Invasion, destruction, pillage de la Belgique par la France au 18e si√®cle, notamment la “Guerre des Paysans” (“Boerenkrijg”, “Kl√∂ppelkrieg”, “Kl√ęppelkrich”) en 1798

1700s

Daniel Foucart, C’√©tait il y a deux si√®cles et demi, LB 15/02/1995

 

La guerre de succession d’ Autriche battait son plein dans nos plaines …

La bataille de Fontenoy: Louis XV s’ empara de la citadelle de Tournai au d√©triment des Pays-Bas autrichiens.

 

1701

Joseph Lefevre, L’Angleterre et la Belgique, à travers les 5 derniers siècles, éd. universitaires, 1946, Bruxelles

 

(p.108) L‚Äô√©poque de Marlborough. – La question de la succession d’Espagne. – John Churchill. – Ses premi√®res campagnes en Belgique. – La tutelle anglo-hollandaise. ~ Les derni√®res campagnes de Marlborough. – La paix d’Utrecht en 1714.

 

Majorum nefanda, immeritus lues.¬† Le pauvre roi d ‘Espagne Charles II avait pay√© le tribut de la d√©pravation de scs anc√™tres.¬† Fils d’un p√®re d√©bauch√©, n√© quand

celui-ci avait d√©j√† pass√© la soixantaine, il constitue le type achev√© d’un fin de race. N’ayant pas de fils, il avait gard√© au cours de ses derniers moments une seule pr√©occupation: assurer 1’int√©grit√© de son domaine, √©viter le partage de son empire. Choisir un h√©ritier n’√©tait pas chose facile.¬† Apr√®s de longues h√©sitations, il se d√©cida en faveur d’un neveu, Philippe, duc d’ Anjou, petit-fils de Louis XIV et de Marie-Th√©r√®se d’Espagne, celle-ci fille a√ģn√©e de Philippe IV. Il √©tait stipul√© express√©ment que les couronnes de France et d’Espagne ne pourraient jamais √™tre r√©unies. Cette √©ventualit√© √©tait redoutable. Philippe d’Anjou avait un fr√®re a√ģn√©, Louis, duc de Bourgogne, mais la disparition de celui-ci √©tait une conjecture dont il fallait tenir compte.¬† En plus, il y avait un autre pr√©tendant √† la succession espagnole : (p.109) Philippe IV avait eu une seeonde fille, Marie-Anne, √©pouse de 1’empereur L√©opold I. Le second fils n√© de cette union, celui qu ‘on appelle alors 1’archiduc Charles, eut volontiers lui aussi revendiqu√© 1’h√©ritage imposant de la monarchie espagnole. Assur√©ment, la volont√© du d√©funt √©tait express√©ment formul√©e dans un acte authentique. A 1’√©poque de la monarchie absolue, la volont√© des peuples ne compte pas; rien n’indique d‚Äôailleurs que la population espagnole eut pr√©f√©r√© un archiduc d‚ÄôAutriche √† un prince fran√ßais. Mais il fallait tenir compte des chancelleries europ√©ennes, de la pr√©tention des gouvernements de Londres et de La Haye de maintenir 1’√©quilibre europ√©en que la d√©cision de Charles II pouvait compromettre.¬† Le tableau suivant montre la position r√©ciproque des deux pr√©tendants, au point de vue de leur parent√©.

 

Philippe IV , roi d’Espagne

 

Charles II, roi d’Espagne

Marie-Thérèse reine de France, ép. Louis XIV

Marie-Anne impératrice femme de Léopold I

Louis le grand dauphin

Joseph I empereur

Charles prétendant

 

Louis, dauphin, duc de Bourgogne

Philippe duc d’Anjou pr√©tendant

Charles, duc de Berry

 

Depuis de longs mois, tandis que Charles II vivait encore, et √† 1’indignation de ce monarque qu ‘on voulait enterrer avant sa mort, les gouvernements de Paris, de Londres, de La Haye et de Vienne avaient √©bauch√© des tractations en vue de r√©gler la question br√Ľlante de la succession d ‘Espagne. La solution envisag√©e √©tait celle d ‘un partage. Le gros de 1’h√©ritage eut √©t√© d√©f√©r√© √† 1‚Äôarchiduc Charles, mais trois possessions importantes, le Milanais, le Napolitain et la Sicile seraient attribu√©s directement √† Louis XIV. Celui-ci serait en mesure de les √©changer contre la Savoie et la Lorraine. Ces deux provinces r√©unies √† sa monarchie devaient constituer une augmentation appr√©ciable de la puissance fran√ßaise. A Versailles on h√©sita. L’int√©r√™t national commandait de s’en tenir √† la convention de partage pr√©par√©e √† Londres et qui devait sauvegarder la paix de 1’Europe. Mais, d ‘autre part, l’orgueil dynastique, la perspective de voir un prince de sa maison plac√© sur un des tr√īnes les plus resplendissants du monde, les sollicitations de son entourage, amen√®rent Louis XIV √† accepter le testament de Charles II. On conna√ģt la sc√®ne c√©l√®bre devant les courtisans avides de conna√ģtre sa d√©termination, le Roi Soleil, montrant son petit fils, laissa tomber ces mots: Messieurs, voici 1e roi d’Espagne.¬†

 

La r√©action se fit attendre. La perspective d ‘une nouvelle guerre (p.110) europ√©enne ne souriait √† personne; tant que leurs int√©r√™ts n ‘√©taient pas directement menac√©s, plusieurs puissances √©taient dispos√©es √† demeurer dans 1’expectative. Anglais et Hollandais se d√©cid√®rent √† reconnaitre tacitement le pr√©tendant fran√ßais, qui s‚Äėappelait maintenant Philippe V. La prise de possession du pouvoir s ‘√©tait faite sans difficult√© dans la P√©ninsule. Il en fut de m√™me en Belgique.¬† Nos p√®res se conformaient √† la volont√© de leur souverain d√©funt; ils voyaient en Philippe V, d’ailleurs √† juste titre, le descendant

direct, par les femmes, de leurs anciens princes. Peu instruits des conjonctures europ√©ennes, ils esp√©raient que 1’av√®nement du nouveau souverain serait un gage de paix. On avait tant souffert des invasions fran√ßaises; maintenant que le possesseur des Pays-Bas √©tait le petit-fils de Louis XIV, celui-ci cessait d ‘√™tre un ennemi, serait un protecteur. En plus, les trois grands dignitaires du gouvernement de Bruxelles : Maximilien-Emmanuel de Bavi√®re, gouverneur g√©n√©ral, le marquis de Bedmar, chef de 1’arm√©e, le comte de Bergeyck, tr√©sorier g√©n√©ral, √©taient acquis √† la cause du prince fran√ßais. Leur exemple provoqua 1‚Äôadh√©sion de tout le minist√®re, des autorit√©s provinciales et communales, du clerg√© et de la magistrature. Il n’y eut aucune voix discordante.¬†

Si le Roi Soleil eut √©t√© capable d ‘√©couter les enseignements de la sagesse, il eut r√©pondu aux dispositions conciliantes de l’Europe, en adoptant √† son tour une conduite de mod√©ration, en multipliant les assurances de sentiments pacifiques, en s‚Äôeffor√ßant de rassurer ceux que 1’accession de son petit-fils √† la monarchie catholique avait effray√©s. Mais il cherchait √† d√©montrer la v√©rit√© d ‘une de ces constatations que l’on peut faire tant de fois, au cours des si√®cles: quos vut perdere Jupiter, dementat, quand le destin veut perdre un homme, iI le rend fou. Les mesures prises √† Versailles au cours de l’ann√©e 1701 constituent un d√©fi √† toute 1 ‘Europe. M√©connaissant l’une des stipulations formelles du testament de Charles II, Louis XIV conserve √† son petit-fils Philippe ses droits √©ventuels √† la couronne de France, agitant par l√† le spectre de voir se constituer dans l ‘Europe occidentale un immense empire, de la mer du Nord √† la M√©diterran√©e. Par le trait√© de Ryswick, la France avait reconnu Guillaume III comme souverain l√©gitime de 1‚ÄôAngleterre. En septembre 1701, 1’ex-roi Jacques II mourut √†

Saint-Germain et Louis XIV s ’empressa d ‘assurer des honneurs royaux √† son fils, qu ‘il intitule le roi Jacques III. Depuis le m√™me trait√©, des forces hollandaises avaient √©t√© install√©es dans diff√©rentes villes de Flandre et de Hainaut, pour garantir notre pays contre un retour offensif de ses voisins du Sud. Le gouvernement de Philippe V instigu√© par celui de Versailles, exigea le retrait de ces troupes, puis fit occuper les places par des garnisons fran√ßaises.¬†

 

Le r√©gime espagnol avait pris fin √† la mort de Charles II, Philippe V , le nouveau souverain, est sous la d√©pendance compl√®te de son grand-p√®re. C ‘est d ‘apr√®s les instructions venues de Versailles (p.111) qu ‘il r√©alise une r√©forme de 1‚Äôadministration centrale de la Belgique. Il √©carte les agents soup√ßonn√©s de sympathiser avec le pr√©tendant autrichien, il introduit chez nous des pratiques fran√ßaises comme la v√©nalit√© des charges, 1’h√©r√©dit√© de certaines fonctions, en un mot pratique une politique de francisation compl√®te. Et ce n‚Äôest qu ‘un d√©but. La possession de la Belgique avait √©t√© pour 1‚ÄôEspagne du XVIIe si√®cle une lourde charge; elle n ‘int√©resse en rien le nouveau gouvernement qui s‚Äôest install√© √† Madrid. Le moment n ‘est pas √©loign√© o√Ļ il y renoncera au profit de la France. Louis XIV touche √† son but. Notre pays va tomber entre ses mains, comme un fruit m√Ľr.¬†

 

La r√©action ne se fit plus attendre. Le 7 septembre 1701, on signait dans la capitale hollandaise le trait√© de la Grande Alliance, qui unissait contre le roi de France, 1‚ÄôAngleterre, la Hollande, 1’Empereur et une s√©rie de princes allemands de moindre importance. C‚Äô√©tait 1’oeuvre de Guillaume III. Il avait dirig√© √† Londres les n√©gociations ant√©rieures √† la mort de Charles II et relatives au partage de la monarchie espagnole. L’acceptation par le roi tr√®s chr√©tien du testament de Charles II lui parut une injure personnelle. Le premier des souverains britanniques, il a r√©alis√© ce principe qui devait devenir une des axiomes de la politique anglaise: ni la Belgique, ni les Provinces-Unies ne peuvent passer sous la domination d ‘une grande puissance, sans constituer un danger mortel pour 1‚ÄôAngleterre. Aussi s ’empressa-t-il d ‘entrer en n√©gociations avec 1’empereur et de commencer d ‘importants pr√©paratifs de guerre.

Le gouvernement de La Haye, que pr√©side le grand pensionnaire Heinsius, autre ennemi farouche de la France, est acquis √† la politique de guerre. Les diplomates espagnols accr√©dit√©s √† La Haye et √† Londres, y repr√©sentent maintenant Philippe V. Ils ne se font aucune illusion sur ce qui se trame autour d’eux. Ils prennent leurs dispositions cn vue d ‘un d√©part prochain, font emballer leurs archives, cong√©dient leur personnel, r√©clament des cr√©dits pour payer leurs dettes! Mais, tant Heinsius que Guillaume III, l’un et 1’autre chefs de peuples sur qui 1’absolutisme n ‘avait pas de prise, devaient compter avec l’opinion publique. Les marchands d‚ÄôAmsterdam, de Rotterdam, des autres cit√©s r√©pugnaient √† 1’id√©e du d√©sastre qu ‘une nouvelle guerre causerait √† leurs affaires. Le parlement anglais ne se souciait gu√®re d ‘une intervention sur le continent, appr√©hendait que les n√©cessit√©s de la conduite des op√©rations exigeraient un renforcement de 1 ‘autorit√© royale.

 

Au XVIIIe si√®cle, comme √† notre √©poque, les nations d√©mocratiques sont pacifiques par essence, ne se mettent en branle que devant le danger imm√©diat, arrivent toujours tard, mais une fois engag√©es dans la m√™l√©e, poussent √† fond et ne s ‘arr√™tent que le r√©sultat obtenu. Louis XIV en fit 1’exp√©rience cuisante. D ‘autres apr√®s lui recevront la m√™me le√ßon.

 

(p.114) ‚ÄúL‚ÄôAngleterre a montr√© la voie √† l‚ÄôEurope tout enti√®re, c‚Äôest sur son sol qu‚Äôest n√©e la d√©mocratie moderne.‚ÄĚ

 

(p.146) La Belgique des XVIIe et XVIIIe si√®cles devait beaucoup √† 1‚ÄôAngleterre. C‚Äôest 1’√©nergie des gouvernants britanniques qui avait le plus contribu√© √† 1’arracher √† 1’√©treinte de Louis XIV et de Louis XV. Mais elle entendait revendiquer les privil√®ges de sa libert√© pr√©serv√©e envers et contre tous, les Britanniques y compris.¬† Au reste 1’int√©r√™t principal des relations anglo-belges √† 1’√©poque moderne est d ‘ordre politique et non √©conomique. Il √©tait r√©serv√© √† 1’√©poque contemporaine d’assister √† une conjonction √©troite des deux pays, √† la fois sur le terrain diplomatique et dans 1’expansion commerciale et industrielle.

 

1745

Fausse note initiale pour l’ anniversaire de la bataille, LS 15/05/1995

 

Celle de Fontenoy en 1745

On attendait la prestation √©questre de la garde r√©publicaine “la Maison du roy”, consid√©r√©e comme le point d’ orgue de la manifestation.¬† Les gendarmes fran√ßais refus√®rent de se produire estimant que la s√©curit√© des chevaux n’ √©tait pas suffisamment assur√©e et que, d’ une mani√®re g√©n√©rale, rien ne correspondait aux arrangements convenus pr√©alablement avec les organisateurs.¬† Ils rentr√®rent en France. Ce d√©part fut ressenti comme une insulte par les organisateurs.

 

1790s

Jacques Jeanmart, Musée diocésain et trésor de la cathédrale de Namur, Centre d’archéologie, d’art et d’histoire de Namur, 2006

 

(p.14) Le trésor de la cathédrale

Il est amput√© de quantit√© d‚ÄôŇďuvres qui furent soit vol√©es, soit fondues ou vendues pour faire face aux exigences √©normes des r√©volutionnaires fran√ßais.

 

1792

Octave Aline, porte ouverte sur … Bourcy, 1973

 

(p.70) Sous le régime français (1792-1815)

“Ce fut pour le Luxembourg, une p√©riode de troubles et de pers√©cutions religieuses. …

L’ abbaye d’ Orval fut pill√©e et incendi√©e, de m√™me que celles de Saint-Hubert et de Clairefontaine.”

A partir du Directoire du 4 septembre 1797, une scission √©clata parmi les pr√™tres: d’ une part, les pr√™tres jureurs (jurant fid√©lit√© √† la R√©publique, comme le d√©cr√©tait un arr√™t√© de cette √©poque) et les pr√™tres qui avaient refus√© le serment.

 

1792

F.-A.  Sondervorst, Histoire de la médecine belge, éd. Séquoia, 1981

 

(p.144) Dans la nouvelle bourgeoisie ralliée au césarisme napoléonien, Jean-Philippe de Limbourg (natif de Theux), fut l’un des conseillers les plus écoutés du département.

 

(p.147) La Belgique sous la domination française

La médecine sous la République

 

Les sans-culottes qui s’oppos√®rent aux troupes imp√©riales et √† l’action des √©migr√©s, furent d’abord accueillis avec une certaine sympathie, car ils arboraient la devise: libert√©, √©galit√©, fraternit√©. Toutefois, l’heure de l’ind√©pendance n’avait pas encore sonn√© pour notre pays. Les envahis¬≠seurs se livraient au pillage, au m√™me titre que les arm√©es qui les avaient pr√©c√©d√©es. Les combats se succ√©d√®rent avec des fortunes diverses. Apr√®s la victoire des Fran√ßais √† Jemappes (1792) et la d√©faite de Dumouriez √† Neerwinden (1793), la France triompha d√©finitivement avec Jourdan √† Fleuras (1794). Ainsi, tour-√†-tour, nos populations go√Ľt√®rent-elles les joies am√®res de la souverainet√© populaire et les rigueurs d’un ordre absolutiste r√©tabli. La Belgique, jadis √©tablie en rempart contre les vis√©es de la France, se vit du jour au lendemain transform√©e en plate-forme de d√©part des futures √©quip√©es de nos voisins d’outre-Qui√©vrain.

Les vainqueurs de 1789, flanqu√©s de commissaires du peuple, se promettaient de faire dispara√ģtre chez nous toutes les traces du despotisme ancien, notamment √† l’aide d’une campagne antireligieuse effr√©n√©e. Les √©glises furent transform√©es en ¬ęTemples de la Raison¬Ľ, en salles de spectacle ou en d√©p√īts de munitions, les couvents ferm√©s, les pr√™tres et les religieuses pourchass√©s, les biens des poss√©dants ou des ennemis du r√©gime pill√©s ou vendus √† l’encan. Les richesses de nos palais, √©glises et mus√©es, prirent par convois entiers le chemin de la France, o√Ļ ils devaient orner le Louvre et d’autres mus√©es et ne nous revenir plus tard que dans une faible proportion. Toutes nos organisations corpora¬≠tives disparurent par l’application, le 18 ao√Ľt 1792, du d√©cret 2 du 17 mars 1791. Celui-ci supprimait aussi les ma√ģtrises et jurandes corpora¬≠tives de nos communaut√©s de chirurgiens et de pharmaciens. Nos coll√®ges m√©dicaux se virent √©galement supprim√©s. En France, on mit fin au recrutement des Ma√ģtres-√®s-Arts, tant futurs chirurgiens que phili√Ętres, licenci√©s ou docteurs en m√©decine. Cependant, nos √©coles d’anatomie et (p.148) de chirurgie, ne disparurent pas imm√©diatement, car elles r√©pondaient √† des besoins imp√©rieux, ce qui devait d’ailleurs les aider √† se reconstituer plus rapidement par la suite. L’universit√© de Louvain s’effor√ßa de poursuivre ses activit√©s en invoquant la libert√© d’association.

 

Lorsque la Convention annexa la Belgique en 1794, on caressa l’espoir que la situation s’am√©liorerait, mais l’opposition du clerg√© alla grandissante et la pers√©cution religieuse reprit sous le Directoire. Si la libert√© du culte ne fut pas supprim√©e, l’Etat pr√©tendit en r√©gler l’exercice et la soumettre √† son int√©r√™t. Les Confr√©ries et les corporations religieuses √©pargn√©es jusqu’alors furent supprim√©es. On interdit aux pr√™tres de percevoir des taxes culturelles et de se m√™ler des fonctions r√©serv√©es aux officiers de l’√©tat civil. On leur imposa le serment r√©publicain et de haine √† la royaut√© en d√©portant ceux qui refusaient de s’y soumettre. Tous les chapitres s√©culiers, b√©n√©fices simples, s√©minaires, ainsi que toutes les corporations la√Įques des deux sexes furent abolis d√©finitivement. Le 4 brumaire de l’an VI (25 octobre 1797), l’adminis¬≠tration centrale du d√©partement de la Dyle, consid√©rant qu’il ne devait plus y avoir, dans toute l’√©tendue de la R√©publique, qu’un seul mode d’instruction publique, arr√™ta que l’enseignement public devait cesser imm√©diatement √† l’universit√© de Louvain. D√©j√† menac√©e en 1794, l’universit√© avait transf√©r√© ses archives aux Pays-Bas, o√Ļ elles furent h√©las perdues ou dispers√©es. La ville de Louvain fut frapp√©e d’une contribution de guerre de deux millions de florins, dont l’universit√© √©tait partiellement redevable. Sa r√©sistance √† ces exactions fut un des pr√©textes qui servirent √† la fermeture. Comme nous l’avons vu, le Professeur G. Buesen fut enferm√© √† la prison de la Porte de Ha√Į. Vounck fut arr√™t√© √† son tour, frapp√© √† coups de crosse et d√©port√© √† P√©ronne, d’o√Ļ on le lib√©ra apr√®s quelques semaines pour mener √† bien la liquidation de la dette de guerre et remettre de l’ordre dans les affaires. La mort de son coll√®gue Vander Belen (24 avril 1794) avait report√© tout le fardeau sur ses √©paules. Apr√®s que l’universit√© fut ferm√©e, Vounck, √©puis√© par le surmenage, mourut de chagrin le 20 mars 1799. Le recteur, Havelange, et de nombreux professeurs furent d√©port√©s √† l’√ģle de R√© et √† Cayenne, d’o√Ļ plusieurs ne devaient jamais revenir. Ainsi disparut cet √©tablissement qui, pendant quatre si√®cles, s’√©tait rendu utile √† la science et √† la patrie.

 

(p.148) J. Henri Matthey

La mise en adjudication des biens de l’Eglise profita √† des sp√©culateurs et des r√©publicains qui s’enrichirent facilement et qui occup√®rent par la suite de hautes fonctions. Ces nouveaux propri√©taires √©taient √©videmment de chauds partisans de la R√©publique et ne manquaient pas d’en chanter les louanges, car √† travers toute l’histoire, on retrouve des hommes pr√™ts √† acclamer les nouveaux ma√ģtres, pour s’assurer une position avantageuse. Tel fut aussi le cas de J. Henri Matthey de Maaseik (1742-1796), d’abord chirurgien dans l’arm√©e autrichienne et qui avait acquis sa licence m√©dicale √† Louvain en 1776 (Fig. 107). En 1771 il avait publi√©

(p.149) une int√©ressante brochure consacr√©e aux soins √† donner aux noy√©s. Il devint m√©decin fonctionnaire de la ville d’Anvers (1783) et pr√©lecteur de son √©cole d’anatomie. Son d√©sir d’y enseigner la clinique chirurgicale ayant indispos√© le magistrat et ses confr√®res, il fut tout heureux, lorsque les Fran√ßais occup√®rent la m√©tropole, de se voir install√© dans un fauteuil municipal. D√®s 1794, il fut nomm√© officier municipal et bient√īt (1795) maire de la ville. Il ne cessa de donner de nombreux gages de sa fid√©lit√© au nouveau r√©gime. Il fut pr√©sent √† toutes les f√™tes et √† toutes les spoliations. Il tint pour justes tous les imp√īts de guerre qui frapp√®rent la ville et trouva ses concitoyens trop peu z√©l√©s √† remplir les coffres de la R√©publique. Il se fit le d√©lateur de tous les absents, mena la chasse aux cur√©s et aux rares couvents que Joseph II avait laiss√© subsister. Lorsque, le 17 ao√Ľt 1794, les Fran√ßais f√™t√®rent la r√©ouverture de l’Escaut (d√©j√† r√©ouverte en 1792), Matthey, les yeux pleins de larmes, les remercia pour cet acte lib√©rateur et √©mit le vŇďu de voir notre pays r√©uni pour toujours √† la France. Aussi, lorsque J.H. Matthey, en passant l’Escaut, succomba le 9 octobre 1796 √† une attaque d’apoplexie, tr√®s peu d’Anversois vers√®rent des larmes!

 

Une forte coalition s’√©tant form√©e contre la France, une nouvelle loi d√©cr√©ta la conscription obligatoire alors que les lev√©es, m√™me au temps des Espagnols et des Autrichiens, avaient toujours √©t√© volontaires dans notre pays. La r√©action du peuple, surtout √† la campagne, fut brutale et violente. Comment, en effet, esp√©rer que nos compatriotes soutien¬≠draient un r√©gime impie contre un ennemi ext√©rieur qui promettait de r√©tablir la libert√© du culte? Les paysans arm√©s de piques et de fourches attaqu√®rent les postes municipaux, br√Ľl√®rent les registres de l’√©tat civil contenant les noms des conscrits et s’attaqu√®rent aux convois de l’intendance. Le mouvement, n√© dans le pays de Waes, s’√©tendit au Hageland, √† la Hesbaye et surtout √† la Campine. Mal arm√©e, apr√®s deux mois de lutte acharn√©e, la r√©volte fut √©cras√©e dans le sang √† Hasselt (4 d√©cembre 1798). Ainsi prit fin la Guerre des Paysans.

 

La r√©pression fut g√©n√©rale, n’√©pargnant m√™me pas les intellectuels, car le grand √©lan de fraternit√© que la R√©volution avait voulu engendrer ne dura gu√®re. La pl√®be, les meneurs, les commissaires du peuple se montr√®rent souvent f√©roces et plusieurs de nos savants durent fuir devant la tourmente. Tandis qu’on assistait √† une refonte totale de nos institutions, certains esprits, nourris aux vues de ceux qui proclamaient que ¬ędoit √™tre heureuse la nation gouvern√©e par la philosophie¬Ľ, esp√©raient voir fleurir les lettres, les arts et les sciences, et suivre des voies nouvelles. Au pays de Li√®ge, par exemple, o√Ļ les salons parisiens avaient d√©j√† eu plus d’emprise sur les esprits que l’Aufkl√§rung germanique, on dig√©rait mieux cette r√©volution venue de France encore que beaucoup d’intellectuels y avaient d√Ľ prendre le chemin de l’exil.

Beaucoup d’esprits jeunes br√Ľlaient cependant du d√©sir de sortir de l’orni√®re, sans voir fl√©trir le patrimoine acquis. Ce n’√©tait pas facile puisque tous les centres de la vie intellectuelle et scientifique √©taient supprim√©s.

 

1792

Chot Joseph, Sous la coupe des sans-culottes de Givet (1792-1794), En marge de l’histoire de Belgique, s.d.

 

(p.23) GIVET qui, le 23 juin 1763, avait vu na√ģtre le musicien M√©hul dont le Chant du d√©part, compos√© en pleine Terreur, allait bient√īt vibrer dans la bouche des sol¬≠dats de l’An III, para√ģt avoir h√©sit√© tout d’abord √† se prononcer en faveur des id√©es qui enfi√©vraient la France et qui servirent de pr√©lude √† la R√©volution. Ayant chang√© de nationalit√© depuis l’an 1679, (*) trop √©loign√©s de Paris, mal renseign√©s √† l’origine

 

(1)¬†¬† C’est en 1679, par le trait√© de Nim√®gue, que Givet est devenu fran¬≠√ßais. Plus tard, en 1772, le trait√© des Limites conclu entre le prince-√©v√™que de Li√®ge et Louis XV partagera d√©finitivement en deux l’ancien comt√© d’Agi-mont. Givet resta √† la France, et la nouvelle fronti√®re fut celle qui s√©pare encore aujourd’hui la province de Namur de notre grande voisine du sud.

 

(p.24) sur ce qui se passait en la capitale, plus Wallons en somme, plus gens du Pays de Li√®ge que Fran√ßais, les Givetois de 1789, au m√™me titre que les habitants d’outre fronti√®re, ont accueilli avec r√©serve les premi√®res nouvelles relatives au grand mouve¬≠ment de r√©novation qui s’annon√ßait. Sans doute n’auraient-ils jamais song√© √† s’insurger contre l’ancien r√©gime si, par con¬≠tagion, la fi√®vre r√©volutionnaire ne les avait gagn√©s √† leur tour. Du fait qu’ils bornaient leur id√©al au maintien de la vitalit√© de leur modeste industrie et de leur petit commerce, du fait aussi qu’ils √©taient, comme nous allons le d√©montrer, moins accabl√©s d’imp√īts que leurs compatriotes du sud, et qu’ils ne connaissaient plus les obligations f√©odales, la plu¬≠part d’entre eux se trouvaient satisfaits de leur sort. Leur ville cern√©e par les terres li√©geoises, ne communiquant avec la France que par un mauvais couloir sans route pratica¬≠ble et par des plateaux sylvestres aux chemins d√©testables, fut comme oubli√©e, d√©laiss√©e au d√©but, alors que les premiers nuages de la terrible tourmente qui allait gronder, s’amassaient dans le sud. Comme par le pass√©, la cit√© continuait √† mener l’existence calme qui √©tait sienne au temps o√Ļ elle faisait encore partie du comt√© d’Agimont. Mais un si√®cle s’√©tait √©coul√© de¬≠puis. Pour que les habitants de Givet et de Charlemont accep¬≠tassent avec plus de spontan√©it√© et d’enthousiasme d√®s l’abord les nouvelles des premi√®res victoires populaires, il e√Ľt fallu qu’ils fussent par l’√Ęme, les mŇďurs et l’int√©r√™t, fonci√®rement Fran√ßais, ce qu’ils n’√©taient pas alors, et pour cause. Avant le trait√© de Nim√®gue (1679), la ville, avec Charlemont, √©tait incorpor√©e au comt√© d’Agimont et √©tait r√©unie de ce fait, pour l’administration politique et pour la police g√©n√©rale, au D√©partement et Pays de (p.25) Luxembourg dont, en 1623, elle avait adopt√© les coutumes (1). Mais si, de tout temps, Givet et Charlemont furent consid√©r√©s comme le chef-lieu du comt√©, la souverainet√© r√©elle en apparte¬≠nait au prince-√©v√™que de Li√®ge et, partant, les Givetois jouissaient des m√™mes droits, des m√™mes privil√®ges d’exemption que tous les habitants de la principaut√©. De plus, les incessantes relations commerciales que valait √† la ville son important d√©bouch√© vers le nord, avaient d√©velopp√© entre gens des fronti√®res de puissants liens d’amiti√©, de solidarit√©, voire m√™me de parent√©. Tour √† tour Charles-Quint, qui construisit la forteresse de Charlemont, et ses successeurs, avaient eu soin de respecter les privil√®ges des Givetois. Et les rois fran√ßais, Louis XIV et Louis XV, en avaient fait autant. D√®s lors, on s’explique parfaitement pour¬≠quoi la ville et la r√©gion h√©sit√®rent un instant √† se rallier √† la r√©volution. Ils n’avaient √† protester ni contre des abus r√©vol¬≠tants, ni contre des droits f√©odaux et lourds imp√īts depuis long¬≠temps supprim√©s, ni contre quelque tyrannie. Si, en 1788, √† la nouvelle de la convocation des Etats g√©n√©raux, ces Ardennais se d√©cident, avec les habitants de Philippeville, Mariembourg, Re-vin et Fumay, villes fran√ßaises, √† r√©diger un cahier de dol√©ances qui sera envoy√© √† Versailles ( ), ils seront uniquement guid√©s en la circonstance par le seul d√©sir de sauvegarder leurs anciennes franchises li√©geoises, lesquelles avaient fait d’eux des favoris√©s au regard des autres citoyens fran√ßais. Et si, sous Louis XVI, ils se d√©m√®nent, avec leurs fr√®res des quatre villes pr√©cit√©es, pour ne point d√©pendre, quant √† l’administration, de la Cour fran√ßaise du Hainaut si√©geant √† Valenciennes, c’est, encore une fois, pour ne rien perdre de leurs libert√©s.

 

(1-2) Lartigue. Id. p. 273 à 294.

 

(p.84) Quand les envahisseurs de 1914 passèrent par Hastière, pillant, incendiant, fusillant prêtres et civils, quels fauves n’étaient-ils donc pas en comparaison des sans-culottes et des soldats de Givet ?

 

(p.119) /en Belgique/

Si des culitivateurs, des fermiers fuient √† l‚Äôapproche des sans-culottes de Givet¬† , s‚Äôils se r√©fugient dans les bois, avec leur famille, leur b√©tail, leur argent, il est des villageois qui attendent les intrus. Telle (p.120) localit√©, nettement r√©volutionnaire, comme Treignes, les re√ßoit m√™me avec force manifestations de joie. Les harangueurs, les commissaires de la commune ou de l’arm√©e sont arriv√©s les pre¬≠miers, apportant aux populations convoqu√©es sur les places pu¬≠bliques, √† ses nouveaux fr√®res lib√©r√©s, le salut de la R√©publique victorieuse. Proc√©d√© habile, insidieux, qui pr√©pare le terrain, qui invite les auditeurs √† sourire aux escouades qui vont se pr√©senter dans un but inavou√©, mais que les paysans soup√ßonnent parfaite¬≠ment. A peine arriv√©s, les sans-culottes p√©n√©trent en l’√©glise du village, bien entendu. Si pauvre qu’elle soit, elle poss√®de au moins un ciboire, un vase sacr√©, un ostensoir et une cloche… La popu¬≠lation laisse faire. Le pr√™tre, les femmes ont fui ou se sont enfer¬≠m√©s chez eux. Les hommes regardent et ne disent rien. Quelques-uns fraternisent avec les pillards et participent parfois aux m√™mes d√©pr√©dations. Je sais par tradition qu’√† Olloy, par exemple, √† l’ar¬≠riv√©e des brigands de Givet, deux paysans, deux fr√®res, furent les premiers √† enlever les statues_de_saints, taill√©es √† m√™me le bois, qui se trouvaient dans la vieille petite √©glise, et √† les~bruler sous les yeux des r√©volutionnaires r√©jouis. Malgr√© tout, l’√©l√©ment pauvre de la population, celui qui n’avait rien √† perdre et tout √† gagner, fraternisait, √† l’occasion, avec cette tourbe, soit par fai¬≠blesse, par peur, par int√©r√™t aussi. Le riche fermier, le commer¬≠√ßant, le bourgeois cossu qu’une belle maison, qu’une mine floris¬≠sante d√©signaient √† l’attention de la bande de gerfauts, avaient surtout √† subir l’√©preuve, redoutable pour leur bourse, que leur m√©nageaient leurs nouveaux ma√ģtres.

Delecolle et son fr√®re op√®rent de leur c√īt√©. En ces derniers temps, le maire, pour sa part, a laiss√© l√† les √©glises et s’est sp√©¬≠cialis√© en l’art de s’approprier pour le compte de la R√©publique

(p.121) les objets en fer, en cuivre, en bronze et en plomb que r√©clament les arsenaux. Le papier aussi, voire m√™me celui des livres de messe, est r√©quisitionn√© partout ; les cartoucheries en font une √©norme consommation (1). La papeterie de Moulins, appartenant au sieur Queritet et √† la veuve Keusters, a d√Ľ c√©der 7.191 livres de papier √† Delecolle qui la visita en personne (2). Quelques jours apr√®s, le ¬ę d√©l√©gu√© officiel ¬Ľ apparaissait √† Evrehailles, p√©n√©trait dans la brasserie Delandre et y enlevait toutes les pi√®ces en cuivre et en fonte (3).

A cette date, Dinant eut beaucoup √† souffrir de la tyrannie du ¬ę Vandale ¬Ľ Delecolle. Ayant appris que plusieurs habitants s’√©taient enfuis, celui-ci se rendit aussit√īt en cette cit√© avec sa garde de dragons, for√ßa les portes des maisons bourgeoises aban¬≠donn√©es et en enleva tous les meubles que des chariots ramen√®¬≠rent √† Givet. Revenu une seconde fois, en compagnie de Mune-ret, commissaire de guerre, il fit enlever les toitures de plomb qui couvraient certains couvents de religieuses ( ) et les fit met¬≠tre en bateau. Puis il frappa tous les habitants de tr√®s fortes taxes. Du coup les sympathies des Dinantais pour la R√©volution, se refroidirent.

Les entrep√īts de Givet, les √©glises et les couvents furent, d√®s ce moment, remplis des objets les plus h√©t√©roclites provenant sur¬≠tout des maisons d’√©migr√©s.

La ville de Chimay qui, dit une lettre de Behr √† la Convention, ¬ę¬†n‚Äôest qu‚Äôun ramassis d‚Äôaristocrates¬†¬Ľ est √† son tour frapp√©e de taxes nombreuses et imm√©rit√©es. (5)

 

(1)  Antoine : Ham-sur-Meuse p. 147, en note.

(2)  Arch. du dép. S. et Meuse, (mai 1795).

(3)  id.

(4) Dossier crim. Déposit. du 68me témoin et de Jos. Quéritet, de Dinant.

(5) Arch. num. Reg. II-16 frimaire an 2.

 

(p.141)

Il n’y eut que les ch√Ęteaux de Hierges, de Beauraing et de Focant qui devinrent la proie des flammes ; mais nul n’a jamais pu compter combien de maisons furent pill√©es, combien d’habi¬≠tants furent exploit√©s, d√©trouss√©s, brutalis√©s. Ajoutons le nombre incalculable d’amendes inflig√©es aux r√©calcitrants, les taxes et les imp√īts tombant √† tort et √† travers sur la population, les r√©qui¬≠sitions forc√©es et sans cesse renouvel√©es, l’effroi que r√©pandaient dans le pays les bandes de gens arm√©s, et l’on comprendra, par un tel bilan, quel malaise dut paralyser pendant deux ans les bonnes volont√©s des habitants de la r√©gion.

Quelques jours apr√®s l’ex√©cution de l’ancien maire, dont le fils servait en ce moment sous les drapeaux et se trouvait √† Maestricht, il advint que ce jeune soldat demanda √† l’un de ses compatriotes, (p.142) soldat comme lui, qui venait de recevoir des nouvelles du pays :

‚ÄĒ E bin, l’ ami, qu√© nov√®le √† Djiv√®t ?

Et cet ami, hochant la tête, de lui répondre :

‚ÄĒ Vos l’ v’loz saw√® ?… E bin, fieus, on-z-a c√īp√© l’ gue√Ľye √† vosse pa gn-a wit’ djo√Ľs su l’ Place d√® M√©zi√®res (1).

 

 (1)   Dr Beugnies, id., juin 1795

 

1792 –

Jean Gilloteaux, Histoire de Warquignies, Cercle d‚ÄôHistoire et d‚ÄôArch√©ologie de St-Ghislain et de sa r√©gion, n¬į6, 1988

 

(p.222) La commune de Warquignies faisait partie du département de Jemappes.

‚ÄúLes premi√®res ann√©es de l‚Äôoccupation fran√ßaise furent particuli√®rement rudes: on √©tait au bord de la famine.¬† (…) Les localit√©s voisines /Dour, …/ n‚Äô√©taient gu√®re mieux loties (…).¬† Les transports de grains √©taient pill√©s ou saisis en cours de route (…).

Les rares cultivateurs et commer√ßants de Warquignies n‚Äô√©chappaient pas aux r√©quisitions. (…)

(p.223) Entretemps, l‚Äôassignat s‚Äô√©tait compl√®tement d√©valu√©.‚ÄĚ

 

1793

Dumont Francis, La contre-r√©volution braban√ßonne dans la presqu‚Äô√ģle de Chimay, 1789-1791, Li√®ge, 1947

 

(p.4) S’ils / = les imp√©riaux pro-autrichiens de Chimay / ne firent plus gu√®re parler d’eux pendant la seconde crise r√©volutionnaire qui s’ouvrit avec la bataille de Jemappes en 1792, pour se clore, l’ann√©e suivante, sur celle de Neerwinden, leur ferveur pourtant n’√©tait pas √©teinte. Les troupes r√©publi¬≠caines qui, en 1793 et en 1794, vinrent guerroyer sur ces fronti√®res se prirent vite, pour ce ¬ę ramassis d’aristocrates ¬Ľ, d’une haine fr√©n√©tique : ils le leur firent bien voir. ¬ę Le titre de royalis¬≠tes que les Fran√ßois leur donnent, dit un contemporain, leur fait dire qu’ils ne sauroient trop punir des gens comme eux, cause pourquoi ils enl√®vent, brisent tout ce qui se trouve chez eux, violent leurs femmes et filles, br√Ľlent les maisons, les √©glises, pillent les vases sacr√©s… ¬Ľ Mais les paysans de la presqu’√ģle n’√©taient pas du bois dont on fait les victimes larmoyantes et r√©sign√©es : ils se d√©fendirent, d√©fendant, du m√™me coup, la cause de leur souverain.

 

Une assez curieuse brochure intitul√©e Vie et aventures de Jo¬≠seph La Redoute, dont l’auteur doit √™tre un habitant de Froidchapelle, contient, sur l’√©nergique r√©action de ces ¬ę blancs ¬Ľ r√©solus, les d√©tails que voici : ¬ę Les paysans, fatigu√©s de se voir chaque jour enlever ce qu’ils poss√©daient, r√©solurent de s’armer afin de repousser les pillards. Le gouvernement autrichien envoya des armes et des munitions pour seconder les habitants qui, d√®s qu’on sonnait le tocsin, se joignaient √† une compagnie de chas¬≠seurs nouvellement form√©e dans nos environs. Je fus choisi pour commander les jeunes gens de mon endroit et, pour m’√™tre dis¬≠tingu√© dans plusieurs rencontres, je fus d√©cor√© par le prince de Reuss, commandant le camp de Merbes, de la m√©daille de l’empe¬≠reur Fran√ßois Second ¬Ľ. Le 21 mars 1794, le mar√©chal de Cobourg pria les Etats de Hainaut de transmettre aux habitants de Sivry et de Montbliart ses f√©licitations pour ¬ę le courage et l’intr√©pi¬≠dit√© ¬Ľ dont ils avaient fait preuve au cours d’une affaire qui avait eu lieu le 16 mars. Vers le m√™me temps, ‚ÄĒ c’√©tait le 6 flor√©al an II, ‚ÄĒ le g√©n√©ral Favereau √©crivait au g√©n√©ral Charbonnier, com¬≠mandant l’arm√©e des Ardennes : ¬ę Je dois t’observer que Froidchapelle, Rance et environs sont pleins de brigands qui ont pris les armes contre nous ¬Ľ. M. Paul Verhaegen, dans sa Belgique (p.5) sous la domination fran√ßaise, assure qu’apr√®s Fleurus, une colonne de 8.000 hommes, command√©e par le g√©n√©ral Balland, dut √™tre envoy√©e dans le pays pour r√©duire cette chouannerie persistante : d’obscurs h√©ros auraient expi√©, devant les pelotons d’ex√©cution, leur magnifique attachement √† leur prince.

 

Ce sentiment perdura-t-il ? Surv√©cut-il aux r√©gimes r√©publi¬≠cain et imp√©rial? Se prolongea-t-il jusqu’en 1814, √©poque o√Ļ l√®s bonnes gens purent s’imaginer que l’ancien r√©gime allait refleurir dant toute sa luxuriance et que les ex-Pays-Bas autri¬≠chiens, en particulier, allaient faire retour √† leurs anciens ma√ģ¬≠tres?… Justement, oui. Le premier trait√© de Paris, conclu l√© 30 mai 1814, laissait Chimay, on le sait, √† la France. Lorsque cette nouvelle y fut connue, une certaine tristesse s’√©tendit sur la ville. Le 17 juin, par affiche, le maire invita ses concitoyens √† accepter leur sort et √† oublier le pass√© : ¬ę Nous nous souvenons tous, leur disait-il, d’avoir √©t√© autrichiens ¬Ľ.

 

1794

Michel Vanderschaeghe, Stavelot, c’était au temps du 19e siècle, Bibl. communale, 2003

 

(III) /1794/

(‚Ķ) le 2 octobre, il est ordonn√© √† l’ancien ¬ę bourguemaitre ¬Ľ de r√©quisitionner un charretier de la localit√© et, √† l’aide de deux chevaux, d’aller chercher et planter l’Arbre de la Libert√©.

Les d√©buts de cette nouvelle administration furent difficiles; avec le d√©part du prince-abb√©, des 24 religieux et d’une quantit√© de domestiques la√Įcs, la ville va se trouver, bien malgr√© elle, dans un d√©sarroi et une confusion indescriptibles.

Il faut savoir qu’avec la d√©funte principaut√©, tout le monde fait un peu ce qu’il a envie ! Plus de discipline, plus d’arm√©e, les habitants sont livr√©s √† eux-m√™mes, √† la merci des ¬ębrigands¬Ľ. Par la suite, pour remplacer cette principaut√©, on voit appara√ģtre une autorit√© militaire qui ne conna√ģt que : contributions, r√©quisitions et r√©pressions…D’ailleurs, ce r√©gime militaire ira jusqu’√† ¬ę saigner √† blanc tout le pays ¬Ľ. Si les moines b√©n√©dictins de Stavelot se pressent de passer le Rhin, plusieurs familles bourgeoises suivent les dits religieux.

 

La classe ouvrière se trouva rapidement dans une misère effroyable ! Plus de la moitié de la population stavelotaine était considérée comme indigente.

La premi√®re Municipalit√© provisoire se composa de quelques r√©volutionnaires d’une incapacit√© administra¬≠tive notoire, et vouant une haine totale √† l’Ancien R√©gime et √† ce qu’il repr√©sentait.

 

Beaucoup d’entre eux ne savaient ni lire ni √©crire. Un des premiers Pr√©sidents fut Louis CASSER; suisse de nationalit√©, il √©tait venu habiter Stavelot bien avant la R√©volution; pendant les moments de ¬ęterreur¬Ľ il fut d√©crit comme un dictateur, montant volontiers √† la ¬ęchaire de v√©rit√© de l’√©glise¬Ľ pour exciter les foules. Le vieil avocat DELBROUCK, ayant √©t√© ¬ęjet√©¬Ľ en prison dans le vieux Ch√Ęteau pendant plus de 18 mois, vouait une haine √† l’Ancien R√©gime au point de ne rien pardonner √† ceux qui avaient ¬ęfricot√©¬Ľ avec le prince-abb√©. Le receveur HUBERTY s’empressa de s√©questrer les biens du prince, des religieux, mais aussi des familles bourgeoises qui avaient quitt√© la ville, par crainte de repr√©sailles.

 

Citons encore des noms comme Winand BLAISE de Wavreumont, J.G. GABRIEL et BERTHOLET, ce dernier ayant √©t√© secr√©taire provisoire. Bref, il ne se passa pas un mois sans voir des bouleversements dans cette administration, qui d√©pendait de celle de Spa. En parcourant les pages, on d√©couvrira qu’√† maintes reprises, plusieurs bourgeois de la cit√© refus√®rent cat√©goriquement de si√©ger ou d’occuper un poste adminis¬≠tratif. Le Pr√©sident ou le Maire durent faire appel √† la force pour obliger certains bourgeois de la ville √† assumer leurs fonctions r√©publicaines.

 

1794

Paul Bay, Le pays natal /Thuin/, 1961

 

(p.17-18) /1789-1794  Р1815/

¬ę¬†Je n‚Äôoserais pas √©crire (‚Ķ.) que les Wallons devenus sujets fran√ßais l‚Äôeussent √©t√© ¬ę¬†de cŇďur¬†¬Ľ. Apr√®s la bataille de Jemappes, Dumouriez¬† ne cacha pas qu‚Äôil rencontrait certaine r√©sistance, certaine opposition de la part des Belges de l‚Äô√©poque. Depuis l‚Äôorigine des libert√©s communales, le patriotisme belge s‚Äôest toujours accommod√© du cloisonnement √† outrance. Sous toutes les dominations ant√©rieures, nous r√©clamions √† nos princes le serment de respecter nos franchises communales.

(…) Le régime français républicain, dès son origine en 1792, n’a cessé de proscrire les dialectes locaux et la division du pays en provinces comme sous la monarchie.

 

1795

Albert Warnotte, La guerre des paysans on ¬ę Klepelkrich¬†¬Ľ (sic) en Haute-Ardenne, in¬†: GSHA, 9, 1978, p.147-164

 

Par le d√©cret de la Convention du 9 vend√©miaire an IV (1er octobre 1795), le Luxembourg fut annex√© √† la R√©publique fran√ßaise en m√™me temps que les autres pro¬≠vinces des Pays-Bas autrichiens. Toutes les institutions traditionnelles furent abolies et le territoire luxembourgeois fut r√©parti en trois d√©partements : les deux tiers for¬≠m√®rent celui des For√™ts ; St-Vith, Salm-en-Ardenne, Cronenburg et Schleyden furent attribu√©s √† celui de l’Ourthe ; St-Hubert, Durbuy, Laroche, Marche et Orchimont, √† celui de Sambre-et-Meuse (et quelques localit√©s, en plus, √† celui des Ardennes).

 

De nombreuses mesures impopulaires m√©content√®rent progressivement les popu¬≠lations luxembourgeoises et, particuli√®rement, celles de l’Ardenne, tr√®s traditionnelles : confiscation des biens des couvents et des √©migr√©s, suppression des ordres religieux et de la noblesse, loi du maximum, cours forc√© des assignats compl√®tement d√©pr√©ci√©s, calendrier r√©publicain, m√©pris envers le clerg√© et le culte, etc. Le nouveau r√©gime fiscal, plus lourd que les anciennes redevances, les r√©quisitions militaires et l’em¬≠prunt forc√© provoqu√®rent une telle agitation dans le Luxembourg que, d√®s le mois d’octobre 1796, le gouvernement r√©publicain dut y faire occuper militairement un grand nombre de cantons 2.

 

Deux ans plus tard, la conscription militaire, qui for√ßait tous les hommes de 20 √† 35 ans √† partir servir un r√©gime impopulaire, d√©clencha une insurrection dans une grande partie de l’Ardenne, ainsi que dans la Campine et le pays de Waes.

Nous tenterons de montrer, dans les pages qui suivent, un aspect de cette insurrection dans la Haute-Ardenne, c’est-√†-dire dans le nord de l’ancien duch√© de Luxem¬≠bourg.

 

Nous avons essentiellement utilis√© des documents in√©dits conserv√©s au d√©p√īt de Li√®ge des archives de l’Etat sous la rubrique Fonds fran√ßais, Soul√®vement de l’an VII.

 

1 Egalement   orthographiée Klöppelkrieg et Kloeppelkrieg.

2 Arthur HERCHEN,¬† Manuel d’histoire nationale,¬†¬† 8e¬† √©dit.,¬†¬† Luxembourg,¬†¬† 1969,¬†¬† pp.162-171, et Gilbert TRAUSCH, Manuel d’histoire luxembourgeoise, t. III, 1977, pp.41-45.

3 Dans les notes de bas de page, on ne mentionnera que  le numéro de la liasse de cette source, précédé de la lettre L.

 

(p.148) L’Arm√©e de J√©sus-Christ dans la r√©gion de Clervaux

 

L’insurrection choisit Hosingen comme centre de soul√®vement et se baptise

¬ę arm√©e de J√©sus-Christ ¬Ľ.

Les 24 et 25 octobre 1798, le tocsin sonna presque partout dans l’Oesling 4. Les volontaires se r√©unirent, s’arm√®rent et saisirent les fonctionnaires fran√ßais et les cais¬≠ses publiques. Le 25, ¬ę le feu de la r√©volte s’est √©tendu dans le d√©partement des Fo¬≠r√™ts ¬Ľ 5. Le 26, la r√©volte √©tait g√©n√©rale dans l’Oesling. Des compagnies de volontaires quitt√®rent les villages et se rendirent √† Weiswampach 6, lieu de ralliement. Le 27, une partie de ces bandes gagna Hosingen 7 o√Ļ un couvent, ayant appartenu aux Augustins, fut choisi comme quartier g√©n√©ral des insurg√©s. L√†, s’organisa d√©finitivement la force arm√©e des r√©volt√©s et l’on y enferma une soixantaine de prisonniers : pro-¬≠fran√ßais, membres des cantons soulev√©s et quelques gendarmes a. Encadr√©s par de nombreux pr√™tres, portant une grande croix sur la poitrine, les insurg√©s se baptis√®rent ¬ę arm√©e de J√©sus-Christ ¬Ľ ou ¬ę arm√©e catholique ¬Ľ.

 

L’ ¬ę arm√©e catholique ¬Ľ se scinde en deux colonnes.

 

L’arm√©e rassembl√©e √† Weiswampach se s√©para en deux : une partie gagna Hosingen, puis se dirigea vers le sud, dans la direction d’Ettelbr√ľck ; l’autre partie prit la route du nord, dans la direction de Reuland et St-Vith.

Quels √©taient les objectifs poursuivis par ¬ę l’arm√©e catholique ¬Ľ ? Selon MINDER 9, les rebelles comptaient lib√©rer le pays en chassant les Fran√ßais de la forteresse de Luxembourg. Les paysans ne devaient qu’ouvrir le chemin aux r√©giments autrichiens dont on escomptait l’arriv√©e prochaine. Plusieurs lettres 10 corrobor√®rent cet¬≠te hypoth√®se. Parmi celles-ci, la lettre du g√©n√©ral MORAND au g√©n√©ral MICAS est la plus probante ” :

¬ę … Il m’eut √©t√© impossible d’agir efficacemenit sur tes rebelles, instruit que des intelligences secr√®tes existaient entre les rebelles et des habitants de la place de Luxembourg. J’ai, de concert avec l’administration centrale qui m’en a fait la demande,

 

4 L’Oesling est la partie ardennaise du Luxembourg oppos√©e au Gutland ou ¬ę Bon pays ¬Ľ, dans le sud. L. 325.

5 Weiswampach  est situé  sur la  route vers Saint-Vith, à 2 km de la frontière bel-go-grand-ducale et à 10 km au  nord-est de Clervaux.

6 Hosingen est situ√© √† une quinzaine de km au sud de Weiswampach, sur la route vers Diekirch et Ettelbr√ľck.

7 L. 327, Rapport Backes.

8 Arthur MINDER, La guerre des paysans dans le pays de Saint-Vith et à Aubel, dans Annales du Prince de Ligne, t. 18, 1937, p. 43.

9 Conservées aux A.E.L., fonds cité.

10 L. 325. Lettre du général Morand (commandant de  la place de  Luxembourg) au général  Micas, commandant la 25e division militaire, à Liège.

 

(p.149) mis la ville en √©tat de si√®ge, cette mesure √©tait d’autant plus n√©cessaire que l’Esprit public y est on ne peut plus mauvais depuis le rassemblement des rebelles. J’esp√®re, g√©n√©ral, que vous approuverez cette mesure conforme aux dispositions de l’arr√™t√© du directoire ex√©cutif du 2 de ce mois [23 octobre 1798] avec d’autant plus de raison que les rebelles se sont vant√©s qu’√† leur approche de Luxembourg, ils avaient la promesse que les habitants se soul√®veraient et qu’il ne leur serait pas difficile de s’em¬≠parer de la place … ¬Ľ

Cet objectif est conforme √† la marche suivie par la colonne partie d’Hosingen vers le sud, mais que penser de la direction emprunt√©e par la colonne marchant vers Reuland et St-Vith ?

 

Selon MINDER 12, cette colonne devait exercer un mouvement tournant vers Pr√ľm, poursuivre sa marche vers Tr√™ves, puis se diriger vers Luxembourg.

A premi√®re vue, cette hypoth√®se est assez cr√©dible. En effet, le 28 octobre, apr√®s √™tre entr√©s √† St-Vith, les rebelles lanc√®rent une proclamation13 da-s laquelle ils som¬≠maient les hommes du canton, de se rassembler et de se porter sur Bleialf, √† mi-che¬≠min entre St-Vith et Pr√ľm pour y enlever le tr√©sor.

Mais la colonne nord ne se rendit jamais √† Pr√ľm. Elle prit la route de B√ľtge-bach et Stavelot. Une lettre de la municipalit√© d’Eupen 14 nous √©claire quelque peu. Le 31 octobre, les membres de cette municipalit√© craignaient l’arriv√©e imminente des r√©volt√©s. Selon eux, ils marchaient sur Eupen, Limbourg et Walhorn. Le 3 novembre, la municipalit√© d’Eupen, d√©cid√©e √† se d√©fendre, organise une patrouille de 60 hom¬≠mes pour emp√™cher les r√©volt√©s d’entrer dans leur canton. En fait, ce que craignait avant tout l’administration de ce canton, c’est que les habitants de cette r√©gion, tr√®s attach√©e √† l’Ancien R√©gime, ne se joignent aux paysans si ceux-ci p√©n√©traient dans Eupen l5.

 

La crainte des Eupenois pro-francais (la municipalité) était donc doublement justifiée : les paysans suivaient une direction semblant aboutir dans leur canton et la population leur paraissait favorable.

Arrivés à Eupen, quel aurait pu être le but des paysans ?

Deux mouvements sem¬≠blent possibles : le premier serait de marcher sur Verviers et de tenir Li√®ge dans un √©tau entre les r√©volt√©s du Limbourg et leurs troupes 16. Le second mouvement serait d’envahir le d√©partement de la Ro√ęr et de marcher sur Cologne qui √©tait, elle aussi,

 

12 Arthur MINDER, La guerre …, p. 45.

13 L. 325.

14 L. 327. Lettre de l’administration municipale¬† d’Eupen au¬†¬† Directoire ex√©cutif pr√®s l’admin. centrale du d√©partement de l’Ourthe.

15 Ibidem.

16 O√Ļ une r√©bellion paysanne s’√©tait √©galement d√©velopp√©e. Denise NO√čL, La guerre des paysans au pays de Stavelot-Malmedy, dans La Vie wallonne, n¬į 259, Li√®ge, 1952, p. 26.

 

(p.150) divis√©e entre partisans des Fran√ßais et partisans de l’Ancien R√©gime. Au mois de bru¬≠maire an VII, des d√©p√īts de poudre sont d√©couverts tandis que la police traque et dis¬≠perse des ¬ę conciliabules secrets ¬Ľ ‘7.

Cette possibilit√© sera sans doute retenue par le commandement fran√ßais. Celui-ci fit bloquer les fronti√®res du d√©partement de la Ro√ęr et sp√©cialement √† Mont joie o√Ļ un force de 300 cavaliers et 200 fantassins fut envoy√©e d’urgence 18. Toutes ces pr√©cautions, on le verra, seront inutiles.

 

Le destin de l’Arm√©e du sud 19

Ce sont √† peu pr√®s 1500 hommes qui quitt√®rent Hosingen, le 27 octobre, dans la direction de Diekirch. Leur chef √©tait le jeune BEHRENS, qui devait se montrer un bien pi√®tre strat√®ge. Le 28 octobre, ils √©taient √† Consthum, le 29 √† Hoscheid. En trois jours, ils n’ont donc parcouru qu’une quinzaine de kilom√®tres. Cette lenteur peut s’ex¬≠pliquer par diff√©rents facteurs. Le premier est que les insurg√©s avaient besoin d’en¬≠r√īler les hommes de chaque village travers√© et que cela n’allait pas toujours sans mal. Le second facteur est probablement le manque de discipline militaire de ces soldats d’occasion, peu habitu√©s aux ordres et √† la marche forc√©e. En outre, il fallait ravitailler et loger ces 1500 hommes, et probablement toujours sur le dos des villa¬≠geois.

 

Cette lenteur allait √™tre fatale √† ceux que les Fran√ßais appelleront d√©sormais les ¬ę Brigands ¬Ľ.

Les Français, renseignés sur la progression de leurs adversaires, vont tirer parti au maximum de la situation.

Le g√©n√©ral MORAND, commandant la place de Luxembourg, envoya dans le cou¬≠rant de la nuit du 28 au 29 octobre m deux fortes colonnes arm√©es dans l’intention de pacifier toute la r√©gion rebelle. Le 1er novembre, il fit sortir en renfort 60 fantassins et 20 cavaliers.

 

Le 29 octobre, les rebelles avaient repris leur marche vers Diekirch. Un messager qu’ils avaient envoy√© aux nouvelles revint de Luxembourg avec des renseigne¬≠ments peu encourageants : deux troupes, fortes de 150 hommes d’infanterie et de 20 cavaliers, se dirigeaient vers eux ;’l’une d’elles, command√©e par l’adjudant MEC-QUIN marchait vers Clervaux par la S√Ľre et la Clerf, l’autre command√©e par l’adjudant DUVERGER se rendait √† Arzfeld par Diekirch.

Les¬† rebelles¬† √©taient¬† menac√©s¬† d’encerclement.

 

17  L. 325.  Lettre datée du 1er novembre, à Cologne, envoyée au général Micas.

18  Ibidem.

19¬† D’apr√®s Paul VERHAEGEN, La Belgique sous la domination fran√ßaise, t. III, Bru¬≠xelles, 1935, pp. 432-438, et L. 325, Lettre du g√©n√©ral Morand au g√©n√©ral Micas.

20   L. 325, Lettre du général Morand.

 

(p.151) Apprenant ces d√©tails, les insurg√©s s’arr√™t√®rent sur la route d’Ettelbr√ľk. Les chefs se r√©unirent et tinrent conseil. Soudain, une rumeur √©branla la colonne : ¬ę Les Fran¬≠√ßais sont l√† ¬Ľ. Selon la tradition, c’√©tait un simple troupeau rentrant des p√Ęturages qui avait remu√© un nuage de poussi√®re 21.

 

La panique suivit cette nouvelle, la troupe √©clata en abandonnant toute id√©e de discipline et d’ordre. Chacun se retrouva rapidement chez soi. Ceci se passait dans la ‘nuit du 29 au 30.

 

Le m√™me soir, DUVERGER arrivait √† Arzfeld et MACQUIN atteignait Wiltz. Les trou¬≠pes fran√ßaises tenaient Hosingen en tenailles, avant d’avoir d√Ľ combattre, tant la ma¬≠ladresse de leur adversaire leur facilitait la t√Ęche.

 

La pr√©sence de DUVERGER fit l’effet d’une bombe parmi la population de ces cantons. Tout fut mis en Ňďuvre pour rassembler les derniers hommes valides : tocsin, affiches, convocations par messagers, billets de sommation. On envoya MARTINY chercher du secours aupr√®s de la colonne nord. Il la rejoignit √† Vielsalm, mais ne put la convaincre de lui c√©der des troupes.

 

Il fallait songer s√©rieusement √† d√©fendre le quartier g√©n√©ral de Hosingen. La villette √©tait menac√©e par la droite √† Arzfeld et sur la gauche par MACQUIN qui mar¬≠chait sur Clervaux. On rassembla finalement 500 hommes √† Daleiden, le matin du 30 octobre. Cette compagnie marcha de suite sur Arzfeld sans prendre aucune pr√©caution. Au m√™me moment, les villages avoisinants s’organisaient pour se d√©fendre con¬≠tre les ¬ę agresseurs fran√ßais ¬Ľ : deux autres bandes s’√©taient form√©es, √† Pronsfeld et Olmscheid, et devaient converger vers Artzfeld pour encercler DUVERGER.

 

Ce dernier pressentit le danger et prit l’initiative du combat. Il marcha contre la troupe, de Daleiden avec son infanterie. Arriv√© √† port√©e de fusil des insurg√©s, il fit une derni√®re sommation √† ia d√©bandade, mais en vain. Plusieurs salves sem√®rent l’h√©sita¬≠tion parmi les rudes paysans. Le Fran√ßais lan√ßa ensuite sa cavalerie contre les flancs de la troupe adverse et la dispersa. Il y eut bien encore quelques combats singuliers contre des tirailleurs isol√©s, mais c’en, √©tait fini de la compagnie de Daleiden. Celle-ci avait perdu 150 tu√©s, 35 bless√©s et de nombreux prisonniers 22. Les compagnies de Pronsfeld et d’Olmscheid, averties de la d√©faite, regagn√®rent sagement leurs villages sans √™tre inqui√©t√©es. DUVERGER fit inhumer sur-le-champ les victimes de ses sol¬≠dats et se retira sur Neuerburg puis Vianden o√Ļ il enferma ses prisonniers.

 

La colonne mobile sous les ordres de l’adjudant MACQUIN s’√©tait arr√™t√©e √† Wiltz, le 29 au soir, et allait se porter incessamment sur la petite ville de Clervaux. C’est l√† que devait l’attendre une poign√©e de volontaires, recrut√©s dans les villages.

 

21 Paul¬† VERHAEGEN,¬†¬† La¬†¬† Belgique…,¬†¬† p. 435.

22 Ibidem, p. 436, mentionne 15 morts et 32 blessés, sans indication de source alors que Morand donne 15 tués et 35 blessés (cfr n. 20). Même si Morand a quelque peu gonflé ces chiffres, ils sont cependant repris par un de ses adversaires, Duverger.

 

(p.153) (…) j’avais fait venir les soldats pour enlever les jeunes gens, que je devais toucher vingt-quatre francs par t√™te, que j’√©tais vendeur de sang humain, etc… et que pour cela, j’allais √™tre fusill√© sur-le-champ. On me fit venir et subir le plus outrageant interroga¬≠toire en m’√ītant mon couteau et canif, mais ma contenance, ma fermet√© et ma franchi¬≠se confondit tous les mensonges. Sur ces entrefaites, arrive un hussard du 3e r√©gi¬≠ment en ordonnance. Se trouvant aussi au milieu des rebelles sans y songer, il est arr√™t√©, d√©mont√© et conduit en prison chez les autres. On saisit sa malle et ayant d√©¬≠cachet√© ses d√©p√™ches, on renouvelle les inculpations fictives √† ma charge, disant qu’on en avait trouv√© les lettres. Mais, cette nouvelle ruse fut trouv√©e aussi fausse que les pr√©c√©dentes. Nous f√Ľmes donc pour lors en soci√©t√© dans le cachot avec les onze chasseurs et le hussard. Alors on lia ces pauvres victimes de la barbarie et on ‚ÄĘles fit sortir pour les conduire, par Weiswampach au quartier g√©n√©ral de Hosingen. On nous fit partir avec, disant que nous serions jug√©s en dehors de Reuland. J’√©tant sortis, on fit tant de tergiversations qu’on nous obligea d’aller jusqu’√† Weiswampach escort√©s d’une forte garde. Nous y f√Ľmes soigneusement surveill√©s et enferm√©s dans une chambre entour√©e de huit gardes. Vers deux heures du matin, 3 paysans vinrent chercher le secr√©taire BACKES.

 

Apr√®s lui avoir servi une mesure d’eau-de-vie, il √©tait oblig√© de suivre les drapeaux catholiques et de prendre les armes avec eux. On lui assigna la place de secr√©taire pr√®s le commandant de la troupe rebelle, le jeune de ROUSSEAU, et il dut imm√©diatement rejoindre les paysans dont le gros √©tait rest√© √† Reuland la nuit du 27 au 28 octobre.

 

Les autres prisonniers durent prendre le d√©part vers Hosingen. La garde qui les avait escort√©s depuis Reuland √©tait constitu√©e par des habitants da ce canton. A partir de Weiswampach, elle fut remplac√©e par une autre compagnie de r√©volt√©s du can¬≠ton de Clervaux. A Heinerscheidt, sur la route d’Hosingen, les prisonniers essuy√®rent les moqueries et les insultes des habitants ; la garde y fut encore chang√©e.

 

Arriv√©s √† Hosingen, ils furent incarc√©r√©s dans le couvent des Augustins qui servait de quartier-g√©n√©ral aux paysans et en m√™me temps de cachot. Ils y rest√®rent enferm√©s quatre jours ¬Ľ.

 

Ce premier succ√®s encouragea les paysans √† poursuivre leur chemin. De nou¬≠veaux billets appelant √† la r√©volte furent distribu√©s depuis Reuland. Si l’on en croit Joseph HENS 26, cet appel aux armes connut un certain succ√®s aupr√®s des gens d’ Espeier, de Gr√ľfflingen, d’Aldringen 27, de Thommen et de Beho, qui se joignirent √† l’arm√©e des paysans.

Le 27 octobre, un billet de sommation, écrit à Weiswampach, appelait les gens du canton de Vielsalm à un rendez-vous à Thommen.

 

25 Ils seront lib√©r√©s¬† par l’adjudant Macquin le 31 octobre.

26 Joseph HENS, La guerre des paysans au pays de Sa/m et Stavelot, dans Wallonia, t. 12. 1904, p. 11.

27 Grifflingen (= Gruflange) et Aldringen (= Audrange) sont situés  aux  environs immédiats de Thommen.

 

(p.154) Le 27 octobre, les paysans s’y rendirent depuis Reuland, mais, d√©pit√©s par le peu de monde qu’ils y avaient rencontr√©, ils prirent la route de St-Vith le jour m√™me.

De ces √©v√©nements, on peut conclure que l’occupation de Reuland ressemble davantage √† une mise √† sac qu’√† une occupation syst√©matique. La fureur et la brutalit√© de la foule l’emport√®rent de loin sur le sens de l’ordre et de la discipline. On r√©clame la t√™te du commissaire JACOBY √† cor et √† cris : les ¬ę brigands veulent un exutoire √† leur col√®re ¬Ľ.

 

L’enr√īlement du jeune BACKES dans les rangs rebelles peut-il para√ģtre moins r√©voltant que la conscription elle-m√™me ? Comment les rebelles pourraient-ils conser¬≠ver la confiance des jeunes gens en utilisant de pareils proc√©d√©s ?

D’apr√®s les r√©flexions de JACOBY, on s’aper√ßoit √©galement de la surprise caus√©e par l’arriv√©e des insurg√©s. Le pr√©sident de la municipalit√©, le secr√©taire de l’administration municipale du canton de Reuland ‚ÄĒ BACKES ‚ÄĒ, et JACOBY n’ont pas eu le temps de fuir.

 

Les insurgés occupent St-Vith (28 octobre 1798)

 

Il n’a pas fallu longtemps aux autorit√©s de Malmedy pour comprendre que St-Vith √©tait le prochain objectif des paysans r√©volt√©s. Le 27 octobre, cette petite ville avait re√ßu une sommation sp√©cifiant que tout bon chr√©tien non mari√© devait se rendre le jour m√™me √† Hosingen. Un millier d’hommes les y accueillirent 28. En outre, on avait appris √† St-Vith que les 10 hommes de la 25e brigade de Li√®ge avaient √©t√© captur√©s √† Reuland. Les gendarmes de Leidenborn avaient connu te m√™me sort. Les autorit√©s s’inqui√©t√®rent et, le 28 octobre, arriv√®rent de Malmedy 15 hommes d’infanterie et 12 gendarmes 29 dans la villette de St-Vith 30. Ces maigres renforts s’√©vanouiront dans la nature lorsqu’ils verront s’avancer, peu apr√®s leur arriv√©e, environ 1500 insurg√©s venant de Reuland en trois colonnes 31.

 

Selon le témoignage des gendarmes 32, leurs rangs auraient atteint le chiffre de 3000 hommes. Nous reviendrons plus tard sur le bien-fondé de cette information.

Le canton de Reuland fournit de nombreux contingents aux insurg√©s. Parmi les jeunes gens emmen√©s par les troupes catholiques, se trouvait le secr√©taire de l’administration municipale de Reuland, le jeune BACKES. Celui-ci a ‘laiss√© un r√©cit fort int√©ressant de son √©quip√©e avec les paysans 33.

 

28¬† L. 325, Lettre du 27 octobre envoy√©e par l’administration communale de Saint-Vith √† Bassenge.

29 Ces gendarmes venaient des brigades de Spa et de Bodeux.

30  L. 325, Lettre du commissaire Baptiste à  Bassenge,  datée  du 27  octobre, et L. 327,  Rapport de  Backes.  Ce  rapport diffère  quelque  peu  de  celui de Baptiste sur le nombre de gendarmes.  Notons que Backes ne fut pas un témoin visuel.

31  L. 325, Lettre de Baptiste datée du 27 octobre.

32  Ibidem.

33 L. 327, Rapport Backes.

 

(p.155) ¬ę (…) A√Įant donc re√ßu dans la nuit du 6 au 7 (27 au 28 octobre) √† Weiswampach le d√©cret de devoir marcher comme jeune homme avec la bande de sc√©l√©rats, com¬≠me le commissaire vous a amplement inform√© 3/1, le commandement fut donn√© de marcher sur St-Vith. Etant dans une n√©cessit√© absolue de retourner sur Reuland, j’ob¬≠tins avec difficult√© cette gr√Ęce du commandant Rousseau, secr√©taire du juge de paix de Schoenberg, D√©partement de la Sarre, que je n’avais pu obtenir la veille, malgr√© mes d√©marches et sollicitations pressantes et instantes pri√®res ; mais avec cette con¬≠dition qu’un homme arm√© m’accompagnerait, afin qu’on fut 35 ou que je ne m’√©vade¬≠rais pas, ou que je n’enverrais point de lettres pour trahir leur entreprise. Henri HEINEN, de la commune de Thommen, cordonnier, fut celui qui se pr√©senta aussit√īt pour √™tre mon gardien officieux. Il ne me fit cependant aucune peine, m’escorta ga√ģ-‘ment jusqu’au dit Reuland, et m’y laissa le loisir de changer d’habits et de pr√©venir le tr√©sorier du canton, ZEIEN, de se tenir sur ses gardes, que les bandits avaient des¬≠sein de lui faire ‘donner huit cents couronnes. Je n’ai pu distinguer de quelle bouche inf√Ęme ce discours avait √©t√© prof√©r√©, en ce que c’√©tait la nuit et que je l’entendis de notre chambre d’arr√™t d’une foule de trameurs qui se trouvait dans la cour.

 

Apr√®s avoir fini mes affaires √† Reuland, je suivai avec mon sentinelle la bande rebelle qui √©tait d√©j√† entr√©e √† St-Vith. Lorsque j’y arrivai, les gendarmes au nombre de neuf √©taient en fuite, de m√™me que les 15 volontaires qui les avaient pr√©c√©d√©s. Les re¬≠belles revenaient de leur poursuite. A peine fus-je entr√© un 1/4 d’heure dans Si-Vith et y avait pass√© dans la maison du commissaire BAPTISTE, soudain arriva une cin¬≠quantaine d’hommes arm√©s qui, ne respirant que rage et vomissant toutes sortes d’in¬≠jures, s’align√®rent devant la maison du commissaire BAPTISTE 36, tandis que plu¬≠sieurs autres, arm√©s de fourches, pioches, pistolets et fusils entr√®rent dans le vesti¬≠bule. Des cris mena√ßants et des hurlements √©pouvantables sortirent des bouches de ces forcen√©s, la plupart, √† ce que je crois, du canton de St-Vith : ¬ę Qu’il sorte dans la minute, ou nous ‘saccageons et ab√ģmons tout ¬Ľ. Tels √©taient les sarcasmes injurieux prodigu√©s par cette horde de sc√©l√©rats.

 

L’√©pouse du dit commissaire, toute en larmes et transie de la plus grande peur et consternation, vint au devant d’eux disant, en sanglotant, que son mari n’√©tait point √† la maison ; qu’il √©tait absent depuis le jour de devant, et qu’elle ignorait o√Ļ il √©tait all√©. Ces excuses ne firent que redoubler la rage des furibonds, qui pr√©tendaient ine¬≠xorablement qu’on leur montr√Ęt, ou fit venir le voleur de commissaire.

Vo√Įant que le d√©lire et l’inhumanit√© de ces folliculaires allaient toujours en croissant, je m’hasardai de courir au milieu d’eux, et en adressant la parole √† celui, dont l’extravagance surpassait encore beaucoup celle des autres, et que je connais ce¬≠pendant point, je lui parlai si √©nergiquement sur i√Įniquit√© de leurs paroles et proc√©¬≠d√©s, en causant de telles angoisses √† une femme, que sa col√®re parut se d√©chauffer un peu, et qu’enfin, ils retourn√®rent tous du c√īt√© de l’arbre de la Libert√©, menant avec

 

34  C.à d. Jacoby. Cfr n. 24.

35  Un mot illisible ici.

36 Ce passage est presqu’illisible.

 

(p.156) eux le citoyen CHARLIER, m√©decin, en la place du beau-p√®re qui est¬† commissaire, sans doute pour couper cet embl√®me de la libert√© dans la commune de St-Vith…

Je me rendis dans la maison du cito√Įen LAURENT o√Ļ le commandant ROUSSEAU, qui me rencontra dans la rue, me fit entrer, en m’ordonnant d’√©crire un billet de sommation en guise de proclamation pour St-Vith. De cette fa√ßon, je n’ai plus √©t√© spectateur des autres sc√®nes, qui s’y sont pass√©es. Je restai chez le dit LAURENT presque jusqu’au soir sans plus sortir en ce que l’ivrognerie qui r√©gnait partout, ac¬≠compagn√©e de tous les exc√®s qu’elle infante, m’avait d√©sesp√©r√© de pouvoir faire ger¬≠mer dans les cŇďurs endurcis des brigands des sentiments de mod√©ration et de d√©¬≠cence. De cette mani√®re, je n’ai point √©t√© mener leur vacarme et faire des d√©g√Ęts comme on m’a dit. Je savais d’ailleurs que l’essentiel des archives √©tait en s√Ľret√©.

 

Je demeurai donc constamment dans la maison de LAURENT o√Ļ il entrait et sor¬≠tait une foule de ces bandits pour parler √† ROUSSEAU et ensuite ex√©cuter ses or¬≠dres, qu’il ne leur donnait cependant que sous le plus grand secret vis-√†-vis de moi. Je ne puis dire que LAURENT ait eut la moindre influence dans les ordres √©man√©s de ROUSSEAU. Il ne s’immis√ßa aussi en rien ni directement ni indirectement √† ce que j’ai pu voir. M’ayant donc retir√© dans mon logis, je n’ai point √©t√© pr√©sent lors¬≠que les bandits furent dans -la maison du pr√©sident DHANE pour le chercher et lui faire couper l’arbre de’ la libert√©, et en son absence lorsqu’ils ont commis de grands d√©g√Ęts dans cette maison en brisant les fen√™tres, les meubles et en tirant plu¬≠sieurs coups de fusils dedans, comme on m’a dit. Vers le soir, ROUSSEAU partit. Sur ma demande o√Ļ il allait, il me r√©pondit qu’il allait encore gober quelqu’un √† deux lieues de l√†, sans dire o√Ļ ni qui. J’ai ou√Į dire par apr√®s qu’il s’√©tait fait accompagner d’une trentaine de sa clique pour lui servir d’escorte. Il demeura absent jusque bien tard dans la nuit.

 

Entretemps, CRENDAL fut charg√© de la gestion des affaires. C’est √† lui qu’on s’adressait et la maison de LAURENT, pendant l’absence de ROUSSEAU, demeura com¬≠me d√©serte, c’est-√†-dire d√©barrass√©e de la foule dont elle regorgeait quand ROUS¬≠SEAU y √©tait.

 

Ainsi donc, l’occupation de St-Vith est suivie des m√™mes d√©sordres qu’√† Reuland, du m√™me vandalisme. Des aventuriers profitent du d√©sordre et de la licence accord√©e aux hommes pour tout briser et se livrer √† des exc√®s de boisson. Devant ces exc√®s, les chefs des insurg√©s [ROUSSEAU et CRENDAL] font sortir leurs troupes vers Hunningen. Mais devant le peu d’enthousiasme des St-Vithois de se joindre √† eux, les re¬≠belles menacent la ville de pillage … ¬Ľ.

On assiste alors √† une nouvelle manŇďuvre de l’arm√©e de J√©sus-Christ. Celle-ci se divise en deux colonnes. L’une se dirige vers Ambl√®ve, l’autre vers Vielsalm.

La r√©p√©tition des m√™mes d√©sordres, l’impossibilit√© de s’organiser ne donnent gu√®¬≠re de chance √† l’insurrection. La discipline n√©cessaire √† la bonne marche de toute arm√©e (p.157) est inexistante, les chefs ont peu ou pas du tout d’exp√©rience militaire, la pro¬≠gression des insurg√©s est tr√®s tente, faite sans grandes pr√©cautions. Quelles chances ont-ils, d√®s lors, de r√©ussir leur folle tentative ?

CRENDAL marche sur Vielsalm à la fêfe des insurgés (29 octobre 1798).

Reprenons le r√©cit de BACKES apr√®s que les chefs de l’insurrection aient d√©cid√© de s√©parer leurs troupes en deux colonnes.

 

¬ę Pendant que nous √©tions √† Hunningen susdit, des d√©put√©s d’une grande partie des villages du canton de Vielsalm y vinrent trouver le commandant ROUSSEAU pour prendre ses ordres, et de quelle mani√®re ils devaient se joindre 38 pour ex√©cuter les billets de sommation, qu’il leur avait envoies.

Nous nous m√ģmes donc en chemin pour Vieisalm, mais comme Commanster se donnait dans notre route, √† un petit d√©tour pr√®s, il plut aux Bandits d’y passer soit pour arr√™ter l’agent de la commune qui √©tait accus√© d’avoir favoris√© les Fran√ßais, ou le commissaire de la recette, d’un billet incendiaire ; soit pour mettre la maison du commissaire BAPTISTE qu’il y poss√®de, √† la discr√©tion de leur gourmandise … ¬Ľ.

 

La tradition a gardé un souvenir du passage des rebelles à Commanster 39  :

¬ę II fallait que des hommes de Commanster marchent avec eux pour battre les Fran√ßais. Il y en eut tout plein qui s’en all√®rent … Ils s’en all√®rent vers Burtonville, sur Neuville et sur Vielsalm o√Ļ fis firent le m√™me jeu qu’√† Commanster … ¬Ľ.

 

Les insurg√©s n’ont gu√®re recueilli beaucoup d’opposition dans les villages de la r√©gion de Vielsalm. DAMSEAUX note le 29 octobre : ¬ę Tous les r√©quisitoires sont inu-tiiles … Tous les villages envirronnant sont en insurrection ¬Ľ 40.

Le 28 octobre, Vielsalm avait re√ßu des billets appelant sa population √† la r√©volte et, devant l’imminence de l’arriv√©e des ¬ę brigands ¬Ľ, DAMSEAUX allait quitter son poste dans la nuit du 29 au 30 octobre 41.

 

BACKES nous donne les d√©tails de l’arriv√©e des rebelles √† Vielsalm 42 :

¬ę Apr√®s que ces bouffons, des noms desquels ma m√©moire me refuse ‘le souvenir, furent donc partis, je les suivai et arrivai √† Vielsalm qu’il faisait d√©j√† obscur, en m√™me temps que la colonne des brigands y faisait son entr√©e. Je ne puis juger de l’es¬≠prit des habitans de Vielsalm qui en apparence rendaient gaiement les rebelles en √©clairant leur entr√©e par un nombre consid√©rable de torches de paille en se pr√™tant

 

38  Un mot illisible ici.

39¬† Joseph HENS, La guerre…, p. 12. Nous donnons ici la traduction fran√ßaise.

40  L. 327.

41¬† II se r√©fugia d’abord √† Stavelot, puis, devant l’avance des insurg√©s, √† Spa.

42 L. 327, Rapport Backes.

 

(p.158) aussit√īt √† leur faire des logements, Mais par des discours que j’eus par apr√®s avec quelques-uns d’entre eux, j’ai eu lieu de croire que l’accueil amical qu’ils avaient fait aux rebelles n’avait √©t√© command√© que par la grande crise que leur rentr√©e redout√©e leur avait inspir√©e et la crainte d’√™tre pill√©s par les bandits et gens sans aveu …

La nuit m√™me j’√©prouvai les effets de la plus grande peur. Apr√®s avoir soupe on me vint avertir trois fois de suite de me sauver, qu’on avait form√© le complot de m’arr√™ter de nouveau et de me fusiller le lendemain. Je me sauvai par les √©curies du gref¬≠fier. De l√†, j’envo√Įai quelqu’un de mon village pour s’informer si les bruits √©taient r√©els. Il revint et me rapporta que tout √©tait faux, que c’√©tait de BAPTISTE et non de BACKES qu’il avait √©t√© question.

 

Je crois que ce fut la m√™me nuit du 8 au 9 [29 au 30 octobre] que le comman¬≠dant CRENDAL alla √† Arbrefontaine pour enlever la caisse du percepteur du canton de Vielsalm. Mais l’oiseau √©tait d√©nich√© et CRENDAL trouva son esp√©rance de vol d√©√ßue. Il faut remarquer que jusqu’alors, je jouissais encore d’une esp√®ce de faveur chez ces bandits qui, par la place de secr√©taire qu’ils m’avaient forc√©s de prendre chez eux comme √©tant le plus vers√© dans les deux langues 43 disaient-ils, avaient cru me mettre dans leur partie …

 

Vers 9 heures du matin [30 octobre], il fut question d’abattre l’arbre de la libert√©, d’aller enlever les registres municipaux et ceux des ci-devant cur√©s d√©pos√©s au greffe de la municipalit√©. En ayant √©t√© inform√©, sachant qu’il n’y avait rien d’√īt√©, pour pr√©venir tout d√©g√Ęt que la foule aurait pu y faire, je me hasardai d’aller chez CREN¬≠DAL pour l’engager √† mettre six hommes de garde √† la porte de la municipalit√©, pour n’y laisser entrer personne en dehors de lui, le commandant, Paul THOMMES d’Oberhausen et moi, avec le pr√©sident et le secr√©taire de la dite municipalit√©. Je vins √† bout de le persuader et personne d’autre n’y entr√Ęt que nous cinq pr√©cit√©s. CRENDAL et THOMMES voulurent d’abord emporter les registres des ci-devant cur√©s, pour les remettre √† des mains incertaines ; mais leur ayant remontr√© cet inconv√©nient, ils ont accord√© qu’on les m√ģt dans des sacs pour les porter dans la maison du secr√©taire MARTHOZ. Comme il y avait encore d’autres papiers concernant les comptes et autres affaires g√©n√©rales du canton, je les mis de m√™me dans les sacs. J’y m√™lai la corres¬≠pondance que je dis aux chefs regarder les affaires du canton. De cette fa√ßon fut conserv√© tout ce qu’il y avait d’essentiel au secr√©tariat de la municipalit√© de Vielsalm.

Pour en imposer √† la foule, qui √©tait rest√©e √† la porte et qui commen√ßait √† s’impatienter de ce qu’on ne lui jetait pas de papiers par la fen√™tre, nous avons r√©prim√© ‘l’√©meute qui commen√ßait √† na√ģtre √† ce sujet, en jetant par la fen√™tre un tas de vieilles gazettes et d’autres papiers insignifiants. De cette fa√ßon, ils furent satisfaits, croyant avoir eu tout, tandis que le principal √©tait en s√Ľret√©. Entretemps, le tableau qui avait pour inscription : ¬ę Administration municipale ¬Ľ fut l’objet de la rage des rebelles. Ils

 

41 C’est la premi√®re allusion, aux difficult√©s linguistiques que posaient l’enr√īlement dans une m√™me troupe, de Wallons et de Germanophones.

 

(p.159) le mirent en pi√®ce. Ensuite, il fallut abattre l’arbre de la libert√©, mais, pour mutiler cet embl√®me de la libert√©, il fallut tous ceux qui avaient assist√© √† le planter. Le juge de paix OTTE et son greffier MO√ŹSE, d√©sign√©s et reconnus pour les plus grands amis de la d√©mocratie dans Vielsalm, furent aussit√īt appel√©s.

MO√ŹSE, qui √©tait chez lui, fut bient√īt forc√©, comme nous √† Reuland, de venir porter quelques coups sacril√®ges √† son tronc sacr√©. OTTE √©tait absent et ne put par cons√©quent para√ģtre. D’autres de Vielsalm √©taient aussi pr√©sents et soutinrent qu’il √©tait revenu, quoique je leur assurai le contraire, puisque j’avais √©t√© lev√© jusqu’√† deux heures apr√®s minuit et que je ne l’avais point vu. N√©anmoins on √©tait si certain que deux hommes partirent pour le chercher.

 

Notre chaudronnier Michel LOUEN, de Reuland, l’homme le plus inf√Ęme qui soit dans nos environs et qui s’est distingu√© dans la r√©volte d’une mani√®re proportionn√©e √† ses Ňďuvres d√©prav√©es, en- √©tait un. Je ne puis plus me rappeler du second. Je les suivis pour emp√™cher qu’ils ne fissent aucun mal ni aucune peine √† l’√©pouse d√©sol√©e du juge, qui √©tait enceinte. Elle √©tait sur la porte lorsque les bandits arriv√®rent, la somm√®rent de leur montrer o√Ļ √©tait son mari. Toute stup√©faite et transie de la plus effrayante peur, elle parvint avec peine, second√©e par mes assurances, √† les d√©tromper sur la fausse id√©e qu’ils avaient de son mari cach√© dans la maison. Alors les deux vagabonds, ajoutant enfin foi et v√©rit√© aux affirmations de cette femme, la contraigni¬≠rent de descendre elle-m√™me √† l’arbre de la libert√©, pour y danser √† l’entour, comme elle l’avait fait √† sa plantation. Ce fut alors qu’on fut t√©moin d’un spectacle triste et lugubre. Cette femme, soutenue par une de ses servantes, descendit avec peine dans la horde des brigands et, croyant sans doute que c’√©tait fait d’elle, s’√©cria au pied de l’arbre de la libert√©, versant un torrent de larmes : ¬ę Me voil√†, qu’on fasse de moi ce qu’on juge √† propos, si on me croit coupable ¬Ľ. Cet aspect attendrit le cŇďur de plu¬≠sieurs spectateurs dont les yeux se baign√®rent de larmes. Ceux m√™mes qui avaient √©t√© la cause qu’on l’avait mise dans une pareille crise furent forc√©s de changer leur d√©nonciation mensong√®re et de coop√©rer √† son prompt renvoi chez elle.

 

Les autres membres de la municipalit√© furent dispens√©s sans beaucoup de peine de couper dans l’arbre sous pr√©texte qu’ils n’avaient pas assist√© √† le planter. Je crois que MARTHOZ, secr√©taire de la municipalit√©, dut y porter quelques coups, quoique je n’en sois pas bien s√Ľr.

 

Apr√®s ces bravades, la foule ne resta plus longtemps dans Vielsalm. Les chefs CRETELS, CRENDAL et Michel LOUEN ordonn√®rent le d√©part pour le ban de Halleux [Grand-Halleux]. Je restai √† Salm o√Ļ je fus continuellement harass√© par une infinit√© de personnes dont les unes sollicitaient des exemptions, les autres formaient des d√©¬≠nonciations, etc. Mais n’ayant ni voulant avoir le droit de prononcer en rien, je renvoyai tout le monde chez les commandants. Apr√®s le d√©part, les hommes mari√©s rest√©s dans Vielsalm au nombre de 300 √† 400 au moins, redress√®rent la croix sur Je march√© au son du tocsin. …

 

Je restai donc, √† Vielsalm, dans mon logis, chez le juge de paix, jusque vers midi. Il me sembla enfin temps de suivre. Arriv√© effectivement √† Halleux, canton de (p.160) Vielsalm, je trouvai toute la colonne rang√©e sur un champ, attendant le renfort de ce der¬≠nier lieu, qui s’appr√™tait √† venir se joindre aux rebelles. On, m’y annon√ßa le m√©con¬≠tentement de CRETELS de ce que je n’avais pas suivi plus t√īt, qu’il n’avait pas be¬≠soin d’un tel secr√©taire et que de l’avis de la bande, j’√©tais d√©mis. Voil√† donc le temps de ma disgr√Ęce arriv√©… Je retournai √† Vielsalm dans mon logis [6 km]. Je n’y fus pas arriv√© d’une demi-heure, qu’on r√©pandit le bruit que les bandits allaient ren¬≠trer. En effet, nous v√ģmes arriver le commandant CRETELS, ventre √† terre, fulminant de ce que ceux de Vielsalm et environs n’√©taient pas arriv√©s √† Halleux et qu’ils les avaient forc√©s √† venir reprendre les m√™mes logements au lieu de nouveaux du c√īt√© de Stavelot. Imm√©diatement apr√®s lui, arriva la colonne, tambour battant, grossie consid√©rablement par ceux du ban de Halleux command√©e par un nouveau chef de ce ban nomm√© GASPAR qui, mont√© sur un cheval et arm√© d’un long sabre, surpassait tous les autres commandants par sa brutalit√©, sa s√©curit√© et ses jugements √©pouvantables. Tout le monde devait trembler pour lui et celui qui ne lui ob√©issait point √©tait titr√© de la mani√®re la plus inf√Ęme. M fit d’abord circuler les menaces de fusiller celui qui ose¬≠rait s’√©clipser ou d√©serter ou qui ferait le l√Ęche √† l’approche de l’ennemi. La plupart, n’ayant cependant que cette pens√©e, furent fort alarm√©s de ces menaces et auraient d√©sir√© √™tre de c√īt√©.

 

Tout le monde fut donc billet√© dans Vielsalm. Vers les dix heures du soir, on battit la caisse et il fut ordonn√© de partir pour le ban de Lierneux, qui √©tait un peu tardif √† ob√©ir aux billets incendiaires. Je ne fus qu’√† un quart de lieue de Vielsalm, lorsque je me tirai de la bande et revins dans le ‘lieu d’o√Ļ j’√©tais parti. ¬Ľ

Ce r√©ci√Į du secr√©taire BACKES est l’Ňďuvre d’un homme fin, lettr√©, habile √† se mettre en √©vidence sans trop le laisser para√ģtre (voir son r√īle dans la protection des archives). Il d√©peint la ¬ę foule ¬Ľ des rebelles avec r√©alisme en introduisant des notes path√©tiques ‚ÄĒ comme celle de la femme du juge ‚ÄĒ pour mettre en √©vidence la bru¬≠talit√© et la b√™tise de cette foule.

 

La participation des Salrniens √† la r√©volte reste assez ambigu√ę. Si nous voulons l’analyser avec plus de certitude, laissons de nouveau parler BACKES.

¬ę Etant au lit, on vint m’annoncer qu’une estafette √©tait arriv√©e du c√īt√© d’Ambl√®ve, et m’a√Įant communiqu√© le contenu, c’est-√†-dire qu’on demandait d’y √™tre renforc√© aussit√īt de toute la colonne de Vielsalm. N’a√Įant personne de demeur√© au dit Salm pour statuer sur cette demande, l’estafette poursuivit en toute diligence son chemin jusqu’√† Lierneux chez les commandants qui n’ont point paru c√©der √† cette invitation, puisque la colonne n’a pas √©t√© conduite de ce c√īt√©.

Un peu apr√®s, on vint m’appeler, enseveli dans un profond sommeil, me pressant de me lever aussit√īt. A√Įant obtemp√©r√© et √©tant descendu, je vis le d√©port√© MARTINY, ex-vicaire de Maldange, arriv√© en estafette de la colonne centrale de Clervaux, apportant des d√©p√™ches tr√®s pressantes qui demandaient deux mille homme de renfort pour s’opposer aux troupes r√©publicaines qui les pressaient du c√īt√© de Luxembourg et auxquelles on √©tait trop faible pour r√©sister.

 

Ce fut l√† une demande bien embarrassante √† accomplir pour les chefs puisqu’ils (p.161) n’avaient¬† pas encore¬† un¬†¬† mille.¬† Aussi¬† ne put-elle s’accomplir …

Le lendemain 10 brumaire [31 octobre 1798] au matin, la colonne revint du ban de Lierneux grossie par un nombre consid√©rable 44. A peine fut-elle rentr√©e dans Vielsalm que les amis du pillage et les chefs forcen√©s se port√®rent dans la maison de LAMBERTY et dans celle de MARTHOZ pour rechercher leurs fils qui s’√©taient √©clip¬≠s√©s √† Lierneux. Les excuses de ces deux p√®res de famille furent inutiles et ne pou¬≠vant ou ne voulant signaler leur fils, ‘les deux maisons furent, pour ainsi dire, mise √† la discr√©tion par la gourmandise et l’ivrognerie de la multitude. Le vin, l’eau-de-vie furent tellement prodigu√©s √† la r√©quisition des brigands qu’en peu de temps la plu¬≠part fut ivres. Pour comble d’effronterie, on vou-lut encore les d√©serteurs, si ‘les p√®res ne voulaient pas voir d√©molir leurs maisons. Ceux du canton de Vielsalm insist√®rent le plus fort sur cette mesure despotique, en ce que, disaient-ils, a√Įant fait ces deux-l√† nos commandants, ils nous ont abandonn√©s comme des tra√ģtres et mis dans le cas d’√™tre tous malheureux.

 

Pendant que les bandits men√®rent charivari chez LAMBERTY, je me tins sur la porte du juge de paix sans vouloir m’immiscer en rien. Soudain, accourut Michel LOU-EN susdit, notre fameux chaudronnier, qui, bandant son pistolet √† deux coups sur moi, m’apostropha de noms les plus injurieux, disant qu’on ne me vo√Įait jamais ail¬≠leurs que sur cette porte et que je ne me trouvais jamais dans mon rang.

 

Ma plume est trop peu f√©conde pour faire une esquisse de la peur que j’eus alors; j’en √©tais comme p√©trifi√©, craignant √† chaque instant de recevoir un coup de balle de ce pendart, que je scavais d’ailleurs √™tre mon ennemi jur√©, √† cause que j’√©¬≠tais intime avec le commissaire qui avait provoqu√© la police correctionnelle plusieurs fois contre ce ‘brouillon de ‘la commune de Reuland, et que j’√©tais d√©cri√© par lui pour un patriote. Je n’h√©sitai nullement √† courir pr√©cipitamment dans la m√™l√©e pour me d√©faire de cet homme redout√©.

 

Apr√®s tous ces ¬ę bavardages ¬Ľ 45 et plusieurs autres de m√™me nature, dont je ne me rappelle plus au juste […], on partit enfin de Vielsalm pour avancer vers Stavelot. Le fils de LAMBERTY et celui de MARTHOZ susdits n’√©tant pas encore repa¬≠rus, les brigands firent marcher en leur place le p√®re LAMBERTY et un autre fils de MARTHOZ trop jeune encore pour √™tre de la r√©quisition des bandits. Les deux d√©serteurs se retrouv√®rent √† Wanne. Le vieux LAMBERTY obtint cependant la permission de retourner √† moiti√© chemin de Stavelot. Nous march√Ęmes donc vers ce dernier ‚ÄĘlieu, bien, divis√©s de sentiments et anim√©s diversement. L’effarouch√© GASPAR, CREN-DAL, le dangereux et d√©raisonnable Michel LOUEN, et le d√©serteur CRETELS furent les plus anim√©s et les plus vigilants pour faire avancer tout le monde, en criant qu’on devait avoir bon courage, que tout √©tait gagn√© qu’√† Stavelot on serait r√©compens√© au moyen du pillage, si on faisait la moindre r√©sistance. Il y avait encore d’autres chefs,

 

44 A en croire Joseph HENS, op. cit., l’enr√īlement des hommes de Lierneux ne se fit pas sans difficult√©.

45 Un mot illisible ici.

 

(p.161) n’avaient¬† pas encore¬† un¬†¬† mille.¬† Aussi¬† ne put-elle s’accomplir …

Le lendemain 10 brumaire [31 octobre 1798] au matin, la colonne revint du ban de Lierneux grossie par un nombre consid√©rable 44. A peine fut-elle rentr√©e dans Vielsalm que les amis du pillage et les chefs forcen√©s se port√®rent dans la maison de LAMBERTY et dans celle de MARTHOZ pour rechercher leurs fils qui s’√©taient √©clip¬≠s√©s √† Lierneux. Les excuses de ces deux p√®res de famille furent inutiles et ne pou¬≠vant ou ne voulant signaler leur fils, ‘les deux maisons furent, pour ainsi dire, mise √† la discr√©tion par la gourmandise et l’ivrognerie de la multitude. Le vin,

l’eau-de-vie furent tellement prodigu√©s √† la r√©quisition des brigands qu’en peu de temps la plu¬≠part fut ivres. Pour comble d’effronterie, on vou-lut encore les d√©serteurs, si ‘les p√®res ne voulaient pas voir d√©molir leurs maisons. Ceux du canton de Vielsalm insist√®rent le plus fort sur cette mesure despotique, en ce que, disaient-ils, a√Įant fait ces deux-l√† nos commandants, ils nous ont abandonn√©s comme des tra√ģtres et mis dans le cas d’√™tre tous malheureux.

 

Pendant que les bandits men√®rent charivari chez LAMBERTY, je me tins sur la porte du juge de paix sans vouloir m’immiscer en rien. Soudain, accourut Michel LOU-EN susdit, notre fameux chaudronnier, qui, bandant son pistolet √† deux coups sur moi, m’apostropha de noms les plus injurieux, disant qu’on ne me vo√Įait jamais ail¬≠leurs que sur cette porte et que je ne me trouvais jamais dans mon rang.

 

Ma plume est trop peu f√©conde pour faire une esquisse de la peur que j’eus alors ; j’en √©tais comme p√©trifi√©, craignant √† chaque instant de recevoir un coup de balle de ce pendart, que je scavais d’ailleurs √™tre mon ennemi jur√©, √† cause que j’√©¬≠tais intime avec le commissaire qui avait provoqu√© la police correctionnelle plusieurs fois contre ce ‘brouillon de ‘la commune de Reuland, et que j’√©tais d√©cri√© par lui pour un patriote. Je n’h√©sitai nullement √† courir pr√©cipitamment dans la m√™l√©e pour me d√©faire de cet homme redout√©.

Apr√®s tous ces ¬ę bavardages ¬Ľ 45 et plusieurs autres de m√™me nature, dont je ne me rappelle plus au juste […], on partit enfin de Vielsalm pour avancer vers Stavelot. Le fils de LAMBERTY et celui de MARTHOZ susdits n’√©tant pas encore repa¬≠rus, les brigands firent marcher en leur place le p√®re LAMBERTY et un autre fils de MARTHOZ trop jeune encore pour √™tre de la r√©quisition des bandits. Les deux d√©serteurs se retrouv√®rent √† Wanne. Le vieux LAMBERTY obtint cependant la permission de retourner √† moiti√© chemin de Stavelot. Nous march√Ęmes donc vers ce dernier ‚ÄĘlieu, bien, divis√©s de sentiments et anim√©s diversement. L’effarouch√© GASPAR, CRENDAL, le dangereux et d√©raisonnable Michel LOUEN, et le d√©serteur CRETELS furent les plus anim√©s et les plus vigilants pour faire avancer tout le monde, en criant qu’on devait avoir bon courage, que tout √©tait gagn√© qu’√† Stavelot on serait r√©compens√© au moyen du pillage, si on faisait la moindre r√©sistance. Il y avait encore d’autres chefs,

 

44¬† A en croire Joseph HENS, op. cit., l’enr√īlement des hommes de Lierneux ne se fit pas sans difficult√©.

45 Un mot illisible ici.

 

(p.162) dont je ne me ressouviens plus, du ban de Halieux, et que je ne connaissais que pour les avoir vus quelques fois 46. Michel LOUEN en parcourant les rangs √† cheval, ns cessait de crier √† gorge d√©ploy√©e : ¬ę Courage, mes chers enfants, tout va bien, il n’y a plus un seul fran√ßais dans tout le voisinage, etc…. ¬Ľ

La participation des habitants de Vielsalm √† la r√©bellion s’est faite en deux temps. Tout d’abord, ils accueilleront ‘les insurg√©s √† bras ouverts leur proposant leur propre logis et, lorsque le jour sera lev√©, ils viendront chez BACKES pour lui pr√©senter des d√©nonciations. Plus tard, ils seront parmi les plus extr√©mistes lors de l’affaire LAMBERTY, proposant m√™me que l’on d√©truise les maisons de ce LAMBERTY et de MARTHOZ. Lorsqu’on coupera l’arbre de libert√©, ils se presseront en foule afin de voir ce spectacle. Toutes ces manifestations montrent l’antipathie profonde de la population envers le r√©gime r√©publicain et ses repr√©sentants ‘locaux.

 

Mais l’antipathie et la col√®re s’estomperont un peu lorsqu’on comprendra qu’il s’agit de marcher avec les insurg√©s contre les troupes r√©publicaines. Aussi, lorsque certains habitants apporteront des d√©nonciations √† BACKES, d’autres lui demanderont des ¬ę exemptions ¬Ľ 47. Lorsque les bardes rebelles d√©cideront de se rendre √† Stavelot, il faudra toute l’√©nergie de GASPAR pour que marchent les jeunes gens de Vielsalm. La d√©sertion des fils LAMBERTY est significative.

Sortis de Vielsalm, les paysans se dirig√®rent vers Stavelot et s’arr√™t√®rent en cours de route dans le village de Wanne, profitant de cette halte pour forcer les habitants √† grossir leurs rangs. L’ex-seigneur de l’endroit, le baron de WAHA, se joignit aux insurg√©s, non sans r√©ticence d’ailleurs 4B.

Eug√®ne de WAHA √©tait agent de la commune de Wanne. Malgr√© sa charge, il restait fort peu enthousiaste devant les id√©es r√©publicaines. Le 27 vend√©miaire an VII [18 octobre 1798], il avait √©t√© accus√© d’avoir tenu des ¬ę propos tr√®s inciviques ¬Ľ con¬≠tre les citoyens de Vielsalm et de Grand-Halleux. I! avait refus√© en effet de porter la cocarde tricolore et s’√©tait indign√© qu’on l’appelle ¬ę citoyen ¬Ľ 49.

 

BASSENGE avait exig√© que l’on prenne des mesures s√©v√®res contre lui 50. Il affirmait qu’au dessus de la ¬ę porte de l’ex-ch√Ęteau de cet ex-baron, il existe un double aigle ¬Ľ. Plus tard, cet embl√®me sera compl√®tement martel√©. Le 13 brumaire [3 no¬≠vembre], BASSENGE √©crit au commissaire du directoire ex√©cutif √† Stavelot

¬ę que l’ex-baron de WAHA a somm√© les jeunes gens et les chefs de m√©nage de sa commune √† se rassembler. On ajoute que ce rassemblement devait se r√©unir aux brigands ¬Ľ.

 

46 Un de ces chefs est Emmanuel Millet, de Petit-Halleux. Son r√īle dans l’insurrection, d√®s l’arriv√©e des insurg√©s √† Vielsalm, a √©t√© d√©nonc√© par Damseaux, √©cri¬≠vant √† ‘Bassenge (L. 325).

47 Sans doute ¬ę exemptions ¬Ľ de servir dans l’arm√©e des insurg√©s ou d’√™tre soumis √† des r√©quisitions.

48 L. 327, Rapport Backes.

49 Ibidem.

50 L. 327, ‘Lettre de Bassenge, dat√©e du 18 octobre 1798, adress√©e au commissaire du directoire ex√©cutif de Stavelot.

 

(p.163) L’affirmation de BASSENGE semble en contradiction avec le r√©cit de BACKES. Le baron para√ģt bien avoir ¬ę pr√©par√© ¬Ľ l’arriv√©e des paysans et rassembl√© des recrues, mais lorsque les rebelles sont arriv√©s, il semble avoir h√©sit√©, pour une raisc.i ou l’autre, et n’a sans doute march√© ‚ÄĒ comme dit BACKES ‚ÄĒ qu’√† la derni√®re extr√©mit√© : ¬ę Ayant donc pouss√© notre chemin jusqu’√† Wanne, √† une lieue de Stavelot, nous nous y arr√™¬≠t√Ęmes pendant un long espace de temps, tandis que d’autres entr√®rent dans cette commune et le ch√Ęteau qui y est siu√©t pour forcer les habitants, √† ce ru’O’n disait, √† marcher. On a aussi dit que ce n.’a √©t√© qu’√† la derni√®re extr√©mit√© que le ci-devant ba¬≠ron a march√© ¬Ľ 51.

 

Les rebelles entrent √† Stavelot (31 (= ‚Äėsurcorrection‚Äô) octobre 1798).

 

Le  secrétaire   de   Reuland,   BACKES, nous relate son arrivée à Stavelot :

¬ę Enfin les brigands s’√©tant accrus par ce dernier village et quelques autres voi¬≠sins, on nous ordonna de descendre. Nous √©tant rassembl√©s dans le village, nous descend√ģmes la montagne pour passer dans le bois de la ci-devant abbaye de Stavelot, qui joint presque √† cette ville. On h√©sita d’y entrer, craignant qu’il n’y e√Ľt ouelqu’ embuscade, mais quelques-uns √©tant all√© √† la d√©couverte rapport√®rent qu’il n’y avait rien. Nous f√ģmes encore heureusement ce pas en avant, pour nous approcher du lieu qui devait √™tre la honte de la l√Ęchet√© de ces brigands.

En sortant du bois, le dit Michel LOUEN accourut et tendit un pistolet √† un de ses deux fils, lui disant, qu’il devait remarquer par l√† l’estime dont il jouissait dans Stave¬≠lot puisqu’on lui avait d√©j√† envo√Į√© de l√† ce pistolet en pr√©sent. Il dit encore plu¬≠sieurs sottises pareilles par lesquelles il ne gagna que le m√©pris de tous, mais on √©tait forc√© de faire violence √† son envie de rire pour ne pas √™tre expos√© √† un imminent danger. Il s’√©tait tellement fait craindre ainsi que tous les autres chefs, que personne n’osait se d√©clarer pour son camarade. En descendant la montagne √† c√ī¬≠t√© de Stavelot, Michel LOUEN criait sans cesse de ne pas trop se serrer, bien que le grand nombre fit accroire qu’on √©tait en plus grand nombre qu’on y √©tait effectivement. La colonne pouvait cependant alors √™tre forte de mille hommes au plus. Ar¬≠riv√© au pont de Stavelot 52, on s’y arr√™ta pendant environ une heure, tandis que les fr√®res de GASPAR qui n’√©taient pas meilleurs que lui, entr√®rent dans la ville avec d’ autres encore pour espionner s’il n’y avait rien dans la ville. Arriv√© sur la place, je vis l’arbre de libert√© avec la balustrade qui l’entourait, abattu. J’ignore qui l’avait ainsi mis en pi√®ces. Incontinent apr√®s notre entr√©e, GASPAR somma la ville de se mettre sous les armes et de se joindre √† l’arm√©e de J√©sus-Christ, de plus de faire des loge¬≠ments pour 3000 hommes et de tenir pr√™ts 60 chevaux dont 40 pour l’artillerie et 20

 

51 Le baron Eug√®ne de Waha abandonnera, d’ailleurs, la colonne des r√©volt√©s le len¬≠demain et se dissimulera chez son fr√®re,¬† au¬† ch√Ęteau¬† d’Ouhard¬† (Anthisnes),¬† jus¬≠qu’√† ce qu’il puisse repara√ģtre √† Wanne, en toute tranquilit√©. L. 374.

52 Il s’agit du pont sur l’Ambl√®ve, pr√®s des anciennes tanneries.

 

(p.164) pour le piquet 53. Il alla ensuite avec les co-commandants √† la chambre de la muni¬≠cipalit√©. J’ignore encore si on y a fait du d√©g√Ęt ou si on y a vol√© parce que je n’y √©tais pas-pr√©sent…

Sur ces entrefaites arriva une charrette charg√©e de pain et de beurre que GASPAR avait mis en r√©quisition dans des villages. ¬Ľ

Les insurg√©s ne firent cependant pas long feu √† Stavelot et, dix jours plus tjard, les troupes du capitaine VEYSSET les √©crasaient avec une facilit√© d√©concertante, comme ils l’avaient fait la veille, √† Ambl√®ve (Amel), avec la colonne qui s’√©tait dirig√©e vers B√ľtgenbach. “

Ce dernier √©pisode, ainsi que la s√©v√®re r√©pression qui le suivit, feront l’objet d’un prochain article 54.

 

Albert WARNOTTE

 

Dans un supplément extraordinaire à La Gazette de Liège, daté du 12 brumaire (2 novembre), est inséré ce billet de sommation :

¬ę Stavelot est somm√© de livrer √† la minute des vivres pour 3.000 hommes de pied, 40 chevaux et 24 chevaux d’ordonnance, sell√©s -et brid√©s.

Fait le 31 octobre au Champ de Mars. Armée chrétienne.

Gronde! [lisez : Crendal, cur√© d’Audrange] et Millet [l’ex-pr√©sident de la municipalit√© de Salm], chef de l’administration ¬Ľ.

Backes fait allusion √† de (‘artillerie, mais aucun autre document ne mention¬≠ne ces canons qui, s’ils ont jamais exist√©, n’ont particip√© √† aucun nombat. L’orthographe¬†¬† originale des passages cit√©s a √©t√© respect√©e, avec ses fautes.

 

1795

G. Remacle, Sous l’occupation fran√ßaise, in¬†: GSHA, 11, 1979, p.100-101

 

Des notes d’Antoine Renard, de Lansival ‘7, nous avons extrait les suivantes, qui nous replacent au temps de la pr√©sence dans nos r√©gions des troupes fran√ßaises :

¬ę L’an 1697, au mois d’octobre, les Fran√ßois sont entr√© dans le pays de Stavelot et il y ont demeur√© 18 jours et pendant ce tems la il y avoit six cent chevaux de dans Lierneux, et tous les jours ont leur donnoit 200 cops d’avoine et 600 rations de foing pendant ce tems la, le village de Lansival at donn√© 330 cops d’avoine et 963 rations de foing, et hors de cette somme les enfans Renard ont donn√© 110 cops d’avoine et 320 rations de foing, et par tout le pays de Stavelot et par tout le Ban ils ont leure tanti√®me des soldats et rien que dans le Ban de Lierneux ils ont mang√© trois mille et huit cens cops d’avoine ce qui cause une grande pauvret√© dans le

pays. ¬Ľ

Parlant des troupes françaises encore, se trouvant dans la région un siècle plus

 

17 Ces notes ont √©t√© utilis√©es pour r√©diger une notice consacr√©e au temps des loups dans la r√©gion de Lierneux, dans le n¬į 8 de cette revue, juin 1978, p. 86.

 

tard, en 1795 :

¬ę Ils ont fait donner des souliers, j’en ait donn√© pour ma parte 4 paires de neux souliers et tous a proportion de la taille ils se sont fait donner la cinqui√®me et la hui¬≠ti√®me de vaches et des moutons et ils payent le tout avec les assignas qui ne nous valoient rien et d’aucun usage, la chert√© est si grande que la cop de regon se vend sur le marchez √† Stavelot 18 escalins, l’avoine √† proportion, la cop de crompirs 5 escalins, toutes les bestes sont sans prix, un bon cheval se vend jusqu’√† 20 louis d’or, une vache 6 ou 7 louis, les moutons maigres 22 escalins… Je prie Dieu qu’il nous donne la paix que le monde ne peut pas donner et nous pardone tous. Actum le 16 juillet 1795. ¬Ľ

 

1797

Ph. L., Aux d√©buts de l’occupation fran√ßaise, in¬†: GSHA, 14, 1981, p.102

 

Le fameux serment de haine √† la royaut√©, introduit par l’administration fran√ßaise dans nos r√©gions √† partir de 1797, fut accept√© sans trop de difficult√©s par les adminis¬≠trateurs et fonctionnaires luxembourgeois. Par contre, il divisa profond√©ment le clerg√© entre ¬ę jureurs ¬Ľ ou ¬ę asserment√©s ¬Ľ et ¬ę r√©fractaires ¬Ľ ou ¬ę non asserment√©s ¬Ľ.

D’un registre des bapt√™mes 9 qu’un de nos membres a bien voulu nous pr√™ter, nous extrayons l’√©l√©ment suivant, √† verser au dossier de la pers√©cution religieuse au d√©but ide l’annexion fran√ßaise.

¬ę Le 2 … [illisible] de l’an mil huit cent, devant moi, Pierre Joseph G√Ętez 10, pr√™tre non asserment√©, Jean Nicolas Wauthier, veuf bourgeois de Bastogne, son cur√© √©tant pour lors disparu “, [a √©pous√©] Marie-Joseph Crine, de Tavigny, majeur[e] d’√Ęge, son cur√© √©tant jureur. ¬Ľ

Ces quelques lignes montrent que des pr√™tres non asserment√©s continuaient √† ‘assurer le culte dans certaines localit√©s d’Ardenne. Quant au registre dont √ęlies sont extraites ‚ÄĒ et ce n’est pas le seul ‚ÄĒ, il serait souhaitable qu’il soit d√©pos√© aux Archi¬≠ves de l’Etat afin qu’il puisse √™tre connu, r√©pertori√© et utilis√© par quiconque s’int√©resse √† l’histoire ou √† la g√©n√©alogie. Combien d’autres documents, de m√™me importance, tra√ģnent encore chez des particuliers, √† la merci d’un accident ?

 

8 Gilbert TRAUSCH, Le Luxembourg sous l’Ancien R√©gime, Luxembourg, 1977, p. 43.

9 Ce registre contient aussi des mariages, comme on peut le voir par l’extrait donn√©.

10 Selon le registre, il √©tait n√© √† Cowan. Vicaire de Commanster, il fut ¬ę pr√™tre ¬Ľ √† Cowan de 1797 √† 1802, au moins et, en 1807, √©tait desservant √† Baclain.

11 Sans doute, non-jureur, √©tait-il cach√© comme tant d’autres, dont le cur√© de Vielsalm, Pierre Barth√©l√©my. Gaston REMACLE, Vielsalm et ses environs, 2e √©dit., Vielsalm, 1968, pp. 85-87, 216.

 

1798

Vik Eggermont, DE BOERENKRIJG, in: L’ Accent-Kenmerk, nov. 1998, p.20-24

 

(…) Een nederlaag, na een strijd die op amper twee maanden (de Boerenkrijg barstte los te Overmeire-Donk, n.a.v een eerder banaal dagdagelijks incident en eindigde alI op 5 december, na het verraad van een tienstuiversgast en een

daaropvolgend hopeloos en bloedig gevecht), niet minder dan l5.000 doden had gevraagd. Laten wij uit deze herinnering nieuwe kracht putten, kracht geput uit de tweestrijd tussen hoop en wanhoop van vechtende mannen, kracht geput uit de rouw om wat wellicht het meest gaaf gebleven deel van ons volk was. Volk dat in een meedogenloze kamp eendrachtig het offer der opperste zelfverloochening gebracht heeft.

 

In onze verbeelding zien wij dan ook

* de vlam der kanonnen van Ceel, Meerhout en Mol,

* de nachtelijke vuurgloed van het brandende Herentals,

* de wanhopige man-aan-man gevechten te Puurs en te Bornem,

* de vlucht uit de omsingelde vesting Diest, met achter zich de vlammende Allerheiligenberg, waarop, als een schim, de bleke, woedende tronies van Jardon en Chabert, en het blauwe dodenmasker van de verdronken

schatbewaarder der boeren, Theodoor van Dijck,

* Hasselt, met zijn stukgeschoten muren en ingedeukte poorten, de slachting met de daaropvolgende vlucht door de boomgaarden van Klein-Lindeken,

* de gedaanten van de ongelukkigen, gemartelden: eerst als krijgsbuit brutaal tentoongesteld in de straten van Brussel: Albert Meulemans en Pieter Corbeels, de latere onthoofden van Doornik,

* de verdwenen strijdmakkers Jan Eelen, Cornelis Stolman, advokaat Heylen en zovele anderen…

* En over dit alles, de sluier van het verleden en de naamloze stoet van duizenden gevangenen, weggevoerde priesters, naar een “Totenwald” avant-la-lettre. In de tien maanden die de Boerenkrijg voorafgingen zijn in onze gewesten niet minder dan 875 priesters veroordeeld. Maar de Fransen slaagden er slechts in 7 l onder hen aan te houden. Zij werden allen gedeporteerd naar de Franse oorlogshaven, Rochefort aan de monding van de Cironde en naar de eilanden R√© en Ol√©ron in afwachting van hun verder transport naar de hel van Cuyana.

 

Zij allen zijn opgestaan en gevallen omdat zij in het diepst van hun wezen, in hun bezit en hun Codsdienst gekwetst werden. De Boerenkrijg wordt in Franse bronnen meestal aangeduid met de naam l’ ‚ÄúInsurrection de l’an VII”.

Zoals al gezegd wordt het incident te Overmeire op 12 oktober l798 algemeen als het begin beschouwd.

 

Incident dat als een vlam oversloeg op de nabije dorpen en naar andere gewesten: naar Oost- en West-Vlaanderen, waar de opstand al na enkele dagen bedwongen werd. Naar Klein-Brabant en de gunstig gelegen, want nauwelijks begaanbare Kempen, naar Henegouwen en naar de streek van Entre-Sambre-et-Meuse, en ook hier werd de opstand zeer vlug onderdrukt. De incidenten waren er sporadischer Niet omdat de bevolking er meer Fransgezind was dan elders, zeker niet. maar omdat zij er dun gezaaid was, de dorpen er verder van elkaar lagen en de sociale kontakten erg beperkt. Zelfs het verre Luxemburg, en niet alleen het Duitstalige deel, bleef niet onberoerd.

Pogingen om in l799, het jaar nadien al, een nieuwe opstand te beginnen mislukten, behoudens een kleiner oproer in het Land van Overmaas. Omdat voor de tweede keer de beloofde hulp uit het buitenland, uit Pruisen en Hannover uit Wenen en van de Beneden-Rijn, maar vooral vanuit Engeland loze beloften bleven. Weliswaar verscheen een Britse vloot voor het eiland Texel – niet bepaald in de buurt van de brandhaard -, maar daar bleef het dan ook bij. Engeland wilde op dat ogenblik noch Frankrijk, noch Pruisen voor het hoofd stoten. Enkel William Pitt pleitte onomwonden voor een hereniging van Noord en Zuid onder leiding van Stadhouder Willem V. Maar zijn stem werd niet gehoord. En Willem V zelf verkoos de vriendschap van Oostenrijk boven zijn erfdeel. (p.20) Steun vanuit de steden was er niet of nauwelijks, al voegden enkele Brusselse en Antwerpse conscrits zich bij de opstandelingen. De Jacobijnse burgerlijke clubs met hun idee√ęn over de Verlichting hadden er al te grote invloed en collaboreerden maar al te graag met de vreemdeling, en de Franse troepen en bestuurders hadden er het gezag stevig in handen.

De oorzaken van de opstand zijn welbekend. De algemene misnoegdheid over het Franse bestuur dat tal van verplichtingen oplegde en al te bruusk zijn hervormingen opdrong.

 

Verder de opeisingen van primaire levensmiddelen door de militairen, die in waardeloze assignaten betaald werden (m.a.w onze voorouders werden bestolen), de toegenomen belastingdruk (destijds was zo iets nog in staat een algemene opstand uit te lokken !) en vooral de Godsdienstkwestie.

Dat hun kerken gesloten werden, de aloude rituelen van doop, huwelijk en begrafenis afgeschaft, dat hun vertrouwde priesters en monialen moesten onderduiken, de dorpsklok niet meer mocht luiden om de hoogtepunten van de dag en de ogenblikken van feest of rouw aan te kondigen, kortom . dat hun dagelijks meeleven met de traditie van de Godsbeleving hun werd ontnomen, was iets dat ons volk toen nog niet, ik druk er op: toen nog niet, kon aanvaarden. De Franse bezetters ontketenden bovendien een ware beeldenstorm, hun wandaden staan nog te lezen op de muren van onze kloosters en abdijen.

In de kerk van Zonhoven hangt nog altijd een Christus met afgehakte armen als blijvend aandenken aan het rauwe anti-clericalisme van de Sansculotten, de kerk van St. Goedele te Brussel werd geplunderd, de abdij van St. Pieters te Gent eenvoudigweg afgebroken.

 

De kerkprovincie Keulen, waartoe destijds ook Luik behoorde, hing af van A. Della Genga, de latere Paus Leo XII. Hij vergeleek de Franse Revolutie met de zondvloed. Onder meer het socialisme en het liberalisme zouden uit haar beginselen voortvloeien zij is de moeder van alle kwalen.

De wet op de conscriptie, t.t.z de wet op de verplichte legerdienst, waarbij hun zonen veroordeeld werden op verre slagvelden en voor vreemde belangen te gaan creperen, was wellicht de druppel die de emmer deed overlopen.

 

Kortom, ons volk zag zich in zijn meest essenti√ęle waarden aangetast.

In feite was de boerenkrijg dus een plattelandsverschijnsel, zoals trouwens ook in Luxemburg en in de Vendée.

 

Maar deze opstand was veel minder ongeordend dan gewoonlijk wordt aangenomen. Er bestond wel degelijk een algemeen krijgsplan: Antwerpen en Brussel van elkaar scheiden, vandaar de aanval op Mechelen en Willebroek,

doorstoten naar het Westen, naar Gent en Tielt en vandaar naar Oostende, om een landing van de Engelse vloot mogelijk te maken. En terzelfdertijd oprukken naar het Oosten, om via Diest en Hasselt in verbinding te komen met Maastricht aan de Maas en met Emmerik aan de Nederrijn, vanwaar Oostenrijkse hulp alsmede deze van Franse émigrés verwacht werd. Maar Oostenrijk toonde weinig belangstelling. De Keizer voerde zelfs onderhandelingen om zijn Nederlandse bezittingen te ruilen tegen Beieren. Het plan mislukte, de steden bleven afzijdig, er was een schromelijk gebrek aan zware wapens, lees: kanonnen en, zoals al gezegd: bijstand van uit de vreemde bleef uit. Maar vooral, de opstand brak te vroeg uit, men was er niet klaar voor.

 

Opvallend is dat de meeste leiders tot de vermogende klasse van de plattelandsburgerij behoorden. Mane van Gansen uit Westerlo was een vermogend brouwer-landbouwer AIbert Meulemans uit Tongerlo een landmeter die geregeld voor de abdij en voor zijn (eveneens uitgeweken) abt Godfried Hermans had gewerkt. P. Corbeels uit Turnhout was een bekend drukker hij mag trouwens als de grondlegger van de Turnhoutse drukkerijnijverheid beschouwd worden. C. Eelen uit Scherpenheuvel was geneesheer Heylen uit Herentals, een notariszoon, was advocaat. Benedict Rollier uit Willebroek was een begoed handelaar J. Caeymax was notaris te Berlaar en Th. Van Dijck, de schatbewaarder van het leger (ook dàt getuigt van een zekere organisatie) was eveneens notaris en gemeentesecretaris te Westmeerbeek.

 

Zij hadden bij de opstand niets te winnen, wel alles te verliezen. Zij waren evenmin onbekwamen als het op krijgskunst aankwam. Van Gansen, Meulemans en Van Dijck hadden hun sporen als leider verdiend in de Brabantse OmwenteIing van l 789. Zij waren be√ęedigd als kapiteins.Jan Harts uit Geel, nog een aanvoerder had toen gediend onder Van Gansen. Corbeels had zijn verdiensten als drukker van oproerige geschriften tijdens die Omwenteling. Hun troepen waren echter te impulsief te onervaren en er was onvoldoende tucht en co√∂rdinatie om het met succes tegen het machtige Franse leger op te nemen, leger dat dan toch al heel Europa onder de voet had gelopen… (p.21)

 

De Fransen realiseerden zich dan ook vrij vlug dat het om méér ging dan om een aantal afzonderlijke opstootjes. Zij vermoedden er dadelijk een internationaal complot achter.

Vanaf 23 oktober zond het Directoire Generaal Colaud, een oude rot in het vak, als opperbevelhebber met de opdracht de opstand met alle middelen te onderdrukken. En als wij zeggen “met aIle middelen’-. dan weten wij wat de Fransen, dat hoog geciviliseerd volk. daarmee bedoelden. De gruwelijke gebeurtenissen in de eigen Vend√©e, waar de Sansculotten niet aarzelden om vrouwen en kinderen levend in brandende ovens te steken. zijn ons bekend. Van Meenen, Rouppe, Du Bosch werden naar Frankrijk geroepen om er een spoedcursus in wat ik zou noemen, “verdrukkingskunde” aan de Ecole Normale te volgen. Merkwaardig: wij zullen dezelfde namen ook na 1830 belangrijke posten in het nieuwe Belgi√ę zien bekleden.

 

De Fransen pakten de opstand dan ook vooreerst aan in zijn centraal zenuwknooppunt. nl. Klein-Brabant, waar de laatste weerstandsnesten. na heldhaftig verweer. op 4 november te St. Amands-aan-de-Schelde en op 5 november te Bornem werden opgeruimd. Zo werd West van Oost gescheiden. Het was enkel in de Kempen dat zij het toen nog moeilijk hadden. De Kempen was een moeilijk, dun bevolkt gebied van heide. bossen en moerassen, zonder veel verbindingswegen. Dat was de oorzaak dat de brigands (brigands. bandieten, zo werden onze voorouders door het Franse herenvolk genoemd) er langer konden weerstaan. Reeds op 6 oktober was Van Dijck er al begonnen met de recrutering van soldaten. Tussen 2 l en 26 oktober deed hij herhaalde pogingen om meer conscrits te werven. Daardoor werd de impact van het Kempisch leger op het geheel van de krijgsverrichtingen zo groot, dat Engelse en Hollandse bronnen gewagen van de “Brabantse opstand”. niet te verwarren natuurlijk met de Brabantse Omwenteling.

 

In totaal hebben er in de Kempen en het aangrenzende Hageland (waar Geetbets het centrum van de opstand vormde) zowat 5 belangrijke gevechten plaats gevonden:

l de slag te Herentals op 28 oktober

2 de slag bij Meerhout op 5 november

3 de inname van Diest met de bedoeling een uitval te wagen in de richting van de abdij van Vlierbeek nabij Leuven, daaropvolgend: het beleg van en de ontsnapping uit Diest tussen l 2 en 1 5 november

4 de verloren slagen bij Mol-Hulsen, Meerhout en Geel op 2 1 november en tenslotte

5 de slag bij Hasselt, die eindigde – en zoals al gezegd, daarvoor hadden de Fransen de hulp van een tienstuiversgast nodig – op een bloedige nederlaag. gevolgd door een genadeloze repressie, niet de eerste, evenmin de laatste in onze geschiedenis.

 

De Vendée belgique kon beginnen!

 

Wij moeten de Boerenkrijg evenwel in zijn juiste context plaatsen en hem ontdoen van de al te romantische interpretaties die men er achteraf heeft aan gegeven.

 

Vooreerst, het lag helemaal niet in de bedoeling een eigen staat te stichten. Dat een boerenkrijgleider dan ook stierf met de kreet “leve Dietsland!” op de lippen, zoals ik ooit bij een jeugdschrijver las. is bijgevolg de reinste

onzin. Wij bewijzen hun nagedachtenis dan ook geen dienst met dergelijke prietpraat. Enkel een terugkeer naar de toestand van voor de Franse inval was het oogmerk, een herstel van de Oostenrijkse Nederlanden. Dat sommige leiders een besef hadden van de vroegere en teloorgegane eenheid der Nederlanden onder Oranje is een feit. Dat wordt alleen al bewezen door een lied uit die tijd waarin het klinkt: “Nederlanders! Blijft nu bijeen. wij moeten standvastig wezen”. lk meen echter dat dit aspect van de Boerenkrijg nog onvoldoende aandacht kreeg en wil er bijgevolg voorlopig niet verder op ingaan.

 

Verder dienen wij goed voor ogen te houden dat onze Zuidelijke Nederlanden in

l789, datum van de Franse Revolutie, absoluut niet achterop hinkten tegenover Frankrijk. Integendeel. onze bevolking had het, alle verhoudingen in acht genomen. veel beter dan de mensen in Frankrijk.

 

In Frankrijk kwamen de Staten-Generaal bv. niet meer bijeen sedert de regering van Lodewijk XlV Bij ons werkten de Staten van de hertogdommen en graafschappen wel degelijk. Niet volmaakt, zeer zeker niet. niet naar maatstaven die men een “moderne democratie’. zou kunnen noemen, maar.. ze werkten en redelijk bevredigend. Er bestond wel degelijk een vorm van .’parlementair regime’-. In Frankrijk bestond van dat alles niets.

 

(p.22) Onze gewesten kenden in l789, zowel op politiek vlak als op staatsrechterlijk gebied een andere voorgeschiedenis dan Frankrijk. De politieke rol van de adel bv was hier nog maar miniem, was haast uitgespeeld. Een begin van

egalisatie was al in de tijd van Keizerin Maria-Theresia waarneembaar Bovendien kon men in de Zuidelijke.

Oostenrijkse Nederlanden, in tegenstelling tot Frankrijk, steunen op een “corpus’. van constitutioneel recht, waarin sommige natuurrechten deels als positief recht waren opgenomen. Tot dat corpus behoorden o.a. volgende beginselen:

. elke onderdaan moet in rechtszaken beoordeeld worden met inachtneming van recht en vonnis door zijn natuurlijke en gewone rechter;

. het petitierecht;

. onschendbaarheid van de woning 

. persoonlijke vrijheid; 

. aanhoudingen mogen slechts geschieden onder voorwaarden voorzien bij de wet;

. het recht om zich vrij te verplaatsen en handel te drijven mits inachtneming van de politievoorschriften en het betalen van de vereiste tollen;

. het recht om zich in officiele aangelegenheden van zijn moedertaal te bedienen;

. recht om te vergaderen

. recht van vereniging

. recht op het verwerven van eigendom en er zich volgens de wet van te bedienen.

 

Voorwaar het lijkt wel op een verklaring van de rechten van de mens avant-la-lettre. En het klinkt dan ook nogal potsierlijk van Franse zijde te horen verkondigen dat zij ONS kwamen bevrijden van het feodaal juk !

 

“Vrijheid, gelijkheid, broederlijkheid” ?

 

Vrijheid, ja om de dictatuur van de bajonet te ondergaan, gelijkheid, ja om de Franse belangen te dienen, broederlijkheid, ja om heel Europa onder de voet te lopen in naam van het staatsnationalisme, dat aan de bron zou liggen van het imperialisme. En het is en blijft dan ook een schande dat Belgische politici er toe bereid waren deze Franse Revolutie te vieren.

 

In 1892 en in 1992 werd de Franse overwinning bij Jemappes in 1792 gevierd.

In 1994 werd de Franse overwinning nabij Fleurus in 1794 herdacht met een tentoonstelling te Charleroi.

 

Renegaten, bastaarden zonder vaderland. die hun eigen volk, hun eigen geschiedenis verloochenen voor een handvol zilverlingen, erger nog dan de verrader die de Fransen in Hasselt een kortere weg aanwees, hen zodoende

in staat stellende de Boerenjongens in de rug aan te vallen. En diezelfde vaderland- en eerlozen regeren ons nog altijd!

 

De Boerenkrijg was geen opstand van een bende achterlijke conservatieven. van een verzameling onwetende dorpelingen, boerenkinkels, die met hun tijd niet mee konden, die het ritme. de warme harteslag van de moderne tijd niet begrepen hadden. Integendeel, de Nederlanden, ook de Zuidelijke, nochtans al zoveel jaren zonder een eigen en zelfstandig bestaan, geregeerd door eigen vorsten. waren op het gebied van burgerlijke vrijheden ver vooruit op het achterlijke Frankrijk.

 

Het was de opstand, de totale opstand van een wezen dat zich in zijn bestaan, in zijn leven en in zijn ziel bedreigd voelt. Bedreigd door de dood als volk.

 

Ook nu weer worden wij bedreigd als volk, ook nu lopen de Zuidelijke Nederlanden het gevaar uit de Europese geschiedenis te verdwijnen. En dit omwille van redenen die zelfs het adjectief “dwaas” niet eens verdienen.

 

Laat dit blad zich tot het uiterste inspannen om deze ramp te vermijden. ten koste van alles. Slechts dan zal het het recht hebben om de doden van de Boerenkrijg eerlijk in de ogen te kijken.

 

(p.23) La Guerre des Paysans

 

La Guerre des Paysans fut un √©chec. Elle dura √† peine deux mois et exigea 15.000 morts. Les ruines s’accumulaient dans divers villages et cit√©s du pays. Des milliers de prisonniers, des centaines de pr√™tres rel√©gu√©s aux √ģles de R√© ou d’Ol√©ron en attendant leur d√©portation vers l’enfer de la Guyane. Pourquoi cette “insurrection de l’an VII” comme l’appelaient les r√©volutionnaires fran√ßais? Le r√©gime fran√ßais imposait trop d’obligations et de r√©formes √† la fois. Il y avait en plus la confiscation des vivres par les militaires qui payaient en assignats sans valeur, la fiscalit√© √©crasante et la question religieuse. Enfin, la loi introduisant le service militaire obligatoire fit d√©border la coupe.

 

Nonobstant l’aspect plut√īt rural de cette insurrection contre le r√©gime fran√ßais, elle √©tait beaucoup plus organis√©e qu’il est g√©n√©ralement admis. Les chefs sortaient de la classe ais√©e de la bourgeoisie rurale. Ils n’avaient rien √† gagner dans cette r√©volte, mais bien tout √† perdre. Plusieurs d’entre eux avaient combattu en 1789 lors de la

r√©volution braban√ßonne et conduisirent les troupes √† cette √©poque. Ils avaient donc de l’exp√©rience militaire.

 

Les Fran√ßais sentirent bien vite qu’il s’agissait de plus que de quelques petits soul√®vements locaux et soup√ßonnaient m√™me l’√©tranger d’√™tre dans le complot.

 

Plusieurs combats eurent lieu tout sp√©cialement en Campine, r√©gion peu habit√©e √† l’√©poque et pr√©sentant de grands avantages strat√©giques pour les “Paysans”.

 

Il ne s’agissait pas pour les insurg√©s de fonder un √©tat propre. Non, le retour √† la situation d’avant l’invasion fran√ßaise leur suffisait. Et six ann√©es d’occupation et d’annexion fran√ßaise leur avait fort bien fait comprendre que la situation de nos provinces √©tait de loin meilleure que celle des Fran√ßais d’avant la R√©volution. Nous connaissions un certain “r√©gime parlementaire”. En France il n’en √©tait rien. Nos provinces connaissaient un ensemble l√©gal qui composait une esp√®ce de droit constitutionnel dans lequel certains droits naturels √©taient repris de mani√®re positive. Le tout ressemble √©trangement √† une sorte de d√©claration des droits de l’homme avant la lettre!

 

La “Guerre des Paysans” a √©t√© une insurrection totale d’un √™tre qui se sentait menac√© dans son existence, dans sa vie, dans son √Ęme. Menac√© de mort en tant que peuple. Aujourd’hui les Provinces Belgiques du Sud sont √† nouveau menac√©es de dispara√ģtre de l’histoire europ√©enne. A nous de l’emp√™cher.

 

1798

Joseph Hens, LA GUERRE DES PAYSANS DU PAYS DE SALM ET STAVELOT EN 1798, in : Les Amis de Logbiermé, 21, 1998, p.63-65

 

Nous trouvons sous ce titre, dans Wallonia, revue wallonne qui se publie √† Li√®ge, le r√©cit suivant d’une bien savoureuse na√Įvet√©.

Il est √©crit en patois (NDLR: plut√īt en langue wallonne), avec la traduction fran√ßaise en regard. Nous nous contenterons de donner celle-ci :

“Mes arri√®re-grands-oncles maternels, Jean-Guillaume Gengoux et Jean-Henri Hubert, tous deux de Commanster, prirent part √† la guerre des paysans – li guerre des kl√©p√®ls – (allemand : Kl√∂ppel). Mon arri√®re-grand-m√®re, Marie-Jeanne Hubert, leur belle-sŇďur et soeur, d√©c√©d√©e √† Commanster en avril 1859, √† l’√Ęge de 82 ans, racontait volontiers la marche des kl√©p√®ls vers Stavelot, pour aller battre les Fran√ßais; son r√©cit s’est conserv√© dans ma famille; je le transmets fid√®lement.

Mes deux grands-oncles ont √©t√© “serr√©s” √† la guerre des “Kl√∂ppels”.

Mon arrière-grand-mère, quand on lui en parlait, riait toujours et quand on la trouvait en bonne (humeur), elle avait encore bon de la raconter.

Il faut vous dire qu’avant que les Fran√ßais ne chassassent les Imp√©riaux “hors” du pays, on √©tait fort tranquille.

On arrivait √† payer ses tailles et on ne levait des soldats que ceux qui voulaient bien “signer”.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

 

Les Fran√ßais, d√®s qu’ils furent ma√ģtres, augment√®rent les tailles, vol√®rent les cloches dans les √©glises (une sur trois pour faire des canons), abattirent m√™me les croix dans certains villages, et le pis de tout, ils voulurent faire tirer les jeunes hommes arriv√©s dans l’√Ęge de la “r√©quisition”.

On en fut vite fatigué, on les souhaitait à tous les diables et on parlait de les traquer, mais tout bas, puisque les curés eux-mêmes ne pouvaient trop se laisser voir.

 

On ou√Įt dire qu’on avait trouv√© des lettres d’or tomb√©es du paradis du c√īt√© de Weiswampach et qui disaient qu’on devait chasser les Fran√ßais.

On dit ensuite que les villages allemands de la frontière bougeaient.

Et un beau jour, avant midi, on vit arriver les ki√īppels.

C’√©taient les gens de Weiswampach, d’Asselborn, de Reuland, d’Espl√ģ, de Maldingen, de Grifeldingen, Aldringen, de Thommen et de Beho,

Ils s’assirent hors du village tout le long de notre terre; ils y mang√®rent leurs tartines. Certains avaient des gourdins, des houes, mais la plupart avaient des faux.

 

Pendant qu’ils mangeaient, “T√®p√®m√®h√©l”, le r√©tameur de Weiswampach, “Krendal”, le neveu du cur√© d’Oderhange (Aldringen) et le “Dragon” qui √©tait alors charron √† Espl√ģ, vinrent chez “l’agent” qui √©tait le grand Mar√©chal. (On l’appelait le Dragon parce qu’il avait √©t√© dragon “dans” les Prussiens)

Je les vois toujours, Krendal était monté sur un cheval qui avait une panse comme une vache; il faisait comme un diable à cause que Maréchal, qui avait peur, ne se laissait pas voir.

Tèpèmèhél avait un grand sabre .

 

Enfin Mar√©chal arriva; le Dragon “r√©quisitionna” du pain, du beurre et du lard; puis ii lui annon√ßa que s’il ne voulait pas voir br√Ľler le village, il fallait qu’il y eut des hommes de Commanster qui marchassent avec eux pour aller battre les Fran√ßais.

Il y en eut tout plein qui partirent; notre Jean-Guillaume et notre Jean-Henri étaient du nombre.

Je vois encore notre gros Jean-Henri passer sous notre gros pommier avec son b√Ęton sous le bras et la besace au dos; il √©tait habill√© de son mieux et marchait joyeusement.

Le tambour roula; l’arm√©e des Kl√∂ppels se mit en route, les hommes de Commanster en avant.

Ils s’en all√®rent vers Burtonville, Neuville, Vielsalm, o√Ļ ils firent le m√™me jeu qu’√† Commanster.

A Lierneux, les gens voulurent √™tre plus malins; ils se moqu√®rent des Kl√∂ppels et dirent qu’ils ne marcheraient pas.

Les Kl√∂ppels commenc√®rent √† crier : “Du feu et de la paille pour br√Ľler Lierneux! ” Et ceux de Lierneux, en voyant cela, se turent et ils se ralli√®rent.

Les Klöppels passèrent la nuit à Lierneux; notre Jean-Guillaume et notre

Jean-Henri log√®rent chez l’horloger avec certains de Burtonville et avec Krendal, le Dragon et T√©p√®m√®h√®l.

 

Le lendemain, ils s’en all√®rent sur le Ban de Wanne; pass√© Wanne, avant d’entrer dans le bois de l’Abbaye, T√©p√®m√®h√®l rassembla les patriotes et leur fit un petit discours :

“Prenez courage, mes amis, quand nous arriverons √† Stavelot, vous aurez un mouchoir de patriote; √† Malmedy, vous aurez tous une paire de bottes.”

Ils travers√®rent le bois de l’Abbaye et ils entr√®rent √† Stavelot.

Certains entrèrent du coup chez Malacord (qui était la plus grosse boutique du pays) pour avoir leur mouchoir de patriote.

 

Les plus malins se le firent donner de suite; mais la plus grande partie écoutèrent la femme Malacord :

“Faites tout doux, mes enfants, vous aurez de plus beaux tant√īt. On va ramener un ballot de Malmedy”.

Le ballot de Malmedy, c’√©taient les gendarmes qu’on y √©tait all√© qu√©rir. Ils arriv√®rent sur le temps que les Kl√∂ppels ouvraient, sur le March√©, les tonneaux de marmelade et les pots de beurre qu’ils avaient r√©quisitionn√©s.

On cria : “les gendarmes !”

Et les Kl√∂ppels se sauv√®rent de tous les c√īt√©s, un pour l’√Ęme de son p√®re, l’autre pour l’√Ęme de sa m√®re.

Mais, au Champ-de-la-Pistole, avant d’entrer dans le bois de l’Abbaye, les “plus hommes” s’arr√™t√®rent, et, avec le Dragon √† leur t√™te, ils d√©cid√®rent que les gendarmes n’iraient pas plus loin …

Ce fut un laid jeu …

Il y eut un gendarme tu√© et des bless√©s des deux c√īt√©s.

Les Kl√∂ppels se battirent courageusement, mais les autres avaient les fusils, les sabres et les chevaux !…

Le Dragon vit qu’il n’y avait rien √† faire et il cria ” Sauve qui peut ! “

Les gendarmes ne purent retenir qu’un jeune homme de Neuville, qui fut emmen√© vers Luxembourg; on ne l’a plus revu, on a toujours dit qu’il avait √©t√© fusill√©.

 

Notre Jean-Henri revint le premier; Jean-Guillaume ne revint qu’environ quatre jours apr√®s: il avait attrap√© une blessure sous le genou, il s’√©tait tra√ģn√© vers Commanster comme il avait pu … Il demeura six semaines avec la jambe sur le coussin.

Jean-Henri, lui, avait peur d’avoir √©t√© reconnu des gendarmes; et, comme apr√®s la guerre des Kl√∂ppels, ils battaient et rebattaient le pays, il se tint cach√© six mois dans la grange. Pour le faire manger, quand on savait qu’il n’y avait pas de danger, on allait crier : “Picou, picou”, au-devant de la grange; il savait ce que cela voulait dire et il arrivait.

Puis tout cela s’oublia; on reprit le travail comme si de rien n’√©tait.

Le Dragon fut plus serr√©; les gendarmes all√®rent surprendre sa maison plus d’une fois; mais la derni√®re fois qu’ils vinrent, il n’eut pas le temps de se sauver et il se cacha comme il put sous le tas de paille.

 

Les gendarmes dirent qu’il √©tait l√†, qu’on l’avait d√©nonc√© … Ils retourn√®rent les fagots, les bottes de paille et il y en eut un qui le d√©couvrit. C’√©tait un brave homme; le Dragon s’appr√™tait √† se d√©fendre avant de mourir, quand le gendarme se mit √† rejeter la paille sur lui en jurant comme un pa√Įen, qu’il fallait qu’on l’e√Ľt, et il le traitait de tous les noms …

Depuis lors, on ne l’alla plus tourmenter…

 

Apr√®s la guerre des Kl√∂ppels, le Dragon, Cretels de son vrai nom, se maria et vint s’√©tablir sur le territoire de Commanster, √† quelques minutes de la fronti√®re. A ce temp√©rament d’insoumis, il fallait une vie de lutte; il devint, dit-on, l’un des plus redoutables contrebandiers du pays.

Krendal ne fut pas tant inqui√©t√©. Un peu apr√®s la guerre, il entra au s√©minaire et rempla√ßa finalement son oncle comme cur√© √† Oderhange (Aldringen). Il y est mort. A son sujet, un souvenir est rest√©. Tous les ans, le 3 novembre, de nombreux p√®lerins se dirigent vers Oderhange; ils vont prier Saint-Hubert de les pr√©server de la rage, eux, leurs chevaux et leurs bestiaux. C’est l’abb√© Krendal qui organisa cette f√™te et ce p√®lerinage. Voici √† quelle occasion : un chat devint enrag√© on ne sait trop comment; il mordit plusieurs chevaux, des vaches qu’il fallut abattre. L’abb√© Krendal fit les d√©marches n√©cessaires et cr√©a une confr√©rie de Saint-Hubert √† Oderhange. L’affluence des p√®lerins √©tait telle aux premi√®res f√™tes organis√©es que tous les confesseurs de la fronti√®re requis ne suffisaient pas pour les absoudre. L’abb√© Krendal, toujours √©nergique n’y allait pas par quatre chemins : il montait en chaire et disait : ” Que tous ceux qui n’ont ni viol√©, ni tu√©, se mettent √† genoux, je vais leur donner l’absolution !…

Tèpèmèhel, de Weiswampach, reprit et continua son métier de rétameur. Son arrière-petit-fils est ferblantier.

 

Le champ de la Pistole est un vaste terrain en partie rebois√©, situ√© sur la lisi√®re du bois de l’Abbaye (territoire de Stavelot). Des hommes s’y sont battus contre le ma√ģtre dont ils ne voulaient pas accepter les lois. Le sang vers√© pour une id√©e, quelle qu’elle soit, m√©rite le respectueux souvenir de tous. Pourtant, au champ de la Pistole, pas une croix (malgr√© l’accoutumance dans les Ardennes), pas une pierre, rien ne parle de la Guerre des Paysans, rien ne rappelle l’√©chauffour√©e sanglante, le geste rapide et tragique de cette poign√©e de courageux paysans…

 

(p.66) Texte et¬† illustrations¬† tir√©¬†¬†¬† de¬† “Histoire de Belgique par¬† la m√©tho¬≠de¬† active¬† et¬† concr√®te,¬†¬† degr√©¬† moyen”,¬†¬† R.J. et E. H√©bette¬† 1958.

LA   GUERRE   DES   PAYSANS

I Les paysans font la guerre contre les Français.

Il y a environ 160 ans, les Fran√ßais avaient conquis noire patrie et l’avaient rattach√©e √† la Franco.

Les Fran√ßais apport√®rent √† noire pays de bons changements, connue par exemple la suppression des droits sp√©ciaux des nobles et l’√©galit√© pour tons devant la loi. Malheureusement, ils prirent des mesures contre les pr√™tres et contre les √©glises qu’ils transformaient souvent en casernes on en magasins √† fourrage, apr√®s avoir enlev√© les oeuvres d’art et les objets sacr√©s. Celle fa√ßon d’agir m√©contenta beaucoup de Belges.

Or, en 1798, les Fran√ßais, qui avaient besoin de troupes pour faire la guerre √† l’Autriche, placard√®rent des affiches tricolores pour appeler sous les drapeaux tous les hommes non mari√©s, de 20 √† 25 ans., C’√©tait la premi√®re fois que les Belges √©taient oblig√©s de faire du service militaire. Jusqu’alors, les soldats avaient toujours √©t√© des volontaires. Aussi, dans les campagnes flamandes o√Ļ l’attachement √† la religion catholique √©tait tr√®s vif, les jeunes gens ne voulurent pas aller combattre pour les Fran√ßais qui ne respectaient pas leur religion.

 

1798

Olivier Graulich, Charles Legros, Salm en Ardenne, Vielsalm, 1994

 

(p.107) Chouans d’Ardenne

 

Le 24 octobre 1798, la r√©volte gronde, l’Oesling luxembourgeois est en insurrection. (39). Spontan√©ment, des bandes de pay¬≠sans se regroupent √† Weiswampach, puis Hosingen, et constituent ¬ę l’Arm√©e de J√©sus-Christ ¬Ľ. Alors qu’une partie de l’arm√©e marche sur Luxembourg, l’autre prend la direction de Reuland et Saint-Vith. La pre¬≠mi√®re colonne forte de 1500 paysans peu disciplin√©s n’arrivera jamais √† Luxembourg. Mal encadr√©s, mal √©quip√©s, les paysans sont balay√©s par les Fran√ßais, pourtant bien inf√©¬≠rieurs en nombre. Le 30 au soir, beaucoup de paysans restent couch√©s √† Arzfeld et √† Clervaux o√Ļ ils ont livr√© bataille.

 

La veille de cette d√©route, le 29 octobre donc, l’autre colonne se scinde en deux √† Saint-Vith. Cinq cents hommes se dirigent vers Ambl√®ve o√Ļ ils d√©cident de bivouaquer. Surpris la nuit par les Fran√ßais, soixante rebelles sont tu√©s, les autres se d√©bandent. Le reste des ¬ębrigands¬Ľ, c’est le nom que leur donnent les autorit√©s militaires, (p.108) arrive √† Vielsalm o√Ļ ils comptent recruter des porteurs de fourches, de piques et de¬† gourdins.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

A la lumi√®re des torches de paille, les insurg√©s conduits par Kretels, un ancien dragon autrichien, et Crendal d’Audrange, sont accueillis par les villageois.(40) Emmanuel Millet, de Petit-Halleux, chirurgien et ancien pr√©sident¬†¬†¬†¬† de l’administration municipale du canton (d√©c. 1796 √† avril 1798), se joint aux paysans et assure les fonctions de secr√©taire.

 

Le 30 octobre, les r√©volt√©s, m√™l√©s √† la foule excit√©e, abattent l’arbre de la Libert√© et

r√©clament les registres municipaux o√Ļ sont consign√©s les noms des conscrits et des imposables… A Vielsalm, comme dans tous les cantons cr√©√©s en 1795, l’arbre de la Libert√© plant√© sur la place du march√© repr√©sentait symboliquement la libert√©¬†¬†¬†¬† reconquise. On n’h√©sitait pas √† qualifier son tronc de sacr√© et c’est √† son pied qu’en certaines circonstances, les agents municipaux venaient pr√™ter le serment prescrit par la loi.

Le recrutement ne se fait pas sans mal. Les √©meutiers rassembl√©s sur la ¬ę place ¬Ľ saccagent les maisons du secr√©taire Marthoz et celle de J.C. Lamberty (ces deux maisons,- d√©j√† cit√©es par ailleurs, ont support√© bien d’autres p√©rils puisqu’elles sont toujours de bout aujourd’hui) dont les fils, rechignant √† l’enr√īlement, se sont √©vanouis dans la na ture. Les ¬ęchouans¬Ľ y trouveront dans les caves de quoi apaiser leur soif sinon leur fureur.

 

Exc√®s de pillage, exc√®s de boisson, exc√®s de passion, mais aussi exc√®s d’autorit√©, comme l’indique cette proclamation muscl√©e de Crendal √† l’adresse des villageois de Vaux- Chavanne, Mormont, Grand-Menil, dans la quelle il sugg√®re tr√®s fermement aux paysans de se rallier √† l’arm√©e de J√©sus-Christ : ¬ę… Ceux qui ne se rendraient pas end√©ans les¬†¬† ¬†¬†24 heures √† Vielsalm seront punis d’√™tre hach√©s et br√Ľl√©s, tant filles et enfants capables ou non capables d√©porter les armes.¬Ľ (41).

 

40) Apr√®s ces √©v√©nements Nicolas Kretels et Nicolas Crendal r√©ussirent √† √©chapper aux pour¬≠suites; Kretels s’installa √† Commanster dans la ferme qui porte toujours son nom et se livra √† la contrebande, Crendal devint cur√© d’Audrange.

41) Cit√© d’apr√®s G. REMACLE op.cit, p.91, note 16.

 

(p.109) Dans les rangs des insurg√©s, on retrouve des m√©contents bien s√Ľr, mais aussi les indif¬≠f√©rents embrigad√©s de force et terroris√©s par les discours enflamm√©s des chefs de la r√©bellion. Ces soldats de fortune se r√©v√©leront √™tre de bien pi√®tres combattants plus prompts √† la fuite qu’aux exploits hom√©riques.

Durant des journ√©es, ¬ęl’arm√©e catholique¬Ľ h√©site, perd du temps dans les marches et contre-marches, pour finalement s’engager le 31 octobre sur la route de Stavelot. L’√©pisode de Stavelot ne sera pas plus glorieux que ceux de Clervaux, Arzfeld ou Ambl√®ve. En quelques minutes, un millier de paysans est mis en d√©¬≠route par moins de 200 soldats et gendarmes r√©publicains. Officiellement, les Fran√ßais d√©¬≠plorent un tu√©, tandis que l’on en d√©nombre 20 du c√īt√© des ¬ę brigands ¬Ľ. Sept jours apr√®s son d√©¬≠clenchement, la r√©volte des paysans du Nord Luxembourg est un √©chec complet; place main¬≠tenant √† la r√©pression et aux sanctions.

 

 

La répression

 

Dans notre département, 5 cantons ont été secoués par la marche des paysans, à savoir Reuland, Saint-Vith, Butgenbach, Vielsalm et Stavelot (2 francophones, 3 germanophones).

Le 4 novembre, un arr√™t√© ordonne la d√©¬≠portation des pr√™tres belges non asserment√©s, suspect√©s d’avoir √©t√© le ferment de la dissi¬≠dence. Le m√™me jour, l’administration muni¬≠cipale de Vielsalm, soucieuse de r√©tablir l’ordre public, met sur pied des patrouilles dont la t√Ęche consiste √† surveiller les ¬ę quartiers

allemands ¬Ľ, foyers de la ferveur paysanne. En ces temps troubl√©s, marcher sans cocarde constitue un aveu qui m√®ne tout droit chez le juge de paix.

 

Le 12 novembre, le canton est mis en √©tat de si√®ge. Il est occup√© par 32 hussards et des fantassins. Les efforts d√©ploy√©s par l’admi¬≠nistration pour disculper ses citoyens de toute participation active et militante dans les √©v√©¬≠nements du mois d’octobre n’y change rien: ¬ęL’administration municipale… consid√©rant qu’il est du plus grand int√©r√™t d’√©loigner pour toujours les malveillants qui ont venu troubler l’ordre et la tranquillit√© du canton en terrori¬≠sant les paisibles habitants d’icelui et les for√ßant par menaces et des faits √† prendre les armes…¬Ľ (42).

 

42) Archives communales de Vielsalm. Registre des d√©lib√©rations du conseil municipal, 1796-1821, ¬ę 4√® volet f ¬įl-2.¬Ľ.

 

D√©but janvier 1799, de nouveaux bruits alarmistes ram√®nent la troupe √† Vielsalm. Duverger, le vainqueur d’Arzfeld, qui commande¬† la colonne a cependant re√ßu des ordres tr√®s stricts concernant le maintien de la discipline parmi les soldats. A cet √©gard, les autorit√©s civiles cantonales rendront compte de la conduite des militaires. Ceci traduit explicitement la vo lont√© d’apaisement et de normalisation de la situation. Quelques jours plus tard, les ¬ęoffi- ciels¬Ľ r√©unis sur la place commune pr√™tent le ser- ment constitutionnel au pied de l’arbre replant√©.

 

¬†(p.111) A la r√©flexion, la R√©publique montre fi¬≠nalement peu de z√®le et de diligence quand il s’agit de poursuivre les fauteurs de troubles.

Le cur√© de Vielsalm, P. Barth√©l√©my, un in¬≠soumis notoire, exerce son minist√®re dans l’ombre, certes, mais sans √™tre vraiment in¬≠qui√©t√©; son vicaire, l’abb√© Ledent, fait de m√™me. Les chefs des brigands, Kretels et Crendal, on l’a dit, ont r√©ussi √† √©chapper aux pour¬≠suites; Emmanuel Millet s’est montr√© moins perspicace: arr√™t√© √† Petit-Halleux en avril 1799 (√©tait-il si s√Ľr de son impunit√© ou fort na√Įf pour se cacher dans son village?), il est jug√© √† Li√®ge, condamn√© √† mort et ex√©cut√© le 28 ao√Ľt 1799.

La guerre des paysans n’est plus qu’un souvenir; les soldats ont rejoint leurs casernes, mais tous les probl√®mes n’en sont pas pour autant r√©solus. (43). La conscription est tou¬≠jours fort impopulaire et le pouvoir se trouve confront√© √† une carence de fonctionnaires municipaux (agents et adjoints). Dans cer¬≠taines communes du canton (Vielsalm, Sart, Rogery, Jevign√©, Petit-Thier), o√Ļ aucun citoyen ne veut assurer les fonctions munici¬≠pales, l’administration d√©partementale a re¬≠cours √† la nomination de commissaires sp√©¬≠ciaux spadois et li√©geois pour occuper les si√®ges vacants (janvier 1800).

 

43) En d√©cembre 1799 des bandes d’authentiques brigands profitant de la confusion, √©cument la r√©gion de Vielsalm. Ces individus peu recommandables, g√©n√©ralement appel√©s “r√©chauffeurs” ou “garrotteurs”, appliquent √† leurs victimes des traitements effrayants. Les “r√©chauffeurs” ont la vilaine manie de br√Ľler les pieds de leurs victimes pour leur extorquer leur magot tandis que les “garrotteurs” proc√®dent par strangulation pour obtenir le m√™me r√©sultat.

 

1798

in : GSHA, 9, 1978

 

(p.152) voisins, le 30 au matin. S’installant dans des positions avantageuses, les villageois attendirent les Fran√ßais de pied ferme. Lorsque ces derniers arriv√®rent √† port√©e de fusil, les paysans ouvrirent le feu et dispers√®rent les rangs adverses. Tr√®s vite resai-sis, les r√©publicains ripost√®rent. Une partie d’entre eux r√©pondit √† la fusillade et une autre se rendit ma√ģtre du ch√Ęteau. Ce n’est qu’apr√®s avoir vu tomber leurs chefs les plus √©cout√©s et avoir constat√© que les munitions manquaient que les paysans se d√©cid√®rent √† battre en retraite, laissant 38 morts sur le terrain, Les Fran√ßais, de leur c√īt√©, avaient perdu 20 hommes 23.

 

L’insurrection √©tait m√Ęt√©e dans le d√©partement des For√™ts. MACQUIN se rendit √† Hosingen, dont la route lui √©tait d√©sormais ouverte, et y lib√©ra tous les prisonniers qu’avaient faits les paysans.

 

Les ¬ę brigands ¬Ľ envahissent le d√©partement de l’Ourthe.

 

Entrée à Reuland (27 octobre 1798)

 

L’autre colonne de ¬ę brigands ¬Ľ avait donc pris la direction oppos√©e. Elle entra le 27 octobre dans le village de Reuland, dans le d√©partement de l’Ourthe. Les archi¬≠ves y furent br√Ľl√©es, afin d’enrayer la conscription, l’arbre de libert√© fut coup√©, et le commissaire du directoire ex√©cutif, JACOBY, emmen√© et garott√©. Celui-ci a laiss√© cet int√©ressant t√©moignage de son aventure :

¬ę Le secr√©taire √©tant parvenu avec peine √† se d√©barrasser de la foule obs√©dante pour retourner dans son logis suivi de 10 √† 12 enrag√©s arm√©s qui lui pr√©sent√®rent une pique avec ordre de marcher avec eux. La r√©ponse √©vasive banda aussit√īt tous les fusils et pistolets sur lui et le firent redescendre au milieu des armes dans une autre maison. A peine arriv√©, on vint nous sommer tumultueusement d’aller couper l’arbre de la libert√© (un gredin de 1re classe l’avait d√©j√† presque abattu √† la premi√®re arri¬≠v√©e). On nous y conduisit donc, moi (avec) le pr√©sident et le premier secr√©taire, et l√† nous d√Ľmes porter chacun deux coups sacril√®ges √† son tronc sacr√©. Ceci achev√©, soudain on r√©pand le bruit ¬ę Sauve qui peut ! Les Fran√ßais arrivent ¬Ľ 24. Cette voix alarmante jette l’√©pouvante dans la multitude qui se d√©banda par tous les d√©bouch√©s. Mais le d√©tachement d’onze chasseurs qui y arrivait, n’ayant pas aper√ßu les r√©volt√©s qu’√©tant entr√©s dans l’endroit, et n’√©tant point munis d’un nombre suffisant de car¬≠touches, prirent aussi la fuite. Les rebelles s’en √©tant aper√ßu se mirent √† leur poursui¬≠te et atteignirent pr√®s de Bracht √† un quart de lieue d’ici o√Ļ ils furent faits prison¬≠niers et quelques-uns encore fort maltrait√©s. Ayant √©t√© ramen√©s et conduits en prison, ce fut alors que je fus √† deux doigts de ma perte. On criait √† gorge d√©ploy√©e que

 

23 Ibidem, p. 437. Je cite ce chiffre sous toute r√©serve, car, dans une lettre dat√©e √† Luxembourg le 12 novembre 1798, Morand communique que les ¬ę brigands ¬Ľ ont perdu au total 20 tu√©s et 180 prisonniers dans le d√©partement des For√™ts.

Or, √† ma connaissance, il n’y a pas eu d’autres combats que ceux de Clervaux et d’Arzfeld. Si nous voulons obtenir le nombre de morts de Clervaux, une simple soustraction suffit. Retirons les morts d’Arzfeld et nous obtenons 50 tu√©s.

24 L. 327, Rapport Jacoby.