Diverses actions de collabos francophiles en Belgique…

 

1923

Alphonse Lambilliotte, La Résurrection du Coq de Jemappes, 21 mai 1922, in: Almanach wallon, éd. Gauloises, BXL, 1923, p.214-217

 

(p.214) L’initiative de la commémoration de la bataille de Jemappes date d’octobre 1908. Il serait difficile, sans doute, de préciser de façon certaine qui eut le premier l’idée — les idées sont à tous — de rappeler la célèbre bataille qui a apporté au monde un ordre de choses nouveau, — mais nul ne nous contredira si nous affirmons que M. Hector Voituron, secrétaire général du Comité de la bataille de Jemappes, fut bien le promoteur de tout le mouvement.

Dès octobre 1908, dans un brillant article publié par La Province de Mons, il rappelle toute la grande bataille, fait ressortir ses immortelles con­séquences, et lance l’idée d’un monument commémoratif.

Aussitôt, un comité s’organise, dans lequel se groupent de nombreuses personnalités de toute la Belgique wallonne. Le baron Jules du Vivier, conseiller provincial, ancien échevin de la ville de Mons, ancien député permanent du Hainaut, est appelé à la présidence ; M. Hector Voituron est nommé secrétaire général, M. Paul Heupgen, trésorier.

Des polémiques d’une violence extrême s’engagent dans les journaux. On réunirait la matière de dix volumes avec ces articles, qui furent publiés tant par les partisans que par les adversaires.

Mais voici qu’à Liège, en 1909, à Mons, en mai 1910, se fondent Les Amitiés Françaises. La lutte reprend plus ardente.

L’on ne put s’empêcher d’évoquer ces moments héroïques de l’amitié (p.215)

française en Belgique. Période difficile et un peu douloureuse qui carac­térise bien les années d’avant-guerre dans notre pays livré, déjà, aux entre­prises des flamingants, des germanophiles et des agents pangermaniques. Il était alors beaucoup moins simple qu’à présent de crier : « Vive la France! » Beaucoup moins agréable aussi. Quiconque se montrait Wallon et francophile, était traité en suspect et qualifié de traître par certains jour­naux dont la francophobie ignorait le sens de la mesure.

Néanmoins, les adhérents vinrent nombreux aux Amitiés Françaises. A Mons, le succès fut éclatant. On sait l’importance considérable et toute l’activité de cette association. Les 21, 22, 23 et 24 septembre 1911, les Ami­tiés Françaises de Mons organisèrent un congrès international qui eut un énorme retentissement. Il réunit plus de 500 adhérents. De nombreuses personnalités de tout premier plan y prirent part. Pour la première fois, le grand problème de la défense de la civilisation française dans le monde fut présenté dans un débat d’envergure.

D’accord avec le Comité de la bataille de Jemappes, le Comité du Con­grès décida que la journée du dimanche 24 septembre serait consacrée à l’inauguration du monument commémoratif.

Et il en fut ainsi.

Ce fut une inoubliable journée de fraternisation franco-belge.

Voici en quels termes, M. Hector Voituron en rappelle le souvenir dans La Vie Wallonne, numéro de juin 1922. On ne peut mieux exprimer l’émo­tion qui fut unanime :

« Je revois le spectacle émouvant de cette foule enthousiaste où la » Marseillaise et les discours avaient mis un peu de fièvre; dans la pluie » qui tombait par intervalle, sous un ciel gris dont les nuées lourdes s’effilochaient en brume pénétrante, l’obélisque s’élançant de la cohue massée autour des gradins ; la tribune d’où parlaient les orateurs et où le ba- » ron Du Vivier, infirme, pris d’enthousiasme aux accents de la Marseillaise, le geste large,chantait l’hymne révolutionnaire d’une voix qu’enflait » un souffle héroïque; le général Langlois prononçant son admirable discours; Jules Destrée, parlant en poète, adossé au monument; Fulgence Masson, faisant revivre un morceau de la formidable époque; Hector Dufranne, le baryton de l’Opéra, électrisant la foule aux accents de sa » voix prodigieuse; et Marcel Habert, tribun blond, et qui vibrait un peu » de l’enthousiasme de Deroulède… Et ces milliers d’enfants dont les voix » ténues s’unissaient en un ensemble formidable qui remuait la plaine! Et, dominant tout cela, mince et droit, le monument, comme un geste de pierre tendant là-haut son grand coq d’or figé dans un élan miraculeux : à la pointe de l’obélisque, c’était comme une chanson épique : le coq, tourné vers l’Est, clamait éperdument sa muette Marseillaise » d’or.

C’était, sur cette plaine bornée au loin par le tragique bossèlement (p.216) des travaux de charbonnages, sous ce coq lançant sa chanson de gloire, parmi les champs où dorment les morts de quatre-vingt-douze, l’âme altière de la France qui vibrait intérieurement! »

Vint la guerre.

Aux horreurs d’une barbarie sans nom, les Allemands crurent devoir ajouter d’inutiles actes de vandalisme. C’est ainsi que l’épaisse bêtise teu­tonne voulut immoler à sa haine de la France le Coq de Jemappes.

Le 24 août 1914, à l’issue de la sanglante bataille de Mons et du Bori­nage, ils arrachèrent le Coq

de son socle.

Le récit de cette scène douloureuse est connu. Le coq, qui pesait 080 kg., se défendit et il fallut aux brutes allemandes des câbles solides et huit che­vaux robustes pour faire tomber de son obélisque où il se crispait dans un grand geste altier, le beau Coq gaulois, chantant sa Marseillaise fou­gueuse, bravant les bordes teutonnes, ivres d’alcool et de ripailles.

(p.217) Ayant détruit ce symbole qui évoquait la France en terre belge, les Boches abandonnèrent le champ de bataille et s’acheminèrent vers Mau- beuge… et vers la France!…

 

L’obélisque intact, mais découronné de son coq symbolique, se dressa pendant toute la guerre, par dessus les plaines du Borinage, comme un rappel tragique.

Nous avons dit combien l’idée de la commémoration de la bataille de Jemappes et la fondation des Amitiés Françaises avaient soulevé d’âpres discussions et de violentes controverses.

La guerre mit tout le monde d’accord.., en nous donnant raison! Aussi,le projet de

réédifier le Coq de Jemappes ne suscita plus les mêmes polémiques. Il s’agissait de réparer l’outrage infligé par l’ennemi à un symbole qui évoquait la France alliée en terre belge.

A part les inévitables grincements de dents de la gent flamingante et flaminboche — l’accord fut unanime.

Les Amis de Jemappes élirent un comité dont M. le sénateur Arthur Demerbe, le sympathique maître de forges de Jemappes accepta la (p.218) prési­dence d’honneur; M. le docteur Valentin Van Hassel fut nommé président; M. Hector Voituron, secrétaire général, et M. Paul Heupgen, trésorier. Les anciens membres du comité reprirent leur place à côté d’eux et chacun se mit à l’œuvre.

La propagande se fit, cette fois, sans heurt et sans vaine discussion.. Il s’agissait moins dans l’esprit de la grande majorité de commémorer la. bataille de Jemappes, que de rendre un hommage d’admiration, d’atta­chement et de fidélité à la France, et de répudier l’acte de vilénie commis par les Allemands à l’égard du monument élevé en l’honneur de l’idée fran­çaise en Belgique.

Les souscriptions affluèrent au Comité.

 

Le dimanche 21 mai, une manifestation impressionnante, à laquelle on peut dire que le pays tout entier participa, réunissait à Jemappes, au pied du Monument, une foule de plus de 60.000 personnes.

La ville de Mons et la commune de Jemappes étaient en fête. Celle-ci était toute pavoisée aux couleurs nationales belges et françaises.

La manifestation se déroula grandiose et prenante sous un soleil radieux. Sur l’immortel champ de bataille de 1792, qui fut aussi le théâtre des engagements les plus meurtriers de 1914, et qui, en 1918, servit d’em­placement aux canons britanniques à la veille de l’armistice, une foule im­mense, grouillante, se pressait à s’écraser.

Lorsque le cortège composé de milliers de délégations wallonnes et françaises, qu’accompagnaient les musiques de nombreuses sociétés, arriva sur la colline historique, une poussée formidable se produisit et une cla­meur immense s’éleva au passage du maréchal Pétain, symbole admirable et émouvant de l’héroïsme français. En un clin d’œil les barrières furent débordées, et c’est dans une communion unanime, en contact avec la foule, au milieu du peuple vibrant et enthousiaste, que les orateurs prononcèrent les discours officiels; à tout instant coupés par les applaudissements fré­nétiques de milliers et de milliers de mains, par des ovations intermina­bles qui se répercutaient par dessus la plaine.

M. Durand, bourgmestre de Jemappes; le maréchal Pétain, M. le docteur Van Hassel, M. Devèze, ministre de la Défense Nationale; M. Jules Destrée, ancien ministre ; M. Louis Marin, député français ; M. Gustave Aubert, président des Anciens combattants français, prononcèrent tour à tour des discours ou des allocutions du plus pur patriotisme, exaltant en termes d’une rare élévation l’âme héroïque des soldats de 1792 et de 1914 et l’indé­fectible attachement de la France et de la Belgique.

Et soudain s’élève, infiniment émouvante, la voix puissante du bary­ton Dufranne, qui chante la Marseillaise, puis la Brabançonne. La foule accompagne, et c’est un grand frisson qui passe sur le champ de bataille. Puis, Louis Richard, de l’Opéra de Strasbourg, entonne le Chant du Départ, (p.219) et l’émotion se renouvelle. C’est un spectacle unique d’enthousiasme et de foi patriotique.

Là-haut, dans l’azur, droit sur son socle, le Coq rayonnant de lumière, tourné vers l’Est, le cou gonflé, clame, lui aussi, son chant de vengeance et de victoire dans un effort prodigieux de tout son être!

Et en s’éloignant, le soir venu, chacun emporte au fond de soi-même l’image du bel oiseau, gardien vigilant, que la rage des Allemands jeta par terre en 1914, mais qui vient reprendre sa faction plus triomphant que jamais !

L’allégresse est dans tous les cœurs! La France et la Belgique, les mains unies une fois de plus, ont confiance dans l’avenir.

Le Coq immortel veille sur leur commune destinée !

 

1985

Mort de l’éditeur André Gérard, LB 15/06/1985

 

Précurseur des livres de poche, il avait créé en 1949 la collection marabout

‘En 1970, rachat des éditions par Hachette: Marabout passa sous tutelle française:’

« Je crois qu’ à l’époque du rachat, personne n’ a vraiment pris conscience que c’était là un morceau de notre patrimoine qui s’ en allait », poursuit M. Schellens /cofondateur avec A. Gérard de Marabout/ « car non seulement Marabout a édité un nombre considérable d’originaux (jusqu’ à 60 p.c.), mais parmi eux, une proportion considérable d’ auteurs, de dessinateurs, photographes … belges. »

 

1997

 

Mouvement de collabos francophiles minant les universités francophones en Belgique

 

 

La francophonie se joue à Bruxelles

Il peut paraître déplacé d’affirmer que le destin de la Francophonie se joue à Bruxelles. Que l’avenir d’une langue puisse se jouer en un point du globe, bastion assiégé, place forte ou tête de pont. A l’heure des satellites, de la diffusion instantanée des informations à l’échelle de la planète par le biais de la Toile informatique (l’Internet), la compréhension des affrontements entre blocs culturels semblerait requérir un autre modèle de polémologie qu’au temps de Clausewitz.

Le Pouvoir à l’ère des inforoutes serait comme le Dieu de Blaise Pascal, « une sphère dont le centre est partout et la circonférence nulle part ».

Et c’est vrai. La Francophonie politique sera communicante ou ne sera pas. C’est sur sa capacité à incarner l’avenir technologique et culturel qu’on lui accordera ou non du crédit. C’est sur sa capacité à favoriser leur avenir économique que les Francophones de souche lutteront pour le français, pour lui conférer une place dans le concert international, et que ses usagers potentiels feront encore l’effort de l’apprendre. En Afrique, en Asie, en Amérique, en Océanie, et en Europe.

Mais conforter la croyance des citoyens du monde dans la Francophonie, passe aussi par le maintien et le développement de nos industries culturelles de langue française : cinéma, chanson, musiques du monde (plutôt que world music), multimédia, édition littéraire et scientifique.

Maillage généralisé par les inforoutes, mondialisation des flux économiques, cette décentralisation n’épuise cependant pas les options tactiques. Demeurent en effet quelques lieux hautement stratégiques. Point cardinal d’où se rythme une culture souveraine, Paris, mais aussi points de contacts où se renégocient les territoires de la communication future. Parmi ces villes-frontières de la francité, comptoirs marchands ou vitrines politiques, Genève, Montréal, Marseille, Alger, Kinshasa… dont la liste n’est jamais close, Bruxelles fait figure de pierre angulaire.

Si la capitale de l’Union européenne ne réussissait pas à maintenir son rang de ville francophone, le crédit de la Francophonie s’effondrerait immanquablement. Il est deux destins solidaires : celui du français dans les institutions de l’Europe, et celui du français dans la vie de Bruxelles. Si le premier dépend principalement de la fermeté de la France (et des alliés qu’elle saura se ménager dans le combat pour le plurilinguisme européen), le second dépend de la lucidité des 90% de Bruxellois francophones. Mais ces deux destins se rejoignent : c’est en vivant dans une métropole francophone que les fonctionnaires qui aménagent de l’intérieur l’édifice européen continueront d’utiliser le français.

En créant à Bruxelles en 1996 un « Centre européen de langue française » pour apprendre le français aux fonctionnaires des nouveaux pays membres, la France et la Communauté française de Belgique nous ont montré la voie. Il échoit à chacun de nous d’amplifier ce mouvement en assumant nos responsabilités dans nos relations de travail ou nos positions culturelles. Que nous soyons consommateur ou citoyen, correspondant de presse ou diplomate en mission, artiste ou commerçant, continuons d’utiliser le français à Bruxelles.

Culture française ou « culture belge »?

Considérer les liens culturels entre la France et la Belgique romane sous l’angle des relations «extérieures» serait rien moins qu’une grossière erreur d’optique : entre nos pays, aucune discontinuité culturelle, aucune frontière naturelle, ni fleuve, ni montagne et s’il y a deux États, il s’agit d’une seule et même nation, la nation française.

Si une fertilisation incessante draine vers Paris les artistes et savants de Bruxelles et de Wallonie, c’est qu’il y a de nos régions vers la Ville Lumière la montée de sève naturelle des provinces vers leur capitale. C’est elle qui dispense la consécration symbolique et matérielle sur le marché de l’art et de la culture (chanson, haute couture, …).

La modernité technologique a encore amplifié ce flux

«Nationale 7, qui fait d’ Paris un p’tit faubourg d’ Valence» chantait Trenet. Que dire aujourd’hui de l’autoroute, du turbotrain et du câble! Bruxelles n’est distante de Paris que de 289 kilomètres, deux heures et demie d’autoroute, 1h34 en TGV. Plus proche que Strasbourg, Brest ou Lyon. A Bruxelles et en Wallonie, où 95% des foyers bénéficient du réseau de télédistribution par le câble depuis les années 70, on regarde TF1, France 2, France 3 ou Arte presque autant que les chaînes belges publique ou privée, et les jeunes se délectent comme en France des Guignols de l’info de Canal+.
Nombreux sont donc nos provinciaux qui choisissent « l’exil »: Brel, Devos, Lio, Alechinsky, Folon, ou Hubert Nyssen qui est allé fonder à Arles les éditions Actes Sud. Cependant cette transhumance n’est ni obligatoire ni à sens unique. Dans certains secteurs, des créateurs ont les moyens de rester en province: comme naguère Hergé et son journal Tintin , les cinéastes (Jaco Van Dormael, Gérard Corbiau, Chantal Akerman, …) ont intérêt à produire leurs films à Bruxelles, et certains grands écrivains comme Pierre Mertens ou Eugène Savitzkaya, s’ils publient à Paris, vivent toujours en Communauté française.

Quant aux Français, ils sont nombreux à venir travailler à Bruxelles, à l’instar du bédéiste Jacques Martin (Alix) ou de Maurice Béjart. Invité à l’Opéra de la Monnaie par M. Huisman en 1960, Béjart crée le Ballet du XXe siècle et oeuvrera à Bruxelles pendant plus de vingt-cinq ans.

Ces mouvements ne datent pas d’hier

Quand Arthur Rimbaud fugue, c’est à Charleroi qu’il se rend. En 1871, on trouve sur le chantier de la Bourse de Bruxelles, Auguste Rodin assistant son patron Carrier-Belleuse. En 1899, quand il faut inaugurer la Maison du Peuple construite par Victor Horta, on fait appel à Jean Jaurès. Enfin et surtout il y eut ces centaines de proscrits qui trouvèrent refuge à Bruxelles, du premier au second Empire, du peintre David au poète Hugo.

Inversement, quand, en 1877, l’ingénieur Édouard Hannon, photographe à ses heures, est envoyé en Lorraine pour implanter une succursale de la firme Solvay, il découvre l’Art Nouveau dans l’atelier que le verrier Émile Gallé vient d’ouvrir à Nancy. Le métro de Paris sera créé par Édouard Empain, le Club Méditerranée par Gérard Blitz, belges tous deux.

Une belle exposition a retracé en 1997 au Grand Palais, à Paris, la multiplicité des relations artistiques Paris-Bruxelles au tournant du XXe siècle (revues symbolistes L’Art moderne animée par Picard et Verhaeren, la Wallonie de Mockel, salons du Groupe des XX et de la Libre esthétique fondés par Octave Maus qui animeront les tendances d’avant-garde, symbolisme, postimpressionnisme et art social jusqu’en 1914 ). Mais on aura compris que, loin de se limiter à cette période faste, ces relations n’ont fait que s’amplifier depuis.

Paris reste le lieu cardinal de la consécration symbolique et matérielle. Le nier relève d’un nationalisme belgicain doublé d’un provincialisme frileux. Géographiquement et culturellement, Bruxelles et la Wallonie constituent une province française au même titre que le Poitou, la Bourgogne. Colette, bourguignonne, n’en est pas moins une écrivaine française. De même, l’on chercherait en vain une culture belge dans l’oeuvre des nos grands artistes, nos peintres de Magritte à Alechinsky, nos écrivains, presque tous émigrés d’ailleurs en France: Henri Bauchau, Dominique Rollin, Robert Poulet, Françoise Mallet-Joris, Félicien Marceau, Charles Plisnier, Jean-Philippe Toussaint, René Kalisky ou Conrad Detrez qui mourut français.

Nos artistes le savent, nos journalistes télé aussi (Christine Ockrent, Gilles Verlant, Maureen Dor) et nos savants (de Jules Bordet à Haroun Tazieff): la France est notre patrie.

Bruxelles capitale francophone et internationale

Bruxelles

Deuxième ville au monde par le nombre d’ambassades qu’elle accueille.

Troisième ville au monde par le nombre de congrès.

Capitale atlantique, siège du Secrétariat général de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord depuis son expulsion de France par le général de Gaulle en 1965.

Capitale de l’Union européenne enfin — avec Strasbourg et Luxembourg, elles aussi villes francophones à la lisière du monde germanique — où la Commission des communautés européennes a établi son siège et où le Parlement européen tient ses sessions extraordinaires.

Sa situation géographique, au noeud des routes reliant Paris à Amsterdam, Londres à Luxembourg, Lille à Cologne et Francfort, en a fait la plaque tournante des communications rapides intra-européennes. Les lignes aériennes ont fait de Bruxelles le coeur du réseau des capitales, à mi-chemin de Stockholm et de Madrid, de Vienne et de Dublin, d’Helsinki et de Rome. Le train à grande vitesse met Paris est à 1h34 de Bruxelles, Londres à 3h à peine.

Mais cette géographie routière est subsidiaire: la première voie de communication internationale de Bruxelles est sa langue française. C’est parce qu’elle est de langue française que Bruxelles est devenue la métropole internationale que l’on sait. Ville de commerce avec l’Afrique puis l’Europe, ville de culture qui a offert au siècle une part de son imaginaire Magritte, Brel, Tintin, Gaston Lagaffe, les Schtroumpfs.

Véhicule d’une communication internationale, la langue française est aussi le véhicule d’une intégration sociale réussie.

Ville africaine par son quartier congolais de Matonge, à Ixelles, et les étudiants que l’Université accueille, Bruxelles l’est en français .

Ville espagnole, italienne, marocaine par les jeunes générations définitivement immigrées qui repeuplent son centre-ville, Bruxelles l’est en français encore .

Ville européenne, Bruxelles l’est en français toujours avec ces milliers de fonctionnaires de l’Union qui, eux aussi, grâce au français, ont pu s’ intégrer dans notre cité.

Et ont appris à en goûter les plaisirs nombreux, du Musée Horta au Musée d’art moderne et du Musée Wiertz au Musée de la bière, de la Cinémathèque au Centre belge de la Bande dessinée, de la scène du théâtre Varia à celle des Halles de Schaerbeek, de l’Opéra aux cafés-concerts dans l’ancien jardin Botanique, de la maison Hugo à la place Rouppe où Verlaine a tiré sur Rimbaud, de la tombe de J.-L. David à son Marat assassiné, du Lion de Waterloo au Musée colonial de Tervuren, du marché aux puces aux foires d’antiquités, en passant par les stations d’art du métro, par les parcs, en levant le nez pour apercevoir ici une cité-jardin, là une maison Art nouveau, un immeuble art-déco…

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Les signataires

 

 

Liste des adhérents au Manifeste
« CHOISIR L’AVENIR »
(arrêtée au 30 avril 1997)

Sigles :

FUCAM = Facultés Universitaires Catholiques de Mons
FUNDP = Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix (Namur)
FUSL = Facultés Universitaires St-Louis (Bruxelles)
HEC = Hautes Études Commerciales (Liège)
ICHEC = Institut Catholique des Hautes Études Commerciales (Bruxelles)
IHECS = Institut des Hautes Études Commerciales Supérieures (Bruxelles)
ISA = Institut Supérieur d’ Architecture (Mons)
ISTI = Institut Supérieur Technique de l’Information
UCL = Université Catholique de Louvain
ULB = Université Libre de Bruxelles
ULg = Université de Liège
UMH = Université de Mons-Hainaut
UIESP = Union Scientifique pour l’Étude de la Population (Liège)

 

André Robert, ULB & UMH
Antoine Raymond, UCL
Aschen Guy, ICHEC
Bardos-Fetoronyi Nicotas, UCL
Barthetemy Jean, UMH
Bastia France, présidente de l’Association des Écrivains Belges
Bernard Luc, UCL
Bertin Chartes, académicien
Blanpain Daniel, lSTI
Bolle de Bal Marcel, ULB
Bosly Henry, UCL
Bublot Georges, UCL
Ciglia Jean, FUNDP
Claeys Paul, ULB
Colson Bruno. FUNDP
Courtois Luc, UCL
Crappe R., UMH
Dal Georges Albert, UCL
De Backer Louis, UCL
De Beys Xavier, UCL
De Bruycker Phitippe, ULB
De Coninck Gérard, ULg
De Cuyper Jacques, UCL
Vicomte de Duve Christian, UCL – prix Nobel de médecine
De Heusch Luc, ULB
Dehousse Nicolas, ULg – académicien
Delfosse Pascale, UCL
Delieu Robert, IHECS
Baron Delpérée Francis, UCL
Delruelle Edouard, ULg
Demaret Paul, ULg
Denis Pierre, UCL
de Patoul Serge, UCL & FUSL
Dereze Gérard, UCL
de Saint Georges Pierre, UCL
Dessart Michel, FUSL
De Villé Philippe, UCL
Dressen Cécile, ULg
Druylans Philippe, FUCAM
Dumont Pierre, UCL
Dumoulin Michel, UCL
Dupont Pol, UHM
Duquesne de la Vinelle Louis, FUCAM
Durez Martine, UHM
Favresse Jean-Michel, ULB
Favart Denis, UCL
Flamme Maurice-André, ULB
Franck Christian, UCL
Frere Jean-Marie, ULg
Frognier André-Paul, UCL
Gérard Philippe, FUSL
Gillis Paul, ULB
Goosse André, UCL, secrétaire perpétuel de l’ Académie
Govaerts André, ULB – ancien président de l’ Académie de Médecine
Grégoire Michèle, ULB
Gryspeerdt Axel, UCL
Halleux R., ULg
Hanotiau Michel, ULB
Hansenne Jacques, ULg
Helin Etienne, ULg
Humblet Jean Emile, ICHEC
Huveneers Christian, UCL & FUNDP
Huyberechts Simone, ULB
Jacquemin Jean-Charles, FUND.
Baron Jaumotte André, ULB, président et Recteur honoraires
Javeau Claude, ULB
Kestens Paul, ULB
Lagasse Charles-Etienne, ICHEC
Lagasse Dominique, ULB
Laloire René, UCL
Lambin Jean Jacques, UCL
Lambotte René, ULg
Lanotte Olivier, UCL
Laurent Thierry, UCL
Lebrun Marc, UIESP
Lebrun Philippe. UCL
Lenaerts Robert, UCL
Léonard Jean, ULB
Leton André, Université de LilIe 2
Levaux Laurent, HEC
Levaux Vincent, UCL
Levie Guy, UCL
Lints Frédéric, UCL
Loriaux Christian, FUSL
Lux Bernard, UHM
Maingain Bernard, FUCAM
Moroir André, ULB
Molle Léopold, ULB
Nagant Didier, UCL
Nauwelaers Claire, Université du Limbourg (Pays-Bas)
Norro Michel, UCL
Pipart Guy,ISA
Pollet Jean-Claude, FUNDP et UCL
Quenon José, UMH
Remiche Bernard, UCL
Renchon Jean-Louis, UCL
Rezsohazy Rudolf, UCL
Rigaux François, UCL
Rihoux Benoît, UCL
Risopoulos Basile, ULB
Robaye René, FUNDP
Romus Paul, ULB
Rutten Benoît, ULg
Scholsem Jean-Claude, ULg
Seiler Daniel, Institut d’Études Politiques de Bordeaux
Spineux Armand, UCL
Taverne Michel, UCL
Thines Georges, UCL
Thiry Bernard, ULg
Thisse Jacques, UCL
Tulkens Françoise, UCL
Tulkens Henri, UCL
Van den Hove Didier, UCL
Van Ryn Jean, ULB
Vokaer Roger, ULB académicien
Walckiers Marc, UCL
Wilmet Marc, ULB
Winkin Yves, ULg
Woitrin Michel, UCL – administ. gén. honoraire
Wunsch Pierre, UCL et FUSL

 

Manifeste

 

 

 

CHRISTIAN FRANCK
ANDRÉ-PAUL FROGNIER
BERNARD REMICHE
VINCENT VAGMAN

 

Choisir l’avenir

 

La peur est de tous les sentiments celui qui trouble le plus profondément l’esprit. Elle donne comme certaines les perspectives malheureuses les plus aléatoires ; et, en se basant sur cette certitude, elle accepte les solutions certainement malheureuses, du moment qu’elles paraissent pouvoir écarter le danger problématique que la peur agite devant l’esprit.
D’ailleurs, rien ne débilite plus que la peur. Celui qui a peur n’est plus capable de réflexion et n’a plus ni énergie, ni vigueur.

Jacques Leclercq

 

1999 sera vraisemblablement une année très importante pour la Belgique fédérale. A priori, ni la tenue d’élections fédérales, régionales et européennes, ni la révision de la loi de financement des Communautés et Régions, prévues pour cette année, ne sont en soi des enjeux qui impliquent une possible désintégration de l’État fédéral. Il se trouve pourtant que la légalité constitutionnelle de 1993 connaît une légitimité décroissante chez les élites flamandes. Par des revendications multiples, telle la défédéralisation de la Sécurité sociale et, plus généralement, l’aspiration à un confédéralisme résiduel, c’est une légitimité nationaliste flamande qui prend de plus en plus congé du fédéralisme belge. 1999 pourrait marquer le début de la crise de la légitimité fédérale, comme 1963 (avec la fixation de la frontière linguistique) ou 1968 (avec le Walen buiten) ont témoigné du commencement de la fin de l’État unitaire.

Sans doute appartient-il aux partis politiques francophones de réagir face à cette situation. Mais il est aussi de la responsabilité de professeurs et de chercheurs universitaires, d’intellectuels et de personnalités de la société civile, d’éclairer le sens des événements et de proposer des solutions qui garantissent l’intérêt général des Wallons et des Bruxellois francophones. Si cette démarche est encore rare, elle exprime pourtant un besoin de plus en plus grand de la société civile de ne plus se contenter de déléguer aveuglément son destin à ceux qui les dirigent.

Dans le cadre des sciences humaines et particulièrement de la science politique qui les ont aidés à analyser la situation, les auteurs de cette initiative ont cherché à comprendre ce qui se passe dans le nord du pays, à prévoir les évolutions et à étayer leurs choix, inévitablement normatifs, d’une manière qu’ils espèrent la plus objective possible. Dans cet esprit, ils veulent mettre ensemble les Wallons et les Bruxellois francophones en position d’attente stratégique face aux scénarios du futur.

Dans le débat politique qui pose clairement la question de l’avenir de la Belgique, que ce soit dans le sens de son maintien dans le cadre fédéral actuel, de sa transformation en une confédération ou, encore, de sa suppression, les auteurs privilégient le maintien d’un fédéralisme éventuellement renégocié, offrant des conditions de coexistence entre Flamands et Francophones qui soient équilibrées et sans équivoque. Si c’est impossible, ces mêmes auteurs mettent en garde contre un confédéralisme qui ne serait que transitoire et, à terme, désastreux pour la coopération et l’avenir des Wallons et des Bruxellois francophones. Ils explorent, enfin, les conditions d’une séparation où il s’agirait d’assurer au mieux l’existence et la place des Francophones dans l’Europe de demain.

Par ailleurs, face aux visées d’un mouvement flamand de plus en plus offensif, cet essai privilégie l’association – respectueuse des autonomies régionales acquises – entre la Wallonie et Bruxelles. Si la Flandre entreprenait de se soustraire de la Belgique fédérale, la Wallonie et Bruxelles – cette dernière n’ayant pas vocation à l’apesanteur politique – devront forger leur communauté de destin et lui donner la forme institutionnelle que requerra la tournure des événements. (…)

 

2003

L. Gilissen (7000 Mons), L’année Simenon, LSM 26/02/2003

 

Cette vérité historique méritait d’être dite (et probablement révélée) aux lecteurs du « Soir magazine » : il s’agit de l’antisémitisme, de l’antiprogressisme du parti catholique de ce temps, de l’antisocialisme et de l’antimaçonnisme qui se lisent dans les billets que l’écrivain a publiés dans « La Gazette de Liège ».