Destructions en Belgique causées par la France et brimades envers le missionnaire et explorateur Louis Hennepin

1556

J. Roland, Le comté et la province de Namur, 1959

 

(p.98) « Deux ingénieurs des plus fameux y ont travaillé: le hollandais Coehoorn et le français Vauban. » (citadelle)

(p.99)  » (…) le général Van Overbeke, commandant des troupes hollandaises dans les Pays-Bas, bmbarde la ville à bouelts rouges, du 1er au 4 août. »

(p.101) « Au point de vue mitaire, dans le nouveau complexe politique des Pays-bas, la province de Namur acquiert une importance exceptionnelle: ses places fortes, dont la Citadelle de Namur constitue le principal point d’appui, servent de bouclier ou de carrière contre les coups de butoir de l’impérialisme français. »

 

Le palais de Binche, nous en connaissons la splendeur grâce à un curieux texte de l’ Espagnol Calvete de estrella qui le visite en 1547, 9 ans avant que l’armée française de Henri II ne le détruise stupidement, le 5/2/1556.

 

L’ abbaye N.D. de Soleilmont.

En 1635, dégâts occasionnés par les Français et peste dans le pays. (historique, n°9, 1974, régie des postes belges)

 

1654

Jules Herbillon, Le Spantole, l’Èspontaule, noms de canons à Thuin et à Nivelles, in: VW, TXXXI, 1957, p.61-62

 

Les Artistes de Thudinie viennent de créer une revue mensuelle (le premier numéro a paru en octobre 1956), littéraire et artistique, à laquelle ils ont eu l’heureuse idée de donner pour titre Les Feuillets du Spantole.

 

Le Spantole, palladium de la cité de Thuin, est un canon installé en face des écoles de la Ville Haute ; on en trouvera une reproduction dans H. pirenne, Histoire de Belgique, in-4°, III, p. 16, figure qui est accompagnée de la notice suivante :

1654. Canon « Le Spantole » à Thuin. Une plaque moderne porte l’inscription : Ce vieux canon, dit le Spantole (de l’espagnol : espantoso : épouvantable), vénérable palladium de la cité de Thuin, a été conquis sur le corps d’armée du prince de Condé assiégeant la place depuis quinze jours par l’intrépide phalange de la jeunesse thudinienne dans la sortie désespérée et à jamais mémorable du 14 janvier 1654… Détails extraits des Archives de la Ville.

 

Suspectant l’étymologie proposée, nous nous sommes adressé à M. le notaire L. Deltenre, l’érudit historien de Thuin, qui nous a très aimablement documenté en nous renvoyant aux articles cités ci-dessous.

Le Spantole a été l’objet d’une étude d’Arm. de behault de dornon, Le canon de Thuin, le Spantole, dans les Annales du Cercle archéologique de Mons, 1895 ; cette pièce, de provenance inconnue, porte trois fleurs de lys et est un canon français du XVe siècle ; comme formes du nom, de Behault cite : « spantaul », « spantaule » f1) et il en propose une étymologie espagnole.

Dans le même article est pourtant mentionné un canon de Nivelles, appelé l’« Espontaule » (2), qui, pas plus que celui de Thuin, n’est mis en rapport avec les opérations des troupes espagnoles dans les Pays-Bas. Le canon nivellois fait partie d’un groupe bien connu régionalement : l’ Èspontaule « l’Épouvantable », le Rif-tout-dju « le Culbute-tout », l’ Inradjî « l’Enragé » et le Broc-à-l’aye « le Pénètre-dans-la-haie ». Ils sont mentionnés dans le Dictionnaire aclot de J. coppens, pp. 70, 176, 335, dont le collaborateur pour la partie étymologique propose pour èspontôle l’explication suivante, doublement malheu­reuse : « Esponton, instrument à servir les pièces d’artillerie. On peut

 

(1)  Le canon est mentionné en 1794 : J. rombeau, Archives communales de Thuin, 3e rapport, Thuin, Pinelle, 1892, p. 160, et en 1803 et 1804 : id., 4e rapport, pp. 327, 330.

(2) Cf. Annales de la Société archéologique de l’arrondissement de Nivelles, V,  1895, p. 271 ; tablier et wautebs,  Ville de Nivelles, p. 89, qui écrivent : «F Spontoel », notent que des trois canons (sauf rinradjî) on fit une seule pièce d’artillerie au commen­cement du siècle ; d’après coppens, p. 176, l’Èspontôle se trouvait jadis à Glabais.

 

songer également à la déformation de épouvantable… » ; le mot n’a rien de commun avec esponton et ce n’est nullement une déformation du français.

L’explication par l’espagnol est à ranger parmi les nombreuses étymologies fantaisistes du siècle dernier où l’on croyait que le wallon avait emprunté beaucoup de termes à la langue des soldats et des administrateurs espagnols qui ont séjourné aux Pays-Bas aux XVIe et XVIIe siècles ; pas plus que le wallon âdiyos’ « salamalecs », qu’esto-minet ou que le picard saquier « tirer », èspontôle ne vient de l’espagnol : ni esp. espantoso, ni esp. espantable « épouvantable » (dans un emprunt du XVIe siècle) ne conviennent phonétiquement à notre terme.

 

Le mot est authentiquement indigène ; espantaule (spantaule) était encore vivant à Mons au début du XIXe siècle (*) ; cet adjectif est formé avec le suffixe latin -abile, qui aboutit normalement en picard à -Ole ; comparer tôle « table », stèle « étable » (2). L’adjectif montois avait le sens passif de « craintif, peureux » ; les canons de Thuin et de Nivelles nous ont transmis, avec leur nom, le sens actif d’« épouvan­table ».

Il serait à souhaiter que les Artistes de Thudinie, soucieux des traditions dialectales, renoncent à la graphie amphibologique Spantole pour adopter Spantole ou Spantaule (3).

 

J. hERbillon.

 

(1) Ph. deLMotte, Essai d’un glossaire wallon (rédigé en 1812), Mons, 1907, pp. 252, 641 ; le thème est celui du latin *expaventare, cf. W. von waktbukg, Französisches Etymologisches Wôrterbuch, III, p. 304.

(2)  Cf. notamment   Ch.-Th.   gossen,   Petite   grammaire   de   l’ancien   picard,    1951. pp.  87-90.

(3)  Sur les pérégrinations du Spantaule thudinien qui peuvent intéresser la petite histoire, cf. la chronique de thtxdo, dans le journal Le Soir du 17 octobre 1956 : « En octobre 1789, pendant la révolution liégeoise, les habitants de la Ville Basse, à propos de la disette de grains que les moines exportaient malgré les édits du Prince-Évêque, conduisirent le Spantole sur les hauteurs qui dominent l’abbaye, niais ils ne s’en servirent point.

En 1794, seul son poids considérable le fit échapper à l’enlèvement ordonné par la réquisition du fer par l’État. En 1803. le sous-préfet de Charleroi pria le maire de Thuin de lui envoyer le Spantolo et les dix-huit boîtes à feu, appelées campes, pour la réception du Premier Consul. Les Thudiniens eurent d’ailleurs beaucoup de peine à récupérer le Spantole. Vers 1840, celui-ci se trouvait à l’entrée de la promenade dite « La Demi-Lune ». De là, il passa sur les rocailles du Chant des Oiseaux, puis à l’autre extrémité de la Demi-Lune.

Vers 1888, il fut placé en face des écoles de la Ville Haute, endroit qu’il n’a plus quitté, si ce n’est en 1954, lors du 300e anniversaire de la Marche St-Roch. Placé sur un affût, le Spantole fut alors promené à travers la ville de Thuin. »

 

1655

Octave Aline, porte ouverte sur … Bourcy, 1973

 

(p.32) « /Citons pour terminer ce chapitre,/ les lignes suivantes inscrites sur la page de garde des oeuvres de loi de la Haute Cour de Bourcy:

« L’ an 1655, la 21e année de la guerre triste et déplorable qui fut comméncée par Louis XIII, Roy de France, et continuée par Louis XIV, prions Dieu, qu’Il nous donne la paix. »

« En janvier 1651, deux régiments de cavalerie commandés par le Compte de Granpré, lieutenant du Maréchal de Turenne, occupent les seigneuries de Longvillé et de Borsy.  Les soldats y enlevèrent tous les chevaux de service, tout le bétail, les grains et les meubles.  La moitié des habitants furent réduits à la besace.  Ils s’ adresèrent au Conseil du Luxembourg. »

/Arch. du Gouvernement – Luxembourg/

 

1657

Les « carabins » ont tenu leur 3e chapitre, J.A., AL 24/09/1991

 

« Le 7 août 1657 eut lieu, au Trou de Sonry, à Inor (France) une tentative  d’enlèvement du roi Louis XIV par les carabins d’Herbeumont.  Ils furent défaits par les Mousquetaires du Roi. »

 

1666

G.-H. Dumont, Louis Hennepin, explorateur du Mississipi, 1951

 

(p. 32) La passion des explorations lointaines envahissait de plus en plus le coeur de Louis Hennepin, se mêlant à son désir de prêcher le christianisme dans les pays d’outre-mer. Vers 1666, après un séjour dans la maison d’études de Montargis en Loiret, il fut reçu prêtre du Christ Dévoré par son zèle apostolique et sa hâte de se lancer dans d’exaltantes aventures, le futur explorateur s’enferma aussitôt avec de gros volumes de géographie et d’ethnographie, des récits de voyage et des études de linguistique. Puis, afin de s’assimiler parfaitement la langue flamande indispensable à quiconque voulait naviguer sur les océans du XVIIe siècle, il demeura quelque temps auprès de sa soeur mariée à Gand. Cette excellente femme tenta tout naturellement de dissuader son frère des voyages périlleux, mais ses assauts d’affection fraternelle ne purent rien contre l’inébranlable décision du religieux. En 1667, l’invasion des armées françaises de Louis XIV parut un instant devoir compromettre la réalisation de ses projets. Sous le fallacieux prétexte d’anciens droits de dévolution, le roi de France avait vainement revendiqué de la couronne d’Espagne la cession de plusieurs de nos provinces.  Le 24 mai, sans déclaration de guerre, les troupes de Turenne franchirent nos frontières. Leur marche se déroula comme une parade militaire, le gouvernement de la régente Marie-Anne d’Autriche ne résistant que pour sauver son honneur. Un an plus tard, par le traité d’ Aix-la-Chapelle, la (p.33) France s’annexait Charleroi, Binche, Ath, Douai, Tournai, Audenaerde, Lille, Armentières, Courtrai, Bergues et Furnes. 

 

Le régime de terreur instauré par Louvois et l’inimaginable brutalité des troupes d’occupation augmentèrent chez Louis Hennepin le désir de s’éloigner de ces vainqueurs barbares, plus inhumains que les sauvages d’Amérique.  Il entreprit donc le traditionnel voyage à Rome, résidence du général des récollets. Ce dernier se laissa aisément convaincre par la foi entraînante du candidat missionnaire mais il lui conseilla de perfectionner encore ses connaissances et ses aptitudes. Au cours de son voyage de retour, Louis Hennepin visita de nombreux monastères d’Italie et d’Allemagne.  Rentré en Belgique, il s’installa d’abord à Hal où il s’exerça à la prédication flamande durant une année. Puis il passa successivement par Ies couvents de Biez, Calais et Dunkerque.

 

« Etant là, écrivit-il plus tard, ma plus forte passion était d’entendre les relations que les capitaines de vaisseaux faisaient de leurs longs voyages.  Je retournais ensuite à notre couvent de Biez par Dunkerque. Mais je me cachais souvent derrière les portes des cabarets pendant que les matelots parlaient de leurs navigations. La fumée du tabac me causait de grands maux d’estomac, en m’attachant ainsi à les écouter. Cependant, j’étais fort attentif à tout ce que ces gens-là racontaient des rencontres qu’ils avaient eues sur mer, des hasards qu’ils avaient connus et des divers accidents de leurs voyages dans les pays éloignés. (…) »

 

(p.40) C’était la captivité chez les Sioux.  «Les insultes que nous firent ces sauvages pendant notre route sont incroyables », ajoute l’explorateur belge. Pour toute nourriture, les prisonniers ne reçurent longtemps qu’un peu de bouillie d’avoine. 

 

Mais le hasard donna bientôt à Louis Hennepin l’occasion d’appliquer ses connaissances médicales;  son prestige y gagna comme aussi ses menus. Un chef de tribu adopta même le thaumaturge pour remplacer son fils tué à la guerre. Six mois se passèrent ainsi au cours desquels Louis Hennepin eut le loisir d’ observer attentivement les moeurs des Sioux et de composer un dictionnaire très précieux de leur dialecte. 

 

Dans l’entre-temps, un coureur des bois, ayant appris le sort peu enviable du Belge, partit à sa recherche. Il le rejoignit, le 25 juillet 1680, et intervint sans tarder auprès des Peaux-Rouges en vue d’obtenir la mise en liberté du captif.  Celle-ci une fois accordée, Louis Hennepin retourna vers le Canada par les régions des Grands Lacs. Il regagna d’abord le fort Frontenac où ses anciens amis crurent voir un revenant; ils étaient persuadés que les Indiens l’avaient pendu ou brûlé.  Puis il s’en alla à MontréaI se présenter devant, le (p.41) comte de Frontenac.  Le gouverneur n’eut aucune peine à reconnaître sous sa bure rapiécée avec des morceaux de peau, l’aventureux récollet, il le garda douze jours chez lui, ne se lassant pas d’écouter le récit de ses prouesses.

 

A Québec, Louis Hennepin se rendit chez son supérieur le père Valentin Leroux, commissaire provincial de la Mission du Canada et lui communiqua son carnet de voyage à copier.  Il reçut ensuite la visite de Mgr de Laval, premier évêque de Québec, qui l’autorisa à revenir en Europe pour s’y reposer et y publier la relation de ses voyages. 

 

(p.44) Les Français se méfiaient-ils de ce Belge aimant trop son pays à leur gré? Ou bien la jalousie de  Cavelier de La Salle avait-elle fomenté quelque sombre cabale? Toujours est-il que Louis Hennepin se vit retirer, sans aucun motif défini, tout à la fois son titre de notaire apostolique et sa mission à Rome. Pour l’isoler du monde, Ie père Hyacinthe Le Fèvre, « qui se donnait la qualité de commissaire royal de tous Ies récollets des Pays-Bas conquis », le relégua au couvent de Saint-Omer.  Mais ce n’était pas assez . Cet étranger d’Ath poussait l’impudence jusqu’à fouler les terres françaises ou, plus exactement, les pays conquis par le roi très chrétien! Qu’ attendait-on pour l’exiler queIque part en Hainaut? Aussitôt proposé, aussitôt réalisé. Humblement soumis, Louis Hennepin exerça pendant cinq ans – de 1687 à 1692 – les fonctions d’aumônier au couvent des soeurs récollectines de Gosselies. 

 

Cependant la haine des persécuteurs le trouvait encore trop proche de la France, on prétendit le déloger de sa pauvre retraite. Cette fois, Louis Hennepin se révolta contre l’injustice flagrante de ses supérieurs tyranniques.  Il se rendit au couvent de sa ville natale et là, devant tous les moines assemblés, il protesta contre les ignominies dont on l’accablait.

 

– Je n’aurai jamais la paix, déclara-t-il, dans mon pays si profondément troublé par les longues hostilités, surtout depuis que tant de localités se (p.45) trouvent arrachées à la mère-patrie et cédées à l’envahisseur.

 

N’ayant plus rien à attendre du roi de France, ni de ses suppôts – appartinssent-ils même à son ordre religieux – Louis Hennepin décida de faire appel aux alliés de son pays. Il fit demander par un certain de Blaithwayt, secrétaire de guerre du roi d’Angleterre Guillaume III, un ordre de repartir aux missions. Malheureusement pour lui, la situation politique de la Belgique rendit impossible toute décision rapide à cet égard. A l’intervention d’un favori de son Altesse Electorale de Bavière, le roi Guillaume III tint toutefois à fournir à l’explorateur persécuté les moyens de gagner la Hollande et d’y séjourner sans souci pécuniaire. 

 

En 1697, Louis Hennepin s’était donc fixé à Utrecht, sous la protection du comte d’Atholone, général de cavalerie des Etats. Il attendait une occasion favorable de repartir en Amérique et avait, à cet effet, une obédience en bonne et due forme, datée du 22 septembre 1696 et signée du commissaire général des récollets pour la Germanie supérieure, le P. Reynier Payez.  Plus rien ne l’empêchait de publier la relation complète de sa découverte. Les intérêts de la France ennemie ne devaient plus être sauvegardés, tout au contraire. Quant à Robert Cavelier de La Salle, il avait été assassiné par ses hommes, le 17 mai 1687. Dès lors, deux ouvrages virent successivement le jour à Utrecht: la Nouvelle Découverte en 1697 et le Nouveau Voyage en 1698. Le premier racontait l’ entièreté du voyage d’exploration de Louis Hennepin, y compris sa découverte (p.46) de l’embouchure du Mississipi; le second étudiait les voyages de Cavelier de La Salle et s’augmenta par après d’un essai sur les moeurs des Indiens.

 

Ecrites avec la même simplicité que la Description de la Louisiane, les deux nouvelles oeuvres de Louis Hennepin connurent rapidement une vogue qui fit écho dans le monde entier. Elles valurent à l’auteur le titre de « découvreur du Mississipi ».

 

Mais l’ancien prisonnier des Sioux, en même temps qu’il publiait ses relations de voyage, cherchait à créer à Utrecht une station missionnaire pour les catholiques d’expression française. Dès son arrivée en Hollande, il avait réuni des Français exilés et des Wallons; il leur avait dit la messe et avait prêché. Puis, le 1er mars et le 12 juin 1697, il avait adressé des requêtes au vicaire apostolique de Hollande, Pierre Codde, en vue de légaliser cette activité religieuse. 

 

 

(p.47) Fort de l’appui du cardinal protecteur de son ordre, le Cardinal Fabrice Spada, l’explorateur athois préparait une nouvelle mission mississipienne.Tout porte à croire que des espions francais surveillaient très étroitement ses faits et gestes. C’est du moins ce qu’atteste cette décision prise par le roi Louis XIV de le faire arrêter par les autorités canadiennes, si jamais il débarquait à Québec.

 

« Versailles, le 27 mai 1699.

 

» Sa Majesté a été informée que le P. Hennepin, récollet flamand (sic) qui a esté autrefois au Canada, voudrait y retourner. Comme Sa Majesté n’est pas satisfaite de la conduite de ce religieux, Elle veut qu’ils s’assurent de luy, s’il y repasse et qu’ils l’adressent à l’Intendant de Rochefort, à qui (p.48) Sa Majesté fera savoir ses intentions sur son sujet. » (1)

.

Le séjour de Louis Hennepin à Rome, ou plus précisément son passage au couvent de l’ Ara Coeli en mars 1701, reste le dernier repère qui nous est donné de sa vagabonde existence. A partir de cette date, tout devient mystère, tradition ou légende.  Et personne ne sait en quel endroit du monde la mort immobilisa enfin cet infatigable voyageur.

 

Puisqu’aussi bien les découvertes de Louis Hennepin ont eu leurs détracteurs et qu’en France comme en Belgique on a longtemps préféré les passer sous silence, je m’en voudrais de ne pas terminer cette étude par un bref aperçu des critères de sincérité. Ces critères, joints à ceux d’autorité, m’autorisent à affirmer que le Belge Louis Hennepin a réellement exploré le Mississipi, depuis son embouchure dans le golfe du Mexique jusqu’aux environs du lac des Bois, et ce quatre ans avant le Français Robert Cavelier de La Salle.  Pour ne rien dire du caractère loyal et digne de Louis Hennepin ou des multiples témoignages de ses amis, passons immédiatement à un argument qui n’admet aucune réplique.

 

L’expédition du récollet athois s’ accomplit en compagnie de deux témoins : Michel Accault et

 

(1) Archives des Colonies à Paris. B.20. fol. 199, publié par Henri Froidevaux dans le Journal de 1a Société des Américanistes de Paris. 1905. p. 284.

 

(p.49) Antoine Du Gay.  Or, de ces deux hommes, l’un habitait Paris et l’autre la mission canadienne des jésuites. Ils étaient nommément connus de tous et rien n’était plus aisé que de les interroger pour surprendre les prétendues supercheries de Louis Hennepin. Mais voilà, jamais ils ne démentirent les affirmations de celui-ci.

 

Le père Valentin Leroux, à qui l’explorateur avait communiqué son journal de voyage, lui non plus, n’accusa pas l’auteur de la Nouvelle Découverte de publier une relation différente de la version manuscrite originale. 

 

A la suite de l’historien américain Parkman, M. J. Stengers a objecté l’impossibilité pour Hennepin d’avoir parcouru une distance équivalant à 4.670 km en trente-trois jours. L’argument est de poids. Mais le même auteur reconnaît loyalement que la chronologie de Louis Hennepin est des plus imprécises. Obligé d’intercaler le récit de sa découverte dans le texte de sa Description de la Louisiane ou, pour plusieurs raisons, il ne figure pas, se fiant à sa mémoire qu’il avait très mauvaise, l’explorateur a donné des dates approximatives.  Et, comme souvent lorsqu’un homme revit une période particulièrement exaltante de sa vie, il a eu l’impression que sa descente du fleuve n’avait duré que deux bonnes semaines.  Tel est aussi l’avis de M. A. Louant, lorsqu’il écrit : « S’il a atteint la mer, voyageant de jour et de nuit, une grande confusion peut s’être faite dans la notion du temps et les dates qu’il donne ne sont peut-être pas exactes.»  Les ethnologues américains modernes qui ont (p.50) eu l’occasion d’étudier les établissements et les moeurs des Indiens, sont unanimes à considérer comme parfaitement observés les détails fournie pour la première fois par Louis Hennepin.

 

Il en est de même de ses notations de mots et de phrases; les philologues sont obligés de reconnaître qu’elles correspondent aux dialectes encore en usage chez les Peaux-Rouges.

 

La sobriété et le style peu châtié du récit de Louis Hennepin sont une nouvelle preuve de sa sincérité. Et il en est beaucoup d’autres dont les moindres ne sont pas la foi sincère du récollet et le serment de véracité qui termine son Avertissement au Lecteur.

 

Pour nous, l’heure esl donc enfin venue de rendre à ce grand Belge la gloire d’une des plus importantes explorations géographiques du XVIIe siècle. L’heure est enfin venue de ranger cet homme admirable de simplicité et de courage intrépide parmi les héros les plus purs de notre pays.

 

1667

Michel Carly, Confluent, MAI-JUIN 1974, p.10

 

Le château d’ Ham-sur-Heure:

sa tour principale fut rasée sur ordre de Louis XIV, pendant que ses troupes assiégaient Charleroi (en 1667); en 1689, lors de la guerre de la ligue d’ Augsbourg, le maréchal français d’Humières, qui vient de se faire bousculer à la bataille de Walcourt, met le siège au château et fait sauter les 4 paviloons qui flanquent  le bâtiment;

en juillet 1794, les troupes révolutionnaires du français Charbonnier pillent le bourg; le château est par bonheur épargné.

 

1683

Jo Gérard, Les Belges et leurs langues, une question de respect mutuel, LB 31/10/1996

 

“En 1683, Louis XIV, conquérant victorieux, impose le français en Flandre aux échevins et même aux curés qui enseignent le catéchisme.  Le Roi-Soleil va plus loin encore: en 1684, il décrète: “Il ne sera plus plaidé qu’ en français à Ypres.”

 

1689

Elisée Legros, La vigne, in: Enquêtes du Musée de la Vie Wallonne, T.V , no 49-52, 1948, pp. 1-64

 

(p.62) La cause principale de ce déclin est certes la plus grande facilité des moyens de communication. Au haut moyen âge, époque d’économie fermée, chaque région devait produire ce qui lui était nécessaire, et notamment chaque monastère devait fabriquer le vin que le service du culte réclamait. Plus tard au contraire, les communications deviennent plus aisées et plus actives, et grâce à elles les vins de France, et en second ordre ceux de Rhénanie, arrivent chez nous en quantité considérable et à meilleur compte. Naturellement supérieurs aux crus du terroir, ils n’ont pas dû tarder à déclasser ceux-ci, récoltés avec beaucoup plus de peines et d’aléas, sur des sols plus ingrats et sous des cieux moins cléments. Ajoutons que nos vins avaient aussi à subir la concurrence de la bière.

On ne peut nier que notre climat soit bien pénible à la vigne; j’ai pu m’en rendre compte pendant les quelques années où je me suis intéressé de près au vignoble hutois ; il fallait quelque courage pour persévérer, malgré les gelées printanières, suivies trop souvent encore d’un été maussade. Sans doute en a-t-il toujours été de même, car il est hors de question d’envisager un changement de climat depuis les siècles passés, pendant lesquels d’ailleurs le vigneron se plaignait aussi de l’inclémence des saisons ; mais alors la concurrence était moins forte, et, comme on l’a dit déjà. on se contentait de moins ; et cela est vrai pour les désirs de la clientèle comme pour les gains du producteur.

Les guerres du XVIIe siècle et du début du XVIIIe ont dû être funestes aussi : R. Dubois invoque les armées qui passèrent par Huy, se chauffant du bois des ceps, l’incendie de Huy par Louis XIV en 1689, l’exode de nom­breux habitants, et il rappelle également la peste de 1636. On parle même souvent à Huy d’une destruction systéma­tique par les troupes françaises désirant supprimer des concurrents dans la production du vin. Quoi qu’il en soit de cette dernière tradition, sans doute au moins exagérée (NDLR réaction d’un professeur francophile), et sans nier l’action des faits énumérés par R. Dubois, on doit convenir cependant que la viticulture hutoise connut de beaux jours encore au XVIIIe et même au XIXe siècle. La même objection vaut pour l’explication par le découragement qui aurait gagné les vignerons modestes à la suite d’exemptions d’impôts dont auraient bénéficié les riches propriétaires, et notamment les abbayes. (…)

 

1689

in: Delta 7/2006

 

Op 25 augustus 1689 kwam het tussen de twee vijandelijke tot een gevecht nabij Walcourt. Na een gevecht waarbij naar schatting ruim 2.000 man sneuvelden of gekwetst werden, moesten de Fransen zich terug trekken op Boussu-lez-Walcourt, terwijl Walcourt zelf in handen bleef van Waldeck. Daarop trokken beide legermachten zich in hun winterkwartieren terug, echter niet voordat de Fransen op 2 oktober nog Kortrijk veroverd hadden. Deze stad bleef Frans tot na de Vrede van Rijswijck in 1697 en werd voor de hèle duur van de oorlog een belangrijke Franse militaire draaischijf. Luik van zijn kant gaf zijn neutraliteit op en Jean-Louis van Elderen, Prins-bisschop, trad toe tot de Liga van Augsburg (…).

 

1690s

O.P., Détruit par Louis XIV, le château renaîtra bientôt de ses cendres, LS 25/01/2000

 

Christian Kellen: “Si la France possède le plus grand château d’Europe, nous aurons sans doute le plus petit.”

Il s’occupe de la construction de la maquette de l’ancien château de Neufchâteau.

 

1690s

Jean Kestergat, L’Hexagone frileux, LB 10/01/1989

 

« Les guerres de Louis XIV et plus encore celles de la révolution ont couvert d’un vernis impérialiste le sentiment de la France envers la Belgique. »

 

1690s

Lallemant Nadia, Houffalize / Tour de guet bientôt restaurée, LB 10/08/2007

 

Le château féodal fut détruit au 17e siècle par Louis XIV.

 

1691

Guy Devos, Tricentenaire du siège de Mons, in: Propr. Terrienne, sept. 91, p.289-295

 

(p.289) « En 1691, les Français assiègent et bombardent Mons. »

(p.295) « Les Français évacuèrent Mons le 16 décembre 1697.  Le départ des troupes d’occupation fut ressenti comme une délivrance par toute la population, et le 18 décembre, un te Deum fut chanté en la collégiale Sainte-Waudru pour célébrer la libération de la ville. »

 

1692

Jean-Pierre Rorive, Les misères de la guerre sous le Roi-Soleil, Ed. de l’ULG, 2001

 

(p. 102) C’est à Versailles que va se décider le sort de l’Europe. Le monarque qui règne en France est Louis XIV. En 1661 il a atteint sa majorité. Mazarin, le tuteur de ses premières années, vient de mourir..Il n ‘aura jamais de successeur. Au lendemain du décès de son ministre, Louis XIV a réuni les secrétaires d’Etat, leur a signifié qu ‘à 1’avenir il assumerait lui-même la direction des affaires, serait dans toute la force du terme le rex, c’est-à-dire celui qui gouverne.  Il le reste pendant plus demi siècle, de 1661 à 1715.

 

Nourris de culture française, souvent influencés par une littérature d ‘où le chauvinisme n’a pas été proscrit, séduits trop exclusivement par les aspects grandioses de la carrière du monarque français, nous sommes tentés de ratifier le jugement porté sur lui par des apologistes contemporains, de 1’appeler Louis le Grand.   Cette appréciation mérite d’être soumise à une critique sévère. En pensant à Louis XIV, on évoque spontanément ce beau portrait en relief conservé au palais de Versailles, de grandeur naturelle, représentant le souverain âgé de soixante-huit ans. Il donne une troublante impression de vie, avec la teinte un peu jaune de 1a peau, l’ombre d ‘une barbe mal rasée sur le menton et la lèvre, les fines rides, l’oeil au globe si blanc, le double menton, la grande perruque blond cendré. Louis XIV n ‘eut jamais rien d ‘un roi fainéant. S ‘il fit dans son existence la place très grande aux cérémonies d’apparat, à la vie de Cour, aux plaisirs, aux aventures féminines, cela ne l’empêcha pas d’être un travailleur acharné, de remplir en conscience son métier de roi.

 

Il sut réunir à son service une galerie de collaborateurs d’élite.  Ses ministres, Colbert, Louvois, Vauban, Lionne, Pomponne, de Torcy, comptent parmi les hommes d’Etat les plus mémorables des Temps modernes. Il n’a pas la main moins heureuse dans le choix de ses généraux, Condé, Turenne, Luxembourg, Catinat, Villars sont des stratèges de grande envergure. Son règne est pour les lettres françaises une époque de plein épanouissement, féconde en chefs-d ‘oeuvres qui firent 1’admiration des contemporains, français et étrangers. Mais à côté de ces splendeurs, que d’ombres à déplorer!  La personnalité même du souverain, qui ne connut jamais aucune sentimentalité. Il n’est pas question d’amour chez un homme qui (p.103) passa d ‘une maîtresse à 1’autre et ne s’amenda que par peur de 1’au-delà. L’affection paternelle, concentrée sur un fils et enfant unique, qui était lui-même un personnage tout inférieur au physique comme au moral, n ‘a jamais occupé beaucoup de place dans le coeur du grand roi. On ne lui connaît aucune amitié véritable. A diverses reprises, vis-à-vis de sa tante Henriette, la reine d’Angleterre, dont Bossuet prononça la magistrale oraison funèbre notamment, il fit preuve d ‘une dureté sans exemple. Il vit disparaître à bref intervalle presque tous ses descendants, sans que le vide créé autour de ses derniers jours ait réussi à ébranler sa sérénité, ou pour mieux dire son indifférence. A ses yeux, le monde est bien prêt de se limiter à sa personne. L ‘Etat c’est moi, dit-il.  Il est dévoré par un incommensurable orgueil. Il se prétend le premier monarque de son temps, exige la préséance sur toutes les têtes couronnées, y compris le Souverain Pontife, Moderne Josué, il fait graver par un de ses adulateurs une médaille qui porte comme devise: mihi solo in conspectu stetit sol ; je suis le seul devant qtti le soleil doive s’arrêter. Pour monter toujours plus haut, il n’envisage qu ‘une ligne de conduite : agrandir son royaume par de nouvelles conquêtes. Pour attaquer ses voisins, il saisit tous les prétextes, même les plus iniques, Il tronque les textes juridiques, affirme sans vergogne les mensonges les plus patents, accuse les autres et se pose lui-même en défenseur de la paix. Il fut sincère au moins une fois dans sa vie, quand il déclara à l’enfant de cinq ans qu ‘on lui apportait sur son lit de mort, son successeur prochain: J’ai trop aimé la guerre.

 

La plus pitoyable victime de 1’ambition effrénée de Louis XIV fut la Belgique. Ce souverain est pour les adulateurs de son temps Louis le Grand. Dans certains manuels d’histoire il est resté le Roi-Soleil. Aux yeux de nos ancêtres, il ne parut jamais qu ‘un oiseau de proie insatiable.  La Belgique de cette seconde moitié du dix-septième siècle se débat dans une crise lamentable, douloureuse victime de ce voisin orgueilleux ; elle ne trouva pas dans son propre souverain le défenseur qui puisse la protéger. 

 

Philippe IV le roi d ‘Espagne, que nous avons déjà plusieurs fois rencontré, meurt en 1665. C ‘était un prince médiocre, vrai Don Quichotte. Mais à travers tant d’erreurs, il s’était acharné à défendre ses possessions des Pays-Bas, avait dépensé des sommes énormes à entretenir une armée sur leur territoire, avait pu s’assurer le concours de généraux remarquables, étrangers d’ailleurs, Spinola, Piccolomini et plus tard Turenne et Condé. Il ne laisse d’autre héritier masculin qu ‘un enfant de cinq ans, avorton misérable, qui ne fut jamais un homme et dont la mort parut prochaine pendant les quarante ans de sa vie. Ce dégénéré, qui s ‘appelle Charles II est incapable de se soucier de ses possessions lointaines de Belgique.  Sur notre territoire il n ‘y a plus d ‘armée digne de ce nom, qui (p.104) soit aux ordres du roi. D’ailleurs, comment la payerait-on?  Les quelques forteresses établies à la frontière tombent en ruines.

A Versailles, on n ‘ignore pas cette détresse. Sans doute un mariage récent a scellé la paix entre la Maison de France et les Habsbourg d ‘Espagne. Louis XIV a épousé la jeune Marie-Thérèse, fille de Philippe IV. Il est devenu le beau-frère du déplorable Charles II. On a juré une amitié perpétuelle. Mais, le roi très chrétien n ‘est pas homme à s ’embarrasser de scrupules. Il va réaliser le programme attribué au Cardinal de Richelieu : mettre la France en tous lieux où fut la Gaule, étendre ses frontières jusqu’aux limites assignées par la nature, conquérir la Belgique. Indifférent aux souffrances que la guerre incessante allait attirer à ses propres sujets, il se souciait encore infiniment moins des sentiments de la population belge. Il n ‘avait de compte à rendre à personne.

L’impérialisme français devait provoquer une réaction européenne. L’Angleterre, les Provinces Unies, l’Empire, les puissances  scandinaves mêmes, finirent par se coaliser contre la monarchie française. La possession par les armées françaises des provinces belges, des bouches de 1’Escaut, parut un danger pour la sécurité de tous les peuples. Depuis lors, l’existence de notre pays deviendra ce qu’elle est restée depuis: un des problèmes fondamentaux de 1’équilibre européen. Cette idée ne se dégage que progressivement.  Au

dix-neuvième siècle surgira la conception d’une Belgique indépendante, état souverain dont le maintien paraîtra la meilleure formule pour sauvegarder à la fois les intérêts de la population qui 1’habite et la sécurité des puissances de l »Europe occidentale. A 1’époque de Louis XIV, on n’en est pas encore là. Les Pays-Bas catholiques sont possession du roi d’Espagne dont 1’autorité est trop réduite pour offusquer personne. Ce dont on ne veut entendre, c’est de les voir passer sous la domination française.

 

(p.104) Nous nous bornerons à un exposé succinct des attentats perpétrés contre notre pays par Louis XIV et des coalitions qui devaient sauver son indépendance. Le premier se place quelques mois après la mort de Philippe IV.

Dans certaines communes rurales du Brabant et de la Flandre existait la coutume appelée « droit de dévolution ». Elle prescrivait que les enfants issus d’un premier mariage pouvaient revendiquer la totalité de la succession paternelle, à 1’exclusion de ceux nés d ‘un mariage subséquent. Cette règle ne s’appliquaIt qu’à la transmission de propriétés privées, n’avait jamais été prise en considération pour celle des droits de souveraineté. Le roi de France fait rédiger par des écrivains à sa solde un Traité des droits de la Reine, ou, à titre de ce prétendu droit de dévolution, il revendique les Pays-Bas au profit de sa femme, Marie-Thérèse, fille (p.105) de Philippe IV née de son premier mariage, alors que Charles II était issu du second., Il fit remettre à Madrid un exemplaire du factum rédigé pour les besoins de sa cause, et sans déclaration de guerre, lança une imposante armée commandée par Turenne à 1a conquête de la Flandre. Dépourvus de troupes, sans argent, le gouverneur des Pays-Bas et les ministres belges ne pouvaient arrêter 1’envahisseur. La rapide conquête de la région flamande provoqua un mouvement de stupeur à Londres et surtout à La Haye. Les Provinces-Unies découvrirent soudainement 1’étendue du péril qui se dressait devant elles. La conquête des Pays-Bas catholiques ne serait pas demeurée sans lendemain; elle eut été le prélude de l ‘invasion de la Hollande elle-même. A Londres on appréciait aussi le danger que présentait pour les intérêts britanniques 1’extension de la monarchie française jusqu ‘aux bouches de l’Escaut. Anglais et Hollandais mirent au rancart leurs anciennes querelles et, avec le concours de la Suède, signèrent au début de 1’année 1668 la triple alliance de La Haye. Cet acte célèbre marque un tournant de la politique européenne; c ‘est la première fois que 1’impérialisme français provoque contre lui une coalition de puissances.  La question belge passe au premier plan des préoccupations des chancelleries; la conquête de notre pays par son voisin du Sud est proclamée incompatible avec la sécurité générale. 

 

Louis XIV se vit contraint de faire machine arrière, de modérer ses prétentions. La paix conclue à Aix-la-Chapelle au mois de mai suivant lui laissait des avantages substantiels, notamment une dizaine de villes flamandes. Le reste du territoire belge retournait à 1’Espagne et se trouvait désormais placé sous la protection collective de 1’Angleterre et des Provinces-Unies. L’intervention hollandaise avait au plus haut point courroucé le Roi-Soleil. Lui-même et, plus encore ses prédécesseurs, avaient été les protecteurs des Provinces-Unies, avaient contribué plus que tous autres à la conquête de leur indépendance. Se voir maintenant tenu en échec par le gouvernement de la république, semblait un affront intolérable. Par d’habiles manoeuvres, Louis XIV se procura l’alliance du roi d’Angleterre, Charles II, puis la neutralité de 1’Empire et de la Suède. Alors il croqua la Hollande isolée, qui ne fut sauvée que par 1’inondation de son sol. Ce fut une longue guerre dans laquelle 1’Espagne finit par intervenir et dont notre pays fit encore une fois les frais. La paix de Nimègue, datée de 1678, imposa la cession à la France de douze villes importantes, parmi lesquelles Valenciennes, Maubeuge et Cambrai. 

Louis XIV paraît alors à 1’apogée de sa puissance: son orgueil ne connaît plus de mesure. Le traité de Nimègue comportait une clause stipulant que les territoires cédés à la France ne pouvaient être séparés de leurs dépendances. Ce texte ambigu fut le prétexte d ‘exactions sans précédent. Le monarque chargea des organismes français, connus sous le nom de Chambres de réunion, de rechercher (p.106) quels territoires avaient depuis les époques reculées été joints aux territoires récemment acquis. Puis il revendiqua de ce chef de nouveaux démembrements de notre sol, notamment la cession de la plus grande partie du Luxembourg. 

 

Ce fut encore une fois un grand émoi dans toutes les chancelleries européennes. A Bruxelles, la terreur se répand dans les cercles officiels. On a démobilisé les derniers restes de 1’armée, on ne se dissimule pas 1’étendue des menaces françaises, la guerre qui peut éclater à chaque instant. On reconnaît la supériorité de 1’ennemi: en quelques jours il peut occuper le pays. Alors, il ne reste qu’une chose à faire, implorer une nouvelle fois le secours de 1’étranger. Le gouverneur général fait faire une démarche pressante à La Haye.  L’alarme n ‘y est pas moindre qu ‘à Bruxelles; les Etats Généraux se rendent compte que la perte des Pays-Bas entraînera à brève échéance la fin de leur propre indépendance. On s’adresse aussi à Londres; on y expose que le moment décisif est arrivé, qu ‘il faut intervenir sans délai pour assurer la conservation d ‘une ptace aussi importante que celle de Luxembourg. Le ministère britannique tient conseil en présence du roi Charles II, du duc d’York, d ‘un envoyé extraordinaire hollandais Bentinck, du ministre d ‘Espagne, Pedro Ronquillo.

 

Les dirigeants anglais préconisent la politique de concessions: à les en croire, il n ‘y a d ‘autre moyen de salut que de sauvegarder la paix avec la France. L’Espagne doit céder Luxembourg et 1’Allemagne, Strasbourg. Bentinck s’élève avec force contre cette capitulation, proteste que 1’abandon de Luxembourg serait le prélude de la perte de toute la Belgique, qu ‘il n ‘en peut être question en aucun cas. Même si le roi d ‘Espagne s ‘y résignait, le gouvernement de La Haye chercherait à empêcher l’occupation de la ville par les Français. La coalition qui eut pu mettre Louis XIV en échec fut rompue du fait de ce même Charles II Stuart, qui avait jadis prodigué tant d ‘assurances lors de 1’ambassade du prince de Ligne. Le gouvernement de Bruxelles était dirigé par un homme énergique, le marquis de Grana. Plein de superbe, voulant défendre jusqu ‘au bout 1 ‘honneur de son souverain, il fit déclarer la guerre au tyran français, en termes aussi énergiques que s ‘il eut été plein de confiance et d ‘espoir.  La place de Luxembourg fut vaillamment défendue. Son gouverneur, le prince de Chimay, ne capitula qu’après un bombardement et un long siège. Il sortit de la place avec les honneurs de la guerre. La politique de capitulation prévalut. Le 15 août 1634, fut signée à Ratisbonne une trêve de vingt ans, pendant la durée de laquelle Louis XIV conservait toutes ses conquêtes. Celui qui considère de haut la portée du document de 1684 est naturellement amené à opérer un rapprochement avec une autre capitulation, dont le souvenir est encore récent : celle de Munich, en 1938. Les situations présentent des analogies marquantes. De part et d’autre un tyran, fou d’orgueil, disposant d’un attirail militaire sans égal,  (p.107) faisant pression sur un groupe de puissances insuffisamment armées. De part et d’autre la concession de fait au détriment d ‘un petit Etat, sans défense : la Belgique au dix-septième, la Tchécoslovaquie au vingtième siècle.

 

Chaque fois on espère que l’ogre sera enfin rassasié, qu’il voudra maintenant consentir au maintien d ‘une paix durable. Et 1’issue des événements fut identique : la guerre générale n’est retardée que de quelques mois. L ‘histoire est un perpétuel recommencement.

 

C’est d’Angleterre que vint le revirement. Nous avons rencontré déjà bien des fois le roi Charles II dont le règne s ‘étend sur un quart de siècle. Nous avons signalé les vicissitudes de sa politique, placée souvent sous le signe de 1’intimidation et des menaces françaises. Il meurt en 1685 pour faire la place à son frère Jacques II, duc d’York,  qu’une révolution chasse de son trône en 1688. Le parlement reprend alors l’autorité souveraine; il fait rédiger sous le titre de Déclaration des droits, une véritable constitution, puis appelle à la couronne la princesse Mary, soeur du roi proscrit, et son mari le prince Guillaume d’Orange, depuis lors appelé Guillaume III. Celui-ci est 1’ennemi irréductible de Louis XIV, demeure insensible tant aux promesses qu ‘aux menaces, prend comme objectif principal de sa politique : la réduction de la puissance française par la coalition générale de toutes les nations menacées. Depuis lors, 1’impérialisme de Louis XIV sera tenu en échec. 

 

L’implacable adversaire du Grand Roi était 1’arrière-petit-fils du fondateur de l’indépendance des Provinces-Unies, Guillaume le Taciturne. Il avait un caractère froid et tenace, une indomptable énergie, malgré sa santé débile. Il nourrissait contre la France une haine féroce. On connaît de lui un portrait célèbre. On remarquera la tête petite, sous une lourde perruque, de grands yeux laissant une impression de froide obstination. 

 

Dans ces conditions, la guerre ne pouvait plus tarder. Cette fois, Louis XIV, sans allié, eut à faire face à l’Europe entière. Il ne s ‘agissait plus de nouvelles conquêtes, mais de défendre ses injustes acquisitions. Les hostilités durèrent près de dix ans; elles s’étendirent sur différentes régions de 1’Europe. C ‘est alors que se produisit cette terrible dévastation du Palatinat qui fut la honte de Louvois et souleva tant de haines contre les Français. Notre pays dut payer un lourd tribut. Namur capitula en 1692 après une faible défense. Un corps d’expédition anglais débarqua à Ostende et attaqua Dunkerque. En 1693, Charleroi tomba aux mains de 1’ennemi.  Bruxelles fut plusieurs fois menacé et subit en 1696 cet horrible bombardement qui détruisit des quartiers entiers, notamment la grand ‘place. Louis XIV envisagea une descente en Angleterre, afin de détrôner Guillaume III et rétablir Jacques II réfugié à la Cour (p.108) de Versailles, mais sa flotte fut détruite par 1’escadre anglo-hollandaise, près de Cherbourg. Les forces françaises finirent par s’épuiser. Une fois de plus se vérifia cette loi de 1’histoire : dans une guerre de longue durée, la victoire reste à celui qui dispose du plus de ressources et peut tenir le plus longtemps. La France, meurtrie par les guerres incessantes provoquées par 1’ambition de son monarque, se trouve maintenant dans un état de délabrement notoire, son crédit est gravement compromis, la désertion sévit dans ses armées mal payées et mal nourries. Il fallut se rendre à la raison. Les adversaires se rencontrèrent au château de Ryswick, près de La Haye. Le roi de France dut passer par de dures conditions. Il lui fallut reconnaître Guillaume III comme roi d’Angleterre, rendre tous les territoires annexés depuis la paix de Nimègue, renoncer à ses rêves d ‘hégémonie européenne. 

 

Notre pays était au moins momentanément sauvé. L’énergie de Guillaume III 1’avait arraché au danger mortel de la conquête française. Il restait sous la puissance du roi d ‘Espagne, en qui il voyait toujours le descendant légitime des anciens ducs de Bourgogne, 1’héritier d ‘Albert et d’Isabelle. Au reste, les jours de ce déplorable monarque espagnol étaient comptés. Il avait quarante ans, mais éternel moribond, il achevait sa lamentable carrière dans 1’appréhension de la crise qui devait provoquer sa disparition prochaine.  Il mourut à Madrid le 1er novembre 1700.

 

1692

Connaissez-vous Floreffe?, Confluent, 15, Mars 1973

 

(p.5) « Au lendemain des guerres de Louis XIV, marquées exclusivement par les pillages de l’abbaye par les Français et les deux sièges de Namur (1692 et 1695), … »

 

1695

Destruction de Bruxelles par le roi Louis XIV en 1695 :

3830 maisons abattues par les flammes (in : LB 31/01/1994)

 

1684 –

René-P. Hasquin, Les grandes colères du Pays Noir, éd. Londot, 1972

 

(p.11) Mais les habitants de notre région n’étaient pas encore au bout de leurs peines. En 1684, Gilly, Châtelineau, Gosselies et Fleurus étaient incendiés ; en 1685, c’est à nouveau au tour de Marcinelle de payer son tribut aux guerres de Louis XIV : le tiers de ses maisons environ seront brûlées et pillées ; le 6 sep­tembre 1689, c’est Charleroi qui est bombardée par l’artillerie amenée par les Français sur des éminences de Couillet et de Châtelet; en avril 1694, c’est la ferme Hevenot à Ransart qui est pillée et détruite ; en 1692, les Français reprennent Charleroy après l’avoir bombardée pendant plusieurs jours ; en 1692, Gilly, Ransart et Gosselies doivent abattre leurs bois pour les livrer au gouverneur de Charleroi et au cours de la même année, le cheptel régional a été à ce point décimé par les réquisitions et les vols, que de nombreux paysans n’ont pas hésité à émigrer vers les cieux plus cléments.