Lès cantiniéres dins nos mârches / Les cantinières dans nos marches

0 Présintâcion / Présentation

1 Historike: l’ orijine di nos cantiniéres (1830-1890) / Historique : l’origine de nos cantinières (1830-1890)

2 Lès-unifôrmes: saquants sôrtes d’ unifôrmes bèljes ou do min.me jenre / Les uniformes: quelques types d’uniformes belges ou similaires

3 Li matériél èt l’ bwèsson / Le matériel et la boisson

3.1 Li matériél / Le matériel

3.1.1 tonia / tonneau – dècorâcions / décorations

3.1.2 vêres / verres

3.1.3 wants / gants

3.1.4 sêrviète / essuie

3 .2 li bwèsson (rôsé, fine) / la boisson (rosé, fine)

4 Li musike / La musique

5 Tradicions locâles / Traditions locales

6 Lès cantiniéres dins l’ prèsse / Les cantinières dans la presse

7 Ôte paut en Bèljike, èt en-Eûrope / Ailleurs en Belgique, et en Europe

8 Varia

 

0 Présintâcion / Présentation

(Nameur / Namur 02/10/2013)

(Djlî / Gilly 2010s)

(Fosse / Fosses-la-Ville 2012)

 

1 Historike: l’ orijine di nos cantiniéres (1830-1890) / Historique : l’origine de nos cantinières (1830-1890)

Clio, Les femmes-soldats à travers l’histoire, V , Ces cantinières, PP ? 16/08/1979, p.56-60

AVANT 1789, les femmes sont considérées par les généraux comme de redoutables adversaires.

Pourquoi?  Parce que, dès qu’une armée se met­ en marche, elles la suivent, aussi retardent-elles la régression des troupes, tout en transformant les camps en lieux plutôt croquignolets, car ce n’est pas le vent qui, le soir, agite et boursoufle les tentes, mais, selon le mot du prince Eugène de Savoie : « Les appas et les ébats des filles de mauvaise vie ».

Que d’espionnes aussi, parmi ces joyeuses garces.

Afin d’éloigner des troupiers les filles d’Eve, on ne se montrait guère tendre envers elles.  Les surprend-on en galante compagnie avec un soldat, on les déshabille et on les fouette.  Heureuses sont-elles ­lorsqu’on ne leur inflige pas un affreux supplice : se tenir à califourchon sur une poutre, tandis qu’on accroche des boulets à leurs chevilles pour accentuer la douleur.

Dans l’armée autrichienne, un officier avait même inventé une pâte noire dont on enduisait le visage les cocottes, et l’auteur de cet onguent prétendait que, malgré les plus vigoureux des nettoyages, il tenait six mois durant.

Vint la Révolution de 1789 et, dans les armées déguenillées, braillardes, buvantes, troussantes et sublimes de la République, des femmes par milliers.

Elles font les campagnes d’Italie, d’Allemagne, d’Espagne, et Bonaparte, furieux, constatera que même en Egypte elles seront un peu là ! De ce temps date la cantinière dont un officier de la 3rande Armée nous dessine ce croquis : – Ces dames commençaient par suivre un soldat lui leur avait inspiré de tendres sentiments.  On les voyait d’abord cheminer à pied avec un baril d’eau­-de-vie en sautoir.  Huit jours après elles étaient commodément assises sur un cheval trouvé – A gauche, à droite, par devant, par derrière, les barils et les cervelas, le fromage et les saucissons, Habilement disposés, se tenaient en équilibre.

– Le mois ne finissait jamais sans qu’un fourgon à deux chevaux, rempli de provisions variées, fût là pour prouver la prospérité croissante de leur indus­trie.

» Il arrivait qu’un parti de cosaques dévalisait ces dames, alors elles recommençaient et bientôt il n’y paraissait plus.

 

Mais comment sont-elles vêtues ?

L’officier nous le dit : – Il était assez drôle de voir ces dames vêtues de robes de velours ou de satin trouvées par des soldats qui les leur vendaient moyennant quelques verres d’eau-de-vie.  Le reste de la toilette n’était pas en harmonie, car les bottes à la hussarde ou le bonnet de police le complétaient d’une manière grotesque.

Supposez à présent quelques luronnes ainsi vêtues à califourchon sur un cheval flanqué de deux énormes paniers, et vous aurez une idée du coup d’oeil bizarre que tout cela représentait.

 

Les organiser?

Peu à peu, et sur l’insistance de Napoléon, la situation des cantinières se régularise.  Leur profession est désormais réservée aux épouses légitimes de caporaux et de soldats.  Très populaires, les cantinières font, à l’occasion, le coup de feu, elles soignent les blessés, elles réussissent dans les cir­constances les plus difficiles à nourrir les hommes.

Les premiers romanciers à leur consacrer un livre aussi pittoresque qu’émouvant seront Erckmann et Chatrian. Leur « Madame Thérèse » est un petit chef-d’oeuvre.

En 1814, Guillaume Ier, notre nouveau roi hollan­dais, signe un décret admettant par régiment un de 1830 octroient un statut aux cantinières.  Ils les désignent curieusement sous le nom de «  femmes de compagnie ». Elles doivent être mariées à un mili­taire d’un grade inférieur à celui de sous-officier.  Leur solde est de 35 centimes par jour.

Et leurs attributions?

Elles servent de blanchisseuses, elles peuvent vendre du café dans les casernes et « du bon genièvre absinthé. Toutefois, il leur est interdit de donner à boire les fonds de tonnelet.  Si elles s’y risquent, elles subissent deux sanctions : leur mari est mis aux arrêts et on les prive du Privilège, combien renta­ble, de laver le linge de la compagnie.

La première cantinière belge qui entra dans l’his­toire, c’est Marie Lombars, affectée au 12e de Ligne.  Une robuste fille au vert langage.  En 1830, elle accompagne durant la campagne d’Anvers nos volontaires en sarrau bleu.

Mais à Berchem, la bataille fait rage.  Et que voit-on ? Marie Lombars se précipiter, le sabre au Poing, dans une maison d’où les Hollandais dirigent contre nous un feu d’enfer.  La cantinière entre, se rue sur l’ennemi, écrase un soldat contre le mur du corridor, pique le derrière d’un autre de la pointe de son sabre, en culbute un troisième et fraie ainsi, de son importante masse, un chemin victorieux à nos volontaires.  Plus tard, elle sera citée à l’ordre du jour du 12e de Ligne, et la première femme à recevoir la croix de l’Ordre de Léopold.

 

Leur uniforme

Le 27 septembre 1832, « Le Moniteur belge » publie un article assez pittoresque.  Il y raconte qu’après la revue de la 3e division d’armée à Alost, notre reine Louise-Marie fut invitée à dîner par les canti­nières.  Et le – Moniteur » de préciser : « Ces dames, au nombre de 30 ou 40, Portaient toutes un uniforme dont l’originalité fait honneur au goût de l’officier général qui l’a exigé.

C’est une redingote de femme, en drap bleu à collet rabattu, boutonnée par trois rangs de bou­tons, sur laquelle brille la médaille qui atteste leur droit de suivre le régiment.

Elles ont un chapeau de peluche noire noué us le menton, avec des Plumes flottantes de la même couleur, un grand tablier blanc et, sous le bras gauche, l’indispensable tonnelet aux couleurs brabançonnes.

Ainsi habillée, chaque vivandière marchait grave­ment en serre-file derrière la compagnie au bien de laquelle elle s’était vouée. »

Mais le il septembre 1847, le général Chazal, nouveau ministre de la Guerre, comme on disait alors en Belgique, adresse aux divers chefs de corps cette circulaire : « Pourriez-vous me faire con­naître dans le plus bref délai en quoi consiste l’uniforme de vos vivandières ? ».

Le volumineux dossier des réponses est conservé au Musée Royal de l’Armée.  Avouerais-je que son contenu, très « couture » mais aussi très insolite, est amusant ?

Par exemple, cette lettre du colonel Lefebvre, commandant du 3e de Ligne: -J’ai trouvé à mon arrivée au régiment, l’habillement des cantinières dans un état qui ne répondait nullement à la commodité et à l’élégance que doivent avoir des femmes accompagnant le régiment, dans les revues et les grandes parades où tout doit être beau, grave et important …

Le colonel de préciser : « Elles avaient des cha­peaux en feutre d’une hauteur extraordinaire et des robes de mérinos très longues qui leur donnaient un air ridicule».

Parmi les descriptions des uniformes de nos cantinières des régiments de lignards, de chasseurs, de guides et de lanciers, la plus complète et la plus typique est celle d’une vivandière du 4e de Ligne. – Chapeau en cuir bouilli d’une seule pièce, luisant, le no 4 peint dans un écusson doré.

» Robe en mérinos bleu, corsage à jupe pendant à 20 cm de terre.

» Pantalon en mérinos rouge s’arrêtant aux genoux.

« Bas de laine noire, souliers en cuir de veau assez  hauts.

» Gants en fil blanc.  Baril pouvant contenir 6 litres, le nom de la vivandière se trouvant peint sur le côté, baudrier en cuir indiquant le régiment, le bataillon et la compagnie. « 

 

Au Mexique

Quels souvenirs nous reste-t-il de ces solides petites Belges qui, en 1864, s’embarquèrent pour le Mexique, en bel uniforme à brandebourgs verts ou blancs, en larges jupes, les jambes bien prises dans des bas à rayures noires et rouges, un petit tonnelet de bière en bandoulière et, sur la tête, le chapeau orné d’une touffe de plumes de coq?

Et quelles aventures vécurent-elles dans ce pays lointain, hérissé de cactus et d’embuscades, ces franches gaillardes ?

Nous n’avons retrouvé que deux ou trois de leurs photographies, toutes jaunies par le temps ; M. Du­chesne, conservateur au Musée de l’Armée, leur a consacré plusieurs pages.  Pages émues, tendrement ironiques, car, on vous le répète, c’étaient des maîtresses femmes au parler fleuri, à la repartie prompte, et qui ne craignaient ni les tempêtes des longues traversées, ni les balles des maquisards de l’Indien Juarez, ni les étés torrides, moites, ces journées où la nature s’alanguit dans une torpeur humide et où les grands papillons mexicains colorés de pourpre, d’émeraude et d’azur se posent, les ailes palpitantes, sur les pierres chaudes des ha­ciendas endormies

Au Mexique, notre Légion Belge fit jusqu’à 1.000 km à pied, le sac au dos, en quarante jours,

et les cantinières suivaient trottinantes, sous l’écrasant soleil.

A l’étape, elles versaient la bière blonde ou l’eau fraîche, avec de bons sourires, aux soldats qui

tournaient vers elles leur visage tanné, bronzé, sculpté de fatigue.

On écrivit beaucoup d’erreurs à propos de ces cantinières qu’on présenta souvent telles des fem­mes de mauvaise moeurs.

Certes, elles n’étaient pas des marquises, ni même des bourgeoises bien éduquées par les bonnes soeurs, mais nombre de ces courageuses filles étaient mariées à d’es soldats ou à des gradés subalternes du corps expéditionnaire.

Elles suivaient donc leur époux, en tout bien tout honneur, dans la rude équipée exotique…

Lorsque l’archiduc Maximilien, frère de l’empe­reur François-Joseph, eut accepté la couronne du nouvel empire du Mexique, sa femme, Charlotte, ne se tint plus de fierté et de joie.  Fille de Léopold Ier, très belle, très ambitieuse, elle rêvait de créer là-bas une monarchie foncièrement chrétienne, de relever le.niveau de vie des Indiens, de forger une puissante nation latine et catholique à côté des Etats-Unis qu’elle qualifiait avec quelque dédain de -nation dangereuse, protestante et trop matérielle..

Léopold Ier ne voyait pas d’un trop bon oeil l’aven­ture où s’engageait sa fille.

Il savait-que Juarez, le leader républicain, recevait de l’or et des fusils du State Department, et que tous les Mexicains étaient loin de se rallier au nouveau régime impérial, appuyé par les baïonnettes des Français que commandait le gros Bazaine (…).

 

Une garde

Notre Roi estima qu’il fallait lever, en Belgique, une garde de volontaires pour assurer la protection de Charlotte.  Et ce fut à Audenaerde qu’on rassem­bla et qu’on instruisit ces jeunes gens.

Ils étaient si fiers de leurs pimpants uniformes qu’ils en firent une chanson :

Habit de mousquetaire,

Culotte à la zouzou,

Guétres et molletières,

Cravate bleue au cou,

 

Chapeau muni de plumes.

Baionnette flamboyante,

 

Voilà tout le costume

De notre armée vaillante

La plupart des volontaires étaient des durs et en faisaient voir de belles à leurs officiers, comme le raconte M. Duchesne, qui nous dit qu’à l’appel du soir, la moitié des volontaires, ou peu s’en faut, restaient invisibles.  Rarement les délinquants étaient punis, tant était grande la crainte des organisateurs de la Légion qu’ils ne désertent avec armes et bagages.  Les escapades nocturnes devinrent à ce point fréquentes que des réparations durent être effectuées aux murs d’enceinte des divers quartiers.

Plusieurs établissements et cafés d’Audenarde n’avaient pas tardé à être interdits aux Mexicains .. Cette mesure n’empêcha pas les rixes de se multi­plier avec les bourgeois de la ville et les paysans des villages voisins.  Un des leurs ayant été blessé à la main par des habitants ivres de Leupegem, non loin du casernement, deux cents légionnaires en tirèrent vengeance, le lendemain.  L’arrivée de la gendarmerie prévint la bagarre générale qui s’an­nonçait.  Six autres se rendirent illégalement, un soir, à Renaix, et s’y livrèrent à des exploits tels que, par jugement du 3 décembre 1864, ils furent condam­nés pour coups, blessures et bris de clôtures après avoir tous été arrêtés préventivement.

Les casernes, leur ameublement très sommaire et les fournitures de couchage-souffrirent au pre­mier chef de la turbulence et, parfois aussi, de l’état d’ivresse de nombreux légionnaires.  Il en coûta plus de 8.000 F à l’administration du corps pour faire face aux réclamations que le collège échevinal d’Au­denarde dut introduire auprès d’elle.

Heureusement que le colonel baron van der Smis­sen, un homme à poigne, prit en main, et quelles mains, l’entraînement et la discipline de ces turbu­lents légionnaires dont un premier contingent de 600 hommes quitta Audenaerde sous une pluie bat­tante, le 14 octobre 1864.

Deux jours plus tard, on s’embarqua, à Saint-­Nazaire, à bord du vapeur «La Louisiane» mais, sombre présage, le colonel van der Smissen glissa entre le quai et le pont du navire et fit un magistral plongeon devant ses soldats.

Il fut retiré des eaux par un excellent nageur, le sous-lieutenant Husson.

 

Quinze cantinières

Le corps expéditionnaire compta quinze canti­nières.  L’une d’elles deviendra célèbre, à l’époque.  Elle s’appelle Catherine et elle a épousé Philippe Opdemessing, lui-même cantinier du bataillon des Voltigeurs du Mexique.  Un pittoresque mariage. L ‘homme est casse-cou, sa femme tout autant.

Ils s’entendent à ravir et ils participent à la terri­ble bataille de Tacambaro où, des heures durant, les légionnaires belges résistent aux assauts et aux canonnades des Mexicains dix fois plus nombreux.

A Tacambaro, on se bat partout : dans le cimetiè­re, dans les greniers, dans l’église.  Les balles sifflent, des hommes tombent en gémissant, (…) notre Catherine, « Trientje », (…) verse à boire aux soldat ou panse les blessés.

Mais nos hommes, submergés par leurs assail­lants, finissent par se rendre et, huit mois durant, ils seront les prisonniers des Indiens.

L’un d’eux en veut à la vertu de Trientje : elle ‘le repousse d’une bourrade si vigoureuse et d’un – potverdomme ! – si retentissant que le. don Juan n’insiste pas.  En 1867, Catherine Opdemessing fut rapatriée en Belgique, le corsage orné d’une dé­coration que lui avait value son courage à Tacam­baro.

Une autre cantinière, Mariette Moerman, avait un succès fou.  Cette futée signa un contrat avec le seul brasseur allemand établi à Mexico et fabriquant une savoureuse bière presque semblable à celle de chez nous.

Le 29 septembre 1865, nos légionnaires organisè­rent au profit des pauvres une représentation dra­matique à Morelia, la capitale du Michoacan.

On joua «  Miche et Christine », un impayable vau­deville d’Eugène Scribe.

C’était Marienne Moerman qui, délaissant son ton­nelet de bière, tenait le rôle de l’héroïne aux prises avec mille déboires, les uns comiques, les autres plus tragiques.

La pièce s’acheva par le plus endiablé des can­cans dansé par l’infatigable Mariette qu’acclamaient les Mexicains avec d’autant plus d’enthousiasme que jamais ils n’avaient vu pareille danse.

Certaines cantinières, celles qui n’étaient pas ma­riées, donnaient bien du souci au bon abbé Coe­negrachts, l’aumônier du corps expéditionnaire bel­ge. Un aumônier de choc, toujours en première li­gne, toujours prêt à arranger les choses quand elles menaçaient de se gâter entre officiers et sol­dats, un robuste prêtre, pas bigot, au langage dru, direct, cordial.

Il maria les cantinières encore célibataires à des légionnaires et, le 7 mai 1865, un certain caporal Minet ayant insulté une de ces dames qui venait d’épouser un de ses rivaux, l’aumônier Coenegrachts exigea que l’amoureux évincé et discourtois présen­te de s’excuses à la cantinière devant toute sa com­pagnie.  Ce qu’il fit, bien contrit, mais non sans re­cevoir en présence des légionnaires un sonore bai­ser de paix de la dame qu’il avait si méchamment traitée.

Elles étaient parfois assez coquines, nos canti­nières… L’une d’elles, en décembre 1864, débarque à Mexico, toute pimpante dans son uniforme fait au tour, et un galant officier français s’empresse d’in­viter cette martiale Vénus à diner.  Elle refuse, le rose aux joues et les paupières pudiquement bais­sées.  Le séducteur ne se décourage pas et offre un petit panier garni de bouteilles de vin à notre cantinière.  Mais, raconte le capitaine Loiseau, – quand, plus tard, l’officier français se rendit chez elle, il eut le désappointement de trouver la fripon­ne chaperonnée par son frère et quatre sous-offi­ciers sablant gaiement son vin ! ».

Il y avait aussi Juliette Meert aux yeux terribles, bonne fille au demeurant, mais à laquelle le colonel van der Smissen dut ordonner comme à toutes ses collègues de ne plus vendre que de la bière et du café aux soldats, car la liqueur exerçait sur eux des effets néfastes.

Juliette Meert elle-même le reconnaissait Quand ils ont trop bu, ils voient deux Mexicains au’ lieu d’un et alors, ils tirent à côté ».

Délicieuse est l’histoire, enfin, de Jeannette Van Acker, épouse du soldat Pierre-Michel Schepmans.  Elle ne s’embarque pour le Mexique que le 11 décembre 1864 car, nous apprend le livre d’ordre de la Légion belge, la femme Schepmans se trouve dans une position intéressante et son état offre des dangers pour la traversée en mer..

Elle aura une petite fille qu’on baptisera Charlot­te et dont l’impératrice

elle-même sera la marraine, comme des autres enfants de nos cantinières, d’ailleurs.

 

Un petit bouquet

Il fut un temps, raconte Albert Duchesne, bien avant la guerre de 1940, où le buste de la princesse Charlotte qu’on peut voir au Musée de l’Armée, devant la section consacrée à l’expédition des volontaires belges au Mexique, était fleuri à certaines dates : fête et anniversaire de l’impératrice, Noël et Nouvel An.  Le geste était rapide : un modeste bou­quet de violettes, parfois une carte illustrée étaient déposés et une vieille dame s’éloignait sans qu’on ait jamais su qui elle était ni pourquoi elle accomplissait ce geste pieux.  Qu’il se soit agi là d’une filleule de l’impératrice est suffisamment prouvé par la dédicace écrite d’une main tremblante au verso d’une carte retrouvée au pied du buste : – A ma marraine .. Que l’auteur de cet hommage inlassable­ment répété jusqu’à sa mort ait été la fille d’une cantinière du régiment de l’impératrice ne fait guère de doute.  Le mystère même dont elle a voulu s’en­tourer jusqu’à la fin nimbe d’une auréole émouvan­te la figure de Charlotte qui fut impératrice d’un pays à qui son souvenir continue à s’imposer et le visage resté impénétrable de cette autre Char­lotte, filleule de souveraine et fille d’une des quin­ze cantinières qui la servirent, parfois non sans crânerie, tout en vouant leurs meilleurs soins à ceux qui s’intitulaient fièrement : la Garde d’Hon­neur de l’impératrice !

Peut-on de plus charmante manière que celle de­ M. Duchesne conclure l’histoire de nos petites can­tinières du Mexique où s’établirent plusieurs d’en­tre elles qui ouvrirent, là-bas, des magasins, des cafés, des ateliers de couture, dont l’histoire ne se­ra jamais écrite, malgré son pittoresque qui doit être riche en anecdotes.

 

Une question

Nous avons voulu savoir quand disparurent les cantinières de nos régiments.  D’après M. Louis Le­conte, c’est probablement vers 1890-92.

En 1890, en effet, elles furent éliminées de l’armée française.  Et M. Leconte croit que nous avons suivi cet exemple à vrai dire fâcheux car, en 1914, de solides et courageuses vivandières auraient rendu nombre de services à nos soldats, au cours de leur longue retraite d’Anvers vers l’Yser, par exemple.

1900 / Arel / Arlon - tchamp d' maneûves / champ de manoeuvres

Petite histoire des cantinières (Jean Fivet)

(in: Le Marcheur, 116, 1990, p.25-31)

(id., 117, p.27-29)