Anti-Semitism in Belgium / antisemitisme in België / antisémitisme en Belgique / Antisemitismus in Belgien : nazislamists, neonazis, PS members, Ecolo-Groen members, BDS, , Extinction Rebellion, ...

PLAN:

Previously in this site:

0 Introduction 

0.1 Founding principles of anti-Semitism

      0.2 History of anti-Semitism

1 Anti-Semitism in the world

 

Now:

2 Anti-Semitism in Belgium

     2.1 History

     2.2 Nowadays

     2.3 Belgian anti-Semitic VIPs

2.1 History / pogroms in the Middle Ages

(in: Le Ligueur, 11/01/1985)

16e - 17e - 18e / Cohabitation difficile avec des membres de la communauté juive dans la vallée de la Meuse

(in: Le Folklore Brabançon, 68, 1932, p.266-276)

jusqu'au début du 20e siècle, les antisémites n'étaient guère importunés...

Exemple avec Edmond Picard, avocat ouvertement antisémite, avec lequel des écrivains comme Albert Mockel publièrent un livre sans aucun problème…

1937 - exemple d'attitude antisémite à Bruxelles

(in: Le Folklore Brabançon, 96, 1937, p.527)

1940-1945 - De nombreux Juifs furent cachés par de courageux concitoyens belges, résistants au nazisme et à leurs collabos

(exemple de Jamoigne, où 87 enfants juifs furent hébergés, in: VA, 28/08/1998)

1940-45 / Chasse aux Juifs à Liège - Jodenvervolging in Luik

(in: Knack, 14/04/2010, p.100-103)

(p.104-108)

Jacques Willequet, La Belgique sous la botte, résistances et collaborations 1940-1945, éd. Universitaires, Paris 1986

(prof. d’histoire à l’ULB)

(A la mémoire de Frans van Kalken, professeur de sérénité)

 

(p.305) LES JUIFS ET, ACCESSOIREMENT, LES FRANCS-MAÇONS

 

Aux origines du racisme

 

Racisme et antisémitisme : vastes sujets que ceux-là ! Nous ne tente­rons de les clarifier que dans la mesure où il s’agira de comprendre les sentiments des Belges – et des Juifs eux-mêmes – dans l’ouragan de la seconde guerre mondiale.

Certains lecteurs attentifs des récits de voyages antérieurs au XIXe siècle ont remarqué que ces observateurs sagaces des mœurs et coutumes chinoises ou persanes, par exemple, étaient remarquablement dépourvus d’un sentiment de supériorité qui ne commence à transparaître qu’avec notre révolution industrielle : on peut considérer le comte de Gobineau (1816-1882) comme un des «inventeurs» du racisme. Mais, pourquoi cette mutation ? Venus de France, Italie ou Allemagne, pays sous-développés sans que le mot existât, ces anciens explorateurs s’étonnaient souvent, insistaient sur des coutumes religieuses étranges, décrivaient des méthodes artisanales pas très différentes de celles qu’ils connaissaient et parfois même plus ingénieuses. Ils revenaient de là-bas intellectuellement enrichis, mais ni humiliés ni condescendants : dans un univers médiocre ou miséra­ble — la mince couche aristocratique mise à part — tout le monde était à peu près au même niveau. La perspective ne changea qu’au départ d’une modeste machine à vapeur, pour aboutir aux fantastiques développements actuels. Le savoir technique et scientifique, joint aux mécanismes d’une économie libre, creusèrent un abîme entre l’Europe et les Etats-Unis d’une part, et de l’autre le reste du monde qui en était tributaire ou dépendant. Quoi de plus simple et plus convaincant qu’une explication biologique ? Les Blancs étaient de toute évidence plus intelligents, plus réalisateurs que les autres, et l’objection japonaise était balayée : il s’agissait tout au plus de

(p.306) malins imitateurs, incapables d’aller plus loin par eux-mêmes. Ne rions pas de ces préjugés, chaque époque a les siens. On pourrait aligner un étonnant florilège d’opinions émises à cet égard, il y a encore un demi-siècle, et cela par les voix les plus « progressistes ». On « civilisait », mais avec la fausse certitude que cette noble mission finirait, malgré tout, par se heurter à des limites d’ordre biologique. En fait, à de très rares exceptions près, tout le monde était un peu raciste sans le savoir, encore à la veille de 1940, et la meilleure preuve en est que le mot est tout récent : il arrive que des néologismes se créent parce qu’on n’en avait pas besoin auparavant, et cela au moment précis où le bien-fondé du concept commence à être mis en doute. Des journalistes se mirent, vers 1930, à parler de racisme parce qu’il leur fallait traduire, plutôt mal que bien, le « völkisch » prôné par cet inquiétant parti nazi qui se développait outre-Rhin. En fin de compte («Le Diable porte pierre», dit un proverbe provençal), c’est Hitler qui, en poussant jusqu’à leurs conséquences les plus logiques et les plus horribles des idées communément répandues, a induit par contrecoup les chercheurs à s’interroger, à approfondir leurs investigations, et à conclure que s’il y a des différences entre les hommes, elles sont de nature ethnique ou maté­rielle (l’alimentation !) et non raciale. Du reste, on pourrait étendre l’exa­men de ce rôle catalyseur qu’a joué involontairement le maître du nazisme. Cet empire germanique qu’il voulait constituer en Europe, il y œuvrait en usant de méthodes abominables — mais y a-t-il jamais eu des « empires» innocents ? Comment s’était constituée, un demi-siècle plus tôt, la grande démocratie nord-américaine ? Quant à ce racisme diffus d’avant 1940, hâtons-nous de le réduire à des proportions relativement anodines. Per­sonne, et probablement pas encore Hitler lui-même, n’imaginait qu’on puisse éliminer physiquement une catégorie déterminée d’êtres humains. Au-delà du nazisme, c’est la guerre, avec ses phantasmes et ses exacerba-tions, qui devrait être considérée comme la grande responsable…

L’antisémitisme, c’est à la fois du racisme et à la fois autre chose. Sauf les nazis que personne n’aura l’idée de plaindre dans l’énorme erreur idéologique qu’ils ont commise, on n’a jamais contesté aux Juifs la compé­tence, voire la supériorité intellectuelle en général attribuée à la race blanche. Au contraire, leur contribution au monde industrialisé a été éclatante. Allons plus loin : c’est leur « racisme » à eux qui leur fut repro­ché. A la fin du siècle dernier, Bernard Lazare avait publié un livre où il démontrait qu’à l’inverse des autres ethnies, c’étaient les Juifs eux-mêmes qui s’enfermaient dans des ghettos : un argument opportun, dont Charles Maurras s’était emparé pour justifier son antisémitisme d’Etat. Tous s’assi­milaient, sauf eux ; il y avait là matière à réflexion. Nationalisme, donc, mais il y avait aussi le reproche de déicide, pas tout à fait disparu en 1940 comme nous le verrons. Quelle que soit l’origine de ces malveillances et persécutions, quel que soit le rôle de ces persécutions elles-mêmes dans l’incontestable, l’incroyable ténacité de ce peuple irréductible et dur, de cette religion si particulière et il faut le dire si cléricale, le fait est là : les Juifs existent, et souvent ils dérangent. Sont-ils malgré tout plus homogènes? (p.307) Certes non, et nous aurons l’occasion de le souligner ci-après.

Chacun reconnaîtra que si les Belges ont leurs gros défauts, ils sont un des peuples les moins xénophobes du monde. Vivant sur une traditionnelle . terre de rencontre et régis par dès institutions libérales, ils comptaient parmi eux, au XIXe siècle, un nombre restreint d’artisans et de boutiquiers juifs. Premiers pays industrialisé du continent, il attira ensuite, par groupes isolés, une immigration de haute qualité. Notamment, financiers, hommes d’affaires s’installaient chez nous, obtenaient bientôt leur naturalisation (sous des gouvernements de gauche… parce qu’ils votaient libéral), et certains même étaient anoblis pour services rendus — ce qui les assimilait théoriquement, sans que cela surprît personne, aux descendants des aristo­crates anciens propriétaires du sol. La naturalisation plus un titre de noblesse : il est difficile d’être moins antisémite ! Du reste, ces immigrés ne venaient déjà pas de bien loin : de Rhénanie, des Pays-Bas, au maximum de Bordeaux… Une industrie diamantaire d’importance mondiale se déve­loppa à Anvers, comprenant à la fois de grands patrons et une colonie d’artisans, d’ouvriers hautement spécialisés. D’homme à homme, les rap­ports avec les autochtones étaient bons ; les réticences et les préjugés ne se manifestent qu’au niveau collectif, où interviennent des schémas, des géné­ralisations plus ou moins simplistes ; l’assimilation, elle, ne peut être qu’un phénomène individuel.

A ces petits noyaux primitifs s’ajoutent dans les années vingt des modestes, rescapés des pogromes russes et polonais, occupant des petits commerces et ateliers, surtout dans le secteur de la fourrure et de la maroquinerie, essentiellement à Bruxelles et Anvers. Ils n’avaient qu’un désir, se faire oublier, et ils y parvinrent sans peine. Et pour se faire encore mieux oublier, beaucoup cherchèrent une intégration. Certains militèrent à l’extrême-gauche, mais d’autres aussi dans des associations patriotiques, voire nationalistes. Telle était d’ailleurs, et pour tout le monde, la double grande leçon de 1914-18 : pour ne plus jamais avoir de guerre, pensait-on, il fallait soit s’engager dans l’internationalisme prolétarien, soit renforcer la nation pour dissuader l’agresseur éventuel.

Les années vingt, puis trente, virent donc l’éclosion, plutôt rare chez nous, d’un nationalisme quantitativement significatif, pour cette raison-là et aussi pour d’autres, à caractère social. Les hommes sont ainsi faits que plus ils sont conscients de leurs faiblesses et de leurs précarités, plus ils éprouvent un besoin de compensation, de valorisation. A l’échelle collec­tive, ce processus tourne aisément à la xénophobie. Il y avait toujours eu, en Belgique comme ailleurs, des gens qui n’« aimaient » pas les Juifs (nous hésitons à dire : des antisémites, le mot a changé de sens depuis Hitler) ; il y en avait à gauche comme à droite, et pour des raisons diverses ; le noyau Israélite, si fermé, si « étranger», fournissait le cas échéant un repoussoir idéal. Une identité ne s’affirme jamais qu’aux dépens d’autrui. Toutefois, cette réaction n’allait pas plus loin qu’une malveillance diffuse, s’appuyant sur des archétypes plus ou moins réels, plus ou moins spécieux. Qu’un faux médecin, qu’un commissaire de police prévaricateur défrayassent la chronique, (p.308) aussitôt la presse éprouvait le besoin de préciser qu’ils étaient juifs, alors que les innombrables canailleries commises par des Belges de souche ancienne étaient mentionnées sans étiquette d’origine. Somme toute, cela était encore anodin.

Si Flamands et francophones éprouvaient à l’égard du Reich des allergies et des rancœurs dues aux souvenirs de 1914, si certains nationalis­tes flamands persisteraient longtemps à chercher outre-Rhin des « grands frères » apparentés, on peut dire que quelques intellectuels mis à part, la généralité des Belges, si repliés sur eux-mêmes, se caractérisèrent par une méconnaissance profonde du grand peuple voisin. Vérité encore difficile à faire comprendre par le public d’aujourd’hui, ce manque d’information et de lucidité s’étendait au nouveau régime lui-même, dans lequel ses adver­saires les plus déterminés ne voyaient qu’un fascisme, alors que ses avatars le conduisaient déjà beaucoup plus loin. Parlant de sa famille en 1941, un Marcel Liebman devait écrire beaucoup plus tard : « Nous abhorrions l’Allemagne et le fascisme, mais nous en ignorions totalement la nature» ‘. C’était normal. Oserions-nous dire que cette nature, les hitlériens eux-mêmes ne la connaissaient pas encore ? Le nazisme a été, par excellence, un phénomène évolutif.

Sans doute sera-t-il intéressant, parce que très minoritaire en Flandre, le VNV devait jouer un rôle dans la collaboration, de jeter un coup d’oeil sur ce qu’on y pensait du problème dans les années trente. Disons tout de suite que si Flamands et Wallons éprouvaient à l’égard du Reich des malveillances et des allergies nées des ressentiments de la guerre, la totalité de la Belgique se caractérisait — quelques intellectuels mis à part, — par une ignorance généralisée. La persécution antisémite accrut les antipathies des uns, les plus nombreux, tandis que le groupe nationaliste flamand manifesta des réactions, tantôt de silence gêné, tantôt d’explication es­sayant de se montrer compréhensive : les Allemands n’étaient-ils pas des « grands frères », qui avaient soutenu l’activisme en 1914-18 ? Cimenté par un romantisme culturel et social qui d’ailleurs s’étendait en se diluant au-delà de son strict électorat, le VNV était des plus disparates, dans tous les domaines mais aussi sur le plan qui nous occupe. Choqué par certaines outrances et soutenu par le maître à penser hollandais du mouvement, le professeur Geyl, le démocrate Borginon menaça de démissionner, parvint à écarter le pro-nazi Van Puymbrouck, mais échoua devant le raciste Ward Hermans qui avait le mérite, capital, de rapporter des voix à Malines et Anvers. Personnellement incolore, le « leider » Staf De Clercq s’efforçait de maintenir la balance égale. Ce Ward Hermans — futur SS — s’était déjà distingué en 1929, quand il avait diffusé un faux pacte militaire franco-belge dont le caractère apocryphe n’avait pu abuser que des faibles d’es­prit. Il publia en 1935 une brochure virulente où il justifiait l’Allemagne qui, selon lui, ne faisait que se défendre contre un peuple étranger. Vinrent ensuite quelques articles où se retrouvaient quelques thèmes classiques:

 

1 M. Liebman: Né Juif, Gembloux 1977, p. 35.

 

(p.309) effets dissolvants du communisme, de la franc-maçonnerie, de la juiverie, de tout ce qu’on détestait en somme : le marxisme, l’athéisme, le cosmopo­litisme, l’immoralité si parfaitement incarnée par le sexologue Magnus Hirschfeld et Léon Blum, auteur d’un livre où il préconisait le mariage à l’essai. Stavisky, le banquier Barmat et le Front populaire apportèrent ensuite de l’eau à son moulin. Il lui paraissait évident que les bellicistes juifs étaient en train d’endoctriner la France pour en faire un instrument de la conquête du monde à leur profit : capitalisme et bolchévisme, les deux visages de la domination juive. Et en Belgique même, ne jetaient-ils pas de l’huile sur le feu dans Le Peuple, sous la signature de ce récent immigré, Joseph Saxe ?

Ces délires trop connus, rappelons-le, restaient marginaux au sein du VNV, et ne trouvaient un certain écho qu’à Anvers. De Schelde, puis Volk en Staat s’en tenaient davantage à des arguments plus concrets et sans doute plus accessibles aux préoccupations de leurs lecteurs, comme cet amalgame qui est fréquemment fait entre Juifs et fransquillons. Ne possè­dent-ils pas les grands magasins ? Est-il normal qu’un Henri Buch (futur professeur à l’ULB, résistant et conseiller d’Etat) soit nommé magistrat à Anvers, donc appelé à juger des Flamands? (De Schelde, 13 mars 1936). De quoi se mêlent ces Juifs, qui proposent un boycott des produits alle­mands? Ils veulent nous attirer des ennuis (De Schelde, 3 mars 1936). La section francophone de l’Athénée d’Anvers regorge d’élèves juifs — donc doublement étrangers au peuple flamand : ce scandale soit cesser. Quicon­que prétend appartenir à une autre nation, doit être traité comme une autre nation. En tant que nationaliste, on admire et salue le nationalisme des Juifs, mais ce n’est pas être antisémite que de vouloir protéger ses propres ressortissants (Volk en Staat, 28 août 1937).

Les limites sont floues entre non-xénophilie, xénophobie affirmée, nationalisme et enfin racisme pur et simple. Contre ce dernier l’Eglise catholique, à vocation universaliste, dressait un rempart puissant. Les autres facteurs, on les retrouvait plus ou moins accentués dans des forma­tions telles que le Verdinaso, la Légion nationale et Rex — sans que le problème juif constitue un dogme auquel il fallût adhérer — ou s’en aller. Les excités avaient la parole, mais ce n’était pas parole d’Evangile, et le point n’était pas central. Faut-il rappeler qu’à l’Action française, Charles Maurras développait le thème de l’antisémitisme d’Etat, tandis que son voisin de colonne et co-directeur, Léon Daudet, déclarait ne pas partager son opinion ? Le parti de Léon Degrelle en resta longtemps aux malveil­lances suscitées par des points occasionnels, tandis que le gros de ses troupes prenaient ses propos pour ce qu’ils étaient au moment même : l’expression d’un nationalisme xénophobe. La plupart des membres en restaient à cette analyse parue dans Rex du 10 janvier 1936, où l’on distinguait les Juifs belges des autres. Les premiers étaient « nos conci­toyens, et nous n’admettrions pas qu’il en soit autrement»; Qu’ils soient tous sympathiques, c’est autre chose. Mais s’il y a un problème, c’est à cause des « nouveaux-venus » qui font au commerce une concurrence

(p.310) déloyale. Et puis, riches ou pauvres, ils sont « de gauche ». Cette question devrait être résolue « afin de prévenir le développement d’un antisémi­tisme aveugle, dont les conséquences pourraient être graves ». Dans ce but, il existait des « moyens pacifiques » de limitation et d’interdiction de sé­jour. — Un racisme véritable ne devait germer que dans les têtes isolées de futurs nazis, comme au sein de ce groupuscule « Volksverweering — Dé­fense du Peuple », fondé en 1937 par l’avocat anversois René Lambrichts (et financé, on l’apprendra plus tard, par des services d’outre-Rhin). Le VNV lui-même, du moins dans ses expressions officielles, restait soit réticent, soit limité aux arguments nationalistes, soit tout bonnement muet. La brochure-programme du parti, publiée en 1937 par Elias, ignore le sujet. Sous la signature du jeune Théo Luykx (conduite irréprochable pendant la guerre, futur professeur à l’université de Gand), une autre brochure estime que la politique ségrégationniste allemande est « en partie justifiée par les Juifs eux-mêmes, qui ont toujours été volontairement inassimilables». Le sionisme serait une solution, ce qui n’implique en aucune manière, se hâte-t-il d’ajouter, une quelconque supériorité de la race aryenne 2.

En fait, le problème prit une réelle consistance seulement après les lois de Nuremberg qui, en Allemagne, rendirent aux Juifs la vie toujours plus difficile : interdictions professionnelles et autres les poussaient à émigrer. Apparemment, le nazisme ne voulait pas leur mort, mais il les voulait ailleurs. Est-ce à dire qu’à ce moment là, on put voir aussitôt se creuser un véritable abîme entre les conceptions hitlériennes et celles des Puissances démocratiques? Force nous sera de répondre par un non catégorique. Partout, les pays s’étaient cristallisés sous la forme de l’Etat-Nation, au sens le plus étroit du terme. Pour entrer quelque part, il fallait un passeport et un visa, celui-ci délivré par une autorité consulaire de l’éventuel sol d’accueil ; pour s’y établir, des conditions précises devaient être remplies. Certes, l’opinion mondiale s’émut. Une conférence se réunit en 1937 à Evian, où chacun s’attacha surtout à faire valoir ses propres difficultés en minimisant celles des autres. Les Etats-Unis étaient disposés à accueillir tous les Juifs qu’on voulait – bien entendu dans les limites des quota réservés depuis 1921 à l’immigration allemande. Leur existence physique, après tout, ne semblait pas menacée. L’URSS refusa même de s’associer à l’effort général : elle n’en accueillit pas un seul. Ailleurs, il y eut une certaine bonne volonté, mais au compte-gouttes. Le problème s’aggrava en décembre 1938 avec les représailles qui suivirent l’assassinat d’un diplo­mate allemand par un Juif polonais. Cette « nuit de cristal » entraîna des dizaines de meurtres, 20 000 arrestations, 7 500 mises à sac et 101 incen­dies de synagogues. Le danger se précisait, l’exode s’aggrava. Des bateaux de réfugiés sillonnèrent les océans avec des vicissitudes diverses, souvent

 

2 Ces citations flamandes sont puisées dans M. Depuydt : Sporen van antisémitisme in België tussen de twee wereldoorlogen. De houding van het VNV, mémoire de licence KUL, 1978.

 

(p.311) dramatiques, toujours angoissantes. Des comités, des groupes de pression s’activèrent, avec des résultats partiels — et signalons en Belgique les efforts de J. Wolf, M. Gottschalk et H. Speyer, bien introduits dans les sphères gouvernementales. Dans nos cantons de l’Est, des amateurs de «petites affaires» — qui n’étaient pas juifs… — vendirent des passages clandestins pour une rénumération de 1000 ou 1500 francs. La soupape officielle s’ouvrit et se referma, au gré des pressions et des possibilités. Un camp de réfugiés s’ouvrit à Merxplas, mais quelque 5 000 fuyards non autorisés et non recensés se fondirent dans l’anonymat, aidés à Bruxelles et Anvers par la solidarité de leurs coreligionnaires. Certes, la pitié était communément partagée, et nous nous en voudrions de ne pas citer, dans la Nation belge du 13 octobre 1938, ce texte où Robert Poulet déclarait compatir « de tout cœur aux infortunes qui sont infligées, dans presque toute l’Europe centrale, à des êtres faibles et innocents, … au nom d’un racisme dont les bases philosophiques, scientifiques, psychologiques sont absolument inexistantes». Mais la petite Belgique pouvait-elle absorber les centaines de milliers de Juifs allemands qui, sans doute, allaient bientôt demander un asile ailleurs?

Les catholiques étaient émus dans leurs sentiments de charité, les libéraux étaient choqués, et les socialistes indignés — mais aucun d’entre eux n’oubliait les intérêts nationaux. A la Chambre, une rare unanimité se fit à la séance du 22 novembre 1938, dont le niveau mérite d’être souligné. Après une chaleureuse interpellation de la socialiste Isabelle Blume qui fut saluée par des « applaudissements prolongés sur tous les bancs », le minis­tre de la Justice Pholien la félicita de son «très beau discours». Il se trouvait, dit-il, devant la nécessité contradictoire de défendre l’ordre public et de se soumettre aux règles d’une « saine humanité ». Les visas légitimes étaient toujours accordés. On avait fermé les yeux sur les premiers 850 réfugiés. Il en était venus 1250 en août, 870 en septembre… Aujourd’hui, ils étaient « des dizaines de milliers » dont se précisait la perspective. Des camps avaient été ouverts, 250 enfants venaient d’être accueillis. Que faisait-on ailleurs ? Beaucoup moins. Seule une conférence internationale pourrait résoudre le problème ; la Belgique s’y associerait « du plus pro­fond du cœur ». — Le catholique Du Bus de Warnaffe abonda dans le même sens, mais en appuyant sur le point de vue économique. Le 8 avril dernier, 800 travailleurs gantiers, à Bruxelles, s’étaient mis en grève pour protester contre la concurrence juive. Nous avions accordé « une facile hospitalité à quelque 50 000 Juifs » lesquels, trop souvent, trouvaient « dans l’inobservation des lois sociales des facilités de concurrence déshon-nête qui, si l’on n’y (prenait) garde, (pourrait) par contagion mettre en péril l’économie même de ces lois ». L’antisémitisme nous menaçait, il était urgent de l’éviter. « Si nous ne sommes pas très vigilants, j’ai la conviction personnelle qu’un problème juif pourrait se poser en Belgique avant cinq ans. » Nous étions une terre de refuge, mais pas une terre d’exploitation. Il fallait être humains, mais pas dupes. La limite de nos capacités d’absor­ption était atteinte. — Le communiste Relecom concéda que les refoule-

(p.312) ments avaient été suspendus jusqu’au 22 novembre ; mais que ferait-on ensuite ? Il y avait aussi des patrons belges qui ne respectaient pas les lois sociales. A quand une initiative internationale ? Et de reprocher aux rexis-tes le ton antisémite du Pays Réel. — A quoi le rexiste Horward répondit que quand on était un admirateur inconditionnel de l’Union soviétique, cette championne toutes catégories de la persécution, il était préférable de se taire. En attendant, dit-il, la saturation était atteinte avec 90 000 Juifs, il convenait de recenser, planifier, réglementer, et de faire appel à la solida­rité internationale. — Gérard Romsée, porte-parole du VNV, tint à stig­matiser dès la première phrase les méthodes d’outre-Rhin. Ce qui était préoccupant, c’est que d’aucuns cherchaient à utiliser ces malheureux réfugiés pour exciter l’opinion contre l’Allemagne — une manœuvre qui était sans utilité pour les Juifs, et dangereux pour nous. Une immigration massive était-elle imaginable ? La communauté nationale devait être pro­tégée sur le plan économique, et aussi dans son intégrité culturelle. Avec 280 000 chômeurs, notre marché du travail ne pouvait plus accueillir personne, et le commerce lui aussi était saturé. Par ailleurs, il y avait les lois de l’humanité : et de proposer un choix sévère, en fonction de la gravité des situations individuelles ; des permis de séjour temporaires, mais aussi des interdictions de travail. Dieu merci il n’y avait pas d’antisémitisme en Belgique ; il y en aurait, si on se laissait envahir. Humanité oui. Hospitalité oui. Mais aussi protection des intérêts de la communauté nationale. — Le socialiste Eekeleers stigmatisa le groupuscule. « Volksverweering » et Vandervelde, « patron » du Parti Ouvrier Belge, après avoir souligné que les Juifs avaient, comme les autres, à respecter les lois sociales, reconnut la « bonne volonté évidente » du gouvernement et se réjouit de l’unanimité qui allait se faire sur un ordre du jour traduisant l’émotion générale, le souci de concilier ordre public et sentiments d’humanité, et faisant con­fiance aux autorités à la fois sur le plan intérieur et dans la perspective d’actions internationales. — Cet ordre du jour, présenté par les trois partis traditionnels, fut voté à l’unanimité le 24 octobre 1938 ; seul s’abstint le communiste Relecom ; c’était le maximum de ce que pouvait faire un parti dont tous les votes, sur tous les sujets, étaient toujours systématiquement négatifs.

 

L’exode des Juifs. Pour eux, quel statut?

 

Fondamentalement, la Belgique était donc saine, même si son ethno-centrisme national semble, aujourd’hui, quelque peu dépassé. Toutefois, la situation générale se faisait toujours plus préoccupante, et il était difficile d’enrayer une immigration clandestine qui obligeait un nombre croissant de malheureux à s’entasser dans des taudis et y subsister (qu’eussent-ils pu faire d’autre?) en se livrant à des travaux aussi peu contrôlés qu’ils l’étaient eux-mêmes. On aura remarqué, plus haut, l’argument de la con­currence économique. Les socialistes ne pouvaient manquer d’y être sensibles, (p.313) et davantage encore les syndicats. A Anvers, le bourgmestre socialiste Camille Huysmans, connu pour son esprit d’indépendance, allait plus loin que son parti et protégeait de son mieux ses immigrés : rien de très étonnant à ce qu’aux élections communales d’octobre 1938, le respectable parti catholique, qui menait campagne contre lui, se soit présenté comme un rempart contre « plus de cinq mille étrangers, pour la plupart des Juifs allemands», dans lesquels on voyait déjà «un corps d’élite pour la pro­chaine révolution » 3. L’électoralisme a ses exigences… La mobilisation de l’armée en août 1939 devait, elle aussi, jouer son rôle : graduellement jusqu’à 650 000 hommes sous les armes, et parmi eux beaucoup d’indé­pendants et de travailleurs en situation précaire, tandis que leurs familles connaissaient des moments difficiles. Et pendant ce temps-là que faisaient les «étrangers», eux aussi protégés après tout par le sacrifice des natio­naux? Ils prenaient leur place et raflaient leur clientèle!

Répétons-le : un journal de droite comme la Libre Belgique repoussait de toutes ses forces le racisme et stigmatisait les « cruautés révoltantes » qui se déroulaient outre-Rhin (voir, entre cent exemples, les 15, 17 et 19 novembre 1938). L’antisémitisme à l’hitlérienne était refusé, aussi parce qu’il était essentiellement anti-chrétien (11 avril 1938). — C’était la foi catholique qui avait empêché Dollfuss, Salazar et Franco de tomber, « mal­gré les sollicitations de la politique, dans les erreurs du racisme et du nationalisme exagéré » (6 août 1938). — Le racisme était une hérésie qui menaçait « les assises surnaturelles de l’Eglise », déniait à l’humanité «toute valeur spirituelle» et constituait «un danger international aussi grave que le bolchevisme » (18 novembre 1938). — A la mort de Pie XI, on le glorifia d’avoir combattu « avec une inlassable intrépidité, jusqu’à son dernier souffle, le racisme et le communisme, ces deux fléaux contempo­rains» (11 février 1939).

Mais il y avait, tout de même, cet afflux inquiétant d’étrangers tout à fait incompatibles et inassimilables, avec des caractéristiques qui mettaient mal à l’aise les Juifs belges eux-mêmes. Entendons-nous bien : la prover­biale générosité juive intervint sans compter, mais est-ce à dire que la communauté israélite formait un bloc sans faille? Sait-on suffisamment que le culte hébraïque est le seul dont tous les offices se terminent, selon le rituel, par l’exécution de la Brabançonne et des prières pour le Roi? Emouvant témoignage d’une volonté d’intégration, en dépit de quelques différences enrichissantes et pas plus fortes, d’ailleurs, que celles qui distin­guent les Belges de souche entre eux. En fait, on ignore à quel point le monde juif est divisé par ses origines géographiques et les vicissitudes historiques variées qui en résultèrent, et dont même les sensibilités reli­gieuses conservent l’empreinte, par les progrès de la laïcité et, bien en­tendu, par des opinions politiques aussi contrastées qu’ailleurs; par les attitudes à l’égard du grand rêve qui se précisait à la faveur des persécutions : le sionisme.

 

3 M. Steinberg: La solution finale en Belgique, dans la Revue Nouvelle, octobre 1983, p. 298.

 

(p.316) Après 1940. Toujours le « statut »

 

Les remous de l’Apocalypse n’étaient pas encore apaisés lorsque, le 19 juin 1940, le président du Parti ouvrier H. De Man rédigea un pro­gramme de gouvernement où il alignait onze mesures qui lui paraissaient devoir s’imposer dans l’immédiat, pensait-il, puisque la fin de la guerre était proche, et avec elle, la libération du Roi. Y figurait la « protection de la race, en respectant les commandements de l’humanité ». Il est clair qu’à cette date, dans l’esprit de l’ancien ministre, il ne s’agissait pas d’un quelconque alignement sur des idées ou des législations allemandes. Falke-nhausen venait de lui dire qu’il se désintéresserait de nos affaires intérieu­res ; au surplus, après la brève et foudroyante parenthèse des opérations militaires où notre sol n’avait servi que de voie de passage, on pouvait considérer que la Belgique allait bientôt recouvrer son indépendance4.

Peu après, une opinion plus surprenante nous est fournie par un homme des plus honorables. Résistant de la toute première heure, puisqu’il avait été écroué à Saint-Gilles après son refus de reprendre ses fonctions à la radio contrôlée par l’occupant, Paul Lévy — converti au catholicisme — rédigea en septembre 1940 un mémoire de 33 pages qui était le fruit de ses réflexions sur le problème. Il affirmait la nécessité d’un «statut» qui serait résolument «a-sémite et antiraciste». Les premiers racistes étaient à ses yeux les Juifs, puisqu’ils refusaient de s’adapter à leur entourage (comme il l’avait fait lui-même). La solution allemande devait être repoussée sans hésitation parce que raciste et donc, en un certain sens, confirmant les désirs des Juifs eux-mêmes. La judéité n’était que la consé­quence d’une religion, mais quel engrenage ! Enfermer ces gens dans un ghetto, c’était les renforcer, donc alimenter un fâcheux antisémitisme, donc ne plus pouvoir sortir d’un cercle vicieux. Les solutions française et belge (c’est-à-dire l’assimilation) avaient été d’abord des plus satisfaisantes, mais

 

4 CREHSGM. Papiers De Man, n° 142.

 

(p.317) tout avait changé avec « l’afflux brutal » de masses tout à fait étrangères, parce que leur racisme était opposé à notre «morale ethnique». Et de proposer une autre solution belge :

« 1. Ne font partie de la communauté nationale belge, et ne peuvent donc être citoyens belges que les individus nés en Belgique, dont un des parents est lui-même né en Belgique et qui, par son attitude, sa vie et ses actes a prouvé qu’il se considérait comme Belge et uniquement comme tel…

« 2. L’exercice de la religion juive un an après la mise en vigueur (du statut). Les subsides officiels seront supprimés. La possibilité d’émigrer sera donnée aux Israélites désirant continuer à exercer leur religion… » (Suit l’interdiction des abattages rituels, des cercles d’études, des associa­tions culturelles…)

«3. Les mariages des conjoints ayant chacun plus de deux grands-‘parents de religion juive sont, en principe, prohibés. Le fait, pour une personne d’origine israélite, de choisir son conjoint parmi des individus de même origine sera considéré comme un acte prouvant qu’elle s’exclut de la communauté nationale au sens du paragraphe 1 » 5.

Ce texte, rédigé en prison répétons-le, n’a lui non plus rien à voir avec les Allemands, puisque la première ordonnance de l’administration mili­taire ne date que du 23 octobre. Lévy allait subir ensuite une année horrible à Breendonck, être libéré en novembre 1941 (sur intervention, paraît-il, de De Man et du Roi), passer en Angleterre et devenir après la libération fonctionnaire européen, puis professeur à l’université de Lou-vain. Interdire une religion ? Restreindre le libre choix d’une compagne de vie et des liens sentimentaux? Par la suite, l’auteur a affirmé qu’il ne s’agissait que d’une boutade. A chacun d’apprécier… Au minimum, c’était pourtant l’extrapolation d’un cas personnel ; ce mémoire d’un homme intelligent et courageux, nous aurions d’ailleurs préféré l’oublier, si l’hon­nêteté ne nous avait pas imposé d’en faire mention. En tout état de cause, Paul Lévy s’inscrivait, lui aussi, dans «l’air du temps»… Signalons en passant que la fausse nouvelle de sa mort avait été diffusée par le clandes­tin La Liberté avec ce commentaire : « Ce grand Belge a détruit par son exemple toutes les affirmations tendant à faire croire que les Juifs étaient apatrides » (nos 38-39).

La même idée de « statut » se retrouve chez Robert Poulet, tout aussi détaché de l’influence allemande que les deux autres. Est-ce à dire qu’il avait changé d’avis, cet écrivain dont nous reproduisions plus haut les commentaires apitoyés ? Certainement pas, mais dans l’intervalle, lui qui aurait tant voulu empêcher une guerre (« évitable, bête et mal engagée », estimait P.H. Spaak), il s’était irrité de certaines propos belliqueux tenus par des voix Israélites ; surtout, se méprenant sur les pouvoirs que la loi du 10 mai 1940 avait conférés aux secrétaires généraux, il eût souhaité les voir prendre des initiatives prévenant et limitant celles de l’ennemi. Dans le

 

‘ CREHSGM. Ibid., n°s 224-234.

 

(p.319) L’indifférence, constatée par tous les observateurs, ne sera guère troublée lorsqu’apparaîtront les affichettes signalant les maisons de com­merce non-aryennes. L’expectative ricanante du collaborationniste/ouma/ de Namur est logique : on allait savoir à quoi s’en tenir. « Nous sommes curieux de compter combien il y a de magasins juifs chez nous » (5 décem­bre 1940). — En revanche, les commentaires de résistants sont sobres et rarissimes. N’achetez pas dans les magasins juifs, recommande la Nation libre dans son numéro 12 de 1940. Ils sont sous séquestre allemand, et votre argent irait aux Boches. — Un autre écho, indirect celui-là, nous vient de la collaboration. La pancarte «Entreprise juive», écrit Volk en Staat, a inspiré à certains commerçants l’idée d’arborer les couleurs natio­nales avec l’inscription « Entreprise belge ». Et de conclure avec aigreur : «Ce n’est nullement obligatoire» (12 septembre 1941).

Au début de 1941 circula dans divers clandestins (entre autres Chur­chill Gazette de février) l’excellente plaisanterie (fondée ou non) selon laquelle le chef du rexisme descendrait en droite ligne d’un Isaac Moskov-ski installé à Reims en 1760 — mais à la généalogie, on ajoute ce commen­taire : dès lors, comment ose-t-il parler au nom des Belges, lui qui n’en est pas un ? — Un peu plus tard, le socialiste Monde du Travail ne cachait pas , son aversion pour ces trois catégories dont les nazis venaient de découvrir la nuisance, Juifs, bolchévistes et francs-maçons : « Nous ne sommes ni pour les uns ni pour les autres… Les Juifs capitalistes sont encore plus avares et rapaces que les autres ». Mais en attendant, ce ne sont pas eux qui nous ont attaqués (n° 31, après juin 1941). — Pour en finir avec la notion de «statut», telle qu’elle s’exprimait dans l’opinion de résistants, il faut encore en signaler un écho bien tardif dans un autre organe de gauche, L’Idée socialiste de septembre 1942 — soit après la grande vague des déportations. Après avoir, cela va de soi, affirmé son idéal d’« émancipa­tion humaine », le journal faisait encore la distinction entre deux sortes de Juifs : les assimiliés qui ne posent aucun problème, et les autres, immigrés dans un pays « qui n’est pas le leur, provoquent des réactions de rejet et aspirent à un statut (retour en Palestine, ou organismes propres au sein de leur pays de résidence) »…

Avant même la publication des décrets de l’occupant, la collaboration s’était montrée sensible aux mesures prises à l’étranger. Dans le Pays Réel du 22 octobre 1940, Serge Doring commente le statut qui se prépare à Vichy, celui d’un antisémitisme d’Etat. La Révolution française avait ac­cordé la citoyenneté à un peuple étranger, il en était résulté une infiltra­tion, puis une domination. Pour la Belgique, cet auteur rexiste souhaiterait une solution semblable, faute de quoi on aboutirait à des manifestations individuelles où le sentiment, les désirs de vengeance, les représailles, les mesures arbitraires supplanteraient la raison. — Tout naturellement, son confrère Volk en Staat regardait, lui, vers le nord. Il signalait les décisions

(p.320) qui venaient d’être prises aux Pays-Bas, « sans que cela veuille dire que nous les approuvions toutes des deux mains». Il était vrai, aussi, que l’influence juive y avait pris une ampleur disproportionnée. Cela étant dit, il fallait reconnaître que les plus philosémites refuseraient de traiter en concitoyens les habitants de certains quartiers anversois. Ces gens n’avaient « ni honneur ni moralité » dans leurs relations d’affaires. Pour ces apatrides, les chrétiens n’étaient que des objets d’exploitation. Ils étaient tout prêts àa trahir leur terre d’accueil ; l’Allemagne l’avait appris à ses dépens (10 octobre 1940). — Est-ce déjà du racisme? Nous hésitons à aller aussi loin. — Le 23 novembre 1940, le journal donne des exemples de cette «avidité», de cette «moralité commerciale dénaturée» ; le 1er dé­cembre, il va jusqu’à titrer : « Comment les Juifs s’enrichissent dans leur ghetto ». — Mais voilà, les 8-9 décembre, le même Jan Brans obligé de se défendre. Ses articles précédents lui ont valu des protestations. Des lec­teurs lui ont écrit ; ils sont sans nul doute bien intentionnés, mais ils ont le tort de raisonner avec leur cœur. Lui-même voit mieux tous les aspects de la question à travers les siècles, invoque Sénèque et Tacite, Mahomet et Luther, Franklin et Frédéric II, Kant, Goethe, Napoléon, Schiller et Fichte. De tout quoi il ressort clairement que les Juifs ont toujours triché, retourné contre nous nos nobles principes humanitaires. Ce nationaliste flamand cite même Bernard Lazare, ce qui montre qu’il ne dédaignait pas de lire Maurras. Et de conclure : « ce n’est pas nous qui avons refusé l’intégration… La solution est entre les mains des Juifs eux-mêmes». Remarquons cependant qu’après cette mise au point, Jan Brans devait se taire pendant des mois. Quant à son chef et ami Staf De Clercq, il s’en tenait aux brèves déclarations qu’il avait faites dans son discours du 10 novembre 1940: «Les Juifs ne sont pas nos compatriotes».

Dans le Pays Réel, la hargne est permanente, au cours de ces premiers mois. — Le rappel de l’exode de Moïse, une preuve que bien avant l’incarnation du Christ, les Juifs étaient incapables de s’assimiler aux peu­ples qu’ils «envahissent» (21 septembre 1940). — Une allusion au livre «pornographique» publié jadis par Léon Blum (4 octobre 1940). — Un dessin montrant, sous le titre « Le statut des Juifs », un personnage au nez crochu en discussion avec son percepteur : « Ça peut peut-être s’arranger, avez-vous rendu un service quelconque à l’Etat? » — « Oui… Ch’ai bayé mes contributions! » (1er décembre 1940), etc. — Mais aussi (surprise… José Streel ?) ces lignes : « On sait que dans ce journal nous n’avons jamais professé cette phobie de la franc-maçonnerie et des Juifs qui, chez certains esprits faibles, atteint à l’hystérie. Expliquer tous les malheurs qui se produisent par l’action ténébreuse des francs maçons et des Juifs est un enfantillage indigne d’un esprit politique quelque peu formé et informé » (22 septembre 1940).

Si le rexisme n’est pas encore bien significatif, il est surprenant de constater que le Soir (volé) adopta d’emblée des thèses carrément racistes. Le peuple hébreu se caractérisait par de « lourdes tares » ; ses métissages avec le nôtre n’avaient jamais donné qu’« un pourcentage énorme d’inadaptés (p.321) sociaux, d’éléments instables, de délinquants, de débiles mentaux, voire même de criminels ». La France leur devait son déclin mais heureuse­ment, une race plus forte et plus pure allait prendre la relève ; les mesures législatives qui venaient d’être prises indiquaient que la Belgique allait s’aligner, et s’engager dans le sens d’un « avenir régénéré » (7 novembre 1940). — Le 13 novembre, un reportage hargneux sur le ghetto d’Anvers s’illustrait d’un dessin représentant « la plus extraordinaire collection de têtes que cauchemar puisse évoquer». — En décembre, on republiait, puisée dans la collection du Peuple d’avant 1914, une série d’articles fumeux, rédigés en plus dans un style suranné, qui n’étaient certainement pas ce que l’éminent jurisconsulte socialiste Edmond Picard avait produit de meilleur. On passait ensuite à la Maçonnerie, tout aussi maltraitée, puis un collaborateur du journal se rendait à Francfort pour y assister à l’inau­guration d’un Institut « scientifique » voué à l’étude de ce problème « fon­damental ». Pour la première fois dans l’histoire du monde, l’Allemagne y apportait la solution définitive. Le Juif était un étranger absolu, biologi-quement inassimilable, même s’il quittait la synagogue, même s’il embras­sait le christianisme, même s’il adoptait, fût-ce sincèrement, la nationalité du pays d’accueil. Tous devaient donc être traités de la même manière, tous auraient à quitter le continent (9 avril 1941). — Qu’il pleuve ou qu’il fasse beau, que l’on soit en guerre ou en paix, les Bruxellois moyens achètent le Soir à la fin de la journée, en quittant leur travail. Ce qu’ils pensaient du contenu, c’est autre chose, mais on doute qu’il y en ait eu beaucoup pour entériner un tel extrémisme. Alors, pourquoi ces outrances, exceptionnelles dans la presse censurée ? L’administration militaire n’en exigeait pas tant : elle distribuait son matériel de propagande, mais n’en imposait pas la publication. Ses ordonnances étaient reproduites ou résu­mées, avec la mention «Belgapress». Les journaux étaient libres d’y ajouter des commentaires — favorables bien sûr —, libres aussi de ne pas souffler mot. Dans le cas du Soir, risquons une tentative d’explication. Etait-ce pour faire accepter les nombreux articles où s’affirmait la foi dans l’union nationale et l’indépendance de la patrie ? Ou bien parce que son directeur Raymond De Becker, selon la rumeur publique, avait lui-même une bonne dose de sang juif? Les motivations des hommes sont rarement univoques…

En effet, dans la Cité Ardente, la Légia se montrait beaucoup moins intéressée. Pendant les premières années de l’occupation, on n’y découvre que deux articles, l’un sur l’influence des Juifs dans le monde du cinéma, l’autre sur les anciennes campagnes bellicistes qui leur étaient attribuées — et cela sous la plume d’un correspondant parisien. Quant à la presse d’information flamande, elle se borna de loin en loin à des poncifs connus, mais sous le double éclairage de l’amalgame Israël-Maçonnerie-bolchévisme-athéisme et dépravation des mœurs. Plutôt rares au début, ces thèmes ne se multiplièrent que dans les douze derniers mois, avec la progression de l’Armée rouge… et à un moment où, hélas !, clandestins mis à part, il ne restait plus beaucoup d’Israélites dans le pays… Comme aussi

(p.322) en région francophone, la question allait évoluer en fonction de la lutte entre Reeder et Himmler, par agents respectifs interposés : soit le VNV d’une part, la SS flamande et DeVlag de l’autre. Soucieuse par ailleurs d’exécuter les ordres mais sans heurter trop brutalement l’opinion belge, l’autorité allemande se contentait d’un antisémitisme modéré. Un véritable racisme, en tout cas au début, était principalement incarné par le groupus­cule « Volksverweering » de l’avocat Lambrichts : un ramassis d’indica­teurs et d’hommes de main qui s’illustrent, en avril 1941, par la mise à sac du quartier juif anversois ; il est significatif que, prudente, l’administration militaire soit intervenue auprès de la censure pour qu’aucune publicité ne soit faite à l’événement. Les deux hebdomadaires étaient intégralement financés par la SS. S’y étalent des caricatures suant la haine et le mépris, des statistiques (incommensurablement gonflées) du pourcentage d’Israéli­tes dans les diverses professions, des exigences précédant de peu les mesu­res qui allaient être prises — preuve qu’on était bien informé —, des appels indulgents à la fraternisation générale (francs-maçons compris !) contre l’unique adversaire, des noms et adresses de Juifs et notamment, suprême abjection, ceux qui ne s’étaient pas fait enregistrer. Signalons au hasard, dans l’Ami du Peuple du 14 novembre 1942 (après la grande vague des déportations…) ce dessin montrant deux amis dans un bar de luxe : « Tiens, Chaïm, tu ne portes pas l’étoile ?» — « Penses-tu, ils m’enverraient travail­ler en Pologne…» — Inutile de dire que cette fange servait surtout à décorer les kiosques à journaux ; rares étaient les acheteurs.

Il n’en reste pas moins, on l’a vu, qu’un léger antisémitisme à base de repli national était encore latent, et cela dans tous les bords. « L’opinion ne s’émouvait guère parce que les cas les plus tragiques étaient peu connus du public », avouerait le Peuple de juillet-août 1942. Mais quittons un instant cette approche historique pour évoquer le bon dépouillement fait naguère par une jeune licenciée en journalisme selon la méthode propre à cette discipline : l’analyse de contenu. Après avoir examiné 600 feuilles clandes­tines, Ariette Ciga conclut que 15 % d’entre elles ont mentionné le pro­blème, soit pour le commenter, soit pour fournir de simples informations. Soit 85 % d’ignorance ou d’indifférence surtout, il est vrai, dans des localités où il n’y avait pas de Juifs. Leur regroupement dans 4 villes du pays, la faible proportion d’Israélites de nationalité belge (3 764 sur 46 642 enregistrés /), ces compatriotes n’étant d’ailleurs gravement impli­qués qu’en septembre 1943, le sentiment général, du moins jusqu’en 1942, que les restrictions qui leur étaient imposées n’étaient pas beaucoup plus pénibles que celles dont souffrait l’ensemble de la population — mieux, ou pire, qu’après tout elles étaient logiques, tout cela explique un réel manque d’intérêt. Ce n’est pas tout. Notre auteur a relevé dans ces journaux résistants 37 articles ou entrefilets déplaisants: 12 parlent sur un ton pas très amène d’« habiles commerçants», 9 appuyent lourdement sur des particularités physiques, 7 leur attribuent des « caractères rusés», et 4 ne les « aiment pas». Le déicide apparaît dans 3 articles, 2 les soupçonnent d’accointances avec la Gestapo ou de « s’arranger avec l’occupant » — ce (p.323) qui n’est d’ailleurs pas exclu du tout: il y eut hélas! parmi eux des dénonciateurs appointés6.

Et puis et surtout, il y avait un autre phénomène plus diffus, dont tous les Belges « occupés » ressentirent les effets. Après tout, l’armée allemande de 1940 avait combattu correctement, à un épisode près, vite oublié. Des informations avaient filtré sur les massacres pratiqués en Pologne et en URSS par les « Einsatzgruppen » SS, mais ils paraissaient s’inscrire dans la tradition des pogroms antérieurs. Au pire, il n’y avait guère d’SS en Belgique, et « cela ne se passerait pas ainsi chez nous ». Enfin, les « bourra­ges de crânes» de 1914-18 avaient laissé des souvenirs négatifs. Un men­songe peut être efficace, dans l’immédiat ; à terme, il se retourne contre son auteur. Que n’avait-on pas dit, et accepté dur comme fer la fois précédente ? Bien sûr, les massacres de Dinant, les incendies de Louvain n’avaient pas été imaginaires, mais au-delà de ces «bavures», la propa­gande alliée n’avait reculé devant aucune outrance. Harold Nicolson en avait fait l’aveu à la Chambre des Communes en février 1938: «Nous avons menti honteusement. » Nos pères avaient été crédules ; plus « adul­tes» qu’eux, nous ne nous laisserions plus prendre. Quiconque, en 1942, aurait avancé dans une conversation de Belges moyens l’hypothèse que les Allemands pourraient bien déporter les Juifs pour les tuer, se serait heurté à un scepticisme général : « Suffit. En 1914, on nous avait fait croire qu’ils coupaient les mains des petits enfants… »

Renvoyons au livre, remarquable et approfondi, de Maxime Steinberg pour tout ce qui concerne l’exposé chronologique des faits 7. Les premières ordonnances de l’occupant définirent la notion de Juif, imposèrent à tous leur inscription dans un registre communal et leur regroupement à Bruxel­les, Anvers, Liège et Charleroi. La chose passa, soit inaperçue (ils y étaient déjà pour la plupart), soit pour logique et explicable : n’est-il pas d’usage, en temps de guerre, de mettre sous surveillance spéciale les suspects ou les ressortissants d’un Etat ennemi ? Suivirent des interdictions professionnel­les (frappant très peu de monde : avocats, fonctionnaires, journalistes, professeurs), la confiscation des récepteurs de radio, un couvre-feu plus strict… Même l’« aryanisation » des entreprises ne paraît pas avoir indigné beaucoup de personnes…

Nul ne pouvait prévoir, selon la formule de Steinberg, que l’enregis­trement « créait cette réalité nouvelle » (le Juif), mais qu’il la créait « pour l’anéantir». Un nombre indéterminé (et pour cause…) d’Israélites ne se rendirent pas à leur bureau d’état-civil pour se faire connaître. Ce fut de leur part le tout premier acte de résistance, inspiré par un instinct obscur ou par le refus de se faire coller une étiquette par un occupant usurpateur. Sans trop s’en douter, ils choisissaient la longue et dangereuse voie d’une angoissante clandestinité. La grande masse des autres se mettaient « en

 

6 A. Ciga : Le Juif dans la presse clandestine belge de 1940 à 1944, mémoire de licence ULB, 1973, particulièrement aux pp. 40, 42 et 85.

7 M. Steinberg: L’Etoile et le Fusil, 2 premiers vol., Bruxelles 1983-1984.

 

(p.324) règle», donc entraient sous la protection de la loi. On peut considérer comme infiniment vraisemblable la réponse ingénue du bourgmestre inté­rimaire de Bruxelles, en juin 1942, quand on lui demanda pourquoi il refusait de distribuer les étoiles de David, alors que deux ans plus tôt son administration s’était soumise à l’ouverture des registres : « C’est qu’à ce moment, nous n’étions pas aussi certains de la victoire anglaise…»

 

Une manœuvre diabolique : le « retournement »

 

Mais voyons l’étape suivante, qui elle aussi verra s’ouvrir une sorte de carrefour. Fallait-il s’incliner devant ce qui pouvait être la continuation logique de la ligne antérieure — ou qui d’un autre côté risquait d’être l’amorce d’une action plus menaçante? Le 25 novembre 1941, l’autorité occupante constitua une Association des Juifs en Belgique (AJB, et notons le caractère flou du « en ») qui aurait pour objectifs d’« activer l’émigra­tion » (soit, mais quelle émigration ?) et de prendre en charge les écoles et institutions de bienfaisance de leur communauté, sans préjudice d’« autres devoirs » ; en effet, tous les enfants juifs, soumis à la loi belge sur l’obliga­tion scolaire, auraient à quitter leurs établissements pour être regroupés dans des écoles gardiennes et primaires entretenues par l’AJB (1er décem­bre 1941). Nouvelle ambiguïté: on parlait d’émigration, mais en même temps on institutionnalisait une ségrégation qui, toute déplaisante qu’elle fût, paraissait inaugurer une ère stable et, tout compte fait, rassurante. En quelque sorte, les Juifs recevaient un « gouvernement » distinct, sous la forme d’une « association sans but lucratif » apparemment contrôlée par le ministère belge de l’Intérieur.

La manœuvre était diablolique : les effectifs nazis en Belgique étaient infiniment trop faibles pour s’atteler à la tâche énorme qui se préparait. Le seul moyen, c’était de s’assurer la coopération des futures victimes elles-mêmes, de pratiquer ce que les services d’espionnage appellent le « retour­nement» et l’« intoxication » 8. Corollaire et condition indispensable du succès : les Juifs qui se prêteraient à l’opération, il fallait qu’ils fussent de bonne foi, qu’ils puissent répercuter sur leurs administrés la confiance qu’ils éprouvaient eux-mêmes, donc leur apporter un soutien cordial dans ce qui devait apparaître comme une œuvre culturelle, philantropique et sociale. « Bis auf weiteres», jusqu’à nouvel ordre, une formule classique dans les instructions reçues par le SD, chargé de la mise en œuvre pratique. Est-ce à dire que dans les bureaux de l’avenue Louise, on était déjà au courant de ce qui se préparait? Certainement pas. Seuls, une douzaine

 

8 Cette ingénieuse comparaison a été faite par Lucien Steinberg : Le Comité de Défense des Juifs en Belgique 1942-1944, Bruxelles 1973, pp. 57 et suiv. A noter le prénom de cet auteur ; il ne doit pas être confondu avec son homonyme précité.

 

(p.325) d’hommes connurent, en un premier temps du moins, ce qui fut décidé à Wannsee le 22 janvier 1942. A Bruxelles, les agents d’exécution nazis entreprirent donc une campagne de. séduction cauteleuse qui réussit à convaincre un certain nombre de notables juifs qu’une politique « de présence et de moindre mal » leur faisait un devoir de siéger dans le comité directeur de cette nouvelle institution. Sollicité d’en assumer la présidence, le grand-rabbin Ullmann hésita, recourut au conseil des autorités morales les plus éminentes : le cardinal Van Roey, le ministre d’Etat Carton de Wiart, le président de la Croix-Rouge, l’avocat-général Cornil… N’était-il pas aumônier militaire, n’avait-il pas prêté serment de fidélité à la Consti­tution? Tous l’engagèrent à accepter en faisant valoir l’argument classi­que : nul mieux que lui ne pourrait protéger les siens, limiter des dégâts éventuels, et puis, s’il devait refuser, quelle personnalité suspecte ne ris­quait-on pas de désigner à sa place ? Il céda (pour démissionner en septem­bre 1942 après les déportations, être emprisonné puis relâché, et enfin se cacher jusqu’à la Libération dans la résidence de l’évêque de Liège).

A considérer les choses avec le recul, on voit donc se dessiner une nouvelle charnière. L’article 118 bis du Code pénal prévoyait la détention extraordinaire pour quiconque transformerait les institutions ou servirait méchamment les desseins de l’ennemi. Ce texte fut interprêté ou plus exactement modifié à Londres en décembre 1942 : désormais, ce serait la peine de mort, et il suffirait d’une collaboration fournie « sciemment », ce qui dispenserait la Justice d’avoir à apporter la preuve d’une intention perverse. Tranchante, Justice Libre, organe du Front de l’Indépendance, donna son opinion : les statuts de l’AJB n’existaient pas aux yeux de notre droit, et les ordonnances allemandes non plus ; y collaborer tomberait sous le coup de l’article 118bis (N° d’avril 1942). Hâtons-nous de dire qu’il eût été monstrueux de poursuivre après la Libération les rescapés du génocide. Ils avaient été aveuglés — comme aussi certains non-Juifs inspirés par d’aussi bonnes intentions. Plus lucides se révélèrent — et c’est pour cela que nous parlons d’un deuxième carrefour — les résistants du Comité de Défense des Juifs (CDJ) qui au même moment se constitua dans le cadre du FI, au domicile du professeur à l’Université de Bruxelles Chaïm Perel-man. Son œuvre admirable, nous en parlerons plus loin mais en bonne justice, mention doit être faite d’un précurseur : le petit périodique clan­destin Unzer Won, en langue yiddisch, qui dès décembre 1941 avait prescrit d’ignorer les ordonnances contraires à « la loi belge » et, après la création de l’AJB, de refuser cette « communauté obligatoire » (mars 1942). A ce moment toutefois, ces mises en garde n’avaient guère impres­sionné.

Ce résumé des faits étant établi, voyons ce que pensaient ou faisaient les acteurs ou spectateurs d’une tragédie dissimulée derrière de savants trompe-l’œil. Du côté rexiste, on vit apparaître, chose révélatrice, une curieuse suite de discours à la cantonade. Le feu fut ouvert par les racistes de l’Ami du Peuple, qui reprochèrent aux mouvements d’Ordre nouveau d’être vraiment trop peu intéressés par ce qui constituait tout de même le (p.326) problème fondamental de l’heure. Aussitôt, dans le Pays Réel, José Streel répond à «certains frénétiques actuels», sans les citer nommément. La présence et l’influence des Juifs étaient négligeables avant 1935, à part le bellicisme d’un Joseph Saxe, cet immigré tchèque. Avec l’afflux des réfu­giés d’Europe centrale, c’est un problème social qui se posa, et certaine­ment pas sous la forme d’une « hostilité foncière entre deux races hétéro­gènes ». Ce problème social, il incombe à la société nationale de le régler, donc par une « judicieuse intervention de l’Etat ou du Pouvoir qui, provi­soirement, en tient lieu ». Un « antisémitisme d’Etat » par conséquent, sans haine, sans passions populaires, sans violences, sous la forme d’un statut « humain et équitable », exempt de persécutions. « L’antisémitisme d’Etat remet seulement les Juifs à leur place d’étrangers » ; il les laisse organiser leur vie sociale « dans les limites très larges du cadre qui leur est assigné », et qui les protégera « contre les violences individuelles que leur présence aurait pu provoquer par réaction ». C’est là un point de vue « conforme à la tradition des sociétés chrétiennes du Moyen-Age», et qui du reste est provisoire : il pourra dans un sens être amélioré (après le départ des Allemands ? note de l’auteur) « au profit de cas individuels malheureux » (convertis, anciens combattants, etc), et dans l’autre être le prélude d’un retour dans l’Europe orientale d’où ils viennent (P.R. 5 décembre 1941).

— Pauvre angélique Streel, qui en effet devait se sentir toujours plus mal à l’aise au sein de son parti… Car voyons la suite. Dès le lendemain, le chef a.i. de Rex Victor Matthys se désolidarise de son voisin de colonne, catégoriquement mais toujours de manière indirecte. Certaines « âmes sensibles», dit-il, pensent devoir faire des distinctions. Or, la nouvelle législation est encore trop libérale, puisqu’elle ignore les « demi-Juifs qui n’en possèdent pas moins, à 100 %, les stigmates et les tares de leur race ». Même s’ils résident chez nous depuis plusieurs générations, ce ne sont que des « prétendus assimilés ». Ne font-ils pas la preuve de leur « nationalisme raciste » en n’épousant que desjeurs ? Partout dans le monde, leur attitude était claire avant 1940. Par leurs excitations, ce sont eux qui nous ont plongés dans un bain de sang. « Un bain de sang aryen, bien entendu ». Les voilà remis à leur place: celle d’« étrangers dangereux»… «Les y outres (hélas ! le mot y est) regretteront un jour d’avoir voulu cette guerre qui les anéantira». Tout cela sous le titre «Les Juifs seront matés» (P.R. 6 décembre 1941).

Les propos — sincères — de José Streel auraient pu être écrits, à peu de chose près, dans la Libre Belgique d’avant la guerre. Ceux de Matthys – qui l’étaient tout autant, laissons-leur ce triste bénéfice — marquent une étape dans la politique de collaboration. Cette dernière a déjà perdu pas mal de sympathisants. Elle n’en devient que plus offensive : les deux phénomènes se tiennent. Toutefois, il importe de ne pas oublier qu’à ce stade de l’évolution, le public reste encore bien distrait: la création de l’AJB, le regroupement de quelques élèves dans des écoles spéciales n’alertent que peu de personnes. En témoignant les réactions, très éparses, que ces événements suscitèrent dans la presse résistante. Eparses, mais (p.327) aussi nuancées. Si Le Peuple d’avril 1942 fait appel à la solidarité à l’égard d’une communauté placée dans un «ghetto moral», c’est aussi «d’autant plus que ces mesures frappent aussi bien les Belges que les étrangers ». — «Manœuvres de diversion!» s’exclame België Vrij (FI anversois). On voudrait nous faire croire que les Juifs sont la cause de tous nos malheurs. Personne ne marchera! (septembre 1941). — Dans son n° 12, Belgique indépendante se borne à suggérer que tous les magasins, indistinctement, arborent l’affiche « Entreprise juive ». — A Liège, La Victoire (modérée) en reste à une affirmation de solidarité : « Un Juif, un franc-maçon est un homme comme vous et nous. Du moment qu’il soit honnête et qu’il fasse son devoir de Belge, respectez-le, et quand vous pouvez aider à le tirer des pattes des Tudesques d’outre-Rhin, n’hésitez pas un seul instant » (septem­bre 1941) ; son confrère La Meuse s’indigne, mais sur le seul plan de la ségrégation scolaire : des écoles spéciales pour les Juifs ? Quelle abjec­tion!» (février 1942). — Quant à la Voix des Belges (MNB), elle se contentera de publier en mars 1942 un très bon article contre le racisme ; cet organe, il est vrai, s’était spécialisé dans une réflexion politique d’un ordre plus général.

La préoccupation des prosémites n’était donc que très circonstantielle et marginale. Pour l’interpeller directement, il fallut qu’en juin 1942 (or­donnance du 27 mai), les étoiles jaunes apparussent sur les poitrines de rares passants. Cette rareté frappa au premier abord : on avait tellement entendu dire que les Juifs étaient partout !

Le commentaire du Pays Réel reste, disons, civilisé. Il approuve la « rigueur » de cette mesure « prophylactique », mais il se nuance aussitôt : « Nous ne devons pas nous abaisser à traiter les Juifs de manière barbare ou inhumaine » (23 juin 1942). — Son confrère Volk en Staat, un peu gêné tout de même, nous montre une fois de plus à quel point les hommes se réfugient, d’instinct, dans les leçons du passé, bien ou mal interprêtées. Certaines personnes s’indignent, dit-il. Particulièrement les catholiques devraient se rappeler St. Thomas d’Aquin, le 3e concile de Latran et les prescriptions de Paul IV selon lesquelles les Israélites devaient certes être traités avec humanité ; mais n’avaient-ils pas l’obligation de revêtir une tunique jaune et de se coiffer d’un chapeau bleu lorsqu’ils pénétraient dans les quartiers chrétiens? Ceux qui, aujourd’hui, se déclareraient choqués seraient donc, soit de « mauvais catholiques » soit, plus simplement, des « anglophiles larvés » (2 juin 1942). — Le Moyen-Age ! C’est aussi le mot qui revient dans la presse clandestine, avec toutefois un peu plus de lucidité : on se réfère à ce qui est appelé la « barbarie » des siècles d’obscu­rantisme mais on discerne, cela va de soi, l’intention malveillante. En témoignent België Vrij juillet 1942), Le Monde du Travail (« moyenâgeuse mesure», juin 1942), etc. — Ce n’est pas que les anciennes distinctions soient tout à fait mortes, loin de là. « Que l’on soit pour ou contre l’antisé­mitisme, écrit La Légion Noire, il est une chose qui révolte : on ne met pas ainsi un tas de gens, toute une race au ban de la société. Uniquement (sic) parce que cette mesure est prise par nos protecteurs, nous devons être contre. (…)

 

(p.330) /Wannsee, 20/01/1942/

 

Les exécutions massives, baptisées «traitement spécial» (« Sonderbehandlung », ou mieux encore, «SB») se dissimuleraient der­rière l’intimité des camps. D’ordre écrit, on n’en a jamais retrouvé, et il n’y en eut sans doute pas. Six millions d’êtres humains allaient disparaître en fumée ou autrement, sans qu’on en eût, jusqu’en 1945, la connaissance formelle et indiscutable. — « S’il est exact, devait écrire W. Laqueur, que seule une poignée d’Allemands savaient tout sur la solution finale, très peu nombreux étaient ceux qui ne savaient rien » 9. En terre libre, la première information faisant état d’une « extermination totale » semble être parve­nue au Congrès mondial juif de Genève en août 1942, mais elle laissa bien des sceptiques (des esprits normaux peuvent-ils penser l’impensable?), et le rabbin Jacob Kaplan lui-même devait confesser par la suite que ses derniers doutes ne cessèrent qu’au début de 1944 10.

 

Comment cette « déportation » fut-elle perçue en Belgique ? Quels commentaires souleva-t-elle? C’est ce que nous allons voir — mais avant cela, particulièrement nos compatriotes eurent à franchir un énorme et ultime camouflage : celui de la mise au travail. Premier point tout à fait spécifique : la mémoire collective des Belges avait gardé le souvenir des cruelles, stupides et inefficaces déportations de chômeurs pratiquées par von Bissing (contre son gré) en 1916. On s’attendait à une mesure sembla­ble, en la redoutant. Et n’était-il pas logique de commencer par les Juifs, déjà limités dans leur activité ? Précisément, deux ordonnances (11 mars et 8 mai 1942) avaient réglementé leur emploi, qui se ferait sur réquisition et uniquement par groupe. Ces mesures avaient été aussitôt mises en applica­tion. On avait vu partir des convois, pour travailler aux fortifications côtières dans le nord de la France. Surtout, on les avait vu revenir, leur besogne terminée. L’opération « anesthésie » avait été tellement vicieuse qu’après coup, on peut se demander si elle avait été vraiment calculée. Quoi qu’il en soit, elle ne manqua certainement pas son effet. — Second point : chacun savait que depuis le début le IIP Reich en guerre avait un intarissable besoin de main-d’œuvre; l’ordonnance de mars 1942, visant tous les Belges disponibles l’avait confirmé, et une autre viendrait encore la durcir en octobre. Gardons nos deux pieds sur terre : était-il logique, était-il raisonnable, était-il seulement concevable d’imaginer que les Allemands allaient déporter cette précieuse réserve de bras… pour aussitôt l’anéantir? Nous reviendrons sur la mise en œuvre de la déportation juive, appliquée en juillet 1942 avec l’indispensable coopération de l’AJB, mais voyons tout de suite quelques extraits de la presse clandestine illustrant l’analyse que nous venons de faire. Déjà au début du second semestre de 1941, le n° 35 du Monde du Travail avait manifesté son appréhension globale, héritière des mauvais souvenirs de 1916 : « Verrons-nous une déportation des tra­vailleurs? » — Ensuite vint la réaction, très explicable, ne voulant et ne

 

9 W. Laqueur: Le terrifiant secret. La «solution finale» et l’information étouffée, Paris 1981, p. 25.

10 M. Marrus et R. Paxton : Vichy et les Juifs, Paris 1981, pp. 316 et suiv.

 

(p.331) pouvant voir, dans le sort réservé aux Juifs, qu’une préfiguration de ce qui attendait ensuite les autres catégories de la population : On vient de concentrer les Israélites à Malines pour les diriger, « on a tout lieu de le croire », vers la Pologne. Belges, voilà votre sort, si les Allemands ga­gnaient cette guerre ! (Monde du Travail, août 1942). — Le même organe socialiste ne s’émouvra vraiment qu’après l’ordonnance d’octobre, laquelle visait cette fois les Belges : « Les bandits à l’œuvre. A bas la déportation ! » (ibid., novembre 1942). — L’analyse est identique dans L’Espoir, socia­liste. Parlant des Juifs, il consacre un petit entrefilet à ces « mesures ignobles», à ces «mœurs barbares» (septembre 1942), mais dans son numéro de novembre, la déportation d’ouvriers belges occupe toute la première page. — Même réaction encore au FI d’Anvers. België Vrij avait attribué 20 lignes à la déportation des Juifs, en annonçant que ce n’était qu’un début (juillet 1942), mais dans son numéro suivant, les travailleurs belges en mériteront 140. — «Boucs émissaires! » s’exclame Libération. Les Juifs sont « déportés dans des camps de travail, à l’étranger». Après eux viendra le tour des officiers et des soldats, puis des jeunes classes, puis des organisations patriotiques (juillet 1942). —Pourquoi pas nous ? (Ver-viers) partage l’erreur : ces « ignobles persécutions » ne constituent qu’« un aspect du problème de la main-d’œuvre qui se pose pour les nazis d’une façon particulièrement aiguë » (août 1941). — Bref, et l’on pourrait avan­cer d’autres citations du même genre, le trompe l’œil a été efficace, le sort des Juifs est assurément déplorable, mais on n’y insiste pas trop : ils semblent représenter l’avant-garde d’une misère plus générale, qui pend comme une épée de Damoclès sur la tête de tout un chacun. — Enfin, si en ce second semestre de 1942 les clandestins communistes découvraient une raison supplémentaire de stigmatiser le nazisme, leur analyse globale n’était pas différente. Voici les directives de leur Service de presse : « Aux Bourses du Travail, la mention selon laquelle les Juifs n’entrent pas en ligne de compte pour les offres de travail en Allemagne est retirée ». Voilà qui démontre que les Allemands ont besoin de main-d’œuvre. D’ailleurs, les mesures contre les artisans et petits commerçants juifs n’ont pas d’autre raison : il s’agit de les prolétariser pour les encourager au travail outre­Rhin (avril 1942). — «En recourant officiellement à la déportation de travailleurs des pays occupés, Hitler avoue la terrible pénurie de main-d’œuvre du IIIe Reich… Prélude aux déportations massives d’autres cou­ches de la population, des rafles de Juifs furent organisées… Refuser de travailler pour Hitler, c’est hâter la victoire! (octobre 1942).

Il va de soi qu’à l’AJB elle-même, la chose avait été présentée exacte­ment de cette façon-là. Elle aussi se croyait astreinte à la dure nécessité de la guerre, qu’elle ne serait pas seule à subir. Et puis après tout, les victimes étaient des étrangers… Ce « Judenrat », dirigé par des notables belges sans aucun doute de très bonne foi, assuma pleinement l’organisation des dé­parts vers la caserne Dossin, à Malines, lieu de concentration qui préludait aux embarquements en direction de l’Allemagne. Elle n’est hélas ! que trop vraisemblable, cette phrase attribuée à l’un de ses dirigeants : « Et si vous

(p.332) partiez pour l’Europe de l’Est, où serait le malheur?… Vous veniez de Pologne, et vous y retournez, voilà tout ! » Le texte de la convocation parlait d’une «prestation de travail», et il précisait que les réfractaires seraient internés dans un camp de concentration (!). L’affreuse duplicité ne se dévoila que plus tard, trop tard mais en attendant, que de malheureux brimés, trompés, espérant un sort peut-être meilleur en fin de compte que celui qu’ils avaient fini par connaître dans leur éphémère refuge belge ! Ou encore cette réaction du jeune Marcel Liebman (Belge, donc pas concerné dans l’immédiat), refusant la fuite, acceptant avec crânerie n’importe quel sort parce qu’il ne voulait être ni un lâche, ni un déserteur n. Inutile de rappeler que pour la plupart de ces martyrs, l’espérance de vie n’était plus que très, très faible : à peine arrivés à destination, c’était en général le massacre, sans autre examen. Avec, parfois, un petit raffinement de ca­mouflage supplémentaire : on leur faisait signer au préalable des cartes postales annonçant à des amis qu’ils étaient en bonne santé,… et l’on n’acheminait ces messages que de longs mois plus tard. La démence raciste avait atteint son aboutissement logique. Il arrive qu’aujourd’hui l’on ren­contre un ancien « collaborateur », resté ferme sur ses opinions et toujours aussi convaincu d’avoir agi en fonction d’un bien supérieur. Pas un seul toutefois, nous disons pas un seul qui n’ait gardé sur la conscience le remords d’avoir, à son insu, entériné le génocide. Quelques rarissimes le nient ou le minimisent, ce qui est encore une façon de s’en désolidariser. Au moment même, ces « collabos » n’allaient pas plus loin, n’imaginaient pas aller plus loin que ne le voulait cette sobre information du Pays Réel : La moitié des Juifs de nationalité étrangère ont « maintenant quitté le pays pour un endroit où ils gagneront leur pain à la sueur de leur front, conformément à la loi divine» (25 octobre 1942).

La protection s’organise, mais dans l’aveuglement général

Nous avons vu qu’à cette tragique croisée des chemins, quelques esprits lucides et courageux s’étaient ressaisis : mieux valait se rebiffer, éclairer les résignés, protéger les victimes et, dans la pire des éventualités, avoir au moins la satisfaction de mourir en combattant. Dans le cadre du Front de l’Indépendance, le Comité de Défense des Juifs accomplit une œuvre fantastique dont le tableau, encore incomplet paraît-il, a été dressé par Lucien Steinberg 12. Grâce à une presse clandestine active (Perelman, Roger Van Praag dans le Flambeau, Léopold Flam dans De Vrije Gedachte) le pourcentage des réfractaires, faible au début, augmenta sensible­ment. Les plus hautes autorités belges furent alertées : la Reine Elisabeth, le cardinal Van Roey et les évêques, le président de la Croix-Rouge Dronsart, la directrice de l’Œuvre nationale de l’Enfance Yvonne Nève-

 

  1. Liebman: op. cit., p. 53. : L. Steinberg: op. cit., passim.

 

(p.333) Jean, Mgr Cardijn et la Jeunesse ouvrière chrétienne, le haut fonctionnaire au Ministère de la Justice Platteau, de nombreux banquiers parmi lesquels le gouverneur de la Société Générale Galopin… (soit dit en passant, voilà qui rend quelque peu incompréhensible l’affirmation de Marcel Liebman, selon laquelle l’antisémitisme aurait été une création de la bourgeoisie et du capitalisme). Ces inspirateurs s’appuyaient sur une pyramide d’incalcu­lables dévouements individuels, d’autant plus nombreux que beaucoup négligèrent, mission accomplie, de se faire recenser après la Libération. Pendant ce temps-là, des dizaines de milliers d’individus adressaient des lettres de dénonciation à la Kommandantur, souvent pour régler de vulgai­res comptes personnels : ainsi, dans la hideuse et magnifique histoire des hommes, on voit sans cesse se côtoyer le meilleur et \e pire… Quelque 4 000 enfants furent sauvés, bien des adultes, pourvus de logements et de timbres d’alimentation, purent disparaître dans la clandestinité. Pour des raisons évidentes, des chiffres exacts ne pourront jamais être établis. A la conférence de Wannsee, les Juifs de Belgique, présents à cette date, avaient été estimés à 43 000. 25 559 personnes passèrent par Malines, 1 244 rentrèrent de captivité en 1945… La proportion des sauvetages a donc été remarquable ; les trois quarts d’entre eux peuvent être attribués à l’action du CDJ.

En outre, cette organisation comprenait un groupe d’action directe, composé de Partisans armés (pas tous juifs, d’ailleurs). Lui revient la responsabilité du meurtre d’Holzinger, un dirigeant de l’AJB plus naïf encore que les autres, donc particulièrement nuisible (29 juillet 1942). Deux jours plus tard, ces résistants attaquaient et mettaient à sac le local bruxellois de l’AJB, afin d’en détruire les fichiers. Cet épisode devait être commenté par la Libre Belgique (Liège) de septembre 1942, mais en des termes qui nous montrent une fois de plus à quel point le camouflage nazi avait été efficace. Méconnaissant tout à fait le caractère allemand de l’AJB, ne croyant voir en elle qu’une œuvre de protection des Juifs, cette feuille résistante ne put que s’interroger. D’où venait cette agression ? De toute évidence, de la police allemande, qui avait voulu mettre la main sur les fichiers, enrichir sa liste de travailleurs potentiels. Et non sans résultats : ne voyait-on pas les Juifs partir à la cadence de mille par jour « vers les mines de sel de Pologne, vers les tissages de Silésie et les fortifications du nord de la France». — Outre quelques autres actions moins spectaculaires mais protectrices, cette unité de PA (à laquelle s’allièrent des membres du Groupe G) s’illustra, pendant la nuit du 19 au 20 avril 1943, par l’attaque d’un train de déportés près de Tirlemont. Cette action se solda par 108 évasions définitives, 75 échecs (c’est-à-dire des évadés repris) et, sans doute, 21 tués sur place.

La presse du CDJ, disions-nous, se caractérisa par la relative exactitude de ses informations, donc par son influence bénéfique. C’est elle qui publia, en 1943, le rapport d’un «espion» qui, sous la couverture d’un voyage scientifique, interrogea en Allemagne des travailleurs étrangers dont les propos ne pouvaient plus guère laisser de doute sur le sort des déportés

(p.334) raciques. Le Flambeau avait un premier mérite : il refusait de tomber dans une sorte de contre-racisme, de se montrer exclusivement philosémite. Les pratiques dénoncées menaçaient d’autres catégories sociales encore, de telle sorte qu’en aidant les Juifs, on servait l’ensemble de la population. Dans la misère générale, les Juifs ne sont qu’une avant-garde (mars et mai 1943). — On parle de cet « Est » mystérieux dont personne ne revient : « la déporta­tion, c’est la mort » (mars 1943). — « Le plus souvent, ce sont des nouvelles tragiques : des fusillades en masse, des empoisonnements par les gaz, des attaques armées contre les ghettos en Pologne ». Mais le refrain subsiste : solidarité pour tous. Il y en a d’autres qui se cachent. « Les réfractaires au travail obligatoire en Allemagne sont dans le même cas » (novembre 1943). — Et d’en revenir à la question essentielle : il ne s’agirait que de déportation dans des camps de travail ? Alors, pourquoi des vieillards, pourquoi des enfants? (janvier 1944). — Corollaire de ce que nous remarquions plus haut, le plus significatif, dans l’esprit de ce clandestin, c’est une réelle modération à l’égard du peuple allemand en soi. On pourfend « la bête hitlérienne, le fascisme, les sadiques nazis». Alors que la presque totalité des résistants étroitement « belges » mettent volontiers IIIe Reich et « Bo-chie » dans le même sac, les Juifs du CDJ (plus cosmopolites, ayant franchi davantage de frontières?) font mieux certaines distinctions.

A mentionner encore, dans cette œuvre protectrice, l’intervention personnelle de la Reine Elisabeth, qui obtint la promesse que les déportés seraient traités humainement (?) et qu’en tout état de cause les Belges (pas beaucoup plus de 3 000) seraient préservés — ce qu’ils furent jusqu’en septembre 1943. Submergés comme ils l’étaient en août 1942, les nazis pouvaient s’engager à titre provisoire. En outre, sans vouloir minimiser l’effet de cette intervention royale, il faut noter ce commentaire de Lucien Steinberg : accessibles à l’argent, bien des gestapistes ont pu saisir ce prétexte, qui ajoutait une couverture respectable à des motivations qui l’étaient beaucoup moins.

Il est temps, pour nous, d’en revenir à notre tentative d’analyse de l’opinion à travers la presse résistante. Toutefois, au risque de se répéter, une remarque s’impose, impérativement. Les trois quarts des clandestins ignorent complètement le problème, le dernier quart n’en fait que des mentions sporadiques : c’est presque comme s’il n’avait jamais existé, alors que de nos jours, il est devenu central. De plus, ces clandestins eux-mêmes, quel était leur rayonnement ? Nous en avons fait la surprenante expérience personnelle : on peut avoir vécu toute l’occupation dans un chef-lieu de province de 12 000 habitants, échangé les propos les plus ouverts dans un Athénée intégralement patriotique, n’avoir jamais eu sous les yeux le moindre pamphlet résistant… et apprendre une génération plus tard que cette ville avait vu naître une demi-douzaine de titres. Un certain nombre de personnes jouaient un rôle actif, le secret était bien observé, mais il avait ses inconvénients… A Bruxelles, Gand, Liège et Charleroi, en revan­che, les « grands » clandestins étaient bien diffusés, mais que savaient-ils, que disaient-ils ?

(p.335) Paul Struye, cet observateur sagace, nous heurte un peu lorsqu’il date du 1er décembre 1942 des observations sans aucun doute pertinentes, mais qui paraissent avoir été écrites quelques mois plus tôt : « Certes, on les tenait (ces mesures anti-juives) pour injustes. Mais dans l’ensemble, on y demeurait assez indifférent. Le Belge moyen n’admet assurément pas qu’on persécute une catégorie de citoyens pour des raisons d’ordre racique ou religieux. Mais il est hors de doute qu’il « n’aime pas les Juifs » et qu’il existe, tout au moins à Bruxelles et plus encore à Anvers, ce qu’on pourrait appeler un antisémitisme modéré. Personne — ou à peu près — ne croit que les Juifs sont à la source de tous les maux dont souffre l’Europe, mais assez nombreux sont ceux qui estiment qu’il s’était créé en Belgique un problème juif et que des mesures étaient — ou seront — nécessaires pour éviter qu’il ne prenne un caractère aigu ». — Plus proches de l’événement puisqu’ils écrivent au jour le jour, Ooms et Delantsheere restent très évasifs et confondent les déportés avec les « autres Belges dont certains reviennent d’Allemagne, tuberculeux ou dans un état lamentable». A la date du 2 août 1942, leur indignation grandit: on les persécute, «on les contraints à émigrer, on les enfourne comme des esclaves dans des wagons à bestiaux » qui les transportent « vers des destinations inconnues où ils perdront sinon la vie du moins la santé… » Ils sont emportés par groupes «vers la résidence qu’on leur a assignée», vers une «misère morale», particulièrement en ce qui concerne «les jeunes filles»… — Les jeunes filles ! Nous allons les retrouver, ces malheureuses, dans le texte qui suit, et les gorges ne pourront que se serrer devant l’abîme d’incompréhension qui se creusait entre un niveau de civilisation considéré comme acquis, et l’ensauvagement des mœurs nouvelles. La Libre Belgique du 15 septembre 1942 commente la déportation. Après en avoir montré le caractère illégal (elle viole la Constitution, le Droit international et les promesses de l’occupant lui-même), l’auteur en condamne les modalités : « II est difficile à tout homme ayant gardé un tant soit peu le sens de sa dignité humaine de ne pas avoir un haut-le-cœur de dégoût devant ce retour à la barbarie… Comment juger ceux qui entassent, pêle-mêle, jeunes gens et jeunes filles dans des wagons à bestiaux, sans aucun souci de moralité élémentaire ? Quelle appréciation porter sur ceux qui arrachent une mère à ses enfants en bas âge, sans se préoccuper du sort de ces derniers, et cela uniquement parce qu’ils ont les cheveux noirs et le nez crochu ? » Et ces criminels « ont le culot de réclamer des colonies ! » Ils devraient être rééduqués « avant de pouvoir s’entretenir sur un pied d’égalité avec le reste de l’humanité». Mais pourquoi ces persécutions, se demande le journal ? Encore que partiellement juste, sa réponse ne va pas très loin. Un régime totalitaire se doit de détruire tout mouvement qui reconnaisse, « au-delà de l’Etat, une solidarité internationale quelconque ». Le sort des Juifs guette, par consé­quent, les francs-rrTaçons demain, et les chrétiens ensuite. Que de prêtres déjà arrêtés ou molestés ! Les Israélites ne forment que le premier maillon d’une chaîne, et voilà « pourquoi le problème juif doit être aujourd’hui à l’avant-plan de nos préoccupations». (Sans doute mais, remarquons-le, ce (p.336) clandestin n’y reviendra plus. Dans un tourbillon comme celui-là, une préoccupation chasse l’autre…).

Mêmes sursauts de dégoût, mais aussi d’ignorance et d’inadéquation, dans la presse clandestine bourgeoise de Liège. Déjà en avril 1942, Chur­chill Gazette s’était étonnée. C’est une «race forte», les Allemands de­vraient donc l’admirer. D’accord, leurs ancêtres sont responsables de la Crucifixion, mais Jésus ne leur a-t-il pas pardonné depuis longtemps? Cette étoile jaune serait un signe d’opprobre ? Retournons l’argument : saluons, plaignons et aidons ces victimes. — Viennent, en juillet, les déportations. « Respect aux persécutés ! » s’exclame le même auteur (août 1942). Ensuite, il essaie de réfléchir : Ces mesures « touchent coupables et innocents… S’il existe des coupables… qu’on les cite devant les tribunaux belges, qu’on les juge et qu’on les condamne ! Pas de châtiments collectifs ! Saluons-les, parce que nous avons des ennemis communs : l’Allemand et le collaborateur». — «Ce sont nos frères dans le malheur» (septembre 1942) — une appréciation qui sera confirmée, le mois suivant, par l’ordon­nance sur le travail obligatoire en Allemagne. Confirmée, certes, mais du même coup les Juifs sembleront, davantage encore, se diluer dans une persécution générale. — En parallèle, le Coq Victorieux réagit de la même façon. Déjà le titre de son article est significatif : « Les tribulations d’Israël». La fuite en Egypte, remarque-t-il, débouchait sur la liberté; aujourd’hui, c’est un «départ pour l’esclavage». Les Allemands s’atta­quent-ils aux « représentants de cette finance internationale » qu’ils vili­pendent ? Mais non : leurs victimes sont des modestes, des artisans, des petits commerçants. On viendra nous dire : ce sont des étrangers. Mais on ne les renvoie pas chez eux ! « On pourrait admettre, jusqu’à un certain point», qu’on expulse des étrangers. Encore faudrait-il que, «tout au moins», on les laisse libres d’emporter leurs biens, ou qu’on leur laisse le temps de les réaliser. En plus, de la part de nos «protecteurs», c’est imprudent, puisque cela provoque des réactions en faveur des persécutés. C’est inhumain et ce n’est pas juste : on sépare des familles et on prive des gens de leur légitime propriété. Un officier allemand aurait dit que ce serait «une mort sans blessure… vers des climats rigoureux de Pologne et d’Ukraine ». Ces crimes inspirent un « profond dégoût ». Hitler n’aurait-il pas eu de mère? (août 1942). — Quant au bon Van de Kerckhove, rédacteur de Chut !, on a vu plus haut qu’en retard de deux guerres, il en était encore aux voleurs de pendules et peu au fait des « progrès » réalisés depuis 1870. Il ne parle des Juifs qu’une seule fois, le 1er septembre 1942. La civilisation est « couverte de honte, écrit-il. Il ne s’agit pas de prendre parti pour l’antisémitisme ou contre le sémitisme, de peser les arguments en faveur ou en défaveur (de ce) peuple », mais de répondre à la question : « Le Juif est-il un homme comme vous et moi ? Oui ou non ? La réponse est, ne peut être que positive… On peut aimer les Juifs ou les détester, c’est affaire de sentiment. Le sentiment n’a pas de prise sur un principe. » Et l’objectif de cette déportation, comment l’imagine-t-il ? Les hommes au travail forcé, les femmes dans des camps ou des mines de sel, les filles pour

(p.337) le plaisir des soldats… — Encore un, parmi d’autres innombrables, qui attendra 1945 pour y voir plus clair…

Les déportations de l’été 1942 ont assurément suscité un intérêt indigné. Il se traduira par une pointe aiguë dans la courbe des mentions à découvrir dans la presse clandestine — ce qui ne veut pas dire, très loin de là et répétons-le, que tout le monde en parle. Il y a ceux qui ne voient rien du tout, et il y a ceux qui se contentent de signaler un fait épisodique : Le Bon Sens du 20 août 1942 relève l’arrestation d’une fillette rue de Flandre, à Bruxelles. Soit, sur la totalité de sa collection, 8 lignes sur 13,000. — Ou encore, comme le faisait déjà Bric à Brac en février 1942, on continue de joindre les Juifs aux autres persécutés. — L’allusion au déicide — pour réfuter l’argument, bien sûr — reparaît en novembre 1942 dans la Légion Noire : ceux qui font de l’antisémitisme à caractère religieux devraient se rappeler que tout ce que les textes liturgiques ont jamais demandé contre les Israélites, c’est «des prières». — Aussi faiblement informé que les autres, Demany n’en parle qu’en octobre 1942, mais à travers la déporta­tion des travailleurs belges : « On s’y attendait un peu. Les Boches s’étaient fait la main sur les Juifs. Les pogroms dans les quartiers Israélites, c’était la répétition générale. Car, quand Hitler fait de l’antisémitisme, c’est signe que quelque chose ne va pas dans le grand Reich. Et c’est pourquoi l’occupant vient de publier ses ordonnances sur le travail obligatoire. » Plus loin, il reproche à une dame juive de s’être suicidée : « Le geste de Mme Hirsch est tragique, mais il est inutile. Ce qui importe en ce moment, c’est de vivre, de vivre pour l’écrasement d’Hitler, le châtiment des traîtres, de vivre pour hâter notre libération » (Résistance, octobre 1942). — Le Pa­triote, de Forest, retourne l’argument : « Je n’ai rien ni pour ni contre les Juifs, et je ne crois pas me tromper si j’estime que la grosse majorité des Belges se trouvent dans les mêmes dispositions. Je suis le premier à reconnaître que les sémites possèdent quelques échantillons d’individus peu recommandables, mais… Notre pauvre Belgique a vu depuis le 10 mai 1940 le développement remarquable d’une faune immonde de reptiles baveux, plus connus sous les vocables de rexistes et de VNV. Ne devons-nous donc conclure que tous les Belges ne sont que d’affreuses canailles ? » Conclusion: aidons-les (2 novembre 1942). — «Boucs émissaires!» s’écrie Libération (FI). Les Juifs « sont déportés dans des camps de travail, à l’étranger». Après eux viendra le tour des officiers et des soldats, puis des jeunes classes, puis des organisations catholiques (juillet 1942). — La Meuse, elle aussi, se méfie de ce qu’elle considère comme une manœuvre de diversion : « II faut aider les Juifs. Il faut lutter contre l’occupant. — Le peuple de chez nous sait que les artisans de notre misère ne sont pas les Juifs, mais l’occupant et ses valets. Accordons notre soutien à toutes les victimes de l’oppresseur nazi mais sans distinction de catégories. Ne tom­bons pas dans le piège tendu » (août 1942). — Bec et Ongles consacre aux déportations vingt lignes sur douze pages, parle avec fureur de la « grande misère des Juifs… expédiés, c’est le mot, vers une destination inconnue… Une fois de plus, l’Allemand prouve qu’il ne respecte rien… Haine et (p.338) vengeance! Telle est, MM. les nazis, la moisson qui vous est promise» (août 1942).

Assez généralement, on fait surtout appel aux lois de l’humanité. « On déporte, on sépare les familles, écrit la Voix des Belges du 15 août 1942, et « tout fait prévoir que les souffrances des déportés seront bien plus grandes encore quand ils seront dans les lieux de travail forcé qui leur sont desti­nés ». — « On peut penser ce qu’on veut du rôle des Juifs, estime le Coup de Queue (Mons), les considérer comme dangereux pour la sécurité de l’Etat ou parfaitement inoffensifs, mais quel que soit le sentiment que l’on éprouve à leur endroit, il ne peut leur être infligé des traitements barbares, inhumains, qui en fassent des esclaves ou du vil bétail. Ce sont des hom­mes, faits comme les autres pour aimer, être heureux, vivre librement à la face de Dieu. » Hélas ! la morale nazie n’a que faire de ces évidences. Certains collabos, tel le quotidien Mons-Tournai du 1er août, poussent des cris de cannibales. Et ces Aryens « se prétendent seuls dignes du nom d’hommes. Ah ! les barbares ! » (août 1942). — Constatons que, depuis les communistes et trotskistes jusqu’à la droite bourgeoise, ce n’est qu’un cri de colère et d’indignation (du moins dans les feuilles qui en parlent), et cela dans les termes les plus durs. Toutefois, si le mot « extermination » appa­raît dans le Monde du Travail de février 1943, il est souvent associé à des rumeurs fausses ou douteuses, un peu comme si, pressentant la vérité, on cherchait des arguments pour l’établir avec certitude. — Une centaine de femmes et d’enfants auraient été gazés à Dusseldorf, nous apprend Chur­chill Gazette de janvier 1943. — Et le Monde du Travail assure que 200 cadavres auraient été brûlés au crématorium d’Uccle (février 1943). — Le Coq Victorieux croit savoir que des « milliers de Juifs, sans masques pro­tecteurs…, crèveraient en trois jours dans des mines de sel » (janvier 1943). — Libération (FI) attendra décembre 1943 pour affirmer l’existence d’une « campagne d’extermination des Juifs par les hitlériens, que des centaines de milliers sont tués par fusillades, asphyxie, injections mortelles, etc. », tandis que le même mois, son homonyme brabançon utilise le même mot, mais il le voit sous la forme d’« épuisants travaux forcés, nutrition insuffi­sante et bastonnades jusqu’à la mort». — En juillet-août 1943, le Coq Victorieux entame — avec quel retard ! — un reportage sur la caserne Dossin, tandis que Churchill Gazette, humour oblige, se livre au petit jeu des définitions : « Juifs. Race responsable de toutes les guerres et de tous les malheurs. Exemple : la Belgique a été envahie par les Juifs le 4 août 1914 et le 10 mai 1940» (mai 1943).

L’intérêt commençait à fléchir. Pour le ranimer temporairement, il fallut les rafles de Juifs belges, cette fois, en septembre 1943. Le Peuple signale : « Les Allemands ont repris la chasse aux Juifs. De nombreux Juifs belges ont été arrêtés ces dernières semaines (octobre 1943). — Fernand Demany se réveille : « Les persécutions contre les Juifs recommencent. A Bruxelles, les nazis ont arrêté une série de personnalités juives (Résistance du même mois). Les persécutions « recommençaient » ? Elles avaient donc cessé, une fois franchie la frontière belgo-allemande ? — Et à cette occasion, (p.339) la Légion Noire publie des commentaires comme toujours assez fortement « déphasés » : elle parle de mauvais traitements, de gardiens lâches qui, en plus, font signer à leurs victimes des attestations comme quoi elles n’ont subi aucun sévice et qu’elles se tairont sur les circonstances de leur internement (octobre 1943). — A rapprocher d’un article de L’Alouette, qui évoque l’« inconfort » et la « saleté » de la caserne Dossin, la discipline « prussienne » qui y règne (le mot est significatif !), la nourri­ture « insuffisante », les gardes-chiourmes qui volent les aliments apportés de l’extérieur (1er août 1943). On a parfois l’impression que cette presse patriote « imagine » des situations, mais qu’elle les imagine selon ses caté­gories à elle, qui sont loin de correspondre à celles de l’ennemi — d’où, nécessairement, une inadaptation. Sans être tout à fait adéquat, le Monde du Travail se rapproche davantage de la réalité lorsqu’il parle, « sans doute… de camps d’atrocité, antichambres pour d’épouvantables ago­nies… » (décembre 1943).

Chose étonnante, Front (FI) reprendra encore en mars 1944 une analyse pas bien différente de celle qu’on pouvait faire quatre ans plus tôt : la distinction entre assimilés de longue date, «Belges comme les autres», et les immigrés, « persécutés partout et depuis l’invasion aussi chez nous. Ils rêvent d’un foyer national en Palestine ou ailleurs et, en attendant, ils se cachent et combattent. » — De fait, en cette période ultime qui était devenue celle des rafles, des traques et des contrôles, trois sortes de Juifs subsistaient dans notre pays : les rescapés de l’AJB, tolérés parce qu’ils pourraient éventuellement servir, des dénonciateurs à la solde de la Ges­tapo et, Dieu merci, un nombre malgré tout appréciable de clandestins. Après octobre 1943, le thème redevient rarissime dans la presse patrioti­que. Le destin d’une toute petite minorité de la population a disparu dans les brumes de l’Est, chacun a d’autres soucis, plus personnels ou plus immédiatement contraignants. Loin des yeux…

 

Les frénétiques de la collaboration

 

Mais qu’en pensait-on, pendant ce temps-là, chez les tenants d’une politique de présence puis, dans l’autre bord, celui de la collaboration et du collaborationnisme ? Chose remarquable, une politique de présence, re­présentée par des quotidiens d’information, neutres et prudents, se main­tint jusqu’au bout en pays flamand. L’exemple le plus caractéristique nous est donné par YAlgemeen Nieuws, version camouflée du catholique Stan-daard que l’épiscopat encourageait pour ne pas laisser le champ libre aux séparatistes et aux païens — et qu’après la Libération le même épiscopat réussirait à sauver des poursuites de la justice militaire. Ce journal se contenta, sobrement, de remarquer le 31 mai 1942 qu’un Juif «sera toujours un Juif», qu’il porte une étoile ou non. — Het Vlaamsche Land, assez accessible aux thèmes « officiels», attendra jusqu’en août 1942 pour publier une série d’articles sur « La question juive sous l’angle catholique », (p.340) concluant que la religion ne pourrait que trouver profit (?) à l’exclusion des Israélites. — De bonne foi ou non, ce même organe écrira encore : « Le national-socialisme recherche à tous égards une solution humaine, qui devrait servir de leçon à nous-mêmes et au monde entier » (20 juillet 1944). — Côté francophone Le Soir, si prolixe et hargneux à l’époque de ses débuts, devenait à ce point de vue presque inexistant, de même que la Légia, où l’on ne retrouve plus que l’une ou l’autre petite remarque déplaisante. — Davantage encore que d’autres néerlandophones sous l’in­fluence de DeVlag et sous la plume du frénétique Ward Hermans, Gazet estimera dans un de ses ultimes numéros que Juifs ploutocrates et Juifs bolchévistes étant tous par vocation fauteurs de guerre, que l’Amérique ou la Russie l’emporte, en tout état de cause le malin Juif serait toujours du bon côté (2 juin et 21 août 1944). — Dans l’ensemble toutefois, le thème s’était dilué dans celui, plus vaste, d’une civilisation chrétienne menacée par le capitalisme et le marxisme, paradoxalement unis (Volk en Staat, 16-17 janvier 1944).

Ce qui nous mène au VNV, enfermé dans l’impasse d’un nationalisme flamand qu’il espère (ou que, de plus en plus, il feint d’espérer) réaliser dans le cadre de bonnes relations avec l’occupant. Volk en Staat se tient sur une réserve qu’un rapport de la Propaganda-Abteilung, daté de juin 1943, semble à la fois comprendre et regretter. La collaboration « modérée » était submergée de matériel de propagande, mais rien ne l’obligeait à l’utiliser, et elle l’utilisa peu : pour des raisons peut-être en partie honora­bles, l’administration militaire considérait sans doute que ce silence pou­vait avoir des côtés positifs — c’est-à-dire favorables à la paix intérieure et au camouflage qu’il importait de préserver.

Mais — refrain — il y avait la Militärverwaltung, et d’autre part la SS. Bien que désormais totalement inféodé à celle-ci, le Pays Réel essayait de toucher (sans y arriver le moins du monde) un plus large public, et il maintenait donc, parfois, une certaine couleur d’humanité. En témoigne par exemple (toutes proportions gardées !) son numéro du 9 avril 1943, où il s’indigne en apprenant que certaines commissions d’Assistance publique continuent de verser des secours à des Juifs, même étrangers. Certes, « la misère n’a pas de patrie», et nous-mêmes avons toujours fait preuve de solidarité humaine. Nous avons d’ailleurs été payés de retour, puisque l’Allemagne accueille nos enfants pour des vacances de grand air. Mais : « Les épreuves qui frappent aujourd’hui les Juifs sont méritées parce que ce peuple, par son action néfaste dans le domaine international comme dans la vie interne des peuples, a fait tout pour précipiter l’humanité dans la guerre et dans les misères morales et matérielles. Le Juif a voulu la guerre… et aujourd’hui encore, veille à ce que cette guerre perdure (sic) le plus longtemps possible. Que lui importent les souffrances des hommes, les détresses des foyers… Ce n’est pas le sang juif qui coule… Le Juif profite de la guerre (dans les pays alliés et, chez nous, en faisant du marché noir)… Qu’il y ait des Juifs malheureux, des Juifs éprouvés par la maladie, par la misère, nous voulons le croire, et nous ne serons jamais de ceux qui (p.341) s’opposeront à ce que remède soit apporté à ces cas exceptionnels. » Mais n’ont-ils pas, depuis le texte paru au Moniteur belge du 21 mars 1942 leur propre Association, expressément chargée de leur assistance ? Ils mange­raient donc à deux râteliers ? Le Christ l’a dit : on ne jette pas le pain des enfants aux chiens… « A l’heure où notre peuple souffre et où les efforts de tous les Belges sont nécessaires pour le sauver de la misère, on ne jette pas le pain des enfants belges aux chiens, ni aux Juifs ! »

Dans le rapport de la Propagande Abteilung évoqué plus haut 13, Rex, Algemeene SS (devenue Germaansche SS) et DeVlag étaient chaudement félicités. De fait, — encore un certain ésotérisme, que l’on peut opposer aux relatives prudences de la presse quotidienne — c’est dans leurs hebdo­madaires ou mensuels réservés à un noyau central de militants que l’antisé­mitisme se manifeste dans toute sa pureté. National-Socialisme, organe intérieur du mouvement rexiste était-il précisé, publie dans chacun de ses numéros une rubrique « Race » où l’accent est surtout porté sur la néces­saire harmonie qui règne entre un corps et une âme nordiques: le corps reflète l’âme et vice-versà, et voilà expliquée l’antipathie instinctive que nous éprouvons à l’égard des juifs, dont l’aspect extérieur trahit une mentalité qui nous est totalement étrangère. Le Juif est un taré, et les tares biologiques empêchent l’épanouissement des valeurs spirituelles (novem­bre et mai 1943). — D’ailleurs, « le racisme est par soi-même essentielle­ment socialiste », puisque le mélange des races affaiblit la souche et empê­che l’éclosion des qualités morales (avril 1944). — Et d’appeler à la rescousse une citation de l’incontestable Henri Pirenne : « En dépit de la langue latine qu’ils ont conservée, les Wallons nous apparaissent dès le 5e siècle comme un peuple germanique» (février 1944). — Dans le dernier numéro (15 août 1944), la fureur antisoviétique se traduit par des chiffres attribuant à l’URSS 1,77 % de population juive, mais un cadre de diri­geants où cette infime minorité monopoliserait les postes à concurrence de 76 à 100 %…

Si, dans le parti rexiste, Léon Degrelle semblait plutôt se désintéresser de la question — il se réservait l’image héroïque du guerrier européen —, son bras droit Victor Matthys ne mâchait pas ses mots. Voici, d’après National-Socialisme de janvier 1943, des extraits du discours qu’il avait prononcé au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles le 25 octobre 1942 : « La révolution se fera, faut-il le dire, contre les Juifs à galette et contre ceux qui n’en ont pas. Lorsque nous agirons ce sera radical. Après huit jours il n’y aura plus de question juive dans le pays, parce qu’il n’y aura plus un Juif. — Cette question doit être envisagée d’une manière réaliste, sans l’ombre d’une sensiblerie ». — Que de souffrances ils nous ont infligées: les ban­quiers Franck et Barmat, l’« ersatz » de Juif Van Zeeland, Imianitoff qui voulait bolchéviser la médecine belge (note de l’auteur : il s’agit d’un faux

 

13 Rapport « Das Judentum in Belgien » (juin 1943), conservé à l’Instituut voor Oorlog-sdocumentatie d’Amsterdam et cité par E. De Bens : De Belgische dagbladpers onder duitse censuur, Kapellen 1973, pp. 468-469.

 

(p.342) médecin, attaché au cabinet de la Santé publique, condamné à la prison en 1939), les professions envahies… C’est bien tard qu’on leur a imposé l’étoile, « ces étoiles qui sont d’ailleurs devenues des étoiles filantes »… Ces deux guerres qu’ils ont voulues… Leur « littérature perverse »… Mais leur plus grand crime est sans doute d’avoir corrompu le socialisme, sain à l’époque de ses fondateurs aryens, ensuite réduit par eux à « un internatio­nalisme sans fondement dans le réel, vidé de sa véritable substance révolu­tionnaire… » — « Pas de pitié pour eux aujourd’hui malgré leur habileté à la susciter par leur pleurnicheries hypocrites chez les âmes émotives… Les mesures prises à leur égard sont extrêmement libérales. On leur a fait porter l’étoile, on les renvoie là d’où ils sont venus et on les fait travailler : quoi de plus logique et de plus humain ! » II ne reste qu’à les expulser jusqu’au dernier, y compris les officiers d’état-civil qui favorisent des accouplements monstrueux » (allusion à des mariages judéo-aryens de complaisance) : valets des Juifs, ils partiront avec les Juifs. »

On reste pantois devant cette logique paranoïaque, on en cherche les prémisses, et on trouve. Il est vrai que dans les années trente, d’assez nombreuses voix juives s’étaient élevées pour dénoncer les dangers qui menaçaient leur communauté en Allemagne, et il n’est que trop vrai que ces appels rendaient un son belliqueux très mal reçu par une opinion à peine sortie de l’affreuse guerre précédente, où chacun espéra, jusqu’à la dernière minute, voir sauver la paix. Les extraordinaires délires d’un L.F. Céline n’ont pas d’autre explication : cet homme d’extrême-gauche, paci­fiste absolu, croyait dur comme fer à l’existence d’un complot juif interna­tional : tuer des millions d’Aryens s’il le fallait, mais sauver 150000 Israélites allemands…

Le germanique flamand De SS Mon, lui, porte davantage l’accent sur deux thèmes : la nécessaire pureté de la race, et les dangers d’un métissage juif. Métissage voulu, d’ailleurs, et c’est une des armes que ce peuple a utilisées pour gagner « sa » guerre et nous dénaturer, affaiblir, pervertir et en fin de compte bolchéviser (6 février 1942). — L’iconographie est appelée à la rescousse. On met en regard deux portraits : le leader judéo-bolchevik dont le mufle respire la haine sauvage, l’ambition satanique, la volonté de domination hystériquement exacerbée, tandis que le visage aryen reflète l’esprit d’entreprise bâtisseur, l’intrépidité tranquille, la soli­dité des racines: une âme loyale et pure (11 avril 1942). — Les œuvres d’art en témoignent : un couple à la Arno Breker exprime « la plus noble grandeur » ; vu par un cubiste judéo-bolchevik, on n’y voit plus que « dégé­nérescence » et « insulte à la grandeur humaine » (23 mai 1943). — Pou­vons-nous livrer à ces germes de mort ce « sang nordique, héritage sacré » ? (8 août 1942). — La France l’a fait, pour son malheur. Grâce à ses origines franques, elle s’était placée à l’avant-garde de la civilisation : la voilà sur le déclin, irréversiblement métissée (13 septembre 1943). — D’ailleurs nous ne sommes pas antisémites, mais antijuifs. Les Arabes sont des sémites purs, donc respectables, ils se sont bien gardés, eux, de se mêler à un ramassis de bâtards dont la seule mission consiste à pourrir les autres (3  (p.343) avril 1943). — Une photo représente la cathédrale de Cologne bombar­dée : un « attentat juif » (18 septembre 1943). — Le dernier numéro, celui du 2 septembre 1944, publie un article sur la «Joyeuse entrée des Juifs à Paris ». Il traite du cours, favorable aux Américains, imposé par la mon­naie d’occupation. Les autres arguments ne valaient pas l’encre d’un com­mentaire, celui-ci mérite quelques mots, parce que le fait est peu connu ou oublié. Le gouvernement belge installé à Londres était resté pleinement dépositaire de la souveraineté nationale ; il fut traité de Puissance à Puis­sance par les Anglo-Américains. Bien différente était la position du géné­ral De Gaulle, puisqu’il n’était pas encore juridiquement reconnu. Les libérateurs débarquèrent donc dans un pays en principe du moins « oc­cupé», avec 80 milliards de faux francs que la Banque de France eut à racheter par la suite…

Enfin Balming, périodique de DeVlag se voulant culturel, nous mon­tre le beffroi de Bruges tendant les bras à celui de Dantzig et exalte le passé grand-germanique dans des articles qui sont loin d’être tous mauvais. Les mêmes poncifs antisémites sont ressassés d’un bout à l’autre ; l’inévitable Ward Hermans et un certain Emiel Francken s’y partagent la besogne.

Que penser de cet article de Cassandre, dû à la plume d’un fasciste italien, Massimo Rocca ? « Mais on ne martyrise pas les Israélites, on ne les prive pas de leur qualité d’hommes quand on les oblige à s’avouer et quand on les considère — sauf quelques exceptions individuelles — comme étran­gers à l’Europe, à son histoire et à son esprit ; quand on leur interdit une influence excessive sur la pensée, hors de proportion avec leur valeur et leur nombre ; quand on empêche leur mainmise sur l’économie et l’éduca­tion du pays, ainsi que toute participation à son gouvernement» (16 janvier 1944). Camouflage plus ou moins volontaire, sincérité relative, qui nous le dira ? Seule certitude : l’homme est sur la défensive. — Comme l’avait été De SS Man du 3 octobre 1942, rapportant que le curé d’un village flamand avait demandé « des prières pour nos frères juifs persécu­tés » : ce singulier prêtre « regretterait-il que le peuple élu de Dieu soit enfin obligé de travailler?».

On comprend qu’à partir de 1943, la SS ait tout misé sur Rex, la Germaansche SS et DeVlag : les deux premiers très peu nombreux et le troisième en apparence plus étoffé — mais que penser de ses chiffres énormément gonflés par l’adhésion obligatoire des travailleurs en Allema­gne, dont les cotisations étaient retenues d’office sur leurs salaires? Les précurseurs tel que René Lambrichts et le Dr. Ouwerx — nous parlerons de ce dernier plus loin — avaient été utiles, mais ils avaient fait leur temps. Pour mieux les contrôler, on fit pression sur Lambrichts pour qu’il intègre son groupe dans DeVlag, ce qu’il refusa ; Ouwerx se montra plus docile et se rapprocha de Rex. Mais ceci devient de la très petite histoire…

Pour la grande histoire en revanche, il reste l’exemple hallucinant d’un génocide bureaucratique, tel qu’ont pu le concevoir des cerveaux déshu­manisés par un raisonnement idéologique, et l’exécuter des hommes de main dans la discrétion d’un régime totalitaire. Le silence ne fut vraiment (p.344) brisé qu’en 1945. Au cours des années antérieures, ce silence du nazisme est bien compréhensible, mais on ne fréquente pas impunément un tel système — fût-ce pour le combattre. Le totalitarisme pourrit tout ce qui l’entoure, parce qu’il ne joue qu’en application de ses règles à lui. Resterait à expliquer un autre silence : celui du monde libre, de ses autorités politi­ques et morales, de ses mass média. Il y a moyen d’ailleurs, et d’une manière très convaincante. Mais ce n’est plus ici notre propos.

Un mot peut-être encore, qui nous fera redescendre dans un terre à terre immédiat et quotidien, d’autant plus significatif sans doute. Il n’est pas tout à fait exact de dire que les ondes londoniennes n’ont jamais mentionné le sujet. Titulaire d’une émission religieuse à la Radiodiffusion nationale belge (sous contrôle du gouvernement Pierlot), le Père Dantinne y consacra son émission du 13 février 1944 — nous disons bien : 1944. En termes que voici résumés. Les Juifs doivent être considérés par nous comme des frères et toutes les raisons de droit naturel, longuement déve­loppées, nous imposent ce devoir. Tout de même, il faut bien qu’on se pose la question, pourquoi leur histoire est-elle parsemée de malheurs ? La seule explication qui puisse venir à l’esprit, c’est qu’ils se sont rebellés contre le vrai Dieu. Et de conclure : la solution de leurs problèmes serait donc qu’avec le soutien de notre « charité compatissante », ils en arrivent à entrer dans la foi chrétienne 14. — Est-il monstrueux de supposer qu’en 1944, il devait encore y avoir infiniment plus de Belges pour approuver les analyses du Père Dantinne plutôt que celles de Rex ou DeVlag ?

 

14 CREHSGM. Fonds Inbel, n° 530.

1941 - Liège / Film antisémite projeté dans un cinéma

1940 - Dinant - Avis concernant les Juifs

(in: Jacques Willequet, cf supra)

1940-45 / Exemple de collabos: l'avocat antisémite René Lambrichts

La caserne Dossin à Mechelen / Malines

(in: Jacques Willequet, cf supra)

Jusqu’au milieu du 20e siècle, des restes d’attitude antisémite, sous l’influence de l’Eglise (pas très chrétienne).

Exemples: une expression notée à Tronquoy; un élément de chansonnette pour enfants en Gaume. 

Quelques aspects du folklore chestrolais, in : La Vie Wallonne, 1967, p.165-sv

 

(p.168) Pendant la semaine sainte, le temps est souvent exécrable ; c’est parce que c’est la ‘semaine des Juifs’, dit-on à Tronquoy.

 

in : Edmond P. Fouss, La Gaume, éd. Duculot, 1979, p.38-69

La Danse de la mariée

 

Elle se pratique encore dans quelques localités. Elle est intéressante à observer, étant sur le déclin, et on peut saisir sur le vif quelques causes responsables de la lente et fatale disparition d’une coutume très ancienne.

La danse de la mariée, c’est-à-dire de l’enfant de Marie, n’est pas une danse à proprement parler. C’est un pas grave, un va-et-vient, suivant un rythme adapté plus ou moins à la musique des paroles que chantonnent des enfants. Elle est connue en Champagne, dans la moitié sud de l’Ardenne luxembourgeoise, en Lorraine jusque dans les Vosges.

Elle porte aussi le nom de « trimazot » dans la région de Florenville. Des fillettes, des enfants n’ayant généralement pas fait leur première communion sont appelées trimousettes ou trimouzets.

Ces chants sont, pour l’essentiel des chansons de quête dont le pro­duit n’est pas destiné à être distribué entre les quêteuses mais uniquement à l’ornementation de l’autel de la Vierge.

Le curé Deldime, de Villers-la-Loue, a soigneusement noté les carac­téristiques de la chanson vers 1880 et c’est cette version (elles sont nombreuses et diffèrent dans les détails d’un village à l’autre) que l’on donne ci-après.

La petite mariée est vêtue de blanc, des rubans serpentent sur sa robe, elle porte sur la tête une couronne, à la main, un bouquet. C’est une petite reine qui a pour cortège une troupe de jeunes compagnes, ravissantes comme elle. Tous les dimanches du mois de mai, après-midi on les voit parcourir les rues du village et aller de maison en maison.

(p.54)

Elles ont une formule pour demander à être introduites.

« Désirez-vous voir danser la mariée ? » II est rare qu’un refus soit la réponse à la demande.

Les enfants sont admis, le cortège s’écarte en forme de cercle autour de la danseuse ; le chant commence. Pendant l’exécution, la mariée se promène lentement au milieu du groupe, prend l’air le plus modeste, tenant le bouquet élevé.

1.    Jésus s’en va parmi les champs (bis)

Sa mère le suit tremblant,  Jésus

Sainte-Marie mère de Dieu Jésus

2.     Sa mère le suit tout en pleurant (bis)

Où allez-vous mon bel enfant Jésus ?

Sainte-Marie mère de Dieu Jésus

3.     Où allez-vous mon bel enfant (bis)

Je m’en vais à Jérusalem Jésus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

4.     N’y allez pas mon bel enfant (bis)

Car les Juifs vous trahiront Jésus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

5.     Car les Juifs vous trahiront (bis)

Couronné d’épines vous mettront Jésus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

6.     Couronné d’épines ils vous mettront (bis)

A la croix ils vous cloueront Jésus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

7.    A la croix ils vous cloueront (bis)

Vos pieds, vos mains ils perceront Jésus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

8.     Vos pieds, vos mains ils perceront (bis)

Votre saint côté ils ouvriront Jésus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

9.     Votre saint côté ils ouvriront (bis)

Et votre sang ils verseront Jésus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

10.     Et votre sang ils verseront (bis)

Quatre petits anges le recueilleront Jésus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

11.     Quatre petits anges le recueilleront (bis)

Dans un calice le mettront, Jésus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

12.     Dans un calice le mettront (bis)

En paradis le porteront Jésus

A Dieu le Père ils l’offriront.

 

(p.55) Quelques instants de silence.

 

Quand les enfants ont chanté le couplet final, une des grandes filles recueille les offrandes puis toutes ensemble entonnent le chant final et remercient le public.

« En vous remerciant Monsieur (ou Madame) de vos bienfaits

Jusqu’à présent, ce n’est pas pour nous que nous demandons,

C’est pour la Vierge et son Enfant

Vivez content

Vivez longtemps

Vivez aussi joyeusement

C’est le mai, c’est le mai,

C’est le joli mois de mai. »

Le cantique achevé, la mariée fait une gracieuse révérence aux per­sonnes présentes. On lui remet alors les offrandes en argent, qu’elle ou une de ses compagnes place avec dignité dans une bourse attachée à sa ceinture. Et du coin de l’oeil elle saura surveiller la générosité de cha­cun.

A noter encore qu’au Pays de Florenville (Sainte-Cécile et Fontenoille), la demande de pouvoir chanter le cantique est exprimée par ces paroles :

« Madame, pouvons-nous faire le trimousèt ? »

La signification de ce terme est obscur. On s’accorde cependant à trouver dans le terme une parenté avec « Mazé » (rameau).

Les variantes des couplets récents proviennent du fait que les reli­gieuses s’occupant du maintien de la tradition ont essayé de mettre un peu plus d’originalité ou de littérature dans les figures du texte.

La coutume est perdue dans de nombreux villages. Les vêpres sont supprimés, les parents, possédant une automobile s’en vont en excur­sion en famille dès les premiers beaux jours de mai. D’autre part, préci­sément en raison de la circulation de plus en plus intense sur les routes, les petites filles exécutant leur va-et-vient devant les maisons, sur les chemins, ne se sentant plus en sécurité, les parents ont fait valoir de légitimes objections et la charmante tradition en a pâti !

 

Autre exemple: 

in : Jules Massonnet, BSLM 1975

 

trimozèt : s.m., jeu de la Vierge ou de la mariée. Coutume restée très vivante dans tous nos villages lorrains jusqu’à la guerre de 1940 et qui persiste encore dans quelques-uns. Tous les dimanches du mois de mai, un groupe de fillettes allait de maison en maison récolter des dons en argent qui servaient à orner l’autel de la Vierge en l’église paroissiale. Deux d’entre elles étaient vêtues de blanc et de bleu, l’une porteuse d’un bouquet de fleurs, l’autre d’une aumônière. Elles se faisaient face, s’avançant et se retirant alternativement, avec force révérence et en chantant des complaintes, parfois en patois, le plus souvent en français. Nous pensons bien faire, pour les sauver de l’oubli, de reproduire ci-après deux de celles les plus chantées, une en patois, l’autre en français :

Dju v’nans tchanter

 èt dju v’ dètchantans,

dju v’ sowétans

ostant d’afants

qu’ i-gn-è d’ pîrètes

t’t-avau lès tchamps,

ni lét ni trét

pou lès nouri

ni pates ni pé

pou lès coutchî,

au trimazot!

c’ èst lu mé, lu mwas d’ mé,

c’ èst lu djoli mwas du mé.

 

Nous venons chanter et nous vous déchantons, nous vous souhaitons autant d’enfants qu’il y a de pierrettes partout dans les champs, ni lait ni trait pour les nourrir ni pattes ni peau pour les coucher, au trimazot!

c’est le mai, le mois de mai, c’est le joli mois de mai.

 

Jésus s’en va parmi les champs  (bis)

Avec sa mère tout en pleurant

Jésus, sainte Marie, mère de Dieu, Jésus.

—  Où allez-vous, mon bel enfant?  (bis)

—  Je m’en vais à Jérusalem

Jésus, sainte Marie, mère de Dieu, Jésus.

—  N’y allez pas, mon bel enfant (bis)

Les Juifs y sont, vous trahiront,

Jésus, sainte Marie, mère de Dieu, Jésus.

Les mains, les pieds vous perceront (bis)

A la croix vous attacheront,

Jésus, sainte Marie, mère de Dieu, Jésus.

 

les dons reçus, la petite troupe se confondait en remerciements :

Madame, Monsieur, nous vous remercions,

de vos bienfaits et de vos dons,

ce n’est pas pour nous que nous demandons,

c’est pour la Vierge et son enfant, Jésus,

sainte Marie, mère de Dieu, Jésus…

Un dernier exemple: 

Leroy Fred, Chiny se souvient, éd. Eole, 2004

 

/ Les « Danses de Mai » ou « Trimasots » /

(p.147) Voici quelques-unes des chansons naïves et cantilènes exécutées par le chœur des jeunes filles :

(…)

Jésus s’en va parmi les champs (bis)

Sa Mère Le suit tout en pleurant

Jésus, Sainte Marie, Mère de Dieu!

 

Sa Mère Le suit tout en pleurant (bis)

Où allez-vous mon cher Enfant?

Jésus, Sainte Marie, Mère de Dieu!

(p.148)

Où allez-vous mon cher Enfant? (bis)

Je m ‘en vais à Jérusalem

Jésus, Sainte Marie, Mère de Dieu!

 

Je m’en vais à Jérusalem (bis)

N’y allez pas mon bel Enfant!

Jésus, Sainte Marie, Mère de Dieu!

 

N’y allez pas mon bel Enfant! (bis)

Les Juifs y sont, Vous trahiront!

Jésus, Sainte Marie, Mère de Dieu!

 

Les Juifs y sont, Vous trahiront! (bis)

A la Croix Vous attacheront

Jésus, Sainte Marie, Mère de Dieu!

 

A la Croix Vous attacheront! (bis)

Les pieds, les mains Vous cloueront

Jésus, Sainte Marie, Mère de Dieu!

 

Les pieds, les mains Vous cloueront (bis)

Le côté droit Vous perceront

Jésus, Sainte Marie, Mère de Dieu!

 

Le côté droit Vous perceront (bis)

De Votre corps, ils mangeront

Jésus, Sainte Marie, Mère de Dieu!

De Votre corps, ils mangeront (bis)

De Votre sang, ils en boiront

Jésus, Sainte Marie, Mère de Dieu!

 

etc, etc.

L’antisémitisme en Belgique de 1945 à nos jours: 

Manuel Abramowicz, Extrême-droite et antisémitisme en Belgique, De 1945 à nos jours, EVO 1993

Ansbert Kuyten (prêtre capucin), Jozef Hanssens (prêtre à pax Christi Anvers)

Préface

Comment cela a-t-il été possible ? la réponse fondamentale tient au problème du mal. Cela nous dépasse. Mais en même temps, il y a une réponse claire et nette : les gens au cœur droit n’ont pas réagi d’une manière adéquate aux premières insultes et aux premières attaques contre le peuple juif, à une époque où le nazisme commençait à s’organiser.

Plus jamais nous ne pouvons risquer qu’une telle terreur recommence contre le peuple juif. Pour cette raison, chaque forme d’antisémitisme doit être rejetée catégoriquement dès ses premières prémices.

 

Introduction

(p.7) Pourquoi un être antisémite ? Difficile interrogation. Pour Jean-Paul Sartre, “c’est un homme qui a peur. Non des Juifs, certes : de lui-même, de sa conscience, de sa liberté, de ses instincts, de ses res­ponsabilités, de la solitude, du changement, de la société et du monde; de tout sauf des Juifs. C’est un lâche qui ne veut pas s’avouer sa lâcheté; un assassin qui refoule et censure sa tendance au meurtre sans pouvoir la refréner et qui, pourtant, n’ose tuer qu’en effigie ou dans l’anonymat d’une foule; un mécontent qui n’ose se révolter de peur des conséquences de sa révolte. En adhérant à l’antisémitisme, il n’adopte pas simplement une opinion, il se choisit comme personne”. Pour le philosophe français, “l’antisémitisme, en un mot, c’est la peur devant la condition humaine” i.

(p.9) Le rapprochement avec une certaine conception de la “Nation” déve­loppée jadis dans les plus sombres périodes de notre continent est démontré dans ce livre.

(p.12) La collaboration en Belgique concernait divers secteurs : écono­mique, culturel, politique et militaire. Pour le militaire, plus de 10.000 volontaires flamands et 8.000 wallons partirent, par exemple, pour le Front de l’Est combattre “la barbarie communiste” (sic) 2. Plus de deux pour-cent de Belges baignèrent dans la collaboration 3. A la Libération, les autorités légitimes rétablies demandèrent des comptes à ces traîtres.

(p.13) Le Standaard exprimait alors parfaitement ce sentiment. “Le pre­mier et le plus important remède au communisme est et doit être : la liquidation de la répression. La liquidation est un moyen positif : elle permet de renforcer nos forces anti-communistes de dizaines de mil­liers d’éléments de valeur”, pouvait-on lire dans le journal catholique flamand en mars 1948. Un organe de presse qui n’hésita pas, en juillet 1950, à réclamer auprès de la police des étrangers l’expulsion du grou­pe de “Juifs, nègres et autre racaille” arrivé en Belgique afin d’aider la « subversion communiste ».

(p.19) Nier une réalité, certes embarrassante, voilà une stratégie maintes fois menée par l’ultra-droite ou les milieux nationaux-révolutionnaires pour pouvoir réhabiliter un passé des plus obscurs.

(p.22) •* 9 L’AGRA (Amis du Grand Reich allemand), également dénommé Mouvement Socialiste Wallon (MSW-AGRA), fut fondé à Liège en mars 1941 à l’instigation du Sicherheitsdienst (SD), le service de renseignement et de contre-rensei­gnement de la SS. Animé par des dissidents rexistes opposés à la conception de “Nation” du parti de Degrelle (qui prône, non l’annexion, mais la constitu­tion d’un Etat bourguignon indépendant du Reich), l’AGRA est caractérisé par des positions pan-germaniques. Son programme doctrinal se base sur l’idée d’une communauté ethnique wallonne, au nom de la race, intégrée au Reich nazi. Ce cercle culturel compte dans ses rangs une kyrielle de militants issus de la gauche révolutionnaire d’avant-guerre. L’AGRA, fort en 1942 de 2.500 adhérents (ils sont 1.500 en 1943 et 21 à la Libération), fut marqué par un antisémitisme exacerbé.

 

(p.25) DERIVE ANTISEMITE

Deux ans après la parution de son livre, Jo Gérard, journaliste au journal d’extrême-droite belge Europe Magazine, publia un article relati­visant le génocide hitlérien à rencontre des Juifs. Europe Magazine était lui aussi un fervent adepte de la dénonciation des complots fomentés par les “forces occultes”. A d’autres moments, Jo Gérard se rendra responsable de nouveaux dérapages suscités par la fréquenta­tion d’un “univers intellectuel judéophobe”. Il faut rappeller qu’il fut lié à la Jeunesse belge-Belgische jeugd qui apporta plus tard son soutien militant aux milieux maurrassiens bruxellois.

(p.26) Jo Gérard, compagnon de route de Paul Vanden Bœynants (futur pre­mier ministre, dirigeant du Parti Social Chrétien et président dans les années septante de sa fraction ultra-conservatrice, le CEPIC), ne peut pas être accusé d’antisémitisme patent (il est parfois même considéré comme étant un véritable philo-sémite !), mais doit être considéré comme une “victime” consciente du syndrome du complot. Un syndro­me qui désigne derrière chaque crise ou institutions politiques des forces occultes se trouvant là afin de s’approprier le pouvoir, forces de l’argent (le “capitalisme apatride” ou “cosmopolite”, imagé par l’empire Rothschild) et forces idéologiques (les judéo-bolchévistes, les judéo-ploutocrates, etc.) manipulant des marionnettes (ici, pour l’Algérie, le général De Gaulle) à leur fin personnelle 9.

 

(p.27) / Jean Thiriart/

Le mouvement thiriartien ne fut pas idéologiquement marqué par un antisémitisme probant, malgré la présence dans ses sections de parti­sans anti-juifs et la rédaction de certains articles dans La Nation Européenne par Jean Thiriart lui-même, essentiellement autour de l’année 1967, après la défaite des armées coalisées arabes de la guer­re des Six jours. Dans les rangs des troupes de Thiriart, l’antisémitisme et toutes références au nazisme furent d’ailleurs prohibés… officielle­ment !. Ce qui n’empêcha pas des journalistes ou des chercheurs en sciences politiques d’accuser Thiriart d’antisémitisme larvé, comme nous allons le voir.

 

(p.35) Mouldi M’Barek, un Tunisien auteur d’une carte blanche écrivait dans le quotidien Le Soir du 26 mai 1986 : “L’extrême-droite occiden­tale comme l’intégrisme musulman, ces deux mouvements tirent leurs succès de la même plaie : la crise, et mènent le même combat : le retour aux valeurs traditionnelles, le rejet de l’autre et l’adhésion aux pulsions autoritaires et fanatiques”.

(p.36) Israël, le foyer national des Juifs sionistes, est le premier Etat hébreu moderne. Le rassemblement unitaire des Juifs désireux d’y vivre. Une véritable concentration cosmopolite; tous les visages mon­diaux sont présents en Israël. La Diaspora toutefois reste mondiale, Israël ne regroupe qu’une minorité de Juifs. Et cependant dès sa nais­sance en 1948, cet Etat sera bien vite identifié à l’Etat DES Juifs. D’ailleurs, souvent le Juif ne sera plus défini comme “Juif”, mais comme “israélien” ou “sioniste”, métamorphose sémantique moderne pouvant permettre une judéophobie constante et légendaire sous le couvert d’un antisionisme politique. Ce n’est plus le judaïsme ou les Juifs qui sont désignés dans les textes de propagande judéophobe mais les “sionistes”, “l’internationale sioniste”, “le pouvoir sioniste”, “les lobbys sionistes”…

(p.40) En octobre 1990, le vice-président du Front National, Georges Demoulin, démissionna de son poste en compagnie de Roland Lemaigre, un militant d’origine juive. Ils dénoncèrent la présence constante au FN d’antisémites et de négationnistes. Pour sa part, le Conseil national de ce parti ethno-centriste, réuni le 12 octobre de la même année, exclura Georges Demoulin, pour avoir “tenu en privé des propos qui relèvent d’un antisémitisme primaire, viscéral, voir hystéroï-de”10. L’argument, bien entendu, est totalement faux, il s’agit d’un pré­texte pour devancer la démission de leur vice-président. Georges Demoulin sera d’ailleurs reconnu à plusieurs reprises comme étant un philosémite véritable, mais également un anti-arabe radical. L’analyse de l’affaire par le groupe néo-hitlérien l’Assaut, en relation avec les élé­ments philo-nazis du FN, est intéressante et démontre l’utilisation du terme “sioniste” afin de salir l’image des militants démissionnaires : “… Le récent départ en fanfare de deux militants du FN, sionistes acharnés, démontre que de pactiser avec cette sorte de gens est inuti­le et dommageable. Espérons que maintenent le FN va enfin et définiti­vement prendre une voie réellement nationaliste…” 11.

(p.59) Les négateurs, les prédateurs de la mémoire, nient la totalité  de la politique de la Solution finale, les « révisionnistes »  veulent en minimiser la réalité.

(p.64) Mais dans son livre La Belgique sous l’occupation : 1940-1944, publié en 1984, Jo Gérard occulta les étapes de la déportation juive (25.257 personnes) et l’extermination des 24.052 Juifs de Belgique. Par contre, il dénonça avec indignation les bombardements de 1944 effectués par l’aviation alliée. Une erreur de taille pour un historien… Erreur assortie d’une certaine complaisance naïve pour les “thèses faurissoniennes” et le IIIe Reich?

(p.92) Nonobstant ces quelques exemples révélateurs, une autre globalisa­tion s’est faite dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Au lende­main de la libération des camps, l’extermination des Juifs d’Europe fut récupérée à des fins politiques ou religieuses. Pour l’Etat polonais stali­nien de l’après-guerre, la singularité juive fut occultée. Cette position de récupération idéologique fut identique à celle de certaines “fonda­tions de mémoire” dans une perspective anti-fasciste. L’Eglise de Pologne fera de même.

Auschwitz devint le lieu de toutes les convoitises, afin de récupérer la symbolique de celui-ci. Le pape Jean-Paul II, parti en 1979 en pèleri­nage dans ce haut lieu de la mort collective, encouragea les milieux ecclésiastiques désirant “christianiser” le génocide. Plus tard un carmel fut érigé dans l’ancien camp. C’est la récupération religieuse.

Autre globalisation, cette fois à des fins étatiques, celle opérée par l’Etat d’Israël. Un Etat, faut-il le rappeler, qui n’a pas été fondé à la suite du Judéocide, mais dont la découverte des camps de la mort pré­cipita le processus inévitable d’indépendance amorcé dès la fin du siècle dernier et renforcé avec la déclaration Balfour (1917).

Israël tente de centraliser la Mémoire du peuple Juif, d’être le dépo­sitaire de l’Histoire des victimes. L’Etat hébreu singularisera cette tra­gédie à sa création et, par la force des choses, confisquera la mémoire des Autres, celle des Juifs non sionistes, des Juifs communistes, des Juifs assimilés et de tous les autres “boucs émissaires” du système nazi.

(p.94) Faurisson ne fut jamais professeur d’histoire mais de littérature.

 

(p.122) TINTIN, DEGRELLE ET LES PIRATES…

Selon Léon Degrelle, le jeune reporter fut inspiré de son physique et de son dynamisme “rexiste” 3. Le “Beau Léon” conforte cette hypothèse aujourd’hui, allant jusqu’à affirmer : Tintin c’est moi 4. Il faut se souve­nir que le père de ce héros de la BD et le futur chef de REX étaient des amis de jeunesse dans les années trente, qui se sont rencontrés dans la salle de rédaction du quotidien catholique Le Vingtième siècle. Durant l’Occupation, Degrelle s’engagea militairement dans le soutien à l’Ordre Nouveau, Hergé le fit de manière plus culturelle. Ce dernier était alors l’auteur de caricatures antisémites 5. Degrelle affirma en 1988 : “II (Hergé, Ndla) est toujours resté un grand copain et, quand j’étais caché en Espagne ici après la guerre, il a continué à m’envoyer tous ses livres” 6. Cette relation entre le fùhrer belge et le dessinateur restera un sujet occulté et tabou de la biographie officielle.

Encline à la récupération à des fins bassement politiques, l’extrême-droite européenne prit durant les année quatre-vingts exemple sur Tintin et sa morale. Il représente pour ces “pirates” d’ultra-droite l'”homme blanc européen”. Dans sa propagande, il ne sera pas rare de trouver des autocollants repiquant des dessins issus des aventures de Tintin 7. Ce jeune garçon blond deviendra, à l’insu de Hergé, une des coque­luches de la droite subversive…

Dans le domaine de la BD, nous pouvons encore citer les aventures des Schtroumpfs ainsi que celles de Tif et Tondu… dans lesquelles un antisémitisme sournois fut parfois développé. Le scénariste de bande dessinée Serge Algcet, co-fondateur en 1981 de la Chambre belge des experts en bande dessinée, est l’auteur de Front de l’Est, une BD élo-gieuse qui retrace T’épopée” de la “croisade des soldats perdus”: les volontaires SS wallons. Elle fut publiée dans un souci historique, purement (p.123) motivée par une optique de réhabilitation des “croisés” partis combattre le “bolchévisme”. Le texte d’introduction fait référence à trois sources : Guy Sajer, auteur du livre Le soldat oublié (Robert Laffont), feu Saint-Loup et Jean Mabire. Les deux derniers sont des écrivains clairement de “droite”, spécialistes de la SS. Saint-Loup était un ancien volontaire français de ce corps d’élite. Mabire est l’un des intellectuels les plus en vue des “cercles” mystiques pré-chrétiens et ethniques. Tous deux apportèrent leur connaissance historique et doc­trinale à la Nouvelle Droite. Quant à Serge Algœt, il collabore depuis 1990 au National, le mensuel du Front National belge et serait proche, selon l’un de ses anciens vice-présidents, de l’amicale des “Bourguignons”, regroupant des Wallons partis dans la SS sur le Front de l’Est…

 

HONNEUR A EVOLA

Si la réhabilitation d’un certain passé se réalise de manière subtile dans des ouvrages de bandes dessinées, c’est surtout autour d’asso­ciations et de publications littéraires que cette manœuvre idéologique se produira. Inconnues du grand public, elles développent des ramifica­tions et des confluents non négligeables au sein de la périphérie des “écrivains de droite” et de leurs lecteurs. Objectif : réhabiliter, entre autres, la mémoire des auteurs bannis durant l’épuration pour faits de collaboration. Mais surtout accuser la démocratie de les avoir condam­nés. Ce sont des revanchards, n’ayant jamais oublié l’humiliation de la défaite de 1945.

Onze ans après la Libération, une revue intellectuelle fut fondée en Flandre. Elle se nomme Dietsland-Europa et s’inspira de Défense de l’Occident de Maurice Bardèche. L’un des fondateurs de la nouvelle publication flamande, Karel Dillen (son rédacteur en chef jusqu’en 1975), fut en 1952 le traducteur en néerlandais du premier livre néga-tionniste de Bardèche. Les initiateurs de Dietsland-Europa, comme les rédacteurs de Défense de l’Occident, s’inspirèrent d’un certain passé historique. Karel Dillen est un inconditionnel de Rudolf Hess et sa revue se revendique alors du solidarisme, un des leviers de la collabo­ration flamingante. Ce périodique doctrinal – édité par les nationalistes de Were Di – publia en 1985 un numéro spécial consacré à l’œuvre et à la personne de Julius Evola (1898-1975), un théoricien raciste italien proche de l’idéologie de la SS et qui resta actif après la guerre. Idéologue du courant “traditionnaliste-révolutionnaire”, il devint une référence des nationalistes ethno-centristes purs et durs. Des articles du numéro de Dietsland-Europa, publiés dix ans après le décès du baron Evola, furent écrits par le sociologue flamand Piet Tommissen, l’un des premiers animateurs de la Nouvelle Droite en Belgique, (…)

 

(p.125) MON AMI BRASILLACH…

En 1948, un cercle militant de lecteurs, à vocation internationale, est fondé en Suisse romande afin de perpétuer le souvenir de l’écrivain fasciste Robert Brasillach (1909-1945), proche de Charles Maurras et fusillé à la Libération pour son ralliement au nazisme. Cette association dénommée les Amis de Robert Brasillach (ARB) reçut immédiatement le soutien décisif de Maurice Bardèche, le confrère et beau-frère de Brasillach, auteur en 1948 du premier document négationniste. Des cercles français et belges furent bien vite créés. En 1985, les ARB comptaient plus de 750 membres 9.

Le but de l’association était de “faire sortir de l’ombre l’œuvre de Brasillach” 10. Dans ce sens, un appel fut lancé. Jean Anouilh, Marcel Aymé, Jean de La Varende… y répondirent favorablement. Par la suite, on tenta d’interdire en France l’association et une interpellation parle­mentaire fut faite condamnant l’ARB pour reconstitution de ligue dis­soute (interdit par la Constitution française). Si ce collectif de lecteurs fut rapidement soutenu par toute une série de personnalités “- dédoua­nées d’une quelconque sympathie à l’égard du national-socialisme comme tel, l’association a toujours reçu le soutien militant de groupus­cules et de revues agressivement néo-fascistes racistes (Nouvel Ordre Européen, l’Œuvre française, Rivarol… ) et de la mouvance intégriste (Lectures françaises, Lecture et Tradition, Présent, etc.). Elle bénéficia du soutien du belge Emile Lecerf (NEM), de Benoist-Méchin, de la Maréchale Pétain, de Robert Poulet et de la Nouvelle Droite. En 1985, Bernard Antony, alias Romain Marie, adhéra aux ARB 12. Fondateur du quotidien Présent, Antony est le dirigeant de l’aile intégriste du Front National français. En 1990, l’association rendit un hommage (sous le titre “nos deuils”) dans son bulletin de liaison à Arno Breker (le “sculp­teur du fùhrer”), à Pierre Gripari (intellectuel néo-droitiste aux propos antisémites) et à Saint-Loup (ex-SS français, un des idéologues de la Nouvelle Droite).

(p.126)

Le 6 février 1963, la section belge des ARB organisa une soirée de commémoration de la mort de Brasillach. Y étaient présents Maurice Bardeche, l’écrivain belge Pol Vandromme et les responsables du men­suel néo-nazi L’Europe Réelle13. Les ARB ne sont pas les seuls à com­mémorer l’anniversaire du décès de l’écrivain “naziphile”. Le Cercle Franco-Hispanique, une officine politico-religieuse française disciple des pouvoirs franquiste et vichyste, organise chaque année à Paris une telle manifestation nostalgique. Des délégations belges s’y rendent régulièrement. Ce fut le cas de l’ancien VMO et du groupe l’Assaut. En 1991, ce dernier y était présent avec un ancien SS collaborateur au mensuel judéophobe Le Choc du Mois, le fils et la femme de Paul Touvier, deux élus du Front National, l’Association Nationale Pétain-Verdun et Pierre Sidos, le leader “antisioniste” de l’Œuvre française.

 

(p.127) BAGATELLE POUR CELINE

En 1979, trois admirateurs belges sans bornes de Louis-Ferdinand Céline fondèrent une association publiant La Revue célinienne. Devenant une “amie” de l’association des disciples de Brasillach, cette revue reçut un accueil des plus favorables auprès des cercles de la Nouvelle Droite. Le bulletin du GRECE-Belgique, dirigé par un maurras-sien de longue date, se félicita de l’apparition de La Revue célinienne. En 1982, ce périodique changea de nom, pour devenir Le Bulletin Célinien (BC), un mensuel confidentiel vendu exclusivement par abonne­ment. Tout ce qui est publié, écrit ou dit sur cet écrivain qui cultivait des sentiments judéophobes est mentionné, analysé et critiqué par le BC. Marc Laudelout en devint le dynamique directeur. Cet enseignant colla­bora au Nouvel Europe Magazine. A la même époque, un “LFC Club fut fondé à Liège et diffusa un catalogue Célinien.

 

(p.130) TEL L’AIGLE…

En 1974, une revue du nom d’Altaïr 23 fut fondée par Jean-Pierre Ham-blenne, un professeur de religion catholique à Namur, né en 1953, au­jourd’hui proche du culte orthodoxe. Son périodique

de “poésies et tradition” est diffusé en Belgique, en France, en Suisse et en Hollande à environ 250 exemplaires 24. Par la suite, le directeur de cette revue nationaliste mit sur pied les Editions Altaïr, afin de publier divers documents et pamphlets antisémites, intégristes et litté­raires.

Jean-Pierre Hamblenne fonda en 1983 une seconde revue, intitulée Les Amis de Paul Démulède, diffusée exclusivement en France, et consacrée à l’étude et à l’analyse des écrits littéraires de cet écrivain et homme politique partisan du putch contre le régime parlementaire en France. Paul Déroulède (1846-1914) fut l’une des références mar­quantes, mais peu connue, du nationalisme chauvin préfasciste d’outre-Quiévrain. Le numéro un des Amis de Paul Déroulède prit en exemple l’association des Amis de Robert Brasillach. Les ARB n’hésitè­rent jamais à citer les publications et la “bourse aux livres” de Jean-Pierre Hamblenne. Contrairement au Bulletin Célinien et aux Amis de Brasillach, la sensibilité politique de Hamblenne a toujours été claire­ment revendiquée.

(p.131) Militant d’extrême-droite de longue date, Jean-Pierre Hamblenne fut, en 1975, le responsable de la section belge de l’Union Universelle des Poètes et Ecrivains Catholiques (UUPEC), une officine intégriste menée par Mgr. Ducaud Bourget. Il côtoya la section du Tournaisis du CLAN (Cercle de Liaison et d’Action Nationaliste) à la fin des années septan­te, une structure idéologique influencée par la méthodologie élaborée par la Nouvelle Droite. Membre du comité d’honneur en 1981 de la sec­tion française du CEDADE (néo-hitlérien) avec Maurice Bardèche, Francis Dessart, Saint-Loup,… 25, il écrivit, ensuite dans L’Eveil nationa­liste, l’organe bruxellois du Mouvement Social Nationaliste, d’obédien­ce rexiste pro-lepéniste. En 1984, Jean-Pierre Hamblenne se rapprocha du Parti des Forces Nouvelles, pour s’occuper de la rubrique littéraire de son périodique de presse. Cette même année, le jeune activiste réédita le document Le Mensonge d’Auschwitz, traduit en français par Michel Caignet, l’ancien leader de la FANE et du Mouvement Euro­péen26. Hamblenne ne se limita pas à ce pamphlet falsificateur. Effectivement, dans la collection “L’Histoire vraie” des Editions Altaïr, il proposa en 1987 un opuscule niant le massacre perpétré par les nazis à Oradour-sur-Glane. Il est membre avec G.A. Amaudruz (NŒ), feu Saint-Loup… du comité de parrainage de la revue Militant, du Parti Nationaliste Français. En 1988, les Editions Altaïr éditèrent le manifes­te du Rassemblement d’Action pour la Renaissance Européenne (RARE), animé par des dissidents radicaux de la Nouvelle Droite, dont l’objectif était “l’organisation de la race blanche” et de son “bastion, l’Europe” 27. Jean-Pierre Hamblenne manifesta ouvertement ses sympa­thies pour la revue NS Euro-Forum (par la suite il fut régulièrement cité par L’Assaut, confectionné par des anciens de Euro-Forum ), le Vlaams Blok et les volontaires SS belges partis combattre sur le Front de l’Est.

 

(p.133) EN BON FRANÇAIS

L’extrême-droite est aussi représentée par des férus de textes litté­raires. Ils pavoisent au sein d’associations vouées au culte et à la mémoire d'”écrivains maudits”, ceux qui mirent leur plume durant l’occupation au service de l’Ordre Nouveau nazi. Faisant fi de la propa­gande antisémite préparant la déportation vers l’Est et la Solution fina­le, ces auteurs de talent par la force des choses se sont rendus cou­pables, par leur complicité et leur judéophobie, du crime prémédité et collectif. Ceux qui veulent aujourd’hui excuser, amnistier et finalement justifier l’action de ces intellectuels durant cet épisode de la Deuxième Guerre mondiale, à leur tour, deviendront des thuriféraires du racisme politique. Et c’est le cas, puisque nous venons d’observer par l’étude de ces milieux intellectuels la présence singulière et constante d’acti­vistes néo-fascistes, nationaux-socialistes, négationnistes et bien entendu antisémites. Tout ceci, en très bon français…

 

(p.134) 15. Pol Vandromme est l’un de nos plus illustres essayistes et romanciers. Collaborateur journalistique de nombreuses publications grand public, Vandromme, auteur d’ouvrages sur Céline, Drieu la Rochelle, Maurras et du premier consacré à Brasillach, est qualifié d'”écrivain de droite” proche des milieux traditionnalistes. En 1976, il collabora à Item, une “revue d’opinion libre” avec Jean Mabire (spécialiste de la SS), Louis Pauwels (du Figaro, alors lié à la Nouvelle Droite), Jacques Ploncard d’Assac (ex-collabo, antisé­mite notoire), Alain Renault (responsable des Cahiers-Européens, du Front National et collaborateur lui aussi à Défense de l’Occident), Mgr. Lefebvre, Jean-Marie Le Pen… Mais Pol Vandromme est aussi l’auteur de critiques positives concernant des livres sur le génocide juif !

 

(p.135) 13. NOUVELLES CROISADES

La tradition antisémite, et plus particulièrement l’anti-judaïsme, s’exprimait voici peu dans des sermons chrétiens. L’histoire de la Chrétienté est assortie d’étapes s’arc-boutant sur une dérive dogma­tique -officielle- de rejet du peuple Juif. L’obscurantisme est alors à l’ordre du jour. Accusés du meurtre de Dieu, par la crucifixion de Jésus-Christ, les Juifs furent au cours des siècles expulsés et massacrés au nom de la croix. L’accusation de déicide sur le “grand frère” fut mainte­nue jusqu’il y a peu. En 1992, le Pape Jean-Paul II reconnaissait la non-responsabilité des Juifs dans le meurtre du “premier socialiste”.

L’Eglise de Belgique, en matière de combat contre le fascisme, est exemplaire. Si le rexisme trouva son énergie de départ dans le monde catholique, très vite ce dernier devint un adversaire catégorique de Degrelle. Néanmoins, durant la guerre, une partie du clergé rejoignit les rangs de l’Ordre Nouveau, à l’ombre de la croix gammée; comme l’abbé Cyriel Verschaeven, continuellement adulé maintenant encore par des officines identitaires en liaison avec le Vlaams Blok. Autre cas, celui du père flamand initiateur de la collecte d’argent en 1985 pour le carmel d’Auschwitz. Accusé après la guerre de collaboration avec l’occupant nazi, il est maintenant soupçonné d’être lié à l’ultra-droite raciste. Son action consiste à christianiser l’image historique du génocide perpétré par le régime hitlérien, à occulter la singularité juive et par la force des choses, indirectement peut-être, à apporter sa pierre à l’édifice des thèses falsificatrices.

L”‘Autre Eglise” fut l’honneur de la religion catholique. L’Eglise de la résistance contre le fanatisme politique. Celle qui sauva des milliers d’enfants, de femmes et d’hommes juifs pourchassés par les nazis et leurs lâches complices locaux. Des prêtres, des scouts, des religieuses et des paroissiens, au péril de leur vie, ont sauvé celle des victimes de l’idéologie raciste d’Hitler. Sans eux, le prix payé par le peuple juif aurait été bien plus terrible. L’action de Paix de toutes ces personnes ne pourra jamais être oubliée par leurs protégés et leurs descendants.

Mais les thèmes xénophobes (contraires à la Bible) pénètrent le monde catholique. En France plus particulièrement, puisque 25 % des catholiques pratiquants étaient prêts à voter en 1992 pour le Front National ±.

 

(p.143) L’intégrisme catholique enduit d’un vernis judéophobe et anti­judaïque est bel et bien récurrent, comme nous venons de l’étudier par cette radioscopie, mais son profil minoritaire -marginal- est caractéris­tique. Les antisémites chrétiens sont des racistes virulents, des parti­sans d’un pouvoir totalitaire, d’une Eglise isolationniste, des adver­saires de l’ouverture religieuse et de la diversité culturelle. Ce sont des “modernophobes”. Par peur de l’évolution humaniste, ils rejettent l’Autre. Leur prochain…

 

(p.150) L’anti-judaïsme, synthétisé au rejet de la civilisation judéo-chrétien­ne dans son ensemble, des néo-païens et des nationaux-chrétiens inté­gristes est un avatar de plus (et un des premiers !) de l’antisémitisme moderne. Outre sa filiation au sein même de la doctrine philosophique SS, le paganisme germano-Scandinave raciste instrumentalisé par la (p.151) myriade d’organisations néo-nazies se rassemblant bi-annuellement afin de fêter les solstices est également vénéré par la Nouvelle Droite.

Cette religiosité politique s’alimente d’aspects anti-juifs complémen­taires, puisque beaucoup de néo-païens sont séduits par les autres cré­neaux antisémites. Ainsi, Le Partisan Européen (éditant le supplément Combat-Païen ) mettra en cause “… les mythes résistancialistes et exterminationistes sur lesquels s’appuie l’ordre établi (…) en Europe occidentale depuis 1945…” 6.

Les familles de l’ultra-droite révolutionnaire, conservatrice, contre-révolutionnaire, chrétienne, laïque ou païenne boivent en général l’eau de la même source…

 

2.2 Nowadays

 

Viviane Teitelbaum, Salomon, vous êtes juif !?, L’antisémitisme en Belgique du Moyen-Age à Internet, éd. Luc Pire, 2008

 

(p.11) Pourquoi ai-je pensé à ce petit oiseau ce jour de l’automne 2004 devant la cinquantaine de personnes venues m’écouter en vue des élections régionales ? Parce que dans le regard d’un homme qui, posément, s’est adressé à moi, j’ai senti un frémissement, un frisson, qui m’ont alertée sur les dangers qui nous menacent, invi­sibles, inodores. Cet homme âgé a écouté mon exposé ; son regard ne me quittait pas. Quand les uns et les autres ont posé des questions sur les partis politiques, comment voter, le climat ambiant, mes objectifs, je répondais avec sincérité, axant mon travail sur la pédagogie et la jeunesse. Alors, cet homme s’est levé. Calme­ment, il m’a dit d’un ton las :

« C’est bien de travailler pour la jeunesse, pour l’avenir. Moi je suis un survivant des camps…»

Il a remonté la manche de sa chemise et a montré le numéro tatoué sur son bras. Puis, il a relevé la tête et m’a dit :

«L’été quand il fait chaud, je ne peux plus aujourd’hui retrousser mes manches, surtout quand je suis dans les transports en commun. J’ai chaud mais je garde les bras couverts… »

(p.12) Je l’ai invité à poursuivre.

«L’été dernier, dans le tram, des jeunes gens m’ont agressé verbalement. Ils se sont moqués de mon numéro tatoué, ils m’ont menacé et ils m’ont dit des choses horribles… »

Le silence s’est installé. Il reprend, me regarde droit dans les yeux.

«C’est bien de vous occuper de la jeunesse, et de toutes ces choses, mais pro­mettez-moi de travailler pour que cela ne recommence pas. »

La promesse, je l’ai faite et je vais la tenir.

Pour cet homme dont je ne connais pas le nom, pour tous les autres, j’ai voulu réfléchir à la situation dans mon pays, où même si le constat n’est ni agréable, ni facile à admettre, les actes agressifs ou blessants à l’égard des Juifs sont en recrudes­cence.

Or l’antisémitisme est un baromètre de la démocratie : quand la société se développe harmonieusement, l’antisémitisme régresse. Quand la démocratie décline, l’antisémitisme renaît. Parce que si l’on s’en prend aux Juifs, c’est historiquement parce qu’ils étaient les seuls étrangers. C’est l’autre, celui qui est différent, qui n’est pas d’ici qui est d’abord et toujours visé.

 

(p.13) C’est alors qu’on réalise qu’un petit germe, un embryon à peine perceptible, peut devenir une affection menaçante ; qu’un trouble quasi invisible, inaudible, peut se transformer en traumatisme inquiétant. C’est pourquoi, dès que le malaise paraît, il faut le soigner ! Car lorsque l’antisémitisme prend un nouveau visage, il est difficile de le distinguer; il est plus simple de l’occulter ou pire encore, de l’excuser.

 

(p.14) Cette nouvelle donne déstabilise de nombreux Juifs de Belgique, tout comme les actes violents et hostiles qui se multiplient notamment à l’égard des jeunes ou des rabbins. Au début, certains ont tenté de minimiser les faits, afin de se protéger, ou tout simplement parce qu’il était difficile de croire, de comprendre que l’anti­sémitisme renaissait sous quelque forme que ce soit. Certains politiques minimi­seront eux aussi les faits avec l’objectif de ne pas faire monter la pression et d’éviter de « renvoyer les communautés dos à dos ». En cherchant à ne pas exacerber le problème, certains responsables politiques vont condamner les actes antisémites mais en noyant leur indignation dans des condamnations simultanées et globales dénon­çant les différents racismes et xénophobies.

Depuis, il devient problématique pour certains professeurs d’enseigner l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale dans plusieurs écoles des communautés française et flamande. En 2008, en Belgique comme dans plusieurs pays européens, des ensei­gnants choisissent de ne pas enseigner l’histoire de la Shoah, que ce soit pour ne pas contrarier des étudiants d’origine immigrée, ou pire, par peur de représailles vio­lentes. J’ai rencontré de nombreux enseignants qui en témoignent, parfois dégoûtés, parfois désespérés, parfois encore plus déterminés à se battre, ce qui les a conduits dans certains cas à suivre des formations à Yad Vashem.

Aujourd’hui, se promener dans certains quartiers de Bruxelles avec une étoile de David visible, c’est prendre un risque.

Tous les établissements et institutions de la communauté juive de Belgique sont gardés, qu’il s’agisse d’écoles, de synagogues, de crèches, de centres culturels communautaires ou de mouvements de jeunesse. À tel point que pour des jeunes qui ne connaissent que cela, cela semble presque normal.

En tant que présidente du conseil d’administration de l’école Beth-Aviv3, j’ai assisté à plusieurs reprises à des exercices où les enfants, dès la maternelle, sont entraînés à réagir à d’éventuels attentats. Et lorsque dans l’escalier de secours vous voyez vos propres enfants de neuf et onze ans prendre dans les bras des tout petits pour les aider à sortir rapidement du bâtiment, l’émotion vous prend et la colère aussi.

Ces exercices de prévention prennent de nos jours encore un autre visage, puisqu’en Belgique comme ailleurs en Europe, la liste des incidents antisémites s’allonge.

Depuis 2001, une timide réaction politique s’est fait entendre. Une «cellule veille» a été créée en 20044 au Centre pour l’égalité des chances5. Malheureuse­ment, jamais en Belgique un dirigeant n’a tenu des propos aussi forts que ceux

 

  1. École maternelle et primaire du réseau libre subventionné, dont j’ai présidé le conseil d’admi­nistration de 1993 à 1996.

 

 

(p.17) Joël Kotek précise : « L’antisémitisme est un fait social qui tient de la psychose , collective. C’est un délire sociétal qui fait du Juif — un Juif totalement impossible, imaginaire, fantasmé — le responsable des malheurs du monde et ce, des déborde­ments de la Seine à Paris au XIXe siècle (Drumont) au virus du sida aujourd’hui (Dieudonné) en passant par le tsunami en Indonésie (la presse égyptienne). Il y a toute de même derrière l’antisémitisme une certaine forme de rationalité, que l’on ne peut que qualifier de perverse ou d’irrationnelle. Ce n’est pas par hasard en effet que les Cités chrétienne et musulmane (et elles seules) ont fait du Juif leur bouc émissaire privilégié et idéal. Cela tient naturellement à la faiblesse intrinsèque du Juif (il est le plus souvent sans défense), à sa solitude (il est le plus souvent le seul élément hétérogène) mais aussi surtout à son statut pour le moins ambivalent : le peuple juif a beau être honni et méprisé, il n’en reste pas moins admiré et craint pour être le peuple de la Bible, bref de la matrice originelle. Le mythe de la parousie qui, tant dans le christianisme que dans l’islam, entrevoit la conversion des Juifs à la fin des temps, témoigne de l’espoir de ces deux rameaux du judaïsme de se voir, enfin, accepter comme le «verus Israël». C’est la raison pour laquelle les Juifs seront tant bien que mal tolérés dans la Cité chrétienne (peuple témoin) et la Cité islamique (dhimmitude) et ce, contrairement aux hérétiques qui furent, quant à eux, systé­matiquement mis à mort.

Le fait d’avoir des Juifs à disposition offrait, qui plus est, des avantages inesti- r niables. L’humiliation systémique des Juifs permettait à l’Église de démontrer ce qu’il en coûtait de ne pas accepter le message du Christ. La présence de Juifs, le plus souvent obligés à exercer des professions exposées, notamment le prêt à usure, permettait aux Princes de désigner à bon compte les véritables responsables de ses malheurs, d’où la réalité d’un antisémitisme social et/ou populaire. Pour jouer précisément ce rôle de soupape de sécurité, l’antisémitisme est, par définition,  (p.18) polymorphe. Si le Juif est toujours celui qui tire les ficelles pour le contrôle du monde, ses marionnettes varient au gré des modes et détestation du moment : au judéo-bolchevique d’hier répond le judéo-néoconservateur d’aujourd’hui, cou­pable de diriger la politique étrangère américaine. À travers ces multiples exemples, on comprendra que la judéophobie peut être aussi bien élitiste que populaire, reli­gieuse que sociale, de droite que de gauche, conservatrice ou progressiste. À la base, on retrouvera toujours la fameuse théorie du complot qui veut qu’il y ait toujours un responsable aux malheurs du monde, un chef d’orchestre caché mais déterminé. L’homme a peur du hasard. Il se défie des facteurs multiples : il préfère la cause unique. L’antisémitisme pour désigner systématiquement le Juif ou l’Israélien comme cette cause unique est en cela rassurant. »

  1. Kotek souligne : «Par sa radicalité, l’antisémitisme exterminateur nazi a occulté de la mémoire toutes les autres formes de judéophobie, qu’elles soient de gauche, chrétienne ou musulmane qui, malheureusement, sont loin d’avoir dis­parues. »

 

Evolution

En septembre 2007, lors d’une session de commission des droits de l’homme de l’Onu à Genève, l’Iran célébrait sa nomination comme membre organisateur de la Conférence mondiale contre le racisme qui se tiendra en 2009. N’est-il pas étrange qu’un pays qui qualifie l’Holocauste de mythe et appelle à la destruction de l’État d’Israël soit récompensé sur le plan international ? Et ce serait ce pays qui serait amené à définir l’ordre du jour d’une conférence sur les droits de l’homme ? À cette nomination comme à ces questions, peu de réactions. La relation entre l’antisémitisme et les attaques contre l’Etat d’Israël est forcément complexe, mais l’Union européenne a eu le mérite de clarifier les choses. En mars 2005, l’Obser­vatoire européen des phénomènes de racisme et de xénophobie (EUMC), une instance de l’UE située à Vienne (Autriche), a dans un document de travail, défini le terme «antisémitisme». Dans ce document, l’Union européenne déclare que les attaques verbales ou physiques contre l’État d’Israël, en tant que « collectivité juive », peuvent être assimilées à de l’antisémitisme. De cette manière, l’UE endosse le point de vue selon lequel les attentats terroristes contre les Juifs — en Israël et dans le monde — sont des actes générés par l’antisémitisme.

 

 

(p.20)

02 Aperçu de l’immigration juive et de l’histoire de l’antisémitisme en Belgique. Du XIIIe siècle à la Deuxième Guerre mondiale

 

Au Moyen Âge

Les premiers Juifs sont signalés vers 1220 à Louvain et dans d’autres villes situées sur la route du commerce reliant Cologne à Bruges. Ils viennent surtout de Rhénanie. Dans certaines villes de Hollande, des communautés juives se déve­loppent également. Les affaires d’argent sont leur spécialité, en particulier le prêt à court terme parce que cette profession est proscrite par l’Église1.

 

La légende du miracle sanglant

À Bruxelles et en Brabant, les premières traces d’un établissement datent du XIIIe siècle pour se poursuivre pendant un siècle et demi jusqu’en 1370. À cette date, les survivants juifs de la Grande Peste vont périr sur le bûcher, victime d’une accu­sation de sacrilège.

D’après la légende, le Vendredi Saint 1370, les Juifs du Brabant, présents à la synagogue de Bruxelles, auraient transpercé de poignards des hosties dérobées dans une chapelle. Du sang aurait coulé de ces hosties !

Un mois plus tard, une demi-douzaine de Juifs, habitant Bruxelles et Louvain, sont exécutés sur le bûcher, accusés de vol et de profanation du Saint-Sacrement. Leurs biens sont confisqués2.

 

  1. Jacques Gutwirth, Geschiedenis van dejoden van de Lage Landen [Histoire des Juifs des Pays-Bas], Antwerpen-Amsterdam, Meulenhoff-Manteau, 2006.

Cf. http ://assr.revues.org/document3831.html

  1. Histoire du Saint-Sacrement racontée sur le site Internet de la cathédrale saints Michel et Gudule du diocèse de Malines-Bruxelles. Déclaration sur le Miracle du S. Sacrement : Haine des Juifs au Moyen-Age. Rééd. Commission nationale catholique pour les relations avec le monde juif.

 

(p.21) La culpabilité des Juifs n’a jamais été établie, mais leur exécution est légitimée par la foi dans le prétendu miracle du sang apparu sur les hosties. En même temps qu’il accusait les Juifs et permettait de s’en défaire, le miracle signifiait pour les simples fidèles la preuve matérielle de la présence réelle du Christ dans l’Eucha­ristie. Au Moyen Age, de nombreuses histoires semblables sont racontées partout en Europe, justifiant l’accusation des Juifs.

À Bruxelles, le culte du Saint-Sacrement du Miracle s’est avéré tenace. Si l’Église reconnaît aujourd’hui que ce miracle n’en est pas un et que c’est la haine des Juifs qui est à l’origine de cette légende et des exécutions, la dévotion locale pour le Sacrement du Miracle a continué jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Les vitraux, peintures et tapisseries de la cathédrale des saints Michel et Gudule relatent le récit3 de la prétendue profanation des hosties par les Juifs4.

Le Sacrement du Miracle a joué un rôle important comme symbole national, signe de l’identité catholique du pays. Le culte de cette relique s’est inscrit dans la lutte contre les Juifs, les protestants et les libres-penseurs. Ce n’est qu’après la Shoah et sous l’influence de la modernité qu’une attitude plus critique par rapport à cette légende antijuive médiévale a été soutenue dans les milieux catholiques.

En 1968, dans l’esprit du deuxième concile du Vatican, les autorités diocésaines de l’archevêché de Malines-Bruxelles ont attiré l’attention sur le caractère tendan­cieux des accusations et sur la présentation légendaire du miracle.

 

  1. là.
  2. Les vitraux du xvie siècle dans la chapelle du Saint-Sacrement sont au nombre de quinze dans les bas-côtés de l’église. Les dix premiers vitraux, huit dans la nef latérale droite (à compter du chœur) et deux au fond de la nef latérale gauche, représentent la légende du Miracle du Saint-Sacrement telle qu’elle est transmise à Bruxelles depuis la moitié du xve siècle. Elle raconte : «En automne 1369, un notable juif d’Enghien prend l’initiative de faire voler des hosties consacrées et de les profaner. Il paye à cet effet un Juif de Louvain converti au christianisme. Peu après, le notable juif est assassiné (vitraux 1-3). Sa veuve passe les hosties aux Juifs de Bruxelles qui, le jour du Vendredi Saint 1370, transpercent les hosties avec leurs dagues. Du sang sort des hosties (vitraux 4-5). Une Juive convertie au christianisme se fait payer pour aller cacher les hosties chez les Juifs de Cologne mais, prise de remords, elle raconte le récit de la profanation au curé de l’église Notre-Dame de la Chapelle à Bruxelles. Le curé prend les hosties sous sa garde (vitraux 6-7). Suite au témoignage de la convertie (vitrail 8), les Juifs coupables sont condamnés à mort par le duc de Brabant et exécutés sur le bûcher. Les autres sont bannis du duché et leurs biens sont confisqués (vitrail 9). Plus tard, les hosties sont transférées en procession à la collégiale Sainte-Gudule (vitrail 10).»
  1. Les Marranes sont des Juifs sépharades, qui suite aux persécutions de l’Inquisition espagnole ou portugaise, ont été forcés d’adopter une identité chrétienne. Ils ont dès lors pratiqué leur judaïsme en secret, vivant ouvertement comme des catholiques. Nombreux sont ceux qui ont fui en Flandres, aux Pays-Bas, dans l’empire ottoman ou en France. On les appelle aussi les crypto-Juifs ou les Conversos.

 

(p.23) La nationalité belge

Le caractère libéral de la Constitution belge en matière de culte, l’émancipation précoce des Juifs sur le territoire (1795) et le peu de traces d’antisémitisme à cette époque, ont permis l’intégration de nombreux Juifs dans la société belge. Selon l’historien Jean-Philippe Schreiber, la communauté juive est à cette époque le reflet de la Belgique : bourgeoise, censitaire et reflétant des valeurs de libéralisme économique et d’expansion. Pour cette raison, l’Histoire retient les noms de grands entrepreneurs et banquiers juifs venus s’y établir et contribuer à l’expansion écono­mique du pays : Bischoffsheim, Oppenheim, Lambert, Errera, Cassel.

 

(p.27) Économie et antisémitisme

Durement frappée par la crise économique, la Belgique craint d’accueillir sur son sol de nouveaux immigrés qui pourraient prendre le travail de la main-d’œuvre locale ou constituer une concurrence économique menaçante pour les Belges de la classe moyenne.

C’est une des explications principales de l’accroissement de sentiments antisé­mites dans la société belge de cette époque.

À l’antisémitisme chrétien séculaire s’ajoute avec le dernier quart du XIXe siècle, un antisémitisme socio-économique et politique croissant. Il est porté, surtout, mais pas exclusivement, par des courants réactionnaires catholiques qui voient dans le Juif le protagoniste du capitalisme à outrance, du libéralisme et de la libre-pensée, ainsi que de divers courants de gauche subversifs. Dans l’ensemble, ces idées demeurent marginales en Belgique jusqu’aux années 1930. On assiste ensuite à la progression manifeste d’un antisémitisme virulent dans les groupes et partis natio­nalistes belges, francophones comme flamands. Dans les milieux professionnels, la Ligue nationale corporative du travail diffuse des discours contre les immigrés juifs. Dans les organes de presse de ces corporations, les Juifs sont décrits comme des «youpins» et des «métèques». La Voix du Commerce, éditée par l’Association géné­rale des commerçants du Tournaisis, dénonce en mai 1934 les « nombreux Juifs venant d’Anvers », qui représentent une « concurrence déloyale et désastreuse » pour les commerçants belges22.

L’importation de l’antisémitisme racial, biologique, de l’Allemagne nazie ne constitue donc qu’une composante de l’antisémitisme qui renaît en Belgique. La droite catholique, notamment à Anvers, adhérera davantage à ce discours qu’elle ne s’y opposera23. Ce racisme, qui s’attaque quasi exclusivement aux Juifs immigrés et pauvres, trouve également un écho au sein de la « droite bourgeoise » et des cor­porations de commerçants réactionnaires, qui adoptent très vite des thèses hai­neuses à l’égard des Juifs.

 

  1. Schreiber, «L’accueil des réfugiés juifs du Reich en Belgique», op. cit., p. 32.
  2. Alain Colignon, «Le rexisme, un pré-poujadisme», chapitre 2, p. 63, De l’avant à l’après-guerre : L’extrême droite en Belgique francophone, ouvrage collectif, De Boeck-Université, Bruxelles, 1994. Abramowicz, une enquête de Résistances, op. cit.
  1. Extrait de La Belgique docile, op. cit.

 

 

(p.32) L’antisémitisme au pouvoir

(…) Pour l’historien Joël Kotek, l’antisémitisme belge du XIXe siècle est mondain, à l’inverse de l’antisémitisme allemand ou autrichien plutôt populaire. En Belgique, la plupart des grands écrivains que compte alors la jeune nation belge sont amplis de préjugés antijuifs, sinon carrément antisémites. L’Ethos catholique joue à plein dans la représentation des Juifs. Le journaliste Maurice Einhorn l’a démontré dans de nombreux articles43. Verhaeren, Maeterlinck, Crommelynck, De Ghelderode, Marceau ou Jean Ray, pour en citer quelques-uns, sont tous habités d’une hostilité assumée à l’égard des Juifs. C’est vrai pour les milieux catholiques, mais aussi chez les anarchistes, les socialistes ou les laïques. Ainsi, Georges Simenon dira du Proto­cole des Sages de Sion qu’il s’agit d’un «appoint précieux» dans «l’étude des ques­tions juives44».

À gauche également, les partisans de l’antisémitisme sont nombreux, de Léon Hennebicq à Jean Volders et de Louis Bertrand à Jules Destrée sans oublier le juriste et écrivain Edmond Picard45 qui en appelle carrément à l’antisémitisme d’État.

 

  1. Schreiber, «L’accueil des réfugiés juifs du Reich…», op. cit., p. 59-60.
  2. Hitler’s Ten Year War on thejew, New York, 1943, p. 247-257, in Schreiber, «L’accueil des réfugiés juifs du Reich… », op. cit., p. 70-71.
  3. Dans le magazine Regards.
  4. Jacques Lemaire, Simenon, jeune journaliste. Un “anarchiste” conformiste, Complexe, Bruxelles, 2002, cité in Joël Kotek, « La Belgique et ses Juifs, de l’antijudaïsme comme code culturel, à l’anti-sionisme comme religion civique», Les Études du Crif, n° 4, CRIF, Paris, p. 22.
  1. Sur Edmond Picard en particulier, voir : Mémoire de fin d’année de Patricia Teitelbaum, 1983, «Edmond Picard & l’antisémitisme», sous la direction de André Miroir MEMTO 83/56, et Foulek Ringelheim, Edmond Picard – Jurisconsulte de Race, Éditions Larcier, 1999.

 

(p.33) Inspirés notamment par Charles Maurras (qui préconise une France pure ayant mis hors de ses frontières les « métèques » et autres «Juifs»), les racistes et antisémites belges comme Léon Degrelle trouvent de nom­breux disciples au sein de la droite catholique universitaire et de l’extrême droite militante. C’est le cas, également, en Flandre avec le parti Verdinaso de Joris van Severen et le Vlaamse Nationaal Verbond (VNV) fondé par Staf de Clercq en 1933 dans le but de créer un État flamand séparé de la Wallonie.

 

(p.35) /retour de l’antisémitisme dans les Etats marxistes, dès 1958/

(…)

En Pologne, dès le retour des rescapés des camps, l’antisémitisme continue de s’exprimer et culmine, en 1946, avec le pogrome1 de Kielce, au cours duquel quarante-deux Juifs sont assassinés et environ cinquante blessés.

Sous les dirigeants polonais Gomulka et Moczar, la virulence de l’antisémitisme sous couvert d’antisionisme va croissant jusqu’à la campagne antisémite de 1968 : orchestrée par le gouvernement communiste en place, elle entraîne l’éviction des Juifs, tant des instances politiques que des postes d’enseignants dans les écoles et les universités. En conséquence, les Juifs quittent en nombre la Pologne à destination d’Israël.

A la fin des années 1970, parmi les Juifs restés sur place, plusieurs s’engagent dans des actions anticommunistes. Le plus connu est Adam Michnik2. En réaction, la Pologne du général Jaruzelski renoue avec un antisémitisme séculaire qui s’exprimera au début des années autre-vingt dans la dénonciation par les mouvements ultra-staliniennes d’une manipulation vixsant à  casser Solidarnosc, le syndicat chrétien à l’origine de la chute du pouvoir communiste.

 

  1. Le mot pogrome, d’origine russe, se réfère aux attaques violentes perpétrées par les populations locales contre des Juifs au sein de l’Empire russe et, par extension, partout dans le monde.
  1. Né à Varsovie en 1946, Adam Michnik est historien, journaliste, essayiste. Anticommuniste, conseiller de Solidarnosc, il fonde la Gazeta Wyborcza. Il sera aussi député à la Diète de 1989 à 1991.

 

(p.42) « Mes meilleurs amis sont juifs »

Dans ce contexte particulier du début des années quatre-vingt, la sinistre affaire Lismonde23 sera portée au tribunal en janvier 1983. Au lendemain des élections communales du 10 octobre 1982, l’accord politique signé dans la commune de Forest entre le FDF et le PS s’enlise tant et si bien qu’un nouvel accord de majorité est élargi au PSC et au PRL. La section locale du FDF réagit par la distribution officielle d’un tract, contenant une caricature des cinq transfuges libéraux, dont celle de Joseph Platt, devenu pour l’occasion «Judas Platt». Dans le brouhaha qui entoure l’installation du conseil le 4 janvier 1983, ce dernier est traité de «sale Juif» à plusieurs reprises par Henri Lismonde, ancien socialiste devenu FDF en 1976. Georges Désir, alors secrétaire politique et Antoinette Spaak, présidente du parti, vont condamner les faits. Le bourgmestre socialiste de la commune, André Degroeve, sera lui aussi catégorique dans sa condamnation. Henri Lismonde niera les faits et avancera un argument classique : «Mes meilleurs amis sont juifs ! Je ne suis ni antisémite, ni xénophobe. Je suis un homme de gauche et je refuse d’être considéré comme raciste. Je suis la victime d’un règlement de comptes poli­tique. » Pourtant, il s’était déjà signalé lors des élections de 1982, en publiant une Lettre à la canaille dans laquelle il traitait les étrangers de canailles maghrébines et trafiquants de drogue24 ! La classe politique dans son ensemble a prudemment ignoré l’affaire Lismonde, tout en saluant, in fine, son dénouement : la condamnation de l’échevin forestois à une amende de 30 000 francs belges ou à une peine d’empri­sonnement subsidiaire de trois mois. Un franc symbolique a été alloué aux parties civiles. En conséquence, la plainte contre le tract antisémite n’a pas été maintenue mais pour la première fois un jugement de condamnation était rendu en applica­tion de la Loi Moureaux de 1981.

 

/1982/

(p.44) En Grèce, depuis l’entrée des troupes israéliennes au Liban, la communauté juive doit faire face à des manifestations virulentes d’antisémitisme, encouragées parfois par le gouvernement. La presse tire à boulets rouges sur Israël et sur la communauté juive. Si la jeune génération est choquée par ces attaques, ou par l’appel au boycott des entreprises juives et bien d’autres discriminations antijuives, pour les plus anciens, tout ceci a un goût de déjà-vu. La situation est telle que finalement un communiqué du gouvernement grec condamne les manifes­tations antisémites et le sionisme28 !

Aux Pays-Bas, l’utilisation de slogans antisémites lors de matches de football du club Ajax a pris une telle ampleur que cela fait l’objet d’une question parlemen­taire29.

 

(p.45) Dans d’autres pays européens, le problème se pose également, comme, par * exemple, en Italie où le soulèvement palestinien provoquera un renouveau de l’antisémitisme dénoncé par Tullia Zevi, présidente de l’Union des communautés juives d’Italie. Les médias y ont couvert l’Intifada de façon très unilatérale, entraî­nant une diabolisation d’Israël. Les Italiens vont condamner les Juifs, les traiter d’assassins.

À Turin par exemple, des militants d’extrême gauche s’en prendront à une  . librairie qui, sans appartenir à des Juifs, leur consacrait trop de place à leur goût. Leur slogan est sans équivoque : « Assez de culture juive ! »

(…) La même année, en Belgique, une première démarche est entreprise pour banaliser le lieu de déportation qu’est la caserne Dossin, d’où les Juifs de Belgique ont été déportés. Elle est rebaptisée «Cour de Habsbourg» et vingt-neuf apparte­ments y sont construits. Le Musée juif est prévu dans l’ancien bar des officiers. Transformer le lieu de déportation en logements suscite une première émotion forte au sein de la communauté juive de Belgique.

En 1988, c’est au cœur des institutions européennes que le «lobby juif» est stigmatisé : dans l’organe d’un syndicat de fonctionnaires internationaux et euro­péens, Panoptique35. Distribué à la CEE, ce journal syndical publie dans son édi­tion de mars un article dont la teneur rappelle les années d’avant-guerre : « La promotion est longue à venir pour celui qui a fait son travail normalement. Bien sûr les nombreuses exceptions sont là. Il suffit pour cela […] d’être l’ami de mon­sieur, d’appartenir au lobby juif, à la franc-maçonnerie, d’avoir la bonne carte de parti, […] etc.» Les commissaires européens ont estimé qu’il fallait un désaveu : le syndicat désavoue le texte du bout des lèvres. Le syndicat est rappelé à l’ordre une fois encore et suite à cela présente ses excuses. Désaveu forcé et en même temps record de lecture inégalé pour ce numéro alors que le syndicat était en perte de vitesse… Toutefois, si les commissaires ont imposé le désaveu au syndicat, ils n’ont jamais eux-mêmes, condamnés l’incident.

 

  1. Le Syndicat des fonctionnaires européens (CONF-SFE) s’inscrit dans le cadre du mouve­ment syndical d’inspiration chrétienne, à vocation européenne. Il édite un journal d’information, Panoptique.

 

(p.51) Dans la banlieue de Hampstead Garden, des swastikas et les mots « Kill ail Jews » (« Tuez tous les Juifs ») et « Allah » sont barbouillés sur maisons et voitures. Selon le journaliste Richard Littlejohn : «J’ai rencontré un guide pour le tour “Jack l’éventreur” dans l’Est londonien, qui a été battu par un groupe de jeunes musulmans, qui après avoir vu son costume d’époque – un long manteau noir et un chapeau noir – a cru qu’il s’agissait d’un Juif orthodoxe, et que donc il méritait une correction. Ils ne voulaient d’un “sale Juif dans “leur” voisinage. » « Problème : Mohammed habite Gaza. C’est un petit Palestinien qui lance des pierres sur les occupants israéliens. Il veut atteindre un soldat assis au sommet d’un char à 60 m de distance. La pierre part à une hauteur de 2 m du sol avec une vitesse vO faisant un angle de 20° avec l’hori­zontale. 1. Ecrivez, sans les établir, les équations horaires et l’équation cartésienne du mouvement. 2. Déterminez vO pour que la pierre atteigne le soldat (à une hauteur de 4 m). 3. L’enfant lance la pierre avec une vitesse de 20 m/s. À partir du moment où le soldat voit partir la pierre, combien de temps a-t-il pour l’esquiver? 4. Un deuxième soldat, accroupi au sol, réagit en tirant une balle de fusil sur l’enfant. La balle sort du fusil avec une vitesse horizontale de 500 m/s. Quel temps mettra-t-elle pour atteindre Mohammed?» Voilà ce que l’on pouvait trouver sur le site web du lycée de garçons Luxembourg jusqu’au 7 décembre 2007, 13 h 28. Cette page a été modifiée. Pour les études et les listes complètes d’actes voir sur le site du Parlement européen : http ://eumc.eu.int

 

(p.54) Répercussions en Europe

La chronique de l’antisémitisme en Europe montre que si des cimetières juifs sont régulièrement profanés, les actes de vandalisme visent de nouvelles cibles à partir de 2001 : synagogues, magasins, locaux de réunions et centres communau­taires.

Ce qui paraissait impensable quelques années plus tôt, fait presque quotidienne­ment la rubrique des faits divers : alertes à la bombe, vandalisme et sabotage contre des lieux juifs. Manifestations de solidarité avec les Palestiniens ou de protestation contre la guerre et l’impérialisme américain dégénèrent en manifestations anti­israéliennes et antijuives. Dans son rapport annuel, sorti en mai 2001, le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (CECLCR) mentionnait qu’il s’était «inquiété des propos antisémites tenus lors de manifestations organisées à Bruxelles et à Anvers suite aux affrontements meurtriers en Israël et dans les terri­toires occupés en octobre 2000». Ce mois-là, précisément, suite à une telle mani­festation, il y a eu débordements et slogans antisémites. Une tentative d’incendie criminel contre une synagogue bruxelloise et des dégradations devant le monument des Martyrs juifs à Anderlecht ont ensuite eu lieu mais sans doute pas dans les pro­portions des violences antisémites qui se commettent au même moment en France. Là, on a pu déjà entendre des slogans du type «À mort les Juifs ! » dans une mani­festation de solidarité avec les

 

(p.55) Comment mieux résumer cette dérive qu’en citant Rogier Cukierman, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) : « Quand un bébé israélien est assassiné par un Palestinien armé d’un fusil à lunette, la presse parle d’un “bébé colon”. Comme si le qualificatif de colon justifiait son meurtre. Les Juifs sont “tués”, tandis que les Palestiniens sont “assassinés”. Cette curieuse déformation de la terminologie utilisée dans les médias est le résultat d’une pensée unique. En France, il n’est pas élégant d’être antisémite mais il est sémantique-ment correct d’être anti-israélien6. »

(…) Pour certains, attaquer Israël permet de s’en prendre aux Juifs en se donnant «bonne» conscience. Dès lors, ces attaques se réfèrent de plus en plus fréquem­ment à la Shoah. Notamment par des analyses qui comparent non seulement le conflit israélo-palestinien à la Seconde Guerre mondiale, mais mettent sur le même pied les nazis et les Israéliens. Progressivement, le peuple israélien tout entier, et tous les Juifs, sont considérés comme coupables ou complices d’un génocide, qui serait le pendant de l’autre. Dans cette logique de déculpabilisation, Israël respon­sable de tous les maux, fauteur de guerre, ne peut qu’être condamné, comme ces complices désignés, les Juifs de la diaspora. C’est cette logique qui est à l’œuvre et qui justifie, insidieusement, les agressions antisémites en Belgique et ailleurs en Europe.

 

(p.56) L’enfant palestinien est élevé dans l’idée que les Juifs sont mauvais, racistes, que la religion leur enseigne qu’il faut les tuer jusqu’au dernier, qu’Israël n’existe pas et doit être détruit et que c’est là une obligation religieuse7.

Une des réponses se trouve aussi en partie dans l’évolution des contenus des manuels scolaires destinés aux enfants palestiniens. Jusqu’en 1994, les manuels d’his­toire et les cartes géographiques étaient d’origine égyptienne ou jordanienne ; quand il apparaît, l’État d’Israël y est le plus souvent dénommé «Palestine occupée» ou «entité sioniste»8.

Que dire, dans le cadre de cette marche vers l’indépendance, de ces livres sco­laires, fruits d’une réflexion nationale palestinienne, qui se transforment dès 1994 en instruments d’incitation à la haine ? C’est suite aux accords d’Oslo, en effet, que la compétence en matière d’éducation a été transférée à l’Autorité palestinienne, y compris la réalisation des manuels et des programmes scolaires, spécifiquement nationaux.

Or, les documents publiés et diffusés encouragent désormais les enfants à haïr les Israéliens et à prendre part à la violence. Les équipements scolaires sont utilisés pour inculquer le culte du héros voué aux auteurs d’attentats-suicides, ce qui pré­pare psychologiquement les enfants palestiniens à suivre leur exemple. Dans les groupes déjeunes et les camps d’été officiels de l’Autorité palestinienne, on enseigne aux enfants à devenir des guerriers saints dans le djihad (guerre sainte) contre Israël et les Juifs9.

Les accords d’Oslo ont ouvert la route de la paix. Mais les enfants palestiniens n’en entendent jamais parler et tout dans leur instruction les en éloigne.

Dans les premières phases de violence, on a vu dans les rues des enfants pales­tiniens lancer des pierres, des bombes incendiaires et des grenades contre les sol­dats ; ensuite, au lieu de s’estomper, la présence d’enfants s’est intensifiée ; sur les lieux de combat ou, pour les plus petits, comme bouclier pour couvrir un trans­port d’armes et d’explosifs.

Ce rôle donné aux enfants par l’Autorité palestinienne, abondamment rapporté par les médias, constitue avant tout une grave violation des conventions et traités internationaux sur la protection des mineurs dans des situations de conflit armé. Cette question relève donc de la législation internationale mais elle intéresse aussi notre sujet parce qu’elle a un effet direct sur la perception du conflit en Europe, sur la place d’Israël et des Juifs dans le monde. Désormais, comme le rappelle Joël Kotek les informations vont consacrer des sujets quasi quotidiens à la situation au Proche-Orient ; la question israélo-palestinienne est devenue, ici en Belgique, un enjeu, celui de toutes les consciences.

 

  1. http ://www.resiliencetv.fr/modules/smartsection/item.php ?itemid=901.
  2. Cf. l’article de P. Pénaux, « Israël/Palestine, l’histoire des manuels », sur le site d’Amnesty International.
  3. Site du ministère des Affaires étrangères d’Israël, www.mfa.gov.il/MFAFR/MFAArchive/ 2000_2009/2002/8/, Réponses à des questions courantes : La violence et le terrorisme palestinien, 5/8/2002.

 

(p.57) Pierre Galand10 apporte sa contri­bution au débat dans une carte blanche au quotidien Le Soir11 et reprise sur le site du PTB12 : «Dans ce contexte d’amplification de la dérégulation et de l’abandon du droit, la Palestine est devenue le nouveau Vietnam, le symbole de la guerre injuste. Peuple privé de ses droits, les Palestiniens, comme les Vietnamiens, il y a cinquante ans, représentent aux yeux d’un nombre de plus en plus important de peuples, de mouvements de citoyens, de jeunes, le Sud résistant, héroïque, qui défend ses droits essentiels et surtout sa dignité, face à une offensive d’Israël sans condamnation ferme de l’Occident. L’alliance entre M. Sharon et M. Bush, le passé criminel du premier et le conservatisme du second, constituent une union qui ne peut aboutir qu’à l’isolement international de l’État hébreu et à sa condam­nation. »

Un mois plus tard, le vendredi, 12 octobre 2001, lors de l’assemblée générale de l’Université libre de Bruxelles, sur la guerre en Afghanistan, on note des interven­tions de Pierre Galand, d’Anne Morelli13, d’Éric Remacle14 et de Nordin Maloua-

  1. En tant que président du Forum Nord-Sud, Pierre Galand a été secrétaire général d’Oxfam Belgique, secrétaire général et fondateur de la Concertation Paix et Développement et du Secréta­riat international de la sécurité et coopération internationale, président du Comité national d’action pour la paix et le développement (CNAPD), président du Centre national de coopération au déve­loppement (CNCD). Il a été sénateur coopté par le PS (2002-2007) et est actuellement président du Centre d’action laïque (CAL). Il est aussi le président de l’Association belgo-palestinienne.
  2. Pierre Galand, «Réflexion à propos de Durban».
  3. http ://www.archivesolidaire.org/scripts/article.phtml ?section=AlAAABCA&obid=5976, «Réflexion à propos de Durban», 6/9/2001.
  4. Historienne, professeur de critique historique, des contacts de culture, de l’histoire des reli­gions et de didactique de l’histoire. Auteur de nombreux ouvrages.

14 Professeur en relations internationales.

 

(p.58) humam15. Éric Remacle d’abord : « On globalise la lutte contre le terrorisme quand celui-ci est tourné vers les USA mais pourquoi ne réagit-on pas de la même manière pour aider les Palestiniens face à l’agression israélienne ? »

Anne Morelli intervient ensuite pour expliquer qu’« un litre de sang n’a pas le même poids médiatique en fonction du PIB du pays dont il est originaire».

Pierre Galand clôture la première salve d’interventions en posant la question : «Que veut dire le mot terroriste16? Je suis fils de terroriste. C’est sous ce mandat-là que mon père a été arrêté pendant la guerre par les nazis. Que veut dire terroriste quand on parle du peuple palestinien qui se bat contre une occupation ? Que vou­lait dire le mot terroriste quand on parlait des Sud-Africains qui se battaient contre le régime de l’apartheid ? Les mots utilisés dans les médias ne sont pas innocents. Nous devons être prudents et bien réfléchir à la sémantique des mots que nous utilisons quotidiennement dans les médias pour faire passer un message. »

Cette radicalisation dans l’importation du conflit, qui veut emporter avec elle rien moins que la jeunesse, les peuples, les citoyens, rassemble une certaine gauche, dont l’anti-américanisme ouvre la voie à l’antisionisme. Et une population arabo-musulmane, qui vit le conflit du Moyen-Orient comme sa cause.

Cette condamnation massive d’Israël fait tache d’huile dans la population. Les dérapages verbaux et les agressions antisémites se multiplient. Un nouveau compor­tement apparaît qui induit également un nouveau vocabulaire. Les dérapages verbaux ne sont plus uniquement le fait des extrêmes droite et gauche. Alain Finkielkraut constate que «l’animosité envers les Juifs fait d’ores et déjà partie du paysage : elle est présente, palpable et très inquiétante, car ceux qui l’expriment et la diffusent ne correspondent pas au portrait-robot de l’antisémite placardé dans toutes les têtes par le devoir de mémoire17».

 

  1. http ://www.archivesolidaire.org/scnpts/article.phtml Psection—AlAAABCC&obid—6501.
  2. Le mot «terroriste» désigne celui qui mène des actions violentes, comme des attentats, visant spécialement à faire des victimes civiles. Le climat de peur et le traumatisme psychologique qui s’ensuit dépassent largement le cadre des victimes directes pour frapper l’opinion publique concer­née. Il s’agit d’un crime contre des vies humaines en violation du droit international. La différence avec le résistant est éthique : la résistance frappe des objectifs militaires en vue de mettre fin à une soumission violente, comme pendant la Seconde Guerre mondiale, et elle ne vise pas spécifique­ment les populations civiles.
  3. «L’antiracisme est l’idéologie de notre temps», propos recueillis par Dominique Simonnet, mis à jour le 27/08/2004, publié le 30/08/2004 dans L’Express.

 

(p.59) /juin 2001/

Lors de la plainte contre Ariel Sharon, l’existence d’Israël est ouvertement délégitimée ; le pays, accusé de tous les maux, est présenté comme le Mal absolu.

Le sénateur écolo Josy Dubié compte parmi les plus virulents accusateurs. En novembre 2001, selon une dépêche de l’agence de presse Belga, «Josy Dubié s’en est pris violemment aux autorités israéliennes, jeudi, à l’occasion d’une conférence de presse. […] “La Belgique est un Etat de droit, et moi, je m’interroge sur ce qui fait la démocratie en Israël. Nous au moins, nous n’avons pas de sang sur les mains”, a-t-il ajouté, dénonçant également l’attitude d’Israël «qui viole toutes les lois internationales».

 

(p.60) D’une part, le sénateur fait fi de la réalité israélienne, du fonctionnement démo­cratique de ce pays. D’autre part, cette citation laisse apparaître un lien incongru : la comparaison spontanée entre les mains sanglantes de ceux qu’il accuse, et l’évi­dente innocence de celui qui parle. Une innocence en forme de paravent qui cache mal les noirs souvenirs de l’époque coloniale. Au moment où la Belgique fêtait son soixantième anniversaire, comme Israël aujourd’hui, notre jeune État s’engageait, via son souverain, dans une politique de colonisation, aux épisodes particulièrement inhumains. La Belgique, aujourd’hui encore, vit sur ce passé qui reste à étudier sans tabou. Car si des auteurs ont publié des ouvrages sur le sujet, l’État belge n’a jamais fait ou commandité une étude officielle sur le sujet.

(…)

 

LE  8  SEPTEMBRE

L’événement traumatise les Juifs dans le monde entier : la «Conférence mon­diale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée», organisée par l’Onu du 31 août au 8 septembre 2001 à Durban (Afrique du Sud) se transforme en conférence de la honte et de la haine. Au forum des ONG, le climat est délétère, anti-impérialiste certes, mais aussi anti-américain, anti-israélien et antijuif. Des représentants s’y rassemblent aux cris de « One Jew, One Bullet» et «Kill Jews ! »2() Sur le modèle des permis de chasse, des «permis de tuer les Juifs », sont distribués dans les rues, ainsi que des tracts déclarant « Hitler n’a pas fini le travail [d’extermination des Juifs] ». Le tout sans aucune sanction de l’Onu.

 

  1. «Un Juif, une balle» et «Tuez les Juifs».

 

 

(p.61) Les deux mémoires de Durban

 

Dans «Carnet de route, Durban. La chronique angoissée d’une jeune Juive de notre époque »22, Joëlle Fiss décrit comment de nombreux jeunes Juifs sont revenus transformés de Durban. Partis à ce rassemblement qui donnerait un sens à leur enga­gement individuel contre le racisme, ils y ont vécu de plein fouet la haine raciste «de gens qui tiennent haut et fort des discours antiracistes».

La violence des propos tenus et leur manichéisme constitutif — « accuser les collaborateurs du sionisme, c’est résister noblement au mal » — débouchent sur des affrontements personnels. Les jeunes Juifs présents sont très vite insultés, accusés d’être des «meurtriers», «des suceurs de sang palestinien». Ils sont menacés, inquiétés, isolés.

Un Juif sud-africain se fait traiter de «chien israélien». Des jeunes portant des pancartes « Apartheid Is Real » distribuent un livre intitulé Israël, An Apartheid State. Un homme propose à la foule un tract, avec une photo d’Adolf Hitler qui dit : «Et si j’avais gagné? La bonne nouvelle, c’est qu’il n’y aurait pas eu d’Israël ni d’ef­fusion de sang palestinien23. » Pour ces jeunes, «Durban, c’est aussi la complaisance de la communauté internationale face à cette tentative de criminaliser les Juifs. C’est la rapidité avec laquelle une minorité réussit à manipuler des milliers de partici­pants et les mettre sous l’emprise de son idéologie haineuse. Au fil des jours, une “morale collective” s’est construite, qui appelait la société civile à trier le mal du bien. Durban fut un forum de la haine orchestré par la “société civile”. Au regard de l’opinion publique, on vise à s’attaquer aux causes pour extirper le fléau raciste24 ».

Et la cause : c’est Israël comparé dans cette logique à l’Allemagne nazie. Les images d’enfants palestiniens qui souffrent ne se comptent plus. Le stand des avocats de la Ligue arabe vend Les Protocoles des Sages de Sion. On accroche des caricatures et les vieilles fables antisémites ressurgissent comme sur cette affiche où les Juifs font leur pain avec le sang des musulmans… Résurgence des mystères antisémites du Moyen Âge ! À Durban, les avocats de la Ligue arabe distribuent une autre brochure dont la couverture juxtapose une croix gammée et une étoile de David. Elle abonde en caricatures antisémites : des Juifs au long nez crochu sourient cruel­lement. Ils sont dépeints en sadiques, obsédés par l’argent. Leurs uniformes militaires

 

  1. Article publié dans La Règle du jeu (revue trimestrielle dirigée par Bernard-Henri Lévy), n° 26, septembre 2004.
  2. L’auteur de ce tract est un membre influent de la communauté musulmane de Durban, Yousuf Deedat.
  1. Joëlle Fiss, op. cit.

 

 

(p.62) sont décorés de croix gammées. Et pour parfaire le tableau, ces judéo-nazis pointent leurs fusils sur des Palestiniens terrifiés. Malgré des demandes répétées, ni la bro­chure ni l’Union des avocats arabes ne seront interdites25. Pendant le forum des ONG, on entendra encore d’autres menaces antisémites comme «Vous ne devriez pas être autorisés à avoir un stand ! Vous, les Juifs, vous êtes devenus des racistes ! » ou « Tu n’as pas le droit d’exister et on aura ta peau ! »

 

(p.64) Les milieux islamistes fondamentalistes vont utiliser les attaques terroristes pour influencer déjeunes musulmans belges ou résidant en Belgique. Le résultat : on les verra bientôt défiler dans les rues de Bruxelles et Anvers criant des slogans anti­sémites, comme « Mort aux Juifs ! » lors de manifestations anti-israéliennes30.

Cette intensification de la violence, verbale ou physique, n’est pas le fait du hasard, ni d’un malheureux concours de circonstances. Les animateurs du Centre islamique de Belgique prêchent la haine et nourrissent de discours antisémites les jeunes musulmans de Belgique31. Le CIB a installé sa base à Molenbeek, un quar­tier de Bruxelles où il tente de créer un milieu favorable à la mise en œuvre de son programme fanatique32.

(…)

Le « Parti citoyenneté et prospérité » né au sein du CIB et prônant l’instauration de la charia et l’inégalité homme femme, a récolté près de 3 % de votes lors des élections fédérales de 2003. Le Parti des Jeunes musulmans récolte, lui, près de 2 % lors des élections régionales de 2004 à Bruxelles. Au sein de ces mouvances s’exprime un antisémitisme clair et net, dénoncé par ailleurs par des membres de la communauté arabo-musulmane qui appelle au boycott de ces partis lors des élections. Quant à l’antisionisme de cette mouvance, il ne se borne pas à dénoncer la politique de l’État d’Israël34.

 

  1. www.tau.ac.il/Anti-Semitism/asw2001-2/belgium.htm.
  2. Le Centre islamique belge (CIB), proche du courant salafiste, est dirigé par le Syrien Bassam Ayachi.
  3. Jean-Pierre Stroobants, «Terrorisme : contre la loi sur le foulard, un site islamiste belge menace la France», Le Monde, 4/10/2004.
  4. La Dernière Heure, 27/1/2006.
  5. Deux membres du Centre islamique belge ont été condamnés le 21 juin 2006 pour avoir diffusé sur le site www.assabyle.com une vidéo assimilant nazisme et sionisme — ce qui est une manière de minimiser la Shoah — et un texte intitulé La Fin du peuple d’Israël, entendu au sens biblique : la fin du peuple des enfants d’Israël, donc du peuple juif. Les Juifs y étaient décrits comme « des transgres-seurs, des lâches, des singes et des porcs ». Le texte précisait : il faut les combattre « au moyen de destriers de guerre», ce qui est une incitation au passage à l’acte. Voir chapitres 3 à 6.

 

(p.65) 36 Dans les mouvements qui soutiennent la Palestine ou sur les listes de diffusion, on découvre avec surprise les noms de révisionnistes avérés, de compagnons de Garaudy, de gens qui ont été exclus de leur parti pour antisémitisme, de dirigeants islamistes d’extrême droite. Par ailleurs, Jean Thiriart, qui a introduit le soutien à la cause du Fatah dans les rangs de l’extrême droite et dirigeait le groupe Jeune Europe, était largement financé par l’Algérie, l’Irak et l’Egypte nassérienne. Voir Jean-Yves Camus, «La vraie histoire du site Tout sauf Sarkozy», Libération, 21/5/2007.

 

(p.68) /2002/

Les médias relaient de plus en plus d’informations qui ravivent le débat : du «judiciaire spectacle» avec la plainte contre Sharon, à l’«humanitaire spectacle» avec les voyages et les délégations (qui comptaient des politiques au sein de toutes les formations), de Josy Dubié à Jean Cornhil Vincent en passant par Van Quicken-borne et Alain Destexhe qui se suivent dans les territoires palestiniens de Gaza et de Cisjordanie, l’émotion est sans cesse suscitée. Ces deux derniers ont notamment rencontré le Cheikh Yassine, fondateur et président du Hamas, parti d’extrême droite religieux dur, antidémocrate et violent. Pour Alain Destexhe rencontrer une telle personnalité ne veut bien entendu pas dire épouser ses thèses, mais écouter et se renseigner. D’aucuns lui en tiennent encore rigueur à ce jour pour avoir rompu le cordon sanitaire ailleurs…

 

(p.72) Un singulier calendrier politique

En avril 2002, le ministre belge Louis Michel, appelle ses collègues des Affaires étrangères des Quinze à envisager la possibilité de reconsidérer les relations éco­nomiques entre l’Union européenne et Israël. Cela suscite beaucoup de méconten­tement à Jérusalem11, mais aussi une vague de colère dans la communauté juive. D’autant que le ministre a également évoqué, sur les ondes de la VRT, l’éven­tualité de sanctions économiques européennes contre l’État hébreu.

À plusieurs reprises Louis Michel, sur les ondes de Radio Judaïca12, explique sa démarche, et tente de convaincre une communauté blessée et fâchée. Il assure qu’il se sent proche d’elle et que ses critiques à l’égard d’Israël n’entachent pas son amitié pour ce pays. Un message qui passe difficilement, mais certains apprécient le geste.

Le 19 avril 2002, l’Anti-Defamation League13 (ADL) s’adresse au Premier ministre Guy Verhofstadt pour exprimer son inquiétude face à la montée de l’antisémitisme en Belgique. Cette association lui demande de prendre position fermement contre ces incidents, de plus en plus nombreux, à l’encontre d’individus ou d’institutions en les déclarant inacceptables. Car, explique-t-elle, l’attitude hos-

 

  1. Agence Reuter, 4/4/2002.
  2. Créée en mars 1980, Radio Judaïca fut la première radio juive en Europe. Elle se fait l’écho de tout ce qui se passe dans le monde, avec une attention particulière accordée à Israël, au Proche-Orient et au monde juif.

13 Créée en 1913, l’Anti-Defamation League est une organisation mondiale qui combat l’antisémitisme, entre autres par des programmes éducatifs qui visent à endiguer la haine, les préju­gés et l’intolérance.

 

(p.73) tile du gouvernement belge à l’égard d’Israël, renforce malheureusement le sen­timent qu’ont certains individus qu’il est légitime de s’en prendre aux Juifs.

(…) Le même été, le Conseil des ministres décide d’octroyer une contribution finan­cière de 140 000 euros pour les frais de la représentation diplomatique des Palesti­niens à Bruxelles, sur proposition de Louis Michel, ministre des Affaires étrangères et de celle de Eddy Boutmans, secrétaire d’État à la Coopération et au Dévelop­pement.

Plusieurs personnes réagissent vivement à cette décision, qui semble s’inscrire dans un calendrier d’événements dont l’objectif échappe. L’une d’elles, Jacqueline Wiener-Henrion14, écrit au ministre Michel pour lui faire part du malaise gran­dissant auquel les membres de la communauté juive de Belgique, doivent faire face. « Au-delà de la question insolite du financement par un pays hôte des frais de fonc­tionnement d’une mission diplomatique d’un État étranger, existant ou en devenir, l’intervention du contribuable belge dans l’allocation financière accordée à des fonctionnaires palestiniens représentatifs d’une autorité contestable et contestée et décidée par le gouvernement belge procède d’une importation officielle, en Bel­gique, du conflit israélo-palestinien. » Logiquement, la question de la corruption des dirigeants palestiniens devrait refaire surface. Mais pour Jacqueline Wiener, il y a surtout « un espace de douleur, d’espoirs, de souffrances, de terreurs, d’animosités, de sensibilités tellement diversifiées, avec son corollaire de conséquences sur les comportements humains, que la gravité des événements impose aux dirigeants de notre pays de se préserver de tout militantisme aux conséquences ultérieures dra­matiques ». Elle évoque aussi les dangers et les menaces physiques que « tout Belge qui affirme sa judéité » subit de plus en plus fréquemment et qui obligent à une sécurité renforcée lors de manifestations, qu’elles soient culturelles, cultuelles, ou, même, simplement festives. « Face à ce danger potentiel, le Consistoire central israélite de Belgique a été amené récemment à collecter des fonds au sein de la communauté juive afin d’assumer les frais d’une protection renforcée des enfants qui fréquentent des écoles juives ou les mouvements de jeunesse. Protection qui incombe normalement à l’État belge, garant constitutionnel de la liberté religieuse ou philosophique de ses citoyens et, a fortiori, de ses enfants. Que faut-il en déduire dès lors, de l’intervention du contribuable belge dans l’entretien d’une représen­tation diplomatique de Palestiniens dont la modération n’est ni contrôlable ni garantie, alors que, par ailleurs, des deniers supplémentaires pour une protection renforcée des enfants dont question ci-dessus n’a pu être allouée, « fautes de moyens suffisants » ?

 

14 Avocat honoraire, chercheur à la Fondation de la mémoire contemporaine, membre du conseil d’administration de la Communauté israélite libérale de Belgique.

 

(p.74) Parallèlement, dans plusieurs communes bruxelloises et wallonnes, une motion, à l’initiative du Comité pour la solidarité entre les communes belges et palesti­niennes16, fondée en mars 2002, est soumise au vote de Conseils communaux17.

Cette motion18 condamne le «terrorisme d’État» exercé par le gouvernement israélien, appelle au droit du retour des Palestiniens via la résolution de l’Onu, demande au gouvernement belge de participer aux pressions exercées sur le gou­vernement israélien et que la commune s’investisse dans des projets en Palestine. La motion qui est parfois accompagnée d’un texte violemment anti-israélien, est acceptée ou rejetée selon les majorités en place, et en fonction de la personnalité et des convictions des bourgmestres. La motion est votée, entre autres, à Saint-Gilles, Ixelles, Watermael-Boisfort, Saint-Josse et Bruxelles-Ville.

En revanche, grâce à la fermeté de la bourgmestre19 et de la solidarité au sein de son groupe (MR-cdH), elle n’est pas votée à Forest, et sera finalement retirée par le PS.

Fin 2003, la commune d’Ixelles, à l’initiative de l’échevin socialiste Pierre Lardot, qui a effectué une mission en Palestine, propose un jumelage avec la ville palestinienne de Zababdeh, cité natale de Naïm Kadher, assassiné à Bruxelles en 1981. Ce jumelage est le fruit d’une volonté politique de la majorité PS-Ecolo-PSC, traduite dans une motion adoptée en mai 200220. Zababdeh est une ville de

 

  1. Ses membres sont des représentants de collectivités locales, organisations de solidarité et des citoyens souhaitant apporter leur soutien au peuple palestinien.
  2. Intitulée opération humanitaire des communes de Belgique pour la Palestine, à l’initiative du PSC (devenu CdH le 18/05/2002) et sur le modèle français qui date de 1996.
  3. Le texte se trouve sur le site de l’Association belgo-palestinienne Wallonie-Bruxelles (Naïm Khader).
  4. Corinne Depermentier, députée-bourgmestre.

20 Voir chapitre précédent.

 

(p.75) 4 000 habitants, entièrement sous tutelle palestinienne. C’est aussi l’une des rares villes chrétiennes de la région.

(…)

L’affaire Geens à peine retombée, l’émoi est de retour avec cette fois avec le secrétaire d’État à la Coopération et au Développement, Eddy Boutmans (Agalev), à propos des manuels scolaires destinés aux enfants palestiniens. La Belgique a mis en place depuis quelques années un programme d’enseignement et la réalisation de manuels. Le nouveau programme est établi par le ministre palestinien de l’Ensei­gnement, sous les auspices de l’Unesco. L’accord entre la Belgique et la Palestine porte sur 2,85 millions euros dans le cadre d’une convention spécifique signée le (p.76) 24 octobre 200225. Interrogé sur le contenu de ces manuels qui incitent à la haine et contiennent des propos antisémites, le secrétaire d’État répond qu’il l’ignore car il ne lit pas l’arabe ! Mais, dit-il, « nous continuerons à financer les manuels sco­laires en Palestine même si les groupes fondamentalistes du “lobby juif, en Bel­gique26, tentent de nous en empêcher […] Vous les connaissez […] » Lors d’une fête de solidarité27avec la Palestine, il tient encore des propos extrêmes : « L’Europe ou l’Onu doivent libérer la Palestine et la rendre à son peuple et en évincer les Juifs ! » Le député fédéral VLD, Claude Marinower, a réagi à ces paroles inaccep­tables28. Eddy Boutemans a nié et a porté plainte contre X.

Toujours en novembre 2002, la branche Ecolo de la commune de Lessines organise un débat sur le thème « Pour une paix juste et durable au Proche-Orient ». A cette occasion, Pierre Galand, président de l’Association belge-palestinienne, refuse de s’asseoir à la même table que Joël Rubinfeld, alors président des Amitiés belgo-israéliennes. Il s’en explique comme suit : « C’est moi ou lui. Ce Rubinfeld n’est pas mon homologue, mais un homme de la propagande israélienne. Il est payé pour ça. Je suis belge, moi ! »

Jacques Vanaise, président d’Ecolo Lessines, s’explique : « Notre projet a évolué. Il est vrai que nous n’avons pas toujours été adroits. L’info que j’ai reçue, c’est que Rubinfeld est directement représentant de l’État d’Israël. Nous avons ouvert le débat à des personnes censées représenter les peuples, pas les États. » C’est dans ce climat malsain qu’Éric Picard, qui a rapporté cette soirée pour les lecteurs de l’ADI29, a eu la surprise de se faire prendre à partie par un participant au motif qu’il portait une kippa. «Nous n’aimons pas cela, ici ! », s’entendit-il dire.

 

29 Agence diasporique d’information, sur Internet. Communiqué n° 29/02 du 26/11/2002, « Pas de kippa chez Ecolo, La paix israélo-palestinienne n’a pas été conclue à Lessines ».

 

(p.77) Les caricatures, les illustrations et les titres sont systématiquement assassins à l’encontre du peuple d’Israël, d’Israël et de son Premier ministre Ariel Sharon. Ils sont diabolisés, nazifiés, condamnés pour chaque action, qu’elle soit défensive ou non. Aucune initiative ne bénéficie d’un regard, ne serait-ce que, mitigé. Le lyn­chage médiatique est total.

À l’inverse, pour Arafat, la presse ne relève ni le double langage, ni la corruption, ni les attentats, ni les mises en scène du leader palestinien. Il apparaît comme la faible victime, le «colonisé». C’est par ce statut de colonisé que ses erreurs sont absoutes, qu’une indulgence particulière lui est réservée.

 

(p.79) Dans le supplément «Junior» du Soir (25/6/2002). Une journaliste publie une nouvelle définition du substantif français qui est décidément au cœur de la question. « Colons : juifs qui s’installent sur les territoires palestiniens occupés par Israël depuis 1967 pour se les approprier. » Selon le Robert, « un colon est une personne qui est allée peupler, exploiter une colonie ; habitant d’une colonie. Les premiers colons d’Amérique. » Selon Wikipédia, « une colonie est une unité administrative sous la domination politique d’une autre entité généralement géographiquement distante. » Cela dit, il est vrai qu’on parle de « colonie de peuplement » ou « implan­tation» à propos de la population civile implantée dans un territoire occupé mili­tairement. Sur la base de cette définition, les meilleurs exemples de colonies paraissent plutôt être le Congo ou l’Inde, par exemple, qu’Israël. La définition, par Le Soir Junior du terme «colon», sans autre qualificatif, est donc pour le moins réductrice et éloignée du sens générique de ce terme.

À propos d’un autre événement, des nouvelles étonnantes vont circuler pen­dant des semaines, souvent sans aucun lien avec la réalité : le siège de la Basilique de la Nativité de Bethléem. Le siège a duré trente-neuf jours. Il a débuté le 1er avril, le lundi de Pâques. Des Palestiniens armés ont forcé la porte du couvent franciscain et se sont retranchés dans la basilique avec des munitions abondantes. Le 24 avril, un moine arménien, rescapé du lieu saint, affirme notamment que des Palestiniens armés ont profané tous les objets sacrés de la basilique, qu’ils ont dérobé les objets du culte et volé quatre crucifix. « Ils ont tout volé et tout saccagé ! » témoigne le moine.

Dans le journal télévisé du 24 avril, la RTBF diffuse ce témoignage après avoir monté le document en coupant le passage où le prêtre dénonce spécifiquement les terroristes palestiniens, ce qui donne : «Ils ont profané tous les objets sacrés de la basilique et ils ont dérobé les objets du culte. Ils ont volé quatre crucifix. Ils ont tout volé et tout saccagé. » Suivi d’un gros plan sur l’étoile de David d’une ambu­lance israélienne. Le reportage sonore de la RTBF ne mentionne nullement les responsables de la profanation du temple, alors qu’elle en avait connaissance. En termes journalistiques, la mention de l’identité de l’auteur d’un crime, lorsqu’il est connu, constitue toujours l’information principale d’une dépêche. Dans le mon­tage du témoignage du moine, les journalistes utilisent volontairement la troi­sième personne du pluriel, oblitérant le début de sa phrase qui désignait clairement l’identité des profanateurs et des pillards.

Une manipulation de la RTBF, rediffusée par TV5, qui accuse l’armée israé­lienne d’un pillage et d’une profanation (de lieux sacrés de la chrétienté) qu’elle (p.79) n’a pas commis et en même temps en exonère les Palestiniens. Après de nom­breuses interpellations à la RTBF, un communiqué30 émis par M. Michel Konen, chef de la rédaction du journal télévisé, était adressé « à toutes les personnes qui nous ont fait part de leur protestation suite à la diffusion du reportage incriminé dans le journal de la mi-journée du 24.04.02 sur La Une (RTBF), reportage repris l’après-midi par TV5. Il s’agit d’une erreur de notre part. Nous rectifions dans nos éditions de ce 26 avril. Avec nos excuses. »

(…)

Un second exemple choisi est celui de l’attaque de la ville palestinienne de Jénine par l’armée israélienne, du 3 au 11 avril 2002, dans le cadre de l’Opération «Rempart». Jénine, en Cisjordanie, est considérée alors par les Israéliens comme une pépinière de kamikazes. Les combats y sont violents. Vingt-trois soldats israé­liens y perdent la vie. Cinquante-six Palestiniens, pour la plupart des terroristes armés, sont tués. Ils se protégeaient derrière des civils palestiniens et dissimulaient à Jénine des centres de commandement, des laboratoires d’explosifs et des caches d’armement.

Les combattants palestiniens, surarmés et bien préparés, ont piégé les maisons. Dans les rues, des tireurs embusqués à l’intérieur des domiciles privés et des édifices publics encouragent la population, notamment les enfants, à participer activement aux combats. Tsahal, l’armée israélienne, a choisi d’utiliser l’infanterie pour effec­tuer les fouilles de maison en maison plutôt que d’utiliser des armes lourdes qui auraient garanti une sécurité supérieure aux troupes israéliennes mais auraient accru les risques pour la population civile palestinienne. Résultat : pendant la bataille, de nombreux soldats israéliens meurent dans des embuscades. Malgré cela, l’événement est présenté comme un « massacre », voire un « génocide ». En y associant des images de la télévision montrant de lourds dommages.

(…)

 

(p.80) Finkielkraut explique ce sentiment de solitude32 : « Les Juifs, qui manifestent seuls, doivent, en plus, répondre de la solitude que l’on fait autour d’eux. Au lieu de prendre en charge la question, redevenue brûlante, de l’antisémitisme, l’esprit antiraciste du temps déclare les Juifs coupables de régression quand ils protestent en tant que Juifs contre les innombrables agressions, verbales et physiques, dont ils sont victimes. Comme on dit familièrement : il faut le faire. […] Des gens qui sou­tiennent inconditionnellement, les yeux fermés, la cause palestinienne, ne sont pas des pacifistes. Ils acceptent le terrorisme et lui donnent soit le nom usurpé de désespoir, soit le nom odieux de résistance. Ce pacifisme est un premier men­songe. Le deuxième mensonge, ce sont les mots utilisés par José Bové : “rafles”, “camps d’internement”, “miradors”, pour parler de ce que fait l’armée israélienne, c’est-à-dire des mots qui impliquent une comparaison avec le nazisme. […] Dans un premier temps, on dit : les Israéliens sont des nazis, et tous les-Juifs qui les soutiennent aussi. Dans un deuxième temps, une fois qu’on a nazifié les Israéliens, on reverse sur Israël l’image de la pieuvre ou de l’araignée et le discours para­noïaque des Protocoles des Sages de Sion : ce sont les Juifs qui tirent tous les fils. On nous dira demain qui paie les bombes humaines pour légitimer leur répression. […] On pourrait vivre avec la violence des banlieues. Mais qu’à cette violence s’ajoute celle d’un discours qui nous dit : “Soit vous vous désolidarisez d’Israël et vous épousez complètement la cause palestinienne, soit vous êtes des nazis et vous en paierez les conséquences”, c’est accablant. Le XXIe siècle est en train de nous coudre sur la poitrine une croix gammée à la place de l’étoile. »

 

(p.81) /2003/

« En Espagne, en France, en Italie et en Suède, une partie de la gauche et des groupes arabe-musulmans ont joint leurs efforts pour organiser des manifestations pro-palestiniennes […] Alors que ces manifestations n’étaient pas intrinsèquement antisémites, des slogans et des banderoles antisémites ont été proférés et brandis dans certaines d’entre elles ; certaines de ces manifestations se sont terminées par des agressions contre des Juifs ou des institutions juives. » Les rapporteurs citent, dans divers pays, plusieurs exemples « où, durant la période d’observation, des attaques

 

  1. Installé à Vienne, l’EUMC dépend directement de l’Union européenne.
  1. Rédigé notamment par Jelane Wetzel et Werner Bergmann, chercheurs au Centre d’études sur l’antisémitisme de l’Université technique de Berlin.

 

(p.82) physiques contre des Juifs, la profanation et la destruction de synagogues ont été souvent le fait déjeunes musulmans3».

(…)  Le chercheur et coauteur du rapport, Werner Bergman, avance une explication sur la décision européenne d’enterrer le rapport5 : «Je pense qu’ils craignaient Une guerre civile entre différentes communautés. » Pour le journal israélien Haaretz, les rédacteurs du rapport ont compris qu’ils détenaient un véritable baril de poudre, lorsqu’ils sont parvenus à la conclusion, suite à des enquêtes poussées, que derrière la plupart des actes antisémites recensés en Europe en 2002, se trouvaient des éléments islamistes radicaux et pro-palestiniens qui agissaient en coordination avec des cellules de la gauche radicale, anticapitaliste et anti-globalisation : « Les Euro­péens ont eu du mal à accepter ces conclusions et ils nous ont demandé à plusieurs reprises de les nuancer et de rééquilibrer les arguments », affirme Bergman6.

(…)

À la même époque, un sondage réalisé par l’Union Européenne révèle que 59 % des Européens estiment qu’Israël est le pays qui menace le plus la paix mon­diale. Cette fois, le rapport est mis en cause : qualifiée d’antisémite par le Centre Simon “Wiesenthal7, l’étude est une farce pour Marvin Hier, fondateur et doyen du Centre : « Ces résultats sont choquants — Israël représenterait la plus grande menace pour la paix dans le monde, davantage que la Corée du Nord et l’Iran — défient la logique et sont une fantaisie raciste8. »

 

À Bruxelles

2003 verra un enchaînement d’actes choquants et de banalisation d’un antisé­mitisme acéré. Les agressions et les injures graves se multiplient, comme le lundi 10 mars à Bruxelles, en fin d’après-midi, à la station de métro Lemonnier. Huit

 

  1. Georges Marion, Le Monde, 29/11/2003.
  2. Idem.
  3. Une dépêche de l’AFP sur le site de Proche-Orient. Info, le 22/11/2003.
  4. Idem.
  5. Fondé en 1977 par le rabbin Marvin Hier, qui dirige également le centre d’études, appelé le Musée de la Tolérance, fondé en 1993.
  6. Site du Centre Simon Wiesenthal, www.wiesenthal.com.

 

(p.83) élèves de l’athénée Maïmonide se sont fait agresser par d’autres jeunes, maghrébins ceux-là, précisent les témoins : jets de pierres et autres objets, injures racistes et antisémites, coups de pieds, etc. Le tout, sous les yeux d’un public indifférent, ou applaudissant parfois la scène. Une des victimes doit être hospitalisée. Pour les parents scandalisés, l’affaire se terminera au tribunal.

Le rythme s’accélère. Toujours à Bruxelles, à Uccle précisément, des insultes antisémites sont lancées au passage d’un cortège funèbre. À Forest, les jeunes de différents mouvements de jeunesse scouts sionistes ne peuvent plus fréquenter le parc de la commune, à cause des insultes criées régulièrement lors de rencontres sportives. Pour certains, l’air devient irrespirable. Simon9, chercheur à l’Université libre de Bruxelles, traverse la capitale en taxi. Soudain le chauffeur explose, s’en prend à l’Amérique. À Dick Cheney, ce pur Juif. Aux attentats du 11 septembre, provoqués par le « lobby » juif. Ce même « lobby » qui, hurle le taximan, domine le monde. Simon se tait, outré. Et essuie une ultime salve : « Hitler n’avait pas tort, il faudrait se débarrasser de tous ces Juifs. » Sophie10 a 39 ans et se promène entre le Sablon et la Bourse avec un ami israélien portant la kippa. « Deux jeunes Maghré­bins ont commencé à nous suivre et à nous souffler des insultes et des menaces dans l’oreille. Nous nous sommes réfugiés sur une terrasse. Mon ami était bouleversé. » D’autres témoignages vont dans ce sens. Comme celui de David, 14 ans, qui a peur de porter la kippa dans la rue, peur de parler en hébreu, peur de se regrouper entre copains. Tout peut être pris comme de la provocation, il faut être sur ses gardes en permanence. Yael, étudiante à l’ULB, confirme : « On vit un peu replié. On va difficilement vers l’autre. Je ne porte plus mon étoile de David autour du cou. Je préfère rester discrète. »

(…) Le journaliste Hugues Dorzée explique dans son article, qu’il s’agit d’un anti­sémitisme « décomplexé », « banalisé », qui se répand « masqué » sans qu’on y prenne garde. Des violences antijuives qui sont autant d’exutoires pour une jeunesse arabo-musulmane, elle-même victime de racisme et portée par la cause palestinienne. Cet antisémitisme se nourrit de l’actualité internationale : le déclenchement de la seconde Intifada (septembre 2000), les attentats antiaméricains du 11 septembre 2001, les opérations militaires de l’armée israélienne dans les territoires palestiniens (depuis 2001) et la guerre en Irak (avril 2003) notamment.

Ces jeunes, inondés d’images de guerre en provenance de Palestine (via notam­ment, la chaîne arabe Al Jazira), ont par ailleurs accès dans certaines librairies

 

  1. Anecdotes dans Le Soir, 2/7/2003, Hugues Dorzée, «La Belgique, terre d’antisémitisme?», où pour les témoins, seuls les prénoms sont mentionnés.
  2. Idem.

11 Au nom de l’antisionisme : l’image des juifs et d’Israël dans la caricature depuis la seconde Intifada, avec Dan Kotek, avant-propos de Plantu, Bruxelles, Éd. Complexe, 2003.

 

(p.84) islamiques, aux classiques de l’antisionisme (Les Protocoles des sages de Sion, Procès du sionisme israélien de Roger Garaudy). «Ces jeunes sans repères, en mal d’identité, trouvent parfois dans le rejet des Juifs un exutoire à leur mal de vivre », explique un éducateur de rue de Forest12.

 

12 Dorzée, op.cit.

 

(p.89) Les masques tombent

II ne faut pas attendre longtemps pour que cette excitation monomaniaque à l’encontre d’Israël produise l’ostracisme et la stigmatisation d’un peuple. Mi-juin 2003, une campagne où une photo représentant une orange juteuse d’où s’écoulent des gouttes de sang accompagnée de la légende suivante : « Les fruits israéliens ont un goût amer», «Refusez l’occupation de la Palestine, n’achetez pas de fruits et légumes israéliens » est diffusée par des organisations belges pro-palestiniennes27. Cette campagne, vise par là à bafouer un des symboles nationaux d’Israël, dont l’orange fait partie. Sous le texte apparaissent les noms de plusieurs sociétés israé­liennes exportant leur production agricole.

Cet été-là, un courrier adressé à « Sharon la Charogne » à Bruxelles et sans autre précision d’adresse est délivré par le facteur à l’ambassade d’Israël en Belgique ! Un diplomate en poste à Bruxelles déclare que l’ambassade ne réagit plus à toutes les déclarations antisémites, sous couvert d’antisionisme, tant elles sont nombreuses en Belgique ces derniers temps. Le site Internet de l’Association belgo-palestinienne, dans sa rubrique «Boycott des produits israéliens», rappelle la liste des membres de la plate-forme francophone pour la Palestine28, qui invitent — comme leurs homologues flamands à boycotter les produits israéliens. Dans «Contre­champs »29, sa contribution régulière au Soir, Pierre Mertens écrit : « L’antisémitisme nouveau est arrivé. Hier encore, des judéophobes pur sucre ne disaient pas trop haut ce qu’ils pensaient. A présent, les masques tombent. Toutes les impunités sont assurées. On n’a plus à se gêner. On s’installe déjà dans une routine de la haine.

 

  1. «Justice. Plaintes   irrecevables   dans   l’affaire  Yerodia. »  Belga  LLB,   mis   en  ligne  le 16/04/2002.
  2. La plate-forme d’action Palestine, le Vlaams Palestina Kommittee, 11.11.11, Oxfam, Broederlijk Delen, etc.
  3. Il s’agit des associations suivantes : Association belgo-palestinienne, CADTM, Centre d’édu­cation populaire André Genot, CNAPD, CNCD, CNE, CSC, Femmes prévoyantes socialistes, FGTB Wallonne, Magasins du monde-Oxfam, MIR-IRG, MCP, MOC, Oxfam Solidarité, Pax Christi Wallonie-Bruxelles, Quinoa, Service civil international, Secours populaire Wallonie-Bruxelles, Solidarité internationale des travailleurs Nord-Sud, Solidarité mondiale, Solidarité socialiste, Vie fémi­nine.

29 «Un antisémitisme quatre étoiles?», Le Soir, 5/5/2003. Pierre Mertens est écrivain. Der­nier ouvrage paru : A propos de l’engagement littéraire, Lux, Montréal.

 

 

(p.90) Un prix Nobel de littérature assimile la répression du terrorisme dans les terri­toires occupés à Auschwitz. L’université de Paris VI appelle au boycott des facultés israéliennes. Un rabbin est attaqué dans une synagogue à Paris ; un professeur, un libraire juif le sont à Bruxelles. Des lycéens de l’athénée Maïmonide sont agressés dans le métro au cœur d’une indifférence générale. Un écrivain, jusque-là insigni­fiant, dénonce “la colonisation de France-Culture par l’intelligentsia juive”. On transporte le conflit israélo-arabe entre Uccle, Anderlecht et la station Lemonnier. On confond et amalgame tout, en prétendant que l’antisionisme n’a rien à voir avec l’antisémitisme et que, même, ce serait le sionisme seul qui nourrirait le second. On ajoute “subtilement” que le rappel lancinant de la Shoah servirait à tout jamais de prétexte et d’alibi aux pires exactions dans la bande de Gaza! […] S’en prendre à Sharon en occultant Hobeika30, ce n’est pas appliquer une politique antisioniste, seulement, mais celle du bouc émissaire ! »

(…)

Oui, il y a des racistes et des antisémites, comme il y a des anti-arabes, des antiflamands et des antiwallons. Par contre, nous avons des lois qui protègent toutes les minorités, qui répriment le racisme, l’antisémitisme, le négationnisme et l’apologie de la violence. Alors, pourquoi accuser la Belgique d’antisémitisme? […] Toute exportation du conflit du Moyen-Orient est natu­rellement à proscrire. […]. Nous constatons que dans notre pays, les Juifs béné­ficient de toutes les libertés d’expression. Alors pourquoi cette campagne et cette démesure? Ce n’est pas parce que l’on est en désaccord avec la politique d’un gouvernement israélien que l’on est antisémite pour autant. Non, la Belgique n’est ni antisémite ni anti-israélienne. »

Deux semaines plus tard, dans les colonnes du Soir, Michèle Szwarcburt, Pré­sidente du CCLJ, publie une belle carte blanche32 intitulée «Antisémitisme, bri­sons le silence ! » Extraits : « Avec le recul qui s’impose, le Centre communautaire laïc juif s’inquiète des traces que peut laisser au sein de la population juive de Belgique, la ratonnade antisémite dont huit adolescents juifs ont été la cible, à la station de métro Lemonnier, après avoir quitté l’athénée Maïmonide de Bruxelles, le 10 mars dernier, ainsi que l’attaque au cocktail Molotov de la synagogue de la rue de la clinique à Anderlecht du 18 mars. Ces agressions antisémites ne sont mal-

 

  1. Du 13/3/2003.

 

 

(p.91) Les auteurs d’actes antisémites, ceux qui crient mort aux Juifs dans les rues, ou qui commettent des voies de fait sur des Juifs, sont pour la plupart de jeunes Belges issus de l’immigration arabo-musulinane. Le conflit israélo-palestinien et sa subjective médiatisation ont fouetté l’imaginaire de cette jeunesse qui, moins par conscientisation politique que par frustration sociale, s’est identifiée aux Chebabs33 palestiniens défiant l’armée israélienne. À cet égard, l’antisionisme rabique de cer­tains milieux associatifs et de mouvements d’extrême gauche a bien souvent ali­menté les passions antisémites en diabolisant Israël par tous les moyens.

 

33 Jeunes hommes parfois cagoules ou enturbannés d’un keffieh.

 

(p.93)

Les voisins d’extrême droite

 

Le 9 septembre 2003, à Anvers, les frères Siegfried et Herbert Verbeke ont été condamnés pour révisionnisme, en infraction à la loi contre le racisme et contre le négationnisme34. Dans sa condamnation, le tribunal ajoute aux accusations un manque total de respect pour les victimes de guerre et leurs descendants. Il reproche aussi le manque total de culpabilité de la part des accusés qui se consi­dèrent eux-mêmes comme victimes.

À Bruxelles, le député François-Xavier de Donnéa interroge, en commission, la ministre de la Justice, Laurette Onkelinx, au sujet du site Internet www.assabyle.com du Centre islamique belge sis à Molenbeek. Ce site, qui propose un sondage en forme de «pronostic » sur la fin de l’État sioniste, avait déjà été épingle par la presse, notamment en février 2002 par Le Vif/L’Express (dossier « Massoud : enquête exclu­sive») pour le rôle discutable qu’il pouvait remplir auprès de la communauté musulmane. Dans sa réponse, la ministre a confirmé l’intérêt porté par la Sûreté de l’État à ce centre et à son site Internet, précisant par ailleurs qu’elle attendait l’avis des autorités judiciaires pour savoir si le sondage en question était constitutif d’une incitation à la haine et au racisme. Le député s’étonne qu’il faille une enquête juridique pour déterminer si un sondage prévoyant la date de la destruc­tion de l’État hébreu est ou non une incitation à la haine et au racisme.

François-Xavier de Donnéa estime qu’il vaudrait mieux agir au plus vite contre ce genre d’initiative qui ne peut qu’exacerber les passions entre communautés et déplore cette frilosité… d’autant plus regrettable que les incidents à caractère anti­sémite sont toujours à la hausse et le climat international instable et contagieux.

 

Dérapages dangereux

Michèle Zevart, alors présidente des Femmes libérales de Visé, reçoit par hasard la copie d’un article d’opinion publié dans Le Soir. Voici ce qu’elle répond à l’au­teur du message.

«J’ignore, Madame, pourquoi vous m’envoyez une copie de votre article. Je n’ai rien à voir avec cela, étant du reste pro-palestinienne. S’il n’y avait pas de reli­gion juive, il n’y aurait pas de peuple juif non plus, pour moi les Juifs ne sont pas un peuple, mais des adeptes d’une religion qui souffrent d’un complexe de supério­rité. Ah si tout le monde était laïc, que de conflits évités ! Michèle. »

 

34 http ://www.resistances.be/negatO.html.

 

(p.94) L’antisémitisme est-il une forme de racisme comme les autres ? Je ne le pense pas. Comme je l’ai déjà dit, il s’agit d’une forme de racisme qui occupe une place particulière dans l’histoire de l’Europe puisque c’est sur le territoire européen que la vie juive a été anéantie et, à certains endroits, détruite à tout jamais. Cela jus­tifie une différenciation tant sur le plan du vocabulaire que sur celui de la Mémoire et devrait entraîner de la part des démocrates un refus de l’englober comme une forme de racisme parmi les autres.

Pourtant, il est toujours ou encore difficile en 2004 de parler d’actes antisémites sans, qu’immédiatement, ils ne soient noyés dans des condamnations simultanées et globales de différents racismes et xénophobies. Une façon de se dédouaner, peut-être, ou alors inversement, suite à une agression à l’encontre d’un Juif ou d’une institution, on réunit Juifs et musulmans dans une même phrase ou dans une démarche conjointe, pour partager l’indignation et ensuite les responsabilités sur le mode du « II faut cesser les invectives et les attaques intercommunautaires. » Mais de qui parle-t-on ?

Un seul Juif européen s’est-il rendu coupable d’avoir attaqué une mosquée ? Ce processus de l’inversion par un amalgame — qu’il soit inconscient, ou non — est récurrent. Dans une interview sur Bel-RTL le 20 janvier 2004, Joëlle Milquet3 est interrogée peu avant le journal télévisé de vingt heures sur la proposition d’un mandataire libéral4 de faire dispenser des cours d’instruction philosophique dans les écoles. Elle l’approuve en ces termes : « C’est une bonne chose, cela permettrait aux Juifs de connaître l’islam. Et inversement aussi, évidemment… » L’inversion est patente. Si l’on estime à entre 20 et 25 000, le nombre de Juifs en communauté française, et que l’on en soustrait le nombre croissant ces dernières années, à fré­quenter les écoles juives du réseau libre subventionné, le nombre d’élèves juifs, parmi les quelque 346 000 élèves fréquentant les écoles secondaires francophones à qui cette formation se propose d’être donnée, se réduit évidemment à une infime minorité. D’où vient alors cette réaction, si ce n’est dans le fantasme du nombre de Juifs — il n’est pas rare d’entendre certaines personnes dire qu’ils pensent qu’il y a un million de Juifs en Belgique —, ou dans la mise dos à dos systématique des communautés.

 

 

(p.96) l’Histoire européenne le démontre, l’antisémitisme ne touche pas que les Juifs, dès qu’il pointe, il concerne les libertés de tous.

 

(p.99) La tache d’huile

« HAMAS,   LES  JUIFS  AU  GAZ »

 

Les mises en garde de la conférence de Berlin ou du rapport de l’ECRI vont malheureusement s’avérer insuffisantes. Un pas supplémentaire est franchi, fin janvier 2004, à Hasselt7, lors d’un match de football en salle8 opposant Israël à la Belgique.

Des membres de l’Arab European League (AEL), avec les encouragements du joueur belge Mustapha Toukouki qui, suspendu, suivait le match de la salle avec des amis marocains de Borgerhout (Anvers) et de Châtelet (Charleroi), ont agité des drapeaux du Hamas et du Hezbollah pendant toute la rencontre sportive, per­turbant le jeu en hurlant : « Egorgeons les Juifs ! », « Hamas, Hamas les Juifs au gaz ! » La police a refusé d’intervenir, malgré les injures et les crachats sur le terrain. L’entraîneur israélien, Victor Hadad, témoigne du climat difficile partout où les Israéliens se déplacent. « Dans d’autres pays, les fauteurs de troubles sont immé­diatement identifiés et sortis de la tribune, ici non. » Ce qui s’est passé est, à ses yeux, inadmissible : « Notre équipe comprend des Juifs et des Palestiniens : nous man­geons, buvons, dormons et jouons ensemble. N’est-ce pas ça le but du sport? Le sport doit réunir les gens. Un joueur international ne peut se présenter comme raciste, il doit être un exemple, sur et en dehors du terrain. »

 

8 Dans le cadre d’une qualification pour le championnat d’Europe.

 

(p.103) En décembre, paraît dans le journal gratuit Métro une publicité de Hoover pour son aspirateur modèle Octopus, qui « élimine les acariens jusqu’au dernier». Cette publicité pleine page se compose en réalité de 196 annonces nécrologiques, dont 14 juives, munies de divers signes religieux. Les photos des morts figurant sur les nécrologies sont des photos d’acariens. Neuf photos sur quatorze dans les nécro­logies juives, soit 64 %, sont des acariens; alors que sur l’ensemble des 182 autres nécrologies, on trouvera seulement 25 photos d’acariens, soit 13,7 %.

On se souviendra des parallèles dans la propagande nazie, entre les Juifs et les insectes nuisibles. Mais c’est surtout le texte figurant sous les nécrologies «juives» qui retient notre attention, dans la mesure où il reprend un des clichés les plus éculés de l’imagerie antisémite, à savoir celle du Juif malin, mais sans cœur. En voici le texte : « Nous nous souviendrons toujours de son esprit aiguisé, plus que de son cœur, car il ne nous donnera pas la poussière de diamant qu’il avait. Le pauvre type. » Le fait qu’une loupe soit nécessaire pour arriver à lire le texte ne change rien à la gravité de l’affaire. Ayant appris l’émotion suscitée par cette publicité, Hoover l’a retirée.

 

 

(p.105) C’est de l’humour, mais pas seulement. Dans L’Autre Quotidien20, Nadia Fark, porte-parole de l’ABP (Association belge-palestinienne), écrit: «À l’ABP, on condamne fortement l’antisémitisme. Mais si la diaspora juive était aussi claire par rapport aux excès de l’État d’Israël, on aurait moins de problèmes » ! Le raccourci est saisissant : en somme, l’antisémitisme serait justifié par l’extrémisme juif. L’anti­sémitisme, c’est encore la faute aux Juifs. (…)

 

Manifestations… d’agressivité

Autre incident représentatif de cet antisionisme, qui diabolise non seulement l’État d’Israël, mais tous ceux qui le soutiennent. En février de cette même année 2004, en plein centre de la ville de Bruxelles, le bourgmestre23 autorise une mani­festation très choquante : des comédiens revêtus de treillis militaires évoquant les soldats de Tsahal, mitraillette au poing, frappent des enfants coiffés du keffieh pales­tinien ainsi que des civils opposés à la construction du Mur en Israël. « C’est un spectacle, mais de mauvais goût », déclare un badaud. Tandis que les autres pas­sants s’éloignent à grands pas, effrayés par ces scènes de violence qui, pour fausses qu’elles soient, n’en ont pas moins l’air vraies24. Cette parodie haineuse, sur le sol

 

  1. 12/03/2004.
  2. Freddy Thielemans, qui par ailleurs accueillera aussi les anciens enfants cachés pour une manifestation à l’hôtel de ville, autorisera une manifestation propalestimenne tous les vendredis devant la Bourse, ou encore saluera lui-même des enfants israéliens malades en visite à Bruxelles.

24 Sara Brajbart-Proche-Orient.info, 12 février 2004 http ://www.procheorient.info/xjournal_ racism_rep.php3?id_article=21375.

 

(p.106) belge, d’un conflit qui se passe à plus de trois mille kilomètres d’ici, a-t-elle une raison d’être ? Imagine-t-on une scène similaire pour la guerre en ex-Yougoslavie? Non, alors pourquoi ? Est-ce parce qu’il y a des Juifs en Belgique et qu’ils sont visés par cette mascarade ? Est-ce que parce qu’il y a chez nous des fanatiques, musul­mans, qui excitent les esprits ? Toutes ces questions sont sous-jacentes au processus de progression de l’antisémitisme en Belgique et en Europe. Elles ne sont pourtant pas posées clairement.

Quelques jours plus tard, la députée socialiste Véronique de Keyser est de retour de Cisjordanie, membre de la délégation européenne en mission d’observation pendant trois jours. Au journal télévisé de la RTBF du 23 février, elle compare le « mur de sécurité » aux camps de concentration : « Les murs sont équipés de caméras de surveillance, il y a, tous les x mètres, des miradors avec des soldats qui surveillent, là où il n’y a pas de mur de béton, il y a des barbelés et on a vraiment l’impression de camps de concentration». De manière délibérée, une députée européenne sollicite l’inconscient collectif relatif à la Seconde Guerre mondiale et contribue au processus de nazification d’Israël.

La comparaison est d’abord une injure à tous ceux, Juifs et non Juifs, qui ont été victimes des camps de concentration25 (en allemand Konzentrationslager, en abrégé KL ou KZ) et qui fut l’une des caractéristiques marquantes du régime nazi entre 1933 et 1945. Le premier camp de concentration en Allemagne, Dachau, est créé peu après la nomination de Hitler au poste de chancelier en janvier 1933. Les camps dépendent des nazis qui y font régner une discipline brutale. Les détenus sont rasés, portent un uniforme rayé et dans certains camps les nazis leur tatouaient un numéro en guise d’identité. Ils vivent dans des baraques non chauffées : les blocks, entourés de barbelés électrifiés et surveillés par des miradors. Ils travaillent seize heures par jour et ne reçoivent comme nourriture qu’un bol de soupe et un peu de pain. L’utilisation abusive du vocabulaire, comme par cette euro-députée, explique vraisemblablement en partie les sondages qui font d’Israël la principale menace pour la paix mondiale, devant des dictatures comme l’Iran ou la Corée du Nord.

 

(p.108)

Les autres murs

Une étude statistique fournie par le ministère des Affaires étrangères israélien29 affirme que la construction de la « barrière de sécurité » a permis de réduire le nombre d’infiltrations de terroristes palestiniens et donc aussi d’attentats-suicides. Les statistiques montrent qu’entre avril et décembre 2002, avant la construction de la barrière, 17 attentats-suicides ont été perpétrés depuis le Nord de la Cisjordanie. En 2003, après la construction du mur, on ne compte plus que cinq attaques contre d’Israël. En revanche, les attaques en provenance du Sud de la Cisjordanie, où la clôture de sécurité n’a pas été construite, passent de 10 à 11 pour la même période.

Israël n’est pas le premier pays à construire un mur, une clôture ou une barrière de sécurité. Il en existe un nombre appréciable un peu partout dans le monde. C’est cependant le mur israélien qui retient toutes les attentions et les critiques, minimisant de fait l’enjeu : éviter des attaques terroristes. On n’entend pas ces mêmes critiques à l’égard d’autres pays ayant construit des murs de séparation afin d’éviter par exemple l’immigration clandestine. Construire un mur pour se protéger d’immigrants en détresse est-il plus légitime que le faire pour empêcher l’entrée de kamikazes ? Comme pour le mur entre le Mexique et les États-Unis, une barrière contre les millions de Mexicains illégaux qui veulent pénétrer au pays d’Oncle Sam et trouver une réponse à la misère.

« La grande muraille du Maroc » connue sous le nom de « ceinture de sécurité », est un mur de défense, long de 2 720 kilomètres, érigé par le Maroc dans le Sahara marocain dans le but de protéger ses territoires et sa population contre les invasions hostiles du Front du Polisario.

La Corée du Sud se protège de la Corée du Nord par une barrière. L’Inde aussi, a construit une barrière de 3 300 km afin de marquer sa séparation du Pakistan voisin, qui la conteste. Le Botswana construit des barrières électrifiées à sa frontière avec le Zimbabwe, officiellement pour empêcher les animaux de ferme contaminés d’entrer dans le pays ; elles servent surtout à empêcher ceux qui fuient les troubles d’arriver au Zimbabwe. L’Arabie Saoudite, une des voix majeures à critiquer la barrière de sécurité israélienne, en construit une, en béton, avec caméras de sur­veillance. Un projet d’un peu plus d’un demi-milliard d’euros sur la frontière

 

29 Israel’s Anti Terrorist Fence.

 

(p.109) poreuse avec le Yémen, afin d’empêcher les infiltrations. Ce qui provoque la colère de plusieurs tribus locales qui affirment que la construction lèse le territoire yéménite de près de sept kilomètres. L’Arabie Saoudite met également en place une barrière ultramoderne sur les 900 km de frontière commune avec l’Irak30. Autre lieu de tension, où s’érige un mur, Chypre, dont une partie du territoire est contestée par la Turquie. Cette dernière, candidate à l’entrée dans l’Union européenne, a construit une barrière afin de délimiter le territoire qu’elle revendique sur l’île chy­priote. Reste le cas fameux de l’Irlande, où, depuis plus de trente ans, des dizaines de murs séparent catholiques et protestants. Des rues ont été coupées afin de mettre un terme aux jets de projectiles, pierres, cocktails Molotov, grenades, etc. Des quartiers entiers de Belfast ont été défigurés, des maisons rasées et des habitants expulsés pour permettre la construction de ces murs.

La Thaïlande a annoncé en 2007 son projet d’édifier une barrière physique le long des 75 km les plus inaccessibles de sa frontière avec la Malaisie. Le but, selon Bangkok, est d’empêcher les « terroristes » de traverser les provinces agitées, à majo­rité musulmane du sud de la Thaïlande31.

Le Pakistan construit actuellement une barrière de 2 400 km pour être séparé de l’Afghanistan. L’Ouzbékistan a érigé une clôture le long de sa frontière avec le Tadjikistan. Les Émirats arabes unis sont en train de mettre en place une barrière sur leur frontière avec Oman et le Koweït renforce le mur de 215 km le long de sa frontière avec l’Irak.

L’Espagne de Javier Solana a érigé une barrière électrifiée gardée par des soldats, aux enclaves de Ceuta et Melilla à la frontière du Maroc. Elle fait rempart aux travailleurs illégaux, qui, par centaines, tentent d’entrer en Espagne.

 

  1. Murs, clôtures de sécurité… On ne fortifie plus les villes mais des pays entiers ! Gwynne Dyer, Le Soleil, mercredi 14 février 2007 http ://www.vigile.net/Murs-clotures-de-securite-
  2. Idem.

 

(p.112) /2005/

(…) lorsque la Belgique adhère enfin à la Task Force, Jan Deboutte se heurte à la structure belgo-belge. En effet, la Mémoire de la Shoah est une compé­tence fédérale, or les questions d’éducation sont directement régies par les commu­nautés. Du côté flamand, le ministre Vandenbroucke, heurté par le fait que les jeunes qui sortent des écoles ne connaissent rien à la Shoah, veut y remédier. Côté francophone, en évoquant le problème de l’indépendance des écoles, on s’engage du bout des lèvres.

(…) Toujours selon l’ambassadeur, si, en Belgique, de nombreux incidents antisé­mites sont déclarés, nombreux sont ceux qui ne sont pas portés à la connaissance du public ou de la police. Il rappelle un incident marquant survenu en 2004, qui lui a été rapporté par la victime. Une artiste israélienne, chanteuse d’opéra venue pour une performance à la Monnaie, lui raconte : « Dans votre pays, vous avez de gros problèmes ! J’ai été agressée par des jeunes d’origine maghrébine, qui m’ont dit : “Sale Juive, on va t’apprendre !” Jan Deboutte témoigne : II y a quarante ans, on disait de quelqu’un qui faisait quelque chose de louche : “Hij maakt jodenstreken9!”, (p.113) aujourd’hui dans le tram, on entend : “Ça pue le Juif!” L’acceptation et la minimisation de ces phénomènes sont préoccupantes et ne devraient pas être tolérées. Or, le monde politique ne réagit pas assez. » Que faire ? « Le Premier ministre a beaucoup fait, tant pour les questions de réparations, que pour celles de la reconnaissance des responsabilités de la Belgique officielle (comme la com­mande de l’étude du Ceges, ou la plaque pour les sauveurs, ou encore le dépla­cement à Auschwitz, accompagné du roi Albert II, puis celui à Yad Vashem). Il faut travailler au niveau des Communautés et de l’ensemble du pays. Une action ponctuelle, même très bonne, comme le projet-pilote École pour la Démo­cratie10, n’est pas suffisante s’il n’y a pas de suivi. »

 

(p.115) «Le socialisme des imbéciles»

Si l’antisémitisme est virulent à l’extrême droite, il est bien présent aussi à l’extrême gauche. Il a, en fait, toujours existé dans l’ensemble du spectre poli­tique. À gauche aussi, même si on en parle moins, car il était difficile, pour certains, d’admettre que l’antisémitisme soit porté par ceux-là même qui se revendiquent, dans leur combat politique, de l’humanisme. Ceux qui basent leur action sur la lutte des classes, passant sous silence la dimension antisémite qui a longtemps pollué les théories progressistes. Jean Jaurès, sans doute interpellé par le succès de Drumont, se laissera aller à écrire, en 1895 dans La Dépêche de Toulouse, au retour d’un voyage en Algérie : « Sous la forme un peu étroite de l’antisémitisme se propage en Algérie un véritable esprit révolutionnaire et “l’usure juive” réconcilie contre elle l’Européen et l’Arabe20. » II a son alter ego en Belgique en la personne de Jules Destrée, père du socialisme wallon et virulent antisémite, dans la tradition d’anti­sémitisme social de tout le mouvement ouvrier. Le raciste vit donc bel et bien également au sein des courants qui défendent l’antiracisme. Pour le réseau de lutte contre le fascisme et le racisme, Ras l’Front21, ce silence et ce déficit de réflexion «permettent dans les périodes de crise (Guerre du Golfe, effondrement du système soviétique) que des réflexes surgissent, que la vigilance s’assoupisse. L’attaque raciste masquée derrière “l’anticapitalisme”, “l’antisionisme” ne sert véritablement, en désignant une communauté à la vindicte, qu’à occulter les véritables mécanismes de domination à l’œuvre dans nos sociétés».

 

  1. «Racisme et antisémitisme à gauche», Ras l’Front, Strasbourg, 12/12/1997.

21 Réseau de lutte contre le fascisme et le racisme http ://www.raslfront.org/fondements/ intro.php

 

 

(p.116) Le jeune Karl Marx, précisément, a contribué à implanter l’idée selon laquelle le socialisme implique une dose d’antisémitisme en motivant l’amalgame entre judaïsme et bourgeoisie. Il écrit : «Ayant reçu à la place de son livret de caisse d’épargne des bons du Trésor, il fut contraint d’aller les vendre à la Bourse et de se livrer ainsi directement aux mains des Juifs de la Bourse contre lesquels il avait fait la révolution de février. » Friedrich Engels23 lui répond en démontant cette mystification : « L’antisémitisme falsifie le véritable état des choses. Il ne connaît même pas ces Juifs contre lesquels il vocifère. Sinon, il saurait qu’ici, en Angleterre et en Amérique, grâce aux antisémites d’Europe orientale, et en Turquie, grâce à l’Inquisition espagnole, il y a des milliers et des milliers de prolétaires juifs, et que ce sont précisément ces travailleurs juifs qui subissent l’exploitation la plus féroce et qui connaissent l’existence la plus misérable. Chez nous, ici, en Angleterre, trois grèves de travailleurs juifs ont eu lieu l’année dernière, comment peut-on donc parler de l’antisémitisme comme d’un moyen de lutte contre le capital24?» Loin d’être unanime à gauche non plus, le caractère réactionnaire de l’antisémitisme fut rappelé par August Bebel25, qui l’appelait «le socialisme des imbéciles».

 

  1. Au tournant du siècle, la rupture des relations douteuses entre la gauche socialiste ou marxiste et l’antisémitisme date de l’affaire Dreyfus, lorsque Emile Zola se dressa contre l’antisémitisme et rédigea J’accuse. Toutefois, rappelons que Jaurès, trois jours après le J’accuse de Zola, évoque pourtant, «derrière son initiative hardie et noble, toute la bande suspecte des écumeurs juifs […] ».
  2. «Racisme et antisémitisme à gauche», Ras l’Front, Strasbourg, 12/12/1997.

25 August Bebel, né à Deutz (près de Cologne) le 22 février 1840 et mort le 13 août 1913. Artisan allemand devenu homme politique socialiste.

 

(p.117) Dominique Sopo27, président de Sos-Racisme, dresse un constat sur l’anti-racisme contemporain. «Au nom de cet antiracisme Canada Dry, parce qu’il en a la couleur, mais pas la teneur, une partie de la gauche dite progressiste couvre ainsi un certain nombre de dérapages. Par relativisme culturel, elle soutient des orga­nisations islamistes qui œuvrent au repli identitaire et non à l’épanouissement de l’individu. […] Par anti-impérialisme, cette gauche trouve ses plus fervents ténors dans la rédaction en chef du Monde diplomatique et cautionne l’anti-impérialisme islamiste, qui n’a pourtant rien de progressiste. Sans compter qu’elle condamne l’antisémitisme d’un Le Pen, listant les intellectuels juifs lors d’une fête Bleu Blanc Rouge, mais qu’elle “excuse” par la situation au Proche-Orient, celui d’un Tariq Ramadan se livrant au même exercice sur le site www.ournma.com en octobre 2003. Y aurait-il donc un antisémitisme de gauche?28» Une fausse question, répond Alexis Lacroix, journaliste au Figaro et auteur du Socialisme des imbéciles, car cet antisémitisme de gauche, fondé sur une association de l’oppression du prolé­tariat avec le «grand capital juif », a toujours existé. Simplement, surfant sur une mauvaise interprétation du conflit israélo-palestinien, il revient aujourd’hui à gauche avec une vigueur que ne dédaignerait pas l’extrême droite. Et Lacroix de rappeler que José Bové amalgame antilibéralisme et conflit au Proche-Orient lors d’une réunion à Bordeaux, le 6 octobre 2001 : «Israël est une sentinelle avancée de la colonisation libérale. […] La lutte pour les droits du peuple palestinien s’ins­crit dans la lutte contre la mondialisation financière29 ». Enfin, en France encore, Caroline Fourest, dénonce dans La Tentation obscurantiste^”0 «les compromissions de ces “idiots utiles” d’une gauche, qui des Verts à la JCR, en passant par le MRAP, est prête à s’allier avec les pires associations antidémocratiques par nostalgie de la révolution ou culpabilité postcoloniale». Ces associations où l’on retrouve des personnalités aussi progressistes et éclairées que Hassan Iquioussen, qui voit les Juifs comme «le top de la félonie» et la Shoah comme un «complot juif». Elle

 

  1. SOS antiradsme, Denoël.
  2. Le Point Édition, Sus à l’« obscurantisme de gauche!», n° 1729, 3/11/2005.
  3. Idem.

30 La Tentation obscurantiste, Grasset. Dans cet essai, elle poursuit son travail de dénonciation des mouvements français de gauche anti-impérialistes, coupables, d’après elle, de complaisance avec les « islamistes ».

 

(p.118) décrit de l’intérieur les acteurs de ce climat délétère où, au terme d’un retourne­ment dialectique tragique, ceux qui défendent la laïcité sont aujourd’hui traités d’islamophobes ou de colonialistes, tandis que, par peur d’être taxés de racisme ou par électoralisme, des municipalités socialistes du Nord de la France se trans­forment en bastions de l’«islamo-gauchisme». Ce sont bien des auteurs ou mili­tants antiracistes français qui sont cités, alors qu’en Belgique peu, pour ne pas dire aucune, voix ne s’élève pour condamner cette attitude. Au contraire, dans ce domaine, la parole est laissée à des leaders comme Pierre Galand, militants d’Oxfam, du Mrax ou de 11.11.11., qui, loin de se remettre en question joue ce jeu dan­gereux, dénoncé avec courage en France.

 

À l’école

En Belgique, l’année 2005 est aussi celle de la condamnation de l’étudiant Youssef S. de l’athénée Marcel Tricot, qui écope d’un an de prison avec sursis pour incitation à la haine raciale. Les juges ont estimé que le prévenu n’avait toujours pas compris la gravité de ses actes et qu’il était donc exclu de lui octroyer une peine de travail. Pour rappel, les faits datent de novembre 2002. Un jeune enseignant en 5e année professionnelle, David Berman, s’entend d’abord dire qu’« il a une tête de Juif». Ensuite d’autres élèves, dont Youssef, se sont montrés plus agressifs. Youssef a effectué des saluts nazis, a hurlé «Heil Hitler! » et «Mort aux Juifs» et brandi des croix gammées. L’enquête a établi que le prévenu possédait des photos des tours WTC en feu le 11 septembre 2001 sur son GSM. Il a enfin hurlé «Je suis Hitler, je suis ben Laden31 ! » Le professeur s’est vu jeter un banc à la figure, et plusieurs chaises. Youssef n’était pas seul à agir. Un autre élève a été poursuivi, mais ce dernier n’a pas interjeté appel. Un troisième n’a pas été inquiété car il était mineur au moment des faits.

Face à ces comportements, le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme s’est constitué partie civile, à côté de la victime. Pour le Centre, il s’agit « d’une réponse ferme à des actes intolérables qui rendent le vivre ensemble dans notre société encore plus difficile ». La direction de l’athénée, se disant incapable d’assurer sa sécurité, a conseillé au professeur de quitter l’établissement. Ce qu’il s’est résigné à faire.

 

  • Bt, La Dernière Heure, 2005.

 

 

(p.119) Edgar Bronfman, président du Congrès juif mondial (CJM), a expliqué que le conflit israélo-palestinien « est devenu une excuse pour une résurgence de l’anti­sémitisme au cours des dernières années. Israël peut certainement être légitimement critiqué mais, quelles que soient ses erreurs, ce n’est pas une raison pour brûler une synagogue en Suisse, dynamiter une pâtisserie juive à Paris, poignarder un adolescent juif dans une rue d’Anvers ou attaquer une famille juive qui vient de célébrer le Shabbat dans l’Essex (Grande-Bretagne). »

 

(p.123) /2006/

Depuis 2001, date à laquelle le site www.antisemitisme.be a commencé à recen­ser les incidents antisémites en Belgique, 2006 fait figure de record. La guerre du Liban en est certainement un élément déterminant, étant donné qu’un tiers des actes antisémites a précisément eu lieu pendant les deux mois d’été.

 

(p.127) L’université libre de Bruxelles, «suffisamment antisioniste»?

Le 10 mars, une polémique naît, toujours à l’ULB, autour du professeur de droit à Harvard, Alan Dershowitz, qui met en cause la liberté à l’Aima Mater. Dans son article, « Pourquoi relancer à l’ULB un incident de 2004 ?13 », Christian Laporte explique : « L’émotion est vive à l’ULB après une déclaration d’un pro­fesseur de Harvard sur la liberté à l’Aima Mater. » Mais les flèches visent surtout l’Atlantis Institute. «L’Université de Bruxelles devrait sérieusement reconsidérer son appellation car il semble que la liberté de pensée et d’expression s’y portent mal, du moins dans certaines sections où cette liberté n’est apparemment reconnue qu’à certains. » II n’y était pas allé avec le dos de la cuiller, le professeur Alan Dershowitz, éminent théoricien et praticien du droit à l’université de Harvard, dans une inter­view publiée sur le site de l’Atlantis Institute, un think tank indépendant aux thèses souvent très libérales. Le juriste de Harvard entendait ainsi réagir, avant d’émettre toute autre réflexion, à un incident à l’encontre d’une étudiante juive rapporté par son intervieweur Joël Rubinfeld. Selon ce dernier, voici deux ans, une étudiante juive de l’École de Commerce Solvay se serait fait traiter de « You bloody Jew ! » lors d’un cours d’anglais par un professeur qui n’aurait pas apprécié son hommage personnel à George Bush, «pas aussi mauvais que ce que l’on en disait». Selon Rubinfeld, l’étudiante a quitté le cours en larmes niais elle ne fut pas la seule cible d’agressions antisémites : ainsi, toujours à en croire l’Atlantis Institute, plusieurs étudiants juifs auraient été menacés de mort. C’est cette évocation qui a fait réagir Alan Dershowitz de manière un peu vive à l’égard de l’Aima Mater bruxelloise. Ces propos un peu durs ont ému au Solbosch et extensions. Pour le professeur Victor Ginsbourgh, il s’impose de mettre très vite les choses au point. D’abord parce qu’il y va de l’honneur de l’ULB mais aussi parce que selon ce spécialiste de l’économie, Alan Dershowitz se serait vu présenter une version un peu biaisée de l’incident survenu à Solvay : « Lors d’une discussion résumant un article en anglais sur la politique de George Bush, et parce que l’article citait les aspects négatifs mais aussi positifs de cette politique, l’enseignante a pris des positions gauchistes et anti-israéliennes, c’est-à-dire antisionistes mais pas du tout antisémites. Il n’y a jamais eu la moindre insulte antisémite, a-t-elle ajouté et certainement pas de “bloody Jew”. » Pour Victor Ginsburgh, il est évidemment farfelu d’accuser l’ULB d’antisémitisme : «Je n’ai jamais entendu cela en près de 50 ans de vie commune. L’ULB antisioniste, alors? Pas assez à mon goût, mais il est temps en tout cas qu’elle éjecte les provocateurs qui la salissent. » Et de pointer l’index vers l’Atlantis

 

  1. Article du quotidien La Libre Belgique. «Pourquoi relancer à l’ULB un incident de… 2004» avec l’autorisation de l’auteur, Christian Laporte. Mis en ligne le 10/03/2006 http ://www.lalibre.be/article.phtml?id=10&subid=90&art_id=273465

 

 

(p.128) Institute dont certains membres ont pignon sur rue à l’Université de Bruxelles. Le débat gêne quelque peu les hautes sphères de l’Université. C’est ainsi que la direction de la Solvay Business School, interpellée par nos soins, n’a fini par dif­fuser un communiqué de presse, que le jeudi en toute fin de journée. Tout en s’interrogeant sur les visées de l’Atlantis Institute, le texte précise que l’étudiante en question a été contactée par la Solvay Business School et qu’elle a confirmé la teneur de l’incident mais qu’elle avait décidé de ne pas en informer les autorités. Cela n’empêche pas la direction de « réaffirmer son attachement à la liberté d’ex­pression et de pensée » mais aussi de « condamner toute forme de racisme et d’anti­sémitisme ».

(…)

 

La confusion des genres

Le mardi 9 mai 2006, la ministre de la Justice Laurette Onkelinx compare le recensement des imams au port de l’étoile jaune pendant la Deuxième Guerre mondiale14.

Le dimanche 16 octobre 2005, lors du journal télévisé de RTL-TVI, à l’oc­casion des vingt-cinq ans du Parlement wallon, le président José Happart15 n’hésite pas à comparer le climat politique qui prévaut en Wallonie à celui de l’Allemagne de 1933.

Lorsque, pendant les émeutes des banlieues en France, en novembre 2005, le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy propose l’instauration de la double peine et donc l’expulsion de ressortissants étrangers ayant commis des actes criminels dans les banlieues, le MRAP qualifie ces propositions, d’épuration ethnique.

En novembre à Bruxelles, lors d’une exposition organisée au Parlement euro­péen par la Ligue des familles polonaises, un parti très conservateur soutenu par

 

  1. http ://www.dekamer.be/doc/CCRI/html/51/ic954.html.

15 Sur le site du Parlement wallon, la retranscription du discours du président pour les 25 ans du Parlement wallon lors de la séance solennelle au Théâtre royal de Namur (15/10/2005), José Hap­part dit de surcroît : «La Démocratie, ce n’est pas un acquis définitif. Lorsqu’on dit “Faites atten­tion, regardez à ce qu’on fait aujourd’hui !”, on est bien, quoi qu’on en dise ! Mais ils ne sont pas loin, celles et ceux qui voudraient nous remettre dans les camps de concentration pour nous expliquer qu’on ne comprend pas ce qu’ils disent, et donc, qu’il faut nous écarter. »

 

(p.129) l’Eglise polonaise, par l’Association polonaise pour la protection de la vie humaine et par certains eurodéputés polonais, compare l’avortement à la Shoah.

(…)

Fin décembre 2006, Le Soir annonce dans ses éditions en ligne qu’« Israël a décidé de renouveler son engagement pour la trêve à Gaza, mais ne renoncera pas à ses attaques ciblées contre les militants palestiniens qui tirent des roquettes sur le territoire israélien». Yves Caelen, membre du collectif Dialogue et Partage, s’étonne auprès de Béatrice Delvaux, rédactrice en chef, de l’emploi, dans ce contexte, du terme «militants».

« Ce terme, écrit-il, est en général utilisé pour désigner les membres actifs d’un parti politique ou d’une organisation sociale. On parle, par exemple, des militants du PS ou du MR ou encore de la FGTB, de Greenpeace ou d’Amnesty Interna­tional. Ces militants ne tirent à ma connaissance de roquettes sur personne.

« Pour rappel, le sens généralement reconnu du terme “militer” est : “parti­ciper de manière active à la propagation d’une idée. Ex. : militer pour la paix.” Avec l’emploi que vous faites du terme “militant”, nous ne nous situons plus simplement dans le domaine de l’imprécision, niais dans celui de la contrevérité ou de l’intoxi­cation. Pourriez-vous, soit expliquer à vos lecteurs en quoi l’envoi de roquettes sur le territoire d’Israël constitue un acte militant (à savoir un acte qui fait avancer une idée, un idéal, quel qu’il soit), soit adapter votre vocabulaire à une réalité que, décidément, vous semblez avoir décidé de ne pas voir.

«Au cas où vous manqueriez d’idées, voici quelques termes convenables pour caractériser les personnes que vous désignez improprement sous le vocable de “militants” : guérilleros, terroristes, éléments armés, commandos, tireurs, snipers, assassins, unités paramilitaires… Je ne cite que les premiers qui me viennent en tête, mais vous trouverez, j’en suis certain, d’autres termes si vous souhaitez com­pléter la liste.

«J’espère que vous comprendrez que la première des rigueurs que j’attends de mon journal consiste dans l’emploi d’un vocabulaire exact.»

Comme c’est le cas pour d’autres courriels, aucune réponse n’a été donnée à celui-ci.

 

Logique des comparaisons déraisonnables

Quels sont les points communs entre la situation politique de la Wallonie et celle de l’Allemagne en 1933 ? Il n’y en a pas ! Les comparaisons abusives de José Happart cherchent à faire peur et nuisent au bon fonctionnement de nos institu­tions. Elles dénigrent les hommes et les femmes qui sont engagés dans l’action politique ainsi que la presse qui fait son travail. Dès leur prise de pouvoir en jan­vier 1933, les nazis ont construit des camps de concentration pour y enfermer les opposants politiques, les homosexuels, les handicapés, les Juifs et les tziganes. En 1933, l’étoile de David fut peinte en jaune et en noir sur des milliers de portes et

(p.130) Institute dont certains membres ont pignon sur rue à l’Université de Bruxelles. Le débat gêne quelque peu les hautes sphères de l’Université. C’est ainsi que la direction de la Solvay Business School, interpellée par nos soins, n’a fini par dif­fuser un communiqué de presse, que le jeudi en toute fin de journée. Tout en s’interrogeant sur les visées de l’Atlantis Institute, le texte précise que l’étudiante en question a été contactée par la Solvay Business School et qu’elle a confirmé la teneur de l’incident mais qu’elle avait décidé de ne pas en informer les autorités. Cela n’empêche pas la direction de « réaffirmer son attachement à la liberté d’ex­pression et de pensée » mais aussi de « condamner toute forme de racisme et d’anti­sémitisme ».

Événements qui posent question. Tout d’abord, peut-on être antisioniste sans être antisémite ? Sans doute pas au vu de la définition du petit Robert du sionisme qui est un «mouvement politique et religieux, visant à l’établissement puis à la consolidation d’un État juif (la nouvelle Sion) en Palestine». A contrario, l’antisio-nisme serait donc l’opposition à l’établissement puis à la consolidation d’un État juif en Palestine… Ensuite, quand le professeur de l’ULB, parle des provocateurs qui « salissent » l’université, il ne pense pas, bien entendu, à ceux qui ont effectivement proféré les menaces de mort ou à certains conférenciers qui insultent les valeurs libres-exaministes. Alors qui sont les coupables ?

 

(p.130) Les sanctions prises à l’encontre de certains responsables politiques wallons, qui se seraient rendus coupables de malversations, peuvent-elles être comparées aux premières mesures discriminatoires des nazis ?

En quoi le terme « militant » s’applique-t-il à des terroristes ? Quel rapport y a-t-il entre l’avortement et le massacre de six millions de Juifs en Europe pendant la Deuxième Guerre mondiale ? Quel rapport y a-t-il entre vouloir régulariser la situation des imams en Belgique et le port de l’étoile jaune, rendu obligatoire pour les Juifs le 7 juin 1942 ? Cette brimade qui clôtura les mesures d’exception en vue d’éliminer les Juifs de la vie économique et sociale rendait la persécution visible et déboucha le même mois sur la décision prise à Berlin de commencer les dépor­tations.

 

Boycott or no boycott?

Fin mai, peu avant les vacances parlementaires, plusieurs députés bruxellois MR, suite à diverses interpellations demandant la relance de l’accord de coopération entre la Région Bruxelloise et l’État d’Israël, ont déposé une proposition de réso­lution à ce sujet16. Jusqu’ici, le ministre-président Charles Picqué a toujours répondu par la négative aux interpellations ; les motions motivées déposées au Parlement allant dans le même sens ont été systématiquement, et parfois violemment, rejetées par la majorité PS-cdH-Ecolo. Ces résolutions et motions tentent de remettre une nouvelle fois le point à l’ordre du jour du Parlement.

Pour rappel, l’accord de coopération entre la Région bruxelloise et l’État d’Israël du 8 septembre 1998 a été ratifié par le Parlement bruxellois le 17 mars 2000, publié au Moniteur belge en date du 13 juillet 2000 et suspendu le 29 mars 2002.

Les députés MR, qui déposent la nouvelle résolution, estiment que de nouveaux éléments ont vu le jour dans l’actualité au Moyen-Orient depuis la suspension de facto de l’accord, ce qui permet d’envisager à nouveau la coopération entre les deux partenaires. Critiquer un gouvernement démocratiquement élu empêche-t-il

 

  • mon initiative, et cosigné par Jacques Simonet, Marion Lemesre, Didier Gosuin et Michèle Hasquin.

 

(p.131) d’entretenir des relations constructives sur les plans économique, culturel ou de la recherche ? Les conséquences de l’arrêt des échanges sont directes. Le Dr Brotchi, chef de service de neurologie à l’hôpital Érasme, président de l’Association mon­diale de neurologie et sénateur MR, en témoigne : « La suspension de cet accord bloque actuellement la coopération entre les services de neurochirurgie de l’hôpital Érasme et de l’Université hébraïque de Jérusalem pour les soins à apporter aux malades atteints de maladies comme la maladie de Parkinson. » ( …)

 

Vandales et martyrs

Le premier événement de l’été qui a particulièrement bouleversé la commu­nauté juive est la dégradation du Mémorial aux martyrs juifs à Anderlecht, lieu symbolique de recueillement à la mémoire des Juifs déportés de Belgique pendant la Seconde Guerre mondiale. Sur les murs, 25 411 noms y rappellent le devoir de mémoire et la nécessaire vigilance de tous pour éviter des dérives racistes de toute nature. Les vandales ont vidé de son contenu une urne contenant des cendres humaines ramenées d’Auschwitz-Birkenau, une grille a été arrachée, des vitrines cassées et des documents détruits. Le sol a été souillé de préservatifs et d’excré­ments.

Pour l’Union des déportés juifs en Belgique, ces actes violents et heurtants sont l’œuvre d’antisémites animés d’une rage destructrice. En revanche, selon la police de la zone Bruxelles-Midi17, tout comme pour les politiques qui se sont exprimés directement après la découverte des lieux, les actes ne seraient pas le fait d’antisémites, mais plutôt déjeunes vandales qui ont enjambé un mur.

 

17 Depuis le 1er janvier 2001, la police, autrefois gérée au niveau de la commune, a été restruc­turée. La Belgique a été subdivisée en 196 zones de police, appelées également zones «interpolices» ou ZIP. Dans la région de Bruxelles-Capitale, on est passé de 19 polices communales à six zones de police. Chacune d’elle couvre plusieurs communes. Les zones sont «Ville de Bruxelles-Ixelles», « Schaerbeek-Saint-Josse-ten-Noode-Evere », « Woluwe-Saint-Pierre-Woluwe-Saint-Lambert », « An-derlecht-Saint-Gilles-Forest» ou zone Bruxelles-Midi, «Molenbeek-Saint-Jean-Koekelberg-Jette-Ganshoren-Berchem-Sainte-Agathe » et « Uccle-Watermael-Boitsfort-Auderghem».

 

(p.133) Claude Kandiyoti20, présent, écrit aussi au ministre : «Lors de la cérémonie qui s’est tenue ce jeudi 27 juillet 2006 à Anderlecht visant à dénoncer la profana­tion du Mémorial aux Martyrs juifs de Belgique, un événement intolérable s’est produit qui a choqué les personnes présentes venues se recueillir, qui blesse l’en­semble de la communauté juive de Belgique et qui nous inquiète profondément. M. André Flahaut, ministre de la Défense et représentant du gouvernement fédéral à cette manifestation, s’est permis dans la première partie de son discours de dresser un parallèle honteux entre les victimes juives de la Shoah et les victimes du conflit qui oppose en ce moment l’État d’Israël et le mouvement terroriste du Hezbollah. Cette faute doit être dénoncée à deux niveaux : premièrement, même si toutes les victimes civiles de conflits armés doivent être déplorées, il est scan­daleux de choisir ce lieu et cet instant pour procéder à un amalgame pour le moins douteux entre les six millions de victimes juives du génocide nazi et celles du conflit au Moyen-Orient. Deuxièmement, il est totalement irresponsable de la part d’un dirigeant politique du rang de M. Flahaut de contribuer ainsi à l’importation de ce conflit en Belgique. Est-il nécessaire de lui rappeler le regain d’actes anti­sémites dont ont été victimes les communautés juives en Europe et en Belgique, suite au déclenchement de la seconde Intifada? Est-il nécessaire de rappeler à M. le ministre que cette “importation” fut le fruit d’amalgames de ce type ? »

 

20 Jeune militant actif, engagé. Actuellement directeur de la revue Contact J.

 

(p.134) La guerre du Liban en Belgique

Au congrès de rentrée du Parti socialiste, fin août, le président du PS, Elio Di Rupo, se prononce : « II est essentiel que l’armée israélienne stoppe son offensive meurtrière dans la bande de Gaza et libère les officiels palestiniens arrêtés dans ce cadre. […] Les moyens de guerre utilisés par l’État hébreu au nom du droit à l’autodéfense, [sont] non seulement disproportionnés, mais aussi illégaux et crimi­nels au regard du droit international. […] Il n’est jamais légitime de répondre à des attaques d’organisations terroristes, en mettant des pays, que ce soit le Liban ou la Palestine, unilatéralement sous blocus, ce qui risque d’y provoquer des catastro­phes humanitaires, en détruisant des infrastructures vitales pour les populations, comme des centrales électriques, des ponts et des aéroports, et en utilisant des armes de guerre qui sèment indistinctement la mort et la désolation parmi les populations civiles.» Et d’ajouter […] «Ceux qui ont cassé doivent payer, sinon c’est trop facile ! » Cette dernière phrase étant répétée à plusieurs reprises.

Une analyse de la guerre sans aucune nuance ni mise en perspective ; une accusation unilatérale et un ultimatum à payer le prix du conflit, sans transiger.

En répétant « Ceux qui ont cassé doivent payer, sinon c’est trop facile », fait-il allusion à Al Qaida et aux tours du World Trade Center ? Au Hezbollah qui a lancé des milliers de missiles contre Israël? La réponse est malheureusement évidente et toujours la même : non, c’est Israël le seul coupable.

(p.135) Dans une lettre signée par de nombreux membres et dirigeants de la commu­nauté juive22, mais aussi de nombreux amis non juifs, il est demandé à Elio Di Rupo de justifier son accusation à l’encontre d’Israël de «riposte disproportionnée». « Un pays, contre lequel la guerre a été déclarée et qui répond à la violence, commet un “acte disproportionné”, dites-vous. L’assassinat de soldats, l’enlèvement de mili­taires, les tirs de milliers de missiles et de roquettes Qassam dirigés contre des civils par des terroristes qui se servent de femmes et d’enfants palestiniens et libanais comme boucliers humains, seraient donc, pour vous, “proportionnés”? (…) Vous-même, M. Di Rupo, accepteriez-vous de discuter avec quelqu’un qui, non seu­lement ne vous reconnaît pas, mais exige votre destruction, non pour ce que vous faites, mais pour ce que vous êtes ? Pourquoi le président du Parti socialiste belge, a-t-il pour seul intérêt ce conflit-là alors que dans de nombreux endroits, les morts se comptent par milliers ou par millions dans l’indifférence générale ? »

Dans sa réponse aux courriers, Elio Di Rupo précise les positions du PS et les termes de son intervention, lors de l’Université d’été à Dinant, le 25 août, sur la guerre au Liban. «[…] À ceux qui assimilent toute critique du gouvernement israélien à de l’antisémitisme, je réponds qu’ils font des amalgames injurieux et inac­ceptables. C’est la même réponse que j’apporte à ceux qui prétendent que la posi­tion du PS est dictée par des visées électorales à court terme. À ceux qui affirment que le PS a une vision partielle de l’actualité internationale, parce que je n’ai pas, dans mon discours du 25 août, évoqué tous les problèmes de la planète, je dis qu’ils sont simplement de mauvaise foi. À moins de condamner de la même manière l’ensemble des médias internationaux qui ont fait de cette guerre la une perma­nente de l’actualité durant plus d’un mois. […]. Je le réaffirme haut et fort, je suis un véritable ami d’Israël. Il ne s’agit pas d’une pétition de principe sans consé­quence. Rien je dis bien rien! — ne peut remettre en cause le droit à l’existence de l’État d’Israël. Mais je suis intimement convaincu que seules des négociations de paix entre l’État d’Israël et ses voisins palestiniens, syriens et libanais, sur la base des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies, garantiront cette existence dans la sécurité de ses citoyens et permettront de pacifier le Proche-Orient. L’État d’Israël jouera alors un rôle catalyseur dans le développement économique de toute la région et contribuera à y renforcer la démocratie. C’est fort de cette conviction que, à l’instar d’autres responsables européens, j’exprime des opinions qui peuvent être considérées comme sévères par certains, notamment lorsque je considère que les dirigeants israéliens font fausse route, parce que l’ap­proche unilatérale et militaire ne permettra pas de résoudre un conflit qui est éminemment politique et que de tels conflits ne peuvent se résoudre que par la négociation.

 

22 À l’initiative de Moise Rahmani, écrivain et notamment initiateur de la liste de diffusion Belsef.

 

(p.137) De l’amalgame à la résurgence du mythe

Indifférence au reste du monde, attention focalisée sur le Moyen-Orient, mani­pulation des médias qui réactivent des clichés. Shmuel Trigano23 pointe le retour du mythe antisémite du Juif tueur d’enfants24. « Mais où êtes-vous ? Où sont les grandes âmes, le scandale ? Les déclarations des plus hautes autorités politiques du monde? Depuis le 14 août, je cherche désespérément, dans les colonnes des jour­naux et sur les écrans la condamnation du bombardement d’un orphelinat par l’armée sri-lankaise dans sa lutte contre le mouvement terroriste des Tigres tamouls.

 

  1. Président de l’Observatoire du monde juif, directeur de la revue Controverses. Philosophe et écrivain.

24 «Guerre, mensonges et vidéos», Libération, 31/8/2006.

 

(p.138) Quarante-trois écolières tuées, soixante autres blessées. Pas seize enfants sur vingt-huit morts, comme à Cana. On ne peut qu’être abasourdi devant la différence de traitement. Les victimes arabo-musulmanes seraient-elles plus précieuses que les autres? Pas nécessairement, car qui s’émeut des meurtres de masse perpétrés en Irak par des Arabes sur d’autres Arabes ? Non, ce qui est en question, c’est Israël ou, plus exactement, les Juifs.

« Toute personne sensée, aura remarqué, depuis l’année 2000, quelque chose d’étrange dans les images du conflit : la centralité de la figure de l’enfant, des corps sanguinolents des victimes d’Israël. Il suffit d’ouvrir la télévision française pour voir le projecteur braqué uniquement sur les civils libanais alors que l’image d’Israël se résume à des blindés, des avions ou des soldats. Aucune société civile n’est visible : ni les dégâts matériels, ni les victimes et les drames. Pas de corps ensan­glantés, ni de blessés, ni de cadavres ou de cercueils. Ce choix ne fait que réactiver une idée antisémite très archaïque : les Juifs tuent des enfants. »

Mais la guerre du Liban, c’est aussi la manipulation des images, les trucages, que l’on sait exister depuis Jenine. Peu le dénoncent, tous semblent regarder ailleurs, comme si la construction d’une autre réalité n’était pas importante, puisqu’il s’agit de dénoncer Israël, le fauteur de guerre, le casseur qui doit devenir payeur, le monstre occupant, assassin.

Trigano de préciser : « Le récent scandale (vite étouffé) de la photo truquée de Beyrouth en flammes, diffusée par l’agence Reuters, face émergée d’un ensemble de trucages, nous montre comment l’exemplum est fabriqué avec des images, alors qu’auparavant on agençait des mots pour mettre en forme le fantasme. […] Le spectacle des destructions de Beyrouth est ainsi surdimensionné. Ce sont toujours les mêmes prises de vue qui passent en boucle à la télé, pour donner une impres­sion d’étendue. Le spectateur innocent pense que tout Beyrouth est en flammes. Comment saura-t-il que, en dehors du quartier qui sert de QG au Hezbollah, les gens vont à la plage ou sont attablés aux cafés? […] On n’a jamais vu les “com­battants” du Hezbollah, ni leurs bunkers systématiquement placés au milieu des civils, utilisés comme boucliers “moraux”. On a gommé le caractère de milice fasciste du parti, ses provocations, ses tirs centrés sur la population civile israé­lienne. […] »

« Le mal est profond, écrit Trigano, car la facilité avec laquelle de nombreux médias acceptent ce récit montre que subsiste un fond archaïque, toujours vivace. Le discours sur Israël est hanté par une forme nouvelle de l’antisémitisme, un antisémitisme compassionnel qui se focalise sur la “victime” des Juifs, forcément innocente et pure comme un enfant, sans pour autant formuler directement le nom du bourreau cruel et inhumain que sa victime désigne. Un antisémitisme “par défaut”, que la moralité conforte. »

 

(p.140) Ce n’est bien évidemment pas le fait d’organiser des manifestations en faveur du peuple palestinien qui pose problème, bien au contraire, mais le fait que (p.141) la plupart du temps celles-ci ne présentent jamais un autre volet du problème. De même, il ne s’agit pas ici de critiquer la démocratie israélienne — bien que souvent contestée en Belgique — qui permet à des artistes de gauche, pacifistes israéliens, arabes israéliens et palestiniens de s’exprimer en toute liberté. Ni d’accuser ces artistes d’antisémitisme ce qui serait tout à fait idiot ! Mais il s’agit bien de pointer une attitude typiquement belge qui instrumentalise ce qui se dit au sein d’une démocratie — dans le cadre d’un débat démocratique — pour construire un dossier à charge, qui souvent suite à l’émotion qu’il suscite, entraîne de manière volon­taire ou non un antisémitisme qui prend des proportions douloureuses.

 

Pédagogie à la une : le sionisme mène à la guerre !

Les activités comme les articles engagés pour la Palestine se multiplient. Un exemple, celui de Nico Hirtt30, grand défenseur de l’école et des enseignants : « C’est le sionisme qui mène à la guerre » « Irrationnelle, la politique du gouver­nement israélien? Non, elle est conforme à la doctrine fondatrice d’Israël : le sio­nisme avec ses dérives de racisme et de colonialisme. […] Les choses deviennent beaucoup moins obscures lorsqu’on examine la politique de l’Etat israélien à la lumière de sa doctrine fondatrice : le sionisme. […] Enfin, beaucoup de Juifs, sur­tout les intellectuels et les progressistes, s’opposaient radicalement au caractère déli­bérément raciste et colonialiste du projet sioniste. Ils ne se reconnaissaient pas dans les propos d’un Ahad Haam quand celui-ci décrétait que “le peuple d’Israël, en tant que peuple supérieur et continuateur moderne du Peuple élu doit aussi devenir un ordre réel” […] Israël est au Moyen-Orient ce que l’Afrique du Sud de l’apar­theid fut, jadis, à l’Afrique australe : une colonie euro-américaine, imposant aux populations autochtones une domination à caractère raciste, et dont l’existence serait impossible sans l’aide matérielle d’une puissance impérialiste “en échange de services rendus”. […] Dire cela aujourd’hui, en Europe, oser contester les fonde­ments du projet sioniste, c’est risquer de se voir attaquer comme antisémite, voire comme négationniste. Il est temps que cesse cette hypocrisie. La Shoah ne peut justifier les souffrances des Palestiniens et des Libanais. […] On s’est offusqué d’entendre le président iranien dire qu’il fallait “rayer Israël de la carte”. Ce serait pourtant bien l’unique solution que de voir disparaître politiquement bien sûr, l’État d’Israël et, pareillement, les prétendus “territoires palestiniens”, ces nou­veaux bantoustans31.

Suite à la publication de cet article, de nombreux Juifs et Israéliens ont réagi. L’ambassade d’Israël, d’abord, qui s’étonne32 que La Libre Belgique ait jugé bon de mettre l’existence d’Israël en débat dans son édition du 25 juillet. «Notre propos ici n’est pas de céder à la polémique […] La négation de la légitimité du concept d’État juif porte atteinte aux principes universels d’égalité, parce qu’elle présup­pose la négation du droit du peuple juif à l’autodétermination et à l’indépendance

 

  1. Enseignant et écrivain.
  2. Titre et sous-titre sont de la rédaction. La Libre Belgique, 25/07/2006.
  3. Jeudi 27 juillet 2006.

 

(p.142) nationale. […] Il est frappant de voir que Nico Hirtt veut faire tenir à Israël la place qu’occupait le Juif en Europe avant la Shoah, celle d’obstacle. À tous ceux qui veulent nous rayer de la carte politiquement, idéologiquement, physiquement ou nucléairement, nous disons en reprenant la déclaration d’Indépendance de l’État d’Israël de 1948 que “C’est le droit naturel du peuple juif d’être une nation comme les autres nations et de devenir maître de son destin dans son propre État souverain.” Quand Ahmadinejad, le Hezbollah, le Hamas, La Libre Belgique et Nico Hirtt auront bien compris qu’Israël n’est pas “gommable”, mais est là pour durer, alors la paix sera possible. »

 

En Flandre

Le Nord du pays s’agite aussi à l’été 2006, à propos du Moyen-Orient. Dans De Standaard du 19 juillet33, Jean-Marie De Decker34 se laisse aller à des commen­taires antisionistes d’une violence inouïe, utilisant un vocabulaire se référant à celui des nazis. « L’État d’Israël ne manque pas seulement de respect pour l’étranger, il méconnaît également les droits élémentaires de la population autochtone, les Palestiniens, des “Untermenschen” dans leur pays. Un régime d’apartheid leur octroie encore moins de droits qu’à l’époque, aux Noirs en Afrique du Sud. Israël est le dernier pouvoir colonisateur, qui exploite le sentiment de culpabilité col­lectif du siècle passé et une propriété religieuse datant d’il y a deux mille ans. Un sauf-conduit pour opprimer un autre peuple et violer les droits élémentaires. […] Un tiers des femmes enceintes ne peuvent rejoindre les maternités à cause du comportement des militaires aux check-points. Les enfants sont abattus sur la plage35 et la région connaît le plus haut taux d’analphabétisation du Moyen-Orient. […] Tout homme politique occidental qui s’exprime de manière critique se voit stig­matisé comme raciste et antisémite par le lobby juif et l’industrie de l’holocauste36. Tout le monde occidental fait mine de regarder ailleurs, dans une indignation rési­gnée, à cause d’un complexe de culpabilité dû à l’holocauste, au lieu de se rendre au mur des Lamentations et leur donner un bon de coup de pied à leur conscience. C’est l’exploitation de la souffrance juive, sur base d’un sentiment de honte pour des aberrations datant d’il y a soixante ans. » Et de citer Johan Anthierens37 qui écrivait en 1979 ces «mots prophétiques» selon J.M. De Decker: «Les Arabes qui sont les bossus de l’histoire, qui doivent payer les pots cassés allemands, qui

 

  1. «Het recht van de sterkste is het sterkste onrecht», jeux de mots, littéralement : «le droit du plus fort, est la plus forte injustice».
  2. Sénateur VLD, qui sera exclu du Parti libéral flamand trois mois plus tard, en octobre 2006.
  3. Après avoir présenté des excuses aux Palestiniens suite à l’incident qui a coûté la vie à plusieurs personnes sur la plage à Gaza, une enquête de l’armée israélienne a conclu au fait que les morts n’étaient pas dus aux tirs de l’armée israélienne, mais à l’explosion d’un obus enseveli sous le sable.
  4. L’Américain Norman Finkelstein utilise ce terme pour expliquer un processus historique, où l’Holocauste est considéré comme un événement unique dans l’histoire, qui serait exploité par les intéressés pour bénéficier d’avantages politiques ou financiers.

37 Ami de l’homme politique, auteur, journaliste satirique.

 

(p.143) paient pour les chipotages et les violences des Allemands envers les Juifs. Nous, Européens, nous avons cassé en mille morceaux le mobilier juif et renvoyons Isaac à la caisse palestinienne pour le dédommagement. »

J.-M. D.D. reprend : «Ce qui laissait aux malheureux musulmans l’art peu noble du terrorisme. L’on fait croire au monde que l’oppression d’un peuple est en fait la lutte contre le terrorisme. C’est là, la clé de l’injustice. Il ne faut pas justifier les actes horribles et désespérés des Palestiniens, toutefois ils sont le baromètre de l’impuissance et de la colère. […] Le conflit du Moyen-Orient prend le monde en otage depuis plus d’un demi-siècle, sur le plan économique et politique (avec les crises pétrolières les unes après les autres) et l’exportation de la terreur. Il donne un faux alibi aux fous d’Al Qaida ou aux fondamentalistes chiites du Hezbollah. L’impuissance des Nations unies, la lâcheté de l’Europe et des Etats-Unis créent une réaction en chaîne de violence. Un boycott économique simple a mis l’Afrique du Sud à genoux, et signifierait pour Israël, la même voie vers la paix. »

La journaliste Mia Doornaert38 réagit à l’article de J.M. De Decker, où coha­bitent tous les clichés, des Juifs fauteurs de guerre aux assassins d’enfants. Elle l’attaque sur sa démarche superficielle et populiste, sur son exploitation de l’ex­pression «industrie de l’holocauste», qui contraste avec le comportement et les opinions de bien d’autres membres du Parti libéral flamand, dont le Premier ministre Guy Verhofstadt. Mia Doornaert estime aussi que le négationnisme pointe son nez, en particulier, lorsque la Shoah est qualifiée d’« aberration datant d’il y a 60 ans » !

(…)

Jean-Marie De Decker n’est pas le seul homme politique flamand à considérer le sionisme comme un fascisme ou une maladie incurable, ni à considérer l’Etat d’Israël comme seul responsable de tous les maux du Moyen-Orient, voire du monde. Un autre homme politique flamand influent, Bert Anciaux40, semble partager ces idées préconçues.

 

  1. De Standaard, 22/7/2006.
  2. De Standaard, pagina 6, 25-07-2006 Midden-Oosten ontploft binnen VLD de Wouter Verschelde.

40 Ministre flamand de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, Spirit depuis 2004.

 

(p.144) Toujours dans De Standaard41, Bert Anciaux répondant à une question sur le financement de l’extrême droite et le travail sur l’inter-culturalité, se lance dans une envolée… qui puise ses références… au Moyen-Orient : « Le Vlaams Blok est occupé avec tout autre chose. Le Blok et Israël c’est à peu près la même chose. Les dirigeants du Blok disent que les gens méritent plus de sécurité. Bien hein? Je les envie pour cela, car qui est contre la sécurité ? Mais dans la pratique, on n’aide personne à lui faire croire qu’il sera plus heureux dans un monde blanc, pur, où tout le monde parle la même langue (monte la voix). Bullshit. Israël fait la même chose, en disant : “Voyez comme nous sommes heureux et en sécurité dans nos frontières”, alors qu’ils vivent dans un monde arabe. S’ils veulent jamais s’y sentir en sécurité, ils devront commencer par dire à leur population qu’ils ne vivent pas sur une île […] À long terme, ils défendent une cause perdue. En créant plus de peurs, on n’atteindra jamais un vivre ensemble de qualité en sécurité. Cela demande du temps. Chaque bombe qui tombe sur Haïfa, fait comprendre aux habitants que l’idée on est en sécurité et heureux ensemble est une utopie. Ils deviennent plus fanatiques. Des gens bêtes en tout cas. Mais je ne pense pas que l’homme soit bête de nature. »

 

Appel pour le Liban…

sur les extraits de compte bancaire

La guerre du Liban, c’est aussi une manifestation, le 7 août à Bruxelles, auto­risée par le bourgmestre de la Ville de Bruxelles, qui loin d’être pacifique, a vu défiler des manifestants sous les drapeaux libanais, mais aussi du Hezbollah et du Hamas42 ! Pendant la manifestation, des passants ont pu entendre l’appel au djihad et ont vu certains manifestants brûler le drapeau israélien.

Au même moment, le groupe ING pour le nommer, s’implique dans le conflit.

Comme beaucoup de clients de cette institution bancaire, j’ai reçu un courrier libellé comme suit : « Soutenez les ONG présentes au Liban ! Grâce à HomePay, faites vos dons on-line sur les sites de : Caritas international, Médecins sans fron­tières, Médecins du monde, Croix-Rouge de Belgique. Tout don à partir de 30 euros est déductible fiscalement. Solidairement vôtre, ING. » Démarche très (sinon trop) sélective aux yeux de nombreux clients de cette banque, surpris que soient passées sous silence les victimes israéliennes et les centaines de milliers de réfugiés qui ont dû fuir. Surpris aussi par son quasi-silence sur le Darfour, ou encore sur les réfugiés venus de pays moins médiatisés comme le Congo, le Rwanda, la Côte d’Ivoire, le Timor-Oriental et le Tibet, pour ne citer qu’eux.

Aux diverses interpellations et courriers, la banque, par la voix de son Corpo-rate Communication Officer, Sabine Riga, a donné la réponse suivante : « ING

 

  1. Dans l’article «Ben ik zelfwel een goede vader?» («Suis je un bon père?»), signé par Wouter Verschelden et Bart Brinckman.

42 Pour rappel, le Hamas est un parti qui est inscrit sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne.

 

(p.145) Belgique s’impose pour règle constante d’observer une stricte neutralité dans toutes les matières qui relèvent, de près ou de loin, des domaines philosophique, religieux ou politique. La banque regrette la formulation lapidaire qui a été donnée au titre du message : elle comprend que celle-ci ait pu vous interpeller. Sur le fond, elle vous demande de comprendre, à votre tour, que son intervention s’est bornée à relayer, à leur demande expresse, un appel à la générosité, lancé par diverses ONG internationalement reconnues, dont la neutralité ne peut être raisonnablement mise en cause. »

Une caisse de résonance, certes, mais qui n’exonère pas d’une responsabilité.

 

Un Belge en Iran au concours de caricatures antisémites

Cet été 2006 est aussi marqué par l’exposition, violemment antisémite, des caricatures sur la Shoah, organisée à Téhéran depuis le 14 août au musée d’Art contemporain palestinien. Une « réponse » aux caricatures danoises du Prophète Mahomet43, publiées quelques mois plus tôt par le quotidien danois Jyllands-Posten et relayées par la presse européenne. « Nous avons ouvert cette exposition pour trouver où était la limite de la liberté d’expression chez les Occidentaux», a déclaré Massoud Shojai, directeur de l’association44, qui précisa également : « Nous sommes préoccupés par les véritables holocaustes prenant place autour de nous. » Rappelons que les dirigeants iraniens, le président Mahmoud Ahmadinedjad en tête, définissent l’extermination des six millions de Juifs par les nazis comme « un mythe » et appellent à «rayer» Israël de la carte.

Sont exposés : une caricature représentant une croix gammée se transformant en étoile de David barbelée étranglant des Palestiniens ; une statue de la Liberté tenant d’une main un livre sur l’Holocauste et faisant de l’autre bras le salut nazi ; trois casques allemands empilés, dont l’un des trois est orné d’une étoile de David en lieu et place de la swastika ; Adolf Hitler exhortant les dirigeants israéliens à pro­céder à un holocauste, ou encore des bottes juives écrasant le globe. Les pires stéréotypes antisémites sur le complot juif pour dominer le monde se mêlent aux nouveaux clichés : le sionisme, c’est le nazisme, et le véritable Holocauste est celui des Palestiniens45. Les dessins ont été sélectionnés sur un total de près de 1 200 envois46, 1 193 partis de 61 pays, dont la France (7 dessinateurs), les États-Unis (12) et la Belgique avec Ben Heine47, alors étudiant à l’IHECS, ayant contribué au concours avec un dessin comparant les Israéliens à des bourreaux d’Auschwitz.

Pour Philippe Val, directeur de la rédaction de Charlie Hebdo, cette exposition à Téhéran « est une déclaration de guerre aux États de droit qui, au sortir de la

 

  1. Elles avaient provoqué de violentes manifestations dans plusieurs pays musulmans, dont des attaques d’ambassades occidentales en Iran.
  2. AFP.
  3. Libération, jeudi 17 août.
  4. AFP, Reuters.

47 Accusateur systématique et permanent d’Israël et des États-Unis sur son site Internet, Ben Heine occulte sa participation au concours iranien, qu’il ne condamne pas. Il récidivera encore dans ses propos antisémites, voir http ://philosermtismeblog.blogspot.com/2008/01/ben-heine-et-fausto-giudice-une-devise.html.

 

(p.146) Seconde Guerre mondiale, se sont fondés sur quelques principes, parmi lesquels, l’égalité entre les hommes et les femmes et la criminalisation de l’antisémitisme. Il ne faut pas croire qu’il s’agisse de pures provocations. Cette exposition est pro­grammatique, comme le sont les déclarations du Président iranien sur la destruc­tion de l’Etat d’Israël48. »

 

Réunion en Iran des «docteurs en négationnisme»

Comme si cela n’était pas suffisant, Téhéran a accueilli les 11-12 décembre une conférence internationale controversée sur la « réalité » de la Shoah : le rendez-vous, dans la capitale iranienne, de tous les négationnistes et révisionnistes que compte l’Occident49.

Quelques titres de communication donnent le ton : « Nazisme et sionisme : collaboration ou coopération », « Les chambres à gaz, négation ou confirmation », «Les médias danois et l’Holocauste», ou encore «Le vocabulaire irrationnel de la classe professorale américaine par rapport à l’holocauste». Ces thèmes ont donc été abordés au cours de ce conclave lancé par l’Institut pour les études politiques de Téhéran, et inauguré par le chef de la diplomatie iranienne, Manouchehr Mot-taki. Cette rencontre-conférence est résolument condamnée par les organisations juives, par Israël, par le gouvernement français, et en Belgique par le Mouvement réformateur qui a publié un communiqué de presse50 qualifiant l’événement d’« insulte à la mémoire des six millions de victimes du génocide nazi, mais aussi une manifestation de haine et de mépris à l’égard du peuple juif et de l’humanité tout entière».

 

Une fin d’année sans éclaircie

Un mois avant les élections communales d’octobre, la Communauté française et la Région wallonne renforcent leur coopération avec la Palestine. La Délé­guée générale de Palestine à Bruxelles, Leila Shahid et la ministre cdH Marie-Dominique Simonet51 ont, en effet, jeté pour 2008 les bases d’une année culturelle palestinienne en Wallonie et à Bruxelles. Dans ce cadre, une centaine d’artistes palestiniens seront invités dans plusieurs villes de Wallonie et de Bruxelles pendant quelques semaines. Ce projet se veut exclusivement dirigé vers la population pales­tinienne, a précisé Mme Simonet. Partenaire de coopération depuis 2001, la Pales­tine vient de se voir confirmée dans ce rôle privilégié par la Région wallonne et la Communauté française. En effet, la Palestine fait partie de la liste des douze pays recensés comme prioritaires par la nouvelle Note de politique internationale adoptée le 31 août 2006 par les gouvernements wallon et de la Communauté française.

 

  1. Extrait de «Affaire des caricatures sur l’Holocauste, Une déclaration de guerre aux États de droit», iArww.nouvelobs.com, 17/8/2006.
  2. http ://www.rfi.fr/actufr/articles/084/article_48114.asp.
  3. Mercredi 13 décembre 2006.
  1. Ministre des Relations internationales de la Communauté française et de la Région wal­lonne.

 

(p.147) Il s’agit de favoriser des échanges culturels en créant, dès 2008, une «saison culturelle palestinienne» en Wallonie et à Bruxelles. Calqué sur le modèle des coopérations avec l’Afrique (Yambi, Alafia), un programme d’une année de ren­contres artistiques dans tous les domaines permettra de valoriser et de mettre en valeur les liens entre créateurs contemporains. L’asbl les Halles de Schaerbeek envisage ainsi en septembre une première mission d’identification de projets, dans les domaines du théâtre, de la danse, de la musique, de la mode et de la photogra­phie. Par ailleurs, il s’agit pour la ministre cdH de relancer et de structurer la coopération universitaire bilatérale entre les institutions palestiniennes et celles de la Communauté française grâce à un programme de bourses qui permettra à des jeunes étudiants palestiniens de venir pour de courtes périodes étudier en Com­munauté française.

Un projet ambitieux qui contraste avec l’attitude vis-à-vis d’Israël. D’un côté on souhaite renforcer les échanges culturels avec la Palestine, d’un autre on boycotte les relations scientifiques avec l’État d’Israël. D’un côté on se soucie de comment est vécue la Nakba (la «catastrophe» pour les Palestiniens), d’un autre on salue à peine le soixantième anniversaire de l’Etat d’Israël. Un contraste qui pose d’autant plus question, qu’en revanche, à la Région bruxelloise, l’accord de coopération avec l’État d’Israël reste désespérément suspendu. Pour Ecolo, un projet avec un seul partenaire du conflit n’étant pas envisageable…

En automne, bien que la guerre soit arrêtée, les campagnes d’affichage et les   , actions unilatérales se poursuivent.

Le 18 novembre, par exemple, le comité Vlaams Palestina Komitee (VPK) en , appelle au boycott des produits israéliens dans plusieurs villes et communes du pays. À Blankenberge, Bruxelles, Ixelles, Etterbeek, Hasselt, Ypres, Louvain et Schaer­beek, ce comité va s’adresser aux clients de grandes surfaces pour les inciter à refuser d’acheter les produits israéliens, en particulier ceux des marques Carmel, Jaffa, Tivall et Sabra. A 14 h 00, le même jour, une réunion se tiendra à Anvers afin de plaider de vive voix pour un boycott national.

D’autres événements de cette fin d’année sont frappants, par leur intensité et   ; leur violence.

Lors des élections communales d’octobre 2006, je me présentais à Ixelles. Lors de la confection des listes, une colistière estime, que je ne suis pas «assez belge» pour occuper une place importante sur la liste, par exemple. Pendant la campagne, sur un marché, plusieurs personnes m’agressent parce que mon nom : « Teitelbaum, c’est Juif ça ? »

De l’autre côté de la frontière linguistique, la section belge de l’AEL fait un   / appel aux votes : « Une autre machine électorale raciste comme le VLD, qui à côté de son idéologie néolibérale mordante, est pénétrée d’agents sionistes (Claude Marinower) et d’une clique islamophobe […] ».

Le 2 novembre, je participe à une conférence-débat organisée par le MOC-ACW, avec le soutien de Axcent vzw et la plate-forme Bruxelles Espérance, sur le thème : « Les hommes et femmes politiques et leur conviction de vie. Quelles sont leurs motivations ? » Les quatre intervenants étant issus de différents univers (p.148) philosophico-religieux et politiques. À mes côtés, Mahfoudh Romdhani52 pour le PS, Henk Van Hellem53 de Groen54 et Steven Vanackere55 du CD&V56. Ce qui devait être un débat calme et respectueux sur l’influence des convictions de vie dans nos choix politiques s’est transformé en une expérience cauchemardesque, lorsque parole a été donnée à la salle.

Un certain M. Rachid Zegzaoui a crié à mon intention : « Vous dites que vous combattez les fascismes et l’extrême droite, mais vous êtes sioniste, et le sionisme c’est le fascisme donc vous êtes une fasciste ! » II s’est ensuite emporté davantage et a hurlé : « Mme Teitelbaum, vous êtes l’ennemi, vous êtes notre ennemi ! » Enfin, le modérateur l’a arrêté et on lui a arraché le micro.

Il proférait là une menace claire à mon encontre, me faisant porter, en tant que femme politique, tous les maux de l’Orient. Comment réagir quand j’avais devant moi l’exemplification même du phénomène que je décris : le passage d’une critique légitime d’actes gouvernementaux et militaires, à la concentration de la haine sur une personne, parce qu’elle est juive.

Une semaine plus tard, le mercredi 8 novembre, je représente le MR à une conférence-débat organisée par le Mouvement Citoyen Palestine sur « Quel rôle peut jouer la Belgique pour une paix juste et durable en Palestine ? » C’est un parlementaire palestinien qui, par téléphone, va introduire le sujet. Interviendront ensuite Marianne Blume, Ahmed Mouhssin et Georges Spriet. Volet politique, je siégeais avec Mohammed Boukourna, député fédéral PS, Dominique Weerts, secrétaire national du cdH (ex-ll.ll.ll/CNCD) et Paul Galand, député bruxellois écolo. L’affiche annonçant la conférence représente une carte du Moyen-Orient d’où Israël est absent. Cette mise en image d’un monde dont « Israël serait rayé de la carte » a évidemment suscité beaucoup d’émoi au sein de la communauté juive.

 

  1. Député bruxellois.
  2. Membre du cabinet de Pascal Smet.
  3. Verts flamands.
  4. Aujourd’hui ministre au sein du gouvernement flamand.
  1. Le Parti social chrétien flamand.

 

(p.148) Pour clôturer l’année, et cette triste suite des moments marquants, le dernier que je tiens à citer est le match de football PSG-Hapoël Tel-Aviv, du 23 novembre au Parc des Princes à Paris. Ce soir-là, une violence antisémite et antisioniste d’une rare intensité a déferlé dans le stade. La presse parle de « chasse spontanée aux Juifs en plein Paris», «d’une atmosphère de pogrome» ! Un groupe de 150 sup­porters du PSG s’est livré à une «véritable tentative de ratonnade» contre un jeune Français identifié comme Juif. Un policier en civil — sans brassard officiel — s’est porté, seul, au secours du jeune homme. «En état de légitime défense», selon le procureur de la République, il a tué un des agresseurs et en a blessé un autre. Ce policier a fait montre d’un courage exemplaire qui est aussi un acte d’honneur, il a pris d’énormes risques pour soutenir ce sursaut d’humanité et ce combat — véritable — contre l’injustice criminelle qui se déroulait sous ses yeux. Cela contraste tellement avec les témoignages d’antisémitisme dans et autour du stade, où adultes et enfants venus soutenir l’équipe israélienne ont été violemment pris à partie. Cette rage s’est accentuée lorsque les espoirs du PSG de gagner la Coupe de l’UEFA se sont envolés avec le score : la frustration de la défaite (4 buts à 2) n’a fait qu’intensifier cette scène hallucinante d’antisémitisme collectif, où l’Histoire et le présent se superposent.

 

(p.151) /2007/

En Belgique

LA JUSTICE   EN   MARCHE

En 2007, à Bruxelles, des jeunes d’origine turque sont condamnés à trente heures de travaux d’intérêt général et doivent présenter leurs excuses aux jeunes victimes. Ils avaient violemment attaqué, à coups de pierres, des jeunes juifs ortho­doxes qui s’étaient arrêtés pour la nuit à Beringen. Les jeunes d’origine turque ont également été invités à visiter le musée Anne Frank à Amsterdam.

Verdict encourageant également, pour la plainte que Jacques Simonet6, Didier Gosuin7 et moi-même avons déposée contre les personnes et opérateurs ayant contribué à la création, l’interprétation et la diffusion de la chanson « Nique les Juifs». Pour rappel, nous nous étions constitués partie civile entre les mains du juge d’instruction sur la base de la loi de 1891 portant répression de la provocation à commettre des crimes et des délits, de celle de 1981 tendant à réprimer le racisme et la xénophobie et de celle de 1995 réprimant le négationnisme et le révision­nisme.

 

  1. Bourgmestre d’Anderlecht, ancien ministre-président de la Région bruxelloise, ancien secré­taire d’État aux Affaires européennes, député et chef de groupe MR au Parlement régional bruxellois. Jacques Simonet est mort le 14 juin 2007.

7 Ancien ministre, bourgmestre d’Auderghem et député MR au Parlement régional bruxel­lois.

 

 

(p.154) QUAND  LE   PASSÉ  REVIENT   NOUS   HANTER…

 

Le 29 janvier, Patrice De Bruyne, coauteur avec Patrick Henderickx, du livre Les Protocoles de Sion, répond par courrier électronique à une carte blanche13 du collectif Dialogue et Partage. Extrait de cette prose antisémite14 :

« […] Je suis sidéré de constater la capacité des gens à succomber à l’esbroufe, je vise ici une certaine communauté très imbue d’elle-même, vivant en “clan” et plus qu’aisée financièrement. Proposez-leur des chaussures de sport à triple semelle thermonucléaire articulée et couverte de reflets en or, ils lâchent un “waouh” épaté. Idem pour les jantes en alliage “lourd” (c’est gag !) ou les bottes en diamant brut… Cette vulgarité du clinquant n’est pas réservée aux loustics en manque de prestige sociofinancier. Loin de là. Non, ce qui m’atterre et me terrifie, ce sont tous ces gens respectables, très religieux au point de croire sans rire qu’ils sont les “Élus” du monde, au degré de culture et d’éducation jugé “supérieur” par les instituts de classification socio-anthropométrique, qui lâchent eux aussi un “waouh” d’admi­ration devant n’importe quoi. […] La marche du monde ne tient que dans leur sexualité, leur pognon, leur appartenance à une caste “Élue” et leur faculté à épater […] On en voulait au livre que mon ami Patrick Henderickx et moi venons de publier et qui se nomme Les Protocoles de Sion. […] Je lui ai dit que : “Le lobbying juif auprès de l’Onu à New York pour faire adopter une résolution condamnant sans réserve toute négation de l’Holocauste et rejetant toute négation de l’Holocauste comme fait historique, n’a pas mesuré que la pénalisation du débat historique amène à l’exact inverse de l’effet recherché”. Si la mémoire de l’Holo­causte doit être une sorte de devoir “sacré”, on ne peut “sacraliser” l’indispensable exercice historique, celui qui se rapporte à des faits avérés et non à une “révélation” qu’il faut protéger par des lois, des tabous, de l’autocensure et de la censure. […] Chers “zamis” juifs, si vous éprouvez le besoin de garder en mémoire l’image du monstre, affirmant, pour vous justifier, que les chemins qui y conduisent sont toujours très fréquentés, force m’est de constater que si vous écrivez que l’ombre du monstre, toujours présente dans les mémoires, est la seule gardienne de votre vigilance, c’est que vous êtes devenu le monstre […] »

 

(p.155) Affaire ULB / Tariq Ramadan

(…)

Les attaques de militants islamistes ou de ceux qui les soutiennent s’adressent la plupart du temps aux « sionistes », mais aussi aux laïcs. Deux catégories considé­rées comme fascistes, par ceux-là même qui combattent les valeurs démocratiques. Dans un message en forme de lettre ouverte à « Philippe Vincke, Ubu-recteur à l’ULB et à sa conseillère… », posté et commenté sur différents sites internet dont les « Ogres bruxellois15 ». La violence des propos est en soi insultante. L’anonymat derrière lequel se réfugient ces nouveaux croisés de la toile n’est évidemment pas étranger au phénomène.

 

(p.156) Le débat est présent également dans la grande presse comme dans Le Soir, où Anne-Marie Roviello, professeur de philosophie à l’ULB, réagit par mail20.

«Mais que se passe-t-il donc au Soir’? Comment ce journal peut-il accueillir, à plusieurs reprises ces derniers jours, ces propos qui commencent vraiment à sentir mauvais et qui consistent à expliquer des principes, idées et arguments par l’origine juive — toujours uniquement l’origine juive — de ceux qui les défendent? ! ! ! Et, après cela à clore un débat, qu’on ne prend même plus la peine de vraiment entamer avec ces idées et arguments ? Tout cela, bien entendu, en défendant dans de grandes déclarations d’intention, d’autant plus généreuses qu’elles sont vides, le libre débat contradictoire !

 

20 Le 17 mars 2007, adressé à Béatrice Delvaux, rédacteur en chef du Soir.

 

(p.157)

Et toujours dans le même esprit de Judentum…

Dans l’édition du même quotidien des 17 et 18 mars, un éditorial de Véronique Kiesel et Ricardo Gutiérrez rend compte du passage du flambeau entre Pierre Galand et Philippe Grollet, au Centre d’action laïque : « Philippe Grollet lui confie, ce samedi, le flambeau de la laïcité organisée… Cocasse consécration, au terme d’un parcours qui a mené cet ex-catholique de gauche, formé à l’Institut Cardijn et à l’UCL, à présider le Centre d’action laïque. Le voici gardien du temple aconfes-sionnel, bras politique armé du million de francophones qui se revendiquent de la laïcité. Le cheminement n’allait pas de soi pour ce militant de la cause palesti­nienne.. . Une qualité qui l’avait disqualifié d’emblée, aux yeux de quelques figures de la laïcité officielle : Paul Danblon, Jacques Lemaire, Guy Haarscher, Pierre Mertens et d’autres, largement épaulés par les laïques juifs. Ils ne voulaient pas, à la tête du CAL, du président des Amitiés belgo-palestiniennes, ce “personnage politique”, cet “homme orienté, partisan”, adversaire malgré lui, en somme, “d’une laïcité ferme, ouverte et rassembleuse”. »

Un raccourci étonnant, et une stigmatisation de la communauté juive, d’autant que ces intellectuels soutenaient le candidat laïc d’origine turque, Chemsi Chereff Kan. Pourquoi dès lors, réduire cela à une opposition, laïque, voir laïque juive, contre le « pro-Palestinien » Galand? De quel journalisme s’agit-il?

Par ailleurs, Pierre Galand a clairement annoncé la donne : lors d’une interview accordée à www.wafm.be, il met en cause l’existence de l’État d’Israël et parle d’un «lobby sioniste international».

 

 

(p.159) POLÉMIQUE  AU   PARLEMENT  EUROPÉEN

 

À plusieurs reprises pendant cette année 2007, le Parlement européen est au centre de polémiques. Que ce soit sur l’antisémitisme ou sur ses positions anti­israéliennes. En février, il est manifestement abusé par l’un de ses députés polonais, d’extrême droite, qui publie une brochure antisémite en imprimant le logo du Par­lement européen en couverture.

Voici son argument de vente :

«Vous voulez tout savoir sur la “civilisation juive” ? Sur les “différences bio­logiques” entre les Juifs et les “gentils” ? Sur le choix volontaire de la ghettoïsation qu’aurait fait un “peuple” qui désire ne pas se fondre dans la masse ? Sur l’impossi­bilité de cohabiter avec la “civilisation juive” en Europe ? Le livre en anglais – inti­tulé Civilisations at War in Europe — que vient de publier le député européen Maciej Giertych répond aux questions qu’il s’est posées. »

Le député Giertych26, nostalgique d’une Pologne antisémite, reprend la rengaine que « les Juifs sont partout et toujours prêts à trahir leur pays au profit de leur peuple. Notamment lors des guerres, dit-il, puisque les Juifs sont présents dans les deux camps, évidemment. Mais le Juif qui appartient au camp des vainqueurs veille à ce que le Juif appartenant au camp des vaincus soit bien traité. C’est bien connu d’ailleurs, les Juifs s’aident entre eux parce qu’ils sont Juifs alors que “nous”, les chrétiens, nous nous battons pour nos valeurs et nos idées ».

Cinq députés polonais à l’Europe, membres du groupe politique des démocrates et libéraux27 (ADLE), dont feu l’ancien ministre des Affaires étrangères Bronislaw Geremek, publient une déclaration condamnant fermement la prose antisémite de Marciej Giertych.

Le 14 mars, Hans-Gert Pöttering, président du Parlement européen, a annoncé que le député Giertych reçoit un blâme pour publication de brochure antisémite et

 

  1. L’un des dirigeants de la Ligue des familles polonaises (LPR).

27  Bronislaw Geremek, Jan Kulakowski, Janusz Onyszkiewicz, Pawel Piskorski, Grazyna Sta-niszewska.

 

(p.160) utilisation du logo du Parlement. Le blâme est la sanction la plus légère prévue par le règlement.

 

(p.163) «Je combats aussi ce parti, mais je ne vais pas entraîner la Shoah dans ma démarche34», a encore commenté le président de la N-VA. Il va plus loin, trop loin : « Ce n’est pas la ville d’Anvers qui a organisé la déportation, mais elle fut, elle-même, une victime de l’Occupation. Ceux qui la dirigeaient à l’époque ont dû prendre des décisions délicates dans des circonstances difficiles. Je ne trouve pas très courageux de les stigmatiser maintenant. » Et de faire remarquer que « si l’on doit commémorer la Shoah, l’on ne peut perdre de vue la situation des territoires palestiniens occupés où certains ont recours à des techniques qui me font penser à un passé noir, plutôt que de tirer les leçons du passé. »

 

LE CAS  BART  DE  WEVER

(…) Le MR aussi réagit par la voix d’Hervé Hasquin37, administrateur délégué du Centre Jean Gol et professeur à l’Université libre de Bruxelles38. « Le Mouvement

 

  1. Christian Laporte, «Le pardon d’Anvers relance le débat», La Libre Belgique, 30/10/2007.
  2. Communiqué «Non au négationnisme rampant», 30/10/2007.

38  Professeur d’histoire à l’ULB, ancien ministre-président de la Communauté française, ancien ministre et ancien député fédéral MR, ancien recteur de l’ULB, aujourd’hui président du Centre pour l’égalité des Chances, secrétaire perpétuel de l’Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique.

 

(p.168) /2008/

 

Bonne année 2008 !

Le 4 janvier, dans le quotidien De Morgen, le journaliste Marjan Justaert relève qu’il est devenu dangereux de se promener en rue, surtout à Anvers et Bruxelles, avec une kippa sur la tête. L’athénée Maïmonide à Anderlecht conseille depuis quelques années à ses élèves de remplacer la kippa par une casquette de base-bail. Shulamit Pinson, la directrice des études hébraïques, s’en explique : « Nous sug­gérons à nos élèves, en particulier à ceux qui viennent en tram, d’être prudents et de ne pas attirer l’attention, en portant la calotte. Ils suivent quasi tous nos conseils. »

À Anvers, la situation des élèves est également précaire, malgré le fait que le nombre d’écoles juives soit plus élevé. Michael Freilich2 confirme que tous les jours des enfants juifs sont regardés de travers sur le chemin de l’école, insultés, ou même canardés d’œufs. Il précise que si auparavant, les incidents antisémites étaient sur-

 

  1. Les Penchants criminels de l’Europe démocratique, Verdier, 2003, p. 130.
  1. Rédacteur en chef de Joods Aktueel.

 

(p.169) tout provoqués par des musulmans, « aujourd’hui ce sont aussi les immigrés d’Eu­rope de l’Est» qui s’en prennent aux Juifs; derniers en date : les Polonais.

Restons en Flandre où, peu de temps après, le comédien Alex Agnew s’exprime comme suit dans P-magazine3 : « Pourquoi doit-on continuer de s’excuser auprès des Juifs, pour le fait qu’ils se sont laissés assassiner dans les camps de concentration, au lieu de mourir un fusil à la main comme mon grand-père ? […] J’habite au milieu des Juifs hassidiques à Berchem. Et parfois je me dis que s’ils se sont toujours conduits comme aujourd’hui avec nous, cela ne me surprend pas que dans le cours de l’histoire, ils se sont dit : « On va d’abord les casser et puis on s’occupera du reste…»

Plainte a été déposée auprès du Centre pour l’égalité des chances.

 

(…) À Paris

Des événements graves se déroulent en Belgique. Ils ont leurs pendants dans l’Hexagone. À Paris aussi, la tension est montée d’un cran. Fin juin, Rudy, un jeune Juif de 17 ans est tabassé au cours d’une rixe. Une affaire qui plonge la France dans la perplexité.

Roué de coups en début de soirée par plusieurs individus dans la rue Petit du XIXe arrondissement de Paris, l’adolescent est tombé dans le coma avant d’en sortir

 

  1. Rudolphus De Groote y avait fait paraître un article le 7/12/2001, comparant Israël et les Juifs à un ténia, voir annexe 2001. P-magazine, est un magazine hebdomadaire néerlandophone masculin (Flandres et Bruxelles) dont le tirage est d’environ 80 000 exemplaires.

 

(p.170) quelques jours plus tard. Comme il portait sa calotte au moment des faits, tout porte à croire qu’il s’agit d’une agression antisémite. Or, des témoins ont eu le sentiment qu’il était plutôt question d’une bagarre entre des bandes rivales qui s’affrontent depuis plusieurs mois.

(…)

 

Retour en Belgique

Deux événements historiques sont célébrés durant le premier semestre 20088 : le soixantième anniversaire de l’État d’Israël, le 14 mai 2008, et l’année de la Pales­tine, soutenue par les partis au pouvoir à la Région bruxelloise et en Communauté française9. Une année palestinienne qui, pour certains, se double de la commé­moration de la Nakba, la catastrophe, la création d’Israël. Cela va donner lieu, à Nivelles, à une manifestation digne des parodies antisémites du Moyen Age, « Le psychodrame de la Nakba», auquel participent en mai 2008 des personnalités poli­tiques comme l’ancien ministre André Flahaut et la députée Ecolo Thérèse Snoy et d’Oppuers.

 

Les soixante ans d’Israël vus de Bruxelles

Le lundi 10 mars 2008, le nouvel ambassadeur de l’État d’Israël en Belgique, Tamar Samash, est l’invitée de «Matin Première» sur la RTBF10, pour faire le point sur la situation au Proche-Orient. Elle est là pour répondre aux questions des audi­teurs, comme c’est la coutume, par téléphone, ou via le blog de la RTBF, où en principe un filtre est mis en place afin d’éviter insultes et dérapages.

Toutefois, l’interview de l’ambassadeur d’Israël passe très vite le cap de la cour­toisie pour se révéler assez agressive. Certaines interventions relayées par la chaîne, sont tellement excessives qu’elles tombent sous le coup de la loi de 1981 contre l’antisémitisme.

 

  1. La liste des incidents du présent ouvrage est clôturée fin juin 2008.
  2. À la Région bruxelloise ce sont le PS, le cdH et Ecolo, et à la Communauté française le PS et le cdH.
  1. De 7h40 à 8hOO et de 8h40 à 9hOO.

 

(p.172) Les réactions aux soixante ans d’Israël sont donc, en Belgique, pour le moins agressives. Le gouvernement belge, les Communautés et les Régions ont d’ailleurs très peu manifesté leur soutien à cet anniversaire. La Communauté française s’est contentée de financer quelques événements culturels, concerts et une soirée, en octroyant un budget assez limité, en comparaison avec les budgets alloués à l’Année de la Palestine, annoncée depuis un an à grand renfort de publicité. Si, en soi, cela ne pose guère problème, c’est le contraste qui est saisissant.

 

(p.173) UNE INAUGURATION SANS PARTAGE

 

L’inauguration a eu lieu en décembre 2007, à la Maison Folie, à Mons, avec l’exposition des œuvres du Zan Studio de Ramallah13. Un groupe qui contraire­ment à bien d’autres groupements d’artistes palestiniens, dénie à Israël le droit d’exister et milite activement en ce sens. Ce collectif d’artistes, qui incarne le refus du dialogue, a été fondé par l’un des participants à Masarat, Basel Nasr, qui sur le site de l’association Intal14, répond à l’interviewer qui lui fait remarquer qu’il « uti­lise l’expression “Palestiniens de 48” pour désigner les Palestiniens qui vivent, en 2007, en Israël ». Il répond : « C’est vrai… Mais il s’agit là d’un choix politique. Tout le monde, les médias, les gouvernements parlent de quarante ans d’occupation, c’est-à-dire depuis la guerre des Six Jours de 1967, quand Israël a envahi la Cisjor-danie et Gaza. Mais pour nous, et pour l’écrasante majorité des Palestiniens, Israël, dans ses frontières de 1948, est une colonie, et les personnes ou leurs descendants qui y vivent, sont des colons. La création d’Israël est, pour nous, une dépossession illégitime qui a débuté en 1948.»

 

  1. http ://philosemitismeblog.blogspot.com/

14 International Action for Liberation, http ://www.intal.be/fr/node/5536

 

(p.174) CIRCUS  BEHIND  THE  WALL

 

L’École du cirque de Palestine présente à Mons le spectacle « Circus Behind the Wall » inspiré de la vie réelle de Palestiniens, « séparés de leur eau, leur terre, leur passé, leurs proches par le mur de la ségrégation ». La barrière de sécurité, construite par Israël pour se protéger des attaques terroristes, est qualifiée de « mur de la ségré­gation » dans la description de ce spectacle16 publiée sur le site officiel de Bruxelles-Wallonie-Palestine 2008. Le programme de Masarat le mentionne sans autre explication quant au type de «ségrégation». Cette référence à la ségrégation n’ap­paraît pourtant pas sur le site de l’Ecole du cirque de Palestine ; en revanche, il

 

16 http ://philosemitismeblog.blogspot.com/

 

(p.175) mentionne avec beaucoup de courtoisie sa collaboration avec le cirque de Jérusalem.

On peut dès lors se demander pourquoi le gouvernement de la Communauté française fait tant d’efforts pour impoter le conflit à travers un événement culturel qu’elle subventionne largement.

Non contents d’accueillir des artistes qui ne reconnaissent pas l’existence d’Israël ou sont à l’origine de messages de haine et d’incitation à la violence à son encontre, ou encore ceux qui oeuvrent au boycott, avec toutes les conséquences réelles auprès d’une jeunesse déjà en manque de repères, c’est surtout une carte d’Israël faisant référence à la Belgique qui fâche.

 

EN WALESTINNE17,   GAZA  C’EST  LES  FOURONS!

Le centre de la polémique est une carte du Moyen-Orient sur laquelle la Flandre est représentée en lieu et place d’Israël et la Wallonie comme les territoires pales­tiniens. Quant à la bande de Gaza, elle figure en lieu et place des Fourons18. Une Palestine sur laquelle on a transposé une réalité politique belge et où les Flamands – agressifs et arrogants — sont les expansionnistes, qui à l’instar de la situation belge veulent annexer la pauvre Wallonie ! Au point où en étaient les inventeurs de cette carte « wallestinienne », on peut se demander pourquoi ils n’ont pas filé la métaphore jusqu’à l’absurde en plaquant sur les Flamands la remarque cinglante que le général de Gaulle décochait aux Israéliens : « Un peuple d’élite, sûr de lui-même et domi­nateur19 ».

Suite aux critiques formulées par la Communauté flamande, la carte a été sup­primée. Par contre, le contenu du site ayant trait à Israël n’a pas été modifié : on y trouve toujours l’expression : le «mur de la ségrégation» ainsi que l’éloge du Zan Studio20.

 

  1. Selon le mot forgé par M. Macina à Paris.
  2. Devenus flamands alors que les Israéliens se sont retirés en 2005 du territoire occupé de Gaza. Source : Belga.
  3. Menahem Macina, www.upjf.org, 10/04/08.
  4. http ://philosemitismeblog.blogspot.com/

 

(p.176) Le psychodrame de la Nakba

Autre événement, qui a suscité émotion et colère, l’organisation en mai dernier à Nivelles, du «psychodrame Nakba».

Les groupes Paix juste au Proche-Orient (PJPO) d’Ittre et Nivelles sont les organisateurs22 de ce qu’ils ont eux-mêmes appelé le «psychodrame Nakba23», joué dans les rues et sur le marché de Nivelles le samedi 24 mai. Des participants à qui l’on avait demandé de s’habiller en Palestiniens, les mains levées, escortés par d’autres participants qui s’étaient habillés en « soldats israéliens » ont défilé dans plu­sieurs rues du centre en hurlant des contre-vérités historiques. Une mise en scène choquante et violente, qui a saisi des spectateurs et fait pleurer des enfants24.

Un psychodrame qui présentait la Nakba comme si elle avait été le résultat d’une intervention unilatérale des Juifs contre la population arabe de Palestine en 1948. Il s’agit là d’un négationnisme historique pur et simple. De la même façon qu’on ne peut passer sous silence les responsabilités du côté israélien, de même, on ne peut pas ne pas rappeler le refus arabe, l’invasion des pays voisins dans l’intention de jeter les Juifs à la mer ou bien les massacres de populations juives qui ont existé comme les massacres de populations arabes25.

 

  1. Marc Abramowicz pour Ittre et Anne Mottart pour Nivelles.
  2. La catastrophe en 1948 pour les Palestiniens.
  3. Sur la vidéo déposée sur YouTube, on voit clairement le déroulement de cette mise en scène http ://www.youtube.com/watch ?v=EXFmYH76aFY
  1. Extrait d’un mail de réaction aux événements de Nivelles, envoyé par le rabbin Alain Michel, docteur en histoire et directeur des programmes éducatifs francophones à Yad Vashem.

 

(p.177) Les représentants des partis politiques invités à parler se sont alors exprimés. Ont pris la parole Thérèse Snoy et d’Oppuers (députée fédérale Ecolo), André Flahaut (PS) et Evelyne Van Pée (cdH), au nom du collège en tant qu’échevine aux relations Nord-Sud.

(…)

En effet, Thérèse Snoy, députée fédérale Ecolo, a tenu des propos antisémites, n’hésitant pas à parler de « pressions de certains groupes juifs » à propos du refus des autorités communales de circuler avec un tracteur en pleine ville de Nivelles le samedi, jour de marché : «Je suis sidérée de voir ce qui se passe à la commune de Nivelles où on subit de pressions. D’abord, on nous a empêchés de circuler avec le tracteur. Maintenant, on voudrait nous empêcher de faire un deuxième tour à pied. Je suppose que ça illustre la capacité de la classe politique malheureusement à être, à subir et à accepter des pressions de la part de certains groupes juifs. Je suppose que cela se passe à tous les niveaux. Et c’est peut-être aussi pour cela que le gouvernement belge est si timide dans ses positions. »

 

LA RÉCURRENCE  D’ANDRÉ   FLAHAUT

André Flahaut, par sa position d’ancien ministre, de conseiller communal à Nivelles et de député socialiste, apportait sans nul doute aux organisateurs une cau­tion de poids. Voici son intervention : «(…) (p.179) Après le CCOJB, et l’ambassade d’Israël, ce sont le Forum d’An­vers, puis le Centre communautaire laïc juif (CCLJ), pour qui M. Flahaut «sème le trouble en induisant une similitude entre la Shoah et le sort des Palestiniens, ainsi qu’une confusion entre soldats israéliens et violeurs », et enfin le Cercle Ben Gou­rion qui va réagir par divers communiqués condamnant tant la manifestation que les propos tenus par les représentants politiques.

La communauté juive — très partagée sur la manière d’aborder ce problème — s’était déjà sentie agressée par les propos du ministre Flahaut lors du saccage du Mémorial à Anderlecht, pendant la guerre du Liban27, un an auparavant. À l’époque ministre de la Défense en charge des victimes de la guerre, il reçoit une demande de l’Agence diasporique d’information (ADI) concernant le bien-fondé de la mis­sion confiée à un de ses fonctionnaires, Henri Laquay dont les sympathies d’ex­trême droite sont de notoriété publique. Son rôle est de recevoir, en tant que représentation de l’État belge face aux Juifs rescapés de la Shoah, les personnes demandant une pension comme victimes de guerre. Pourquoi obliger les survivants à se présenter devant ce candidat FN aux élections communales 1994, qui incarne et soutient, encore aujourd’hui, une idéologie apparentée à celle qui a fait d’eux des victimes ? L’association des deux, par les « hasards » de la fonction publique, est choquante et elle peut être remise en cause même si elle est due au hasard ! Aux demandes adressées au ministre Flahaut, émanant du CCOJB et de l’ADI, de déplacer cette personne dans une autre fonction, il leur a répondu : « Contrairement à ce que vous insinuez, je ne suis pas indifférent au fait que l’État belge puisse être représenté, dans une matière aussi sensible que l’évaluation des dossiers des vic­times des déportations racistes nazies, par un fonctionnaire qui a pu manifester des opinions politiques d’extrême droite. Toute mon action, en particulier dans mes compétences de ministre de tutelle des anciens combattants et victimes de guerre, montre à suffisance mon souci de lutter contre l’extrême droite. Cela étant, ne vous , en déplaise, la Constitution de notre pays garantit à chacun, même à ceux qui véhi­culent des théories nauséeuses fondées sur la haine de l’autre, le droit à la liberté d’opinion, elle garantit aussi le droit d’être poursuivi pour des infractions avérées et pas seulement supposées. Ces principes sont inclus dans le statut des agents de l’État. Dans le cas d’espèce, je n’ai pas connaissance de plaintes reposant sur des faits – les insinuations qui truffent votre article ne suffisent pas —, qui m’autoriseraient à prendre à l’encontre de M. Henri Laquay, l’une ou l’autre des mesures prévues par le statut des agents de l’État. Au surplus, le fonctionnaire dirigeant le service des Victimes de la Guerre est particulièrement vigilant à ce sujet et me confirme que les opinions politiques de M. Laquay28 n’interfèrent en aucune façon, sur la manière dont il traite les dossiers, lesquels sont, en tout état de cause, soumis à un contrôle rigoureux de la part dudit fonctionnaire dirigeant. Je conclurai, dès lors,

 

  1. Voir chapitre 6.
  1. Entretemps, monsieur Laquay a quitté ses fonctions anticipativement en 2008.

 

(p.480) la présente en vous assurant que toutes les garanties m’ont été données que les audiences de la Commission civile d’invalidité se déroulent dans les conditions de sérénité nécessaires et dans le respect des droits des victimes. »

Commentaire de l’Agence diasporique d’information :

« Le ministre Flahaut joue sur les mots, puisque notre article ne demandait pas qu’une sanction soit prise contre le fonctionnaire d’extrême droite, mais bien qu’il soit affecté à un autre poste, où il conservera ses droits acquis. Le ministre a répondu en donnant au lecteur des leçons de droit administratif, le ministre s’épargne d’avoir à se comporter respectueusement avec les victimes juives, qui sollicitent la recon­naissance par l’État des séquelles qu’elles conservent suite aux persécutions raciales qu’elles ont subies, et sont souvent douloureusement angoissées de se trouver dans ces circonstances, toujours très difficiles, face à un militant d’extrême droite.»

Pour en revenir à Nivelles, le casus belli a dépassé les frontières de la petite Bel­gique. Michel Rosenzweig, pour Guysen International news29, écrit un article intitulé, «La Nakba au pays de Tintin30». «Des militaires casqués en uniforme israé­lien, arme au poing, des hommes, des femmes et des enfants maltraités, apeurés, hébétés, des cris, des hurlements, des ordres de déplacement, des passants inter­loqués, certains franchement inquiets, des camions destinés à la déportation dans lesquels on entasse des Palestiniens avec violence, chassés de leurs maisons et de leurs terres, la scène est filmée, mais pas en Palestine disputée ou occupée, ni en Israël, non, la scène se déroule dans une petite ville belge non loin de Bruxelles, à Nivelles, nous sommes le 24 mai 2008 : bienvenue au Royaume de Belgique qui célèbre la Nakba, à l’occasion du 60e anniversaire de l’État d’Israël. […] Lorsqu’on visionne les images sur YouTube, on est partagé, un peu figé et glacé, entre la consternation et l’hébétement, le tout mâtiné d’une nausée diffuse. […] D’une part, un ex-ministre socialiste de la Défense (excusez du peu!) […] D’autre part, une députée fédérale écolo, qui ne se cache pas d’en appeler au complot ourdi par les Juifs, qui, tout le monde le sait, sont partout et surpuissants. […] ».

Pour M. Rosenzweig, les propos sont clairs, les amalgames et accusations sont graves (les femmes violées ? par qui ? par des soldats israéliens ? !) et il n’est pas nécessaire d’être un expert en sémantique pour comprendre le lien entre « les atro­cités dont le peuple juif a été victime » et le parallèle, clairement établi dans le paragraphe suivant, entre le nazisme allemand et un hypothétique nazisme israélien. « Lorsque l’on voit ce même député fédéral, ex-ministre, regarder cette mise en scène cari­caturale avec un sourire de contentement et d’amusement, on ne peut que ressentir le caractère obscène de la scène ainsi que l’aspect pervers qui s’en dégage. Ainsi, les acteurs et les spectateurs complaisants de cette macabre et sordide parodie his­torique étaient censés révéler La Vérité sur un moment douloureux de l’histoire de la création de l’État d’Israël. »

 

  1. Agence de presse francophone d’Israël, qui fournit nouvelles et articles sur le Moyen-Orient.
  2. 28 mai 2008. Pour Guysen International News, texte repris de son site.

 

 

(p.181) LES JUIFS ACCABLENT  FLAHAUT

 

Ce titre31 fait froid dans le dos. Il résume la justification d’André Flahaut : «Je n’ai pas dit ça et je n’ai pas cité l’État d’Israël, réplique-t-il, alignant ses multiples démarches en faveur de la communauté juive : demandez donc à ceux qui ont souffert dans les camps nazis ce qu’ils pensent de moi ! Demandez à ceux avec qui nous avons remis en état le pavillon belge d’Auschwitz ! Demandez aussi qui a permis la création du Musée juif de Bruxelles ! »

Etant donné la présence d’une députée de son parti à Nivelles, Isabelle Durant, coprésidente d’Ecolo, intervient lors d’une émission du collectif Dialogue et Par­tage32, sur Radio Judaïca.

Elle y prend ses distances par rapport aux propos de Thérèse Snoy, pour lesquels elle s’excuse. Ce qui met un peu de baume au cœur, au sein de la communauté juive, toujours sous le choc, de la mise en scène et des propos tenus.

Pourtant, dès le surlendemain elle rectifie, dans Le Soir : « On peut être anti­sioniste sans être antisémite. » On y revient toujours : Comment peut-on désirer l’annihilation d’un pays, sans contenir un fond plus ou moins conscient de haine consciente ou non pour le peuple de ce pays ?

Encore une fois, le poids des mots, le choix des images, est important. Etre antisioniste, ne veut pas dire condamner les implantations ou défendre la naissance d’un véritable Etat palestinien aux côtés d’Israël. Etre antisioniste, c’est précisément être pour la fin d’Israël, que ce soit de manière directe et violente à la manière d’Ahmadinejad, ou de manière sournoise en réclamant un fantasmatique «État binational», dont on sait qu’il ne serait en aucun cas viable.

De la même manière peut-on crier «België barst» sans vouloir la fin d’un État belge et sans être raciste ? Si l’on peut, donc très légitimement, critiquer le gouver­nement d’Israël sans être antisémite, il semble plus difficile d’être « antisioniste » sans être d’une manière ou d’une autre «antisémite». Rappelons qu’Israël est le seul pays à être remis en question, non dans un aspect de son évolution, mais dans le principe même de son existence.

 

  1. Le Soir, 29/5/2008 (p. 7), édition Namur/Luxembourg, sous la plume de Ricardo Guttierez.
  2. Débat organisé par Sara Brajbart-Zajtman, coprésidente du collectif Dialogue et Partage, en présence de Corinne Depermentier, députée fédérale MR.

 

(p.185) En Belgique, les textes racistes, xénophobes, antisémites diffusés sur Internet relèvent de la loi du 30 juillet 1981 relative à la répression du racisme, et de la loi du 23 mars 1995 réprimant le négationnisme8. Ces lois sont-elles pour autant appli­quées dès lors que les documents niant ou minimisant la Shoah sont consultables sur le Net9 ? Si des poursuites pénales étaient engagées, elles ne pourraient, selon une première analyse, que viser des sites belges établis en Belgique. C’est pour cette raison que des sites xénophobes ont été bloqués par leurs fournisseurs d’accès (en anglais : providers) mais profitent aujourd’hui des conditions alléchantes d’hébergement de l’Américain GeoCities10, au grand dam des autorités euro­péennes11.

 

  1. GeoCities est un service d’hébergement Web gratuit, créé en 1994 et détenu par Yahoo.

 

(p.187) Islamisme à la carte

Jean-Yves Camus16, dans une interview au Monde17explique qu’Internet, en donnant la possibilité de recevoir des textes grâce à des listes de diffusion et de télé­charger de la musique à contenu raciste ou antisémite, provoque une démultipli­cation du message. Les inhibitions sont d’autant plus levées que l’anonymat est garanti sur les forums virtuels. «Le site “radio islam” est, semble-t-il, un véritable laboratoire vivant de la haine. Réalisé par un individu isolé, un Marocain réfugié en Suède, il promeut un antisémitisme négationniste. Selon Camus, en ce qui concerne les sites musulmans, il faut faire la distinction entre les identitaires, les islamistes et les djihadistes. Le site belge www.assabyle.com18, par exemple, peut être considéré comme islamiste radical, avec des tendances djihadistes. Le site islamiya, lui, utilise un habillage religieux pour véhiculer un antisionisme radical à forte coloration anti­sémite, par exemple lorsqu’il compare Tsahal à l’armée d’Hitler. On assiste aussi à des dérives inacceptables sur les forums de sites comme www.oumma.com. Ce sont, sans aucun doute, des sites dont les modérateurs ne jouent pas suffisamment leur rôle.

 

  1. Politologue, enseignant à l’Institut universitaire d’études juives Elie-Wiesel.
  2. Propos recueillis par Xavier Ternisien, Le Monde, 16/06/2004. Jean-Yves Camus est spécia­liste de l’extrême droite française, du Front national, et expert des groupes radicaux islamistes. Auteurs de nombreux ouvrages sur le sujet.
  1. Dans le rapport de la commission nationale consultative des droits de l’homme en France, Assabyle est épingle comme étant un «site fondamentaliste, diabolisant le peuple juif et reprenant tous les poncifs traditionnels de l’antisémitisme ».

 

(p.189) Parmi les sites racistes, antisémites et d’extrême droite d’origine belge, on trouve ceux du Vlaams Blok, du Front national, du Front nouveau de Belgique, du Bloc wallon, du VHO, de Blood & Honour-Flanders, d’Aryan Nightmare. Mais aussi le site de Dyab Abou Jahjah, président de l’Arabian European League (AEL) qui encourage la haine, la discrimination et la violence, en particulier à l’égard de la communauté juive. Des plaintes ont été déposées à son encontre. Quant au site d’extrême gauche et antiglobalisation Indymedia Belgium, il a lui aussi véhiculé des propos violents et antisionistes, tout comme le site flamand Kif Kif.

 

(p.190) Les plaidoiries vont démontrer que bien que le site se présente comme un site d’information sur l’islam, www.assabyle.com diffuse essentiellement des textes hai­neux à l’égard des Juifs, des chrétiens et des Occidentaux en général. Exemples de ce que l’on peut y lire : « Les Occidentaux sont tous pareils : leur conscience est pourrie et leur civilisation est trompeuse. Ils prônent une ruse appelée la démo­cratie. » Les textes se concentrent quasi exclusivement sur la haine des Juifs, pré­sentés comme des « mécréants, ennemis, corrompus, maudits, rebelles, ambitieux, sournois, égarés, indignes, désobéissants, transgresseurs, vils, lâches, consternants, faibles, partisans de l’Antéchrist, arrogants, singes et porcs». Les musulmans «modé­rés » y sont également vilipendés pour leur tolérance envers les Juifs et les chrétiens et traités d’« ignorants ».

 

Vente d’objets nazis sur Yahoo

L’UEJF et la Liera ont attaqué conjointement la société américaine Yahoo Inc et sa filiale française afin d’interdire, à partir du 10 janvier 2001, l’accès à la vente des objets nazis sur Internet. Après une bataille juridique de neuf mois, Yahoo s’est enfin résigné en précisant qu’il ne s’agissait pas d’une réponse à la décision de la justice française du 20 novembre 2000, donnant trois mois à Yahoo pour interdire aux ressortissants français l’achat d’objets nazis. Beaucoup se sont félicités de la déci­sion de Yahoo.

En janvier 2006, une cour d’appel de Californie a admis qu’un tribunal français pouvait interdire la vente sur le Net de croix gammées ou d’insignes de SS. Elle a, ainsi, mis fin au différend entre le site américain Yahoo et les associations françaises (UEJF et LICRA), au terme de plusieurs années de controverses fertiles en rebon­dissements.

 

(p.196) Origines de l’antisémitisme musulman

Retour aux sources des relations judéo-musulmanes. Pendant des siècles, l’op­pression des Juifs par les musulmans fut extrêmement dure et stricte ; ce ne fut que grâce à la colonisation européenne qui imposa des lois civiles fondant l’égalité juri­dique de toutes les communautés, vivant sous gouvernement ou protectorat occi­dentaux, que le monde musulman, alors soumis, connut une période d’apaisement et de relations non conflictuelles entre musulmans, Juifs et colons chrétiens. Une période dont on garde un souvenir plutôt agréable et au cours de laquelle les rela­tions avec les Arabes étaient relativement bonnes.

La source de l’antisémitisme et de l’antichristianisme musulman plonge dans les racines de l’islam, qui est d’abord et avant tout la réponse d’un guerrier (Mahomet). Réponse à la domination occidentale incarnée par Rome et à la christianisation du monde poussant l’islam à ses conquêtes du VIIe siècle jusqu’à s’étendre en Europe. Réponse, aussi, à la survivance des enfants de Moïse qui fondèrent le premier Israël après leur fuite d’Egypte.

Comprendre l’Histoire dans sa globalité, c’est comprendre les enjeux d’aujour­d’hui en tenant compte de leurs sources.

 

(p.197) Bat Ye’or a forgé le terme « dhimmitude »5 pour désigner le statut cruel des minorités non musulmanes dans les pays islamiques ou en «terre d’islam». C’est, selon elle, un outil conceptuel qu’elle a forgé en travaillant sur la traduction anglaise d’une édition augmentée de son livre Le Dhimmi.

«La dhimmitude est corrélée au djihad6. C’est le statut de soumission des indi­gènes non musulmans -juifs, chrétiens, sabéens, zoroastriens, hindous, etc. — régis dans leur pays par la loi islamique. Il est inhérent nufiqh (jurisprudence) et à la charia (loi islamique) », précise l’historienne7. « Les éléments sont d’ordre territorial, reli­gieux, politique et social. Le pays conquis s’intègre au dar aï-islam sur lequel s’ap­plique la charia. Celle-ci détermine, en fonction des modalités de la conquête, les droits et les devoirs des peuples conquis, qui gardent leur religion à condition de payer une capitation mentionnée dans le Coran et, donc, obligatoire. Les éléments caractéristiques de ces infidèles conquis (dhimmi5) sont leur infériorité dans tous les domaines par rapport aux musulmans, un statut d’humiliation et d’insécurité obligatoires et leur exploitation économique.» Le statut de «dhimmi» assure éga­lement la protection aux Gens du Livre, les Juifs et les chrétiens, au contraire des païens qui n’ont pas le droit de vivre.

Les dhimmis ne pouvaient construire de nouveaux lieux de culte et la restaura­tion de ces lieux obéissait à des règles très sévères.

Ils étaient obligés de vivre dans des quartiers séparés, de se différencier des musulmans par des vêtements non colorés et de forme particulière, par leur coiffure, leurs selles en bois, leurs étriers et leurs ânes, seule monture autorisée. Ils étaient astreints à des corvées humiliantes, mêmes les jours de fête ainsi qu’à des rançons ruineuses extorquées, souvent par des supplices. L’incapacité de les payer les condamnait à l’esclavage.

Comme partout, il y eut des périodes de tolérance dont profitaient les dhimmis, mais elles demeurent circonstancielles, liées à des conjonctures politiques tempo­raires dont la disparition provoque le retour à une répression accrue.

Cette tolérance, du reste, est provisoire et peut-être abolie si l’autorité musul­mane juge que le dhimmi contrevient aux règlements de son statut. Dans ce cas,

 

  1. Une forme de sous-citoyenneté aux droits limités et inférieurs à celui des musulmans, telle que l’impossibilité pour un Juif d’être propriétaire de la terre en pays d’islam. Les lois de la «dhimmitude» obéissent à trois principes essentiels : l’infériorité des non-musulmans dans tous les domaines, cette situation existe aujourd’hui pratiquement dans tous les pays arabes, en Iran, en Afghanistan, et dans d’autres pays ; la vulnérabilité de l’infidèle, réalisée autrefois par l’interdiction du port d’armes et l’in­terdiction du témoignage contre un musulman, ce qui implique un danger mortel en cas d’accusation de blasphème, une situation encore actuelle, notamment au Pakistan et qui a provoqué les assassinats de Chrétiens innocents. Un évêque catholique pakistanais, John Joseph, s’est suicidé le 6 mai 1998 pour attirer l’attention du monde sur cette injustice ; l’humiliation et l’avilissement du non-musulman imposés par un ensemble très précis de règlements.

 

  1. Guerre sainte. Le jihad est une guerre qui ordonne le massacre des hommes et l’esclavage des femmes et des enfants en cas de résistance. Ces règles continuent jusqu’aujourd’hui, par exemple, au Sud-Soudan, avec l’esclavage des femmes et des enfants des rebelles.
  1. Entretien avec Bat Ye’or sur la dhimmitude et Eurabia (lre partie), par Véronique Chemla pour Guysen International News, 28/01/2008.

 

(p.198) divers châtiments sont envisagés. En outre, la notion de laïcité est inexistante dans l’islam et semble même blasphématoire8.

(…)

Bat Ye’or : «Les talibans l’appliquèrent à l’égard des hindous, les coptes en Egypte continuent d’en souffrir ainsi que les chrétiens en Irak, en Iran, au Sou­dan, au Nigeria. Même la Turquie maintient certaines restrictions sur les lieux de culte. La dhimmitude ne pourra pas changer tant que l’idéologie du djihad se main­tiendra. »

 

Rompre les tabous

Nadia Bouria, journaliste à RTL-TVI, a accepté de répondre à mes questions sur cette problématique : «Les tabous sont tombés. Quand j’étais petite, “Sale Juif, ça ne se disait pas. Aujourd’hui on entend “Sale juif’, même dans le sens “radin”… » Nadia Bouria est toujours perturbée quand elle entend ce type de langage, car ses parents l’ont éduquée dans la tolérance.

 

(p.203) Ainsi, après des siècles d’antijudaïsme chrétien, où les Juifs sont accusés de déi­cide, celui-ci existe toujours. Il s’est d’ailleurs exprimé ouvertement, par exemple, dans le film de Mel Gibson, la Passion du Christ (2004), où le peuple juif est — une fois encore — accusé de la mort du Christ. Il s’exprime de manière feutrée égale­ment : avez-vous déjà entendu deux amies parler d’une soirée, tout en poussant leur chariot dans une grande surface ? Si vous entendez : «Je n’y ai pas été car il y avait trop de “Lituaniens” », sachez que ce sont les Juifs que cette dame voulait éviter.

 

(p.204) Par ailleurs, lorsque un ministre de la Défense6 dérape au Mémorial ou lors­que le même, redevenu député fédéral, monte sur une estrade pour faire un nouveau discours fait d’amalgames, n’entraîne-t-il pas la responsabilité de son groupe politique au Parlement, mais aussi celle de l’État belge dans son sillage? Lorsqu’une ministre de la Culture à la Communauté française laisse s’installer un malaise grandissant sur un comportement qui ressemble de plus de plus à de l’anti­sémitisme et ne subventionnant plus une trilogie juive mettant ainsi en péril le théâtre, quel message fait-elle passer7 ? Lorsqu’au sein d’une asbl, Le Bois du

 

  1. Il s’agit d’André Flahaut. Les faits sont décrits supra.

7 Il s’agit de la manière dont Richard Kalisz, directeur du Théâtre Jacques Gueux, a été malmené suite à la demande de subside de la trilogie juive (trois pièces à thème juif, dont Quelque chose d’Anne Frank). D’abord un avis positif transformé en avis négatif, suppression de subsides des remarques sur l’existence d’un antisémitisme d’extrême gauche, jusqu’à une remarque du comité d’avis à la ministre disant : « Il n’y a pas de ligne de conduite sauf d’assurer un complément de salaire au directeur. » La formule est saisissante.

 

(p.205) Cazier8, le conseil d’administration présidé par Jean-Claude Van Cauwenberghe, refuse qu’un artiste crée une structure en étoile de David car un conseiller com­munal socialiste et l’autre écolo estiment que cela fait penser à Israël, alors qu’ils ont de la «compassion» pour les Palestiniens. Cela n’entraîne-t-il pas la responsabilité du conseil d’administration tout entier, voire de la ville de Charleroi ou de la Région wallonne? L’argumentaire ne se trouve pas dans les procès-verbaux et malgré l’action dynamique de l’échevin libéral de Charleroi, Philippe Sonnet, sou­tenu en cela par l’échevin cdH aussi de Charleroi, Antoine Tanzilli, l’exposition ne se déroulera pas comme le peintre l’a souhaité au départ. La structure, dont la forme en étoile de David se voit d’en haut, déjà présentée lors d’une exposition en Italie dans des lieux similaires, ne s’y trouvera pas. À méditer.

 

IL Y A TROIS  CHOSES  QU’ALLAH   N’AURAIT JAMAIS   DÛ  CRÉER: «LES  PERSES,   LES  JUIFS   ET  LES   MOUCHES9

 

  1. Par Pilar Rahola, écrivain, ancienne députée du Parti socialiste espagnol, publié le 14/11 /2007. Conférence à l’Unesco Paris.

 

(p.207)

«LE  COMPTE  À  REBOURS   POUR   L’ANNIHILATION DU  RÉGIME  SIONISTE A COMMENCÉ. »

Imaginez qu’un rabbin fasse un discours de ce type : « II faut tuer tous les musulmans. Tout le monde déteste les musulmans. Ce n’est qu’avec leur extermi­nation que nous pourrons accéder au paradis. Ils détruisent tout. Tout le monde veut se venger d’eux. Ce sont des porcs14… » Et imaginez que la télévision israé­lienne diffuse de tels propos, sans aucune mise en garde ! Je suis persuadée que tous les médias occidentaux en parleraient, le dénonceraient sur le ton critique que cela mériterait. Cela ne fait aucun doute : ce type de déclarations ferait la une des journaux télévisés et de la presse écrite. Nos parlementaires rentreraient des inter-

 

14 Palestinian Media Watch, 03/09/2004.

 

(p.208)

pellations et qui sait, peut-être qu’une plainte serait déposée sur base de l’une ou l’autre loi. En tout cas, à juste titre, la réprobation serait unanime.

Retour à la réalité. La presse égyptienne, saoudienne, palestinienne, pour ne citer que quelques exemples connus, tout comme de nombreuses publications et déclarations dans ces pays, contiennent des propos antisémites, offensants pour le peuple juif. Mahmoud Ahmadinejad, le président iranien, ne cesse d’attiser la haine antisémite par plusieurs biais. Le premier est le négationnisme, on l’a vu, tout comme on a vu le peu de réactions à ses discours et actions. Quand on l’entend, on peut vraiment se dire que si un jour l’antisémitisme a créé la Shoah, aujourd’hui, la Shoah crée un antisémitisme. Et malgré les commémorations et les outils pédago­giques mis en place à travers l’Europe jusqu’aux États-Unis, des personnes peuvent à nouveau se lever et déclamer des obscénités sur la Deuxième Guerre mondiale sans susciter de réactions ou de réprobations fortes.

 

(p.210)

(…) Il faut refuser le racisme au nom d’une prétendue ignorance. Il faut batailler pour que la lutte contre l’antisémitisme devienne un levier d’émancipation pour des jeunes issus de l’immigration. La loi ne bouleversera pas les mentalités, les usages, les préjugés institués par des siècles d’antisémitisme. Il faut que la législation soit un outil mais pas le seul. Il faut que l’éducation retrouve ses droits, que le respect mutuel soit l’étalon de mesure. Et certains politiques devraient sans doute y réfléchir. Quand un parlementaire insulte un pays, quand un ministre délégitime ses dirigeants, même sous le coup de l’émo­tion, cela s’entend jusqu’au cœur des foyers et des classes. Et cette émotion est interprétée on l’a vu, et traduite dans les actes, souvent agressifs et violents. Alors l’incompréhension est totale, le dialogue est bloqué.

2000

 

H. Manfred (Bruxelles), Extrême-droite: ne pas arborer d’étoile jau­ne pour manifester, LS 06/03/2000

 

Permettez-moi une réflexion d’un vieil homme qui a porté l’étoile jaune en 1943 à Bruxel­les. A cette sinistre époque, c’était pour moi et tant d’autres non seulement un signe d’infa­mie, mais aussi le malheur d’être raflé par l’occupant. (…)

Aujourd’hui, je vois lors des ma­nifestations contre la montée de l’extrême droite, lors d’autres manifestations aussi, des per­sonnes qui portent l’étoile jaune. Permettez-moi de considérer cela comme un abus. Je com­prends certes l’évocation de la mémoire et l’identification que l’on veut faire comprendre, mais je ne trouve pas cela fort à pro­pos. Porter aujourd’hui l’étoile jaune n’expose à aucun risque. En 1943, la porter, c’était dans la plupart des cas être pris, et terminer sa vie dans l’indicible. Il y a des symboles qui méritent le respect et l’exemplarité. En fai­re sans le vouloir un signe de protestation, c’est lui donner une résonance différente et moins destructrice qu’à cette si­nistre époque.

 

2002

Cocktail Molotov devant une synagogue de Schaerbeek, LB 06/05/2002

 

2002

http://debriefing.org/0585.html

 

Un brûlot antisémite en wallon “La terre est moins sèche que le coeur d’un juif”


15/04/2002
[Notre ami Rafi nous transmet ceci, que nous répercutons bien volontiers, tout en nous associant énergiquement à la juste réaction d’indignation de ce monsieur. Faites de même. Les réactions seront publiées à la suite de l’article incriminé. Merci. Menahem]

[18 avril 2002, On nous communique qu’une erreur regrettable s’est glissée dans les références du journal qui a publié ce qui suit. Veuillez noter qu’il s’agit de

PUBLI-HEBDO
55 rue de la Régence
4000 Liège
Tél 04/230.55.55
Fax : 04/223.12.30
Mail redac.liège@plus.be

et non de LES ANNONCES DE L’OURTHE. Merci de ne pas vous tromper de cible.]

Je suis membre de la communauté Israélite de Liège (Belgique), et j’habite dans une petite ville de 10.000 habitants (Aywaille) dans les Ardennes Belges.

Voici la “prose” d’un journaliste local : JEAN HONHON, écrivant en wallon (vieux patois) sous le nom de BELLEM.
La traduction est un peu “bonne enfant” mais elle est quasi littérale, les annotations en rouge sont personnelles, l’original se trouve, quant à lui, à la suite de ma traduction.

Le journal dans lequel parait cette “prose” est :
LES ANNONCES DE L’OURTHE
Tél : 0032-86/21.12.08 – 21.20.22
Fax : 0032-86/21.34.18
E-mail : samuel.piroton.be

Aidez-moi svp car je suis seul dans cette région, il faut qu’un maximum de fax ou de mail d’indignation inondent la rédaction de ce journal.

Cordial shalom et à bientôt,

M. M.

Où sont-ils les justes ?

On m’a souvent parlé d’une femme de Lincé-Sprimont (petit village des ardennes belges), morte depuis des années.
Quand elle regardait la terre de son jardin elle disait toujours :”elle est aussi sèche que le coeur d’un juif”.
Je m’étais toujours dit qu’elle exagérait un peu.

Après la guerre de 40, je me suis souvent “fait du mal” des juifs et de leurs millions de morts dans les camps nazis.
J’ai pris part à des cérémonies dans lesquelles des représentants d’Israël venaient dire “merci” à des gens de chez nous parce qu’ils avaient caché des juifs pendant la guerre.
– “Vous êtes des Justes parmi les Justes”

Il est vrai que des gens de Cornemont, de Sprimont, d’Aywaille ont sauvé des juifs. C’étaient des courageux, si les “boches” l’avait appris, cela aurait été la mort pour eux et leur famille.
Aujourd’hui, les Israéliens font comme les “boches” il y a 60 ans.
En Palestine, ils se conduisent comme les nazis chez nous.
Ils rentrent en Palestine pour toutes sortes de raisons qui n’en sont pas.
Avec leurs protecteurs américains ils n’arrêtent pas de parler de terrorisme.
Ils (les juifs) ne veulent pas admettre que les Israéliens font de l’occupation.
Quand notre pays était occupé, les journaux de l’occupation et les collaborateurs traitaient nos résistants de terroristes
(mais à cette époque les résistants ne tuaient pas de civils).
Et pendant ce temps, on parle, on parle et on ne fait rien.
Quand il y a eu les guerres en Yougoslavie, en Afrique, on y a envoyé des soldats des Nations-Unies.
Ici rien.
C’est le meilleur moyen d’écraser la Palestine et de faire cadeau de leur terre aux Israéliens.
Ainsi, ils n’auront même plus besoin de la voler.
Je suis allé me promener à Lincé (petit village des Ardennes belges).
Je me suis baissé pour prendre un peu de terre dans mes mains. Je l’ai laissée couler en poussière entre mes doigts et j’ai pensé à cette vieille dame, en me disant que la terre était moins sèche que le coeur d’un juif.
J’ai aussi pensé que, comme on cachait les juifs en 40, maintenant je cacherai bien volontier des Palestiniens à la maison.

Et, par moment, je deviendrais un terroriste.

Quelle fierté si Arafat me prenait dans ses bras en me disant que je suis un Juste!

================

Concerne l’article du journaliste JEAN HONHON
LES ANNONCES DE L’OURTHE
Tél : 0032-86/21.12.08 – 21.20.22
Fax : 0032-86/21.34.18
E-mail : samuel.piroton@vlan.be

Monsieur,

Par la présente, je vous fais part de ma totale désapprobation et de mon indignation devant l’article du journaliste local JEAN HONHON, écrivant en wallon (vieux patois) (sic – terme raciste), sous le nom de BELLEM, des idées antisémites, racistes et fascisantes.
Vous connaissez sûrement les conséquences que le racisme et l’antisémitisme ont provoquées, en 1933.
Il vous serait utile pour votre propre honneur de produire rapidement un rectificatif, afin de ne pas permettre que soient assimilés les Wallons au nazisme destructeur.
S’il est vrai que la wallonie n’a jamais été reconnue comme possédant une âme fort royaliste, ici, nous ne pouvons pas admettre d’avantage que le national-socialisme d’antan revienne à grand pas dans notre démocratie souillée par des élucubrations fascistes palestiniennes.

Recevez les marques de ma profonde désolation

Jacques Sobieski
webmaster

2002

J.-C. M., La Belgique frappée pour la 3e fois, LB 19/04/2002

 

Incendie criminel d’un immeuble abritant une librairie et un traiteur juifs.

 

2003

Kissine Mikhail (étudiant à l’ULB, chercheur à la VUB), La responsabilité du juif, LS 23/05/2003

 

M. Wieviorka, cité par Claude Demelenne: “Les Juifs ne sont pas responsables de l’antisémitisme, mais ils peuvent contribuer à le faire reculer /…/ en se distanciant de la politique de Sharon.”

La recette, courante dans la presse, sous son apparent bon sens, cache une argumentation chère à l’extrême-droite. En somme, lorsque des Marocains sont victimes d’une discrimination raciste, bien que ce ne soit pas de leur faute, c’est à eux de montrer que les racistes ont tort! Un tel raisonnement vise à se défaire de la responsabilité du racisme et de l’antisémitisme, présentés comme maux inévitables, issus du comportement des victimes.

En outre, attribuer à ces victimes un moyen d’enrayer la xénophobie, c’est déjà reconnaître une raison aux antisémites: les juifs n’ont qu’à agir, n’ont qu’à changer, pour ne plus être victimes. L’horreur de tout comportement xénophobe – et l’antisémitisme ne s’en distingue pas – réside dans l’irrationalité de la haine qu’il déclenche. Lier le climat antisémite ambiant à la situation politique au Proche-Orient, c’est doter le racisme d’un titre de noblesse qui lui manque pour pénétrer les milieux intellectuels: une raison. (…)

 

2004

Cédric Petit, Dieudonné jouera finalement à Woluwé-Saint-Pierre, LB 26/02/2004

 

Le Conseil d’Etat a tranché en faveur de l’humoriste, qui avait été interdit de scène.

Il pourra aussi se produire à Seraing, où l’interdiction a été levée ce mercredi.

 

2004

Michèle Szwarcburt (présidente du Centre communautaire laïc juif), Antisémitisme : la loi du silence, LS 06/02/2004

 

Dans le cadre de l’organisation, le 24 avril prochain, d’une manifestation nationale pour la défense de la démocratie, contre le racisme et contre le fascisme, le comité du Front anti-fasciste (FAF) a en effet catégoriquement refusé d’inclure la lutte contre l’antisémitisme dans sa plate-forme et ses slogans. Le comité organisateur, composé des partis démocratiques, des syndicats et de nombreuses organisations du monde associatif, choisit d’ignorer la résurgence

de l’ antisémitisme observée depuis plus de 3 ans en Europe et en Belgique.

Au cours des trois réunions préparatoires, nous avons exprimé notre inquiétude et notre désarroi à l’égard de ce phénomène, plus particulièrement lorsque les principaux foyers de diffusion de cete haine à l’égard des Juifs sont des organisations de la mouvance tiers-mondiste ainsi qu’une frange de la population d’origine maghrébine.

(…)

Toujours prestes à dénoncer l’antisémitisme quand il sévit dans les rangs de l’extrême droite, comme en Autriche, nos amis antifascistes se montrent soudain réticents à le condamner quand il se manifeste sous leurs yeux en Belgique. Si nous comprenons bien le discours qu’ils nous ont tenu, il n’y aurait aucun regain d’ antisémitisme en Belgique, les Juifs exagéreraient, ils ramèneraient constamment le racisme à eux-mêmes, il n’y aurait pas d’ antisémitisme au sein de la population arabe, et les incendies de synagogues et de commerces juifs, tout comme les agressions de rabbins ou d’élèves d’écoles juives, seraient exagérés par les Juifs, ces actes

étant, d’après ce qu’il nous a été répondu, simplement le fait d’exclus et de déséquilibrés et non d’antisémites…

(…) Présent aux réunions préparatoires, le Centre culturel arabe se distingue particulièrement dans cet exercice lorsqu’il épingle et cautionne dans son bulletin bimestriel les stéréotypes visant les Juifs tels que « manipuler durement l’argent par le prêt à intérêt, « couler » certaines professions en acceptant des conditions de travail indignes et surtout faire toujours cause commune avec le plus fort ». « Leur implication », précise-t-il, « dans la vie capitaliste américaine, leurs monopoles commerciaux, leur contrôle de certains secteurs dans les affaires, renforcent cette réputation ». Il ajoute même que cette réputation correspond parfois à une réalité en cours . (…)

 

Cette carte blanche a été signée par le Conseil d’administration du CCLJ :

David Susskind, président d’honneur,

Geoffrey Appelbom, Benjamin Beeckmans, Brigitte Feys, Santo Franco, Dorothée Gabai, MireilleGancarski, Joël Goldbeter, Yves Goldstein, Henri Gutman, Oriana Klausner, Joël Kotek, David Kronfeld, Jacques Ouziel, Marek Pznanski, Katty Rojtman, Lucy Rozenbaum, Michaël Spiegl, Yaël Spiegl, Selma Szwarcman, Kervin Van Loo, Laurent Violon, Nicolas Zomersztajn et Olivier Boruchowitch, rédacteur en chef du magazine « Regards »

 Contacts : info@cclj.be – www.cclj.be

 

2005

Renée-Anne Gutter, Le souvenir pour lutter contre le racisme, LB 16/03/2005

 

Verhofstadt compte demander des excuses au nom de la Belgique à ceux qui ont été les victimes de l’Holocauste à cause du « moins beau rôle que certaines administrations belges ont joué dans l’Holocauste ».

 

NB : Rien ne justifie ces « excuses » puisque la collaboration avec l’Occupant fut l’oeuvre d’inciviques.

Encore une manoeuvre politique d’un mauvais goût.

 

2006

L’AMBASSADE D’ISRAËL NOUS ÉCRIT, in : LS 08/11/2006

 

L’éditorial  de Jurek  Kuczkiewicz, paru dans Le Soir du 2 novembre dernier, est révélateur. Fidèle à sa ligne, vo­tre journal, qui semble ne pas avoir une haute opinion de la capacité d’analyse et de réflexion de ses lecteurs, jette, une fois de plus, l’opprobre sur Israël et sur  ses dirigeants.

Le titre de l’éditorial est d’ail­leurs éloquent. En mettant le danger auquel le peuple israé­lien est exposé entre parenthèses, le ton noir-blanc est donné. Dans ce schéma manichéen préé­tabli du Bien contre le Mal, le lec­teur n’est plus invité à réfléchir, mais à prendre le « bon parti ».

Dès lors, comment s’étonner de ce qu’Israël ainsi que ses diri­geants soient condamnés par votre journal, sans avoir eu droit à un procès équitable ?

Oubliées, les quelque 1.100 vic­times israéliennes du terrorisme palestinien, elles aussi tombées ces dernières années « par petits nombres ». Un terrorisme que vo­tre journal se plaît à qualifier de « lutte armée », terminologie tel­lement plus romantique.

Oubliés, les milliers de missiles tirés par le Hamas et le Hezbol­lah contre le sud et le nord d’Is­raël. Tout ce qui pourrait d’une certaine manière ternir l’image des détracteurs d’Israël, est soi­gneusement tu et sciemment oc­culté, dans le but manifeste de désigner un seul coupable Peu importe si Solana vient de déclarer que l’aide européenne aux Palestiniens a augmenté cet­te année. Peu importe si l’ONU vient de rappeler qu’il faut désar­mer les milices au Liban. Peu im­porte si le gouvernement palesti­nien actuel déclare toujours qu’il ne reconnaîtra jamais Israël.

En faisant abstraction de ces réalités, les dangers auxquels est exposé le peuple israélien, ainsi que la souffrance allant de pair, deviennent pour Le Soir une pa­renthèse. Heureusement que le peuple palestinien est dirigé par des personnalités aussi intègres qu’ouvertes au dialogue et dé­vouées à son bien-être.

En taisant les faits, en manipulant le langage avec talent, en jouant brillamment sur les mots, ne risque-t-on pas de franchir la ligne étroite séparant l’analyse pertinente du journalisme en­gagé ? 

 

CARMELA SHAMIR PORTE-PAROLE AMBASSADE D’ISRAËL

 

2006

Le Mémorial des déportés juifs saccagé, LB 26/07/2006

(à Anderlecht)

 

2006

Nico Hirtt, C’est le sionisme qui mène à la guerre, LB 25/07/2006

 

On s’est offusqué d’entendre le prési­dent iranien dire qu’il fallait “rayer Is­raël de la carte”. Ce serait pourtant bien l’unique solution que de voir dispa­raître politiquement bien sûr, l’Etat d’Israël et, pareillement, les prétendus “territoires palestiniens”, ces nouveaux bantoustans. Gommons de la carte du Moyen-Orient la frontière honteuse en­tre juifs et Arabes. La politique de “deux peuples, deux Etats”, la politique du partage de la Palestine sur une base religieuse et ethnique, est une politique d’apartheid qui n’apportera jamais la paix. Revenons-en à ce qui fut toujours, jusqu’à Oslo, le projet de l’OLP, mais aussi celui d’un grand nombre de juifs comme, derechef, le grand physicien et humaniste Albert Einstein : “II serait, à mon avis, plus raisonnable d’arriver à un accord avec les Arabes sur la base d’une vie commune pacifique que de créer un Etat juif.

 

NB Physicien exceptionnel, Albert Einstein n’avait jamais apparemment vécu en Palestine où les juifs étaient carrément persécutés par leurs « compatriotes » arabes avant la création d’Israël…

 

 

2008

 

Johan Viroux (Bastogne), Marches folkloriques, DH 30/08/2008

 

“Comme chacun le sait, il existe deux types de marches militaires dans l’Entre-Sambre-et-Meuse : l’un avec d’an­ciens costumes de l’armée belge et bel­ge-hollandaise et l’autre avec des costumes napoléoniens. Or, des histo­riens ont suffisamment démontré que Napoléon était un dictateur raciste : il a fait exterminer à Haïti des centaines d’esclaves noirs avides de liberté, dé­porter des Tziganes dans le sud-est de la France, édicter des lois dites infâmes contre la communauté juive, etc. Mal­gré cela, une bonne moitié des mar­cheurs s’entête toujours à défiler en partie en l’honneur de ce dictateur qui régna avec une discipline de fer sur no­tre pays. Est-ce une façon de respecter l’Histoire de la Belgique, voire l’Histoire tout court ? Évidemment que non. Comme l’ont déjà signalé d’anciens combattants, cela ne vaut pas mieux que le Vlaams Belang dont des activis­tes /en uniforme/ aboient België barst (que la Belgi­que crève). Il faut que tout cela cesse !”

 

2008

 

Une affiche ‘second degré’ de la VRT sur Berlin jette le trouble, in : LB 26/11/2008

 

Une affiche de promotion de Canvas suscite la polémique dans le monde juif.

Canvas a diffusé dans certains magazines une affiche provocante où l’on voit le présentateur en tenue Chippendale, mini-slip aux poils pubiens débordants, avec le bras tendu sur fond de drapeau nazi.

(..) Même si l’émission présente un Berlin aux antipodes de la capitale nazie…

 

2009

Fam. S. P. (Anvers), in : Le Soir Magazine, 24/01/2009

 

Sur votre éditorial “Massacre et hypocrisie”

 

«Votre éditorial “Massacre et hypocrisie” n’est qu’une analyse simpliste (…) Avec ses victimes, la guerre est toujours tragique. Il n’y a pas de guerres propres. Néanmoins, vous qui critiquez, sans doute êtes-vous plus intelligent que les dirigeants israéliens, toutes tendances confondues y compris la gauche. Avez-vous une alternative plus pacifique pour arrêter les tirs de Grad et de Kassam qui pleuvent sur Israël? Ces tirs, depuis des années, terrorisent près d’un million d’Israéliens. Je voudrais aussi vous rappeler que le Hamas ne reconnaît ni Israël ni les accords signés par l’Autorité palestinienne. En plus de cela, Israël s’est retiré de la bande de Gaza qui est “Judenrein”. Depuis ce retrait, le bombardement sur le sud d’Israël s’est intensifié. Que ferait la Belgique si près de 20% de sa population était en permanence terrorisée? Peut-être avez-vous des solutions miracles?»

 

 

2009

FIN DE L’EUROPE ?, in: RE 80/2009

 

Votant au parlement européen une résolution sur ‘la conscience européenne et le totalitarisme’ (n° RC-B6-0165/ 2009), 293 eurodéputés (contre 287 et 25 abstentions) ont rejeté son amen­dement n°7 qui proposait d’adopter les principes du Tribunal de Nurenberg comme référence de l’Union européenne dans les investigations et évaluations des crimes des régimes totalitaires. Certains remettent en cause la valeur du Tribunal, arguant que ‘des criminels siégeaient parmi les juges’ et évoquant Dresde, Katyn, Hiroshima et les crimes staliniens. Plus grave encore, peut-être: 124 députés européens ont osé refuser de reconnaître avec l’amendement n° 19 ‘le caractère unique de l’Holocauste’ et 17 se sont abstenus, prétextant en géné­ral que ce serait donner une arme à Israël pour se prémunir contre toute réaction à sa politique à l’encontre des Palestiniens.

Cette complaisance pour les thèses négationnistes ne laisse pas d’in­quiéter les fidèles missionnaires de la pensée correcte, à qui ce parlement finira par faire honte.

 

2009

Rik Van Cauwelaert, /Interview met André Gantman, voorzitter van de Joodse organisatie B’nai Brith, jurist en gewezen VLD-schepen van de stad Antwerpen/, Knack, 04/02/2009, p.26-27

 

Gevaar voor wereldvrede

Het recente militaire optreden van de Israëli’ s in Gaza deed in Europa de polemieken heroplaaien, zoals die over de vergelijking die Vlaams minister Bert Anciaux had gemaakt tussen de vermoorde kinderen in Dendermonde en de Palestijnse kinderen die slachtoffer werden van de bombardementen op Gaza. Gantman vreest dat achter veel van die verwijten aan het adres van Israël een verdoken antisemitisme schuilt. Hij gaat daar in zijn boek Jood zijn is een avontuur uitvoerig op in.

(…)

‘Wij sturen toch troepen naar Afghanistan?’, zegt André Gantman. ‘Belgische vliegtuigen bombarderen daar terroristen die ons, Belgen, niet rechtstreeks bedreigen, laat staan dat ze hier moordende aanslagen hebben gepleegd. Toch zijn er die niet aanvaarden dat Israël, dat dagelijks vanuit het Gazagebied met raketten werd bestookt, een einde tracht te maken aan de moordende drijverijen van het Hamasregime. Wat mij doet vermoeden dat hier iets anders, een heimelijk antisemitisme, in het spel is.’

(…)

‘De aflevering van Man bijt hond van vorige week vrijdag, 30 januari, over de onvrede van de Joodse gemeenschap over de verklaringen van Bert Anciaux was ronduit kwetsend en bevatte allé ingrediënten die indertijd ook door Der Stunner werden aangewend. Ik vraag me af welke de reactie zal zijn van het Centrum voor Gelijke Kansen, dat vaak afzijdig blijft in gevallen van anti­sémitisme.’

Ook de vergelijking tussen de oorlog in Gaza en het beleg door de Duitsers van het getto van Warschau, die een groep prominente Engelse Joden onlangs maakte in de krant The Guardian, snijdt volgens Gantman geen bout.

‘Het zou de ondertekenaars van die brief duidelijk moeten zijn dat er geen vergelijking mogelijk is tussen Gaza en het getto van War­schau. In het getto werden honderdduizenden Joden door de nazitroepen samengedreven met slechts één doel: hun totale vernietiging, ‘ausrotten ‘, in Auschwitz en Treblinka. De opstand in Warschau begon op 19 april 1943 toen de nagenoeg 60.000 over-levenden beslisten zich niet langer aïs vee naar de slachtbanken te laten leiden.

‘Wat in Gaza gebeurde, is vreselijk. Je zult mij niet het tegendeel horen beweren. Maar Hamas heeft geen ander doel dan de vernie­tiging van Israël en het wordt daarbij geholpen door Iran en Syrië. Hamas heeft nooit geaarzeld kinderen uit te sturen als zelfmoordenaars. Ik kan me niet herinneren dat Bert Anciaux daar ooit tegen heeft geprotesteerd.

‘Het gaat hier niet om een oorlog tegen het Palestijnse volk met het oog op een zuive-ring. De militaire campagne is een antwoord op de raketaanvallen georganiseerd door Hamas vanuit Gaza. Hamas gebruikt de eigen bevolking als schild. De vijanden van de Palestijnen in Gaza zijn niet de Israël!’s, maar de top van Hamas, die veelal elders veiligheidzocht.’

 

2009

Rik Van Cauwelaert, „Wij sturen toch troepen naar Afghanistan?“, in: Knack 04/02/09, p.26-27

 

Volgens André Gantman, voorzitter van de Joodse organisatie B’nai Brith, jurist en gewezen VLD-schepen van de stad Antwerpen, steekt het antisemitisme andermaal en zonder schroom de kop op.

 

(p.26) Want na de Tweede Wereldoorlog waren de Joden er vrij gerust op. ‘Na de shoah moest het antisemitisme wel onderdrukt worden, dat kon niet anders.’

Daarin kwam verandering na de Zesdaagse Oorlog. ‘Van dan af, zo schrijft Gantman, ‘werden Israël en het zionisme zodanig gedemoniseerd, dat het antisemitisme andermaal en zonder schroom de kop opstak.’

 

Gevaar voor wereldvrede

Het récente militaire optreden van de Is­raëli’s in Gaza deed in Europa de polemieken heroplaaien, zoals die over de vergelijking die Vlaams minister Bert Anciaux had gemaakt tussen de vermoorde kinderen in Dendermonde en de Palestijnse kinderen die slachtoffer werden van de bombardementen op Gaza. Gantman vreest dat achter veel van die verwijten aan het adres van Israël een verdoken antisemitisme schuilt. Hij gaat daar in zijn boek Jood zijn is een avontuur uitvoerig op in.

 

(…) ‘Wij sturen toch troepen naar Afghanistan?’, zegt André Gantman. ‘Belgische vliegtuigen bombarderen daar terroristen die ons, Belgen, niet rechtstreeks bedreigen, laat staan dat ze hier moordende aanslagen heb-ben gepleegd. Toch zijn er die niet aanvaarden dat Israël, dat dagelijks vanuit het Gazage-bied met raketten werd bestookt, een einde tracht te maken aan de moordende drijverijen van het Hamasregime. Wat mij doet vermoeden dat hier iets anders, een heimelijk antisemitisme, in het spel is. ‘               

(…)

‘De aflevering van Man bijt hond van vorige week vrijdag, 30 januari, over de onvre-de van de Joodse gemeenschap over de verklaringen van Bert Anciaux was ronduit kwetsend en bevatte alle ingrediënten die indertijd ook door Der Sturmer werden aangewend. Ik vraag me af welke de reactie zal zijn van het Centrum voor Gelijke Kansen, dat vaak afzijdig blijft in gevallen van anti­sémitisme.’

Ook de vergelijking tussen de oorlog in Gaza en het beleg door de Duitsers van het getto van Warschau, die een groep prominente Engelse Joden onlangs maakte in de krant The Guardian, snijdt volgens Gantman geen bout.

‘Het zou de ondertekenaars van die brief duidelijk moeten zijn dat er geen vergelijking mogelijk is tussen Gaza en het getto van War­schau. In het getto werden honderdduizenden Joden door de nazitroepen samenge-dreven met slechts één doel: hun totale vernietiging, ‘ausrotten’, in Auschwitz en Treblinka. De opstand in Warschau begon op 19 april 1943 toen de nagenoeg 60.000 overlevenden beslisten zich niet langer aïs vee naar de slachtbanken te laten leiden.

‘Wat in Gaza gebeurde, is vreselijk. Je zult mij niet het tegendeel horen beweren. Maar Hamas heeft geen ander doel dan de vernie­tiging van Israël en het wordt daarbij gehol-pen door Iran en Syrie. Hamas heeft nooit geaarzeld kinderen uit te sturen als zelfmoordenaars. Ik kan me niet herinneren dat Bert Anciaux daar ooit tegen heeft geprotesteerd.

‘Het gaat hier niet om een oorlog tegen het Palestijnse volk met het oog op een zuivering. De militaire campagne is een antwoord op de raketaanvallen georganiseerd door Hamas vanuit Gaza. Hamas gebruikt de eigen bevolking als schild. De vijanden van de Palestijnen in Gaza zijn niet de Israëli’s, maar de top van Hamas, die veelal elders veiligheid zocht’.

 

ANDRÉ GANTMAN,

JOOD ZIJN IS EEN AVONTUUR,

PELCKMANS

 

2009

SERAIT-CE LA GUERRE ?, in : R.E., 79/2009, p.16-17

 

Après plus d’un mois de réflexion, et probablement de négociations, le CCOJB (Comité de coordination des organisations juives de Belgique) a porté plainte, auprès du Centre pour l’éga­lité des chances et la lutte contre le racisme et l’antisémitisme contre les 85 organisations non gouvernemen­tales, syndicats et partis politiques. Ceux-ci auraient été à la base de la grande manifestation du 11 janvier contre la poursuite de la guerre à Gaza. Parmi les suspects, il y a rien moins que le Parti socialiste (PS) et le Centre démocrate et humaniste (CDH). Le CCOJB, qui leur reproche que, sur de nombreux calicots, les Juifs ont été comparés aux nazis et Gaza à Auschwitz, remarque qu’il s’agit de violations de la loi contre le négationnisme et de la loi contre le racisme, l’antisémitisme et la xéno­phobie. Elles peuvent être lourde­ment sanctionnées. D’après l’agence Belga, l’asbl Résistances, observatoire de l’extrême-droite, dont certains membres ont suivi et filmé la mani­festation, initierait des plaintes contre inconnus. Le parti MR, qui n’est pas inquiété bien que certains de ses membres aient été repérés en pleine action, recommande à la ville de Bruxelles de mieux gouverner démo­cratiquement les manifestations. Il n’y aura probablement pas de guerre entre le CCOJB et les partis et syndicats. Plutôt des protestations vertueuses et de bons et salutaires accords pour l’avenir. Et, pour l’exemple, quelques sacrifices hu­mains d’antisémites enragés qui fe­ront comprendre aux autres où est l’intérêt bien compris des bons démo­crates.

 

2009

SERAIT-CE LA GUERRE ?, in : R.E., 79/2009, p.16-17

 

Après plus d’un mois de réflexion, et probablement de négociations, le CCOJB (Comité de coordination des organisations juives de Belgique) a porté plainte, auprès du Centre pour l’éga­lité des chances et la lutte contre le racisme et l’antisémitisme contre les 85 organisations non gouvernemen­tales, syndicats et partis politiques. Ceux-ci auraient été à la base de la grande manifestation du 11 janvier contre la poursuite de la guerre à Gaza. Parmi les suspects, il y a rien moins que le Parti socialiste (PS) et le Centre démocrate et humaniste (CDH). Le CCOJB, qui leur reproche que, sur de nombreux calicots, les Juifs ont été comparés aux nazis et Gaza à Auschwitz, remarque qu’il s’agit de violations de la loi contre le négationnisme et de la loi contre le racisme, l’antisémitisme et la xéno­phobie. Elles peuvent être lourde­ment sanctionnées. D’après l’agence Belga, l’asbl Résistances, observatoire de l’extrême-droite, dont certains membres ont suivi et filmé la mani­festation, initierait des plaintes contre inconnus. Le parti MR, qui n’est pas inquiété bien que certains de ses membres aient été repérés en pleine action, recommande à la ville de Bruxelles de mieux gouverner démo­cratiquement les manifestations. Il n’y aura probablement pas de guerre entre le CCOJB et les partis et syndicats. Plutôt des protestations vertueuses et de bons et salutaires accords pour l’avenir. Et, pour l’exemple, quelques sacrifices hu­mains d’antisémites enragés qui fe­ront comprendre aux autres où est l’intérêt bien compris des bons démo­crates.

 

2011

Le MRAX se déclare antisioniste!, in: UBU, 28/04/2011

Placide Kalisa me rappelle pour me donner quelques précisions: « Le MRAX a participé à la commémoration de Breendonk, a condamné les graves offenses antisémites de Dieudonné, fruit de la sensibilisation sur les dangers de confondre l’antisémitisme avec l’antisionisme. »

Interpelant! « Le MRAX fait de la sensibilisation sur les dangers de confondre l’antisémitisme et l’antisionisme ». Auprès de qui? Comment? Dans quel but? Un fameux problème éthique se pose à nouveau, d’autant que cette question ne lui avait pas été posée. Cette intervention fait suite aux questions sur les jets de cocktails molotov sur des synagogues à Bruxelles et à Anvers et de tags « antisémites » sur une bijouterie tenue par une Juive à Bruxelles! Le MRAX crée l’amalgame et tente de cautionner des actes antisémites sous couvert d’antisionisme! Le Sionisme est un mouvement idéologique et politique qui soutient que les Juifs sont un peuple reconnu et ont droit à un Etat sur leur terre d’origine : la Palestine! Etre antisioniste, c’est être contre m’existence d’un Etat souverain et donc de son peuple … juif!

Yves Leterme déclarait en 2008 que le nouvel antisionisme cachait l’antisémitisme. On peut critiquer la politique intérieure des dirigeants d’un Pays sans remettre en cause la légitimité de celui-ci. N’est-ce pas aussi une forme de racisme? Placide Kalisa déclare que le MRAX s’occupait essentiellement des problèmes liés aux discriminations sur le territoire belge et qu’il n’était pas question d’importer « le conflit israélo-palestinien »! Etrange dès lors cette sortie sur l’antisionisme … Les conseillers de Kalisa tenteraient-ils de le piéger en lui faisant faire des déclaration qui se retourneraient contre lui?

 

2013

Yona El-Atis, JSS NEWS 26/06/2013

Une femme juive et sa compagne a été passée à tabac après que sa compagne israélienne ait installée une mezouza (symbole religieux) sur la porte de leur domicile dans la banlieue d’Anvers.  La jeune femme a subi de très graves traumatismes à la tête , un nez a été cassé et de nombreuses ecchymoses marquent son corps.

 

Selon son avocat, Michael Modrikamen, Cindy Meul a été attaqué par ses voisins le 24 mai dernier à Aartselaar, une petite banlieue d’Anvers où elle vit avec sa compagne, une ancienne joueuse israélienne de tennis Ruth Sverdloff.

Cette dernière, sur son profil facebook, écrit, « j’ai 47 ans et je n’ai jamais connu l’holocauste. C’est arrivé une fois, cela n’arrivera pas deux fois. Je suis israélienne. Et juive. Et je suis fière de ces identités. Et malgré tout ces évènements, je note qu’il y a quand même beaucoup de soutien de la part des gens, ici. »

Selon l’avocat, l’attaque a été précédée par plusieurs semaines de harcèlement antisémite de la part de plusieurs de ses voisins, un harcèlement qui a débuté dès la pose de la Mezouza.

Le 24 mai, deux de des voisins de Cindy Meul se sont présentés à sa porte, l’avertissant qu’ils étaient venus « finir ce que les nazis avaient commencé, » a-t-elle relaté dans sa déposition à la police.

Les deux femmes ont appelé la police, mais la police n’a rien fait. «J’ai dû envoyer ma fille chez ses grands-parents parce qu’elle avait  trop peur de rester ici plus longtemps », a déclaré Ruth.

Les agresseurs l’auraient alors poussé à l’intérieur de la maison avant de la battre.

Maitre Modrikamen dénonce des services de police qui « trainent les pieds » , et ont refusé d’enregistrer des plaintes avant l’agression. Une plainte qu’ils n’ont accepté d’enregistrer qu’après le passage à tabac – officiellement, elle aurait omis de déposer sa plainte en flamand.

L’exode des juifs de Belgique n’est pas prêt de s’arrêter…

2019

Gilbert Dupont, Le futur président des imams de Belgique appelait à brûler des Juifs

Écrit par La Dernière Heure 9 janvier 2019

Reçue la veille du procès de l’attentat du Musée juif, la vidéo, toujours sur YouTube, consterne la Ligue contre l’Antisémitisme.

À la veille du début du procès de l’attentat au Musée juif de Bruxelles, la Ligue belge contre l’antisémitisme (LBCA) a reçu un signalement portant sur une vidéo ancienne, mais incroyable, dans laquelle un imam incite à «brûler» des juifs, à brûler «les sionistes». L’imam Mohamed Toujgani, de la mosquée al Khalil, située en plein coeur de Molenbeek, est entre-temps devenu le président de la Ligue des Imans de Belgique. Et la mosquée al-Khalil, avec 3500 places, rien moins que la plus grande d’Europe.

Voilà ce que le futur président des imams de Belgique prêchait en 2009, comme le montre cette vidéo de 31 minutes (sous-titrée) restée accessible sur YouTube: «Seigneur, Maître des Mondes, déverse la frayeur dans le coeur des sionistes oppresseurs. Seigneur, emplis leurs coeurs de frayeur. Seigneur, fais trembler la terre sous leurs pieds. Seigneur, fais que le sang des martyrs soit une arme sous les pieds des sionistes oppresseurs, et que ce sang soit un feu ardent qui les brûle et un vent qui les fustige. […] Ô Seigneur, démolis-les.»

Président de la Ligue contre l’antisémitisme, Joël Rubinfeld découvre cette vidéo qui, dit-il, avait échappé à l’époque mais «prend aujourd’hui tout son sens» alors que s’ouvre à Bruxelles le procès de Mehdi Nemmouche.

«Comme ceux de l’Hyper Cacher et contre Charlie Hebdo à Paris, l’attentat du Musée juif ne tombe pas du ciel. Il est le fruit de l’enseignement de fabriques de djihadistes, de fabriques de terroristes, qui, par la parole, ont incité des jeunes à passer à l’acte. Le passage à l’acte est précédé par la libération de la parole. L’attentat, c’est le résultat. L’origine, c’est ce genre de discours. Ce genre de prêche arme le bras des assassins.»

L’imam Toujgani employait le mot «sioniste» qui pour la LBCA, «est une manière de désigner les juifs sans tomber sous le coup de la loi».

Répétons que les propos datent de 2009 et sont à replacer dans le contexte de la situation à Gaza. Depuis lors, des interventions publiques de l’imam Toujgani tendent à montrer que ce dernier a changé. Il y a deux ans, l’imam incitait les jeunes à «prendre garde à l’appel du djihad». Nommé en 2017 président de la Ligue des Imams de Belgique, il affirme maintenant dans les réseaux sociaux vouloir prôner la cohabitation pacifique et citoyenne entre les différentes communautés.

Mais il appelait en 2009 «à brûler les sionistes», insiste Joël Rubinfeld. Donc: avant que soit perpétré l’attentat du Musée juif. «Jusqu’à Nemmouche, on pouvait plaider l’ignorance. Aujourd’hui, on ne peut plus plaider l’ignorance. On savait que des imams ont prêché la haine en Belgique mais j’avais très peu vu de ces prêches filmés sur vidéo et diffusés sur YouTube où ils se trouvent d’ailleurs toujours. L’imam Toujgani est imam à Molenbeek. La mosquée Al-Khalil est la plus grande de Bruxelles, de Belgique, d’Europe. Et j’ajoute qu’elle administre des écoles.»

Précisons que nous avons tenté de joindre l’imam, sans succès.

2019

Joël Rubinfeld

26 mai, 20:01

Entendre Ecolo s’inquiéter, à juste titre, de la poussée de la peste brune du Vlaams Belang alors que les Verts ont envoyé au Parlement belge le responsable local d’un mouvement jugé antisémite par le Parlement allemand est le summum de l’hypocrisie. À vrai dire, la poussée des extrémistes francophones m’inquiète plus encore que la poussée des fachos du Nord du pays car, s’agissant du Vlaams Belang, la majorité de nos concitoyens est fort heureusement vigilante face à cette menace, tandis que s’agissant de l’aile radicale des Verts ou des communistes du PTB, ils ne semblent pas indisposer grand monde. Oui au cordon sanitaire… mais pour les extrêmes de part et d’autre de l’échiquier politique!

 

2007 - Quand la Libre Belgique tronquait une affirmation de Michel Géoris dans le magazine "L'Affirmatif"...

(LB, 10/01/1997)

2001 - Le Vif L'Express antisémite

(Le Vif, 20/04/2001)

2003 - Attaque d'un musulman marocain contre une synagogue de Charleroi

(LB, 14/06/2003)

2003 - La RTBF antisémite (pas étonnant, comme elle est déjà raciste anti-néerlandophone)

(LS, 17/01/2003)

2004 - Les trois journalistes de la RTBF, Yves Thiran, Bourgaux et Konen, se disent "choqués" d'avoir été traités d'antisémites (ben, voyons)

(VA, 11/02/2004)

2004 - Scouts juifs insultés (par des musulmans)

(DH, 09/10/2004)

2004 - L. Gilissen (Mons) - Sur l'antisémitisme dans un texte autrefois lu le Vendredi Saint ...

(in: Le Soir Mag, 4, 2004)