Anti-Semitism in Belgium / antisemitisme in Belgi√ę / antis√©mitisme en Belgique / Antisemitismus in Belgien : nazislamists, neonazis, PS members, Ecolo-Groen members, BDS, , Extinction Rebellion, ...

PLAN:

Previously in this site:

0 Introduction 

0.1 Founding principles of anti-Semitism

      0.2 History of anti-Semitism

1 Anti-Semitism in the world

 

Now:

2 Anti-Semitism in Belgium

     2.1 History

     2.2 Nowadays

     2.3 Belgian anti-Semitic VIPs

2.1 History / pogroms in the Middle Ages

(in: Le Ligueur, 11/01/1985)

16e - 17e - 18e / Cohabitation difficile avec des membres de la communauté juive dans la vallée de la Meuse

(in: Le Folklore Brabançon, 68, 1932, p.266-276)

jusqu'au début du 20e siècle, les antisémites n'étaient guère importunés...

Exemple avec Edmond Picard, avocat ouvertement antis√©mite, avec lequel des √©crivains comme Albert Mockel publi√®rent un livre sans aucun probl√®me…

1937 - exemple d'attitude antisémite à Bruxelles

(in: Le Folklore Brabançon, 96, 1937, p.527)

1940-1945 - De nombreux Juifs furent cachés par de courageux concitoyens belges, résistants au nazisme et à leurs collabos

(exemple de Jamoigne, o√Ļ 87 enfants juifs furent h√©berg√©s, in: VA, 28/08/1998)

1940-45 / Chasse aux Juifs à Liège - Jodenvervolging in Luik

(in: Knack, 14/04/2010, p.100-103)

(p.104-108)

Jacques Willequet, La Belgique sous la botte, résistances et collaborations 1940-1945, éd. Universitaires, Paris 1986

(prof. d’histoire à l’ULB)

(A la mémoire de Frans van Kalken, professeur de sérénité)

 

(p.305) LES JUIFS ET, ACCESSOIREMENT, LES FRANCS-MAÇONS

 

Aux origines du racisme

 

Racisme et antis√©mitisme : vastes sujets que ceux-l√† ! Nous ne tente¬≠rons de les clarifier que dans la mesure o√Ļ il s’agira de comprendre les sentiments des Belges – et des Juifs eux-m√™mes – dans l’ouragan de la seconde guerre mondiale.

Certains lecteurs attentifs des r√©cits de voyages ant√©rieurs au XIXe si√®cle ont remarqu√© que ces observateurs sagaces des mŇďurs et coutumes chinoises ou persanes, par exemple, √©taient remarquablement d√©pourvus d’un sentiment de sup√©riorit√© qui ne commence √† transpara√ģtre qu’avec notre r√©volution industrielle : on peut consid√©rer le comte de Gobineau (1816-1882) comme un des ¬ęinventeurs¬Ľ du racisme. Mais, pourquoi cette mutation ? Venus de France, Italie ou Allemagne, pays sous-d√©velopp√©s sans que le mot exist√Ęt, ces anciens explorateurs s’√©tonnaient souvent, insistaient sur des coutumes religieuses √©tranges, d√©crivaient des m√©thodes artisanales pas tr√®s diff√©rentes de celles qu’ils connaissaient et parfois m√™me plus ing√©nieuses. Ils revenaient de l√†-bas intellectuellement enrichis, mais ni humili√©s ni condescendants : dans un univers m√©diocre ou mis√©ra¬≠ble ‚ÄĒ la mince couche aristocratique mise √† part ‚ÄĒ tout le monde √©tait √† peu pr√®s au m√™me niveau. La perspective ne changea qu’au d√©part d’une modeste machine √† vapeur, pour aboutir aux fantastiques d√©veloppements actuels. Le savoir technique et scientifique, joint aux m√©canismes d’une √©conomie libre, creus√®rent un ab√ģme entre l’Europe et les Etats-Unis d’une part, et de l’autre le reste du monde qui en √©tait tributaire ou d√©pendant. Quoi de plus simple et plus convaincant qu’une explication biologique ? Les Blancs √©taient de toute √©vidence plus intelligents, plus r√©alisateurs que les autres, et l’objection japonaise √©tait balay√©e : il s’agissait tout au plus de

(p.306) malins imitateurs, incapables d’aller plus loin par eux-m√™mes. Ne rions pas de ces pr√©jug√©s, chaque √©poque a les siens. On pourrait aligner un √©tonnant floril√®ge d’opinions √©mises √† cet √©gard, il y a encore un demi-si√®cle, et cela par les voix les plus ¬ę progressistes ¬Ľ. On ¬ę civilisait ¬Ľ, mais avec la fausse certitude que cette noble mission finirait, malgr√© tout, par se heurter √† des limites d’ordre biologique. En fait, √† de tr√®s rares exceptions pr√®s, tout le monde √©tait un peu raciste sans le savoir, encore √† la veille de 1940, et la meilleure preuve en est que le mot est tout r√©cent : il arrive que des n√©ologismes se cr√©ent parce qu’on n’en avait pas besoin auparavant, et cela au moment pr√©cis o√Ļ le bien-fond√© du concept commence √† √™tre mis en doute. Des journalistes se mirent, vers 1930, √† parler de racisme parce qu’il leur fallait traduire, plut√īt mal que bien, le ¬ę v√∂lkisch ¬Ľ pr√īn√© par cet inqui√©tant parti nazi qui se d√©veloppait outre-Rhin. En fin de compte (¬ęLe Diable porte pierre¬Ľ, dit un proverbe proven√ßal), c’est Hitler qui, en poussant jusqu’√† leurs cons√©quences les plus logiques et les plus horribles des id√©es commun√©ment r√©pandues, a induit par contrecoup les chercheurs √† s’interroger, √† approfondir leurs investigations, et √† conclure que s’il y a des diff√©rences entre les hommes, elles sont de nature ethnique ou mat√©¬≠rielle (l’alimentation !) et non raciale. Du reste, on pourrait √©tendre l’exa¬≠men de ce r√īle catalyseur qu’a jou√© involontairement le ma√ģtre du nazisme. Cet empire germanique qu’il voulait constituer en Europe, il y Ňďuvrait en usant de m√©thodes abominables ‚ÄĒ mais y a-t-il jamais eu des ¬ę empires¬Ľ innocents ? Comment s’√©tait constitu√©e, un demi-si√®cle plus t√īt, la grande d√©mocratie nord-am√©ricaine ? Quant √† ce racisme diffus d’avant 1940, h√Ętons-nous de le r√©duire √† des proportions relativement anodines. Per¬≠sonne, et probablement pas encore Hitler lui-m√™me, n’imaginait qu’on puisse √©liminer physiquement une cat√©gorie d√©termin√©e d’√™tres humains. Au-del√† du nazisme, c’est la guerre, avec ses phantasmes et ses exacerba-tions, qui devrait √™tre consid√©r√©e comme la grande responsable…

L’antis√©mitisme, c’est √† la fois du racisme et √† la fois autre chose. Sauf les nazis que personne n’aura l’id√©e de plaindre dans l’√©norme erreur id√©ologique qu’ils ont commise, on n’a jamais contest√© aux Juifs la comp√©¬≠tence, voire la sup√©riorit√© intellectuelle en g√©n√©ral attribu√©e √† la race blanche. Au contraire, leur contribution au monde industrialis√© a √©t√© √©clatante. Allons plus loin : c’est leur ¬ę racisme ¬Ľ √† eux qui leur fut repro¬≠ch√©. A la fin du si√®cle dernier, Bernard Lazare avait publi√© un livre o√Ļ il d√©montrait qu’√† l’inverse des autres ethnies, c’√©taient les Juifs eux-m√™mes qui s’enfermaient dans des ghettos : un argument opportun, dont Charles Maurras s’√©tait empar√© pour justifier son antis√©mitisme d’Etat. Tous s’assi¬≠milaient, sauf eux ; il y avait l√† mati√®re √† r√©flexion. Nationalisme, donc, mais il y avait aussi le reproche de d√©icide, pas tout √† fait disparu en 1940 comme nous le verrons. Quelle que soit l’origine de ces malveillances et pers√©cutions, quel que soit le r√īle de ces pers√©cutions elles-m√™mes dans l’incontestable, l’incroyable t√©nacit√© de ce peuple irr√©ductible et dur, de cette religion si particuli√®re et il faut le dire si cl√©ricale, le fait est l√† : les Juifs existent, et souvent ils d√©rangent. Sont-ils malgr√© tout plus homog√®nes? (p.307) Certes non, et nous aurons l’occasion de le souligner ci-apr√®s.

Chacun reconna√ģtra que si les Belges ont leurs gros d√©fauts, ils sont un des peuples les moins x√©nophobes du monde. Vivant sur une traditionnelle . terre de rencontre et r√©gis par d√®s institutions lib√©rales, ils comptaient parmi eux, au XIXe si√®cle, un nombre restreint d’artisans et de boutiquiers juifs. Premiers pays industrialis√© du continent, il attira ensuite, par groupes isol√©s, une immigration de haute qualit√©. Notamment, financiers, hommes d’affaires s’installaient chez nous, obtenaient bient√īt leur naturalisation (sous des gouvernements de gauche… parce qu’ils votaient lib√©ral), et certains m√™me √©taient anoblis pour services rendus ‚ÄĒ ce qui les assimilait th√©oriquement, sans que cela surpr√ģt personne, aux descendants des aristo¬≠crates anciens propri√©taires du sol. La naturalisation plus un titre de noblesse : il est difficile d’√™tre moins antis√©mite ! Du reste, ces immigr√©s ne venaient d√©j√† pas de bien loin : de Rh√©nanie, des Pays-Bas, au maximum de Bordeaux… Une industrie diamantaire d’importance mondiale se d√©ve¬≠loppa √† Anvers, comprenant √† la fois de grands patrons et une colonie d’artisans, d’ouvriers hautement sp√©cialis√©s. D’homme √† homme, les rap¬≠ports avec les autochtones √©taient bons ; les r√©ticences et les pr√©jug√©s ne se manifestent qu’au niveau collectif, o√Ļ interviennent des sch√©mas, des g√©n√©¬≠ralisations plus ou moins simplistes ; l’assimilation, elle, ne peut √™tre qu’un ph√©nom√®ne individuel.

A ces petits noyaux primitifs s’ajoutent dans les ann√©es vingt des modestes, rescap√©s des pogromes russes et polonais, occupant des petits commerces et ateliers, surtout dans le secteur de la fourrure et de la maroquinerie, essentiellement √† Bruxelles et Anvers. Ils n’avaient qu’un d√©sir, se faire oublier, et ils y parvinrent sans peine. Et pour se faire encore mieux oublier, beaucoup cherch√®rent une int√©gration. Certains milit√®rent √† l’extr√™me-gauche, mais d’autres aussi dans des associations patriotiques, voire nationalistes. Telle √©tait d’ailleurs, et pour tout le monde, la double grande le√ßon de 1914-18 : pour ne plus jamais avoir de guerre, pensait-on, il fallait soit s’engager dans l’internationalisme prol√©tarien, soit renforcer la nation pour dissuader l’agresseur √©ventuel.

Les ann√©es vingt, puis trente, virent donc l’√©closion, plut√īt rare chez nous, d’un nationalisme quantitativement significatif, pour cette raison-l√† et aussi pour d’autres, √† caract√®re social. Les hommes sont ainsi faits que plus ils sont conscients de leurs faiblesses et de leurs pr√©carit√©s, plus ils √©prouvent un besoin de compensation, de valorisation. A l’√©chelle collec¬≠tive, ce processus tourne ais√©ment √† la x√©nophobie. Il y avait toujours eu, en Belgique comme ailleurs, des gens qui n’¬ę aimaient ¬Ľ pas les Juifs (nous h√©sitons √† dire : des antis√©mites, le mot a chang√© de sens depuis Hitler) ; il y en avait √† gauche comme √† droite, et pour des raisons diverses ; le noyau Isra√©lite, si ferm√©, si ¬ę √©tranger¬Ľ, fournissait le cas √©ch√©ant un repoussoir id√©al. Une identit√© ne s’affirme jamais qu’aux d√©pens d’autrui. Toutefois, cette r√©action n’allait pas plus loin qu’une malveillance diffuse, s’appuyant sur des arch√©types plus ou moins r√©els, plus ou moins sp√©cieux. Qu’un faux m√©decin, qu’un commissaire de police pr√©varicateur d√©frayassent la chronique, (p.308) aussit√īt la presse √©prouvait le besoin de pr√©ciser qu’ils √©taient juifs, alors que les innombrables canailleries commises par des Belges de souche ancienne √©taient mentionn√©es sans √©tiquette d’origine. Somme toute, cela √©tait encore anodin.

Si Flamands et francophones √©prouvaient √† l’√©gard du Reich des allergies et des rancŇďurs dues aux souvenirs de 1914, si certains nationalis¬≠tes flamands persisteraient longtemps √† chercher outre-Rhin des ¬ę grands fr√®res ¬Ľ apparent√©s, on peut dire que quelques intellectuels mis √† part, la g√©n√©ralit√© des Belges, si repli√©s sur eux-m√™mes, se caract√©ris√®rent par une m√©connaissance profonde du grand peuple voisin. V√©rit√© encore difficile √† faire comprendre par le public d’aujourd’hui, ce manque d’information et de lucidit√© s’√©tendait au nouveau r√©gime lui-m√™me, dans lequel ses adver¬≠saires les plus d√©termin√©s ne voyaient qu’un fascisme, alors que ses avatars le conduisaient d√©j√† beaucoup plus loin. Parlant de sa famille en 1941, un Marcel Liebman devait √©crire beaucoup plus tard : ¬ę Nous abhorrions l’Allemagne et le fascisme, mais nous en ignorions totalement la nature¬Ľ ‘. C’√©tait normal. Oserions-nous dire que cette nature, les hitl√©riens eux-m√™mes ne la connaissaient pas encore ? Le nazisme a √©t√©, par excellence, un ph√©nom√®ne √©volutif.

Sans doute sera-t-il int√©ressant, parce que tr√®s minoritaire en Flandre, le VNV devait jouer un r√īle dans la collaboration, de jeter un coup d’oeil sur ce qu’on y pensait du probl√®me dans les ann√©es trente. Disons tout de suite que si Flamands et Wallons √©prouvaient √† l’√©gard du Reich des malveillances et des allergies n√©es des ressentiments de la guerre, la totalit√© de la Belgique se caract√©risait ‚ÄĒ quelques intellectuels mis √† part, ‚ÄĒ par une ignorance g√©n√©ralis√©e. La pers√©cution antis√©mite accrut les antipathies des uns, les plus nombreux, tandis que le groupe nationaliste flamand manifesta des r√©actions, tant√īt de silence g√™n√©, tant√īt d’explication es¬≠sayant de se montrer compr√©hensive : les Allemands n’√©taient-ils pas des ¬ę grands fr√®res ¬Ľ, qui avaient soutenu l’activisme en 1914-18 ? Ciment√© par un romantisme culturel et social qui d’ailleurs s’√©tendait en se diluant au-del√† de son strict √©lectorat, le VNV √©tait des plus disparates, dans tous les domaines mais aussi sur le plan qui nous occupe. Choqu√© par certaines outrances et soutenu par le ma√ģtre √† penser hollandais du mouvement, le professeur Geyl, le d√©mocrate Borginon mena√ßa de d√©missionner, parvint √† √©carter le pro-nazi Van Puymbrouck, mais √©choua devant le raciste Ward Hermans qui avait le m√©rite, capital, de rapporter des voix √† Malines et Anvers. Personnellement incolore, le ¬ę leider ¬Ľ Staf De Clercq s’effor√ßait de maintenir la balance √©gale. Ce Ward Hermans ‚ÄĒ futur SS ‚ÄĒ s’√©tait d√©j√† distingu√© en 1929, quand il avait diffus√© un faux pacte militaire franco-belge dont le caract√®re apocryphe n’avait pu abuser que des faibles d’es¬≠prit. Il publia en 1935 une brochure virulente o√Ļ il justifiait l’Allemagne qui, selon lui, ne faisait que se d√©fendre contre un peuple √©tranger. Vinrent ensuite quelques articles o√Ļ se retrouvaient quelques th√®mes classiques:

 

1 M. Liebman: Né Juif, Gembloux 1977, p. 35.

 

(p.309) effets dissolvants du communisme, de la franc-ma√ßonnerie, de la juiverie, de tout ce qu’on d√©testait en somme : le marxisme, l’ath√©isme, le cosmopo¬≠litisme, l’immoralit√© si parfaitement incarn√©e par le sexologue Magnus Hirschfeld et L√©on Blum, auteur d’un livre o√Ļ il pr√©conisait le mariage √† l’essai. Stavisky, le banquier Barmat et le Front populaire apport√®rent ensuite de l’eau √† son moulin. Il lui paraissait √©vident que les bellicistes juifs √©taient en train d’endoctriner la France pour en faire un instrument de la conqu√™te du monde √† leur profit : capitalisme et bolch√©visme, les deux visages de la domination juive. Et en Belgique m√™me, ne jetaient-ils pas de l’huile sur le feu dans Le Peuple, sous la signature de ce r√©cent immigr√©, Joseph Saxe ?

Ces d√©lires trop connus, rappelons-le, restaient marginaux au sein du VNV, et ne trouvaient un certain √©cho qu’√† Anvers. De Schelde, puis Volk en Staat s’en tenaient davantage √† des arguments plus concrets et sans doute plus accessibles aux pr√©occupations de leurs lecteurs, comme cet amalgame qui est fr√©quemment fait entre Juifs et fransquillons. Ne poss√®¬≠dent-ils pas les grands magasins ? Est-il normal qu’un Henri Buch (futur professeur √† l’ULB, r√©sistant et conseiller d’Etat) soit nomm√© magistrat √† Anvers, donc appel√© √† juger des Flamands? (De Schelde, 13 mars 1936). De quoi se m√™lent ces Juifs, qui proposent un boycott des produits alle¬≠mands? Ils veulent nous attirer des ennuis (De Schelde, 3 mars 1936). La section francophone de l’Ath√©n√©e d’Anvers regorge d’√©l√®ves juifs ‚ÄĒ donc doublement √©trangers au peuple flamand : ce scandale soit cesser. Quicon¬≠que pr√©tend appartenir √† une autre nation, doit √™tre trait√© comme une autre nation. En tant que nationaliste, on admire et salue le nationalisme des Juifs, mais ce n’est pas √™tre antis√©mite que de vouloir prot√©ger ses propres ressortissants (Volk en Staat, 28 ao√Ľt 1937).

Les limites sont floues entre non-x√©nophilie, x√©nophobie affirm√©e, nationalisme et enfin racisme pur et simple. Contre ce dernier l’Eglise catholique, √† vocation universaliste, dressait un rempart puissant. Les autres facteurs, on les retrouvait plus ou moins accentu√©s dans des forma¬≠tions telles que le Verdinaso, la L√©gion nationale et Rex ‚ÄĒ sans que le probl√®me juif constitue un dogme auquel il fall√Ľt adh√©rer ‚ÄĒ ou s’en aller. Les excit√©s avaient la parole, mais ce n’√©tait pas parole d’Evangile, et le point n’√©tait pas central. Faut-il rappeler qu’√† l’Action fran√ßaise, Charles Maurras d√©veloppait le th√®me de l’antis√©mitisme d’Etat, tandis que son voisin de colonne et co-directeur, L√©on Daudet, d√©clarait ne pas partager son opinion ? Le parti de L√©on Degrelle en resta longtemps aux malveil¬≠lances suscit√©es par des points occasionnels, tandis que le gros de ses troupes prenaient ses propos pour ce qu’ils √©taient au moment m√™me : l’expression d’un nationalisme x√©nophobe. La plupart des membres en restaient √† cette analyse parue dans Rex du 10 janvier 1936, o√Ļ l’on distinguait les Juifs belges des autres. Les premiers √©taient ¬ę nos conci¬≠toyens, et nous n’admettrions pas qu’il en soit autrement¬Ľ; Qu’ils soient tous sympathiques, c’est autre chose. Mais s’il y a un probl√®me, c’est √† cause des ¬ę nouveaux-venus ¬Ľ qui font au commerce une concurrence

(p.310) d√©loyale. Et puis, riches ou pauvres, ils sont ¬ę de gauche ¬Ľ. Cette question devrait √™tre r√©solue ¬ę afin de pr√©venir le d√©veloppement d’un antis√©mi¬≠tisme aveugle, dont les cons√©quences pourraient √™tre graves ¬Ľ. Dans ce but, il existait des ¬ę moyens pacifiques ¬Ľ de limitation et d’interdiction de s√©¬≠jour. ‚ÄĒ Un racisme v√©ritable ne devait germer que dans les t√™tes isol√©es de futurs nazis, comme au sein de ce groupuscule ¬ę Volksverweering ‚ÄĒ D√©¬≠fense du Peuple ¬Ľ, fond√© en 1937 par l’avocat anversois Ren√© Lambrichts (et financ√©, on l’apprendra plus tard, par des services d’outre-Rhin). Le VNV lui-m√™me, du moins dans ses expressions officielles, restait soit r√©ticent, soit limit√© aux arguments nationalistes, soit tout bonnement muet. La brochure-programme du parti, publi√©e en 1937 par Elias, ignore le sujet. Sous la signature du jeune Th√©o Luykx (conduite irr√©prochable pendant la guerre, futur professeur √† l’universit√© de Gand), une autre brochure estime que la politique s√©gr√©gationniste allemande est ¬ę en partie justifi√©e par les Juifs eux-m√™mes, qui ont toujours √©t√© volontairement inassimilables¬Ľ. Le sionisme serait une solution, ce qui n’implique en aucune mani√®re, se h√Ęte-t-il d’ajouter, une quelconque sup√©riorit√© de la race aryenne 2.

En fait, le probl√®me prit une r√©elle consistance seulement apr√®s les lois de Nuremberg qui, en Allemagne, rendirent aux Juifs la vie toujours plus difficile : interdictions professionnelles et autres les poussaient √† √©migrer. Apparemment, le nazisme ne voulait pas leur mort, mais il les voulait ailleurs. Est-ce √† dire qu’√† ce moment l√†, on put voir aussit√īt se creuser un v√©ritable ab√ģme entre les conceptions hitl√©riennes et celles des Puissances d√©mocratiques? Force nous sera de r√©pondre par un non cat√©gorique. Partout, les pays s’√©taient cristallis√©s sous la forme de l’Etat-Nation, au sens le plus √©troit du terme. Pour entrer quelque part, il fallait un passeport et un visa, celui-ci d√©livr√© par une autorit√© consulaire de l’√©ventuel sol d’accueil ; pour s’y √©tablir, des conditions pr√©cises devaient √™tre remplies. Certes, l’opinion mondiale s’√©mut. Une conf√©rence se r√©unit en 1937 √† Evian, o√Ļ chacun s’attacha surtout √† faire valoir ses propres difficult√©s en minimisant celles des autres. Les Etats-Unis √©taient dispos√©s √† accueillir tous les Juifs qu’on voulait – bien entendu dans les limites des quota r√©serv√©s depuis 1921 √† l’immigration allemande. Leur existence physique, apr√®s tout, ne semblait pas menac√©e. L’URSS refusa m√™me de s’associer √† l’effort g√©n√©ral : elle n’en accueillit pas un seul. Ailleurs, il y eut une certaine bonne volont√©, mais au compte-gouttes. Le probl√®me s’aggrava en d√©cembre 1938 avec les repr√©sailles qui suivirent l’assassinat d’un diplo¬≠mate allemand par un Juif polonais. Cette ¬ę nuit de cristal ¬Ľ entra√ģna des dizaines de meurtres, 20 000 arrestations, 7 500 mises √† sac et 101 incen¬≠dies de synagogues. Le danger se pr√©cisait, l’exode s’aggrava. Des bateaux de r√©fugi√©s sillonn√®rent les oc√©ans avec des vicissitudes diverses, souvent

 

2 Ces citations flamandes sont puis√©es dans M. Depuydt : Sporen van antis√©mitisme in Belgi√ę tussen de twee wereldoorlogen. De houding van het VNV, m√©moire de licence KUL, 1978.

 

(p.311) dramatiques, toujours angoissantes. Des comit√©s, des groupes de pression s’activ√®rent, avec des r√©sultats partiels ‚ÄĒ et signalons en Belgique les efforts de J. Wolf, M. Gottschalk et H. Speyer, bien introduits dans les sph√®res gouvernementales. Dans nos cantons de l’Est, des amateurs de ¬ępetites affaires¬Ľ ‚ÄĒ qui n’√©taient pas juifs… ‚ÄĒ vendirent des passages clandestins pour une r√©num√©ration de 1000 ou 1500 francs. La soupape officielle s’ouvrit et se referma, au gr√© des pressions et des possibilit√©s. Un camp de r√©fugi√©s s’ouvrit √† Merxplas, mais quelque 5 000 fuyards non autoris√©s et non recens√©s se fondirent dans l’anonymat, aid√©s √† Bruxelles et Anvers par la solidarit√© de leurs coreligionnaires. Certes, la piti√© √©tait commun√©ment partag√©e, et nous nous en voudrions de ne pas citer, dans la Nation belge du 13 octobre 1938, ce texte o√Ļ Robert Poulet d√©clarait compatir ¬ę de tout cŇďur aux infortunes qui sont inflig√©es, dans presque toute l’Europe centrale, √† des √™tres faibles et innocents, … au nom d’un racisme dont les bases philosophiques, scientifiques, psychologiques sont absolument inexistantes¬Ľ. Mais la petite Belgique pouvait-elle absorber les centaines de milliers de Juifs allemands qui, sans doute, allaient bient√īt demander un asile ailleurs?

Les catholiques √©taient √©mus dans leurs sentiments de charit√©, les lib√©raux √©taient choqu√©s, et les socialistes indign√©s ‚ÄĒ mais aucun d’entre eux n’oubliait les int√©r√™ts nationaux. A la Chambre, une rare unanimit√© se fit √† la s√©ance du 22 novembre 1938, dont le niveau m√©rite d’√™tre soulign√©. Apr√®s une chaleureuse interpellation de la socialiste Isabelle Blume qui fut salu√©e par des ¬ę applaudissements prolong√©s sur tous les bancs ¬Ľ, le minis¬≠tre de la Justice Pholien la f√©licita de son ¬ętr√®s beau discours¬Ľ. Il se trouvait, dit-il, devant la n√©cessit√© contradictoire de d√©fendre l’ordre public et de se soumettre aux r√®gles d’une ¬ę saine humanit√© ¬Ľ. Les visas l√©gitimes √©taient toujours accord√©s. On avait ferm√© les yeux sur les premiers 850 r√©fugi√©s. Il en √©tait venus 1250 en ao√Ľt, 870 en septembre… Aujourd’hui, ils √©taient ¬ę des dizaines de milliers ¬Ľ dont se pr√©cisait la perspective. Des camps avaient √©t√© ouverts, 250 enfants venaient d’√™tre accueillis. Que faisait-on ailleurs ? Beaucoup moins. Seule une conf√©rence internationale pourrait r√©soudre le probl√®me ; la Belgique s’y associerait ¬ę du plus pro¬≠fond du cŇďur ¬Ľ. ‚ÄĒ Le catholique Du Bus de Warnaffe abonda dans le m√™me sens, mais en appuyant sur le point de vue √©conomique. Le 8 avril dernier, 800 travailleurs gantiers, √† Bruxelles, s’√©taient mis en gr√®ve pour protester contre la concurrence juive. Nous avions accord√© ¬ę une facile hospitalit√© √† quelque 50 000 Juifs ¬Ľ lesquels, trop souvent, trouvaient ¬ę dans l’inobservation des lois sociales des facilit√©s de concurrence d√©shon-n√™te qui, si l’on n’y (prenait) garde, (pourrait) par contagion mettre en p√©ril l’√©conomie m√™me de ces lois ¬Ľ. L’antis√©mitisme nous mena√ßait, il √©tait urgent de l’√©viter. ¬ę Si nous ne sommes pas tr√®s vigilants, j’ai la conviction personnelle qu’un probl√®me juif pourrait se poser en Belgique avant cinq ans. ¬Ľ Nous √©tions une terre de refuge, mais pas une terre d’exploitation. Il fallait √™tre humains, mais pas dupes. La limite de nos capacit√©s d’absor¬≠ption √©tait atteinte. ‚ÄĒ Le communiste Relecom conc√©da que les refoule-

(p.312) ments avaient √©t√© suspendus jusqu’au 22 novembre ; mais que ferait-on ensuite ? Il y avait aussi des patrons belges qui ne respectaient pas les lois sociales. A quand une initiative internationale ? Et de reprocher aux rexis-tes le ton antis√©mite du Pays R√©el. ‚ÄĒ A quoi le rexiste Horward r√©pondit que quand on √©tait un admirateur inconditionnel de l’Union sovi√©tique, cette championne toutes cat√©gories de la pers√©cution, il √©tait pr√©f√©rable de se taire. En attendant, dit-il, la saturation √©tait atteinte avec 90 000 Juifs, il convenait de recenser, planifier, r√©glementer, et de faire appel √† la solida¬≠rit√© internationale. ‚ÄĒ G√©rard Roms√©e, porte-parole du VNV, tint √† stig¬≠matiser d√®s la premi√®re phrase les m√©thodes d’outre-Rhin. Ce qui √©tait pr√©occupant, c’est que d’aucuns cherchaient √† utiliser ces malheureux r√©fugi√©s pour exciter l’opinion contre l’Allemagne ‚ÄĒ une manŇďuvre qui √©tait sans utilit√© pour les Juifs, et dangereux pour nous. Une immigration massive √©tait-elle imaginable ? La communaut√© nationale devait √™tre pro¬≠t√©g√©e sur le plan √©conomique, et aussi dans son int√©grit√© culturelle. Avec 280 000 ch√īmeurs, notre march√© du travail ne pouvait plus accueillir personne, et le commerce lui aussi √©tait satur√©. Par ailleurs, il y avait les lois de l’humanit√© : et de proposer un choix s√©v√®re, en fonction de la gravit√© des situations individuelles ; des permis de s√©jour temporaires, mais aussi des interdictions de travail. Dieu merci il n’y avait pas d’antis√©mitisme en Belgique ; il y en aurait, si on se laissait envahir. Humanit√© oui. Hospitalit√© oui. Mais aussi protection des int√©r√™ts de la communaut√© nationale. ‚ÄĒ Le socialiste Eekeleers stigmatisa le groupuscule. ¬ę Volksverweering ¬Ľ et Vandervelde, ¬ę patron ¬Ľ du Parti Ouvrier Belge, apr√®s avoir soulign√© que les Juifs avaient, comme les autres, √† respecter les lois sociales, reconnut la ¬ę bonne volont√© √©vidente ¬Ľ du gouvernement et se r√©jouit de l’unanimit√© qui allait se faire sur un ordre du jour traduisant l’√©motion g√©n√©rale, le souci de concilier ordre public et sentiments d’humanit√©, et faisant con¬≠fiance aux autorit√©s √† la fois sur le plan int√©rieur et dans la perspective d’actions internationales. ‚ÄĒ Cet ordre du jour, pr√©sent√© par les trois partis traditionnels, fut vot√© √† l’unanimit√© le 24 octobre 1938 ; seul s’abstint le communiste Relecom ; c’√©tait le maximum de ce que pouvait faire un parti dont tous les votes, sur tous les sujets, √©taient toujours syst√©matiquement n√©gatifs.

 

L’exode des Juifs. Pour eux, quel statut?

 

Fondamentalement, la Belgique √©tait donc saine, m√™me si son ethno-centrisme national semble, aujourd’hui, quelque peu d√©pass√©. Toutefois, la situation g√©n√©rale se faisait toujours plus pr√©occupante, et il √©tait difficile d’enrayer une immigration clandestine qui obligeait un nombre croissant de malheureux √† s’entasser dans des taudis et y subsister (qu’eussent-ils pu faire d’autre?) en se livrant √† des travaux aussi peu contr√īl√©s qu’ils l’√©taient eux-m√™mes. On aura remarqu√©, plus haut, l’argument de la con¬≠currence √©conomique. Les socialistes ne pouvaient manquer d’y √™tre sensibles, (p.313) et davantage encore les syndicats. A Anvers, le bourgmestre socialiste Camille Huysmans, connu pour son esprit d’ind√©pendance, allait plus loin que son parti et prot√©geait de son mieux ses immigr√©s : rien de tr√®s √©tonnant √† ce qu’aux √©lections communales d’octobre 1938, le respectable parti catholique, qui menait campagne contre lui, se soit pr√©sent√© comme un rempart contre ¬ę plus de cinq mille √©trangers, pour la plupart des Juifs allemands¬Ľ, dans lesquels on voyait d√©j√† ¬ęun corps d’√©lite pour la pro¬≠chaine r√©volution ¬Ľ 3. L’√©lectoralisme a ses exigences… La mobilisation de l’arm√©e en ao√Ľt 1939 devait, elle aussi, jouer son r√īle : graduellement jusqu’√† 650 000 hommes sous les armes, et parmi eux beaucoup d’ind√©¬≠pendants et de travailleurs en situation pr√©caire, tandis que leurs familles connaissaient des moments difficiles. Et pendant ce temps-l√† que faisaient les ¬ę√©trangers¬Ľ, eux aussi prot√©g√©s apr√®s tout par le sacrifice des natio¬≠naux? Ils prenaient leur place et raflaient leur client√®le!

R√©p√©tons-le : un journal de droite comme la Libre Belgique repoussait de toutes ses forces le racisme et stigmatisait les ¬ę cruaut√©s r√©voltantes ¬Ľ qui se d√©roulaient outre-Rhin (voir, entre cent exemples, les 15, 17 et 19 novembre 1938). L’antis√©mitisme √† l’hitl√©rienne √©tait refus√©, aussi parce qu’il √©tait essentiellement anti-chr√©tien (11 avril 1938). ‚ÄĒ C’√©tait la foi catholique qui avait emp√™ch√© Dollfuss, Salazar et Franco de tomber, ¬ę mal¬≠gr√© les sollicitations de la politique, dans les erreurs du racisme et du nationalisme exag√©r√© ¬Ľ (6 ao√Ľt 1938). ‚ÄĒ Le racisme √©tait une h√©r√©sie qui mena√ßait ¬ę les assises surnaturelles de l’Eglise ¬Ľ, d√©niait √† l’humanit√© ¬ętoute valeur spirituelle¬Ľ et constituait ¬ęun danger international aussi grave que le bolchevisme ¬Ľ (18 novembre 1938). ‚ÄĒ A la mort de Pie XI, on le glorifia d’avoir combattu ¬ę avec une inlassable intr√©pidit√©, jusqu’√† son dernier souffle, le racisme et le communisme, ces deux fl√©aux contempo¬≠rains¬Ľ (11 f√©vrier 1939).

Mais il y avait, tout de m√™me, cet afflux inqui√©tant d’√©trangers tout √† fait incompatibles et inassimilables, avec des caract√©ristiques qui mettaient mal √† l’aise les Juifs belges eux-m√™mes. Entendons-nous bien : la prover¬≠biale g√©n√©rosit√© juive intervint sans compter, mais est-ce √† dire que la communaut√© isra√©lite formait un bloc sans faille? Sait-on suffisamment que le culte h√©bra√Įque est le seul dont tous les offices se terminent, selon le rituel, par l’ex√©cution de la Braban√ßonne et des pri√®res pour le Roi? Emouvant t√©moignage d’une volont√© d’int√©gration, en d√©pit de quelques diff√©rences enrichissantes et pas plus fortes, d’ailleurs, que celles qui distin¬≠guent les Belges de souche entre eux. En fait, on ignore √† quel point le monde juif est divis√© par ses origines g√©ographiques et les vicissitudes historiques vari√©es qui en r√©sult√®rent, et dont m√™me les sensibilit√©s reli¬≠gieuses conservent l’empreinte, par les progr√®s de la la√Įcit√© et, bien en¬≠tendu, par des opinions politiques aussi contrast√©es qu’ailleurs; par les attitudes √† l’√©gard du grand r√™ve qui se pr√©cisait √† la faveur des pers√©cutions¬†: le sionisme.

 

3 M. Steinberg: La solution finale en Belgique, dans la Revue Nouvelle, octobre 1983, p. 298.

 

(p.316) Apr√®s 1940. Toujours le ¬ę statut ¬Ľ

 

Les remous de l’Apocalypse n’√©taient pas encore apais√©s lorsque, le 19 juin 1940, le pr√©sident du Parti ouvrier H. De Man r√©digea un pro¬≠gramme de gouvernement o√Ļ il alignait onze mesures qui lui paraissaient devoir s’imposer dans l’imm√©diat, pensait-il, puisque la fin de la guerre √©tait proche, et avec elle, la lib√©ration du Roi. Y figurait la ¬ę protection de la race, en respectant les commandements de l’humanit√© ¬Ľ. Il est clair qu’√† cette date, dans l’esprit de l’ancien ministre, il ne s’agissait pas d’un quelconque alignement sur des id√©es ou des l√©gislations allemandes. Falke-nhausen venait de lui dire qu’il se d√©sint√©resserait de nos affaires int√©rieu¬≠res ; au surplus, apr√®s la br√®ve et foudroyante parenth√®se des op√©rations militaires o√Ļ notre sol n’avait servi que de voie de passage, on pouvait consid√©rer que la Belgique allait bient√īt recouvrer son ind√©pendance4.

Peu apr√®s, une opinion plus surprenante nous est fournie par un homme des plus honorables. R√©sistant de la toute premi√®re heure, puisqu’il avait √©t√© √©crou√© √† Saint-Gilles apr√®s son refus de reprendre ses fonctions √† la radio contr√īl√©e par l’occupant, Paul L√©vy ‚ÄĒ converti au catholicisme ‚ÄĒ r√©digea en septembre 1940 un m√©moire de 33 pages qui √©tait le fruit de ses r√©flexions sur le probl√®me. Il affirmait la n√©cessit√© d’un ¬ęstatut¬Ľ qui serait r√©solument ¬ęa-s√©mite et antiraciste¬Ľ. Les premiers racistes √©taient √† ses yeux les Juifs, puisqu’ils refusaient de s’adapter √† leur entourage (comme il l’avait fait lui-m√™me). La solution allemande devait √™tre repouss√©e sans h√©sitation parce que raciste et donc, en un certain sens, confirmant les d√©sirs des Juifs eux-m√™mes. La jud√©it√© n’√©tait que la cons√©¬≠quence d’une religion, mais quel engrenage ! Enfermer ces gens dans un ghetto, c’√©tait les renforcer, donc alimenter un f√Ęcheux antis√©mitisme, donc ne plus pouvoir sortir d’un cercle vicieux. Les solutions fran√ßaise et belge (c’est-√†-dire l’assimilation) avaient √©t√© d’abord des plus satisfaisantes, mais

 

4 CREHSGM. Papiers De Man, n¬į 142.

 

(p.317) tout avait chang√© avec ¬ę l’afflux brutal ¬Ľ de masses tout √† fait √©trang√®res, parce que leur racisme √©tait oppos√© √† notre ¬ęmorale ethnique¬Ľ. Et de proposer une autre solution belge :

¬ę 1. Ne font partie de la communaut√© nationale belge, et ne peuvent donc √™tre citoyens belges que les individus n√©s en Belgique, dont un des parents est lui-m√™me n√© en Belgique et qui, par son attitude, sa vie et ses actes a prouv√© qu’il se consid√©rait comme Belge et uniquement comme tel…

¬ę 2. L’exercice de la religion juive un an apr√®s la mise en vigueur (du statut). Les subsides officiels seront supprim√©s. La possibilit√© d’√©migrer sera donn√©e aux Isra√©lites d√©sirant continuer √† exercer leur religion… ¬Ľ (Suit l’interdiction des abattages rituels, des cercles d’√©tudes, des associa¬≠tions culturelles…)

¬ę3. Les mariages des conjoints ayant chacun plus de deux grands-‘parents de religion juive sont, en principe, prohib√©s. Le fait, pour une personne d’origine isra√©lite, de choisir son conjoint parmi des individus de m√™me origine sera consid√©r√© comme un acte prouvant qu’elle s’exclut de la communaut√© nationale au sens du paragraphe 1 ¬Ľ 5.

Ce texte, r√©dig√© en prison r√©p√©tons-le, n’a lui non plus rien √† voir avec les Allemands, puisque la premi√®re ordonnance de l’administration mili¬≠taire ne date que du 23 octobre. L√©vy allait subir ensuite une ann√©e horrible √† Breendonck, √™tre lib√©r√© en novembre 1941 (sur intervention, para√ģt-il, de De Man et du Roi), passer en Angleterre et devenir apr√®s la lib√©ration fonctionnaire europ√©en, puis professeur √† l’universit√© de Lou-vain. Interdire une religion ? Restreindre le libre choix d’une compagne de vie et des liens sentimentaux? Par la suite, l’auteur a affirm√© qu’il ne s’agissait que d’une boutade. A chacun d’appr√©cier… Au minimum, c’√©tait pourtant l’extrapolation d’un cas personnel ; ce m√©moire d’un homme intelligent et courageux, nous aurions d’ailleurs pr√©f√©r√© l’oublier, si l’hon¬≠n√™tet√© ne nous avait pas impos√© d’en faire mention. En tout √©tat de cause, Paul L√©vy s’inscrivait, lui aussi, dans ¬ęl’air du temps¬Ľ… Signalons en passant que la fausse nouvelle de sa mort avait √©t√© diffus√©e par le clandes¬≠tin La Libert√© avec ce commentaire : ¬ę Ce grand Belge a d√©truit par son exemple toutes les affirmations tendant √† faire croire que les Juifs √©taient apatrides ¬Ľ (nos 38-39).

La m√™me id√©e de ¬ę statut ¬Ľ se retrouve chez Robert Poulet, tout aussi d√©tach√© de l’influence allemande que les deux autres. Est-ce √† dire qu’il avait chang√© d’avis, cet √©crivain dont nous reproduisions plus haut les commentaires apitoy√©s ? Certainement pas, mais dans l’intervalle, lui qui aurait tant voulu emp√™cher une guerre (¬ę √©vitable, b√™te et mal engag√©e ¬Ľ, estimait P.H. Spaak), il s’√©tait irrit√© de certaines propos belliqueux tenus par des voix Isra√©lites ; surtout, se m√©prenant sur les pouvoirs que la loi du 10 mai 1940 avait conf√©r√©s aux secr√©taires g√©n√©raux, il e√Ľt souhait√© les voir prendre des initiatives pr√©venant et limitant celles de l’ennemi. Dans le

 

‘ CREHSGM. Ibid., n¬įs 224-234.

 

(p.319) L’indiff√©rence, constat√©e par tous les observateurs, ne sera gu√®re troubl√©e lorsqu’appara√ģtront les affichettes signalant les maisons de com¬≠merce non-aryennes. L’expectative ricanante du collaborationniste/ouma/ de Namur est logique : on allait savoir √† quoi s’en tenir. ¬ę Nous sommes curieux de compter combien il y a de magasins juifs chez nous ¬Ľ (5 d√©cem¬≠bre 1940). ‚ÄĒ En revanche, les commentaires de r√©sistants sont sobres et rarissimes. N’achetez pas dans les magasins juifs, recommande la Nation libre dans son num√©ro 12 de 1940. Ils sont sous s√©questre allemand, et votre argent irait aux Boches. ‚ÄĒ Un autre √©cho, indirect celui-l√†, nous vient de la collaboration. La pancarte ¬ęEntreprise juive¬Ľ, √©crit Volk en Staat, a inspir√© √† certains commer√ßants l’id√©e d’arborer les couleurs natio¬≠nales avec l’inscription ¬ę Entreprise belge ¬Ľ. Et de conclure avec aigreur : ¬ęCe n’est nullement obligatoire¬Ľ (12 septembre 1941).

Au d√©but de 1941 circula dans divers clandestins (entre autres Chur¬≠chill Gazette de f√©vrier) l’excellente plaisanterie (fond√©e ou non) selon laquelle le chef du rexisme descendrait en droite ligne d’un Isaac Moskov-ski install√© √† Reims en 1760 ‚ÄĒ mais √† la g√©n√©alogie, on ajoute ce commen¬≠taire : d√®s lors, comment ose-t-il parler au nom des Belges, lui qui n’en est pas un ? ‚ÄĒ Un peu plus tard, le socialiste Monde du Travail ne cachait pas , son aversion pour ces trois cat√©gories dont les nazis venaient de d√©couvrir la nuisance, Juifs, bolch√©vistes et francs-ma√ßons : ¬ę Nous ne sommes ni pour les uns ni pour les autres… Les Juifs capitalistes sont encore plus avares et rapaces que les autres ¬Ľ. Mais en attendant, ce ne sont pas eux qui nous ont attaqu√©s (n¬į 31, apr√®s juin 1941). ‚ÄĒ Pour en finir avec la notion de ¬ęstatut¬Ľ, telle qu’elle s’exprimait dans l’opinion de r√©sistants, il faut encore en signaler un √©cho bien tardif dans un autre organe de gauche, L’Id√©e socialiste de septembre 1942 ‚ÄĒ soit apr√®s la grande vague des d√©portations. Apr√®s avoir, cela va de soi, affirm√© son id√©al d’¬ę √©mancipa¬≠tion humaine ¬Ľ, le journal faisait encore la distinction entre deux sortes de Juifs : les assimili√©s qui ne posent aucun probl√®me, et les autres, immigr√©s dans un pays ¬ę qui n’est pas le leur, provoquent des r√©actions de rejet et aspirent √† un statut (retour en Palestine, ou organismes propres au sein de leur pays de r√©sidence) ¬Ľ…

Avant m√™me la publication des d√©crets de l’occupant, la collaboration s’√©tait montr√©e sensible aux mesures prises √† l’√©tranger. Dans le Pays R√©el du 22 octobre 1940, Serge Doring commente le statut qui se pr√©pare √† Vichy, celui d’un antis√©mitisme d’Etat. La R√©volution fran√ßaise avait ac¬≠cord√© la citoyennet√© √† un peuple √©tranger, il en √©tait r√©sult√© une infiltra¬≠tion, puis une domination. Pour la Belgique, cet auteur rexiste souhaiterait une solution semblable, faute de quoi on aboutirait √† des manifestations individuelles o√Ļ le sentiment, les d√©sirs de vengeance, les repr√©sailles, les mesures arbitraires supplanteraient la raison. ‚ÄĒ Tout naturellement, son confr√®re Volk en Staat regardait, lui, vers le nord. Il signalait les d√©cisions

(p.320) qui venaient d’√™tre prises aux Pays-Bas, ¬ę sans que cela veuille dire que nous les approuvions toutes des deux mains¬Ľ. Il √©tait vrai, aussi, que l’influence juive y avait pris une ampleur disproportionn√©e. Cela √©tant dit, il fallait reconna√ģtre que les plus philos√©mites refuseraient de traiter en concitoyens les habitants de certains quartiers anversois. Ces gens n’avaient ¬ę ni honneur ni moralit√© ¬Ľ dans leurs relations d’affaires. Pour ces apatrides, les chr√©tiens n’√©taient que des objets d’exploitation. Ils √©taient tout pr√™ts √†a trahir leur terre d’accueil ; l’Allemagne l’avait appris √† ses d√©pens (10 octobre 1940). ‚ÄĒ Est-ce d√©j√† du racisme? Nous h√©sitons √† aller aussi loin. ‚ÄĒ Le 23 novembre 1940, le journal donne des exemples de cette ¬ęavidit√©¬Ľ, de cette ¬ęmoralit√© commerciale d√©natur√©e¬Ľ ; le 1er d√©¬≠cembre, il va jusqu’√† titrer : ¬ę Comment les Juifs s’enrichissent dans leur ghetto ¬Ľ. ‚ÄĒ Mais voil√†, les 8-9 d√©cembre, le m√™me Jan Brans oblig√© de se d√©fendre. Ses articles pr√©c√©dents lui ont valu des protestations. Des lec¬≠teurs lui ont √©crit ; ils sont sans nul doute bien intentionn√©s, mais ils ont le tort de raisonner avec leur cŇďur. Lui-m√™me voit mieux tous les aspects de la question √† travers les si√®cles, invoque S√©n√®que et Tacite, Mahomet et Luther, Franklin et Fr√©d√©ric II, Kant, Goethe, Napol√©on, Schiller et Fichte. De tout quoi il ressort clairement que les Juifs ont toujours trich√©, retourn√© contre nous nos nobles principes humanitaires. Ce nationaliste flamand cite m√™me Bernard Lazare, ce qui montre qu’il ne d√©daignait pas de lire Maurras. Et de conclure : ¬ę ce n’est pas nous qui avons refus√© l’int√©gration… La solution est entre les mains des Juifs eux-m√™mes¬Ľ. Remarquons cependant qu’apr√®s cette mise au point, Jan Brans devait se taire pendant des mois. Quant √† son chef et ami Staf De Clercq, il s’en tenait aux br√®ves d√©clarations qu’il avait faites dans son discours du 10 novembre 1940: ¬ęLes Juifs ne sont pas nos compatriotes¬Ľ.

Dans le Pays R√©el, la hargne est permanente, au cours de ces premiers mois. ‚ÄĒ Le rappel de l’exode de Mo√Įse, une preuve que bien avant l’incarnation du Christ, les Juifs √©taient incapables de s’assimiler aux peu¬≠ples qu’ils ¬ęenvahissent¬Ľ (21 septembre 1940). ‚ÄĒ Une allusion au livre ¬ępornographique¬Ľ publi√© jadis par L√©on Blum (4 octobre 1940). ‚ÄĒ Un dessin montrant, sous le titre ¬ę Le statut des Juifs ¬Ľ, un personnage au nez crochu en discussion avec son percepteur : ¬ę √áa peut peut-√™tre s’arranger, avez-vous rendu un service quelconque √† l’Etat? ¬Ľ ‚ÄĒ ¬ę Oui… Ch’ai bay√© mes contributions! ¬Ľ (1er d√©cembre 1940), etc. ‚ÄĒ Mais aussi (surprise… Jos√© Streel ?) ces lignes : ¬ę On sait que dans ce journal nous n’avons jamais profess√© cette phobie de la franc-ma√ßonnerie et des Juifs qui, chez certains esprits faibles, atteint √† l’hyst√©rie. Expliquer tous les malheurs qui se produisent par l’action t√©n√©breuse des francs ma√ßons et des Juifs est un enfantillage indigne d’un esprit politique quelque peu form√© et inform√© ¬Ľ (22 septembre 1940).

Si le rexisme n’est pas encore bien significatif, il est surprenant de constater que le Soir (vol√©) adopta d’embl√©e des th√®ses carr√©ment racistes. Le peuple h√©breu se caract√©risait par de ¬ę lourdes tares ¬Ľ ; ses m√©tissages avec le n√ītre n’avaient jamais donn√© qu’¬ę un pourcentage √©norme d’inadapt√©s (p.321) sociaux, d’√©l√©ments instables, de d√©linquants, de d√©biles mentaux, voire m√™me de criminels ¬Ľ. La France leur devait son d√©clin mais heureuse¬≠ment, une race plus forte et plus pure allait prendre la rel√®ve ; les mesures l√©gislatives qui venaient d’√™tre prises indiquaient que la Belgique allait s’aligner, et s’engager dans le sens d’un ¬ę avenir r√©g√©n√©r√© ¬Ľ (7 novembre 1940). ‚ÄĒ Le 13 novembre, un reportage hargneux sur le ghetto d’Anvers s’illustrait d’un dessin repr√©sentant ¬ę la plus extraordinaire collection de t√™tes que cauchemar puisse √©voquer¬Ľ. ‚ÄĒ En d√©cembre, on republiait, puis√©e dans la collection du Peuple d’avant 1914, une s√©rie d’articles fumeux, r√©dig√©s en plus dans un style surann√©, qui n’√©taient certainement pas ce que l’√©minent jurisconsulte socialiste Edmond Picard avait produit de meilleur. On passait ensuite √† la Ma√ßonnerie, tout aussi maltrait√©e, puis un collaborateur du journal se rendait √† Francfort pour y assister √† l’inau¬≠guration d’un Institut ¬ę scientifique ¬Ľ vou√© √† l’√©tude de ce probl√®me ¬ę fon¬≠damental ¬Ľ. Pour la premi√®re fois dans l’histoire du monde, l’Allemagne y apportait la solution d√©finitive. Le Juif √©tait un √©tranger absolu, biologi-quement inassimilable, m√™me s’il quittait la synagogue, m√™me s’il embras¬≠sait le christianisme, m√™me s’il adoptait, f√Ľt-ce sinc√®rement, la nationalit√© du pays d’accueil. Tous devaient donc √™tre trait√©s de la m√™me mani√®re, tous auraient √† quitter le continent (9 avril 1941). ‚ÄĒ Qu’il pleuve ou qu’il fasse beau, que l’on soit en guerre ou en paix, les Bruxellois moyens ach√®tent le Soir √† la fin de la journ√©e, en quittant leur travail. Ce qu’ils pensaient du contenu, c’est autre chose, mais on doute qu’il y en ait eu beaucoup pour ent√©riner un tel extr√©misme. Alors, pourquoi ces outrances, exceptionnelles dans la presse censur√©e ? L’administration militaire n’en exigeait pas tant : elle distribuait son mat√©riel de propagande, mais n’en imposait pas la publication. Ses ordonnances √©taient reproduites ou r√©su¬≠m√©es, avec la mention ¬ęBelgapress¬Ľ. Les journaux √©taient libres d’y ajouter des commentaires ‚ÄĒ favorables bien s√Ľr ‚ÄĒ, libres aussi de ne pas souffler mot. Dans le cas du Soir, risquons une tentative d’explication. Etait-ce pour faire accepter les nombreux articles o√Ļ s’affirmait la foi dans l’union nationale et l’ind√©pendance de la patrie ? Ou bien parce que son directeur Raymond De Becker, selon la rumeur publique, avait lui-m√™me une bonne dose de sang juif? Les motivations des hommes sont rarement univoques…

En effet, dans la Cit√© Ardente, la L√©gia se montrait beaucoup moins int√©ress√©e. Pendant les premi√®res ann√©es de l’occupation, on n’y d√©couvre que deux articles, l’un sur l’influence des Juifs dans le monde du cin√©ma, l’autre sur les anciennes campagnes bellicistes qui leur √©taient attribu√©es ‚ÄĒ et cela sous la plume d’un correspondant parisien. Quant √† la presse d’information flamande, elle se borna de loin en loin √† des poncifs connus, mais sous le double √©clairage de l’amalgame Isra√ęl-Ma√ßonnerie-bolch√©visme-ath√©isme et d√©pravation des mŇďurs. Plut√īt rares au d√©but, ces th√®mes ne se multipli√®rent que dans les douze derniers mois, avec la progression de l’Arm√©e rouge… et √† un moment o√Ļ, h√©las !, clandestins mis √† part, il ne restait plus beaucoup d’Isra√©lites dans le pays… Comme aussi

(p.322) en r√©gion francophone, la question allait √©voluer en fonction de la lutte entre Reeder et Himmler, par agents respectifs interpos√©s : soit le VNV d’une part, la SS flamande et DeVlag de l’autre. Soucieuse par ailleurs d’ex√©cuter les ordres mais sans heurter trop brutalement l’opinion belge, l’autorit√© allemande se contentait d’un antis√©mitisme mod√©r√©. Un v√©ritable racisme, en tout cas au d√©but, √©tait principalement incarn√© par le groupus¬≠cule ¬ę Volksverweering ¬Ľ de l’avocat Lambrichts : un ramassis d’indica¬≠teurs et d’hommes de main qui s’illustrent, en avril 1941, par la mise √† sac du quartier juif anversois ; il est significatif que, prudente, l’administration militaire soit intervenue aupr√®s de la censure pour qu’aucune publicit√© ne soit faite √† l’√©v√©nement. Les deux hebdomadaires √©taient int√©gralement financ√©s par la SS. S’y √©talent des caricatures suant la haine et le m√©pris, des statistiques (incommensurablement gonfl√©es) du pourcentage d’Isra√©li¬≠tes dans les diverses professions, des exigences pr√©c√©dant de peu les mesu¬≠res qui allaient √™tre prises ‚ÄĒ preuve qu’on √©tait bien inform√© ‚ÄĒ, des appels indulgents √† la fraternisation g√©n√©rale (francs-ma√ßons compris !) contre l’unique adversaire, des noms et adresses de Juifs et notamment, supr√™me abjection, ceux qui ne s’√©taient pas fait enregistrer. Signalons au hasard, dans l’Ami du Peuple du 14 novembre 1942 (apr√®s la grande vague des d√©portations…) ce dessin montrant deux amis dans un bar de luxe : ¬ę Tiens, Cha√Įm, tu ne portes pas l’√©toile ?¬Ľ ‚ÄĒ ¬ę Penses-tu, ils m’enverraient travail¬≠ler en Pologne…¬Ľ ‚ÄĒ Inutile de dire que cette fange servait surtout √† d√©corer les kiosques √† journaux ; rares √©taient les acheteurs.

Il n’en reste pas moins, on l’a vu, qu’un l√©ger antis√©mitisme √† base de repli national √©tait encore latent, et cela dans tous les bords. ¬ę L’opinion ne s’√©mouvait gu√®re parce que les cas les plus tragiques √©taient peu connus du public ¬Ľ, avouerait le Peuple de juillet-ao√Ľt 1942. Mais quittons un instant cette approche historique pour √©voquer le bon d√©pouillement fait nagu√®re par une jeune licenci√©e en journalisme selon la m√©thode propre √† cette discipline : l’analyse de contenu. Apr√®s avoir examin√© 600 feuilles clandes¬≠tines, Ariette Ciga conclut que 15 % d’entre elles ont mentionn√© le pro¬≠bl√®me, soit pour le commenter, soit pour fournir de simples informations. Soit 85 % d’ignorance ou d’indiff√©rence surtout, il est vrai, dans des localit√©s o√Ļ il n’y avait pas de Juifs. Leur regroupement dans 4 villes du pays, la faible proportion d’Isra√©lites de nationalit√© belge (3 764 sur 46 642 enregistr√©s /), ces compatriotes n’√©tant d’ailleurs gravement impli¬≠qu√©s qu’en septembre 1943, le sentiment g√©n√©ral, du moins jusqu’en 1942, que les restrictions qui leur √©taient impos√©es n’√©taient pas beaucoup plus p√©nibles que celles dont souffrait l’ensemble de la population ‚ÄĒ mieux, ou pire, qu’apr√®s tout elles √©taient logiques, tout cela explique un r√©el manque d’int√©r√™t. Ce n’est pas tout. Notre auteur a relev√© dans ces journaux r√©sistants 37 articles ou entrefilets d√©plaisants: 12 parlent sur un ton pas tr√®s am√®ne d’¬ę habiles commer√ßants¬Ľ, 9 appuyent lourdement sur des particularit√©s physiques, 7 leur attribuent des ¬ę caract√®res rus√©s¬Ľ, et 4 ne les ¬ę aiment pas¬Ľ. Le d√©icide appara√ģt dans 3 articles, 2 les soup√ßonnent d’accointances avec la Gestapo ou de ¬ę s’arranger avec l’occupant ¬Ľ ‚ÄĒ ce (p.323) qui n’est d’ailleurs pas exclu du tout: il y eut h√©las! parmi eux des d√©nonciateurs appoint√©s6.

Et puis et surtout, il y avait un autre ph√©nom√®ne plus diffus, dont tous les Belges ¬ę occup√©s ¬Ľ ressentirent les effets. Apr√®s tout, l’arm√©e allemande de 1940 avait combattu correctement, √† un √©pisode pr√®s, vite oubli√©. Des informations avaient filtr√© sur les massacres pratiqu√©s en Pologne et en URSS par les ¬ę Einsatzgruppen ¬Ľ SS, mais ils paraissaient s’inscrire dans la tradition des pogroms ant√©rieurs. Au pire, il n’y avait gu√®re d’SS en Belgique, et ¬ę cela ne se passerait pas ainsi chez nous ¬Ľ. Enfin, les ¬ę bourra¬≠ges de cr√Ęnes¬Ľ de 1914-18 avaient laiss√© des souvenirs n√©gatifs. Un men¬≠songe peut √™tre efficace, dans l’imm√©diat ; √† terme, il se retourne contre son auteur. Que n’avait-on pas dit, et accept√© dur comme fer la fois pr√©c√©dente ? Bien s√Ľr, les massacres de Dinant, les incendies de Louvain n’avaient pas √©t√© imaginaires, mais au-del√† de ces ¬ębavures¬Ľ, la propa¬≠gande alli√©e n’avait recul√© devant aucune outrance. Harold Nicolson en avait fait l’aveu √† la Chambre des Communes en f√©vrier 1938: ¬ęNous avons menti honteusement. ¬Ľ Nos p√®res avaient √©t√© cr√©dules ; plus ¬ę adul¬≠tes¬Ľ qu’eux, nous ne nous laisserions plus prendre. Quiconque, en 1942, aurait avanc√© dans une conversation de Belges moyens l’hypoth√®se que les Allemands pourraient bien d√©porter les Juifs pour les tuer, se serait heurt√© √† un scepticisme g√©n√©ral : ¬ę Suffit. En 1914, on nous avait fait croire qu’ils coupaient les mains des petits enfants… ¬Ľ

Renvoyons au livre, remarquable et approfondi, de Maxime Steinberg pour tout ce qui concerne l’expos√© chronologique des faits 7. Les premi√®res ordonnances de l’occupant d√©finirent la notion de Juif, impos√®rent √† tous leur inscription dans un registre communal et leur regroupement √† Bruxel¬≠les, Anvers, Li√®ge et Charleroi. La chose passa, soit inaper√ßue (ils y √©taient d√©j√† pour la plupart), soit pour logique et explicable : n’est-il pas d’usage, en temps de guerre, de mettre sous surveillance sp√©ciale les suspects ou les ressortissants d’un Etat ennemi ? Suivirent des interdictions professionnel¬≠les (frappant tr√®s peu de monde : avocats, fonctionnaires, journalistes, professeurs), la confiscation des r√©cepteurs de radio, un couvre-feu plus strict… M√™me l’¬ę aryanisation ¬Ľ des entreprises ne para√ģt pas avoir indign√© beaucoup de personnes…

Nul ne pouvait pr√©voir, selon la formule de Steinberg, que l’enregis¬≠trement ¬ę cr√©ait cette r√©alit√© nouvelle ¬Ľ (le Juif), mais qu’il la cr√©ait ¬ę pour l’an√©antir¬Ľ. Un nombre ind√©termin√© (et pour cause…) d’Isra√©lites ne se rendirent pas √† leur bureau d’√©tat-civil pour se faire conna√ģtre. Ce fut de leur part le tout premier acte de r√©sistance, inspir√© par un instinct obscur ou par le refus de se faire coller une √©tiquette par un occupant usurpateur. Sans trop s’en douter, ils choisissaient la longue et dangereuse voie d’une angoissante clandestinit√©. La grande masse des autres se mettaient ¬ę en

 

6 A. Ciga : Le Juif dans la presse clandestine belge de 1940 à 1944, mémoire de licence ULB, 1973, particulièrement aux pp. 40, 42 et 85.

7 M. Steinberg: L’Etoile et le Fusil, 2 premiers vol., Bruxelles 1983-1984.

 

(p.324) r√®gle¬Ľ, donc entraient sous la protection de la loi. On peut consid√©rer comme infiniment vraisemblable la r√©ponse ing√©nue du bourgmestre int√©¬≠rimaire de Bruxelles, en juin 1942, quand on lui demanda pourquoi il refusait de distribuer les √©toiles de David, alors que deux ans plus t√īt son administration s’√©tait soumise √† l’ouverture des registres : ¬ę C’est qu’√† ce moment, nous n’√©tions pas aussi certains de la victoire anglaise…¬Ľ

 

Une manŇďuvre diabolique : le ¬ę retournement ¬Ľ

 

Mais voyons l’√©tape suivante, qui elle aussi verra s’ouvrir une sorte de carrefour. Fallait-il s’incliner devant ce qui pouvait √™tre la continuation logique de la ligne ant√©rieure ‚ÄĒ ou qui d’un autre c√īt√© risquait d’√™tre l’amorce d’une action plus mena√ßante? Le 25 novembre 1941, l’autorit√© occupante constitua une Association des Juifs en Belgique (AJB, et notons le caract√®re flou du ¬ę en ¬Ľ) qui aurait pour objectifs d’¬ę activer l’√©migra¬≠tion ¬Ľ (soit, mais quelle √©migration ?) et de prendre en charge les √©coles et institutions de bienfaisance de leur communaut√©, sans pr√©judice d’¬ę autres devoirs ¬Ľ ; en effet, tous les enfants juifs, soumis √† la loi belge sur l’obliga¬≠tion scolaire, auraient √† quitter leurs √©tablissements pour √™tre regroup√©s dans des √©coles gardiennes et primaires entretenues par l’AJB (1er d√©cem¬≠bre 1941). Nouvelle ambigu√Įt√©: on parlait d’√©migration, mais en m√™me temps on institutionnalisait une s√©gr√©gation qui, toute d√©plaisante qu’elle f√Ľt, paraissait inaugurer une √®re stable et, tout compte fait, rassurante. En quelque sorte, les Juifs recevaient un ¬ę gouvernement ¬Ľ distinct, sous la forme d’une ¬ę association sans but lucratif ¬Ľ apparemment contr√īl√©e par le minist√®re belge de l’Int√©rieur.

La manŇďuvre √©tait diablolique : les effectifs nazis en Belgique √©taient infiniment trop faibles pour s’atteler √† la t√Ęche √©norme qui se pr√©parait. Le seul moyen, c’√©tait de s’assurer la coop√©ration des futures victimes elles-m√™mes, de pratiquer ce que les services d’espionnage appellent le ¬ę retour¬≠nement¬Ľ et l’¬ę intoxication ¬Ľ 8. Corollaire et condition indispensable du succ√®s : les Juifs qui se pr√™teraient √† l’op√©ration, il fallait qu’ils fussent de bonne foi, qu’ils puissent r√©percuter sur leurs administr√©s la confiance qu’ils √©prouvaient eux-m√™mes, donc leur apporter un soutien cordial dans ce qui devait appara√ģtre comme une Ňďuvre culturelle, philantropique et sociale. ¬ę Bis auf weiteres¬Ľ, jusqu’√† nouvel ordre, une formule classique dans les instructions re√ßues par le SD, charg√© de la mise en Ňďuvre pratique. Est-ce √† dire que dans les bureaux de l’avenue Louise, on √©tait d√©j√† au courant de ce qui se pr√©parait? Certainement pas. Seuls, une douzaine

 

8 Cette ingénieuse comparaison a été faite par Lucien Steinberg : Le Comité de Défense des Juifs en Belgique 1942-1944, Bruxelles 1973, pp. 57 et suiv. A noter le prénom de cet auteur ; il ne doit pas être confondu avec son homonyme précité.

 

(p.325) d’hommes connurent, en un premier temps du moins, ce qui fut d√©cid√© √† Wannsee le 22 janvier 1942. A Bruxelles, les agents d’ex√©cution nazis entreprirent donc une campagne de. s√©duction cauteleuse qui r√©ussit √† convaincre un certain nombre de notables juifs qu’une politique ¬ę de pr√©sence et de moindre mal ¬Ľ leur faisait un devoir de si√©ger dans le comit√© directeur de cette nouvelle institution. Sollicit√© d’en assumer la pr√©sidence, le grand-rabbin Ullmann h√©sita, recourut au conseil des autorit√©s morales les plus √©minentes : le cardinal Van Roey, le ministre d’Etat Carton de Wiart, le pr√©sident de la Croix-Rouge, l’avocat-g√©n√©ral Cornil… N’√©tait-il pas aum√īnier militaire, n’avait-il pas pr√™t√© serment de fid√©lit√© √† la Consti¬≠tution? Tous l’engag√®rent √† accepter en faisant valoir l’argument classi¬≠que : nul mieux que lui ne pourrait prot√©ger les siens, limiter des d√©g√Ęts √©ventuels, et puis, s’il devait refuser, quelle personnalit√© suspecte ne ris¬≠quait-on pas de d√©signer √† sa place ? Il c√©da (pour d√©missionner en septem¬≠bre 1942 apr√®s les d√©portations, √™tre emprisonn√© puis rel√Ęch√©, et enfin se cacher jusqu’√† la Lib√©ration dans la r√©sidence de l’√©v√™que de Li√®ge).

A consid√©rer les choses avec le recul, on voit donc se dessiner une nouvelle charni√®re. L’article 118 bis du Code p√©nal pr√©voyait la d√©tention extraordinaire pour quiconque transformerait les institutions ou servirait m√©chamment les desseins de l’ennemi. Ce texte fut interpr√™t√© ou plus exactement modifi√© √† Londres en d√©cembre 1942 : d√©sormais, ce serait la peine de mort, et il suffirait d’une collaboration fournie ¬ę sciemment ¬Ľ, ce qui dispenserait la Justice d’avoir √† apporter la preuve d’une intention perverse. Tranchante, Justice Libre, organe du Front de l’Ind√©pendance, donna son opinion : les statuts de l’AJB n’existaient pas aux yeux de notre droit, et les ordonnances allemandes non plus ; y collaborer tomberait sous le coup de l’article 118bis (N¬į d’avril 1942). H√Ętons-nous de dire qu’il e√Ľt √©t√© monstrueux de poursuivre apr√®s la Lib√©ration les rescap√©s du g√©nocide. Ils avaient √©t√© aveugl√©s ‚ÄĒ comme aussi certains non-Juifs inspir√©s par d’aussi bonnes intentions. Plus lucides se r√©v√©l√®rent ‚ÄĒ et c’est pour cela que nous parlons d’un deuxi√®me carrefour ‚ÄĒ les r√©sistants du Comit√© de D√©fense des Juifs (CDJ) qui au m√™me moment se constitua dans le cadre du FI, au domicile du professeur √† l’Universit√© de Bruxelles Cha√Įm Perel-man. Son Ňďuvre admirable, nous en parlerons plus loin mais en bonne justice, mention doit √™tre faite d’un pr√©curseur : le petit p√©riodique clan¬≠destin Unzer Won, en langue yiddisch, qui d√®s d√©cembre 1941 avait prescrit d’ignorer les ordonnances contraires √† ¬ę la loi belge ¬Ľ et, apr√®s la cr√©ation de l’AJB, de refuser cette ¬ę communaut√© obligatoire ¬Ľ (mars 1942). A ce moment toutefois, ces mises en garde n’avaient gu√®re impres¬≠sionn√©.

Ce r√©sum√© des faits √©tant √©tabli, voyons ce que pensaient ou faisaient les acteurs ou spectateurs d’une trag√©die dissimul√©e derri√®re de savants trompe-l’Ňďil. Du c√īt√© rexiste, on vit appara√ģtre, chose r√©v√©latrice, une curieuse suite de discours √† la cantonade. Le feu fut ouvert par les racistes de l’Ami du Peuple, qui reproch√®rent aux mouvements d’Ordre nouveau d’√™tre vraiment trop peu int√©ress√©s par ce qui constituait tout de m√™me le (p.326) probl√®me fondamental de l’heure. Aussit√īt, dans le Pays R√©el, Jos√© Streel r√©pond √† ¬ęcertains fr√©n√©tiques actuels¬Ľ, sans les citer nomm√©ment. La pr√©sence et l’influence des Juifs √©taient n√©gligeables avant 1935, √† part le bellicisme d’un Joseph Saxe, cet immigr√© tch√®que. Avec l’afflux des r√©fu¬≠gi√©s d’Europe centrale, c’est un probl√®me social qui se posa, et certaine¬≠ment pas sous la forme d’une ¬ę hostilit√© fonci√®re entre deux races h√©t√©ro¬≠g√®nes ¬Ľ. Ce probl√®me social, il incombe √† la soci√©t√© nationale de le r√©gler, donc par une ¬ę judicieuse intervention de l’Etat ou du Pouvoir qui, provi¬≠soirement, en tient lieu ¬Ľ. Un ¬ę antis√©mitisme d’Etat ¬Ľ par cons√©quent, sans haine, sans passions populaires, sans violences, sous la forme d’un statut ¬ę humain et √©quitable ¬Ľ, exempt de pers√©cutions. ¬ę L’antis√©mitisme d’Etat remet seulement les Juifs √† leur place d’√©trangers ¬Ľ ; il les laisse organiser leur vie sociale ¬ę dans les limites tr√®s larges du cadre qui leur est assign√© ¬Ľ, et qui les prot√©gera ¬ę contre les violences individuelles que leur pr√©sence aurait pu provoquer par r√©action ¬Ľ. C’est l√† un point de vue ¬ę conforme √† la tradition des soci√©t√©s chr√©tiennes du Moyen-Age¬Ľ, et qui du reste est provisoire : il pourra dans un sens √™tre am√©lior√© (apr√®s le d√©part des Allemands ? note de l’auteur) ¬ę au profit de cas individuels malheureux ¬Ľ (convertis, anciens combattants, etc), et dans l’autre √™tre le pr√©lude d’un retour dans l’Europe orientale d’o√Ļ ils viennent (P.R. 5 d√©cembre 1941).

‚ÄĒ Pauvre ang√©lique Streel, qui en effet devait se sentir toujours plus mal √† l’aise au sein de son parti… Car voyons la suite. D√®s le lendemain, le chef a.i. de Rex Victor Matthys se d√©solidarise de son voisin de colonne, cat√©goriquement mais toujours de mani√®re indirecte. Certaines ¬ę √Ęmes sensibles¬Ľ, dit-il, pensent devoir faire des distinctions. Or, la nouvelle l√©gislation est encore trop lib√©rale, puisqu’elle ignore les ¬ę demi-Juifs qui n’en poss√®dent pas moins, √† 100 %, les stigmates et les tares de leur race ¬Ľ. M√™me s’ils r√©sident chez nous depuis plusieurs g√©n√©rations, ce ne sont que des ¬ę pr√©tendus assimil√©s ¬Ľ. Ne font-ils pas la preuve de leur ¬ę nationalisme raciste ¬Ľ en n’√©pousant que desjeurs ? Partout dans le monde, leur attitude √©tait claire avant 1940. Par leurs excitations, ce sont eux qui nous ont plong√©s dans un bain de sang. ¬ę Un bain de sang aryen, bien entendu ¬Ľ. Les voil√† remis √† leur place: celle d’¬ę √©trangers dangereux¬Ľ… ¬ęLes y outres (h√©las ! le mot y est) regretteront un jour d’avoir voulu cette guerre qui les an√©antira¬Ľ. Tout cela sous le titre ¬ęLes Juifs seront mat√©s¬Ľ (P.R. 6 d√©cembre 1941).

Les propos ‚ÄĒ sinc√®res ‚ÄĒ de Jos√© Streel auraient pu √™tre √©crits, √† peu de chose pr√®s, dans la Libre Belgique d’avant la guerre. Ceux de Matthys – qui l’√©taient tout autant, laissons-leur ce triste b√©n√©fice ‚ÄĒ marquent une √©tape dans la politique de collaboration. Cette derni√®re a d√©j√† perdu pas mal de sympathisants. Elle n’en devient que plus offensive : les deux ph√©nom√®nes se tiennent. Toutefois, il importe de ne pas oublier qu’√† ce stade de l’√©volution, le public reste encore bien distrait: la cr√©ation de l’AJB, le regroupement de quelques √©l√®ves dans des √©coles sp√©ciales n’alertent que peu de personnes. En t√©moignant les r√©actions, tr√®s √©parses, que ces √©v√©nements suscit√®rent dans la presse r√©sistante. Eparses, mais (p.327) aussi nuanc√©es. Si Le Peuple d’avril 1942 fait appel √† la solidarit√© √† l’√©gard d’une communaut√© plac√©e dans un ¬ęghetto moral¬Ľ, c’est aussi ¬ęd’autant plus que ces mesures frappent aussi bien les Belges que les √©trangers ¬Ľ. ‚ÄĒ ¬ęManŇďuvres de diversion!¬Ľ s’exclame Belgi√ę Vrij (FI anversois). On voudrait nous faire croire que les Juifs sont la cause de tous nos malheurs. Personne ne marchera! (septembre 1941). ‚ÄĒ Dans son n¬į 12, Belgique ind√©pendante se borne √† sugg√©rer que tous les magasins, indistinctement, arborent l’affiche ¬ę Entreprise juive ¬Ľ. ‚ÄĒ A Li√®ge, La Victoire (mod√©r√©e) en reste √† une affirmation de solidarit√© : ¬ę Un Juif, un franc-ma√ßon est un homme comme vous et nous. Du moment qu’il soit honn√™te et qu’il fasse son devoir de Belge, respectez-le, et quand vous pouvez aider √† le tirer des pattes des Tudesques d’outre-Rhin, n’h√©sitez pas un seul instant ¬Ľ (septem¬≠bre 1941) ; son confr√®re La Meuse s’indigne, mais sur le seul plan de la s√©gr√©gation scolaire : des √©coles sp√©ciales pour les Juifs ? Quelle abjec¬≠tion!¬Ľ (f√©vrier 1942). ‚ÄĒ Quant √† la Voix des Belges (MNB), elle se contentera de publier en mars 1942 un tr√®s bon article contre le racisme ; cet organe, il est vrai, s’√©tait sp√©cialis√© dans une r√©flexion politique d’un ordre plus g√©n√©ral.

La pr√©occupation des pros√©mites n’√©tait donc que tr√®s circonstantielle et marginale. Pour l’interpeller directement, il fallut qu’en juin 1942 (or¬≠donnance du 27 mai), les √©toiles jaunes apparussent sur les poitrines de rares passants. Cette raret√© frappa au premier abord : on avait tellement entendu dire que les Juifs √©taient partout !

Le commentaire du Pays R√©el reste, disons, civilis√©. Il approuve la ¬ę rigueur ¬Ľ de cette mesure ¬ę prophylactique ¬Ľ, mais il se nuance aussit√īt : ¬ę Nous ne devons pas nous abaisser √† traiter les Juifs de mani√®re barbare ou inhumaine ¬Ľ (23 juin 1942). ‚ÄĒ Son confr√®re Volk en Staat, un peu g√™n√© tout de m√™me, nous montre une fois de plus √† quel point les hommes se r√©fugient, d’instinct, dans les le√ßons du pass√©, bien ou mal interpr√™t√©es. Certaines personnes s’indignent, dit-il. Particuli√®rement les catholiques devraient se rappeler St. Thomas d’Aquin, le 3e concile de Latran et les prescriptions de Paul IV selon lesquelles les Isra√©lites devaient certes √™tre trait√©s avec humanit√© ; mais n’avaient-ils pas l’obligation de rev√™tir une tunique jaune et de se coiffer d’un chapeau bleu lorsqu’ils p√©n√©traient dans les quartiers chr√©tiens? Ceux qui, aujourd’hui, se d√©clareraient choqu√©s seraient donc, soit de ¬ę mauvais catholiques ¬Ľ soit, plus simplement, des ¬ę anglophiles larv√©s ¬Ľ (2 juin 1942). ‚ÄĒ Le Moyen-Age ! C’est aussi le mot qui revient dans la presse clandestine, avec toutefois un peu plus de lucidit√© : on se r√©f√®re √† ce qui est appel√© la ¬ę barbarie ¬Ľ des si√®cles d’obscu¬≠rantisme mais on discerne, cela va de soi, l’intention malveillante. En t√©moignent Belgi√ę Vrij juillet 1942), Le Monde du Travail (¬ę moyen√Ęgeuse mesure¬Ľ, juin 1942), etc. ‚ÄĒ Ce n’est pas que les anciennes distinctions soient tout √† fait mortes, loin de l√†. ¬ę Que l’on soit pour ou contre l’antis√©¬≠mitisme, √©crit La L√©gion Noire, il est une chose qui r√©volte : on ne met pas ainsi un tas de gens, toute une race au ban de la soci√©t√©. Uniquement (sic) parce que cette mesure est prise par nos protecteurs, nous devons √™tre contre. (‚Ķ)

 

(p.330) /Wannsee, 20/01/1942/

 

Les ex√©cutions massives, baptis√©es ¬ętraitement sp√©cial¬Ľ (¬ę Sonderbehandlung ¬Ľ, ou mieux encore, ¬ęSB¬Ľ) se dissimuleraient der¬≠ri√®re l’intimit√© des camps. D’ordre √©crit, on n’en a jamais retrouv√©, et il n’y en eut sans doute pas. Six millions d’√™tres humains allaient dispara√ģtre en fum√©e ou autrement, sans qu’on en e√Ľt, jusqu’en 1945, la connaissance formelle et indiscutable. ‚ÄĒ ¬ę S’il est exact, devait √©crire W. Laqueur, que seule une poign√©e d’Allemands savaient tout sur la solution finale, tr√®s peu nombreux √©taient ceux qui ne savaient rien ¬Ľ 9. En terre libre, la premi√®re information faisant √©tat d’une ¬ę extermination totale ¬Ľ semble √™tre parve¬≠nue au Congr√®s mondial juif de Gen√®ve en ao√Ľt 1942, mais elle laissa bien des sceptiques (des esprits normaux peuvent-ils penser l’impensable?), et le rabbin Jacob Kaplan lui-m√™me devait confesser par la suite que ses derniers doutes ne cess√®rent qu’au d√©but de 1944 10.

 

Comment cette ¬ę d√©portation ¬Ľ fut-elle per√ßue en Belgique ? Quels commentaires souleva-t-elle? C’est ce que nous allons voir ‚ÄĒ mais avant cela, particuli√®rement nos compatriotes eurent √† franchir un √©norme et ultime camouflage : celui de la mise au travail. Premier point tout √† fait sp√©cifique : la m√©moire collective des Belges avait gard√© le souvenir des cruelles, stupides et inefficaces d√©portations de ch√īmeurs pratiqu√©es par von Bissing (contre son gr√©) en 1916. On s’attendait √† une mesure sembla¬≠ble, en la redoutant. Et n’√©tait-il pas logique de commencer par les Juifs, d√©j√† limit√©s dans leur activit√© ? Pr√©cis√©ment, deux ordonnances (11 mars et 8 mai 1942) avaient r√©glement√© leur emploi, qui se ferait sur r√©quisition et uniquement par groupe. Ces mesures avaient √©t√© aussit√īt mises en applica¬≠tion. On avait vu partir des convois, pour travailler aux fortifications c√īti√®res dans le nord de la France. Surtout, on les avait vu revenir, leur besogne termin√©e. L’op√©ration ¬ę anesth√©sie ¬Ľ avait √©t√© tellement vicieuse qu’apr√®s coup, on peut se demander si elle avait √©t√© vraiment calcul√©e. Quoi qu’il en soit, elle ne manqua certainement pas son effet. ‚ÄĒ Second point : chacun savait que depuis le d√©but le IIP Reich en guerre avait un intarissable besoin de main-d’Ňďuvre; l’ordonnance de mars 1942, visant tous les Belges disponibles l’avait confirm√©, et une autre viendrait encore la durcir en octobre. Gardons nos deux pieds sur terre : √©tait-il logique, √©tait-il raisonnable, √©tait-il seulement concevable d’imaginer que les Allemands allaient d√©porter cette pr√©cieuse r√©serve de bras… pour aussit√īt l’an√©antir? Nous reviendrons sur la mise en Ňďuvre de la d√©portation juive, appliqu√©e en juillet 1942 avec l’indispensable coop√©ration de l’AJB, mais voyons tout de suite quelques extraits de la presse clandestine illustrant l’analyse que nous venons de faire. D√©j√† au d√©but du second semestre de 1941, le n¬į 35 du Monde du Travail avait manifest√© son appr√©hension globale, h√©riti√®re des mauvais souvenirs de 1916 : ¬ę Verrons-nous une d√©portation des tra¬≠vailleurs? ¬Ľ ‚ÄĒ Ensuite vint la r√©action, tr√®s explicable, ne voulant et ne

 

9 W. Laqueur: Le terrifiant secret. La ¬ęsolution finale¬Ľ et l’information √©touff√©e, Paris 1981, p. 25.

10 M. Marrus et R. Paxton : Vichy et les Juifs, Paris 1981, pp. 316 et suiv.

 

(p.331) pouvant voir, dans le sort r√©serv√© aux Juifs, qu’une pr√©figuration de ce qui attendait ensuite les autres cat√©gories de la population : On vient de concentrer les Isra√©lites √† Malines pour les diriger, ¬ę on a tout lieu de le croire ¬Ľ, vers la Pologne. Belges, voil√† votre sort, si les Allemands ga¬≠gnaient cette guerre ! (Monde du Travail, ao√Ľt 1942). ‚ÄĒ Le m√™me organe socialiste ne s’√©mouvra vraiment qu’apr√®s l’ordonnance d’octobre, laquelle visait cette fois les Belges : ¬ę Les bandits √† l’Ňďuvre. A bas la d√©portation ! ¬Ľ (ibid., novembre 1942). ‚ÄĒ L’analyse est identique dans L’Espoir, socia¬≠liste. Parlant des Juifs, il consacre un petit entrefilet √† ces ¬ę mesures ignobles¬Ľ, √† ces ¬ęmŇďurs barbares¬Ľ (septembre 1942), mais dans son num√©ro de novembre, la d√©portation d’ouvriers belges occupe toute la premi√®re page. ‚ÄĒ M√™me r√©action encore au FI d’Anvers. Belgi√ę Vrij avait attribu√© 20 lignes √† la d√©portation des Juifs, en annon√ßant que ce n’√©tait qu’un d√©but (juillet 1942), mais dans son num√©ro suivant, les travailleurs belges en m√©riteront 140. ‚ÄĒ ¬ęBoucs √©missaires! ¬Ľ s’exclame Lib√©ration. Les Juifs sont ¬ę d√©port√©s dans des camps de travail, √† l’√©tranger¬Ľ. Apr√®s eux viendra le tour des officiers et des soldats, puis des jeunes classes, puis des organisations patriotiques (juillet 1942). ‚ÄĒPourquoi pas nous ? (Ver-viers) partage l’erreur : ces ¬ę ignobles pers√©cutions ¬Ľ ne constituent qu’¬ę un aspect du probl√®me de la main-d’Ňďuvre qui se pose pour les nazis d’une fa√ßon particuli√®rement aigu√ę ¬Ľ (ao√Ľt 1941). ‚ÄĒ Bref, et l’on pourrait avan¬≠cer d’autres citations du m√™me genre, le trompe l’Ňďil a √©t√© efficace, le sort des Juifs est assur√©ment d√©plorable, mais on n’y insiste pas trop : ils semblent repr√©senter l’avant-garde d’une mis√®re plus g√©n√©rale, qui pend comme une √©p√©e de Damocl√®s sur la t√™te de tout un chacun. ‚ÄĒ Enfin, si en ce second semestre de 1942 les clandestins communistes d√©couvraient une raison suppl√©mentaire de stigmatiser le nazisme, leur analyse globale n’√©tait pas diff√©rente. Voici les directives de leur Service de presse : ¬ę Aux Bourses du Travail, la mention selon laquelle les Juifs n’entrent pas en ligne de compte pour les offres de travail en Allemagne est retir√©e ¬Ľ. Voil√† qui d√©montre que les Allemands ont besoin de main-d’Ňďuvre. D’ailleurs, les mesures contre les artisans et petits commer√ßants juifs n’ont pas d’autre raison : il s’agit de les prol√©tariser pour les encourager au travail outre¬≠Rhin (avril 1942). ‚ÄĒ ¬ęEn recourant officiellement √† la d√©portation de travailleurs des pays occup√©s, Hitler avoue la terrible p√©nurie de main-d’Ňďuvre du IIIe Reich… Pr√©lude aux d√©portations massives d’autres cou¬≠ches de la population, des rafles de Juifs furent organis√©es… Refuser de travailler pour Hitler, c’est h√Ęter la victoire! (octobre 1942).

Il va de soi qu’√† l’AJB elle-m√™me, la chose avait √©t√© pr√©sent√©e exacte¬≠ment de cette fa√ßon-l√†. Elle aussi se croyait astreinte √† la dure n√©cessit√© de la guerre, qu’elle ne serait pas seule √† subir. Et puis apr√®s tout, les victimes √©taient des √©trangers… Ce ¬ę Judenrat ¬Ľ, dirig√© par des notables belges sans aucun doute de tr√®s bonne foi, assuma pleinement l’organisation des d√©¬≠parts vers la caserne Dossin, √† Malines, lieu de concentration qui pr√©ludait aux embarquements en direction de l’Allemagne. Elle n’est h√©las ! que trop vraisemblable, cette phrase attribu√©e √† l’un de ses dirigeants : ¬ę Et si vous

(p.332) partiez pour l’Europe de l’Est, o√Ļ serait le malheur?… Vous veniez de Pologne, et vous y retournez, voil√† tout ! ¬Ľ Le texte de la convocation parlait d’une ¬ęprestation de travail¬Ľ, et il pr√©cisait que les r√©fractaires seraient intern√©s dans un camp de concentration (!). L’affreuse duplicit√© ne se d√©voila que plus tard, trop tard mais en attendant, que de malheureux brim√©s, tromp√©s, esp√©rant un sort peut-√™tre meilleur en fin de compte que celui qu’ils avaient fini par conna√ģtre dans leur √©ph√©m√®re refuge belge ! Ou encore cette r√©action du jeune Marcel Liebman (Belge, donc pas concern√© dans l’imm√©diat), refusant la fuite, acceptant avec cr√Ęnerie n’importe quel sort parce qu’il ne voulait √™tre ni un l√Ęche, ni un d√©serteur n. Inutile de rappeler que pour la plupart de ces martyrs, l’esp√©rance de vie n’√©tait plus que tr√®s, tr√®s faible : √† peine arriv√©s √† destination, c’√©tait en g√©n√©ral le massacre, sans autre examen. Avec, parfois, un petit raffinement de ca¬≠mouflage suppl√©mentaire : on leur faisait signer au pr√©alable des cartes postales annon√ßant √† des amis qu’ils √©taient en bonne sant√©,… et l’on n’acheminait ces messages que de longs mois plus tard. La d√©mence raciste avait atteint son aboutissement logique. Il arrive qu’aujourd’hui l’on ren¬≠contre un ancien ¬ę collaborateur ¬Ľ, rest√© ferme sur ses opinions et toujours aussi convaincu d’avoir agi en fonction d’un bien sup√©rieur. Pas un seul toutefois, nous disons pas un seul qui n’ait gard√© sur la conscience le remords d’avoir, √† son insu, ent√©rin√© le g√©nocide. Quelques rarissimes le nient ou le minimisent, ce qui est encore une fa√ßon de s’en d√©solidariser. Au moment m√™me, ces ¬ę collabos ¬Ľ n’allaient pas plus loin, n’imaginaient pas aller plus loin que ne le voulait cette sobre information du Pays R√©el : La moiti√© des Juifs de nationalit√© √©trang√®re ont ¬ę maintenant quitt√© le pays pour un endroit o√Ļ ils gagneront leur pain √† la sueur de leur front, conform√©ment √† la loi divine¬Ľ (25 octobre 1942).

La protection s’organise, mais dans l’aveuglement g√©n√©ral

Nous avons vu qu’√† cette tragique crois√©e des chemins, quelques esprits lucides et courageux s’√©taient ressaisis : mieux valait se rebiffer, √©clairer les r√©sign√©s, prot√©ger les victimes et, dans la pire des √©ventualit√©s, avoir au moins la satisfaction de mourir en combattant. Dans le cadre du Front de l’Ind√©pendance, le Comit√© de D√©fense des Juifs accomplit une Ňďuvre fantastique dont le tableau, encore incomplet para√ģt-il, a √©t√© dress√© par Lucien Steinberg 12. Gr√Ęce √† une presse clandestine active (Perelman, Roger Van Praag dans le Flambeau, L√©opold Flam dans De Vrije Gedachte) le pourcentage des r√©fractaires, faible au d√©but, augmenta sensible¬≠ment. Les plus hautes autorit√©s belges furent alert√©es : la Reine Elisabeth, le cardinal Van Roey et les √©v√™ques, le pr√©sident de la Croix-Rouge Dronsart, la directrice de l’Ňíuvre nationale de l’Enfance Yvonne N√®ve-

 

  1. Liebman: op. cit., p. 53. : L. Steinberg: op. cit., passim.

 

(p.333) Jean, Mgr Cardijn et la Jeunesse ouvri√®re chr√©tienne, le haut fonctionnaire au Minist√®re de la Justice Platteau, de nombreux banquiers parmi lesquels le gouverneur de la Soci√©t√© G√©n√©rale Galopin… (soit dit en passant, voil√† qui rend quelque peu incompr√©hensible l’affirmation de Marcel Liebman, selon laquelle l’antis√©mitisme aurait √©t√© une cr√©ation de la bourgeoisie et du capitalisme). Ces inspirateurs s’appuyaient sur une pyramide d’incalcu¬≠lables d√©vouements individuels, d’autant plus nombreux que beaucoup n√©glig√®rent, mission accomplie, de se faire recenser apr√®s la Lib√©ration. Pendant ce temps-l√†, des dizaines de milliers d’individus adressaient des lettres de d√©nonciation √† la Kommandantur, souvent pour r√©gler de vulgai¬≠res comptes personnels : ainsi, dans la hideuse et magnifique histoire des hommes, on voit sans cesse se c√ītoyer le meilleur et \e pire… Quelque 4 000 enfants furent sauv√©s, bien des adultes, pourvus de logements et de timbres d’alimentation, purent dispara√ģtre dans la clandestinit√©. Pour des raisons √©videntes, des chiffres exacts ne pourront jamais √™tre √©tablis. A la conf√©rence de Wannsee, les Juifs de Belgique, pr√©sents √† cette date, avaient √©t√© estim√©s √† 43 000. 25 559 personnes pass√®rent par Malines, 1 244 rentr√®rent de captivit√© en 1945… La proportion des sauvetages a donc √©t√© remarquable ; les trois quarts d’entre eux peuvent √™tre attribu√©s √† l’action du CDJ.

En outre, cette organisation comprenait un groupe d’action directe, compos√© de Partisans arm√©s (pas tous juifs, d’ailleurs). Lui revient la responsabilit√© du meurtre d’Holzinger, un dirigeant de l’AJB plus na√Įf encore que les autres, donc particuli√®rement nuisible (29 juillet 1942). Deux jours plus tard, ces r√©sistants attaquaient et mettaient √† sac le local bruxellois de l’AJB, afin d’en d√©truire les fichiers. Cet √©pisode devait √™tre comment√© par la Libre Belgique (Li√®ge) de septembre 1942, mais en des termes qui nous montrent une fois de plus √† quel point le camouflage nazi avait √©t√© efficace. M√©connaissant tout √† fait le caract√®re allemand de l’AJB, ne croyant voir en elle qu’une Ňďuvre de protection des Juifs, cette feuille r√©sistante ne put que s’interroger. D’o√Ļ venait cette agression ? De toute √©vidence, de la police allemande, qui avait voulu mettre la main sur les fichiers, enrichir sa liste de travailleurs potentiels. Et non sans r√©sultats : ne voyait-on pas les Juifs partir √† la cadence de mille par jour ¬ę vers les mines de sel de Pologne, vers les tissages de Sil√©sie et les fortifications du nord de la France¬Ľ. ‚ÄĒ Outre quelques autres actions moins spectaculaires mais protectrices, cette unit√© de PA (√† laquelle s’alli√®rent des membres du Groupe G) s’illustra, pendant la nuit du 19 au 20 avril 1943, par l’attaque d’un train de d√©port√©s pr√®s de Tirlemont. Cette action se solda par 108 √©vasions d√©finitives, 75 √©checs (c’est-√†-dire des √©vad√©s repris) et, sans doute, 21 tu√©s sur place.

La presse du CDJ, disions-nous, se caract√©risa par la relative exactitude de ses informations, donc par son influence b√©n√©fique. C’est elle qui publia, en 1943, le rapport d’un ¬ęespion¬Ľ qui, sous la couverture d’un voyage scientifique, interrogea en Allemagne des travailleurs √©trangers dont les propos ne pouvaient plus gu√®re laisser de doute sur le sort des d√©port√©s

(p.334) raciques. Le Flambeau avait un premier m√©rite : il refusait de tomber dans une sorte de contre-racisme, de se montrer exclusivement philos√©mite. Les pratiques d√©nonc√©es mena√ßaient d’autres cat√©gories sociales encore, de telle sorte qu’en aidant les Juifs, on servait l’ensemble de la population. Dans la mis√®re g√©n√©rale, les Juifs ne sont qu’une avant-garde (mars et mai 1943). ‚ÄĒ On parle de cet ¬ę Est ¬Ľ myst√©rieux dont personne ne revient : ¬ę la d√©porta¬≠tion, c’est la mort ¬Ľ (mars 1943). ‚ÄĒ ¬ę Le plus souvent, ce sont des nouvelles tragiques : des fusillades en masse, des empoisonnements par les gaz, des attaques arm√©es contre les ghettos en Pologne ¬Ľ. Mais le refrain subsiste : solidarit√© pour tous. Il y en a d’autres qui se cachent. ¬ę Les r√©fractaires au travail obligatoire en Allemagne sont dans le m√™me cas ¬Ľ (novembre 1943). ‚ÄĒ Et d’en revenir √† la question essentielle : il ne s’agirait que de d√©portation dans des camps de travail ? Alors, pourquoi des vieillards, pourquoi des enfants? (janvier 1944). ‚ÄĒ Corollaire de ce que nous remarquions plus haut, le plus significatif, dans l’esprit de ce clandestin, c’est une r√©elle mod√©ration √† l’√©gard du peuple allemand en soi. On pourfend ¬ę la b√™te hitl√©rienne, le fascisme, les sadiques nazis¬Ľ. Alors que la presque totalit√© des r√©sistants √©troitement ¬ę belges ¬Ľ mettent volontiers IIIe Reich et ¬ę Bo-chie ¬Ľ dans le m√™me sac, les Juifs du CDJ (plus cosmopolites, ayant franchi davantage de fronti√®res?) font mieux certaines distinctions.

A mentionner encore, dans cette Ňďuvre protectrice, l’intervention personnelle de la Reine Elisabeth, qui obtint la promesse que les d√©port√©s seraient trait√©s humainement (?) et qu’en tout √©tat de cause les Belges (pas beaucoup plus de 3 000) seraient pr√©serv√©s ‚ÄĒ ce qu’ils furent jusqu’en septembre 1943. Submerg√©s comme ils l’√©taient en ao√Ľt 1942, les nazis pouvaient s’engager √† titre provisoire. En outre, sans vouloir minimiser l’effet de cette intervention royale, il faut noter ce commentaire de Lucien Steinberg : accessibles √† l’argent, bien des gestapistes ont pu saisir ce pr√©texte, qui ajoutait une couverture respectable √† des motivations qui l’√©taient beaucoup moins.

Il est temps, pour nous, d’en revenir √† notre tentative d’analyse de l’opinion √† travers la presse r√©sistante. Toutefois, au risque de se r√©p√©ter, une remarque s’impose, imp√©rativement. Les trois quarts des clandestins ignorent compl√®tement le probl√®me, le dernier quart n’en fait que des mentions sporadiques : c’est presque comme s’il n’avait jamais exist√©, alors que de nos jours, il est devenu central. De plus, ces clandestins eux-m√™mes, quel √©tait leur rayonnement ? Nous en avons fait la surprenante exp√©rience personnelle : on peut avoir v√©cu toute l’occupation dans un chef-lieu de province de 12 000 habitants, √©chang√© les propos les plus ouverts dans un Ath√©n√©e int√©gralement patriotique, n’avoir jamais eu sous les yeux le moindre pamphlet r√©sistant… et apprendre une g√©n√©ration plus tard que cette ville avait vu na√ģtre une demi-douzaine de titres. Un certain nombre de personnes jouaient un r√īle actif, le secret √©tait bien observ√©, mais il avait ses inconv√©nients… A Bruxelles, Gand, Li√®ge et Charleroi, en revan¬≠che, les ¬ę grands ¬Ľ clandestins √©taient bien diffus√©s, mais que savaient-ils, que disaient-ils ?

(p.335) Paul Struye, cet observateur sagace, nous heurte un peu lorsqu’il date du 1er d√©cembre 1942 des observations sans aucun doute pertinentes, mais qui paraissent avoir √©t√© √©crites quelques mois plus t√īt : ¬ę Certes, on les tenait (ces mesures anti-juives) pour injustes. Mais dans l’ensemble, on y demeurait assez indiff√©rent. Le Belge moyen n’admet assur√©ment pas qu’on pers√©cute une cat√©gorie de citoyens pour des raisons d’ordre racique ou religieux. Mais il est hors de doute qu’il ¬ę n’aime pas les Juifs ¬Ľ et qu’il existe, tout au moins √† Bruxelles et plus encore √† Anvers, ce qu’on pourrait appeler un antis√©mitisme mod√©r√©. Personne ‚ÄĒ ou √† peu pr√®s ‚ÄĒ ne croit que les Juifs sont √† la source de tous les maux dont souffre l’Europe, mais assez nombreux sont ceux qui estiment qu’il s’√©tait cr√©√© en Belgique un probl√®me juif et que des mesures √©taient ‚ÄĒ ou seront ‚ÄĒ n√©cessaires pour √©viter qu’il ne prenne un caract√®re aigu ¬Ľ. ‚ÄĒ Plus proches de l’√©v√©nement puisqu’ils √©crivent au jour le jour, Ooms et Delantsheere restent tr√®s √©vasifs et confondent les d√©port√©s avec les ¬ę autres Belges dont certains reviennent d’Allemagne, tuberculeux ou dans un √©tat lamentable¬Ľ. A la date du 2 ao√Ľt 1942, leur indignation grandit: on les pers√©cute, ¬ęon les contraints √† √©migrer, on les enfourne comme des esclaves dans des wagons √† bestiaux ¬Ľ qui les transportent ¬ę vers des destinations inconnues o√Ļ ils perdront sinon la vie du moins la sant√©… ¬Ľ Ils sont emport√©s par groupes ¬ęvers la r√©sidence qu’on leur a assign√©e¬Ľ, vers une ¬ęmis√®re morale¬Ľ, particuli√®rement en ce qui concerne ¬ęles jeunes filles¬Ľ… ‚ÄĒ Les jeunes filles ! Nous allons les retrouver, ces malheureuses, dans le texte qui suit, et les gorges ne pourront que se serrer devant l’ab√ģme d’incompr√©hension qui se creusait entre un niveau de civilisation consid√©r√© comme acquis, et l’ensauvagement des mŇďurs nouvelles. La Libre Belgique du 15 septembre 1942 commente la d√©portation. Apr√®s en avoir montr√© le caract√®re ill√©gal (elle viole la Constitution, le Droit international et les promesses de l’occupant lui-m√™me), l’auteur en condamne les modalit√©s : ¬ę II est difficile √† tout homme ayant gard√© un tant soit peu le sens de sa dignit√© humaine de ne pas avoir un haut-le-cŇďur de d√©go√Ľt devant ce retour √† la barbarie… Comment juger ceux qui entassent, p√™le-m√™le, jeunes gens et jeunes filles dans des wagons √† bestiaux, sans aucun souci de moralit√© √©l√©mentaire ? Quelle appr√©ciation porter sur ceux qui arrachent une m√®re √† ses enfants en bas √Ęge, sans se pr√©occuper du sort de ces derniers, et cela uniquement parce qu’ils ont les cheveux noirs et le nez crochu ? ¬Ľ Et ces criminels ¬ę ont le culot de r√©clamer des colonies ! ¬Ľ Ils devraient √™tre r√©√©duqu√©s ¬ę avant de pouvoir s’entretenir sur un pied d’√©galit√© avec le reste de l’humanit√©¬Ľ. Mais pourquoi ces pers√©cutions, se demande le journal ? Encore que partiellement juste, sa r√©ponse ne va pas tr√®s loin. Un r√©gime totalitaire se doit de d√©truire tout mouvement qui reconnaisse, ¬ę au-del√† de l’Etat, une solidarit√© internationale quelconque ¬Ľ. Le sort des Juifs guette, par cons√©¬≠quent, les francs-rrTa√ßons demain, et les chr√©tiens ensuite. Que de pr√™tres d√©j√† arr√™t√©s ou molest√©s ! Les Isra√©lites ne forment que le premier maillon d’une cha√ģne, et voil√† ¬ę pourquoi le probl√®me juif doit √™tre aujourd’hui √† l’avant-plan de nos pr√©occupations¬Ľ. (Sans doute mais, remarquons-le, ce (p.336) clandestin n’y reviendra plus. Dans un tourbillon comme celui-l√†, une pr√©occupation chasse l’autre…).

M√™mes sursauts de d√©go√Ľt, mais aussi d’ignorance et d’inad√©quation, dans la presse clandestine bourgeoise de Li√®ge. D√©j√† en avril 1942, Chur¬≠chill Gazette s’√©tait √©tonn√©e. C’est une ¬ęrace forte¬Ľ, les Allemands de¬≠vraient donc l’admirer. D’accord, leurs anc√™tres sont responsables de la Crucifixion, mais J√©sus ne leur a-t-il pas pardonn√© depuis longtemps? Cette √©toile jaune serait un signe d’opprobre ? Retournons l’argument : saluons, plaignons et aidons ces victimes. ‚ÄĒ Viennent, en juillet, les d√©portations. ¬ę Respect aux pers√©cut√©s ! ¬Ľ s’exclame le m√™me auteur (ao√Ľt 1942). Ensuite, il essaie de r√©fl√©chir : Ces mesures ¬ę touchent coupables et innocents… S’il existe des coupables… qu’on les cite devant les tribunaux belges, qu’on les juge et qu’on les condamne ! Pas de ch√Ętiments collectifs ! Saluons-les, parce que nous avons des ennemis communs : l’Allemand et le collaborateur¬Ľ. ‚ÄĒ ¬ęCe sont nos fr√®res dans le malheur¬Ľ (septembre 1942) ‚ÄĒ une appr√©ciation qui sera confirm√©e, le mois suivant, par l’ordon¬≠nance sur le travail obligatoire en Allemagne. Confirm√©e, certes, mais du m√™me coup les Juifs sembleront, davantage encore, se diluer dans une pers√©cution g√©n√©rale. ‚ÄĒ En parall√®le, le Coq Victorieux r√©agit de la m√™me fa√ßon. D√©j√† le titre de son article est significatif : ¬ę Les tribulations d’Isra√ęl¬Ľ. La fuite en Egypte, remarque-t-il, d√©bouchait sur la libert√©; aujourd’hui, c’est un ¬ęd√©part pour l’esclavage¬Ľ. Les Allemands s’atta¬≠quent-ils aux ¬ę repr√©sentants de cette finance internationale ¬Ľ qu’ils vili¬≠pendent ? Mais non : leurs victimes sont des modestes, des artisans, des petits commer√ßants. On viendra nous dire : ce sont des √©trangers. Mais on ne les renvoie pas chez eux ! ¬ę On pourrait admettre, jusqu’√† un certain point¬Ľ, qu’on expulse des √©trangers. Encore faudrait-il que, ¬ętout au moins¬Ľ, on les laisse libres d’emporter leurs biens, ou qu’on leur laisse le temps de les r√©aliser. En plus, de la part de nos ¬ęprotecteurs¬Ľ, c’est imprudent, puisque cela provoque des r√©actions en faveur des pers√©cut√©s. C’est inhumain et ce n’est pas juste : on s√©pare des familles et on prive des gens de leur l√©gitime propri√©t√©. Un officier allemand aurait dit que ce serait ¬ęune mort sans blessure… vers des climats rigoureux de Pologne et d’Ukraine ¬Ľ. Ces crimes inspirent un ¬ę profond d√©go√Ľt ¬Ľ. Hitler n’aurait-il pas eu de m√®re? (ao√Ľt 1942). ‚ÄĒ Quant au bon Van de Kerckhove, r√©dacteur de Chut !, on a vu plus haut qu’en retard de deux guerres, il en √©tait encore aux voleurs de pendules et peu au fait des ¬ę progr√®s ¬Ľ r√©alis√©s depuis 1870. Il ne parle des Juifs qu’une seule fois, le 1er septembre 1942. La civilisation est ¬ę couverte de honte, √©crit-il. Il ne s’agit pas de prendre parti pour l’antis√©mitisme ou contre le s√©mitisme, de peser les arguments en faveur ou en d√©faveur (de ce) peuple ¬Ľ, mais de r√©pondre √† la question : ¬ę Le Juif est-il un homme comme vous et moi ? Oui ou non ? La r√©ponse est, ne peut √™tre que positive… On peut aimer les Juifs ou les d√©tester, c’est affaire de sentiment. Le sentiment n’a pas de prise sur un principe. ¬Ľ Et l’objectif de cette d√©portation, comment l’imagine-t-il ? Les hommes au travail forc√©, les femmes dans des camps ou des mines de sel, les filles pour

(p.337) le plaisir des soldats… ‚ÄĒ Encore un, parmi d’autres innombrables, qui attendra 1945 pour y voir plus clair…

Les d√©portations de l’√©t√© 1942 ont assur√©ment suscit√© un int√©r√™t indign√©. Il se traduira par une pointe aigu√ę dans la courbe des mentions √† d√©couvrir dans la presse clandestine ‚ÄĒ ce qui ne veut pas dire, tr√®s loin de l√† et r√©p√©tons-le, que tout le monde en parle. Il y a ceux qui ne voient rien du tout, et il y a ceux qui se contentent de signaler un fait √©pisodique : Le Bon Sens du 20 ao√Ľt 1942 rel√®ve l’arrestation d’une fillette rue de Flandre, √† Bruxelles. Soit, sur la totalit√© de sa collection, 8 lignes sur 13,000. ‚ÄĒ Ou encore, comme le faisait d√©j√† Bric √† Brac en f√©vrier 1942, on continue de joindre les Juifs aux autres pers√©cut√©s. ‚ÄĒ L’allusion au d√©icide ‚ÄĒ pour r√©futer l’argument, bien s√Ľr ‚ÄĒ repara√ģt en novembre 1942 dans la L√©gion Noire : ceux qui font de l’antis√©mitisme √† caract√®re religieux devraient se rappeler que tout ce que les textes liturgiques ont jamais demand√© contre les Isra√©lites, c’est ¬ędes pri√®res¬Ľ. ‚ÄĒ Aussi faiblement inform√© que les autres, Demany n’en parle qu’en octobre 1942, mais √† travers la d√©porta¬≠tion des travailleurs belges : ¬ę On s’y attendait un peu. Les Boches s’√©taient fait la main sur les Juifs. Les pogroms dans les quartiers Isra√©lites, c’√©tait la r√©p√©tition g√©n√©rale. Car, quand Hitler fait de l’antis√©mitisme, c’est signe que quelque chose ne va pas dans le grand Reich. Et c’est pourquoi l’occupant vient de publier ses ordonnances sur le travail obligatoire. ¬Ľ Plus loin, il reproche √† une dame juive de s’√™tre suicid√©e : ¬ę Le geste de Mme Hirsch est tragique, mais il est inutile. Ce qui importe en ce moment, c’est de vivre, de vivre pour l’√©crasement d’Hitler, le ch√Ętiment des tra√ģtres, de vivre pour h√Ęter notre lib√©ration ¬Ľ (R√©sistance, octobre 1942). ‚ÄĒ Le Pa¬≠triote, de Forest, retourne l’argument : ¬ę Je n’ai rien ni pour ni contre les Juifs, et je ne crois pas me tromper si j’estime que la grosse majorit√© des Belges se trouvent dans les m√™mes dispositions. Je suis le premier √† reconna√ģtre que les s√©mites poss√®dent quelques √©chantillons d’individus peu recommandables, mais… Notre pauvre Belgique a vu depuis le 10 mai 1940 le d√©veloppement remarquable d’une faune immonde de reptiles baveux, plus connus sous les vocables de rexistes et de VNV. Ne devons-nous donc conclure que tous les Belges ne sont que d’affreuses canailles ? ¬Ľ Conclusion: aidons-les (2 novembre 1942). ‚ÄĒ ¬ęBoucs √©missaires!¬Ľ s’√©crie Lib√©ration (FI). Les Juifs ¬ę sont d√©port√©s dans des camps de travail, √† l’√©tranger¬Ľ. Apr√®s eux viendra le tour des officiers et des soldats, puis des jeunes classes, puis des organisations catholiques (juillet 1942). ‚ÄĒ La Meuse, elle aussi, se m√©fie de ce qu’elle consid√®re comme une manŇďuvre de diversion : ¬ę II faut aider les Juifs. Il faut lutter contre l’occupant. ‚ÄĒ Le peuple de chez nous sait que les artisans de notre mis√®re ne sont pas les Juifs, mais l’occupant et ses valets. Accordons notre soutien √† toutes les victimes de l’oppresseur nazi mais sans distinction de cat√©gories. Ne tom¬≠bons pas dans le pi√®ge tendu ¬Ľ (ao√Ľt 1942). ‚ÄĒ Bec et Ongles consacre aux d√©portations vingt lignes sur douze pages, parle avec fureur de la ¬ę grande mis√®re des Juifs… exp√©di√©s, c’est le mot, vers une destination inconnue… Une fois de plus, l’Allemand prouve qu’il ne respecte rien… Haine et (p.338) vengeance! Telle est, MM. les nazis, la moisson qui vous est promise¬Ľ (ao√Ľt 1942).

Assez g√©n√©ralement, on fait surtout appel aux lois de l’humanit√©. ¬ę On d√©porte, on s√©pare les familles, √©crit la Voix des Belges du 15 ao√Ľt 1942, et ¬ę tout fait pr√©voir que les souffrances des d√©port√©s seront bien plus grandes encore quand ils seront dans les lieux de travail forc√© qui leur sont desti¬≠n√©s ¬Ľ. ‚ÄĒ ¬ę On peut penser ce qu’on veut du r√īle des Juifs, estime le Coup de Queue (Mons), les consid√©rer comme dangereux pour la s√©curit√© de l’Etat ou parfaitement inoffensifs, mais quel que soit le sentiment que l’on √©prouve √† leur endroit, il ne peut leur √™tre inflig√© des traitements barbares, inhumains, qui en fassent des esclaves ou du vil b√©tail. Ce sont des hom¬≠mes, faits comme les autres pour aimer, √™tre heureux, vivre librement √† la face de Dieu. ¬Ľ H√©las ! la morale nazie n’a que faire de ces √©vidences. Certains collabos, tel le quotidien Mons-Tournai du 1er ao√Ľt, poussent des cris de cannibales. Et ces Aryens ¬ę se pr√©tendent seuls dignes du nom d’hommes. Ah ! les barbares ! ¬Ľ (ao√Ľt 1942). ‚ÄĒ Constatons que, depuis les communistes et trotskistes jusqu’√† la droite bourgeoise, ce n’est qu’un cri de col√®re et d’indignation (du moins dans les feuilles qui en parlent), et cela dans les termes les plus durs. Toutefois, si le mot ¬ę extermination ¬Ľ appa¬≠ra√ģt dans le Monde du Travail de f√©vrier 1943, il est souvent associ√© √† des rumeurs fausses ou douteuses, un peu comme si, pressentant la v√©rit√©, on cherchait des arguments pour l’√©tablir avec certitude. ‚ÄĒ Une centaine de femmes et d’enfants auraient √©t√© gaz√©s √† Dusseldorf, nous apprend Chur¬≠chill Gazette de janvier 1943. ‚ÄĒ Et le Monde du Travail assure que 200 cadavres auraient √©t√© br√Ľl√©s au cr√©matorium d’Uccle (f√©vrier 1943). ‚ÄĒ Le Coq Victorieux croit savoir que des ¬ę milliers de Juifs, sans masques pro¬≠tecteurs…, cr√®veraient en trois jours dans des mines de sel ¬Ľ (janvier 1943). ‚ÄĒ Lib√©ration (FI) attendra d√©cembre 1943 pour affirmer l’existence d’une ¬ę campagne d’extermination des Juifs par les hitl√©riens, que des centaines de milliers sont tu√©s par fusillades, asphyxie, injections mortelles, etc. ¬Ľ, tandis que le m√™me mois, son homonyme braban√ßon utilise le m√™me mot, mais il le voit sous la forme d’¬ę √©puisants travaux forc√©s, nutrition insuffi¬≠sante et bastonnades jusqu’√† la mort¬Ľ. ‚ÄĒ En juillet-ao√Ľt 1943, le Coq Victorieux entame ‚ÄĒ avec quel retard ! ‚ÄĒ un reportage sur la caserne Dossin, tandis que Churchill Gazette, humour oblige, se livre au petit jeu des d√©finitions : ¬ę Juifs. Race responsable de toutes les guerres et de tous les malheurs. Exemple : la Belgique a √©t√© envahie par les Juifs le 4 ao√Ľt 1914 et le 10 mai 1940¬Ľ (mai 1943).

L’int√©r√™t commen√ßait √† fl√©chir. Pour le ranimer temporairement, il fallut les rafles de Juifs belges, cette fois, en septembre 1943. Le Peuple signale : ¬ę Les Allemands ont repris la chasse aux Juifs. De nombreux Juifs belges ont √©t√© arr√™t√©s ces derni√®res semaines (octobre 1943). ‚ÄĒ Fernand Demany se r√©veille : ¬ę Les pers√©cutions contre les Juifs recommencent. A Bruxelles, les nazis ont arr√™t√© une s√©rie de personnalit√©s juives (R√©sistance du m√™me mois). Les pers√©cutions ¬ę recommen√ßaient ¬Ľ ? Elles avaient donc cess√©, une fois franchie la fronti√®re belgo-allemande ? ‚ÄĒ Et √† cette occasion, (p.339) la L√©gion Noire publie des commentaires comme toujours assez fortement ¬ę d√©phas√©s ¬Ľ : elle parle de mauvais traitements, de gardiens l√Ęches qui, en plus, font signer √† leurs victimes des attestations comme quoi elles n’ont subi aucun s√©vice et qu’elles se tairont sur les circonstances de leur internement (octobre 1943). ‚ÄĒ A rapprocher d’un article de L’Alouette, qui √©voque l’¬ę inconfort ¬Ľ et la ¬ę salet√© ¬Ľ de la caserne Dossin, la discipline ¬ę prussienne ¬Ľ qui y r√®gne (le mot est significatif !), la nourri¬≠ture ¬ę insuffisante ¬Ľ, les gardes-chiourmes qui volent les aliments apport√©s de l’ext√©rieur (1er ao√Ľt 1943). On a parfois l’impression que cette presse patriote ¬ę imagine ¬Ľ des situations, mais qu’elle les imagine selon ses cat√©¬≠gories √† elle, qui sont loin de correspondre √† celles de l’ennemi ‚ÄĒ d’o√Ļ, n√©cessairement, une inadaptation. Sans √™tre tout √† fait ad√©quat, le Monde du Travail se rapproche davantage de la r√©alit√© lorsqu’il parle, ¬ę sans doute… de camps d’atrocit√©, antichambres pour d’√©pouvantables ago¬≠nies… ¬Ľ (d√©cembre 1943).

Chose √©tonnante, Front (FI) reprendra encore en mars 1944 une analyse pas bien diff√©rente de celle qu’on pouvait faire quatre ans plus t√īt : la distinction entre assimil√©s de longue date, ¬ęBelges comme les autres¬Ľ, et les immigr√©s, ¬ę pers√©cut√©s partout et depuis l’invasion aussi chez nous. Ils r√™vent d’un foyer national en Palestine ou ailleurs et, en attendant, ils se cachent et combattent. ¬Ľ ‚ÄĒ De fait, en cette p√©riode ultime qui √©tait devenue celle des rafles, des traques et des contr√īles, trois sortes de Juifs subsistaient dans notre pays : les rescap√©s de l’AJB, tol√©r√©s parce qu’ils pourraient √©ventuellement servir, des d√©nonciateurs √† la solde de la Ges¬≠tapo et, Dieu merci, un nombre malgr√© tout appr√©ciable de clandestins. Apr√®s octobre 1943, le th√®me redevient rarissime dans la presse patrioti¬≠que. Le destin d’une toute petite minorit√© de la population a disparu dans les brumes de l’Est, chacun a d’autres soucis, plus personnels ou plus imm√©diatement contraignants. Loin des yeux…

 

Les frénétiques de la collaboration

 

Mais qu’en pensait-on, pendant ce temps-l√†, chez les tenants d’une politique de pr√©sence puis, dans l’autre bord, celui de la collaboration et du collaborationnisme ? Chose remarquable, une politique de pr√©sence, re¬≠pr√©sent√©e par des quotidiens d’information, neutres et prudents, se main¬≠tint jusqu’au bout en pays flamand. L’exemple le plus caract√©ristique nous est donn√© par YAlgemeen Nieuws, version camoufl√©e du catholique Stan-daard que l’√©piscopat encourageait pour ne pas laisser le champ libre aux s√©paratistes et aux pa√Įens ‚ÄĒ et qu’apr√®s la Lib√©ration le m√™me √©piscopat r√©ussirait √† sauver des poursuites de la justice militaire. Ce journal se contenta, sobrement, de remarquer le 31 mai 1942 qu’un Juif ¬ęsera toujours un Juif¬Ľ, qu’il porte une √©toile ou non. ‚ÄĒ Het Vlaamsche Land, assez accessible aux th√®mes ¬ę officiels¬Ľ, attendra jusqu’en ao√Ľt 1942 pour publier une s√©rie d’articles sur ¬ę La question juive sous l’angle catholique ¬Ľ, (p.340) concluant que la religion ne pourrait que trouver profit (?) √† l’exclusion des Isra√©lites. ‚ÄĒ De bonne foi ou non, ce m√™me organe √©crira encore : ¬ę Le national-socialisme recherche √† tous √©gards une solution humaine, qui devrait servir de le√ßon √† nous-m√™mes et au monde entier ¬Ľ (20 juillet 1944). ‚ÄĒ C√īt√© francophone Le Soir, si prolixe et hargneux √† l’√©poque de ses d√©buts, devenait √† ce point de vue presque inexistant, de m√™me que la L√©gia, o√Ļ l’on ne retrouve plus que l’une ou l’autre petite remarque d√©plaisante. ‚ÄĒ Davantage encore que d’autres n√©erlandophones sous l’in¬≠fluence de DeVlag et sous la plume du fr√©n√©tique Ward Hermans, Gazet estimera dans un de ses ultimes num√©ros que Juifs ploutocrates et Juifs bolch√©vistes √©tant tous par vocation fauteurs de guerre, que l’Am√©rique ou la Russie l’emporte, en tout √©tat de cause le malin Juif serait toujours du bon c√īt√© (2 juin et 21 ao√Ľt 1944). ‚ÄĒ Dans l’ensemble toutefois, le th√®me s’√©tait dilu√© dans celui, plus vaste, d’une civilisation chr√©tienne menac√©e par le capitalisme et le marxisme, paradoxalement unis (Volk en Staat, 16-17 janvier 1944).

Ce qui nous m√®ne au VNV, enferm√© dans l’impasse d’un nationalisme flamand qu’il esp√®re (ou que, de plus en plus, il feint d’esp√©rer) r√©aliser dans le cadre de bonnes relations avec l’occupant. Volk en Staat se tient sur une r√©serve qu’un rapport de la Propaganda-Abteilung, dat√© de juin 1943, semble √† la fois comprendre et regretter. La collaboration ¬ę mod√©r√©e ¬Ľ √©tait submerg√©e de mat√©riel de propagande, mais rien ne l’obligeait √† l’utiliser, et elle l’utilisa peu : pour des raisons peut-√™tre en partie honora¬≠bles, l’administration militaire consid√©rait sans doute que ce silence pou¬≠vait avoir des c√īt√©s positifs ‚ÄĒ c’est-√†-dire favorables √† la paix int√©rieure et au camouflage qu’il importait de pr√©server.

Mais ‚ÄĒ refrain ‚ÄĒ il y avait la Milit√§rverwaltung, et d’autre part la SS. Bien que d√©sormais totalement inf√©od√© √† celle-ci, le Pays R√©el essayait de toucher (sans y arriver le moins du monde) un plus large public, et il maintenait donc, parfois, une certaine couleur d’humanit√©. En t√©moigne par exemple (toutes proportions gard√©es !) son num√©ro du 9 avril 1943, o√Ļ il s’indigne en apprenant que certaines commissions d’Assistance publique continuent de verser des secours √† des Juifs, m√™me √©trangers. Certes, ¬ę la mis√®re n’a pas de patrie¬Ľ, et nous-m√™mes avons toujours fait preuve de solidarit√© humaine. Nous avons d’ailleurs √©t√© pay√©s de retour, puisque l’Allemagne accueille nos enfants pour des vacances de grand air. Mais : ¬ę Les √©preuves qui frappent aujourd’hui les Juifs sont m√©rit√©es parce que ce peuple, par son action n√©faste dans le domaine international comme dans la vie interne des peuples, a fait tout pour pr√©cipiter l’humanit√© dans la guerre et dans les mis√®res morales et mat√©rielles. Le Juif a voulu la guerre… et aujourd’hui encore, veille √† ce que cette guerre perdure (sic) le plus longtemps possible. Que lui importent les souffrances des hommes, les d√©tresses des foyers… Ce n’est pas le sang juif qui coule… Le Juif profite de la guerre (dans les pays alli√©s et, chez nous, en faisant du march√© noir)… Qu’il y ait des Juifs malheureux, des Juifs √©prouv√©s par la maladie, par la mis√®re, nous voulons le croire, et nous ne serons jamais de ceux qui (p.341) s’opposeront √† ce que rem√®de soit apport√© √† ces cas exceptionnels. ¬Ľ Mais n’ont-ils pas, depuis le texte paru au Moniteur belge du 21 mars 1942 leur propre Association, express√©ment charg√©e de leur assistance ? Ils mange¬≠raient donc √† deux r√Ęteliers ? Le Christ l’a dit : on ne jette pas le pain des enfants aux chiens… ¬ę A l’heure o√Ļ notre peuple souffre et o√Ļ les efforts de tous les Belges sont n√©cessaires pour le sauver de la mis√®re, on ne jette pas le pain des enfants belges aux chiens, ni aux Juifs ! ¬Ľ

Dans le rapport de la Propagande Abteilung √©voqu√© plus haut 13, Rex, Algemeene SS (devenue Germaansche SS) et DeVlag √©taient chaudement f√©licit√©s. De fait, ‚ÄĒ encore un certain √©sot√©risme, que l’on peut opposer aux relatives prudences de la presse quotidienne ‚ÄĒ c’est dans leurs hebdo¬≠madaires ou mensuels r√©serv√©s √† un noyau central de militants que l’antis√©¬≠mitisme se manifeste dans toute sa puret√©. National-Socialisme, organe int√©rieur du mouvement rexiste √©tait-il pr√©cis√©, publie dans chacun de ses num√©ros une rubrique ¬ę Race ¬Ľ o√Ļ l’accent est surtout port√© sur la n√©ces¬≠saire harmonie qui r√®gne entre un corps et une √Ęme nordiques: le corps refl√®te l’√Ęme et vice-vers√†, et voil√† expliqu√©e l’antipathie instinctive que nous √©prouvons √† l’√©gard des juifs, dont l’aspect ext√©rieur trahit une mentalit√© qui nous est totalement √©trang√®re. Le Juif est un tar√©, et les tares biologiques emp√™chent l’√©panouissement des valeurs spirituelles (novem¬≠bre et mai 1943). ‚ÄĒ D’ailleurs, ¬ę le racisme est par soi-m√™me essentielle¬≠ment socialiste ¬Ľ, puisque le m√©lange des races affaiblit la souche et emp√™¬≠che l’√©closion des qualit√©s morales (avril 1944). ‚ÄĒ Et d’appeler √† la rescousse une citation de l’incontestable Henri Pirenne : ¬ę En d√©pit de la langue latine qu’ils ont conserv√©e, les Wallons nous apparaissent d√®s le 5e si√®cle comme un peuple germanique¬Ľ (f√©vrier 1944). ‚ÄĒ Dans le dernier num√©ro (15 ao√Ľt 1944), la fureur antisovi√©tique se traduit par des chiffres attribuant √† l’URSS 1,77 % de population juive, mais un cadre de diri¬≠geants o√Ļ cette infime minorit√© monopoliserait les postes √† concurrence de 76 √† 100 %…

Si, dans le parti rexiste, L√©on Degrelle semblait plut√īt se d√©sint√©resser de la question ‚ÄĒ il se r√©servait l’image h√©ro√Įque du guerrier europ√©en ‚ÄĒ, son bras droit Victor Matthys ne m√Ęchait pas ses mots. Voici, d’apr√®s National-Socialisme de janvier 1943, des extraits du discours qu’il avait prononc√© au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles le 25 octobre 1942 : ¬ę La r√©volution se fera, faut-il le dire, contre les Juifs √† galette et contre ceux qui n’en ont pas. Lorsque nous agirons ce sera radical. Apr√®s huit jours il n’y aura plus de question juive dans le pays, parce qu’il n’y aura plus un Juif. ‚ÄĒ Cette question doit √™tre envisag√©e d’une mani√®re r√©aliste, sans l’ombre d’une sensiblerie ¬Ľ. ‚ÄĒ Que de souffrances ils nous ont inflig√©es: les ban¬≠quiers Franck et Barmat, l’¬ę ersatz ¬Ľ de Juif Van Zeeland, Imianitoff qui voulait bolch√©viser la m√©decine belge (note de l’auteur : il s’agit d’un faux

 

13 Rapport ¬ę Das Judentum in Belgien ¬Ľ (juin 1943), conserv√© √† l’Instituut voor Oorlog-sdocumentatie d’Amsterdam et cit√© par E. De Bens : De Belgische dagbladpers onder duitse censuur, Kapellen 1973, pp. 468-469.

 

(p.342) m√©decin, attach√© au cabinet de la Sant√© publique, condamn√© √† la prison en 1939), les professions envahies… C’est bien tard qu’on leur a impos√© l’√©toile, ¬ę ces √©toiles qui sont d’ailleurs devenues des √©toiles filantes ¬Ľ… Ces deux guerres qu’ils ont voulues… Leur ¬ę litt√©rature perverse ¬Ľ… Mais leur plus grand crime est sans doute d’avoir corrompu le socialisme, sain √† l’√©poque de ses fondateurs aryens, ensuite r√©duit par eux √† ¬ę un internatio¬≠nalisme sans fondement dans le r√©el, vid√© de sa v√©ritable substance r√©volu¬≠tionnaire… ¬Ľ ‚ÄĒ ¬ę Pas de piti√© pour eux aujourd’hui malgr√© leur habilet√© √† la susciter par leur pleurnicheries hypocrites chez les √Ęmes √©motives… Les mesures prises √† leur √©gard sont extr√™mement lib√©rales. On leur a fait porter l’√©toile, on les renvoie l√† d’o√Ļ ils sont venus et on les fait travailler : quoi de plus logique et de plus humain ! ¬Ľ II ne reste qu’√† les expulser jusqu’au dernier, y compris les officiers d’√©tat-civil qui favorisent des accouplements monstrueux ¬Ľ (allusion √† des mariages jud√©o-aryens de complaisance) : valets des Juifs, ils partiront avec les Juifs. ¬Ľ

On reste pantois devant cette logique parano√Įaque, on en cherche les pr√©misses, et on trouve. Il est vrai que dans les ann√©es trente, d’assez nombreuses voix juives s’√©taient √©lev√©es pour d√©noncer les dangers qui mena√ßaient leur communaut√© en Allemagne, et il n’est que trop vrai que ces appels rendaient un son belliqueux tr√®s mal re√ßu par une opinion √† peine sortie de l’affreuse guerre pr√©c√©dente, o√Ļ chacun esp√©ra, jusqu’√† la derni√®re minute, voir sauver la paix. Les extraordinaires d√©lires d’un L.F. C√©line n’ont pas d’autre explication : cet homme d’extr√™me-gauche, paci¬≠fiste absolu, croyait dur comme fer √† l’existence d’un complot juif interna¬≠tional : tuer des millions d’Aryens s’il le fallait, mais sauver 150000 Isra√©lites allemands…

Le germanique flamand De SS Mon, lui, porte davantage l’accent sur deux th√®mes : la n√©cessaire puret√© de la race, et les dangers d’un m√©tissage juif. M√©tissage voulu, d’ailleurs, et c’est une des armes que ce peuple a utilis√©es pour gagner ¬ę sa ¬Ľ guerre et nous d√©naturer, affaiblir, pervertir et en fin de compte bolch√©viser (6 f√©vrier 1942). ‚ÄĒ L’iconographie est appel√©e √† la rescousse. On met en regard deux portraits : le leader jud√©o-bolchevik dont le mufle respire la haine sauvage, l’ambition satanique, la volont√© de domination hyst√©riquement exacerb√©e, tandis que le visage aryen refl√®te l’esprit d’entreprise b√Ętisseur, l’intr√©pidit√© tranquille, la soli¬≠dit√© des racines: une √Ęme loyale et pure (11 avril 1942). ‚ÄĒ Les Ňďuvres d’art en t√©moignent : un couple √† la Arno Breker exprime ¬ę la plus noble grandeur ¬Ľ ; vu par un cubiste jud√©o-bolchevik, on n’y voit plus que ¬ę d√©g√©¬≠n√©rescence ¬Ľ et ¬ę insulte √† la grandeur humaine ¬Ľ (23 mai 1943). ‚ÄĒ Pou¬≠vons-nous livrer √† ces germes de mort ce ¬ę sang nordique, h√©ritage sacr√© ¬Ľ ? (8 ao√Ľt 1942). ‚ÄĒ La France l’a fait, pour son malheur. Gr√Ęce √† ses origines franques, elle s’√©tait plac√©e √† l’avant-garde de la civilisation : la voil√† sur le d√©clin, irr√©versiblement m√©tiss√©e (13 septembre 1943). ‚ÄĒ D’ailleurs nous ne sommes pas antis√©mites, mais antijuifs. Les Arabes sont des s√©mites purs, donc respectables, ils se sont bien gard√©s, eux, de se m√™ler √† un ramassis de b√Ętards dont la seule mission consiste √† pourrir les autres (3¬† (p.343) avril 1943). ‚ÄĒ Une photo repr√©sente la cath√©drale de Cologne bombar¬≠d√©e : un ¬ę attentat juif ¬Ľ (18 septembre 1943). ‚ÄĒ Le dernier num√©ro, celui du 2 septembre 1944, publie un article sur la ¬ęJoyeuse entr√©e des Juifs √† Paris ¬Ľ. Il traite du cours, favorable aux Am√©ricains, impos√© par la mon¬≠naie d’occupation. Les autres arguments ne valaient pas l’encre d’un com¬≠mentaire, celui-ci m√©rite quelques mots, parce que le fait est peu connu ou oubli√©. Le gouvernement belge install√© √† Londres √©tait rest√© pleinement d√©positaire de la souverainet√© nationale ; il fut trait√© de Puissance √† Puis¬≠sance par les Anglo-Am√©ricains. Bien diff√©rente √©tait la position du g√©n√©¬≠ral De Gaulle, puisqu’il n’√©tait pas encore juridiquement reconnu. Les lib√©rateurs d√©barqu√®rent donc dans un pays en principe du moins ¬ę oc¬≠cup√©¬Ľ, avec 80 milliards de faux francs que la Banque de France eut √† racheter par la suite…

Enfin Balming, p√©riodique de DeVlag se voulant culturel, nous mon¬≠tre le beffroi de Bruges tendant les bras √† celui de Dantzig et exalte le pass√© grand-germanique dans des articles qui sont loin d’√™tre tous mauvais. Les m√™mes poncifs antis√©mites sont ressass√©s d’un bout √† l’autre ; l’in√©vitable Ward Hermans et un certain Emiel Francken s’y partagent la besogne.

Que penser de cet article de Cassandre, d√Ľ √† la plume d’un fasciste italien, Massimo Rocca ? ¬ę Mais on ne martyrise pas les Isra√©lites, on ne les prive pas de leur qualit√© d’hommes quand on les oblige √† s’avouer et quand on les consid√®re ‚ÄĒ sauf quelques exceptions individuelles ‚ÄĒ comme √©tran¬≠gers √† l’Europe, √† son histoire et √† son esprit ; quand on leur interdit une influence excessive sur la pens√©e, hors de proportion avec leur valeur et leur nombre ; quand on emp√™che leur mainmise sur l’√©conomie et l’√©duca¬≠tion du pays, ainsi que toute participation √† son gouvernement¬Ľ (16 janvier 1944). Camouflage plus ou moins volontaire, sinc√©rit√© relative, qui nous le dira ? Seule certitude : l’homme est sur la d√©fensive. ‚ÄĒ Comme l’avait √©t√© De SS Man du 3 octobre 1942, rapportant que le cur√© d’un village flamand avait demand√© ¬ę des pri√®res pour nos fr√®res juifs pers√©cu¬≠t√©s ¬Ľ : ce singulier pr√™tre ¬ę regretterait-il que le peuple √©lu de Dieu soit enfin oblig√© de travailler?¬Ľ.

On comprend qu’√† partir de 1943, la SS ait tout mis√© sur Rex, la Germaansche SS et DeVlag : les deux premiers tr√®s peu nombreux et le troisi√®me en apparence plus √©toff√© ‚ÄĒ mais que penser de ses chiffres √©norm√©ment gonfl√©s par l’adh√©sion obligatoire des travailleurs en Allema¬≠gne, dont les cotisations √©taient retenues d’office sur leurs salaires? Les pr√©curseurs tel que Ren√© Lambrichts et le Dr. Ouwerx ‚ÄĒ nous parlerons de ce dernier plus loin ‚ÄĒ avaient √©t√© utiles, mais ils avaient fait leur temps. Pour mieux les contr√īler, on fit pression sur Lambrichts pour qu’il int√®gre son groupe dans DeVlag, ce qu’il refusa ; Ouwerx se montra plus docile et se rapprocha de Rex. Mais ceci devient de la tr√®s petite histoire…

Pour la grande histoire en revanche, il reste l’exemple hallucinant d’un g√©nocide bureaucratique, tel qu’ont pu le concevoir des cerveaux d√©shu¬≠manis√©s par un raisonnement id√©ologique, et l’ex√©cuter des hommes de main dans la discr√©tion d’un r√©gime totalitaire. Le silence ne fut vraiment (p.344) bris√© qu’en 1945. Au cours des ann√©es ant√©rieures, ce silence du nazisme est bien compr√©hensible, mais on ne fr√©quente pas impun√©ment un tel syst√®me ‚ÄĒ f√Ľt-ce pour le combattre. Le totalitarisme pourrit tout ce qui l’entoure, parce qu’il ne joue qu’en application de ses r√®gles √† lui. Resterait √† expliquer un autre silence : celui du monde libre, de ses autorit√©s politi¬≠ques et morales, de ses mass m√©dia. Il y a moyen d’ailleurs, et d’une mani√®re tr√®s convaincante. Mais ce n’est plus ici notre propos.

Un mot peut-√™tre encore, qui nous fera redescendre dans un terre √† terre imm√©diat et quotidien, d’autant plus significatif sans doute. Il n’est pas tout √† fait exact de dire que les ondes londoniennes n’ont jamais mentionn√© le sujet. Titulaire d’une √©mission religieuse √† la Radiodiffusion nationale belge (sous contr√īle du gouvernement Pierlot), le P√®re Dantinne y consacra son √©mission du 13 f√©vrier 1944 ‚ÄĒ nous disons bien : 1944. En termes que voici r√©sum√©s. Les Juifs doivent √™tre consid√©r√©s par nous comme des fr√®res et toutes les raisons de droit naturel, longuement d√©ve¬≠lopp√©es, nous imposent ce devoir. Tout de m√™me, il faut bien qu’on se pose la question, pourquoi leur histoire est-elle parsem√©e de malheurs ? La seule explication qui puisse venir √† l’esprit, c’est qu’ils se sont rebell√©s contre le vrai Dieu. Et de conclure : la solution de leurs probl√®mes serait donc qu’avec le soutien de notre ¬ę charit√© compatissante ¬Ľ, ils en arrivent √† entrer dans la foi chr√©tienne 14. ‚ÄĒ Est-il monstrueux de supposer qu’en 1944, il devait encore y avoir infiniment plus de Belges pour approuver les analyses du P√®re Dantinne plut√īt que celles de Rex ou DeVlag ?

 

14 CREHSGM. Fonds Inbel, n¬į 530.

1941 - Liège / Film antisémite projeté dans un cinéma

1940 - Dinant - Avis concernant les Juifs

(in: Jacques Willequet, cf supra)

1940-45 / Exemple de collabos: l'avocat antisémite René Lambrichts

La caserne Dossin à Mechelen / Malines

(in: Jacques Willequet, cf supra)

Jusqu’au milieu du 20e si√®cle, des restes d’attitude antis√©mite, sous l’influence de l’Eglise (pas tr√®s chr√©tienne).

Exemples: une expression notée à Tronquoy; un élément de chansonnette pour enfants en Gaume. 

Quelques aspects du folklore chestrolais, in : La Vie Wallonne, 1967, p.165-sv

 

(p.168) Pendant la semaine sainte, le temps est souvent ex√©crable ; c’est parce que c’est la ‘semaine des Juifs’, dit-on √† Tronquoy.

 

in : Edmond P. Fouss, La Gaume, éd. Duculot, 1979, p.38-69

La Danse de la mariée

 

Elle se pratique encore dans quelques localit√©s. Elle est int√©ressante √† observer, √©tant sur le d√©clin, et on peut saisir sur le vif quelques causes responsables de la lente et fatale disparition d’une coutume tr√®s ancienne.

La danse de la mari√©e, c’est-√†-dire de l’enfant de Marie, n’est pas une danse √† proprement parler. C’est un pas grave, un va-et-vient, suivant un rythme adapt√© plus ou moins √† la musique des paroles que chantonnent des enfants. Elle est connue en Champagne, dans la moiti√© sud de l’Ardenne luxembourgeoise, en Lorraine jusque dans les Vosges.

Elle porte aussi le nom de ¬ę trimazot ¬Ľ dans la r√©gion de Florenville. Des fillettes, des enfants n’ayant g√©n√©ralement pas fait leur premi√®re communion sont appel√©es trimousettes ou trimouzets.

Ces chants sont, pour l’essentiel des chansons de qu√™te dont le pro¬≠duit n’est pas destin√© √† √™tre distribu√© entre les qu√™teuses mais uniquement √† l’ornementation de l’autel de la Vierge.

Le cur√© Deldime, de Villers-la-Loue, a soigneusement not√© les carac¬≠t√©ristiques de la chanson vers 1880 et c’est cette version (elles sont nombreuses et diff√®rent dans les d√©tails d’un village √† l’autre) que l’on donne ci-apr√®s.

La petite mari√©e est v√™tue de blanc, des rubans serpentent sur sa robe, elle porte sur la t√™te une couronne, √† la main, un bouquet. C’est une petite reine qui a pour cort√®ge une troupe de jeunes compagnes, ravissantes comme elle. Tous les dimanches du mois de mai, apr√®s-midi on les voit parcourir les rues du village et aller de maison en maison.

(p.54)

Elles ont une formule pour demander à être introduites.

¬ę D√©sirez-vous voir danser la mari√©e ? ¬Ľ II est rare qu’un refus soit la r√©ponse √† la demande.

Les enfants sont admis, le cort√®ge s’√©carte en forme de cercle autour de la danseuse ; le chant commence. Pendant l’ex√©cution, la mari√©e se prom√®ne lentement au milieu du groupe, prend l’air le plus modeste, tenant le bouquet √©lev√©.

1.¬†¬†¬† J√©sus s’en va parmi les champs (bis)

Sa mère le suit tremblant,  Jésus

Sainte-Marie mère de Dieu Jésus

2.     Sa mère le suit tout en pleurant (bis)

O√Ļ allez-vous mon bel enfant J√©sus ?

Sainte-Marie mère de Dieu Jésus

3.¬†¬†¬†¬† O√Ļ allez-vous mon bel enfant (bis)

Je m’en vais √† J√©rusalem J√©sus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

4.¬†¬†¬†¬† N’y allez pas mon bel enfant (bis)

Car les Juifs vous trahiront Jésus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

5.     Car les Juifs vous trahiront (bis)

Couronn√© d’√©pines vous mettront J√©sus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

6.¬†¬†¬†¬† Couronn√© d’√©pines ils vous mettront (bis)

A la croix ils vous cloueront Jésus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

7.    A la croix ils vous cloueront (bis)

Vos pieds, vos mains ils perceront Jésus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

8.     Vos pieds, vos mains ils perceront (bis)

Votre saint c√īt√© ils ouvriront J√©sus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

9.¬†¬†¬†¬† Votre saint c√īt√© ils ouvriront (bis)

Et votre sang ils verseront Jésus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

10.     Et votre sang ils verseront (bis)

Quatre petits anges le recueilleront Jésus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

11.     Quatre petits anges le recueilleront (bis)

Dans un calice le mettront, Jésus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

12.     Dans un calice le mettront (bis)

En paradis le porteront Jésus

A Dieu le P√®re ils l’offriront.

 

(p.55) Quelques instants de silence.

 

Quand les enfants ont chanté le couplet final, une des grandes filles recueille les offrandes puis toutes ensemble entonnent le chant final et remercient le public.

¬ę En vous remerciant Monsieur (ou Madame) de vos bienfaits

Jusqu’√† pr√©sent, ce n’est pas pour nous que nous demandons,

C’est pour la Vierge et son Enfant

Vivez content

Vivez longtemps

Vivez aussi joyeusement

C’est le mai, c’est le mai,

C’est le joli mois de mai. ¬Ľ

Le cantique achev√©, la mari√©e fait une gracieuse r√©v√©rence aux per¬≠sonnes pr√©sentes. On lui remet alors les offrandes en argent, qu’elle ou une de ses compagnes place avec dignit√© dans une bourse attach√©e √† sa ceinture. Et du coin de l’oeil elle saura surveiller la g√©n√©rosit√© de cha¬≠cun.

A noter encore qu’au Pays de Florenville (Sainte-C√©cile et Fontenoille), la demande de pouvoir chanter le cantique est exprim√©e par ces paroles :

¬ę Madame, pouvons-nous faire le trimous√®t ? ¬Ľ

La signification de ce terme est obscur. On s’accorde cependant √† trouver dans le terme une parent√© avec ¬ę Maz√© ¬Ľ (rameau).

Les variantes des couplets r√©cents proviennent du fait que les reli¬≠gieuses s’occupant du maintien de la tradition ont essay√© de mettre un peu plus d’originalit√© ou de litt√©rature dans les figures du texte.

La coutume est perdue dans de nombreux villages. Les v√™pres sont supprim√©s, les parents, poss√©dant une automobile s’en vont en excur¬≠sion en famille d√®s les premiers beaux jours de mai. D’autre part, pr√©ci¬≠s√©ment en raison de la circulation de plus en plus intense sur les routes, les petites filles ex√©cutant leur va-et-vient devant les maisons, sur les chemins, ne se sentant plus en s√©curit√©, les parents ont fait valoir de l√©gitimes objections et la charmante tradition en a p√Ęti !

 

Autre exemple: 

in : Jules Massonnet, BSLM 1975

 

trimoz√®t : s.m., jeu de la Vierge ou de la mari√©e. Coutume rest√©e tr√®s vivante dans tous nos villages lorrains jusqu’√† la guerre de 1940 et qui persiste encore dans quelques-uns. Tous les dimanches du mois de mai, un groupe de fillettes allait de maison en maison r√©colter des dons en argent qui servaient √† orner l’autel de la Vierge en l’√©glise paroissiale. Deux d’entre elles √©taient v√™tues de blanc et de bleu, l’une porteuse d’un bouquet de fleurs, l’autre d’une aum√īni√®re. Elles se faisaient face, s’avan√ßant et se retirant alternativement, avec force r√©v√©rence et en chantant des complaintes, parfois en patois, le plus souvent en fran√ßais. Nous pensons bien faire, pour les sauver de l’oubli, de reproduire ci-apr√®s deux de celles les plus chant√©es, une en patois, l’autre en fran√ßais :

Dju v’nans tchanter

¬†√®t dju v’ d√®tchantans,

dju v’ sow√©tans

ostant d’afants

qu’ i-gn-√® d’ p√ģr√®tes

t’t-avau lès tchamps,

ni lét ni trét

pou lès nouri

ni pates ni pé

pou l√®s coutch√ģ,

au trimazot!

c’ √®st lu m√©, lu mwas d’ m√©,

c’ √®st lu djoli mwas du m√©.

 

Nous venons chanter et nous vous d√©chantons, nous vous souhaitons autant d’enfants qu’il y a de pierrettes partout dans les champs, ni lait ni trait pour les nourrir ni pattes ni peau pour les coucher, au trimazot!

c’est le mai, le mois de mai, c’est le joli mois de mai.

 

J√©sus s’en va parmi les champs¬† (bis)

Avec sa mère tout en pleurant

Jésus, sainte Marie, mère de Dieu, Jésus.

‚ÄĒ¬† O√Ļ allez-vous, mon bel enfant?¬† (bis)

‚ÄĒ¬† Je m’en vais √† J√©rusalem

Jésus, sainte Marie, mère de Dieu, Jésus.

‚ÄĒ¬† N’y allez pas, mon bel enfant (bis)

Les Juifs y sont, vous trahiront,

Jésus, sainte Marie, mère de Dieu, Jésus.

Les mains, les pieds vous perceront (bis)

A la croix vous attacheront,

Jésus, sainte Marie, mère de Dieu, Jésus.

 

les dons reçus, la petite troupe se confondait en remerciements :

Madame, Monsieur, nous vous remercions,

de vos bienfaits et de vos dons,

ce n’est pas pour nous que nous demandons,

c’est pour la Vierge et son enfant, J√©sus,

sainte Marie, m√®re de Dieu, J√©sus…

Un dernier exemple: 

Leroy Fred, Chiny se souvient, éd. Eole, 2004

 

/ Les ¬ę¬†Danses de Mai¬†¬Ľ ou ¬ę¬†Trimasots¬†¬Ľ /

(p.147) Voici quelques-unes des chansons na√Įves et cantil√®nes ex√©cut√©es par le chŇďur des jeunes filles¬†:

(…)

J√©sus s’en va parmi les champs (bis)

Sa Mère Le suit tout en pleurant

Jésus, Sainte Marie, Mère de Dieu!

 

Sa Mère Le suit tout en pleurant (bis)

O√Ļ allez-vous mon cher Enfant?

Jésus, Sainte Marie, Mère de Dieu!

(p.148)

O√Ļ allez-vous mon cher Enfant? (bis)

Je m ‘en vais √† J√©rusalem

Jésus, Sainte Marie, Mère de Dieu!

 

Je m’en vais √† J√©rusalem (bis)

N’y allez pas mon bel Enfant!

Jésus, Sainte Marie, Mère de Dieu!

 

N’y allez pas mon bel Enfant! (bis)

Les Juifs y sont, Vous trahiront!

Jésus, Sainte Marie, Mère de Dieu!

 

Les Juifs y sont, Vous trahiront! (bis)

A la Croix Vous attacheront

Jésus, Sainte Marie, Mère de Dieu!

 

A la Croix Vous attacheront! (bis)

Les pieds, les mains Vous cloueront

Jésus, Sainte Marie, Mère de Dieu!

 

Les pieds, les mains Vous cloueront (bis)

Le c√īt√© droit Vous perceront

Jésus, Sainte Marie, Mère de Dieu!

 

Le c√īt√© droit Vous perceront (bis)

De Votre corps, ils mangeront

Jésus, Sainte Marie, Mère de Dieu!

De Votre corps, ils mangeront (bis)

De Votre sang, ils en boiront

Jésus, Sainte Marie, Mère de Dieu!

 

etc, etc.

L’antis√©mitisme en Belgique de 1945 √† nos jours:¬†

Manuel Abramowicz, Extrême-droite et antisémitisme en Belgique, De 1945 à nos jours, EVO 1993

Ansbert Kuyten (prêtre capucin), Jozef Hanssens (prêtre à pax Christi Anvers)

Préface

Comment cela a-t-il √©t√© possible¬†? la r√©ponse fondamentale tient au probl√®me du mal.¬†Cela nous d√©passe. Mais en m√™me temps, il y a une r√©ponse claire et nette¬†: les gens au cŇďur droit n‚Äôont pas r√©agi d‚Äôune mani√®re ad√©quate aux premi√®res insultes et aux premi√®res attaques contre le peuple juif, √† une √©poque o√Ļ le nazisme commen√ßait √† s‚Äôorganiser.

Plus jamais nous ne pouvons risquer qu’une telle terreur recommence contre le peuple juif. Pour cette raison, chaque forme d’antisémitisme doit être rejetée catégoriquement dès ses premières prémices.

 

Introduction

(p.7) Pourquoi un √™tre antis√©mite ? Difficile interrogation. Pour Jean-Paul Sartre, “c’est un homme qui a peur. Non des Juifs, certes : de lui-m√™me, de sa conscience, de sa libert√©, de ses instincts, de ses res¬≠ponsabilit√©s, de la solitude, du changement, de la soci√©t√© et du monde; de tout sauf des Juifs. C’est un l√Ęche qui ne veut pas s’avouer sa l√Ęchet√©; un assassin qui refoule et censure sa tendance au meurtre sans pouvoir la refr√©ner et qui, pourtant, n’ose tuer qu’en effigie ou dans l’anonymat d’une foule; un m√©content qui n’ose se r√©volter de peur des cons√©quences de sa r√©volte. En adh√©rant √† l’antis√©mitisme, il n’adopte pas simplement une opinion, il se choisit comme personne”. Pour le philosophe fran√ßais, “l’antis√©mitisme, en un mot, c’est la peur devant la condition humaine” i.

(p.9) Le rapprochement avec une certaine conception de la “Nation” d√©ve¬≠lopp√©e jadis dans les plus sombres p√©riodes de notre continent est d√©montr√© dans ce livre.

(p.12) La collaboration en Belgique concernait divers secteurs : √©cono¬≠mique, culturel, politique et militaire. Pour le militaire, plus de 10.000 volontaires flamands et 8.000 wallons partirent, par exemple, pour le Front de l’Est combattre “la barbarie communiste” (sic) 2. Plus de deux pour-cent de Belges baign√®rent dans la collaboration 3. A la Lib√©ration, les autorit√©s l√©gitimes r√©tablies demand√®rent des comptes √† ces tra√ģtres.

(p.13) Le Standaard exprimait alors parfaitement ce sentiment. “Le pre¬≠mier et le plus important rem√®de au communisme est et doit √™tre : la liquidation de la r√©pression. La liquidation est un moyen positif : elle permet de renforcer nos forces anti-communistes de dizaines de mil¬≠liers d’√©l√©ments de valeur”, pouvait-on lire dans le journal catholique flamand en mars 1948. Un organe de presse qui n’h√©sita pas, en juillet 1950, √† r√©clamer aupr√®s de la police des √©trangers l’expulsion du grou¬≠pe de “Juifs, n√®gres et autre racaille” arriv√© en Belgique afin d’aider la ¬ę¬†subversion communiste¬†¬Ľ.

(p.19) Nier une réalité, certes embarrassante, voilà une stratégie maintes fois menée par l’ultra-droite ou les milieux nationaux-révolutionnaires pour pouvoir réhabiliter un passé des plus obscurs.

(p.22) ‚ÄĘ* 9 L’AGRA (Amis du Grand Reich allemand), √©galement d√©nomm√© Mouvement Socialiste Wallon (MSW-AGRA), fut fond√© √† Li√®ge en mars 1941 √† l’instigation du Sicherheitsdienst (SD), le service de renseignement et de contre-rensei¬≠gnement de la SS. Anim√© par des dissidents rexistes oppos√©s √† la conception de “Nation” du parti de Degrelle (qui pr√īne, non l’annexion, mais la constitu¬≠tion d’un Etat bourguignon ind√©pendant du Reich), l’AGRA est caract√©ris√© par des positions pan-germaniques. Son programme doctrinal se base sur l’id√©e d’une communaut√© ethnique wallonne, au nom de la race, int√©gr√©e au Reich nazi. Ce cercle culturel compte dans ses rangs une kyrielle de militants issus de la gauche r√©volutionnaire d’avant-guerre. L’AGRA, fort en 1942 de 2.500 adh√©rents (ils sont 1.500 en 1943 et 21 √† la Lib√©ration), fut marqu√© par un antis√©mitisme exacerb√©.

 

(p.25) DERIVE ANTISEMITE

Deux ans apr√®s la parution de son livre, Jo G√©rard, journaliste au journal d’extr√™me-droite belge Europe Magazine, publia un article relati¬≠visant le g√©nocide hitl√©rien √† rencontre des Juifs. Europe Magazine √©tait lui aussi un fervent adepte de la d√©nonciation des complots foment√©s par les “forces occultes”. A d’autres moments, Jo G√©rard se rendra responsable de nouveaux d√©rapages suscit√©s par la fr√©quenta¬≠tion d’un “univers intellectuel jud√©ophobe”. Il faut rappeller qu’il fut li√© √† la Jeunesse belge-Belgische jeugd qui apporta plus tard son soutien militant aux milieux maurrassiens bruxellois.

(p.26) Jo G√©rard, compagnon de route de Paul Vanden BŇďynants (futur pre¬≠mier ministre, dirigeant du Parti Social Chr√©tien et pr√©sident dans les ann√©es septante de sa fraction ultra-conservatrice, le CEPIC), ne peut pas √™tre accus√© d’antis√©mitisme patent (il est parfois m√™me consid√©r√© comme √©tant un v√©ritable philo-s√©mite !), mais doit √™tre consid√©r√© comme une “victime” consciente du syndrome du complot. Un syndro¬≠me qui d√©signe derri√®re chaque crise ou institutions politiques des forces occultes se trouvant l√† afin de s’approprier le pouvoir, forces de l’argent (le “capitalisme apatride” ou “cosmopolite”, imag√© par l’empire Rothschild) et forces id√©ologiques (les jud√©o-bolch√©vistes, les jud√©o-ploutocrates, etc.) manipulant des marionnettes (ici, pour l’Alg√©rie, le g√©n√©ral De Gaulle) √† leur fin personnelle 9.

 

(p.27) / Jean Thiriart/

Le mouvement thiriartien ne fut pas id√©ologiquement marqu√© par un antis√©mitisme probant, malgr√© la pr√©sence dans ses sections de parti¬≠sans anti-juifs et la r√©daction de certains articles dans La Nation Europ√©enne par Jean Thiriart lui-m√™me, essentiellement autour de l’ann√©e 1967, apr√®s la d√©faite des arm√©es coalis√©es arabes de la guer¬≠re des Six jours. Dans les rangs des troupes de Thiriart, l’antis√©mitisme et toutes r√©f√©rences au nazisme furent d’ailleurs prohib√©s… officielle¬≠ment !. Ce qui n’emp√™cha pas des journalistes ou des chercheurs en sciences politiques d’accuser Thiriart d’antis√©mitisme larv√©, comme nous allons le voir.

 

(p.35) Mouldi M’Barek, un Tunisien auteur d’une carte blanche √©crivait dans le quotidien Le Soir du 26 mai 1986 : “L’extr√™me-droite occiden¬≠tale comme l’int√©grisme musulman, ces deux mouvements tirent leurs succ√®s de la m√™me plaie : la crise, et m√®nent le m√™me combat : le retour aux valeurs traditionnelles, le rejet de l’autre et l’adh√©sion aux pulsions autoritaires et fanatiques”.

(p.36) Isra√ęl, le foyer national des Juifs sionistes, est le premier Etat h√©breu moderne. Le rassemblement unitaire des Juifs d√©sireux d’y vivre. Une v√©ritable concentration cosmopolite; tous les visages mon¬≠diaux sont pr√©sents en Isra√ęl. La Diaspora toutefois reste mondiale, Isra√ęl ne regroupe qu’une minorit√© de Juifs. Et cependant d√®s sa nais¬≠sance en 1948, cet Etat sera bien vite identifi√© √† l’Etat DES Juifs. D’ailleurs, souvent le Juif ne sera plus d√©fini comme “Juif”, mais comme “isra√©lien” ou “sioniste”, m√©tamorphose s√©mantique moderne pouvant permettre une jud√©ophobie constante et l√©gendaire sous le couvert d’un antisionisme politique. Ce n’est plus le juda√Įsme ou les Juifs qui sont d√©sign√©s dans les textes de propagande jud√©ophobe mais les “sionistes”, “l’internationale sioniste”, “le pouvoir sioniste”, “les lobbys sionistes”…

(p.40) En octobre 1990, le vice-pr√©sident du Front National, Georges Demoulin, d√©missionna de son poste en compagnie de Roland Lemaigre, un militant d’origine juive. Ils d√©nonc√®rent la pr√©sence constante au FN d’antis√©mites et de n√©gationnistes. Pour sa part, le Conseil national de ce parti ethno-centriste, r√©uni le 12 octobre de la m√™me ann√©e, exclura Georges Demoulin, pour avoir “tenu en priv√© des propos qui rel√®vent d’un antis√©mitisme primaire, visc√©ral, voir hyst√©ro√Į-de”10. L’argument, bien entendu, est totalement faux, il s’agit d’un pr√©¬≠texte pour devancer la d√©mission de leur vice-pr√©sident. Georges Demoulin sera d’ailleurs reconnu √† plusieurs reprises comme √©tant un philos√©mite v√©ritable, mais √©galement un anti-arabe radical. L’analyse de l’affaire par le groupe n√©o-hitl√©rien l’Assaut, en relation avec les √©l√©¬≠ments philo-nazis du FN, est int√©ressante et d√©montre l’utilisation du terme “sioniste” afin de salir l’image des militants d√©missionnaires : “… Le r√©cent d√©part en fanfare de deux militants du FN, sionistes acharn√©s, d√©montre que de pactiser avec cette sorte de gens est inuti¬≠le et dommageable. Esp√©rons que maintenent le FN va enfin et d√©finiti¬≠vement prendre une voie r√©ellement nationaliste…” 11.

(p.59) Les n√©gateurs, les pr√©dateurs de la m√©moire, nient la totalit√©¬† de la politique de la Solution finale, les ¬ę¬†r√©visionnistes¬†¬Ľ¬† veulent en minimiser la r√©alit√©.

(p.64) Mais dans son livre La Belgique sous l’occupation : 1940-1944, publi√© en 1984, Jo G√©rard occulta les √©tapes de la d√©portation juive (25.257 personnes) et l’extermination des 24.052 Juifs de Belgique. Par contre, il d√©non√ßa avec indignation les bombardements de 1944 effectu√©s par l’aviation alli√©e. Une erreur de taille pour un historien… Erreur assortie d’une certaine complaisance na√Įve pour les “th√®ses faurissoniennes” et le IIIe Reich?

(p.92) Nonobstant ces quelques exemples r√©v√©lateurs, une autre globalisa¬≠tion s’est faite d√®s la fin de la Deuxi√®me Guerre mondiale. Au lende¬≠main de la lib√©ration des camps, l’extermination des Juifs d’Europe fut r√©cup√©r√©e √† des fins politiques ou religieuses. Pour l’Etat polonais stali¬≠nien de l’apr√®s-guerre, la singularit√© juive fut occult√©e. Cette position de r√©cup√©ration id√©ologique fut identique √† celle de certaines “fonda¬≠tions de m√©moire” dans une perspective anti-fasciste. L’Eglise de Pologne fera de m√™me.

Auschwitz devint le lieu de toutes les convoitises, afin de r√©cup√©rer la symbolique de celui-ci. Le pape Jean-Paul II, parti en 1979 en p√®leri¬≠nage dans ce haut lieu de la mort collective, encouragea les milieux eccl√©siastiques d√©sirant “christianiser” le g√©nocide. Plus tard un carmel fut √©rig√© dans l’ancien camp. C’est la r√©cup√©ration religieuse.

Autre globalisation, cette fois √† des fins √©tatiques, celle op√©r√©e par l’Etat d’Isra√ęl. Un Etat, faut-il le rappeler, qui n’a pas √©t√© fond√© √† la suite du Jud√©ocide, mais dont la d√©couverte des camps de la mort pr√©¬≠cipita le processus in√©vitable d’ind√©pendance amorc√© d√®s la fin du si√®cle dernier et renforc√© avec la d√©claration Balfour (1917).

Isra√ęl tente de centraliser la M√©moire du peuple Juif, d’√™tre le d√©po¬≠sitaire de l’Histoire des victimes. L’Etat h√©breu singularisera cette tra¬≠g√©die √† sa cr√©ation et, par la force des choses, confisquera la m√©moire des Autres, celle des Juifs non sionistes, des Juifs communistes, des Juifs assimil√©s et de tous les autres “boucs √©missaires” du syst√®me nazi.

(p.94) Faurisson ne fut jamais professeur d’histoire mais de littérature.

 

(p.122) TINTIN, DEGRELLE ET LES PIRATES…

Selon L√©on Degrelle, le jeune reporter fut inspir√© de son physique et de son dynamisme “rexiste” 3. Le “Beau L√©on” conforte cette hypoth√®se aujourd’hui, allant jusqu’√† affirmer : Tintin c’est moi 4. Il faut se souve¬≠nir que le p√®re de ce h√©ros de la BD et le futur chef de REX √©taient des amis de jeunesse dans les ann√©es trente, qui se sont rencontr√©s dans la salle de r√©daction du quotidien catholique Le Vingti√®me si√®cle. Durant l’Occupation, Degrelle s’engagea militairement dans le soutien √† l’Ordre Nouveau, Herg√© le fit de mani√®re plus culturelle. Ce dernier √©tait alors l’auteur de caricatures antis√©mites 5. Degrelle affirma en 1988 : “II (Herg√©, Ndla) est toujours rest√© un grand copain et, quand j’√©tais cach√© en Espagne ici apr√®s la guerre, il a continu√© √† m’envoyer tous ses livres” 6. Cette relation entre le f√Ļhrer belge et le dessinateur restera un sujet occult√© et tabou de la biographie officielle.

Encline √† la r√©cup√©ration √† des fins bassement politiques, l’extr√™me-droite europ√©enne prit durant les ann√©e quatre-vingts exemple sur Tintin et sa morale. Il repr√©sente pour ces “pirates” d’ultra-droite l'”homme blanc europ√©en”. Dans sa propagande, il ne sera pas rare de trouver des autocollants repiquant des dessins issus des aventures de Tintin 7. Ce jeune gar√ßon blond deviendra, √† l’insu de Herg√©, une des coque¬≠luches de la droite subversive…

Dans le domaine de la BD, nous pouvons encore citer les aventures des Schtroumpfs ainsi que celles de Tif et Tondu… dans lesquelles un antis√©mitisme sournois fut parfois d√©velopp√©. Le sc√©nariste de bande dessin√©e Serge Algcet, co-fondateur en 1981 de la Chambre belge des experts en bande dessin√©e, est l’auteur de Front de l’Est, une BD √©lo-gieuse qui retrace T’√©pop√©e” de la “croisade des soldats perdus”: les volontaires SS wallons. Elle fut publi√©e dans un souci historique, purement (p.123) motiv√©e par une optique de r√©habilitation des “crois√©s” partis combattre le “bolch√©visme”. Le texte d’introduction fait r√©f√©rence √† trois sources : Guy Sajer, auteur du livre Le soldat oubli√© (Robert Laffont), feu Saint-Loup et Jean Mabire. Les deux derniers sont des √©crivains clairement de “droite”, sp√©cialistes de la SS. Saint-Loup √©tait un ancien volontaire fran√ßais de ce corps d’√©lite. Mabire est l’un des intellectuels les plus en vue des “cercles” mystiques pr√©-chr√©tiens et ethniques. Tous deux apport√®rent leur connaissance historique et doc¬≠trinale √† la Nouvelle Droite. Quant √† Serge AlgŇďt, il collabore depuis 1990 au National, le mensuel du Front National belge et serait proche, selon l’un de ses anciens vice-pr√©sidents, de l’amicale des “Bourguignons”, regroupant des Wallons partis dans la SS sur le Front de l’Est…

 

HONNEUR A EVOLA

Si la r√©habilitation d’un certain pass√© se r√©alise de mani√®re subtile dans des ouvrages de bandes dessin√©es, c’est surtout autour d’asso¬≠ciations et de publications litt√©raires que cette manŇďuvre id√©ologique se produira. Inconnues du grand public, elles d√©veloppent des ramifica¬≠tions et des confluents non n√©gligeables au sein de la p√©riph√©rie des “√©crivains de droite” et de leurs lecteurs. Objectif : r√©habiliter, entre autres, la m√©moire des auteurs bannis durant l’√©puration pour faits de collaboration. Mais surtout accuser la d√©mocratie de les avoir condam¬≠n√©s. Ce sont des revanchards, n’ayant jamais oubli√© l’humiliation de la d√©faite de 1945.

Onze ans apr√®s la Lib√©ration, une revue intellectuelle fut fond√©e en Flandre. Elle se nomme Dietsland-Europa et s’inspira de D√©fense de l’Occident de Maurice Bard√®che. L’un des fondateurs de la nouvelle publication flamande, Karel Dillen (son r√©dacteur en chef jusqu’en 1975), fut en 1952 le traducteur en n√©erlandais du premier livre n√©ga-tionniste de Bard√®che. Les initiateurs de Dietsland-Europa, comme les r√©dacteurs de D√©fense de l’Occident, s’inspir√®rent d’un certain pass√© historique. Karel Dillen est un inconditionnel de Rudolf Hess et sa revue se revendique alors du solidarisme, un des leviers de la collabo¬≠ration flamingante. Ce p√©riodique doctrinal – √©dit√© par les nationalistes de Were Di – publia en 1985 un num√©ro sp√©cial consacr√© √† l’Ňďuvre et √† la personne de Julius Evola (1898-1975), un th√©oricien raciste italien proche de l’id√©ologie de la SS et qui resta actif apr√®s la guerre. Id√©ologue du courant “traditionnaliste-r√©volutionnaire”, il devint une r√©f√©rence des nationalistes ethno-centristes purs et durs. Des articles du num√©ro de Dietsland-Europa, publi√©s dix ans apr√®s le d√©c√®s du baron Evola, furent √©crits par le sociologue flamand Piet Tommissen, l’un des premiers animateurs de la Nouvelle Droite en Belgique, (…)

 

(p.125) MON AMI BRASILLACH…

En 1948, un cercle militant de lecteurs, √† vocation internationale, est fond√© en Suisse romande afin de perp√©tuer le souvenir de l’√©crivain fasciste Robert Brasillach (1909-1945), proche de Charles Maurras et fusill√© √† la Lib√©ration pour son ralliement au nazisme. Cette association d√©nomm√©e les Amis de Robert Brasillach (ARB) re√ßut imm√©diatement le soutien d√©cisif de Maurice Bard√®che, le confr√®re et beau-fr√®re de Brasillach, auteur en 1948 du premier document n√©gationniste. Des cercles fran√ßais et belges furent bien vite cr√©√©s. En 1985, les ARB comptaient plus de 750 membres 9.

Le but de l’association √©tait de “faire sortir de l’ombre l’Ňďuvre de Brasillach” 10. Dans ce sens, un appel fut lanc√©. Jean Anouilh, Marcel Aym√©, Jean de La Varende… y r√©pondirent favorablement. Par la suite, on tenta d’interdire en France l’association et une interpellation parle¬≠mentaire fut faite condamnant l’ARB pour reconstitution de ligue dis¬≠soute (interdit par la Constitution fran√ßaise). Si ce collectif de lecteurs fut rapidement soutenu par toute une s√©rie de personnalit√©s “- d√©doua¬≠n√©es d’une quelconque sympathie √† l’√©gard du national-socialisme comme tel, l’association a toujours re√ßu le soutien militant de groupus¬≠cules et de revues agressivement n√©o-fascistes racistes (Nouvel Ordre Europ√©en, l’Ňíuvre fran√ßaise, Rivarol… ) et de la mouvance int√©griste (Lectures fran√ßaises, Lecture et Tradition, Pr√©sent, etc.). Elle b√©n√©ficia du soutien du belge Emile Lecerf (NEM), de Benoist-M√©chin, de la Mar√©chale P√©tain, de Robert Poulet et de la Nouvelle Droite. En 1985, Bernard Antony, alias Romain Marie, adh√©ra aux ARB 12. Fondateur du quotidien Pr√©sent, Antony est le dirigeant de l’aile int√©griste du Front National fran√ßais. En 1990, l’association rendit un hommage (sous le titre “nos deuils”) dans son bulletin de liaison √† Arno Breker (le “sculp¬≠teur du f√Ļhrer”), √† Pierre Gripari (intellectuel n√©o-droitiste aux propos antis√©mites) et √† Saint-Loup (ex-SS fran√ßais, un des id√©ologues de la Nouvelle Droite).

(p.126)

Le 6 f√©vrier 1963, la section belge des ARB organisa une soir√©e de comm√©moration de la mort de Brasillach. Y √©taient pr√©sents Maurice Bardeche, l’√©crivain belge Pol Vandromme et les responsables du men¬≠suel n√©o-nazi L’Europe R√©elle13. Les ARB ne sont pas les seuls √† com¬≠m√©morer l’anniversaire du d√©c√®s de l’√©crivain “naziphile”. Le Cercle Franco-Hispanique, une officine politico-religieuse fran√ßaise disciple des pouvoirs franquiste et vichyste, organise chaque ann√©e √† Paris une telle manifestation nostalgique. Des d√©l√©gations belges s’y rendent r√©guli√®rement. Ce fut le cas de l’ancien VMO et du groupe l’Assaut. En 1991, ce dernier y √©tait pr√©sent avec un ancien SS collaborateur au mensuel jud√©ophobe Le Choc du Mois, le fils et la femme de Paul Touvier, deux √©lus du Front National, l’Association Nationale P√©tain-Verdun et Pierre Sidos, le leader “antisioniste” de l’Ňíuvre fran√ßaise.

 

(p.127) BAGATELLE POUR CELINE

En 1979, trois admirateurs belges sans bornes de Louis-Ferdinand C√©line fond√®rent une association publiant La Revue c√©linienne. Devenant une “amie” de l’association des disciples de Brasillach, cette revue re√ßut un accueil des plus favorables aupr√®s des cercles de la Nouvelle Droite. Le bulletin du GRECE-Belgique, dirig√© par un maurras-sien de longue date, se f√©licita de l’apparition de La Revue c√©linienne. En 1982, ce p√©riodique changea de nom, pour devenir Le Bulletin C√©linien (BC), un mensuel confidentiel vendu exclusivement par abonne¬≠ment. Tout ce qui est publi√©, √©crit ou dit sur cet √©crivain qui cultivait des sentiments jud√©ophobes est mentionn√©, analys√© et critiqu√© par le BC. Marc Laudelout en devint le dynamique directeur. Cet enseignant colla¬≠bora au Nouvel Europe Magazine. A la m√™me √©poque, un “LFC Club fut fond√© √† Li√®ge et diffusa un catalogue C√©linien.

 

(p.130) TEL L’AIGLE…

En 1974, une revue du nom d’Alta√Įr 23 fut fond√©e par Jean-Pierre Ham-blenne, un professeur de religion catholique √† Namur, n√© en 1953, au¬≠jourd’hui proche du culte orthodoxe. Son p√©riodique

de “po√©sies et tradition” est diffus√© en Belgique, en France, en Suisse et en Hollande √† environ 250 exemplaires 24. Par la suite, le directeur de cette revue nationaliste mit sur pied les Editions Alta√Įr, afin de publier divers documents et pamphlets antis√©mites, int√©gristes et litt√©¬≠raires.

Jean-Pierre Hamblenne fonda en 1983 une seconde revue, intitul√©e Les Amis de Paul D√©mul√®de, diffus√©e exclusivement en France, et consacr√©e √† l’√©tude et √† l’analyse des √©crits litt√©raires de cet √©crivain et homme politique partisan du putch contre le r√©gime parlementaire en France. Paul D√©roul√®de (1846-1914) fut l’une des r√©f√©rences mar¬≠quantes, mais peu connue, du nationalisme chauvin pr√©fasciste d’outre-Qui√©vrain. Le num√©ro un des Amis de Paul D√©roul√®de prit en exemple l’association des Amis de Robert Brasillach. Les ARB n’h√©sit√®¬≠rent jamais √† citer les publications et la “bourse aux livres” de Jean-Pierre Hamblenne. Contrairement au Bulletin C√©linien et aux Amis de Brasillach, la sensibilit√© politique de Hamblenne a toujours √©t√© claire¬≠ment revendiqu√©e.

(p.131) Militant d’extr√™me-droite de longue date, Jean-Pierre Hamblenne fut, en 1975, le responsable de la section belge de l’Union Universelle des Po√®tes et Ecrivains Catholiques (UUPEC), une officine int√©griste men√©e par Mgr. Ducaud Bourget. Il c√ītoya la section du Tournaisis du CLAN (Cercle de Liaison et d’Action Nationaliste) √† la fin des ann√©es septan¬≠te, une structure id√©ologique influenc√©e par la m√©thodologie √©labor√©e par la Nouvelle Droite. Membre du comit√© d’honneur en 1981 de la sec¬≠tion fran√ßaise du CEDADE (n√©o-hitl√©rien) avec Maurice Bard√®che, Francis Dessart, Saint-Loup,… 25, il √©crivit, ensuite dans L’Eveil nationa¬≠liste, l’organe bruxellois du Mouvement Social Nationaliste, d’ob√©dien¬≠ce rexiste pro-lep√©niste. En 1984, Jean-Pierre Hamblenne se rapprocha du Parti des Forces Nouvelles, pour s’occuper de la rubrique litt√©raire de son p√©riodique de presse. Cette m√™me ann√©e, le jeune activiste r√©√©dita le document Le Mensonge d’Auschwitz, traduit en fran√ßais par Michel Caignet, l’ancien leader de la FANE et du Mouvement Euro¬≠p√©en26. Hamblenne ne se limita pas √† ce pamphlet falsificateur. Effectivement, dans la collection “L’Histoire vraie” des Editions Alta√Įr, il proposa en 1987 un opuscule niant le massacre perp√©tr√© par les nazis √† Oradour-sur-Glane. Il est membre avec G.A. Amaudruz (NŇí), feu Saint-Loup… du comit√© de parrainage de la revue Militant, du Parti Nationaliste Fran√ßais. En 1988, les Editions Alta√Įr √©dit√®rent le manifes¬≠te du Rassemblement d’Action pour la Renaissance Europ√©enne (RARE), anim√© par des dissidents radicaux de la Nouvelle Droite, dont l’objectif √©tait “l’organisation de la race blanche” et de son “bastion, l’Europe” 27. Jean-Pierre Hamblenne manifesta ouvertement ses sympa¬≠thies pour la revue NS Euro-Forum (par la suite il fut r√©guli√®rement cit√© par L’Assaut, confectionn√© par des anciens de Euro-Forum ), le Vlaams Blok et les volontaires SS belges partis combattre sur le Front de l’Est.

 

(p.133) EN BON FRANÇAIS

L’extr√™me-droite est aussi repr√©sent√©e par des f√©rus de textes litt√©¬≠raires. Ils pavoisent au sein d’associations vou√©es au culte et √† la m√©moire d'”√©crivains maudits”, ceux qui mirent leur plume durant l’occupation au service de l’Ordre Nouveau nazi. Faisant fi de la propa¬≠gande antis√©mite pr√©parant la d√©portation vers l’Est et la Solution fina¬≠le, ces auteurs de talent par la force des choses se sont rendus cou¬≠pables, par leur complicit√© et leur jud√©ophobie, du crime pr√©m√©dit√© et collectif. Ceux qui veulent aujourd’hui excuser, amnistier et finalement justifier l’action de ces intellectuels durant cet √©pisode de la Deuxi√®me Guerre mondiale, √† leur tour, deviendront des thurif√©raires du racisme politique. Et c’est le cas, puisque nous venons d’observer par l’√©tude de ces milieux intellectuels la pr√©sence singuli√®re et constante d’acti¬≠vistes n√©o-fascistes, nationaux-socialistes, n√©gationnistes et bien entendu antis√©mites. Tout ceci, en tr√®s bon fran√ßais…

 

(p.134) 15. Pol Vandromme est l’un de nos plus illustres essayistes et romanciers. Collaborateur journalistique de nombreuses publications grand public, Vandromme, auteur d’ouvrages sur C√©line, Drieu la Rochelle, Maurras et du premier consacr√© √† Brasillach, est qualifi√© d'”√©crivain de droite” proche des milieux traditionnalistes. En 1976, il collabora √† Item, une “revue d’opinion libre” avec Jean Mabire (sp√©cialiste de la SS), Louis Pauwels (du Figaro, alors li√© √† la Nouvelle Droite), Jacques Ploncard d’Assac (ex-collabo, antis√©¬≠mite notoire), Alain Renault (responsable des Cahiers-Europ√©ens, du Front National et collaborateur lui aussi √† D√©fense de l’Occident), Mgr. Lefebvre, Jean-Marie Le Pen… Mais Pol Vandromme est aussi l’auteur de critiques positives concernant des livres sur le g√©nocide juif !

 

(p.135) 13. NOUVELLES CROISADES

La tradition antis√©mite, et plus particuli√®rement l’anti-juda√Įsme, s’exprimait voici peu dans des sermons chr√©tiens. L’histoire de la Chr√©tient√© est assortie d’√©tapes s’arc-boutant sur une d√©rive dogma¬≠tique -officielle- de rejet du peuple Juif. L’obscurantisme est alors √† l’ordre du jour. Accus√©s du meurtre de Dieu, par la crucifixion de J√©sus-Christ, les Juifs furent au cours des si√®cles expuls√©s et massacr√©s au nom de la croix. L’accusation de d√©icide sur le “grand fr√®re” fut mainte¬≠nue jusqu’il y a peu. En 1992, le Pape Jean-Paul II reconnaissait la non-responsabilit√© des Juifs dans le meurtre du “premier socialiste”.

L’Eglise de Belgique, en mati√®re de combat contre le fascisme, est exemplaire. Si le rexisme trouva son √©nergie de d√©part dans le monde catholique, tr√®s vite ce dernier devint un adversaire cat√©gorique de Degrelle. N√©anmoins, durant la guerre, une partie du clerg√© rejoignit les rangs de l’Ordre Nouveau, √† l’ombre de la croix gamm√©e; comme l’abb√© Cyriel Verschaeven, continuellement adul√© maintenant encore par des officines identitaires en liaison avec le Vlaams Blok. Autre cas, celui du p√®re flamand initiateur de la collecte d’argent en 1985 pour le carmel d’Auschwitz. Accus√© apr√®s la guerre de collaboration avec l’occupant nazi, il est maintenant soup√ßonn√© d’√™tre li√© √† l’ultra-droite raciste. Son action consiste √† christianiser l’image historique du g√©nocide perp√©tr√© par le r√©gime hitl√©rien, √† occulter la singularit√© juive et par la force des choses, indirectement peut-√™tre, √† apporter sa pierre √† l’√©difice des th√®ses falsificatrices.

L”‘Autre Eglise” fut l’honneur de la religion catholique. L’Eglise de la r√©sistance contre le fanatisme politique. Celle qui sauva des milliers d’enfants, de femmes et d’hommes juifs pourchass√©s par les nazis et leurs l√Ęches complices locaux. Des pr√™tres, des scouts, des religieuses et des paroissiens, au p√©ril de leur vie, ont sauv√© celle des victimes de l’id√©ologie raciste d’Hitler. Sans eux, le prix pay√© par le peuple juif aurait √©t√© bien plus terrible. L’action de Paix de toutes ces personnes ne pourra jamais √™tre oubli√©e par leurs prot√©g√©s et leurs descendants.

Mais les th√®mes x√©nophobes (contraires √† la Bible) p√©n√®trent le monde catholique. En France plus particuli√®rement, puisque 25 % des catholiques pratiquants √©taient pr√™ts √† voter en 1992 pour le Front National ¬Ī.

 

(p.143) L’int√©grisme catholique enduit d’un vernis jud√©ophobe et anti¬≠juda√Įque est bel et bien r√©current, comme nous venons de l’√©tudier par cette radioscopie, mais son profil minoritaire -marginal- est caract√©ris¬≠tique. Les antis√©mites chr√©tiens sont des racistes virulents, des parti¬≠sans d’un pouvoir totalitaire, d’une Eglise isolationniste, des adver¬≠saires de l’ouverture religieuse et de la diversit√© culturelle. Ce sont des “modernophobes”. Par peur de l’√©volution humaniste, ils rejettent l’Autre. Leur prochain…

 

(p.150) L’anti-juda√Įsme, synth√©tis√© au rejet de la civilisation jud√©o-chr√©tien¬≠ne dans son ensemble, des n√©o-pa√Įens et des nationaux-chr√©tiens int√©¬≠gristes est un avatar de plus (et un des premiers !) de l’antis√©mitisme moderne. Outre sa filiation au sein m√™me de la doctrine philosophique SS, le paganisme germano-Scandinave raciste instrumentalis√© par la (p.151) myriade d’organisations n√©o-nazies se rassemblant bi-annuellement afin de f√™ter les solstices est √©galement v√©n√©r√© par la Nouvelle Droite.

Cette religiosit√© politique s’alimente d’aspects anti-juifs compl√©men¬≠taires, puisque beaucoup de n√©o-pa√Įens sont s√©duits par les autres cr√©¬≠neaux antis√©mites. Ainsi, Le Partisan Europ√©en (√©ditant le suppl√©ment Combat-Pa√Įen ) mettra en cause “… les mythes r√©sistancialistes et exterminationistes sur lesquels s’appuie l’ordre √©tabli (…) en Europe occidentale depuis 1945…” 6.

Les familles de l’ultra-droite r√©volutionnaire, conservatrice, contre-r√©volutionnaire, chr√©tienne, la√Įque ou pa√Įenne boivent en g√©n√©ral l’eau de la m√™me source…

 

2.2 Nowadays

 

Viviane Teitelbaum, Salomon, vous êtes juif !?, L’antisémitisme en Belgique du Moyen-Age à Internet, éd. Luc Pire, 2008

 

(p.11) Pourquoi ai-je pens√© √† ce petit oiseau ce jour de l’automne 2004 devant la cinquantaine de personnes venues m’√©couter en vue des √©lections r√©gionales ? Parce que dans le regard d’un homme qui, pos√©ment, s’est adress√© √† moi, j’ai senti un fr√©missement, un frisson, qui m’ont alert√©e sur les dangers qui nous menacent, invi¬≠sibles, inodores. Cet homme √Ęg√© a √©cout√© mon expos√© ; son regard ne me quittait pas. Quand les uns et les autres ont pos√© des questions sur les partis politiques, comment voter, le climat ambiant, mes objectifs, je r√©pondais avec sinc√©rit√©, axant mon travail sur la p√©dagogie et la jeunesse. Alors, cet homme s’est lev√©. Calme¬≠ment, il m’a dit d’un ton las :

¬ę C’est bien de travailler pour la jeunesse, pour l’avenir. Moi je suis un survivant des camps…¬Ľ

Il a remont√© la manche de sa chemise et a montr√© le num√©ro tatou√© sur son bras. Puis, il a relev√© la t√™te et m’a dit :

¬ęL’√©t√© quand il fait chaud, je ne peux plus aujourd’hui retrousser mes manches, surtout quand je suis dans les transports en commun. J’ai chaud mais je garde les bras couverts… ¬Ľ

(p.12) Je l’ai invit√© √† poursuivre.

¬ęL’√©t√© dernier, dans le tram, des jeunes gens m’ont agress√© verbalement. Ils se sont moqu√©s de mon num√©ro tatou√©, ils m’ont menac√© et ils m’ont dit des choses horribles… ¬Ľ

Le silence s’est install√©. Il reprend, me regarde droit dans les yeux.

¬ęC’est bien de vous occuper de la jeunesse, et de toutes ces choses, mais pro¬≠mettez-moi de travailler pour que cela ne recommence pas. ¬Ľ

La promesse, je l’ai faite et je vais la tenir.

Pour cet homme dont je ne connais pas le nom, pour tous les autres, j’ai voulu r√©fl√©chir √† la situation dans mon pays, o√Ļ m√™me si le constat n’est ni agr√©able, ni facile √† admettre, les actes agressifs ou blessants √† l’√©gard des Juifs sont en recrudes¬≠cence.

Or l’antis√©mitisme est un barom√®tre de la d√©mocratie : quand la soci√©t√© se d√©veloppe harmonieusement, l’antis√©mitisme r√©gresse. Quand la d√©mocratie d√©cline, l’antis√©mitisme rena√ģt. Parce que si l’on s’en prend aux Juifs, c’est historiquement parce qu’ils √©taient les seuls √©trangers. C’est l’autre, celui qui est diff√©rent, qui n’est pas d’ici qui est d’abord et toujours vis√©.

 

(p.13) C’est alors qu’on r√©alise qu’un petit germe, un embryon √† peine perceptible, peut devenir une affection mena√ßante ; qu’un trouble quasi invisible, inaudible, peut se transformer en traumatisme inqui√©tant. C’est pourquoi, d√®s que le malaise para√ģt, il faut le soigner ! Car lorsque l’antis√©mitisme prend un nouveau visage, il est difficile de le distinguer; il est plus simple de l’occulter ou pire encore, de l’excuser.

 

(p.14) Cette nouvelle donne d√©stabilise de nombreux Juifs de Belgique, tout comme les actes violents et hostiles qui se multiplient notamment √† l’√©gard des jeunes ou des rabbins. Au d√©but, certains ont tent√© de minimiser les faits, afin de se prot√©ger, ou tout simplement parce qu’il √©tait difficile de croire, de comprendre que l’anti¬≠s√©mitisme renaissait sous quelque forme que ce soit. Certains politiques minimi¬≠seront eux aussi les faits avec l’objectif de ne pas faire monter la pression et d’√©viter de ¬ę renvoyer les communaut√©s dos √† dos ¬Ľ. En cherchant √† ne pas exacerber le probl√®me, certains responsables politiques vont condamner les actes antis√©mites mais en noyant leur indignation dans des condamnations simultan√©es et globales d√©non¬≠√ßant les diff√©rents racismes et x√©nophobies.

Depuis, il devient probl√©matique pour certains professeurs d’enseigner l’histoire de la Deuxi√®me Guerre mondiale dans plusieurs √©coles des communaut√©s fran√ßaise et flamande. En 2008, en Belgique comme dans plusieurs pays europ√©ens, des ensei¬≠gnants choisissent de ne pas enseigner l’histoire de la Shoah, que ce soit pour ne pas contrarier des √©tudiants d’origine immigr√©e, ou pire, par peur de repr√©sailles vio¬≠lentes. J’ai rencontr√© de nombreux enseignants qui en t√©moignent, parfois d√©go√Ľt√©s, parfois d√©sesp√©r√©s, parfois encore plus d√©termin√©s √† se battre, ce qui les a conduits dans certains cas √† suivre des formations √† Yad Vashem.

Aujourd’hui, se promener dans certains quartiers de Bruxelles avec une √©toile de David visible, c’est prendre un risque.

Tous les √©tablissements et institutions de la communaut√© juive de Belgique sont gard√©s, qu’il s’agisse d’√©coles, de synagogues, de cr√®ches, de centres culturels communautaires ou de mouvements de jeunesse. √Ä tel point que pour des jeunes qui ne connaissent que cela, cela semble presque normal.

En tant que pr√©sidente du conseil d’administration de l’√©cole Beth-Aviv3, j’ai assist√© √† plusieurs reprises √† des exercices o√Ļ les enfants, d√®s la maternelle, sont entra√ģn√©s √† r√©agir √† d’√©ventuels attentats. Et lorsque dans l’escalier de secours vous voyez vos propres enfants de neuf et onze ans prendre dans les bras des tout petits pour les aider √† sortir rapidement du b√Ętiment, l’√©motion vous prend et la col√®re aussi.

Ces exercices de pr√©vention prennent de nos jours encore un autre visage, puisqu’en Belgique comme ailleurs en Europe, la liste des incidents antis√©mites s’allonge.

Depuis 2001, une timide r√©action politique s’est fait entendre. Une ¬ęcellule veille¬Ľ a √©t√© cr√©√©e en 20044 au Centre pour l’√©galit√© des chances5. Malheureuse¬≠ment, jamais en Belgique un dirigeant n’a tenu des propos aussi forts que ceux

 

  1. √Čcole maternelle et primaire du r√©seau libre subventionn√©, dont j’ai pr√©sid√© le conseil d’admi¬≠nistration de 1993 √† 1996.

 

 

(p.17) Jo√ęl Kotek pr√©cise : ¬ę L’antis√©mitisme est un fait social qui tient de la psychose , collective. C’est un d√©lire soci√©tal qui fait du Juif ‚ÄĒ un Juif totalement impossible, imaginaire, fantasm√© ‚ÄĒ le responsable des malheurs du monde et ce, des d√©borde¬≠ments de la Seine √† Paris au XIXe si√®cle (Drumont) au virus du sida aujourd’hui (Dieudonn√©) en passant par le tsunami en Indon√©sie (la presse √©gyptienne). Il y a toute de m√™me derri√®re l’antis√©mitisme une certaine forme de rationalit√©, que l’on ne peut que qualifier de perverse ou d’irrationnelle. Ce n’est pas par hasard en effet que les Cit√©s chr√©tienne et musulmane (et elles seules) ont fait du Juif leur bouc √©missaire privil√©gi√© et id√©al. Cela tient naturellement √† la faiblesse intrins√®que du Juif (il est le plus souvent sans d√©fense), √† sa solitude (il est le plus souvent le seul √©l√©ment h√©t√©rog√®ne) mais aussi surtout √† son statut pour le moins ambivalent : le peuple juif a beau √™tre honni et m√©pris√©, il n’en reste pas moins admir√© et craint pour √™tre le peuple de la Bible, bref de la matrice originelle. Le mythe de la parousie qui, tant dans le christianisme que dans l’islam, entrevoit la conversion des Juifs √† la fin des temps, t√©moigne de l’espoir de ces deux rameaux du juda√Įsme de se voir, enfin, accepter comme le ¬ęverus Isra√ęl¬Ľ. C’est la raison pour laquelle les Juifs seront tant bien que mal tol√©r√©s dans la Cit√© chr√©tienne (peuple t√©moin) et la Cit√© islamique (dhimmitude) et ce, contrairement aux h√©r√©tiques qui furent, quant √† eux, syst√©¬≠matiquement mis √† mort.

Le fait d’avoir des Juifs √† disposition offrait, qui plus est, des avantages inesti- r niables. L’humiliation syst√©mique des Juifs permettait √† l’√Čglise de d√©montrer ce qu’il en co√Ľtait de ne pas accepter le message du Christ. La pr√©sence de Juifs, le plus souvent oblig√©s √† exercer des professions expos√©es, notamment le pr√™t √† usure, permettait aux Princes de d√©signer √† bon compte les v√©ritables responsables de ses malheurs, d’o√Ļ la r√©alit√© d’un antis√©mitisme social et/ou populaire. Pour jouer pr√©cis√©ment ce r√īle de soupape de s√©curit√©, l’antis√©mitisme est, par d√©finition,¬† (p.18) polymorphe. Si le Juif est toujours celui qui tire les ficelles pour le contr√īle du monde, ses marionnettes varient au gr√© des modes et d√©testation du moment : au jud√©o-bolchevique d’hier r√©pond le jud√©o-n√©oconservateur d’aujourd’hui, cou¬≠pable de diriger la politique √©trang√®re am√©ricaine. √Ä travers ces multiples exemples, on comprendra que la jud√©ophobie peut √™tre aussi bien √©litiste que populaire, reli¬≠gieuse que sociale, de droite que de gauche, conservatrice ou progressiste. √Ä la base, on retrouvera toujours la fameuse th√©orie du complot qui veut qu’il y ait toujours un responsable aux malheurs du monde, un chef d’orchestre cach√© mais d√©termin√©. L’homme a peur du hasard. Il se d√©fie des facteurs multiples : il pr√©f√®re la cause unique. L’antis√©mitisme pour d√©signer syst√©matiquement le Juif ou l’Isra√©lien comme cette cause unique est en cela rassurant. ¬Ľ

  1. Kotek souligne : ¬ęPar sa radicalit√©, l’antis√©mitisme exterminateur nazi a occult√© de la m√©moire toutes les autres formes de jud√©ophobie, qu’elles soient de gauche, chr√©tienne ou musulmane qui, malheureusement, sont loin d’avoir dis¬≠parues. ¬Ľ

 

Evolution

En septembre 2007, lors d’une session de commission des droits de l’homme de l’Onu √† Gen√®ve, l’Iran c√©l√©brait sa nomination comme membre organisateur de la Conf√©rence mondiale contre le racisme qui se tiendra en 2009. N’est-il pas √©trange qu’un pays qui qualifie l’Holocauste de mythe et appelle √† la destruction de l’√Čtat d’Isra√ęl soit r√©compens√© sur le plan international ? Et ce serait ce pays qui serait amen√© √† d√©finir l’ordre du jour d’une conf√©rence sur les droits de l’homme ? √Ä cette nomination comme √† ces questions, peu de r√©actions. La relation entre l’antis√©mitisme et les attaques contre l’Etat d’Isra√ęl est forc√©ment complexe, mais l’Union europ√©enne a eu le m√©rite de clarifier les choses. En mars 2005, l’Obser¬≠vatoire europ√©en des ph√©nom√®nes de racisme et de x√©nophobie (EUMC), une instance de l’UE situ√©e √† Vienne (Autriche), a dans un document de travail, d√©fini le terme ¬ęantis√©mitisme¬Ľ. Dans ce document, l’Union europ√©enne d√©clare que les attaques verbales ou physiques contre l’√Čtat d’Isra√ęl, en tant que ¬ę collectivit√© juive ¬Ľ, peuvent √™tre assimil√©es √† de l’antis√©mitisme. De cette mani√®re, l’UE endosse le point de vue selon lequel les attentats terroristes contre les Juifs ‚ÄĒ en Isra√ęl et dans le monde ‚ÄĒ sont des actes g√©n√©r√©s par l’antis√©mitisme.

 

 

(p.20)

02 Aper√ßu de l’immigration juive et de l’histoire de l’antis√©mitisme en Belgique. Du XIIIe si√®cle √† la Deuxi√®me Guerre mondiale

 

Au Moyen √āge

Les premiers Juifs sont signal√©s vers 1220 √† Louvain et dans d’autres villes situ√©es sur la route du commerce reliant Cologne √† Bruges. Ils viennent surtout de Rh√©nanie. Dans certaines villes de Hollande, des communaut√©s juives se d√©ve¬≠loppent √©galement. Les affaires d’argent sont leur sp√©cialit√©, en particulier le pr√™t √† court terme parce que cette profession est proscrite par l’√Čglise1.

 

La légende du miracle sanglant

√Ä Bruxelles et en Brabant, les premi√®res traces d’un √©tablissement datent du XIIIe si√®cle pour se poursuivre pendant un si√®cle et demi jusqu’en 1370. √Ä cette date, les survivants juifs de la Grande Peste vont p√©rir sur le b√Ľcher, victime d’une accu¬≠sation de sacril√®ge.

D’apr√®s la l√©gende, le Vendredi Saint 1370, les Juifs du Brabant, pr√©sents √† la synagogue de Bruxelles, auraient transperc√© de poignards des hosties d√©rob√©es dans une chapelle. Du sang aurait coul√© de ces hosties !

Un mois plus tard, une demi-douzaine de Juifs, habitant Bruxelles et Louvain, sont ex√©cut√©s sur le b√Ľcher, accus√©s de vol et de profanation du Saint-Sacrement. Leurs biens sont confisqu√©s2.

 

  1. Jacques Gutwirth, Geschiedenis van dejoden van de Lage Landen [Histoire des Juifs des Pays-Bas], Antwerpen-Amsterdam, Meulenhoff-Manteau, 2006.

Cf. http ://assr.revues.org/document3831.html

  1. Histoire du Saint-Sacrement racontée sur le site Internet de la cathédrale saints Michel et Gudule du diocèse de Malines-Bruxelles. Déclaration sur le Miracle du S. Sacrement : Haine des Juifs au Moyen-Age. Rééd. Commission nationale catholique pour les relations avec le monde juif.

 

(p.21) La culpabilit√© des Juifs n’a jamais √©t√© √©tablie, mais leur ex√©cution est l√©gitim√©e par la foi dans le pr√©tendu miracle du sang apparu sur les hosties. En m√™me temps qu’il accusait les Juifs et permettait de s’en d√©faire, le miracle signifiait pour les simples fid√®les la preuve mat√©rielle de la pr√©sence r√©elle du Christ dans l’Eucha¬≠ristie. Au Moyen Age, de nombreuses histoires semblables sont racont√©es partout en Europe, justifiant l’accusation des Juifs.

√Ä Bruxelles, le culte du Saint-Sacrement du Miracle s’est av√©r√© tenace. Si l’√Čglise reconna√ģt aujourd’hui que ce miracle n’en est pas un et que c’est la haine des Juifs qui est √† l’origine de cette l√©gende et des ex√©cutions, la d√©votion locale pour le Sacrement du Miracle a continu√© jusqu’√† la Seconde Guerre mondiale. Les vitraux, peintures et tapisseries de la cath√©drale des saints Michel et Gudule relatent le r√©cit3 de la pr√©tendue profanation des hosties par les Juifs4.

Le Sacrement du Miracle a jou√© un r√īle important comme symbole national, signe de l’identit√© catholique du pays. Le culte de cette relique s’est inscrit dans la lutte contre les Juifs, les protestants et les libres-penseurs. Ce n’est qu’apr√®s la Shoah et sous l’influence de la modernit√© qu’une attitude plus critique par rapport √† cette l√©gende antijuive m√©di√©vale a √©t√© soutenue dans les milieux catholiques.

En 1968, dans l’esprit du deuxi√®me concile du Vatican, les autorit√©s dioc√©saines de l’archev√™ch√© de Malines-Bruxelles ont attir√© l’attention sur le caract√®re tendan¬≠cieux des accusations et sur la pr√©sentation l√©gendaire du miracle.

 

  1. là.
  2. Les vitraux du xvie si√®cle dans la chapelle du Saint-Sacrement sont au nombre de quinze dans les bas-c√īt√©s de l’√©glise. Les dix premiers vitraux, huit dans la nef lat√©rale droite (√† compter du chŇďur) et deux au fond de la nef lat√©rale gauche, repr√©sentent la l√©gende du Miracle du Saint-Sacrement telle qu’elle est transmise √† Bruxelles depuis la moiti√© du xve si√®cle. Elle raconte : ¬ęEn automne 1369, un notable juif d’Enghien prend l’initiative de faire voler des hosties consacr√©es et de les profaner. Il paye √† cet effet un Juif de Louvain converti au christianisme. Peu apr√®s, le notable juif est assassin√© (vitraux 1-3). Sa veuve passe les hosties aux Juifs de Bruxelles qui, le jour du Vendredi Saint 1370, transpercent les hosties avec leurs dagues. Du sang sort des hosties (vitraux 4-5). Une Juive convertie au christianisme se fait payer pour aller cacher les hosties chez les Juifs de Cologne mais, prise de remords, elle raconte le r√©cit de la profanation au cur√© de l’√©glise Notre-Dame de la Chapelle √† Bruxelles. Le cur√© prend les hosties sous sa garde (vitraux 6-7). Suite au t√©moignage de la convertie (vitrail 8), les Juifs coupables sont condamn√©s √† mort par le duc de Brabant et ex√©cut√©s sur le b√Ľcher. Les autres sont bannis du duch√© et leurs biens sont confisqu√©s (vitrail 9). Plus tard, les hosties sont transf√©r√©es en procession √† la coll√©giale Sainte-Gudule (vitrail 10).¬Ľ
  1. Les Marranes sont des Juifs s√©pharades, qui suite aux pers√©cutions de l’Inquisition espagnole ou portugaise, ont √©t√© forc√©s d’adopter une identit√© chr√©tienne. Ils ont d√®s lors pratiqu√© leur juda√Įsme en secret, vivant ouvertement comme des catholiques. Nombreux sont ceux qui ont fui en Flandres, aux Pays-Bas, dans l’empire ottoman ou en France. On les appelle aussi les crypto-Juifs ou les Conversos.

 

(p.23) La nationalité belge

Le caract√®re lib√©ral de la Constitution belge en mati√®re de culte, l’√©mancipation pr√©coce des Juifs sur le territoire (1795) et le peu de traces d’antis√©mitisme √† cette √©poque, ont permis l’int√©gration de nombreux Juifs dans la soci√©t√© belge. Selon l’historien Jean-Philippe Schreiber, la communaut√© juive est √† cette √©poque le reflet de la Belgique : bourgeoise, censitaire et refl√©tant des valeurs de lib√©ralisme √©conomique et d’expansion. Pour cette raison, l’Histoire retient les noms de grands entrepreneurs et banquiers juifs venus s’y √©tablir et contribuer √† l’expansion √©cono¬≠mique du pays : Bischoffsheim, Oppenheim, Lambert, Errera, Cassel.

 

(p.27) √Čconomie et antis√©mitisme

Durement frapp√©e par la crise √©conomique, la Belgique craint d’accueillir sur son sol de nouveaux immigr√©s qui pourraient prendre le travail de la main-d’Ňďuvre locale ou constituer une concurrence √©conomique mena√ßante pour les Belges de la classe moyenne.

C’est une des explications principales de l’accroissement de sentiments antis√©¬≠mites dans la soci√©t√© belge de cette √©poque.

√Ä l’antis√©mitisme chr√©tien s√©culaire s’ajoute avec le dernier quart du XIXe si√®cle, un antis√©mitisme socio-√©conomique et politique croissant. Il est port√©, surtout, mais pas exclusivement, par des courants r√©actionnaires catholiques qui voient dans le Juif le protagoniste du capitalisme √† outrance, du lib√©ralisme et de la libre-pens√©e, ainsi que de divers courants de gauche subversifs. Dans l’ensemble, ces id√©es demeurent marginales en Belgique jusqu’aux ann√©es 1930. On assiste ensuite √† la progression manifeste d’un antis√©mitisme virulent dans les groupes et partis natio¬≠nalistes belges, francophones comme flamands. Dans les milieux professionnels, la Ligue nationale corporative du travail diffuse des discours contre les immigr√©s juifs. Dans les organes de presse de ces corporations, les Juifs sont d√©crits comme des ¬ęyoupins¬Ľ et des ¬ęm√©t√®ques¬Ľ. La Voix du Commerce, √©dit√©e par l’Association g√©n√©¬≠rale des commer√ßants du Tournaisis, d√©nonce en mai 1934 les ¬ę nombreux Juifs venant d’Anvers ¬Ľ, qui repr√©sentent une ¬ę concurrence d√©loyale et d√©sastreuse ¬Ľ pour les commer√ßants belges22.

L’importation de l’antis√©mitisme racial, biologique, de l’Allemagne nazie ne constitue donc qu’une composante de l’antis√©mitisme qui rena√ģt en Belgique. La droite catholique, notamment √† Anvers, adh√©rera davantage √† ce discours qu’elle ne s’y opposera23. Ce racisme, qui s’attaque quasi exclusivement aux Juifs immigr√©s et pauvres, trouve √©galement un √©cho au sein de la ¬ę droite bourgeoise ¬Ľ et des cor¬≠porations de commer√ßants r√©actionnaires, qui adoptent tr√®s vite des th√®ses hai¬≠neuses √† l’√©gard des Juifs.

 

  1. Schreiber, ¬ęL’accueil des r√©fugi√©s juifs du Reich en Belgique¬Ľ, op. cit., p. 32.
  2. Alain Colignon, ¬ęLe rexisme, un pr√©-poujadisme¬Ľ, chapitre 2, p. 63, De l’avant √† l’apr√®s-guerre : L’extr√™me droite en Belgique francophone, ouvrage collectif, De Boeck-Universit√©, Bruxelles, 1994. Abramowicz, une enqu√™te de R√©sistances, op. cit.
  1. Extrait de La Belgique docile, op. cit.

 

 

(p.32) L’antis√©mitisme au pouvoir

(‚Ķ) Pour l’historien Jo√ęl Kotek, l’antis√©mitisme belge du XIXe si√®cle est mondain, √† l’inverse de l’antis√©mitisme allemand ou autrichien plut√īt populaire. En Belgique, la plupart des grands √©crivains que compte alors la jeune nation belge sont amplis de pr√©jug√©s antijuifs, sinon carr√©ment antis√©mites. L’Ethos catholique joue √† plein dans la repr√©sentation des Juifs. Le journaliste Maurice Einhorn l’a d√©montr√© dans de nombreux articles43. Verhaeren, Maeterlinck, Crommelynck, De Ghelderode, Marceau ou Jean Ray, pour en citer quelques-uns, sont tous habit√©s d’une hostilit√© assum√©e √† l’√©gard des Juifs. C’est vrai pour les milieux catholiques, mais aussi chez les anarchistes, les socialistes ou les la√Įques. Ainsi, Georges Simenon dira du Proto¬≠cole des Sages de Sion qu’il s’agit d’un ¬ęappoint pr√©cieux¬Ľ dans ¬ęl’√©tude des ques¬≠tions juives44¬Ľ.

√Ä gauche √©galement, les partisans de l’antis√©mitisme sont nombreux, de L√©on Hennebicq √† Jean Volders et de Louis Bertrand √† Jules Destr√©e sans oublier le juriste et √©crivain Edmond Picard45 qui en appelle carr√©ment √† l’antis√©mitisme d’√Čtat.

 

  1. Schreiber, ¬ęL’accueil des r√©fugi√©s juifs du Reich…¬Ľ, op. cit., p. 59-60.
  2. Hitler’s Ten Year War on thejew, New York, 1943, p. 247-257, in Schreiber, ¬ęL’accueil des r√©fugi√©s juifs du Reich… ¬Ľ, op. cit., p. 70-71.
  3. Dans le magazine Regards.
  4. Jacques Lemaire, Simenon, jeune journaliste. Un “anarchiste” conformiste, Complexe, Bruxelles, 2002, cit√© in Jo√ęl Kotek, ¬ę La Belgique et ses Juifs, de l’antijuda√Įsme comme code culturel, √† l’anti-sionisme comme religion civique¬Ľ, Les √Čtudes du Crif, n¬į 4, CRIF, Paris, p. 22.
  1. Sur Edmond Picard en particulier, voir : M√©moire de fin d’ann√©e de Patricia Teitelbaum, 1983, ¬ęEdmond Picard & l’antis√©mitisme¬Ľ, sous la direction de Andr√© Miroir MEMTO 83/56, et Foulek Ringelheim, Edmond Picard – Jurisconsulte de Race, √Čditions Larcier, 1999.

 

(p.33) Inspir√©s notamment par Charles Maurras (qui pr√©conise une France pure ayant mis hors de ses fronti√®res les ¬ę m√©t√®ques ¬Ľ et autres ¬ęJuifs¬Ľ), les racistes et antis√©mites belges comme L√©on Degrelle trouvent de nom¬≠breux disciples au sein de la droite catholique universitaire et de l’extr√™me droite militante. C’est le cas, √©galement, en Flandre avec le parti Verdinaso de Joris van Severen et le Vlaamse Nationaal Verbond (VNV) fond√© par Staf de Clercq en 1933 dans le but de cr√©er un √Čtat flamand s√©par√© de la Wallonie.

 

(p.35) /retour de l’antisémitisme dans les Etats marxistes, dès 1958/

(…)

En Pologne, d√®s le retour des rescap√©s des camps, l’antis√©mitisme continue de s’exprimer et culmine, en 1946, avec le pogrome1 de Kielce, au cours duquel quarante-deux Juifs sont assassin√©s et environ cinquante bless√©s.

Sous les dirigeants polonais Gomulka et Moczar, la virulence de l’antis√©mitisme sous couvert d’antisionisme va croissant jusqu’√† la campagne antis√©mite de 1968 : orchestr√©e par le gouvernement communiste en place, elle entra√ģne l’√©viction des Juifs, tant des instances politiques que des postes d’enseignants dans les √©coles et les universit√©s. En cons√©quence, les Juifs quittent en nombre la Pologne √† destination d’Isra√ęl.

A la fin des ann√©es 1970, parmi les Juifs rest√©s sur place, plusieurs s’engagent dans des actions anticommunistes. Le plus connu est Adam Michnik2. En r√©action, la Pologne du g√©n√©ral Jaruzelski renoue avec un antis√©mitisme s√©culaire qui s’exprimera au d√©but des ann√©es autre-vingt dans la d√©nonciation par les mouvements ultra-staliniennes d‚Äôune manipulation vixsant √†¬† casser Solidarnosc, le syndicat chr√©tien √† l‚Äôorigine de la chute du pouvoir communiste.

 

  1. Le mot pogrome, d’origine russe, se r√©f√®re aux attaques violentes perp√©tr√©es par les populations locales contre des Juifs au sein de l’Empire russe et, par extension, partout dans le monde.
  1. Né à Varsovie en 1946, Adam Michnik est historien, journaliste, essayiste. Anticommuniste, conseiller de Solidarnosc, il fonde la Gazeta Wyborcza. Il sera aussi député à la Diète de 1989 à 1991.

 

(p.42) ¬ę Mes meilleurs amis sont juifs ¬Ľ

Dans ce contexte particulier du d√©but des ann√©es quatre-vingt, la sinistre affaire Lismonde23 sera port√©e au tribunal en janvier 1983. Au lendemain des √©lections communales du 10 octobre 1982, l’accord politique sign√© dans la commune de Forest entre le FDF et le PS s’enlise tant et si bien qu’un nouvel accord de majorit√© est √©largi au PSC et au PRL. La section locale du FDF r√©agit par la distribution officielle d’un tract, contenant une caricature des cinq transfuges lib√©raux, dont celle de Joseph Platt, devenu pour l’occasion ¬ęJudas Platt¬Ľ. Dans le brouhaha qui entoure l’installation du conseil le 4 janvier 1983, ce dernier est trait√© de ¬ęsale Juif¬Ľ √† plusieurs reprises par Henri Lismonde, ancien socialiste devenu FDF en 1976. Georges D√©sir, alors secr√©taire politique et Antoinette Spaak, pr√©sidente du parti, vont condamner les faits. Le bourgmestre socialiste de la commune, Andr√© Degroeve, sera lui aussi cat√©gorique dans sa condamnation. Henri Lismonde niera les faits et avancera un argument classique : ¬ęMes meilleurs amis sont juifs ! Je ne suis ni antis√©mite, ni x√©nophobe. Je suis un homme de gauche et je refuse d’√™tre consid√©r√© comme raciste. Je suis la victime d’un r√®glement de comptes poli¬≠tique. ¬Ľ Pourtant, il s’√©tait d√©j√† signal√© lors des √©lections de 1982, en publiant une Lettre √† la canaille dans laquelle il traitait les √©trangers de canailles maghr√©bines et trafiquants de drogue24 ! La classe politique dans son ensemble a prudemment ignor√© l’affaire Lismonde, tout en saluant, in fine, son d√©nouement : la condamnation de l’√©chevin forestois √† une amende de 30 000 francs belges ou √† une peine d’empri¬≠sonnement subsidiaire de trois mois. Un franc symbolique a √©t√© allou√© aux parties civiles. En cons√©quence, la plainte contre le tract antis√©mite n’a pas √©t√© maintenue mais pour la premi√®re fois un jugement de condamnation √©tait rendu en applica¬≠tion de la Loi Moureaux de 1981.

 

/1982/

(p.44) En Gr√®ce, depuis l’entr√©e des troupes isra√©liennes au Liban, la communaut√© juive doit faire face √† des manifestations virulentes d’antis√©mitisme, encourag√©es parfois par le gouvernement. La presse tire √† boulets rouges sur Isra√ęl et sur la communaut√© juive. Si la jeune g√©n√©ration est choqu√©e par ces attaques, ou par l’appel au boycott des entreprises juives et bien d’autres discriminations antijuives, pour les plus anciens, tout ceci a un go√Ľt de d√©j√†-vu. La situation est telle que finalement un communiqu√© du gouvernement grec condamne les manifes¬≠tations antis√©mites et le sionisme28 !

Aux Pays-Bas, l’utilisation de slogans antis√©mites lors de matches de football du club Ajax a pris une telle ampleur que cela fait l’objet d’une question parlemen¬≠taire29.

 

(p.45) Dans d’autres pays europ√©ens, le probl√®me se pose √©galement, comme, par * exemple, en Italie o√Ļ le soul√®vement palestinien provoquera un renouveau de l’antis√©mitisme d√©nonc√© par Tullia Zevi, pr√©sidente de l’Union des communaut√©s juives d’Italie. Les m√©dias y ont couvert l’Intifada de fa√ßon tr√®s unilat√©rale, entra√ģ¬≠nant une diabolisation d’Isra√ęl. Les Italiens vont condamner les Juifs, les traiter d’assassins.

√Ä Turin par exemple, des militants d’extr√™me gauche s’en prendront √† une¬† . librairie qui, sans appartenir √† des Juifs, leur consacrait trop de place √† leur go√Ľt. Leur slogan est sans √©quivoque : ¬ę Assez de culture juive ! ¬Ľ

(‚Ķ) La m√™me ann√©e, en Belgique, une premi√®re d√©marche est entreprise pour banaliser le lieu de d√©portation qu’est la caserne Dossin, d’o√Ļ les Juifs de Belgique ont √©t√© d√©port√©s. Elle est rebaptis√©e ¬ęCour de Habsbourg¬Ľ et vingt-neuf apparte¬≠ments y sont construits. Le Mus√©e juif est pr√©vu dans l’ancien bar des officiers. Transformer le lieu de d√©portation en logements suscite une premi√®re √©motion forte au sein de la communaut√© juive de Belgique.

En 1988, c’est au cŇďur des institutions europ√©ennes que le ¬ęlobby juif¬Ľ est stigmatis√© : dans l’organe d’un syndicat de fonctionnaires internationaux et euro¬≠p√©ens, Panoptique35. Distribu√© √† la CEE, ce journal syndical publie dans son √©di¬≠tion de mars un article dont la teneur rappelle les ann√©es d’avant-guerre : ¬ę La promotion est longue √† venir pour celui qui a fait son travail normalement. Bien s√Ľr les nombreuses exceptions sont l√†. Il suffit pour cela […] d’√™tre l’ami de mon¬≠sieur, d’appartenir au lobby juif, √† la franc-ma√ßonnerie, d’avoir la bonne carte de parti, […] etc.¬Ľ Les commissaires europ√©ens ont estim√© qu’il fallait un d√©saveu : le syndicat d√©savoue le texte du bout des l√®vres. Le syndicat est rappel√© √† l’ordre une fois encore et suite √† cela pr√©sente ses excuses. D√©saveu forc√© et en m√™me temps record de lecture in√©gal√© pour ce num√©ro alors que le syndicat √©tait en perte de vitesse… Toutefois, si les commissaires ont impos√© le d√©saveu au syndicat, ils n’ont jamais eux-m√™mes, condamn√©s l’incident.

 

  1. Le Syndicat des fonctionnaires europ√©ens (CONF-SFE) s’inscrit dans le cadre du mouve¬≠ment syndical d’inspiration chr√©tienne, √† vocation europ√©enne. Il √©dite un journal d’information, Panoptique.

 

(p.51) Dans la banlieue de Hampstead Garden, des swastikas et les mots ¬ę Kill ail Jews ¬Ľ (¬ę Tuez tous les Juifs ¬Ľ) et ¬ę Allah ¬Ľ sont barbouill√©s sur maisons et voitures. Selon le journaliste Richard Littlejohn : ¬ęJ’ai rencontr√© un guide pour le tour “Jack l’√©ventreur” dans l’Est londonien, qui a √©t√© battu par un groupe de jeunes musulmans, qui apr√®s avoir vu son costume d’√©poque – un long manteau noir et un chapeau noir – a cru qu’il s’agissait d’un Juif orthodoxe, et que donc il m√©ritait une correction. Ils ne voulaient d’un “sale Juif dans “leur” voisinage. ¬Ľ ¬ę Probl√®me : Mohammed habite Gaza. C’est un petit Palestinien qui lance des pierres sur les occupants isra√©liens. Il veut atteindre un soldat assis au sommet d’un char √† 60 m de distance. La pierre part √† une hauteur de 2 m du sol avec une vitesse vO faisant un angle de 20¬į avec l’hori¬≠zontale. 1. Ecrivez, sans les √©tablir, les √©quations horaires et l’√©quation cart√©sienne du mouvement. 2. D√©terminez vO pour que la pierre atteigne le soldat (√† une hauteur de 4 m). 3. L’enfant lance la pierre avec une vitesse de 20 m/s. √Ä partir du moment o√Ļ le soldat voit partir la pierre, combien de temps a-t-il pour l’esquiver? 4. Un deuxi√®me soldat, accroupi au sol, r√©agit en tirant une balle de fusil sur l’enfant. La balle sort du fusil avec une vitesse horizontale de 500 m/s. Quel temps mettra-t-elle pour atteindre Mohammed?¬Ľ Voil√† ce que l’on pouvait trouver sur le site web du lyc√©e de gar√ßons Luxembourg jusqu’au 7 d√©cembre 2007, 13 h 28. Cette page a √©t√© modifi√©e. Pour les √©tudes et les listes compl√®tes d’actes voir sur le site du Parlement europ√©en : http ://eumc.eu.int

 

(p.54) Répercussions en Europe

La chronique de l’antis√©mitisme en Europe montre que si des cimeti√®res juifs sont r√©guli√®rement profan√©s, les actes de vandalisme visent de nouvelles cibles √† partir de 2001 : synagogues, magasins, locaux de r√©unions et centres communau¬≠taires.

Ce qui paraissait impensable quelques ann√©es plus t√īt, fait presque quotidienne¬≠ment la rubrique des faits divers : alertes √† la bombe, vandalisme et sabotage contre des lieux juifs. Manifestations de solidarit√© avec les Palestiniens ou de protestation contre la guerre et l’imp√©rialisme am√©ricain d√©g√©n√®rent en manifestations anti¬≠isra√©liennes et antijuives. Dans son rapport annuel, sorti en mai 2001, le Centre pour l’√©galit√© des chances et la lutte contre le racisme (CECLCR) mentionnait qu’il s’√©tait ¬ęinqui√©t√© des propos antis√©mites tenus lors de manifestations organis√©es √† Bruxelles et √† Anvers suite aux affrontements meurtriers en Isra√ęl et dans les terri¬≠toires occup√©s en octobre 2000¬Ľ. Ce mois-l√†, pr√©cis√©ment, suite √† une telle mani¬≠festation, il y a eu d√©bordements et slogans antis√©mites. Une tentative d’incendie criminel contre une synagogue bruxelloise et des d√©gradations devant le monument des Martyrs juifs √† Anderlecht ont ensuite eu lieu mais sans doute pas dans les pro¬≠portions des violences antis√©mites qui se commettent au m√™me moment en France. L√†, on a pu d√©j√† entendre des slogans du type ¬ę√Ä mort les Juifs ! ¬Ľ dans une mani¬≠festation de solidarit√© avec les

 

(p.55) Comment mieux r√©sumer cette d√©rive qu’en citant Rogier Cukierman, le pr√©sident du Conseil repr√©sentatif des institutions juives de France (CRIF) : ¬ę Quand un b√©b√© isra√©lien est assassin√© par un Palestinien arm√© d’un fusil √† lunette, la presse parle d’un “b√©b√© colon”. Comme si le qualificatif de colon justifiait son meurtre. Les Juifs sont “tu√©s”, tandis que les Palestiniens sont “assassin√©s”. Cette curieuse d√©formation de la terminologie utilis√©e dans les m√©dias est le r√©sultat d’une pens√©e unique. En France, il n’est pas √©l√©gant d’√™tre antis√©mite mais il est s√©mantique-ment correct d’√™tre anti-isra√©lien6. ¬Ľ

(‚Ķ) Pour certains, attaquer Isra√ęl permet de s’en prendre aux Juifs en se donnant ¬ębonne¬Ľ conscience. D√®s lors, ces attaques se r√©f√®rent de plus en plus fr√©quem¬≠ment √† la Shoah. Notamment par des analyses qui comparent non seulement le conflit isra√©lo-palestinien √† la Seconde Guerre mondiale, mais mettent sur le m√™me pied les nazis et les Isra√©liens. Progressivement, le peuple isra√©lien tout entier, et tous les Juifs, sont consid√©r√©s comme coupables ou complices d’un g√©nocide, qui serait le pendant de l’autre. Dans cette logique de d√©culpabilisation, Isra√ęl respon¬≠sable de tous les maux, fauteur de guerre, ne peut qu’√™tre condamn√©, comme ces complices d√©sign√©s, les Juifs de la diaspora. C’est cette logique qui est √† l’Ňďuvre et qui justifie, insidieusement, les agressions antis√©mites en Belgique et ailleurs en Europe.

 

(p.56) L’enfant palestinien est √©lev√© dans l’id√©e que les Juifs sont mauvais, racistes, que la religion leur enseigne qu’il faut les tuer jusqu’au dernier, qu’Isra√ęl n’existe pas et doit √™tre d√©truit et que c’est l√† une obligation religieuse7.

Une des r√©ponses se trouve aussi en partie dans l’√©volution des contenus des manuels scolaires destin√©s aux enfants palestiniens. Jusqu’en 1994, les manuels d’his¬≠toire et les cartes g√©ographiques √©taient d’origine √©gyptienne ou jordanienne ; quand il appara√ģt, l’√Čtat d’Isra√ęl y est le plus souvent d√©nomm√© ¬ęPalestine occup√©e¬Ľ ou ¬ęentit√© sioniste¬Ľ8.

Que dire, dans le cadre de cette marche vers l’ind√©pendance, de ces livres sco¬≠laires, fruits d’une r√©flexion nationale palestinienne, qui se transforment d√®s 1994 en instruments d’incitation √† la haine ? C’est suite aux accords d’Oslo, en effet, que la comp√©tence en mati√®re d’√©ducation a √©t√© transf√©r√©e √† l’Autorit√© palestinienne, y compris la r√©alisation des manuels et des programmes scolaires, sp√©cifiquement nationaux.

Or, les documents publi√©s et diffus√©s encouragent d√©sormais les enfants √† ha√Įr les Isra√©liens et √† prendre part √† la violence. Les √©quipements scolaires sont utilis√©s pour inculquer le culte du h√©ros vou√© aux auteurs d’attentats-suicides, ce qui pr√©¬≠pare psychologiquement les enfants palestiniens √† suivre leur exemple. Dans les groupes d√©jeunes et les camps d’√©t√© officiels de l’Autorit√© palestinienne, on enseigne aux enfants √† devenir des guerriers saints dans le djihad (guerre sainte) contre Isra√ęl et les Juifs9.

Les accords d’Oslo ont ouvert la route de la paix. Mais les enfants palestiniens n’en entendent jamais parler et tout dans leur instruction les en √©loigne.

Dans les premi√®res phases de violence, on a vu dans les rues des enfants pales¬≠tiniens lancer des pierres, des bombes incendiaires et des grenades contre les sol¬≠dats ; ensuite, au lieu de s’estomper, la pr√©sence d’enfants s’est intensifi√©e ; sur les lieux de combat ou, pour les plus petits, comme bouclier pour couvrir un trans¬≠port d’armes et d’explosifs.

Ce r√īle donn√© aux enfants par l’Autorit√© palestinienne, abondamment rapport√© par les m√©dias, constitue avant tout une grave violation des conventions et trait√©s internationaux sur la protection des mineurs dans des situations de conflit arm√©. Cette question rel√®ve donc de la l√©gislation internationale mais elle int√©resse aussi notre sujet parce qu’elle a un effet direct sur la perception du conflit en Europe, sur la place d’Isra√ęl et des Juifs dans le monde. D√©sormais, comme le rappelle Jo√ęl Kotek les informations vont consacrer des sujets quasi quotidiens √† la situation au Proche-Orient ; la question isra√©lo-palestinienne est devenue, ici en Belgique, un enjeu, celui de toutes les consciences.

 

  1. http ://www.resiliencetv.fr/modules/smartsection/item.php ?itemid=901.
  2. Cf. l’article de P. P√©naux, ¬ę Isra√ęl/Palestine, l’histoire des manuels ¬Ľ, sur le site d’Amnesty International.
  3. Site du minist√®re des Affaires √©trang√®res d’Isra√ęl, www.mfa.gov.il/MFAFR/MFAArchive/ 2000_2009/2002/8/, R√©ponses √† des questions courantes : La violence et le terrorisme palestinien, 5/8/2002.

 

(p.57) Pierre Galand10 apporte sa contri¬≠bution au d√©bat dans une carte blanche au quotidien Le Soir11 et reprise sur le site du PTB12 : ¬ęDans ce contexte d’amplification de la d√©r√©gulation et de l’abandon du droit, la Palestine est devenue le nouveau Vietnam, le symbole de la guerre injuste. Peuple priv√© de ses droits, les Palestiniens, comme les Vietnamiens, il y a cinquante ans, repr√©sentent aux yeux d’un nombre de plus en plus important de peuples, de mouvements de citoyens, de jeunes, le Sud r√©sistant, h√©ro√Įque, qui d√©fend ses droits essentiels et surtout sa dignit√©, face √† une offensive d’Isra√ęl sans condamnation ferme de l’Occident. L’alliance entre M. Sharon et M. Bush, le pass√© criminel du premier et le conservatisme du second, constituent une union qui ne peut aboutir qu’√† l’isolement international de l’√Čtat h√©breu et √† sa condam¬≠nation. ¬Ľ

Un mois plus tard, le vendredi, 12 octobre 2001, lors de l’assembl√©e g√©n√©rale de l’Universit√© libre de Bruxelles, sur la guerre en Afghanistan, on note des interven¬≠tions de Pierre Galand, d’Anne Morelli13, d’√Čric Remacle14 et de Nordin Maloua-

  1. En tant que pr√©sident du Forum Nord-Sud, Pierre Galand a √©t√© secr√©taire g√©n√©ral d’Oxfam Belgique, secr√©taire g√©n√©ral et fondateur de la Concertation Paix et D√©veloppement et du Secr√©ta¬≠riat international de la s√©curit√© et coop√©ration internationale, pr√©sident du Comit√© national d’action pour la paix et le d√©veloppement (CNAPD), pr√©sident du Centre national de coop√©ration au d√©ve¬≠loppement (CNCD). Il a √©t√© s√©nateur coopt√© par le PS (2002-2007) et est actuellement pr√©sident du Centre d’action la√Įque (CAL). Il est aussi le pr√©sident de l’Association belgo-palestinienne.
  2. Pierre Galand, ¬ęR√©flexion √† propos de Durban¬Ľ.
  3. http ://www.archivesolidaire.org/scripts/article.phtml ?section=AlAAABCA&obid=5976, ¬ęR√©flexion √† propos de Durban¬Ľ, 6/9/2001.
  4. Historienne, professeur de critique historique, des contacts de culture, de l’histoire des reli¬≠gions et de didactique de l’histoire. Auteur de nombreux ouvrages.

14 Professeur en relations internationales.

 

(p.58) humam15. √Čric Remacle d’abord : ¬ę On globalise la lutte contre le terrorisme quand celui-ci est tourn√© vers les USA mais pourquoi ne r√©agit-on pas de la m√™me mani√®re pour aider les Palestiniens face √† l’agression isra√©lienne ? ¬Ľ

Anne Morelli intervient ensuite pour expliquer qu’¬ę un litre de sang n’a pas le m√™me poids m√©diatique en fonction du PIB du pays dont il est originaire¬Ľ.

Pierre Galand cl√īture la premi√®re salve d’interventions en posant la question : ¬ęQue veut dire le mot terroriste16? Je suis fils de terroriste. C’est sous ce mandat-l√† que mon p√®re a √©t√© arr√™t√© pendant la guerre par les nazis. Que veut dire terroriste quand on parle du peuple palestinien qui se bat contre une occupation ? Que vou¬≠lait dire le mot terroriste quand on parlait des Sud-Africains qui se battaient contre le r√©gime de l’apartheid ? Les mots utilis√©s dans les m√©dias ne sont pas innocents. Nous devons √™tre prudents et bien r√©fl√©chir √† la s√©mantique des mots que nous utilisons quotidiennement dans les m√©dias pour faire passer un message. ¬Ľ

Cette radicalisation dans l’importation du conflit, qui veut emporter avec elle rien moins que la jeunesse, les peuples, les citoyens, rassemble une certaine gauche, dont l’anti-am√©ricanisme ouvre la voie √† l’antisionisme. Et une population arabo-musulmane, qui vit le conflit du Moyen-Orient comme sa cause.

Cette condamnation massive d’Isra√ęl fait tache d’huile dans la population. Les d√©rapages verbaux et les agressions antis√©mites se multiplient. Un nouveau compor¬≠tement appara√ģt qui induit √©galement un nouveau vocabulaire. Les d√©rapages verbaux ne sont plus uniquement le fait des extr√™mes droite et gauche. Alain Finkielkraut constate que ¬ęl’animosit√© envers les Juifs fait d’ores et d√©j√† partie du paysage : elle est pr√©sente, palpable et tr√®s inqui√©tante, car ceux qui l’expriment et la diffusent ne correspondent pas au portrait-robot de l’antis√©mite placard√© dans toutes les t√™tes par le devoir de m√©moire17¬Ľ.

 

  1. http ://www.archivesolidaire.org/scnpts/article.phtml Psection‚ÄĒAlAAABCC&obid‚ÄĒ6501.
  2. Le mot ¬ęterroriste¬Ľ d√©signe celui qui m√®ne des actions violentes, comme des attentats, visant sp√©cialement √† faire des victimes civiles. Le climat de peur et le traumatisme psychologique qui s’ensuit d√©passent largement le cadre des victimes directes pour frapper l’opinion publique concer¬≠n√©e. Il s’agit d’un crime contre des vies humaines en violation du droit international. La diff√©rence avec le r√©sistant est √©thique : la r√©sistance frappe des objectifs militaires en vue de mettre fin √† une soumission violente, comme pendant la Seconde Guerre mondiale, et elle ne vise pas sp√©cifique¬≠ment les populations civiles.
  3. ¬ęL’antiracisme est l’id√©ologie de notre temps¬Ľ, propos recueillis par Dominique Simonnet, mis √† jour le 27/08/2004, publi√© le 30/08/2004 dans L’Express.

 

(p.59) /juin 2001/

Lors de la plainte contre Ariel Sharon, l’existence d’Isra√ęl est ouvertement d√©l√©gitim√©e ; le pays, accus√© de tous les maux, est pr√©sent√© comme le Mal absolu.

Le s√©nateur √©colo Josy Dubi√© compte parmi les plus virulents accusateurs. En novembre 2001, selon une d√©p√™che de l’agence de presse Belga, ¬ęJosy Dubi√© s’en est pris violemment aux autorit√©s isra√©liennes, jeudi, √† l’occasion d’une conf√©rence de presse. […] “La Belgique est un Etat de droit, et moi, je m’interroge sur ce qui fait la d√©mocratie en Isra√ęl. Nous au moins, nous n’avons pas de sang sur les mains”, a-t-il ajout√©, d√©non√ßant √©galement l’attitude d’Isra√ęl ¬ęqui viole toutes les lois internationales¬Ľ.

 

(p.60) D’une part, le s√©nateur fait fi de la r√©alit√© isra√©lienne, du fonctionnement d√©mo¬≠cratique de ce pays. D’autre part, cette citation laisse appara√ģtre un lien incongru : la comparaison spontan√©e entre les mains sanglantes de ceux qu’il accuse, et l’√©vi¬≠dente innocence de celui qui parle. Une innocence en forme de paravent qui cache mal les noirs souvenirs de l’√©poque coloniale. Au moment o√Ļ la Belgique f√™tait son soixanti√®me anniversaire, comme Isra√ęl aujourd’hui, notre jeune √Čtat s’engageait, via son souverain, dans une politique de colonisation, aux √©pisodes particuli√®rement inhumains. La Belgique, aujourd’hui encore, vit sur ce pass√© qui reste √† √©tudier sans tabou. Car si des auteurs ont publi√© des ouvrages sur le sujet, l’√Čtat belge n’a jamais fait ou commandit√© une √©tude officielle sur le sujet.

(…)

 

LE  8  SEPTEMBRE

L’√©v√©nement traumatise les Juifs dans le monde entier : la ¬ęConf√©rence mon¬≠diale contre le racisme, la discrimination raciale, la x√©nophobie et l’intol√©rance qui y est associ√©e¬Ľ, organis√©e par l’Onu du 31 ao√Ľt au 8 septembre 2001 √† Durban (Afrique du Sud) se transforme en conf√©rence de la honte et de la haine. Au forum des ONG, le climat est d√©l√©t√®re, anti-imp√©rialiste certes, mais aussi anti-am√©ricain, anti-isra√©lien et antijuif. Des repr√©sentants s’y rassemblent aux cris de ¬ę One Jew, One Bullet¬Ľ et ¬ęKill Jews ! ¬Ľ2() Sur le mod√®le des permis de chasse, des ¬ępermis de tuer les Juifs ¬Ľ, sont distribu√©s dans les rues, ainsi que des tracts d√©clarant ¬ę Hitler n’a pas fini le travail [d’extermination des Juifs] ¬Ľ. Le tout sans aucune sanction de l’Onu.

 

  1. ¬ęUn Juif, une balle¬Ľ et ¬ęTuez les Juifs¬Ľ.

 

 

(p.61) Les deux mémoires de Durban

 

Dans ¬ęCarnet de route, Durban. La chronique angoiss√©e d’une jeune Juive de notre √©poque ¬Ľ22, Jo√ęlle Fiss d√©crit comment de nombreux jeunes Juifs sont revenus transform√©s de Durban. Partis √† ce rassemblement qui donnerait un sens √† leur enga¬≠gement individuel contre le racisme, ils y ont v√©cu de plein fouet la haine raciste ¬ęde gens qui tiennent haut et fort des discours antiracistes¬Ľ.

La violence des propos tenus et leur manich√©isme constitutif ‚ÄĒ ¬ę accuser les collaborateurs du sionisme, c’est r√©sister noblement au mal ¬Ľ ‚ÄĒ d√©bouchent sur des affrontements personnels. Les jeunes Juifs pr√©sents sont tr√®s vite insult√©s, accus√©s d’√™tre des ¬ęmeurtriers¬Ľ, ¬ędes suceurs de sang palestinien¬Ľ. Ils sont menac√©s, inqui√©t√©s, isol√©s.

Un Juif sud-africain se fait traiter de ¬ęchien isra√©lien¬Ľ. Des jeunes portant des pancartes ¬ę Apartheid Is Real ¬Ľ distribuent un livre intitul√© Isra√ęl, An Apartheid State. Un homme propose √† la foule un tract, avec une photo d’Adolf Hitler qui dit : ¬ęEt si j’avais gagn√©? La bonne nouvelle, c’est qu’il n’y aurait pas eu d’Isra√ęl ni d’ef¬≠fusion de sang palestinien23. ¬Ľ Pour ces jeunes, ¬ęDurban, c’est aussi la complaisance de la communaut√© internationale face √† cette tentative de criminaliser les Juifs. C’est la rapidit√© avec laquelle une minorit√© r√©ussit √† manipuler des milliers de partici¬≠pants et les mettre sous l’emprise de son id√©ologie haineuse. Au fil des jours, une “morale collective” s’est construite, qui appelait la soci√©t√© civile √† trier le mal du bien. Durban fut un forum de la haine orchestr√© par la “soci√©t√© civile”. Au regard de l’opinion publique, on vise √† s’attaquer aux causes pour extirper le fl√©au raciste24 ¬Ľ.

Et la cause : c’est Isra√ęl compar√© dans cette logique √† l’Allemagne nazie. Les images d’enfants palestiniens qui souffrent ne se comptent plus. Le stand des avocats de la Ligue arabe vend Les Protocoles des Sages de Sion. On accroche des caricatures et les vieilles fables antis√©mites ressurgissent comme sur cette affiche o√Ļ les Juifs font leur pain avec le sang des musulmans… R√©surgence des myst√®res antis√©mites du Moyen √āge ! √Ä Durban, les avocats de la Ligue arabe distribuent une autre brochure dont la couverture juxtapose une croix gamm√©e et une √©toile de David. Elle abonde en caricatures antis√©mites : des Juifs au long nez crochu sourient cruel¬≠lement. Ils sont d√©peints en sadiques, obs√©d√©s par l’argent. Leurs uniformes militaires

 

  1. Article publi√© dans La R√®gle du jeu (revue trimestrielle dirig√©e par Bernard-Henri L√©vy), n¬į 26, septembre 2004.
  2. L’auteur de ce tract est un membre influent de la communaut√© musulmane de Durban, Yousuf Deedat.
  1. Jo√ęlle Fiss, op. cit.

 

 

(p.62) sont d√©cor√©s de croix gamm√©es. Et pour parfaire le tableau, ces jud√©o-nazis pointent leurs fusils sur des Palestiniens terrifi√©s. Malgr√© des demandes r√©p√©t√©es, ni la bro¬≠chure ni l’Union des avocats arabes ne seront interdites25. Pendant le forum des ONG, on entendra encore d’autres menaces antis√©mites comme ¬ęVous ne devriez pas √™tre autoris√©s √† avoir un stand ! Vous, les Juifs, vous √™tes devenus des racistes ! ¬Ľ ou ¬ę Tu n’as pas le droit d’exister et on aura ta peau ! ¬Ľ

 

(p.64) Les milieux islamistes fondamentalistes vont utiliser les attaques terroristes pour influencer d√©jeunes musulmans belges ou r√©sidant en Belgique. Le r√©sultat : on les verra bient√īt d√©filer dans les rues de Bruxelles et Anvers criant des slogans anti¬≠s√©mites, comme ¬ę Mort aux Juifs ! ¬Ľ lors de manifestations anti-isra√©liennes30.

Cette intensification de la violence, verbale ou physique, n’est pas le fait du hasard, ni d’un malheureux concours de circonstances. Les animateurs du Centre islamique de Belgique pr√™chent la haine et nourrissent de discours antis√©mites les jeunes musulmans de Belgique31. Le CIB a install√© sa base √† Molenbeek, un quar¬≠tier de Bruxelles o√Ļ il tente de cr√©er un milieu favorable √† la mise en Ňďuvre de son programme fanatique32.

(…)

Le ¬ę Parti citoyennet√© et prosp√©rit√© ¬Ľ n√© au sein du CIB et pr√īnant l’instauration de la charia et l’in√©galit√© homme femme, a r√©colt√© pr√®s de 3 % de votes lors des √©lections f√©d√©rales de 2003. Le Parti des Jeunes musulmans r√©colte, lui, pr√®s de 2 % lors des √©lections r√©gionales de 2004 √† Bruxelles. Au sein de ces mouvances s’exprime un antis√©mitisme clair et net, d√©nonc√© par ailleurs par des membres de la communaut√© arabo-musulmane qui appelle au boycott de ces partis lors des √©lections. Quant √† l’antisionisme de cette mouvance, il ne se borne pas √† d√©noncer la politique de l’√Čtat d’Isra√ęl34.

 

  1. www.tau.ac.il/Anti-Semitism/asw2001-2/belgium.htm.
  2. Le Centre islamique belge (CIB), proche du courant salafiste, est dirigé par le Syrien Bassam Ayachi.
  3. Jean-Pierre Stroobants, ¬ęTerrorisme : contre la loi sur le foulard, un site islamiste belge menace la France¬Ľ, Le Monde, 4/10/2004.
  4. La Dernière Heure, 27/1/2006.
  5. Deux membres du Centre islamique belge ont √©t√© condamn√©s le 21 juin 2006 pour avoir diffus√© sur le site www.assabyle.com une vid√©o assimilant nazisme et sionisme ‚ÄĒ ce qui est une mani√®re de minimiser la Shoah ‚ÄĒ et un texte intitul√© La Fin du peuple d’Isra√ęl, entendu au sens biblique : la fin du peuple des enfants d’Isra√ęl, donc du peuple juif. Les Juifs y √©taient d√©crits comme ¬ę des transgres-seurs, des l√Ęches, des singes et des porcs ¬Ľ. Le texte pr√©cisait : il faut les combattre ¬ę au moyen de destriers de guerre¬Ľ, ce qui est une incitation au passage √† l’acte. Voir chapitres 3 √† 6.

 

(p.65) 36 Dans les mouvements qui soutiennent la Palestine ou sur les listes de diffusion, on d√©couvre avec surprise les noms de r√©visionnistes av√©r√©s, de compagnons de Garaudy, de gens qui ont √©t√© exclus de leur parti pour antis√©mitisme, de dirigeants islamistes d’extr√™me droite. Par ailleurs, Jean Thiriart, qui a introduit le soutien √† la cause du Fatah dans les rangs de l’extr√™me droite et dirigeait le groupe Jeune Europe, √©tait largement financ√© par l’Alg√©rie, l’Irak et l’Egypte nass√©rienne. Voir Jean-Yves Camus, ¬ęLa vraie histoire du site Tout sauf Sarkozy¬Ľ, Lib√©ration, 21/5/2007.

 

(p.68) /2002/

Les m√©dias relaient de plus en plus d’informations qui ravivent le d√©bat : du ¬ęjudiciaire spectacle¬Ľ avec la plainte contre Sharon, √† l’¬ęhumanitaire spectacle¬Ľ avec les voyages et les d√©l√©gations (qui comptaient des politiques au sein de toutes les formations), de Josy Dubi√© √† Jean Cornhil Vincent en passant par Van Quicken-borne et Alain Destexhe qui se suivent dans les territoires palestiniens de Gaza et de Cisjordanie, l’√©motion est sans cesse suscit√©e. Ces deux derniers ont notamment rencontr√© le Cheikh Yassine, fondateur et pr√©sident du Hamas, parti d’extr√™me droite religieux dur, antid√©mocrate et violent. Pour Alain Destexhe rencontrer une telle personnalit√© ne veut bien entendu pas dire √©pouser ses th√®ses, mais √©couter et se renseigner. D’aucuns lui en tiennent encore rigueur √† ce jour pour avoir rompu le cordon sanitaire ailleurs…

 

(p.72) Un singulier calendrier politique

En avril 2002, le ministre belge Louis Michel, appelle ses coll√®gues des Affaires √©trang√®res des Quinze √† envisager la possibilit√© de reconsid√©rer les relations √©co¬≠nomiques entre l’Union europ√©enne et Isra√ęl. Cela suscite beaucoup de m√©conten¬≠tement √† J√©rusalem11, mais aussi une vague de col√®re dans la communaut√© juive. D’autant que le ministre a √©galement √©voqu√©, sur les ondes de la VRT, l’√©ven¬≠tualit√© de sanctions √©conomiques europ√©ennes contre l’√Čtat h√©breu.

√Ä plusieurs reprises Louis Michel, sur les ondes de Radio Juda√Įca12, explique sa d√©marche, et tente de convaincre une communaut√© bless√©e et f√Ęch√©e. Il assure qu’il se sent proche d’elle et que ses critiques √† l’√©gard d’Isra√ęl n’entachent pas son amiti√© pour ce pays. Un message qui passe difficilement, mais certains appr√©cient le geste.

Le 19 avril 2002, l’Anti-Defamation League13 (ADL) s’adresse au Premier ministre Guy Verhofstadt pour exprimer son inqui√©tude face √† la mont√©e de l’antis√©mitisme en Belgique. Cette association lui demande de prendre position fermement contre ces incidents, de plus en plus nombreux, √† l’encontre d’individus ou d’institutions en les d√©clarant inacceptables. Car, explique-t-elle, l’attitude hos-

 

  1. Agence Reuter, 4/4/2002.
  2. Cr√©√©e en mars 1980, Radio Juda√Įca fut la premi√®re radio juive en Europe. Elle se fait l’√©cho de tout ce qui se passe dans le monde, avec une attention particuli√®re accord√©e √† Isra√ęl, au Proche-Orient et au monde juif.

13 Cr√©√©e en 1913, l’Anti-Defamation League est une organisation mondiale qui combat l’antis√©mitisme, entre autres par des programmes √©ducatifs qui visent √† endiguer la haine, les pr√©ju¬≠g√©s et l’intol√©rance.

 

(p.73) tile du gouvernement belge √† l’√©gard d’Isra√ęl, renforce malheureusement le sen¬≠timent qu’ont certains individus qu’il est l√©gitime de s’en prendre aux Juifs.

(‚Ķ) Le m√™me √©t√©, le Conseil des ministres d√©cide d’octroyer une contribution finan¬≠ci√®re de 140 000 euros pour les frais de la repr√©sentation diplomatique des Palesti¬≠niens √† Bruxelles, sur proposition de Louis Michel, ministre des Affaires √©trang√®res et de celle de Eddy Boutmans, secr√©taire d’√Čtat √† la Coop√©ration et au D√©velop¬≠pement.

Plusieurs personnes r√©agissent vivement √† cette d√©cision, qui semble s’inscrire dans un calendrier d’√©v√©nements dont l’objectif √©chappe. L’une d’elles, Jacqueline Wiener-Henrion14, √©crit au ministre Michel pour lui faire part du malaise gran¬≠dissant auquel les membres de la communaut√© juive de Belgique, doivent faire face. ¬ę Au-del√† de la question insolite du financement par un pays h√īte des frais de fonc¬≠tionnement d’une mission diplomatique d’un √Čtat √©tranger, existant ou en devenir, l’intervention du contribuable belge dans l’allocation financi√®re accord√©e √† des fonctionnaires palestiniens repr√©sentatifs d’une autorit√© contestable et contest√©e et d√©cid√©e par le gouvernement belge proc√®de d’une importation officielle, en Bel¬≠gique, du conflit isra√©lo-palestinien. ¬Ľ Logiquement, la question de la corruption des dirigeants palestiniens devrait refaire surface. Mais pour Jacqueline Wiener, il y a surtout ¬ę un espace de douleur, d’espoirs, de souffrances, de terreurs, d’animosit√©s, de sensibilit√©s tellement diversifi√©es, avec son corollaire de cons√©quences sur les comportements humains, que la gravit√© des √©v√©nements impose aux dirigeants de notre pays de se pr√©server de tout militantisme aux cons√©quences ult√©rieures dra¬≠matiques ¬Ľ. Elle √©voque aussi les dangers et les menaces physiques que ¬ę tout Belge qui affirme sa jud√©it√© ¬Ľ subit de plus en plus fr√©quemment et qui obligent √† une s√©curit√© renforc√©e lors de manifestations, qu’elles soient culturelles, cultuelles, ou, m√™me, simplement festives. ¬ę Face √† ce danger potentiel, le Consistoire central isra√©lite de Belgique a √©t√© amen√© r√©cemment √† collecter des fonds au sein de la communaut√© juive afin d’assumer les frais d’une protection renforc√©e des enfants qui fr√©quentent des √©coles juives ou les mouvements de jeunesse. Protection qui incombe normalement √† l’√Čtat belge, garant constitutionnel de la libert√© religieuse ou philosophique de ses citoyens et, a fortiori, de ses enfants. Que faut-il en d√©duire d√®s lors, de l’intervention du contribuable belge dans l’entretien d’une repr√©sen¬≠tation diplomatique de Palestiniens dont la mod√©ration n’est ni contr√īlable ni garantie, alors que, par ailleurs, des deniers suppl√©mentaires pour une protection renforc√©e des enfants dont question ci-dessus n’a pu √™tre allou√©e, ¬ę fautes de moyens suffisants ¬Ľ ?

 

14 Avocat honoraire, chercheur √† la Fondation de la m√©moire contemporaine, membre du conseil d’administration de la Communaut√© isra√©lite lib√©rale de Belgique.

 

(p.74) Parall√®lement, dans plusieurs communes bruxelloises et wallonnes, une motion, √† l’initiative du Comit√© pour la solidarit√© entre les communes belges et palesti¬≠niennes16, fond√©e en mars 2002, est soumise au vote de Conseils communaux17.

Cette motion18 condamne le ¬ęterrorisme d’√Čtat¬Ľ exerc√© par le gouvernement isra√©lien, appelle au droit du retour des Palestiniens via la r√©solution de l’Onu, demande au gouvernement belge de participer aux pressions exerc√©es sur le gou¬≠vernement isra√©lien et que la commune s’investisse dans des projets en Palestine. La motion qui est parfois accompagn√©e d’un texte violemment anti-isra√©lien, est accept√©e ou rejet√©e selon les majorit√©s en place, et en fonction de la personnalit√© et des convictions des bourgmestres. La motion est vot√©e, entre autres, √† Saint-Gilles, Ixelles, Watermael-Boisfort, Saint-Josse et Bruxelles-Ville.

En revanche, gr√Ęce √† la fermet√© de la bourgmestre19 et de la solidarit√© au sein de son groupe (MR-cdH), elle n’est pas vot√©e √† Forest, et sera finalement retir√©e par le PS.

Fin 2003, la commune d’Ixelles, √† l’initiative de l’√©chevin socialiste Pierre Lardot, qui a effectu√© une mission en Palestine, propose un jumelage avec la ville palestinienne de Zababdeh, cit√© natale de Na√Įm Kadher, assassin√© √† Bruxelles en 1981. Ce jumelage est le fruit d’une volont√© politique de la majorit√© PS-Ecolo-PSC, traduite dans une motion adopt√©e en mai 200220. Zababdeh est une ville de

 

  1. Ses membres sont des représentants de collectivités locales, organisations de solidarité et des citoyens souhaitant apporter leur soutien au peuple palestinien.
  2. Intitul√©e op√©ration humanitaire des communes de Belgique pour la Palestine, √† l’initiative du PSC (devenu CdH le 18/05/2002) et sur le mod√®le fran√ßais qui date de 1996.
  3. Le texte se trouve sur le site de l’Association belgo-palestinienne Wallonie-Bruxelles (Na√Įm Khader).
  4. Corinne Depermentier, députée-bourgmestre.

20 Voir chapitre précédent.

 

(p.75) 4 000 habitants, enti√®rement sous tutelle palestinienne. C’est aussi l’une des rares villes chr√©tiennes de la r√©gion.

(…)

L’affaire Geens √† peine retomb√©e, l’√©moi est de retour avec cette fois avec le secr√©taire d’√Čtat √† la Coop√©ration et au D√©veloppement, Eddy Boutmans (Agalev), √† propos des manuels scolaires destin√©s aux enfants palestiniens. La Belgique a mis en place depuis quelques ann√©es un programme d’enseignement et la r√©alisation de manuels. Le nouveau programme est √©tabli par le ministre palestinien de l’Ensei¬≠gnement, sous les auspices de l’Unesco. L’accord entre la Belgique et la Palestine porte sur 2,85 millions euros dans le cadre d’une convention sp√©cifique sign√©e le (p.76) 24 octobre 200225. Interrog√© sur le contenu de ces manuels qui incitent √† la haine et contiennent des propos antis√©mites, le secr√©taire d’√Čtat r√©pond qu’il l’ignore car il ne lit pas l’arabe ! Mais, dit-il, ¬ę nous continuerons √† financer les manuels sco¬≠laires en Palestine m√™me si les groupes fondamentalistes du “lobby juif, en Bel¬≠gique26, tentent de nous en emp√™cher […] Vous les connaissez […] ¬Ľ Lors d’une f√™te de solidarit√©27avec la Palestine, il tient encore des propos extr√™mes : ¬ę L’Europe ou l’Onu doivent lib√©rer la Palestine et la rendre √† son peuple et en √©vincer les Juifs ! ¬Ľ Le d√©put√© f√©d√©ral VLD, Claude Marinower, a r√©agi √† ces paroles inaccep¬≠tables28. Eddy Boutemans a ni√© et a port√© plainte contre X.

Toujours en novembre 2002, la branche Ecolo de la commune de Lessines organise un d√©bat sur le th√®me ¬ę Pour une paix juste et durable au Proche-Orient ¬Ľ. A cette occasion, Pierre Galand, pr√©sident de l’Association belge-palestinienne, refuse de s’asseoir √† la m√™me table que Jo√ęl Rubinfeld, alors pr√©sident des Amiti√©s belgo-isra√©liennes. Il s’en explique comme suit : ¬ę C’est moi ou lui. Ce Rubinfeld n’est pas mon homologue, mais un homme de la propagande isra√©lienne. Il est pay√© pour √ßa. Je suis belge, moi ! ¬Ľ

Jacques Vanaise, pr√©sident d’Ecolo Lessines, s’explique : ¬ę Notre projet a √©volu√©. Il est vrai que nous n’avons pas toujours √©t√© adroits. L’info que j’ai re√ßue, c’est que Rubinfeld est directement repr√©sentant de l’√Čtat d’Isra√ęl. Nous avons ouvert le d√©bat √† des personnes cens√©es repr√©senter les peuples, pas les √Čtats. ¬Ľ C’est dans ce climat malsain qu’√Čric Picard, qui a rapport√© cette soir√©e pour les lecteurs de l’ADI29, a eu la surprise de se faire prendre √† partie par un participant au motif qu’il portait une kippa. ¬ęNous n’aimons pas cela, ici ! ¬Ľ, s’entendit-il dire.

 

29 Agence diasporique d’information, sur Internet. Communiqu√© n¬į 29/02 du 26/11/2002, ¬ę Pas de kippa chez Ecolo, La paix isra√©lo-palestinienne n’a pas √©t√© conclue √† Lessines ¬Ľ.

 

(p.77) Les caricatures, les illustrations et les titres sont syst√©matiquement assassins √† l’encontre du peuple d’Isra√ęl, d’Isra√ęl et de son Premier ministre Ariel Sharon. Ils sont diabolis√©s, nazifi√©s, condamn√©s pour chaque action, qu’elle soit d√©fensive ou non. Aucune initiative ne b√©n√©ficie d’un regard, ne serait-ce que, mitig√©. Le lyn¬≠chage m√©diatique est total.

√Ä l’inverse, pour Arafat, la presse ne rel√®ve ni le double langage, ni la corruption, ni les attentats, ni les mises en sc√®ne du leader palestinien. Il appara√ģt comme la faible victime, le ¬ęcolonis√©¬Ľ. C’est par ce statut de colonis√© que ses erreurs sont absoutes, qu’une indulgence particuli√®re lui est r√©serv√©e.

 

(p.79) Dans le suppl√©ment ¬ęJunior¬Ľ du Soir (25/6/2002). Une journaliste publie une nouvelle d√©finition du substantif fran√ßais qui est d√©cid√©ment au cŇďur de la question. ¬ę Colons : juifs qui s’installent sur les territoires palestiniens occup√©s par Isra√ęl depuis 1967 pour se les approprier. ¬Ľ Selon le Robert, ¬ę un colon est une personne qui est all√©e peupler, exploiter une colonie ; habitant d’une colonie. Les premiers colons d’Am√©rique. ¬Ľ Selon Wikip√©dia, ¬ę une colonie est une unit√© administrative sous la domination politique d’une autre entit√© g√©n√©ralement g√©ographiquement distante. ¬Ľ Cela dit, il est vrai qu’on parle de ¬ę colonie de peuplement ¬Ľ ou ¬ę implan¬≠tation¬Ľ √† propos de la population civile implant√©e dans un territoire occup√© mili¬≠tairement. Sur la base de cette d√©finition, les meilleurs exemples de colonies paraissent plut√īt √™tre le Congo ou l’Inde, par exemple, qu’Isra√ęl. La d√©finition, par Le Soir Junior du terme ¬ęcolon¬Ľ, sans autre qualificatif, est donc pour le moins r√©ductrice et √©loign√©e du sens g√©n√©rique de ce terme.

√Ä propos d’un autre √©v√©nement, des nouvelles √©tonnantes vont circuler pen¬≠dant des semaines, souvent sans aucun lien avec la r√©alit√© : le si√®ge de la Basilique de la Nativit√© de Bethl√©em. Le si√®ge a dur√© trente-neuf jours. Il a d√©but√© le 1er avril, le lundi de P√Ęques. Des Palestiniens arm√©s ont forc√© la porte du couvent franciscain et se sont retranch√©s dans la basilique avec des munitions abondantes. Le 24 avril, un moine arm√©nien, rescap√© du lieu saint, affirme notamment que des Palestiniens arm√©s ont profan√© tous les objets sacr√©s de la basilique, qu’ils ont d√©rob√© les objets du culte et vol√© quatre crucifix. ¬ę Ils ont tout vol√© et tout saccag√© ! ¬Ľ t√©moigne le moine.

Dans le journal t√©l√©vis√© du 24 avril, la RTBF diffuse ce t√©moignage apr√®s avoir mont√© le document en coupant le passage o√Ļ le pr√™tre d√©nonce sp√©cifiquement les terroristes palestiniens, ce qui donne : ¬ęIls ont profan√© tous les objets sacr√©s de la basilique et ils ont d√©rob√© les objets du culte. Ils ont vol√© quatre crucifix. Ils ont tout vol√© et tout saccag√©. ¬Ľ Suivi d’un gros plan sur l’√©toile de David d’une ambu¬≠lance isra√©lienne. Le reportage sonore de la RTBF ne mentionne nullement les responsables de la profanation du temple, alors qu’elle en avait connaissance. En termes journalistiques, la mention de l’identit√© de l’auteur d’un crime, lorsqu’il est connu, constitue toujours l’information principale d’une d√©p√™che. Dans le mon¬≠tage du t√©moignage du moine, les journalistes utilisent volontairement la troi¬≠si√®me personne du pluriel, oblit√©rant le d√©but de sa phrase qui d√©signait clairement l’identit√© des profanateurs et des pillards.

Une manipulation de la RTBF, rediffus√©e par TV5, qui accuse l’arm√©e isra√©¬≠lienne d’un pillage et d’une profanation (de lieux sacr√©s de la chr√©tient√©) qu’elle (p.79) n’a pas commis et en m√™me temps en exon√®re les Palestiniens. Apr√®s de nom¬≠breuses interpellations √† la RTBF, un communiqu√©30 √©mis par M. Michel Konen, chef de la r√©daction du journal t√©l√©vis√©, √©tait adress√© ¬ę √† toutes les personnes qui nous ont fait part de leur protestation suite √† la diffusion du reportage incrimin√© dans le journal de la mi-journ√©e du 24.04.02 sur La Une (RTBF), reportage repris l’apr√®s-midi par TV5. Il s’agit d’une erreur de notre part. Nous rectifions dans nos √©ditions de ce 26 avril. Avec nos excuses. ¬Ľ

(…)

Un second exemple choisi est celui de l’attaque de la ville palestinienne de J√©nine par l’arm√©e isra√©lienne, du 3 au 11 avril 2002, dans le cadre de l’Op√©ration ¬ęRempart¬Ľ. J√©nine, en Cisjordanie, est consid√©r√©e alors par les Isra√©liens comme une p√©pini√®re de kamikazes. Les combats y sont violents. Vingt-trois soldats isra√©¬≠liens y perdent la vie. Cinquante-six Palestiniens, pour la plupart des terroristes arm√©s, sont tu√©s. Ils se prot√©geaient derri√®re des civils palestiniens et dissimulaient √† J√©nine des centres de commandement, des laboratoires d’explosifs et des caches d’armement.

Les combattants palestiniens, surarm√©s et bien pr√©par√©s, ont pi√©g√© les maisons. Dans les rues, des tireurs embusqu√©s √† l’int√©rieur des domiciles priv√©s et des √©difices publics encouragent la population, notamment les enfants, √† participer activement aux combats. Tsahal, l’arm√©e isra√©lienne, a choisi d’utiliser l’infanterie pour effec¬≠tuer les fouilles de maison en maison plut√īt que d’utiliser des armes lourdes qui auraient garanti une s√©curit√© sup√©rieure aux troupes isra√©liennes mais auraient accru les risques pour la population civile palestinienne. R√©sultat : pendant la bataille, de nombreux soldats isra√©liens meurent dans des embuscades. Malgr√© cela, l’√©v√©nement est pr√©sent√© comme un ¬ę massacre ¬Ľ, voire un ¬ę g√©nocide ¬Ľ. En y associant des images de la t√©l√©vision montrant de lourds dommages.

(…)

 

(p.80) Finkielkraut explique ce sentiment de solitude32 : ¬ę Les Juifs, qui manifestent seuls, doivent, en plus, r√©pondre de la solitude que l’on fait autour d’eux. Au lieu de prendre en charge la question, redevenue br√Ľlante, de l’antis√©mitisme, l’esprit antiraciste du temps d√©clare les Juifs coupables de r√©gression quand ils protestent en tant que Juifs contre les innombrables agressions, verbales et physiques, dont ils sont victimes. Comme on dit famili√®rement : il faut le faire. […] Des gens qui sou¬≠tiennent inconditionnellement, les yeux ferm√©s, la cause palestinienne, ne sont pas des pacifistes. Ils acceptent le terrorisme et lui donnent soit le nom usurp√© de d√©sespoir, soit le nom odieux de r√©sistance. Ce pacifisme est un premier men¬≠songe. Le deuxi√®me mensonge, ce sont les mots utilis√©s par Jos√© Bov√© : “rafles”, “camps d’internement”, “miradors”, pour parler de ce que fait l’arm√©e isra√©lienne, c’est-√†-dire des mots qui impliquent une comparaison avec le nazisme. […] Dans un premier temps, on dit : les Isra√©liens sont des nazis, et tous les-Juifs qui les soutiennent aussi. Dans un deuxi√®me temps, une fois qu’on a nazifi√© les Isra√©liens, on reverse sur Isra√ęl l’image de la pieuvre ou de l’araign√©e et le discours para¬≠no√Įaque des Protocoles des Sages de Sion : ce sont les Juifs qui tirent tous les fils. On nous dira demain qui paie les bombes humaines pour l√©gitimer leur r√©pression. […] On pourrait vivre avec la violence des banlieues. Mais qu’√† cette violence s’ajoute celle d’un discours qui nous dit : “Soit vous vous d√©solidarisez d’Isra√ęl et vous √©pousez compl√®tement la cause palestinienne, soit vous √™tes des nazis et vous en paierez les cons√©quences”, c’est accablant. Le XXIe si√®cle est en train de nous coudre sur la poitrine une croix gamm√©e √† la place de l’√©toile. ¬Ľ

 

(p.81) /2003/

¬ę En Espagne, en France, en Italie et en Su√®de, une partie de la gauche et des groupes arabe-musulmans ont joint leurs efforts pour organiser des manifestations pro-palestiniennes […] Alors que ces manifestations n’√©taient pas intrins√®quement antis√©mites, des slogans et des banderoles antis√©mites ont √©t√© prof√©r√©s et brandis dans certaines d’entre elles ; certaines de ces manifestations se sont termin√©es par des agressions contre des Juifs ou des institutions juives. ¬Ľ Les rapporteurs citent, dans divers pays, plusieurs exemples ¬ę o√Ļ, durant la p√©riode d’observation, des attaques

 

  1. Install√© √† Vienne, l’EUMC d√©pend directement de l’Union europ√©enne.
  1. R√©dig√© notamment par Jelane Wetzel et Werner Bergmann, chercheurs au Centre d’√©tudes sur l’antis√©mitisme de l’Universit√© technique de Berlin.

 

(p.82) physiques contre des Juifs, la profanation et la destruction de synagogues ont √©t√© souvent le fait d√©jeunes musulmans3¬Ľ.

(‚Ķ)¬† Le chercheur et coauteur du rapport, Werner Bergman, avance une explication sur la d√©cision europ√©enne d’enterrer le rapport5 : ¬ęJe pense qu’ils craignaient Une guerre civile entre diff√©rentes communaut√©s. ¬Ľ Pour le journal isra√©lien Haaretz, les r√©dacteurs du rapport ont compris qu’ils d√©tenaient un v√©ritable baril de poudre, lorsqu’ils sont parvenus √† la conclusion, suite √† des enqu√™tes pouss√©es, que derri√®re la plupart des actes antis√©mites recens√©s en Europe en 2002, se trouvaient des √©l√©ments islamistes radicaux et pro-palestiniens qui agissaient en coordination avec des cellules de la gauche radicale, anticapitaliste et anti-globalisation : ¬ę Les Euro¬≠p√©ens ont eu du mal √† accepter ces conclusions et ils nous ont demand√© √† plusieurs reprises de les nuancer et de r√©√©quilibrer les arguments ¬Ľ, affirme Bergman6.

(…)

√Ä la m√™me √©poque, un sondage r√©alis√© par l’Union Europ√©enne r√©v√®le que 59 % des Europ√©ens estiment qu’Isra√ęl est le pays qui menace le plus la paix mon¬≠diale. Cette fois, le rapport est mis en cause : qualifi√©e d’antis√©mite par le Centre Simon “Wiesenthal7, l’√©tude est une farce pour Marvin Hier, fondateur et doyen du Centre : ¬ę Ces r√©sultats sont choquants ‚ÄĒ Isra√ęl repr√©senterait la plus grande menace pour la paix dans le monde, davantage que la Cor√©e du Nord et l’Iran ‚ÄĒ d√©fient la logique et sont une fantaisie raciste8. ¬Ľ

 

À Bruxelles

2003 verra un encha√ģnement d’actes choquants et de banalisation d’un antis√©¬≠mitisme ac√©r√©. Les agressions et les injures graves se multiplient, comme le lundi 10 mars √† Bruxelles, en fin d’apr√®s-midi, √† la station de m√©tro Lemonnier. Huit

 

  1. Georges Marion, Le Monde, 29/11/2003.
  2. Idem.
  3. Une d√©p√™che de l’AFP sur le site de Proche-Orient. Info, le 22/11/2003.
  4. Idem.
  5. Fond√© en 1977 par le rabbin Marvin Hier, qui dirige √©galement le centre d’√©tudes, appel√© le Mus√©e de la Tol√©rance, fond√© en 1993.
  6. Site du Centre Simon Wiesenthal, www.wiesenthal.com.

 

(p.83) √©l√®ves de l’ath√©n√©e Ma√Įmonide se sont fait agresser par d’autres jeunes, maghr√©bins ceux-l√†, pr√©cisent les t√©moins : jets de pierres et autres objets, injures racistes et antis√©mites, coups de pieds, etc. Le tout, sous les yeux d’un public indiff√©rent, ou applaudissant parfois la sc√®ne. Une des victimes doit √™tre hospitalis√©e. Pour les parents scandalis√©s, l’affaire se terminera au tribunal.

Le rythme s’acc√©l√®re. Toujours √† Bruxelles, √† Uccle pr√©cis√©ment, des insultes antis√©mites sont lanc√©es au passage d’un cort√®ge fun√®bre. √Ä Forest, les jeunes de diff√©rents mouvements de jeunesse scouts sionistes ne peuvent plus fr√©quenter le parc de la commune, √† cause des insultes cri√©es r√©guli√®rement lors de rencontres sportives. Pour certains, l’air devient irrespirable. Simon9, chercheur √† l’Universit√© libre de Bruxelles, traverse la capitale en taxi. Soudain le chauffeur explose, s’en prend √† l’Am√©rique. √Ä Dick Cheney, ce pur Juif. Aux attentats du 11 septembre, provoqu√©s par le ¬ę lobby ¬Ľ juif. Ce m√™me ¬ę lobby ¬Ľ qui, hurle le taximan, domine le monde. Simon se tait, outr√©. Et essuie une ultime salve : ¬ę Hitler n’avait pas tort, il faudrait se d√©barrasser de tous ces Juifs. ¬Ľ Sophie10 a 39 ans et se prom√®ne entre le Sablon et la Bourse avec un ami isra√©lien portant la kippa. ¬ę Deux jeunes Maghr√©¬≠bins ont commenc√© √† nous suivre et √† nous souffler des insultes et des menaces dans l’oreille. Nous nous sommes r√©fugi√©s sur une terrasse. Mon ami √©tait boulevers√©. ¬Ľ D’autres t√©moignages vont dans ce sens. Comme celui de David, 14 ans, qui a peur de porter la kippa dans la rue, peur de parler en h√©breu, peur de se regrouper entre copains. Tout peut √™tre pris comme de la provocation, il faut √™tre sur ses gardes en permanence. Yael, √©tudiante √† l’ULB, confirme : ¬ę On vit un peu repli√©. On va difficilement vers l’autre. Je ne porte plus mon √©toile de David autour du cou. Je pr√©f√®re rester discr√®te. ¬Ľ

(‚Ķ) Le journaliste Hugues Dorz√©e explique dans son article, qu’il s’agit d’un anti¬≠s√©mitisme ¬ę d√©complex√© ¬Ľ, ¬ę banalis√© ¬Ľ, qui se r√©pand ¬ę masqu√© ¬Ľ sans qu’on y prenne garde. Des violences antijuives qui sont autant d’exutoires pour une jeunesse arabo-musulmane, elle-m√™me victime de racisme et port√©e par la cause palestinienne. Cet antis√©mitisme se nourrit de l’actualit√© internationale : le d√©clenchement de la seconde Intifada (septembre 2000), les attentats antiam√©ricains du 11 septembre 2001, les op√©rations militaires de l’arm√©e isra√©lienne dans les territoires palestiniens (depuis 2001) et la guerre en Irak (avril 2003) notamment.

Ces jeunes, inond√©s d’images de guerre en provenance de Palestine (via notam¬≠ment, la cha√ģne arabe Al Jazira), ont par ailleurs acc√®s dans certaines librairies

 

  1. Anecdotes dans Le Soir, 2/7/2003, Hugues Dorz√©e, ¬ęLa Belgique, terre d’antis√©mitisme?¬Ľ, o√Ļ pour les t√©moins, seuls les pr√©noms sont mentionn√©s.
  2. Idem.

11 Au nom de l‚Äôantisionisme : l’image des juifs et d’Isra√ęl dans la caricature depuis la seconde Intifada, avec Dan Kotek, avant-propos de Plantu, Bruxelles, √Čd. Complexe, 2003.

 

(p.84) islamiques, aux classiques de l’antisionisme (Les Protocoles des sages de Sion, Proc√®s du sionisme isra√©lien de Roger Garaudy). ¬ęCes jeunes sans rep√®res, en mal d’identit√©, trouvent parfois dans le rejet des Juifs un exutoire √† leur mal de vivre ¬Ľ, explique un √©ducateur de rue de Forest12.

 

12 Dorzée, op.cit.

 

(p.89) Les masques tombent

II ne faut pas attendre longtemps pour que cette excitation monomaniaque √† l’encontre d’Isra√ęl produise l’ostracisme et la stigmatisation d’un peuple. Mi-juin 2003, une campagne o√Ļ une photo repr√©sentant une orange juteuse d’o√Ļ s’√©coulent des gouttes de sang accompagn√©e de la l√©gende suivante : ¬ę Les fruits isra√©liens ont un go√Ľt amer¬Ľ, ¬ęRefusez l’occupation de la Palestine, n’achetez pas de fruits et l√©gumes isra√©liens ¬Ľ est diffus√©e par des organisations belges pro-palestiniennes27. Cette campagne, vise par l√† √† bafouer un des symboles nationaux d’Isra√ęl, dont l’orange fait partie. Sous le texte apparaissent les noms de plusieurs soci√©t√©s isra√©¬≠liennes exportant leur production agricole.

Cet √©t√©-l√†, un courrier adress√© √† ¬ę Sharon la Charogne ¬Ľ √† Bruxelles et sans autre pr√©cision d’adresse est d√©livr√© par le facteur √† l’ambassade d’Isra√ęl en Belgique ! Un diplomate en poste √† Bruxelles d√©clare que l’ambassade ne r√©agit plus √† toutes les d√©clarations antis√©mites, sous couvert d’antisionisme, tant elles sont nombreuses en Belgique ces derniers temps. Le site Internet de l’Association belgo-palestinienne, dans sa rubrique ¬ęBoycott des produits isra√©liens¬Ľ, rappelle la liste des membres de la plate-forme francophone pour la Palestine28, qui invitent ‚ÄĒ comme leurs homologues flamands √† boycotter les produits isra√©liens. Dans ¬ęContre¬≠champs ¬Ľ29, sa contribution r√©guli√®re au Soir, Pierre Mertens √©crit : ¬ę L’antis√©mitisme nouveau est arriv√©. Hier encore, des jud√©ophobes pur sucre ne disaient pas trop haut ce qu’ils pensaient. A pr√©sent, les masques tombent. Toutes les impunit√©s sont assur√©es. On n’a plus √† se g√™ner. On s’installe d√©j√† dans une routine de la haine.

 

  1. ¬ęJustice. Plaintes¬†¬† irrecevables¬†¬† dans¬†¬† l’affaire¬† Yerodia. ¬Ľ¬† Belga¬† LLB,¬†¬† mis¬†¬† en¬† ligne¬† le 16/04/2002.
  2. La plate-forme d’action Palestine, le Vlaams Palestina Kommittee, 11.11.11, Oxfam, Broederlijk Delen, etc.
  3. Il s’agit des associations suivantes : Association belgo-palestinienne, CADTM, Centre d’√©du¬≠cation populaire Andr√© Genot, CNAPD, CNCD, CNE, CSC, Femmes pr√©voyantes socialistes, FGTB Wallonne, Magasins du monde-Oxfam, MIR-IRG, MCP, MOC, Oxfam Solidarit√©, Pax Christi Wallonie-Bruxelles, Quinoa, Service civil international, Secours populaire Wallonie-Bruxelles, Solidarit√© internationale des travailleurs Nord-Sud, Solidarit√© mondiale, Solidarit√© socialiste, Vie f√©mi¬≠nine.

29 ¬ęUn antis√©mitisme quatre √©toiles?¬Ľ, Le Soir, 5/5/2003. Pierre Mertens est √©crivain. Der¬≠nier ouvrage paru : A propos de l’engagement litt√©raire, Lux, Montr√©al.

 

 

(p.90) Un prix Nobel de litt√©rature assimile la r√©pression du terrorisme dans les terri¬≠toires occup√©s √† Auschwitz. L’universit√© de Paris VI appelle au boycott des facult√©s isra√©liennes. Un rabbin est attaqu√© dans une synagogue √† Paris ; un professeur, un libraire juif le sont √† Bruxelles. Des lyc√©ens de l’ath√©n√©e Ma√Įmonide sont agress√©s dans le m√©tro au cŇďur d’une indiff√©rence g√©n√©rale. Un √©crivain, jusque-l√† insigni¬≠fiant, d√©nonce “la colonisation de France-Culture par l’intelligentsia juive”. On transporte le conflit isra√©lo-arabe entre Uccle, Anderlecht et la station Lemonnier. On confond et amalgame tout, en pr√©tendant que l’antisionisme n’a rien √† voir avec l’antis√©mitisme et que, m√™me, ce serait le sionisme seul qui nourrirait le second. On ajoute “subtilement” que le rappel lancinant de la Shoah servirait √† tout jamais de pr√©texte et d’alibi aux pires exactions dans la bande de Gaza! […] S’en prendre √† Sharon en occultant Hobeika30, ce n’est pas appliquer une politique antisioniste, seulement, mais celle du bouc √©missaire ! ¬Ľ

(…)

Oui, il y a des racistes et des antis√©mites, comme il y a des anti-arabes, des antiflamands et des antiwallons. Par contre, nous avons des lois qui prot√®gent toutes les minorit√©s, qui r√©priment le racisme, l’antis√©mitisme, le n√©gationnisme et l’apologie de la violence. Alors, pourquoi accuser la Belgique d’antis√©mitisme? […] Toute exportation du conflit du Moyen-Orient est natu¬≠rellement √† proscrire. […]. Nous constatons que dans notre pays, les Juifs b√©n√©¬≠ficient de toutes les libert√©s d’expression. Alors pourquoi cette campagne et cette d√©mesure? Ce n’est pas parce que l’on est en d√©saccord avec la politique d’un gouvernement isra√©lien que l’on est antis√©mite pour autant. Non, la Belgique n’est ni antis√©mite ni anti-isra√©lienne. ¬Ľ

Deux semaines plus tard, dans les colonnes du Soir, Mich√®le Szwarcburt, Pr√©¬≠sidente du CCLJ, publie une belle carte blanche32 intitul√©e ¬ęAntis√©mitisme, bri¬≠sons le silence ! ¬Ľ Extraits : ¬ę Avec le recul qui s’impose, le Centre communautaire la√Įc juif s’inqui√®te des traces que peut laisser au sein de la population juive de Belgique, la ratonnade antis√©mite dont huit adolescents juifs ont √©t√© la cible, √† la station de m√©tro Lemonnier, apr√®s avoir quitt√© l’ath√©n√©e Ma√Įmonide de Bruxelles, le 10 mars dernier, ainsi que l’attaque au cocktail Molotov de la synagogue de la rue de la clinique √† Anderlecht du 18 mars. Ces agressions antis√©mites ne sont mal-

 

  1. Du 13/3/2003.

 

 

(p.91) Les auteurs d’actes antis√©mites, ceux qui crient mort aux Juifs dans les rues, ou qui commettent des voies de fait sur des Juifs, sont pour la plupart de jeunes Belges issus de l’immigration arabo-musulinane. Le conflit isra√©lo-palestinien et sa subjective m√©diatisation ont fouett√© l’imaginaire de cette jeunesse qui, moins par conscientisation politique que par frustration sociale, s’est identifi√©e aux Chebabs33 palestiniens d√©fiant l’arm√©e isra√©lienne. √Ä cet √©gard, l’antisionisme rabique de cer¬≠tains milieux associatifs et de mouvements d’extr√™me gauche a bien souvent ali¬≠ment√© les passions antis√©mites en diabolisant Isra√ęl par tous les moyens.

 

33 Jeunes hommes parfois cagoules ou enturbann√©s d’un keffieh.

 

(p.93)

Les voisins d’extr√™me droite

 

Le 9 septembre 2003, à Anvers, les frères Siegfried et Herbert Verbeke ont été condamnés pour révisionnisme, en infraction à la loi contre le racisme et contre le négationnisme34. Dans sa condamnation, le tribunal ajoute aux accusations un manque total de respect pour les victimes de guerre et leurs descendants. Il reproche aussi le manque total de culpabilité de la part des accusés qui se consi­dèrent eux-mêmes comme victimes.

√Ä Bruxelles, le d√©put√© Fran√ßois-Xavier de Donn√©a interroge, en commission, la ministre de la Justice, Laurette Onkelinx, au sujet du site Internet www.assabyle.com du Centre islamique belge sis √† Molenbeek. Ce site, qui propose un sondage en forme de ¬ępronostic ¬Ľ sur la fin de l’√Čtat sioniste, avait d√©j√† √©t√© √©pingle par la presse, notamment en f√©vrier 2002 par Le Vif/L’Express (dossier ¬ę Massoud : enqu√™te exclu¬≠sive¬Ľ) pour le r√īle discutable qu’il pouvait remplir aupr√®s de la communaut√© musulmane. Dans sa r√©ponse, la ministre a confirm√© l’int√©r√™t port√© par la S√Ľret√© de l’√Čtat √† ce centre et √† son site Internet, pr√©cisant par ailleurs qu’elle attendait l’avis des autorit√©s judiciaires pour savoir si le sondage en question √©tait constitutif d’une incitation √† la haine et au racisme. Le d√©put√© s’√©tonne qu’il faille une enqu√™te juridique pour d√©terminer si un sondage pr√©voyant la date de la destruc¬≠tion de l’√Čtat h√©breu est ou non une incitation √† la haine et au racisme.

Fran√ßois-Xavier de Donn√©a estime qu’il vaudrait mieux agir au plus vite contre ce genre d’initiative qui ne peut qu’exacerber les passions entre communaut√©s et d√©plore cette frilosit√©… d’autant plus regrettable que les incidents √† caract√®re anti¬≠s√©mite sont toujours √† la hausse et le climat international instable et contagieux.

 

Dérapages dangereux

Mich√®le Zevart, alors pr√©sidente des Femmes lib√©rales de Vis√©, re√ßoit par hasard la copie d’un article d’opinion publi√© dans Le Soir. Voici ce qu’elle r√©pond √† l’au¬≠teur du message.

¬ęJ’ignore, Madame, pourquoi vous m’envoyez une copie de votre article. Je n’ai rien √† voir avec cela, √©tant du reste pro-palestinienne. S’il n’y avait pas de reli¬≠gion juive, il n’y aurait pas de peuple juif non plus, pour moi les Juifs ne sont pas un peuple, mais des adeptes d’une religion qui souffrent d’un complexe de sup√©rio¬≠rit√©. Ah si tout le monde √©tait la√Įc, que de conflits √©vit√©s ! Mich√®le. ¬Ľ

 

34 http ://www.resistances.be/negatO.html.

 

(p.94) L’antis√©mitisme est-il une forme de racisme comme les autres ? Je ne le pense pas. Comme je l’ai d√©j√† dit, il s’agit d’une forme de racisme qui occupe une place particuli√®re dans l’histoire de l’Europe puisque c’est sur le territoire europ√©en que la vie juive a √©t√© an√©antie et, √† certains endroits, d√©truite √† tout jamais. Cela jus¬≠tifie une diff√©renciation tant sur le plan du vocabulaire que sur celui de la M√©moire et devrait entra√ģner de la part des d√©mocrates un refus de l’englober comme une forme de racisme parmi les autres.

Pourtant, il est toujours ou encore difficile en 2004 de parler d’actes antis√©mites sans, qu’imm√©diatement, ils ne soient noy√©s dans des condamnations simultan√©es et globales de diff√©rents racismes et x√©nophobies. Une fa√ßon de se d√©douaner, peut-√™tre, ou alors inversement, suite √† une agression √† l’encontre d’un Juif ou d’une institution, on r√©unit Juifs et musulmans dans une m√™me phrase ou dans une d√©marche conjointe, pour partager l’indignation et ensuite les responsabilit√©s sur le mode du ¬ę II faut cesser les invectives et les attaques intercommunautaires. ¬Ľ Mais de qui parle-t-on ?

Un seul Juif europ√©en s’est-il rendu coupable d’avoir attaqu√© une mosqu√©e ? Ce processus de l’inversion par un amalgame ‚ÄĒ qu’il soit inconscient, ou non ‚ÄĒ est r√©current. Dans une interview sur Bel-RTL le 20 janvier 2004, Jo√ęlle Milquet3 est interrog√©e peu avant le journal t√©l√©vis√© de vingt heures sur la proposition d’un mandataire lib√©ral4 de faire dispenser des cours d’instruction philosophique dans les √©coles. Elle l’approuve en ces termes : ¬ę C’est une bonne chose, cela permettrait aux Juifs de conna√ģtre l’islam. Et inversement aussi, √©videmment… ¬Ľ L’inversion est patente. Si l’on estime √† entre 20 et 25 000, le nombre de Juifs en communaut√© fran√ßaise, et que l’on en soustrait le nombre croissant ces derni√®res ann√©es, √† fr√©¬≠quenter les √©coles juives du r√©seau libre subventionn√©, le nombre d’√©l√®ves juifs, parmi les quelque 346 000 √©l√®ves fr√©quentant les √©coles secondaires francophones √† qui cette formation se propose d’√™tre donn√©e, se r√©duit √©videmment √† une infime minorit√©. D’o√Ļ vient alors cette r√©action, si ce n’est dans le fantasme du nombre de Juifs ‚ÄĒ il n’est pas rare d’entendre certaines personnes dire qu’ils pensent qu’il y a un million de Juifs en Belgique ‚ÄĒ, ou dans la mise dos √† dos syst√©matique des communaut√©s.

 

 

(p.96) l’Histoire européenne le démontre, l’antisémitisme ne touche pas que les Juifs, dès qu’il pointe, il concerne les libertés de tous.

 

(p.99) La tache d’huile

¬ę HAMAS,¬†¬† LES¬† JUIFS¬† AU¬† GAZ ¬Ľ

 

Les mises en garde de la conf√©rence de Berlin ou du rapport de l’ECRI vont malheureusement s’av√©rer insuffisantes. Un pas suppl√©mentaire est franchi, fin janvier 2004, √† Hasselt7, lors d’un match de football en salle8 opposant Isra√ęl √† la Belgique.

Des membres de l’Arab European League (AEL), avec les encouragements du joueur belge Mustapha Toukouki qui, suspendu, suivait le match de la salle avec des amis marocains de Borgerhout (Anvers) et de Ch√Ętelet (Charleroi), ont agit√© des drapeaux du Hamas et du Hezbollah pendant toute la rencontre sportive, per¬≠turbant le jeu en hurlant : ¬ę Egorgeons les Juifs ! ¬Ľ, ¬ę Hamas, Hamas les Juifs au gaz ! ¬Ľ La police a refus√© d’intervenir, malgr√© les injures et les crachats sur le terrain. L’entra√ģneur isra√©lien, Victor Hadad, t√©moigne du climat difficile partout o√Ļ les Isra√©liens se d√©placent. ¬ę Dans d’autres pays, les fauteurs de troubles sont imm√©¬≠diatement identifi√©s et sortis de la tribune, ici non. ¬Ľ Ce qui s’est pass√© est, √† ses yeux, inadmissible : ¬ę Notre √©quipe comprend des Juifs et des Palestiniens : nous man¬≠geons, buvons, dormons et jouons ensemble. N’est-ce pas √ßa le but du sport? Le sport doit r√©unir les gens. Un joueur international ne peut se pr√©senter comme raciste, il doit √™tre un exemple, sur et en dehors du terrain. ¬Ľ

 

8 Dans le cadre d’une qualification pour le championnat d’Europe.

 

(p.103) En d√©cembre, para√ģt dans le journal gratuit M√©tro une publicit√© de Hoover pour son aspirateur mod√®le Octopus, qui ¬ę √©limine les acariens jusqu’au dernier¬Ľ. Cette publicit√© pleine page se compose en r√©alit√© de 196 annonces n√©crologiques, dont 14 juives, munies de divers signes religieux. Les photos des morts figurant sur les n√©crologies sont des photos d’acariens. Neuf photos sur quatorze dans les n√©cro¬≠logies juives, soit 64 %, sont des acariens; alors que sur l’ensemble des 182 autres n√©crologies, on trouvera seulement 25 photos d’acariens, soit 13,7 %.

On se souviendra des parall√®les dans la propagande nazie, entre les Juifs et les insectes nuisibles. Mais c’est surtout le texte figurant sous les n√©crologies ¬ęjuives¬Ľ qui retient notre attention, dans la mesure o√Ļ il reprend un des clich√©s les plus √©cul√©s de l’imagerie antis√©mite, √† savoir celle du Juif malin, mais sans cŇďur. En voici le texte : ¬ę Nous nous souviendrons toujours de son esprit aiguis√©, plus que de son cŇďur, car il ne nous donnera pas la poussi√®re de diamant qu’il avait. Le pauvre type. ¬Ľ Le fait qu’une loupe soit n√©cessaire pour arriver √† lire le texte ne change rien √† la gravit√© de l’affaire. Ayant appris l’√©motion suscit√©e par cette publicit√©, Hoover l’a retir√©e.

 

 

(p.105) C’est de l’humour, mais pas seulement. Dans L’Autre Quotidien20, Nadia Fark, porte-parole de l’ABP (Association belge-palestinienne), √©crit: ¬ę√Ä l’ABP, on condamne fortement l’antis√©mitisme. Mais si la diaspora juive √©tait aussi claire par rapport aux exc√®s de l’√Čtat d’Isra√ęl, on aurait moins de probl√®mes ¬Ľ ! Le raccourci est saisissant : en somme, l’antis√©mitisme serait justifi√© par l’extr√©misme juif. L’anti¬≠s√©mitisme, c’est encore la faute aux Juifs. (‚Ķ)

 

Manifestations… d’agressivit√©

Autre incident repr√©sentatif de cet antisionisme, qui diabolise non seulement l’√Čtat d’Isra√ęl, mais tous ceux qui le soutiennent. En f√©vrier de cette m√™me ann√©e 2004, en plein centre de la ville de Bruxelles, le bourgmestre23 autorise une mani¬≠festation tr√®s choquante : des com√©diens rev√™tus de treillis militaires √©voquant les soldats de Tsahal, mitraillette au poing, frappent des enfants coiff√©s du keffieh pales¬≠tinien ainsi que des civils oppos√©s √† la construction du Mur en Isra√ęl. ¬ę C’est un spectacle, mais de mauvais go√Ľt ¬Ľ, d√©clare un badaud. Tandis que les autres pas¬≠sants s’√©loignent √† grands pas, effray√©s par ces sc√®nes de violence qui, pour fausses qu’elles soient, n’en ont pas moins l’air vraies24. Cette parodie haineuse, sur le sol

 

  1. 12/03/2004.
  2. Freddy Thielemans, qui par ailleurs accueillera aussi les anciens enfants cach√©s pour une manifestation √† l’h√ītel de ville, autorisera une manifestation propalestimenne tous les vendredis devant la Bourse, ou encore saluera lui-m√™me des enfants isra√©liens malades en visite √† Bruxelles.

24 Sara Brajbart-Proche-Orient.info, 12 février 2004 http ://www.procheorient.info/xjournal_ racism_rep.php3?id_article=21375.

 

(p.106) belge, d’un conflit qui se passe √† plus de trois mille kilom√®tres d’ici, a-t-elle une raison d’√™tre ? Imagine-t-on une sc√®ne similaire pour la guerre en ex-Yougoslavie? Non, alors pourquoi ? Est-ce parce qu’il y a des Juifs en Belgique et qu’ils sont vis√©s par cette mascarade ? Est-ce que parce qu’il y a chez nous des fanatiques, musul¬≠mans, qui excitent les esprits ? Toutes ces questions sont sous-jacentes au processus de progression de l’antis√©mitisme en Belgique et en Europe. Elles ne sont pourtant pas pos√©es clairement.

Quelques jours plus tard, la d√©put√©e socialiste V√©ronique de Keyser est de retour de Cisjordanie, membre de la d√©l√©gation europ√©enne en mission d’observation pendant trois jours. Au journal t√©l√©vis√© de la RTBF du 23 f√©vrier, elle compare le ¬ę mur de s√©curit√© ¬Ľ aux camps de concentration : ¬ę Les murs sont √©quip√©s de cam√©ras de surveillance, il y a, tous les x m√®tres, des miradors avec des soldats qui surveillent, l√† o√Ļ il n’y a pas de mur de b√©ton, il y a des barbel√©s et on a vraiment l’impression de camps de concentration¬Ľ. De mani√®re d√©lib√©r√©e, une d√©put√©e europ√©enne sollicite l’inconscient collectif relatif √† la Seconde Guerre mondiale et contribue au processus de nazification d’Isra√ęl.

La comparaison est d’abord une injure √† tous ceux, Juifs et non Juifs, qui ont √©t√© victimes des camps de concentration25 (en allemand Konzentrationslager, en abr√©g√© KL ou KZ) et qui fut l’une des caract√©ristiques marquantes du r√©gime nazi entre 1933 et 1945. Le premier camp de concentration en Allemagne, Dachau, est cr√©√© peu apr√®s la nomination de Hitler au poste de chancelier en janvier 1933. Les camps d√©pendent des nazis qui y font r√©gner une discipline brutale. Les d√©tenus sont ras√©s, portent un uniforme ray√© et dans certains camps les nazis leur tatouaient un num√©ro en guise d’identit√©. Ils vivent dans des baraques non chauff√©es : les blocks, entour√©s de barbel√©s √©lectrifi√©s et surveill√©s par des miradors. Ils travaillent seize heures par jour et ne re√ßoivent comme nourriture qu’un bol de soupe et un peu de pain. L’utilisation abusive du vocabulaire, comme par cette euro-d√©put√©e, explique vraisemblablement en partie les sondages qui font d’Isra√ęl la principale menace pour la paix mondiale, devant des dictatures comme l’Iran ou la Cor√©e du Nord.

 

(p.108)

Les autres murs

Une √©tude statistique fournie par le minist√®re des Affaires √©trang√®res isra√©lien29 affirme que la construction de la ¬ę barri√®re de s√©curit√© ¬Ľ a permis de r√©duire le nombre d’infiltrations de terroristes palestiniens et donc aussi d’attentats-suicides. Les statistiques montrent qu’entre avril et d√©cembre 2002, avant la construction de la barri√®re, 17 attentats-suicides ont √©t√© perp√©tr√©s depuis le Nord de la Cisjordanie. En 2003, apr√®s la construction du mur, on ne compte plus que cinq attaques contre d’Isra√ęl. En revanche, les attaques en provenance du Sud de la Cisjordanie, o√Ļ la cl√īture de s√©curit√© n’a pas √©t√© construite, passent de 10 √† 11 pour la m√™me p√©riode.

Isra√ęl n’est pas le premier pays √† construire un mur, une cl√īture ou une barri√®re de s√©curit√©. Il en existe un nombre appr√©ciable un peu partout dans le monde. C’est cependant le mur isra√©lien qui retient toutes les attentions et les critiques, minimisant de fait l’enjeu : √©viter des attaques terroristes. On n’entend pas ces m√™mes critiques √† l’√©gard d’autres pays ayant construit des murs de s√©paration afin d’√©viter par exemple l’immigration clandestine. Construire un mur pour se prot√©ger d’immigrants en d√©tresse est-il plus l√©gitime que le faire pour emp√™cher l’entr√©e de kamikazes ? Comme pour le mur entre le Mexique et les √Čtats-Unis, une barri√®re contre les millions de Mexicains ill√©gaux qui veulent p√©n√©trer au pays d’Oncle Sam et trouver une r√©ponse √† la mis√®re.

¬ę La grande muraille du Maroc ¬Ľ connue sous le nom de ¬ę ceinture de s√©curit√© ¬Ľ, est un mur de d√©fense, long de 2 720 kilom√®tres, √©rig√© par le Maroc dans le Sahara marocain dans le but de prot√©ger ses territoires et sa population contre les invasions hostiles du Front du Polisario.

La Cor√©e du Sud se prot√®ge de la Cor√©e du Nord par une barri√®re. L’Inde aussi, a construit une barri√®re de 3 300 km afin de marquer sa s√©paration du Pakistan voisin, qui la conteste. Le Botswana construit des barri√®res √©lectrifi√©es √† sa fronti√®re avec le Zimbabwe, officiellement pour emp√™cher les animaux de ferme contamin√©s d’entrer dans le pays ; elles servent surtout √† emp√™cher ceux qui fuient les troubles d’arriver au Zimbabwe. L’Arabie Saoudite, une des voix majeures √† critiquer la barri√®re de s√©curit√© isra√©lienne, en construit une, en b√©ton, avec cam√©ras de sur¬≠veillance. Un projet d’un peu plus d’un demi-milliard d’euros sur la fronti√®re

 

29 Israel’s Anti Terrorist Fence.

 

(p.109) poreuse avec le Y√©men, afin d’emp√™cher les infiltrations. Ce qui provoque la col√®re de plusieurs tribus locales qui affirment que la construction l√®se le territoire y√©m√©nite de pr√®s de sept kilom√®tres. L’Arabie Saoudite met √©galement en place une barri√®re ultramoderne sur les 900 km de fronti√®re commune avec l’Irak30. Autre lieu de tension, o√Ļ s’√©rige un mur, Chypre, dont une partie du territoire est contest√©e par la Turquie. Cette derni√®re, candidate √† l’entr√©e dans l’Union europ√©enne, a construit une barri√®re afin de d√©limiter le territoire qu’elle revendique sur l’√ģle chy¬≠priote. Reste le cas fameux de l’Irlande, o√Ļ, depuis plus de trente ans, des dizaines de murs s√©parent catholiques et protestants. Des rues ont √©t√© coup√©es afin de mettre un terme aux jets de projectiles, pierres, cocktails Molotov, grenades, etc. Des quartiers entiers de Belfast ont √©t√© d√©figur√©s, des maisons ras√©es et des habitants expuls√©s pour permettre la construction de ces murs.

La Tha√Įlande a annonc√© en 2007 son projet d’√©difier une barri√®re physique le long des 75 km les plus inaccessibles de sa fronti√®re avec la Malaisie. Le but, selon Bangkok, est d’emp√™cher les ¬ę terroristes ¬Ľ de traverser les provinces agit√©es, √† majo¬≠rit√© musulmane du sud de la Tha√Įlande31.

Le Pakistan construit actuellement une barri√®re de 2 400 km pour √™tre s√©par√© de l’Afghanistan. L’Ouzb√©kistan a √©rig√© une cl√īture le long de sa fronti√®re avec le Tadjikistan. Les √Čmirats arabes unis sont en train de mettre en place une barri√®re sur leur fronti√®re avec Oman et le Kowe√Įt renforce le mur de 215 km le long de sa fronti√®re avec l’Irak.

L’Espagne de Javier Solana a √©rig√© une barri√®re √©lectrifi√©e gard√©e par des soldats, aux enclaves de Ceuta et Melilla √† la fronti√®re du Maroc. Elle fait rempart aux travailleurs ill√©gaux, qui, par centaines, tentent d’entrer en Espagne.

 

  1. Murs, cl√ītures de s√©curit√©… On ne fortifie plus les villes mais des pays entiers ! Gwynne Dyer, Le Soleil, mercredi 14 f√©vrier 2007 http ://www.vigile.net/Murs-clotures-de-securite-
  2. Idem.

 

(p.112) /2005/

(‚Ķ) lorsque la Belgique adh√®re enfin √† la Task Force, Jan Deboutte se heurte √† la structure belgo-belge. En effet, la M√©moire de la Shoah est une comp√©¬≠tence f√©d√©rale, or les questions d’√©ducation sont directement r√©gies par les commu¬≠naut√©s. Du c√īt√© flamand, le ministre Vandenbroucke, heurt√© par le fait que les jeunes qui sortent des √©coles ne connaissent rien √† la Shoah, veut y rem√©dier. C√īt√© francophone, en √©voquant le probl√®me de l’ind√©pendance des √©coles, on s’engage du bout des l√®vres.

(‚Ķ) Toujours selon l’ambassadeur, si, en Belgique, de nombreux incidents antis√©¬≠mites sont d√©clar√©s, nombreux sont ceux qui ne sont pas port√©s √† la connaissance du public ou de la police. Il rappelle un incident marquant survenu en 2004, qui lui a √©t√© rapport√© par la victime. Une artiste isra√©lienne, chanteuse d’op√©ra venue pour une performance √† la Monnaie, lui raconte : ¬ę Dans votre pays, vous avez de gros probl√®mes ! J’ai √©t√© agress√©e par des jeunes d’origine maghr√©bine, qui m’ont dit : “Sale Juive, on va t’apprendre !” Jan Deboutte t√©moigne : II y a quarante ans, on disait de quelqu’un qui faisait quelque chose de louche : “Hij maakt jodenstreken9!”, (p.113) aujourd’hui dans le tram, on entend : “√áa pue le Juif!” L’acceptation et la minimisation de ces ph√©nom√®nes sont pr√©occupantes et ne devraient pas √™tre tol√©r√©es. Or, le monde politique ne r√©agit pas assez. ¬Ľ Que faire ? ¬ę Le Premier ministre a beaucoup fait, tant pour les questions de r√©parations, que pour celles de la reconnaissance des responsabilit√©s de la Belgique officielle (comme la com¬≠mande de l’√©tude du Ceges, ou la plaque pour les sauveurs, ou encore le d√©pla¬≠cement √† Auschwitz, accompagn√© du roi Albert II, puis celui √† Yad Vashem). Il faut travailler au niveau des Communaut√©s et de l’ensemble du pays. Une action ponctuelle, m√™me tr√®s bonne, comme le projet-pilote √Čcole pour la D√©mo¬≠cratie10, n’est pas suffisante s’il n’y a pas de suivi. ¬Ľ

 

(p.115) ¬ęLe socialisme des imb√©ciles¬Ľ

Si l’antis√©mitisme est virulent √† l’extr√™me droite, il est bien pr√©sent aussi √† l’extr√™me gauche. Il a, en fait, toujours exist√© dans l’ensemble du spectre poli¬≠tique. √Ä gauche aussi, m√™me si on en parle moins, car il √©tait difficile, pour certains, d’admettre que l’antis√©mitisme soit port√© par ceux-l√† m√™me qui se revendiquent, dans leur combat politique, de l’humanisme. Ceux qui basent leur action sur la lutte des classes, passant sous silence la dimension antis√©mite qui a longtemps pollu√© les th√©ories progressistes. Jean Jaur√®s, sans doute interpell√© par le succ√®s de Drumont, se laissera aller √† √©crire, en 1895 dans La D√©p√™che de Toulouse, au retour d’un voyage en Alg√©rie : ¬ę Sous la forme un peu √©troite de l’antis√©mitisme se propage en Alg√©rie un v√©ritable esprit r√©volutionnaire et “l’usure juive” r√©concilie contre elle l’Europ√©en et l’Arabe20. ¬Ľ II a son alter ego en Belgique en la personne de Jules Destr√©e, p√®re du socialisme wallon et virulent antis√©mite, dans la tradition d’anti¬≠s√©mitisme social de tout le mouvement ouvrier. Le raciste vit donc bel et bien √©galement au sein des courants qui d√©fendent l’antiracisme. Pour le r√©seau de lutte contre le fascisme et le racisme, Ras l’Front21, ce silence et ce d√©ficit de r√©flexion ¬ępermettent dans les p√©riodes de crise (Guerre du Golfe, effondrement du syst√®me sovi√©tique) que des r√©flexes surgissent, que la vigilance s’assoupisse. L’attaque raciste masqu√©e derri√®re “l’anticapitalisme”, “l’antisionisme” ne sert v√©ritablement, en d√©signant une communaut√© √† la vindicte, qu’√† occulter les v√©ritables m√©canismes de domination √† l’Ňďuvre dans nos soci√©t√©s¬Ľ.

 

  1. ¬ęRacisme et antis√©mitisme √† gauche¬Ľ, Ras l’Front, Strasbourg, 12/12/1997.

21 Réseau de lutte contre le fascisme et le racisme http ://www.raslfront.org/fondements/ intro.php

 

 

(p.116) Le jeune Karl Marx, pr√©cis√©ment, a contribu√© √† implanter l’id√©e selon laquelle le socialisme implique une dose d’antis√©mitisme en motivant l’amalgame entre juda√Įsme et bourgeoisie. Il √©crit : ¬ęAyant re√ßu √† la place de son livret de caisse d’√©pargne des bons du Tr√©sor, il fut contraint d’aller les vendre √† la Bourse et de se livrer ainsi directement aux mains des Juifs de la Bourse contre lesquels il avait fait la r√©volution de f√©vrier. ¬Ľ Friedrich Engels23 lui r√©pond en d√©montant cette mystification : ¬ę L’antis√©mitisme falsifie le v√©ritable √©tat des choses. Il ne conna√ģt m√™me pas ces Juifs contre lesquels il vocif√®re. Sinon, il saurait qu’ici, en Angleterre et en Am√©rique, gr√Ęce aux antis√©mites d’Europe orientale, et en Turquie, gr√Ęce √† l’Inquisition espagnole, il y a des milliers et des milliers de prol√©taires juifs, et que ce sont pr√©cis√©ment ces travailleurs juifs qui subissent l’exploitation la plus f√©roce et qui connaissent l’existence la plus mis√©rable. Chez nous, ici, en Angleterre, trois gr√®ves de travailleurs juifs ont eu lieu l’ann√©e derni√®re, comment peut-on donc parler de l’antis√©mitisme comme d’un moyen de lutte contre le capital24?¬Ľ Loin d’√™tre unanime √† gauche non plus, le caract√®re r√©actionnaire de l’antis√©mitisme fut rappel√© par August Bebel25, qui l’appelait ¬ęle socialisme des imb√©ciles¬Ľ.

 

  1. Au tournant du si√®cle, la rupture des relations douteuses entre la gauche socialiste ou marxiste et l’antis√©mitisme date de l’affaire Dreyfus, lorsque Emile Zola se dressa contre l’antis√©mitisme et r√©digea J’accuse. Toutefois, rappelons que Jaur√®s, trois jours apr√®s le J’accuse de Zola, √©voque pourtant, ¬ęderri√®re son initiative hardie et noble, toute la bande suspecte des √©cumeurs juifs […] ¬Ľ.
  2. ¬ęRacisme et antis√©mitisme √† gauche¬Ľ, Ras l‚ÄôFront, Strasbourg, 12/12/1997.

25 August Bebel, n√© √† Deutz (pr√®s de Cologne) le 22 f√©vrier 1840 et mort le 13 ao√Ľt 1913. Artisan allemand devenu homme politique socialiste.

 

(p.117) Dominique Sopo27, pr√©sident de Sos-Racisme, dresse un constat sur l’anti-racisme contemporain. ¬ęAu nom de cet antiracisme Canada Dry, parce qu’il en a la couleur, mais pas la teneur, une partie de la gauche dite progressiste couvre ainsi un certain nombre de d√©rapages. Par relativisme culturel, elle soutient des orga¬≠nisations islamistes qui Ňďuvrent au repli identitaire et non √† l’√©panouissement de l’individu. […] Par anti-imp√©rialisme, cette gauche trouve ses plus fervents t√©nors dans la r√©daction en chef du Monde diplomatique et cautionne l’anti-imp√©rialisme islamiste, qui n’a pourtant rien de progressiste. Sans compter qu’elle condamne l’antis√©mitisme d’un Le Pen, listant les intellectuels juifs lors d’une f√™te Bleu Blanc Rouge, mais qu’elle “excuse” par la situation au Proche-Orient, celui d’un Tariq Ramadan se livrant au m√™me exercice sur le site www.ournma.com en octobre 2003. Y aurait-il donc un antis√©mitisme de gauche?28¬Ľ Une fausse question, r√©pond Alexis Lacroix, journaliste au Figaro et auteur du Socialisme des imb√©ciles, car cet antis√©mitisme de gauche, fond√© sur une association de l’oppression du prol√©¬≠tariat avec le ¬ęgrand capital juif ¬Ľ, a toujours exist√©. Simplement, surfant sur une mauvaise interpr√©tation du conflit isra√©lo-palestinien, il revient aujourd’hui √† gauche avec une vigueur que ne d√©daignerait pas l’extr√™me droite. Et Lacroix de rappeler que Jos√© Bov√© amalgame antilib√©ralisme et conflit au Proche-Orient lors d’une r√©union √† Bordeaux, le 6 octobre 2001 : ¬ęIsra√ęl est une sentinelle avanc√©e de la colonisation lib√©rale. […] La lutte pour les droits du peuple palestinien s’ins¬≠crit dans la lutte contre la mondialisation financi√®re29 ¬Ľ. Enfin, en France encore, Caroline Fourest, d√©nonce dans La Tentation obscurantiste^”0 ¬ęles compromissions de ces “idiots utiles” d’une gauche, qui des Verts √† la JCR, en passant par le MRAP, est pr√™te √† s’allier avec les pires associations antid√©mocratiques par nostalgie de la r√©volution ou culpabilit√© postcoloniale¬Ľ. Ces associations o√Ļ l’on retrouve des personnalit√©s aussi progressistes et √©clair√©es que Hassan Iquioussen, qui voit les Juifs comme ¬ęle top de la f√©lonie¬Ľ et la Shoah comme un ¬ęcomplot juif¬Ľ. Elle

 

  1. SOS antiradsme, Deno√ęl.
  2. Le Point √Čdition, Sus √† l’¬ę obscurantisme de gauche!¬Ľ, n¬į 1729, 3/11/2005.
  3. Idem.

30 La Tentation obscurantiste, Grasset. Dans cet essai, elle poursuit son travail de d√©nonciation des mouvements fran√ßais de gauche anti-imp√©rialistes, coupables, d’apr√®s elle, de complaisance avec les ¬ę islamistes ¬Ľ.

 

(p.118) d√©crit de l’int√©rieur les acteurs de ce climat d√©l√©t√®re o√Ļ, au terme d’un retourne¬≠ment dialectique tragique, ceux qui d√©fendent la la√Įcit√© sont aujourd’hui trait√©s d’islamophobes ou de colonialistes, tandis que, par peur d’√™tre tax√©s de racisme ou par √©lectoralisme, des municipalit√©s socialistes du Nord de la France se trans¬≠forment en bastions de l’¬ęislamo-gauchisme¬Ľ. Ce sont bien des auteurs ou mili¬≠tants antiracistes fran√ßais qui sont cit√©s, alors qu’en Belgique peu, pour ne pas dire aucune, voix ne s’√©l√®ve pour condamner cette attitude. Au contraire, dans ce domaine, la parole est laiss√©e √† des leaders comme Pierre Galand, militants d’Oxfam, du Mrax ou de 11.11.11., qui, loin de se remettre en question joue ce jeu dan¬≠gereux, d√©nonc√© avec courage en France.

 

√Ä l’√©cole

En Belgique, l’ann√©e 2005 est aussi celle de la condamnation de l’√©tudiant Youssef S. de l’ath√©n√©e Marcel Tricot, qui √©cope d’un an de prison avec sursis pour incitation √† la haine raciale. Les juges ont estim√© que le pr√©venu n’avait toujours pas compris la gravit√© de ses actes et qu’il √©tait donc exclu de lui octroyer une peine de travail. Pour rappel, les faits datent de novembre 2002. Un jeune enseignant en 5e ann√©e professionnelle, David Berman, s’entend d’abord dire qu’¬ę il a une t√™te de Juif¬Ľ. Ensuite d’autres √©l√®ves, dont Youssef, se sont montr√©s plus agressifs. Youssef a effectu√© des saluts nazis, a hurl√© ¬ęHeil Hitler! ¬Ľ et ¬ęMort aux Juifs¬Ľ et brandi des croix gamm√©es. L’enqu√™te a √©tabli que le pr√©venu poss√©dait des photos des tours WTC en feu le 11 septembre 2001 sur son GSM. Il a enfin hurl√© ¬ęJe suis Hitler, je suis ben Laden31 ! ¬Ľ Le professeur s’est vu jeter un banc √† la figure, et plusieurs chaises. Youssef n’√©tait pas seul √† agir. Un autre √©l√®ve a √©t√© poursuivi, mais ce dernier n’a pas interjet√© appel. Un troisi√®me n’a pas √©t√© inqui√©t√© car il √©tait mineur au moment des faits.

Face √† ces comportements, le Centre pour l’√©galit√© des chances et la lutte contre le racisme s’est constitu√© partie civile, √† c√īt√© de la victime. Pour le Centre, il s’agit ¬ę d’une r√©ponse ferme √† des actes intol√©rables qui rendent le vivre ensemble dans notre soci√©t√© encore plus difficile ¬Ľ. La direction de l’ath√©n√©e, se disant incapable d’assurer sa s√©curit√©, a conseill√© au professeur de quitter l’√©tablissement. Ce qu’il s’est r√©sign√© √† faire.

 

  • Bt, La Derni√®re Heure, 2005.

 

 

(p.119) Edgar Bronfman, pr√©sident du Congr√®s juif mondial (CJM), a expliqu√© que le conflit isra√©lo-palestinien ¬ę est devenu une excuse pour une r√©surgence de l’anti¬≠s√©mitisme au cours des derni√®res ann√©es. Isra√ęl peut certainement √™tre l√©gitimement critiqu√© mais, quelles que soient ses erreurs, ce n’est pas une raison pour br√Ľler une synagogue en Suisse, dynamiter une p√Ętisserie juive √† Paris, poignarder un adolescent juif dans une rue d‚ÄôAnvers ou attaquer une famille juive qui vient de c√©l√©brer le Shabbat dans l‚ÄôEssex (Grande-Bretagne).¬†¬Ľ

 

(p.123) /2006/

Depuis 2001, date √† laquelle le site www.antisemitisme.be a commenc√© √† recen¬≠ser les incidents antis√©mites en Belgique, 2006 fait figure de record. La guerre du Liban en est certainement un √©l√©ment d√©terminant, √©tant donn√© qu’un tiers des actes antis√©mites a pr√©cis√©ment eu lieu pendant les deux mois d’√©t√©.

 

(p.127) L’universit√© libre de Bruxelles, ¬ęsuffisamment antisioniste¬Ľ?

Le 10 mars, une pol√©mique na√ģt, toujours √† l’ULB, autour du professeur de droit √† Harvard, Alan Dershowitz, qui met en cause la libert√© √† l’Aima Mater. Dans son article, ¬ę Pourquoi relancer √† l’ULB un incident de 2004 ?13 ¬Ľ, Christian Laporte explique : ¬ę L’√©motion est vive √† l’ULB apr√®s une d√©claration d’un pro¬≠fesseur de Harvard sur la libert√© √† l’Aima Mater. ¬Ľ Mais les fl√®ches visent surtout l’Atlantis Institute. ¬ęL’Universit√© de Bruxelles devrait s√©rieusement reconsid√©rer son appellation car il semble que la libert√© de pens√©e et d’expression s’y portent mal, du moins dans certaines sections o√Ļ cette libert√© n’est apparemment reconnue qu’√† certains. ¬Ľ II n’y √©tait pas all√© avec le dos de la cuiller, le professeur Alan Dershowitz, √©minent th√©oricien et praticien du droit √† l’universit√© de Harvard, dans une inter¬≠view publi√©e sur le site de l’Atlantis Institute, un think tank ind√©pendant aux th√®ses souvent tr√®s lib√©rales. Le juriste de Harvard entendait ainsi r√©agir, avant d’√©mettre toute autre r√©flexion, √† un incident √† l’encontre d’une √©tudiante juive rapport√© par son intervieweur Jo√ęl Rubinfeld. Selon ce dernier, voici deux ans, une √©tudiante juive de l’√Čcole de Commerce Solvay se serait fait traiter de ¬ę You bloody Jew ! ¬Ľ lors d’un cours d’anglais par un professeur qui n’aurait pas appr√©ci√© son hommage personnel √† George Bush, ¬ępas aussi mauvais que ce que l’on en disait¬Ľ. Selon Rubinfeld, l’√©tudiante a quitt√© le cours en larmes niais elle ne fut pas la seule cible d’agressions antis√©mites : ainsi, toujours √† en croire l’Atlantis Institute, plusieurs √©tudiants juifs auraient √©t√© menac√©s de mort. C’est cette √©vocation qui a fait r√©agir Alan Dershowitz de mani√®re un peu vive √† l’√©gard de l’Aima Mater bruxelloise. Ces propos un peu durs ont √©mu au Solbosch et extensions. Pour le professeur Victor Ginsbourgh, il s’impose de mettre tr√®s vite les choses au point. D’abord parce qu’il y va de l’honneur de l’ULB mais aussi parce que selon ce sp√©cialiste de l’√©conomie, Alan Dershowitz se serait vu pr√©senter une version un peu biais√©e de l’incident survenu √† Solvay : ¬ę Lors d’une discussion r√©sumant un article en anglais sur la politique de George Bush, et parce que l’article citait les aspects n√©gatifs mais aussi positifs de cette politique, l’enseignante a pris des positions gauchistes et anti-isra√©liennes, c’est-√†-dire antisionistes mais pas du tout antis√©mites. Il n’y a jamais eu la moindre insulte antis√©mite, a-t-elle ajout√© et certainement pas de “bloody Jew”. ¬Ľ Pour Victor Ginsburgh, il est √©videmment farfelu d’accuser l’ULB d’antis√©mitisme : ¬ęJe n’ai jamais entendu cela en pr√®s de 50 ans de vie commune. L’ULB antisioniste, alors? Pas assez √† mon go√Ľt, mais il est temps en tout cas qu’elle √©jecte les provocateurs qui la salissent. ¬Ľ Et de pointer l’index vers l’Atlantis

 

  1. Article du quotidien La Libre Belgique. ¬ęPourquoi relancer √† l’ULB un incident de… 2004¬Ľ avec l’autorisation de l’auteur, Christian Laporte. Mis en ligne le 10/03/2006 http ://www.lalibre.be/article.phtml?id=10&subid=90&art_id=273465

 

 

(p.128) Institute dont certains membres ont pignon sur rue √† l’Universit√© de Bruxelles. Le d√©bat g√™ne quelque peu les hautes sph√®res de l’Universit√©. C’est ainsi que la direction de la Solvay Business School, interpell√©e par nos soins, n’a fini par dif¬≠fuser un communiqu√© de presse, que le jeudi en toute fin de journ√©e. Tout en s’interrogeant sur les vis√©es de l’Atlantis Institute, le texte pr√©cise que l’√©tudiante en question a √©t√© contact√©e par la Solvay Business School et qu’elle a confirm√© la teneur de l’incident mais qu’elle avait d√©cid√© de ne pas en informer les autorit√©s. Cela n’emp√™che pas la direction de ¬ę r√©affirmer son attachement √† la libert√© d’ex¬≠pression et de pens√©e ¬Ľ mais aussi de ¬ę condamner toute forme de racisme et d’anti¬≠s√©mitisme ¬Ľ.

(…)

 

La confusion des genres

Le mardi 9 mai 2006, la ministre de la Justice Laurette Onkelinx compare le recensement des imams au port de l’√©toile jaune pendant la Deuxi√®me Guerre mondiale14.

Le dimanche 16 octobre 2005, lors du journal t√©l√©vis√© de RTL-TVI, √† l’oc¬≠casion des vingt-cinq ans du Parlement wallon, le pr√©sident Jos√© Happart15 n’h√©site pas √† comparer le climat politique qui pr√©vaut en Wallonie √† celui de l’Allemagne de 1933.

Lorsque, pendant les √©meutes des banlieues en France, en novembre 2005, le ministre de l’Int√©rieur Nicolas Sarkozy propose l’instauration de la double peine et donc l’expulsion de ressortissants √©trangers ayant commis des actes criminels dans les banlieues, le MRAP qualifie ces propositions, d’√©puration ethnique.

En novembre √† Bruxelles, lors d’une exposition organis√©e au Parlement euro¬≠p√©en par la Ligue des familles polonaises, un parti tr√®s conservateur soutenu par

 

  1. http ://www.dekamer.be/doc/CCRI/html/51/ic954.html.

15 Sur le site du Parlement wallon, la retranscription du discours du pr√©sident pour les 25 ans du Parlement wallon lors de la s√©ance solennelle au Th√©√Ętre royal de Namur (15/10/2005), Jos√© Hap¬≠part dit de surcro√ģt : ¬ęLa D√©mocratie, ce n’est pas un acquis d√©finitif. Lorsqu’on dit “Faites atten¬≠tion, regardez √† ce qu’on fait aujourd’hui !”, on est bien, quoi qu’on en dise ! Mais ils ne sont pas loin, celles et ceux qui voudraient nous remettre dans les camps de concentration pour nous expliquer qu’on ne comprend pas ce qu’ils disent, et donc, qu’il faut nous √©carter. ¬Ľ

 

(p.129) l’Eglise polonaise, par l’Association polonaise pour la protection de la vie humaine et par certains eurod√©put√©s polonais, compare l’avortement √† la Shoah.

(…)

Fin d√©cembre 2006, Le Soir annonce dans ses √©ditions en ligne qu’¬ę Isra√ęl a d√©cid√© de renouveler son engagement pour la tr√™ve √† Gaza, mais ne renoncera pas √† ses attaques cibl√©es contre les militants palestiniens qui tirent des roquettes sur le territoire isra√©lien¬Ľ. Yves Caelen, membre du collectif Dialogue et Partage, s’√©tonne aupr√®s de B√©atrice Delvaux, r√©dactrice en chef, de l’emploi, dans ce contexte, du terme ¬ęmilitants¬Ľ.

¬ę Ce terme, √©crit-il, est en g√©n√©ral utilis√© pour d√©signer les membres actifs d’un parti politique ou d’une organisation sociale. On parle, par exemple, des militants du PS ou du MR ou encore de la FGTB, de Greenpeace ou d’Amnesty Interna¬≠tional. Ces militants ne tirent √† ma connaissance de roquettes sur personne.

¬ę Pour rappel, le sens g√©n√©ralement reconnu du terme “militer” est : “parti¬≠ciper de mani√®re active √† la propagation d’une id√©e. Ex. : militer pour la paix.” Avec l’emploi que vous faites du terme “militant”, nous ne nous situons plus simplement dans le domaine de l’impr√©cision, niais dans celui de la contrev√©rit√© ou de l’intoxi¬≠cation. Pourriez-vous, soit expliquer √† vos lecteurs en quoi l’envoi de roquettes sur le territoire d’Isra√ęl constitue un acte militant (√† savoir un acte qui fait avancer une id√©e, un id√©al, quel qu’il soit), soit adapter votre vocabulaire √† une r√©alit√© que, d√©cid√©ment, vous semblez avoir d√©cid√© de ne pas voir.

¬ęAu cas o√Ļ vous manqueriez d’id√©es, voici quelques termes convenables pour caract√©riser les personnes que vous d√©signez improprement sous le vocable de “militants” : gu√©rilleros, terroristes, √©l√©ments arm√©s, commandos, tireurs, snipers, assassins, unit√©s paramilitaires… Je ne cite que les premiers qui me viennent en t√™te, mais vous trouverez, j’en suis certain, d’autres termes si vous souhaitez com¬≠pl√©ter la liste.

¬ęJ’esp√®re que vous comprendrez que la premi√®re des rigueurs que j’attends de mon journal consiste dans l’emploi d’un vocabulaire exact.¬Ľ

Comme c’est le cas pour d’autres courriels, aucune r√©ponse n’a √©t√© donn√©e √† celui-ci.

 

Logique des comparaisons déraisonnables

Quels sont les points communs entre la situation politique de la Wallonie et celle de l’Allemagne en 1933 ? Il n’y en a pas ! Les comparaisons abusives de Jos√© Happart cherchent √† faire peur et nuisent au bon fonctionnement de nos institu¬≠tions. Elles d√©nigrent les hommes et les femmes qui sont engag√©s dans l’action politique ainsi que la presse qui fait son travail. D√®s leur prise de pouvoir en jan¬≠vier 1933, les nazis ont construit des camps de concentration pour y enfermer les opposants politiques, les homosexuels, les handicap√©s, les Juifs et les tziganes. En 1933, l’√©toile de David fut peinte en jaune et en noir sur des milliers de portes et

(p.130) Institute dont certains membres ont pignon sur rue √† l’Universit√© de Bruxelles. Le d√©bat g√™ne quelque peu les hautes sph√®res de l’Universit√©. C’est ainsi que la direction de la Solvay Business School, interpell√©e par nos soins, n’a fini par dif¬≠fuser un communiqu√© de presse, que le jeudi en toute fin de journ√©e. Tout en s’interrogeant sur les vis√©es de l’Atlantis Institute, le texte pr√©cise que l’√©tudiante en question a √©t√© contact√©e par la Solvay Business School et qu’elle a confirm√© la teneur de l’incident mais qu’elle avait d√©cid√© de ne pas en informer les autorit√©s. Cela n’emp√™che pas la direction de ¬ę r√©affirmer son attachement √† la libert√© d’ex¬≠pression et de pens√©e ¬Ľ mais aussi de ¬ę condamner toute forme de racisme et d’anti¬≠s√©mitisme ¬Ľ.

√Čv√©nements qui posent question. Tout d’abord, peut-on √™tre antisioniste sans √™tre antis√©mite ? Sans doute pas au vu de la d√©finition du petit Robert du sionisme qui est un ¬ęmouvement politique et religieux, visant √† l’√©tablissement puis √† la consolidation d’un √Čtat juif (la nouvelle Sion) en Palestine¬Ľ. A contrario, l’antisio-nisme serait donc l’opposition √† l’√©tablissement puis √† la consolidation d’un √Čtat juif en Palestine… Ensuite, quand le professeur de l’ULB, parle des provocateurs qui ¬ę salissent ¬Ľ l’universit√©, il ne pense pas, bien entendu, √† ceux qui ont effectivement prof√©r√© les menaces de mort ou √† certains conf√©renciers qui insultent les valeurs libres-exaministes. Alors qui sont les coupables ?

 

(p.130) Les sanctions prises √† l’encontre de certains responsables politiques wallons, qui se seraient rendus coupables de malversations, peuvent-elles √™tre compar√©es aux premi√®res mesures discriminatoires des nazis ?

En quoi le terme ¬ę militant ¬Ľ s’applique-t-il √† des terroristes ? Quel rapport y a-t-il entre l’avortement et le massacre de six millions de Juifs en Europe pendant la Deuxi√®me Guerre mondiale ? Quel rapport y a-t-il entre vouloir r√©gulariser la situation des imams en Belgique et le port de l’√©toile jaune, rendu obligatoire pour les Juifs le 7 juin 1942 ? Cette brimade qui cl√ītura les mesures d’exception en vue d’√©liminer les Juifs de la vie √©conomique et sociale rendait la pers√©cution visible et d√©boucha le m√™me mois sur la d√©cision prise √† Berlin de commencer les d√©por¬≠tations.

 

Boycott or no boycott?

Fin mai, peu avant les vacances parlementaires, plusieurs d√©put√©s bruxellois MR, suite √† diverses interpellations demandant la relance de l’accord de coop√©ration entre la R√©gion Bruxelloise et l’√Čtat d’Isra√ęl, ont d√©pos√© une proposition de r√©so¬≠lution √† ce sujet16. Jusqu’ici, le ministre-pr√©sident Charles Picqu√© a toujours r√©pondu par la n√©gative aux interpellations ; les motions motiv√©es d√©pos√©es au Parlement allant dans le m√™me sens ont √©t√© syst√©matiquement, et parfois violemment, rejet√©es par la majorit√© PS-cdH-Ecolo. Ces r√©solutions et motions tentent de remettre une nouvelle fois le point √† l’ordre du jour du Parlement.

Pour rappel, l’accord de coop√©ration entre la R√©gion bruxelloise et l’√Čtat d’Isra√ęl du 8 septembre 1998 a √©t√© ratifi√© par le Parlement bruxellois le 17 mars 2000, publi√© au Moniteur belge en date du 13 juillet 2000 et suspendu le 29 mars 2002.

Les d√©put√©s MR, qui d√©posent la nouvelle r√©solution, estiment que de nouveaux √©l√©ments ont vu le jour dans l’actualit√© au Moyen-Orient depuis la suspension de facto de l’accord, ce qui permet d’envisager √† nouveau la coop√©ration entre les deux partenaires. Critiquer un gouvernement d√©mocratiquement √©lu emp√™che-t-il

 

  • mon initiative, et cosign√© par Jacques Simonet, Marion Lemesre, Didier Gosuin et Mich√®le Hasquin.

 

(p.131) d’entretenir des relations constructives sur les plans √©conomique, culturel ou de la recherche ? Les cons√©quences de l’arr√™t des √©changes sont directes. Le Dr Brotchi, chef de service de neurologie √† l’h√īpital √Črasme, pr√©sident de l’Association mon¬≠diale de neurologie et s√©nateur MR, en t√©moigne : ¬ę La suspension de cet accord bloque actuellement la coop√©ration entre les services de neurochirurgie de l’h√īpital √Črasme et de l’Universit√© h√©bra√Įque de J√©rusalem pour les soins √† apporter aux malades atteints de maladies comme la maladie de Parkinson. ¬Ľ (¬†‚Ķ)

 

Vandales et martyrs

Le premier √©v√©nement de l’√©t√© qui a particuli√®rement boulevers√© la commu¬≠naut√© juive est la d√©gradation du M√©morial aux martyrs juifs √† Anderlecht, lieu symbolique de recueillement √† la m√©moire des Juifs d√©port√©s de Belgique pendant la Seconde Guerre mondiale. Sur les murs, 25 411 noms y rappellent le devoir de m√©moire et la n√©cessaire vigilance de tous pour √©viter des d√©rives racistes de toute nature. Les vandales ont vid√© de son contenu une urne contenant des cendres humaines ramen√©es d’Auschwitz-Birkenau, une grille a √©t√© arrach√©e, des vitrines cass√©es et des documents d√©truits. Le sol a √©t√© souill√© de pr√©servatifs et d’excr√©¬≠ments.

Pour l’Union des d√©port√©s juifs en Belgique, ces actes violents et heurtants sont l’Ňďuvre d’antis√©mites anim√©s d’une rage destructrice. En revanche, selon la police de la zone Bruxelles-Midi17, tout comme pour les politiques qui se sont exprim√©s directement apr√®s la d√©couverte des lieux, les actes ne seraient pas le fait d’antis√©mites, mais plut√īt d√©jeunes vandales qui ont enjamb√© un mur.

 

17 Depuis le 1er janvier 2001, la police, autrefois g√©r√©e au niveau de la commune, a √©t√© restruc¬≠tur√©e. La Belgique a √©t√© subdivis√©e en 196 zones de police, appel√©es √©galement zones ¬ęinterpolices¬Ľ ou ZIP. Dans la r√©gion de Bruxelles-Capitale, on est pass√© de 19 polices communales √† six zones de police. Chacune d’elle couvre plusieurs communes. Les zones sont ¬ęVille de Bruxelles-Ixelles¬Ľ, ¬ę Schaerbeek-Saint-Josse-ten-Noode-Evere ¬Ľ, ¬ę Woluwe-Saint-Pierre-Woluwe-Saint-Lambert ¬Ľ, ¬ę An-derlecht-Saint-Gilles-Forest¬Ľ ou zone Bruxelles-Midi, ¬ęMolenbeek-Saint-Jean-Koekelberg-Jette-Ganshoren-Berchem-Sainte-Agathe ¬Ľ et ¬ę Uccle-Watermael-Boitsfort-Auderghem¬Ľ.

 

(p.133) Claude Kandiyoti20, pr√©sent, √©crit aussi au ministre : ¬ęLors de la c√©r√©monie qui s’est tenue ce jeudi 27 juillet 2006 √† Anderlecht visant √† d√©noncer la profana¬≠tion du M√©morial aux Martyrs juifs de Belgique, un √©v√©nement intol√©rable s’est produit qui a choqu√© les personnes pr√©sentes venues se recueillir, qui blesse l’en¬≠semble de la communaut√© juive de Belgique et qui nous inqui√®te profond√©ment. M. Andr√© Flahaut, ministre de la D√©fense et repr√©sentant du gouvernement f√©d√©ral √† cette manifestation, s’est permis dans la premi√®re partie de son discours de dresser un parall√®le honteux entre les victimes juives de la Shoah et les victimes du conflit qui oppose en ce moment l’√Čtat d’Isra√ęl et le mouvement terroriste du Hezbollah. Cette faute doit √™tre d√©nonc√©e √† deux niveaux : premi√®rement, m√™me si toutes les victimes civiles de conflits arm√©s doivent √™tre d√©plor√©es, il est scan¬≠daleux de choisir ce lieu et cet instant pour proc√©der √† un amalgame pour le moins douteux entre les six millions de victimes juives du g√©nocide nazi et celles du conflit au Moyen-Orient. Deuxi√®mement, il est totalement irresponsable de la part d’un dirigeant politique du rang de M. Flahaut de contribuer ainsi √† l’importation de ce conflit en Belgique. Est-il n√©cessaire de lui rappeler le regain d’actes anti¬≠s√©mites dont ont √©t√© victimes les communaut√©s juives en Europe et en Belgique, suite au d√©clenchement de la seconde Intifada? Est-il n√©cessaire de rappeler √† M. le ministre que cette “importation” fut le fruit d’amalgames de ce type ? ¬Ľ

 

20 Jeune militant actif, engagé. Actuellement directeur de la revue Contact J.

 

(p.134) La guerre du Liban en Belgique

Au congr√®s de rentr√©e du Parti socialiste, fin ao√Ľt, le pr√©sident du PS, Elio Di Rupo, se prononce : ¬ę II est essentiel que l’arm√©e isra√©lienne stoppe son offensive meurtri√®re dans la bande de Gaza et lib√®re les officiels palestiniens arr√™t√©s dans ce cadre. […] Les moyens de guerre utilis√©s par l’√Čtat h√©breu au nom du droit √† l’autod√©fense, [sont] non seulement disproportionn√©s, mais aussi ill√©gaux et crimi¬≠nels au regard du droit international. […] Il n’est jamais l√©gitime de r√©pondre √† des attaques d’organisations terroristes, en mettant des pays, que ce soit le Liban ou la Palestine, unilat√©ralement sous blocus, ce qui risque d’y provoquer des catastro¬≠phes humanitaires, en d√©truisant des infrastructures vitales pour les populations, comme des centrales √©lectriques, des ponts et des a√©roports, et en utilisant des armes de guerre qui s√®ment indistinctement la mort et la d√©solation parmi les populations civiles.¬Ľ Et d’ajouter […] ¬ęCeux qui ont cass√© doivent payer, sinon c’est trop facile ! ¬Ľ Cette derni√®re phrase √©tant r√©p√©t√©e √† plusieurs reprises.

Une analyse de la guerre sans aucune nuance ni mise en perspective ; une accusation unilatérale et un ultimatum à payer le prix du conflit, sans transiger.

En r√©p√©tant ¬ę Ceux qui ont cass√© doivent payer, sinon c’est trop facile ¬Ľ, fait-il allusion √† Al Qaida et aux tours du World Trade Center ? Au Hezbollah qui a lanc√© des milliers de missiles contre Isra√ęl? La r√©ponse est malheureusement √©vidente et toujours la m√™me : non, c’est Isra√ęl le seul coupable.

(p.135) Dans une lettre sign√©e par de nombreux membres et dirigeants de la commu¬≠naut√© juive22, mais aussi de nombreux amis non juifs, il est demand√© √† Elio Di Rupo de justifier son accusation √† l’encontre d’Isra√ęl de ¬ęriposte disproportionn√©e¬Ľ. ¬ę Un pays, contre lequel la guerre a √©t√© d√©clar√©e et qui r√©pond √† la violence, commet un “acte disproportionn√©”, dites-vous. L’assassinat de soldats, l’enl√®vement de mili¬≠taires, les tirs de milliers de missiles et de roquettes Qassam dirig√©s contre des civils par des terroristes qui se servent de femmes et d’enfants palestiniens et libanais comme boucliers humains, seraient donc, pour vous, “proportionn√©s”? (…) Vous-m√™me, M. Di Rupo, accepteriez-vous de discuter avec quelqu’un qui, non seu¬≠lement ne vous reconna√ģt pas, mais exige votre destruction, non pour ce que vous faites, mais pour ce que vous √™tes ? Pourquoi le pr√©sident du Parti socialiste belge, a-t-il pour seul int√©r√™t ce conflit-l√† alors que dans de nombreux endroits, les morts se comptent par milliers ou par millions dans l’indiff√©rence g√©n√©rale ? ¬Ľ

Dans sa r√©ponse aux courriers, Elio Di Rupo pr√©cise les positions du PS et les termes de son intervention, lors de l’Universit√© d’√©t√© √† Dinant, le 25 ao√Ľt, sur la guerre au Liban. ¬ę[…] √Ä ceux qui assimilent toute critique du gouvernement isra√©lien √† de l’antis√©mitisme, je r√©ponds qu’ils font des amalgames injurieux et inac¬≠ceptables. C’est la m√™me r√©ponse que j’apporte √† ceux qui pr√©tendent que la posi¬≠tion du PS est dict√©e par des vis√©es √©lectorales √† court terme. √Ä ceux qui affirment que le PS a une vision partielle de l’actualit√© internationale, parce que je n’ai pas, dans mon discours du 25 ao√Ľt, √©voqu√© tous les probl√®mes de la plan√®te, je dis qu’ils sont simplement de mauvaise foi. √Ä moins de condamner de la m√™me mani√®re l’ensemble des m√©dias internationaux qui ont fait de cette guerre la une perma¬≠nente de l’actualit√© durant plus d’un mois. […]. Je le r√©affirme haut et fort, je suis un v√©ritable ami d’Isra√ęl. Il ne s’agit pas d’une p√©tition de principe sans cons√©¬≠quence. Rien je dis bien rien! ‚ÄĒ ne peut remettre en cause le droit √† l’existence de l’√Čtat d’Isra√ęl. Mais je suis intimement convaincu que seules des n√©gociations de paix entre l’√Čtat d’Isra√ęl et ses voisins palestiniens, syriens et libanais, sur la base des r√©solutions pertinentes du Conseil de s√©curit√© des Nations unies, garantiront cette existence dans la s√©curit√© de ses citoyens et permettront de pacifier le Proche-Orient. L’√Čtat d’Isra√ęl jouera alors un r√īle catalyseur dans le d√©veloppement √©conomique de toute la r√©gion et contribuera √† y renforcer la d√©mocratie. C’est fort de cette conviction que, √† l’instar d’autres responsables europ√©ens, j’exprime des opinions qui peuvent √™tre consid√©r√©es comme s√©v√®res par certains, notamment lorsque je consid√®re que les dirigeants isra√©liens font fausse route, parce que l’ap¬≠proche unilat√©rale et militaire ne permettra pas de r√©soudre un conflit qui est √©minemment politique et que de tels conflits ne peuvent se r√©soudre que par la n√©gociation.

 

22 √Ä l’initiative de Moise Rahmani, √©crivain et notamment initiateur de la liste de diffusion Belsef.

 

(p.137) De l’amalgame √† la r√©surgence du mythe

Indiff√©rence au reste du monde, attention focalis√©e sur le Moyen-Orient, mani¬≠pulation des m√©dias qui r√©activent des clich√©s. Shmuel Trigano23 pointe le retour du mythe antis√©mite du Juif tueur d’enfants24. ¬ę Mais o√Ļ √™tes-vous ? O√Ļ sont les grandes √Ęmes, le scandale ? Les d√©clarations des plus hautes autorit√©s politiques du monde? Depuis le 14 ao√Ľt, je cherche d√©sesp√©r√©ment, dans les colonnes des jour¬≠naux et sur les √©crans la condamnation du bombardement d’un orphelinat par l’arm√©e sri-lankaise dans sa lutte contre le mouvement terroriste des Tigres tamouls.

 

  1. Pr√©sident de l’Observatoire du monde juif, directeur de la revue Controverses. Philosophe et √©crivain.

24 ¬ęGuerre, mensonges et vid√©os¬Ľ, Lib√©ration, 31/8/2006.

 

(p.138) Quarante-trois √©coli√®res tu√©es, soixante autres bless√©es. Pas seize enfants sur vingt-huit morts, comme √† Cana. On ne peut qu’√™tre abasourdi devant la diff√©rence de traitement. Les victimes arabo-musulmanes seraient-elles plus pr√©cieuses que les autres? Pas n√©cessairement, car qui s’√©meut des meurtres de masse perp√©tr√©s en Irak par des Arabes sur d’autres Arabes ? Non, ce qui est en question, c’est Isra√ęl ou, plus exactement, les Juifs.

¬ę Toute personne sens√©e, aura remarqu√©, depuis l’ann√©e 2000, quelque chose d’√©trange dans les images du conflit : la centralit√© de la figure de l’enfant, des corps sanguinolents des victimes d’Isra√ęl. Il suffit d’ouvrir la t√©l√©vision fran√ßaise pour voir le projecteur braqu√© uniquement sur les civils libanais alors que l’image d’Isra√ęl se r√©sume √† des blind√©s, des avions ou des soldats. Aucune soci√©t√© civile n’est visible : ni les d√©g√Ęts mat√©riels, ni les victimes et les drames. Pas de corps ensan¬≠glant√©s, ni de bless√©s, ni de cadavres ou de cercueils. Ce choix ne fait que r√©activer une id√©e antis√©mite tr√®s archa√Įque : les Juifs tuent des enfants. ¬Ľ

Mais la guerre du Liban, c’est aussi la manipulation des images, les trucages, que l’on sait exister depuis Jenine. Peu le d√©noncent, tous semblent regarder ailleurs, comme si la construction d’une autre r√©alit√© n’√©tait pas importante, puisqu’il s’agit de d√©noncer Isra√ęl, le fauteur de guerre, le casseur qui doit devenir payeur, le monstre occupant, assassin.

Trigano de pr√©ciser : ¬ę Le r√©cent scandale (vite √©touff√©) de la photo truqu√©e de Beyrouth en flammes, diffus√©e par l’agence Reuters, face √©merg√©e d’un ensemble de trucages, nous montre comment l’exemplum est fabriqu√© avec des images, alors qu’auparavant on agen√ßait des mots pour mettre en forme le fantasme. […] Le spectacle des destructions de Beyrouth est ainsi surdimensionn√©. Ce sont toujours les m√™mes prises de vue qui passent en boucle √† la t√©l√©, pour donner une impres¬≠sion d’√©tendue. Le spectateur innocent pense que tout Beyrouth est en flammes. Comment saura-t-il que, en dehors du quartier qui sert de QG au Hezbollah, les gens vont √† la plage ou sont attabl√©s aux caf√©s? […] On n’a jamais vu les “com¬≠battants” du Hezbollah, ni leurs bunkers syst√©matiquement plac√©s au milieu des civils, utilis√©s comme boucliers “moraux”. On a gomm√© le caract√®re de milice fasciste du parti, ses provocations, ses tirs centr√©s sur la population civile isra√©¬≠lienne. […] ¬Ľ

¬ę Le mal est profond, √©crit Trigano, car la facilit√© avec laquelle de nombreux m√©dias acceptent ce r√©cit montre que subsiste un fond archa√Įque, toujours vivace. Le discours sur Isra√ęl est hant√© par une forme nouvelle de l’antis√©mitisme, un antis√©mitisme compassionnel qui se focalise sur la “victime” des Juifs, forc√©ment innocente et pure comme un enfant, sans pour autant formuler directement le nom du bourreau cruel et inhumain que sa victime d√©signe. Un antis√©mitisme “par d√©faut”, que la moralit√© conforte. ¬Ľ

 

(p.140) Ce n‚Äôest bien √©videmment pas le fait d‚Äôorganiser des manifestations en faveur du peuple palestinien qui pose probl√®me, bien au contraire, mais le fait que (p.141) la plupart du temps celles-ci ne pr√©sentent jamais un autre volet du probl√®me. De m√™me, il ne s’agit pas ici de critiquer la d√©mocratie isra√©lienne ‚ÄĒ bien que souvent contest√©e en Belgique ‚ÄĒ qui permet √† des artistes de gauche, pacifistes isra√©liens, arabes isra√©liens et palestiniens de s’exprimer en toute libert√©. Ni d’accuser ces artistes d’antis√©mitisme ce qui serait tout √† fait idiot ! Mais il s’agit bien de pointer une attitude typiquement belge qui instrumentalise ce qui se dit au sein d’une d√©mocratie ‚ÄĒ dans le cadre d’un d√©bat d√©mocratique ‚ÄĒ pour construire un dossier √† charge, qui souvent suite √† l’√©motion qu’il suscite, entra√ģne de mani√®re volon¬≠taire ou non un antis√©mitisme qui prend des proportions douloureuses.

 

Pédagogie à la une : le sionisme mène à la guerre !

Les activit√©s comme les articles engag√©s pour la Palestine se multiplient. Un exemple, celui de Nico Hirtt30, grand d√©fenseur de l’√©cole et des enseignants : ¬ę C’est le sionisme qui m√®ne √† la guerre ¬Ľ ¬ę Irrationnelle, la politique du gouver¬≠nement isra√©lien? Non, elle est conforme √† la doctrine fondatrice d’Isra√ęl : le sio¬≠nisme avec ses d√©rives de racisme et de colonialisme. […] Les choses deviennent beaucoup moins obscures lorsqu’on examine la politique de l’Etat isra√©lien √† la lumi√®re de sa doctrine fondatrice : le sionisme. […] Enfin, beaucoup de Juifs, sur¬≠tout les intellectuels et les progressistes, s’opposaient radicalement au caract√®re d√©li¬≠b√©r√©ment raciste et colonialiste du projet sioniste. Ils ne se reconnaissaient pas dans les propos d’un Ahad Haam quand celui-ci d√©cr√©tait que “le peuple d’Isra√ęl, en tant que peuple sup√©rieur et continuateur moderne du Peuple √©lu doit aussi devenir un ordre r√©el” […] Isra√ęl est au Moyen-Orient ce que l’Afrique du Sud de l’apar¬≠theid fut, jadis, √† l’Afrique australe : une colonie euro-am√©ricaine, imposant aux populations autochtones une domination √† caract√®re raciste, et dont l’existence serait impossible sans l’aide mat√©rielle d’une puissance imp√©rialiste “en √©change de services rendus”. […] Dire cela aujourd’hui, en Europe, oser contester les fonde¬≠ments du projet sioniste, c’est risquer de se voir attaquer comme antis√©mite, voire comme n√©gationniste. Il est temps que cesse cette hypocrisie. La Shoah ne peut justifier les souffrances des Palestiniens et des Libanais. […] On s’est offusqu√© d’entendre le pr√©sident iranien dire qu’il fallait “rayer Isra√ęl de la carte”. Ce serait pourtant bien l’unique solution que de voir dispara√ģtre politiquement bien s√Ľr, l’√Čtat d’Isra√ęl et, pareillement, les pr√©tendus “territoires palestiniens”, ces nou¬≠veaux bantoustans31.

Suite √† la publication de cet article, de nombreux Juifs et Isra√©liens ont r√©agi. L’ambassade d’Isra√ęl, d’abord, qui s’√©tonne32 que La Libre Belgique ait jug√© bon de mettre l’existence d’Isra√ęl en d√©bat dans son √©dition du 25 juillet. ¬ęNotre propos ici n’est pas de c√©der √† la pol√©mique […] La n√©gation de la l√©gitimit√© du concept d’√Čtat juif porte atteinte aux principes universels d’√©galit√©, parce qu’elle pr√©sup¬≠pose la n√©gation du droit du peuple juif √† l’autod√©termination et √† l’ind√©pendance

 

  1. Enseignant et écrivain.
  2. Titre et sous-titre sont de la rédaction. La Libre Belgique, 25/07/2006.
  3. Jeudi 27 juillet 2006.

 

(p.142) nationale. […] Il est frappant de voir que Nico Hirtt veut faire tenir √† Isra√ęl la place qu’occupait le Juif en Europe avant la Shoah, celle d’obstacle. √Ä tous ceux qui veulent nous rayer de la carte politiquement, id√©ologiquement, physiquement ou nucl√©airement, nous disons en reprenant la d√©claration d’Ind√©pendance de l’√Čtat d’Isra√ęl de 1948 que “C’est le droit naturel du peuple juif d’√™tre une nation comme les autres nations et de devenir ma√ģtre de son destin dans son propre √Čtat souverain.” Quand Ahmadinejad, le Hezbollah, le Hamas, La Libre Belgique et Nico Hirtt auront bien compris qu’Isra√ęl n’est pas “gommable”, mais est l√† pour durer, alors la paix sera possible. ¬Ľ

 

En Flandre

Le Nord du pays s’agite aussi √† l’√©t√© 2006, √† propos du Moyen-Orient. Dans De Standaard du 19 juillet33, Jean-Marie De Decker34 se laisse aller √† des commen¬≠taires antisionistes d’une violence inou√Įe, utilisant un vocabulaire se r√©f√©rant √† celui des nazis. ¬ę L’√Čtat d’Isra√ęl ne manque pas seulement de respect pour l’√©tranger, il m√©conna√ģt √©galement les droits √©l√©mentaires de la population autochtone, les Palestiniens, des “Untermenschen” dans leur pays. Un r√©gime d’apartheid leur octroie encore moins de droits qu’√† l’√©poque, aux Noirs en Afrique du Sud. Isra√ęl est le dernier pouvoir colonisateur, qui exploite le sentiment de culpabilit√© col¬≠lectif du si√®cle pass√© et une propri√©t√© religieuse datant d’il y a deux mille ans. Un sauf-conduit pour opprimer un autre peuple et violer les droits √©l√©mentaires. […] Un tiers des femmes enceintes ne peuvent rejoindre les maternit√©s √† cause du comportement des militaires aux check-points. Les enfants sont abattus sur la plage35 et la r√©gion conna√ģt le plus haut taux d’analphab√©tisation du Moyen-Orient. […] Tout homme politique occidental qui s’exprime de mani√®re critique se voit stig¬≠matis√© comme raciste et antis√©mite par le lobby juif et l’industrie de l’holocauste36. Tout le monde occidental fait mine de regarder ailleurs, dans une indignation r√©si¬≠gn√©e, √† cause d’un complexe de culpabilit√© d√Ľ √† l’holocauste, au lieu de se rendre au mur des Lamentations et leur donner un bon de coup de pied √† leur conscience. C’est l’exploitation de la souffrance juive, sur base d’un sentiment de honte pour des aberrations datant d’il y a soixante ans. ¬Ľ Et de citer Johan Anthierens37 qui √©crivait en 1979 ces ¬ęmots proph√©tiques¬Ľ selon J.M. De Decker: ¬ęLes Arabes qui sont les bossus de l’histoire, qui doivent payer les pots cass√©s allemands, qui

 

  1. ¬ęHet recht van de sterkste is het sterkste onrecht¬Ľ, jeux de mots, litt√©ralement : ¬ęle droit du plus fort, est la plus forte injustice¬Ľ.
  2. Sénateur VLD, qui sera exclu du Parti libéral flamand trois mois plus tard, en octobre 2006.
  3. Apr√®s avoir pr√©sent√© des excuses aux Palestiniens suite √† l’incident qui a co√Ľt√© la vie √† plusieurs personnes sur la plage √† Gaza, une enqu√™te de l’arm√©e isra√©lienne a conclu au fait que les morts n’√©taient pas dus aux tirs de l’arm√©e isra√©lienne, mais √† l’explosion d’un obus enseveli sous le sable.
  4. L’Am√©ricain Norman Finkelstein utilise ce terme pour expliquer un processus historique, o√Ļ l’Holocauste est consid√©r√© comme un √©v√©nement unique dans l’histoire, qui serait exploit√© par les int√©ress√©s pour b√©n√©ficier d’avantages politiques ou financiers.

37 Ami de l’homme politique, auteur, journaliste satirique.

 

(p.143) paient pour les chipotages et les violences des Allemands envers les Juifs. Nous, Europ√©ens, nous avons cass√© en mille morceaux le mobilier juif et renvoyons Isaac √† la caisse palestinienne pour le d√©dommagement. ¬Ľ

J.-M. D.D. reprend : ¬ęCe qui laissait aux malheureux musulmans l’art peu noble du terrorisme. L’on fait croire au monde que l’oppression d’un peuple est en fait la lutte contre le terrorisme. C’est l√†, la cl√© de l’injustice. Il ne faut pas justifier les actes horribles et d√©sesp√©r√©s des Palestiniens, toutefois ils sont le barom√®tre de l’impuissance et de la col√®re. […] Le conflit du Moyen-Orient prend le monde en otage depuis plus d’un demi-si√®cle, sur le plan √©conomique et politique (avec les crises p√©troli√®res les unes apr√®s les autres) et l’exportation de la terreur. Il donne un faux alibi aux fous d’Al Qaida ou aux fondamentalistes chiites du Hezbollah. L’impuissance des Nations unies, la l√Ęchet√© de l’Europe et des Etats-Unis cr√©ent une r√©action en cha√ģne de violence. Un boycott √©conomique simple a mis l’Afrique du Sud √† genoux, et signifierait pour Isra√ęl, la m√™me voie vers la paix. ¬Ľ

La journaliste Mia Doornaert38 r√©agit √† l’article de J.M. De Decker, o√Ļ coha¬≠bitent tous les clich√©s, des Juifs fauteurs de guerre aux assassins d’enfants. Elle l’attaque sur sa d√©marche superficielle et populiste, sur son exploitation de l’ex¬≠pression ¬ęindustrie de l’holocauste¬Ľ, qui contraste avec le comportement et les opinions de bien d’autres membres du Parti lib√©ral flamand, dont le Premier ministre Guy Verhofstadt. Mia Doornaert estime aussi que le n√©gationnisme pointe son nez, en particulier, lorsque la Shoah est qualifi√©e d’¬ę aberration datant d’il y a 60 ans ¬Ľ !

(…)

Jean-Marie De Decker n’est pas le seul homme politique flamand √† consid√©rer le sionisme comme un fascisme ou une maladie incurable, ni √† consid√©rer l’Etat d’Isra√ęl comme seul responsable de tous les maux du Moyen-Orient, voire du monde. Un autre homme politique flamand influent, Bert Anciaux40, semble partager ces id√©es pr√©con√ßues.

 

  1. De Standaard, 22/7/2006.
  2. De Standaard, pagina 6, 25-07-2006 Midden-Oosten ontploft binnen VLD de Wouter Verschelde.

40 Ministre flamand de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, Spirit depuis 2004.

 

(p.144) Toujours dans De Standaard41, Bert Anciaux r√©pondant √† une question sur le financement de l’extr√™me droite et le travail sur l’inter-culturalit√©, se lance dans une envol√©e… qui puise ses r√©f√©rences… au Moyen-Orient : ¬ę Le Vlaams Blok est occup√© avec tout autre chose. Le Blok et Isra√ęl c’est √† peu pr√®s la m√™me chose. Les dirigeants du Blok disent que les gens m√©ritent plus de s√©curit√©. Bien hein? Je les envie pour cela, car qui est contre la s√©curit√© ? Mais dans la pratique, on n’aide personne √† lui faire croire qu’il sera plus heureux dans un monde blanc, pur, o√Ļ tout le monde parle la m√™me langue (monte la voix). Bullshit. Isra√ęl fait la m√™me chose, en disant : “Voyez comme nous sommes heureux et en s√©curit√© dans nos fronti√®res”, alors qu’ils vivent dans un monde arabe. S’ils veulent jamais s’y sentir en s√©curit√©, ils devront commencer par dire √† leur population qu’ils ne vivent pas sur une √ģle […] √Ä long terme, ils d√©fendent une cause perdue. En cr√©ant plus de peurs, on n’atteindra jamais un vivre ensemble de qualit√© en s√©curit√©. Cela demande du temps. Chaque bombe qui tombe sur Ha√Įfa, fait comprendre aux habitants que l’id√©e on est en s√©curit√© et heureux ensemble est une utopie. Ils deviennent plus fanatiques. Des gens b√™tes en tout cas. Mais je ne pense pas que l’homme soit b√™te de nature. ¬Ľ

 

Appel pour le Liban…

sur les extraits de compte bancaire

La guerre du Liban, c’est aussi une manifestation, le 7 ao√Ľt √† Bruxelles, auto¬≠ris√©e par le bourgmestre de la Ville de Bruxelles, qui loin d’√™tre pacifique, a vu d√©filer des manifestants sous les drapeaux libanais, mais aussi du Hezbollah et du Hamas42 ! Pendant la manifestation, des passants ont pu entendre l’appel au djihad et ont vu certains manifestants br√Ľler le drapeau isra√©lien.

Au m√™me moment, le groupe ING pour le nommer, s’implique dans le conflit.

Comme beaucoup de clients de cette institution bancaire, j’ai re√ßu un courrier libell√© comme suit : ¬ę Soutenez les ONG pr√©sentes au Liban ! Gr√Ęce √† HomePay, faites vos dons on-line sur les sites de : Caritas international, M√©decins sans fron¬≠ti√®res, M√©decins du monde, Croix-Rouge de Belgique. Tout don √† partir de 30 euros est d√©ductible fiscalement. Solidairement v√ītre, ING. ¬Ľ D√©marche tr√®s (sinon trop) s√©lective aux yeux de nombreux clients de cette banque, surpris que soient pass√©es sous silence les victimes isra√©liennes et les centaines de milliers de r√©fugi√©s qui ont d√Ľ fuir. Surpris aussi par son quasi-silence sur le Darfour, ou encore sur les r√©fugi√©s venus de pays moins m√©diatis√©s comme le Congo, le Rwanda, la C√īte d’Ivoire, le Timor-Oriental et le Tibet, pour ne citer qu’eux.

Aux diverses interpellations et courriers, la banque, par la voix de son Corpo-rate Communication Officer, Sabine Riga, a donn√© la r√©ponse suivante : ¬ę ING

 

  1. Dans l’article ¬ęBen ik zelfwel een goede vader?¬Ľ (¬ęSuis je un bon p√®re?¬Ľ), sign√© par Wouter Verschelden et Bart Brinckman.

42 Pour rappel, le Hamas est un parti qui est inscrit sur la liste des organisations terroristes de l’Union europ√©enne.

 

(p.145) Belgique s’impose pour r√®gle constante d’observer une stricte neutralit√© dans toutes les mati√®res qui rel√®vent, de pr√®s ou de loin, des domaines philosophique, religieux ou politique. La banque regrette la formulation lapidaire qui a √©t√© donn√©e au titre du message : elle comprend que celle-ci ait pu vous interpeller. Sur le fond, elle vous demande de comprendre, √† votre tour, que son intervention s’est born√©e √† relayer, √† leur demande expresse, un appel √† la g√©n√©rosit√©, lanc√© par diverses ONG internationalement reconnues, dont la neutralit√© ne peut √™tre raisonnablement mise en cause. ¬Ľ

Une caisse de r√©sonance, certes, mais qui n’exon√®re pas d’une responsabilit√©.

 

Un Belge en Iran au concours de caricatures antisémites

Cet √©t√© 2006 est aussi marqu√© par l’exposition, violemment antis√©mite, des caricatures sur la Shoah, organis√©e √† T√©h√©ran depuis le 14 ao√Ľt au mus√©e d’Art contemporain palestinien. Une ¬ę r√©ponse ¬Ľ aux caricatures danoises du Proph√®te Mahomet43, publi√©es quelques mois plus t√īt par le quotidien danois Jyllands-Posten et relay√©es par la presse europ√©enne. ¬ę Nous avons ouvert cette exposition pour trouver o√Ļ √©tait la limite de la libert√© d’expression chez les Occidentaux¬Ľ, a d√©clar√© Massoud Shojai, directeur de l’association44, qui pr√©cisa √©galement : ¬ę Nous sommes pr√©occup√©s par les v√©ritables holocaustes prenant place autour de nous. ¬Ľ Rappelons que les dirigeants iraniens, le pr√©sident Mahmoud Ahmadinedjad en t√™te, d√©finissent l’extermination des six millions de Juifs par les nazis comme ¬ę un mythe ¬Ľ et appellent √† ¬ęrayer¬Ľ Isra√ęl de la carte.

Sont expos√©s : une caricature repr√©sentant une croix gamm√©e se transformant en √©toile de David barbel√©e √©tranglant des Palestiniens ; une statue de la Libert√© tenant d’une main un livre sur l’Holocauste et faisant de l’autre bras le salut nazi ; trois casques allemands empil√©s, dont l’un des trois est orn√© d’une √©toile de David en lieu et place de la swastika ; Adolf Hitler exhortant les dirigeants isra√©liens √† pro¬≠c√©der √† un holocauste, ou encore des bottes juives √©crasant le globe. Les pires st√©r√©otypes antis√©mites sur le complot juif pour dominer le monde se m√™lent aux nouveaux clich√©s : le sionisme, c’est le nazisme, et le v√©ritable Holocauste est celui des Palestiniens45. Les dessins ont √©t√© s√©lectionn√©s sur un total de pr√®s de 1 200 envois46, 1 193 partis de 61 pays, dont la France (7 dessinateurs), les √Čtats-Unis (12) et la Belgique avec Ben Heine47, alors √©tudiant √† l’IHECS, ayant contribu√© au concours avec un dessin comparant les Isra√©liens √† des bourreaux d’Auschwitz.

Pour Philippe Val, directeur de la r√©daction de Charlie Hebdo, cette exposition √† T√©h√©ran ¬ę est une d√©claration de guerre aux √Čtats de droit qui, au sortir de la

 

  1. Elles avaient provoqu√© de violentes manifestations dans plusieurs pays musulmans, dont des attaques d’ambassades occidentales en Iran.
  2. AFP.
  3. Lib√©ration, jeudi 17 ao√Ľt.
  4. AFP, Reuters.

47 Accusateur syst√©matique et permanent d’Isra√ęl et des √Čtats-Unis sur son site Internet, Ben Heine occulte sa participation au concours iranien, qu’il ne condamne pas. Il r√©cidivera encore dans ses propos antis√©mites, voir http ://philosermtismeblog.blogspot.com/2008/01/ben-heine-et-fausto-giudice-une-devise.html.

 

(p.146) Seconde Guerre mondiale, se sont fond√©s sur quelques principes, parmi lesquels, l’√©galit√© entre les hommes et les femmes et la criminalisation de l’antis√©mitisme. Il ne faut pas croire qu’il s’agisse de pures provocations. Cette exposition est pro¬≠grammatique, comme le sont les d√©clarations du Pr√©sident iranien sur la destruc¬≠tion de l’Etat d’Isra√ęl48. ¬Ľ

 

R√©union en Iran des ¬ędocteurs en n√©gationnisme¬Ľ

Comme si cela n’√©tait pas suffisant, T√©h√©ran a accueilli les 11-12 d√©cembre une conf√©rence internationale controvers√©e sur la ¬ę r√©alit√© ¬Ľ de la Shoah : le rendez-vous, dans la capitale iranienne, de tous les n√©gationnistes et r√©visionnistes que compte l’Occident49.

Quelques titres de communication donnent le ton : ¬ę Nazisme et sionisme : collaboration ou coop√©ration ¬Ľ, ¬ę Les chambres √† gaz, n√©gation ou confirmation ¬Ľ, ¬ęLes m√©dias danois et l’Holocauste¬Ľ, ou encore ¬ęLe vocabulaire irrationnel de la classe professorale am√©ricaine par rapport √† l’holocauste¬Ľ. Ces th√®mes ont donc √©t√© abord√©s au cours de ce conclave lanc√© par l’Institut pour les √©tudes politiques de T√©h√©ran, et inaugur√© par le chef de la diplomatie iranienne, Manouchehr Mot-taki. Cette rencontre-conf√©rence est r√©solument condamn√©e par les organisations juives, par Isra√ęl, par le gouvernement fran√ßais, et en Belgique par le Mouvement r√©formateur qui a publi√© un communiqu√© de presse50 qualifiant l’√©v√©nement d’¬ę insulte √† la m√©moire des six millions de victimes du g√©nocide nazi, mais aussi une manifestation de haine et de m√©pris √† l’√©gard du peuple juif et de l’humanit√© tout enti√®re¬Ľ.

 

Une fin d’ann√©e sans √©claircie

Un mois avant les √©lections communales d’octobre, la Communaut√© fran√ßaise et la R√©gion wallonne renforcent leur coop√©ration avec la Palestine. La D√©l√©¬≠gu√©e g√©n√©rale de Palestine √† Bruxelles, Leila Shahid et la ministre cdH Marie-Dominique Simonet51 ont, en effet, jet√© pour 2008 les bases d’une ann√©e culturelle palestinienne en Wallonie et √† Bruxelles. Dans ce cadre, une centaine d’artistes palestiniens seront invit√©s dans plusieurs villes de Wallonie et de Bruxelles pendant quelques semaines. Ce projet se veut exclusivement dirig√© vers la population pales¬≠tinienne, a pr√©cis√© Mme Simonet. Partenaire de coop√©ration depuis 2001, la Pales¬≠tine vient de se voir confirm√©e dans ce r√īle privil√©gi√© par la R√©gion wallonne et la Communaut√© fran√ßaise. En effet, la Palestine fait partie de la liste des douze pays recens√©s comme prioritaires par la nouvelle Note de politique internationale adopt√©e le 31 ao√Ľt 2006 par les gouvernements wallon et de la Communaut√© fran√ßaise.

 

  1. Extrait de ¬ęAffaire des caricatures sur l’Holocauste, Une d√©claration de guerre aux √Čtats de droit¬Ľ, iArww.nouvelobs.com, 17/8/2006.
  2. http ://www.rfi.fr/actufr/articles/084/article_48114.asp.
  3. Mercredi 13 décembre 2006.
  1. Ministre des Relations internationales de la Communauté française et de la Région wal­lonne.

 

(p.147) Il s’agit de favoriser des √©changes culturels en cr√©ant, d√®s 2008, une ¬ęsaison culturelle palestinienne¬Ľ en Wallonie et √† Bruxelles. Calqu√© sur le mod√®le des coop√©rations avec l’Afrique (Yambi, Alafia), un programme d’une ann√©e de ren¬≠contres artistiques dans tous les domaines permettra de valoriser et de mettre en valeur les liens entre cr√©ateurs contemporains. L’asbl les Halles de Schaerbeek envisage ainsi en septembre une premi√®re mission d’identification de projets, dans les domaines du th√©√Ętre, de la danse, de la musique, de la mode et de la photogra¬≠phie. Par ailleurs, il s’agit pour la ministre cdH de relancer et de structurer la coop√©ration universitaire bilat√©rale entre les institutions palestiniennes et celles de la Communaut√© fran√ßaise gr√Ęce √† un programme de bourses qui permettra √† des jeunes √©tudiants palestiniens de venir pour de courtes p√©riodes √©tudier en Com¬≠munaut√© fran√ßaise.

Un projet ambitieux qui contraste avec l’attitude vis-√†-vis d’Isra√ęl. D’un c√īt√© on souhaite renforcer les √©changes culturels avec la Palestine, d’un autre on boycotte les relations scientifiques avec l’√Čtat d’Isra√ęl. D’un c√īt√© on se soucie de comment est v√©cue la Nakba (la ¬ęcatastrophe¬Ľ pour les Palestiniens), d’un autre on salue √† peine le soixanti√®me anniversaire de l’Etat d’Isra√ęl. Un contraste qui pose d’autant plus question, qu’en revanche, √† la R√©gion bruxelloise, l’accord de coop√©ration avec l’√Čtat d’Isra√ęl reste d√©sesp√©r√©ment suspendu. Pour Ecolo, un projet avec un seul partenaire du conflit n’√©tant pas envisageable…

En automne, bien que la guerre soit arr√™t√©e, les campagnes d’affichage et les¬†¬† , actions unilat√©rales se poursuivent.

Le 18 novembre, par exemple, le comit√© Vlaams Palestina Komitee (VPK) en , appelle au boycott des produits isra√©liens dans plusieurs villes et communes du pays. √Ä Blankenberge, Bruxelles, Ixelles, Etterbeek, Hasselt, Ypres, Louvain et Schaer¬≠beek, ce comit√© va s’adresser aux clients de grandes surfaces pour les inciter √† refuser d’acheter les produits isra√©liens, en particulier ceux des marques Carmel, Jaffa, Tivall et Sabra. A 14 h 00, le m√™me jour, une r√©union se tiendra √† Anvers afin de plaider de vive voix pour un boycott national.

D’autres √©v√©nements de cette fin d’ann√©e sont frappants, par leur intensit√© et¬†¬† ; leur violence.

Lors des √©lections communales d’octobre 2006, je me pr√©sentais √† Ixelles. Lors de la confection des listes, une colisti√®re estime, que je ne suis pas ¬ęassez belge¬Ľ pour occuper une place importante sur la liste, par exemple. Pendant la campagne, sur un march√©, plusieurs personnes m’agressent parce que mon nom : ¬ę Teitelbaum, c’est Juif √ßa ? ¬Ľ

De l’autre c√īt√© de la fronti√®re linguistique, la section belge de l’AEL fait un¬†¬† / appel aux votes : ¬ę Une autre machine √©lectorale raciste comme le VLD, qui √† c√īt√© de son id√©ologie n√©olib√©rale mordante, est p√©n√©tr√©e d’agents sionistes (Claude Marinower) et d’une clique islamophobe […] ¬Ľ.

Le 2 novembre, je participe √† une conf√©rence-d√©bat organis√©e par le MOC-ACW, avec le soutien de Axcent vzw et la plate-forme Bruxelles Esp√©rance, sur le th√®me : ¬ę Les hommes et femmes politiques et leur conviction de vie. Quelles sont leurs motivations ? ¬Ľ Les quatre intervenants √©tant issus de diff√©rents univers (p.148) philosophico-religieux et politiques. √Ä mes c√īt√©s, Mahfoudh Romdhani52 pour le PS, Henk Van Hellem53 de Groen54 et Steven Vanackere55 du CD&V56. Ce qui devait √™tre un d√©bat calme et respectueux sur l’influence des convictions de vie dans nos choix politiques s’est transform√© en une exp√©rience cauchemardesque, lorsque parole a √©t√© donn√©e √† la salle.

Un certain M. Rachid Zegzaoui a cri√© √† mon intention : ¬ę Vous dites que vous combattez les fascismes et l’extr√™me droite, mais vous √™tes sioniste, et le sionisme c’est le fascisme donc vous √™tes une fasciste ! ¬Ľ II s’est ensuite emport√© davantage et a hurl√© : ¬ę Mme Teitelbaum, vous √™tes l’ennemi, vous √™tes notre ennemi ! ¬Ľ Enfin, le mod√©rateur l’a arr√™t√© et on lui a arrach√© le micro.

Il prof√©rait l√† une menace claire √† mon encontre, me faisant porter, en tant que femme politique, tous les maux de l’Orient. Comment r√©agir quand j’avais devant moi l’exemplification m√™me du ph√©nom√®ne que je d√©cris : le passage d’une critique l√©gitime d’actes gouvernementaux et militaires, √† la concentration de la haine sur une personne, parce qu’elle est juive.

Une semaine plus tard, le mercredi 8 novembre, je repr√©sente le MR √† une conf√©rence-d√©bat organis√©e par le Mouvement Citoyen Palestine sur ¬ę Quel r√īle peut jouer la Belgique pour une paix juste et durable en Palestine ? ¬Ľ C’est un parlementaire palestinien qui, par t√©l√©phone, va introduire le sujet. Interviendront ensuite Marianne Blume, Ahmed Mouhssin et Georges Spriet. Volet politique, je si√©geais avec Mohammed Boukourna, d√©put√© f√©d√©ral PS, Dominique Weerts, secr√©taire national du cdH (ex-ll.ll.ll/CNCD) et Paul Galand, d√©put√© bruxellois √©colo. L’affiche annon√ßant la conf√©rence repr√©sente une carte du Moyen-Orient d’o√Ļ Isra√ęl est absent. Cette mise en image d’un monde dont ¬ę Isra√ęl serait ray√© de la carte ¬Ľ a √©videmment suscit√© beaucoup d’√©moi au sein de la communaut√© juive.

 

  1. Député bruxellois.
  2. Membre du cabinet de Pascal Smet.
  3. Verts flamands.
  4. Aujourd’hui ministre au sein du gouvernement flamand.
  1. Le Parti social chrétien flamand.

 

(p.148) Pour cl√īturer l’ann√©e, et cette triste suite des moments marquants, le dernier que je tiens √† citer est le match de football PSG-Hapo√ęl Tel-Aviv, du 23 novembre au Parc des Princes √† Paris. Ce soir-l√†, une violence antis√©mite et antisioniste d’une rare intensit√© a d√©ferl√© dans le stade. La presse parle de ¬ę chasse spontan√©e aux Juifs en plein Paris¬Ľ, ¬ęd’une atmosph√®re de pogrome¬Ľ ! Un groupe de 150 sup¬≠porters du PSG s’est livr√© √† une ¬ęv√©ritable tentative de ratonnade¬Ľ contre un jeune Fran√ßais identifi√© comme Juif. Un policier en civil ‚ÄĒ sans brassard officiel ‚ÄĒ s’est port√©, seul, au secours du jeune homme. ¬ęEn √©tat de l√©gitime d√©fense¬Ľ, selon le procureur de la R√©publique, il a tu√© un des agresseurs et en a bless√© un autre. Ce policier a fait montre d’un courage exemplaire qui est aussi un acte d’honneur, il a pris d’√©normes risques pour soutenir ce sursaut d’humanit√© et ce combat ‚ÄĒ v√©ritable ‚ÄĒ contre l’injustice criminelle qui se d√©roulait sous ses yeux. Cela contraste tellement avec les t√©moignages d’antis√©mitisme dans et autour du stade, o√Ļ adultes et enfants venus soutenir l’√©quipe isra√©lienne ont √©t√© violemment pris √† partie. Cette rage s’est accentu√©e lorsque les espoirs du PSG de gagner la Coupe de l’UEFA se sont envol√©s avec le score : la frustration de la d√©faite (4 buts √† 2) n’a fait qu’intensifier cette sc√®ne hallucinante d’antis√©mitisme collectif, o√Ļ l’Histoire et le pr√©sent se superposent.

 

(p.151) /2007/

En Belgique

LA JUSTICE   EN   MARCHE

En 2007, √† Bruxelles, des jeunes d’origine turque sont condamn√©s √† trente heures de travaux d’int√©r√™t g√©n√©ral et doivent pr√©senter leurs excuses aux jeunes victimes. Ils avaient violemment attaqu√©, √† coups de pierres, des jeunes juifs ortho¬≠doxes qui s’√©taient arr√™t√©s pour la nuit √† Beringen. Les jeunes d’origine turque ont √©galement √©t√© invit√©s √† visiter le mus√©e Anne Frank √† Amsterdam.

Verdict encourageant √©galement, pour la plainte que Jacques Simonet6, Didier Gosuin7 et moi-m√™me avons d√©pos√©e contre les personnes et op√©rateurs ayant contribu√© √† la cr√©ation, l’interpr√©tation et la diffusion de la chanson ¬ę Nique les Juifs¬Ľ. Pour rappel, nous nous √©tions constitu√©s partie civile entre les mains du juge d’instruction sur la base de la loi de 1891 portant r√©pression de la provocation √† commettre des crimes et des d√©lits, de celle de 1981 tendant √† r√©primer le racisme et la x√©nophobie et de celle de 1995 r√©primant le n√©gationnisme et le r√©vision¬≠nisme.

 

  1. Bourgmestre d’Anderlecht, ancien ministre-pr√©sident de la R√©gion bruxelloise, ancien secr√©¬≠taire d’√Čtat aux Affaires europ√©ennes, d√©put√© et chef de groupe MR au Parlement r√©gional bruxellois. Jacques Simonet est mort le 14 juin 2007.

7 Ancien ministre, bourgmestre d’Auderghem et d√©put√© MR au Parlement r√©gional bruxel¬≠lois.

 

 

(p.154) QUAND¬† LE¬†¬† PASS√Ȭ† REVIENT¬†¬† NOUS¬†¬† HANTER…

 

Le 29 janvier, Patrice De Bruyne, coauteur avec Patrick Henderickx, du livre Les Protocoles de Sion, répond par courrier électronique à une carte blanche13 du collectif Dialogue et Partage. Extrait de cette prose antisémite14 :

¬ę […] Je suis sid√©r√© de constater la capacit√© des gens √† succomber √† l’esbroufe, je vise ici une certaine communaut√© tr√®s imbue d’elle-m√™me, vivant en “clan” et plus qu’ais√©e financi√®rement. Proposez-leur des chaussures de sport √† triple semelle thermonucl√©aire articul√©e et couverte de reflets en or, ils l√Ęchent un “waouh” √©pat√©. Idem pour les jantes en alliage “lourd” (c’est gag !) ou les bottes en diamant brut… Cette vulgarit√© du clinquant n’est pas r√©serv√©e aux loustics en manque de prestige sociofinancier. Loin de l√†. Non, ce qui m’atterre et me terrifie, ce sont tous ces gens respectables, tr√®s religieux au point de croire sans rire qu’ils sont les “√Člus” du monde, au degr√© de culture et d’√©ducation jug√© “sup√©rieur” par les instituts de classification socio-anthropom√©trique, qui l√Ęchent eux aussi un “waouh” d’admi¬≠ration devant n’importe quoi. […] La marche du monde ne tient que dans leur sexualit√©, leur pognon, leur appartenance √† une caste “√Člue” et leur facult√© √† √©pater […] On en voulait au livre que mon ami Patrick Henderickx et moi venons de publier et qui se nomme Les Protocoles de Sion. […] Je lui ai dit que : “Le lobbying juif aupr√®s de l’Onu √† New York pour faire adopter une r√©solution condamnant sans r√©serve toute n√©gation de l’Holocauste et rejetant toute n√©gation de l’Holocauste comme fait historique, n’a pas mesur√© que la p√©nalisation du d√©bat historique am√®ne √† l’exact inverse de l’effet recherch√©”. Si la m√©moire de l’Holo¬≠causte doit √™tre une sorte de devoir “sacr√©”, on ne peut “sacraliser” l’indispensable exercice historique, celui qui se rapporte √† des faits av√©r√©s et non √† une “r√©v√©lation” qu’il faut prot√©ger par des lois, des tabous, de l’autocensure et de la censure. […] Chers “zamis” juifs, si vous √©prouvez le besoin de garder en m√©moire l’image du monstre, affirmant, pour vous justifier, que les chemins qui y conduisent sont toujours tr√®s fr√©quent√©s, force m’est de constater que si vous √©crivez que l’ombre du monstre, toujours pr√©sente dans les m√©moires, est la seule gardienne de votre vigilance, c’est que vous √™tes devenu le monstre […] ¬Ľ

 

(p.155) Affaire ULB / Tariq Ramadan

(…)

Les attaques de militants islamistes ou de ceux qui les soutiennent s’adressent la plupart du temps aux ¬ę sionistes ¬Ľ, mais aussi aux la√Įcs. Deux cat√©gories consid√©¬≠r√©es comme fascistes, par ceux-l√† m√™me qui combattent les valeurs d√©mocratiques. Dans un message en forme de lettre ouverte √† ¬ę Philippe Vincke, Ubu-recteur √† l’ULB et √† sa conseill√®re… ¬Ľ, post√© et comment√© sur diff√©rents sites internet dont les ¬ę Ogres bruxellois15 ¬Ľ. La violence des propos est en soi insultante. L’anonymat derri√®re lequel se r√©fugient ces nouveaux crois√©s de la toile n’est √©videmment pas √©tranger au ph√©nom√®ne.

 

(p.156) Le d√©bat est pr√©sent √©galement dans la grande presse comme dans Le Soir, o√Ļ Anne-Marie Roviello, professeur de philosophie √† l’ULB, r√©agit par mail20.

¬ęMais que se passe-t-il donc au Soir’? Comment ce journal peut-il accueillir, √† plusieurs reprises ces derniers jours, ces propos qui commencent vraiment √† sentir mauvais et qui consistent √† expliquer des principes, id√©es et arguments par l’origine juive ‚ÄĒ toujours uniquement l’origine juive ‚ÄĒ de ceux qui les d√©fendent? ! ! ! Et, apr√®s cela √† clore un d√©bat, qu’on ne prend m√™me plus la peine de vraiment entamer avec ces id√©es et arguments ? Tout cela, bien entendu, en d√©fendant dans de grandes d√©clarations d’intention, d’autant plus g√©n√©reuses qu’elles sont vides, le libre d√©bat contradictoire !

 

20 Le 17 mars 2007, adressé à Béatrice Delvaux, rédacteur en chef du Soir.

 

(p.157)

Et toujours dans le m√™me esprit de Judentum…

Dans l’√©dition du m√™me quotidien des 17 et 18 mars, un √©ditorial de V√©ronique Kiesel et Ricardo Guti√©rrez rend compte du passage du flambeau entre Pierre Galand et Philippe Grollet, au Centre d’action la√Įque : ¬ę Philippe Grollet lui confie, ce samedi, le flambeau de la la√Įcit√© organis√©e… Cocasse cons√©cration, au terme d’un parcours qui a men√© cet ex-catholique de gauche, form√© √† l’Institut Cardijn et √† l’UCL, √† pr√©sider le Centre d’action la√Įque. Le voici gardien du temple aconfes-sionnel, bras politique arm√© du million de francophones qui se revendiquent de la la√Įcit√©. Le cheminement n’allait pas de soi pour ce militant de la cause palesti¬≠nienne.. . Une qualit√© qui l’avait disqualifi√© d’embl√©e, aux yeux de quelques figures de la la√Įcit√© officielle : Paul Danblon, Jacques Lemaire, Guy Haarscher, Pierre Mertens et d’autres, largement √©paul√©s par les la√Įques juifs. Ils ne voulaient pas, √† la t√™te du CAL, du pr√©sident des Amiti√©s belgo-palestiniennes, ce “personnage politique”, cet “homme orient√©, partisan”, adversaire malgr√© lui, en somme, “d’une la√Įcit√© ferme, ouverte et rassembleuse”. ¬Ľ

Un raccourci √©tonnant, et une stigmatisation de la communaut√© juive, d’autant que ces intellectuels soutenaient le candidat la√Įc d’origine turque, Chemsi Chereff Kan. Pourquoi d√®s lors, r√©duire cela √† une opposition, la√Įque, voir la√Įque juive, contre le ¬ę pro-Palestinien ¬Ľ Galand? De quel journalisme s’agit-il?

Par ailleurs, Pierre Galand a clairement annonc√© la donne : lors d’une interview accord√©e √† www.wafm.be, il met en cause l’existence de l’√Čtat d’Isra√ęl et parle d’un ¬ęlobby sioniste international¬Ľ.

 

 

(p.159) POL√ČMIQUE¬† AU¬†¬† PARLEMENT¬† EUROP√ČEN

 

√Ä plusieurs reprises pendant cette ann√©e 2007, le Parlement europ√©en est au centre de pol√©miques. Que ce soit sur l’antis√©mitisme ou sur ses positions anti¬≠isra√©liennes. En f√©vrier, il est manifestement abus√© par l’un de ses d√©put√©s polonais, d’extr√™me droite, qui publie une brochure antis√©mite en imprimant le logo du Par¬≠lement europ√©en en couverture.

Voici son argument de vente :

¬ęVous voulez tout savoir sur la “civilisation juive” ? Sur les “diff√©rences bio¬≠logiques” entre les Juifs et les “gentils” ? Sur le choix volontaire de la ghetto√Įsation qu’aurait fait un “peuple” qui d√©sire ne pas se fondre dans la masse ? Sur l’impossi¬≠bilit√© de cohabiter avec la “civilisation juive” en Europe ? Le livre en anglais – inti¬≠tul√© Civilisations at War in Europe ‚ÄĒ que vient de publier le d√©put√© europ√©en Maciej Giertych r√©pond aux questions qu’il s’est pos√©es. ¬Ľ

Le d√©put√© Giertych26, nostalgique d’une Pologne antis√©mite, reprend la rengaine que ¬ę les Juifs sont partout et toujours pr√™ts √† trahir leur pays au profit de leur peuple. Notamment lors des guerres, dit-il, puisque les Juifs sont pr√©sents dans les deux camps, √©videmment. Mais le Juif qui appartient au camp des vainqueurs veille √† ce que le Juif appartenant au camp des vaincus soit bien trait√©. C’est bien connu d’ailleurs, les Juifs s’aident entre eux parce qu’ils sont Juifs alors que “nous”, les chr√©tiens, nous nous battons pour nos valeurs et nos id√©es ¬Ľ.

Cinq d√©put√©s polonais √† l’Europe, membres du groupe politique des d√©mocrates et lib√©raux27 (ADLE), dont feu l’ancien ministre des Affaires √©trang√®res Bronislaw Geremek, publient une d√©claration condamnant fermement la prose antis√©mite de Marciej Giertych.

Le 14 mars, Hans-Gert P√∂ttering, pr√©sident du Parlement europ√©en, a annonc√© que le d√©put√© Giertych re√ßoit un bl√Ęme pour publication de brochure antis√©mite et

 

  1. L’un des dirigeants de la Ligue des familles polonaises (LPR).

27  Bronislaw Geremek, Jan Kulakowski, Janusz Onyszkiewicz, Pawel Piskorski, Grazyna Sta-niszewska.

 

(p.160) utilisation du logo du Parlement. Le bl√Ęme est la sanction la plus l√©g√®re pr√©vue par le r√®glement.

 

(p.163) ¬ęJe combats aussi ce parti, mais je ne vais pas entra√ģner la Shoah dans ma d√©marche34¬Ľ, a encore comment√© le pr√©sident de la N-VA. Il va plus loin, trop loin : ¬ę Ce n’est pas la ville d’Anvers qui a organis√© la d√©portation, mais elle fut, elle-m√™me, une victime de l’Occupation. Ceux qui la dirigeaient √† l’√©poque ont d√Ľ prendre des d√©cisions d√©licates dans des circonstances difficiles. Je ne trouve pas tr√®s courageux de les stigmatiser maintenant. ¬Ľ Et de faire remarquer que ¬ę si l’on doit comm√©morer la Shoah, l’on ne peut perdre de vue la situation des territoires palestiniens occup√©s o√Ļ certains ont recours √† des techniques qui me font penser √† un pass√© noir, plut√īt que de tirer les le√ßons du pass√©. ¬Ľ

 

LE CAS  BART  DE  WEVER

(‚Ķ) Le MR aussi r√©agit par la voix d’Herv√© Hasquin37, administrateur d√©l√©gu√© du Centre Jean Gol et professeur √† l’Universit√© libre de Bruxelles38. ¬ę Le Mouvement

 

  1. Christian Laporte, ¬ęLe pardon d’Anvers relance le d√©bat¬Ľ, La Libre Belgique, 30/10/2007.
  2. Communiqu√© ¬ęNon au n√©gationnisme rampant¬Ľ, 30/10/2007.

38¬† Professeur d’histoire √† l’ULB, ancien ministre-pr√©sident de la Communaut√© fran√ßaise, ancien ministre et ancien d√©put√© f√©d√©ral MR, ancien recteur de l’ULB, aujourd’hui pr√©sident du Centre pour l’√©galit√© des Chances, secr√©taire perp√©tuel de l’Acad√©mie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique.

 

(p.168) /2008/

 

Bonne année 2008 !

Le 4 janvier, dans le quotidien De Morgen, le journaliste Marjan Justaert rel√®ve qu’il est devenu dangereux de se promener en rue, surtout √† Anvers et Bruxelles, avec une kippa sur la t√™te. L’ath√©n√©e Ma√Įmonide √† Anderlecht conseille depuis quelques ann√©es √† ses √©l√®ves de remplacer la kippa par une casquette de base-bail. Shulamit Pinson, la directrice des √©tudes h√©bra√Įques, s’en explique : ¬ę Nous sug¬≠g√©rons √† nos √©l√®ves, en particulier √† ceux qui viennent en tram, d’√™tre prudents et de ne pas attirer l’attention, en portant la calotte. Ils suivent quasi tous nos conseils. ¬Ľ

√Ä Anvers, la situation des √©l√®ves est √©galement pr√©caire, malgr√© le fait que le nombre d’√©coles juives soit plus √©lev√©. Michael Freilich2 confirme que tous les jours des enfants juifs sont regard√©s de travers sur le chemin de l’√©cole, insult√©s, ou m√™me canard√©s d’Ňďufs. Il pr√©cise que si auparavant, les incidents antis√©mites √©taient sur-

 

  1. Les Penchants criminels de l’Europe d√©mocratique, Verdier, 2003, p. 130.
  1. Rédacteur en chef de Joods Aktueel.

 

(p.169) tout provoqu√©s par des musulmans, ¬ę aujourd’hui ce sont aussi les immigr√©s d’Eu¬≠rope de l’Est¬Ľ qui s’en prennent aux Juifs; derniers en date : les Polonais.

Restons en Flandre o√Ļ, peu de temps apr√®s, le com√©dien Alex Agnew s’exprime comme suit dans P-magazine3 : ¬ę Pourquoi doit-on continuer de s’excuser aupr√®s des Juifs, pour le fait qu’ils se sont laiss√©s assassiner dans les camps de concentration, au lieu de mourir un fusil √† la main comme mon grand-p√®re ? […] J’habite au milieu des Juifs hassidiques √† Berchem. Et parfois je me dis que s’ils se sont toujours conduits comme aujourd’hui avec nous, cela ne me surprend pas que dans le cours de l’histoire, ils se sont dit : ¬ę On va d’abord les casser et puis on s’occupera du reste…¬Ľ

Plainte a √©t√© d√©pos√©e aupr√®s du Centre pour l’√©galit√© des chances.

 

(…) À Paris

Des √©v√©nements graves se d√©roulent en Belgique. Ils ont leurs pendants dans l’Hexagone. √Ä Paris aussi, la tension est mont√©e d’un cran. Fin juin, Rudy, un jeune Juif de 17 ans est tabass√© au cours d’une rixe. Une affaire qui plonge la France dans la perplexit√©.

Rou√© de coups en d√©but de soir√©e par plusieurs individus dans la rue Petit du XIXe arrondissement de Paris, l’adolescent est tomb√© dans le coma avant d’en sortir

 

  1. Rudolphus De Groote y avait fait para√ģtre un article le 7/12/2001, comparant Isra√ęl et les Juifs √† un t√©nia, voir annexe 2001. P-magazine, est un magazine hebdomadaire n√©erlandophone masculin (Flandres et Bruxelles) dont le tirage est d’environ 80 000 exemplaires.

 

(p.170) quelques jours plus tard. Comme il portait sa calotte au moment des faits, tout porte √† croire qu’il s’agit d’une agression antis√©mite. Or, des t√©moins ont eu le sentiment qu’il √©tait plut√īt question d’une bagarre entre des bandes rivales qui s’affrontent depuis plusieurs mois.

(…)

 

Retour en Belgique

Deux √©v√©nements historiques sont c√©l√©br√©s durant le premier semestre 20088 : le soixanti√®me anniversaire de l’√Čtat d’Isra√ęl, le 14 mai 2008, et l’ann√©e de la Pales¬≠tine, soutenue par les partis au pouvoir √† la R√©gion bruxelloise et en Communaut√© fran√ßaise9. Une ann√©e palestinienne qui, pour certains, se double de la comm√©¬≠moration de la Nakba, la catastrophe, la cr√©ation d’Isra√ęl. Cela va donner lieu, √† Nivelles, √† une manifestation digne des parodies antis√©mites du Moyen Age, ¬ę Le psychodrame de la Nakba¬Ľ, auquel participent en mai 2008 des personnalit√©s poli¬≠tiques comme l’ancien ministre Andr√© Flahaut et la d√©put√©e Ecolo Th√©r√®se Snoy et d’Oppuers.

 

Les soixante ans d’Isra√ęl vus de Bruxelles

Le lundi 10 mars 2008, le nouvel ambassadeur de l’√Čtat d’Isra√ęl en Belgique, Tamar Samash, est l’invit√©e de ¬ęMatin Premi√®re¬Ľ sur la RTBF10, pour faire le point sur la situation au Proche-Orient. Elle est l√† pour r√©pondre aux questions des audi¬≠teurs, comme c’est la coutume, par t√©l√©phone, ou via le blog de la RTBF, o√Ļ en principe un filtre est mis en place afin d’√©viter insultes et d√©rapages.

Toutefois, l’interview de l’ambassadeur d’Isra√ęl passe tr√®s vite le cap de la cour¬≠toisie pour se r√©v√©ler assez agressive. Certaines interventions relay√©es par la cha√ģne, sont tellement excessives qu’elles tombent sous le coup de la loi de 1981 contre l’antis√©mitisme.

 

  1. La liste des incidents du pr√©sent ouvrage est cl√ītur√©e fin juin 2008.
  2. À la Région bruxelloise ce sont le PS, le cdH et Ecolo, et à la Communauté française le PS et le cdH.
  1. De 7h40 à 8hOO et de 8h40 à 9hOO.

 

(p.172) Les r√©actions aux soixante ans d’Isra√ęl sont donc, en Belgique, pour le moins agressives. Le gouvernement belge, les Communaut√©s et les R√©gions ont d’ailleurs tr√®s peu manifest√© leur soutien √† cet anniversaire. La Communaut√© fran√ßaise s’est content√©e de financer quelques √©v√©nements culturels, concerts et une soir√©e, en octroyant un budget assez limit√©, en comparaison avec les budgets allou√©s √† l’Ann√©e de la Palestine, annonc√©e depuis un an √† grand renfort de publicit√©. Si, en soi, cela ne pose gu√®re probl√®me, c’est le contraste qui est saisissant.

 

(p.173) UNE INAUGURATION SANS PARTAGE

 

L’inauguration a eu lieu en d√©cembre 2007, √† la Maison Folie, √† Mons, avec l’exposition des Ňďuvres du Zan Studio de Ramallah13. Un groupe qui contraire¬≠ment √† bien d’autres groupements d’artistes palestiniens, d√©nie √† Isra√ęl le droit d’exister et milite activement en ce sens. Ce collectif d’artistes, qui incarne le refus du dialogue, a √©t√© fond√© par l’un des participants √† Masarat, Basel Nasr, qui sur le site de l’association Intal14, r√©pond √† l’interviewer qui lui fait remarquer qu’il ¬ę uti¬≠lise l’expression “Palestiniens de 48” pour d√©signer les Palestiniens qui vivent, en 2007, en Isra√ęl ¬Ľ. Il r√©pond : ¬ę C’est vrai… Mais il s’agit l√† d’un choix politique. Tout le monde, les m√©dias, les gouvernements parlent de quarante ans d’occupation, c’est-√†-dire depuis la guerre des Six Jours de 1967, quand Isra√ęl a envahi la Cisjor-danie et Gaza. Mais pour nous, et pour l’√©crasante majorit√© des Palestiniens, Isra√ęl, dans ses fronti√®res de 1948, est une colonie, et les personnes ou leurs descendants qui y vivent, sont des colons. La cr√©ation d’Isra√ęl est, pour nous, une d√©possession ill√©gitime qui a d√©but√© en 1948.¬Ľ

 

  1. http ://philosemitismeblog.blogspot.com/

14 International Action for Liberation, http ://www.intal.be/fr/node/5536

 

(p.174) CIRCUS  BEHIND  THE  WALL

 

L’√Čcole du cirque de Palestine pr√©sente √† Mons le spectacle ¬ę Circus Behind the Wall ¬Ľ inspir√© de la vie r√©elle de Palestiniens, ¬ę s√©par√©s de leur eau, leur terre, leur pass√©, leurs proches par le mur de la s√©gr√©gation ¬Ľ. La barri√®re de s√©curit√©, construite par Isra√ęl pour se prot√©ger des attaques terroristes, est qualifi√©e de ¬ę mur de la s√©gr√©¬≠gation ¬Ľ dans la description de ce spectacle16 publi√©e sur le site officiel de Bruxelles-Wallonie-Palestine 2008. Le programme de Masarat le mentionne sans autre explication quant au type de ¬ęs√©gr√©gation¬Ľ. Cette r√©f√©rence √† la s√©gr√©gation n’ap¬≠para√ģt pourtant pas sur le site de l’Ecole du cirque de Palestine ; en revanche, il

 

16 http ://philosemitismeblog.blogspot.com/

 

(p.175) mentionne avec beaucoup de courtoisie sa collaboration avec le cirque de Jérusalem.

On peut dès lors se demander pourquoi le gouvernement de la Communauté française fait tant d’efforts pour impoter le conflit à travers un événement culturel qu’elle subventionne largement.

Non contents d‚Äôaccueillir des artistes qui ne reconnaissent pas l‚Äôexistence d‚ÄôIsra√ęl ou sont √† l‚Äôorigine de messages de haine et d‚Äôincitation √† la violence √† son encontre, ou encore ceux qui oeuvrent au boycott, avec toutes les cons√©quences r√©elles aupr√®s d‚Äôune jeunesse d√©j√† en manque de rep√®res, c‚Äôest surtout une carte d‚ÄôIsra√ęl faisant r√©f√©rence √† la Belgique qui f√Ęche.

 

EN WALESTINNE17,¬†¬† GAZA¬† C’EST¬† LES¬† FOURONS!

Le centre de la pol√©mique est une carte du Moyen-Orient sur laquelle la Flandre est repr√©sent√©e en lieu et place d’Isra√ęl et la Wallonie comme les territoires pales¬≠tiniens. Quant √† la bande de Gaza, elle figure en lieu et place des Fourons18. Une Palestine sur laquelle on a transpos√© une r√©alit√© politique belge et o√Ļ les Flamands – agressifs et arrogants ‚ÄĒ sont les expansionnistes, qui √† l’instar de la situation belge veulent annexer la pauvre Wallonie ! Au point o√Ļ en √©taient les inventeurs de cette carte ¬ę wallestinienne ¬Ľ, on peut se demander pourquoi ils n’ont pas fil√© la m√©taphore jusqu’√† l’absurde en plaquant sur les Flamands la remarque cinglante que le g√©n√©ral de Gaulle d√©cochait aux Isra√©liens : ¬ę Un peuple d’√©lite, s√Ľr de lui-m√™me et domi¬≠nateur19 ¬Ľ.

Suite aux critiques formul√©es par la Communaut√© flamande, la carte a √©t√© sup¬≠prim√©e. Par contre, le contenu du site ayant trait √† Isra√ęl n’a pas √©t√© modifi√© : on y trouve toujours l’expression : le ¬ęmur de la s√©gr√©gation¬Ľ ainsi que l’√©loge du Zan Studio20.

 

  1. Selon le mot forgé par M. Macina à Paris.
  2. Devenus flamands alors que les Israéliens se sont retirés en 2005 du territoire occupé de Gaza. Source : Belga.
  3. Menahem Macina, www.upjf.org, 10/04/08.
  4. http ://philosemitismeblog.blogspot.com/

 

(p.176) Le psychodrame de la Nakba

Autre √©v√©nement, qui a suscit√© √©motion et col√®re, l’organisation en mai dernier √† Nivelles, du ¬ępsychodrame Nakba¬Ľ.

Les groupes Paix juste au Proche-Orient (PJPO) d’Ittre et Nivelles sont les organisateurs22 de ce qu’ils ont eux-m√™mes appel√© le ¬ępsychodrame Nakba23¬Ľ, jou√© dans les rues et sur le march√© de Nivelles le samedi 24 mai. Des participants √† qui l’on avait demand√© de s’habiller en Palestiniens, les mains lev√©es, escort√©s par d’autres participants qui s’√©taient habill√©s en ¬ę soldats isra√©liens ¬Ľ ont d√©fil√© dans plu¬≠sieurs rues du centre en hurlant des contre-v√©rit√©s historiques. Une mise en sc√®ne choquante et violente, qui a saisi des spectateurs et fait pleurer des enfants24.

Un psychodrame qui pr√©sentait la Nakba comme si elle avait √©t√© le r√©sultat d’une intervention unilat√©rale des Juifs contre la population arabe de Palestine en 1948. Il s’agit l√† d’un n√©gationnisme historique pur et simple. De la m√™me fa√ßon qu’on ne peut passer sous silence les responsabilit√©s du c√īt√© isra√©lien, de m√™me, on ne peut pas ne pas rappeler le refus arabe, l’invasion des pays voisins dans l’intention de jeter les Juifs √† la mer ou bien les massacres de populations juives qui ont exist√© comme les massacres de populations arabes25.

 

  1. Marc Abramowicz pour Ittre et Anne Mottart pour Nivelles.
  2. La catastrophe en 1948 pour les Palestiniens.
  3. Sur la vidéo déposée sur YouTube, on voit clairement le déroulement de cette mise en scène http ://www.youtube.com/watch ?v=EXFmYH76aFY
  1. Extrait d’un mail de r√©action aux √©v√©nements de Nivelles, envoy√© par le rabbin Alain Michel, docteur en histoire et directeur des programmes √©ducatifs francophones √† Yad Vashem.

 

(p.177) Les repr√©sentants des partis politiques invit√©s √† parler se sont alors exprim√©s. Ont pris la parole Th√©r√®se Snoy et d’Oppuers (d√©put√©e f√©d√©rale Ecolo), Andr√© Flahaut (PS) et Evelyne Van P√©e (cdH), au nom du coll√®ge en tant qu’√©chevine aux relations Nord-Sud.

(…)

En effet, Th√©r√®se Snoy, d√©put√©e f√©d√©rale Ecolo, a tenu des propos antis√©mites, n’h√©sitant pas √† parler de ¬ę pressions de certains groupes juifs ¬Ľ √† propos du refus des autorit√©s communales de circuler avec un tracteur en pleine ville de Nivelles le samedi, jour de march√© : ¬ęJe suis sid√©r√©e de voir ce qui se passe √† la commune de Nivelles o√Ļ on subit de pressions. D’abord, on nous a emp√™ch√©s de circuler avec le tracteur. Maintenant, on voudrait nous emp√™cher de faire un deuxi√®me tour √† pied. Je suppose que √ßa illustre la capacit√© de la classe politique malheureusement √† √™tre, √† subir et √† accepter des pressions de la part de certains groupes juifs. Je suppose que cela se passe √† tous les niveaux. Et c’est peut-√™tre aussi pour cela que le gouvernement belge est si timide dans ses positions. ¬Ľ

 

LA R√ČCURRENCE¬† D’ANDR√Ȭ†¬† FLAHAUT

Andr√© Flahaut, par sa position d’ancien ministre, de conseiller communal √† Nivelles et de d√©put√© socialiste, apportait sans nul doute aux organisateurs une cau¬≠tion de poids. Voici son intervention : ¬ę(‚Ķ) (p.179) Apr√®s le CCOJB, et l’ambassade d’Isra√ęl, ce sont le Forum d’An¬≠vers, puis le Centre communautaire la√Įc juif (CCLJ), pour qui M. Flahaut ¬ęs√®me le trouble en induisant une similitude entre la Shoah et le sort des Palestiniens, ainsi qu’une confusion entre soldats isra√©liens et violeurs ¬Ľ, et enfin le Cercle Ben Gou¬≠rion qui va r√©agir par divers communiqu√©s condamnant tant la manifestation que les propos tenus par les repr√©sentants politiques.

La communaut√© juive ‚ÄĒ tr√®s partag√©e sur la mani√®re d’aborder ce probl√®me ‚ÄĒ s’√©tait d√©j√† sentie agress√©e par les propos du ministre Flahaut lors du saccage du M√©morial √† Anderlecht, pendant la guerre du Liban27, un an auparavant. √Ä l’√©poque ministre de la D√©fense en charge des victimes de la guerre, il re√ßoit une demande de l’Agence diasporique d’information (ADI) concernant le bien-fond√© de la mis¬≠sion confi√©e √† un de ses fonctionnaires, Henri Laquay dont les sympathies d’ex¬≠tr√™me droite sont de notori√©t√© publique. Son r√īle est de recevoir, en tant que repr√©sentation de l’√Čtat belge face aux Juifs rescap√©s de la Shoah, les personnes demandant une pension comme victimes de guerre. Pourquoi obliger les survivants √† se pr√©senter devant ce candidat FN aux √©lections communales 1994, qui incarne et soutient, encore aujourd’hui, une id√©ologie apparent√©e √† celle qui a fait d’eux des victimes ? L’association des deux, par les ¬ę hasards ¬Ľ de la fonction publique, est choquante et elle peut √™tre remise en cause m√™me si elle est due au hasard ! Aux demandes adress√©es au ministre Flahaut, √©manant du CCOJB et de l’ADI, de d√©placer cette personne dans une autre fonction, il leur a r√©pondu : ¬ę Contrairement √† ce que vous insinuez, je ne suis pas indiff√©rent au fait que l’√Čtat belge puisse √™tre repr√©sent√©, dans une mati√®re aussi sensible que l’√©valuation des dossiers des vic¬≠times des d√©portations racistes nazies, par un fonctionnaire qui a pu manifester des opinions politiques d’extr√™me droite. Toute mon action, en particulier dans mes comp√©tences de ministre de tutelle des anciens combattants et victimes de guerre, montre √† suffisance mon souci de lutter contre l’extr√™me droite. Cela √©tant, ne vous , en d√©plaise, la Constitution de notre pays garantit √† chacun, m√™me √† ceux qui v√©hi¬≠culent des th√©ories naus√©euses fond√©es sur la haine de l’autre, le droit √† la libert√© d’opinion, elle garantit aussi le droit d’√™tre poursuivi pour des infractions av√©r√©es et pas seulement suppos√©es. Ces principes sont inclus dans le statut des agents de l’√Čtat. Dans le cas d’esp√®ce, je n’ai pas connaissance de plaintes reposant sur des faits – les insinuations qui truffent votre article ne suffisent pas ‚ÄĒ, qui m’autoriseraient √† prendre √† l’encontre de M. Henri Laquay, l’une ou l’autre des mesures pr√©vues par le statut des agents de l’√Čtat. Au surplus, le fonctionnaire dirigeant le service des Victimes de la Guerre est particuli√®rement vigilant √† ce sujet et me confirme que les opinions politiques de M. Laquay28 n’interf√®rent en aucune fa√ßon, sur la mani√®re dont il traite les dossiers, lesquels sont, en tout √©tat de cause, soumis √† un contr√īle rigoureux de la part dudit fonctionnaire dirigeant. Je conclurai, d√®s lors,

 

  1. Voir chapitre 6.
  1. Entretemps, monsieur Laquay a quitté ses fonctions anticipativement en 2008.

 

(p.480) la pr√©sente en vous assurant que toutes les garanties m’ont √©t√© donn√©es que les audiences de la Commission civile d’invalidit√© se d√©roulent dans les conditions de s√©r√©nit√© n√©cessaires et dans le respect des droits des victimes. ¬Ľ

Commentaire de l’Agence diasporique d’information :

¬ę Le ministre Flahaut joue sur les mots, puisque notre article ne demandait pas qu’une sanction soit prise contre le fonctionnaire d’extr√™me droite, mais bien qu’il soit affect√© √† un autre poste, o√Ļ il conservera ses droits acquis. Le ministre a r√©pondu en donnant au lecteur des le√ßons de droit administratif, le ministre s’√©pargne d’avoir √† se comporter respectueusement avec les victimes juives, qui sollicitent la recon¬≠naissance par l’√Čtat des s√©quelles qu’elles conservent suite aux pers√©cutions raciales qu’elles ont subies, et sont souvent douloureusement angoiss√©es de se trouver dans ces circonstances, toujours tr√®s difficiles, face √† un militant d’extr√™me droite.¬Ľ

Pour en revenir √† Nivelles, le casus belli a d√©pass√© les fronti√®res de la petite Bel¬≠gique. Michel Rosenzweig, pour Guysen International news29, √©crit un article intitul√©, ¬ęLa Nakba au pays de Tintin30¬Ľ. ¬ęDes militaires casqu√©s en uniforme isra√©¬≠lien, arme au poing, des hommes, des femmes et des enfants maltrait√©s, apeur√©s, h√©b√©t√©s, des cris, des hurlements, des ordres de d√©placement, des passants inter¬≠loqu√©s, certains franchement inquiets, des camions destin√©s √† la d√©portation dans lesquels on entasse des Palestiniens avec violence, chass√©s de leurs maisons et de leurs terres, la sc√®ne est film√©e, mais pas en Palestine disput√©e ou occup√©e, ni en Isra√ęl, non, la sc√®ne se d√©roule dans une petite ville belge non loin de Bruxelles, √† Nivelles, nous sommes le 24 mai 2008 : bienvenue au Royaume de Belgique qui c√©l√®bre la Nakba, √† l’occasion du 60e anniversaire de l’√Čtat d’Isra√ęl. […] Lorsqu’on visionne les images sur YouTube, on est partag√©, un peu fig√© et glac√©, entre la consternation et l’h√©b√©tement, le tout m√Ętin√© d’une naus√©e diffuse. […] D’une part, un ex-ministre socialiste de la D√©fense (excusez du peu!) […] D’autre part, une d√©put√©e f√©d√©rale √©colo, qui ne se cache pas d’en appeler au complot ourdi par les Juifs, qui, tout le monde le sait, sont partout et surpuissants. […] ¬Ľ.

Pour M. Rosenzweig, les propos sont clairs, les amalgames et accusations sont graves (les femmes viol√©es ? par qui ? par des soldats isra√©liens ? !) et il n’est pas n√©cessaire d’√™tre un expert en s√©mantique pour comprendre le lien entre ¬ę les atro¬≠cit√©s dont le peuple juif a √©t√© victime ¬Ľ et le parall√®le, clairement √©tabli dans le paragraphe suivant, entre le nazisme allemand et un hypoth√©tique nazisme isra√©lien. ¬ę Lorsque l’on voit ce m√™me d√©put√© f√©d√©ral, ex-ministre, regarder cette mise en sc√®ne cari¬≠caturale avec un sourire de contentement et d’amusement, on ne peut que ressentir le caract√®re obsc√®ne de la sc√®ne ainsi que l’aspect pervers qui s’en d√©gage. Ainsi, les acteurs et les spectateurs complaisants de cette macabre et sordide parodie his¬≠torique √©taient cens√©s r√©v√©ler La V√©rit√© sur un moment douloureux de l’histoire de la cr√©ation de l’√Čtat d’Isra√ęl. ¬Ľ

 

  1. Agence de presse francophone d’Isra√ęl, qui fournit nouvelles et articles sur le Moyen-Orient.
  2. 28 mai 2008. Pour Guysen International News, texte repris de son site.

 

 

(p.181) LES JUIFS ACCABLENT  FLAHAUT

 

Ce titre31 fait froid dans le dos. Il r√©sume la justification d’Andr√© Flahaut : ¬ęJe n’ai pas dit √ßa et je n’ai pas cit√© l’√Čtat d’Isra√ęl, r√©plique-t-il, alignant ses multiples d√©marches en faveur de la communaut√© juive : demandez donc √† ceux qui ont souffert dans les camps nazis ce qu’ils pensent de moi ! Demandez √† ceux avec qui nous avons remis en √©tat le pavillon belge d’Auschwitz ! Demandez aussi qui a permis la cr√©ation du Mus√©e juif de Bruxelles ! ¬Ľ

Etant donn√© la pr√©sence d’une d√©put√©e de son parti √† Nivelles, Isabelle Durant, copr√©sidente d’Ecolo, intervient lors d’une √©mission du collectif Dialogue et Par¬≠tage32, sur Radio Juda√Įca.

Elle y prend ses distances par rapport aux propos de Th√©r√®se Snoy, pour lesquels elle s’excuse. Ce qui met un peu de baume au cŇďur, au sein de la communaut√© juive, toujours sous le choc, de la mise en sc√®ne et des propos tenus.

Pourtant, d√®s le surlendemain elle rectifie, dans Le Soir : ¬ę On peut √™tre anti¬≠sioniste sans √™tre antis√©mite. ¬Ľ On y revient toujours : Comment peut-on d√©sirer l’annihilation d’un pays, sans contenir un fond plus ou moins conscient de haine consciente ou non pour le peuple de ce pays ?

Encore une fois, le poids des mots, le choix des images, est important. Etre antisioniste, ne veut pas dire condamner les implantations ou d√©fendre la naissance d’un v√©ritable Etat palestinien aux c√īt√©s d’Isra√ęl. Etre antisioniste, c’est pr√©cis√©ment √™tre pour la fin d’Isra√ęl, que ce soit de mani√®re directe et violente √† la mani√®re d’Ahmadinejad, ou de mani√®re sournoise en r√©clamant un fantasmatique ¬ę√Čtat binational¬Ľ, dont on sait qu’il ne serait en aucun cas viable.

De la m√™me mani√®re peut-on crier ¬ęBelgi√ę barst¬Ľ sans vouloir la fin d’un √Čtat belge et sans √™tre raciste ? Si l’on peut, donc tr√®s l√©gitimement, critiquer le gouver¬≠nement d’Isra√ęl sans √™tre antis√©mite, il semble plus difficile d’√™tre ¬ę antisioniste ¬Ľ sans √™tre d’une mani√®re ou d’une autre ¬ęantis√©mite¬Ľ. Rappelons qu’Isra√ęl est le seul pays √† √™tre remis en question, non dans un aspect de son √©volution, mais dans le principe m√™me de son existence.

 

  1. Le Soir, 29/5/2008 (p. 7), édition Namur/Luxembourg, sous la plume de Ricardo Guttierez.
  2. Débat organisé par Sara Brajbart-Zajtman, coprésidente du collectif Dialogue et Partage, en présence de Corinne Depermentier, députée fédérale MR.

 

(p.185) En Belgique, les textes racistes, x√©nophobes, antis√©mites diffus√©s sur Internet rel√®vent de la loi du 30 juillet 1981 relative √† la r√©pression du racisme, et de la loi du 23 mars 1995 r√©primant le n√©gationnisme8. Ces lois sont-elles pour autant appli¬≠qu√©es d√®s lors que les documents niant ou minimisant la Shoah sont consultables sur le Net9 ? Si des poursuites p√©nales √©taient engag√©es, elles ne pourraient, selon une premi√®re analyse, que viser des sites belges √©tablis en Belgique. C’est pour cette raison que des sites x√©nophobes ont √©t√© bloqu√©s par leurs fournisseurs d’acc√®s (en anglais : providers) mais profitent aujourd’hui des conditions all√©chantes d’h√©bergement de l’Am√©ricain GeoCities10, au grand dam des autorit√©s euro¬≠p√©ennes11.

 

  1. GeoCities est un service d’h√©bergement Web gratuit, cr√©√© en 1994 et d√©tenu par Yahoo.

 

(p.187) Islamisme à la carte

Jean-Yves Camus16, dans une interview au Monde17explique qu’Internet, en donnant la possibilit√© de recevoir des textes gr√Ęce √† des listes de diffusion et de t√©l√©¬≠charger de la musique √† contenu raciste ou antis√©mite, provoque une d√©multipli¬≠cation du message. Les inhibitions sont d’autant plus lev√©es que l’anonymat est garanti sur les forums virtuels. ¬ęLe site “radio islam” est, semble-t-il, un v√©ritable laboratoire vivant de la haine. R√©alis√© par un individu isol√©, un Marocain r√©fugi√© en Su√®de, il promeut un antis√©mitisme n√©gationniste. Selon Camus, en ce qui concerne les sites musulmans, il faut faire la distinction entre les identitaires, les islamistes et les djihadistes. Le site belge www.assabyle.com18, par exemple, peut √™tre consid√©r√© comme islamiste radical, avec des tendances djihadistes. Le site islamiya, lui, utilise un habillage religieux pour v√©hiculer un antisionisme radical √† forte coloration anti¬≠s√©mite, par exemple lorsqu’il compare Tsahal √† l’arm√©e d’Hitler. On assiste aussi √† des d√©rives inacceptables sur les forums de sites comme www.oumma.com. Ce sont, sans aucun doute, des sites dont les mod√©rateurs ne jouent pas suffisamment leur r√īle.

 

  1. Politologue, enseignant √† l’Institut universitaire d’√©tudes juives Elie-Wiesel.
  2. Propos recueillis par Xavier Ternisien, Le Monde, 16/06/2004. Jean-Yves Camus est sp√©cia¬≠liste de l’extr√™me droite fran√ßaise, du Front national, et expert des groupes radicaux islamistes. Auteurs de nombreux ouvrages sur le sujet.
  1. Dans le rapport de la commission nationale consultative des droits de l’homme en France, Assabyle est √©pingle comme √©tant un ¬ęsite fondamentaliste, diabolisant le peuple juif et reprenant tous les poncifs traditionnels de l’antis√©mitisme ¬Ľ.

 

(p.189) Parmi les sites racistes, antis√©mites et d’extr√™me droite d’origine belge, on trouve ceux du Vlaams Blok, du Front national, du Front nouveau de Belgique, du Bloc wallon, du VHO, de Blood & Honour-Flanders, d’Aryan Nightmare. Mais aussi le site de Dyab Abou Jahjah, pr√©sident de l’Arabian European League (AEL) qui encourage la haine, la discrimination et la violence, en particulier √† l’√©gard de la communaut√© juive. Des plaintes ont √©t√© d√©pos√©es √† son encontre. Quant au site d’extr√™me gauche et antiglobalisation Indymedia Belgium, il a lui aussi v√©hicul√© des propos violents et antisionistes, tout comme le site flamand Kif Kif.

 

(p.190) Les plaidoiries vont d√©montrer que bien que le site se pr√©sente comme un site d’information sur l’islam, www.assabyle.com diffuse essentiellement des textes hai¬≠neux √† l’√©gard des Juifs, des chr√©tiens et des Occidentaux en g√©n√©ral. Exemples de ce que l’on peut y lire : ¬ę Les Occidentaux sont tous pareils : leur conscience est pourrie et leur civilisation est trompeuse. Ils pr√īnent une ruse appel√©e la d√©mo¬≠cratie. ¬Ľ Les textes se concentrent quasi exclusivement sur la haine des Juifs, pr√©¬≠sent√©s comme des ¬ę m√©cr√©ants, ennemis, corrompus, maudits, rebelles, ambitieux, sournois, √©gar√©s, indignes, d√©sob√©issants, transgresseurs, vils, l√Ęches, consternants, faibles, partisans de l’Ant√©christ, arrogants, singes et porcs¬Ľ. Les musulmans ¬ęmod√©¬≠r√©s ¬Ľ y sont √©galement vilipend√©s pour leur tol√©rance envers les Juifs et les chr√©tiens et trait√©s d’¬ę ignorants ¬Ľ.

 

Vente d’objets nazis sur Yahoo

L’UEJF et la Liera ont attaqu√© conjointement la soci√©t√© am√©ricaine Yahoo Inc et sa filiale fran√ßaise afin d’interdire, √† partir du 10 janvier 2001, l’acc√®s √† la vente des objets nazis sur Internet. Apr√®s une bataille juridique de neuf mois, Yahoo s’est enfin r√©sign√© en pr√©cisant qu’il ne s’agissait pas d’une r√©ponse √† la d√©cision de la justice fran√ßaise du 20 novembre 2000, donnant trois mois √† Yahoo pour interdire aux ressortissants fran√ßais l’achat d’objets nazis. Beaucoup se sont f√©licit√©s de la d√©ci¬≠sion de Yahoo.

En janvier 2006, une cour d’appel de Californie a admis qu’un tribunal fran√ßais pouvait interdire la vente sur le Net de croix gamm√©es ou d’insignes de SS. Elle a, ainsi, mis fin au diff√©rend entre le site am√©ricain Yahoo et les associations fran√ßaises (UEJF et LICRA), au terme de plusieurs ann√©es de controverses fertiles en rebon¬≠dissements.

 

(p.196) Origines de l’antis√©mitisme musulman

Retour aux sources des relations jud√©o-musulmanes. Pendant des si√®cles, l’op¬≠pression des Juifs par les musulmans fut extr√™mement dure et stricte ; ce ne fut que gr√Ęce √† la colonisation europ√©enne qui imposa des lois civiles fondant l’√©galit√© juri¬≠dique de toutes les communaut√©s, vivant sous gouvernement ou protectorat occi¬≠dentaux, que le monde musulman, alors soumis, connut une p√©riode d’apaisement et de relations non conflictuelles entre musulmans, Juifs et colons chr√©tiens. Une p√©riode dont on garde un souvenir plut√īt agr√©able et au cours de laquelle les rela¬≠tions avec les Arabes √©taient relativement bonnes.

La source de l’antis√©mitisme et de l’antichristianisme musulman plonge dans les racines de l’islam, qui est d’abord et avant tout la r√©ponse d’un guerrier (Mahomet). R√©ponse √† la domination occidentale incarn√©e par Rome et √† la christianisation du monde poussant l’islam √† ses conqu√™tes du VIIe si√®cle jusqu’√† s’√©tendre en Europe. R√©ponse, aussi, √† la survivance des enfants de Mo√Įse qui fond√®rent le premier Isra√ęl apr√®s leur fuite d’Egypte.

Comprendre l’Histoire dans sa globalit√©, c’est comprendre les enjeux d’aujour¬≠d’hui en tenant compte de leurs sources.

 

(p.197) Bat Ye’or a forg√© le terme ¬ę dhimmitude ¬Ľ5 pour d√©signer le statut cruel des minorit√©s non musulmanes dans les pays islamiques ou en ¬ęterre d’islam¬Ľ. C’est, selon elle, un outil conceptuel qu’elle a forg√© en travaillant sur la traduction anglaise d’une √©dition augment√©e de son livre Le Dhimmi.

¬ęLa dhimmitude est corr√©l√©e au djihad6. C’est le statut de soumission des indi¬≠g√®nes non musulmans -juifs, chr√©tiens, sab√©ens, zoroastriens, hindous, etc. ‚ÄĒ r√©gis dans leur pays par la loi islamique. Il est inh√©rent nufiqh (jurisprudence) et √† la charia (loi islamique) ¬Ľ, pr√©cise l’historienne7. ¬ę Les √©l√©ments sont d’ordre territorial, reli¬≠gieux, politique et social. Le pays conquis s’int√®gre au dar a√Į-islam sur lequel s’ap¬≠plique la charia. Celle-ci d√©termine, en fonction des modalit√©s de la conqu√™te, les droits et les devoirs des peuples conquis, qui gardent leur religion √† condition de payer une capitation mentionn√©e dans le Coran et, donc, obligatoire. Les √©l√©ments caract√©ristiques de ces infid√®les conquis (dhimmi5) sont leur inf√©riorit√© dans tous les domaines par rapport aux musulmans, un statut d’humiliation et d’ins√©curit√© obligatoires et leur exploitation √©conomique.¬Ľ Le statut de ¬ędhimmi¬Ľ assure √©ga¬≠lement la protection aux Gens du Livre, les Juifs et les chr√©tiens, au contraire des pa√Įens qui n’ont pas le droit de vivre.

Les dhimmis ne pouvaient construire de nouveaux lieux de culte et la restaura­tion de ces lieux obéissait à des règles très sévères.

Ils √©taient oblig√©s de vivre dans des quartiers s√©par√©s, de se diff√©rencier des musulmans par des v√™tements non color√©s et de forme particuli√®re, par leur coiffure, leurs selles en bois, leurs √©triers et leurs √Ęnes, seule monture autoris√©e. Ils √©taient astreints √† des corv√©es humiliantes, m√™mes les jours de f√™te ainsi qu’√† des ran√ßons ruineuses extorqu√©es, souvent par des supplices. L’incapacit√© de les payer les condamnait √† l’esclavage.

Comme partout, il y eut des périodes de tolérance dont profitaient les dhimmis, mais elles demeurent circonstancielles, liées à des conjonctures politiques tempo­raires dont la disparition provoque le retour à une répression accrue.

Cette tol√©rance, du reste, est provisoire et peut-√™tre abolie si l’autorit√© musul¬≠mane juge que le dhimmi contrevient aux r√®glements de son statut. Dans ce cas,

 

  1. Une forme de sous-citoyennet√© aux droits limit√©s et inf√©rieurs √† celui des musulmans, telle que l’impossibilit√© pour un Juif d’√™tre propri√©taire de la terre en pays d’islam. Les lois de la ¬ędhimmitude¬Ľ ob√©issent √† trois principes essentiels : l’inf√©riorit√© des non-musulmans dans tous les domaines, cette situation existe aujourd’hui pratiquement dans tous les pays arabes, en Iran, en Afghanistan, et dans d’autres pays ; la vuln√©rabilit√© de l’infid√®le, r√©alis√©e autrefois par l’interdiction du port d’armes et l’in¬≠terdiction du t√©moignage contre un musulman, ce qui implique un danger mortel en cas d’accusation de blasph√®me, une situation encore actuelle, notamment au Pakistan et qui a provoqu√© les assassinats de Chr√©tiens innocents. Un √©v√™que catholique pakistanais, John Joseph, s’est suicid√© le 6 mai 1998 pour attirer l’attention du monde sur cette injustice ; l’humiliation et l’avilissement du non-musulman impos√©s par un ensemble tr√®s pr√©cis de r√®glements.

 

  1. Guerre sainte. Le jihad est une guerre qui ordonne le massacre des hommes et l’esclavage des femmes et des enfants en cas de r√©sistance. Ces r√®gles continuent jusqu’aujourd’hui, par exemple, au Sud-Soudan, avec l’esclavage des femmes et des enfants des rebelles.
  1. Entretien avec Bat Ye’or sur la dhimmitude et Eurabia (lre partie), par V√©ronique Chemla pour Guysen International News, 28/01/2008.

 

(p.198) divers ch√Ętiments sont envisag√©s. En outre, la notion de la√Įcit√© est inexistante dans l’islam et semble m√™me blasph√©matoire8.

(…)

Bat Ye’or : ¬ęLes talibans l’appliqu√®rent √† l’√©gard des hindous, les coptes en Egypte continuent d’en souffrir ainsi que les chr√©tiens en Irak, en Iran, au Sou¬≠dan, au Nigeria. M√™me la Turquie maintient certaines restrictions sur les lieux de culte. La dhimmitude ne pourra pas changer tant que l’id√©ologie du djihad se main¬≠tiendra. ¬Ľ

 

Rompre les tabous

Nadia Bouria, journaliste √† RTL-TVI, a accept√© de r√©pondre √† mes questions sur cette probl√©matique : ¬ęLes tabous sont tomb√©s. Quand j’√©tais petite, “Sale Juif, √ßa ne se disait pas. Aujourd’hui on entend “Sale juif’, m√™me dans le sens “radin”… ¬Ľ Nadia Bouria est toujours perturb√©e quand elle entend ce type de langage, car ses parents l’ont √©duqu√©e dans la tol√©rance.

 

(p.203) Ainsi, apr√®s des si√®cles d’antijuda√Įsme chr√©tien, o√Ļ les Juifs sont accus√©s de d√©i¬≠cide, celui-ci existe toujours. Il s’est d’ailleurs exprim√© ouvertement, par exemple, dans le film de Mel Gibson, la Passion du Christ (2004), o√Ļ le peuple juif est ‚ÄĒ une fois encore ‚ÄĒ accus√© de la mort du Christ. Il s’exprime de mani√®re feutr√©e √©gale¬≠ment : avez-vous d√©j√† entendu deux amies parler d’une soir√©e, tout en poussant leur chariot dans une grande surface ? Si vous entendez : ¬ęJe n’y ai pas √©t√© car il y avait trop de “Lituaniens” ¬Ľ, sachez que ce sont les Juifs que cette dame voulait √©viter.

 

(p.204) Par ailleurs, lorsque un ministre de la D√©fense6 d√©rape au M√©morial ou lors¬≠que le m√™me, redevenu d√©put√© f√©d√©ral, monte sur une estrade pour faire un nouveau discours fait d’amalgames, n’entra√ģne-t-il pas la responsabilit√© de son groupe politique au Parlement, mais aussi celle de l’√Čtat belge dans son sillage? Lorsqu’une ministre de la Culture √† la Communaut√© fran√ßaise laisse s’installer un malaise grandissant sur un comportement qui ressemble de plus de plus √† de l’anti¬≠s√©mitisme et ne subventionnant plus une trilogie juive mettant ainsi en p√©ril le th√©√Ętre, quel message fait-elle passer7 ? Lorsqu’au sein d’une asbl, Le Bois du

 

  1. Il s’agit d’Andr√© Flahaut. Les faits sont d√©crits supra.

7 Il s’agit de la mani√®re dont Richard Kalisz, directeur du Th√©√Ętre Jacques Gueux, a √©t√© malmen√© suite √† la demande de subside de la trilogie juive (trois pi√®ces √† th√®me juif, dont Quelque chose d’Anne Frank). D’abord un avis positif transform√© en avis n√©gatif, suppression de subsides des remarques sur l’existence d’un antis√©mitisme d’extr√™me gauche, jusqu’√† une remarque du comit√© d’avis √† la ministre disant : ¬ę Il n’y a pas de ligne de conduite sauf d’assurer un compl√©ment de salaire au directeur. ¬Ľ La formule est saisissante.

 

(p.205) Cazier8, le conseil d’administration pr√©sid√© par Jean-Claude Van Cauwenberghe, refuse qu’un artiste cr√©e une structure en √©toile de David car un conseiller com¬≠munal socialiste et l’autre √©colo estiment que cela fait penser √† Isra√ęl, alors qu’ils ont de la ¬ęcompassion¬Ľ pour les Palestiniens. Cela n’entra√ģne-t-il pas la responsabilit√© du conseil d’administration tout entier, voire de la ville de Charleroi ou de la R√©gion wallonne? L’argumentaire ne se trouve pas dans les proc√®s-verbaux et malgr√© l’action dynamique de l’√©chevin lib√©ral de Charleroi, Philippe Sonnet, sou¬≠tenu en cela par l’√©chevin cdH aussi de Charleroi, Antoine Tanzilli, l’exposition ne se d√©roulera pas comme le peintre l’a souhait√© au d√©part. La structure, dont la forme en √©toile de David se voit d’en haut, d√©j√† pr√©sent√©e lors d’une exposition en Italie dans des lieux similaires, ne s’y trouvera pas. √Ä m√©diter.

 

IL Y A TROIS¬† CHOSES¬† QU’ALLAH¬†¬† N’AURAIT JAMAIS¬†¬† D√õ¬† CR√ČER: ¬ęLES¬† PERSES,¬†¬† LES¬† JUIFS¬†¬† ET¬† LES¬†¬† MOUCHES9.¬Ľ

 

  1. Par Pilar Rahola, √©crivain, ancienne d√©put√©e du Parti socialiste espagnol, publi√© le 14/11 /2007. Conf√©rence √† l’Unesco Paris.

 

(p.207)

¬ęLE¬† COMPTE¬† √Ĭ† REBOURS¬†¬† POUR¬†¬† L’ANNIHILATION DU¬† R√ČGIME¬† SIONISTE A COMMENC√Č. ¬Ľ

Imaginez qu’un rabbin fasse un discours de ce type : ¬ę II faut tuer tous les musulmans. Tout le monde d√©teste les musulmans. Ce n’est qu’avec leur extermi¬≠nation que nous pourrons acc√©der au paradis. Ils d√©truisent tout. Tout le monde veut se venger d’eux. Ce sont des porcs14… ¬Ľ Et imaginez que la t√©l√©vision isra√©¬≠lienne diffuse de tels propos, sans aucune mise en garde ! Je suis persuad√©e que tous les m√©dias occidentaux en parleraient, le d√©nonceraient sur le ton critique que cela m√©riterait. Cela ne fait aucun doute : ce type de d√©clarations ferait la une des journaux t√©l√©vis√©s et de la presse √©crite. Nos parlementaires rentreraient des inter-

 

14 Palestinian Media Watch, 03/09/2004.

 

(p.208)

pellations et qui sait, peut-√™tre qu’une plainte serait d√©pos√©e sur base de l’une ou l’autre loi. En tout cas, √† juste titre, la r√©probation serait unanime.

Retour √† la r√©alit√©. La presse √©gyptienne, saoudienne, palestinienne, pour ne citer que quelques exemples connus, tout comme de nombreuses publications et d√©clarations dans ces pays, contiennent des propos antis√©mites, offensants pour le peuple juif. Mahmoud Ahmadinejad, le pr√©sident iranien, ne cesse d’attiser la haine antis√©mite par plusieurs biais. Le premier est le n√©gationnisme, on l’a vu, tout comme on a vu le peu de r√©actions √† ses discours et actions. Quand on l’entend, on peut vraiment se dire que si un jour l’antis√©mitisme a cr√©√© la Shoah, aujourd’hui, la Shoah cr√©e un antis√©mitisme. Et malgr√© les comm√©morations et les outils p√©dago¬≠giques mis en place √† travers l’Europe jusqu’aux √Čtats-Unis, des personnes peuvent √† nouveau se lever et d√©clamer des obsc√©nit√©s sur la Deuxi√®me Guerre mondiale sans susciter de r√©actions ou de r√©probations fortes.

 

(p.210)

(‚Ķ) Il faut refuser le racisme au nom d’une pr√©tendue ignorance. Il faut batailler pour que la lutte contre l’antis√©mitisme devienne un levier d’√©mancipation pour des jeunes issus de l’immigration. La loi ne bouleversera pas les mentalit√©s, les usages, les pr√©jug√©s institu√©s par des si√®cles d’antis√©mitisme. Il faut que la l√©gislation soit un outil mais pas le seul. Il faut que l’√©ducation retrouve ses droits, que le respect mutuel soit l’√©talon de mesure. Et certains politiques devraient sans doute y r√©fl√©chir. Quand un parlementaire insulte un pays, quand un ministre d√©l√©gitime ses dirigeants, m√™me sous le coup de l’√©mo¬≠tion, cela s’entend jusqu’au cŇďur des foyers et des classes. Et cette √©motion est interpr√©t√©e on l’a vu, et traduite dans les actes, souvent agressifs et violents. Alors l’incompr√©hension est totale, le dialogue est bloqu√©.

2000

 

H. Manfred (Bruxelles), Extr√™me-droite: ne pas arborer d’√©toile jau¬≠ne pour manifester, LS 06/03/2000

 

Permettez-moi une r√©flexion d’un vieil homme qui a port√© l’√©toile jaune en 1943 √† Bruxel¬≠les. A cette sinistre √©poque, c’√©tait pour moi et tant d’autres non seulement un signe d’infa¬≠mie, mais aussi le malheur d’√™tre rafl√© par l’occupant. (…)

Aujourd’hui, je vois lors des ma¬≠nifestations contre la mont√©e de l’extr√™me droite, lors d’autres manifestations aussi, des per¬≠sonnes qui portent l’√©toile jaune. Permettez-moi de consid√©rer cela comme un abus. Je com¬≠prends certes l’√©vocation de la m√©moire et l’identification que l’on veut faire comprendre, mais je ne trouve pas cela fort √† pro¬≠pos. Porter aujourd’hui l’√©toile jaune n’expose √† aucun risque. En 1943, la porter, c’√©tait dans la plupart des cas √™tre pris, et terminer sa vie dans l’indicible. Il y a des symboles qui m√©ritent le respect et l’exemplarit√©. En fai¬≠re sans le vouloir un signe de protestation, c’est lui donner une r√©sonance diff√©rente et moins destructrice qu’√† cette si¬≠nistre √©poque.

 

2002

Cocktail Molotov devant une synagogue de Schaerbeek, LB 06/05/2002

 

2002

http://debriefing.org/0585.html

 

Un br√Ľlot antis√©mite en wallon “La terre est moins s√®che que le coeur d’un juif”


15/04/2002
[Notre ami Rafi nous transmet ceci, que nous r√©percutons bien volontiers, tout en nous associant √©nergiquement √† la juste r√©action d’indignation de ce monsieur. Faites de m√™me. Les r√©actions seront publi√©es √† la suite de l’article incrimin√©. Merci. Menahem]

[18 avril 2002, On nous communique qu’une erreur regrettable s’est gliss√©e dans les r√©f√©rences du journal qui a publi√© ce qui suit. Veuillez noter qu’il s’agit de

PUBLI-HEBDO
55 rue de la Régence
4000 Liège
Tél 04/230.55.55
Fax : 04/223.12.30
Mail redac.liège@plus.be

et non de LES ANNONCES DE L’OURTHE. Merci de ne pas vous tromper de cible.]

Je suis membre de la communaut√© Isra√©lite de Li√®ge (Belgique), et j’habite dans une petite ville de 10.000 habitants (Aywaille) dans les Ardennes Belges.

Voici la “prose” d’un journaliste local : JEAN HONHON, √©crivant en wallon (vieux patois) sous le nom de BELLEM.
La traduction est un peu “bonne enfant” mais elle est quasi litt√©rale, les annotations en rouge sont personnelles, l’original se trouve, quant √† lui, √† la suite de ma traduction.

Le journal dans lequel parait cette “prose” est :
LES ANNONCES DE L’OURTHE
Tél : 0032-86/21.12.08 Р21.20.22
Fax : 0032-86/21.34.18
E-mail : samuel.piroton.be

Aidez-moi svp car je suis seul dans cette r√©gion, il faut qu’un maximum de fax ou de mail d’indignation inondent la r√©daction de ce journal.

Cordial shalom et √† bient√īt,

M. M.

O√Ļ sont-ils les justes ?

On m’a souvent parl√© d’une femme de Linc√©-Sprimont (petit village des ardennes belges), morte depuis des ann√©es.
Quand elle regardait la terre de son jardin elle disait toujours :”elle est aussi s√®che que le coeur d’un juif”.
Je m’√©tais toujours dit qu’elle exag√©rait un peu.

Apr√®s la guerre de 40, je me suis souvent “fait du mal” des juifs et de leurs millions de morts dans les camps nazis.
J’ai pris part √† des c√©r√©monies dans lesquelles des repr√©sentants d’Isra√ęl venaient dire “merci” √† des gens de chez nous parce qu’ils avaient cach√© des juifs pendant la guerre.
– “Vous √™tes des Justes parmi les Justes”

Il est vrai que des gens de Cornemont, de Sprimont, d’Aywaille ont sauv√© des juifs. C’√©taient des courageux, si les “boches” l’avait appris, cela aurait √©t√© la mort pour eux et leur famille.
Aujourd’hui, les Isra√©liens font comme les “boches” il y a 60 ans.
En Palestine, ils se conduisent comme les nazis chez nous.
Ils rentrent en Palestine pour toutes sortes de raisons qui n’en sont pas.
Avec leurs protecteurs am√©ricains ils n’arr√™tent pas de parler de terrorisme.
Ils (les juifs) ne veulent pas admettre que les Isra√©liens font de l’occupation.
Quand notre pays √©tait occup√©, les journaux de l’occupation et les collaborateurs traitaient nos r√©sistants de terroristes
(mais à cette époque les résistants ne tuaient pas de civils).
Et pendant ce temps, on parle, on parle et on ne fait rien.
Quand il y a eu les guerres en Yougoslavie, en Afrique, on y a envoyé des soldats des Nations-Unies.
Ici rien.
C’est le meilleur moyen d’√©craser la Palestine et de faire cadeau de leur terre aux Isra√©liens.
Ainsi, ils n’auront m√™me plus besoin de la voler.
Je suis allé me promener à Lincé (petit village des Ardennes belges).
Je me suis baiss√© pour prendre un peu de terre dans mes mains. Je l’ai laiss√©e couler en poussi√®re entre mes doigts et j’ai pens√© √† cette vieille dame, en me disant que la terre √©tait moins s√®che que le coeur d’un juif.
J’ai aussi pens√© que, comme on cachait les juifs en 40, maintenant je cacherai bien volontier des Palestiniens √† la maison.

Et, par moment, je deviendrais un terroriste.

Quelle fierté si Arafat me prenait dans ses bras en me disant que je suis un Juste!

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Concerne l’article du journaliste JEAN HONHON
LES ANNONCES DE L’OURTHE
Tél : 0032-86/21.12.08 Р21.20.22
Fax : 0032-86/21.34.18
E-mail : samuel.piroton@vlan.be

Monsieur,

Par la pr√©sente, je vous fais part de ma totale d√©sapprobation et de mon indignation devant l’article du journaliste local JEAN HONHON, √©crivant en wallon (vieux patois) (sic – terme raciste), sous le nom de BELLEM, des id√©es antis√©mites, racistes et fascisantes.
Vous connaissez s√Ľrement les cons√©quences que le racisme et l’antis√©mitisme ont provoqu√©es, en 1933.
Il vous serait utile pour votre propre honneur de produire rapidement un rectificatif, afin de ne pas permettre que soient assimilés les Wallons au nazisme destructeur.
S’il est vrai que la wallonie n’a jamais √©t√© reconnue comme poss√©dant une √Ęme fort royaliste, ici, nous ne pouvons pas admettre d’avantage que le national-socialisme d’antan revienne √† grand pas dans notre d√©mocratie souill√©e par des √©lucubrations fascistes palestiniennes.

Recevez les marques de ma profonde désolation

Jacques Sobieski
webmaster

2002

J.-C. M., La Belgique frappée pour la 3e fois, LB 19/04/2002

 

Incendie criminel d’un immeuble abritant une librairie et un traiteur juifs.

 

2003

Kissine Mikhail (√©tudiant √† l’ULB, chercheur √† la VUB), La responsabilit√© du juif, LS 23/05/2003

 

M. Wieviorka, cit√© par Claude Demelenne: “Les Juifs ne sont pas responsables de l’antis√©mitisme, mais ils peuvent contribuer √† le faire reculer /…/ en se distanciant de la politique de Sharon.”

La recette, courante dans la presse, sous son apparent bon sens, cache une argumentation ch√®re √† l’extr√™me-droite. En somme, lorsque des Marocains sont victimes d’une discrimination raciste, bien que ce ne soit pas de leur faute, c’est √† eux de montrer que les racistes ont tort! Un tel raisonnement vise √† se d√©faire de la responsabilit√© du racisme et de l’antis√©mitisme, pr√©sent√©s comme maux in√©vitables, issus du comportement des victimes.

En outre, attribuer √† ces victimes un moyen d’enrayer la x√©nophobie, c’est d√©j√† reconna√ģtre une raison aux antis√©mites: les juifs n’ont qu’√† agir, n’ont qu’√† changer, pour ne plus √™tre victimes. L’horreur de tout comportement x√©nophobe – et l’antis√©mitisme ne s’en distingue pas – r√©side dans l’irrationalit√© de la haine qu’il d√©clenche. Lier le climat antis√©mite ambiant √† la situation politique au Proche-Orient, c’est doter le racisme d’un titre de noblesse qui lui manque pour p√©n√©trer les milieux intellectuels: une raison. (…)

 

2004

Cédric Petit, Dieudonné jouera finalement à Woluwé-Saint-Pierre, LB 26/02/2004

 

Le Conseil d’Etat a tranché en faveur de l’humoriste, qui avait été interdit de scène.

Il pourra aussi se produire √† Seraing, o√Ļ l‚Äôinterdiction a √©t√© lev√©e ce mercredi.

 

2004

Mich√®le Szwarcburt (pr√©sidente du Centre communautaire la√Įc juif), Antis√©mitisme¬†: la loi du silence, LS 06/02/2004

 

Dans le cadre de l’organisation, le 24 avril prochain, d’une manifestation nationale pour la d√©fense de la d√©mocratie, contre le racisme et contre le fascisme, le comit√© du Front anti-fasciste (FAF) a en effet cat√©goriquement refus√© d’inclure la lutte contre l’antis√©mitisme dans sa plate-forme et ses slogans. Le comit√© organisateur, compos√© des partis d√©mocratiques, des syndicats et de nombreuses organisations du monde associatif, choisit d’ignorer la r√©surgence

de l’ antis√©mitisme observ√©e depuis plus de 3 ans en Europe et en Belgique.

Au cours des trois r√©unions pr√©paratoires, nous avons exprim√© notre inqui√©tude et notre d√©sarroi √† l’√©gard de ce ph√©nom√®ne, plus particuli√®rement lorsque les principaux foyers de diffusion de cete haine √† l’√©gard des Juifs sont des organisations de la mouvance tiers-mondiste ainsi qu’une frange de la population d’origine maghr√©bine.

(…)

Toujours prestes √† d√©noncer l‚Äôantis√©mitisme quand il s√©vit dans les rangs de l’extr√™me droite, comme en Autriche, nos amis antifascistes se montrent soudain r√©ticents √† le condamner quand il se manifeste sous leurs yeux en Belgique. Si nous comprenons bien le discours qu’ils nous ont tenu, il n’y aurait aucun regain d’ antis√©mitisme en Belgique, les Juifs exag√©reraient, ils ram√®neraient constamment le racisme √† eux-m√™mes, il n’y aurait pas d’ antis√©mitisme au sein de la population arabe, et les incendies de synagogues et de commerces juifs, tout comme les agressions de rabbins ou d‚Äô√©l√®ves d‚Äô√©coles juives, seraient exag√©r√©s par les Juifs, ces actes

√©tant, d’apr√®s ce qu’il nous a √©t√© r√©pondu, simplement le fait d’exclus et de d√©s√©quilibr√©s et non d’antis√©mites…

(‚Ķ) Pr√©sent aux r√©unions pr√©paratoires, le Centre culturel arabe se distingue particuli√®rement dans cet exercice lorsqu’il √©pingle et cautionne dans son bulletin bimestriel les st√©r√©otypes visant les Juifs tels que ¬ę manipuler durement l’argent par le pr√™t √† int√©r√™t, ¬ę couler¬†¬Ľ certaines professions en acceptant des conditions de travail indignes et surtout faire toujours cause commune avec le plus fort¬†¬Ľ. ¬ę Leur implication¬†¬Ľ, pr√©cise-t-il, ¬ę dans la vie capitaliste am√©ricaine, leurs monopoles commerciaux, leur contr√īle de certains secteurs dans les affaires, renforcent cette r√©putation¬†¬Ľ. Il ajoute m√™me que cette r√©putation correspond parfois √† une r√©alit√© en cours . (‚Ķ)

 

Cette carte blanche a √©t√© sign√©e par le Conseil d’administration du CCLJ :

David Susskind, pr√©sident d’honneur,

Geoffrey Appelbom, Benjamin Beeckmans, Brigitte Feys, Santo Franco, Doroth√©e Gabai, MireilleGancarski, Jo√ęl Goldbeter, Yves Goldstein, Henri Gutman, Oriana Klausner, Jo√ęl Kotek, David Kronfeld, Jacques Ouziel, Marek Pznanski, Katty Rojtman, Lucy Rozenbaum, Micha√ęl Spiegl, Ya√ęl Spiegl, Selma Szwarcman, Kervin Van Loo, Laurent Violon, Nicolas Zomersztajn et Olivier Boruchowitch, r√©dacteur en chef du magazine ¬ę Regards¬†¬Ľ

 Contacts : info@cclj.be Рwww.cclj.be

 

2005

Renée-Anne Gutter, Le souvenir pour lutter contre le racisme, LB 16/03/2005

 

Verhofstadt compte demander des excuses au nom de la Belgique √† ceux qui ont √©t√© les victimes de l‚ÄôHolocauste √† cause du ¬ę¬†moins beau r√īle que certaines administrations belges ont jou√© dans l‚ÄôHolocauste¬†¬Ľ.

 

NB¬†: Rien ne justifie ces ¬ę¬†excuses¬†¬Ľ puisque la collaboration avec l‚ÄôOccupant fut l‚Äôoeuvre d‚Äôinciviques.

Encore une manoeuvre politique d‚Äôun mauvais go√Ľt.

 

2006

L’AMBASSADE D’ISRA√čL NOUS √ČCRIT, in¬†: LS 08/11/2006

 

L’√©ditorial¬† de Jurek¬† Kuczkiewicz, paru dans Le Soir du 2 novembre dernier, est r√©v√©lateur. Fid√®le √† sa ligne, vo¬≠tre journal, qui semble ne pas avoir une haute opinion de la capacit√© d’analyse et de r√©flexion de ses lecteurs, jette, une fois de plus, l’opprobre sur Isra√ęl et sur¬† ses dirigeants.

Le titre de l’√©ditorial est d’ail¬≠leurs √©loquent. En mettant le danger auquel le peuple isra√©¬≠lien est expos√© entre parenth√®ses, le ton noir-blanc est donn√©. Dans ce sch√©ma manich√©en pr√©√©¬≠tabli du Bien contre le Mal, le lec¬≠teur n’est plus invit√© √† r√©fl√©chir, mais √† prendre le ¬ę bon parti ¬Ľ.

D√®s lors, comment s’√©tonner de ce qu’Isra√ęl ainsi que ses diri¬≠geants soient condamn√©s par votre journal, sans avoir eu droit √† un proc√®s √©quitable ?

Oubli√©es, les quelque 1.100 vic¬≠times isra√©liennes du terrorisme palestinien, elles aussi tomb√©es ces derni√®res ann√©es ¬ę par petits nombres ¬Ľ. Un terrorisme que vo¬≠tre journal se pla√ģt √† qualifier de ¬ę lutte arm√©e ¬Ľ, terminologie tel¬≠lement plus romantique.

Oubli√©s, les milliers de missiles tir√©s par le Hamas et le Hezbol¬≠lah contre le sud et le nord d’Is¬≠ra√ęl. Tout ce qui pourrait d’une certaine mani√®re ternir l’image des d√©tracteurs d’Isra√ęl, est soi¬≠gneusement tu et sciemment oc¬≠cult√©, dans le but manifeste de d√©signer un seul coupable Peu importe si Solana vient de d√©clarer que l’aide europ√©enne aux Palestiniens a augment√© cet¬≠te ann√©e. Peu importe si l’ONU vient de rappeler qu’il faut d√©sar¬≠mer les milices au Liban. Peu im¬≠porte si le gouvernement palesti¬≠nien actuel d√©clare toujours qu’il ne reconna√ģtra jamais Isra√ęl.

En faisant abstraction de ces r√©alit√©s, les dangers auxquels est expos√© le peuple isra√©lien, ainsi que la souffrance allant de pair, deviennent pour Le Soir une pa¬≠renth√®se. Heureusement que le peuple palestinien est dirig√© par des personnalit√©s aussi int√®gres qu’ouvertes au dialogue et d√©¬≠vou√©es √† son bien-√™tre.

En taisant les faits, en manipulant le langage avec talent, en jouant brillamment sur les mots, ne risque-t-on pas de franchir la ligne √©troite s√©parant l’analyse pertinente du journalisme en¬≠gag√© ?¬†

 

CARMELA SHAMIR PORTE-PAROLE AMBASSADE D’ISRA√čL

 

2006

Le Mémorial des déportés juifs saccagé, LB 26/07/2006

(à Anderlecht)

 

2006

Nico Hirtt, C’est le sionisme qui mène à la guerre, LB 25/07/2006

 

On s‚Äôest offusqu√© d‚Äôentendre le pr√©si¬≠dent iranien dire qu’il fallait “rayer Is¬≠ra√ęl de la carte”. Ce serait pourtant bien l’unique solution que de voir dispa¬≠ra√ģtre politiquement bien s√Ľr, l’Etat d’Isra√ęl et, pareillement, les pr√©tendus “territoires palestiniens”, ces nouveaux bantoustans. Gommons de la carte du Moyen-Orient la fronti√®re honteuse en¬≠tre juifs et Arabes. La politique de “deux peuples, deux Etats”, la politique du partage de la Palestine sur une base religieuse et ethnique, est une politique d’apartheid qui n’apportera jamais la paix. Revenons-en √† ce qui fut toujours, jusqu’√† Oslo, le projet de l’OLP, mais aussi celui d’un grand nombre de juifs comme, derechef, le grand physicien et humaniste Albert Einstein : “II serait, √† mon avis, plus raisonnable d’arriver √† un accord avec les Arabes sur la base d’une vie commune pacifique que de cr√©er un Etat juif. ‚ÄĘ

 

NB Physicien exceptionnel, Albert Einstein n‚Äôavait jamais apparemment v√©cu en Palestine o√Ļ les juifs √©taient carr√©ment pers√©cut√©s par leurs ¬ę¬†compatriotes¬†¬Ľ arabes avant la cr√©ation d‚ÄôIsra√ęl‚Ķ

 

 

2008

 

Johan Viroux (Bastogne), Marches folkloriques, DH 30/08/2008

 

“Comme chacun le sait, il existe deux types de marches militaires dans l’Entre-Sambre-et-Meuse : l’un avec d’an¬≠ciens costumes de l’arm√©e belge et bel¬≠ge-hollandaise et l’autre avec des costumes napol√©oniens. Or, des histo¬≠riens ont suffisamment d√©montr√© que Napol√©on √©tait un dictateur raciste : il a fait exterminer √† Ha√Įti des centaines d’esclaves noirs avides de libert√©, d√©¬≠porter des Tziganes dans le sud-est de la France, √©dicter des lois dites inf√Ęmes contre la communaut√© juive, etc. Mal¬≠gr√© cela, une bonne moiti√© des mar¬≠cheurs s’ent√™te toujours √† d√©filer en partie en l’honneur de ce dictateur qui r√©gna avec une discipline de fer sur no¬≠tre pays. Est-ce une fa√ßon de respecter l’Histoire de la Belgique, voire l’Histoire tout court ? √Čvidemment que non. Comme l’ont d√©j√† signal√© d’anciens combattants, cela ne vaut pas mieux que le Vlaams Belang dont des activis¬≠tes /en uniforme/ aboient Belgi√ę barst (que la Belgi¬≠que cr√®ve). Il faut que tout cela cesse !”

 

2008

 

Une affiche ‚Äėsecond degr√©‚Äô de la VRT sur Berlin jette le trouble, in¬†: LB 26/11/2008

 

Une affiche de promotion de Canvas suscite la polémique dans le monde juif.

Canvas a diffus√© dans certains magazines une affiche provocante o√Ļ l‚Äôon voit le pr√©sentateur en tenue Chippendale, mini-slip aux poils pubiens d√©bordants, avec le bras tendu sur fond de drapeau nazi.

(..) Même si l’émission présente un Berlin aux antipodes de la capitale nazie…

 

2009

Fam. S. P. (Anvers), in : Le Soir Magazine, 24/01/2009

 

Sur votre √©ditorial “Massacre et hypocrisie”

 

¬ęVotre √©ditorial “Massacre et hypocrisie” n’est qu’une analyse simpliste (…) Avec ses victimes, la guerre est toujours tragique. Il n’y a pas de guerres propres. N√©anmoins, vous qui critiquez, sans doute √™tes-vous plus intelligent que les dirigeants isra√©liens, toutes tendances confondues y compris la gauche. Avez-vous une alternative plus pacifique pour arr√™ter les tirs de Grad et de Kassam qui pleuvent sur Isra√ęl? Ces tirs, depuis des ann√©es, terrorisent pr√®s d’un million d’Isra√©liens. Je voudrais aussi vous rappeler que le Hamas ne reconna√ģt ni Isra√ęl ni les accords sign√©s par l’Autorit√© palestinienne. En plus de cela, Isra√ęl s’est retir√© de la bande de Gaza qui est “Judenrein”. Depuis ce retrait, le bombardement sur le sud d’Isra√ęl s’est intensifi√©. Que ferait la Belgique si pr√®s de 20% de sa population √©tait en permanence terroris√©e? Peut-√™tre avez-vous des solutions miracles?¬Ľ

 

 

2009

FIN DE L’EUROPE ?, in: RE 80/2009

 

Votant au parlement europ√©en une r√©solution sur ‘la conscience europ√©enne et le totalitarisme’ (n¬į RC-B6-0165/ 2009), 293 eurod√©put√©s (contre 287 et 25 abstentions) ont rejet√© son amen¬≠dement n¬į7 qui proposait d’adopter les principes du Tribunal de Nurenberg comme r√©f√©rence de l’Union europ√©enne dans les investigations et √©valuations des crimes des r√©gimes totalitaires. Certains remettent en cause la valeur du Tribunal, arguant que ‘des criminels si√©geaient parmi les juges’ et √©voquant Dresde, Katyn, Hiroshima et les crimes staliniens. Plus grave encore, peut-√™tre: 124 d√©put√©s europ√©ens ont os√© refuser de reconna√ģtre avec l’amendement n¬į 19 ‘le caract√®re unique de l’Holocauste’ et 17 se sont abstenus, pr√©textant en g√©n√©¬≠ral que ce serait donner une arme √† Isra√ęl pour se pr√©munir contre toute r√©action √† sa politique √† l’encontre des Palestiniens.

Cette complaisance pour les th√®ses n√©gationnistes ne laisse pas d’in¬≠qui√©ter les fid√®les missionnaires de la pens√©e correcte, √† qui ce parlement finira par faire honte.

 

2009

Rik Van Cauwelaert, /Interview met André Gantman, voorzitter van de Joodse organisatie B’nai Brith, jurist en gewezen VLD-schepen van de stad Antwerpen/, Knack, 04/02/2009, p.26-27

 

Gevaar voor wereldvrede

Het recente militaire optreden van de Isra√ęli’ s in Gaza deed in Europa de polemieken heroplaaien, zoals die over de vergelijking die Vlaams minister Bert Anciaux had gemaakt tussen de vermoorde kinderen in Dendermonde en de Palestijnse kinderen die slachtoffer werden van de bombardementen op Gaza. Gantman vreest dat achter veel van die verwijten aan het adres van Isra√ęl een verdoken antisemitisme schuilt. Hij gaat daar in zijn boek Jood zijn is een avontuur uitvoerig op in.

(…)

‘Wij sturen toch troepen naar Afghanistan?’, zegt Andr√© Gantman. ‘Belgische vliegtuigen bombarderen daar terroristen die ons, Belgen, niet rechtstreeks bedreigen, laat staan dat ze hier moordende aanslagen hebben gepleegd. Toch zijn er die niet aanvaarden dat Isra√ęl, dat dagelijks vanuit het Gazagebied met raketten werd bestookt, een einde tracht te maken aan de moordende drijverijen van het Hamasregime. Wat mij doet vermoeden dat hier iets anders, een heimelijk antisemitisme, in het spel is.’

(…)

‘De aflevering van Man bijt hond van vorige week vrijdag, 30 januari, over de onvrede van de Joodse gemeenschap over de verklaringen van Bert Anciaux was ronduit kwetsend en bevatte all√© ingredi√ęnten die indertijd ook door Der Stunner werden aangewend. Ik vraag me af welke de reactie zal zijn van het Centrum voor Gelijke Kansen, dat vaak afzijdig blijft in gevallen van anti¬≠s√©mitisme.’

Ook de vergelijking tussen de oorlog in Gaza en het beleg door de Duitsers van het getto van Warschau, die een groep prominente Engelse Joden onlangs maakte in de krant The Guardian, snijdt volgens Gantman geen bout.

‘Het zou de ondertekenaars van die brief duidelijk moeten zijn dat er geen vergelijking mogelijk is tussen Gaza en het getto van War¬≠schau. In het getto werden honderdduizenden Joden door de nazitroepen samengedreven met slechts √©√©n doel: hun totale vernietiging, ‘ausrotten ‘, in Auschwitz en Treblinka. De opstand in Warschau begon op 19 april 1943 toen de nagenoeg 60.000 over-levenden beslisten zich niet langer a√Įs vee naar de slachtbanken te laten leiden.

‘Wat in Gaza gebeurde, is vreselijk. Je zult mij niet het tegendeel horen beweren. Maar Hamas heeft geen ander doel dan de vernie¬≠tiging van Isra√ęl en het wordt daarbij geholpen door Iran en Syri√ę. Hamas heeft nooit geaarzeld kinderen uit te sturen als zelfmoordenaars. Ik kan me niet herinneren dat Bert Anciaux daar ooit tegen heeft geprotesteerd.

‘Het gaat hier niet om een oorlog tegen het Palestijnse volk met het oog op een zuive-ring. De militaire campagne is een antwoord op de raketaanvallen georganiseerd door Hamas vanuit Gaza. Hamas gebruikt de eigen bevolking als schild. De vijanden van de Palestijnen in Gaza zijn niet de Isra√ęl!’s, maar de top van Hamas, die veelal elders veiligheidzocht.’

 

2009

Rik Van Cauwelaert, ‚ÄěWij sturen toch troepen naar Afghanistan?‚Äú, in: Knack 04/02/09, p.26-27

 

Volgens André Gantman, voorzitter van de Joodse organisatie B’nai Brith, jurist en gewezen VLD-schepen van de stad Antwerpen, steekt het antisemitisme andermaal en zonder schroom de kop op.

 

(p.26) Want na de Tweede Wereldoorlog waren de Joden er vrij gerust op. ‘Na de shoah moest het antisemitisme wel onderdrukt worden, dat kon niet anders.’

Daarin kwam verandering na de Zesdaagse Oorlog. ‘Van dan af, zo schrijft Gantman, ‘werden Isra√ęl en het zionisme zodanig gedemoniseerd, dat het antisemitisme andermaal en zonder schroom de kop opstak.’

 

Gevaar voor wereldvrede

Het r√©cente militaire optreden van de Is¬≠ra√ęli’s in Gaza deed in Europa de polemieken heroplaaien, zoals die over de vergelijking die Vlaams minister Bert Anciaux had gemaakt tussen de vermoorde kinderen in Dendermonde en de Palestijnse kinderen die slachtoffer werden van de bombardementen op Gaza. Gantman vreest dat achter veel van die verwijten aan het adres van Isra√ęl een verdoken antisemitisme schuilt. Hij gaat daar in zijn boek Jood zijn is een avontuur uitvoerig op in.

 

(‚Ķ) ‘Wij sturen toch troepen naar Afghanistan?’, zegt Andr√© Gantman. ‘Belgische vliegtuigen bombarderen daar terroristen die ons, Belgen, niet rechtstreeks bedreigen, laat staan dat ze hier moordende aanslagen heb-ben gepleegd. Toch zijn er die niet aanvaarden dat Isra√ęl, dat dagelijks vanuit het Gazage-bied met raketten werd bestookt, een einde tracht te maken aan de moordende drijverijen van het Hamasregime. Wat mij doet vermoeden dat hier iets anders, een heimelijk antisemitisme, in het spel is. ‘¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

(…)

‘De aflevering van Man bijt hond van vorige week vrijdag, 30 januari, over de onvre-de van de Joodse gemeenschap over de verklaringen van Bert Anciaux was ronduit kwetsend en bevatte alle ingredi√ęnten die indertijd ook door Der Sturmer werden aangewend. Ik vraag me af welke de reactie zal zijn van het Centrum voor Gelijke Kansen, dat vaak afzijdig blijft in gevallen van anti¬≠s√©mitisme.’

Ook de vergelijking tussen de oorlog in Gaza en het beleg door de Duitsers van het getto van Warschau, die een groep prominente Engelse Joden onlangs maakte in de krant The Guardian, snijdt volgens Gantman geen bout.

‘Het zou de ondertekenaars van die brief duidelijk moeten zijn dat er geen vergelijking mogelijk is tussen Gaza en het getto van War¬≠schau. In het getto werden honderdduizenden Joden door de nazitroepen samenge-dreven met slechts √©√©n doel: hun totale vernietiging, ‘ausrotten’, in Auschwitz en Treblinka. De opstand in Warschau begon op 19 april 1943 toen de nagenoeg 60.000 overlevenden beslisten zich niet langer a√Įs vee naar de slachtbanken te laten leiden.

‘Wat in Gaza gebeurde, is vreselijk. Je zult mij niet het tegendeel horen beweren. Maar Hamas heeft geen ander doel dan de vernie¬≠tiging van Isra√ęl en het wordt daarbij gehol-pen door Iran en Syrie. Hamas heeft nooit geaarzeld kinderen uit te sturen als zelfmoordenaars. Ik kan me niet herinneren dat Bert Anciaux daar ooit tegen heeft geprotesteerd.

‘Het gaat hier niet om een oorlog tegen het Palestijnse volk met het oog op een zuivering. De militaire campagne is een antwoord op de raketaanvallen georganiseerd door Hamas vanuit Gaza. Hamas gebruikt de eigen bevolking als schild. De vijanden van de Palestijnen in Gaza zijn niet de Isra√ęli’s, maar de top van Hamas, die veelal elders veiligheid zocht’.

 

ANDR√Č GANTMAN,

JOOD ZIJN IS EEN AVONTUUR,

PELCKMANS

 

2009

SERAIT-CE LA GUERRE ?, in : R.E., 79/2009, p.16-17

 

Apr√®s plus d’un mois de r√©flexion, et probablement de n√©gociations, le CCOJB (Comit√© de coordination des organisations juives de Belgique) a port√© plainte, aupr√®s du Centre pour l’√©ga¬≠lit√© des chances et la lutte contre le racisme et l’antis√©mitisme contre les 85 organisations non gouvernemen¬≠tales, syndicats et partis politiques. Ceux-ci auraient √©t√© √† la base de la grande manifestation du 11 janvier contre la poursuite de la guerre √† Gaza. Parmi les suspects, il y a rien moins que le Parti socialiste (PS) et le Centre d√©mocrate et humaniste (CDH). Le CCOJB, qui leur reproche que, sur de nombreux calicots, les Juifs ont √©t√© compar√©s aux nazis et Gaza √† Auschwitz, remarque qu’il s’agit de violations de la loi contre le n√©gationnisme et de la loi contre le racisme, l’antis√©mitisme et la x√©no¬≠phobie. Elles peuvent √™tre lourde¬≠ment sanctionn√©es. D’apr√®s l’agence Belga, l’asbl R√©sistances, observatoire de l’extr√™me-droite, dont certains membres ont suivi et film√© la mani¬≠festation, initierait des plaintes contre inconnus. Le parti MR, qui n’est pas inqui√©t√© bien que certains de ses membres aient √©t√© rep√©r√©s en pleine action, recommande √† la ville de Bruxelles de mieux gouverner d√©mo¬≠cratiquement les manifestations. Il n’y aura probablement pas de guerre entre le CCOJB et les partis et syndicats. Plut√īt des protestations vertueuses et de bons et salutaires accords pour l’avenir. Et, pour l’exemple, quelques sacrifices hu¬≠mains d’antis√©mites enrag√©s qui fe¬≠ront comprendre aux autres o√Ļ est l’int√©r√™t bien compris des bons d√©mo¬≠crates.

 

2009

SERAIT-CE LA GUERRE ?, in : R.E., 79/2009, p.16-17

 

Apr√®s plus d’un mois de r√©flexion, et probablement de n√©gociations, le CCOJB (Comit√© de coordination des organisations juives de Belgique) a port√© plainte, aupr√®s du Centre pour l’√©ga¬≠lit√© des chances et la lutte contre le racisme et l’antis√©mitisme contre les 85 organisations non gouvernemen¬≠tales, syndicats et partis politiques. Ceux-ci auraient √©t√© √† la base de la grande manifestation du 11 janvier contre la poursuite de la guerre √† Gaza. Parmi les suspects, il y a rien moins que le Parti socialiste (PS) et le Centre d√©mocrate et humaniste (CDH). Le CCOJB, qui leur reproche que, sur de nombreux calicots, les Juifs ont √©t√© compar√©s aux nazis et Gaza √† Auschwitz, remarque qu’il s’agit de violations de la loi contre le n√©gationnisme et de la loi contre le racisme, l’antis√©mitisme et la x√©no¬≠phobie. Elles peuvent √™tre lourde¬≠ment sanctionn√©es. D’apr√®s l’agence Belga, l’asbl R√©sistances, observatoire de l’extr√™me-droite, dont certains membres ont suivi et film√© la mani¬≠festation, initierait des plaintes contre inconnus. Le parti MR, qui n’est pas inqui√©t√© bien que certains de ses membres aient √©t√© rep√©r√©s en pleine action, recommande √† la ville de Bruxelles de mieux gouverner d√©mo¬≠cratiquement les manifestations. Il n’y aura probablement pas de guerre entre le CCOJB et les partis et syndicats. Plut√īt des protestations vertueuses et de bons et salutaires accords pour l’avenir. Et, pour l’exemple, quelques sacrifices hu¬≠mains d’antis√©mites enrag√©s qui fe¬≠ront comprendre aux autres o√Ļ est l’int√©r√™t bien compris des bons d√©mo¬≠crates.

 

2011

Le MRAX se déclare antisioniste!, in: UBU, 28/04/2011

Placide Kalisa me rappelle pour me donner quelques pr√©cisions: ¬ę¬†Le MRAX a particip√© √† la comm√©moration de Breendonk, a condamn√© les graves offenses antis√©mites de Dieudonn√©, fruit de la sensibilisation sur les dangers de confondre l‚Äôantis√©mitisme avec l‚Äôantisionisme.¬†¬Ľ

Interpelant! ¬ę¬†Le MRAX fait de la sensibilisation sur les dangers de confondre l‚Äôantis√©mitisme et l‚Äôantisionisme¬†¬Ľ. Aupr√®s de qui? Comment? Dans quel but? Un fameux probl√®me √©thique se pose √† nouveau, d‚Äôautant que cette question ne lui avait pas √©t√© pos√©e. Cette intervention fait suite aux questions sur les jets de cocktails molotov sur des synagogues √† Bruxelles et √† Anvers et de tags ¬ę¬†antis√©mites¬†¬Ľ sur une bijouterie tenue par une Juive √† Bruxelles! Le MRAX cr√©e l‚Äôamalgame et tente de cautionner des actes antis√©mites sous couvert d‚Äôantisionisme! Le Sionisme est un mouvement id√©ologique et politique qui soutient que les Juifs sont un peuple reconnu et ont droit √† un Etat sur leur terre d‚Äôorigine : la Palestine! Etre antisioniste, c‚Äôest √™tre contre m‚Äôexistence d‚Äôun Etat souverain et donc de son peuple ‚Ķ juif!

Yves Leterme d√©clarait en 2008 que le nouvel antisionisme cachait l‚Äôantis√©mitisme. On peut critiquer la politique int√©rieure des dirigeants d‚Äôun Pays sans remettre en cause la l√©gitimit√© de celui-ci. N‚Äôest-ce pas aussi une forme de racisme? Placide Kalisa d√©clare que le MRAX s‚Äôoccupait essentiellement des probl√®mes li√©s aux discriminations sur le territoire belge et qu‚Äôil n‚Äô√©tait pas question d‚Äôimporter ¬ę¬†le conflit isra√©lo-palestinien¬†¬Ľ! Etrange d√®s lors cette sortie sur l‚Äôantisionisme ‚Ķ Les conseillers de Kalisa tenteraient-ils de le pi√©ger en lui faisant faire des d√©claration qui se retourneraient contre lui?

 

2013

Yona El-Atis, JSS NEWS 26/06/2013

Une femme juive et sa compagne a été passée à tabac après que sa compagne israélienne ait installée une mezouza (symbole religieux) sur la porte de leur domicile dans la banlieue d’Anvers.  La jeune femme a subi de très graves traumatismes à la tête , un nez a été cassé et de nombreuses ecchymoses marquent son corps.

 

Selon son avocat, Michael Modrikamen, Cindy Meul a √©t√© attaqu√© par ses voisins le 24 mai dernier √† Aartselaar, une petite banlieue d‚ÄôAnvers o√Ļ elle vit avec sa compagne, une ancienne joueuse isra√©lienne de tennis Ruth Sverdloff.

Cette derni√®re, sur son profil facebook, √©crit, ¬ę¬†j‚Äôai 47 ans et je n‚Äôai jamais connu l‚Äôholocauste. C‚Äôest arriv√© une fois, cela n‚Äôarrivera pas deux fois. Je suis isra√©lienne. Et juive. Et je suis fi√®re de ces identit√©s. Et malgr√© tout ces √©v√®nements, je note qu‚Äôil y a quand m√™me beaucoup de soutien de la part des gens, ici.¬†¬Ľ

Selon l’avocat, l’attaque a été précédée par plusieurs semaines de harcèlement antisémite de la part de plusieurs de ses voisins, un harcèlement qui a débuté dès la pose de la Mezouza.

Le 24 mai, deux de des voisins de Cindy Meul se sont pr√©sent√©s √† sa porte, l‚Äôavertissant qu‚Äôils √©taient venus ¬ę¬†finir ce que les nazis avaient commenc√©,¬†¬Ľ a-t-elle relat√© dans sa d√©position √† la police.

Les deux femmes ont appel√© la police, mais la police n‚Äôa rien fait.¬†¬ęJ‚Äôai d√Ľ envoyer ma fille chez ses grands-parents parce qu‚Äôelle avait¬† trop peur de rester ici plus longtemps¬†¬Ľ, a d√©clar√© Ruth.

Les agresseurs l’auraient alors poussé à l’intérieur de la maison avant de la battre.

Maitre Modrikamen d√©nonce des services de police qui ¬ę¬†trainent les pieds¬†¬Ľ , et ont refus√© d‚Äôenregistrer des plaintes avant l‚Äôagression. Une plainte qu‚Äôils n‚Äôont accept√© d‚Äôenregistrer qu‚Äôapr√®s le passage √† tabac ‚Äď officiellement, elle aurait omis de d√©poser sa plainte en flamand.

L’exode des juifs de Belgique n’est pas prêt de s’arrêter…

2019

Gilbert Dupont, Le futur pr√©sident des imams de Belgique appelait √† br√Ľler des Juifs

√Čcrit par La Derni√®re Heure 9 janvier 2019

Reçue la veille du procès de l’attentat du Musée juif, la vidéo, toujours sur YouTube, consterne la Ligue contre l’Antisémitisme.

√Ä la veille du d√©but du proc√®s de l‚Äôattentat au Mus√©e juif de Bruxelles, la Ligue belge contre l‚Äôantis√©mitisme (LBCA) a re√ßu un signalement portant sur une vid√©o ancienne, mais incroyable, dans laquelle un imam incite √† ¬ębr√Ľler¬Ľ des juifs, √† br√Ľler ¬ęles sionistes¬Ľ. L‚Äôimam Mohamed Toujgani, de la mosqu√©e al Khalil, situ√©e en plein coeur de Molenbeek, est entre-temps devenu le pr√©sident de la Ligue des Imans de Belgique. Et la mosqu√©e al-Khalil, avec 3500 places, rien moins que la plus grande d‚ÄôEurope.

Voil√† ce que le futur pr√©sident des imams de Belgique pr√™chait en 2009, comme le montre cette vid√©o de 31 minutes (sous-titr√©e) rest√©e accessible sur YouTube: ¬ęSeigneur, Ma√ģtre des Mondes, d√©verse la frayeur dans le coeur des sionistes oppresseurs. Seigneur, emplis leurs coeurs de frayeur. Seigneur, fais trembler la terre sous leurs pieds. Seigneur, fais que le sang des martyrs soit une arme sous les pieds des sionistes oppresseurs, et que ce sang soit un feu ardent qui les br√Ľle et un vent qui les fustige. [‚Ķ] √Ē Seigneur, d√©molis-les.¬Ľ

Pr√©sident de la Ligue contre l‚Äôantis√©mitisme, Jo√ęl Rubinfeld d√©couvre cette vid√©o qui, dit-il, avait √©chapp√© √† l‚Äô√©poque mais ¬ęprend aujourd‚Äôhui tout son sens¬Ľ alors que s‚Äôouvre √† Bruxelles le proc√®s de Mehdi Nemmouche.

¬ęComme ceux de l‚ÄôHyper Cacher et contre Charlie Hebdo √† Paris, l‚Äôattentat du Mus√©e juif ne tombe pas du ciel. Il est le fruit de l‚Äôenseignement de fabriques de djihadistes, de fabriques de terroristes, qui, par la parole, ont incit√© des jeunes √† passer √† l‚Äôacte. Le passage √† l‚Äôacte est pr√©c√©d√© par la lib√©ration de la parole. L‚Äôattentat, c‚Äôest le r√©sultat. L‚Äôorigine, c‚Äôest ce genre de discours. Ce genre de pr√™che arme le bras des assassins.¬Ľ

L‚Äôimam Toujgani employait le mot ¬ęsioniste¬Ľ qui pour la LBCA, ¬ęest une mani√®re de d√©signer les juifs sans tomber sous le coup de la loi¬Ľ.

R√©p√©tons que les propos datent de 2009 et sont √† replacer dans le contexte de la situation √† Gaza. Depuis lors, des interventions publiques de l‚Äôimam Toujgani tendent √† montrer que ce dernier a chang√©. Il y a deux ans, l‚Äôimam incitait les jeunes √† ¬ęprendre garde √† l‚Äôappel du djihad¬Ľ. Nomm√© en 2017 pr√©sident de la Ligue des Imams de Belgique, il affirme maintenant dans les r√©seaux sociaux vouloir pr√īner la cohabitation pacifique et citoyenne entre les diff√©rentes communaut√©s.

Mais il appelait en 2009 ¬ę√† br√Ľler les sionistes¬Ľ, insiste Jo√ęl Rubinfeld. Donc: avant que soit perp√©tr√© l‚Äôattentat du Mus√©e juif. ¬ęJusqu‚Äô√† Nemmouche, on pouvait plaider l‚Äôignorance. Aujourd‚Äôhui, on ne peut plus plaider l‚Äôignorance. On savait que des imams ont pr√™ch√© la haine en Belgique mais j‚Äôavais tr√®s peu vu de ces pr√™ches film√©s sur vid√©o et diffus√©s sur YouTube o√Ļ ils se trouvent d‚Äôailleurs toujours. L‚Äôimam Toujgani est imam √† Molenbeek. La mosqu√©e Al-Khalil est la plus grande de Bruxelles, de Belgique, d‚ÄôEurope. Et j‚Äôajoute qu‚Äôelle administre des √©coles.¬Ľ

Précisons que nous avons tenté de joindre l’imam, sans succès.

2019

Jo√ęl Rubinfeld

26 mai, 20:01

Entendre Ecolo s’inqui√©ter, √† juste titre, de la pouss√©e de la peste brune du Vlaams Belang alors que les Verts ont envoy√© au Parlement belge le responsable local d’un mouvement jug√© antis√©mite par le Parlement allemand est le summum de l’hypocrisie. √Ä vrai dire, la pouss√©e des extr√©mistes francophones m’inqui√®te plus encore que la pouss√©e des fachos du Nord du pays car, s’agissant du Vlaams Belang, la majorit√© de nos concitoyens est fort heureusement vigilante face √† cette menace, tandis que s’agissant de l’aile radicale des Verts ou des communistes du PTB, ils ne semblent pas indisposer grand monde. Oui au cordon sanitaire… mais pour les extr√™mes de part et d’autre de l’√©chiquier politique!

 

2007 - Quand la Libre Belgique tronquait une affirmation de Michel Géoris dans le magazine "L'Affirmatif"...

(LB, 10/01/1997)

2001 - Le Vif L'Express antisémite

(Le Vif, 20/04/2001)

2003 - Attaque d'un musulman marocain contre une synagogue de Charleroi

(LB, 14/06/2003)

2003 - La RTBF antisémite (pas étonnant, comme elle est déjà raciste anti-néerlandophone)

(LS, 17/01/2003)

Michel Konen, Pascale Bourgaux, Yves Thiran (RTBF) appel√©s √† compara√ģtre au Tribunal de Dinant pour propos antis√©mites

(VA, 14/01/2004)

2004 - Les trois journalistes de la RTBF, Yves Thiran, Bourgaux et Konen, se disent "choqués" d'avoir été traités d'antisémites (ben, voyons)

(VA, 11/02/2004)

2004 - Scouts juifs insultés (par des musulmans)

(DH, 09/10/2004)

2004 - L. Gilissen (Mons) - Sur l'antisémitisme dans un texte autrefois lu le Vendredi Saint ...

(in: Le Soir Mag, 4, 2004)

Laken / Laeken (orthographe française idiote) - L'Athénée Marcel Dricot, un foyer d'élèves antisémites: un étudiant (sic) accusé d'un acte antisémite

(DH, 19/03/2005)

De Arabisch-Europese Liga (AEL) spot met holocaust

(DS, 26/02/2006)

L'avocat Sébastien Courtoy, collabo du nazislamisme, antisémite

(LB, 14/03/2006)

La crypte du Mémorial juif d'Anderlecht dévastée

(LB, 26/07/2006)

Michel Delacroix, sénateur du FN belge, chante une chanson antisémite

(VA, 07/11/2008)

Une affiche 'second degré' de la VRT sur Berlin jette le trouble

(LB, 26/11/2008)

Propos antisémites d'un professeur de sciences politiques à l'ULg, Michel Hermans

(VA, 27/10/2008)

Marcel van Oosterzee (Ukkel / Uccle) dénonce un article antisémite dans la Libre Belgique du 15/05/2008

(LB, 28/05/2008)

L'Organisation Internationale de la Francophonie, ... : antisémites (S. Rottenberg (Brussel / Bruxelles))

(Le Vif, 14/11/2008)

Une "Carte blanche" dans Le Soir s'attaque √©trangement √† Isra√ęl (Tamar Samash)

(LS, 10/09/2008)

Agitation antisémite dans les rues d'Anvers par 11.11.11, Oxfam, Groen, ABP, Broederlijk Delen, vzw Vrede, LCT, ...

(VA, 02/01/2009)

2009 - Leignon - Rabbi Jacob à l'école communale de Leignon

Evidemment, sans intention antisémite de la part des enseignants organisateurs mais ferait-on la même chose avec des déguisements musulmans ? (VA, 09/04/2009)

Belgique - Forte augmentation du nombre d'actes antisémites

(VA, 09/05/2009)

2009 - La FGTB antisémite

(VA, 17/11/2009)

Alphonse Binon (Boninne) soutient la FGTB antisémite en oubliant sciemment l'antisémitisme de dirigeants du peuple palestinien et leur volonté d'exterminer les Juifs...

(VA, 19/11/2009)