Sectes: révélations

Les témoins de Jéhovah

Stéphanie Breuer, Après 23 ans chez les Témoins de Jéhovah, Michèle Bastin, Du paradis à l’enfer, Télépro 11/10/2007

 

Dans son livre «Du Paradis à l’Enfer», Michèle Bastin, 58 ans, raconte les raisons qui l’ont poussée à intégrer les Témoins de Jéhovah, la perte de deux de ses enfants dans un accident ou encore la rupture avec l’une de ses filles, toujours membre de l’Organisation. Avec son mari, elle a quitté la congrégation il y a une dizaine d’années. Rencontre avec une femme qui croque désormais la vie à pleines dents.

 

Comment êtes-vous devenue membre des Témoins de Jéhovah?

À 23 ans, je suis partie en Italie avec un homme que je pensais épouser. Trois mois après notre arrivée, il a commencé à me violen­ter. Je me suis sauvée. Durant mon absence, mes parents avaient eu des contacts avec des Témoins de Jéhovah. En revenant en Belgique, j’étais prête à les rencontrer : je n’avais plus de travailj’avais quitté l’homme que j’aimais, j’avais un dégoût de la vie… En plus, mon médecin m’a annoncé que j’étais enceinte. Habitant dans un petit village, j’étais considérée comme «la p… du coin» et mon père m’a rejetée. Quant aux Témoins de Jéhovah, ils continuaient à venir régulièrement. Ils m’ont trouvé du travail et m’ont beaucoup soute­nue. Ils ne me jugeaient pas et étaient comme une nouvelle famille. J’ai donc commencé à étudier avec eux. Comme j’étais en état de faiblesse psychologique, je n’ai pas réalisé ce qu’il se passait. Ces gens étaient gentils et m’ouvraient leurs bras. Je n’ai pas pu faire autrement que de leur être reconnaissante. Au fur et à mesure de l’avancement de mon étude, ma personnalité changeait, sans que je m’en rende compte.

 

Pour attirer des adeptes, les Témoins de Jéhovah profitent-ils de l’état de faiblesse des gens ?

Tout à fait. Ils sont d’ailleurs très bien préparés à cela. Ils sont équi­pés de petits carnets sur divers sujets : la dépression, les problèmes familiaux, le chômage… Pour eux, la seule solution à tous ces problè­mes est leur dieu Jéhovah. Ainsi, ils commencent par dépeindre une image négative de la société en utilisant les faits d’actualité : la violence, la corruption des politi­ciens, le manque de travail, les problèmes de santé, etc. Ensuite, ils montrent des images de gens heureux dans un monde nouveau, un monde de paix qui nous attend. Les images prévues pour les enfants illustrent des familles souriantes caressant des animaux et s’amusant. Quand votre esprit critique n’est plus aiguisé à cause de vos problèmes, vous ne réalisez pas que ces images sont ridicules.

 

Que deviez-vous faire en tant qu’adepte ?

Au fur et à mesure de l’étude, nous abordions   différentes phases de la    vie. D’abord, la religion.  Les Témoins nous prouvent au travers de textes que l’on    ne pratique pas la religion catholi­que comme on le devrait. Ils expli­quent que la Bible a été écrite sous l’inspiration de Dieu. Et, comme Dieu ne peut mentir, tout est pris comme venant de lui. Les Témoins utilisent une foule de versets en les sortant de leur contexte et les pren­nent au premier degré. Ainsi, ils rejettent la théorie de l’évolution, par exemple. Ils abordent aussi la question du diable, la fidélité dans le couple, l’homosexualité, le fait d’être un bon sujet du royaume…

 

Pourquoi êtes-vous restée si long­temps dans cette secte ?

Les Témoins nous enseignent ce qu’il se passe après la mort : nos proches disparus vont revenir à la vie. Cela m’a ancrée dans la congré­gation car j’avais perdu deux de mes filles dans un accident de voiture (ndlr : après son retour d’Italie, Michèle Bastin s’est mariée et a eu trois autres filles). Ainsi, je pensais que j’allais les revoir, les serrer dans mes bras et vivre à nouveau avec elles. Je m’obligeais donc à faire tout ce qu’il fallait. En outre, les Témoins m’ont rendue coupable de la mort de mes enfants. Bien que je n’aie pas eu de sanction pénale, ils me disaient que j’étais une meurtrière involontaire et que je devais absolument tout faire pour rester attachée à l’Organisation. J’avais foi en ce qu’ils me disaient. Une foi qui me donnait la force d’endurer mes problèmes de santé.

Je ne pouvais pas être soignée correctement – j’ai des problèmes d’estomac – car je refusais les transfusions sanguines. Mais cet espoir de résurrection me permettait de dépasser ma douleur.

 

Dans votre quotidien, quelles restric­tions impliquait le fait d’être Témoin de Jéhovah ?

Il faut se conduire comme un bon sujet : le baptême, la prédication, les cinq heures d’études par semai­ne, l’apprentissage pour capter l’at­tention des gens… Toutes ces obli­gations prennent beaucoup de temps et instaurent une certaine distance par rapport à sa famille. Nous n’avions plus le temps pour rien. En outre, excepté l’anniver­saire de mariage, nous ne pouvions plus célébrer les fêtes : Noël, Carnaval, St-Nicolas, les anniver­saires, la fête des mères…

 

Vous écrivez qu’avec votre mari, vous étiez « coupés du monde »… Absolument. Toute notre vie était tournée vers les Témoins, nous ne parlions que de ça. Il est interdit de faire du sport, de flirter, de s’habiller comme on le souhaite, etc. Ce n’est pas une vie ! Quand ma fille aînée a appris que Michael Jackson avait été exclu de chez les Témoins de Jéhovah, elle s’est débarrassée de ses disques. La plus jeune, fan de Roch Voisine, avait des posters dans sa chambre. Sa sœur les lui a fait enle­ver car l’idolâtrie n’était pas autori­sée ! Nous ne connaissions pas les chanteurs, les sportifs… Nous avons un vide de vingt-trois ans dans notre vie, comme la Belle au bois dormant qui se réveille. Retrouver une vie normale n’a pas été facile.

 

Comment avez-vous eu le déclic de partir ?

J’ai commencé à prendre du recul par rapport aux réunions. J’étais donc moins sous l’influence de leurs discours. En novembre 1996, je suis tombée sur un article dans le magazine «Le Vif/L’Express» traitant des réseaux de pédophilie. J’y ai lu un encadré parlant d’un Témoin de Jéhovah arrêté pour avoir abusé d’enfants pendant vingt ans. Son arrestation avait été permise grâce au témoignage d’une femme de 30 ans, abusée par cet homme quand elle avait 9 ans. À l’époque, il était son père spirituel dans l’Organisation. Elle avait parlé des attouchements à sa maman, qui avait prévenu les Anciens de la congrégation. Le comité judiciaire interne s’était réuni. Résultat : la fillette avait été priée de pardonner à son abuseur, celui-ci de ne plus recommencer et la maman de ne pas aller en justice contre son «frère». Mais, pendant vingt ans, cet homme a continué à abuser d’enfants alors que les Anciens auraient pu l’évi­ter. Cet article m’a bouleversée car j’avais deux filles et je m’étais toujours sentie en sécurité chez les Témoins.

 

Avez-vous alors décidé de reprendre votre liberté ?

Oui, mais une liberté condition­nelle car ma fille est toujours dans l’Organisation. Je ne sais pas ce qu’ils lui disent car je n’ai jamais pu lui expliquer réellement les raisons de notre retrait. En outre, je ne l’ai pas vue beaucoup car elle n’a pas le droit de fréquenter des « exclus ». Ainsi, elle m’a un jour annoncé que je ne pouvais plus aller chez elle. C’est terrible pour une maman ! Depuis deux ans, je n’ai plus aucune nouvelle de ma fille. Pourtant, les rares fois où nous l’avons vue avant cette rupture, elle nous a montré des signes d’amour, elle était pleine de gentillesse et d’attention.

 

A-t-elle réagi depuis la sortie du livre?

Je pense qu’elle ne va pas s’autoriser à le lire. Mais je veux qu’elle sache que j’ai écrit ce livre pour deux raisons. D’une part, par devoir de citoyenneté : je me dois de prévenir les autres du danger. Et d’autre part, pour elle : pour qu’el­le sache ce qu’il s’est passé depuis toutes ces années.

 

Aujourd’hui, avez-vous retrouvé une vie normale ?

Oui. Aujourd’hui, ma devise est «carpe diem». Je profite de la vie et je fais de mon mieux pour aider mon prochain. Cela dit, même après dix ans, l’influence des Témoins est toujours là. Je fais encore des cauchemars. J’ai été manipulée et il y a des choses que

je ne pourrai jamais effacer.

 

Entretien : Stéphanie BREUER

A lire

«Du Paradis à l’Enfer. 23 ans chez les Témoins de Jéhovah»,

Michèle Bastin, 18,5 €, 262 pages (Jourdan Éditeur).

Michèle Bastin a créé l’asbl «Aide aux victimes des comporte­ments sectaires» : Warre, 45, à 6941 Durbuy. Tél.: 086/21.41.85.

 

N.G., Une maman désespérée, CTR 27/06/2008

 

Parents, méfiez-vous des Témoins de Jéhovah qui son­nent à votre porte à 10 h du matin. Ce sont des loups dé­guisés en agneaux. J’ai fréquenté cette organisation un an en tant qu’« amie de la vérité », un an en tant que « bapti­sée ». Cela a suffi pour qu’ils me volent ma fille de 20 ans. Une famille a jeté son dévolu sur cette jeune fille magnifi­que, pleine de fraîcheur et de crédulité. Ils devaient marier leur fils. Elle s’est laissée prendre, pensant être mieux avec eux qu’avec nous. Aujourd’hui, nous n’avons plus aucune nouvelle d’elle, et si nous arrivons à l’approcher, elle fuit. Bel exemple d’amour tellement prêché par les adeptes ! Les retirés volontaires, dont je suis, sont considérés comme des excommuniés. Donc, elle ne peut plus avoir de contacts avec moi…

 

JEHOVAH (in : Arte, s.d.)

 

– les enfants sont éduqués à coups de bâton ; on leur inculque la peur du démon dans la nuit;

– des livres sont interdits

– ne pas critiquer la ‘Tour de Garde’

 

Martial DUMONT, La Belge du jour, in : AL 30/10/2008

LA BELGE DU JOUR

Sophie, effrayée par le créationnisme

 

Sophie Warny est paléontologue à Bâton Rouge. Dans son boulot, elle est de plus en plus confrontée aux thèses créationnistes.

 

Sophie est venue à Bâton Rouge pour y travailler dans le département de géo­logie de la LSU, la plus grosse université de Louisiane. Après son doctorat en paléontologie à Louvain, elle s’y est installée avec son mari, américain. Elle ne regrette pas son choix.

« Professionnellement, c’est le pied. Je suis bien mieux payée qu’en Belgi­que. Dans ma spécialité, trouver du boulot chez soi, ce n’est pas évi­dent ».

La jeune Belge donne donc des cours aux futurs géologues qui seront recrutés plus tard par les compagnies pétrolières qui se concentrent en Louisiane. Elle s’occupe aussi de la promotion des sciences auprès de jeunes américains.

Les étudiants pas d’accord

Que ce soit dans sa classe de cours où lors de ses visites au musée, Sophie rencontre tout de même un problème croissant : le créationnisme.

« Régulièrement, mes étudiants n’acceptent pas les explications que je donne sur la théorie de l’évolution.

« Régulièrement, mes étudiants n’acceptent pas les explications que je donne sur la théorie de l’évolu­tion, explique-t-elle. Un jour, un étudiant a rendu a mon mari, géolo­gue également, une copie sur le su­jet avec deux réponses. La première contenait la réponse qui lui permet­tait de réussir, l’autre, sa propre vi­sion des choses ».

Et ça ne risque pas de s’arran­ger aux États-Unis.

« Il y a deux mois, un nouvel amendement de la loi de Louisiane est passé. Il permet désormais aux profs d’aborder d’autres options que la théorie de l’évolution. Il y a eu un procès. Les scientifiques se sont oppo­sés. Mais le juge était un catho radical. Et ils ont fait passer ça sous le nom de « académie freedom ». »

Bref, sous le couvert de laisser plus de liberté aux profs, on a in­troduit la possibilité de parler du créationnisme ou de la réin­carnation, et ce de manière offi­cielle.

« C’est absolument catastrophique, s’exclame Sophie. Vous imagi­nez ? Dans quelques années, je vais me retrouver devant des étudiants qui auront subi un vrai lavage de cerveau ».

 

« Mc Cain, une catastrophe »

 

Cela ne sera pas le cas des deux petites filles de Sophie, Zoé et Manon. Si elles sont plus améri­caines que belges, leurs parents les protègent néanmoins des valeurs distillées par la droite conservatrice américaine.

« Nous leur avons expliqué l’évolu­tion des espèces. On leur parle de no­tre métier, des sédiments. On leur donne des preuves. Si nous étions en Belgique, nous n’aurions pas abordé le sujet quand les enfants étaient aussi jeune s».

Habitant depuis plus de 10 ans en Louisiane, état très conserva­teur, Sophie ne peut même pas imaginer une victoire de Mc­Cain. « Ce serait une catastrophe. Je pense que je ne le supporterais pas ».

La douceur du climat et l’envi­ronnement de la superbe Bâton Rouge ne sont décidément pas tout. •