève.

 

(p.136) 1475 Charles conquiert la Lorraine et réunit ainsi ses pos­sessions de par-deçà (nos régions) à ses Etats de par-delà (Bourgogne et Franche-Comté).

Il rêve de reconstituer l’ancien royaume de Lothaire en portant les limites de ses Etats jusqu’aux rives de la Médi­terranée. Mais le roi de France, l’empereur d’Allemagne et les cantons helvétiques unissent leurs forces pour en empê­cher la réalisation.

         1476 Charles dirige une expédition contre les confédérés suisses. Il est obligé de battre en retraite après la défaite subie à Granson   (3 mars). Le 22 juin ses troupes sont encore battues à Morat. La Gueldre et la Lorraine se sou­lèvent.

        1477 5 janvier   Charles envahit la Lorraine pour réprimer la révolte. Il met le siège devant la capitale (Nancy). Trahi par le condottiere Campo-Basso, il s’obstine, échoue et se fait tuer sur place.

Son rêve royal ne s’est pas réalisé. Cependant l’Etat bour­guignon survivra grâce à l’existence d’un sentiment natio­nal bourguignon (dont les symboles sont la croix de saint André, patron des ducs, le briquet de Bourgogne et le lion).

 

 

Règnes   de   Marie   de   Bourgogne   et   de   Maximilien d’Autriche (Avènement de la Maison de Habsbourg)

1477-1482-1494

1477 A l’annonce du désastre de Nancy, Gand et d’autres communes se révoltent. Les Etats généraux se réunissent (fin janvier). Marie de Bourgogne, l’unique héritière, à peine âgée de vingt ans, se voit contrainte de signer le Grand Privilège. Celui-ci proclame l’abolition de toutes les dispositions contraires aux anciens privilèges; des diverses institutions centralisatrices subsistent seulement le Grand Conseil et les Etats généraux.

Ces derniers pourront se réunir spontanément, sans atten­dre la convocation du prince.

Le Grand Privilège ne marque pas un retour pur et simple au régime antérieur aux ducs de Bourgogne. Il est une sorte de compromis entre le pouvoir centralisé du souve­rain et le pouvoir des corps privilégiés. En tout cas, et c’est l’essentiel, le lien politique entre les diverses principautés constituantes, n’est pas rompu.

1477 21 avril   Marie  épouse l’archiduc  Maximilien  d’Autriche, (p.137) fils de l’empereur Frédéric III  (ainsi la Maison de Bour­gogne se lie à la Maison de Habsbourg).

Invasion de la Bourgogne, de la Picardie et de l1‘Artois par les armées de Louis XI. La Flandre est menacée.

La principauté de Liège se révolte, rejette le protectorat bourguignon et redevient indépendante.

La Gueldre se replace sous l’autorité de ses anciens sou­verains.
1479 Maximilien met l’armée française en déroute près de Guinegate (aujourd’hui : Enguinegatte). 1482 27 mars   Marie de Bourgogne meurt inopinément à Bruges.

 

 

Première régence de Maximilien d’Autriche (1482-1494)

         1482 Les Etats généraux exigent la conclusion de la paix avec la France; second traité d’Arras.

Louis XI excite nos populations contre Maximilien.

         1483 Mort de Louis XI, l’irréconciliable ennemi de la Mai­son de Bourgogne.

         1483-1485 Guerre civile. Des princes du sang (Clèves-Ravenstein) s’allient aux communes de Flandre contre le souverain légi­time; ils sont soutenus par le nouveau roi de France Charles VIII. Bruges doit capituler le 21 juin 1485, Gand le 5 juillet suivant.

         1484 Maximilien  est élu roi des Romains.  Il reprend la guerre contre la France. Ses mercenaires (lansquenets) sont battus devant Béthune.

1488 Gand se proclame république autonome sous la suzeraineté du roi de France.

Maximilien est retenu prisonnier par les Brugeois. Il doit souscrire à l’accord conclu entre les provinces rétablissant le « Grand Privilège ». Libéré, Maximilien reprend la lutte contre les communes. Anvers se range à ses côtés. Période d’anarchie.

1492 Conclusion de la paix à Cadzant, près de l’Ecluse.

Défaite du particularisme urbain.

1492 Charles VIII  et Maximilien reconnaissent publiquement la neutralité de la principauté épiscopale de Liège.
1493 Le traité de Senlis avec la France renouvelle la déclaration d’amitié des deux souverains à l’égard de « l’évêque et cité de Liège »; il restitue aussi l’Artois, le Charolai» et (p.138) la Franche-comté à Maximilien. La France conserve la Picardie et le duché de Bourgogne.

        1493 19 août Mort de Frédéric III; Maximilien, son fils, devient empereur d’Allemagne.

Règne de Philippe le Beau (1494-1506)

        1494 9 septembre    Son  fils, Philippe le Beau, inauguré comme duc de Brabant à Louvain. C’est le premier « prince natu­rel », c’est-à-dire national, né et élevé dans nos régions.

1496 II pratique d’abord une politique nationale. Traité de commerce conclu avec l’Angleterre (Intercursus magnus).

         1496 21 octobre Mariage de Philippe avec Jeanne de Castille (Jeanne la Folle) qui héritera des royaumes de ses parents (Espagne, colonies d’Amérique, etc.) en 1497, 1498 et 1500. La politique du prince prend une orientation nou­velle : de nationale elle devient dynastique, comme celle de Maximilien.

1504 Philippe rétablit le Grand Conseil (Parlement) à Malines et aussi les compagnies d’ordonnance.

         1504 26 novembre Mort d’Isabelle de Castille, belle-mère de Philippe le Beau.

1506 Philippe s’embarque pour l’Espagne; il va recueillir l’héritage de son épouse. Le 25 septembre, il meurt inopi­nément à Burgos (Espagne).

Seconde régence de Maximilien d’Autriche. Gouvernement général de l’Archiduchesse Marguerite d’Autriche, tante du futur Charles-Quint (1506-1515).

Maximilien confie le gouvernement de nos provinces et l’éducation du jeune archiduc Charles de Luxembourg à sa fille Marguerite d’Autriche. Celle-ci installe sa cour à Malines, qui prend de plus en plus figure de capitale des Pays-Bas (ce terme Pays-Bas commence alors à être em­ployé de préférence à celui de pays de par-deçà, lequel finira par disparaître).

 

Règne de Charles-Quint (1515-1555)

 

 Né à Gand, Charles fut élevé dans les Pays-Bas. II résida constamment dans nos régions jusqu’en 1517; il y revint en 1520-21, en 1531 et en 1540; depui» 1544 il y séjourna presque continuellement jusqu’au moment de son départ (p.139) pour l’Espagne (14 septembre 1556); sa popularité y était très grande.

Roi d’Espagne, à partir de 1516, empereur d’Allemagne, à partir de 1519. (Le soleil ne se couchait jamais sur ses Etats.)

Charles va reprendre et mener à son terme l’œuvre de rassemblement territorial et d’unification centralisatrice de ses ancêtres bourguignons.

         1515 5 janvier A Bruxelles : inauguration solennelle de Charles devant les Etats généraux assemblés.

1518 Convention de Saint-Trond : le prince-évêque de Liège prête serment de fidélité à Charles; la principauté se trouve en fait sous le protectorat de la maison de Habsbourg et, pour longtemps, c’en est fait de sa neutralité.

1521 Charles assiège Tournai (juillet à novembre). Il s’en empare et, par le traité de Madrid, conclu cinq ans plus tard, s’en fait reconnaître la possession par son adversaire vaincu, François Ier. « C’est par le cri « Vive Bourgogne » que, le 16 décembre, le peuple ratifie les serments échangés entre les vainqueurs (bourguignons) et les vaincus (Tournaisiens) » (Paul Rolland).

Le cession de Tournai sera encore confirmée par les trai­tés de Cambrai (1529) et de Crespy (1544). Tournai jouera dorénavant le même rôle militaire que celui signalé plus haut pour Cambrai.

1526 Le même traité de Madrid rompt définitivement les liens de vassalité de la Flandre et de l’Artois à l’égard de la couronne de France. L’Escaut cesse donc de jouer le rôle de frontière internationale que lui a assigné le traité de Verdun.

       1523 à 1533 Charles annexe la Frise (1523), la Drenthe et Groninghe (1526), le duché de Gueldre et le comté de Zutphen (1533).

1528  Charles, devenu seigneur d’Utrecht, sécularise la principauté épiscopale, ne laissant à l’évêque que l’exercice de ses droits spirituels.

1543 Charles   obtient  de  l’évêque   de  Cambrai  l’autorisation de faire édifier une citadelle dans sa ville épiscopale; c’est une des places fortifiées qui, le long des frontières méridionales, sont destinées à arrêter les invasions fran­çaises.

Dès ce moment, les XVII provinces des Pays-Bas se trou­vent rassemblées sous le même sceptre.

 

(p.140) 1543 26 juin Transaction d’Augsbourg. L’empereur Charles-Quint, reprenant un ancien projet de son grand’père Maxi-milien (1512), rattache l’ensemble des XVII provinces à l’Empire sous le nom de Cercle de Bourgogne. Les droits de l’empire sont d’ailleurs limités à la levée de troupes et de subsides en cas de guerre contre les Turcs. 1549 4 novembre La Pragmatique sanction d’Augsbourg unifie le droit successoral de toutes nos provinces et déclare celles-ci inséparables, indivisibles, indissolubles.

En somme, les Pays-Bas forment maintenant un bloc soli­dement soudé; Us constituent en fait un Etat indépendant et souverain.

L’empereur n’avait pas négligé de poursuivre simultané­ment la centralisation des institutions de l’Etat :

En 1521, confiant le gouvernement de nos provinces à sa sœur Marie de Hongrie, il avait réformé le Conseil. De­puis, celui-ci comprit trois conseils dits collatéraux :

1° le Conseil d’Etat, composé de nobles, et chargé de l’examen des affaires politiques;

2° le Conseil privé, exclusivement composé de légistes, et s’occupant des affaires administratives;

3° le Conseil des Finances.

Les Etats généraux sont fréquemment assemblés; les che­valiers de la Toison d’Or sont consultés à l’occasion de l’exa­men d’affaires particulièrement importantes. L’administration des provinces est confiée à onze gouverneurs, choisis parmi les membres de la haute noblesse indigène.

En matière judiciaire, le Grand Conseil de Malines de­ meure l’instance supérieure commune à l’ensemble des Pays-Bas, à l’exception du duché de Brabant et du comté de Hainaut (auxquels Philippe le Beau avait laissé un conseil sou­verain).                                                          f

Les tendances à l’unification se manifestent dans le domaine économique autant que dans celui de l’administra­tion : la monnaie est commune; vers le port d’Anvers con­vergent toutes les affaires;  sa bourse de commerce attire l’argent de toutes les provinces.

En 1539-40, la révolte de Gand, provoquée par des causes politiques et sociales, est le dernier épisode de la lutte entre les grandes communes et l’Etat. Elle est durement réprimée.

1555 25 octobre Abdication de Charles-Quint en faveur de son fils Philippe (II).

 

 

(p.141) Règne de Philippe II (1555-1598)

Philippe II ne séjourna dans les Pays-Bas que de 1555 à 1559. A partir de ce moment il sera représenté par des gouverneurs, d’abord par sa demi-sœur Marguerite de Parme (1559-1567), puis par des princes et seigneurs étran­gers au pays, le duc d’Albe (1567-1573), Louis de Zuniga y Requesens (1573-1576), don Juan d’Autriche, demi-frère du roi (1576-1578), Alexandre Farnèse, neveu du roi (1578-1592), Yarchiduc Ernest, frère de l’empereur Rodolphe II (1593-1595), le comte de Fuentès (1595), 1‘archiduc Albert d’Autriche, futur époux de l’infante Isabelle, fille du roi (1596-1598).

Entre le moment de la mort de Requesens et celui de l’arrivée de don Juan d’Autriche, c’est le Conseil d’Etat qui assuma la direction des affaires avec la collaboration des Etats Généraux.

Philippe II ne sut pas, comme son père, se faire aimer par ses sujets. Distant, hautain, ne parlant pas les langues en usage dans nos régions; esprit intransigeant et sectaire, décidé à se servir de tous les moyens pour extirper l’hérésie religieuse; imbu, par ailleurs, des principes autoritaires, il souleva bientôt contre lui une opposition générale.

Les conséquences de sa politique furent désastreuses pour nous. La plus grave d’entre elles fut la rupture des XVII provinces en deux blocs hostiles.

1566 Compromis des Nobles. Les Confédérés demandent la suppression  de  l’Inquisition,  la  suppression   des  placards contre les hérétiques.

1567 Débuts de la guerre civile. Arrivée du duc d’Albe.
Organisation d’un régime de Terreur : exécutions en masse, commencées par la décapitation des comtes d’Egmont et de Homes, chevaliers de la Toison d’Or, membres du Conseil d’Etat. Etablissement de deux impôts permanents.

1572 15 avril Prise du port de la Brielle par les « gueux de mer »; signal du soulèvement général en Zélande et Hollande où s’étaient réfugiés de nombreux protestants de nos régions.

Le prince Guillaume d’Orange-Nassau (le Taciturne) s’éta­blit en Hollande et y est reconnu comme « stadhouder » (gouverneur).

Echecs militaires des Espagnols à Alkmaar, Middelbourg, Geertruydenberg, etc.
1573 Rappel   du   duc  d’Albe  en  Espagne,   remplacé   par Requesens.

1573-1576 L’invasion de Louis de Nassau arrêtée par la victoire espagnole de Mook (au sud de Nimègue).

Les Calvinistes réclament le départ des troupes espa­gnoles et la convocation des Etats Généraux.

         1576 Mort   inopinée   de   Requesens.   Régence   du  Conseil d’Etat, bientôt remplacé par les Etats Généraux, constitués en organisme gouvernemental.

Pacification de Gand : fédération des XVII Provinces, décidées à se prêter assistance mutuelle contre la tyrannie espagnole et proclamant le principe de la liberté de con­science.

Arrivée du nouveau gouverneur, don Juan d’Autriche. A la suite de négociations avec les Etats-il accorde l’Edit per­pétuel de Marche-en-Famenne : promesse de respecter les privilèges territoriaux, de réunir les Etats Généraux, de ren­voyer les troupes espagnoles, de ne plus soumettre les pro­testants à un régime de terreur.

         1577 Méfiance réciproque. Don Juan rappelle d’urgence les troupes espagnoles, les  rassemble  autour  de  Namur.  Les Etats Généraux font appel au prince d’Orange. Des nobles, jaloux de l’ascendant de ce dernier, font venir l’archiduc Mathias. Peu après le prince d’Orange devient le lieutenant-général de celui-ci et continue d’exercer une influence déter­minante sur la politique nationale.

        1578    31 janvier L’armée levée par les Etats Généraux est mise en déroute à Gembloux par don Juan, qui a pris l’offensive.
Mathias, Orange et les Etats se retirent à Anvers.

La noblesse belge fait alors appel au duc d’Anjou. Une fois de plus le prince d’Orange fit du rival qu’on lui susci­tait un instrument de sa volonté. Le 13 août il lui fait con­férer le titre de « défenseur de la liberté des Pays-Bas contre la tyrannie espagnole et ses adhérents ».

1578 1er octobre Mort inopinée de don Juan d’Autriche au camp de Bouges près Namur.

Réaction des « Malcontents » wallons (catholiques excé­dé» par la démagogie des Calvinistes en général et de ceux de Gand, en particulier).

(p.143)

1578-1592 Gouvernement d’Alexandre Farnèse, duc de Parme. Le nouveau gouverneur, joignant les talents du diplomate à ceux du capitaine, parvient à rallier à la cause espagnole et catholique les provinces wallonnes (où les « Malcontent» » sont nombreux).

1579 6 janvier Confédération catholique d’Arras : acte de ré­conciliation des provinces wallonnes — Artois, Hainaut et Flandre gallicante.

23 janvier : Union calviniste d’Utrecht : riposte des pro­vinces protestantes (Hollande, Zélande, Utrecht, Gueldre, Overyssel, Frise, Groningen, plus les villes de Bruges, Gand, Ypres, Malines, Anvers, Bruxelles, Tournai, etc.).

17 mai : Farnèse conclut la Paix d’Arras : réconciliation des catholiques du Sud avec l’Espagne.

Les XVII Provinces sont déchirées par une guerre entre Nord et Sud. Les Nassau contre Farnèse.

1581 Les Etats Généraux proclament la déchéance du roi Philippe II.

Farnèse, avec l’aide des provinces catholiques du Sud, va tenter la « reconquête » des Pays-Bas. Il s’empare successi­vement de Maestricht, de Tournai (héroïquement défendu par Christine de Lalaing, princesse d’Epinoy) en l’absence de son époux, gouverneur de la ville, Ypres, Bruges, Gand, Bruxelles (vaillamment défendu par Olivier van den Tym-pel, sire de Corbeek); Anvers (âprement défendu par son bourgmestre Philippe de Marnix de Sainte-Aldegonde). Après un long siège, cette dernière cité capitule le 16 août 1585.

La « reconquête » n’alla pas au-delà, Farnèse ayant été appelé par son souverain à d’autres tâches militaires.

Conséquence politique :

Les Pays-Bas sont rompus : au Nord, le bloc des Pro­vinces-Unies, adhérant au calvinisme; au Sud, les Pays-Bas espagnols, revenus à la foi catholique.

Autres conséquences désastreuses pour nos provinces   :

  • la fermeture de l’Escaut à la navigation à cause du blocus maritime établi par les Provinces-Unies;
  • décadence du port d’Anvers et répercussions dépri­mantes sur l’économie générale du pays;

— perte de nombre de familles belges émigrées en Alle­magne, en Hollande, en Angleterre.

Philippe II ne parvenant pas à réduire les Pays-Bas à l’obéissance par la force, essaya un autre moyen. En 1598, quelques mois avant de mourir, il céda la souveraineté à sa fille Isabelle et au mari de celle-ci, l’archiduc Albert d’Au­triche. Il croyait que ces nouveaux souverains seraient accep­tés par les provinces du Nord comme par celles du Sud. Son espoir fut vain.

Règne des Archiducs Albert et Isabelle (1598-1621)

Les Provinces-Unies du Nord ne reconnaissent pas l’auto­rité des Archiducs. La guerre .continue.

         1600 19 juin Maurice de Nassau, second fils du Taciturne, enva­hit la Flandre dans le but de débloquer Ostende assiégé par l’armée espagnole. Le 2 juillet, il remporte un brillant succès à Nieuport, puis se rembarque.

1603 La direction des opérations militaires contre les Hollan­dais est confiée à Ambroise Spinola.

1604 Celui-ci emporte enfin la place d’Ostende («la nou­velle Troie »), le 20 septembre.

1607 24 avril    Un armistice de six mois est signé.

       1609 9 avril Conclusion, à La Haye, d’une trêve de douze ans. Les Archiducs aussi bien que le roi d’Espagne alors régnant (Philippe III) doivent abandonner tpute prétention à la souveraineté des Provinces-Unies, désormais considérées comme constituant un Etat indépendant. L’Escaut reste fermé à la navigation, de sorte que la ville d’Anvers, autre­fois si prospère, décline peu à peu.

Néanmoins, la paix rétablie favorise la restauration éco­nomique générale de nos provinces; l’industrie textile dans les centres ruraux, la confection des étoffes de soies, des dentelles, dans les villes, remettent de nombreuses familles ouvrières au travail; on reprend l’assèchement des « moe-ren » en vue d’étendre les possibilités agricoles.

La foi catholique triomphe définitivement dans les Pays-Bas du Sud (désormais appelés Pays-Bas catholiques).

1621 Expiration de la Trêve de douze ans : les hostilités

reprennent, entraînant de nouvelles calamités publiques. Le 13 juillet, l’Archiduc Albert meurt à Bruxelles.

 

(p.146) La Belgique champ de bataille de l’Europe à partir de 1621

1621-1633 Gouvernement de l’Archiduchesse Isabelle.

L’administration de nos provinces se trouve à nouveau étroitement subordonnée à la politique générale des souve­rains espagnols. Isabelle n’est plus souveraine de notre pays; elle gouverne celui-ci au nom du roi d’Espagne.

A partir de 1621, moment de l’expiration de la Trêve de douze ans, notre territoire devient l’arène sanglante où les grandes puissances voisines vident leurs querelles.

Jusqu’à la fin du gouvernement de l’archiduchesse, les opérations militaires se déroulent surtout dans les zones fron­tières du Nord et de l’Est : 1629, Frédéric-Henri, frère cadet de Maurice de Nassau (mort en 1625), reprend l’offensjve contre les Espagnols; il bloque Bois-le-Duc et s’en empare le 14 septembre. Le Brabant est sous la menace de l’inva­sion. 1632, Frédéric-Henri s’empare de Venloo, Straalen, Ruremonde, Sittart, Maestricht, Limbourg, Rolduc, Dalhem et Fauquemont (terres d’Outre-Meuse).

1633 Mort de l’Archiduchesse Isabelle.

         1633 à 1714 Vont lui succéder : une série de gouverneurs géné­raux :

1633-1634 Le marquis d’Aytona;

1634-1641 Cardinal-infant don Ferdinand;

1641-1644 Don Francisco de Mélo;

1644-1647 Le marquis de Castel-Rodrigo;

1647-1656 L’archiduc Léopold-Guillaume d’Autriche;

1656-1658 Don Juan, fils naturel du roi d’Espagne;

1658-1664 Le marquis de Caracena;

1664-1669  Le marquis de Castel-Rodrigo;

1669-1670  Don Inigo de Velasco;

1670-1674  Don Juan de Cuniga y Fonseca, comte de Monterey;

1674-1680 Duc de Vitta-Hermosa;

         1680-1682 Prince Alexandre Farnèse, second fils du grand Farnèse, duc de Parme;

1682-1685  Le marquis de Grana;

         1685-1691 Don Francisco Antonio de Agurto, marquis de Castanaga; et, à partir du 1691, l’Electeur de Bavière, Maximi-lien-Emmanuel, remplacé intérimairement par le Marquis de Bedmar sous le régime anjouin (prédominance du roi de France Louis XIV), de 1701 à 1704.

 

(p.147) Répercussions de la Guerre de Trente Ans (1618-1648)

1635 à 1640 Alliance entre la France et la république des Pro­vinces-Unies contre l’Espagne (donc contre les Pays-Bas espagnols, lesquels deviennent ainsi une sorte d’Etat-tam-pon qui recevra tous les coups).

Le 19 mai 1635 la France déclare la guerre à l’Espagne (4me phase de la Guerre de Trente Ans) ; les troupes fran­çaises envahissent notre territoire et font leur jonction avec les troupes hollandaises : sac de Tirlemont; échec devant Louvain; retraite sur Ruremonde.

Le cardinal-infant don Ferdinand reprend vigoureusement l’offensive mais, à partir de 1639, il est réduit à la défen­sive. Chute d’Arras, La Bassée, Lens et Bapaume.

1642 Les troupes espagnoles de Francisco de Mélo rempor­
tent un dernier succès à Honnecourt.

1643 L’année suivante elles sont défaites à Rocroi par le jeune duc d’Enghien (le Grand Condé). Thionville tombe.

 

1645 Les  Français  s’emparent  de  Gravelines,  Cassel,  Béthune, Armentières, Warneton, Commines, Menin, tandis que les Hollandais, par la prise de Hulst, achèvent la conquête
de la rive gauche de l’Escaut (Flandre zélandaise).

1646 Capitulation de Tournai et de Dunkerque.

« Etouffée dans l’étreinte de l’ennemi, la Belgique était arrivée au dernier degré de la souffrance » (H. Pirenne).

         1647 Le  gouverneur  Léopold-Guillaume  d’Autriche  recon­quiert Armentières, Commines, Lens et Landrecies.

        1648 30 janvier Paix de Munster  (ratifiée le 15 mai suivant).
Fin de la guerre de Quatre-Vingts Ans entre l’Espagne et les Pays-Bas calvinistes.

Pertes territoriales des Pays-Bas catholiques : Flandre zélandaise, le Nord du Brabant, Maestricht et les trois  quartiers  d’Outre-Meuse,  cédés  à la  république  des Provinces-Unies.

Autres stipulations du traité de paix : clôture définitive de l’Escaut et des canaux y aboutissant. Anvers est condamné à l’asphyxie; le déclin économique de notre pays est con­sommé.
1648 La guerre entre la France et l’Espagne continue. Condé bat les Espagnols de l’archiduc Léopold à Lens.
1651 Entraîné dans le mouvement d’opposition au cardinal-ministre Mazarin, Condé met son épée au service du roi d’Espagne.

(p.148)

1657    23 mars  Alliance formelle de la France et de l’Angleterre (Cromwell) contre l’Espagne.

1658 14 juin    Le maréchal français Turenne défait l’armée espa­gnole aux Dunes;  une garnison anglaise s’installe à Dunkerque. L’ennemi s’empare de Bergues, Fumes, Dixmude, Gravelines, Gavere, Audenaerde, Ypres, Commines, Grammont et Ninove.

1659 7 novembre   Paix des Pyrénées (met fin à la guerre entre la France et l’Espagne).

1660 octobre    Conclusion de la paix entre l’Angleterre et l’Espa­gne. Deux ans après, Charles II d’Angleterre vend le port de Dunkerque à la France.

1664 Le fort de Liefkenshoek (près d’Anvers) est cédé aux Hollandais.

Les cinq grandes guerres de Louis XIV et leurs consé­quences pour nos provinces.

La guerre de Dévolution (1667-1668)

 

Les armées françaises, sous le commandement de Turenne, envahissent à nouveau les Pays-Bas. Les Provinces-Unies, l’Angleterre et la Suède s’allient pour empêcher l’annexion des Pays-Bas à la France.

1668 2 mai Traité d’Aix-la-Chapelle : stipule de nou­velles cessions territoriales à la France (la Flandre galli-cante et le littoral maritime jusqu’à Nieuport). 1671 17 décembre La république des Provinces-Unies, aban­donnée par l’Angleterre et la Suède, conclut une alliance défensive avec l’Espagne, par crainte de la politique impé­rialiste du roi de France.

La guerre de Hollande (1672-1678)

Les armées françaises traversent le territoire neutre de la principauté épiscopale de Liège, et envahissent la Hollande. Celle-ci proclame Guillaume d’Orange, petit-fils de Frédéric-Henri, stadhouder du pays.

1673 16 octobre   L’Espagne, alliée à l’Empire depuis le mois d’août, déclare la guerre à la France. Espagnols, Hollan­dais et Impériaux vont donc ensemble combattre la puis­sance française.

        1674 11 août ‘ Le choc entre les adversaires a lieu dans nos ré­gions   :  victoire de Seneffe   (Fayt-lez-Manage), remportée par Condé sur Guillaume (le stadhouder de Hollande devenu (p.149) dans l’intervalle roi d’Angleterre, sous le nom de Guillaume III).

1678 17 septembre Paix de Nimègue : conclue entre la France et les Provinces-Unies au détriment des Pays-Bas espagnols. De nouvelles cessions territoriales mutilent ceux-ci. Maes-tricht est cédé aux Provinces-Unies; Valenciennes, Bou-chain, Condé, Cambrai, Bavai, Maubeuge, Bouillon, Char-lemont, etc., à la France.

1680 Violant les conventions de la paix Louis XIV annexe Virton, Saint-Mard, le comté de Chiny et menace la place forte de Luxembourg.

1680 Une nouvelle coalition se constitue pour faire échec aux visées impérialistes de Louis XIV   : Provinces-Unies, Suède, Espagne et Empire d’Allemagne.

La guerre hispano-française (1683-1684).

1683 Nouvelle invasion française. Le Pays de Waes, le nord de la Flandre et le Brabant sont soumis à un régime de réquisitions et de pillage. La place forte de Luxembourg est
prise.

1684 15 août   rêve de Ratisbonne : stipule que le roi de France gardera pendant vingt ans  Luxembourg, Beaumont, Bouvignes, Chimay et leurs dépendances.

La guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697)

Nouvelle coalition contre la France. Elle groupe l’Espa­gne, la Suède, la Bavière, la Saxe et l’Empire,

Louis XIV fait envahir le Palatinat; ses troupes pénètrent en même temps dans la principauté épiscopale de Liège. La Belgique redevient un des principaux théâtres d’opéra­tions.

1690 Victoire française à Fleurus;  occupation de Furnes, Dixmude, Courtrai, Mons;  destruction de Haï; bombarde­ment de Liège.

1692 L’armée française s’empare de la place forte de Namur et bat Guillaume III à Steenkerque (4 août).

1693 Victoire française à Neerwinden (29 juillet) et prise de Charleroi.

1695 13 au 15 août Bombardement de Bruxelles par l’artillerie du maréchal de Villeroi; 3830 maisons sont la proie des flammes.

5 septembre. Guillaume III reprend Namur aux Fran­çais.

(p.150)

1697 Paix de Rijswijk (près de La Haye) stipule la restitution de Charleroi, Luxembourg et autres places fortes aux Pays-Bas espagnols, et l’installation de garnisons hollan­daises dans les places fortes de Mons, Ath, Charleroi, Namur, Luxembourg, Nieuport, Courtrai, Audenaerde (La barrière contre les invasions françaises).

         1699 Signature d’une convention des frontières entre la France et l’Espagne.

1700    1er novembre Mort du roi d’Espagne Charles II.

Dès le 4 décembre, Louis XIV se fait remettre par son petit-fils, Philippe V, successeur de Charles II, une procu­ration qui lui assurait, en fait, la réalité du pouvoir dans les Pays-Bas espagnols.

La guerre de la Succession d’Espagne (1701-1714)

        1701    février Des garnisons françaises se substituent aux garni­sons hollandaises dans les villes indiquées plus haut (1697).

L’administration du pays s’inspire de celle du royaume de France (centralisation politique; tentative de rénovation économique suivant les principes du ministre français Colbert).

1702    mai  L’Empire, l’Angleterre et les Provinces-Unies s’unissent encore une fois et déclarent la guerre à la France (la Grande Alliance).

1704 13 août  Après la défaite subie à Blenheim, les armées françaises se replient à travers notre territoire, où la suite des opérations va se dérouler de

1705 à 1711  Défaites françaises à Ramillies (23 mai 1706) et à Malplaquet (11 septembre 1709) ; les vainqueurs sont le général anglais John Churchill, duc de Marlborough, et le généralissime des armées impériales, le prince Eugène de Savoie.

1711 Sur les instances  de Louis XIV, le roi Philippe V cède la souveraineté des Pays-Bas à Maximilien-Emmanuel de Bavière.

1712 24 juillet   La victoire remportée par l’armée du maréchal de Villars à Denain permet à la France d’engager des pour­parlers de paix.

 1713 11 avril   Les traités d’Utrecht  : rétablissent la paix entre la France et les Provinces-Unies.

 1714 6 mars et 7 septembre   Les traités de Rastadt et de Bade en Argovie  : cèdent les Pays-Bas aux Habsbourg d’Autriche.

(p.151)

1715 15 novembre Le traité d’Anvers (dit de la Barrière) : donne aux Hollandais le droit de tenir des garnisons dans un certain nombre de places fortes (Namur, Tournai, Menin, Warneton, Ypres, Fûmes, Termonde) aux frais des Belges (barrière défensive contre la France).

 

Conclusion

A bon droit a-t-on dit que le grand siècle de Louis XIV a été pour nos provinces le siècle de malheur. Constamment foulées par les armées étrangères, pillées, rançonnées, ex­ploitées, elles atteignent en 1715 au comble de l’humilia­tion. Leurs intérêts vitaux sont sacrifiés à ceux de leurs voisins, d’autant plus que la fermeture de l’Escaut est con­firmée par les traités de paix.

 

Sous le régime Autrichien

Heureusement, la période 1714 à 1789 n’a été que peu troublée par la guerre ou des menaces de guerre. Sauf au cours des années 1744-1748, la paix a régné.

Règne de Charles VI (1714-1740)

       1727 31 mai Un ultimatum, présenté par la France, la Hollande et l’Angleterre — puissances maritimes — oblige l’empe­reur Charles VI, souverain des Pays-Bas, de suspendre l’oc­troi de la Compagnie. d’Ostende (s’occupant de commerce colonial). Cinq ans plus tard, ladite Compagnie est suppri­mée.

 

Règne de Marie-Thérèse (1740-1780)

1744-1748   Guerre de la succession d’Autriche.

Par une Pragmatique Sanction l’empereur Charles VI avait assuré à sa fille Marie-Thérèse l’ensemble de sa succes­sion. Mais, après la mort de l’empereur, différents princes émirent des prétentions à l’héritage. Frédéric II de Prusse envahit la Silésie.

Cette invasion fut le signal d’une guerre européenne au cours de laquelle Marie-Thérèse fut soutenue par l’Angle­terre mais accablée par la France.

La conséquence de ces alliances est une nouvelle invasion de notre pays par les Français, placés sous le commandement (p.154) du brillant Maurice de Saxe. Vainqueurs des Anglais à Fontenoy, des Autrichiens à Rocour (au nord de Liège), les Français occupent toute la’ Belgique à l’exception du. Luxembourg.

Le 2 juillet 1747, Maurice de Saxe bat encore les Anglais et les Autrichiens à Laeffeld (à l’ouest de Maestricht).

Le traité d’Aix-la-Chapelle (23 octobre 1748) restitue les Pays-Bas à Marie-Thérèse. Le 23 avril suivant, le sympa­thique gouverneur Charles de Lorraine en reprend la direc­tion.

1757 Guerre de Sept Ans.

Grâce à un renversement des alliances — Marie-Thérèse étant cette fois soutenue par la France, tandis que l’Angle­terre s’associe à la Prusse — notre pays échappe aux misè­res de la Guerre de Sept Ans.

L’alliance formelle conclue entre la France et l’Autriche (1er mai 1757) assure à la Belgique une paix ininterrompue de cinquante ans, qui lui permet de retrouver quelque pros­périté.

Règne de Joseph II (1780-1789).

Gouvernement général confié à Albert-Casimir, duc de Saxe-Teschen, et son épouse l’Archiduchesse Marie-Chris­tine, sœur de l’empereur. A partir de 1783, l’essentiel du pouvoir est confié à un ministre plénipotentiaire.

L’empereur Joseph II est un homme intelligent, instruit, entièrement dévoué à sa fonction mais de caractère autori­taire, personnel et obstiné. Il est un type représentatif du

« despote éclairé », s’inspirant des principes abstraits de la philosophie rationaliste. Son objectif est d’assurer le bonheur de ses peuples mais, pour l’atteindre, il ne consultera pas lesdits peuples. Au besoin, c’est contre leur gré qu’il voudra les rendre heureux !

 

Politique extérieure concernant les Pays-Bas :

Joseph II s’efforce de libérer les Pays-Bas des entraves et des restrictions que les traités du début du XVIIIme siècle leur ont imposées :

1781 novembre II fait connaître aux Provinces-Unies sa déci­sion de démolir les places fortes de la Barrière (sauf An­vers, Ostende et Luxembourg).

(p.155)

1782 18 avril    Le dernier régiment hollandais quitte notre terri­toire, pacifiquement.

1784 août    L’empereur fait déclarer aux Hollandais qu’il regarde

« dès à présent l’Escaut comme entièrement ouvert et libre ». Mais les Provinces-Unies ne sont nullement disposées à lui céder sur ce point. Elles font tirer à boulets sur le navire autrichien qui tente de descendre le fleuve; ainsi éclate la Guerre dite de la Marmite (le 6 octobre). Elle est d’ailleurs de brève durée.

Le 9 novembre 1785, la médiation française aboutit à la signature du traité de Fontainebleau qui abroge la conven­tion de la Barrière mais consacre les stipulations de la paix de Munster relatives à la fermeture de l’Escaut. L’empereur peut cependant garder les forts de Lûlo et de Liefkenshoek contre paiement d’une indemnité aux Provinces-Unies.

         1785          En cette même année l’empereur échoue dans une ten­tative d’échange des Pays-Bas contre le duché de Saxe (op­position de la France, de l’Angleterre et de la Prusse).

Politique intérieure : centralisatrice et anti-cléricale (le joséphisme)

Elle provoque l’opposition de toutes les classes de la société, profondément attachées aux institutions tradition­nelles et aux manifestations habituelles de la foi catholique.

1781 13 octobre    Edit de tolérance  (le catholicisme cesse d’être religion   d’Etat;   en  somme,  l’édit  institue  la  liberté   des cultes).

1782 21 mai    Les mariages mixtes  (entre catholiques et protestants) sont autorisés.

        1783    17 mars    163 couvents « où l’on ne mène qu’une vie pure­ment contemplative » sont supprimés  par  ordre  du gou­vernement.

1784 Edit restreignant l’application de la torture; édit con­cernant les corporations; ‘édit interdisant d’inhumer dans les églises et dans les cimetières qui les entourent   (dans
les villes) ;   édit proclamant le mariage  contrat purement civil.

1785 Les mandements épiscopaux sont obligatoirement sou­mis à autorisation gouvernementale (placet).

1786 Les kermesses ou ducasses de toutes les paroisses de­vront être célébrées le même jour.

En octobre-novembre les séminaires épiscopaux sont fermes (p.156) t remplacés par un séminaire général à Louvain et un séminaire filial à Luxembourg.

1787 Le l’r janvier est publié un long édit concernant la réorganisation complète de l’administration locale, générale et judiciaire  : les trois conseils collatéraux sont remplacés par un Conseil général des Pays-Bas; le territoire est divisé en neuf provinces dites « cercles », subdivisées en districts, et placées sous l’autorité d’intendants et de commissaires d’in­tendance; les députations permanentes des Etats provinciaux sont supprimées;  de même que toutes les anciennes juri­dictions; lesquelles sont remplacées par des cours et tribu­naux hiérarchisés.

Ces diverses mesures — la plupart excellentes en soi — bouleversent les vieilles habitudes. Une agitation croissante se manifeste; on grogne partout; des libelles sont distribués par milliers, vouant le joséphisme aux gémonies. Dès novem­bre 1786, le Conseil de Flandre adresse à l’empereur une longue remontrance.

L’année suivante les Etats de Hainaut et de Brabant inter­viennent pour protester contre la violation des constitutions territoriales. Ceux de Brabant enjoignent aux receveurs d’ar­rêter la levée de l’impôt Le Gouvernement se voit contraint d’abandonner, du moins provisoirement, l’institution des intendants et des nouveaux tribunaux.

Cette concession est insuffisante pour arrêter le cours des événements. Les avocats Henri Vander Noot et François Vonck organisent l’opposition. Ils fondent un Comité patrio­tique qui se met à recruter des volontaires armés; le clergé leur fournit des subsides.

1788    janvier Au cours de troubles survenus dans la capitale, les soldats autrichiens font usage de leurs armes et tuent quel­ques manifestants.

Août. Vander Noot, craignant d’être arrêté, quitte le pays et essaie d’intéresser les Puissances voisines à la cause des « Patriotes ».

Novembre. Les Etats de Brabant et de Hainaut, qui mè­nent l’opposition, rejettent la demande de subsides du gou­vernement.

1789    janvier Les Hennuyers « sont mis hors la loi » (les Etats de Hainaut sont cassés; ils perdent tous leurs anciens privi­lèges). Mais Vonck constitue le groupe patriotique « Pro Aris et (p.157) focis (pour les autels et les foyers), en vue d’organiser la résistance armée.

Juin. Les Etats de Brabant sont cassés, le Conseil de Bra-bant est supprimé, la Joyeuse Entrée annulée.

Juillet. L’annonce de la prise de la Bastille par les révo­lutionnaires parisiens stimule l’ardeur des patriotes braban­çons et liégeois : « Ici comme à Paris ! ».

Août. Le 18, début de la révolution liégeoise.

Septembre. Beaucoup de patriotes se rendent dans la prin­cipauté épiscopale, où s’est formé un comité vonckiste; peu après, ce comité est obligé de se retirer à Bréda où il fu­sionne avec un comité vandernootiste.

La Révolution brabançonne et la brève Indépendance nationale.

 

1789 24 octobre Une troupe de patriotes, sous le commandement de Jean Vander Meersch, pénètre en Campine, marche sur Turnhout et force à la retraite les troupes autrichiennes envoyées contre elle.

Novembre. Les patriotes s’emparent de Gand et de Bruges. Les gouverneurs généraux quittent la capitale et se réfu­gient à Cologne; le ministre plénipotentiaire Trauttmansdorff supprime le séminaire général, rend au Hainaut sa consti­tution, rétablit en Brabant la Joyeuse Entrée et promet une amnistie générale.

Cela ne parvient pas à apaiser le mouvement insurrec­tionnel dont tous les partisans arborent maintenant la co­carde noir-jaune-rouge (nos actuelles couleurs nationales).

Décembre. Le général d’Alton ordonne la retraite des troupes gouvernementales vers le Luxembourg; Vander Meersch occupe Namur; le 18, Vander Noot, Vonck et Van Eupen, chefs du Comité de Bréda, sont accueillis triom­phalement à Bruxelles; le 27, les Etats de Brabant, sont réunis et très tôt se manifeste une méfiance à l’égard des Vonckistes, le clergé ayant fait alliance avec-les Etats.

1790 janvier Le 7, réunion des Etats Généraux à Bruxelles (ils ne s’étaient plus réunis depuis 1634 ! l’événement est donc d’importance !).

Le 11. S’inspirant de l’exemple de la république fédérale des Etats-Unis d’Amérique, les Etats Généraux votent un traité d’union entre les provinces. Ces quelques extraits de l’acte constitutif de la confédération des provinces belges font apparaître clairement la volonté d’union mais aussi celle de n’abandonner qu’un minimum indispensable de l’an­cienne autonomie provinciale; tout juste ce qu’il faut pour sauvegarder l’indépendance nationale « Les différentes pro­vinces se sont déclarées libres et indépendantes.  Il a fallu songer à les consolider, à les rendre durables.

« A ces causes, les Etats belgiques, après avoir resserré les anciens nœuds d’une étroite union et d’une amitié dura­ble, sont convenus des points et articles suivants :

» Article premier : Toutes ces provinces s’unissent et se confédèrent sous la dénomination d’Etats belgiques unis.

» Article deux : Ces provinces mettent en commun, unis­sent et concentrent la puissance souveraine, laquelle elles bornent toutefois et restreignent aux objets suivants : à celui d’une défense commune; au pouvoir de faire la paix et la guerre, et par conséquent, à la levée et l’entretien d’une armée nationale; ainsi qu’à ordonner, faire construire et entretenir les fortifications nécessaires; à contracter des alliances, tant offensives que défensives, avec les puissances étrangères; à nommer, envoyer et recevoir des résidents ou ambassadeurs, et autres agents quelconques; le tout par l’au­torité seule de la puissance ainsi concentrée, et sans aucun recours aux provinces respectives.

» Article trois : Pour exercer cette puissance souveraine, elles créent et établissent un congrès des députés de chacune des provinces, sous la dénomination de congrès souverain
des Etats belgiques unis.

» Article sept : Chaque province retient et se réserve tous les autres droits de souveraineté; sa législation, sa liberté, son indépendance, tous les pouvoirs enfin, juridic­
tion et droits quelconques, qui ne sont pas expressément mis en commun et délégués au congrès souverain. »

 

La Belgique était donc enfin indépendante, maîtresse de ses destinées. Hélas, l’impéritie et les divisions des chefs feront échouer presque aussitôt ce que l’union patriotique avait permis de réaliser.

Henri Vander Noot, devenu premier ministre, et son ami et conseiller, le chanoine Van Eupen, secrétaire d’Etat aux (p.159) Affaires étrangères, font montre d’une mesquine étroitesse d’esprit et d’un sectarisme aveugle. Réactionnaires et particularistes, leurs partisans (dits Statistes ou Vander Nootistes) consacrent davantage leurs forces à traquer les pro­gressifs de tendance libérale groupés autour de Vonck qu’à organiser le nouvel Etat et assurer sa défense contre un retour offensif des Autrichiens. Le clergé les guide et les soutient. L’archevêché déclare les Vonckistes ennemis de la religion. Les persécutions commencent. Vander Meersch est arrêté et traîné de prison en prison; Vonck, pour échapper à un pareil sort, se voit contraint de fuir en France. Une vraie terreur s’instaure.

 

 

La Révolution liégeoise

1785 Conflit entre le réactionnaire prince-évêque César de Hoensbroeck et les modernistes liégeois au sujet des « jeux » .    de Spa.

1787 28 avril Fondation de la Société patriotique « pour aider la veuve, l’orphelin et le faible qui pourrait être accablé par le fort »; ses principaux meneurs sont Jean-Nicolas Bassenge, le chevalier Jean de Chestret de Haneffe et Fabry.

1er août. Décret de prise de corps lancé contre les chefs du mouvement d’opposition.

1789 14 juillet La prise de- la Bastille par les révolutionnaires parisiens exerce une influence stimulatrice dans tout le pays de Liège.

18 août. La révolution éclate à Liège et à Verviers; l’hôtel de ville et la citadelle de la capitale sont emportés d’assaut; le Magistrat est destitué; Fabry et Chestret sont acclamés bourgmestres de la Cité.

27 août. Le prince-évêque s’enfuit à Trêves.

31 août. Les Etats du Pays de Liège s’assemblent; l’Etat noble et le chapitre des chanoines renoncent à leurs privi­lèges financiers.

Septembre-octobre. De graves émeutes ouvrières éclatent dans le pays de Franchimont et à Liège; dans les campa­gnes du Condroz se propage un mouvement anti-clérical.

Novembre. Les « patriotes » liégeois et les « patriotes » brabançons jurent « de se défendre réciproquement » contre leurs princes.

A la demande de Fabry, une armée prussienne occupe le pays de Liège pour soutenir les démocrates.

(p.160)

1790 16 avril    Les  troupes prussiennes  évacuent  le   pays.

Les patriotes entreprennent une transformation radicale de l’ancienne constitution liégeoise; le régime municipal de Liège est réformé suivant les principes de la révolution française; la représentation des trois ordres — noblesse, clergé, tiers-Etat — est abolie; une armée nationale est organisée.

La première restauration autrichienne.

  1. a) Dans les Pays-Bas :

1790 14 octobre    Déclaration  de  l’empereur  Léopold  II   :   pro­messe d’amnistie générale à ceux qui déposeront les armes avant le 21 novembre; à cette date, 30.000 hommes s’avan­ceront dans le pays. Parvenue à Bruxelles le jour de la Toussaint la  déclaration impériale est brûlée sur la Grand’Place.

10 novembre. Le Congrès souverain ordonne de lever 20.000 recrues et, cinq jours plus tard, il appelle toute la nation aux armes.

21 novembre. Il proclame l’archiduc Charles, troisième fils de l’empereur, grand duc héréditaire de Belgique. Le même jour, l’armée autrichienne commence son mouve­ment en avant; elle occupe sans peine Namur, Mons, Bru­xelles, Malines, Gand.

Le Congrès souverain se disperse; Vander Noot et Van Eupen s’empressent de se réfugier en Hollande.

10 décembre. La restauration autrichienne est complète; elle rétablit le régime existant au temps de Marie-Thérèse (les innovations de Joseph II disparaissent).

L’indépendance belge est morte.

  1. b) Dans la Principauté épiscopale de Liège :

1791 Dès le début de cette année les troupes autrichiennes occupent aussi le territoire de la principauté.

Le 12 février le prince-évêque est rétabli dans la pléni­tude de ses droits.

Le 10 août, un Edit fondamental remanie la Constitution en faveur des prérogatives princières; les privilèges poli­tiques du Chapitre des Chanoines et de la Noblesse sont rétablis.

 

(p.161) Les Guerres de la Révolution et de l’Empire

Du régime autrichien à l’incorporation à la France (1790-1814).

Le triomphe de la Révolution française (1789) va sus­citer contre la France une série de coalitions internationales, comme au temps de Louis XIV. Une fois de plus notre territoire est un champ de bataille de l’Europe.

Première occupation française :

1792    20 avril    Déclaration  de  guerre  de la  France  révolutionnaire à l’Autriche (François II) ; ce sont naturellement les Pays-Bas autrichiens qui sont aussitôt envahis. Le 6 novem­bre, l’armée autrichienne est vaincue à femappes, par le général Dumouriez; le lendemain, le gouvernement autri­chien évacue Bruxelles.

Notre pays est politiquement libéré de la domination autrichienne; les Belges accueillent les vainqueurs comme des sauveurs; à mesure du progrès de l’occupation fran­çaise un nouveau régime s’introduit.

Le 16 novembre est proclamée l’ouverture de l’Escaut à la navigation; signifie l’affranchissement économique du pays.

Seconde Restauration ‘autrichienne :

1793    février    L’armée  autrichienne  reprend  l’offensive,   sous  le commandement du duc de Cobourg. Le 18 mars, elle rem­porte la victoire de Neerwinden, qui oblige les Français à se replier vers le Sud.

L’ancien régime est restauré dans les Pays-Bas et dans la principauté épiscopale de Liège. L’empereur François II ordonne que la restauration se fasse avec douceur. Des me­sures de rigueur signalent, au contraire, la restauration du pouvoir de l’évêque dans le pays de Liège.

Deuxième occupation française :

1794 Les   armées  républicaines  reviennent  et  sont  victo­rieuses à Tourcoing, Deynze, Dinant et Fleurus.

Le 11 juillet, les généraux français Jourdan et Pichegru opèrent leur jonction à Bruxelles puis, tandis que l’un pour­suit Cobourg vers l’Allemagne, l’autre chasse les Anglo-Hollandais vers le Nord.

 

(p.162) 1795 7 juin La place forte de Luxembourg capitule; les armées de la République occupent toute la rive gauche du Rhin.

Notre pays est soumis à toutes les misères d’un régime d’occupation militaire : exploitation éhontée de ses ressour­ces, réquisitions, contributions de guerre, malversations et violences.

Annexion à la France et destruction de l’Ancien Régime :

Les « ci-devant Pays-Bas » et la principauté épiscopale de Liège.sont annexés à la France; le 26 octobre, il en va de même pour le duché de Bouillon.

Jusqu’en 1814 les anciens Pays-Bas sont associés intime­ment au sort de la France (Convention, Directoire, Consu­lat, Empire napoléonien). Durant cette brève période s’ac­complit une transformation totale des institutions. L’ancien régime disparaît pour faire place à un régime moderne, dont l’essentiel subsiste encore de nos jours : Les anciens ordres (ou états) sont supprimés de même que les anciennes corporations de métiers; dorénavant tous les citoyens sont égaux devant la loi; le travail, le commerce et l’industrie sont libérés de toutes entraves, de même que la navigation sur l’Escaut; le territoire est divisé en départements (pro­vinces), en cantons (arrondissements) et en municipalités (communes).

Ce sont : les départements :

de la Lys (correspondant à notre actuelle province de Flandre occidentale) ;

de l’Escaut (Flandre orientale) ;

des Deux-Nèthes (Anvers) ;

de la Meuse inférieure (Limbourg) ;

de la Dyle (Brabant) ;

de l’Ourthe (Liège) ;

de Jemappes (Hainaut);

de Sambre-et-Meuse (Namur) ;

des Forêts (Luxembourg).

Chacun de ces neuf départements est administré par un préfet (fonctionnaire nommé par le pouvoir central) et par un Conseil général (élu par le corps des citoyens) ; chaque canton ou arrondissement, se trouve sous l’autorité d’un sous-préfet et d’un conseil d’arrondissement; chaque municipa­lité sous celle d’un maire et d’un conseil municipal.

C’est l’organisation qui est encore la nôtre : au préfet correspond notre gouverneur de province, au sous-préfet (p.163) notre commissaire d’arrondissement, au maire notre bourg­mestre, au Conseil général notre Conseil provincial, au con­seil municipal notre conseil communal. Seul le conseil d’ar­rondissement n’a pas d’équivalent dans notre organisation actuelle.

 

L’organisation judiciaire introduite par le régime français est celle que nous connaissons aujourd’hui et est, à peu de choses près, semblable à celle que voulut imposer Joseph II : une justice de paix par canton, un tribunal de première instance par arrondissement, une Cour d’assises avec jury par département, quelques cours d’appel et une Cour de Cassation.

Le Code civil, mis en vigueur à partir de 1804, unifie pour l’ensemble de l’Empire français, les règles de la vie civile.

L’Etat civil, le mariage civil et l’assistance publique rédui­sent l’influence du clergé au profit des pouvoirs publics. Le (p.164) trésor de l’Etat est alimenté par des contributions directes et indirectes.

La paix intérieure est assurée par la gendarmerie nationale et une police vigilante.

Contre Napoléon s’organisent des coalitions internationales successives. La guerre sévit presque sans arrêt en Europe centrale; notre territoire est heureusement épargné; il doit cependant contribuer à étoffer les régiments impériaux (con­scription obligatoire; levées anticipées) ; environ 50.000 Bel­ges mourront sur les champs de bataille de l’Europe.

1813-1814 Après la désastreuse campagne de Russie et la défaite de Leipzig (16-18 octobre 1813) les armées françaises re­fluent vers nos régions, talonnées par les Alliés. Dès le milieu de décembre, la cavalerie cosaque s’y infiltre; en janvier 1814, l’avant-garde des armées prussiennes pénètre en Cam-pine; en février, elle atteint Bruxelles; des troupes anglaises, prussiennes et suédoises bloquent Anvers; le 5 mai, les Fran­çais ont complètement évacué notre pays.

Administration provisoire des Alliés en 1814-1815.

Les Alliés (Prussiens, Russes, Anglais, Suédois) adminis­trent le pays; le 31 juillet, Guillaume d’Orange-Nassau en devient gouverneur; une armée hollando-belge d’environ 30.000 hommes est constituée.

1815 18 juin Cette armée prend part, aux côtés des armées prus­sienne et anglaise, à la bataille de Waterloo, qui met un terme définitif à la carrière fulgurante de Napoléon Ier.

Le 21 septembre, Guillaume qui, depuis le 16 mars, a pris le titre de roi des Pays-Bas, est inauguré à Bruxelles, sous le nom de Guillaume Ier. La Belgique se trouve réunie à la Hollande, de sorte que l’ancien bloc des XVII Provinces est reconstitué. Cette union n’a pas été désirée par les popu­lations belges; elle leur a été imposée par la Sainte-Alliance. « Mariage forcé, sans bonheur, sans avenir; les convenances l’avaient dicté ». (P. Hymans.)

(p.165)

 

Réunion de la Belgique à la Hollande sous le nom de Royaume des Pays-Bas

1814-1830

Constitution du Royaume des Pays-Bas.

1814 C’est dès le 1er mars 1814 que les Puissances avaient décidé que la Hollande recevrait un accroissement de terri­toire  et une  frontière convenable.  (Convention de Chaumont.)

Le 20 juin, les représentants des Puissances réunis à Londres avaient fixé les conditions de la réunion de la Belgique à la Hollande.

1815 16 mars    Guillaume d’Orange-Nassau prend le titre de roi des Pays-Bas.

9 juin Le Congrès de Vienne promulgue l’acte consa­crant définitivement la réunion des deux pays; le canton d’Eupen, autrefois partie intégrante du duché de Limbourg, et le territoire de Malmédy, autrefois partie constituante de la principauté abbatiale de Stavelot-Malmédy, sont cédés à la Prusse; le village de Moresnet, oublié par les congres­sistes, demeure neutre (et le restera jusqu’en 1914).

24 août La Grondwet (Loi fondamentale ou Constitu­tion), de caractère fort libéral pour l’époque, est étendue à la Belgique, mais n’y est pas favorablement accueillie (voir p. 207).

Bruxelles est capitale, au même titre que La Haye. Alter­nativement, d’année en année, les Chambres s’y assemble­ront et le Gouvernement y résidera.

 

20 novembre Second traité de Paris : rend Philippeville et Mariembourg à la Belgique; incorpore l’ancien duché de Bouillon au Grand-Duché de Luxembourg. Ce dernier, con­tinuant à faire partie de la Confédération germanique, est occupé par une garnison prussienne.

Anglais et Prussiens ont le droit d’occuper aussi, éven­tuellement, la série de forteresses maintenues comme barrière contre la France (Ostende, Nieuport, Ypres, Menin, Ath, Mons, Philippeville et Mariembourg).

(p.166)

 

La Révolution Belge et la Proclamation de l’Indépendance Nationale (1830).

Causes et origines :

Dès le début la réunion des deux peuples, que tant de choses séparaient depuis la fin du XVIme siècle, apparaît pénible. Les griefs religieux s’affirment les premiers (voir p. 207). Se manifestent ensuite :

  • des griefs linguistiques (à partir de 1819, le néerlan­dais ayant été imposé comme langue nationale officielle dans la partie flamande de la Belgique, la bourgeoisie, profon­
    dément francisée, fut mécontente) ;
  • des griefs d’ordre politique et administratif (nés de l’injuste  répartition   des  emplois   publics  entre  Belges   et Hollandais;   de  l’injuste  répartition  de  la  dette  publique

entre les deux parties constituantes du royaume; du monopole de l’Etat en matière d’enseignement; de l’absence de responsabilité ministérielle; de l’absence de liberté de la presse) ;

—        des griefs économiques, fiscaux et sociaux (évolution vers une politique de libre-échange, défavorable aux indus­triels;  établissement d’impôts sur la mouture des céréales panifiables et sur l’abatage du bétail entraînant une hausse du prix du pain et de la viande et mécontentant profondé­ment une classe ouvrière déjà misérable qu’aigrissait, dans le même temps,  la menace  d’un chômage croissant  dû  à
l’introduction des « mécaniques » dans certaines industries, notamment dans celle du textile) ;

Toutes les classes de la société sont donc mécontentes du gouvernement de Guillaume Ier. Leur mécontentement s’ex­prime par les journaux, par des pamphlets, par des chan­sons satiriques et par des pétitionnements.

Union  des  oppositions   (catholique  et libérale).

1828 Novembre   :   un   premier   pétitionnement   réunit 40.000 signatures;

1829 Novembre : un second pétitionnement en rassemble 300.000. Le roi y répond par un message aux Chambres (p.167) définissant les principes politiques sur lesquels il ne peut en aucun cas transiger.

1830 1er janvier Retrait de l’impôt sur la mouture.

27 mai  Retrait des ordonnances scolaires de 1825.

4 juin Rétablissement de l’emploi facultatif de la langue française dans les administrations et dans les tribunaux.

Ces concessions importantes n’apparaissent pas suffisantes, le roi n’acceptant aucun compromis sur les questions essen­tielles (en matière de presse, d’enseignement et de respon­sabilité ministérielle).

Plusieurs journalistes, à commencer par Louis De Potter, ont été condamnés et jetés en prison pour délit de presse.

Il semble qu’il n’y ait plus d’autre issue qu’un coup de force, soit de la part du roi, soit de la part des opposants, catholiques et libéraux, unis depuis 1828.

27-28-29 juillet Les Trois Glorieuses (journées révolu­tionnaires) de Paris chassent Charles X, remplacé, le 9 août suivant, par Louis-Philippe, roi des Français (et non plus roi de France). Elles exercent un effet stimulant sur la vo­lonté d’indépendance des Belges.

Cependant, un mois encore s’écoulera avant qu’un événe­ment inattendu vienne déclencher le mouvement révolu­tionnaire.

Evénements révolutionnaires :

1830 25 août A la suite de la représentation de La Muette de Portici au théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, mise à sac de la librairie Libry-Bagnano, de l’hôtel du ministre de la justice Van Maanen, de maisons particulières et de fabri­ques utilisant des « mécaniques ». Mouvement anarchique.

26 août La bourgeoisie bruxelloise organise une garde armée, placée sous le commandement du baron Emmanuel Van der Linden d’Hoogvorst, pour assurer le maintien de l’ordre public; adoption des trois couleurs brabançonnes : noir-j aune-rouge.

Des manifestations révolutionnaires simultanées à Ver-viers, Liège, Mons, Louvain.

28 août   L’ordre  ayant  été  rétabli,   commence  ce  que l’on  a  appelé la révolution  bourgeoise ou légale. L’Etat-Major (p.168) de la garde bourgeoise et une cinquantaine de nota­bles se réunissent à l’hôtel de ville et rédigent une adresse au roi; le lendemain, deux députations, l’une de Liège, l’autre de Bruxelles, partent pour La Haye, où le roi les recevra le 31.

  • août   Dans l’entretemps des troupes hollandaises se sont  avancées  jusqu’à  Vilvorde;   devant  cette  menace  le populaire se cabre; bientôt les accès de la capitale se héris­sent de barricades.
  • août Le prince d’Orange, fils aîné du roi, n’est auto­risé à pénétrer dans la ville que sans troupes; ses négocia­ tions avec les chefs de l’opposition bourgeoise n’aboutissent
    à aucun résultat positif; par ailleurs, les députations envoyées au roi rentrent bredouille au pays.

3 septembre Sous l’influence d’Alexandre Gendebien on propose au prince une séparation administrative, législative et financière de la Hollande et de la Belgique maintenues sous l’autorité d’une même dynastie; le prince promet de soumettre ces suggestions à son père; il quitte Bruxelles, emmenant la garnison.

Le roi accepte la démission de l’impopulaire ministre de la justice (Van Maanen).

La Brabançonne, un chant composé par Louis-Alexandre Déchez, dit Jenneval, mis en musique par Van Campenhout, commence à se répandre parmi les patriotes.

7 septembre    Arrivée à Bruxelles des volontaires liégeois commandés par le jeune Charles Rogier.

8 septembre    Départ pour La Haye des députés belges aux Etats Généraux   (convoqués pour le 13).

A Bruxelles, création d’une Commission de sûreté publi­que (dont font partie le comte Félix de Merode, Alexandre Gendebien et Sylvain Vande Weyer).

16 septembre Trouvant que cette Commission manque d’audace, les plus exaltés constituent un club politique dé­nommé Réunion générale (Ducpétiaux, Rogier, Rodenbach, Niellon, Plétinckx, Grégoire, don Juan van Halen, etc.).

A la révolution légale (bourgeoise) va succéder la révo­lution populaire.

20 septembre A Liège les patriotes s’emparent du fort de la Chartreuse; à Bruxelles, ils envahissent l’hôtel de ville. désarment une grande partie de la garde bourgeoise et chassent la Commission de sûreté publique. La plupart des (p.170) membres de celle-ci, désemparés, fuient vers Valenciennes. Le baron d’Hoogvorst demeure presque seul à l’hôtel de ville.

21 septembre Les Etats Généraux votent une adresse favorable à la séparation des deux pays; mais le roi n’en tient pas compte; déjà il a prescrit à son fils Frédéric de marcher sur Bruxelles et d’y dompter les rebelles.

Les patriotes multiplient les travaux de défense dans la ville sous la direction de quelques chefs improvisés (Plé-tinckx, Mellinet, Grégoire, Kessels, Van Halen, Engelspach ) ; des volontaires continuent à affluer de la banlieue, et des villes de province, Louvain, Tournai, etc.).

23-24-25 et 26 septembre Les Quatre Glorieuses (jour­nées révolutionnaires) de Bruxelles :

Attaque concentrique de la capitale par les colonnes hol­landaises (par les portes de Schaerbeek, de Louvain, de Laeken et de Flandre) ; elle échoue aux portes de Laeken et de Flandre, mais réussit aux deux autres portes; occupa­tion du Parc, où les Hollandais, réduits à la défensive, se retranchent dans les Bas-Fonds; les combats autour du Parc se poursuivent pendant quatre jours et coûtent la vie à près de 500 patriotes.

Pendant ce temps, organisation d’un pouvoir révolution­naire :

24 septembre    Constitution  d’une Commission adminis­trative  (d’Hoogvorst, Rogier et Jolly); elle confie le com­mandement des troupes révolutionnaires à don Juan Van
Halen.

25 septembre    Retour à Bruxelles de la plupart des chefs politiques de la première heure qui s’étaient enfuis à Valen­ciennes.

  • septembre Fusion de la Commission administrative et l’ex-Commission de sûreté publique en un Gouvernement provisoire de la Belgique (baron Emmanuel Vander Linden
    d’Hoogvorst, comte Félix de Merode, Charles Rogier, avocat à la Cour de Liège, Jolly, ancien officier du génie, Alexandre Gendebien et Sylvain Van de Weyer, avocats à la Cour de Bruxelles; plus deux secrétaires : le baron F. de Coppin et Nicolaï, avocat à la Cour de Bruxelles).

Dans la nuit du 26 au 27 septembre, les troupes hollan­daises se retirent de Bruxelles. La victoire reste donc aux insurgés belges; la nouvelle s’en répand à travers le pays; plusieurs garnisons, comprenant de nombreux Belges, se (p.170) rallient au mouvement d’insurrection;   les troupes hollan­daises se replient vers le Nord.

28 septembre Louis de Potter, retour d’exil, est reçu triomphalement lors de sa rentrée à Bruxelles; il devient membre du Gouvernement provisoire; au sein de ce der­nier se crée un Comité central exécutif.

Vers la constitution du royaume de Belgique.

  • octobre Le Gouvernement provisoire proclame l’ indé­pendance des provinces belges.
  • octobre Il crée un « Bulletin des arrêtés et actes du Gouvernement provisoire de la Belgique ».

12 octobre    II proclame la liberté de l’enseignement.

16 octobre Liberté de la presse, droit d’association, libre exercice des cultes.

21 octobre Abolition de la censure des théâtres.

26 octobre  Publicité obligatoire des budgets et des comptés des administrations publiques.

3 novembre Election, au suffrage direct, des 200 membres du Congrès National par des citoyens capacitaires (prêtres, hommes exerçant des professions libérales) et censitaires (contribuables payant 100 à 150 florins d’impôt par an).

Entre-temps se poursuivait la lutte armée pour la libération du territoire (sous le commandement de Mellinet, Niellon. Kessels, Nypels) :

13 octobre Prise de Lierre par Niellon; l’armée hollan­daise se replie sous les murs d’Anvers.

21 octobre Après le combat victorieux du pont de Waelhem, près Malines, Mellinet rejoint Niellon à Vieux-Dieu.

24 octobre Ensemble ils attaquent Berchem et Borgerhout sous Anvers; le prince Frédéric de Merode y trouve une mort héroïque.

27 octobre   Les troupes  hollandaises, retirées dans la citadelle d’Anvers, ripostent par un bombardement de quatre heures aux tirailleries de quelques volontaires belges.

Cet événement achève la rupture morale décisive entre les deux peuples, les Hollandais ne conservent plus que les cita­delles d’Anvers et de Maestricht.

28 octobre Le général hollandais Chassé et Charles Rogier signent un armistice indéfini.

 

(p.171) Intervention des grandes puissances :

4 novembre Ouverture de la Conférence de Londres (Conférence des plénipotentiaires de la Grande-Bretagne, de l’Autriche, de la France, de la Prusse et de la Russie, c’est-à-dire des pays signataires des traités de Paris et de Vienne). Le succès de la révolution belge constituait un fait grave au point de vue international; l’œuvre politique de la Sainte-Alliance s’en trouvait ébranlée.

10 novembre Le Gouvernement accepte l’armistice im­posé par la Conférence de Londres : l’ancienne frontière de 1790 sert de ligne de séparation entre les armées hollandaise et belge.

Le même jour s’ouvre le Congrès National (« Au nom du peuple belge le Gouvernement provisoire ouvre l’assemblée des représentants de la Nation. Ces représentants, la Nation les a chargés de l’auguste mission de fonder sur les bases larges et solides de la liberté, l’édifice du nouvel ordre so­cial, qui sera pour la Belgique le principe et la garantie d’un bonheur durable »).

18 novembre A son tour, le Congrès proclame « l’indé­pendance intérieure et extérieure des neuf provinces bel­ges, sans préjudice aux conventions concernant la forteresse de Luxembourg sous le rapport militaire seulement ».

21 novembre    Le Gouvernement provisoire accepte une suspension d’armes proposée par la Conférence de Londres.

22 novembre    Le Congrès décide que la forme du gou­vernement belge sera  la   monarchie héréditaire et parle­mentaire avec responsabilité ministérielle.

24 novembre II déclare la famille d’Orange-Nassau dé­chue à jamais de tout droit et aptitude au gouvernement de la Belgique.

L’insurrection de la Pologne, survenue le 29 novembre, empêche le Tsar de Russie d’envoyer une armée de secours à Guillaume Ier de Hollande.- Par ailleurs, le nouveau roi Louis-Philippe avait fait savoir que le gouvernement fran­çais ne tolérerait aucune intervention militaire prussienne en Belgique, et le gouvernement anglais marquait sa volonté de recourir aux moyens de la diplomatie pour « arranger l’affaire s> belge. Cela sauve l’indépendance du pays.

20 décembre Protocole de la Conférence de Londres reconnaissant la future indépendance belge (par la dissolution (p.172) de la réunion, mais sous réserve des droits du roi Guillaume Ier et de la Confédération germanique).

Ce protocole est mal accueilli en Belgique (résistance très nette du Gouvernement provisoire et du Congrès national).

1831 20 et 27 janvier La Conférence de Londres publie les Bases de séparation et un protocole complémentaire recon­naissant l’indépendance belge, garantissant l’intégrité du territoire et son inviolabilité (en tenant compte de la fron­tière de 1790), mettant à charge de la Belgique les 16/31 de la dette publique du Royaume des Pays-Bas.

1er février Le Congrès national repousse ces bases, sur­tout parce qu’elles sacrifiaient les Limbourgeois et Luxem­bourgeois.

7 février Le Congrès vote l’ensemble de la Constitution belge (garantissant les droits individuels et les libertés so­ciales, organisant l’Etat unitaire tout en laissant une large part d’action aux provinces et aux communes, équilibrant les trois grands pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire; déterminant l’indépendance réciproque de l’Eglise et de l’Etat, tout en mettant les traitements et pensions du clergé séculier à charge du trésor public.

A la recherche d’un roi :

Le Congrès se met à la recherche d’un souverain.

Plusieurs candidats sont en présence :

le duc de Nemours, un des fils de Louis-Philippe (soutenu par les francophiles de Belgique) ;

l’archiduc Charles d’Autriche, notre ancien gouverneur général ;

le duc Auguste de Leuchtenberg, considéré comme bona­partiste (patronné en Belgique par Devaux et Lebeau).

3 février 1831 Le Congrès élit roi le duc de Nemours. Mais, devant l’opposition catégorique de la Grande-Bretagne, prête à entrer en guerre, Louis-Philippe se voit contraint de renoncer à l’honneur fait à la maison d’Orléans. Cela met le Congrès dans une position difficile.

18 février Le roi Guillaume Ier de Hollande fait con­naître son adhésion aux « bases de séparation ».

24 février Le Congrès, en attendant d’avoir trouvé un roi, se décide à nommer un régent (le baron liégeois Erasme-Louis Surlet de Chokier).

Des complots orangistes se trament, surtout à Gand et Anvers, dont la haute bourgeoisie commerçante et industrielle, (p.173) demeure en grande partie favorable à la maison d’Orange. La réaction patriotique ne se fait pas attendre; à Bruxelles, Gand, Liège et Anvers, des maisons, des comp­toirs, des fabriques sont mis à sac. Certains exaltés envi­sagent de reprendre carrément les hostilités contre l’armée hollandaise.

23 mars Ils fondent 1!‘Association nationale (appelant les Belges aux armes contre la dynastie que les Orangistes vou­draient rappeler).

Grâce à l’action modératrice de Lebeau, le jeune et intelli­gent ministre des Affaires étrangères, l’exaltation s’apaise. Lebeau attire l’attention du Congrès sur un nouveau candi­dat au trône, le prince Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha (an­cien général de l’armée russe; naturalisé Anglais, veuf de l’héritière du trône de Grande-Bretagne, qui le 21 mai 1830 avait refusé la couronne que lui offraient les Grecs libérés du joug turc).

Une députation belge se rend à Londres pour solliciter le prince. Celui-ci n’accepte ses propositions qu’à la condition que les Belges donnent leur adhésion aux principes stipulés par les protocoles de janvier.

4 juin En dépit de cette réserve, le Congrès.national élit le prince Léopold comme roi des Belges.

26 juin Traité des XVIII articles (préliminaires de paix) : maintien approximatif des frontières de 1790; invio­labilité du territoire (avec maintien provisoire de l’occupa­tion du Limbourg et du Luxembourg) ; garantie de la libé­ration de l’Escaut; chacun des deux pays supportera sa dette propre.

9 juillet En dépit de l’opposition des exaltés, la majorité des membres du Congrès, subjuguée par l’éloquent plaidoyer de Joseph Lebeau, adhère au traité des XVÛl articles.

Dès ce moment le prince Léopold accepte sans réserve l’offre qui lui a été faite.

21 juillet Acclamé sur son passage, de La Panne à Bru­xelles, le nouveau roi Léopold Ier prête serment de fidélité à la Constitution et aux lois du peuple belge. (Dorénavant le 21 juillet sera la fête nationale de Belgique.)

Conclusion :

« Rien de plus faux que de représenter la Belgique comme une création de la diplomatie. La Belgique a été faite par les Belges. Elle s’est faite par elle-même. » (Paul Hymans.)

 

 

(p.174) Période du péril hollandais (1831-1839)

Campagne des dix jours (2 au 12 août 1831).

L’armée hollandaise envahit par surprise le territoire belge et refoule les armées de la Meuse et de l’Escaut, dont la bra­voure ne peut suppléer au défaut d’organisation.

8 août    Défaite de Hasselt.

12 août Défaite de Louvain. La route de Bruxelles est ouverte.

Dès le premier jour de l’invasion, le roi Léopold, qui s’est mis à la tête de ses troupes, adresse un appel à la France.

Le jour même de la défaite subie à Louvain, l’armée de secours, commandée par le maréchal Gérard, arrive à Wavre. Les Hollandais, furieux, sont obligés de conclure un armis­tice.

A Londres, les plénipotentiaires ont repris l’examen du cas belge. Talleyrand, plénipotentiaire français, suggère un par­tage de la Belgique; le ministre anglais Palmerston menace de déclarer la guerre à la France si celle-ci ne retire pas immédiatement son armée de Belgique. (Le 30 septembre, départ des dernières compagnies françaises.)

8 septembre Dans son discours aux Chambres, le roi Léopold Ier annonce le dépôt de divers projets de loi con­cernant les cadres de l’armée et réclame des sacrifices finan­ciers pour couvrir les frais de l’indispensable réorganisation des forces militaires nationales.

14 octobre La Conférence de Londres substitue le traité des XXIV à celui des XVIII articles. Ce nouveau traité sti­pule la cession des territoires de Màestricht, Roermond, Venloo et 53 bourgs et villages situés à droite et à gauche de la Meuse; le Luxembourg allemand est octroyé, à titre personnel, au roi Guillaume Ier; un droit au profit des Hollandais sera établi sur la navigation sur l’Escaut; 16/31 de la dette publique seront à charge de la Belgique; notre neutralité sera perpétuelle, garantie par les puissances, et armée, c’est-à-dire défendue par nous; les puissances signa­taires s’engagent non seulement à respecter notre neutralité mais encore à la défendre contre toute agression, soit collec­tivement, soit individuellement.

Selon l’expression du roi Louis-Philippe, la Belgique deve­nait ainsi « la clef de voûte de l’ordre européen. ».

1er-3 novembre   Le Parlement belge (dont la première (p.175) session s’est ouverte le 8 septembre) ratifie le traité avec une morne résignation.

15 novembre Le traité est signé, à Londres, par Sylvain Van de « Weyer et les plénipotentiaires des cinq grandes puis­sances.

Mais le roi Guillaume Ier refuse de donner son adhésion. cm traité. Le péril hollandais subsiste donc et, par suite, le gouvernement belge est obligé de maintenir mobilisée son ermée régulière. Seuls les gardes civiques sont licenciés.

14 décembre Signature de la Convention des forteresses entre la Belgique, d’une part, l’Autriche, la Grande-Bretagne, la Prusse et la Russie, d’autre part; cette convention prévoit la démolition des forteresses de la Barrière dont l’entretien ne constituait plus qu’une charge inutile (Menin, Ath, Mons, Philippeville et Mariembourg) ; la démolition, qui devait être achevée le 31 décembre 1833, ne le fut que vingt ans plus tard, lorsque fut décidée la création d’une base fortifiée à Anvers.

30 décembre Vote de notre première loi de milice; elle fixe à 80.000 hommes l’effectif de l’armée sur pied de guerre; à 12.000 miliciens le chiffre du contingent à lever en 1832. Dès le 22 septembre, les Chambres avaient autorisé le Roi à faire appel à des officiers de nationalité étrangère en vue de réorganiser les forces militaires nationales (généraux Evain, Desprez, etc.).

1832 22 octobre   L’Angleterre et la France s’engagent à faire res-

tituer la citadelle d’Anvers à la Belgique; un délai est fixé pour l’évacuation de la citadelle par sa garnison hollandaise; à l’expiration dû-dit délai (2 novembre) les escadres fran­çaises et anglaises viennent bloquer les côtes hollandaises et l’armée du maréchal Gérard franchit une seconde fois notre frontière du sud.

19 novembre Début du siège de la citadelle d’Anvers.

23 décembre Capitulation de la garnison hollandaise. Toutefois, une armée hollandaise de près de 100.000 hommes reste massée à notre frontière septentrionale, le roi Guillaume I » s’entêtant dans son « système de persévé­rance ».

1833 11 mars    Le roi Guillaume s’engage à l’égard des Puissances

à ne point rouvrir les hostilités contre la Belgique et à laisser l’Escaut entièrement libre « aussi longtemps que les relations entre la Belgique et la Hollande ne seront pas

réglées par un traité définitif ».

(p.176)

1834 Organisation d’une Ecole militaire, à Bruxelles.

Avril Des troubles graves éclatent dans la capitale à la suite des démonstrations orangistes (les plus grandes fa­milles nobles et une partie de la haute bourgeoisie indus­trielle et commerciale demeurent favorables à une restaura­tion de la famille d’Orange-Nassau; l’énorme masse de la population est, au rebours, fermement attachée à la nouvelle dynastie).

1838 11 mars Le roi Guillaume Ier fait brusquement connaître à Londres son intention d’adhérer au traité des XXIV arti­cles.

13 novembre Dans son discours du trône le roi Léopold Ier précise : « Nos différends avec la Hollande ne sont point encore arrangés… Rien n’est changé dans la force numérique et la position de l’armée qui menace notre fron­tière du nord; l’état de notre armée doit aussi demeurer le même ».

1839 1er février    Le roi Guillaume  Ier  donne son adhésion  au traité des XXIV articles. Dès que le fait est connu en Bel­gique, une vive opposition s’y manifeste. Le roi Léopold offre à la Hollande de racheter le Limbourg et le Luxem­bourg. Sa proposition n’est pas acceptée. Certains exaltés se déclarent prêts à recommencer la guerre.

19 mars Après des séances dramatiques, la Chambre des Représentants belges se résigne, par 58 voix contre 41, à accepter le traité qui arrache à la Belgique une grande partie du Limbourg et du Luxembourg. Lors du vote, Alexandre Gendebien prononce un discours poignant et s’écrie : « Non, 380.000 fois non, pour 380.000 Belges que vous sacrifiez à la peur », et aussitôt après, il fait remettre au Président cette brève missive : « Je donne ma démission de membre de la Chambre des Représentants ».

19 avril  Signature, à Londres, des traités définitifs entre la Belgique et les cinq Puissances. A partir du 1er janvier •    1839, « la Belgique, du chef du partage des dettes publiques du royaume des Pays-Bas, restera chargée d’une somme de 5.000.000  de   florins  de  rente  annuelle   »   à  payer  à  la Hollande. Le péril hollandais n’existe plus; la paix est enfin officiellement conclue entre la Belgique et la Hollande. L’armée est démobilisée.

1840 Première crise de la neutralité belge : lors du conflit entre le Sultan de Turquie et le vice-roi d’Egypte Méhémet-Ali, la Belgique résista à la tentation d’assister la France — favorable à Méhémet-Ali — contre la coalition des autres grandes puissances. Elle ne trembla pas devant le Premier ministre français Thiers menaçant de faire occuper le pays militairement. 1841-1845   Cinquième Ministère (J.-B. Nothomb).

1841 Echec du dernier complot orangùte (dit des « paniers percés », les généraux Vander Meere et Vandersmissen).

1842  5 novembre  Traité hollando-belge, complété, le 8 août 1843,

par une convention définitive, fixant en détail le tracé des frontières et réglant les questions pendantes en matière de finances et de navigation sur l’Escaut.

A cette époque le Gouvernement belge entretient de très bons rapports avec ses voisins immédiats et les autres puis­sances d’Europe occidentale et centrale. Il le doit en grande partie aux relations personnelles du roi Léopold Ier avec sa nièce, la jeune reine de Grande-Bretagne (Victoria), avec Louis-Philippe, son beau-père, avec le prince de Metternich, le puissant chancelier d’Autriche, etc.

1843 Echec d’une tentative de colonisation belge à Santo-Thomas de Guatemala : la plupart des émigrants belges re­vinrent au pays.

1844 Nouvel échec colonial dans la province de Sainte-Cathe­rine, au Brésil. Une cinquantaine de familles émigrées per­sistent cependant à séjourner au Brésil.

1845-1846 Sixième Ministère (Van de Weyer).
1846-1847  Septième  Ministère   (de   Theux),   dernier   ministère mixte (c’est-à-dire où catholiques et libéraux sont associés).
1846 Abaissement du cens électoral au minimum (p.177) Abaissement du cens électoral au minimum constitutionnel.

1847  Echec d’une troisième tentative d’établissement colonial belge (sur les rives du Rio Nunez, côte occidentale de l’Afrique).

Ces trois essais de colonisation étaient dus à l’initiative du Roi, lequel prélevait sur sa cassette personnelle pour encourager les colons.

1847-1852 Huitième Ministère  (Rogier-Frère-Orban); libéral.

1848 Deuxième crise de la neutralité belge : Le 24 février, une révolution renverse la monarchie en France et établit la IIme République; le mouvement révolutionnaire se propage à travers la plupart des pays d’Europe.

L’idée dominante chez les chefs de la nouvelle république française est la réunion de la Belgique à la France et la reprise de la frontière naturelle du Rhin. La propagande

(p.178) révolutionnaire travaille nos populations. Le fourriériste Victor Considérant, ami de Charles Rogier, ministre, lui écrit : « La partie des couronnes est perdue dans le monde… Il y aura demain, avant 2 heures de l’après-midi, cent mille hommes, enivrés d’un enthousiasme électrique, criant Vive la République, dans les rues de Bruxelles. C’est à la Chambre et au Château que marchera bientôt spontanément ce cortège immense ».

Les appréhensions que donne l’attitude de la France pro­voquent un rapprochement entre la Hollande et la Belgique.

A Paris se poursuit l’enrôlement de prétendus républi­cains belges, cependant que M. de Lamartine, ministre des Affaires étrangères, notifie officiellement que le Gouverne­ment français répudie toute politique impérialiste.

25 mars L’affaire de Quiévrain : prévenu de l’arrivée d’un convoi de révolutionnaires, l’ingénieur belge Gobert monte sur la locomotive à Valenciennes et conduit le convoi en gare de Quiévrain, où gendarmes et soldats belges cueil­lent tous ceux qui n’ont pu sauter du train en marche. Une centaine de citoyens français sont renvoyés au-delà de la frontière; les quelques 700 autres légionnaires sont mis en état d’arrestation; les armes, cartouches et affiches ainsi que le drapeau portant l’inscription « Appel aux Belges », trou­vés dans les voitures, prouvent les intentions subversives.

D’ailleurs, un second convoi de légionnaires était arrivé à Valenciennes; mais il n’alla pas au-delà.

29 mars L’échauffourée de Risquons-Tout (près Mous-cron) : Une prétendue légion belge, recrutée à Paris et cam­pée près de Lille, fait une tentative en deçà de la frontière belge, près de Mouscron. Les troupes belges la mettent en déroute au bout de deux heures de combat, lui infligeant des pertes sérieuses. Cet échec n’allait-il pas, en blessant l’amour-propre français, déterminer le Gouvernement de la Répu­blique à nous faire la guerre ? On pouvait le craindre. Aussi était-il de bonne politique de reconnaître au plus tôt le nou­veau régime.jépublicain que la France venait de se donner.

4 avril Le Gouvernement établit un emprunt forcé en vue.de renforcer l’armée; il s’agissait de garantir la neutra­lité belge autrement que par des paroles ou le parchemin
d’un traité. Le général Chazal commence l’étude de projets relatifs à l’établissement d’un camp retranché autour d’An­vers.

 

(p.179) 28 mai Reconnaissance du Gouvernement républicain par la Belgique.

1851 ler-2 décembre Coup d’Etat en France : dictature du prince Louis-Napoléon Bonaparte.

1852-1855 Neuvième Ministère (H. de Brouckère); libéral modéré.

1852 2 décembre Louis-Napoléon se proclame Empereur des Français (Napoléon III) ; second Empire français. « Le nou­veau pouvoir pense : Des traités ont été conclus contre nous; nous avons l’intention non seulement de ne pas les observer mais encore d’exercer une vengeance contre ceux qui ont contribué ouvertement ou en cachette à opprimer les Fran­çais. On ne peut s’étonner de ces sentiments… » (Passage d’une lettre du roi Léopold Ier en date du 12 décembre 1852, soit donc dix jours après la proclamation de l’Empire). La politique étrangère dé la France impériale visant à détruire l’œuvre d’équilibre réalisée par le Congrès de Vienne et les traités subséquents l’indépendance et l’intégrité territoriale de notre pays couraient grand danger.

Le Gouvernement de Napoléon nous cherche querelle à propos de tout et suspecte tous nos gestes, déclarations et attitudes. II nous reproche surtout d’avoir trop chaleureuse­ment accueilli les proscrits et les exilés volontaires (Victor Hugo, et tant d’autres) ; il nous reproche encore davantage de ne pas les livrer et de ne pas les empêcher de parler et de publier leur pensée par le journal et par le livre.

1853 22 août   Le mariage du duc. de Brabant, fils aîné du roi Léopold,  avec  l’archiduchesse  Marie-Henriette   d’Autriche, est considéré comme un défi à la France ! • -II est prudent de prendre ses précautions ! Dès le 9 juin, l’effectif de guerre est porté de 80 à 100.000 hommes.

1854-1855 Le Gouvernement belge venait à peine de rétablir ses relations diplomatiques avec la Russie (1853), lorsque la France et l’Angleterre attaquèrent cette puissance en Crimée. Napoléon fit pression pour amener la Belgique à pratiquer une « neutralité en pente ». Ce fut en vain. C’est en vain aussi qu’il tenta de nous faire abandonner la liberté de la presse.

1855-1857  Dixième Ministère (P. de Decker) ; catholique modéré.

1856  La réconciliation définitive entre Belges et Hollandais

est sanctionnée par l’adoption d’une nouvelle version du texte ‘de la Brabançonne due à la plume du ministre-poète Charles Rogier.

 

(p.180) 1857-1870 Onzième Ministère (Frère-Orban) ; libéral. 1859 8 septembre   Vote de la loi concernant la construction d’une grande enceinte fortifiée autour d’Anvers; sa construction confiée à un jeune ofiicier du génie, Henri Brialmoiit, colla­borateur intime du duc de Brabant.

Les travaux, commencés dès 1859, ne s’achèveront qu’en 1868.

Mais ils furent l’occasion d’une violente opposition  de la part des Anversois et d’une ardente campagne de meetings menée par le parti catholique.
1861 Renouvellement du matériel d’artillerie.

Tentative de rapprochement hollando-belge (entrevue des deux souverains, Guillaume II et Léopold Ier).

1863 Libération complète de la navigation sur l’Escaut par le rachat du péage;  chef-d’œuvre  diplomatique du baron Lambermont.

1864 Le Gouvernement autorise une légion de volontaires belges  à  participer  à l’expédition  française  au  Mexique (Charlotte, princesse de Belgique, avait épousé l’archiduc Maximilien d’Autriche, empereur du Mexique).

         1865  10 décembre   Mort du premier roi des Belges, « le Nestor de l’Europe ».           

17 décembre Inauguration de Léopold II. Dans son premier discours du trône, celui-ci déclare : « La Belgique a, comme moi, perdu un père… Succédant aujourd’hui à un père si honoré de son vivant, si regretté après sa mort, mon premier engagement devant les élus de la nation est de suivre religieusement les préceptes et les exemples que sa sagesse m’a légués, de ne jamais oublier les devoirs qu’im­posé ce précieux héritage… ».

Le moment était particulièrement critique au point de vue international. La guerre des duchés danois venait de s’achever au profit de la Prusse (1864), la guerre austro-prussienne se préparait (1866). Quelle allait être l’attitude de la France ? Dans quelle situation allait se trouver la Belgique ? Dechamps, ancien ministre des affaires étran­gères de Belgique, prévoyait les pires menaces : « Si l’Au­triche et la Prusse s’entendent et que l’unité allemande se réalise par l’accord des dynasties régnantes, l’Empereur Napoléon ne peut manquer de voir dans la formation d’une nation de quarante millions d’hommes une rupture de l’équi­libre européen qui lui imposera la nécessité de s’agrandir et, pour s’agrandir, il prendra la Belgique. Si l’Autriche et (p.181) la Prusse restent divisées, l’Empereur des Français est maître de la situation et la balance penchera du côté où il placera son épée. Qui l’empêcherait d’assurer au Roi de Prusse son appui pour conquérir la prépondérance en Allemagne, de lui concéder même au besoin quelques annexions germani­ques pour acquérir son concours ou son consentement à l’annexion de la Belgique à la France ? ».

1866 Après  la  victoire prussienne  sur  les  Autrichiens,  à Sadowa, l’empereur Napoléon, en effet, fit proposer secrète­ment au roi de Prusse la conclusion d’une convention accor­dant l’Allemagne du Sud à la Prusse et la Belgique à la France. Bismarck, ministre prussien, aurait volontiers sacrifié l’indépendance de la Belgique s’il avait été assuré qu’une durable alliance franco-prussienne en aurait été la consé­quence. Les atermoiements de Napoléon le firent renoncer à ses vues.

N’ayant pu obtenir la Belgique, le Gouvernement impé­rial projeta d’annexer le Grand-Duché de Luxembourg; il n’obtint que l’évacuation de la garnison prussienne de la place forte de Luxembourg et la neutralité de l’Etat luxem­bourgeois, placée sous la garantie collective des Puissances (Traité de Londres, 11 mai 1867).

1867    Mai  Notre infanterie est dotée d’un nouveau type de fusil Albini rayé se chargeant par la culasse).

1868 Le Gouvernement français, fidèle à sa « politique des pourboires », essaie d’acquérir les lignes de chemin de fer de la Compagnie du Grand-Luxembourg et celles du chemin de fer Liégeois-Limbourgeois. La Belgique, menacée, fait voter une loi interdisant aux Compagnies belges de céder une ligne de chemin de fer sans en avoir obtenu licence gouvernementale (23 février 1869).

Par ailleurs, elle renforce sa puissance militaire, par la création de l’Ecole de Guerre (pour le recrutement des offi­ciers d’Etat-Major) et par l’adoption d’un type de canons rayés à chargement par la culasse.

Les travaux de fortification d’Anvers étant achevés, les enceintes de Gand, Tournai, Charleroi, Mons et Namur peu­vent sans inconvénient être déclassées.

Le colonel Brialmont perfectionne la valeur défensive de la position d’Anvers en faisant installer les canons dans des coupoles cuirassées analogues aux tourelles des navires de guerre.

 

(p.182) 1870 juin    Douzième Ministère  (d’Anethan), catholique.

19 juillet Début de la guerre franco-allemande. Crise décisive de la neutralité de la Belgique. La guerre ne va-t-elle pas déferler sur notre territoire ? Une intervention diplomatique ferme et claire de la Grande-Bretagne l’en pré­serve. Dès le début du mois d’août les deux belligérants con­firment les engagements qu’ils ont pris le 19 avril 1839 à l’égard de la Belgique; ils respecteront notre sol.

D’ailleurs l’armée belge a été mobilisée et massée dans les provinces du sud; chacun sait qu’elle est pourvue d’un maté­riel nouveau excellent, et qu’elle est décidée à s’en servir contre quiconque franchirait la frontière.

Après le désastre de Sedan, les troupes françaises qui se présentent devant celle-ci sont désarmées et internées.

 

Période 1871-1914

Caractéristique générale : période de paix armée pour l’Europe; à mesure qu’elle se déroule les dangers de guerre grandissent; le peuple belge, confiant dans la neutralité garantie au pays par les traités, refuse de s’en rendre compte; mais le Roi veille. Clairvoyant comme son père, il est comme lui, un bouclier pour la Belgique. Avec une énergie et une persévérance jamais lasses, il résiste aux cam­pagnes de la politique intérieure dirigées contre les charges de la défense nationale. « Nous ne sommes pas sur une île, écrit-il dès le 6 mai 1871 au Premier ministre d’Anethan, nous. subissons malgré nous le contre-coup des événements qui se passent à nos portes et qui ne sont pas près de finir, et vous savez que, quant à moi, je suis résolu à tout plutôt que de gouverner dans des conditions qui mettraient en péril la sécurité nationale ».

Par ailleurs, la période 1871-1914 est caractérisée par Yexpansion colonial; des pays d’Europe. Dans ce domaine encore, le pays se montra volontairement myope et c’est contre le gré du peuple belge que le génial souverain lui donna l’énorme Congo,

quatre-vingt fois plus étendu que la mère-patrie. « L’histoire enseigne, écrit-il au ministre Beernaert, que les pays à territoire restreint ont un intérêt moral et matériel à rayonner

au-delà de leurs étroites fron­tières ». Aussi ne cesse-t-il d’appeler l’attention de ses compatriotes sur la nécessité de porter leurs vues sur les con­trées d’outre-mer qu’il a parcourues au temps où il n’était (p.183) encore que duc de Brabant. Ce faisant,  il suit la même ligne directrice que son père (voir ci-dessus, p. 177).

1871 1 décembre  Treizième ministère (de Theux-Malou; catho­lique modéré).
1873 Rachat des chemins de fer du Luxembourg par l’Etat.

         1876 12 décembre  A l’initiative du Roi, réunion à Bruxelles de la Conférence géographique internationale ayant pour objec­tif d’ « ouvrir à la civilisation la seule partie du globe où elle n’ait point encore pénétré », c’est-à-dire l’Afrique cen­trale, où se perpétuait la traite des esclaves. « Je serais heu­reux, déclarait Léopold II, que Bruxelles devint, en quelque sorte, le quartier général de ce mouvement civilisateur.

          1877 Henry Stanley achève la traversée de l’Afrique com­mencée trois ans plus tôt.

1877-1878  Guerre russo-turque.

1878    19 juin Quatorzième Ministère  (Frère-Orban, libéral).

Le lieutenant Cambier, faisant partie de l’expédition du capitaine Crespel, atteint la rive orientale du lac Tanganika. Création du Comité d’études du Haut-Congo, pour le compte duquel Stanley, secondé par de nombreux officiers de l’armée belge dont le roi a su stimuler l’ardeur aven­tureuse et patriotique (Braconnier, Janssen, Hanssens, Valcke, Thys, Van Gelé, etc.) procède à l’exploration sys­tématique de la région du Congo inférieur. Fondation de la station de Léopoldville.

1880 Célébration du Cinquantenaire de l’indépendance nationale.

        1882 Fondation de l’Association internationale du Congo, à l’initiative du Roi. Dès 1884, la-dite association est recon­nue comme autorité gouvernementale par les Etats-Unis.

1883 L’Allemagne, unifiée depuis 1871, conclut une alliance avec l’Autriche et l’Italie (la Triple Alliance). La France, se cherche des appuis.

1884 16 juin    Quinzième Ministère (Malou-Jacobs-Woeste; catho­lique sectaire). Jusqu’en 1914 les catholiques conserveront le pouvoir.

26 octobre Seizième Ministère (Beernaert; catholique modéré).

Novembre (jusqu’en février 1885). Conférence interna­tionale africaine de Berlin, où les intérêts de l’œuvre colo­niale du roi sont défendus d’abord par le comte A. Vander Straten-Ponthoz, (p.184) puis par le baron Lambermont et Emile Banning. Les Puissances représentées reconnaissent l’exis­tence de l’ Etat indépendant du Congo.

1885 avril Après une vive résistance, le Parlement belge autorise le Roi à prendre le titre de souverain de l’Etat indépendant du Congo (union personnelle). Constitution du

P.O.B. (Parti ouvrier belge), dont l’importance ira croissant.

1887 Le mouvement dirigé par le populaire général Boulanger augmente la tension entre la France et l’Allemagne. Le ministère Beernaert obtient des Chambres les crédits né­cessaires à la construction des fortifications de la Meuse (positions de Liège et de Namur).

La question du service militaire personnel est ramenée sur le tapis. Elle ne peut être résolue à cause de l’opposi­tion acharnée d’une partie de l’opinion catholique, dirigée par Charles Woeste, (« l’homme funeste », selon le mot du général Brialmont). L’armée belge demeure donc une « armée de prolétaires », une « armée de pauvres ».

15 août Discours du roi à Bruges à l’occasion de l’inauguration du monument aux héros flamands Breydel et De Coninck : sévère avertissement à la Nation au sujet des périls engendrés par l’excès de sécurité et la foi aveugle dans la valeur des traités. Woeste, Delbeke, Verhaegen et leurs partisans poursuivent leur propagande anti-militariste (« Niemand gedwongen soldaat » : Personne soldat par contrainte).

1890 Le roi Léopold II lègue le Congo à la Belgique.

1891 La France s’allie à la Russie  (réponse à la Triple-Alliance germano-austro-italienne).

Août A la suite d’une violente philippique de Woeste à la Chambre, le général Brialmont, le savant édificateur des fortifications de la Meuse, est contraint de faire valoir ses droits à la retraite.

         1894 26 mars Dix-septième Ministère (de Burlet-Schollaert; ca­tholique).

1896 25 février Dix-huitième Ministère (comte de Smet de Naeyer; catholique).

1899  24 janvier   Dix-neuvième Ministère (J. Vanden Peereboom; catholique).

5 août   Vingtième Ministère (comte de Smet de Nacrer; catholique).

1900  2 octobre    Le prince Albert de Belgique, neveu du roi, et héritier présomptif, épouse Elisabeth, duchesse en Bavière.

 

(p.185) Les propositions de réforme préconisées par la grande Commission pour l’étude de la réorganisation de l’armée ne sont pas suivies.

1901 Naissance du prince Léopold (futur Léopold III).

1902 Vote de la loi militaire portant l’effectif de l’armée de 130.000 à 187.000 hommes, maintenant le tirage au sort avec possibilité de remplacement, mais encourageant le recrute­
ment par volontariat. Thèses pacifistes des socialistes belges (Emile Vandervelde et autres).

1904-1905   Guerre russo-japonaise

L’Entente cordiale franco-anglaise complète l’alliance franco-russe.

         1905 La célébration du 75me anniversaire de l’indépendance nationale coïncide avec une nouvelle tension internationale.

         « L’Histoire dira que les fêtes jubilaires de 1905 marquè­rent un puissant épanouissement de notre nationalité ».

Première crise marocaine : L’Empereur Guillaume II d’Allemagne à Tanger (Maroc). Tension croissante entre la France et l’Allemagne au sujet du Maroc (Empire chérifien).

 

         1906 16 janv.-7 avril    Conférence d’Algésiras;  solution interna­tionale  du  problème  marocain;   l’Entente  cordiale  a  été fortifiée par l’épreuve.

24 janvier Nouvelle extension donnée au camp retran­ché d’Anvers (triple enceinte; la ligne avancée constituée de forts établis sur le modèle de ceux de la Meuse).

          1907 La Triple-Entente (France-Russie-Angleterre) est con­stituée; elle fait équilibre à la Triple-Alliance (Allemagne-Autriche-Italie).

2 mai    Vingt-et^unième Ministère (de Trooz; catholique).

1908    9 janvier  Vingt-deuxième    Ministère    (Schollaert;    catholique).

15 novembre Vote de la loi de reprise de l’Etat indépen­dant du Congo, c’est-à-dire du transfert du Congo à la Bel­gique. < Heure unique, décisive de l’histoire de notre Patrie; les portes de la Destinée s’ouvrent devant celle-ci ». En juin de l’année suivante, dans un discours aux Anversois, le roi déclare : « La plus grande satisfaction de ma vie a été de donner le Congo à la Belgique. Le Congo est plus riche que vous ne croyez. Le devoir d’un souverain est d’enrichir la Nation. C’est là sa véritable mission ».

1909      Novembre   Malgré l’opposition acharnée du groupe Woeste, le Parlement vote la loi militaire abolissant le tirage au (p.186) sort et la faculté de remplacement et instaurant le service personnel « du fils par famille », Le 14 décembre, couché sur son lit de mort, le vieux souverain eut la suprême satis­faction de la sanctionner. Trois jours plus tard il s’éteignait.

23 décembre Avènement du roi Albert Ier, âgé de 34 ans. Après avoir prêté serment de fidélité à la Constitution et aux lois du peuple belge, le nouveau chef de l’Etat prend l’engagement « de remplir scrupuleusement ses devoirs et de consacrer toutes ses forces, toute sa vie, au service de la Patrie ». Il devait tenir exactement parole, avec cette ferme simplicité qui fut toujours le trait dominant de son caractère.

Seconde crise marocaine (envoi de la canonnière alle­mande Panther devant Agadir) ; la tension politique entre la France et l’Allemagne augmente; la guerre est heureuse­ment évitée grâce aux négociations qui aboutissent au traité du 4 novembre; la France a le droit d’établir son protec­torat au Maroc; en échange l’Allemagne obtient une partie du Congo français, entre le Cameroun et le Congo belge. Mais les ressentiments subsistent entre la France et l’Alle­magne. Le Gouvernement belge a de vives appréhensions et pour la mère-patrie et pour la colonie d’Afrique.

17 juin  Vingt-troisième  Ministère   (comte   de  Broqueville; catholique modéré) qui va consacrer la plus large part de son activité à la réorganisation de l’armée, tant au point de vue des effectifs que du matériel. Guerre turco-balkanique.

Guerres entre pays balkaniques vainqueurs de la Tur­quie.

Lors des cérémonies funèbres célébrées à l’occasion de la mort de la comtesse de Flandre, mère du roi des Belges, Charles Ier de Roumanie, frère de la défunte, confie secrète­ment à son neveu Albert : « Le miracle de 1870 ne se renou­vellera pas; la Belgique court grand risque de voir sa neu­tralité violée par l’un de ses trois voisins ». La perspective d’une grande guerre prochaine domine les gouvernements.

Il est grand temps que la Belgique prenne des précau­tions.

29 mai En dépit d’une vive opposition de la part des socialistes, le Parlement vote enfin la loi militaire instaurant le service personnel généralisé.

« J’ai bien peur pour cette année »   (confidence du Premier ministre comte de Broqueville).

(p.187)

28 juin Assassinat de l’archiduc d’Autriche François-Ferdinand à Serajevo (Bosnie).

23 juillet Remise de l’ultimatum autrichien à la Serbie.

1er août Déclaration de guerre de l’Allemagne à la Russie. Mobilisation de l’armée française.

  • août Invasion du Grand-Duché de Luxembourg; ulti­matum allemand à la Belgique.
  • août Le Gouvernement belge défendra la neutralité et l’indépendance du pays. Dès le lendemain, la guerre atteint le territoire national.

 

 

La Belgique dans la Tourmente 1914-1919

 

1914 3 août Paul Hymans et Emile Vandervelde, respectivement chef du parti libéral et chef du parti socialiste, sont nommés ministres d’Etat (Union sacrée des partis devant l’ennemi).

  • août Invasion du territoire par l’armée allemande.
  • août Attaque de la position fortifiée de Liège, défendue par le général Léman; l’armée française accourt à notre aidé.

7 août Occupation de la ville par l’ennemi; mais les forts de l’enceinte tiennent jusqu’aux 15, 16 et 17.

12 août Echec allemand à Haelen.

17 août Le Gouvernement quitte Bruxelles et se fixe à Anvers, réduit de la défense nationale; des contingents de l’infanterie britannique viennent y renforcer les troupes belges.

  • août Bruxelles est occupé par l’ennemi.
  • au 25 août Attaque et chute de la position fortifiée de Namur; mais le général Michel parvient à emmener la 4e division d’armée en territoire  français  et rejoint l’armée de campagne sur l’Yser.

22-23 août Bataille de la Sambre et des Ardennes : les Franco-Britanniques sont contraints à la retraite.

25-26 août Sorties des troupes de la position fortifiée d’Anvers.

6 au 14 septembre Bataille de la Marne:  le général Joffre arrête la ruée allemande et regagne du terrain.

9 au 13 septembre Les nouvelles sorties des troupes (p.188) belges de la position d’Anvers apportent une aide qui con­tribue au succès remporté sur la Marne.

28 septembre au 9 octobre Siège et prise de la position fortifiée d’Anvers par l’ennemi; l’armée belge s’échappe à temps et opère sa retraite le long de la frontière hollandaise

jusqu’au littoral où, dès le 7 octobre, était arrivé le Gou­vernement belge et d’où, le 13 du même mois, il était parti pour Sainte-Adresse près du Havre (France) ; à partir de ce moment, administration par arrêtés-lois.

18 au 30 octobre Bataille de l’Yser, où les troupes belges épuisées, soutenues par les fusiliers marins de l’amiral Ronarch, se défendent héroïquement et procèdent à l’inondation des Polders.

Fin de la guerre de mouvement; stabilisation du front; guerre de tranchées, qui va durer quatre ans.
1915-1916 Le Gouvernement du Havre reconstitue l’armée belge. Les recrues levées en Flandre et parmi les réfugiés belges de France, d’Angleterre et de Hollande, sont instruites dans sept centres militaires installés en France. De nom­breux volontaires, échappés de Belgique occupée, viennent les rejoindre.

En janvier 1916, le comte de Broqueville constitue un véritable ministère d’union nationale en appelant à ses côtés les chefs des deux partis de gauche, Hymans et Van-dervelde, ainsi que le sénateur libéral Goblet d’Alviella.

1917 15 mars   Abdication du Tsar Nicolas II de Russie; procla­mation de la République (Kerenski).

2 avril  Les Etats-Unis déclarent la guerre à l’Allemagne.
Octobre  Révolution bolchéviste (Lénine, Trotsky); éta­blissement du régime des Soviets : U.R.S.S.

6 décembre Armistice germano-russe de Brest-Litowsk.

1918 8 janvier Woodrow Wilson, président de la République des Etats-Unis, fait connaître les 14 points devant servir de base à la conclusion de la paix.

3 mars Traité de Brest-Litowsk   : paix séparée de la Russie avec l’Allemagne.

7 mai   Traité de Bucarest : paix séparée de la Roumanie avec l’Allemagne.

15 juillet au 25 septembre Seconde bataille de la Marne, conduite par Foch, généralissime des armées alliées.

26 septembre    Déclenchement de l’offensive générale des armées alliées;  progression continue; le 28, l’armée belge s’empare de la forêt d’Houthulst; en octobre, elle occupe

(p.189) Bruges, où le Gouvernement viendra bientôt rejoindre le Roi Albert.

29 septembre-31 octobre La Bulgarie et la Turquie, alliées de l’Allemagne, sollicitent un armistice.

5 octobre Le Gouvernement allemand, à spn tour, de­mande la conclusion immédiate d’un armistice.

24 au 31 octobre Victoire des Italiens à Vittorio-Veneto (Vénétie).

3 novembre Un armistice est accordé par les Alliés à l’Autriche-Hongrie.

9 novembre  L’Empereur Guillaume II d’Allemagne ab­dique et se réfugie en Hollande; un mouvement révolution­ naire, inspiré par la révolution russe, provoque l’effondre­ment intérieur de l’empire.

10 novembre Soulèvement des troupes allemandes en Belgique  (Soldatenrat, à Bruxelles).

  • novembre, à 11 heures du matin. Le maréchal Foch reçoit les  plénipotentiaires  allemands à  Rethondes (près Compiègne) et accorde l’armistice.

A ce moment, les troupes belges avaient atteint la rive gauche de l’Escaut.

22 novembre  Rentrée triomphale du Roi Albert et de son gouvernement dans la capitale.

1919 18 janvier    Ouverture de la Conférence de la Paix, à Paris.

28 avril Signature du Pacte de la Société des Nations (le premier Conseil de la S. D. N. se réunira à Paris, le 16 janvier 1920).

7 mai Préliminaires de la Paix (440 articles) transmis aux plénipotentiaires allemands.

28 juin Signature du traité de paix de Versailles.

En ce qui concerne la Belgique le-dit traité lui accorde :

1° les territoires d’Eupen et de Malmédy, détachés de l’empire allemand;

2° le mandat colonial sur les territoires ex-allemands du Ruanda et de l’Urundi (situés à l’Est du Congo belge).

Les traités de 1839 concernant la neutralité de la Bel­gique sont abrogés.

 

Le territoire belge occupé par l’ennemi (1914-1918)

 

Atrocités commises lors de l’invasion à Visé, Aerschot, Andenne, Tamines, Dinant, Louvain.

Exploitation systématique des ressources économiques du (p.190) pays; destructions d’uçlnes; réquisition! militaires; confis­cations et contributions de guerre; déportations d’ouvriers en Allemagne; déportations d’hommes politiques et d’intel­lectuels : Adolphe Max, bourgmestre de Bruxelles, Henri Pirenne et Paul Frédéricq, professeurs à l’Univer«ité de Gand.

Encouragement à l’activisme flamingant en vue de réa­liser la rupture de l’unité nationale : flamandisation de l’Université de Gand (1916); création d’un Conseil des Flandres (1917); séparation administrative en zone fla­mande et zone wallonne (1917).

Mais, dans l’ensemble, la résistance morale des Belges est admirable; elle est stimulée par l’exemple des élites (le bourgmestre Max, le cardinal Mercier, le bâtonnier Théodor et maints autres).

Par ailleurs, grâce à l’intervention d’hommes comme l’in­dustriel Ernest Solvay et le financier Francqui, un Comité national de Secours et d’Alimentation apporte aux Belges aide au point de vue matériel. La Commission for relief in Belgium, dirigée par l’Américain Herbert Hoover, leur four­nit un minimum vital en céréales et corps gras.

Le bilan de la guerre est cependant désastreux : si quel­ques spéculateurs éhontés se sont grandement enrichis (on les flétrit du nom général de « barons zeep » : barons du savon), la grande masse de la population se trouve dans un état voisin de la détresse.

« Cent mille immeubles avaient été détruits ou endommagés pendant la tourmente, cent mille hectares de terres arables . inondés ou bouleversés; 3.650 km. de voies ferrées principales et secondaires étaient hors d’usage; le cheptel avait été dé­cimé. En résumé, on estimait à 20 milliards les biens anéantis ou disparus; on comptait 46.000 morts, parmi les soldats et les civils, et près de cinquante mille mutilés. » (F. Van Kalken, La Belgique ‘contemporaine, p. 176.)

La restauration nationale (1918-1930)

       1918 Avant de rentrer dans sa capitale le roi Albert prend contact avec des représentants’ des -trois ‘grands partis poli­tiques, à Lophem (près de Bruges). Le 13 novembre 1918 est constitué \m ministère d’union nationale (succédant’au ministère Cooreman) sous la présidence de Delacroix. 22 novembre Rentrée triomphale du roi à Bruxelles. (p.191) Discours devant les Chambres réunies : promesse de réformes (égalité politique, égalité linguistique) ; appel à l’union na­tionale en vue du redressement du pays.

Des éléments de l’armée belge vont occuper un secteur de la Rhénanie.

       1920 10 avril    Adoption du S. U. à 21  ans, avec six mois de résidence, représentation proportionnelle intégrale.

         27 septembre Convention militaire franco-belge pour la défense commune du territoire.

         16 novembre Elections législatives auxquelles se présen­tent, outre les trois grands partis (catholique, libéral et socialiste) une série de partis nouveaux : le parti frontiste (qui arbore le drapeau du Conseil des Flandres), le parti opposé de la Renaissance nationale, le parti des classes moyennes et le parti des anciens combattants. –

Victoire socialiste : 30 sièges de plus qu’auparavant; dé­faite cuisante pour les libéraux : 11 sièges de moins.

Le ministère Delacroix est maintenu mais un quatrième ministre socialiste y participe (Jules Destrée, qui prend le portefeuille des Sciences et des Arts).

Déjà, une méfiance croissante se manifeste dans les partis au sujet du tripartisme gouvernemental.
1920-1921 Ministère Carton de Wiart (suivant la même formulé d’union nationale) ; programme de concorde nationale et d’action démocratique.

13 octobre 1920 Vote de la révision constitutionnelle, suivi de la dissolution des Chambres.

1921 16 octobre L’incident dû « fusil brisé » provoque la dés­agrégation du Cabinet par le départ des ministres socia­listes, puis la démission des libéraux. Les socialistes mènent une campagne internationaliste et pacifiste ( « guerre à la guerre »).

20 novembre Elections pour le renouvellement intégral des Chambres. Le parti catholique, réorganisé sous la ban­nière de l’Union catholique belge, sort vainqueur de l’épreuve.

1921-1925 Le ministère Theunis, composé de cléricaux et de libéraux, s’adjoint une « compétence », un « technicien » comme on dira par après : le professeur Hubert, auquel succédera le professeur Léon Leclère, au Département des Sciences et des Arts. Le premier ministre lui-même est con­sidéré comme étant en dehors des partis; c’est avant tout un financier. L’objectif essentiel qu’il se propose d’atteindre (p.192) est l’assainissement de la situation financière du pays.

Mais l’esprit de parti a repris tous ses droits. Des discus­sions passionnées s’instituent à propos :

  • de la question linguistique (notamment de la créa­tion éventuelle d’une université flamande à Anvers ou à Gand);
  • des questions militaires (les socialistes désirant vive­ment la réduction du service actif à six mois) ;
  • des questions sociales.

De sorte que le ministère doit être remanié à trois reprises et qu’en fin de compte, Theunis, dégoûté des dissensions, refuse de demeurer au pouvoir. Le ministre libéral de la Défense nationale, Albert Devèze, est spécialement l’objet de l’hostilité socialiste.

En 1923 l’armée belge s’était associée à l’armée fran­çaise pour l’occupation du bassin industriel de la Ruhr.
1925-1926 Aux élections du 5 avril les socialistes emportent

10 sièges de plus à la Chambre et 5 de plus au Sénat. En outre, deux communistes sont élus à la Chambre par les arrondissements de Bruxelles et de Liège (Jacquemotte et Van Overstraeten).

Il y a 73 jours de carence ministérielle. Au ministère tripartite présidé par Van de Vyvere, succède bientôt un minis­tère Poullet-Vandervelde, composé de démocrates-chrétiens et de socialistes, à l’exclusion de libéraux.

Il réduit les effectifs de l’armée en invoquant pour excuse la conclusion du pacte de Locarno (Briand-Streseman) qui garantit l’inviolabilité de nos frontières et implique la renon­ciation de la France et de l’Allemagne à la guerre. Le chef d’Etat-Major de l’armée démissionne en guise de protesta­tion; le général Kestens, ministre de la Défense nationale, démissionne à son tour.

Le 9 février 1926, se déroule une manifestation popu­laire hostile au gouvernement à l’occasion de la remise au Musée de l’Armée des drapeaux des régiments dissous.

Inquiets du « péril fasciste » les socialistes organisent des « gardes rouges ».

L’échec de sa politique financière entraîne la chute du ministère Poullet-Vandervelde.

 

1926-1930 On  revient  une nouvelle fois  au tripartisme.

Ministère Jaspar, dans lequel l’homme fort est le financier Francqui. Ce technicien avisé, qui est en même temps un homme à poigne, se charge de résoudre l’épineux problème (p.193) financier. Ses mesures énergiques (un milliard et demi de nouveaux impôts; exploitation capitaliste du réseau ferro­viaire constitué en Société nationale des chemins de fer, dont 10 milliards d’actions privilégiées sont immédiatement mis à la disposition d’un Fonds national d’amortissement; échange obligatoire des Bons du Trésor contre des actions des Chemins de fer) conjurent la banqueroute de l’Etat. La stabilisation du franc belge peut être opérée à 175 par rapport à la livre sterling par la création du .Belga accroché à l’étalon-or. Aussitôt après (15 novembre 1926) Francqui quitte le ministère pour rentrer dans la vie privée.

Le budget est remis en équilibre (il accusera des bonis en 1927 et en 1928). En 1929, la mission du Fonds national d’amortissement était virtuellement terminée.

Vandervelde entreprend une nouvelle campagne en faveur de la réduction du service militaire à six mois. Cela a pour effet l’abandon du ministère par les ministres socialistes.

Jaspar reconstitue son cabinet avec le concours de ses amis catholiques, de quatre libéraux et de deux démocrates-chrétiens; il poursuit alors sa tâche de redressement du pays. Le Centenaire de l’indépendance nationale est célébré avec enthousiasme à travers le pays tout entier, bien que les symptômes d’une terrible crise économique mondiale commencent à s’y manifester.