1979

H.Hélin, /BXL,/ La Communauté « française », LB 11/12/1979

 

« Le fait de parler le français n’attribue pas la nationalité ni le caractère français à ceux qui utilisent de naissance cette langue littéraire imposée historiquement à nos populations du sud du pays dont actuellement encore 60 % usent d’un dialecte (et non d’un patois) roman. »

« Cette ambiguïté négative constitue un échelon pour faire pénétrer insidieusement cette fausse idée que les Belges francophones sont des Français de Belgique, idée devant conduire naturellement à réclamer le rattachement du sud du pays à la France. »

 

1981

Joseph Piron, L’voyadje à Chooz (Tchau), in: VA, 08/12/1981

 

Mi, dji n’ tin nin qu’ on m’ èpwèsone

Avou one centrale dé m’ maujone

Èt c’ èst po ça qu’ dj’ a stî à Tchau (Chooz)

D’mandè qu’ on-èmantche ça ôte paut.

On jendâme francès m’ a faît taîre,

C’ èsteûve bin sûr on C.S.R.

Avoyî pa Giscard d’Èstaing

Èt c’ èst li qu’ m’ a traîtî d’ vaurin.

I r’boleûve dès-ouys come dès casses
Èt m’ a dit dins s’ djârgon d’ Arras’ :

— « Mon p’tit pére, i faut faire un choix :

« S’ on n’a pas chooz… on aura froid ! »

Dji pinseûve ètinde… La Palisse

Mins come l’orne èsteûve do l’ Police

Dj’ n’ lî a wasu fè r’markè

Èt djè l’ a choûté sins r’niketè.

D’ après li, nos-avans do l’ chance :

Grâce à l’ Élèctricité d’ France,

Nos-aurans dobe râcion d’ courant

Si l’ mazout’ manke dins saqwants-ans.

Insi lès Bèljes, po fè dès frites

Auront do feu d’zos leûs mârmites.

Après ç’ pîre-là dins nosse djârdin

Il l’ a r’pris, si p’tit bonimint !
L’ êwe di Moûse va divenu bolante
Dispû Djivèt jusqu’à l’ Olande
Nos-î poûjerans à plins tchôdrons
Trûtes « au bleu » èt soupe aus pèchons ;
Lès-ous d’ canârd sèront cûts deur

Insi lès coméres di Nameur

Auront l’ timps d’ alè à l’ canlète

Su deûs munutes, l’ sopè s’rè prèt’.

On n’ pôrè pus s’ plinde qu’ i faît fris’

Li timps sèrè mèyeû qu’ à Nice

Èt nos vièrans lès mimosas

Crèche dins lès rotes di canadas.

Dès neutrons ? Nos n’è causerans wêre

Ç’ n’ èst nin dandjeureûs, qui do contraîre,

Surtout nin por on Namurwès

Qui, d’ abitude, ni coûrt nin rwèd !

Li djoû qu’ i s’rè « radio-actif »

I va divenu brâmint pus vif

Èt s ‘il avale saqwants neûtrons

I n’ roterè pus… come on lumeçon !

Qu’ on n’ mi cause pus d’ alè en France

Dj’ ènn’ aude qui dès mwaîjès sovenances

Après tot ç’ qui m’ a-st-arivè

Dji sû tot-à fait disgostè !

On m’ a volé m’ bèle biciclète !

Dj’ a roté saqwants kilomètes

Pwîs mès noûs solés m’ ont faît mau

Èt dj’ a d’vu riv’nu… à pîd d’ Chooz*!

 

* en langue wallonne: Tchau

 

1983

Adé, le temps des friteries, VA 14/06/1983

 

« Il a suffi qu’on dise au francophone qu’ il péchait contre la langue française pour que, aussitôt, il fasse preuve de la plus parfaite contrition et s’amende sans délai.  Ainsi toutes nos fritures se sont mises au pas et sont devenues des friteries.  Ainsi tous les panneaux des Ponts et Chaussées signalant des détournements proposent dorénavant des déviations. … En rang, tous, pour le bon usage. »

 

1986

Jacques Brel, interviewé dans: Le Mot de la Fin, RTB, 18/11/1986

 

« Il y a quelques Belges, un millier ou deux, qui sont

honteux d’ être Belges, qui jouent au Français, à l’

Anglais, à l’ Américain, mais qui n’ ont pas assez de c…

pour quitter la Belgique et qui polluent notre pays. »

 

 

1989

Gardons la dépouille du peintre David chez nous!, LS 17/11/1989

 

(Charles Rigoli, 1040 BXL) « Faut-il transférer Jean-Jacques Rousseau du panthéon à Genève, sa ville natale?  Quid de Gauguin et de Brel, dont la mort aux Marquises fait partie de leur histoire et de leur légende, ou celle de David à Bruxelles? »

(Jean-Dominique Gyselinx, 1150 BXL)

 

« Sans vouloir remonter jusqu’à Clovis, on pourrait alors proposer le retour de Marx et Freud en Allemagne et en Autriche. »

(Lucien et Mireille Perichon, 1200 BXL)

 

« Qu’est-ce qui a démangé Monsieur l’échevin Thielemans alors que la France ne demandait rien?  Déjà le ridicule semble poindre Outre-Quiévrain, puisqu’un présentateur annonce cette restitution accompagnée d’un cornet de frites! … »

(Brigitte Rollin, 1180 BXL) « J’espère qu’on empêchera la dernière histoire belge. »

 

1990

Le savant s’interroge… et prend position, LB 23/10/1990

 

L’apparition de là vie et des êtres vivants est donc une formidable aventure, qui s’est déroulée des milliards d’années durant.  Cela donne le vertige à l’homme et le pousse à s’interroger sur les chemins suivis par cette aventure.

«En 1970, écrit Christian de Duve, le célèbre biologiste français Jacques Monod publiait, sous le titre «Le Hasard et la Nécessité», un «Essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne», crus devint rapidement un I;est-seller dans le monde entier et une source de discussions passionnées qui sont encore loin d’être apaisées.  Le titre du livre est emprunté à une phrase du philosophe grec Démocrite : « Tout ce qui existe dans l’univers est le fruit du hasard et de la nécesité. » rarement citation fut choisie avec autant d’à-propos. Elle résume avec une concision ramrquable l’essence du problème que l’existence de la vie pose au philosophe. Dans quelle mesure le phénomène de la vie est-il le liroduit du hasard aveugle ? Dans quelle mesure est-il l’aboutissement obligatoire de forces déterministes ? (…)»

 

LA SEULE POSSIBILITE ?

 

En d’autres termes, n’y a-t-il «qu’un seul plan de base pour la vie ? Je serais tenté de répondre affirmativement à cette question, n’était l’influence inconnue de l’environnement.  Je crois que le chemin suivi par le processus biogénique jusqu’à la cellule ancestrale était presque entièrement prédéterminé par les propriétés intrinsèques des matériaux en cause, pour autant que fut donné un certain ‘type d’environnement ou un certain enchaînement de conditions extérieures.  Le cours aurait-il pu être différent dans un cadre différent? ou bien l’environnement fait-il partie lui-même de l’image déterministe, du fait qu’il n’en existerait qu’un seul type qui soit capable de favoriser un processus biogénique ? La question reste ouverte. on sait qu’à un certain stade du processus, la route s’est divisée en deux directions séparées, vraisemblablement pour envahir deux niches distinctes.  Il n’est évidemment pas exclu que des bifurcations viables se soient produites plus tôt et qu’une des deux lignées se soit éteinte parce que l’environnement approprié faisait défaut ou pour quelque autre raison accidentelle.  Même dans ce cas, je soupçonne fortement que si la progéniture de cete lignée se soit éteinte pare que l’environnement approprié faisait défaut ou pour quelque autre raison accidentelle. Même dans ce cas, je soupçone fortement que si la progéniture de cette lignée avait survécu, nous n’aurions aucune difficulté à y reconnaître le langage commun de la vie (…)»

 

PAS D’ACCORD.  Christian de Duve a donc une opinion déterministe de la vie, ainsi qu’il le redit dans son épilogue.

«J’ai cité la déclaration de Monod «l’Univers n’était pas gros de la vie», à quoi il ajoute «ni la biosphère de l’homme».  Je viens de dire que je suis en désaccord avec sa première affirmation.  La vie appartient à la trame même de l’univers.  Si elle n’était une manifestation obligatoire des propriétés combinatoires de la matière, il eût été absolument impossible qu’elle prenne naissance naturellement.  En attribuant au hasard un événement d’une complexité et d’une improbabilité aussi inimaginables (… ) Monod invoque en réalité un miracle.

 

Malgré la vigueur avec laquelle il aurait refusé cette description, il se place en fait du côté, des créationnistes.»

Et pourtant son opinion n’empêche pas le Pr. de Duve de considérer l’homme comme nécessairement inscrit dans cet élan qui a démarré voici plusieurs milliards d’années :

«Quant à la deuxième affirmation de Monod, je suis tenté également de ne pas être d’accord avec elle, comme je l’ai déjà mentionné.  Mais il faudrait un autre livre et beaucoup plus que la biochimie et la biologie moléculaire pour justifier ma croyance.  Quand j’écoute de la musique, quand je me promène dans un galerie d’art, quand je régale mes yeux des lignes pures d’une cathédrale gothique, quand je lis un poème ou un article scientifique, quand je regarde jouer mes petits-enfants ou simplement quand je réfléchis sur le fait que je peux faire toutes ces choses, y compris réfléchir sur mon pouvoir de les faire, il m’est impossible de concevoir l’univers dont je fais partie comme n’étant pas contraint, par sa nature même, de donner naissance quelque part, à quelle époque, peut-être en de nombreux endroits et à de nombreuses époques, à des êtres capables d’apprécier la beauté, de ressentir l’amour, de chercher la vérité et d’appréhender le mystère.  Cela me met, sans doute, dans la catégorie des romantiques.  Qu’il en soit ainsi.»

 

1990

Le corps du peintre David risque de ne pas aller à Paris, LB 13/02/1990

 

« Un arrêt de la cour d’appel de Bruxelles met en cause la légalité du transfert. »

La dépouille de David, banni de France en 1815 et inhumé depuis 1825 dans un cimetière de Bruxelles, devait être déterrée pour être transférée à Paris, où une nouvelle inhumation solennelle était prévue au cimetière du père Lachaise par le ministère français de la Culture. 

 

1991

à propos du professeur François Perin (ULg), collabo:

Jacques Warnier, in: Sint-Nicolèy, patron dès vîs scolîs, p.29-30, in : Djåsans walon, Paskêyes walones, 36, 1991

 

(…) Sint-Nicolèye, kinohez-v’ bin Pèrin ?

Ç’ n’ èst nin po rapwèrter mins c’ è-st-on bê flamind

A trop’ loukî vè 1′ France, n-a1 hanète qu’ a crohî,

N’ èsteût nin dèdja bê asteûre èst to k’twèrtchî.

 

1994

Michel Francard, Du provincialisme linguistique, LS 5/02/1994

 

« La remontrance de la vieille Dame du quai de Conti à notre Académie en dit long sur l’impérialisme linguistique dont continue de se targuer une certaine intelligentsia parisienne, avec l’approbation patente de quelques Bruxellois et Wallons: « Ce n’est tout de même pas à notre petite communauté francophone qu’il appartient de faire la leçon à la France.  Car l’usage ne se fait pas à Bruxelles, mais à « Paris » (André Hella). »

« Y a-t-il 2 catégories de francophones, les uns détenteurs exclusifs de légitimité linguistique, les autres soumis aux diktats des premiers? »

 

2001

Concours Eurovision / L’Estonie crée une vraie surprise, LB 14/05/2001

 

Les 15 premiers seulement sur les 23 participants sont autorisés suivant les nouvelles règles de l’UER (Union européenne de radio-télévision) à se représenter l’année prochaine, les autres (sauf les quatre « gros » : France, Royaume-Uni, Espagne et Allemagne) devant laisser leurs places à d’autres nations européennes.

« La chanteuse belge, Chantal Eden a déclaré (…) qu’elle portait plainte pour plagiat, estimant que la mélodie de Natasha St-Pier / la Canadienne chantant pour la France/ ressemblait trop à la sienne, qu’elle a composée il y a quelques années pour sa chanson « Vigne de mon père », qui l’a rendue célèbre en Belgique. »

Les experts consultés sont unanimes, selon elles, notant que ce n’est pas Natasha St-Pier qui est en cause, mais son compositeur Robert Goldman.

 

2005

Hance Thierry (UCL) (cotitulaire du cours d’évolution biologique), Homo sapiens, Fantasmes et vérités, Le Vif 07/01/2005

 

Annoncé à grand renfort de publicité com­me «le» documentaire de cette fin d’an­née, film à gros budget, Homo sapiens (dif­fusé par la RTBF le 26 décembre) s’écarte malheureusement de son objectif pour condenser en une heure et demie tous nos fantasmes et nos stéréotypes culturels, religieux, raciaux et sexuels sur ce que devait être l’homme primitif. En réalité, il y a très peu de différences physiques entre notre ancêtre Homo sapiens et nous et probablement aucune différen­ce en termes de capacités intellec­ce en termes de capacités intellec­tuelles. Si nous le croisions habilléen jeans et en pull, nous serions in­capables de le distinguer en rue. Pourquoi est-il dès lors représenté dans ce documentaire comme un excité débile, incapable de marcher correctement et forcément immon­de? Il n’en est rien; pour avoir sur­vécu et produit une descendance, nos ancêtres devaient être formida­blement adaptés aux conditions de l’environnement dans lequel ils vi­vaient et être capables de marcher et de courir des heures. De plus, ils possédaient certainement une connaissance avancée sur leur mi­lieu de vie et sur les habitudes des animaux dont ils se nourrissaient.

 

Non, Homo sapiens n’est pas apparu brutalement, comme un petit bébé moderne né presque miraculeu­sement d’un couple primitif. Il n’y a actuellement aucun consensus chez les scientifiques sur son appa­rition, mais on peut imaginer qu’il est le résultat de l’ac­cumulation de différences génétiques (mutations) dans une population probablement séparée géographique­ment de celle dont il était issu. Après cela, l’histoire de son maintien, de sa diffusion à travers le monde et du remplacement successif de populations présentant certains caractères par d’autres populations de la même espèce Homo sapiens mais légèrement divergentes est d’une grande complexité que l’on commence seule­ment à décrypter à travers les nombreux fossiles décou­verts dans le monde entier. On est loin du schéma sim­pliste du documentaire de Jacques Malaterre. Non, nos ancêtres ri ont pas traversé les Alpes, pieds nus, en hiver, sous l’impulsion d’une folle, soi-disant Shaman, guidée par on ne sait quelle vision déterminée du futur et dont le résultat aurait été le peuplement de l’Europe. Bien plus vraisemblablement, ils ont suivi les vallées, en été, en traquant le gibier qu’ils chassaient, bien équipés par leur intelligence Ga même que la nôtre) qui leur permet­tait de concevoir, avec les moyens dont ils disposaient, les vêtements et habits nécessaires à leur transhuman­ce. Non, ils n’ont pas inventé l’art, subitement et par hasard. L’art faisait partie de leur vie comme il faisait partie de la vie d’autres lignées d’hominidés comme les néandertaliens et comme il fait partie de la nôtre. Non, ils n’ont pas inventé la chasse coopérative qui existait bien avant eux et que l’on peut toujours observer chez des espèces bien éloignées comme les chimpanzés. Oui, ils communiquaient. Oui, il est possible que certains d’entre eux utilisaient une langue probablement à l’ori­gine des grandes familles linguistiques d’aujourd’hui. Mais il existait certainement bien d’autres langues, dis­parues au gré des millénaires. L’invention de l’agricultu­re n’est pas le fruit de cette histoire rocambolesque qui nous est racontée, mais est bièn plus le résultat d’observations et d’expérimentations qu’ont fai­tes nos ancêtres en utilisant les mêmes schémas mentaux que les nôtres. Non, les premiers moutons ne ressemblaient pas à ceux que nous avons maintenant dans nos prairies et qui sont le résultat de générations de sélection et la domestication du chien n’a rien à voir avec une quelconque fable d’enfant loup!

 

La liste des invraisemblances, des approximations et des inter­prétations libres de ce documentai­re est encore longue. Alors pour­quoi le présenter comme une «vé­rité scientifique» si ce n’est peut-­être pour nous faire croire que nous sommes vraiment différents de nos ancêtres, plus évolués, sans doute. S’il y a eu progrès dans la construc­tion des sociétés, dans la technolo­gie, dans l’explosion des formes d’art, ce n’est que par accumulation de connaissances et de savoir-faire issus du même matériau de base, un cerveau formidablement développé, mais qui l’était déjà il y a 120000 ans, chez l’homme dit anatomiquement modeme dont la capacité cérébrale pouvait atteindre 1500 centimètres cubes.

 

Chaque année, notre connaissance de l’évolution pro­gresse, des données de plus en plus nombreuses sont dis­ponibles sur l’émergence de la culture, de la socialité et de la formidable expansion géographique de nos ancêtres. Il est important de ne pas confondre cette formidable aven­ture humaine avec la caricature de la transformation d’un être débile et primitif en humain spirituel, intelligent et social. Ce document est avant tout porteur d’idéologie et de pseudo-mysticisme, mais pas de connaissances scientifiques rigoureuses sur nos origines.