Le racisme est le fondement de l’impĂ©rialisme français…

Hannah Arendt, Sur l’antisĂ©mitisme, Calmann-LĂ©vy, 1973

 

(p.63) “Diderot, le seul des philosophes français qui ne fut pas hostile aux Juifs (…)”

 

(p.110) “L’antisĂ©mitisme français, en outre, est plus ancien que ses homologues europĂ©ens, de mĂȘme que l’émancipation des Juifs remonte en France Ă  la fin du 18e siĂšcle.  Les hommes des LumiĂšres qui prĂ©parĂšrent la RĂ©volution française mĂ©prisaient tout naturellement les Juifs: ils voyaient en eux les survivants du Moyen Age, les odieux agents financiers de l’aristocratie.”

 

 

Hannah Arendt, L’impĂ©rialisme, Fayard, 1982

 

(p.75) C’est “en ce siĂšcle crĂ©ateur de nations et dans la pays de l’amour de l’humanitĂ© que nous devons chercher les germes de ce qui devait plus tard devenir la capacitĂ© du racisme Ă  dĂ©truire les nations et Ă  annihiler l’humanitĂ©.”  (p.79) “Aussi paradoxal que cela puisse paraĂźtre, les fait est que ce sont les Français qui, avant les Allemands ou les Anglais, devaient insister sur cette idĂ©e fixe d’une supĂ©rioritĂ© germanique.”

 

Hannah Arendt, L’impĂ©rialisme, Ă©d. Fayard, 1982

 

(p.20) L’IMPÉRIALISME

 

Qu’un NapolĂ©on eĂ»t Ă©chouĂ© Ă  rĂ©aliser l’unitĂ© de l’Europe sous le drapeau français indiquait clairement que toute conquĂȘte menĂ©e par une nation conduisait soit Ă  un Ă©veil de la conscience nationale chez les peuples conquis, et donc Ă  leur rĂ©bellion contre le conquĂ©rant, soit Ă  la tyrannie. Et bien que la tyrannie, parce qu’elle n’a pas besoin du consentement, puisse rĂ©gner avec succĂšs sur des peuples Ă©trangers, elle ne peut se maintenir au pouvoir qu’Ă  condition de prĂ©alablement dĂ©truire les institutions nationales de son propre peuple.

A la diffĂ©rence des Britanniques et de toutes les autres nations europĂ©ennes, les Français ont rĂ©ellement essayĂ©, dans un passĂ© rĂ©cent, de combiner le jus et l’imperium, et de bĂątir un empire dans la tradition de la Rome antique. Eux seuls ont au moins tentĂ© de transformer le corps politique de la nation en une structure politique d’empire, ont cru que « la nation française Ă©talt en marche… pour aller rĂ©pandre les bienfaits de Ia civilisation française » ; ils ont eu le dĂ©sir d’assimiler leurs colonies dans le corps national en traitant les peuples conquis « Ă  la fois… en frĂšres et… en sujets » – frĂšres en tant qu’unis par les liens nĂ©s d’une civilisation française commune, et sujets dans le sens oĂč ces peuples sont les disciples du rayonnement de la France. Ce qui se rĂ©alisa en partie lorsque des dĂ©putĂ©s de couleur purent siĂ©ger au (p.21) Parlement français et que l’AlgĂ©rie fut dĂ©clarĂ©e dĂ©partement.

Cette entreprise audacieuse devait aboutir Ă  une exploitation particuliĂšrement brutale des colonies au nom de la nation.  Au mĂ©pris de toutes les thĂ©ories, l’Empire français Ă©tait, en rĂ©alitĂ© construit en fonction de la dĂ©fense nationale, et les colonies Ă©taient considĂ©rĂ©es comme terres Ă  soldats susceptibles de fournir une force noire  capable de protĂ©ger les habitants de la France contre les ennemis de leur nation. La fameuse phrase prononcĂ©e par PoincarĂ© en 1924: « La France n’est pas un pays de quarante millions d’habitants; c’est un pays de cent millions d’habitants», annonçait purement et simplement la dĂ©couverte d’une «forme Ă©conomique de chair Ă  canon, produite selon des mĂ©thodes de fabrication en sĂ©rie». Quand, lors de la ConfĂ©rence sur la paix de 1918, ClĂ©menceau insistait sur le fait qu’il ne dĂ©sirait rien d’autre qu’« un droit illimitĂ© Ă  lever des troupes noires destinĂ©es Ă  contribuer Ă  la dĂ©fense du territoire français en Europe si la France venait Ă  ĂȘtre attaquĂ©e par 1’Allemagne», il ne protĂ©geait pas la nation française contre une agression allemande, comme il nous a malheureusement Ă©tĂ© donnĂ© de l’apprendre, bien que son plan ait Ă©tĂ© menĂ© Ă  bien par l’Etat-Major gĂ©nĂ©ral;  mais il portait lĂ  un coup fatal Ă  l’existence, jusque lĂ  encore concevable, d’un Empire français. Face Ă  ce nationalisme aveugle et dĂ©sespĂ©rĂ©, les impĂ©rialistes britanniques qui acceptaient le compromis du systĂšme du mandat faisaient figure de gardiens de l’autodĂ©terminatfon des peuples. Et cela, bien qu’ils eussent fait d’emblĂ©e un mauvais usage du systĂšme du mandat en pratiquant le « gouvernement indirect » , mĂ©thode qui permet Ă  l’administrateur de gouverner un peuple « non pas directement mais par le biais de ses propres autoritĂ©s locales et trĂźbales».

 

(p.74)

1 – UNE «RACE» D’ARISTOCRATES CONTRE UNE “NATION » DE CITOYENS

Un intĂ©rĂȘt sans cesse croissant envers les peuples les plus diffĂ©rents, les plus Ă©tranges, et mĂȘme sauvages, a caractĂ©risĂ© la France du XVIIIe siĂšcle. C’Ă©tait l’Ă©poque oĂč l’on admirait et copiait les peintures chinoises, oĂč l’un des Ă©crits les plus fameux du siĂšcle s’appelait les Lettres persanes, et oĂč les rĂ©cits de voyage constituaient la lecture favorite de la sociĂ©tĂ©. On opposait l’honnĂȘtetĂ© et la simplicitĂ© des peuples sauvages et non civilisĂ©s Ă  la sophistication et Ă  la frivolitĂ© de la culture. Bien avant que le XIXe siĂšcle et son immense dĂ©veloppement des moyens de transport eussent mis le monde non europĂ©en Ă  la porte de tout citoyen moyen, la sociĂ©tĂ© française du XVIIIe siĂšcle s’Ă©tait efforcĂ©e de s’emparer spirituellement du contenu des cultures et des contrĂ©es qui s’Ă©tendaient loin au-delĂ  des frontiĂšres de l’Europe. Un vaste enthousiasme pour les

«nouveaux spĂ©cimens de l’humanité» (Herder) gonflait le coeur des hĂ©ros de la RĂ©volution qui venaient, aprĂšs la nation française, libĂ©rer tous les peuples de toute couleur sous la banniĂšre de la France.

 

(p.75) C’est pourtant dans ce siĂšcle crĂ©ateur de nations et dans le pays de l’amour de I’humanitĂ© que nous devons chercher les germes de ce qui devait pIus tard devenir la capacitĂ© du racisme Ă  dĂ©truire les nations et Ă  annihiler l’humanitĂ©. On doit noter que le premier Ă  prendre Ă  son compte la coexistence en France de peuples diffĂ©rents, d’origines diffĂ©rentes, fut aussi le premier Ă  Ă©laborer une pensĂ©e raciale dĂ©finie. Le comte de Boulainvilliers, noble français qui Ă©crivit au dĂ©but du XVIIIe siĂšcle des oeuvres qui ne furent pubIiĂ©es qu’aprĂšs sa mort, interprĂ©tait l’histoire de la France comme l’histoire de deux nations diffĂ©rentes dont l’une, d’origine germanique, avait conquis les premiers habitants, les « Gaulois », leur avait imposĂ© sa loi, avait pris leurs terres et s’y Ă©tait installĂ©e comme classe dirigeante, en « pairs » dont les droits suprĂȘmes s’appuyaient sur le « droit de conquĂȘte » et sur la « nĂ©cessitĂ© de l’obĂ©issance toujours due au plus fort ». EssentieIIement prĂ©occupĂ© de trouver de nouveaux arguments contre la montĂ©e du pouvoir politique du Tiers-Etat et de ses porte-parole, ce «nouveau corps» composĂ© par les « gens de lettres et de loi » , Boulainvilliers devait aussi combattre la monarchie parce que le roi de France ne voulait plus reprĂ©senter les pairs en tant que primus inter pares, mais bien la nation tout entiĂšre : en lui, de ce fait, la nouvelle classe montante trouva un moment son alliĂ© le plus puissant. Soucieux de rendre Ă  la noblesse une primautĂ© sans conteste, Boulainvilliers proposait Ă  ses semblables, les nobles, de nier avoir une origine commune avec le peuple français, de briser l’unitĂ© de la nation et de se rĂ©clamer d’une distinction originelle, donc Ă©ternelle. Avec beaucoup plus d’ audace que la (p.76) plupart des dĂ©fenseurs de la noblesse ne le firent par la suite, Boulainvilliers reniait tout lien prĂ©destinĂ© avec le sol ; il reconnaissait que les « Gaulois » Ă©taient en France depuis plus longtemps, que les « Francs » Ă©taient des Ă©trangers et des barbares. Sa doctrine se fondait exclusivement sur le droit Ă©ternel de la conquĂȘte et affirmait sans vergogne que «la Frise…fut le vĂ©ritable berceau de la nation française ». Des siĂšcles avant le dĂ©veloppement du racisme impĂ©rialiste proprement dit, et ne suivant que la logique intrinsĂšque de son concept, il avait vu dans les habitants originels de la France des natifs au sens moderne du terme ou, selon ses propres mots, des « sujets » non pas du roi, mais de tous ceux dont le privilĂšge Ă©tait de descendre d’un peuple de conquĂ©rants qui, par droit de naissance, devaient ĂȘtre appelĂ©s « Français ».

(p.76) La thĂ©orie de Boulainvilliers ne s’applique toutefois qu’aux peuples, non aux races; elle fonde le droit des peuples supĂ©rieurs sur une action historique, la (p.77) conquĂȘte, et non sur un fait physique – bien que l’action historique exerce dĂ©jĂ  une influence sur les qualitĂ©s naturelles des peuples conquis. S’il invente deux peuples diffĂ©rents au sein de la France, c’est pour s’opposer Ă  la nouvelle idĂ©e nationale telle qu’elle Ă©tait~prĂ©sentĂ©e dans une certaine mesure par l’alliance de la monarchie absolue et du Tiers-Etat.

 (p.79) Il est assez Ă©trange que depuis les premiers temps, oĂč, Ă  l’occasion de sa lutte de classe contre la bourgeoisie, la noblesse française dĂ©couvrit qu’elle appartenait Ă  une autre nation, qu’elle avait une autre origine gĂ©nĂ©alogique et qu’elle avait des liens plus Ă©troits avec une caste internationale qu’avec le sol de France, toutes les thĂ©ories raciales françaises aient soutenu le germanisme, ou tout au moins la supĂ©rioritĂ© des peuples nordiques contre leurs propres compatriotes.  Car si les hommes de la RĂ©volution française s’identifiaient mentalement avec Rome, ce n’est pas parce qu’ils opposaient au “germanisme » de leur noblesse un « latinisme » du Tiers-Etat, mais parce qu’ils avaient le sentiment d’ ĂȘtre les hĂ©ritiers spirituels de la RĂ©publique romaine. Cette revendication historique, dans sa diffĂ©rence par rapport Ă  l’identification tribale de la noblesse, pourrait avoir Ă©tĂ© l’une des raisons qui ont empĂȘchĂ© le « latinisme » de se dĂ©velopper en soi comme doctrine raciale. En tout cas, et aussi paradoxal que cela puisse paraĂźtre, le fait est que ce sont les Français qui, avant les Allemands ou les Anglais, devaient insister sur cette idĂ©e fixe d’une supĂ©rioritĂ© germanique. De la mĂȘme maniĂšre, la naissance de la conscience de race allemande aprĂšs la dĂ©faite prussienne de 1806, alors qu’elle Ă©tait dirigĂ©e contre les Français, ne changea en rien le cours des idĂ©ologies raciales en France. Dans les annĂ©es quarante du siĂšcle dernier, Augustin Thierry adhĂ©rait encore Ă  l’identification des classes et des races et (p.80) distinguait entre « noblesse germanique » et « bourgeoisie celte » , cependant que le comte de RĂ©musat, encore un noble, proclamait les origines germaniques de l’aristocratie europĂ©enne. Finalement, le comte de Gobineau dĂ©veloppa une opinion dĂ©jĂ  couramment admise parmi la noblesse française en une doctrine historique Ă  part entiĂšre, affirmant avoir dĂ©couvert la loi secrĂšte de la chute des civilisations et promu

l’histoire Ă  la dignitĂ© d’une science naturelle. Avec lui, la pensĂ©e raciale achevait son premier cycle, pour en entamer un second dont les influences devaient se faire sentir jusqu’aux annĂ©es 20 de notre siĂšcle.

 

(p.80) II – L’UNITÉ DE RACE COMME SUBSTITUT A L’ÉMANCIPATION  NATIONALE

 

En Allemagne, la pensĂ©e raciale ne s’est dĂ©veloppĂ©e qu’aprĂšs la dĂ©route de la vieille armĂ©e prussienne devant NapolĂ©on. Elle dut son essor aux patriotes prussiens et au romantisme politique bien plus qu’Ă  la noblesse et Ă  ses champions. A la diffĂ©rence du mouvement racial français qui visait Ă  dĂ©clencher la guerre civile et Ă  faire Ă©clater la nation, la pensĂ©e raciale allemande fut inventĂ©e dans un effort visant Ă  unir le peuple contre toute domination Ă©trangĂšre. Ses auteurs ne cherchaient pas d’alliĂ©s au-delĂ  des frontiĂšres; ils voulaient Ă©veiller dans le peuple la conscience d’une origine commune. En fait, cette attitude excluait la noblesse. (…)

Comme la pensĂ©e raciale allemande allait de pair avec les vieilles tentatives déçues visant Ă  unifier les innombrables Etats allemands, elle demeura Ă  ses dĂ©buts si Ă©troitement liĂ©e Ă  des sentiments nationaux d’ordre plus gĂ©nĂ©ral qu’il est assez malaisé  de distinguer entre le simple nationalisme et un racisme avouĂ©. D’inoffensifs sentiments nationaux s’exprimaient en des termes que nous savons aujourd’hui ĂȘtre racistes, si bien que mĂȘme les historiens qui identifient le courant raciste allemand du XXe siĂšcle avec le langage trĂšs particulier du nationalisme allemand ont curieusement Ă©tĂ© amenĂ©s Ă  confondre le nazisme avec le nationalisme allemand, contribuant ainsi Ă  sous-estimer le gigantesque succĂšs international de la propagande hitlĂ©rienne. Ces circonstances particuliĂšres du nationalisme allemand changĂšrent seulement quand, aprĂšs 1870, l’unification de la nation se fut effectivement rĂ©alisĂ©e et que le racisme allemand eut, de concert avec l’impĂ©rialisme allemand, atteint son plein dĂ©veloppement. De ces dĂ©buts, un certain nombre de caractĂ©ristiques ont toutefois survĂ©cu, qui sont restĂ©es significatives au courant de pensĂ©e rociale spĂ©cifiquement allemand.

A la diffĂ©rence des nobles français, les nobles prussiens avaient le sentiment que leurs intĂ©rĂȘts Ă©taient Ă©troitement liĂ©s Ă  la position de la monarchie absolue et, dĂšs l’Ă©poque de FrĂ©dĂ©ric II en tout cas, ils cherchĂšrent Ă  se faire reconnaĂźtre comme reprĂ©sentants lĂ©gitimes de la nation tout entiĂšre.

(p.88) C’est Haller qui, partant de cette Ă©vidence que les puissants dominent ceux qui sont privĂ©s de pouvoir, n’hĂ©sita pas Ă  aller plus loin et Ă  dĂ©clarer « loi naturelle » que les faibles doivent ĂȘtre dominĂ©s par les forts. Bien entendu, les nobles applaudirent avec enthousiasme en apprenant que leur usurpation du pouvoir non seulement Ă©tait lĂ©gale, mais encore obĂ©issait aux lois naturelles, et c’est en fonction de ces dĂ©finitions bourgeoises que, pendant tout le XIXe siĂšcle, ils Ă©vitĂšrent les « mĂ©salliances » avec un soin encore plus diligent que par le passĂ©.

Cette insistance sur une origine tribale commune comme condition essentielle de l’identitĂ© nationale, formulĂ©e par les nationalistes allemands pendant et aprĂšs la guerre de 1814, et l’accent mis par les romantiques (p.89) sur la personnalitĂ© innĂ©e et la noblesse naturelle, ont intellectuellement prĂ©parĂ© le terrain Ă  la pensĂ©e raciale en Allemagne. L’une a donnĂ© naissance Ă  la doctrine organique de l’histoire et de ses lois naturelles; de l’autre naquit Ă  la fin du siĂšcle ce pantin grotesque, le surhomme, dont la destinĂ©e naturelle est de gouverner le monde. Tant que ces courants cheminaient cĂŽte Ă  cĂŽte, ils n’Ă©taient rien de plus qu’un moyen temporaire d’Ă©chapper aux rĂ©alitĂ©s politiques. Une fois amalgamĂ©s, ils constituĂšrent la base mĂȘme du racisme en tant qu’idĂ©ologie Ă  part entiĂšre. Ce n’est pourtant pas en Allemagne que le phĂ©nomĂšne se produisit en premier lieu, mais en France, et il ne fut pas le fait des intellectuels de la classe moyenne, mais d’un noble aussi douĂ© que frustrĂ©, le comte de Gobineau.

 

III – LA NOUVELLE CLE DE L’HISTOIRE

 

En 1853, le comte Arthur de Gobineau publia son Essai sur l’InĂ©galitĂ© des Races humaines, qui devait attendre quelque cinquante ans pour devenir, au tournant du siĂšcle, une sorte d’ouvrage-modĂšle pour les thĂ©ories raciales de l’histoire. La premiĂšre phrase de cet ouvrage en quatre volumes – « La chute de la civilisation est le phĂ©nomĂšne le plus frappant et, en mĂȘme temps, le plus obscur de l’histoire” – rĂ©vĂšle clairement l’intĂ©rĂȘt fondamentalement neuf et moderne de son auteur, ce nouvel Ă©tat d’esprit pessimiste qui imprĂšgne son oeuvre et qui constitue une force idĂ©ologique capable de faire l’unitĂ© de tous les Ă©lĂ©ments et opinions contradictoires antĂ©rieurs.

 

(p.92) Lorsque Gobineau commença son oeuvre, Ă  l’époque de Louis-Philippe, le roi bourgeois, le sort de la noblesse semblait rĂ©glĂ©. La noblesse n’avait plus Ă  craindre la victoire du Tiers-Etat, celle-ci Ă©tait dĂ©jĂ  accomplie; elle ne pouvait plus que se plaindre. (…) Il /= Gobineau/ Ă©tait seulement un curieux mĂ©lange de noble frustrĂ© et d’intellectuel romantique, qui inventa le racisme pour ainsi dire par hasard: lorsqu’il s’aperçut qu’il ne pouvait plus se contenter des vieilles doctrines des deux peuples rĂ©unis au sein de la France et que, vu les circonstances nouvelles, il devait rĂ©viser le vieux principe selon lequel les meilleurs se trouvent nĂ©cessairement au sommet de la sociĂ©tĂ©. (…)

(p.93) Petit Ă  petit, il identifia la chute de sa caste avec la chute de la France, puis avec celle de la civilisation occidentale, et enfin… avec celle de l’humanitĂ© tout entiĂšre. Ainsi fit-il cette dĂ©couverte – qui lui valut par la suite tant d’admirateurs parmi les Ă©crivains et les biographes – que la chute des civilisations est due Ă  une dĂ©gĂ©nerescence de la race, ce pourrissement Ă©tant causĂ© par un sang mĂȘlĂ©, car dans tout mĂ©lange, la race infĂ©rieure est toujours dominante. (…) Il lui fallut prĂšs de cinquante ans pour devenir une gloire auprĂšs de l’Ă©lite, et ses ouvrages durent attendre la PremiĂšre Guerre mondiale et sa vague de philosophies de la mort pour jouir d’une rĂ©elle et large popularitĂ©.

Ce que Gobineau cherchait en rĂ©alitĂ© dans la politique, c’Ă©tait la dĂ©finition et la crĂ©ation d’une « Ă©lite » qui remplacerait l’anstocratie. Au lieu de princes, il proposait une « race de princes », les Aryens, qui Ă©taient en danger, disait-il, de se voir submergĂ©s par les classes infĂ©rieures non-aryennes du fait de la dĂ©mocratie. Le concept de race permettait d’introduire les « personnalitĂ©s innĂ©es » du romantisme allemand et de les dĂ©finir comme les membres d’une aristocratie naturelle, destinĂ©e Ă  rĂ©gner sur tous les autres hommes. Si la race et le mĂ©lange des races sont les facteurs (p.94) dĂ©terminants de l’individu – et Gobineau n’affirmait pas l’existence de sangs « purs » -, rien n’empĂȘche de prĂ©tendre que certaines supĂ©rioritĂ©s physiques pourraient se dĂ©velopper en tout individu, quelle que soit sa prĂ©sente position sociale, et que tout homme d’exception fait partie de ces « authentiques fils et survivants… des MĂ©rovingiens “, qu’il est l’un de ces « fils de rois ». GrĂące Ă  la race, une « Ă©lite » allait se former qui pourrait revendiquer les vieilles prĂ©rogatives des familles fĂ©odales au seul fait qu’elle avait le sentiment d’ĂȘtre une noblesse ; la reconnaissance de l’idĂ©ologie de race allait en soi devenir la preuve formelle qu’un individu Ă©tait de « bon sang » , que du « sang bleu » coulait dans ses veines et qu’une telle origine supĂ©rieure impliquait des droits supĂ©rieurs. D’un mĂȘme Ă©vĂ©nement politique, le dĂ©clin de la noblesse, notre Comte tirait donc deux consĂ©quences contradictoires: la dĂ©gĂ©nĂ©rescence de la race humaine et la constitution d’une aristocratie nouvelle et naturelle.

 

(p.95) Taine lui-mĂȘme croyait fermement au gĂ©nie supĂ©rieur de la « nation germanique», et Ernest Renan a probablement Ă©tĂ© le premier Ă  opposer les «SĂ©mites » aux «Aryens» en une « division du genre humain » dĂ©cisive, bien qu’il reconnĂ»t en la civilisation la grande force supĂ©rieure qui dĂ©truit les originalitĂ©s locales aussi bien que les diffĂ©rences de race originelles.

 

(p.108) /Auguste Comte en France/

… celui-ci exprimait son espoir de voir une humanitĂ© unie, organisĂ©e, rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e sous l’Ă©gide – la prĂ©sidence – de la France.

 

Women and Slavery in the French Antilles, 1635–1848

 

BLACKS IN THE DIASPORA / Darlene Clark Hine, John McCluskey, Jr., and David Barry Gaspar,
general editors

Women and Slavery in the French Antilles, 1635–1848

Bernard Moitt

Indiana University Press
Bloomington and Indianapolis

This book is a publication of Indiana University Press 601 North Morton Street Bloomington, IN 47404-3797 USA

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All rights reserved

1. Women slaves—West Indies, French—History. 2. Women, Black—West Indies, French—History. I. Title. II. Series.

For Cynthelia (Tia), Kojenwa, and Thandika Moitt, and to the memory of Mama (the late Pearl Agusta Moitt)

Women and Slavery in the French Antilles,
1635–1848

 

1 Black Women and the Early
Development of the French Antilles

BLACK WOMEN were present in the French Antilles beginning in the early decades of the seventeenth century, when the French occupied part of Saint Christopher. As French hegemony spread in the region in the 1630s, so did the number of black women, most of them slaves. (
)

In 1669 Lieutenant Governor Jean-Charles de Baas of Martinique requested young men of fourteen years and young girls of ten from French hospitals for colonists to use as engagĂ©s for a period of four years.42 In 1681 Pouancay, governor of Saint-Domingue, wrote to the Minister of Marine and Colonies in Paris requesting 150 young women a year for three years, as they were considered necessary to attract settlers and promote the development of families. In response, the minister appealed to the general hospital in La Rochelle, whose administrators reportedly found young women there willing to emigrate. There were young, poor girls at several hospitals in France. Some were orphans and others were homeless juveniles.43 To this so-called “love trade” the state contributed 12 livres for each woman, and the hospital added a variety of gifts including sandals, amber necklaces, red skirts, stockings, and other items of clothing valued at 15–20 livres. This was supposedly voluntary migration, but the list of items given to the women makes coercion a distinct possibility. In any case, 29 of them were shipped to the governor of French Guiana on March 29, 1681, nine days after the women had signed contracts.44 In 1685 the hospital responded positively to additional demands from the state to provide women as wives for French settlers in Saint-Domingue. Authorities in that colony requested 50 young women at first, but later held out the hope that 100 could be recruited. How many of these the hospital was able to provide is not clear, but the need was certainly pressing in this case as the king offered 24 livres to each woman—twice the regular offering.45 These inducements did not entice enough people to migrate to the colonies, however. (
)

Over the course of the Atlantic slave trade, the French colonies received well over a million and a half slaves, more than half of them going to Saint-Domingue. Not all of these were delivered by French slavers, even though the French sent out more than three thousand ships to Africa and began delivering slaves to their colonies soon after they were settled. The nature of record keeping in an often clandestine business, as well as the absence of data for some periods of the trade, have created huge gaps in the historical demography of the slave trade. The numbers game, as it is sometimes called, has therefore been the source of ongoing debate. In this debate, Robert Stein has posited that the eighteenth-century French slave trade was 21.4 percent higher than Philip Curtin estimated in his 1969 census of the Atlantic slave trade. This and other such responses have led to an upward revision of Curtin’s estimates. Even so, Paul Lovejoy has found Curtin’s projection of total imports “to have been remarkably accurate.” Lovejoy estimated that the number of slaves imported into the Americas from Africa was 9,778,500 and arrived at a global export figure of 9,913,000. Scholars will always be at variance over the volume of the slave trade, but besides demography, other factors such as geography, location, access to resources, gender, and labor regime had a bearing on the slave woman’s condition in the Caribbean, as later chapters demonstrate.5 (
)

 

DIVISION OF LABOR

A somewhat awkward and imprecise hierarchy based on the occupations of the slaves was instituted on the plantations, and it catered to the psychological needs of both slaves and slaveowners. Commandeurs or slave drivers of the first gang, along with sugar boilers, specialist slaves, and some domestics, such as the housekeeper and the hospitaliĂšre (a health care provider), fell into the general category of “elite slaves” or “head people.” Most other slaves were designated as nĂšgres or nĂ©gresses de place—field slaves. Within this hierarchical division, plantation owners allocated most of the specialized tasks, predominantly artisanal, to men. Thus, as in Africa, slave men maintained their traditional spheres of influence and only they were coopers, carpenters, masons, and blacksmiths. But slaveowners also allotted to men certain nonspecialized tasks, such as driver of the first gang, sugar boiler, messenger, and coach driver. Thus the occupational hierarchy which characterized the plantation society strongly favored males. This hierarchy had other consequences besides economic ones for it reinforced male dominance in Caribbean societies.(
)

Different standards were applied to the black woman, for even in the worst days of indentureship, the white woman was still seen as somewhat fragile and unsuited for hard labor. (
)

Paradoxically, the French found it convenient to articulate the view that whites could not perform hard labor in the tropics, and promoted African slavery over European indentureship. Governor HouĂ«l of Guadeloupe subscribed to this view, as evidenced by a letter he wrote to the king of France in 1647, in which he complained that the few engagĂ©s who arrived in Guadeloupe were insufficient and lacked the resistance needed for sugar cultivation. Furthermore, they were incapable of adapting to the climate and the food, “such was their predisposition.” He hoped that the engagĂ©s would be supplemented or replaced by African slaves, whose labor he credited for the economic success of Barbados. And yet the classic stereotype of blacks as indolent liars and thieves was pervasive in Saint-Dominque by the eighteenth century.11

Governor HouĂ«l conceptualized the problem of labor in racial terms, for he implied that whites were incapable of performing hard labor in tropical climates. There is no scientific basis to support this view, and the heavy work that Europeans performed as engagĂ©s—clearing forests and establishing farms—should have been sufficient to dispel doubts about their physiological state. As we have seen, the bias toward African slave labor prevailed over white European indentured labor. As African slave labor displaced European indentured labor, sugar production became inextricably linked to slavery, with dire consequences for black women and men. From the outset, the sugar plantation was associated with hard, intensive labor and its success in Barbados left little doubt that African slave labor was the key. In 1698, after purchasing twelve slaves for 5,700 francs for the Fond Saint-Jacques Plantation in Martinique owned by his ecclesiastic order, proprietor PĂšre Labat told his superior general that it was “absolutely necessary to have slaves unless we wish to discontinue the work of the sugar operations.” He assured his order that while the slaves would be used in other branches of labor, sugar production would not be jeopardized, as sugar was needed to pay for the slaves and to purchase salted meats and other food supplies for them. The exemption from taxes on slaves and other possessions that Louis XIV granted the Jesuits in 1651, in addition to the likely credit they received in this initial transaction, must have been an encouraging beginning. (
)

As early as 1702, one observer, Monsieur de Galliffet, noted that “the majority of planters 
 worked their slaves beyond human endurance, all day and most of the night.”16 Around the same period, another observer, a Monsieur Deslandes, wrote that “colonists deal with their slaves with the utmost severity; they work them beyond their human endurance and ignore proper feeding and education.” Four decades later, in 1742, Monsieur Le Normand de MĂ©zy, a planter and treasurer of Le Cap in the north of Saint-Domingue, wrote that “the condition of slaves in Saint-Domingue is one of working all day long except for a few hours break for lunch.” (
)

Since technology was limited during this period, field slaves cleared and prepared the fields for cultivation using the basic hoe. They planted sugar cane cuttings, kept the fields free of weeds through regular weeding, and cut and transported sugar cane to the mill site, where they also worked in the manufacturing end of the sugar works. Women field slaves, in particular, distilled rum from molasses, a by-product of sugar. They also cultivated individual and collective garden plots, which provided food to sustain the slave force. Women marketed some of the produce grown on individual plots, thereby acquiring a personal source of income that gave them a measure of independence from the strict confines of the plantation.

Women made up the majority of slaves in the field gangs, which varied in number according to need. Though a single, primary gang was the choice of some planters, on most plantations slaves were divided into two gangs and occasionally three. The first gang or grand atelier (great gang) consisted of the strongest male and female slaves above fourteen years of age, who performed the most arduous tasks. On the Bréda Plantation in the north of Saint-Domingue, slaves entered this gang at seventeen years, which suggests that there was variation from plantation to plantation. Less robust slaves, newly arrived slaves who had to be acclimatized, pregnant slaves, and nursing mothers made up the second gang, whose importance varied according to the agricultural calendar, the health of the slaves, and the interest of the planters. The third slave gang was made up of children (where numbers warranted) between the ages of eight and thirteen years, who worked under the supervision of an elderly female slave performing what were considered to be small tasks. (
)

To quote Labat:

(
) A woman slave belonging to the Jesuits was not as fortunate. In attempting to pass something to the woman on the other side of the mill, her shirt sleeves became caught in the cogs, and her arm, followed by the rest of her body was drawn into the machinery in an instant, before she could be helped. Only the head does not pass; it separates from the neck and falls on the side where the body entered. (
)

 

SEXUAL ABUSE

Slave women also had limited means at their disposal to combat sexual abuse and to keep their families intact. Not all relations between slave women and males in authority can or should be construed as sexual abuse, but whether single or married, slave women were assaulted by males of all ethnicities in the French Antilles. We have no personal testimonies such as that presented by Thomas Thistlewood, a young English overseer in Jamaica in the mid-eighteenth century, who sexually exploited a host of slave women and recorded his daily activities (partly in Latin) in a journal. However, the significant number of mixed-race children who, along with their mixed-race mothers, acquired freedom in the French Antilles the 1830s and 1840s (see chapter 9) suggest sexual abuse. There were also slave women whose owners allowed them to work away from the plantations in establishments such as taverns in the port city of Saint-Pierre, Martinique, where prostitution was rife. (
)

 

6 Discipline and Physical Abuse
Slave Women and the Law

IN ADDITION TO the low fertility rates and high infant mortality they experienced, slave women were subjected to severe physical punishment by slaveowners, male and female, other plantation personnel, and by slave drivers. Slaveowners and others in authority punished female slaves as harshly as they did male slaves, but slave women, being more directly in the line of confrontation with the slave system than men due to their subordinate position within the slave occupational hierarchy, were apt to be punished more frequently and, quite often, with more venom. Although there was “equality under the drivers’ whip,” as Beckles put it, gender played a role in punishment.1 Indeed, with few exceptions, those who administered punishment were males, black and white, and they may have perceived slave women as easier to discipline than men. Also, slave women, not men, were the object of jealous rages.

Quite often, the punishment to which slave women, like men, were subjected amounted to sheer cruelty, as evidenced by the many dossiers in the French archives under the heading SĂ©vices contre les esclaves (cruelty against slaves). But such treatment went unchecked and unpunished for most of the slavery period, in spite of the so-called “protective” clauses in the Code Noir and the innumerable amendments that were introduced after its promulgation. Thanks to slave women who initiated legal proceedings based on changes in the law in the 1830s and 1840s in particular, French authorities were forced to investigate cases of brutality against slaves that might otherwise have been ignored. Although the amendments to the law curtailed the disciplinary powers of slaveowners and gave more authority to colonial bureaucrats to rein them in, they neither nullified nor contravened the laws found in the Code Noir.

WHIPPING

Whipping was the most common form of discipline and physical abuse, and labor disputes were the most contentious issue between the slaves and the slave system that led to its use. Indeed, it is rare to find a French source on slavery that does not mention whipping. In the seventeenth century, Pùre Du Tertre quoted a proverb, albeit racist, that captures the relationship between whipping and blacks, as it was likely perceived at the time: “To look at a Native American askance is to beat him; to beat him is to kill him; to beat a black is to nourish him.”

From Du Tertre’s time onward, this conception prevailed. So although flogging was common in Europe, it took on racial overtones in the Caribbean and became a panacea in dealing with slaves. At the outset of the Black Jacobins, for example, C.L.R. James used whipping to depict the relationship between slaves and slaveowners—the whip being the symbol of oppression. He wrote, “The stranger in San Domingo was awakened by the cracks of the whip, the stifled cries, and the heavy groans of the Negroes who saw the sun rise only to curse it for its renewal of their labours and their pains.” In reference to Saint-Domingue as well, Jean Fouchard indicated that “For the least infraction, the slave was whipped to satisfy the sadistic pleasure of the [slave] driver.” In a letter of April 1769, Bernardin de Saint-Pierre, a visitor, noted that slaves were frequently attached by the hands and feet to ladders and whipped until their skin was rent. “I have seen,” he wrote, “male and female slaves whipped daily for breaking a bit of earthenware or forgetting to close a door.” An observer and author of a historical work on Saint-Domingue also remarked that in the French Antilles, one spoke not in terms of “whipping” the slave but in terms of “trimming” the slave—a reference to mutilation. Similarly, France, a police superintendent in the French colonies in the 1840s, stated that whipping was tantamount to torture, “always excessive and barbarous, 
 with the potential of maiming the victim by assaulting his private parts or even killing him, if not instantly, as has already been the case, in due course, as is often the case.”3

In the eighteenth century, reports of slaves receiving fifty, a hundred, and even two hundred lashes surfaced. Some of these reports may well have been exaggerated, or may have failed to mention that whipping was sometimes administered in installments and not all at once. There is no doubt, however, that the disciplinary powers of slaveowners were real and excessive, and were backed by a Code Noir that was mostly gender neutral and set no limits on whipping. Breaches of the Code Noir were really breaches of a code of conduct, but they were treated as criminal offenses for the most part. Under Article 42 of the Code Noir, slaveowners were allowed to chain slaves and administer discretionary whippings with branches, cords, and cowhides, but they were forbidden to torture or mutilate them—actions for which the state could prosecute them and confiscate their slaves. However, mutilation and death were permitted in cases of marronnage and physical assault on whites that drew blood, but not assaults against people of color.4

Following complaints about the unlimited whipping of slaves, the Conseil SupĂ©rieur of Cayenne, French Guiana, limited the number of lashes a slave could receive in that colony to twenty-five in 1777.5 The council’s action was backed by a royal injunction, which suggests that this limit became standard throughout the French Antilles, but there was variation in the region. In Martinique a local ordinance of December 25, 1783, set the legal maximum number of strokes at twenty-nine, but fifty strokes were allowed for a short time after 1783.6 However, a royal ordinance of October 15, 1786, reinforced the 1783 ordinance and made it applicable to all the French colonies.7 Even though the legal limit remained twenty-nine strokes for some time prior to 1845, however, administrative correspondence suggests that colonial officials were uneasy with a fixed number, reasoning, quite correctly, that much harm could be done to slaves by a whipping that stayed within the official guidelines. In 1842, for example, the Procureur GĂ©nĂ©ral of French Guiana wrote to the governor of the colony to say that the vast majority of magistrates were in favor of a law under which a certain number of lashes would constitute “barbarous and inhumane punishment even when such punishment did not result in illness or incapacity to work.” The magistrates also believed that the determining factor should be the consequences of the whipping rather than the actual number of lashes. The Procureur GĂ©nĂšral indicated that magistrates were in need of clear guidelines on this issue, but it remained unresolved.8

By 1840 the Minister of Marine and Colonies in Paris considered proposals to abolish corporal punishment for female slaves, and to limit the number of strokes male slaves could receive to fifteen. Also, as a means of curbing their excesses, slaveowners would be required to record, within twenty-four hours of a disciplinary action, the offenses slaves committed, their age, sex, and occupation, as well as the punishment administered to them. Members of the Conseil des DĂ©lĂ©gues des Colonies, who commented on the proposals, raised concerns about how illiterate slaveowners in colonies such as French Guiana, where they were numerous, would follow the law. They expressed alarm at the prospect of the Minister imposing stiff fines and other penalties on slaveowners for the slightest infractions in record keeping in the French colonies, where slavery was “mild.” However, the proposals were adopted. Magistrates could pay surveillance visits to plantations to verify slave conditions under a law enacted on January 5, 1840. And a law enacted on September 16, 1841, limited prison terms of slaves to fifteen consecutive days on the plantation. Beyond that, power was transferred to the justice of the peace, who normally set prison terms in public jails and work terms on state farms.9

In 1845 these and other measures that sought to protect slaves (at least nominally) while safeguarding the rights of slaveowners were incorporated into what became known as the Mackau Law. Promulgated on July 18, the law limited the use of chains and the number of hours slaves could work, and authorized magistrates and colonial officials, including the Procureur Général, to pay surveillance visits to plantations to ascertain whether slaveowners were abiding by the regulations. The Mackau Law was sweeping in scope, but its effectiveness was another matter altogether.

THE CODE NOIR AND THE TREATMENT OF
SLAVES IN LAW AND CUSTOM

In view of the changes in slave law down to the 1840s, it would be legitimate to ask what legal options were open to slaves who wished to redress their grievances. Their most difficult problem was lack of direct access to the courts. Article 44 of the Code Noir declared that slaves were chattel—the property of their owners. In theory, all that they possessed also belonged to their owners. And their offspring were slaves in perpetuity, the property of the slave woman’s owner. As chattel, slaves could not testify in criminal or civil matters, according to Articles 30 and 31 of the Code Noir. If they were ever required to testify (which they sometimes were), their testimony was to be used solely in aiding judges to evaluate their cases; however, the evidence they presented could also be disregarded. But Article 26 left an opening for slaves to lodge complaints of cruel treatment and deprivation against their owners with the Procureur GĂ©nĂ©ral, their legal guardian and chief representative of the Crown in the colonies, who had broad investigative powers and access to state funds. The existence of such provisions led Elsa Goveia to argue that, although the slaves in the French Antilles were private property, they did not cease to be a matter of public concern and that public interference in the management of slaves was taken for granted, at least until the expansion of slavery and the “development of a feeling of white solidarity.” However, one should not infer, as did Goveia, that slavery was more humane in the French colonies, for it was not. As Louis Sala-Molins has pointed out, slaves could complain, but their testimony was considered worthless. Besides, both slaveowners and the colonial administration were secure in the knowledge that Articles 30 and 31 would be scrupulously respected, while Article 26 was regarded as a mere “legislative distraction,” elevating the slave to the status of “subject” that was denied in the rest of the Code Noir. Another problem was that outcomes depended on the integrity of judicial officials and administrations, some of whom were slaveowners and had a vested interest in slavery. Not surprisingly, judicial rulings were uneven, spotty, and biased in favor of slaveowners. As a result, violations of the laws were rampant, although periodically some slaveowners were fined, banished from the colonies, deprived of owning slaves, and, less often, imprisoned. (
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Slaveowners regularly committed atrocities against their slaves. Pierre de VassiĂšre cited a letter written by Gallifet in 1699 in which he mentioned the case of a colonist who shot a slave in LĂ©ogane, Saint-Domingue, and was fined 100 livres after eight months of investigation by a judge and the Procureur du Roi, a subordinate of the Procureur GĂ©nĂ©ral. Another colonist spurred an eleven-year-old slave girl to death and was fined 600 livres. The outcome of these cases caused de VassiĂšre to conclude that judges were unwilling to go beyond imposing fines in response to slaveowners’ violations.11

In spite of royal ordinances of 1784 and 1785 that went beyond the Code Noir and gave slaves the legal right to denounce abuses committed by slaveowners and plantation administrators, the judiciary was reluctant to convict guilty slaveowners or hand down appropriate sentences. In some instances, the courts ignored strong, convincing, and condemnatory evidence collected from French administrators and slaves against slaveowners accused of cruelty to slaves, and dismissed the cases. The cases that came to light (only a minority did) involved cruelty to both male and female slaves, but females were disproportionately represented, and the range and nature of acts of cruelty against them were greater than in the case of male slaves. (
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Lest it appear that slaveowners in Saint-Domingue had a monopoly on brutality, the Sommabert case proves otherwise. On February 15, 1827, the Conseil PrivĂ© of Guadeloupe considered the case of a slaveowner and former artillery officer, François RiviĂšre Sommabert of Moule. Sommabert had refused to reimburse Marie, a former slave who, at the request of authorities, cared for one of Sommabert’s slaves, Jean-Philippe, at a cost of 160 francs for a period of thirty-two days. Sommabert was also accused of murdering the slave woman MĂ©lie, a fugitive who was caught on a neighboring plantation, and of other crimes against slaves including torture, assassination, confinement, and deprivation of food. Of all the heinous acts that Sommabert committed, his treatment of MĂ©lie was the most horrendous, according to an administrative report. Sommabert beat her severely; then he attached her to the millworks and ordered all the slaves present to beat her with a stick. He then trampled her, jumped on her chest, punctured her stomach, and burnt her in hay up to her chest. After she died, Sommabert ordered that she be buried far away from the slave burial grounds. As this was not normal practice, it may be that Sommabert wished to conceal the evidence of wrongdoing while making an example of her.

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This was a period when accounts of cruelty to slaves surfaced in antislavery publications such as the Anti-Slavery Reporter, a French newspaper. In an issue dated February 23, 1841, it noted that slaveowners had poisoned and mutilated slaves. It reported the eyewitness account given by one Favel Gourand, who said that six bulls, egged on by six whites, gored a slave to death on the plantation Marquise de Bellegrade in Martinique. Neither the authorities nor the judiciary endeavored to stop the incident, he claimed.22 In France the Minister of Marine and Colonies was aware of the criticisms leveled against slaveowners and the judicial system, but there was a tendency at this time for the Ministry to view the problem in terms of differences in interpretation of slave law. In a circular sent to colonial governors in November 1841, the Minister complained that slaveowners were out of hand and that unlimited detention and certain corrective measures they used to punish first offenses at marronnage were incompatible not only with the laws of morality and humanity but with a sound interpretation of the slave laws. “It was never understood,” he wrote, “that the master possessed, in any sense of the word, the person of the slave; it is solely the labor of the slave that has been allotted to him.” The Minister was aware of the laws in the Code Noir that gave slaveowners the right to chain slaves, but insisted that such measures were meant to deal with serious offenses that threatened the security of the plantation and not simple infractions. Given amendments that were introduced after 1685, the Minister held the opinion that the Code Noir regulation on discipline had been superseded. He believed that a laudable humanitarian sentiment had begun to take effect among “the great majority” of slaveowners, as evidenced by inspections showing that most cachots had been abandoned while others “were either destroyed spontaneously by slaveowners, or at the urging of the Procureurs du Roi and their deputies.” By adopting a broad interpretation of the slave laws and relying upon uncritical reports from magistrates who visited the plantations, the Ministry was somewhat out of touch with the actual situation of the slaves, however.23

Although attitudes toward the law among white colonists remained fairly uniform and the slaves’ recourse to the judiciary remained circumscribed, scholars should still proceed cautiously. Slaveowners resisted change, but they faced an increasingly determined and resilient slave population that was willing to test the limits of the slave system and profit from the cracks in white hegemony that became more evident in the 1830s and 1840s, when administrative officials began to monitor conditions on the plantations. For the slaves surveillance of plantations and “protection” by public officials did not come without a price. Word spread quickly in slave society and the fate of slaves who lodged complaints with the authorities was known, but they still persisted. In 1840 a group of six female and male slaves from Saint-Pierre, Martinique, lodged a complaint with the Procureur du Roi, after initial complaints to their female owner about the abuse they and other slaves suffered at the hands of their plantation overseer were disregarded. For their efforts, the slaves were imprisoned overnight. With their hands tied behind their backs, they were taken under police escort back to the plantation the following day, there to be whipped in front of the plantation gang.24 Similarly, Schoelcher related the case of a slave woman and her daughter from Moule, Guadeloupe, who complained about excessive whipping, which produced, in the woman’s case, cuts and welts that made mobility difficult. The medical report which he examined also showed that the woman received fifteen to twenty strokes and her daughter, twelve to fifteen. Thus the decline in the maximum number of strokes did not lead to a decline in the abuse of slaves. The persistent complaints lodged by slaves show that they were conscious of the intent of the law, however.

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Not-guilty verdicts like that of the Jaham brothers and others likely brought on a sense of resignation among some colonial officials who appeared to have been sympathetic to the slaves’ plight. The manner in which the police superintendent France documented an incident that occurred in Martinique in July 1844 is evidence of this resignation. A nursing mother of twins, the female slave AdĂ©laĂŻde was caught napping while she watched the children of other slaves. For her negligence she was given the quatre piquets punishment, whipped with the rigoise, and thrown into the bullpen with her children. She escaped during the night, however, and made her way to Fort-Royal, where she sought help from the women of the DĂ©souches family. The women were moved to pity at the sight of her wounds but took no active role in helping her. She then turned to the Procureur GĂ©nĂ©ral, who interrogated her, placed her in protective custody in prison, and arranged a visit to the doctor the next morning. In France’s view, however, it would only be a matter of two months or so before her wounds would heal and she would be forced “to return to the plantation of her oppressor.”40

 

France’s cynicism aside, and the vagaries of the slave system notwithstanding, it seems somewhat bizarre that AdĂ©laĂŻde would have been punished so severely for an offense that appeared to have caused no harm. It is not unusual for nursing mothers to be tired, and the fact that her owner could add two infant slaves to his property should have put her in a favorable position. To put her and her children at risk of being trampled by animals seems irrational to say the least.

As if to nudge the judiciary into action, France wrote to the Procureur GĂ©nĂ©ral on June 31, 1845, to say that the continuous acts of violence committed against slaves by their owners were “reminiscent of torture during the Middle Ages that oppressed humanity.” In the same letter, he indicated that the slave woman PolixĂšne, owned by Rampon Sainte-Claire of district RiviĂšre-SalĂ©e, had just filed with him a complaint of barbarous treatment against her owner. She complained that Sainte-Claire subjected her to daily whippings, which accounted for the cuts on her buttocks, and to branding as a result of marronnage—a charge she rejected on the grounds of having to escape on account of inhumane treatment. France told the Procureur GĂ©nĂ©ral that he was taking the liberty of sending PolixĂšne to him in the hope that he would authorize her to be examined and treated by a doctor. In a postscript likely designed to strengthen the slave’s hand, France indicated that PolixĂšne was the mother of a free eight-year-old child, which qualified her under law for manumission. What followed was a series of written exchanges between France and the office of the Procureur GĂ©nĂ©ral which revealed that local authorities forced PolixĂšne to return to the plantation of her owner, where she received a new round of whippings for having lodged a complaint with France. She was re-imprisoned for her own safety, but was made to return to her owner, who promised the Procureur GĂ©nĂ©ral that she would henceforth be treated humanely. As to the charge of marronnage, Sergeant Bedout told France that Sainte-Claire had accused PolixĂšne of stealing a silver fork, which caused her to abscond. After two months at large, she was caught on the plantation Fleury and transported to her owner, who gave her the quatre-piquets punishment, whereby both her hands and feet were tied to a ladder and she was whipped. Even though it was later discovered that it was a child in Sainte-Claire’s household who had lost the fork, Sainte-Claire continued to regard PolixĂšne as a rascal.41

Tensions between slave women and plantation personnel sometimes led to open confrontation, as was the case in 1845, when the slave woman Colombe clashed with Julien O’Neil, the Ă©conome of the plantation Lagrange in the district of Marigot, Martinique. The problem began on October 11 at about nine o’clock in the morning, when O’Neil followed Colombe into the plantation garden and accused her of being lazy. Swiftly and firmly, Colombe responded that she was a hard worker. Displeased with this retort, O’Neil struck her with a whip, which he carried on this occasion, along with a irontipped rod. Not content to remain silent in the face of authority, Colombe told O’Neil that he did not have the right to beat slaves in such a manner for nothing. So incensed was O’Neil at Colombe’s intransigence that he began to whip her. Colombe fought back. She seized his arm and attempted to wrestle the whip away from him. In the struggle that ensued, O’Neil attempted to free himself from Colombe’s grip, tearing his clothing in the process. In his fury, he struck her in the face with his iron-tipped rod, cutting her lower lip. He then ordered that she be arrested and placed in solitary confinement on the plantation. She was deprived of food until seven o’clock that evening. The following morning, de Compignan, the plantation overseer, ordered that she be given twenty-nine lashes. Her pleas that she was breast-feeding her fourmonth-old infant fell on deaf ears; her clothes were removed, and de Compignan’s order was carried out. Not content to leave it at that, de Compignan ordered that an iron ring be placed around her ankle and attached to a chain weighing four kilograms.42

The chain was meant to punish her and restrict her mobility, but it was no deterrent for Colombe, for it was in this state, two days later, that she left the plantation. Accompanied by FrĂ©dĂ©ric, a male slave who carried her infant in his arms, she headed for Saint-Pierre. But her chains gave her away. When interrogated en route, she could not produce the pass from her owner that slaves who were away from the plantation were required to possess. Slaves in this situation would be summarily returned to their owners, but Colombe refused to reveal her owner’s identity and was consequently imprisoned as a fugitive. It was from prison that she drew attention to her condition, and lodged a complaint with the Procureur GĂ©nĂ©ral of Saint-Pierre, who ordered that her chains be removed and an investigation be launched. O’Neil testified that he gave Colombe only one lash and that her lip wound was the result of a punch. Save for the slave driver, the other slaves who witnessed the fight contradicted O’Neil’s version of events. As for de Compignan, he insisted that he had acted within the boundaries of the law.43

Baffer, a substitute for the Procureur GĂ©nĂ©ral, blamed Colombe for responding to O’Neil in a tempestuous manner, but believed that it was the slave’s recognition of the illegality of O’Neil’s actions that caused her to fight back. He deplored the altercation that took place in the presence of the plantation slaves. Although he acknowledged de Compignan’s right to discipline slaves, he found his treatment of Colombe, “a weak woman and sucking infant’s mother,” excessive and revolting. He applied the Mackau Law of 1845 (which abolished the whip for women) to this case, and pronounced O’Neil and de Compignan guilty without attenuating circumstances. O’Neil was fined 101 francs, and de Compignan 150.44

In a judgment rendered in February 1846, the Cour Royale of Guadeloupe fined Crosnier, the gĂ©rant of the plantation O’Connor in the district of Capesterre, five hundred francs for a catalog of acts against male and female slaves, including whippings, extended detentions in the stocks, and torture by fire. Some of these acts highlight the fact that, as in the case of Marie-Claire of French Guiana, there was no consideration for the age of slave women, nor for motherhood. Among the charges Crosnier faced in 1846 was that of locking up the sixty-year-old slave woman Sophie in a naked state for three consecutive nights. Crosnier also ordered and participated in the quatre-piquets punishment of the elderly slave woman Clarisse. Upon Crosnier’s orders, Clarisse’s son, Martin, was one of four slaves who held down the naked slave while the slave driver administered the whipping.45

Five hundred francs was also the fine levied by the courts in Guadeloupe against Leprince of Pointe-Noire for working the elderly and sick slave woman Themie beyond endurance. In 1846, when the judgment was rendered and the judiciary sought to protect Themie, it was too late. She was taken to hospital in Basse-Terre, where she died two hours later.46 Similarly, the Cour Royale of Martinique fined Lehimas, manager of a sugar plantation in the district of PrĂȘcheur, 500 francs for detaining slaves beyond the legal limit. Lehimas’s crimes were really more serious. Lehimas had promised the pregnant slave woman Jenny a whipping because he blamed her for the absence of her daughter, Rienette, a domestic in the service of the plantation household. So it must have been with some trepidation that Jenny, a mother of nine children, returned to the fields fifteen days after she delivered. Lehimas confronted her in the presence of the plantation gang and reminded her of her daughter’s continued absence. To stave off the whipping, Jenny sought the help of Desbordes, mayor of PrĂȘcheur, who accompanied her back to the plantation and intervened on her behalf. But his efforts came to naught on this occasion, for that night Lehimas beat her about the head and face with his fist and had her placed in the stocks overnight. The next morning he gathered her children together and forced them to watch as he removed her clothing, had her tied to a ladder, and ordered the slave driver to administer a whipping. This was the experience that caused Jenny to file a complaint with the authorities, as a result of which Lehimas’s mistreatment of other slaves came to light.

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In the last years of slavery, as an increasing number of cases revealed acts of cruelty against slaves by their owners, different branches of the law began to take firmer action, but the results remained fairly predictable. It was through the active intervention of the police in French Guiana, for example, that Gabriel Dernier was arrested for the attempted murder of Justine, a slave woman owned by his mother. In 1846 Dernier was charged with willfully firing shots at Justine and causing wounds to her buttocks and legs. The governor of French Guiana told the Minister of Marine and Colonies that two doctors, Roue Simon and Auguste Roue, confirmed that Justine was shot from a distance, but that the wounds were not serious. Nevertheless, he argued that the charges against Dernier were justified inasmuch as the shots “could have ended up in a more dangerous place, Dernier not having calculated the distance.” Although Dernier claimed that the gun went off accidentally, he must have been aiming in the direction of the slave since the shots were fired from a distance. The governor told the Minister that the case was proceeding but that he had to wait twenty days for a second medical report. He did not explain the purpose of the second report, but he promised to do his best to ensure that the well-being of the slaves was respected. Archival documents contain no evidence that the case was pursued to conclusion, demonstrating once again the legal system’s reluctance to convict slaveowners.

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) On May 6, 1802, General Richepance landed with 3,400 men at Pointe-à-Pitre, the capital of Guadeloupe, with orders from Napoléon to reestablish slavery.8 Having virtually no hope of winning in Saint-Domingue, Napoléon spared no effort in subduing Guadeloupe. On May 20, 1802, slavery and the slave trade were reimposed there. (
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On May 12, 1802, one of the major battles fought under the slave commander Palerme took place at Dolé, an important post in the hands of the rebels; white women and children, whom the slaves had rounded up on plantations, were being held there.12 Here at Dolé, the mixed-race slave woman Solitude, though pregnant, battled her way into history by participating in all the fighting.

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) It is believed that Ignace was killed along with 675 of his followers on May 25.24 Most of those taken prisoner were shot in Pointe-à-Pitre, 150 of them on October 27 alone. The women who accompanied Palerme fared little better. Routed by the French, Palerme’s people fled into the hills.25

 

DelgrĂšs took his last stand on the extensive plantation Danglemont, where the battle of Matouba was fought on May 28, 1802. Unable to match the wellarmed French, DelgrĂšs resolved to commit suicide and take as many French troops with him as possible by setting fire to barrels of gunpowder he distributed among his troops. Gunpowder was spread along the approaches to the main entrance of the plantation. DelgrĂšs also placed gunpowder within firing range of his two defensive positions in the plantation Great House. According to Oruno Lara, the women “were even more enthusiastic about dying” than the men.26 After shouts of “Vivre libre ou mourir!” (liberty or death), DelgrĂšs and about five hundred men, women, and children were killed when the gunpowder exploded. French casualties were put at four hundred. Some rebels escaped into the surrounding forest and became maroons, but the defeat of DelgrĂšs brought organized resistance to an end. An arrĂȘte of July 16, 1802, reimposed slavery in Guadeloupe.27

(..) If we agree with Patterson that the Caribbean was a “theatre of European imperial horrors,” however, it is not far-fetched to suggest that women were not strangers to, or intimidated by, punishment and suffering. Thus Vanony-Frisch may well be right in stating that neither child care nor the unforeseen dangers which characterized marronnage deterred women.40

Advertisements in colonial newspapers and prison records provide startling revelations about female fugitives. Black and mixed-race females fled from their white, black, and mixed-race owners, chained and unchained, with and without their children. The race and sex of the slaveowner were immaterial in slave women’s decision to abscond. Also, neither pregnancy nor the age of their children seem to have prevented some women in the French Caribbean from fleeing, but women without children were more likely to flee. In 1788 one of the fugitives in the Petit-Bourg prison in Guadeloupe was the eighteen-year-old black woman AdĂ©laĂŻde, who was owned by Julienne, a free mixed-race woman from Pointe-Ă -Pitre. In the nineteenth century, several female fugitives advertised in the Gazette de la Martinique belonged to black and mixed-race owners as well. Such was the case of ÉmĂ©lie, a twenty-five-year-old Congolese, who in October 1803 was believed to be in Fort-de-France or Gros Morne with other Congolese, hiding from her mixed-race female owner, Rose. In 1804 Christine, a black slave woman, fled from her owner, Mathurine, a free black woman from the district of TrinitĂ©.41

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Notes

Introduction

1. Barbara Bush, Slave Women in Caribbean Society 1650–1838 (Bloomington: Indiana University Press, 1990); Arlette Gautier, Les Soeurs de solitude: La Condition fĂ©minine dans l’esclavage aux Antilles du XVIIe au XIX siĂšcle (Paris: Éditions caribĂ©ennes, 1985); Marrietta Morrissey, Slave Women in the New World: Gender Stratification in the Caribbean (Lawrence: University Press of Kansas, 1989). Also see Bridget Brereton’s review of Bush’s Slave Women in Journal of Caribbean History 24, no. 1 (1992): 115–20, and her review article, “Searching for the Invisible Woman,” in Slavery and Abolition 13, no. 2 (1992): 86–96.

2. See Lucille Mathurin-Mair, The Rebel Woman in the British West Indies (Kingston: Institute of Jamaica, 1975); Bridget Brereton, “Text, Testimony and Gender: An Examination of Some Texts by Women on the English-Speaking Caribbean from the 1770s to the 1920s,” in Engendering History: Caribbean Women in Historical Perspective, ed. Verene Shepherd et al., 63–93 (New York: St. Martin’s Press, 1995); Verene Shepherd, “Introduction,” in Women in Caribbean History, ed. Verene Shepherd, xvii–xx (Kingston: Ian Randle, 1999); Hilary Beckles, “Sex and Gender in the Historiography of Caribbean Slavery,” in Shepherd. Engendering History, 125–40.

3. For a detailed discussion on the meaning of gender, see Karen Anderson, Teaching Gender in U.S. History (Washington, D.C.: American Historical Association, 1997), 1–56.

4. Bernard Moitt, “Behind the Sugar Fortunes: Women, Labor and the Development of Caribbean Plantations during Slavery,” in African Continuities, ed. Simeon Chilungu and Sada Niang (Toronto: Terebi, 1989), 403–26; Bernard Moitt, “Women, Work and Resistance in the French Caribbean,” in Shepherd, Engendering History, 155–75; Hilary Beckles, Natural Rebels: A Social History of Enslaved Black Women in Barbados (New Brunswick, N.J.: Rutgers University Press, 1989), 2, 25–54; Bush, Slave Women, 33–50.

5. Le Code Noir ou recueil des rĂšglements rendus jusqu’à prĂ©sent (Basse-Terre: SociĂ©tĂ© d’histoire de la Guadeloupe, 1980), 33–34.

6. Morrissey, Slave Women, 4.

1. Black Women and the Early Development of the French Antilles

1. See Lucien Peytraud, L’Esclavage aux Antilles françaises avant 1789 (Paris: Hachette, 1879), 51; C. A. Banbuck, Histoire politique, Ă©conomique et sociale de la Martinique sous l’Ancien RĂ©gime (1635–1789) (Paris: Librairie des sciences politiques et sociales, 1935), 24.

2. Jean-Baptiste (PĂšre) Du Tertre, Histoire gĂ©nĂ©rale des Antilles habitĂ©es par les Français, 4 vols. (1671; reprint, Fort-de-France: Éditions des horizons caraĂŻbes, 1973), 1:3–11. All translations from French are the author’s unless otherwise noted.

3. Du Tertre, Histoire, 1:3–15; Jacques Petit Jean Roget, “Saint-Christophe, premiĂšre des isles françaises d’AmĂ©rique,” in Bulletin de la SociĂ©tĂ© d’histoire de la Martinique, no. 24 (1981): 3–20.

4. Richard S. Dunn, Sugar and Slaves: The Rise of the Planter Class in the English West Indies, 1624–1713, (Chapel Hill: University of North Carolina Press, 1972), 119.

5. Gordon K. Lewis, Main Currents in Caribbean Thought (Baltimore: Johns Hopkins University Press, 1983), 64.

6. Ibid.; Peytraud, L’Esclavage, 20.

7. Clarence J. Mumford, The Black Ordeal of Slavery and Slave Trading in the French West Indies 1625–1713, 3 vols. (Lewiston, N.Y.: Edwin Mellen Press, 1991), 2:362; Peytraud, L’Esclavage, 5; Banbuck, Histoire, 24.

8. Peytraud, L’Esclavage, 5.

9. Du Tertre, Histoire, 1:19; M. Philippe Barrey, Les Origines de la colonisation française aux Antilles (Le Havre: H. Micaux, 1918), 144; Dunn, Sugar and Slaves, 119.

10. Barrey, Origines, 154.

11. S. L. Mims, Colbert’s West India Policy (New Haven: Yale University Press, 1912), 45–46.

12. Mumford, Black Ordeal, 1:137.

13. Franklin W. Knight, The Caribbean: The Genesis of a Fragmented Nationalism (New York: Oxford University Press, 1990), 62; Peytraud, L’Esclavage, 4–7.

14. Knight. The Caribbean, 64.

15. Du Tertre, Histoire, 1:59; Peytraud, L’Esclavage, 8.

16. Barrey, Origines, 155.

17. Peytraud, L’Esclavage, 8–9; Banbuck, Histoire, 310; Mumford, Black Ordeal, 2:363.

18. Du Tertre, Histoire, 1:61.

19. Peytraud, L’Esclavage, 9.

20. Dunn, Sugar and Slaves, 71.

21. Philip D. Curtin, The Atlantic Slave Trade: A Census (Madison: University of Wisconsin Press, 1969), 61.

22. Dunn, Sugar and Slaves, 127; Curtin, Atlantic, 59.

23. Dunn, Sugar and Slaves, 146.

24. Ibid., 124; Anne-Marie Bruleaux et al., Deux SiĂšcles d’esclavage en Guyane française, 1652–1848 (Paris: L’Harmattan, 1986), 13–15; “Notice statistique sur la Guyane française,” in Notices statistiques sur les colonies françaises (Paris: SociĂ©tĂ© d’études, 1843), 1–9; Du Tertre, Histoire, 3:2–4.

25. Du Tertre, Histoire, 1:66–72, 78–79, 104–105; Lucien AbĂ©non, La Guadeloupe de 1671 Ă  1759, 2 vols. (Paris: L’Harmattan, 1987), 1:1, 16.

26. M. L. E. Moreau de Saint-MĂ©ry, Description de la partie française de l’isle Saint-Domingue, 3 vols. (Paris: SociĂ©tĂ© d’histoire des colonies françaises, 1958), 1:45; Jacques Petit Jean Roget, “La SociĂ©tĂ© d’habitation Ă  la Martinique: Un Demi SiĂšcle de formation, 1635–1685,” 2 vols. (Ph.D. diss., UniversitĂ© de Lille III, 1980), 2:1001.

27. Gabriel Debien, Les EngagĂ©s pour les Antilles (1634–1715) (Paris: SociĂ©tĂ© de l’histoire des colonies françaises, 1952), 253.

28. Maurice Satineau, Histoire de la Guadeloupe sous l’Ancien RĂ©gime, 1635–1789 (Paris: Payot, 1928), 11, 116.

29. The worth of currencies used in the French Antilles during slavery is hard to estimate because value depended on the metallic content of coins and the level of demand for them, which was usually high. An additional difficulty is the lack of standardization in currency exchange before the law enacted on August 30, 1826, that made the French franc the predominant currency. During slavery, there were colonial currencies as well as currencies from France and from foreign countries, mainly Spain and Portugal. In the eighteenth century, the colonial livre tournois was worth about 20 sols; 1 sol was worth about 12 deniers or about 12 cents (U.S.). The expression “livre d’amende” was used when fines were imposed, hence “amende.” French currencies used in the colonies included coins such as the Ă©cu, made of gold and silver, and the sou, made of copper. Spanish doublons and escudos were popular, while the Portuguese moĂ«des enjoyed wide circulation. An Ă©cu was worth about 9 livres, a moĂ«de about 66 livres. See Alain Buffon, Monnaie et crĂ©dit en Ă©conomie coloniale: Contribution Ă  l’histoire Ă©conomique de Guadeloupe, 1635–1919 (Basse-Terre: SociĂ©tĂ© d’histoire de la Guadeloupe, 1979), 47–66; E. Zay, Histoire monĂ©taire des colonies françaises d’aprĂšs les documents officials avec 278 figures (Paris: 1892), 44–45.

30. Archives Nationales (Paris) Colonies (hereafter AN Col.), C 8A 15 F347, November 20, 1704; David Barry Gaspar, Bondmen and Rebels: A Study of Master-Slave Relations in Antigua (Baltimore: Johns Hopkins University Press, 1985), 183–84.

31. Gautier, Soeurs de solitude, 31–32.

32. Ibid., 20–25.

33. Bush, Slave Women, 8.

34. Liliane Chauleau, La SociĂ©tĂ© Ă  la Martinique au XVIIe siĂšcle, 1635–1713 (Caen: Ozanne, 1966); Roget, SociĂ©tĂ©; AbĂ©non, Guadeloupe.

35. Chauleau, Société, 207.

36. Roget, Société, 2:1007.

37. Gaston-Martin, Histoire de l’esclavage dans les colonies françaises (Paris: Presses universitaires de France, 1948), 112–13; Debien, “Les EngagĂ©s,” 257; Du Tertre, Histoire, 2:447; Banbuck, Histoire, 295.

38. Moreau de Saint-MĂ©ry, Description, 1:40, 47, 104; Roget, SociĂ©tĂ©, 1:606–10.

39. Debien, “Les EngagĂ©s,” 175; Satineau, Histoire, 68.

40. Debien, “Les EngagĂ©s,” 181.

41. Gautier, Soeurs de solitude, 31–32.

42. Chauleau, SociĂ©tĂ©, 98. These “hospitals” served more as institutions for the indigent than as health care establishments.

43. Banbuck, Histoire, 287–88; Peytraud, L’Esclavage, 196; Satineau, Histoire, 68.

44. Debien, “Les EngagĂ©s,” 181–83.

45. Ibid., 183.

46. Ibid.

47. Moreau de Saint-MĂ©ry, Lois et constitutions des colonies françaises de l’AmĂ©rique sous le vent de 1625 Ă  1785, 6 vols. (Paris, 1785–1790), 1:434: “Ordonnance du roi, portant que le nombre des engagĂ©s sera Ă  Saint-Domingue, Ă©gal Ă  celui des NĂšgres, Ă  peine de confiscation de l’excĂ©dent de ces derniers,” September 30, 1686; Peytraud, L’Esclavage, 14–15; Satineau, Histoire, 97.

48. Peytraud, L’Esclavage, 15.

49. Ibid.; Moreau de Saint-MĂ©ry, Lois et constitutions, 1:581.

50. Satineau, Histoire, 78; Debien, “Les EngagĂ©s,” 241.

51. Satineau, Histoire, 70; see also Du Tertre, Histoire, 2:454–55.

52. Henri Bangou, La Guadeloupe, 3 vols. (Paris: L’Harmattan, 1987), 1:59; Chauleau, SociĂ©tĂ©, 182.

53. Gabriel Debien, “Les PremiĂšres Femmes des colons des Antilles, 1635–1680,” in Revue de la Porte OcĂ©ane, nos. 89–90 (1952): 8, 11–12.

54. Roget, Société, 2:958.

55. Ibid., 2:949.

56. Archives DĂ©partementales de la Martinique (Fort-de-France, Martinique) (hereafter A D-M, Martinique), sĂ©rie MI, 5mi. 89, “État nominatif et gĂ©nĂ©ral des citoyens et les habitations de la Martinique, 1664–1764.”

 

57. Gautier, Soeurs de solitude, 71.

58. A D-M, “État nominatif et gĂ©nĂ©ral des citoyens et les habitations de la Martinique, 1664–1764.”

59. Moreau de Saint-MĂ©ry, Description, 1:57.

60. AbĂ©non, Guadeloupe, 1:30–31.

61. Abdoulaye Ly, La Compagnie du Sénégal (Paris: Présence africaine, 1968), 49.

62. AbĂ©non, Guadeloupe, 1:31–32, 50.

63. Ibid., 1:55.

64. Ibid., 1:46–50.

65. Ibid., 1:32, 39–40.

66. AN Col., C 8A 10 F255, Copie d’une lettre Ă©crite par le Gouverneur d’Antigue Ă  M. D’Amblinom, October 6, 1698.

67. Bush, Slave Women, 13.

68. Peytraud, L’Esclavage, 196–97.

69. Debien, “Les EngagĂ©s,” 207.

70. Moreau de Saint-MĂ©ry, Description, 1:83–84.

71. Bush, Slave Women, 13.

72. Moreau de Saint-MĂ©ry, Description, 1:45; Satineau, Histoire, 95.

73. Peytraud, L’Esclavage, 16; Debien, “Les EngagĂ©s,” 254–55.

74. Debien, “Les EngagĂ©s,” 205.

75. Moreau de Saint-MĂ©ry, Lois et constitutions, 1:119: “RĂšglement de M. de Tracy, Lieutenant GĂ©nĂ©ral de l’AmĂ©rique, touchant les blasphĂ©mateurs et la police des Isles,” June 19, 1664; Satineau, Histoire, 74.

76. Moreau de Saint-MĂ©ry, Lois et constitutions, 1:180: “Ordonnance de M. de Baas, touchant les religionnaires, les juifs, les cabaretiers et les femmes de mauvaise vie,” August 1, 1669.

77. Debien, “Les EngagĂ©s,” 205–206.

78. AN Col., C 8A 9, F 73, March 11, 1695; Debien, “Les EngagĂ©s,” 207; Peytraud, L’Esclavage, 201.

79. Pierre Dessalles, Histoire des Antilles, 5 vols. (Paris: Libraire-Éditeur, 1847), 3:291; Orlando Patterson, Slavery and Social Death (Cambridge: Harvard University Press, 1982), 215; Chauleau, SociĂ©tĂ©, 191; Code Noir, 33–34.

80. Debien, “Les EngagĂ©s,” 251–55.

81. Kenneth Stampp, The Peculiar Institution (New York: Random House, 1984), 5.

2. The Atlantic Slave Trade, Black Women, and the Development of the Plantations

1. See, for example, John Thornton, “Sexual Demography: The Impact of the Slave Trade on Family Structure,” in Women and Slavery in Africa, ed. Claire C. Robertson and Martin A. Klein, 39–48 (Madison: University of Wisconsin Press, 1983); John Thornton, “The Demographic Effect of the Slave Trade on Western Africa, 1500–1850,” in African Historical Demography, ed. Christopher Fyfe and David McMaster, 2 vols. (Edinburgh: Centre of African Studies, University of Edinburgh, 1981), 2:691–720; John Thornton, “The Slave Trade in Eighteenth-Century Angola: Effects on Demographic Structures,” in Canadian Journal of African Studies 14 (1980): 417–27; Walter Rodney, West Africa and the Atlantic Slave Trade (Cambridge: Africa Research Group, 1974), 3–27; J. D. Page, “The Effect of the Export Slave Trade on African Populations,” in The Population Factor in African Studies: Proceedings of a Conference Organised by the African Studies Association of the United Kingdom, September 1972, ed. R. P. Moss and R. J. A. Rathbone, 15–23 (London: University of London Press, 1975); Patrick Manning, Slavery and African Life (New York: Cambridge University Press, 1990); J. E. Inikori, “Underpopulation in Nineteenth Century West Africa: The Role of the Export Slave Trade,” in Fyfe and McMaster, African Historical Demography, 2:283–313.

2. Du Tertre, Histoire, 3:179.

3. Mims, Colbert’s, 286–309; Mumford, Black Ordeal, 1:187; Ly, Compagnie, 53; Satineau, Histoire, 88–89.

4. Du Tertre, Histoire, 1:457–60.

5. Philip Curtin, The Atlantic Slave Trade: A Census (Madison: University of Wisconsin Press, 1969), 84–87; Robert Stein, The French Slave Trade in the Eighteenth Century (Madison: University of Wisconsin Press, 1979), xiv; Robert Louis Stein, “Measuring the French Slave Trade, 1713–1792/3,” Journal of African History 19, no. 4 (1978): 515–21; Paul E. Lovejoy, “The Volume of the Atlantic Slave Trade: A Synthesis,” Journal of African History 23 (1982): 473–77. A more recent review of the literature on the volume of the Atlantic trade is provided by Serge Daget, La Traite des Noirs (Rennes: Editions Ouest-France, 1990), 151–73.

6. Alfred Martineau and Louis-Philip May, Trois SiĂšcles d’histoire antillaise: Martinique et Guadeloupe de 1635 Ă  nos jours (Paris: SociĂ©tĂ© d’histoire des colonies françaises, 1935), 120; Du Tertre, Histoire, 2:26; Chauleau, SociĂ©tĂ©, 97–98.

7. Stein, French Slave Trade, 109.

8. AN Col. C8 1, Governor de Baas to Minister Colbert, June 25, 1670, cited in Mims, Colbert’s, 170. See also Mumford, Black Ordeal, 1:157–59.

9. AN Col., C 8A 3 F316, Blénac to Minister, June 18, 1684.

10. AN Col., C 8A 3 F278, Blénac to Minister, February 3, 1683.

11. AN Col., C8A 5 F425, Extrait de la recette et dĂ©pense faites aux iles de l’AmĂ©rique pendant l’annĂ©e 1689, 1689; AN Col., C8A 5 F364, Relation de ce qui s’est passĂ© Ă  la prise de St. Eustache, May 1, 1689; AN Col., C 8A 5 F239, Copie d’une lettre Ă©crite Ă  M de BlĂ©nac et M. Dumaritz de St. Christophe, 1689; AN Col., C8A 5 F258, BlĂ©nac to Minister, November 12, 1689; AN Col., C 8A 5 F398, Compte que rendre M. Du Maitz de Goimpy de la recette et dĂ©pense faites suite Ă  l’occasion de la prise de l’Île St. Eustache, December 6, 1689.

12. Jean Mettas, RĂ©pertoire des expĂ©ditions nĂ©griĂšres françaises au XVIIIe siĂšcle, 2 vols. (Paris: SociĂ©tĂ© française d’histoire d’Outre-Mer, 1978–84); Mumford, Black Ordeal, 1:159, 180, 186; Mims, Colbert’s, 171; Chauleau, SociĂ©tĂ©, 102.

13. AN Col. C8A 18 F58, MĂ©moire de Monsieur Gabaret, Lieutenant pour le Roi au gouvernement gĂ©nĂ©ral des Isles de l’AmĂ©rique et gouverneur particulier de la Martinique, June 3, 1711; AN Col. C 8A 17 F123, Vaucresson au Ministre, July 22, 1709; AN Col. C 8A 19 F204, PhĂ©lypeaux au Ministre, August 12, 1713.

14. AbĂ©non, Guadeloupe, 1:53; Satineau, Histoire, 90; Bruleaux et al., Deux siĂšcles, 16–19; Gabriel Debien, Plantations et esclaves Ă  Saint-Domingue (Dakar: Publications de la section d’histoire, UniversitĂ© de Dakar [now UniversitĂ© Cheikh Anta Diop], 1969), 49.

15. Jean-Baptiste Bourgeois, Opinion de Jean-Baptiste Bourgeois, habitant planteur de S. Domingue sur les moyens de rétablir les colonies (Paris, 1794), 11.

16. Alex Moreau de Jonnùs, Recherches statistiques sur l’esclavage colonial et sur les moyens de le supprimer (Paris, 1842), 17–29; Curtin, Atlantic, 19.

17. Walter Rodney, How Europe Underdeveloped Africa (Washington, D.C.: Howard University Press, 1974), 105; Rodney, West Africa and the Atlantic Slave Trade, 13; K. G. Davies, The Royal African Company (New York: Atheneum, 1970), 300; “Description d’un navire nĂ©grier” (pamphlet found among unclassified papers, file 027, at the BibliothĂšque des FrĂšres de Saint-Louis de Gonzague, Port-au-Prince, Haiti), n.d., 4–8.

18. Herbert S. Klein, “African Women in the Atlantic Slave Trade,” in Robertson and Klein, Women and Slavery, 32.

 

19. Ibid., 29–30.

20. Ibid., 30.

21. Davies, Royal African Company, 299; Klein, “African Women,” 117.

22. Colin Palmer, Human Cargoes: The British Slave Trade to Spanish America 1700–1739 (Urbana: University of Illinois Press, 1981), 121–22.

23. Barry Higman, Slave Populations of the British Caribbean 1807–1834 (Baltimore: Johns Hopkins University Press, 1984), 115–16.

24. Joseph E. Inikori, “Introduction,” in Forced Migration: The Impact of the Export Slave Trade on African Societies, ed. Joseph E. Inikori (New York: Africana Publishing Company, 1982), 23.

25. Paul E. Lovejoy, Transformations in Slavery (New York: Cambridge University Press, 1983), 62–63.

26. Curtin, Atlantic, 19; Stein, French Slave Trade, 74, 79–80.

27. David Geggus, “Sex Ratio, Age and Ethnicity in the Atlantic Slave Trade: Data from French Shipping and Plantation Records,” in Journal of African History 30 (1989): 25–26.

28. Philip Curtin, Economic Change in Precolonial Africa (Madison: University of Wisconsin Press, 1975), 155; John Thornton, Africa and Africans in the Making of the Atlantic World, 1400–1680 (New York: Cambridge University Press, 1992), 107; Lovejoy, Transformations, 159–83; Manning, Slavery and African Life, 142–47; Bernard Moitt, “Slavery and Emancipation in Senegal’s Peanut Basin: The Nineteenth and Twentieth Centuries,” International Journal of African Historical Studies 22, no. 1 (1989): 27–50.

29. Curtin, Atlantic, 169.

30. Labat, Histoire, 1:456; Roget, “SociĂ©tĂ©,” 2:952.

31. Xavier Tanc, De l’esclavage aux colonies françaises et spĂ©cialement Ă  la Guadeloupe (Paris, 1832), 14–15.

32. Victor Schoelcher, Des colonies françaises: Abolition immĂ©diate de l’esclavage (1842; reprint, Basse-Terre: SociĂ©tĂ© d’histoire de la Guadeloupe, 1976), 24.

33. Nicole Vanony-Frisch, “Les Esclaves de la Guadeloupe Ă  la fin de l’Ancien RĂ©gime d’aprĂšs les sources notariales, 1770–1789,” Bulletin de la SociĂ©tĂ© d’histoire de la Guadeloupe, nos. 63–64 (1985): 91.

34. Ibid., 3–4, 78.

35. François Girod, Une Fortune coloniale sous l’Ancien RĂ©gime: La Famille Hecquet Ă  Saint-Domingue, 1724–1796 (Paris: Annales littĂ©raires de l’UniversitĂ© de Besançon, 1970), 102–103.

36. Gabriel Debien, “Sucrerie BrĂ©da de la Plaine-du-Nord (1785),” Notes d’histoire coloniale, no. 100 (1966): 26; Debien, Les Esclaves, 67.

37. David Patrick Geggus, Slavery, War and Revolution: The British Occupation of Saint-Domingue, 1793–1798 (London: Oxford University Press, 1982), 243, 291–92; Debien, Les Esclaves, 97.

38. Beckles, Natural Rebels, 19.

39. Michael Craton, Empire, Enslavement and Freedom in the Caribbean (Princeton: Markus Wiener, 1997), 207.

40. Curtin, Atlantic, 19.

3. Women and Labor: Slave Labor

1. Dunn, Sugar and Slaves, 226.

2. Du Tertre, Histoire, 2:488.

3. David Brion Davis, Slavery and Human Progress (New York: Oxford University Press, 1984), 42; Robin Blackburn, The Making of New World Slavery: From the Baroque to the Modern 1492–1800 (New York: Verso, 1999), 64–76.

4. Roget, Société, 2:1120.

5. Antoine MĂ©tral, Histoire de l’expĂ©dition des Français Ă  Saint-Domingue (Paris: Éditions Karthala, 1985), 14.

6. Jean-Baptiste (PĂšre) Labat, Nouveau Voyage aux isles de l’AmĂ©rique, 6 vols. (Paris: Guillaume, 1722), 4:177; Lewis, Main Currents, 66.

7. Rose Price, “Pledges on Colonial Slavery, to Candidates for Seats in Parliament, Rightly Considered,” cited in Michael Craton and James Walvin, A Jamaican Plantation: The History of Worthy Park (Toronto: University of Toronto Press, 1970), 191; Stampp, The Peculiar Institution, 7; “Slavery No Oppression or, Some New Arguments and Opinions against the Idea of African Liberty” (London: Lowndes and Christie, n.d.), 12–14 (pamphlet found among unclassified papers, file 027, at the Bibliothùque des Frùres de Saint-Louis de Gonzague, Port-au-Prince, Haiti).

8. Du Tertre, Histoire, 2:489.

9. Claire C. Robertson and Martin A. Klein, “Women’s Importance in African Slave Systems,” in Robertson and Klein, Women and Slavery, 3–11; Claude Meillassoux, “Female Slavery,” in Robertson and Klein, Women and Slavery, 49–56; Martin A. Klein, “Women and Slavery in the Western Sudan,” in Robertson and Klein, Women and Slavery, 72–77; Manning, Slavery and African Life, 22.

10. Du Tertre, Histoire, 2:446.

11. Gabriel Debien, “La SociĂ©tĂ© coloniale aux XVIIe et XVIIIe siĂšcles: Les EngagĂ©s pour les Antilles (1634–1715),” Revue d’histoire des colonies, nos. 1–2 (Paris) (1952): 253. Bangou, La Guadeloupe, 1:56; Moreau de Saint-MĂ©ry, Description, 1:55

12. See Noel Deerr, A History of Sugar (London: Chapman and Hull, 1949–50); Chauleau, SociĂ©tĂ©, 147; Labat, Nouveau Voyage, 4:110–13.

13. Higman, Slave Population and Economy, 1.

14. Code Noir, 32; Louis Sala-Molins, Le Code Noir ou le calvaire du Canaan (Paris: Presses universitaires de France, 1987), 102–103; Debien, Les Esclaves, 148.

15. Pierre de VassiĂšre, Saint-Domingue: La SociĂ©tĂ© et la vie crĂ©ole sous l’Ancien RĂ©gime, 1629–1789 (Paris: Perrin, 1909), 175.

16. M. Deslandes, “MĂ©moire de M. Deslandes, faisant fonction d’intendant du 20 fĂ©vrier, 1707,” cited in Pierre de VassiĂšre, Saint-Domingue, 166.

17. Ibid.

18. Marcel Reible, “Les Esclaves et leurs travaux sur la sucrerie LugĂ© Ă  Saint-Domingue, 1788–91,” Notes d’histoire coloniale, no. 173 (1976): 26.

19. Debien, Les Esclaves, 124, 135–36; Antoine Gisler, L’Esclavage aux Antilles françaises XVIe–XIXe siĂšcles (Paris: Karthala, 1981), 35; Jacques Cauna, Au Temps des isles Ă  sucre (Paris: Karthala, 1978), 116; Justin Girod-Chantrans, Voyage d’un Suisse dans diffĂ©rentes colonies d’AmĂ©rique (Paris: NeufchĂątel, 1785), 130–31; Labat, Nouveau Voyage, 3:210; Du Tertre, Histoire, 2:480.

20. Satineau, Histoire, 130; Debien, Les Esclaves, 124, 135.

21. Dale Tomich, Slavery in the Circuit of Sugar (Baltimore: Johns Hopkins University Press, 1990), 141; M. P. LavollĂ©e, Notes sur les cultures et la production de la Martinique et de la Guadeloupe (Paris: MinistĂšre de la Marine et des Colonies, 1841), 43–44.

22. Higman, Slave Populations, 162.

23. Dunn, Sugar and Slaves, 191.

24. Elsa Goveia, Slave Society in the British Leeward Islands at the End of the Eighteenth Century (New Haven: Yale University Press, 1965), 119.

 

25. LavollĂ©e, Notes sur les Cultures, 47–48; Debien, Les Esclaves, 163; Satineau, Histoire, 132–34.

26. Tomich, Slavery, 142.

27. Debien, Les Esclaves, 137–38.

28. Ibid., 137.

29. Pelleprat, cited in Roget, Société, 2:1120.

30. Labat, Nouveau Voyage, 1:xxvii.

31. Girod-Chantrans, Voyage, 142.

32. Ibid., 130, 139.

33. Ibid., 131.

34. M. Poyen de Sainte-Marie, De l’exploitation des sucreries ou conseil d’un vieux planteur aux jeunes agriculteurs des colonies (Basse-Terre: Imprimerie de la RĂ©publique, 1792), 14.

35. Debien, “Sucrerie BrĂ©da de la Plaine-du-Nord,” 26–32; Gabriel Debien, “Comptes, profits, esclaves et travaux de deux sucreries de Saint-Domingue, 1774–1778,” Notes d’histoire coloniale (Cairo), no. 6 (1945): 21.

36. Debien, Les Esclaves, 137.

37. Ibid., 138; Moitt, “Behind the Sugar Fortunes,” 412; Cauna, Au Temps des isles, 114.

38. ANSOM, Guadeloupe 107 (749), Bulletin des lois no. 1432, Saint-Claude, November 3, 1847.

39. Ibid.

40. Vanony-Frisch, “Les Esclaves,” 87.

41. Michael Craton, Searching for the Invisible Man: Slaves and Plantation Life in Jamaica (Cambridge, Mass.: Harvard University Press), 146.

42. Hilary Beckles, Afro-Caribbean Women and Resistance in Barbados (London: Karnak, 1988), 17.

43. AndrĂ© LachariĂšre, De l’affranchissement des esclaves dans les colonies françaises (Paris: EugĂšne Renduel, 1836), 107.

44. Schoelcher, Des colonies françaises, 23–24.

45. Ibid., 23.

46. Debien, Les Esclaves, 158.

47. Debien, “Comptes,” 22.

48. Debien, Les Esclaves, 161.

49. Clive Thomas, Plantations, Peasants and State: A Study of the Mode of Sugar Production in Guyana (Los Angeles: Center for Afro-American Studies, 1984), 8.

50. Bush, Slave Women, 38.

51. Labat, Nouveau Voyage, 3:432.

52. Dunn, Sugar and Slaves, 195.

53. Labat, Nouveau Voyage, 3:175.

54. Tomich, Slavery, 220, 222.

55. Dunn, Sugar and Slaves, 194; Debien, Les Esclaves, 97.

56. EugĂšne-Edouard Boyer Peyreleau, Les Antilles françaises, particuliĂšrement la Guadeloupe, 3 vols. (Paris: 1825), 1:281–83; Veront Satchell, “Early Use of Steam Power in the Jamaica Sugar Economy 1768–1810,” Transactions of the Newcomen Society 67 (1995/96): 222–30; Christian Schnakenbourg, Histoire de l’industrie sucriĂšre en Guadeloupe: La Crise du systĂšme esclavagiste (XIXe-XXe siĂšcles) (Paris: L’Harmattan, 1980), 1:36; Labat, Nouveau Voyage, 3:224; AbĂ©non, Guadeloupe, 2:103; Debien, Les Esclaves, 166.

57. Labat, Nouveau Voyage, 3:202–203.

58. Ibid.

59. Debien, Les Esclaves, 97; Labat, Nouveau Voyage, 3:432.

 

60. Labat, Nouveau Voyage, 3:206.

61. Ibid., 3:208.

62. Jean-Baptiste Rouvellat de Cussac, Situation des esclaves dans les colonies françaises (Paris: Pagnerre, 1845), 43; Debien, Les Esclaves, 112.

63. Gazette de la Guadeloupe, May 8, 1788, 78; May 22, 1788, 86; June 3, 1788, 110.

64. Labat, Nouveau Voyage, 3:209; Craton, Searching, 203; Matthew Gregory (Monk) Lewis, Journal of a West India Proprietor (London: John Murray, 1834), 86.

65. Gautier, Soeurs de solitude, 200–201.

66. Debien, “Sucrerie,” 36.

67. Labat, Nouveau Voyage, 3:221, 419–20; Victor Schoelcher, Histoire de l’esclavage pendant les deux derniĂšres annĂ©es, 2 vols. (1847; reprint, Pointe-Ă -Pitre: Émile DĂ©sormeaux, 1973), 1:388.

68. See Gabriel Debien, “DestinĂ©es d’esclaves Ă  la Martinique (1746–1778).” Bulletin de L’Institut français d’Afrique noire, series B, vol. 22, nos. 1–2 (Jan.–April 1960): 41.

69. Labat, Nouveau Voyage, 3:420.

70. Some estimated that the sale of rum accounted for 10 to 33 percent of a plantation’s revenues. See Robert Louis Stein, The French Sugar Business in the Eighteenth Century (Baton Rouge: Louisiana State University Press), 72.

71. Labat, Nouveau Voyage, 3:415–20.

72. Ibid., 3:442. See also, Debien, Les Esclaves, 184; Bruleaux et al., Deux SiĂšcles, 36.

73. Debien, Les Esclaves, 184; Moreau de Saint-MĂ©ry, Lois et constitutions, 5:393: ArrĂȘt du Conseil du Port-au-Prince, touchant les logements louĂ©s aux esclaves, et la vente du vin ou du tafia par les dits esclaves, June 20, 1772; Moreau de Saint-MĂ©ry, Lois et constitutions, 6:700; Moreau de Saint-MĂ©ry, Lois et constitutions, 5:804: Ordonnance des Administrateurs concernant le dĂ©bit du tafia, December 10, 1777, and Ordonnance du Juge de Police de Saint-Marc touchant la vente du tafia, June 22, 1785.

74. Code Noir, 40–41; Moreau de Saint-MĂ©ry, Lois et constitutions, 1:68: Ordonnance du Gouverneur de la Martinique, July 13, 1648; Moreau de Saint-MĂ©ry, Lois et constitutions, 1:194: ArrĂȘt du Conseil de la Martinique, April 14, 1670; Moreau de Saint-MĂ©ry, Lois et constitutions, 2:70: RĂšglement du conseil de LĂ©ogane qui ordonne de planter des vivres pour la nourriture des NĂšgres, May 3, 1706; Debien, Les Esclaves, 18; Labat, Nouveau Voyage, 3:211; Labat, Nouveau Voyage, 4:185; Du Tertre, Histoire, 2:481; ANSOM, Guadeloupe 107 (753), July 30, 1818.

75. Debien, Les Esclaves, 179.

76. Rouvellat de Cussac, Situation, 34.

77. Tomich, Slavery, 253.

78. ANSOM, Guadeloupe 107 (753), circular of lieutenant governor, July 30, 1818; Debien, Les Esclaves, 156.

79. Du Tertre, Histoire, 2:481–85; Debien, Les Esclaves, 183.

80. Debien, Les Esclaves, 180; Moreau de Saint-MĂ©ry, Description, 1:207; Moreau de Saint-MĂ©ry, Lois et constitutions, 1:180–82; August 1, 1669; Tomich, Slavery, 264; Rouvellat de Cussac, Situation, 15; Robert Olwell, “‘Loose, Idle and Disorderly’ Slave Women in the Eighteenth-Century Charleston Marketplace,” in More than Chattel: Black Women and Slavery in the Americas, ed. David Barry Gaspar and Darlene Clarke Hine (Bloomington: Indiana University Press, 1996), 97–110.

81. Monissey, Slave Women, 60–61.

4. Women and Labor: Domestic Labor

1. Moreau de Saint-MĂ©ry, Description, 1:33.

2. Cited in Jerome S. Handler, Frederick W. Lange, and Robert V. Riordan, Plantation Slavery in Barbados: An Archaeological and Historical Investigation (Cambridge, Mass.: Harvard University Press, 1978), 77.

3. Debien, Plantations, 123.

4. Norrece T. Jones, Jr., Born a Child of Freedom, Yet a Slave: Mechanisms of Control and Strategies of Resistance in Antebellum South Carolina (Middletown, Conn.: Wesleyan University Press, 1990), 29; Elizabeth Fox-Genovese, Within the Plantation Household: Black and White Women of the Old South (Chapel Hill: University of North Carolina Press, 1988), 137–45; Pierre de Vassiùre, Saint-Domingue, 168.

5. Bernard Adolphe Granier de Cassagnac, Voyage aux Antilles françaises, anglaises, danoises, espagnoles; À Saint-Domingue et aux États-Unis d’AmĂ©rique, 2 vols. (Paris: Dauvin et Fontaine, 1842–44), 1:114–16.

6. Gazette de la Martinique, August 14, 1805.

7. Debien, Les Esclaves, 87; Vanony-Frisch, “Les Esclaves,” 97; Moreau de Saint-MĂ©ry, Description, 1:59.

8. Debien, “Comptes,” 21; Debien, Les Esclaves, 137“38; David Geggus, “The Slaves of British-Occupied Saint-Domingue: An Analysis of the Workforces of 197 Absentee Plantations, 1796–1797,” Caribbean Studies 18, nos. 1–2 (April–July 1978): 31.

9. Labat, Nouveau Voyage, 3:416–17; Debien, “DestinĂ©es d’esclaves,” 24.

10. Vanony-Frisch, “Les Esclaves,” 89–91.

11. Debien, Les Esclaves, 86.

12. Vanony-Frisch, “Les Esclaves,” 79, 89.

13. ANSOM, Guadeloupe 107 (749), Ordonnance du Roi qui déclare libres deux cent dixhuit Noirs du Domaine colonial, Saint-Cloud, October 12, 1847.

14. Gautier, Soeurs de solitude, 204.

15. Debien, “Les Esclaves,” 343–47; Debien, Plantations, 50; Vanony-Frisch, Les Esclaves, 62–63.

16. Cauna, Au Temps des isles, 102–104; Frantz Tardo-Dino, Le Collier de servitude (Paris: Éditions caribĂ©ennes, 1985), 187; Morrissey, Slave Women, 108.

17. Girod, Une Fortune colonials, 106; GeneviĂšve Leti, SantĂ© et sociĂ©tĂ© esclavagiste Ă  la Martinique (1802–1848) (Paris: L’Harmattan, 1998), 307; Debien, Les Esclaves, 103.

18. Gautier, Soeurs de solitude, 209.

19. Ibid., 208.

20. Vanony-Frisch, “Les Esclaves,” 89.

21. Gabriel Debien, “Un Colon niortais Ă  Saint-Domingue: Jean Barre de Saint-Venant (1737–1810),” Bulletin de la SociĂ©tĂ© d’histoire de la Martinique, no. 19 (1977): 65.

22. Bush, Slave Women, 36, 141.

23. Richard Sheridan, Doctors and Slaves: A Medical Demographic History of Slavery in the British West Indies 1680–1834 (London: Cambridge University Press, 1985), 77–78.

24. Leti, Santé et société, 307.

25. Debien, “Un Colon niortais,” 67.

26. Labat, Nouveau Voyage, 3:431; Rouvellat de Cussac, Situation, 491.

27. Debien, Plantations, 127.

28. Leti, SantĂ© et sociĂ©tĂ©, 318–49.

29. Debien, “Comptes,” 24–25.

30. Debien, Plantations, 126–27.

31. Reible, “Les Esclaves et leurs travaux,” 23; Debien, Plantations, 127.

32. Debien, Plantations, 127.

33. Ibid.

 

34. Ibid., 128.

35. Reible, “Les Esclaves et leurs travaux,” 23; FĂ©lix Patron, Des Noirs et leur situation dans les colonies françaises (Paris, 1831), 6.

36. Vanony-Frisch, “Les Esclaves,” 92.

37. Ibid.

38. Gautier, Soeurs de solitude, 207; Vanony-Frisch, “Les Esclaves,” 92.

39. Debien, Plantations, 124; Debien, Les Esclaves, 91.

40. Moreau de Saint-MĂ©ry, Description, 3:1219.

41. Labat, Nouveau Voyage, 3, 453; Debien, Plantations, 100; Moreau de Saint-MĂ©ry, Description, 1:62, 503.

42. See Journal officiel de la Martinique, April 16, 1834, 1; Vanony-Frisch, “Les Esclaves,” 94; Gautier, Soeurs de solitude, 207.

43. Vanony-Frisch, “Les Esclaves,” 92; Debien, Les Esclaves, 90.

44. Debien, Les Esclaves, 93; Debien, Plantations, 123–25; Debien, “DestinĂ©es d’esclaves,” 28.

45. ANSOM, Guadeloupe 107 (749).

46. Vanony-Frisch, “Les Esclaves,” 95.

47. Rouvellat de Cussac, Situation, 44.

48. Labat, Nouveau Voyage, 3:446.

49. Debien, Les Esclaves, 24–25.

50. Vanony-Frisch, “Les Esclaves,” 97.

51. Debien, Plantations, 124.

52. Debien, Les Esclaves, 124–25.

53. Debien, Plantations, 124.

54. Moreau de Saint-MĂ©ry, Description, 77.

55. Debien, “DestinĂ©es d’esclaves,” 28.

56. One aune was equivalent to 1.18–1.20 meters in 1840, when this ancient measure was suppressed.

57. Ann Geracimos, “A Mystery in Miniature: An Enigmatic Button Once Decorated the Uniform of Haitian Liberator Toussaint Louverture,” Smithsonian, January 2000, 20–21.

58. Debien, Les Esclaves, 90.

59. Gabriel Debien, Lettres de colons (Dakar: Publications de la Section d’histoire, UniversitĂ© de Dakar [now UniversitĂ© Cheikh Anta Diop], 1965), 57.

60. Debien, Lettres de colons, 69, 73, 167.

61. Ibid., 48.

62. Debien, Les Esclaves, 92.

63. Debien, Plantations, 123; Debien, “DestinĂ©es d’esclaves,” 25–31; Jean Fouchard, Les Marrons de la libertĂ© (Paris: Éditions de l’école, 1972), 267.

64. Debien, “DestinĂ©e d’esclaves,” 25–26; Higman, Slave Population and Economy, 195.

65. See Journal officiel de la Martinique, May 26, 1847, 1–3; Debien, Les Esclaves, 93; Vanony-Frisch, “Les Esclaves,” 42; Girod, Une Fortune coloniale, 106; Gautier, Soeurs de solitude, 212–13.

66. Debien, “DestinĂ©e d’esclaves,” 26–27.

67. Debien, “Un Colon niortais,” 77.

68. Code Noir, 51.

69. Fouchard, Marrons, 374–75.

70. Gazette de la Martinique, October 7, 1803, 315; Gazette de la Martinique, June 15, 1803, 217; Gazette de la Martinique, September 2, 1806, 341; Moniteur général de la partie française de Saint-Domingue, April 14, 1792, 574; Fouchard, Marrons, 375.

 

71. Gazette de la Martinique, June 5, 1804, 573.

72. Gautier, Soeurs de solitude, 205.

73. Labat, Nouveau Voyage, 3:437.

5. Marriage, Family Life, Reproduction, and Assault

1. Victor Schoelcher, De l’abolition de l’esclavage: Examen critique du prĂ©jugĂ© contre la couleur des Africains et des sangs-mĂȘlĂ©s (Paris: Pagnerre, 1840), 170–71.

2. Du Tertre, Histoire, 2:472.

3. Pierre Paul Castelli, De l’esclavage en gĂ©nĂ©ral et de l’émancipation des Noirs (Paris, 1844), 128.

4. Dugoujon, Lettres sur l’esclavage dans les colonies françaises (Paris, 1845), 28.

5. Moreau de Saint-MĂ©ry, Lois et constitutions, 1:118: RĂšglement de M. de Tracy, lieutenant gĂ©nĂ©ral de l’AmĂ©rique, touchant les blasphĂ©mateurs et la police des isles, June 19, 1664.

6. AN Col., C 8A 113 F 145, Saint-Pierre, January 10, 1806.

7. Gisler, L’Esclavage aux Antilles françaises, 179.

8. Code Noir, 34–35.

9. Orlando Patterson, The Sociology of Slavery (London: Granada Publishing, 1973), 159–66; Bush, Slave Women, 86, 98; Beckles, Natural Rebels, 115; Morrissey, Slave Women, 99; Gautier, Soeurs de solitude, 149.

10. AN Col., 113 F 143, “Le prĂ©fet colonial de la Martinique et dĂ©pandence Ă  M. le curĂ© de la paroisse,” December 27, 1805.

11. ANSOM, Fonds gĂ©nĂ©ralitĂ©s, carton 630, dossier 2736, “Ordonnance du roi,” Paris, June 11, 1839.

12. ANSOM, Fonds généralités, carton 372, dossier 2197, July 18, 1845; ANSOM, Fonds généralités, carton 372, dossier 2197, Paris, November 30, 1847.

13. Moreau de Saint-MĂ©ry, Description, 1:57.

14. Lachariùre, De l’affranchissement des esclaves, 122.

15. Castelli, De l’esclavage en gĂ©nĂ©ral, 120.

16. Dugoujon, Lettres, 27.

17. ANSOM, Fonds gĂ©nĂ©ralitĂ©s, carton 372, dossier 2197, February 18, 1846; Abolitionniste français, nos. 1–2 (Jan.–Feb. 1844): 46; Dugoujon, Lettres, 28–29; Labat, Nouveau Voyage, 4:186.

18. Jacques AdĂ©laĂŻde (Jacques AdĂ©laĂŻde-Merlande), “Demography and Names of Slaves of Le Moule, 1845 to May 1848,” Bulletin de la SociĂ©tĂ© d’histoire de la Guadeloupe, no. 22 (1974): 6; Raymond Boutin, “Les Esclaves du Moule au XIXe siĂšcle (naissances, mariages et dĂ©cĂšs),” Bulletin de la sociĂ©tĂ© d’histoire de la Guadeloupe, nos. 75–78 (1988): 23–24.

19. Boutin, “Les Esclaves du Moule,” 23–24.

20. AdĂ©laĂŻde, “Demography and Names,” 67–68.

21. L’Abolitionniste français, nos. 1–2 (Jan.–Feb. 1844): 46; Du Tertre, Histoire, 2:471–72; Peytraud, L’Esclavage, 210–11.

22. AdĂ©laĂŻde, “Demography and Names,” 69–70; Boutin, “Esclaves du Moule,” 24.

23. Baron de Wimpffen, Voyage Ă  Saint-Domingue pendant les annĂ©es 1788, 1789 et 1790 (Paris, 1797), 33; AdĂ©laĂŻde, “Demography and Names,” 69; Boutin, “Esclaves du Moule,” 24; Patterson, Sociology of Slavery, 154.

24. Bernard David, Origines, 101–105; Notice statistique sur la Guyane française, 55–56.

25. ANSOM, Guadeloupe 107 (749), Ordonnance du Roi qui déclare libres deux cent dixhuit Noirs du Domaine colonial, Saint-Cloud, October 12, 1847.

26. Debien, Les Esclaves, 349.

 

27. Du Tertre, Histoire, 2:474–75. Du Tertre was referring to the African pagnes, a wrap-around skirt.

28. Du Tertre, Histoire, 2:476; Labat, Nouveau Voyage, 4:161.

29. Dessalles, Histoire, 3:373.

30. Labat, Nouveau Voyage, 4:187.

31. Abdoulaye Bara Diop, La SociĂ©tĂ© wolof (Paris: Karthala, 1981), 47–107.

32. Debien, Les Esclaves, 347; Code Noir, 35–36.

33. Vanony-Frisch, “Les Esclaves,” 59.

34. AdĂ©laĂŻde, “Demography and Names,” 69.

35. AN Col., C8 A 66, F 31, De FĂ©nelon to M. le Duc, Fort-Royal, April 11, 1764; Joseph Romalet du Caillaud, Voyage Ă  la Martinique fait en 1770–1773 (Paris, 1804), 113; Girod-Chantrans, Voyage, 145; FĂ©lix Patron, Des Noirs, 17.

36. Debien, Les Esclaves, 349.

37. Vanony-Frisch, “Les Esclaves,” 68–70.

38. Debien, “La Sucrerie BrĂ©da,” 34.

39. Debien, Les Esclaves, 347.

40. Ibid., 344–45; Gabriel Debien, Les Colons des Antilles et leur main d’oeuvre Ă  la fin du XVIIIe siĂ©cle (Paris: Annales historiques de la RĂ©volution française, 1955), 265; Bruleaux et al., Deux SiĂšcles, 123.

41. ANSOM, Fonds gĂ©nĂ©ralitĂ©s, carton 630, dossier 2736, June 1843; Vanony-Frisch, “Les Esclaves,” 65; Debien, Les Colons, 265; Boutin, “Les Esclaves du Moule,” 19–21.

42. ANSOM, Martinique 33 281, “Note sur l’habitation de Hautmont, sise au quartier du Marigot, üle de la Martinique,” undated.

43. ANSOM, C 8A 66, F31, Fort Royal, April 11, 1764.

44. Romalet, Voyage à la Martinique, 113; Boutin, “Esclaves du Moule,” 21–23.

45. Debien, Les Esclaves, 350.

46. Michael Craton and James Walvin, A Jamaican Plantation: The History of Worthy Park (Toronto: University of Toronto Press, 1970), 140; Craton, Searching for the Invisible Man, 88; Higman, Slave Populations, 349–50.

47. Debien, Les Esclaves, 130; Cauna, Au Temps des isles Ă  sucre, 99; Stein, The French Sugar Business, 54.

48. Cauna, Au Temps des isles Ă  sucre, 99.

49. Debien, Les Esclaves, 129–30; Debien, Plantations, 130.

50. Debien, Les Colons, 270.

51. Dazille, Observations sur le tĂ©tanos (Paris: Planche, 1788), 342–43.

52. Ibid.

53. Ibid., 56

54. Debien, Les Esclaves, 355.

55. Ibid., 130; Pierre de VassiĂšre, Saint-Domingue, 253.

56. Romalet, Voyage, 114–15.

57. Dazille, Observations sur les maladies des nĂšgres, leurs causes, leurs traitements et les moyens de les prĂ©venir (Paris: Didot, 1776), 120, 225–26, 231, 274–75.

58. Dazille, Observations sur le tĂ©tanos, 212–14, 315–22.

59. Morrissey, Slave Women, 107–108.

60. Kenneth F. Kiple, The Caribbean Slave: A Biological History (London: Cambridge University Press, 1984), 120.

61. For an edited version of Thistlewood’s diary, see Douglas Hall, In Miserable Slavery: Thomas Thistlewood in Jamaica, 1750–1786 (London: Macmillan, 1989). See also Bernard Moitt, “In the Shadow of the Plantation: Women of Color and the Libres de Fait of Martinique and Guadeloupe” (unpublished paper).

62. Debien, Plantations, 30.

63. Debien, Les Esclaves, 126–27, 131.

64. Debien, Les Esclaves, 127–29.

6. Discipline and Physical Abuse: Slave Women and the Law

1. Beckles, Natural Rebels, 31.

2. Peytraud, L’Esclavage, 28.

3. Gisler, L’Esclavage aux Antilles françaises, 41–42; C. L. R. James, The Black Jacobins: Toussaint Louverture and the San Domingo Revolution (New York: Vintage, 1989), 9–10; Fouchard, Les Marrons de la libertĂ©, 111; M. France, La VĂ©ritĂ© et les faits ou l’esclavage Ă  nu (Paris: Moreau, 1846), 7.

4. Gisler, L’Esclavage, 41; Code Noir, 45–49.

5. Bruleaux et al., Deux SiĂšcles, 169.

6. Tomich, Slavery, 242.

7. Schoelcher, Colonies, 89.

8. ANSOM, Guyane 107 K7 (07), Procureur Général to Governor, May 19, 1842.

9. ANSOM, Fonds gĂ©nĂ©ralitĂ©s, carton 192, dossier 1476, Rapport Ă  M. le Ministre de la Marine et des Colonies, sur un projet d’ordonnance du roi, relative Ă  l’emprisonnement disciplinaire des esclaves, June 29, 1841; ANSOM, Fonds gĂ©nĂ©ralitĂ©s, carton 207, dossier 1514, September 16, 1841.

10. Bernard Moitt, “Transcending Linguistic and Cultural Frontiers in Caribbean Historiography: C. L. R. James, French Sources, and Slavery in San Domingo, in C. L. R. James: His Intellectual Legacies, ed. Selwyn R. Cudjoe and William E. Cain, 136–60 (Amherst: University of Massachusetts Press, 1995); Code Noir, 35, 41–44, 49; Sala-Molins, Le Code Noir, 142–43; Elsa Goveia, The West Indian Slave Laws of the Eighteenth Century (Bridgetown: Caribbean Universities Press, 1970), 38.

11. De VassiĂšre, Saint-Domingue, 86.

12. AN Col., F3 90 41, March 13, 1788. See also James, Black Jacobins, 23; Carolyn Fick, The Making of Haiti: The Saint-Domingue Revolution from Below (Knoxville: University of Tennessee Press, 1990), 37–38; Moreau de Saint-MĂ©ry, Lois et constitutions 3:674–75: Lettre Ă  MM de Larnage et Maillart sur les mauvais traitements des maĂźtres pour leurs esclaves, July 15, 1741; Gisler, L’Esclavage, 108.

13. Peytraud, L’Esclavage, 328–29.

14. AN Col., F3, Fol. 149, Cayenne, June 16, 1760; Peytraud, L’Esclavage, 332.

15. AN Col., F3, Fol. 225, 1771; Gautier, Soeurs de solitude, 159.

16. AN Col. F3 90 41, March 13, 1788, Vincent de Marbois, Procureur du roi, au Ministre; James, Black Jacobins, 23; Fick, Making of Haiti, 37–38; Gisler, L’Esclavage, 119–20.

17. ANSOM, Guadeloupe 107 (748), February 15, 1827; ANSOM, Guadeloupe 107 (748), Paris, 1827; ANSOM, Guadeloupe 107 (748), Paris, December 25, 1827.

18. ANSOM, Guadeloupe 107 (748), Basse-Terre, February 6, 1828; ANSOM, Guadeloupe 107 (748), Paris, December 25, 1827; ANSOM, Guadeloupe 107 (748), ArrĂȘt criminel, January 9, 1829.

19. Josette Fallope, Esclaves et citoyens: Les Noirs Ă  la Guadeloupe au XIXe siĂšcle dans les processus de rĂ©sistance et d’intĂ©gration (1802–1910) (Basse-Terre: SociĂ©tĂ© d’histoire de la Guadeloupe, 1992), 247–49; 286; Tomich, Slavery, 53–75; Schnakenbourg, Histoire de l’industrie sucriĂšre en Guadeloupe, 1:118–36.

 

20. Fallope, Esclaves et citoyens, 248; Gisler, L’Esclavage, 145–46; Gaston-Martin, Histoire, 272–79, 292.

21. David Northrup, Indentured Labor in the Age of Imperialism, 1834–1922 (New York: Cambridge University Press, 1995), 34; Tomich, Slavery, 62–64; Gaston-Martin, Histoire 264–71, 281–83; Fallope, Esclaves et citoyens, 248.

22. ANSOM, Fonds généralités, carton 192, dossier 1476, February 26, 1841.

23. ANSOM, Fonds généralités, carton 207, dossier 1514, November 12, 1841.

24. Gisler, L’Esclavage, 140.

25. Schoelcher, Colonies françaises, 90.

26. ANSOM, Guyane 107 K7 (7), ChĂątiments infligĂ©s Ă  la nĂ©e Marie-Claire de l’habitation Mondelice (Affaire Reine), 1840–1841; ArrĂȘt rendu pour la chambre des mises en accusation de la Cour Royale de la Guyane française, sĂ©ance Ă  Cayenne, October 29, 1840; ANSOM, Guyane 107 K7 (7), Correspondence of Vidal de Lingendes, Cayenne, December 26, 1840.

27. ANSOM, Guyane 107, K 7 (7); “ChĂątiments infligĂ©s Ă  la nĂ©e Marie-Claire de l’habitation Mondelice (Affaire Reine), 1840–1841; ANSOM, Guyane, 107 K 7, December 26, 1840; ANSOM, Guyane 107, K 7 (7), Fort-Royal, February 19, 1841; ANSOM, Guyane 107 K 7 (7), Governor to Ministre de la Marine et des Colonies, Cayenne, November 16, 1840.

28. ANSOM, Guyane 107 K 7 (7); ArrĂȘt qui dĂ©clare qu’il n’y a lieu Ă  suivre [contre] le sieur Reine, Cayenne, November 3, 1840. A lieue was not a standard measurement, but appears to have been no less than 4,445 meters.

29. ANSOM, Guyane 107 K7 (7), Ministre de la Justice, Paris, December 14, 1841.

30. ANSOM, Guyane 107 K7, Procureur Général to Governor, May 19, 1842.

31. ANSOM, Martinique 33, 286, Fort-Royal, Governor to Minister, October 18, 1845.

32. ANSOM, Martinique 33 286, Governor to Minister, Fort-Royal, October 18, 1845.

33. ANSOM, Martinique 33, 286, November 13, 1845.

34. Gazette des Tribunaux, February 4, 1846, 330, found in ANSOM, Martinique 33, 286.

35. ANSOM, Martinique 33, 286, August 23, 1845, Copie d’une lettre adressĂ©e Ă  M. le Procureur GĂ©nĂ©ral par le Procureur du Roi de Saint-Pierre, sous date du 23 aoĂ»t, 1845; ANSOM, Fonds gĂ©nĂ©ralitĂ©s, carton 33, dossier 286, Fort Royal, November 13, 1848.

36. Gazette des Tribunaux, February 4, 1846, 330.

37. ANSOM, Martinique 33 286, Procureur du Roi of Saint-Pierre to Procureur Général, August 23, 1845.

38. ANSOM, Martinique 33, 286, Governor to Minister, Fort-Royal, January 10, 1846; Gisler, L’Esclavage, 50; Gazette des Tribunaux, February 4, 1846, 330.

39. Philip Schwarz, Slave Laws in Virginia (Athens: University of Georgia Press, 1999), 80–81.

40. France, La Vérité, 101.

41. Ibid., 166–67, 171–72.

42. ANSOM, Martinique 33, 285, Saint-Pierre, January 26, 1846.

43. Ibid.

44. Ibid.

45. Schoelcher, L’Histoire de l’esclavage, 1:326.

46. Ibid., 1:361–62.

47. Ibid., 1:387–88.

48. ANSOM, Guyane 107 K7 (16), Extrait du registre des procÚs-verbaux de délibérations du Conseil privé de la Guyane française, December 1847.

49. ANSOM, Guyane 107 k7 (15), Governor to Minister of Marine and Colonies, Cayenne, March 25, 1846; ANSOM, Guyane 107 K7 (15), March 23, 1846.

50. ANSOM, Martinique 42, 346 (1828–1847), DĂ©portation des esclaves Ă  Porto-Rico, Paris, February 28, 1828; Gaspar, Bondmen and Rebels, 35–37; Schwarz, Slave Laws of Virginia, 107.

51. ANSOM, Martinique 42, 346, Déportation des esclaves à Porto-Rico [sic], Paris. February 28, 1828; ANSOM, Martinique 42 348, Extrait du procÚs-verbal du Conseil privé, July 9, 1827.

52. Schwarz, Slave Laws of Virginia, 102.

53. ANSOM, Martinique 42, 346, Paris, February 28, 1828; ANSOM, Martinique 42, 348, Extrait du procÚs-verbal du Conseil privé, August 8, 1827; ANSOM, Martinique 42, 348, June 20, 1827; ANSOM, Martinique 42, 348, June 22, 1827; ANSOM, Martinique 42, 346, (no day or month), 1829.

54. ANSOM, Martinique 42, 350, Extrait du registre des procĂšs-verbaux, 1838.

55. ANSOM, Fonds généralités, carton 631, dossier 2739, Rapport à son Excellence M. le Gouverneur pour le roi, December 24, 1828; ANSOM, Fonds généralités, carton 631, dossier 2739, Extrait du registre du Conseil privé, Guadeloupe, August 18, 1837; ANSOM, Fonds généralités, carton 192, dossier 1478, Ordonnance du roi concernant le régime disciplinaire des esclaves, Neuilly, June 4, 1846, 18.

56. AN Col., C 8A 36, F204, September 17, 1726; ANSOM, Fonds généralités, carton 192, dossier 1476, Circulaire relative au séjour des esclaves détenus dans les geÎles et prisons, Pointeà-Pitre, December 30, 1819.

57. ANSOM, Fonds généralités, carton 630, dossier 2736, Extrait du registre des procÚsverbaux de délibérations du Conseil privé de la Martinique, September 1828.

58. ANSOM, Fonds généralités, carton 630, dossier 2736, Extrait du registre des procÚsverbaux des délibérations du Conseil privé de la Guadeloupe et dépendances, June 26, 1832.

59. A D-M, Martinique, SĂ©rie U, ArrĂȘts correctionnels (1832–1833); Police correctionnelle, audience publique du 5 mars, 1832.

60. Gilbert Pago, Les Femmes et la liquidation du systùme esclavagiste à la Martinique, 1848–1852 (Pointe-à-Pitre: Ibis Rouge Editions, 1998), 46.

7. Women and Resistance

1. A version of this chapter was published as “Slave Women and Resistance in the French Caribbean,” in More Than Chattel: Black Women and Slavery in the Americas, ed. David Barry Gaspar and Darlene Clark Hine (Bloomington: Indiana University Press, 1996), 239–258. I thank Indiana University Press for permission to use it here.

2. Simone Schwarz-Bart, The Bridge of Beyond, trans. Barbara Bray (Portsmouth, N.H.: Heinemann, 1982).

3. Jacques Roumain, Masters of the Dew, trans. Langston Hughes and Mercer Cook (Portsmouth, N.H.: Heinemann, 1947).

4. Aimé Césaire, The Tragedy of King Christophe, trans. Ralph Manheim (New York: Grove Press, 1969).

5. Antoine MĂ©tral, Histoire de l’insurrection des esclaves dans le nord de Saint-Domingue (Paris: F. Sceref, 1818), 60.

6. Jacques AdĂ©laĂŻde-Merlande, DelgrĂšs ou la Guadeloupe en 1802 (Paris: Éditions Karthala, 1986) 5–10; AndrĂ© NĂšgre, La RĂ©bellion de la Guadeloupe, 1801–1802 (Paris: Éditions caribĂ©ennes, 1987) 12–13.

7. Adélaïde-Merlande, DelgrÚs, 7.

8. NĂšgre, RĂ©bellion, 114.

9. Oruno Lara, La Guadeloupe dans l’histoire (Paris: L’Harmattan, 1979), 126.

10. James, Black Jacobins, 315.

11. MĂ©tral, Histoire, 77.

 

12. Auguste Lacour, Histoire de la Guadeloupe, 4 vols. (Basse-Terre: Éditions de diffusion de la culture antillaise, 1976), 3:311.

13. Lara, La Guadeloupe dans l’histoire, 138.

14. MĂ©tral, Histoire, 151.

15. Lacour, Histoire, 3:271.

16. Ibid., 3:275.

17. Ibid.

18. James, Black Jacobins, 361. See also MĂ©tral, Histoire, 180.

19. MĂ©tral, Histoire, 180.

20. Ibid., 43.

21. Ibid., 180.

22. Lacour, Histoire, 3:275.

23. Ibid., 3:291.

24. Martineau and May, Trois SiĂšcles d’histoire antillaise, 218; AdĂ©laĂŻde-Merlande, DelgrĂšs, 147.

25. Lacour, Histoire, 3:331.

26. Lara, Guadeloupe, 154.

27. AdĂ©laĂŻde-Merlande, DelgrĂšs, 149; Lacour, Histoire, 3:325–54; Martineau and May, Trois SiĂšcles, 218.

28. Lacour, Histoire, 3:311; Adélaïde-Merlande, DelgrÚs, 152; Gautier, Soeurs de solitude, 251.

29. Lacour, Histoire, 3:398–99; Lara, Guadeloupe, 174; NĂšgre, La RĂ©bellion, 150–51.

30. ANSOM, Martinique 18, 162, Cour Royale de la Martinique: Acte d’accusation, April 5, 1831; ANSOM, Martinique 18, 161, Extrait du registre des procĂšs verbaux, May 19, 1831; Maurice Nicolas, L’Affaire de la Grand’Anse (Fort-de-France: ThĂ©odore Marchand, 1960), 18–19.

31. ANSOM, Martinique 18, 159, Extrait du registre des procĂšs verbaux des dĂ©libĂ©rations du Conseil privĂ© de la Martinique, February 10, 1831; ANSOM, Martinique 18, 159, Extrait du registre des procĂšs-verbaux des dĂ©libĂ©rations du Conseil privĂ© de la Martinique, May 19, 1831; Havre, April 8, 1831, 2; Havre, April 18, 1831, 3. See also Armand Nicolas, Histoire de la Martinique, 2 vols. (Paris: L’Harmattan, 1996), 1:343–48.

32. ANSOM, Martinique 18, 162, Cour Royale de la Martinique, April 5, 1831.

33. ANSOM, Martinique 18, 162, Governor to Minister, Fort-Royal, May 21, 1831.

34. Havre, July 18, 1831, 3; Le Courrier français, April 22, 1831, 3.

35. ANSOM, Martinique 8, 622, Copie d’une pĂ©tition faite Ă  l’assemblĂ©e par M. Lalaurette de la Martinique au sujet des ses pertes lors des troubles du PrĂȘcheur, Saint-Pierre, 1848; Bernard David, Les Origines de la population martiniquaise au fil des ans 1635–1902 (Fort-de-France: SociĂ©tĂ© d’histoire de la Martinique, 1973), 105.

36. See Pierre Dessalles, La Vie d’un colon Ă  la Martinique au XIXe siĂšcle, 4 vols. (1986), 4:41–42; Armand Nicolas, La RĂ©volution anti-esclavagiste de mai 1848 Ă  la Martinique (Fort-de-France: 1967), 25–26.

37. Malenfant, Des colonies et particuliĂšrement de Saint-Domingue (Paris, 1814), cited in MĂ©tral, Histoire, 40.

38. Vanony-Frisch, “Les Esclaves,” 134–35; Gaspar, Bondmen and Rebels, 181; Higman, Slave Populations of the British Caribbean, 389; Patterson, Sociology of Slavery, 260; Michael Craton, Testing the Chains: Resistance to Slavery in the British West Indies (Ithaca, N.Y.: Cornell University Press, 1982), 61; Gautier, Soeurs de solitude, 236.

39. Meillassoux, “Female Slavery,” 49–65; Fatou Sow, “Femme africaine, emploi et division internationale du travail,” PrĂ©sence africaine (Paris), no. 141 (1987): 199–205.

40. Gautier, Soeurs de solitude, 237; Patterson, Slavery and Social Death, 113; Vanony-Frisch, “Les Esclaves,” 135; Fouchard, Marrons, 285.

 

41. Gazette de la Guadeloupe, December 4, 1788, 195; Gazette de la Martinique, October 28, 1803, 339; Gazette de la Martinique, September 4, 1804, 680.

42. Gazette de la Guadeloupe, December 4, 1788, 195; Gazette de la Martinique, October 28, 1803, 339; October 8, 1805, 194; November 1, 1805, 525; January 8, 1806, 44; March 19, 1806, 132; December 27, 1806, 472.

43. Joseph France, La VĂ©ritĂ© et les faits ou l’esclavage Ă  nu dans ses rapports avec les maĂźtres et les agents de l’autoritĂ© (Paris: Moreau, 1846), 98–99; Gautier, Soeurs de solitude, 159.

44. Bruleaux et al., Deux siùcles, 91; Vanony-Frisch, “Les Esclaves,” 133–36; Gautier, Soeurs de solitude, 229–37; Gazette de la Guadeloupe, September 25, 1788, 162; July 31, 1817, 4; January 5, 1826, 1; Gazette de la Martinique, March 12, 1803, 73; May 17, 1806, 213; August 13, 1809, 322.

45. Gazette de la Martinique, August 2, 1803, 236; July 10, 1804, 611; June 26, 1805, 322; Gazette de la Guadeloupe, August 10, 1810, 6.

46. Fouchard, Marrons, 289; Gautier, Soeurs de solitude, 228–30; Gazette de la Martinique, July 15, 1803, 217; November 8, 1805, 536; May 10, 1806, 200; September 6, 1806, 374.

47. Du Tertre, Histoire, 3:179; Gabriel Debien, “Le Marronage aux Antilles françaises au XVIIIe siĂšcle,” Caribbean Studies 6, no. 1 (1966): 4; LĂ©o Elisabeth, “RĂ©sistance des esclaves aux XVIIe et XVIII siĂšcles dans les colonies françaises d’AmĂ©rique, principalement aux Iles du vent,” in Les Abolitions de l’esclavage de L. F. Sonthonax Ă  V. Schoelcher 1793, 1848, ed. Marcel Dorigny (Paris: UNESCO, 1995), 78; ANSOM, Fonds gĂ©nĂ©ralitĂ©s, carton 631, dossier 2737, November 23, 1821; ANSOM, Fonds gĂ©nĂ©ralites, carton 631, dossier 2737, Circulaire, Basse-Terre, December 8, 1821; Moreau de Saint-MĂ©ry, Lois et constitutions, 1:136: ArrĂȘt du consul de la Martinique touchant les nĂšgres marrons, March 2, 1665.

48. Fouchard, Marrons, 550.

49. ANSOM, Guyane 129, P2 (08), Commandeur et administrateur de la Guyane française, September 2, 1822; ANSOM, Fonds généralités, carton 630, dossier 2737, n.d.

50. Code Noir, 47.

51. Fouchard, Marrons, 409; Gautier, Soeurs de solitude, 237; Gaspar, Bondmen and Rebels, 155; Gazette de la Martinique, July 5, 1803, 40.

52. AN Col., C 8A 33, F276, October 8, 1724; AN Col., C 8A 34, F89, June 18, 1725; AbĂ©non, Guadeloupe, 2:66–67.

53. ANSOM, Martinique 33, 281, “ArrĂȘt du Conseil supĂ©rieur de l’isle Martinique,” Fort-Royal, November 30, 1815.

54. Tanc, De l’esclavage aux colonies, 39.

55. ANSOM, Guyane 107, K7 (03), July 14, 1827.

56. See, for example, Lacour, Histoire, 3:120.

57. Gwendolyn Mildo Hall, Social Control in Slave Plantation Societies: A Comparison of Saint-Domingue and Cuba (Baltimore: Johns Hopkins University Press, 1971), 69.

58. Lacour, Histoire, 3:120; Satineau, Histoire, 285; Debien, Plantations, 56, 61; Labat, Nouveau voyage, 4:198, 307.

59. Satineau, Histoire, 289.

60. Tardo-Dino, Le Collier de servitude, 234.

61. AN Col., C 8A 18 F297, May 24, 1712.

62. Abénon, Guadeloupe, 1:256.

63. Yvan Debbasch, Le Crime d’empoisonnement aux Ăźles pendant la pĂ©riode esclavagiste,” Revue française d’histoire d’outre-mer 50 (1963): 146–47.

64. Satineau, Histoire, 289, cited in David, Les Origines, 82.

65. Satineau, Histoire, 289; Gabriel Debien, Les Esclaves, 400.

66. Satineau, Histoire, 289–90; Debien, Les Esclaves, 400; David, Les Origines, 82; AN Col., F3 88 210, “MĂ©moire sur les poisons qui rĂšgnent Ă  St. Domingue,” 1762; AN Col., F3 88 210, “Observations sur l’ordonnance de MM. de Reynaud et de Brasseur, concernant les poisons.” 1780; ANSOM, Guyane 129 P2 (20), “Ordonnance contre l’empoisonnement des riviĂšres,” March 5, 1818.

67. Cited in Abénon, Guadeloupe, 1:255

68. Debien, Les Esclaves, 401; Debbasch, “Le Crime d’empoisonnement,” 150.

69. Debien, Les Esclaves, 400–401.

70. Debien, Les Esclaves, 405, 408; Debien, Plantations, 63, 67.

71. Debbasch, “Le Crime d’empoisonnement,” 141–52; Poyen de Sainte-MĂ©ry, De l’exploitation des sucreries, 22.

72. David, Les Origines, 96.

73. AN Col., C 8A 18 F297, May 24, 1712; C 8A 32 F266, November 17, 1723; C 8A 36 F204, September 17, 1726.

74. Debien, Les Esclaves, 408.

75. Labat, Nouveau Voyage, 3:446–47.

76. Lacour, Histoire, 3:339–404; AdĂ©laĂŻde-Merlande, DelgrĂšs, 162; Lara, Histoire, 170–72.

77. MĂ©tral, Histoire, 75.

78. AN Col., C 8A 18 F297, May 24, 1712; C 8A 112 F210, June 9, 1806; C 8A 114 F176, June 10, 1806.

79. ANSOM, Martinique 42 348, Report of the Directeur GĂ©nĂ©ral de l’IntĂ©rieur, August 4, 1827; ANSOM, Martinique 42 348, Directeur GĂ©nĂ©ral de l’Interieur to governor, Fort-Royal, June 22, 1827.

80. ANSOM, Guyane 129 P2 (11), Extrait du registre des procÚs-verbaux des délibérations du conseil privé de la Guyane française, July 14, 1831.

81. ANSOM, Guyane 129 P2 (11), Extrait du registre, July 14, 1831.

82. Unidentified and undated newspaper clipping (Cour d’Assises de Cayenne) found in ANSOM, Guyane 107 K7 (7), 1843; ANSOM, Guyane 107 K7 (11), Cour d’Assises de la Guyane française—Traitements barbares et inhumains exercĂ©s par un rĂ©gisseur sur la personne de plusieurs esclaves, November 23, 1843.

83. AN Col., C8 A 18 F364, September 3, 1712; ANSOM, Guyane 107 K7 (15) Affaire Paguenaut, March 167, 1848; Tanc, De l’esclavage, 5–6.

84. Gabriel Debien and Françoise Thésée, Un Colon niortais à Saint-Domingue (Niort: Imbert-Nicolas, 1975), 123.

85. Ibid.

86. Gabriel Debien, “A Saint-Domingue avec deux jeunes Ă©conomes de plantation, 1774–1788,” Notes d’histoire coloniale, no. 7 (1945): 3–19.

87. ANSOM, Fonds généralités, carton 207, dossier 1517, Extrait du registre de punitions infligées aux détenus du dit atelier pendant le mois de Janvier. 1848, January 27, 1848; Debien, Les Esclaves, 182.

88. ANSOM, Fonds généralités, carton 207, dossier 1516 (undated).

89. ANSOM, Guyane 107 K7 (7), Cayenne, June 12, 1843; ANSOM, Guyane 107 K7 (10), Cayenne, September 9, 1843; ANSOM, Guyane 107 K7 (10), January 16, 1844.

90. Yvan Debbasch, “Les Associations serviles Ă  la Martinique au XIXe siĂšcle,” in Études d’histoire du droit privĂ©, ed. Pierre Petot (Paris: Éditions Montchrestien, 1959), 124; Jacques AdĂ©laĂŻde-Merlande, “ProblĂ©matique d’une histoire de l’esclavage urbain: Guadeloupe, Guyane, Martinique (vers 1815–1848),” Bulletin de la SociĂ©tĂ© d’histoire de la Guadeloupe, nos. 65–66, 3–4 trimester (1985): 19–20.

91. Gautier, Soeurs de solitude, 223–24.

92. Bruleaux et al., Deux siùcles, 185–86.

93. Debbasch, “Associations,” 125.

 

8. Women and Manumission

1. Ivan Debbasch, Couleur et libertĂ©: Le Jeu de critĂšre ethnique dans un ordre juridique esclavagiste, 2 vols. (Paris: Dalloz, 1967), 1:22–27.

2. Code Noir, 33–34, 51, 55.

3. See Baude, “L’Affranchissement,” 19–23; Debien, Les Esclaves, 377; Dessalles, Histoire, 3:416.

4. AN Col., C 8A 19 F80, PhĂ©lypeaux to Minister, April 6, 1713; AN Col., C 8A 20 F63, September 10, 1714; Mumford, Black Ordeal, 3:739–40; LĂ©o Elisabeth, “Europe, Afrique, Nouveau Monde: Femmes d’antan aux origines de la femme crĂ©ole,” Bulletin de la SociĂ©tĂ© de la Martinique, no. 27 (1988–91), 81; Peytraud, L’Esclavage, 420; Edward Cox, Free Coloreds in the Slave Societies of St. Kitts and Grenada (Knoxville: University of Tennessee Press, 1984), 21.

5. AN Col., C 8A 18, F18, June 3, 1711; ANSOM, Fonds généralités, carton 666, dossier 2845, July 12, 1832; Bulletin des Actes Administratifs de la Martinique, 1st ser., vol. 4 (1832): 95.

6. Durand-Molard, ed., Code de la Martinique, 5 vols. (St. Pierre, 1807), 2:557.

7. Durand-Molard, Code de la Martinique, 2:558–59; Gazette officielle de la Martinique, July 5, 1803, 88.

8. Durand-Molard, Code de la Martinique, vol. 4, Ordonnance de MM. le GĂ©nĂ©ral et Intendant concernant les soit-disant libres et les libertĂ©s non-registrĂ©es, September 10, 1789; GĂ©raud Lafleur, Saint-Claude: Histoire d’une commune de Guadeloupe (Paris: Karthala, 1993), 80.

9. Gazette de la Martinique, March 26, 1803, 91–93; “ArrĂȘtĂ© qui donne la vĂ©rification des titres dont se trouvent porteurs les gens de couleur libres du 15 mars, 1803”; Bulletin des actes administratifs de la Martinique, 4 vols. (Saint-Pierre, 1829–32) 1st ser., vol. 4 (1832): 94–96.

10. ANSOM, Fonds gĂ©nĂ©ralitĂ©s, carton 372, dossier 2191, 1847, 7. See also Augustin Cochin, L’Abolition de l’esclavage (1861; reprint, Fort-de-France: DĂ©sormeaux, 1979), 41.

11. Dessalles, Histoire, 5:39; Baude, L’Affranchissement, 94.

12. Fallope, Esclaves, 298.

13. Gazette de la Guadeloupe, July 20, 1832, 1; Peytraud, L’Esclavage, 418; Gautier, Soeurs de solitude, 170.

14. Lafleur, Saint-Claude, 75.

15. Ibid., 79.

16. Gautier, Soeurs de solitude, 175–77; Debien, Les Esclaves, 376–77.

17. John Garrigus, “Blue and Brown: Contraband Indigo and the Rise of a Free Colored Planter Class in French Saint-Domingue,” The Americas 50, no. 2 (October 1993): 257.

18. Debien, Les Colons, 275; Schoelcher, Colonies, 10; Josette Fallope, “Les Affranchissements d’esclaves Ă  la Guadeloupe entre 1815 et 1848,” Annales de l’UniversitĂ© d’Abidjan, 1st ser., vol. 6 (1978): 10.

19. Debien, Les Esclaves, 385–86.

20. Ibid., 383.

21. Fallope, “Les Affranchissements,” 12–13.

22. Bulletin des actes administratifs de la Martinique, 1st ser., vol. 4 (1832): 137–50; Fallope, Esclaves, 290; Schoelcher, Colonies, 305–307.

23. Fallope, Esclaves, 296; Schoelcher, Colonies, 308; Moreau de Jonnùs, Recherches, 17–22; Curtin, Atlantic, 78.

24. Journal officiel de la Martinique, April 19, 1834, 1; Gazette officielle de la Guadeloupe, January 5, 1832, 2; Notice statistique sur la Guyane française, 55–56; Moitt, “In the Shadow of the Plantation.”

25. Schoelcher, Histoire, 2:43.

 

26. Ibid., 2:46–52; L’Abolitionniste français, nos. 10–12 (October–December 1845): 649–52.

27. Ibid., 651; Gautier, Soeurs de solitude, 147.

28. Schoelcher, Histoire, 2:55–62.

29. Journal officiel de la Martinique, April 8, 1848, 1; Rouvellat de Cussac, Situation, 148–49; Victor Schoelcher, Les Magistrats des colonies depuis l’ordonnance du 18 juillet 1841 par Maxmillen Just (Paris: Pagnerre, 1847), 5–72.

30. ANSOM, Fonds gĂ©nĂ©ralitĂ©s, carton 40, dossier 316, “Rapports, dĂ©bats, correspondances diverses concernant les lois des 18 et 19 juillet, 1845, Paris, July 18, 1845; Journal officiel de la Martinique, May 26, 1847, 1.

31. See “Compte rendu des lois des 18 et 19 juillet, 1845 sur le rĂ©gime des esclaves, la crĂ©ation d’établissements agricoles par le travail libre,” Journal officiel de la Martinique, May 26, 1847, 1; Journal officiel de la Martinique, May 15, 1847, 1; Journal officiel de la Martinique, May 12, 1847, 1; Journal officiel de la Martinique, May 26, 1847, 1; Fallope, Esclaves, 292; Schoelcher, Histoire, 2:19–26.

32. Schoelcher, Histoire, 2:19.

33. ANSOM, Fonds généralités, carton 40, dossier 316, July 19, 1845; Journal officiel de la Martinique, May 26, 1847, 2; Fallope, Esclaves, 293.

34. Journal officiel de la Martinique, May 26, 1847, 2; Fallope, Esclaves, 293.

35. Journal officiel de la Martinique, February 9, 1848, 1; Journal officiel de la Martinique, April 14, 1847, 1; Journal officiel de la Martinique, March 6, 1847, 2; Fallope, Esclaves, 293; Baude, L’Affranchissement, 96.

36. Journal officiel de la Martinique, June 19, 1847, 2.

37. Journal officiel de la Martinique, May 26, 1847, 1; Tomich, Slavery, 83.

38. Journal officiel de la Martinique, May 26, 1847, 3.

39. ANSOM, Fonds gĂ©nĂ©ralitĂ©s, carton 372, dossier 2197, 1848, 4–16.

Conclusion

1. Stampp, The Peculiar Institution, 34.

2. Jacqueline Jones, Labor of Love, Labor of Sorrow: Black Women, Work and the Family, from Slavery to the Present (New York: Vintage, 1986), 14.

3. Hilary Beckles, Centering Woman: Gender Discourses in Caribbean Slave Society (Princeton: Markus Wiener, 1999), 179.

4. Jones, Born a Child of Freedom, 11–36.

 

Bibliography

PRIMARY SOURCES

Barrey, M. Phillipe. Les Origines de la colonisation française aux Antilles. Le Havre: H. Micaux, 1918.

Baude, Pierre. L’Affranchissement des esclaves aux Antilles françaises: Principalement Ă  la Martinique du dĂ©but de la colonisation Ă  1848. Fort-de-France (Martinique): Impr. du gouvernement, 1948.

______“RĂ©sistance des esclaves aux XVIIe et XVIIIe siĂšcles dans les colonies françaises d’AmĂ©rique, principalement aux Iles du vent.” In Les Abolitions de l’esclavage de L. F. Sonthonax Ă  V. Schoelcher 1793, 1848, ed. Marcel Dorigny. Paris: UNESCO, 1995.

Gaston-Martin. Histoire de l’esclavage dans les colonies françaises. Paris: Presses universitaires de France, 1948.

Girod, François. Une Fortune coloniale sous l’Ancien RĂ©gime: La Famille Hecquet Ă  Saint-Domingue, 1724–1796. Paris: Annales littĂ©raires de l’UniversitĂ© de Besançon, 1970.

Tanc, Xavier. De l’esclavage aux colonies françaises et spĂ©cialement Ă  la Guadeloupe. Paris, 1832.

BERNARD MOITT is an associate professor in the History Department at Virginia Commonwealth University in Richmond, Virginia. Previously, he taught at the University of Toronto and at Utica College of Syracuse University. Educated in Antigua (where he was born) and in Canada and the United States, he has published numerous articles and book chapters on aspects of francophone African and Caribbean history, with particular emphasis on gender and slavery.

 

The Haitian Revolution (1791-1804): A Different Route to Emancipation

Copyright 2003 Prof. Jeremy Popkin, University of Kentucky (email: popkin@uky.edu)

 

Not for citation without permission

(
) Even though France’s colonies looked small on the map, the three Caribbean colonies of Saint Domingue (today’s Republic of Haiti), Guadeloupe and Martinique contained almost as many slaves as the thirteen much larger American states (about 700,000). Saint Domingue was the richest European colony in the world. It was the main source of the sugar and coffee that had become indispensable to “civilized” life in Europe.

(
) In October 1790, a free colored leader, Vincent Ogé, returned to Saint Domingue from France and led an armed uprising. He did not try to gain support among the slaves, and his movement was quickly crushed by the trained white troops on the island. Ogé and his followers were executed in a particularly cruel manner. When news of the executions reached France, the National Assembly blamed the colonists for their severity and passed a decree granting rights to a minority of the free colored population. The revolutionaries were beginning to move away from unswerving support for the whites in the colonies. (
)

 

Bibliography

David Brion Davis, The Problem of Slavery in the Age of Revolution. A general history of early movements for abolition throughout the western world.

Robin Blackburn. The Overthrow of Colonial Slavery, 1776-1848. A general history of the events that led to emancipation in the New World (outside the US), emphasizing economic factors.

C. L. R. James, The Black Jacobins. The best-known history of the Haitian Revolution in English, first published in 1938. James sees the Haitian Revolution as a black version of the revolution in France.

Thomas Ott, The Haitian Revolution, 1789-1804. Ott’s account is especially strong on the military and diplomatic aspects of the Haitian Revolution.

Carolyn Fick, The Making of Haiti: The Haitian Revolution from Below. The most recent study of the Haitian Revolution in English, Fick’s book stresses the role of the ordinary slaves in the movement’s success.

David Geggus, Haitian Revolutionary Studies. Geggus is the leading historian of the Haitian Revolution in the United States today. This recently published volume includes essays on a number of aspects of the movement.

John D. Garrigus, “White Jacobins/Black Jacobins: Bringing the Haitian and French Revolutions Together in the Classroom”. French Historical Studies 23 (2000), 259-75. An excellent bibliography of recent publications about the Haitian Revolution.

Althea de Puech Parham, ed., My Odyssey: The first person account of a young white man from France who fought against the slave revolt. He gives some interesting descriptions of the black fighters.

Madison Smartt Bell, All Souls’ Rising and Master of the Crossroads: a novel series by a contemporary American author that gives a dramatic and fairly accurate picture of the Haitian Revolution. Bell plans a third volume carrying the story down to the achievement of Haitian independence in 1804.

Du Tonkin à Alger, des « violences de détail »

 

Par Alain Ruscio
Historien, auteur notamment du Credo de l’homme blanc, prĂ©face d’Albert Memmi, Ed. Complexe, Bruxelles, 2002, et de Nous et moi, grandeurs et servitudes communistes, Ed. TirĂ©sias, Paris, 2003.

« LA torture judiciaire, l’affreuse torture du Moyen Age, sĂ©vit non seulement Ă  Madagascar, mais au Tonkin et au Soudan français. » Ce tĂ©moignage du dĂ©putĂ© Paul VignĂ© d’Octon date de… 1900 (1). Preuve, si besoin est, que la torture n’a pas commencĂ© avec le gĂ©nĂ©ral Massu. Pas plus qu’elle ne s’est limitĂ©e Ă  l’Afrique du Nord.

Certes, durant la guerre d’AlgĂ©rie, entre 1954-1955 et 1962, la torture a Ă©tĂ© crescendo un moyen massif de terreur, allant bien au-delĂ  des rangs nationalistes ou « rebelles ». Mais si la focalisation du dĂ©bat sur cette guerre Ă  nulle autre pareille est largement justifiĂ©e, c’est l’ensemble de la colonisation qui doit ĂȘtre remis en question. La France officielle, de la monarchie de Juillet (1830) Ă  la RĂ©publique de mai (1958) a organisĂ©, suscitĂ© ou laissĂ© se dĂ©velopper, selon les cas et selon les pĂ©riodes, l’usage de la torture, de HanoĂŻ Ă  NoumĂ©a, de Tananarive Ă  Dakar, de Rabat Ă  Tunis.

Pour expliquer une telle gĂ©nĂ©ralisation, il faut revenir au coeur des mentalitĂ©s coloniales (2). La conquĂȘte achevĂ©e, la « pacification » assurĂ©e, la France coloniale, imprĂ©gnĂ©e dans toutes ses fibres de sa « mission » (dĂ©livrer des territoires entiers du rĂšgne des tĂ©nĂšbres), est persuadĂ©e qu’elle est en train de rĂ©ussir. Elle est fiĂšre de son bilan. Les « masses indigĂšnes » lui sont, sans contestation possible, reconnaissantes. Elles profitent de la « paix française », qu’elles peuvent comparer aux misĂšres et aux injustices du passĂ©. Si, malgrĂ© tout, mouvements de protestation il y a, ils sont provoquĂ©s par des « meneurs » manipulĂ©s par « l’étranger » trouvant quelque intĂ©rĂȘt suspect Ă  menacer l’harmonie. Ces fauteurs de troubles ne reprĂ©sentent, par dĂ©finition, qu’une infime minoritĂ©. La rĂ©pression se transforme donc, non en une manifestation de brutalitĂ© contre un peuple, mais en acte d’autodĂ©fense contre des Ă©lĂ©ments malsains, la lie (politique et sociale) de la population.

La torture est fille naturelle de cet argumentaire : pour Ă©viter que la lĂšpre n’attaque un organisme prĂ©sumĂ© sain, il faut isoler les germes menaçants, les extirper de l’organisme. En 1933, Albert de Pouvourville, grande plume « indochinoise », Ă©crivain trĂšs connu des cercles coloniaux, Ă©crit : « Il est Ă©vident qu’il ne sera jamais possible de rallier les nationalistes irrĂ©ductibles. Il n’y a pas, en ce qui concerne cette catĂ©gorie d’individus, de rĂ©forme qui tienne (…). La seule politique Ă  suivre Ă  leur Ă©gard est celle de la rĂ©pression impitoyable (…). Tout indigĂšne qui se pare de l’étiquette rĂ©volutionnaire doit ĂȘtre hors la loi ; il ne faut pas qu’il y ait d’équivoque Ă  ce sujet. Il est heureusement certain que le nombre de ces irrĂ©ductibles n’est pas Ă©levĂ©, quelques centaines au plus pour le Nord-Annam, mais ils sont trĂšs ardents. Ce nombre augmenterait trĂšs vite si, par une gĂ©nĂ©rositĂ© mal calculĂ©e, nous commettions la faute de composer avec eux, de leur tĂ©moigner de l’indulgence (3). » Et comment faire, sinon utiliser d’emblĂ©e les mĂ©thodes les plus violentes pour isoler de tels germes ?

Parlant ainsi, le colonisateur construit lui-mĂȘme le piĂšge dans lequel il va s’enfermer. Il met sur la rĂ©alitĂ© (une nation rebelle) un masque opaque (le grand mythe de la minoritĂ© agissante). Seulement voilĂ  : cette « minoritĂ© » est de plus en plus nombreuse et de plus en plus agissante. Plus le mouvement national croĂźt, plus le divorce entre discours colonial et rĂ©alitĂ© est criant.

Petit à petit, l’habitude s’installe

DÈS la pĂ©riode de la conquĂȘte, il n’est pas rare que l’on ait recours Ă  des mĂ©thodes d’interrogatoire cruelles. Petit Ă  petit, l’habitude de violenter les suspects, sous n’importe quel motif, s’installe. Comme l’écrit Alexis de Tocqueville, au tout dĂ©but de l’occupation de l’AlgĂ©rie : « Du moment oĂč nous avons admis cette grande violence de la conquĂȘte, je crois que nous ne devons pas reculer devant les violences de dĂ©tail qui sont absolument nĂ©cessaires pour la consolider (4). » « DĂ©tail », le mot sonne Ă©trangement Ă  nos oreilles…

En Indochine, l’affrontement atteint un premier paroxysme. Dans les annĂ©es 1930, les prisons dĂ©bordent littĂ©ralement. Accompagnant Paul Reynaud, le ministre des colonies, AndrĂ©e Viollis, journaliste alors fort cĂ©lĂšbre et peu suspecte d’extrĂ©misme, rapporte de son voyage un livre explosif, Indochine S.O.S. (5). « Il y a, Ă©crit-elle, des tortures qu’on peut appeler classiques : privation de nourriture avec ration rĂ©duite Ă  30 grammes de riz par jour, coups de rotin sur les chevilles, sur la plante des pieds, tenailles appliquĂ©es aux tempes pour faire jaillir les yeux des orbites, poteau auquel le patient est attachĂ© par les bras et suspendu Ă  quelques centimĂštres du sol, entonnoir Ă  pĂ©trole, presse de bois, Ă©pingles sous les ongles, privation d’eau, particuliĂšrement douloureuse pour les torturĂ©s qui brĂ»lent de fiĂšvre. » « Classique », en effet.

Mais il y a plus « moderne ». La torture Ă  l’électricitĂ© est, dĂ©jĂ , formellement attestĂ©e : « Attacher un bout de fil de fer au bras ou Ă  la jambe, introduire l’autre bout dans le sexe ; relier un fouet aux fils de fer entrelacĂ©s Ă  un courant Ă©lectrique ; attacher une des mains du prĂ©venu par un fil mĂ©tallique que l’on branche ensuite sur le circuit… » Et AndrĂ©e Viollis de prĂ©ciser que ces pratiques sont devenues journaliĂšres dans certains commissariats.

Ainsi, les « gĂ©gĂ©neurs » d’Alger n’ont rien inventĂ©. Dans les annĂ©es 1930, sous les tropiques, Ă  l’abri du drapeau français, toutes ces mĂ©thodes dĂ©gradantes existaient bel et bien. On se doute que les explosions nationalistes de l’aprĂšs-seconde guerre mondiale vont accroĂźtre encore ces pratiques. SĂ©tif 1945, Indochine 1946, Madagascar 1947… partout, le systĂšme colonial se fendille, partout la rĂ©ponse est la mĂȘme.

La France de 1945, qui vient de se dĂ©livrer, avec l’aide de ses alliĂ©s, de l’oppression nazie, n’a pas compris que le droit des nations Ă  disposer d’elles-mĂȘmes pouvait ĂȘtre appliquĂ© Ă  son empire. Elle esquisse certes une politique de rĂ©formes, mais elle tient par-dessus tout Ă  sa souverainetĂ©. Face Ă  la contestation nationale qui s’exprime de plus en plus fort, elle a recours aux vieux schĂ©mas d’explication. La machine s’est emballĂ©e. AprĂšs 1945, les dirigeants français, ne sachant plus oĂč donner de la tĂȘte, entament une gĂ©nĂ©ralisation de la rĂ©pression qui trouvera son apogĂ©e lors de la guerre d’AlgĂ©rie. Le coup de pouce initial est donnĂ© par le politique ; le contrĂŽle des acteurs est en permanence et jusqu’au bout assurĂ© par le politique.

C’est le cas Ă  Madagascar. On connaĂźt dĂ©sormais le film des Ă©vĂ©nements : la provocation de 1947 et ses suites, la rĂ©pression de masse. Ce qui est moins connu, c’est la parodie de procĂšs qui fut alors intentĂ©e aux dirigeants du Mouvement dĂ©mocratique de rĂ©novation malgache (MDRM). Lors des dĂ©bats, Me Stibbe, leur principal dĂ©fenseur avec Me Douzon, dĂ©nonça sans concessions la pratique frĂ©quente de l’interrogatoire « musclĂ© », de la torture, pour dire le mot, qui eut lieu pendant l’instruction. Il publia plus tard de nombreux tĂ©moignages et Ă©voquait, dans un article d’Esprit, la gĂ©nĂ©ralisation de ces pratiques Ă  l’ensemble de l’outre-mer… un an avant la guerre d’AlgĂ©rie : « Dans les affaires politiques, et singuliĂšrement dans les affaires coloniales, Ă©crit-il, l’emploi de ces procĂ©dĂ©s, qui tend Ă  devenir systĂ©matique, demeure ignorĂ© d’une trop grande fraction de l’opinion publique (…). Depuis 1947, il n’est guĂšre de grands procĂšs politiques coloniaux, Ă  Madagascar, en AlgĂ©rie, en Tunisie, au Maroc, oĂč les accusĂ©s n’aient passĂ© des aveux Ă  la police et ne les aient rĂ©tractĂ©s ensuite en invoquant les plus horribles tortures (6). » On se doute que l’affrontement majeur de cette mĂȘme Ă©poque, la guerre d’Indochine, accroissant le fossĂ© entre les communautĂ©s, a Ă©tĂ© un nouveau pas en avant dans l’horreur. Avec une dimension nouvelle : dans ces sombres pratiques, la police a Ă©tĂ© supplantĂ©e par l’armĂ©e.

Que la torture ait Ă©tĂ© utilisĂ©e lors de ce premier des deux grands conflits de dĂ©colonisation, il suffirait pour s’en convaincre de lire la « petite phrase », passĂ©e relativement inaperçue, du tout premier tĂ©moignage du gĂ©nĂ©ral Massu, dans Le Monde : « Quand je suis arrivĂ© en AlgĂ©rie en 1955, je me souviens de l’avoir vu [Bigeard] en train d’interroger un malheureux avec la gĂ©gĂšne (…). Je lui ai dit : “Mais qu’est-ce que vous faites lĂ  ?” Il m’a rĂ©pondu : “On faisait dĂ©jĂ  cela en Indochine, on ne va pas s’arrĂȘter ici !” (7). » PremiĂšre preuve, sous une plume autorisĂ©e, que la torture fut au minimum utilisĂ©e, et probablement banalisĂ©e, malgrĂ© les dĂ©nĂ©gations de quelques nostalgiques. Au vu et au su de tous, ou presque.

« C’est comme ça partout »

EN tout cas, l’opinion publique, par bribes, commence Ă  ĂȘtre informĂ©e. DĂšs 1945, alors que les pratiques nazies sont encore prĂ©sentes dans tous les esprits, la presse se fait l’écho des mĂ©thodes dĂ©testables de la reconquĂȘte. Le journaliste Georges Altman dĂ©nonce, dans Franc-Tireur, les « reprĂ©sailles sauvages que les dĂ©fenseurs d’un certain ordre colonial exercent envers les hommes du Viet-minh ». Puis : « On n’aura point rĂ©duit l’énorme tache de sang qui couvrait l’Europe pour laisser – parce que c’est si loin – s’étaler la tache de sang en Indochine française (8). »

En 1949 Ă©clate une affaire qui fait grand bruit, avant d’ĂȘtre soigneusement Ă©touffĂ©e. Jacques Chegaray, un journaliste de L’Aube, quotidien du Mouvement rĂ©publicain populaire (MRP), est envoyĂ© en Indochine. Ce qu’il rapporte est trĂšs loin de ce qu’attendaient ses patrons : horrifiĂ©, il a recueilli le tĂ©moignage de tortionnaires qui, tranquillement, lui ont dĂ©crit diverses mĂ©thodes. Son quotidien refuse (Ă©videmment) de publier son article. Il se tourne alors vers TĂ©moignage chrĂ©tien, qui titre, le 29 juillet 1949 : « A cĂŽtĂ© de la machine Ă  Ă©crire, le mobilier d’un poste comprend une machine Ă  faire parler. Les tortures en Indochine. » La publication de son tĂ©moignage, premier d’une longue sĂ©rie, dont des articles du grand savant orientaliste Paul Mus, est le signal d’une vaste polĂ©mique en France.

Donc, on pouvait savoir. Les MĂ©moires de certains « anciens d’Indo » – mĂȘme si ce corps fait gĂ©nĂ©ralement bloc, encore actuellement, autour des valeurs qu’il dĂ©fendait de 1945 Ă  1954 – en tĂ©moignent. On pense Ă©videmment au gĂ©nĂ©ral Jacques de BollardiĂšre, qui rencontre la torture sur le sol vietnamien. Mais il la tient pour marginale, en tout cas non gĂ©nĂ©ralisĂ©e, ce qui explique son maintien au sein de l’armĂ©e (9).

On retrouve maintes traces de ces pratiques Ă©galement sous la plume de Jules Roy. Jeune lieutenant-colonel, et dĂ©jĂ  Ă©crivain cĂ©lĂšbre, il est volontaire pour l’Indochine. Ses premiers Ă©crits ne laissent planer aucun doute sur son acceptation de la croisade anti-Viet-minh au nom de la dĂ©fense du « monde libre ».

Mais ce qu’il voit en Indochine refroidit ses ardeurs : « Sur toutes les bases aĂ©riennes, Ă  l’écart des pistes, Ă©taient construites des cahutes qu’on Ă©vitait et d’oĂč, la nuit, montaient des hurlements qu’on feignait de ne pas entendre. Sur la base de Tourane de mon camarade Marchal, oĂč je disposais d’une certaine libertĂ© de mouvement, on m’avait montrĂ© cela avec rĂ©pugnance : les hommes de main des renseignements s’exerçaient lĂ . Marchal me disait : “C’est comme ça partout, c’est obligĂ©.” Pourquoi ? Comment ? Un jour, au cours d’une nouvelle opĂ©ration, comme je parcourais la zone en Jeep, j’aperçus devant une pagode un troupeau de paysans accroupis sous la garde de soldats. Je demandai Ă  l’officier qui m’accompagnait ce que c’était. “Rien. Des suspects.” Je demandai qu’on s’arrĂȘtĂąt. J’allai Ă  la pagode, j’entrai : on amenait les files de Nha Que devant les tables oĂč les spĂ©cialistes leur brisaient les couilles Ă  la magnĂ©to (10). »

Il s’est passĂ© moins de cent jours entre le GenĂšve indochinois (20 juillet 1954) et le dĂ©but de la guerre d’AlgĂ©rie. Pas assez de temps pour que les « mauvaises habitudes » soient oubliĂ©es…

Alain Ruscio.

 

LE MONDE DIPLOMATIQUE | juin 2001 | Pages 10 et 11
http://www.monde-diplomatique.fr/2001/06/RUSCIO/15317

(1) Discours à la Chambre des députés, 19 novembre 1900.

(2) Lire Le Credo de l’Homme blanc, Complexe, Bruxelles, 1996.

(3) Griffes rouges sur l’Asie, Baudiniùre, Paris, 1933.

(4) Lettre au général LamoriciÚre, 5 avril 1846, citée par André Jardin, Alexis de Tocqueville, Hachette, Paris, 1984.

(5) PrĂ©face d’AndrĂ© Malraux, Gallimard, Paris, 1935.

(6) « Le mécanisme de la répression politique », Esprit, septembre 1953.

(7) 22 juin 2000.

(8) 22 décembre 1945.

(9) En mars 1957, il demandera Ă  ĂȘtre relevĂ© de son commandement en AlgĂ©rie, pour protester contre la torture.

(10) MĂ©moires barbares, Albin Michel, Paris, 1989.

 

Chronique de la seconde guerre mondiale, Ă©d. Chronique, 1990

Septembre 1941 – p.226

 

« Le Juif et la France » attire les foules

Paris, septembre

 

Au palais Berlitz, l’exposition « Le Juif et la France ” connaĂźt depuis le 5 septembre un grand succĂšs. DĂ©noncĂ© comme l’ennemi jurĂ© de l’Europe, le Juif y est dĂ©crit Ă  grand renfort d’affiches, de livres, de photographies, de statistiques. Les visiteurs doivent apprendre Ă  reconnaĂźtre au premier regard son type physique caractĂ©ristique, ou prĂ©tendu tel. Le Juif est censĂ© avoir le nez crochu, les yeux humides, l’allure nĂ©gligĂ©e, des mimiques faciales particuliĂšres, Les organisateurs ont bĂ©nĂ©ficiĂ© des subventions de l’ambassade d’Allemagne et des conseils des

« spĂ©cialistes scientifiques » de l’Institut d’ Ă©tudes des questions juives, que dirige un pseudo-ethnologue, le mĂ©decin suisse naturalisĂ© français George Montandon. Ce dernier est l’auteur de divers opuscules racistes et antisĂ©mites, l’Ethnie française, Comment reconnaĂźtre le Juif, qui ne s’embarrassent pas de nuances. Un tel pot-pourri de documents ne peut que rassurer et conforter le « Français moyen” dans son antisĂ©mitisme, Un anti-sĂ©mitisme qui semble ĂȘtre devenu un devoir civique.

 

Jules Gritti, déraciner les racismes, SOS Editions, 1982

 

(p.208) DOSSIER IV

 

Des études raciales aux théories racistes

 

Nous avons notĂ© (en introduction) comment la notion de « race » avait connu un glissement et un Ă©largissement dans la seconde moitiĂ© du XVIIIe siĂšcle : de la « lignĂ©e » (aristocratique) l’on est passĂ© Ă  la variĂ©tĂ© d’«espĂšce» animale ou humaine. Toutefois les thĂ©ories du «sang pur» (Dossier 1) octroyaient dĂ©jĂ  aux termes « race » et « racĂ© » un sens biologique. Buffon est le tĂ©moin le plus reprĂ©sentatif du passage, avec les flottements: il emploie les termes d’«espĂšce», «race», «variĂ©té» tour Ă  tour en les confondant et les distinguant. Sa pensĂ©e semble-t-il s’Ă©tablit autour de l’idĂ©e d’une unique espĂšce humaine et d’une variĂ©tĂ© des races (du fait du climat). Ces « variĂ©tĂ©s d’espĂšces » (races) sont soumis Ă  un inĂ©gal dĂ©veloppement, le meilleur Ă©tant l’EuropĂ©en. Le premier thĂ©oricien – mĂ©connu – de la hiĂ©rarchie des races humaines, donc de la supĂ©rioritĂ© ou de l’infĂ©rioritĂ© naturelles des unes ou des autres est Victor Courtet (1813-1867) professeur de «science politique» Ă  l’universitĂ© de Montpellier. Celui-ci entend fonder la science politique sur une « science de l’homme» Ă  partir des « lois pysiologiques ». En un temps oĂč l’orientalisme fascine les chercheurs, il va expliquer le systĂšme des castes par les rapports entre physiologie et civilisation. En un temps oĂč l’Histoire romantique et rationaliste recherche (p.209) les origines, il importe de retrouver les privilĂšges de la « race » gauloise.  GĂ©nĂ©ralisant le propos, Victor Courtet fonde les systĂšmes sociaux et les civilisations sur la « vie», sur la « force vitale» des races, sur leur degrĂ© de puretĂ© (pour les races supĂ©rieures) ou de « mĂ©lange » (pour les infĂ©rieures). «Plus le type d’une race est beau plus la civilisation de cette race est avancĂ©e ; plus le type est laid, plus la race est imparfaite (…)  Aux races des nĂšgres que distinguent les traits les plus grossiers, l’esclavage, l’impuissance relative, enfin la barbarie». Ainsi l’esthĂ©tique et la biologie se commandent rĂ©ciproquement. L’ironie de l’histoire est que victor Courtet, disciple de Saint-Simon, fut aussi un premier thĂ©oricien du dĂ©veloppement, Ă  savoir de la contribution des races « supĂ©rieures » – colonisatrices – pour tirer les « infĂ©rieures » de la barbarie.

Le branle est donnĂ©. Avant le cĂ©lĂšbre Comte de Gobineau une abondante littĂ©rature fait droit Ă  ces thĂšmes de 1’inĂ©galitĂ© des races : les unes «viriles», les autres «fĂ©minines» ; les unes «adultes», tes autres « enfantines», etc. Quinet par exempte dans GĂ©nie des religions dĂšs 1843 travaille selon ces catĂ©gories. Sous divers noms : « physiologie sociale », « ethnographie», « anthropo!ogie», etc., la racio!ogie est fondĂ©e.

 

·      ParallĂšlement aux U.S.A., Ă  partir des annĂ©es 1830, les Yankees (W.A.S.Ps) : AmĂ©ricains anglo-saxons protestants, pour rĂ©sister au premier afflux d’immigrants europĂ©ens, dĂ©veloppent des thĂ©ories nativistes, fondĂ©es sur la prĂ©destination et la… naissance sur le sol amĂ©ricain !  Au demeurant des anthropologues anglo-saxons Ă©crivent peu avant Gobineau ou en mĂȘme temps que lui (sans subir son influence) sur le thĂšme de l’inĂ©galitĂ© des races. DisraĂ«li, dans son roman (Coningby (1843)) n’hĂ©site pas Ă  distinguer race « supĂ©rieure » et race « infĂ©rieure». Le milieu du XIXe siĂšcle s’avĂšre particuliĂšrement fĂ©cond tant pour les races humaines que pour la

    “lutte pour la vie» dans les espĂšces animales.

·      Arthur Gobineau passe encore  aujourd’hui pour ĂȘtre le principal thĂ©oricien de l’inĂ©galitĂ© des races humaines et par lĂ  mĂȘme le fondateur du racisme. Nous avons signalĂ© (en Dossier 1) comment il hĂ©ritait de tout un courant aristocratique obsĂ©dĂ© par la puretĂ© du sang. Sans doute l’histoire lui a octroyĂ© un excĂšs d’indignitĂ©. Le chercheur tout Ă  la fois sĂ©rieux, imaginatif, dĂ©sabusĂ©, un tantinet candide, a pour son malheur posthume connu une forte rĂ©cupĂ©ration par tout un courant de la culture germanique: Richard Wagner, Chamberlin et les thĂ©oriciens du nazisme.

 

Son ouvrage monumental : Essai sur l’inĂ©galitĂ© des races humaines, paraĂźt entre 1853 et 1855. Gobineau ne prĂ©conise pas vraiment la (p.210) “puretĂ©” d’une race. Sa thĂ©orie repose sur 1a double loi (l’attraction et de rĂ©pulsion entre races: elle travaille plutĂŽt selon l’axe des bons ou des mauvais croisements et mĂ©langes. Le bon croisement demeure discret, restreint ; il se fait Ă  bon escient Ă  la maniĂšre d’une homĂ©opathie. La dĂ©gĂ©nĂ©rescence d’une race rĂ©sulte aussi bien du refus de croisement que de l’excĂšs de mĂ©langes incontrĂŽlĂ©s : une nation fonctionne comme un corps : un peuple dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© « n’a plus dans ses veines le mĂȘme sang dont les alliages successifs ont graduellement modifiĂ© la valeur (…); il n’a pas conservĂ© la mĂȘme race que ses fondateurs”. En somme le mĂ©lange des races, Ă  l’instar de la langue d’Esope, peut ĂȘtre la meilleure ou la pire des choses. Des populations cĂ©dant Ă  la loi de « rĂ©pulsion”, refusant de se mĂ©tisser avec d’autres, se sont par lĂ -mĂȘme procurĂ© un sĂ©rieux handicap pour la « civilisation”. Signalons que, pour l’auteur, les juifs reprĂ©sentent un cas intĂ©ressant – grĂące Ă  un bon Ă©quilibre de la prĂ©servation et du mĂ©lange – de peuple « libre”, « fort” et « intelligent” , (les Ă©pigones puis les thĂ©oriciens nazis ont Ă©videmment omis de lire ces pages).

Avec hĂ©sitation Gobineau adopte la classif’lcation rĂ©pandue Ă  son Ă©poque entre : noirs, jaunes et blancs. Mais il n’accorde Ă  la couleur de la peau qu’une valeur relative pour diffĂ©rencier les populations. Il cherche l’explication des diffĂ©rences et des « inĂ©galitĂ©s” dans les rapports entre l’hĂ©rĂ©ditĂ© ethnique et les aptitudes civilisatrices. – Les noirs constitucnt la variĂ©tĂ© « la plus humble”, « au bas de l’Ă©chelle”. Mais ils disposent de grandes capacitĂ©s artistiques (et les peuples conservent, celles-ci au prorata de leur sang noir…). – Les jaunes se caractĂ©risent par leur raison pratique et le respect de la rĂšgle. – Les blancs ont en commun un le sens de l’honneur comme mobile d’action.

 

Parmi les hommes blancs, reprenant le vocabulaire biblique, Gobineau distingue les chamites, les sĂ©mites et les japhĂ©tides. Ces derniers, qui se nommcnt aussi arian, ont donnĂ© source aux civilisations les plus Ă©levĂ©es : la GrĂšce, plutĂŽt macĂ©donienne, et surtout l’ Angleterre anglo-saxonne. – En vĂ©ritĂ© Gobineau n’a que peu d’estime pour la France et les pays germaniques : l’on est d’autant plus surpris par le succĂšs du gobinisme outre-Rhin. En dĂ©finitive, chez Gobineau se superposent deux lignes de jugement : – Il gĂ©nĂ©ralise ses louanges Ă  l’adresse des blancs du rameau « arian”. – Mais venant sur le terrain des civilisations et formes de gouvernemcnt, il est critique pour la plupart des EuropĂ©ens…

 

En France Gobineau devait plutĂŽt connaĂźtre des critiques Ă  commencer par celles de son maĂźtre et ami Tocqueville : celui-ci montrait comment le christianisme ferment de progrĂšs avait dĂ©veloppĂ© le principe et l’exigence Ă©galitaires; il prĂ©voyait des rĂ©cupĂ©rations ultĂ©rieures de la (p.211) pensĂ©e de Gobineau Ă  des fins de « tyrannie», jetant « l’abjection » sur les peuples prĂ©tendĂ»ment infĂ©rieurs. Mais entre 1870 et 1914 les idĂ©es de Gobineau connaissant une grande vogue outre-Rhin, Chamberlain (Huston Steward), d’origine britannique mais installĂ© en Allemagne, sera le grand propagateur d’un gobinisme simplifiĂ©, dĂ©formĂ©. Il agite le premier l’idĂ©e que le sang germanique, supĂ©rieur, doit se conserver en luttant contre les Ă©lĂ©ments Ă©trangers notamment le catholicisme romain et le judaĂŻsme. Un peuple qui se dĂ©fait peut se refaire par « discipline de la race »: par endogamie, sĂ©lection, dĂ©termination et limitation des mĂ©langes. Chamberlain reporte sur les Germains l’admiration que Gobineau Ă©prouvait pour les «arians» : « moins un pays est germanique, moins il est civilisé» – « la lumiĂšre vient du Nord»…

Signalons au passage qu’un français Vacher de Lapouge, Ă  l’universitĂ© de Montpellier, professe au dĂ©but du xxe siĂšcle sous le nom d’« anthropo-sociologie» un gobinisme simplifiĂ© en faisant intervenir l’idĂ©e d’un plus ou moins grand dĂ©veloppement cranien, l’homme dĂ©veloppĂ© demeurant toujours «1′ Aryen». Le nazisme n’a plus qu’Ă  recueillir des thĂšmes largement systĂ©matisĂ©s en Allemagne et bien vivaces en France. Mein Kampf de Hitler date de 1924 : le paroxysme hystĂ©rique supplante ce qui reste de recherche scientifique.

“Le pĂ©chĂ© contre le sang », contre la puretĂ© de race, est surtout le fait du juif peuple de la «saleté», de 1’«infamie», «bacille» qui « empoisonne les Ăąmes»… La grande synthĂšse, si l’on peut dire, des apports ethnologiques et des frĂ©nĂ©sies mythiques sera l’oeuvre de Rosenberg : Le Mythe du XXe siĂšcle (1930). Tout y passe y compris le mythe de l’Atlantide, centre nordique de la crĂ©ation, pour Ă©tablir une histoire universelle fondĂ©e sur la supĂ©rioritĂ© raciale des aryens : une histoire menacĂ©e par le ferment juif, histoire oĂč les noirs reprĂ©sentent le plus bon degrĂ© de l’Ă©chelle.

La notion de race est-elle valide pour dĂ©crire et thĂ©oriser des difrĂ©rences biologiques, psychologiques et culturelles entre les populations humaines ? Une « raciologie » est-elle scientifiquement possible?  D’aucuns le croient et l’on assiste mĂȘme Ă  une recrudescence des thĂšmes inĂ©galitaires entre 1970 et 1980 Ă  la faveur d’une science dite sociobiologie. Des auteurs prestidigitateurs publient en ce sens des travaux bardĂ©s d’un imposant appareil d’Ă©rudition biologique, gĂ©nĂ©tique, psyeho-sociologique… Ils font abondamment Ă©tat de tests pour Ă©tablir le Q.I. («quotient d’intelligence») des populations; ils se rĂ©ferent Ă  la notion d’« hĂ©rĂ©ditabilitĂ© » tout Ă  la fois biologique et culturelle. Le pouvoir se distribue selon le « mĂ©rite gĂ©nĂ©tique ». L’inĂ©galitĂ© entre groupes sociaux ou groupes ethniques s’avĂšre inĂ©vitable. L’opposition entre races

«sĂ©lectionnĂ©es » et races « tardives » connaĂźt donc un regain d’actualitĂ©.

 

 (p. 212) Une premiĂšre donnĂ©e, universelle demeure acquise: l’unitĂ© de l’espĂšce humaine en tant que communautĂ© de gĂȘnes. Tout « homo sapiens” est susceptible de participer Ă  la reproduction de l’unique espĂšce des hommes. Il n’y a pas d’Ă©changes de gĂȘnes avec d’autres espĂšces animales. En rigueur de termes l’on ne devrait parler que d’une seule race humaine. Au pluriel le terme « races” peut rendre compte – de maniĂšre fort relative – de certains faits d’isolement biologique partiel dans la mesure oĂč des groupes connaissent une plus haute frĂ©quence d’inter-mariages en leur sein et ne croisent guĂšre avec d’autres groupes.Il en rĂ©sulte une frĂ©quence relative de traits hĂ©rĂ©ditaires superficiels: pigmentation de la peau, chevelure crĂ©pue ou lisse, yeux bridĂ©s ou non, etc. Toutefois lorsque l’on essaie d’Ă©tablir des diffĂ©rences sur la base de donnĂ©es plus profondes, telles que les diffĂ©rences entre groupes sanguins l’on aboutit Ă  des rĂ©sultats surprenants sinon cocasses. Ainsi les Danois et les Espagnols connaissent sensiblement les mĂȘmes proportions de groupes A, O et B, tandis que les Basques s’apparentent aux …arborigĂšres de l’Est australien. En dernier ressort du point de vue biologique, cela n’a guĂšre de sens d’opposer l’hĂ©rĂ©ditĂ© au milieu (gĂ©ographique, social, culturel…) de dĂ©veloppement. Les deux facteurs se combinent Ă©troitement, Ă  telle enseigne que les diffĂ©renccs individuelles ou familiales comptent autant sinon plus que celles entre groupes.

 

Les nouvelles thĂ©ories de la dite « sociobiologie” reprĂ©sentent une sorte de « nĂ©o-darwinisme”. Chaque individu serait portĂ© par « stratĂ©gie sexuelle” Ă  transmettre ses propres gĂȘnes en se reproduisant le plus possible et en aidant Ă  la diffusion du

« patrimoine” dans son propre milieu (l’homme Ă©tant le « conquĂ©rant” et la femme l’exĂ©cutante). A ce jeu les mieux armĂ©s triomphent car ils transmettent les «comportements» les plus efficaces. La sĂ©lection tend Ă  uniformiser dans le groupe les caractĂšres qui rĂ©sistent le mieux, qui rĂ©ussissent. Or les recherches scientifiques en gĂ©nĂ©tique depuis les annĂ©es 1955-1960 permettent d’Ă©valuer de maniĂšre plus fine les effets de transmission de dizaines de milliers de gĂȘnes : elles aboutissent Ă  retenir (plutĂŽt que l’uniformitĂ© rĂ©ussie) une grande variĂ©tĂ© entre sujets individuels Ă  l’intĂ©rieur d’un groupe. Si bien que la valeur d’un groupe dĂ©pend non de sa capacitĂ© de sĂ©lection biologique mais bel et bien de sa variĂ©tĂ©, de sa richesse de diffĂ©rences, pour rĂ©pondre efficacement au grand nombre de contraintes du milieu environnant. A la vision raciste, Ă©litaire, de la puretĂ© sĂ©lective s’oppose aujourd’hui l’Ă©tude fine et complexe de l’extraordinaire diversitĂ© au sein des groupes humains. Mieux vaut parler d’une riche orchestration des diversitĂ©s que d’une sĂ©lection naturelle triant des caractĂšres prĂ©tendĂ»ment privilĂ©giĂ©s. L’humanitĂ© est faite de « programmes » variĂ©s.

 

(p.213) Du point de vue des mĂ©thodes en jeu, les thĂ©oriciens actuels de l’inĂ©galitĂ© des races font preuve d’une sorte de confusion et d’hybridation: ils font le va-et-vient entre les notions d’origine et de disciplines diffĂ©rentes, les unes biologiques ou gĂ©nĂ©tiques, les autres psychologiques, sociologiques et ce Ă  la faveur des statistiques. Mais ils n’Ă©clairent ni ne critiquent guĂšre les instruments, notions et techniques dont ils se servent.  Que signifie par exemple le terme « comportement » lequel pose plus de problĂšmes qu’il n’en rĂ©soud ? Nous pouvons reprendre la mĂȘme question au sujet du fameux Q.l. (quotient d’intelligence) et de sa batterie de tests. DĂ©jĂ  l’Ă©tablissement d’un test valable objectivement pour toutes les cultures humaines pose un sĂ©rieux problĂšme. A bon droit Claude Levi-Strauss parle ici d’ethnocentrisme Ă  savoir du prĂ©jugĂ© qui privilĂ©gie le point de vue de la culture occidentale et son Ă©volutionnisme historique. « Si le critĂšre retenu avait Ă©tĂ© le degrĂ© d’aptitude Ă  triompher des milieux gĂ©ographiques les plus hostiles, il n’y a guĂšre de doute que les eskimos d’une part, les bĂ©douins de l’autre emporteraient la palme » A supposer ensuite que les tests du Q.l. aient une large portĂ©e – mettons mĂȘme une portĂ©e universelle – les rĂ©sultats dĂ©pendent de bien d’autres facteurs dĂ©cisifs que de celui d’une prĂ©tendue hĂ©rĂ©ditĂ© raciale : l’Ă©ducation, le milieu social, la richesse ou la pauvretĂ©, la familiaritĂ© avec les tests, le dĂ©sir plus ou moins vif d’obtenir un bon rĂ©sultat, l’affectivitĂ©, les rapports avec l’expĂ©rimentateur, etc. Une rĂ©cente recherche de l’l.N.S.E.R.M. sur les rĂ©sultats scolaires, conduite avec un maximum de rigueur, prouve que les rĂ©ussites et les Ă©checs dĂ©pendent du milieu familial et des conditions sociales non de l’hĂ©rĂ©ditĂ© ou patrimoine gĂ©nĂ©tique : des enfants adoptĂ©s placĂ©s dans un milieu stimulant parviennent Ă  rivaliser avec des « hĂ©ritiers» naturels d’un milieu comparable…

Sous tous les angles oĂč l’on prenne la notion de « race» celle-ci s’avĂšre de plus en plus incertaine, problĂ©matique, pour rendre compte des diffĂ©rences entre les populations humaines; utilisĂ©e pour l’inventaire – pour des inventaires fort divers et relatifs – des groupes, elle est de validitĂ© nulle pour un classement pertinent. Mais elle conserve une terrible portĂ©e mythique : « L’Ă©galitĂ© ou l’inĂ©galitĂ© des races posĂ©es hors de tout contexte sont des affirmations dĂ©nuĂ©es de sens empirique faute d’une norme universelle et Ă  cause de l’extrĂȘme diversitĂ©, de l’incomparabilitĂ© et de l’incommcnsurabilitĂ© des aptitudes humaines. L’inĂ©galitĂ© des chances individuelles et collectives est, en revanche, une rĂ©alitĂ© tragique et inexpiable. Elle cherche le plus souvent sa justification dans une inĂ©galitĂ© prĂ©tendĂ»ment naturelle dont elle engendre elle-mĂȘme non seulement les apparences mais hĂ©las ! la rĂ©alitĂ© (…) L’inĂ©galitĂ© raciale prend figure de fatalitĂ© (…). C’est pourquoi un tort fait Ă  l’homme ne reste jamais limitĂ©. Il est total ».

 

Tshidimba Karin, OpĂ©ration SĂ©nĂ©gal / L’üle de GorĂ©e, un frisson sous le soleil, LB 27/05/2003

 

Lieu de mĂ©moire de l’esclavage, inscrit au patrimoinde de l’UNESCO, l’üle de GorĂ©e Ă©tait au large des cĂŽtes dakaroises, le carrefour africain du trafic des esclaves.

PalpĂ©s comme du bĂ©tail, pesĂ©s et parfois engraissĂ©s, les esclaves Ă©taient choisis en fonction de leurs aptitudes physiques. Ainsi des Yoruba, par exemple, choisis comme â€˜Ă©talons reproducteurs’ par les grands planteurs. (
)

Avec 20 pc de ‘pertes’ durant le voyage et presque autant durant les premiĂšres annĂ©es d’ ‘exil’, il s’agit lĂ  d’un des plus grands gĂ©nocides qu’a connu l’humanitĂ©. Sur 20 millions d’hommes et de femmes qui ont transitĂ© par GorĂ©e, six millions sont morts des suites des privations et des mauvais traitements. Principal centre de traite des Noirs de l’Afrique occidentale française (AOF) (
) GorĂ©e compta jusqu’à 38 esclavageries Ă  son ‘apogĂ©e’.

 

La torture pendant la guerre d’AlgĂ©rie (1954-1962) Le rĂŽle de l’armĂ©e française hier et aujourd’hui

Par Marianne Arens et Françoise Thull

 

L’armĂ©e française a systĂ©matiquement pratiquĂ© l’assassinat et la torture sur ses adversaires. Un dĂ©bat public Ă  ce sujet est en cours en France depuis des mois. En novembre dernier, deux hauts responsables militaires français Ă  la retraite ont rĂ©vĂ©lĂ© au quotidien Le Monde qu’ils avaient, torturĂ©, maltraitĂ© et assassinĂ© des membres du FLN (Front de libĂ©ration nationale), le mouvement de libĂ©ration algĂ©rien de l’Ă©poque, entre 1954 et 1962 lors de la guerre d’AlgĂ©rie.

Le gĂ©nĂ©ral Jacques Massu, 92 ans, qui Ă©tait en 1957 le chef des tristement cĂ©lĂšbres “paras” (10e division de parachutistes) et son bras droit le gĂ©nĂ©ral Paul Aussaresses, 82 ans, chargĂ© des services de renseignement Ă  Alger, ont confirmĂ© que plus de 3 000 prisonniers qui avaient Ă  l’Ă©poque Ă©tĂ© portĂ©s “disparus”, avaient en rĂ©alitĂ© Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©s. Aussaresses a reconnu la rĂ©alitĂ©, en 1957, de la torture et des exĂ©cutions sommaires dans les pratiques de la politique de guerre française. Il s’est vantĂ© d’avoir employĂ© des moyens qui sortaient des normes Ă©tablies par les lois de la guerre ainsi que d’avoir ordonnĂ© Ă  ses subordonnĂ©s de tuer. Il reconnait avoir lui-mĂȘme procĂ©dĂ© Ă  24 exĂ©cutions sommaires de membres du FLN. Et il ajouta ” ne pas avoir Ă  se repentir “.

Le dĂ©bat sur la torture fut relancĂ© par la publication dans Le Monde du tĂ©moignage d’une ancienne victime de la torture: Louisetta Ighil Ahgiz, une jeune militante de 20 ans Ă  l’Ă©poque, qui Ă©tait tombĂ©e en septembre 1957 entre les mains des tortionnaires, et qui souffre aujourd’hui encore, Ă  l’Ăąge de 64 ans, des sĂ©quelles physiques et psychiques de la torture. Elle avait Ă©tĂ© capturĂ©e aprĂšs ĂȘtre tombĂ©e avec son commando FLN dans une embuscade du gĂ©nĂ©ral Massu. Elle avait Ă©tĂ© emmenĂ©e, griĂšvement blessĂ©e, Ă  son quartier gĂ©nĂ©ral. LĂ , elle fut sĂ©vĂšrement torturĂ©e, sans relĂąche, trois mois durant. Louisette prĂ©cisa comment Massu ou bien le gĂ©nĂ©ral Bigeard, quand ils venaient la voir, l’insultaient et l’humiliaient avant de donner l’ordre par gestes de la torturer. “C’est comme s’il existait un code muet Ă©tabli” ajouta-t-elle. Elle ne doit sa survie qu’Ă  un mĂ©decin militaire qui la dĂ©couvrit fin dĂ©cembre 1957. Il la fit transporter dans un hĂŽpital oĂč elle Ă©chappa Ă  ses tortionnaires. C’est cet homme qu’elle voulait retrouver au moyen de son rĂ©cit dans Le Monde pour pouvoir lui dire merci.

Le rĂ©cit de Louisetta Ighil Ahgiz fut Ă  l’origine d’un flot de courriers de lecteurs et d’articles dans de nombreux mĂ©dias français. Un autre ancien combattant du FLN, Noui M’Hidi Abdelkader, qui avait Ă©tĂ© lui-mĂȘme arrĂȘtĂ© Ă  Paris en 1958 et incarcĂ©rĂ© et torturĂ© Ă  Versailles, confirme par exemple que la torture avait Ă©galement Ă©tĂ© pratiquĂ©e dans la capitale. Il est convaincu que les archives, qui n’ont toujours pas Ă©tĂ© ouvertes, recĂšlent les dĂ©clarations de milliers de victimes de la torture.

La guerre d’AlgĂ©rie 1954-1962

En 1954, la lutte pour l’indĂ©pendance de l’AlgĂ©rie qui jusqu’alors ne faisait que couver, prit rĂ©ellement l’ampleur d’une guerre. Peu de temps auparavant, l’armĂ©e française, aprĂšs sa dĂ©faite historique Ă  Dien Bien Phu, avait dĂ» se retirer du Vietnam et avait transfĂ©rĂ© la majeure partie des troupes de la LĂ©gion Ă©trangĂšre en AlgĂ©rie, sa plus importante et sa plus ancienne colonie. Alors que les attentats du mouvement de libĂ©ration nationale FLN se multipliaient en 1954, le gouvernement français dĂ©cida de ne cĂ©der en aucun cas l’AlgĂ©rie qui Ă©tait une colonie française depuis 1830. Pour la premiĂšre fois les appelĂ©s du contingent furent envoyĂ©s dans une colonie et, dĂšs le milieu de l’annĂ©e 1956, on trouvait quelque 500 000 soldats français en terre algĂ©rienne.

Durant cette pĂ©riode qui s’Ă©tendit jusqu’en 1962, 1,7 million de Français ont combattu en AlgĂ©rie. 25 000 furent tuĂ©s et 60 000 blessĂ©s, alors que du cĂŽtĂ© algĂ©rien plus d’un demi million de personnes trouvĂšrent la mort. En dĂ©pit de ces chiffres exorbitants, il fut pendant longtemps interdit d’utiliser officiellement le nom de ” guerre ” et l’on ne parlait que des “Ă©vĂ©nements d’AlgĂ©rie” ou d’opĂ©rations de maintien d’ordre dans les trois provinces algĂ©riennes. C’est seulement en octobre 1999 que l’AssemblĂ©e nationale accepta que ces Ă©vĂ©nements soient dĂ©signer du nom de guerre d’AlgĂ©rie.

C’Ă©tait un gouvernement social-dĂ©mocrate, le gouvernement de Guy Mollet (SFIO), qui laissa Ă  la force d’occupation les mains libres pour torturer: en juin 1956, avant la bataille d’Alger, l’AssemblĂ©e nationale accepta les propositions de Guy Mollet de suspendre la garantie des libertĂ©s individuelles et de permettre aux gendarmes, aux policiers et aux militaires stationnĂ©s en AlgĂ©rie le droit de pratiquer des “interrogatoires poussĂ©s”, d’introduire des “mesures d’urgence” ou d’appliquer des “traitements spĂ©ciaux”. “Ils [les responsables politiques de l’Ă©poque] nous laissaient faire ce que nous jugions nĂ©cessaire”, confirme aujourd’hui Aussaresses, le gĂ©nĂ©ral en retraite.

Robert Lacoste, le ministre-rĂ©sident de l’AlgĂ©rie de l’Ă©poque, appartenait lui aussi au parti social-dĂ©mocrate de la SFIO. Le social-dĂ©mocrate François Mitterrand, le futur prĂ©sident de la RĂ©publique, dĂ©clarait devant le Parlement le 5 novembre 1954 en tant que ministre de l’IntĂ©rieur: “La rĂ©bellion algĂ©rienne ne peut trouver qu’une forme terminale: la guerre”. Il clama pathĂ©tiquement que l’AlgĂ©rie est la France et que la MĂ©diterranĂ©e sĂ©pare la France comme la Seine Paris. Devenu ministre de la Justice, il se prononça le 10 fĂ©vrier 1957 contre le recours en grĂące demandĂ© pour le militant communiste Fernand Iveton qui fut condamnĂ© Ă  mort et exĂ©cutĂ©.

La politique coloniale française bĂ©nĂ©ficia mĂȘme du soutien des staliniens. En 1954 le Parti communiste, sous la direction de Jacques Duclos, vota pour le budget et en 1956, il vota pour les “pouvoirs spĂ©ciaux” du gouvernement alors que les rues de Paris Ă©taient prises par les manifestants protestant contre la guerre d’AlgĂ©rie.

Les tĂ©moignages des victimes et les documents publiĂ©s rĂ©cemment ne laissent aucun doute quant Ă  la brutalitĂ© et Ă  l’ampleur de la pratique systĂ©matique et Ă  grande Ă©chelle de la torture, entre autres, le viol, le jet d’eau froide, le supplice de la baignoire remplie d’excrĂ©ments et les Ă©lectrochocs. MĂȘme l’arriĂšre-pays, oĂč l’Ă©lectricitĂ© ne se rendait pas, ne fut Ă©pargnĂ© des Ă©lectrochocs, administrĂ©s par la “gĂ©gĂšne”, la gĂ©nĂ©ratrice Ă  pĂ©dale des postes de radio de campagne.

Le commandement en AlgĂ©rie se trouvait entre les mains d’un groupe de gĂ©nĂ©raux de haut rang qui avaient, lors de la DeuxiĂšme guerre mondiale, quelques annĂ©es plus tĂŽt, participĂ© sous Charles de Gaulle Ă  la lutte contre l’Allemagne nazie. Alors qu’en 1959, de Gaulle, qui Ă©tait devenu PrĂ©sident de la RĂ©publique en 1958, envisageait prudemment un rĂ©fĂ©rendum sur l’indĂ©pendance de l’AlgĂ©rie, ces gĂ©nĂ©raux organisĂšrent une tentative de putsch en avril 1961, sous le cri de guerre “AlgĂ©rie française”. AprĂšs son Ă©chec, ils fondĂšrent l’OAS (Organisation armĂ©e secrĂšte) qui devait commettre de nombreux attentats contre la population civile en AlgĂ©rie et en France. GrĂące Ă  l’amnistie gĂ©nĂ©rale qui fut partie intĂ©grante des accords d’Evian proclamant l’indĂ©pendance de l’AlgĂ©rie en 1962, et d’une nouvelle amnistie survenue Ă  la fin des annĂ©es 1960, ces gĂ©nĂ©raux ne furent, par la suite, jamais poursuivis par la justice ni pour leur tentative de putsch ni pour la pratique systĂ©matique de la torture.

Quelques-uns de ces gĂ©nĂ©raux, comme par exemple le gĂ©nĂ©ral Marcel Bigeard, qui reçut aprĂšs la guerre les plus hautes distinctions militaires, refusent jusqu’Ă  ce jour le devoir de mĂ©moire pour les crimes commis en AlgĂ©rie. Bigeard, commandant en AlgĂ©rie et ancien membre de l’OAS, est le porte-parole d’une fraction de nostalgiques qui nient publiquement tout acte de torture. En accord avec Jean-Marie Le Pen, le dirigeant d’extrĂȘme-droite Front national, Bigeard parle du “tissu de mensonges” qui, d’aprĂšs lui, “veut dĂ©truire tout ce qui est encore propre en France”.

Mis Ă  part Bigeard, Le Pen et un certain nombre de vieux soudards de la guerre d’AlgĂ©rie, qui avaient vivement polĂ©miquĂ© dans les pages du journal Le Figaro contre “l’offense Ă  l’armĂ©e française”, il y a Ă©galement Philippe SĂ©guin, le candidat gaulliste malheureux Ă  la Mairie de Paris et adversaire Ă  l’intĂ©gration de la France dans l’Union europĂ©enne, Ă  s’exprimer de façon vĂ©hĂ©mente contre un dĂ©bat sur la torture en AlgĂ©rie. Charles Pasqua, l’ancien ministre de l’IntĂ©rieur gaulliste et qui appartient au parti anti-europĂ©en Rassemblement pour la France (RPF) condamna Ă  l’AssemblĂ©e nationale, dans les termes les plus virulents une initiative lancĂ©e par le Parti communiste français (PCF) pour la crĂ©ation d’une commission d’enquĂȘte parlementaire.

DĂ©bat d’arriĂšre-plan

Il y avait dĂ©jĂ  eu de nombreux tĂ©moignages sur la pratique systĂ©matique de la torture en AlgĂ©rie dans les annĂ©es 1950. Avant le dĂ©but de la guerre, en dĂ©cembre 1951, le journal France-Observateur avait dĂ©jĂ  fait Ă©tat d’actes de torture en AlgĂ©rie. En 1958, paraissait le livre “La Question” d’Henri Alleg et, en 1960, un groupe d’intellectuels avaient protestĂ© contre la guerre en publiant le “Manifeste des 121”, dont les signataires furent entre autres, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, AndrĂ© Breton, Simone Signoret et Pierre Vidal-Naquet, un historien qui, dans son livre “La torture sous la RĂ©publique”, devait, plus tard, dĂ©noncer la torture comme la rupture avec la tradition libĂ©rale de la France.

Et pourtant le sujet Ă©tait restĂ© tabou depuis l’amnistie de 1962. Quand l’hebdomadaire satirique Le Canard enchaĂźnĂ© avait relatĂ©, dans les annĂ©es 1980, que Jean-Marie Le Pen (FN) avait participĂ© activement Ă  la torture en AlgĂ©rie en tant que lieutenant parachutiste, le journal fut traduit en justice et perdit le procĂšs en derniĂšre instance.

Depuis quelques mois seulement, il est possible de parler ouvertement du passĂ©. De nouveaux tĂ©moignages sont enregistrĂ©s quotidiennement, venant en premier lieu, bien sĂ»r, de victimes de torture qui n’ont reçu Ă  ce jour aucune sorte d’indemnitĂ©, mais aussi d’anciens appelĂ©s du contingent qui ont dĂ» vivre traumatisĂ©s, par ce qu’ils ont vĂ©cu en tant que jeune soldat en AlgĂ©rie, quarante ans durant et sans avoir pu en parler. De plus, il y a les pieds-noirs qui ont dĂ» quitter le pays et les Harkis, des AlgĂ©riens qui ont combattu du cĂŽtĂ© de l’armĂ©e française, et qui ne peuvent ni retourner en AlgĂ©rie ni trouver la reconnaissance en France. Les reprĂ©sentants ou les descendants de toutes ces couches se manifestent aujourd’hui partout oĂč ils le peuvent pour se faire entendre.

La plupart des journaux participent au débat; des films sont montrés et, en novembre dernier, un colloque, placé sous le patronage du président de la République, Jacques Chirac, fut organisé à la Sorbonne et auquel des historiens français et algériens prirent part.

La question se pose, Ă  savoir, quelle est la raison pour laquelle un sujet, qui fut occultĂ© pendant prĂšs de quarante ans, provoque Ă  prĂ©sent un dĂ©bat public d’une telle ampleur? Pourquoi, le gouvernement actuel accepte-t-il un tel dĂ©bat alors que tous les gouvernements prĂ©cĂ©dents l’avait rĂ©primĂ© par tous les moyens?

Alors que par le passĂ© l’armĂ©e française avait Ă©tĂ© Ă  tout propos aurĂ©olĂ©e du mythe antifasciste de la RĂ©sistance, le gouvernement semble aujourd’hui plutĂŽt enclin Ă  se distancer de sa vieille garde. Il ne s’agit lĂ  en aucune façon d’une rupture de principe avec le passĂ© mais d’un changement tout Ă  fait objectif : ce n’est certainement pas par hasard que ce dĂ©bat public va de pair avec la transformation du service national vers une armĂ©e professionnelle.

L’un des dĂ©fenseurs notables d’une action de devoir de mĂ©moire est aujourd’hui prĂ©cisĂ©ment le ministre de la DĂ©fense, Alain Richard (Parti socialiste). Il dĂ©clara Ă  l’AssemblĂ©e nationale que l’armĂ©e serait satisfaite “que la transparence soit faite sur ces questions” et il ajouta que “les rĂšgles d’action des militaires français exclueraient de telles pratiques de nos jours”.

Alain Richard prononça son allocution programmatique sur la transformation de l’armĂ©e le 18 septembre 1997, soit Ă  peine trois mois aprĂšs l’entrĂ©e en fonction de Lionel Jospin (PS) comme Premier ministre. Il Ă©nonça le cadre historique motivant la dĂ©cision de passer Ă  une armĂ©e professionnelle: celle-ci ayant Ă©tĂ© prise aprĂšs l’effondrement des États staliniens d’Europe de l’Est, Ă  l’Ă©poque de la guerre du Golfe en 1991, c’est-Ă -dire Ă  une Ă©poque oĂč la guerre de l’OTAN contre l’Irak avait ouvert la lutte pour une nouvelle rĂ©partition globale et pour un contrĂŽle des principales ressources de la planĂšte. Et Richard d’ajouter que l’expĂ©rience de 1991 avait montrĂ© “que notre organisation militaire traditionnelle ne convenait pas Ă  ces missions-lĂ . Il a fallu Ă  chaque fois prĂ©lever dans des unitĂ©s existantes des Ă©lĂ©ments comportant certes des appelĂ©s mais Ă  base de militaires professionnels dont la formation et le niveau d’entraĂźnement rĂ©pondaient mieux aux exigences du terrain. De mĂȘme la complexitĂ© de nos armes, Ă©lĂ©ment clĂ© de supĂ©rioritĂ©, et de protection de nos soldats, a contribuĂ© Ă  renforcer le rĂŽle des professionnels. La rĂ©flexion alors s’est engagĂ©e et elle a abouti au choix de la professionnalisation des armĂ©es.”

La guerre du Golfe avait surtout occasionnĂ© des coĂ»ts et des pertes pour la France sans pour autant entraĂźnĂ© d’avantages. Elle avait par contre rĂ©vĂ©lĂ© que les participants europĂ©ens Ă  la guerre avaient grand besoin de troupes nettement plus modernes et plus mobiles s’ils voulaient ĂȘtre de la partie avec les États-Unis. Mais, c’est avant tout la France qui, ayant perdu depuis longtemps son statut de puissance mondiale, et qui Ă  elle seule n’est plus en mesure de rĂ©ussir grand chose qui est tributaire de la crĂ©ation d’une force europĂ©enne commune. Ce qui explique qu’aucun parti politique n’ait, jusqu’Ă  prĂ©sent, contestĂ© la professionnalisation de l’armĂ©e.

MĂȘme si, Ă  premiĂšre vue, ce travail de mĂ©moire du rĂŽle de l’armĂ©e française paraĂźt ĂȘtre de nature Ă  compromettre la bourgeoisie, il n’en arrive pas moins Ă  un moment tout Ă  fait opportun. Celle-ci semble saisir l’occasion pour, d’une part, se distancer de ses vieux gĂ©nĂ©raux qui s’acharnent Ă  garder les formes archaĂŻques de l’armĂ©e et, d’autre part, se dĂ©faire de toute une couche de politiciens gaullistes conservateurs pourfendeurs de l’intĂ©gration dans l’Union europĂ©enne et dĂ©fenseurs de la souverainetĂ© de la France.

Le manque d’enthousiasme avec lequel le gouvernement pratique le jeu de la transparence se manifeste par le seul fait que Lionel Jospin tout en permettant Ă  quelques historiens triĂ©s sur le volet d’accĂ©der aux archives, en refuse cependant le libre accĂšs au grand public: c’est ainsi que certains dossiers resteront fermĂ©s jusqu’en 2060.

 

Guerre d’AlgĂ©rie : la justice reste Ă  faire

PARIS, 10 octobre 2000 (Libération)

Des crimes tels que les massacres de Paris en octobre 1961 sont encore passibles des tribunaux. Le mutisme des politiques empĂȘche l’indispensable travail de mĂ©moire.

Par MOHAMED KHANCHI ET FILALI OSMAN

 

Mohamed Khanchi est maĂźtre de confĂ©rences en sciences Ă©conomiques Ă  l’universitĂ© LumiĂšre Lyon-II.

Filali Osman est maĂźtre de confĂ©rences en droit privĂ© et sciences criminelles Ă  l’Institut d’Ă©tudes politiques de Lyon.

Ce qui est vrai pour l’Afrique ne l’est pas moins pour le Chili de Pinochet ou les eaux de la Seine en octobre 1961 ensanglantĂ©es lors de la bataille de Paris. ublier l’histoire conduit indĂ©fectiblement Ă  la rĂ©pĂ©ter. C’est sans nul doute cette rĂ©flexion qu’il convient d’avoir toujours Ă  l’esprit si l’on ne veut plus que l’amnĂ©sie collective continue Ă  ĂȘtre le flĂ©au de l’humanitĂ©. A la fin du mois de juin, la presse française a exhumĂ©, par le biais d’un tĂ©moignage, celui de Louisette Ighilahriz, des faits relatifs Ă  la rĂ©pression de la manifestation du 17 octobre 1961 Ă  Paris, dont on peut se demander s’ils seront un jour passibles d’un tribunal pĂ©nal international ou des tribunaux français.

A une semaine du 39e anniversaire de cette manifestation, la rĂ©action devrait ĂȘtre Ă  la hauteur de la gravitĂ© des faits. Des Français algĂ©riens furent massacrĂ©s par la police sĂ©vissant sous les ordres d’un prĂ©fet de police nommĂ© Papon. Pour avoir mis en cause celui-ci, l’historien Jean-Luc Einaudi fut poursuivi vainement, pour diffamation, par Maurice Papon. Il a Ă©tĂ© en effet relaxĂ© par la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Ainsi l’histoire de la France se rappelle Ă  notre bon souvenir en passant de la bataille d’Alger Ă  la bataille de Paris.

Il aura fallu plus de trente-huit ans avant que le lĂ©gislateur ne dĂ©signe les Ă©vĂ©nements d’AlgĂ©rie par leur vĂ©ritable nom. En effet, la loi du 18 octobre 1999 substitue Ă  l’expression « aux opĂ©rations effectuĂ©es en Afrique du Nord », celle de « guerre d’AlgĂ©rie ou aux combats en Tunisie et au Maroc ». Une sale guerre… Encore… Mais nul n’en connaĂźt de propre. Il aura fallu quarante-trois ans, les cris douloureux d’une femme, Louisette Ighilahriz, et deux gĂ©nĂ©raux, Bigeard et Massu, pour que notre sociĂ©tĂ© se remĂ©more une tragĂ©die. L’ombre de la guerre d’AlgĂ©rie et de la torture, perpĂ©trĂ©e par et avec l’accord des plus hautes autoritĂ©s de l’Etat français, entache une page de l’histoire de France, l’une des plus sombres sans doute.

La visite du prĂ©sident Bouteflika n’aura Ă©tĂ© qu’un catalyseur. Serait-ce le dĂ©but d’une rĂ©conciliation ? Oui, dans la mesure oĂč la gĂ©nĂ©ration nĂ©e aprĂšs la fin de la guerre d’AlgĂ©rie, plus particuliĂšrement celle issue de l’immigration maghrĂ©bine, obtiendrait le droit Ă  la mĂ©moire. L’historien Benjamin Stora a trĂšs justement relevĂ© que ce travail de mĂ©moire se fera grĂące Ă  la passerelle que constitue notre gĂ©nĂ©ration, passerelle entre une AlgĂ©rie meurtrie par une colonisation de cent trente-deux ans, un rĂ©gime militaire qui tarde Ă  s’effondrer et que n’a jamais mĂ©ritĂ© le peuple algĂ©rien, et des Français qui savent Ă  quel point la passion dissimule une histoire d’amour inachevĂ©e, faute de respect de la dignitĂ©. Le pardon prĂ©suppose d’exorciser le mal…

Massu et Bigeard, deux militaires au crĂ©puscule de leur vie, mus par des mobiles diffĂ©rents, sont devenus, sans le savoir, les acteurs d’une piĂšce de thĂ©Ăątre. Il s’y rejoue une guerre qui a terminĂ© un long – trop long – processus de dĂ©colonisation oĂč l’enjeu Ă©tait simplement celui du respect de la dignitĂ© humaine, celle pour laquelle 1 million et demi d’AlgĂ©riens sont morts. Mais n’oublions pas, sous peine d’indĂ©cence et d’outrage Ă  la mĂ©moire, les morts de l’autre camp, nos frĂšres aussi, victimes de l’histoire et d’une France qui croyait ĂȘtre investie d’une mission sacrĂ©e de civilisation Ă  l’Ă©gard de tout un continent.

Le gĂ©nĂ©ral Massu a donc, sans le savoir, ouvert une brĂšche dans la forteresse de l’oubli en reconnaissant ce que tout le monde sait et que la presse dĂ©nonçait dĂšs mars 1957 : l’armĂ©e française a torturĂ©, recourant aux mĂȘmes mĂ©thodes que celles dĂ©noncĂ©es jusqu’ici comme Ă©tant imputables Ă  des rĂ©gimes dont l’horreur avait Ă©tĂ© exemplaire.

Le gĂ©nĂ©ral Massu souligne d’une part que les gouvernements successifs Ă©taient parfaitement au courant des pratiques et, d’autre part, que le traitement inhumain et dĂ©gradant que subissait le genre humain en AlgĂ©rie Ă©tait justifiĂ© par l’exigence d’efficacitĂ© contre les actes qualifiĂ©s de « terroristes » lors, avant et aprĂšs la bataille d’Alger. Tout juste confesse-t-il que « la torture n’est pas indispensable en temps de guerre, on pourrait trĂšs bien s’en passer » ou encore « quand je repense Ă  l’AlgĂ©rie, cela me dĂ©sole, on aurait pu faire les choses autrement ».

Etre dĂ©solĂ© suffit-il Ă  absoudre ? Certainement pas… En tout cas, pas du point de vue de ceux dont les aĂŻeuls ont Ă©tĂ© torturĂ©s, tuĂ©s par l’OAS ou noyĂ©s dans la Seine les 17 et 18 octobre 1961, sur ordre du prĂ©fet de police Papon.

Bien sĂ»r, mesurĂ©e Ă  l’aune d’un relativisme absolu, l’Ăąme de Massu est plus propice au rachat que celle d’un gĂ©nĂ©ral Bigeard qui, dĂ©noncĂ© par Massu comme ayant Ă©tĂ© surpris en pleine sĂ©ance de supplice Ă  la gĂ©gĂšne dĂšs 1955, invoque la thĂšse du complot. Il indique Ă  l’Est rĂ©publicain avoir « fait un travail propre, avec (son) c[oe]ur ». La commune alsacienne de Trimbach, qui a baptisĂ© en juillet l’une de ses rues du nom de Bigeard, a sans nul doute oubliĂ© que la RĂ©publique ne transcende pas les droits de l’homme. A l’heure de la convention europĂ©enne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertĂ©s fondamentales, la RĂ©publique ne doit pas honorer ceux qui prĂ©tendent l’avoir servie avec c[oe]ur et justifient encore la torture. Trimbach en est une illustration vivante. Pourquoi ne baptiserait-elle pas une rue « 17-Octobre-1961 » pour la mĂ©moire de ses citoyens ?

Ce qui est vrai pour l’Afrique ne l’est pas moins pour le Chili de Pinochet ou les eaux de la Seine en octobre 1961 ensanglantĂ©es de la bataille de Paris. Les crimes qui y ont Ă©tĂ© commis sont encore passibles de la justice des hommes.

Le 17 octobre 1961 une manifestation de protestation d’AlgĂ©riens (alors français) contre le couvre-feu qui leur Ă©tait imposĂ© dĂ©clencha plus de quinze mille arrestations et une violence policiĂšre meurtriĂšre Ă  l’occasion de laquelle des crimes contre l’humanitĂ© furent commis. On parle de plusieurs centaines de morts. Une enquĂȘte, confiĂ©e par le ministĂšre de l’IntĂ©rieur Ă  M. DieudonnĂ© Mandelkern, conseiller d’Etat, a montrĂ© que des piĂšces essentielles en relation directe avec la bataille de Paris du 17 octobre 1961 ont disparu de la prĂ©fecture de police. Les archives de la prĂ©fecture de police sont encore frappĂ©es du sceau du secret alors que des documents du ministĂšre de la Justice font Ă©tat de soixante Ă  quatre-vingts dĂ©cĂšs Ă  l’origine de procĂ©dures d’instruction. Il est temps que la justice prenne le relais afin que la mĂ©moire des oubliĂ©s du fleuve donne tout son sens Ă  la phrase « plus jamais ».

Mais que dire du silence de ceux qui nous gouvernent ? Il est frappant de noter que la classe politique fait preuve d’un mutisme rarement Ă©galĂ© depuis que le cri de douleur de Louisette nous rappelle que la forteresse de l’oubli est puissamment dĂ©fendue, au point de priver toute une gĂ©nĂ©ration du droit Ă  la mĂ©moire. Le droit et la justice ont leur place dans ce processus de mĂ©moire. Celle-ci requiert un travail d’enquĂȘte au terme duquel toute la lumiĂšre doit ĂȘtre faite sur ce qui constitue des crimes contre l’humanitĂ©, dĂ©finis par notre droit comme impliquant, notamment, « la pratique massive et systĂ©matique d’exĂ©cutions sommaires, d’enlĂšvements de personnes suivis de leur disparition, de la torture ou d’actes inhumains, inspirĂ©s par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux ». Or, le droit qui consacre l’oubli Ă  travers le principe de la prescription, ne le tolĂšre plus pour ce type de crimes dominĂ©s par le principe de l’imprescriptibilitĂ©. Mais il est vrai que des lois et des traitĂ©s d’amnistie viennent perturber ce droit Ă  la justice, comme cela a Ă©tĂ© le cas pour les tortures infligĂ©es par des Français Ă  des prisonniers du ViĂȘt-minh et pour lesquelles la chambre criminelle de la Cour de cassation française a jugĂ© en 1993 qu’ils Ă©taient des crimes qui avaient Ă©tĂ© amnistiĂ©s par la loi du 30 juin 1966. Cela suffira-t-il Ă  dĂ©courager ceux d’entre nous qui aspirent Ă  la vĂ©rité ? Certainement pas ! Notre RĂ©publique ne doit pas honorer, fĂ»t-ce en baptisant les rues de ses villages, les acteurs volontaires de souffrances infligĂ©es Ă  tout un peuple. Comme l’illustre la formule d’Albert Camus, souvent citĂ©e, Ă  propos de la rĂ©pression de SĂ©tif en mai 1945, « persuadons-nous qu’en Afrique du Nord comme ailleurs, on ne sauvera rien de français sans sauver la justice ».

Il est donc temps de s’atteler Ă  cette rude bataille, celle de la mĂ©moire, sans haine, sans amertume, sans sentiment de vengeance

 

France: une rue pour honorer les tortionnaires

Par Didier Daeninckx

Newsport, vendredi 7 juillet 2000

“DerniĂšres Nouvelles d’Alsace”, 02.07.2000.

Inauguration de la rue “gĂ©gĂšneral Bigeard” le 1er juillet 2000 Ă  Trimbach.

Samedi premier juillet 2000, la commune alsacienne de Trimbach a inaugurĂ©, en sa prĂ©sence, une rue du GĂ©nĂ©ral Bigeard. Celui-ci en a profitĂ© pour revendiquer la nĂ©cessitĂ© des exactions menĂ©es, sous ses ordres, par les parachutistes pendant la guerre d’AlgĂ©rie. Le supplice de la gĂ©gĂšne (la torture au moyen de la magnĂ©to), devient dans sa bouche “une machine Ă  passer les messages”. Un demi siĂšcle aprĂšs, il ne regrette pas les exĂ©cutions sommaires: “c’Ă©tait fait d’une façon technique et la plus propre possible voilĂ ”.

A l’Ă©poque de ces meurtres, de ces violations massives des droits de l’individu, ceux qui comme Henri Alleg avec son livre La Question dĂ©nonçaient la torture Ă©taient traĂźnĂ©s devant les tribunaux. Aujourd’hui, ce sont les tortionnaires qui sont honorĂ©s. Bigeard, qui niait au moment des faits, avance aujourd’hui que la torture se pratiquait sous contrĂŽle mĂ©dical, que son supĂ©rieur le gĂ©nĂ©ral Massu l’avait “essayĂ©” en disant: “Allez, ça ne fait pas mal, je ne suis pas mort”.

Un groupe d’enseignants de l’universitĂ© de Strasbourg qui porte le nom de l’historien Marc Bloch, torturĂ© par les nazis, rappelle la logique cumulative et contradictoire de la dĂ©nĂ©gation mise en lumiĂšre par Freud: “ce n’est pas vrai, d’ailleurs c’Ă©tait nĂ©cessaire, et de toute façon ça ne fait pas mal”, pour conclure: “ce serait comique, si ce n’Ă©tait effrayant”.

De nombreuses autres voix s’Ă©lĂšvent en Alsace pour exiger que soient dĂ©posĂ©es les plaques infĂąmantes. L’Association Nationale des Anciens Combattants de la RĂ©sistance, le Parti Communiste, et l’Association des Travailleurs MaghrĂ©bins de France qui propose d’honorer, en lieu et place d’un promoteur de la torture, l’une de ses victimes (voir notre article “TorturĂ©s par Le Pen”).

Le maire de Trimbach, qui se prĂ©tend sans Ă©tiquette, a rĂ©pondu: “Je ne suis pas communiste et je ne laisserai pas dicter les noms des rues par les communistes”.

Quelques heures plus tard, le gĂ©nĂ©ral Bigeard Ă©tait Ă  Wissembourg, en compagnie du dĂ©putĂ© RPR alsacien François Loos, pour commĂ©morer les combats de la seconde guerre mondiale. Le gĂ©nĂ©ral a sĂ»rement Ă©vitĂ© de leur rappeler ce qu’il Ă©crivait Ă  ses paras partis en opĂ©ration pour le rĂ©veillon du 24 dĂ©cembre 1955: “Perdus en montagne, dans le froid, dans la pluie, vous faites inconsciemment de grandes choses. Cette opĂ©ration, ajoutĂ©e aux autres, vous rendra forts, sains, aussi rĂ©sistants que le cuir, aussi durs que l’acier”. C’est tout simplement que s’il avait copiĂ© ses mĂ©thodes, il avait aussi plagiĂ© l’auteur, Adolf Hitler, qui dĂ©clarait, lui, lors des JournĂ©es nationales de Nuremberg, en 1935: “Je vois le jeune Allemand de l’avenir sous les traits d’un ĂȘtre souple et svelte, rapide comme le lĂ©vrier, rĂ©sistant comme le cuir, dur comme l’acier Krupp”.

La plaque Bigeard? Je vous salis ma rue…

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Le Monde Diplomatique – juin 2001

Du Tonkin à Alger, des « violences de détail »

 

Par ALAIN RUSCIO« LA torture judiciaire, l’affreuse torture du Moyen Age, sĂ©vit non seulement Ă  Madagascar, mais au Tonkin et au Soudan français. » Ce tĂ©moignage du dĂ©putĂ© Paul VignĂ© d’Octon date de… 1900 (1). Preuve, si besoin est, que la torture n’a pas commencĂ© avec le gĂ©nĂ©ral Massu. Pas plus qu’elle ne s’est limitĂ©e Ă  l’Afrique du Nord.

Certes, durant la guerre d’AlgĂ©rie, entre 1954-1955 et 1962, la torture a Ă©tĂ© crescendo un moyen massif de terreur, allant bien au-delĂ  des rangs nationalistes ou « rebelles ». Mais si la focalisation du dĂ©bat sur cette guerre Ă  nulle autre pareille est largement justifiĂ©e, c’est l’ensemble de la colonisation qui doit ĂȘtre remis en question. La France officielle, de la monarchie de Juillet (1830) Ă  la RĂ©publique de mai (1958) a organisĂ©, suscitĂ© ou laissĂ© se dĂ©velopper, selon les cas et selon les pĂ©riodes, l’usage de la torture, de HanoĂŻ Ă  NoumĂ©a, de Tananarive Ă  Dakar, de Rabat Ă  Tunis.

Pour expliquer une telle gĂ©nĂ©ralisation, il faut revenir au coeur des mentalitĂ©s coloniales (2). La conquĂȘte achevĂ©e, la « pacification » assurĂ©e, la France coloniale, imprĂ©gnĂ©e dans toutes ses fibres de sa « mission » (dĂ©livrer des territoires entiers du rĂšgne des tĂ©nĂšbres), est persuadĂ©e qu’elle est en train de rĂ©ussir. Elle est fiĂšre de son bilan. Les « masses indigĂšnes » lui sont, sans contestation possible, reconnaissantes. Elles profitent de la « paix française », qu’elles peuvent comparer aux misĂšres et aux injustices du passĂ©. Si, malgrĂ© tout, mouvements de protestation il y a, ils sont provoquĂ©s par des « meneurs » manipulĂ©s par « l’Ă©tranger » trouvant quelque intĂ©rĂȘt suspect Ă  menacer l’harmonie. Ces fauteurs de troubles ne reprĂ©sentent, par dĂ©finition, qu’une infime minoritĂ©. La rĂ©pression se transforme donc, non en une manifestation de brutalitĂ© contre un peuple, mais en acte d’autodĂ©fense contre des Ă©lĂ©ments malsains, la lie (politique et sociale) de la population.

La torture est fille naturelle de cet argumentaire : pour Ă©viter que la lĂšpre n’attaque un organisme prĂ©sumĂ© sain, il faut isoler les germes menaçants, les extirper de l’organisme. En 1933, Albert de Pouvourville, grande plume « indochinoise », Ă©crivain trĂšs connu des cercles coloniaux, Ă©crit : « Il est Ă©vident qu’il ne sera jamais possible de rallier les nationalistes irrĂ©ductibles. Il n’y a pas, en ce qui concerne cette catĂ©gorie d’individus, de rĂ©forme qui tienne (…). La seule politique Ă  suivre Ă  leur Ă©gard est celle de la rĂ©pression impitoyable (…). Tout indigĂšne qui se pare de l’Ă©tiquette rĂ©volutionnaire doit ĂȘtre hors la loi ; il ne faut pas qu’il y ait d’Ă©quivoque Ă  ce sujet. Il est heureusement certain que le nombre de ces irrĂ©ductibles n’est pas Ă©levĂ©, quelques centaines au plus pour le Nord-Annam, mais ils sont trĂšs ardents. Ce nombre augmenterait trĂšs vite si, par une gĂ©nĂ©rositĂ© mal calculĂ©e, nous commettions la faute de composer avec eux, de leur tĂ©moigner de l’indulgence  (3). » Et comment faire, sinon utiliser d’emblĂ©e les mĂ©thodes les plus violentes pour isoler de tels germes ?

Parlant ainsi, le colonisateur construit lui-mĂȘme le piĂšge dans lequel il va s’enfermer. Il met sur la rĂ©alitĂ© (une nation rebelle) un masque opaque (le grand mythe de la minoritĂ© agissante). Seulement voilà : cette « minorité » est de plus en plus nombreuse et de plus en plus agissante. Plus le mouvement national croĂźt, plus le divorce entre discours colonial et rĂ©alitĂ© est criant.

Petit Ă  petit, l’habitude s’installe

DÈS la pĂ©riode de la conquĂȘte, il n’est pas rare que l’on ait recours Ă  des mĂ©thodes d’interrogatoire cruelles. Petit Ă  petit, l’habitude de violenter les suspects, sous n’importe quel motif, s’installe. Comme l’Ă©crit Alexis de Tocqueville, au tout dĂ©but de l’occupation de l’AlgĂ©rie : « Du moment oĂč nous avons admis cette grande violence de la conquĂȘte, je crois que nous ne devons pas reculer devant les violences de dĂ©tail qui sont absolument nĂ©cessaires pour la consolider  (4). » « DĂ©tail », le mot sonne Ă©trangement Ă  nos oreilles…

En Indochine, l’affrontement atteint un premier paroxysme. Dans les annĂ©es 1930, les prisons dĂ©bordent littĂ©ralement. Accompagnant Paul Reynaud, le ministre des colonies, AndrĂ©e Viollis, journaliste alors fort cĂ©lĂšbre et peu suspecte d’extrĂ©misme, rapporte de son voyage un livre explosif, Indochine S.O.S.  (5). « Il y a, Ă©crit-elle, des tortures qu’on peut appeler classiques : privation de nourriture avec ration rĂ©duite Ă  30 grammes de riz par jour, coups de rotin sur les chevilles, sur la plante des pieds, tenailles appliquĂ©es aux tempes pour faire jaillir les yeux des orbites, poteau auquel le patient est attachĂ© par les bras et suspendu Ă  quelques centimĂštres du sol, entonnoir Ă  pĂ©trole, presse de bois, Ă©pingles sous les ongles, privation d’eau, particuliĂšrement douloureuse pour les torturĂ©s qui brĂ»lent de fiĂšvre. » « Classique », en effet.

Mais il y a plus « moderne ». La torture Ă  l’Ă©lectricitĂ© est, dĂ©jĂ , formellement attestĂ©e : « Attacher un bout de fil de fer au bras ou Ă  la jambe, introduire l’autre bout dans le sexe ; relier un fouet aux fils de fer entrelacĂ©s Ă  un courant Ă©lectrique ; attacher une des mains du prĂ©venu par un fil mĂ©tallique que l’on branche ensuite sur le circuit… » Et AndrĂ©e Viollis de prĂ©ciser que ces pratiques sont devenues journaliĂšres dans certains commissariats.

Ainsi, les « gĂ©gĂ©neurs » d’Alger n’ont rien inventĂ©. Dans les annĂ©es 1930, sous les tropiques, Ă  l’abri du drapeau français, toutes ces mĂ©thodes dĂ©gradantes existaient bel et bien. On se doute que les explosions nationalistes de l’aprĂšs-seconde guerre mondiale vont accroĂźtre encore ces pratiques. SĂ©tif 1945, Indochine 1946, Madagascar 1947… partout, le systĂšme colonial se fendille, partout la rĂ©ponse est la mĂȘme.

La France de 1945, qui vient de se dĂ©livrer, avec l’aide de ses alliĂ©s, de l’oppression nazie, n’a pas compris que le droit des nations Ă  disposer d’elles-mĂȘmes pouvait ĂȘtre appliquĂ© Ă  son empire. Elle esquisse certes une politique de rĂ©formes, mais elle tient par-dessus tout Ă  sa souverainetĂ©. Face Ă  la contestation nationale qui s’exprime de plus en plus fort, elle a recours aux vieux schĂ©mas d’explication. La machine s’est emballĂ©e. AprĂšs 1945, les dirigeants français, ne sachant plus oĂč donner de la tĂȘte, entament une gĂ©nĂ©ralisation de la rĂ©pression qui trouvera son apogĂ©e lors de la guerre d’AlgĂ©rie. Le coup de pouce initial est donnĂ© par le politique ; le contrĂŽle des acteurs est en permanence et jusqu’au bout assurĂ© par le politique.

C’est le cas Ă  Madagascar. On connaĂźt dĂ©sormais le film des Ă©vĂ©nements : la provocation de 1947 et ses suites, la rĂ©pression de masse. Ce qui est moins connu, c’est la parodie de procĂšs qui fut alors intentĂ©e aux dirigeants du Mouvement dĂ©mocratique de rĂ©novation malgache (MDRM). Lors des dĂ©bats, Me Stibbe, leur principal dĂ©fenseur avec Me Douzon, dĂ©nonça sans concessions la pratique frĂ©quente de l’interrogatoire « musclé », de la torture, pour dire le mot, qui eut lieu pendant l’instruction. Il publia plus tard de nombreux tĂ©moignages et Ă©voquait, dans un article d’Esprit, la gĂ©nĂ©ralisation de ces pratiques Ă  l’ensemble de l’outre-mer… un an avant la guerre d’AlgĂ©rie : « Dans les affaires politiques, et singuliĂšrement dans les affaires coloniales, Ă©crit-il, l’emploi de ces procĂ©dĂ©s, qui tend Ă  devenir systĂ©matique, demeure ignorĂ© d’une trop grande fraction de l’opinion publique (…). Depuis 1947, il n’est guĂšre de grands procĂšs politiques coloniaux, Ă  Madagascar, en AlgĂ©rie, en Tunisie, au Maroc, oĂč les accusĂ©s n’aient passĂ© des aveux Ă  la police et ne les aient rĂ©tractĂ©s ensuite en invoquant les plus horribles tortures (6). » On se doute que l’affrontement majeur de cette mĂȘme Ă©poque, la guerre d’Indochine, accroissant le fossĂ© entre les communautĂ©s, a Ă©tĂ© un nouveau pas en avant dans l’horreur. Avec une dimension nouvelle : dans ces sombres pratiques, la police a Ă©tĂ© supplantĂ©e par l’armĂ©e.

Que la torture ait Ă©tĂ© utilisĂ©e lors de ce premier des deux grands conflits de dĂ©colonisation, il suffirait pour s’en convaincre de lire la « petite phrase », passĂ©e relativement inaperçue, du tout premier tĂ©moignage du gĂ©nĂ©ral Massu, dans Le Monde : « Quand je suis arrivĂ© en AlgĂ©rie en 1955, je me souviens de l’avoir vu [Bigeard] en train d’interroger un malheureux avec la gĂ©gĂšne (…). Je lui ai dit : “Mais qu’est-ce que vous faites là ?” Il m’a rĂ©pondu : “On faisait dĂ©jĂ  cela en Indochine, on ne va pas s’arrĂȘter ici !” (7). » PremiĂšre preuve, sous une plume autorisĂ©e, que la torture fut au minimum utilisĂ©e, et probablement banalisĂ©e, malgrĂ© les dĂ©nĂ©gations de quelques nostalgiques. Au vu et au su de tous, ou presque.

« C’est comme ça partout »

EN tout cas, l’opinion publique, par bribes, commence Ă  ĂȘtre informĂ©e. DĂšs 1945, alors que les pratiques nazies sont encore prĂ©sentes dans tous les esprits, la presse se fait l’Ă©cho des mĂ©thodes dĂ©testables de la reconquĂȘte. Le journaliste Georges Altman dĂ©nonce, dans Franc-Tireur, les « reprĂ©sailles sauvages que les dĂ©fenseurs d’un certain ordre colonial exercent envers les hommes du Viet-minh ». Puis : « On n’aura point rĂ©duit l’Ă©norme tache de sang qui couvrait l’Europe pour laisser – parce que c’est si loin – s’Ă©taler la tache de sang en Indochine française (8).  »

En 1949 Ă©clate une affaire qui fait grand bruit, avant d’ĂȘtre soigneusement Ă©touffĂ©e. Jacques Chegaray, un journaliste de L’Aube, quotidien du Mouvement rĂ©publicain populaire (MRP), est envoyĂ© en Indochine. Ce qu’il rapporte est trĂšs loin de ce qu’attendaient ses patrons : horrifiĂ©, il a recueilli le tĂ©moignage de tortionnaires qui, tranquillement, lui ont dĂ©crit diverses mĂ©thodes. Son quotidien refuse (Ă©videmment) de publier son article. Il se tourne alors vers TĂ©moignage chrĂ©tien, qui titre, le 29 juillet 1949 : « A cĂŽtĂ© de la machine Ă  Ă©crire, le mobilier d’un poste comprend une machine Ă  faire parler. Les tortures en Indochine. » La publication de son tĂ©moignage, premier d’une longue sĂ©rie, dont des articles du grand savant orientaliste Paul Mus, est le signal d’une vaste polĂ©mique en France.

Donc, on pouvait savoir. Les MĂ©moires de certains « anciens d’Indo » – mĂȘme si ce corps fait gĂ©nĂ©ralement bloc, encore actuellement, autour des valeurs qu’il dĂ©fendait de 1945 Ă  1954 – en tĂ©moignent. On pense Ă©videmment au gĂ©nĂ©ral Jacques de BollardiĂšre, qui rencontre la torture sur le sol vietnamien. Mais il la tient pour marginale, en tout cas non gĂ©nĂ©ralisĂ©e, ce qui explique son maintien au sein de l’armĂ©e (9).

On retrouve maintes traces de ces pratiques Ă©galement sous la plume de Jules Roy. Jeune lieutenant-colonel, et dĂ©jĂ  Ă©crivain cĂ©lĂšbre, il est volontaire pour l’Indochine. Ses premiers Ă©crits ne laissent planer aucun doute sur son acceptation de la croisade anti-Viet-minh au nom de la dĂ©fense du « monde libre ».

Mais ce qu’il voit en Indochine refroidit ses ardeurs : « Sur toutes les bases aĂ©riennes, Ă  l’Ă©cart des pistes, Ă©taient construites des cahutes qu’on Ă©vitait et d’oĂč, la nuit, montaient des hurlements qu’on feignait de ne pas entendre. Sur la base de Tourane de mon camarade Marchal, oĂč je disposais d’une certaine libertĂ© de mouvement, on m’avait montrĂ© cela avec rĂ©pugnance : les hommes de main des renseignements s’exerçaient lĂ . Marchal me disait : “C’est comme ça partout, c’est obligĂ©.” Pourquoi ? Comment ? Un jour, au cours d’une nouvelle opĂ©ration, comme je parcourais la zone en Jeep, j’aperçus devant une pagode un troupeau de paysans accroupis sous la garde de soldats. Je demandai Ă  l’officier qui m’accompagnait ce que c’Ă©tait. “Rien. Des suspects.” Je demandai qu’on s’arrĂȘtĂąt. J’allai Ă  la pagode, j’entrai : on amenait les files de Nha Que devant les tables oĂč les spĂ©cialistes leur brisaient les couilles Ă  la magnĂ©to (10). »

Il s’est passĂ© moins de cent jours entre le GenĂšve indochinois (20 juillet 1954) et le dĂ©but de la guerre d’AlgĂ©rie. Pas assez de temps pour que les « mauvaises habitudes » soient oubliĂ©es


(1) Discours à la Chambre des députés, 19 novembre 1900.

(2) Lire Le Credo de l’Homme blanc, Complexe, Bruxelles, 1996.

(3) Griffes rouges sur l’Asie, BaudiniĂšre, Paris, 1933.

(4) Lettre au général LamoriciÚre, 5 avril 1846, citée par André Jardin, Alexis de Tocqueville, Hachette, Paris, 1984.

(5) PrĂ©face d’AndrĂ© Malraux, Gallimard, Paris, 1935.

(6) « Le mécanisme de la répression politique », Esprit, septembre 1953.

(7) 22 juin 2000.

(8) 22 décembre 1945.

(9) En mars 1957, il demandera Ă  ĂȘtre relevĂ© de son commandement en AlgĂ©rie, pour protester contre la torture.

(10) MĂ©moires barbares, Albin Michel, Paris, 1989.

 

La question
(Ajouté le lundi 17 juin 2002 )

Rubrique Le journal Numéro 6

 

TournĂ© en 1977, le film de Laurent Heynemann, La Question, est projetĂ© pour la premiĂšre fois Ă  Pau, au MĂ©lies, vingt cinq ans plus tard dans le cadre du Joli mois de mai. Le dĂ©bat avec le rĂ©alisateur qui a suivi la projection du 13 mai nous a permis de mesurer Ă  quel point la guerre d’AlgĂ©rie et les tortures pratiquĂ©es par les militaires ont Ă©tĂ© et restent encore un sujet tabou, un non-dit de l’histoire contemporaine française.

AdaptĂ© du livre d’Henri Alleg, le film retrace le parcours de ce journaliste qui, pour avoir pris parti contre le colonialisme français et ses mĂ©thodes en AlgĂ©rie, a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© en 1957 et soumis Ă  la torture. Directeur du journal Alger RĂ©publicain, seul journal Ă  ouvrir ses colonnes aux prĂ©occupations des AlgĂ©riens, il passe en 1956 Ă  la clandestinitĂ© pour Ă©chapper Ă  son interpellation. Un an plus tard, il est arrĂȘtĂ© avec son ami Maurice Audin, professeur de mathĂ©matiques, par les parachutistes français. DĂ©tenus arbitrairement et clandestinement au centre El-biar, casernement de ces militaires, ils sont interrogĂ©s et torturĂ©s pendant un mois dans le but de leur faire avouer les noms et adresses de leurs camarades. Ils ne parleront jamais. GĂ©gĂšne, coups, pendaison par les pieds, privation d’eau et de nourriture leur sont infligĂ©s rĂ©guliĂšrement mais de façon plus “prĂ©cautionneuse” qu’à des dizaines d’AlgĂ©riens, un mort français est Ă  Ă©viter !

Cependant lors d’un de ces interrogatoires, M. Audin dĂ©cĂšde et sa mort est maquillĂ©e en un simulacre d’évasion. Le cynisme avec lequel les parachutistes transmettent la nouvelle Ă  sa femme donne la mesure du sentiment d’impunitĂ© et du devoir accompli qui les anime. Plusieurs scĂšnes du film montrent effectivement gradĂ©s et officiels français soit complices soit complĂštement impuissants. L’idĂ©e que la torture est une nĂ©cessitĂ© politique est trĂšs prĂ©sente dans le clan colonialiste au pouvoir afin, d’une part, d’obtenir des renseignements, d’autre part, de terroriser la population.

Henri Alleg est alors transfĂ©rĂ© dans une prison et officiellement accusĂ© d’atteinte Ă  la sĂ»retĂ© de l’état, ce qui lui vaudra une condamnation Ă  dix ans d’emprisonnement lors de son procĂšs. AprĂšs trois refoulements Ă  Orly, son avocat peut enfin le rejoindre Ă  Alger et dĂ©pose une plainte pour tortures. DiligentĂ©e par les services de l’armĂ©e, elle n’aboutira pas. L’avocat et son client dĂ©cident alors de faire connaĂźtre les illĂ©galitĂ©s perpĂ©trĂ©es par les militaires français par la publication du tĂ©moignage de ce dernier. Le livre, intitulĂ© La Question, du nom de la torture lĂ©gale abolie Ă  la veille de la RĂ©volution française, sort aux Editions de Minuit en fĂ©vrier 1958, deux mois aprĂšs la soutenance de la thĂšse de mathĂ©matiques in absentia de M. Audin Ă  la Sorbonne, en prĂ©sence d’un grand nombre d’intellectuels de l’époque. Bien que saisi un mois plus tard, le livre est lu par 200 000 personnes. Le scandale Ă©clate.

TransfĂ©rĂ© en France en 1961 comme tĂ©moin dans un procĂšs, Henri Alleg s’évade avec la complicitĂ© de ses amis. En 1962, l’amnistie prononcĂ©e simultanĂ©ment au cessez-le-feu en AlgĂ©rie mettra fin Ă  sa cavale et Ă  sa condamnation mais aussi Ă  toute possibilitĂ© de faire la lumiĂšre sur la torture pratiquĂ©e par les militaires français, sur les exĂ©cutions sommaires et la disparition de dizaines de civils algĂ©riens, sur la responsabilitĂ© du gouvernement français dans les â€œĂ©vĂšnements” d’AlgĂ©rie, Ă  la possibilitĂ© pour Madame Audin de faire Ă©clater la vĂ©ritĂ© sur la mort de son mari.
Si le livre de H. Alleg retrace le mois passĂ© dans les mains de l’armĂ©e française, Laurent Heynemann, dans son film, relate aussi les Ă©vĂšnements prĂ©cĂ©dant l’arrestation et ceux qui ont suivi la mort de Maurice Audin. Lors du dĂ©bat, le rĂ©alisateur nous a racontĂ© la genĂšse de son film et les difficultĂ©s qu’il a rencontrĂ©es dans sa diffusion, nous faisant comprendre un peu mieux le silence qui existe autour des Ă©vĂšnements de la guerre d’AlgĂ©rie.
C’est pendant ses Ă©tudes de philosophie qu’il a dĂ©couvert le livre La Question, dans le cadre d’une rĂ©flexion sur la dialectique du maĂźtre et de l’esclave. Dans celle-ci celui qui gagne est celui qui se tait. Lorsque, quelques annĂ©es plus tard, il devient rĂ©alisateur, il veut faire de ce livre, qui a changĂ© sa vie dit-il, le sujet de son premier film. Son propos est de dĂ©noncer ce qui s’est rĂ©ellement passĂ© en AlgĂ©rie et de dire que, lui, en tant que français, il n’accepte pas que son pays ait fait cela, qu’il vit mal le fait que l’on n’en parle pas, que l’on n’assume pas ces faits. Cependant ce n’est pas un film sur la torture qu’il souhaite faire, c’est le colonialisme et l’idĂ©ologie de la domination qu’il vĂ©hicule qui se trouve au centre de son projet.
Dans un premier temps, Henri Alleg, devenu secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de L’HumanitĂ©, refuse. Puis il accepte mais Ă  deux conditions : les AlgĂ©riens doivent ĂȘtre partie prenante du projet, il doit y ĂȘtre clairement exprimĂ© que le livre avait pour objectif de dĂ©noncer la pratique de la torture Ă  grande Ă©chelle, comme systĂšme de maintien de l’ordre, que sa notoriĂ©tĂ©, ses relations, sa position de journaliste français lui avait certes permis de s’en sortir mais aussi d’ĂȘtre entendu.

A sa sortie, le film a Ă©tĂ© interdit au moins de 18 ans et le rĂ©alisateur, Ă  sa demande d’explications, s’est entendu rĂ©pondre que si le film avait dĂ©noncĂ© les actes commis par le F.L.N. il n’aurait pas subi cette censure. Des bombes sont dĂ©posĂ©es dans des salles qui diffusent le film, d’autres reçoivent des menaces d’attentats. Les enfants du directeur de la salle de Montpellier sont menacĂ©s de mort. A Pau, la prĂ©sence d’une caserne de parachutistes commandĂ© par un gĂ©nĂ©ral tortionnaire en a empĂȘchĂ© la diffusion Ă  sa sortie.
La parution du livre d’Aussaresses en 2001, dans lequel il dĂ©clare avoir lui-mĂȘme torturĂ© et en ĂȘtre fier, relance la polĂ©mique sur l’emploi de la torture en AlgĂ©rie. Ce livre et les dĂ©clarations de Massu qui suivent le lendemain visent Ă  faire passer la torture pour de banals faits de guerre, pour une nĂ©cessitĂ© politique, et Ă  dĂ©culpabiliser l’armĂ©e française. Pour rĂ©pondre et condamner Ă  nouveau ces exactions, une nouvelle campagne de diffusion du film est demandĂ©e, ce qui nous offre enfin la possibilitĂ© de le voir en salle Ă  Pau et de recevoir son rĂ©alisateur.
Laurent Heynemann Ă©met enfin le regret de n’avoir pas assez montrer les idĂ©aux qui animaient ces personnes qui militaient autour d’Henri Alleg, Maurice Audin ou Alger rĂ©publicain auprĂšs des algĂ©riens. EuropĂ©ens d’origine diverse, Alleg est d’origine judĂ©o-polonaise, ils se sentaient, se disaient algĂ©riens et se retrouvaient sur des idĂ©aux politiques. Entre les indĂ©pendantistes du F.L.N. et les extrĂ©mistes de l’O.A.S., ils voulaient croire Ă  une autre solution oĂč français d’AlgĂ©rie et algĂ©riens Ɠuvreraient Ă  Ă©galitĂ© Ă  “la construction d’une nouvelle AlgĂ©rie” selon les termes de Camus et Ă  remplacer le colonialisme par le socialisme.

Une visite d’Henri Alleg Ă  Pau est prĂ©vue pour la rentrĂ©e. Il aura, c’est certain, encore beaucoup de choses Ă  nous apprendre.

Elisabeth Guillot (AMD)

analyse: 21/12/2000

Torture : travail de conscience
et sens de l’avenir

par Jacques Cheminade

Lorsque j’avais vingt ans, j’ai eu honte de mon pays. Français venant d’AmĂ©rique du Sud, la rĂ©vĂ©lation de la pratique quotidienne et ordinaire de la torture Ă  travers toute l’AlgĂ©rie me fit voir un visage de la France que je croyais ĂȘtre celui de ses bourreaux. Plus bouleversante encore fut, pour ce jeune homme que j’Ă©tais, l’absence de rĂ©action et d’indignation, officielle ou populaire, dans ce pays que je dĂ©couvrais, comme si le gouvernement, l’opposition, la police, l’armĂ©e et la population s’Ă©taient tous rĂ©signĂ©s Ă  un «  sale boulot  », dans un climat de complicitĂ© veule. Il Ă©tait pourtant facile de savoir : l’on pouvait lire Pierre-Henri Simon, La gangrĂšne ou La question, entendre les rĂ©cits des appelĂ©s du contingent mal Ă  l’aise avec leur conscience, lire L’Express et France-Observateur et voir le gĂ©nĂ©ral PĂąris de la BollardiĂšre sanctionnĂ© pour avoir brisĂ© le pacte de silence ou Paul Teitgen dĂ©missionner en 1957.

Me penchant alors avec angoisse et dĂ©termination sur l’histoire de mon pays, je dĂ©couvris la dimension de sa flĂ©trissure coloniale. D’abord je constatai qu’on avait torturĂ© en AlgĂ©rie bien avant l’insurrection de la Toussaint de 1954, ce qui faisait tomber la justification, elle-mĂȘme inacceptable, par la nĂ©cessitĂ© d’obtenir du renseignement en pĂ©riode de guerre. Je dĂ©couvris ensuite ce que nos livres d’histoire ne disaient pas : le 8 mai 1945 Ă  SĂ©tif, les massacres de Madagascar. J’appris que beaucoup de nos lĂ©gionnaires, et notamment des sous-officiers, avaient dĂ©butĂ© leur carriĂšre militaire sous l’uniforme nazi avant d’ĂȘtre recrutĂ©s Ă  la hĂąte pour la guerre d’Indochine. Et que lĂ -bas, la torture et les exĂ©cutions sommaires Ă©taient devenues pratique courante, contaminant Ă  la fois, au sein de notre armĂ©e, ceux qui allaient se battre en AlgĂ©rie de notre cĂŽtĂ© et de celui du FLN. Ma conclusion fut que la torture Ă©tait le produit d’un systĂšme et non pas d’excĂšs individuels imputables Ă  des tortionnaires de tempĂ©rament. Ces pratiques n’Ă©taient pas rĂ©servĂ©es Ă  l’AlgĂ©rie mais constituaient un mal inĂ©luctable Ă©manant de la conception mĂȘme de l’Empire colonial français. Je tombai alors sur un texte prophĂ©tique de Tocqueville, datant je crois du dĂ©but des annĂ©es 1840, dans lequel il se demandait «  oĂč aboutirait cette cascade de violences et d’injustices, sinon Ă  la rĂ©volte des indigĂšnes et Ă  la ruine des EuropĂ©ens  ».

ProfondĂ©ment dĂ©moralisĂ©, je songeai alors, profitant d’une double nationalitĂ© franco-argentine, Ă  faire mon service militaire Ă  Buenos Aires, ou bien Ă  repartir de France en exprimant mon refus sans chercher d’Ă©chappatoire. Cela m’apparut, cependant, comme une dĂ©sertion inadmissible, une fuite devant une histoire qui m’avait pris Ă  la gorge. Ce qui me fit me ressaisir et rester fut de mieux connaĂźtre, en France, Ă  la fois le combat de ceux qui sauvĂšrent l’honneur et l’exemple de ce que Pierre MendĂšs-France, face aux calculs et aux calomnies, avait rĂ©ussi en Tunisie et de ce que le marĂ©chal Leclerc serait parvenu Ă  rĂ©ussir en Indochine si le pouvoir politique ne lui avait prĂ©fĂ©rĂ© l’amiral d’Argenlieu.

De Gaulle, avec les imperfections et les compromissions d’un moment difficile, ainsi que l’incomprĂ©hension d’un entourage souvent dĂ©faillant, parvint enfin Ă  extraire la France du bourbier colonial, tant en AlgĂ©rie qu’en Afrique noire. Il laissa cependant en place les «  rĂ©seaux Focart  » et tout un affairisme nĂ©ocolonial qui, de valise en valise et de rĂ©gime en rĂ©gime, crĂ»t, se multiplia et aboutit Ă  crĂ©er la paralysie des institutions françaises d’aujourd’hui face Ă  un mondialisme financier que le meilleur de notre tradition historique devrait cependant nous pousser Ă  combattre.

La gangrĂšne politique est en effet un mal qui se propage lentement et inĂ©luctablement, qu’on ne peut arrĂȘter qu’en sortant le corps dĂ©composĂ© du placard.

C’est pourquoi il est lĂ©gitime que la question de la torture soit posĂ©e aujourd’hui, Ă  condition qu’elle ne soit pas prĂ©texte Ă  des exercices de mauvaise conscience ou de fuite en arriĂšre, mais d’Ă©puration du passĂ© pour donner sens Ă  l’avenir. Il s’agit, en un mot, de dĂ©livrer la France d’une flĂ©trissure qui, aujourd’hui encore, la diminue et l’empĂȘche d’ĂȘtre elle-mĂȘme. Il ne s’agit pas, entendons-nous bien, d’Ă©purer le passĂ© par peur de l’avenir mais pour mieux se battre dans l’avenir, il ne s’agit pas de se complaire dans une culpabilisation qui paralyse mais d’entreprendre un examen de conscience qui libĂšre.

Nous le devons d’abord Ă  tous ceux que la politique coloniale française a outragĂ©s. Nous le devons ensuite Ă  ceux qui combattirent dans notre camp et sur lesquels ne peut peser une mise en cause collective. Nous le devons enfin aux jeunes gĂ©nĂ©rations avides de connaĂźtre leur passĂ© pour y trouver des points de repĂšre. Le but est que les mĂ©moires de la France et de l’AlgĂ©rie ne soient pas des mĂ©moires qui rentrent en guerre dĂšs qu’elles se manifestent ou, pire encore, pratiquent un chantage autodestructeur aux crimes de l’autre. Il est aussi, chez nous, nĂ©cessaire que les quelque 10 millions d’hommes et de femmes aujourd’hui personnellement et directement concernĂ©s par ce qui s’est passĂ© en AlgĂ©rie – les soldats, le contingent français et leurs enfants, les harkis, les juifs d’AlgĂ©rie et tous les musulmans algĂ©riens et leurs enfants beurs — puissent se concerter et s’entendre afin d’oeuvrer ensemble pour l’avenir.

Enfin, il est indispensable aujourd’hui, pour notre identitĂ© future, de comprendre comment un pays civilisĂ© et qui venait de subir les horreurs de l’occupation nazie, a pu lui-mĂȘme tomber, par sa pratique coloniale, dans ce qu’il faut bien appeler la barbarie.

Paul Thibaud, par rapport Ă  ce dĂ©fi, a trĂšs bien exprimĂ© ce que devrait ĂȘtre notre tĂąche : «  On se dĂ©sidentifie au passĂ© mauvais en envisageant, en entreprenant un avenir autre, et cette distance prise fait qu’on peut Ă©voquer le mal parce qu’on est devenu capable d’en supporter le souvenir.  » Robert Badinter nous dit de son cĂŽté : «  La reconnaissance du passĂ©, aussi tragique et douloureux soit-il, est indispensable pour l’avenir car aucune nation, pas plus qu’un ĂȘtre humain, ne peut durablement vivre dans le mensonge.  »

ConcrĂštement, il ne s’agit pas de rĂ©clamer une repentance nationale ou de battre notre coulpe collective, mais que la France manifeste clairement sa volontĂ©, aujourd’hui, de rompre tout lien avec son systĂšme colonial et nĂ©o-colonial. Il nous paraĂźt Ă©trange que, dans la France de 1956, lorsque Guy Mollet reçut les tomates d’Alger, la bonne conscience vis-Ă -vis de la colonisation ait Ă©tĂ© quasi totale. Aurons-nous, au contraire, le courage aujourd’hui de mener autre chose qu’une politique plus ou moins nĂ©o-coloniale, Ă  l’Ă©chelle de l’Afrique noire et du monde ? Aurons-nous le courage d’affronter la forme que prend aujourd’hui le colonialisme financier dans le monde, ou continuerons-nous Ă  nous y soumettre ? LĂ  est la vraie question. En tous, cas, dans ce domaine, et oĂč qu’il soit, François Mitterrand ne peut certainement pas ĂȘtre de bon conseil…

Soulignons, en passant, que le tortionnaire Paul Aussaresses acquit son «  expĂ©rience du renseignement  » avec les colonisateurs britanniques, en Malaisie, puis fournit le tĂ©moignage de sa propre expĂ©rience en Indochine et en AlgĂ©rie aux parachutistes amĂ©ricains, Ă  Fort Bragg (Caroline du Nord) avant leur dĂ©part pour le Vietnam, au dĂ©but des annĂ©es soixante. Explorer et expliquer ce genre de «  collaboration  » est, aussi, une tĂąche Ă  entreprendre pour nous libĂ©rer dĂ©finitivement des liens qu’elle a nouĂ©s.

Oui, nous devons agit pour empĂȘcher le retour de cette honte en crĂ©ant les conditions politiques pour qu’elle ne puisse rĂ©apparaĂźtre.

L’Etat doit dĂ©cider de constituer une Commission de vĂ©ritĂ© et de rĂ©conciliation, compĂ©tente sur l’ensemble des crimes commis au nom de l’Empire français, composĂ©e entre autres de juristes, d’hommes de loi et de foi, d’hommes politiques et d’historiens. Ce geste est indispensable, car ces crimes, directement ou indirectement, ont Ă©tĂ© l’oeuvre du pouvoir politique. On ne peut donc simplement laisser aux historiens la tĂąche de les rechercher. On ne peut pas, non plus, envisager de solution pĂ©nale. Il reste Ă  montrer, par la constitution de cette commission, que les pouvoirs d’aujourd’hui entendent rompre avec le passĂ© colonial et nĂ©o-colonial de la France.

Autrement, je jugerai toujours avec les yeux du jeune homme que je fus : aux actes. Car, inspirĂ© par la mĂ©moire, en ne cachant rien de ce qui s’est produit, c’est le parti de la vĂ©ritĂ© et de l’avenir que nous devons servir. Servant un grand projet, pour ne plus avoir honte.

 

Le Monde Diplomatique – March 1997

 

PAINFUL MEMORIES OF THE REVOLT OF 1947

Deafening silence on a horrifying repression

by PHILIPPE LEYMARIE

 

“We used to say ‘bird’, and if the other person replied ‘fire’, they were friend. Anything else and they were foe and got killed”: this was Monja Jaona, one of the rebel chiefs, remembering. On the Saturday night of 29 March 1947, there had been surprise attacks on the Tristani police camp at Moramanga, which was on the railway line between Antananarivo and Tamatave, along with areas along the Bas-Faraony river and on the east coast town of Manakara. In spite of the element of surprise, the uprising failed elsewhere as the majority of the population did not follow suit.

Father Jacques Tronchon, coordinator of the Episcopal Conference (whose book, “L’Insurrection malgache de 1947”, is still a seminal work), recalls that it took place during the rainy season, on the night of Palm Sunday. It was also fandroana time (the festival of bathing), a time for national commemoration of the era of the queens with its celebration of the mystique of fatherland, renewal, ancestor worship and traditional Malagasy values (1). France had been defeated by Germany and, no longer invincible, had to turn to its empire for support to join the Allies. General de Gaulle made a speech in Brazzaville pledging that union with France would bring citizenship rights for its peoples overseas: which did not stop the French army from carrying on with torture and massacres from SĂ©tif to Haiphong (2).

In Indochina, Ho Chi Min already felt “betrayed”. In Madagascar, all the settlers (irrespective of class) and some of the civil servants were worried about possible British or South African designs on the island and found the spectacular rise of the Democratic Movement for Malagasy Reform (MDRM) particularly hard to swallow. This movement, with its three Malagasy deputies, was both nationalistic and pacifist. Jacques Rabemananjara, the youngest of the three, remembers that the atmosphere was electric and everybody was spellbound by nostalgia for their country. Their aim was to become ever more French, without losing their Malagasy identity (3). The MDRM was led by “a decadent aristocracy of grand hovas” (4), as Paul Ramadier, the French socialist head of government, put it. In January 1947 it won the local elections and announced a council meeting for the coming April.

There were two main secret societies at the time, both formed in the tide of the anti-colonialist movement: Panama (Malagasy National Patriots) and Jiny (named after a red bird which flutters from valley to valley). These intended to seize independence by force. With hindsight, however, they thought that they were prematurely drawn into battle since a group, under the control of the police had launched the signal for action, forcing them to follow suit. Most researchers now accept the theory of provocation, whether by the police or the settlers – or even the Anglo-Saxons.

Jaona, Jiny’s founder in the south, is one of the few nationalist chiefs to acknowledge his responsibility in triggering what the settlers called the “rebellion” and what the Malagasies themselves were later to refer to as the “events”. He explains: “My ancestors were killed during the French occupation, shot by Senegalese firing squads. I had to fight to avenge my father. I was angry. I told myself: we went to France, fought the Germans, defended France, country of the French. Why aren’t we defending our own country? Let’s stand up and be counted. Let’s abolish forced labour. I called the people out on strike” (5).

Two guerrilla zones were formed in the dense, mountainous forest of the east and then spread. A “railway battle” ensued with the collusion of some of the railway workers. Several “armies” were formed with their own “generals” and “war ministers”; and newly-demobilised soldiers led the rebels, as did many of the mpanjakas (traditional chiefs).

An 18,000 strong French expeditionary force – subsequently increasing to 30,000 – landed in April. It took them a whole year to crush the nationalist guerrillas. Twenty-one months after the start of the insurrection, the last remaining rebels came out of the forest, starved and without arms, leaders or supplies. “They were trying to eliminate all the officers and you only needed a pair of trousers and shoes to be a suspect”, recalls GisĂšle Rabasahala, then secretary to the French lawyers of the MDRM (which subsequently took control of the committee responsible for the defence and rehabilitation of the prisoners. “It was a real bludgeoning”, adds Father Tronchon; “They called it pacification once they’d flattened everything”.

According to the General Staff reports, which Father Tronchon uses as the basis of his figures, the so-called pacification led to 89,000 deaths, not to mention torture, summary executions and villages forcibly evacuated and torched. At the National Assembly, the French high commissioner gave a more comprehensive estimate: 90,000-100,000 dead. Many Malagasies say the slaughter was even more extensive. The French were then perfecting new techniques of colonial warfare, particularly in terms of psychological action. Just as the French forces had tested some of their weaponry in Madagascar at the time of the 1895 conquest less than 20 years before the first world war – orchestrated by Generals Gallieni, Joffre and Lyautey, the future “victors of the Marne”.

The rebels themselves were responsible for the deaths of 550 Europeans and of approximately 1,900 Malagasies. In fact, against the backdrop of the colonial war, an appalling civil war was played out in the first weeks between the nationalists and members of the Party of the Malagasy Disinherited (Padesm). This group was supported by the colonial authorities. It recruited chiefly among the mainty (blacks) and the descendants of slaves from the High Plateaux and among the inhabitants of coastal provinces. It accused the MDRM of having “fomented the rebellion in order to restore the former monarchy and the hova hegemony” (6).

The three MPs from Madagascar were arrested. During their trial, Paris dismissed the charge of police provocation and retained the theory of an MDRM-organised plot: the members of parliament were sentenced to death (though later reprieved) and the movement was outlawed. In Madagascar, as in Indochina and Algeria, all contact with the nationalists was broken. Six years later came the fall of Dien Bien Phu in Indochina and the Toussaint rouge insurrection in Algeria.

* Journalist

(1) See Jacques Tronchon, “L’Insurrection malgache de 1947”, Karthala, Paris, 1986. The author compiled 140 testimonies and accounts and by luck had access to 22 bundles of secret archives in France.

(2) See Yves Benot, “Massacres coloniaux, 1944-1950: la IVe RĂ©publique et la mise au pas des colonies françaises”, La DĂ©couverte, Paris, 1994.

(3) Extract from “L’Insurrection de l’Ăźle rouge, Madagascar 1947”, La Sept/Arte co-production, Point du jour, 1994 documentary by DaniĂšle Rousselier and Corinne Godeau.

(4) Like many politicians during French rule, Paul Ramadier confused the hovas, the bourgeoisie from the High Plateaux who held real power, with the andrianas, the nobility. An example of this was the deputy Ravohangy-Andrianavalona who was sentenced to death following the 1947 uprising. The French, particularly the socialists, tried to present themselves as the defenders of the “oppressed” Malagasies against their upper-class exploiters. This was the ideological justification for the French support for Padesm, initially an anti-nationalist movement and subsequently a model for President Philibert Tsiranana’s impending social democratic party, which allowed France to keep Madagascar in its fold during the First Malagasy Republic (1958-1972).

(5) Monja Jaona, who died in 1994, fought unceasingly against “foreigners” in all forms from the 1930s onwards. He founded the Monima Party (Madagascar for the Malagasies) in 1958 and instigated a revolt in the south in March 1971. This was severely repressed by Philibert Tsiranana, the first president of the independent republic. He went on to support the Second Republic before fighting it. He was seriously wounded by the military in 1992 while leading a demonstration calling for a federalist constitution for the island.

(6) See Lucile Rabearimanana, “Les Ă©vĂ©nements de 1947 Ă  Madagascar”, Omaly Sy Anio, Arts Faculty review, University of Madagascar, 1988-2, Antananarivo.

Translated by Judy Marchant

 

Le premier polytechnicien noir de France
Posté le Dimanche 06 avril à 12:32:54 par Webmaster
Contribution de Quelqu’un

 

Militaire GuadeloupĂ©en (Pointe-Ă -PĂźtre 1859-Paris 1930), Camille MortĂ©nol devait ĂȘtre le premier homme noir Ă  entrer Ă  l’Ă©cole polytechnique et laissa dans l’histoire de France un brillant souvenir.

Il fit ses études à Basse-Terre, chez les frÚres de Ploërmel et au collÚge diocésain récemment fondé par Mgr LacarriÚre.
DistinguĂ© pour son intelligence et ses aptitudes en mathĂ©matiques, il put, grĂące Ă  une bourse, partir pour le lycĂ©e de Bordeaux oĂč il prĂ©para les concours de Navale et de Polytechnique.

C’est Ă  Polytechnique qu’il devait ĂȘtre remarquĂ© par le marĂ©chal de Mac-Mahon, lequel, fidĂšle Ă  la rĂ©putation de ses rĂ©parties d’une incroyable naĂŻvetĂ©, lui aurait dit, en passant les Ă©lĂšves en revue : “C’est vous le NĂšgre ? TrĂšs bien, mon ami…Continuez !”…

Il continua en effet et, Ă  sa sortie de l’Ă©cole Polytechnique, opta pour la marine, navigua de 1882 Ă  1894, avant d’ĂȘtre envoyĂ© Ă  Madagascar oĂč il participa Ă  tous les combats, du 4 dĂ©cembre 1894, date de la dĂ©claration de guerre, au 3 juillet 1895.

Chevalier de la LĂ©gion d’honneur, il n’assoira pas sa rĂ©putation seulement sur ses faits d’armes, puisqu’il participa Ă  l’organisation de la colonie malgache, s’attirant ainsi la sympathie de GalliĂ©ni.

De 1900 à 1902, il commanda la station locale du Congo français et, de 1907 à 1909, la flottille des torpilleurs des mers de Chine.
En 1915, Gallieni, alors gouverneur militaire de Paris, le fait appeler et le charge de la défense aérienne de la capitale.

MortĂ©nol sera Ă  l’origine de bien des dispositions ( l’installation des cĂ©lĂšbres projecteurs du mont ValĂ©rien par exemple) qui contribuĂšrent Ă  sauver Paris. En 1921, il Ă©tait fait commandeur de la LĂ©gion d’honneur.

De l’aveu de l’un de ses chefs, un Amiral, il ne pouvait devenir un jour GĂ©nĂ©ral Ă  cause de la couleur de sa peau. Il a aujourd’hui aussi des dĂ©tracteurs qui voient en lui l’instrument du colonialisme français. Hors cadre de l’active dĂšs 1917, il avait choisi de rester Ă  Paris oĂč il vĂ©cut entourĂ© de gens de toutes races et de tous milieux qui tous lui vouaient une grande estime, avant de s’Ă©teindre en 1930.

CONCLUSION

Cet homme qui fit preuve de beaucoup de zĂšle pour la France et qui a mĂȘme participĂ© Ă  des massacres de noirs par les Français (par exemple Ă  Madagascar), n’a pas Ă©tĂ© « rĂ©compensĂ© » comme il aurait dĂ» par la France dans laquelle il avait mis toute sa confiance. En effet, pour ce qu’il a fait et ce qu’il Ă©tait, n’importe quel Blanc aurait terminĂ© au grade de gĂ©nĂ©ral. MortĂ©nol n’a obtenu que le premier grade des officiers supĂ©rieurs (c’est Ă  dire le grade de Commandant).

NĂšgre tu es, NĂšgre tu resteras !

 

Les parenthĂšses de l’Histoire : A la gloire des hĆœros …

Orléans, mars 1997

 

Les massacres ignorés de Madagascar

 

Cent mille morts, telle est l’Ă©valuation du nombre des victimes de la rĂ©pression franaise ˆ Madagascar en 1947 et 1948. Une sale guerre, ignorĂ©e en mĂ©tropole, treize ans avant la proclamation de l’idĆœpendance de “la grande ”le”.

Il y a cinquante ans, la France rĆœprimait l’insurrection

Au soir du 29 mars 1947, commence la rĆœvolte contre la prĆœsence franaise. A Moramanga , sur la voie ferrĆœe Tamatave-Tananarive, les insurgĆœs attaquent des tirailleurs sĆœnĆœgalais, sans parvenir ˆ prendre leur camp.

Quelques officiers sont tuĆœs dans leur hℱtel. Une autre action est engagĆœe prs de Manakara contre des localitĆœs o vivent des Franais, avec des succs limitĆœs lˆ encore.

Ces Ćœvnements suffisent ˆ entra”ner dans la lutte des masses rurales hostiles ˆ l’administration franaise et aux colons, tant il est vrai que, depuis la fin de la conqute en 1896, le sentiment national malgache est restĆœ vivace.

La Seconde Guerre mondiale a d’ailleurs, comme dans d’autres colonies, affaibli la domination de la mĆœtropole. De Vichy, le pouvoir est passĆœ aux Anglais, puis ˆ la France libre. Mais, si cette dernire a accordĆœ quelques libertĆœs, elle a imposĆœ ˆ la population un effort de guerre jugĆœ insupportable.

Guerre coloniale

 

Au mĆœcontentement dĆŸ aux rĆœquisitions de main-d’oeuvre, ˆ la pĆœnurie, ˆ la hausse des prix, s’ajoutent les frustrations d ‘anciens combattants malgaches rapatriĆœs sans Ćœgards aprs de longues annĆœes au service d’une France qu’ls jugent bien ingrate. Trouvant en ces soldats des cadres, la rĆœvolte s’Ćœtend profitant de la faiblesse des effectifs militaires dans la colonie, 6 000 hommes tout au plus.

Mais, ˆ la mi-avril, arrivent les premiers renforts, des parachutistes et des tirailleurs africains, soit 18 000 combattants. Le gouvernement Ramadier veut reprendre rapidement la situation en main. Opposant une armĆœe moderne, dont les effectifs sont portĆœs ˆ 30 000 hommes, ˆ des insurgĆœs ĆœquipĆœs de sagaies, de machettes, de rares fusils, la guerre dure pourtant jusqu ‘ˆ la fin de 1948 et s’accompagne d’une rĆœpression impitoyable. Elle frappe d’abord le MDRM (Mouvement dĆœmocratique de la renovation malgache), parti lĆœgal qui a trois dĆœputĆœs ˆ la Chambre Ćœlue en novembre 1946. Il veut l’indĆœpendance par la voie nĆœgociĆœe. Hostile ˆ une rĆœvolte dĆœclenchĆœe par des sociĆœtĆœs secrtes, le Panama (Patriotes nationalistes malgaches) et la Jina (nom d’un oiseau ) il a clairement mis en garde ses militants contre la lutte armĆœe.

Mais, pour le pouvoir politique franais, l’occasion d’Ćœcraser un parti nationaliste populaire est trop belle. Militants, Ćœlus du MDRM, sont pourchassĆœs, torturĆœs; malgrĆœ leur immunitĆœ parlementaire, les dĆœputĆœs Ravoahangy et Rabemananjara sont arrtĆœs ˆ Tananarive ds le 12 avril. Le 6 juin, le troisime, Raseta, subit le mme sort ˆ la sortie du Palais Bourbon o la majoritĆœ de ses collgues vient de voter la levĆœe de son immunitĆœ; seuls les dĆœputĆœs communistes et d’outre-mer s’y sont opposĆœs.

A Madagascar, les troupes franaises mnent une vĆœritable guerre coloniale dont la presse mĆœtropolitaine ne parle pratiquement pas. Les Franais restent dans l’ignorance de la reconqute et des atrocitĆœs commises. Le bilan est particulirement lourd. 1.900 Malgaches ayant “collaborĆœ avec les Franais” ont ĆœtĆœ tuĆœs par les insurgĆœs, ainsi que 500 militaires et colons Le nombre des indĆœpendantistes morts est tout autre: combats, massacres, incendies de villages, tortures, famine, auraient fait pĆœrir 100 000 personnes. Fin 1948, le gĆœnĆœral Garbey de l’Ćœtat-major franais parle de 86 000 victimes, mais en 1960, on annonce officiellement 11 342 morts!…

 

 

Des reprĆœsailles “effroyables “

 

Plus Ćœdifiante que les chiffres est l’Ćœvocation des mĆœthodes utilisĆœes deux ans aprs la fin de la barbarie nazie. Un extrait d’article pourtant hostile aux insurgĆœs, publiĆœ dans France-Soir le 8 mai 1947 et lu ˆ la Chambre par le socialiste Lamine Gueye, ˆ la grande fureur de nombre de ses collgues, permet de se faire une idĆœe : “Les rĆœpresailles sont effrayantes. Des prisonniers malgaches sont chargĆœs en avion et l‰chĆœs vivants au-dessus des villages dissidents comme “bombes dĆœmonstratives. A d’autres endroits, les rebelles, enfermĆœs dans des cases, sont brĆŸlĆœs vifs”.

“Les mĆœthodes qui seront plus tard employĆœes en AlgĆœrie ont ĆœtĆœ utilisĆœes”, constate l’historien J.Planchais (1).

Tout cela reste mal connu : un manuel de terminale sur deux ne fait pas la moindre allusion ˆ la rĆœvolte malgache dans son chapitre sur la dĆœcolonisation. Pourtant ce drame montre ˆ quel point la IV RĆœpublique a eu du mal ˆ admettre l’Ćœmancipation des peuples de son empire colonial dĆœguisĆœ en “Union franaise”. Aux premires revendications indĆœpendentistes, elle a toujours rĆœpondu avec brutalitĆœ. Craignant d’tre affaiblie par la perte de ses colonies, la France s’est alors abaissĆœe d’avoir trop voulu les garder.

Jean-Claude MUTEAU ,historien

(1)   L’Empire embrasĆœ, Denơ‘l Paris 1990

 

SEPTEMBRE 2000
par Isabelle Saint-Saëns

17 octobre 61 : archĂ©ologie d’un silence (avant-propos)

 

Le 17 octobre 61, la FĂ©dĂ©ration de France du FLN appelle les AlgĂ©riens de la rĂ©gion parisienne Ă  manifester pacifiquement contre le couvre-feu instaurĂ© le 5 octobre par le prĂ©fet de police, Maurice Papon. 30.000 manifestants face Ă  7000 policiers, 12.000 arrestations, 3 morts selon le bilan officiel, plus de 300 selon le FLN. Plusieurs dizaines selon les rapports demandĂ©s par le gouvernement Ă  la fin des annĂ©es 90 : les missions Mandelkern (98) et GĂ©ronimi (99), ayant eu accĂšs aux documents officiels, n’ont pu que constater qu’un nombre trĂšs important en avait disparu.

Le gouvernement gaulliste mĂšne une stratĂ©gie d’Ă©touffement. C’est par le silence que Papon rĂ©pond aux questions de Claude Bourdet Ă  la sĂ©ance du Conseil de Paris du 27 octobre 61. Roger Frey, ministre de l’intĂ©rieur et futur prĂ©sident du Conseil Constitutionnel, rejette une demande de commission d’enquĂȘte parlementaire, au motif que des informations judiciaires (toutes clĂŽturĂ©es par des ordonnances de non-lieu) sont en cours. Les tĂ©moignages rassemblĂ©s par les Ă©ditions Maspero sont saisis chez le brocheur, avant le dĂ©pĂŽt lĂ©gal : ces livres n’existent tout simplement pas. VĂ©ritĂ©-LibertĂ©, Les Temps Modernes et Partisans sont saisis. Les projections d’Octobre Ă  Paris de Jacques Panijel sont interdites ; un film rĂ©alisĂ© par la Radio-TĂ©lĂ©vision Belge est dĂ©programmĂ©, les pellicules disparaissent. La presse communiste (LibĂ©ration et L’HumanitĂ©) fait Ă©tat des violences policiĂšres, mais renonce Ă  publier in extenso des tĂ©moignages, pour Ă©viter la saisie. Le Monde et Le Figaro s’indignent des ” violences Ă  froid sur les manifestants arrĂȘtĂ©s “, mais ” comprennent les brutalitĂ©s policiĂšres Ă  chaud “.

Quelques mois plus tard, le 8 fĂ©vrier 62, neuf morts au mĂ©tro Charonne lors d’une manifestation contre les attentats de l’OAS. Français ni musulmans ni d’AlgĂ©rie, pour la plupart communistes et syndiquĂ©s, ils seront enterrĂ©s par prĂšs d’un demi-million de personnes. Sans doute auraient-ils Ă©tĂ© qualifiĂ©s d'” innocents ” par ce Monsieur Barre qui eut Papon comme ministre du budget. Seul le reprĂ©sentant de la CFTC Ă©voquera Ă  l’enterrement les morts anonymes d’octobre.

Pendant deux dĂ©cennies ce sont les tĂ©moins, directs ou indirects, qui insisteront : Pierre Vidal-Naquet en 72 (La torture dans la RĂ©publique), Georges Mattei, membre des rĂ©seaux de soutien au FLN, l’un des rares Français auxquels la FĂ©dĂ©ration de France du FLN avait demandĂ© d’ĂȘtre prĂ©sents sur le parcours de la manifestation, qui rĂ©alise (avec Jean-Louis PĂ©ninou) un dossier dans LibĂ©ration (le 17 octobre 80 puis le 17 octobre 81). Au milieu des annĂ©es 80, avec l’Ă©chec de l’intĂ©gration Ă  la SOS-Racisme, les jeunes issus de l’immigration questionnent leurs parents : s’en fait l’Ă©cho le dialogue entre Mohamed Hocine, fondateur du ComitĂ© contre la double peine, et son pĂšre, filmĂ© dans Douce France, la saga du mouvement beur. En 91, de jeunes militants (Anne Tristan, AgnĂšs Denis, Mehdi Lallaoui et le collectif Au nom de la mĂ©moire) Ă©crivent un livre puis rĂ©alisent un film, Le silence du fleuve. La mĂȘme annĂ©e paraĂźt le premier ouvrage historique, La bataille de Paris de Jean-Luc Einaudi : n’Ă©tant pas historien ” professionnel ” il lui faudra attendre 99 pour obtenir l’accĂšs Ă  certaines archives. Sur la dĂ©colonisation sous la IVe rĂ©publique, on attend les documents historiques d’envergure : combien d’universitĂ©s françaises possĂšdent une chaire d’histoire de la colonisation et de la dĂ©colonisation ?

Les massacres d’octobre 61, comme ceux de l’Ăšre coloniale rĂ©cente (de SĂ©tif et Madagascar Ă  OuvĂ©a), sont des crimes qui ne sont pas nommĂ©s, pas plus que ne le sont leurs victimes, ceux que l’on dĂ©signe sous le sigle FMA (” Français Musulmans d’AlgĂ©rie “) ou plus couramment comme crouilles, ratons, melons, bicots, parquĂ©s dans les bidonvilles ou dans des quartiers intra-muros quadrillĂ©s en permanence. Depuis le dĂ©but de cette guerre sans nom maquillĂ©e en ” pacification ” et ” opĂ©rations de maintien de l’ordre “, les gouvernements successifs (de la SFIO de Mollet et Mitterrand aux gaullistes) entretiennent le racisme policier, militaire et civil. Ratonnades, tortures, noyades, fusillades, pendaisons : ce qui se passe en cette fin d’octobre 61 se produit en mĂ©tropole depuis 54. ” Le 17 est un moment, un moment seulement, dans un temps oĂč nous Ă©tions toujours niĂ©s ” disent les AlgĂ©riens interrogĂ©s trente ans plus tard par Anne Tristan. En AlgĂ©rie, c’est le quotidien. Un Ă©tat de droit en France cohabite avec un Ă©tat d’exception dans les colonies, qui s’applique aussi en mĂ©tropole Ă  ces ” citoyens de l’Union ” qui sont moins citoyens que les autres ; et ce consensus rĂ©publicain a besoin pour fonctionner de dĂ©signer un objet de peur et de rejet : ” Consentir, dit Jacques RanciĂšre, c’est d’abord sentir ensemble ce qu’on ne peut pas sentir. ”

Comme ceux qui, en ce moment, en s’appelant sans papiers, mettent Ă  mal l’identification entre clandestins et suspects, les AlgĂ©riens de 61, en manifestant dans les rues de Paris, revendiquent une visibilitĂ© qui leur est interdite.

En avril 56 Maurice Laban, instituteur pied-noir, ancien des Brigades Internationales et membre du Parti Communiste AlgĂ©rien, rejoint les maquisards algĂ©riens. Il est tuĂ© le 5 juin 56 dans un accrochage avec une compagnie française, en mĂȘme temps que l’aspirant Maillot, qui avait dĂ©sertĂ© avec un stock d’armes. AprĂšs son expulsion du dĂ©partement de Constantine, il avait cachĂ© des documents dans des bouteilles enterrĂ©es dans le dĂ©sert. Sa femme rĂ©ussira Ă  exhumer celles que le mouvement des sables n’a pas fait disparaĂźtre.

Le Monde diplomatique

MARS 1997      Pages 22 et 23

LA MÉMOIRE TROUBLÉE DE L’INSURRECTION ANTICOLONIALE DE 1947

Madagascar entre nationalisme et survie

 

MADAGASCAR va commĂ©morer avec ferveur, Ă  partir du 29 mars, le 50e anniversaire d’un soulĂšvement qui fut l’une des premiĂšres manifestations nationalistes dans l’empire français. La rĂ©pression, avec prĂšs de 100 000 morts un des grands massacres coloniaux de l’aprĂšs-guerre, sur lequel la France a Ă©tendu un voile de silence , a fauchĂ© toute une gĂ©nĂ©ration de cadres malgaches ; et accru le trouble d’une nation jadis fiĂšre et unie, mais dĂ©faite par les intrusions Ă©trangĂšres, et impuissante depuis Ă  retrouver ses Ă©quilibres ancestraux. Et avec le retour, le 9 fĂ©vrier dernier, de l’amiral Didier Ratsiraka Ă  la tĂȘte de l’Etat, puis la dĂ©signation, le 21 fĂ©vrier, d’un nouveau premier ministre, M. Pascal Rakotomavo, la politique risque de s’orienter dans une direction apparemment trĂšs Ă©loignĂ©e des vieux idĂ©aux nationalistes.

Par PHILIPPE LEYMARIE
Journaliste Ă  Radio France Internationale.

 

Aux marges de l’Afrique, mais proche de l’Asie par une partie de sa population, situĂ©e dans une zone stratĂ©gique, entre le Cap et le Golfe, Madagascar, la grande Ăźle du sud-ouest de l’ocĂ©an Indien, tour Ă  tour social-dĂ©mocrate (Ire RĂ©publique), nationaliste et rĂ©volutionnariste (IIe), puis libĂ©rale, populiste et chrĂ©tienne (IIIe), se veut aujourd’hui ” humaniste et Ă©cologique ” pour tenter, dans un quotidien obsĂ©dĂ© par la survie, de sauver ce qui peut l’ĂȘtre.

” Ce 29 mars 1947, se souvient M. Guy Razanamasy, ancien premier ministre, actuellement maire de la capitale, on projetait La Bataille du rail, le film de RenĂ© ClĂ©ment. ” Involontaire et bientĂŽt douloureuse ironie : les insurgĂ©s avaient commencĂ© par couper des voies ferrĂ©es ; certains d’entre eux devaient pĂ©rir ensuite dans des wagons, au fil d’une rĂ©pression qui – sur trois ans – a pris l’allure d’une vĂ©ritable guerre coloniale (lire l’article ci-dessous).

” J’avais dix- huit ans. L’insurrection nous a fait comprendre que nous Ă©tions malgaches. C’Ă©tait national, pas seulement merina “, insiste M. Guy Razanamasy, dont un oncle, lieutenant ralliĂ© aux rebelles, avait Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©. La revendication politique du Mouvement dĂ©mocratique pour la rĂ©novation malgache (MDRM), qui, Ă  la faveur des premiĂšres Ă©lections dans ce qui Ă©tait devenu l’Union française, avait rĂ©ussi Ă  faire Ă©lire ses dĂ©putĂ©s, dĂ©passait largement les limites des Hauts-Plateaux merinas et betsileos. De mĂȘme, l’insurrection armĂ©e dĂ©clenchĂ©e par des sociĂ©tĂ©s secrĂštes a-t-elle eu pour cadre essentiel la cĂŽte est, avec sa forĂȘt, ses voies stratĂ©giques de chemin de fer, ses plantations coloniales.

Pendant plusieurs dĂ©cennies, il n’a plus Ă©tĂ© question, officiellement du moins, de la ” rĂ©bellion “, comme l’appelaient les Français, ou du tabataba (les Ă©vĂ©nements), comme disaient les Malgaches. Un drame vĂ©cu par beaucoup comme une saignĂ©e doublĂ©e d’un incomprĂ©hensible malheur. Il avait fallu attendre 1967 pour que le prĂ©sident Tsiranana, fondateur de la Ire RĂ©publique, dĂ©crĂšte pour la premiĂšre fois le 29 mars ” journĂ©e de deuil ” mĂȘlant bourreaux et victimes, anticolonialistes et collaborateurs, dans un mĂȘme regret silencieux, comme marquĂ© par la faute et la malĂ©diction. A la fin des annĂ©es 70, l’anniversaire commence Ă  ĂȘtre cĂ©lĂ©brĂ© dans la fiertĂ© et la reconnaissance, comme ” une rĂ©volution certes manquĂ©e, mais prĂ©parant la voie aux luttes nationalistes qui devaient suivre (1) “.

On Ă©crit encore parfois Ă  Mme GisĂšle Rabesahala, secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale de l’AKFM-KDRSM et infatigable animatrice du ComitĂ© de solidaritĂ© de Madagascar, Ă  l’en-tĂȘte de ” Mme la PrĂ©sidente des EvĂ©nements de 1947 “, puisqu’elle avait eu Ă  coeur, comme ministre de la culture sous la IIe RĂ©publique ” dĂ©mocratique “, de faire rechercher les charniers, dresser dans tout le pays des obĂ©lisques et apposer des stĂšles commĂ©moratives. Elle souhaite, maintenant que la plupart des acteurs sont ĂągĂ©s ou disparus, qu’on adopte une vue plus scientifique sur cette Ă©poque et que Paris ouvre ses archives, et surtout reconnaisse cette page peu glorieuse… ” Il ne s’agit pas de se recouvrir la tĂȘte de cendres. Juste accepter les faits : c’Ă©tait, en proportion, comme si Ă  l’Ă©poque on avait tuĂ© un million de Français… Pourquoi les diplomates français, invitĂ©s comme tous les autres depuis 1977, n’ont-ils jamais osĂ© participer aux cĂ©rĂ©monies d’anniversaire ? ”

Assumer le passé

L’AMIRAL Didier Ratsiraka, qui vient d’ĂȘtre rĂ©Ă©lu Ă  la tĂȘte de l’Etat, souhaite Ă©galement un geste : ” J’en parlerai Ă  la mi-mars, Ă  Paris, au prĂ©sident Chirac… ” Recevant Ă  Toamasina (ex-Tamatave), sa ville natale, au cours d’une tournĂ©e dans les rĂ©gions du Nord-Est, partiellement dĂ©vastĂ©es par un cyclone, il affirme que son rĂŽle est de ” prĂ©parer psychologiquement les Malgaches et les Français ” Ă  assumer ce passé : ” Entre la France et l’Allemagne, il y a eu deux guerres mondiales. Cela ne les empĂȘche pas de marcher ensemble : des troupes allemandes ont bien dĂ©filĂ©, ces derniĂšres annĂ©es, sur les Champs-ElysĂ©es ! Ici, il y a eu les exactions, les fusillades, la rĂ©pression contre des nationalistes qui croyaient leur cause juste. Mais la colonisation aussi croyait en sa mission de civilisation. ”

Lors de son investiture, le 9 fĂ©vrier dernier, le prĂ©sident Ratsiraka a annoncĂ© que les 4 032 combattants et mutilĂ©s survivants de cette pĂ©riode vont bĂ©nĂ©ficier d’une pension rĂ©guliĂšre, et que le 50e anniversaire du soulĂšvement de 1947 sera cĂ©lĂ©brĂ© solennellement. Il reconnaĂźt que, cĂŽtĂ© malgache aussi, ce ” travail de deuil ” n’avait pu ĂȘtre menĂ© Ă  bien sous la IIe RĂ©publique, qu’il avait fondĂ©e et dirigĂ©e entre 1975 et 1992 : ” Le passĂ© Ă©tait trop sensible. ”

S’imposant toujours Ă  la vue, Ă  des dizaines de kilomĂštres Ă  la ronde, la silhouette familiĂšre mais dĂ©charnĂ©e de l’ancien Palais de la Reine, avec ses quatre tours posĂ©es sur la plus haute colline de la capitale, en est le tĂ©moignage. Cet ensemble de bĂątiments royaux, pour l’essentiel en bois, a en effet brĂ»lĂ© corps et biens le 6 novembre 1995, ne laissant qu’une massive enveloppe carrĂ©e de pierre donnant sur le vide, lĂ  oĂč jusqu’Ă  la fin du siĂšcle dernier les souveraines merinas – l’ethnie dominante des Hauts-Plateaux malgaches, qui avait fini par assurer l’unitĂ© du pays, et constituer plus tard le principal foyer nationaliste – juraient, devant cour, diplomates Ă©trangers, soldats et sujets, qu’elles ne concĂ©deraient pas aux Ă©trangers ” le plus petit coin de terre, pas mĂȘme la surface que couvre un grain de riz “.

Le spectacle de ce brasier nocturne, considĂ©rĂ© d’emblĂ©e comme d’origine criminelle mais toujours inexpliquĂ©, qui anĂ©antissait un lieu sacrĂ©, tĂ©moignage de la splendeur d’antan, avec ses palais, ses objets et ses sĂ©pultures royales, avait plongĂ© la capitale dans le dĂ©sespoir et l’angoisse. ” C’Ă©tait notre Ăąme qui brĂ»lait “, se rappelle un spectateur, tandis que se passaient de main en main les quelques palanquins, tableaux, vĂȘtements, livres ou ustensiles royaux arrachĂ©s au feu par d’intrĂ©pides jeunes gens (2). Le drame renvoyait le pays Ă  un passĂ© glorieux et quasi mythique, mais aussi Ă  ses vieux dĂ©mons, alors qu’une fois de plus la mĂ©moire de l’Ăźle partait en cendres (3). ” On a voulu provoquer un dĂ©but de guerre civile, estime le prĂȘtre jĂ©suite RĂ©my Ralibera, et jeter dans la rue des Tananariviens pourtant fatiguĂ©s des Ă©meutes en s’en prenant Ă  ce qu’ils ont de plus profond, quelle que soit leur caste. ” Un ancien ministre avait alors ” appelĂ© les Merinas Ă  rĂ©agir “. Mais c’Ă©tait oublier, selon le prĂȘtre, rĂ©dacteur en chef du journal catholique La Kroan’i Madagasikara, que les originaires des provinces cĂŽtiĂšres vivent le plus souvent en parfaite harmonie avec les autres habitants de la capitale, dans les quartiers ou les Ă©glises, comme en tĂ©moignent les mariages mixtes ou la composition des conseils paroissiaux ou communaux. Et qu’une ” chasse aux cĂŽtiers ” dans la capitale aurait tĂŽt fait d’entraĂźner des reprĂ©sailles contre les familles de fonctionnaires ou commerçants natifs des Hauts-Plateaux, nombreux Ă  exercer Ă  l’intĂ©rieur du pays…

Condamnés à vivre ensemble

LES fondements de l’unitĂ© sont pourtant Ă©vidents pour l’historien Ignace Rakoto, ministre de l’enseignement supĂ©rieur durant treize ans sous la IIe RĂ©publique : une langue unique, permettant aux dix-huit tribus de la Grande Ile de parler de l’essentiel avec les mĂȘmes mots. Et une tradition institutionnelle commune, s’appuyant sur les kabary – des adresses au peuple, suivies de rĂ©ponses et de concertations – et sur un pouvoir royal Ă©lu ou hĂ©rĂ©ditaire, selon les rĂ©gions. L’historien y voit un signe que les Malgaches, ” prisonniers de leur Ăźle “, sont condamnĂ©s Ă  vivre ensemble, malgrĂ© une diversitĂ© due Ă  des apports successifs de population et aux difficultĂ©s de communication : des particularismes ” qui ne sont pas des obstacles Ă  l’unitĂ©, mais au contraire sa garantie “, avec des patrimoines qu’il convient de valoriser et non d’Ă©touffer, en faisant entrer dans les faits une dĂ©centralisation qui n’a Ă©tĂ© rĂ©ussie par aucune des RĂ©publiques.

Le sens des ” Ă©vĂ©nements ” de 1947 ? ” Quand on voit l’Ă©tat du pays aprĂšs trente-sept ans d’indĂ©pendance, c’est inimaginable ! commente le gĂ©nĂ©ral Ramakavelo, ministre de la dĂ©fense sous la IIIe RĂ©publique. Les gens qui se sont battus Ă  l’Ă©poque auront eu le temps de se retourner plusieurs fois dans leurs tombes… Cela en valait-il la peine ? ”

Pour ce militaire rompu Ă  la politique et Ă©crivain Ă  ses heures, mieux vaut se projeter vers le passĂ© lointain : ” Madagascar avait sa place dans le monde entier, au siĂšcle dernier. Il avait une cohĂ©sion. On Ă©tait conscient de nos valeurs… Aujourd’hui, alors que toutes les ambassades vantent notre potentiel minier ou humain et que les touristes nous prĂ©tendent bĂ©nis des dieux, notre vita gasy (made in Madagascar) est une appellation pĂ©jorative, et ramatoa (synonyme, au siĂšcle dernier, de lady ) dĂ©signe la bonne… ”

Il est vrai que le pays est Ă  bout. L’Etat n’assure plus les fonctions essentielles : sĂ©curitĂ©, transport, Ă©ducation, santĂ©. L’espĂ©rance de vie atteint Ă  peine cinquante ans. Les trois quarts de la population, selon un rapport secret de la FAO, sont sous- alimentĂ©s. Madagascar a rĂ©gressĂ©, en 1996, Ă  la 150e place (sur 174) dans le classement des Nations unies sur le ” dĂ©veloppement humain durable “. Moins de la moitiĂ© des enfants sont scolarisĂ©s dans le primaire, moins d’un dixiĂšme dans le secondaire. Avions et navires militaires sont immobilisĂ©s. L’Ă©conomie, abandonnĂ©e presque sans contrĂŽle Ă  l’initiative privĂ©e, fait la part belle aux trafics de zĂ©bus, vanille, or et saphirs, qui profitent de l'” archipellisation ” du pays (4).

Faute d’accord avec le FMI, l’Etat s’est lancĂ© Ă  la recherche de financements parallĂšles douteux, Madagascar devenant – aprĂšs les Comores, Maurice et les Seychelles – une nouvelle cible des barons de la drogue. Dans la majoritĂ© des villages, il n’y a encore ni route, ni Ă©lectricitĂ©, ni poste de radio. Le prix du riz, premiĂšre denrĂ©e alimentaire, a explosé : ” Madagascar est un des seuls pays oĂč le rendement de la riziculture n’a pas augmentĂ© en trente ans “, souligne M. Jean-HervĂ© Fraslin, expert en crĂ©dit agricole.

La capitale, Antananarivo, avec ses 1 200 000 habitants – sur 14 millions dans le pays -, est un concentrĂ© des malheurs de l’Ăźle : dĂ©veloppement anarchique, habitat insalubre, enfants des rues (20 000 sans-abri), embouteillages, eaux contaminĂ©es, pollution de dix Ă  cent fois supĂ©rieure aux normes de l’OMS, sous-emploi (60 % des actifs, dont de nombreux diplĂŽmĂ©s), triomphe de l’informel, insĂ©curitĂ©, malnutrition… (5) Et, bien sĂ»r, des inĂ©galitĂ©s criantes, l’insolente opulence des 4 x 4 rutilants importĂ©s d’Asie cĂŽtoyant le petit monde des 2- chevaux et 4L Ă©ternellement rafistolĂ©es, tĂ©moignage dĂ©cati de l’ancienne prospĂ©ritĂ© nĂ©ocoloniale franco-malgache…

Dans un tel contexte, estime le pasteur Joshua Rakotonirainy, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Conseil des Eglises chrĂ©tiennes (FFKM), une notion comme le nationalisme ne peut qu’avoir ” disparu de l’horizon de l’homme moyen “. Plus grave : les rĂ©fĂ©rences morales et culturelles, par exemple le fihavanana (solidaritĂ©), qui faisaient le ciment et la dignitĂ© de la sociĂ©tĂ© malgache, sont de plus en plus rejetĂ©es dans une Ăźle oĂč les ” richards ” se donnent en exemple et investissent la classe politique, oĂč des Ă©vangĂ©listes d’andafy (outre-mer) font recette Ă  grand renfort de moyens douteux, et oĂč les sectes se multiplient (6). Les Eglises traditionnelles, au contraire, cĂšdent du terrain, aprĂšs s’ĂȘtre brĂ»lĂ©es au contact de la politique (7).

Mais, sur fond de mondialisation galopante et aprĂšs la signature, en novembre dernier, d’un accord avec le FMI, suivant quatre ans de rupture, existe-t-il un espoir de dĂ©veloppement autocentré ? Le gĂ©nĂ©ral Ramakavelo en doute, qui recense les abandons de souverainetĂ© exigĂ©s par le Fonds monĂ©taire international : les entreprises du secteur public privatisĂ©es au profit des Ă©trangers ; les experts internationaux ou français Ă  nouveau imposĂ©s dans les ministĂšres ; les aides publiques qui transitent de plus en plus par des centaines d’ONG, plus ou moins sĂ©rieuses, faisant souvent le lit de l'” ingĂ©rence humanitaire ” ; le libre accĂšs Ă  la propriĂ©tĂ©, pour les non-nationaux, et la libĂ©ralisation des visas (alors mĂȘme que l’Europe se barricade et humilie les Ă©lites francophones) ; la politique du ” ciel ouvert “, avec le dĂ©barquement des ” Jumbo ” de la compagnie française Corsair, qui menace l’existence mĂȘme d’Air Madagascar, obligĂ©e de renoncer progressivement Ă  ses dessertes de ” service public ” sur les contrĂ©es isolĂ©es de la Grande Île ; l’abandon du contrĂŽle des changes et des prix. Le tout lĂ©galisĂ© par huit projets de loi adoptĂ©s Ă  la va-vite, par l’AssemblĂ©e, en aoĂ»t 1996. ” La fiertĂ© nationale, l’insurrection de 1947 : tout cela est si loin… “, conclut le gĂ©nĂ©ral.

Retour Ă  l’ajustement structurel

LE prĂ©sident Didier Ratsiraka, rescapĂ© d’une expĂ©rience malheureuse de ” socialisme rĂ©volutionnaire “, rappelle que, dĂšs 1983, il avait nĂ©gociĂ© ” pied Ă  pied “, lui, les premiĂšres facilitĂ©s d’ajustement structurel avec le FMI. Il compte poursuivre, dans la ligne du ” Document-cadre de politique Ă©conomique ” rĂ©cemment prĂ©parĂ© en collaboration avec les institutions de Bretton Woods, mais avec ” quelques adaptations “, et surtout en ramenant la discipline : ” On ne peut s’enrichir impunĂ©ment sur le dos des autres “, lance-t-il, en faisant valoir que l’affairisme, au temps de ” sa ” IIe RĂ©publique, n’Ă©tait que ” pĂȘchĂ© vĂ©niel “, Ă  cĂŽtĂ© des trafics, coulages et autres scandales de la IIIe.

Le chanteur Rossy, sacrĂ© pour la deuxiĂšme fois ” meilleur artiste de l’annĂ©e ” par le principal quotidien de la capitale, et vĂ©ritable ” tombeur ” de l’ancien prĂ©sident Albert Zafy, avec son tube Lera (C’est l’heure !), veut y croire lui aussi . ” Je suis nĂ© avec l’indĂ©pendance, je suis un pur produit de la pĂ©riode socialiste “, dit cet originaire de la cĂŽte, ĂągĂ© de trente-cinq ans et habituĂ© des tournĂ©es internationales, dont l’enfance a Ă©tĂ© bercĂ©e par les dĂ©filĂ©s et spectacles politiques . ” A l’Ă©cole, on apprenait L’Enfant noi r, de Camara Laye, Emile Zola, la thĂ©ologie de la libĂ©ration, Mandela. Pour nous, 1947 avait un sens. Et on retenait du premier Ratsiraka qu’il avait su dire “Non” aux Vazahas (les Blancs) : on tient ça de lui  (8). ”

Déçu – comme beaucoup de sa gĂ©nĂ©ration, et de la prĂ©cĂ©dente – par l’expĂ©rience socialiste des annĂ©es 80, Rossy avait entonnĂ© alors un chant anticorruption, baptisĂ© L’Afrique est malade : une maniĂšre aussi, pour ce cĂŽtier, de revendiquer sa nĂ©gritude, face Ă  une haute sociĂ©tĂ© merina volontiers condescentante Ă  l’Ă©gard des andevo (descendants d’esclaves) des plateaux, et plus encore Ă  l’endroit des maintys (Noirs) de la cĂŽte.

La France a cessĂ© d’investir Ă  Madagascar, estime M. David AndrĂ© Silamo, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Syndicat chrĂ©tien de Madagascar (Sekrima), laissant le champ libre aux Asiatiques, relayĂ©s sur place par la communautĂ© karana (les Indo-Pakistanais), qui contrĂŽle traditionnellement les circuits de commerce de proximitĂ©, mĂȘme si elle fait les frais, pĂ©riodiquement, de flambĂ©es d’hostilitĂ© populaire et subit les anathĂšmes nationalistes mais intĂ©ressĂ©s de la bourgeoisie ” nationale”.

” Pendant la colonisation, c’Ă©tait tout pour les Français ; sous la Ire RĂ©publique, tout pour le Parti social-dĂ©mocrate du prĂ©sident Tsiranana ; sous la IIe, tout pour l’Arema et la centrale coopĂ©rative Procoops du prĂ©sident Ratsiraka. Les gens n’ont pu penser Ă  eux que depuis ces annĂ©es 90 : il n’y a jamais eu autant de constructions, entreprises, trafics. L’idĂ©e de l’initiative individuelle a commencĂ© Ă  prendre, le goĂ»t du risque, de travailler sans l’Etat… et sans avoir peur de lui. Si le nouveau chef de l’Etat ne le comprend pas, ca va faire mal ! “, explique ce dirigeant pour qui l’action syndicale passe dĂ©sormais par l’informel, le dĂ©veloppement et l’esprit d’entreprise.

Certains hommes d’affaires ont investi le champ politique : M. Heri-Zo Razafimahaleo, patron d’un groupe prospĂšre, a crĂ©Ă© le parti Leader. Il avoue n’avoir Ă  proposer, en guise de programme, que ses propres succĂšs (” Vous allez rĂ©ussir avec moi… “), et comme mĂ©thode, celle du marketing ( ” Je vends un produit… “). Avec 15 % des voix, il avait crĂ©Ă© la surprise lors du premier tour de l’Ă©lection prĂ©sidentielle, avant de rallier au second le camp de M. Didier Ratsiraka.

” Les Malgaches sont spĂ©ciaux, estime M. Jean-AimĂ© Rakotoarisoa, directeur de l’Institut de civilisations, Ă  propos des chances de dĂ©collage et d’autonomie de l’Ăźle. C’est, par exemple, le seul pays du monde oĂč la viande de porc, que l’on produit en un an, est plus chĂšre que le boeuf… Ils ne comprennent rien au marchĂ©, ne travaillent qu’en fonction d’un besoin, Ă©vitent de paraĂźtre trop s’enrichir, mĂ©langent les religions, colmatent toutes les brĂšches avec la solidaritĂ© familiale ou villageoise… ” Selon lui, le courant est coupĂ© depuis longtemps entre administration et population. ” Avec ce nouveau dĂ©part, on va revenir dans le vent, redresser les Ă©quilibres, maĂźtriser l’inflation. Mais entre- temps, combien de cadavres ! En 1986-1987, dĂ©jĂ , la suppression des subventions sur les produits de premiĂšre nĂ©cessitĂ© avait abouti Ă  un gĂ©nocide indirect : qui a comptĂ© les bĂ©bĂ©s mourant dans les dispensaires ou au fin fond des campagnes ? ”

” Dans le fond de Ratsiraka, on sent le nationalisme, mĂȘme aujourd’hui “, se console Mme GisĂšle Rabesahala, qui se prĂ©pare Ă  exalter, Ă  partir du 29 mars, l’Ă©popĂ©e dramatique de ses compagnons lors de l’insurrection de 1947. ” On ne peut penser Ă  un redressement national sans tenir compte des traditions, de la culture. ” La secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale du parti AKFM, hĂ©ritier de 1947, n’est pas sĂ»re que l’idĂ©e du nouveau chef de l’Etat – une ” RĂ©publique humaniste et Ă©cologique “, pour tenter notamment de sauver une Ăźle qui ” saigne “, perdant sa terre, sa faune, ses forĂȘts (9) – puisse ĂȘtre aisĂ©ment comprise de l’opinion. ” Certes, conclut-elle Ă  propos des chances de son pays de rester lui-mĂȘme, il y a les fourches Caudines ; mais l’atout du nouveau prĂ©sident, c’est d’ĂȘtre capable de ne pas laisser imposer tout et n’importe quoi… “

PHILIPPE LEYMARIE

(1) Cf. Fulgence Fanony et NoĂ«l Jacques Gueunier, ” TĂ©moins de l’insurrection “, Foi et Justice, Antananarivo, 1997.

(2) Trois d’entre eux ont pĂ©ri dans les flammes.

(3) Cf. Françoise Raison, ” La mĂ©moire en cendres de Madagascar “, Le Monde diplomatique, dĂ©cembre 1995. Ces derniĂšres annĂ©es, l’hĂŽtel de ville, des archives judiciaires, celles du ministĂšre des finances, ainsi que plusieurs demeures de politiciens ont Ă©tĂ© dĂ©truits par les flammes, dans des conditions qui n’ont jamais Ă©tĂ© Ă©lucidĂ©es. Les manifestants, lors de rotaka (Ă©meutes), ont souvent recouru au feu, notamment contre des commercants karana (indo-pakistanais). Les feux de brousse, pour renouveler les pĂątures ou dĂ©gager des espaces de culture, qui sont une pratique courante bien qu’ils soient interdits ont, de tout temps, constituĂ© des signes de mĂ©contentement ou de rĂ©sistance populaire.

(4) Cf. Philippe Leymarie, ” Longue patience Ă  Madagascar “, Le Monde diplomatique, octobre 1995.

(5) Selon une enquĂȘte rĂ©alisĂ©e dans le cadre du projet ” Madio “, 62 % des habitants de la capitale seraient en dessous des 1 810 calories, considĂ©rĂ©es comme le seuil de subsistance. ” Est-ce mieux en dehors de la capitale ? “, se demande l’hebdomadaire La Kroan’ i Madagasikara ?

(6) Cinq cents associations évangéliques sont officiellement constituées ( Midi- Madagascar, 26 août 1996). La Vierge Marie serait apparue à des paysans, à une centaine de kilomÚtres de la capitale, en novembre 1990. Et plusieurs observateurs signalent une recrudescence des cultes traditionnels.

(7) Cf. Sylvie Brieu, ” La Grande Île sous l’influence des Églises “, Le Monde diplomatique, octobre 1995.

(8) Le capitaine de frĂ©gate Didier Ratsiraka, attachĂ© militaire Ă  Paris, nommĂ© ministre des affaires Ă©trangĂšres aprĂšs les manifestations anti-françaises de 1972 et 1973, avait dĂ©noncĂ© les ” accords d’esclavage ” avec la France, et obtenu l’Ă©vacuation des bases militaires françaises de Tananarive et Diego-Suarez, alors commandĂ©es par le gĂ©nĂ©ral Marcel Bigeard. De nouveaux accords de coopĂ©ration, plus Ă©quilibrĂ©s, avaient Ă©tĂ© nĂ©gociĂ©s, en dĂ©pit de l’hostilitĂ© de M. Michel DebrĂ©, alors minist des affaires Ă©trangĂšres.

(9) L’expression a notamment Ă©tĂ© utilisĂ©e par les premiers astronautes amĂ©ricains, apercevant les torrents de boues rouges s’Ă©coulant dans l’ocĂ©an. Mais on parlait depuis le siĂšcle dernier de l'” Ăźle rouge “.

 

Le silence coupable et persistant de l’ensemble des francais (a quelques exceptions pres) sur les crimes actuels et passes de la France en Afrique est la preuve d’une collaboration continue des francais, comparable a celle sous le regime de Vichy !

Pour commencer, des nouvelles de Survie : Billets d’Afrique numero 87, page 6 : “Crimes contre l’humanite “[Le processus de reparation envers les victimes de la Shoah s’inscrit dans] un processus specifique engage avec la reconnaissance tardive de la responsabilite de la France dans la persecution des juifs […] [La France doit] veiller a ce que d’autres moments sombres de [son] histoire fassent l’objet du meme effort [notamment la torture pendant la guerre d’Algerie]”. (Lionel JOSPIN, intervention du 4 novembre devant le Conseil representatif des institutions juives de France (Crif). Cite par Liberation, 06/11/2000. [Passant de 1940-45 a 1954-62, on finira bien par arriver aux crimes contre l’humanite durant la guerre d’independance du Cameroun (1957-70) et a la noria de crimes de la Francafrique. Encore un effort !]”. Le silence coupable et persistant de l’ensemble des francais (a quelques exceptions pres) sur les crimes actuels et passes de la France en Afrique est la preuve d’une collaboration continue des francais, comparable a celle sous le regime de Vichy ! Suite a vos premieres reactions : Je ne suis pas comme le Telethon ou le Sidaction (cf extraits de “Suite de l'”union fait la force”). Je ne me vente pas de donner mon argent a “une bonne cause” en participant a ces foires aux sentiments ! Je pense d’ailleurs qu’en general, la charite c’est pour mieux se flatter d’etre “genereux”. Mais comme on m’a insulte et reproche d’avoir soit disant “vendu” mon livre “Les bourreaux francais grimes en democrates” derriere mon message “Propagande du Festival Scoop Journalisme Angers contre Survie”, j’estime avoir le droit et le devoir de PRECISER (pour ceux qui ne l’auraient pas devine) que mon livre me coute beaucoup de temps, d’argent (a moi, qui suis sans ressources) et surtout qu’il est gratuit ; ou bien (deuxieme possibilite) pour ceux qui le souhaitent, l’argent recolte par l’achat de mon livre (faites vos dons) sera integralement donne a Survie ! Je m’engage a cela, si vous le voulez ? Quant a mes propres dons, j’espere ne jamais avoir a vous en parler, car je veux etre fidele a l’esprit altruiste de Barbara ! Pour ceux qui rechignent a cette franche confession, une centaine de personnes peuvent temoigner du fait que je n’ai jamais vendu mon livre. Je l’ai toujours donne, a mes frais d’ailleurs ! Etant sans ressources, vous comprenez que meme en le vendant, mon combat ne perdrait pas totalement de son sens. Ce serait meme legitime et un moyen de financer la lutte pour l’Afrique ! Mais il est vrai que l’argent corromps absolument. Il est sale comme les pouvoirs incontroles ! C’est aussi pourquoi je milite pour le Revenu d’Existence Universel, evidemment finance autrement que par ceux qui nous dominent (sinon c’est un cercle vicieux : l’argent qui comble l’injustice venant de ceux qui la cree !). Et pas l’avatar capitaliste et pernicieux de ce Revenu d’Existence Universel, prone par Yoland Bresson au Monde Diplo, a L’Esprit frappeur, et a l’Association pour l’Instauration du Revenu d’Existence (AIRE)… Le vrai Revenu d’Existence Universel permettra d’eviter (un jour, je l’espere) l’hypocrisie d’une societe prostituee aux labeurs ; de rompre avec le clientelisme, la propriete sur le vivant, la propriete intellectuelle et artistique d’auteur ; de supprimer la misere… C’est seulement un des piliers de la lutte contre les dominants. Il y a beaucoup a faire ! Et deja de nouvelles reactions arrivent (peu d’etat d’ame malheureusement -comme les Vichystes, nous n’eprouvons aucun remord- mais de l’interet et des felicitations, merci). Les africains, 99 pourcents opprimes par la France, comptent sur la dissidence en France. Bien sur, certains sont a ce point inhumains qu’ils en font leur buisness, comme Michel Toko (que je nomme ici) de la defunte librairie “Le Bantu” a Rouen (cf extrait de “Document secret pour Survie sur les massacres du Cameroun”). Il n’y a rien de pire que de vouloir tirer de l’argent pour soi de la generosite des gens ou de la lutte contre les genocides ! Bien sur, moi-meme, je ne suis pas irreprochable. Vos critiques (methode scientifique) sont les bien venues. Et vous savez que je sais me mettre terriblement en cause lorsqu’il y a lieu (“vichyste des temps modernes” !). P.S : Je suis un peu maniaque, donc pour ceux qui n’ont pas eu la deuxieme version de mon message “Propagande du Festival du Scoop Journalisme Angers contre Survie”, vous pouvez rajouter : “[…] “Et c’est peut-etre une bonne investigation”, QUOIQUE CERTAINEMENT PERIMEE ? […] “Qu’elle honte !” ET VOUS, AVEZ VOUS CHOISIT DE FERMER LES YEUX SUR CES CRIMES ? SILENCES COUPABLES ! […]” Ci-dessous, l’extrait de : “Suite de l'”Union fait la force” C’est les meme (Claude Allegre, l’intelligentsia francaise…) qui se rejouissent, se felicitent ou participent au Telethon ou aux soirees contre le Sida, et qui, avec insolance et interet, bradent la Recherche , financee par le secteur public, aux marchands d’inegalite, les predateurs du prive (ou tyrannies privees). […] On peut meme se demander si ce n’est pas pour qu’existe le Telethon (cette foire de compassion) que l’Etat n’assure pas sa mission. […] A Rouen en decembre 1999, alors que des rafles au facies venaient d’avoir lieu (au centre commercial St Sever), les sans-papiers ont vu qu’ils n’etaient pas du meme monde. Aucune solidarite, le Telethon. Vraiment aucune. On s’est fait jeter tout simplement. Et on est meme passe pour des sauvageons ! Juste pour pouvoir parler 2 minutes, exposer la realite de la double peine, des reconduites aux frontieres… (voir message du MRAP sur les conditions indignes de detention, que je vous ai envoye precedement). Vive nos amis du Tele”con” ! ! ! […]” Ci-dessous, l’extrait de : “DOC SECRET SUR LES MASSACRES COMMIS PAR LA FRANCE AU CAMEROUN” “Faire suivre le plus possible ce message. Merci. CONFIRMATION DE L’EXISTENCE DES DOCUMENTS SECRETS SUR LES MASSACRES COMMIS PAR LA FRANCE AU CAMEROUN. Suite a mon message sur les massacres au Cameroun commis par la France (que je joints ci-dessous) un ami responsable d’Enda-Tiers Monde, neveu d’un ancien ministre du Senegal, et en contact sur Rouen avec le Collectif des Sans-papiers, me confirme l’existence de ces documents. Il a vu les documents detenus par la personne dont je parle plus bas. Par ailleurs, les editions Tahin-party m’ont motive leur interet pour ce sujet. Je leur ai donc communique comme a Survie toutes les infos. Et je me devais de prolonger mes recherches sur ces faits tres graves. J’espere trouver la reconnaissance de Survie… CES DOCUMENTS SECRETS ONT DE TRES FORTES CHANCES D’ETRE REELS. Une connaissance sur Rouen, m’a dit, a moi et a une des victimes rescapee du massacre commis au Cameroun entre 1957 et 1965 (celle-ci est en contacte avec SURVIE), qu’il avait en sa possession quelques photos jamais publiees sur ces evenements. Cette personne, je la trouve individuellement peu recommandable, mais ces documents me semblent tellement importants que je ne peux pas ne pas vous le signaler. Par securite, je ne devoilerai pas le nom de cette personne ici(pour me proteger egalement). J’espere que ces documents existent reellement. J’ai peur que cette personne veuille marchander pour sortir ces photos de la clandestinite. Je recontacte SURVIE en prive pour une information plus precise. Peut-etre ont-ils deja ete contacte par cette personne. Il lie SURVIE. Pour vous autres : Lire le livre “FRANCE AFRIQUE le crime continue” de F.X.Verschave, ed.tahin-party. P.14 est explique le massacre : “…Cette promotion de leaders amis a neanmoins ete contrariee : Au Cameroun, a cause d’un mouvement independantiste ancien et tres enracine, l’Union des peuples du Cameroun(UPC), animee par Ruben Um NyobĂ©. Dans ce pays, un massacre a eu lieu a partir de 1957 jusqu’en 1965, qui a fait peut-etre jusqu’a 400 000 morts, en tout cas au moins 200 000, avec une pratique systematique de la torture. Ce fut bien pire qu’a Setif, en 1945, ou Ă  Madagascar. Cette histoire, pourtant, vous ne la connaissez pas, ni la quasi-totalite des Français : elle ne figure pas dans nos livres d’Histoire. Quarante ans apres, les Camerounais sont encore terrorises par ces evenements epouvantables. [Et l’etat psychologique de la dame que j’ai rencontre a Rouen me le confirme. Elle etait completement hysterique, poursuivit par les services secrets francais(c’est peut-etre vrai ?). Elle est tombee dans les pommes en apprenant que notre interlocuteur avait les photos du massacre qu’elle avait vecu !] Tous les leaders independantistes camerounais ont ete assassines, empoisonnes, toute une partie de la population de l’Ouest du Cameroun, la region bamileke (ou l’UPC connut son essor le plus considerable) a ete massacree. Le tout accompagne d’un discours raciste dont j’ai retrouve les traces : ce qui etait publie par l’armee francaise en 1960 sur les Bamileke, on le retrouve un tiers de siecle plus tard, pratiquement a l’identique, sur les Tutsis du Rwanda : les memes discours ont autorise les massacres de Bamileke et le genocide au Rwanda. Cette instrumentalisation du racisme, cette façon de dresser les ethnies les unes contre les autres, est une tres ancienne pratique coloniale : elle est deja explicite dans les ecrits du marechal Lyautey.(“S’il y a des moeurs et des coutumes a respecter, il y a aussi des haines et des rivalites qu’il faut demeler et utiliser a notre profit, en opposant les unes aux autres, en nous appuyant sur les unes pour mieux vaincre les autres”. Lyautey, cite par Daniel Tessue.”Polemique autour du probleme bamileke”, La nouvelle Expression, 11 juillet 1995.) C’est une pratique permanente : n’oublions pas que les principales troupes françaises en Afrique, les regiments d'”infanterie de marine”, sont les memes qu’on appelait autrefois “infanterie coloniale”. [Et j’ai soigne au CHU de Rouen un des soldats qui a tue pour la France, a Djibouti. Il avait fait la legion etrangere (les “entrainements” en Guyane, le lavage de cerveau…). Aucun remords d’avoir tue. Il n’etait a cette epoque la, “plus un homme”, juste un “animal” selon son expression. Le celebre Lafesse aussi est alle a Djibouti. Lui aussi sait a quoi ça ressemble un soldat (les viols, bastonnades…). Le type que j’ai soigne a sympathise avec un ancien de la marine justement. C’est pour ca que j’en parle. Un type metisse, qui avait chope un virus lors de ces trajets entre l’Europe et l’Afrique, l’Amerique Centrale. il se retrouve aujourd’hui avec un anus artificiel. La condition de ces types est pitoyable. L’autre aussi a un anus artificiel. Jusqu’a 30 ans, ils ont un physique Ă  la “Tyson”, ensuite c’est la decomposition. Je n’ai pas vu de blessures de guerre, juste quelques cicatrices a droite a gauche. Ce devait etre les “reliquats” de l’intervention chirurgicale. Mais surtout ce qui m’a etonne, c’est qu’il sympathisait avec le type metisse, alors meme qu’il tenait des propos racistes (insupportables pour mes oreilles), contre les arabes, les noirs… ! Il avait retourne un cafe a Paris, juste parce qu’un arabe lui avait effleure la jambe. Le cafe etait detruit et l’arabe a l’hopital. Notre soldat, lui, a fait un mois de trou. Des histoires comme ca ils peuvent en raconter des centaines. Lui n’a pas voulu me parler de Djibouti. Les soldats n’en parlent apparement qu’entre eux, ou le garde a jamais au fond de leur memoire. Il faudrait pourtant reveler chacun des crimes commis par notre armee.] Depuis 1945, elles ont fait l’Indochine, l’AlgĂ©rie, puis l’Afrique… Et malgre tout ce qui s’est passe, les massacres de Setif, de Madagascar, du Cameroun, la torture en Algerie, dans les colonies et neo-colonies, jamais ou presque il n’y a eu de sanction. Tout a ete couvert par l’amnistie, ou simplement par une impunite systematique. pourquoi les schemas et les habitudes changeraient-ils, puisqu’il n’y a jamais eu de condamnation ? Au Cameroun, le massacre des populations favorables a une reelle independance a permis de mettre en place Ahmadou Ahidjo, un “ami” de la France.” F.X.Verschave On peut egalement lire Mongo Beti, ancien prof. de francais au lycee Corneille de Rouen : “Main basse sur le Cameroun”, “La France contre l’Afrique”… Il me semble d’apres SURVIE et autres que la situation actuelle du Cameroun est toujours la mĂȘme, ou pire ? Foccart ou Mitterrand, par dela leur mort, sont malheureusement omnipresents… relayes par Chirac, Pasqua, Elf… Lisez SURVIE, vous verrez que la realite depasse la fiction. L’humanitaire est un pretexte a l’imperialisme. Exemples :
 la Croix Rouge avec B.Kouchner qui apporte des armes au Biafra en 1967 pour la grandeur de la France,
 Operation Turquoise en 1994 au Rwanda qui protege les responsables du genocide (aujourd’hui, ils sont (je crois) nombreux a etre accueillis dans les beaux quartiers de Paris, pas les sans-papiers, mais ceux qui les ont fait fuire…),
 Intervention imperialiste de l’OTAN au Kosovo en 1999-2000 sur fond de carnaval “mediatico-humanitaro-droit de l’hommiste”.
 99 pourcents de l’Aide Pour le Developpement (APD) est detournee (financement d’entreprises et partis politiques francais !), notamment d’apres le livre tres accessible “France Afrique, le crime continue” de Francois Xavier Verschave aux editions Tahin-party ( 80 pages, 15 francs).
 Selon le Programme des Nations-Unies pour le Developpement (PNUD), qui subit d’ailleurs les assauts de plus en plus agressifs des “liberaux”, a peine 5 pourcents des sommes depensees favorisent effectivement le developpement : education de base, soins primaires, eau potable, nutrition, planification familiale. Pour certains experts le taux n’excede pas 1 pourcent. La politique de la Francafrique constitue le “plus long scandale de la Republique” ; rapporte par “La bas si j’y suis”, Daniel Mermet.
[…]” Bien amicalement. On the Move. Matthieu JULES. matjules@voila.fr

= antidemocrature.org

 

 

http://pedagene.creteil.iufm.fr/ressources/mada/decok.htm

LA DECOLONISATION ACCEPTEE

I L’AOF (l’Afrique occidentale française), L’AEF (l’Afrique Ă©quatoriale française) ET MADAGASCAR

 

la Constitution de la IV° rĂ©publique a instituĂ© l’Union française et l’AOF, l’AEF et Madagascar en fait partie depuis 1946.

De ce fait toutes trois sont membres de plein droit de la RĂ©publique, tandis que le Togo et le Cameroun ont un statut d’associĂ©s.

Tous ces pays sont reprĂ©sentĂ©s Ă  l’AssemblĂ©e Nationale et au Conseil de la RĂ©publique, mais les structures administratives de la colonisation demeurent : L’AOF et l’AEF conservent Ă  leur tĂȘte par un gouverneur gĂ©nĂ©ral, le droit de vote est limitĂ© aux chefs de famille payant l’impĂŽt et aux mĂšres de deux enfants. Ces mesures, parmi d’autres, provoquent des rĂ©actions de l’Ă©lite indigĂšne, et au rĂ©fĂ©rendum du 13 octobre 1946 dans les colonies une majoritĂ© de non s’exprime. Une rĂ©volte a lieu Ă  Madagascar en mars 1947 ; elle est durement rĂ©primĂ©e.

C’est le dĂ©clenchement de la guerre d’AlgĂ©rie qui accĂ©lĂšre le processus d’Ă©mancipation.

La premiĂšre Ă©tape est la loi-cadre Deferre de Juin 1956 : des assemblĂ©es et des conseils de gouvernement compĂ©tents sont crĂ©Ă©s pour rĂ©gler certains problĂšmes intĂ©ressant les territoires et le suffrage universel est instaurĂ©. Cela permet Ă  des hommes comme Felix HouphouĂȘt-Boigny en CĂŽte d’Ivoire ou LĂ©opold Senghor au SĂ©nĂ©gal de fonder leurs propres partis et d’avoir une audience populaire plus large.

L’exemple du Togo et du Cameroun, territoires sous tutelle de l’ONU, bĂ©nĂ©ficiant d’une large autonomie interne et la mise en place de la V° RĂ©publique, fournissent l’occasion de modifier la statut de l’Afrique noire.

Au référendum du 28 septembre 1958, la Guinée
vote non et devient immĂ©diatement indĂ©pendante. Les autres territoires choisissent de former une communautĂ© avec la rĂ©publique française. Cette communautĂ© prĂ©sidĂ©e par le gĂ©nĂ©ral de Gaulle, assistĂ© d’un conseil exĂ©cutif, disparaĂźt au bout de seize mois.

En dĂ©cembre 1959 le gĂ©nĂ©ral de Gaulle reconnaĂźt aux Etats membres le principe de la pleine souverainetĂ© internationale et lance l’idĂ©e d’accords particuliers de coopĂ©ration entre ces pays et la France.

Tous les Etats africains proclament leur indĂ©pendance en 1960. L’AOF et l’AEF disparaissent, les pays Ă©mancipĂ©s voient dans les accords de coopĂ©ration bilatĂ©rale avec la France l’occasion d’obtenir une aide Ă  leur dĂ©veloppement Ă©conomique et Ă  la formation de leurs futurs cadres.

II La Tunisie et le Maroc

Leur accession Ă  l’indĂ©pendance se fera en 1956.

Le Maroc : En avril 1947 Ă  Tanger, le Sultan Sidi Mohammed Ben Youssef affirme sa volontĂ© d’indĂ©pendance et tente de nĂ©gocier directement avec le gouvernement français sans en informer le rĂ©sident. Les rĂ©formes mises en place sont mal accueillies par les EuropĂ©ens et suscitent la mĂ©fiance de l’Istiqlal, parti indĂ©pendantiste le plus puissant du pays.

Le sultan de son cĂŽtĂ© s’oppose au rĂ©sident en refusant de signer les dahirs qu’il propose et bloque la machine gouvernementale. Des extrĂ©mistes ( “PrĂ©sence Française” soutenus par une majoritĂ© d’EuropĂ©ens et quelques notables marocains), hostiles Ă  l’indĂ©pendance du Maroc, dĂ©noncent de plus en plus violemment le sultan, les nationalistes et quelques français libĂ©raux. Des attentats, des grĂšves parfois sanglantes se succĂšdent alors. Le sultan est dĂ©posĂ© en aoĂ»t 53 et exilĂ© Ă  Madagascar.

Pendant l’Ă©tĂ© 1955 les attentats et les massacres s’intensifient, les Marocains et les nationalistes rĂ©clament le retour de leur souverain. Des nĂ©gociations ont lieu et en novembre 1955, Sidi Mohammed Ben Youssef rejoint le Maroc.

Le 2 Mars 1956 un accord est signĂ© : il rĂ©silie le traitĂ© de protectorat de 1912 et reconnaĂźt l’indĂ©pendance du Maroc. Une “interdĂ©pendance des deux pays dans les domaines oĂč leurs intĂ©rĂȘts sont communs (dĂ©fense, relations extĂ©rieures, Ă©conomie et culture) ” est Ă©tablie.

ParallĂšlement un accord est conclu avec l’Espagne en avril 56.

La Tunisie : Le parti NĂ©o-Destour et son chef H Bourguiba, bĂ©nĂ©ficiant de l’appui de la ligue arabe et des sympathies de l’opinion internationale lancent, dĂšs 1945, des actions qui visent l’obtention de l’indĂ©pendance.

La France refuse d’Ă©couter les revendications tunisienne et la situation s’envenime en 1952. Attentats, grĂšves et manifestations se succĂšdent, ils sont rĂ©primĂ©s avec violence. Bourguiba est arrĂȘtĂ© et placĂ© en rĂ©sidence surveillĂ©e jusqu’en 1954. Pierre Mendes France, prĂ©sident du Conseil, soucieux de rĂ©gler le conflit et le considĂ©rant comme le seul interlocuteur valable le fait libĂ©rer, et nĂ©gocie avec lui.

En 1955 la France reconnaĂźt l’autonomie interne de la Tunisie, puis son indĂ©pendance en 1956.

Les accords du 20 Mars confĂšrent Ă  la Tunisie (comme au Maroc) ” l’indĂ©pendance dans une interdĂ©pendance librement consentie”.

Ces nouveaux accords seront troublĂ©s par la guerre d’AlgĂ©rie et la capture de l’avion marocain qui transportait les chefs historiques de l’insurrection algĂ©rienne (Ben Bella, Ait Ahmed et Khider) du Maroc en Tunisie.

 

La torture routiniĂšre de la RĂ©publique coloniale.

par Alain Ruscio – Historien, auteur, notamment, de La Guerre française d’Indochine (1945-1954). Les sources de la connaissance, Ă©ditions Les Indes savantes, Ă  paraĂźtre en 2001.

article paru dans ManiĂšre de voir n°58 – juillet / aoĂ»t 2001

“LA TORTURE JUDICIAIRE, l’affreuse torture du Moyen Age, sĂ©vit non seulement Ă  Madagascar, mais au Tonkin et au Soudan français.” Ce tĂ©moignage du dĂ©putĂ© Paul VignĂ© d’Octon date de… 1900 (1). Preuve, si besoin est, que la torture n’a pas commencĂ© avec le gĂ©nĂ©ral Massu. Pas plus qu’elle ne s’est limitĂ©e Ă  l’Afrique du Nord.

Certes, durant la guerre d’AlgĂ©rie, entre 1954 et 1962, la torture a Ă©tĂ© crescendo un moyen massif de terreur, allant bien au-delĂ  des rangs nationalistes ou “rebelles”. La focalisation du dĂ©bat en cours sur cette guerre Ă  nulle autre pareille est donc largement justifiĂ©e, mais c’est l’ensemble de la colonisation qui doit ĂȘtre remis en ques­tion. La France officielle, de la monarchie de Juillet (1830) Ă  la rĂ©pu­blique de Mai (1958), a organisĂ©, suscitĂ© ou laissĂ© faire, selon les cas et selon les pĂ©riodes, l’usage de la torture, de HanoĂŻ Ă  NoumĂ©a, de Tananarive Ă  Dakar, de Rabat Ă  Tunis.

Pour expliquer une telle gĂ©nĂ©ralisation, il faut revenir au coeur des mentalitĂ©s coloniales (2). La conquĂȘte achevĂ©e, la” pacification ” assurĂ©e, la France coloniale, imprĂ©gnĂ©e dans toutes ses fibres de sa ” mission » (dĂ©livrer des territoires entiers du rĂšgne des tĂ©nĂšbres), est persuadĂ©e qu’elle est en train de rĂ©ussir. Elle est fiĂšre de son bilan. Les “masses indigĂšnes” lui sont reconnaissantes. Elles profitent de la ” paix française », qu’elles peuvent comparer aux misĂšres et aux injustices du passĂ©. Si, malgrĂ© tout, mouvements de protestation il y a, ils sont provoquĂ©s par des ” meneurs ” manipulĂ©s par ” l’Ă©tranger ” trouvant quelque trouble intĂ©rĂȘt Ă  menacer l’harmonie. Ces fauteurs de troubles ne reprĂ©sentent, par dĂ©finition, qu’une infime minoritĂ©. La rĂ©pression se transforme donc, non une manifestation de brutalitĂ© contre un peuple, mais un acte d’autodĂ©fense contre des Ă©lĂ©ments malsains, la lie (politique et sociale) de la population.

Isoler les germes menaçants

LA TORTURE EST FILLE NATURELLE de cet argumentaire: pour Ă©viter que la lĂšpre attaque un organisme prĂ©sumĂ© sain, il faut isoler les germes menaçants, les extirper de l’organisme. En 1933, Albert de Pouvourville, grande plume indochinoise, Ă©crivain trĂšs connu des cercles coloniaux, Ă©crit: ” Il est Ă©vident qu’il ne sera jamais possible de rallier les nationalistes irrĂ©ductibles. Il n’y a pas, en ce qui concerne cette catĂ©gorie d’individus, de rĂ©forme qui tienne (…). La seule poli­tique Ă  suivre Ă  leur Ă©gard est celle de la rĂ©pression impitoyable (…). Tout indigĂšne qui se pare de l’Ă©tiquette rĂ©volutionnaire doit ĂȘtre hors la loi; il ne faut pas qu’il y ait d’Ă©quivoque Ă  ce sujet. Il est heureuse­ment certain que le nombre de ces irrĂ©ductibles n’est pas Ă©levĂ©, quelques centaines au plus pour le Nord-Annam, mais ils sont trĂšs ardents. Ce nombre augmenterait trĂšs vite si, par une gĂ©nĂ©rositĂ© mal calculĂ©e, nous commettions la faute de composer avec eux, de leur tĂ©moigner de l’indulgence (3). » Et comment faire, sinon utiliser d’em­blĂ©e les mĂ©thodes les plus violentes pour isoler de tels germes ? Parlant ainsi, le colonisateur construit lui-mĂȘme le piĂšge dans lequel il va s’enfermer. Il met sur la rĂ©alitĂ© (une nation rebelle) un masque opaque (le grand mythe de la minoritĂ© agissante). Seulement voilĂ  : cette” minoritĂ© ” est de plus en plus nombreuse et de plus en plus agissante. Plus le mouvement national croĂźt, plus le divorce entre dis­cours colonial et rĂ©alitĂ© est criant.

DĂšs la pĂ©riode de la conquĂȘte, il n’est pas rare que l’on ait recours Ă  des mĂ©thodes d’interrogatoires cruelles. Petit Ă  petit, l’habitude de violenter les suspects, sous n’importe quel motif, s’installe. Comme l’Ă©crit Alexis de Tocqueville, au tout dĂ©but de l’occupation de l’Algé­rie: « Du moment oĂč nous avons admis cette grande violence de la conquĂȘte, je crois que nous ne devons pas reculer devant les vio­lences de dĂ©tail qui sont absolument nĂ©cessaires pour la consoli­der (4). » DĂ©tail, le mot sonne Ă©trangement Ă  nos oreilles…

En Indochine, l’affrontement atteint un premier paroxysme. Dans les annĂ©es 1930, les prisons dĂ©bordent. Accompagnant Paul Rey­naud, le ministre des colonies, AndrĂ©e Viollis, journaliste alors fort cĂ©lĂšbre et peu suspecte d’extrĂ©misme, rapporte de son voyage un livre explosif, Indochine S.O.S. (5) « Il y a, Ă©crit-elle, des tortures qu’on peut appeler classiques: privation de nourriture avec ration rĂ©duite Ă  trente grammes de riz par jour; coups de rotin sur les che­villes, sur la plante des pieds, tenailles appliquĂ©es aux tempes pour faire jaillir les yeux des orbites, poteau auquel le patient est attachĂ© par les bras et suspendu Ă  quelques centimĂštres du sol, entonnoir Ă  pĂ©trole, presse de bois, Ă©pingles sous les ongles, privation d’eau, particuliĂšrement douloureuse pour les torturĂ©s qui brĂ»lent de fiĂšvre. » « Classique », en effet.

Mais il y a plus « moderne ». La torture Ă  l’Ă©lectricitĂ© est, dĂ©jĂ , for­mellement attestĂ©e: « Attacher un bout de fil de fer au bras ou Ă  la jambe, introduire l’autre bout dans le sexe; relier un fouet aux fils de fer entrelacĂ©s Ă  un courant Ă©lectrique; attacher une des mains du pré­venu par un fil mĂ©tallique que l’on branche ensuite sur le circuit »… Et AndrĂ©e Viollis de prĂ©ciser que ces pratiques sont devenues journa­liĂšres dans certains commissariats.

Ainsi, les « gĂ©gĂ©neurs » d’Alger n’ont rien inventĂ©. Dans les annĂ©es 1930, sous les tropiques, Ă  l’abri du drapeau français, toutes ces mĂ©thodes dĂ©gradantes existaient bel et bien… Les explosions nationalistes de l’aprĂšs-seconde guerre mondiale vont accroĂźtre ces pratiques. SĂ©tif 1945, Indochine 1946, Madagascar 1947… partout, le systĂšme colonial se fendille, partout la rĂ©ponse est la mĂȘme.

La France de 1945, qui vient de se dĂ©livrer, avec l’aide de ses AlliĂ©s, de l’oppression nazie, n’a pas compris que le droit des nations Ă  dis­poser d’elles-mĂȘmes pouvait ĂȘtre appliquĂ© Ă  son empire. Elle esquisse certes une politique de rĂ©formes, mais elle tient, par-dessus tout, Ă  sa souverainetĂ©. Face Ă  la contestation nationale qui s’exprime de plus en plus fort, elle a recours aux vieux schĂ©mas d’explication. La machine s’est emballĂ©e. AprĂšs 1945, les dirigeants français, ne sachant plus oĂč donner de la tĂȘte, entament une gĂ©nĂ©ralisation de la rĂ©pression qui trouvera son apogĂ©e lors de la guerre d’AlgĂ©rie. Le coup de pouce initial est donnĂ© par le politique; le contrĂŽle des acteurs est en permanence et jusqu’au bout assurĂ© par le politique. C’est le cas Ă  Madagascar. On connaĂźt dĂ©sormais le film des Ă©vé­nements : la provocation de 1947 et ses suites, la rĂ©pression de masse. Ce qui est moins connu, c’est la parodie de procĂšs qui fut alors intentĂ© aux dirigeants du Mouvement dĂ©mocratique de rĂ©nova­tion malgache (MDRM). Lors des dĂ©bats, MaĂźtre Stibbe, leur principal dĂ©fenseur avec MaĂźtre Douzon, dĂ©nonça sans concessions la pratique frĂ©quente de l’interrogatoire « musclĂ© », de la torture pour dire le mot, qui eut lieu pendant l’instruction. Il publia plus tard de nombreux tĂ©moignages et Ă©voquait, dans un article d’Esprit, la gĂ©nĂ©ralisation de ces pratiques Ă  l’ensemble de l’outre-mer… un an avant la guerre d’AlgĂ©rie : « Depuis 1947, il n’est guĂšre de grands procĂšs politiques colo­niaux, Ă  Madagascar, en AlgĂ©rie, en Tunisie, au Maroc, oĂč les accusĂ©s n’aient passĂ© des aveux Ă  la police et ne les aient rĂ©tractĂ©s ensuite en invoquant les plus horribles tortures (6). »

On se doute que l’affrontement majeur de cette mĂȘme Ă©poque, la guerre d’Indochine, accroissant le fossĂ© entre les communautĂ©s, a Ă©tĂ© un nouveau pas en avant dans l’horreur. Avec une dimension nouvelle : dans ces sombres pratiques, la police a Ă©tĂ© supplantĂ©e par l’armĂ©e. Que la torture ait Ă©tĂ© utilisĂ©e lors de ce premier des deux grands conflits de dĂ©colonisation, il suffirait pour s’en convaincre de lire la « petite phrase », passĂ©e relativement inaperçue, du tout premier tĂ©moignage du gĂ©nĂ©ral Massu, dans Le Monde : « Quand je suis arrivĂ© en AlgĂ©rie en 1955, je me souviens de l’avoir vu (Bigeard) en train d’interroger un malheureux avec la gĂ©gĂšne (…). Je lui ai dit: Mais qu’est-­ce que vous faites lĂ  ? Il m’a rĂ©pondu: On faisait dĂ©jĂ  cela en Indo­chine, on ne va pas s’arrĂȘter ici! (7).

L’opinion publique, par bribes, commence Ă  ĂȘtre informĂ©e. DĂšs 1945, alors que les pratiques nazies sont encore prĂ©sentes dans tous les esprits, la presse se fait l’Ă©cho des mĂ©thodes dĂ©testables de la reconquĂȘte. Le journaliste Georges Altman dĂ©nonce, dans Franc­Tireur, les ” reprĂ©sailles sauvages que les dĂ©fenseurs d’un certain ordre colonial exercent envers les hommes du Viet Minh “. Puis: ” On n’aura point rĂ©duit l’Ă©norme tache de sang qui couvrait l’Europe pour laisser- parce que c’est si loin – s’Ă©taler la tache de sang en Indochine française (8).

« Une machine à faire parler »

EN 1949 ÉCLATE UNE AFFAIRE qui fait grand bruit, avant d’ĂȘtre soigneusement Ă©touffĂ©e. Jacques Chegaray, un journaliste de L’Aube, quotidien du Mouvement rĂ©publicain populaire (MRP), est envoyĂ© en Indochine. Ce qu’il rapporte est trĂšs loin de ce qu’attendaient ses patrons : horrifiĂ©, il a recueilli le tĂ©moignage de tortionnaires qui, tran­quillement, lui ont dĂ©crit diverses mĂ©thodes. Son quotidien refuse (Ă©videmment) de publier son article. Il se tourne alors vers TĂ©moi­gnage chrĂ©tien, qui titre, le 29 juillet 1949 : ” A cĂŽtĂ© de la machine Ă  Ă©crire, le mobilier d’un poste comprend une machine Ă  faire parler. Les tortures en Indochine. ” La publication de son tĂ©moignage, premier d’une longue sĂ©rie, dont des articles du grand savant orientaliste Paul Mus, est le signal d’une vaste polĂ©mique en France.

Donc, on pouvait savoir. Les MĂ©moires de certains” anciens d’Indo ” en tĂ©moignent. On pense Ă©videmment au gĂ©nĂ©ral Jacques de BollardiĂšre, qui rencontre la torture sur le sol vietnamien. Mais il la tient pour marginale, en tout cas non gĂ©nĂ©ralisĂ©e, ce qui explique son maintien au sein de l’armĂ©e (9).

On retrouve maintes traces de ces pratiques Ă©galement sous la plume de Jules Roy. Jeune lieutenant-colonel, et dĂ©jĂ  Ă©crivain cĂ©lĂšbre, il est volontaire pour l’Indochine. Ses premiers Ă©crits ne laissent planer aucun doute sur son acceptation de la croisade anti-Viet-Minh au nom de la dĂ©fense du ” monde libre “. Mais ce qu’il voit en Indochine refroidit ses ardeurs : ” Sur toutes les bases aĂ©riennes, Ă  l’Ă©cart des pistes, Ă©taient construites des cahutes qu’on Ă©vitait et d’oĂč, la nuit, montaient des hurlements qu’on feignait de ne pas entendre. Sur la base de Tourane de mon camarade Marchal oĂč je disposais d’une cer­taine libertĂ© de mouvement, on m’avait montrĂ© cela avec rĂ©pugnance : les hommes de main des renseignements s’exerçaient lĂ . Marchal me disait: “C’est comme ça partout, c’est obligĂ©. Pourquoi ? Comment ? Un jour; au cours d’une nouvelle opĂ©ration, comme je par­courais la zone en Jeep, j’aperçus devant une pagode un troupeau de paysans accroupis sous la garde de soldats. Je demandai Ă  J’officier qui m’accompagnait ce que c’Ă©tait. “Rien. Des suspects. Je deman­dai qu’on s’arrĂȘtĂąt. J’allai Ă  la pagode, j’entrai: on amenait les files de Nha Que devant les tables oĂč les spĂ©cialistes leur brisaient les couilles Ă  la magnĂ©to (10). »

(1) Discours à la Chambre des députés, 19 novembre 1900

(2) Lire Le Credo de l ‘homme blanc, Complexe, Bruxelles, 1996

(3) Griffes rouges sur l’Asie, BaudiniĂšre, Paris, 1933

(4) Lettre au général LamoriciÚre, 5 avril 1846, citée par A Jardin, Alexis de Tocqueville, Hachette, Paris, 1984

(5) PrĂ©face d’AndrĂ© Malraux, Gallimard, Paris, 1935

(6) « Le mécanisme de la répression politique », Esprit, septembre 1953.

(7) 22 juin 2000

(8) 22 décembre 1945

(9) En mars 1957, il demandera d’ĂȘtre relevĂ© de son commandement en AlgĂ©rie, pour protester contre la torture.

(10) MĂ©moires barbares, Albin Michel, Paris, 1989.

 

SURVIE :

Billets N°99 (janvier 2002)

Publié le mardi 1er janvier, 2002

Continuités

 

Les impunitĂ©s d’hier font les crimes d’aujourd’hui. Au procĂšs du gĂ©nĂ©ral Aussaresses pour apologie de crimes de guerre, le gĂ©nĂ©ral Schmitt, ancien chef d’Ă©tat-major des armĂ©es, est venu justifier la torture. Quand, Ă  la barre, il se dĂ©clare prĂȘt Ă  recommencer les horreurs de la bataille d’Alger (qui firent Ă©cole au Vietnam et en AmĂ©rique latine), l’on s’explique mieux les indulgences d’aujourd’hui pour la junte tortionnaire d’Alger.

L’oubli des mĂ©thodes gestapistes installĂ©es au Cameroun pour y briser les indĂ©pendantistes, faire de ce pays une nĂ©ocolonie d’Elf et une tirelire des rĂ©seaux françafricains, autorise les complaisances d’aujourd’hui – envers la fraude Ă©lectorale, le dĂ©tournement de l’aide et du budget, le saccage de la forĂȘt. Ces mĂ©thodes policiĂšres furent transposĂ©es au Gabon, qui continue de vivre dans une terreur diffuse et de repaĂźtre la plupart des Ă©curies politiques françaises.

Le policier dictateur Ben Ali s’inscrit dans cette lignĂ©e : Jacques Chirac peut aller en Tunisie vanter son combat « exemplaire » contre le terrorisme, son « Ă©tonnant succĂšs Ă©conomique et social ». Ces pays-lĂ , n’est-ce pas, ne sont toujours « pas mĂ»rs » pour autre chose qu’une sociĂ©tĂ© de la chicotte ou du garde-chiourme. Ce fut au Tchad, sans doute, que furent envoyĂ©es les barbouzes françaises les plus sadiques – dĂšs les annĂ©es 70. Plusieurs dictateurs s’y sont succĂ©dĂ© depuis, mais la police politique et la SĂ©curitĂ© prĂ©sidentielle ont poursuivi leurs horreurs, avec la bĂ©nĂ©diction française (et amĂ©ricaine) : si la Commission des droits de l’homme de l’ONU reste Ă  l’Ă©cart du Tchad, c’est par le vƓu constant de « la patrie des droits de l’homme ».

Madagascar, oĂč la rĂ©pression coloniale fit aprĂšs-guerre plus de cent mille morts, mĂ©rite-t-elle autre chose, pour les rĂ©seaux chiraquiens de l’OcĂ©an Indien, que la restauration Ă  vie de l’ancien dictateur rouge Ratsiraka ? Il serait Ă©tonnant qu’ils n’aident pas ce dernier, comme le Togolais Eyadema ou le Tchadien DĂ©by, Ă  faire fi du dĂ©saveu exprimĂ© lors du premier tour du scrutin prĂ©sidentiel. En ces trois pays, le suffrage populaire a dĂ©signĂ© une personnalitĂ© alternative. Mais depuis quand une Ă©lection a-t-elle quelque valeur en cette Afrique oĂč « les massacres sont devenus la norme » (propos lĂ©guĂ© par François Mitterrand Ă  la « mĂ©moire meurtrie » de son fils Jean-Christophe) ?

Les massacres ? D’abord les massacres coloniaux (1). Les guerres civiles ? D’abord celles provoquĂ©es, nourries ou rĂ©activĂ©es pour le pĂ©trole, comme en Angola ou au Congo-Brazzaville. La misĂšre ? D’abord celle entretenue par des rĂ©gimes comme le Maroc des amis Hassan II et Mohamed VI, dont le domaine “privĂ©” capte une grosse part des ressources nationales – une sorte de pot-au-noir françafricain, rĂ©servoir de tous les trafics.

« Les dictatures ne se sont jamais aussi bien portĂ©es dans le monde que depuis le 11 septembre », constate l’opposant tunisien Moncef Marzouki. La tournĂ©e de Jacques Chirac au Maghreb ? Encore une louche d’amnĂ©sie. Tant que l’opinion publique française se laissera droguer par la Françafrique, il n’y aura d’avenir qu’insupportable aux relations franco-africaines.

1.      Cf. Yves Benot, Massacres coloniaux, La DĂ©couverte, 1994 ; Sven Lindqvist, Exterminez toutes ces brutes, Le Serpent Ă  Plumes, 1999 ; Jacques Morel, Calendrier des crimes de la France outre-mer, L’Esprit frappeur, 2001.

 

 

REFERENDUM AUX FRANCAIS : OUI / NON A LA FRANCAFRIQUE?

En tant que citoyen responsable du monde, et au nom de l’assistance a personne en danger, vous etes sur cette liste de diffusion. Mon engagement est de ne pas encombrer votre e-mail. Si vous ne voulez plus recevoir de courrier, faites en la demande a matjules@voila.fr
Je vous invite a faire circuler mes messages et informer vos amis qui n’ont pas d’adresse electronique.

En reponse aux moyens faramineux de propagande utilises avec acharnement par l’imperialisme francais, auxquels vous participez tous (malgre vous ou avec votre soutien conscient ou inconscient), je vous adresse cet appel de resistance.

REFERENDUM AUX FRANCAIS: OUI/NON A LA FRANCAFRIQUE?

Attendu que, selon des observateurs serieux comme Survie, la France se soit rendue coupable des principaux crimes suivant, dans ses rapports privilegies de cooperation internationale:

Dans la noria de crimes contre l’humanite retenons seulement:


– Genocide des Bamilekes* au Cameroun, 1957.

– Genocide des Tutsis* au Rwanda, 1994 (plus intense que l’Holocauste!).

– Genocide des Kongos* au Congo-Brazzaville, depuis 1997.

Attendu que le niveau de vie des francais (par le biais des entreprises et de l’Etat) soit directement indexĂ© sur le niveau d’exploitation des pays meurtris, se faisant, les francais sont complices d’abus debiens sociaux car ils sont payes avec de l’argent d’une origine plus que douteuse…

Attendu la suppression dramatique de la sante, de l’education, de la culture et des droits et libertes fondamentales pour 99 pourcents des populations des pays sous dictature francaise, avec son corollaire une augmentation exponentielle des inegalites entre d’une part une caste nantie mise en place par la France (et a son service) et les populations decimees; et d’autre part entre vous francais, beneficiaires passifs des genocides et donc du pompage des rentes miniere, petroliere, forestiere… des terres africaines (infiniment plus vastes et plus riches que celles de l’Hexagone), et ces meme populations meurtries.

Attendu egalement que la situation s’aggrave depuis 50 ans.

Vous vous devez de vous prononcer pour ou contre la Francafrique, avec son corollaire: respectivement l’augmentation de votre niveau de vie ou la baisse de votre niveau de vie.

On pourra ainsi apprecier le degre d’humanite des francais.

Voyons si les francais mettent en pratique les principes de solidarite internationale dont l’imperialisme raciste francais s’est toujours reclame.

Ce referendum est nominatif, car il engage la responsabilite de chaque francais.

Il sera donc rendu public.

Chacun appreciera ainsi l’attitude scandaleuse ou honorable des participants.

Vous avez le pouvoir de legitimer democratiquement votre opposition aux massacres, ou votre soutien.
Envoyez deja vos reponses (avec vos noms et prenom):

OUI, JE ME PRONONCE POUR LA BAISSE DE MON NIVEAU DE VIE ET CONTRE LA FRANCAFRIQUE.

NON, JE ME PRONONCE POUR L’AUGMENTATION DE MON NIVEAU DE VIE ET POUR LA FRANCAFRIQUE.

a matjules@voila.fr

 

Les africains vous ecoutent.

On saura si vous etes ouvertement pour ou contre les genocides.

Surtout, les representants de notre democratie (politiciens, banquiers, chefs d’entreprise, actionnaires…) sauront si carte blanche leur est donnee d’intensifier les crimes contre l’humanite.

Une faible participation montrerait le manque d’interet que vous portez aux victimes, ou a votre porte monnaie.

On constatera que vous refusez d’apporter une reponse de fond a une question fondamentale, qui engage on ne peut plus votre responsabilite.

Ce serait egalement trahir que le probleme gene. Mes messages sur lesquels des milliers de francais sont deja si preoccupes de se taire (lorsque je ne recois pas des insultes) revelent pour la plupart d’entre vous, un mepris de l’homme qui ferait palir Hitler, et un soutien constant aux genocides lorsqu’ils sont a votre interet!

La justice ne serait pas scandaleusement bafouee chaque jour sans votre silence!

*Bamilekes est un terme derivant d’une “logique” raciste et coloniale.

*Tutsis est un terme derivant d’une “logique” raciste et coloniale.

*Kongos est un terme derivant d’une “logique” raciste et coloniale.

Les sites, journaux ou associations qui le souhaitent, peuvent reprendre ce referendum en me le signalant a matjules@voila.fr

Pour plus d’information:

– Mon livre “Les bourreaux francais grimes en democrates” disponible a mes frais sur simple demande

a matjules@voila.fr
– Mes messages: “Propagande du Festival Scoop Journalisme Angers contre Survie”; “Suite a vos premieres reactions a Propagande du Festival Scoop Journalisme Angers contre Survie”; “Petition contre genocide commis par la France au Congo-Brazzaville depuis 1997”.

Liens:

– http://www.globenet.org/survie
– http://www.globenet.org/agirici
– http://www.reseauvoltaire.net
– http://www.presselibre.org
– http://www.congo-resistance.org
– http://www.congo-transparence.com
– http://www.voix-humaine.org
– http://www.voix-humaine.org
– http://www.nsvh-hv.org
– http://www.cicop-congo.org
– http://www.credo-congo.org
– http://www.multimania.com/ocdh
– http://www.egroups.fr/group/voix-humaine
– http://www.rezoweb.com/forum/politique/brazzamfoayikoba.shtml
– http://www.demo-uni.org

On pourrait a premiere vue dire: la France cache, depuis plus de 50 ans, au peuple francais, qu’elle tient l’Afrique sous sa dictature. Effectivement, les “independances” proclamees par la France de De Gaulle ou la “cooperation” consistent a sous-traiter le colonialisme a des dictateurs pour tromper l’opinion francaise et internationale.
Mais c’est plutot une toute autre analyse qui s’impose. La verite est que les francais aiment se donner l’image de democrates genereux, alors qu’ils sont bien contant que les africains meurent pour leur porte feuille.
Ecoutez la petite musique qui trote dans vos tetes. Elle dit “surtout ne parlons pas de notre responsabilite! Il ne faut pas dire cela!”
Les francais preferent maintenir les cris des condamnes dans le silence des salles de torture, dans le silence des charniers.
Vous tuez massivement hommes, femmes, enfants aujourd’hui et demain.
Decrire votre influence est facile. Lorsqu’une nouvelle filtre grace au courage de quelques resistants en danger, vous l’etouffez aussitot.
Comme les nazis, vous n’avez aucun remord. Mon message finira a la poubelle. Vous m’en voudrez d’etre trop humain.

 

Il n’y a donc rien a attendre de vous. Ce n’est pas avec ceux qui ont cree les problemes qu’il faut esperer les resoudre.

Un exemple:
Voici l’extrait d’un appel au secours qui vous laissera insensible.

De : Resco <(via Cicop >
A : voix-humaine@egroups.fr
Date : 04/02/2001 a 20h22

“800 nouveaux soldats angolais prepositionnes a Dolisie (sud)

En vue d’un bombardement […] contre les populations civiles congolaises des regions de la Bouenza, du Niari et du Pool au sud du pays, prevu d’ici le 15 fevrier 2001, le sanglant dictateur Sassou-Nguesso vient de prepositionner a Dolisie 800 soldats angolais fraichement debarques de Luanda, et armes jusqu’aux dents. Il veut absolument a nouveau faire degouliner […] le sang de paisibles populations. Le dictateur Sassou-Nguesso est vraiment pris de folie meurtriere. Qui va l’arreter ?
[Certainement pas] le president Jacques Chirac qui l’a installe au pouvoir. Tout le monde sait qu’aucun Resistant ne possede plus une arme. […]”

Par mes interpellations indignees, j’entends juste contribuer a faire echec aux incroyables et incessantes impunites totales dont les francais beneficient lachement, concernant nos crimes repetes en Afrique, cela sans que les thuriferaires et moralistes de la democratie ne semblent sincerement s’en offusquer!
On the Move,

Matjules. 10/02/2001.

= http://www.africultures.com/revue_africultures/lecteurs/courriers/detail.asp?no=11

 

CARREFOUR 21 – janv.2001

**Ne fais pas Ă  autrui le mal que tu ne voudrais pas qu’il te fĂźt, ni le bien que tu sais qu’il ne te ferait pas.
Fernand Vanderem

**Historique de la françafrique en 5 dates (suite)
Abel Eyinga
1946: Une union française des répressions et des guerres coloniales
La constitution française du 27 octobre 1946 instituant la IVe RĂ©publique et crĂ©ant l’Union française n’avait que de lointaines ressemblances, en matiĂšre coloniale, avec l’audacieux projet constitutionnel rejetĂ© le 5 mai 1946 par le corps Ă©lectoral français, Ă  la demande expresse du gĂ©nĂ©ral de Gaulle et de la droite chrĂ©tienne du MRP (Mouvement RĂ©publicain Populaire).
Sur le plan formel des appellations, l’Union française innovait incontestablement. C’est ainsi que le terme Empire colonial a Ă©tĂ© remplacĂ© par celui d’Union française, le ministĂšre des colonies par le ministĂšre de la France d’Outre-mer, et l’ancienne Ecole coloniale de l’avenue de l’Observatoire par l’Ecole Nationale de la France d’Outre-mer (ENFOM), sans oublier les colonies devenues tout Ă  coup des Territoires d’Outre-mer (TOM). Les milieux coloniaux, d’affaires ont adhĂ©rĂ© Ă  cette rĂ©volution verbale en donnant Ă  leur revue MarchĂ©s Coloniaux, le nouveau nom de MarchĂ©s tropicaux et mĂ©diterranĂ©ens. Quant aux vĂȘtements coloniaux, ils se sont habillĂ©s du label tout neuf de vĂȘtements tropicaux, etc.
Tout cela, pour camoufler la continuitĂ© de la politique d’opposition Ă  l’Ă©mancipation des colonies, inaugurĂ©e par le gĂ©nĂ©ral de Gaulle. On comprend alors pourquoi les douze annĂ©es que dura l’Union française (1946 – 1958, autant que la IVe RĂ©publique) furent des annĂ©es de guerres coloniales de reconquĂȘte et de rĂ©pressions sanglantes visant Ă  faire Ă©chec Ă  l’accession des peuples colonisĂ©s Ă  l’autodĂ©termination. Il suffira ici d’un bref rappel chronologique de quelques-unes de ces situations malheureuses:
Indochine: guerre coloniale de reconquĂȘte (1945-1954) aprĂšs que la RĂ©publique dĂ©mocratique du Vietnam eĂ»t proclamĂ© son indĂ©pendance Ă  HanoĂŻ le 2 septembre 1945 sous la direction de Ho-Chi-Minh.
Madagascar 1947: une rĂ©pression impitoyable et sauvage menĂ©e par les forces coloniales, se rend coupable du massacre de 89.000 personnes selon l’Ă©tat-major français, de plus de cent Ă  deux cent mille victimes selon les tĂ©moins malgaches.
AOF 1949 – 1950: apogĂ©e de la rĂ©pression dĂ©clenchĂ©e contre le RDA premiĂšre maniĂšre (Rassemblement dĂ©mocratique africain), mouvement populaire et anticolonialiste, crĂ©Ă© Ă  Bamako au Soudan français en 1946. Georges Chaffard en relate certaines pĂ©ripĂ©ties dans le premier tome de ses “Carnets secrets de la dĂ©colonisation”, notamment dans le chapitre intitulĂ© “Quand HouphouĂ«t-Boigny Ă©tait un rebelle”.
Maroc et Tunisie: dĂ©cennie chaotique (1946-1956) caractĂ©risĂ©e par l’affrontement de l’occupant français qui veut revenir aux pratiques d’avant-guerre, avec l’indomptable dĂ©termination des nationalistes Ă  recouvrer leur souverainetĂ© confisquĂ©e par les traitĂ©s de protectorat. En dĂ©pit des rĂ©pressions, de l’exil des leaders, des destitutions de souverains lĂ©gitimes, suivies de leur remplacement par des fantoches, les forces de changement finissent par l’emporter. D’oĂč la proclamation de l’indĂ©pendance des deux protectorats nord-africains en 1956 au mois de mars, le 2 pour le Maroc, le 26 pour Tunisie.
Cameroun 1955: complot colonialiste visant Ă  faire Ă©chec aux deux revendications nationales popularisĂ©es par les nationalistes, Ă  savoir la RĂ©unification et l’IndĂ©pendance de notre pays. En 1957, le complot dĂ©gĂ©nĂ©ra en une vĂ©ritable guerre coloniale avec son cortĂšge de sauvageries, de tortures, d’assassinats dont celui de Ruben Um NyobĂ© le 13 septembre 1958 Ă  Boumnyebel, et celui de FĂ©lix MoumiĂ© Ă  GenĂšve par empoisonnement au thallium, forfait perpĂ©trĂ© par un agent des services français (SDECE) nommĂ© William Bechtel.
AlgĂ©rie: guerre coloniale de huit ans (1954-1962), officiellement connue en France sous le nom anodin de “Ă©vĂ©nements d’AlgĂ©rie” et caractĂ©risĂ©e, du cĂŽtĂ© de l’armĂ©e de reconquĂȘte, par le recours systĂ©matique aux pratiques condamnĂ©es par le droit et la conscience universelle, par exemple la torture sous toutes ses formes les plus barbares et les plus dĂ©gradantes. Le fait Ă©tait niĂ© Ă  l’Ă©poque, mĂȘme par les militaires français qui la pratiquaient. Mais aujourd’hui les preuves sont lĂ , et plus personne n’ose contester l’Ă©vidence, pas mĂȘme les gĂ©nĂ©raux qui commandaient le corps expĂ©ditionnaire français en AlgĂ©rie.
A cÎté de cette Union française transformée en un gigantesque brasier, les colonies anglaises connaissaient une évolution politique beaucoup moins tumultueuse, bien que non exempte de bavures dans certains cas. Mais alors que celles-ci étaient une exception dans le cas britannique, elles constituaient la rÚgle dans le cas français, ainsi que le fait remarquer avec pertinence le professeur Henri Grimal:
“En lisant l’histoire de l’Ă©volution de l’Afrique anglaise, on est frappĂ© par la sorte d’accord tacite qui, en dĂ©pit des luttes violentes, ne cesse d’exister entre Londres et les chefs du nationalisme africain. Le Colonial Office (ministĂšre anglais des colonies) n’hĂ©sita pas Ă  ralentir leur action, Ă  s’y opposer parfois brutalement; mais il ne persista pas quand il fut convaincu que cette action avait l’appui des peuples…”
Sauf erreur de notre part, aucun prĂ©cĂ©dent semblable Ă  celui d’Accra en 1951 ne peut ĂȘtre citĂ© Ă  l’actif du colonialisme français. Les exemples abondent au contraire oĂč il s’est employĂ© Ă  fausser dĂ©libĂ©rĂ©ment des Ă©lections organisĂ©es par lui-mĂȘme, ou Ă  s’opposer comme au Cameroun Ă  la veille de la proclamation de l’indĂ©pendance, Ă  la tenue de toute consultation Ă©lectorale devant se dĂ©rouler sous le parrainage impartial des Nations Unies, lequel ne pouvait que permettre la libre expression de la volontĂ© populaire favorable aux leaders nationalistes.
C’est le lieu de rappeler comment, contrairement Ă  ce qui s’est passĂ© en Gold Coast, l’administration coloniale française avait fabriquĂ© de toutes piĂšces,…A la prochai

 

alwihda@aol.com

33 rue de l’AbbĂ© Fremond D14 Angers 49100 France

France

 

 

Colonialisme – NĂ©o-colonialisme – ou la terreur exportĂ©e

Contribution de Gérard Deneux suite aux articles parus dans les n°s 16 et 17

Pour se dĂ©douaner de cette tache indĂ©lĂ©bile sur le blanc manteau de l’humanisme et du progrĂšs, les bons esprits invoquent les LumiĂšres et la RĂ©volution de 1789. S’il est indĂ©niable que Montesquieu, Rousseau ont condamnĂ© le racisme, proclamĂ© avec d’autres que les Hommes naissent libres et Ă©gaux en vertu d’un droit naturel, il est tout aussi incontestable que la complexitĂ© du siĂšcle des philosophes et ses consĂ©quences ont Ă©tĂ© transformĂ©es en un conte Ă©difiant , visant Ă  assurer la supĂ©rioritĂ© de l’Occident. Cette pĂ©riode a Ă©tĂ© surtout marquĂ©e par un mouvement de dĂ©sacralisation de l’autoritĂ© royale. Quant aux envolĂ©es lyriques sur l’égalitĂ© des droits, elle a fait l’objet de violations systĂ©matiques.


(
)

L’homme universel des LumiĂšres n’est en effet ni esclave, ni nĂšgre, ni indien, ni femme, et consacre la supĂ©rioritĂ© indĂ©fectible du genre masculin occidental. Les propos de Jules Ferry et de Renan, ces chantres de la RĂ©publique dĂ©mocratique et du colonialisme, ne dĂ©mentiront pas cette assertion. Ils produiront la version laĂŻque de la ” destinĂ©e manifeste ” amĂ©ricaine.

Dans son discours Ă  la Chambre des dĂ©putĂ©s le 28 juillet 1885, Jules Ferry assĂšne ” qu’il y a pour les races supĂ©rieures un droit parce qu’il y a un devoir pour elles
le devoir de civiliser les races infĂ©rieures ” et Renan de s’indigner en apparence : ” la conquĂȘte d’un pays de race infĂ©rieure par une race supĂ©rieure qui s’y Ă©tablit pour y gouverner n’a rien de choquant 
la rĂ©gĂ©nĂ©ration des races infĂ©rieures ou abĂątardies par les races supĂ©rieures est dans l’ordre providentiel de l’HumanitĂ© “. D’ailleurs, ajoute-t-il , pour Ă©clairer les avancĂ©es scientifiques de son temps ” la nature a fait une race d’ouvriers, c’est la race chinoise, d’une dextĂ©ritĂ© de main merveilleuse sans presque aucun sentiment d’honneur 
, une race de travailleurs de la terre, c ’est le nĂšgre, une race de maĂźtres et de soldats, c’est la race europĂ©enne “.

L’on ne peut mieux lĂ©gitimer la domination raciste du monde avant les thĂ©ories de Gobineau et du nazisme . Et la Gauche et la Droite rĂ©publicaines de communier ensemble sur la hiĂ©rarchie des races ne se disputant que sur la question de savoir si cette certitude est immuable ou relative.

Les fortes paroles sur la mission civilisatrice de l’Occident capitaliste et la prĂ©sumĂ©e division internationale du travail se sont concrĂ©tisĂ©es au XIXĂšme siĂšcle. ” En 1800, les puissances occidentales dĂ©tenaient 35 % de la surface de la terre
 En 1878, elles en possĂ©daient 67 % : leur taux d’expansion avait donc Ă©tĂ© de 210 000 kms par an. En 1914, ce taux de croissance avait atteint le chiffre ahurissant de 620 000 kms par an et l’Europe dĂ©tenait une superficie totale grandiose, environ 85 % de la superficie de la terre en colonies, protectorats, pays dĂ©pendants, dominions et commonwealth ” (5).

Cette domination coloniale, contrairement Ă  ce que veulent faire croire les manuels scolaires, ne s’est pas rĂ©alisĂ©e sans ” dommages “, sans le recours Ă  la terreur et aux massacres de masse. Quelques exemples suffiront pour en montrer l’ampleur.

En AlgĂ©rie, au terme d’une ” pacification ” terroriste qui a durĂ© un-demi siĂšcle, la population autochtone Ă©valuĂ©e en 1830 Ă  3 millions de personnes, n’était plus que 2,3 millions en 1856. Les ” enfumades ” furent critiquĂ©es par quelques rares dĂ©putĂ©s en 1845, mais pour des raisons bien Ă©loignĂ©es de l’humanisme civilisateur prĂŽnĂ© en d’autres circonstances. Ils Ă©mettaient surtout des rĂ©serves parce que ces pratiques, qu’ils n’osaient qualifier de barbares, Ă©taient susceptibles de nuire au moral des vaillants soldats conquĂ©rants et, qui plus est, de troubler l’image de la grandeur de la France Ă  l’étranger. Mais au fait, en quoi consistait cette fameuse tactique guerriĂšre que l’on n’osait Ă©voquer en termes explicites ? Ce qui arriva en 1845, Ă  la tribu de Ouled Riah, qui refusait la domination coloniale, permet de cerner le sort rĂ©servĂ© Ă  ceux qui n’acceptaient pas les apports de la civilisation occidentale. Pour Ă©chapper aux troupes françaises, cette tribu se rĂ©fugia dans les grottes avec ses troupeaux. Le colonel Pelissier fit dresser d’immenses bĂ»chers Ă  l’entrĂ©e des grottes, et, de cette maniĂšre, anĂ©antit l’ennemi, par l’asphyxie ” d’environ ” un millier de personnes. On ne prit pas la peine de dĂ©nombrer les femmes et les enfants, ni les animaux, et l’histoire ne nous dit pas si le colonel fut dĂ©corĂ© pour ce haut fait d’armes.

(
)

ceux qui, comme en France, se glorifient d’avoir libĂ©rĂ© leur pays de l’occupation Ă©trangĂšre, vont faire preuve d’une ” fascinante schizophrĂ©nie ” en organisant, face aux mouvements de libĂ©ration nationale, de sanglantes rĂ©pressions. Les massacres commencent Ă  SĂ©tif en 1945, se poursuivent en 1947 Ă  Madagascar et les milliers de morts d’Indochine et d’AlgĂ©rie sont autant de crimes de guerre et de crimes contre l’HumanitĂ©. (
) Au delĂ  des exactions, des morts, des mutilĂ©s et du recours Ă  l’usage gĂ©nĂ©ralisĂ© de la torture en AlgĂ©rie, de 1954 Ă  1962, les viols (7) massifs de femmes, surtout dans les campagnes, Ă©taient considĂ©rĂ©s comme le nĂ©cessaire au rĂ©confort barbare de la soldatesque. ” Cela faisait partie de nos avantages et Ă©tait, en quelque sorte, considĂ©rĂ© comme un dĂ» “. Ces dĂ©foulements visaient, en fait, au delĂ  des traumatismes, de la terreur et de l’horreur, la destruction psychologique de l’ĂȘtre laissĂ© en vie. 9 femmes sur 10, interrogĂ©es par l’armĂ©e française, furent violĂ©es.

(
)

Comme le souligne, Ă  sa maniĂšre, François Xavier Verschave (11), ces violences terroristes n’ont qu’un sens, maintenir la domination de puissances impĂ©riales. Comme il fallait se rĂ©signer Ă  accorder l’indĂ©pendance des peuples, autant l’octroyer formellement pour maintenir la dĂ©pendance par corruption interposĂ©e des Ă©lites locales. A cet Ă©gard, le cas de la Françafrique est un cas d’école.

Lorsqu’en 1960, De Gaulle, Ă  grands renforts de gestes magnanimes, accorde l’indĂ©pendance aux colonies, il charge son ami Foccart et ses rĂ©seaux de maintenir la dĂ©pendance ! Dans l’ombre, commence dĂšs lors, une Ăšre nouvelle oĂč les moyens illĂ©gaux, occultes, inavouables, secrets, sont utilisĂ©s pour sĂ©lectionner les chefs d’Etats africains, amis de la France, pour soutenir des dictatures corrompues, organiser assassinats et fraudes Ă©lectorales. Lorsque les coups fourrĂ©s ne suffisent pas, on passe Ă  la guerre non dĂ©clarĂ©e ( 100 000 civils massacrĂ©s au Cameroun, puis au Biafra, aux deux Congo, au Tchad 
). AssurĂ©s de la protection de bases militaires françaises, les gardiens de l’ordre nĂ©o-colonial, surveillĂ©s par les services secrets de la mĂ©tropole, organisent avec leur tuteur, le partage de la rente des matiĂšres premiĂšres et le pillage des richesses locales. Elf joue, Ă  cet Ă©gard, un rĂŽle majeur dans le dispositif, tout comme le franc CFA. Mais, Ă  la raison d’Etat ” foccartienne ” va se substituer, dĂšs la venue de Giscard d’Estaing au pouvoir, la mise en Ɠuvre de rĂ©seaux concurrents.

L’Etat UDR se dĂ©lite, des filiĂšres privatisĂ©es vont s’affronter ; les frĂšres et neveux de Giscard vont cĂŽtoyer les fils des Pasqua et Mitterrand. Les financements occultes des Partis et les enrichissements privĂ©s Ă  bon compte en valent la peine, d’autant que les paradis fiscaux et autres sociĂ©tĂ©s-Ă©crans facilitent la tĂąche de ces personnages.

Rien d’étonnant, dĂšs lors, que les reprĂ©sentants de l’Etat français s’entourent d’aĂ©ropages sulfureux ; Tarallo, Sirven, Michel Roussin, Bouygues, Dumez, Elf, Robert Feliciaggi, empereur des jeux, Etienne LĂ©andri qui, collaborateur notoire de la Gestapo, s’est recyclĂ© dans le SAC de son compatriote corse Charles Pasqua, avant de devenir marchand d’armes (SociĂ©tĂ© Tradinco). Ce dernier est d’ailleurs devenu l’ami du milliardaire irako-britannique Nadhmi Auchi. Rien ne manque dans l’arsenal du racket et des coups tordus : trucage des marchĂ©s publics, pĂ©trole gagĂ©, filiĂšre du diamant. Ces voyous de haut vol alimentent et attisent les guerres, soutenant parfois et en mĂȘme temps, des camps opposĂ©s (Angola, Congo Brazzaville
) Ă  grands renforts de livraisons d’armes et de prĂȘts de vrais-faux conseillers militaires. Cette ” maffiafrique ” est certainement plus dangereuse que les petits malfrats de banlieue 
 Mais, elle ne fait pas l’objet de l’attention des mĂ©dias, et surtout, elle Ă©volue dans des milieux nageant dans des eaux grasses. Pour illustration, il suffit d’évoquer le montant d’une des commissions touchĂ©e par l’affairiste proche de la DST et des services secrets russe et israĂ©lien, M. Arcadi GaĂŻdamak, puisqu’il s’agit de lui. Pour avoir facilitĂ© la livraison d’armes Ă  l’Angola, aprĂšs signature avec l’entreprise publique SIMPORTEX, il a pu empocher pour ses frais 
 135 milliards de dollars . La RĂ©publique a de ces largesses 


bien Ă©videmment par le dĂ©veloppement d’épidĂ©mies et la baisse gĂ©nĂ©rale des taux de scolarisation. (
)

GĂ©rard Deneux

(1) voir ” La grande dĂ©sillusion ” de Joseph E. Stiglitz, prix nobel d’économie, ex vice-PrĂ©sident de la Banque mondiale, qui a prĂ©fĂ©rĂ© dĂ©missionner ” plutĂŽt que d’ĂȘtre muselĂ© “

(2) Ignacio Ramonet dans le Monde Diplomatique – octobre 2001 –

(3) voir ” Capitalisme et Ă©conomie-monde ” Immanuel Wallerstein – Flammarion

(4) les donnĂ©es qui suivent sont extraites de l’excellent livre de Sophie Bessis ” L’Occident et les autres : histoire d’une suprĂ©matie ” ed. La DĂ©couverte

(5) Edward SaĂŻd ” Culture et impĂ©rialisme ” Fayard – Le Monde Diplomatique –

6) pour plus de dĂ©tails sur cette Ă©migration massive, voir p. 52 de ” L’Occident et les autres ” de Sophie Bessis ainsi que, du mĂȘme auteur ” la derniĂšre frontiĂšre – Les Tiers mondes et la tentation de l’Occident ” ed. JC LattĂšs

(7) les donnĂ©es et citations qui suivent sont extraites d’un article du Monde du 12.10.01 ” Etat de Droit et RĂ©publique française “

(9) les donnĂ©es sur la guerre du Vietnam sont tirĂ©es de l’article de Pierre Journaud ” Retour sur la guerre chimique au Vietnam ” in la revue ” l’Histoire ” n° 263 – mars 2002 –

(10) discours sur le colonialisme AimĂ© CĂ©sare – ed. PrĂ©sence africaine – 1955 – citĂ© par Sophie Bessis

(11) lire de cet auteur ” Noir silence ” et ” l’envers de la dette –criminalitĂ© politique et Ă©conomique au Congo-Brazza et en Angola ” – ed. Agone

(12) lire notamment, Ă  ce sujet, les livres de Denis Robert ” RĂ©vĂ©lations $ ” et ” La boĂźte noire ” aux Ă©ditions les ArĂȘnes

(13) lire de Jean-Christophe Ruffin ” Le piĂšge humanitaire ” Hachette pluriel et de Rony Brauman ” Humanitaire – le dilemme ” Textuel

(14) voir l’article Ă©crit par GĂ©rard Deneux Ă  ce sujet et les rĂ©fĂ©rences qu’il contient dans le bulletin n° 18

(15) voir ” L’opinion, ça se travaille
les mĂ©dias, l’OTAN et la guerre du Kosovo ” Serge Halimi et Dominique Vidal – Ă©d. Agone Contre-feux

 

= http://amd.belfort.free.fr/20colonialisme.htm

 

http://matjules.free.fr/docsecret.html

 

Zeev Sternhell, Mario Sznajder, Maia AshĂ©ri, Naissance de l’idĂ©ologie fasciste, Gallimard 1989

 

(Etude sur les mécanismes de la transition de la gauche vers le fascisme.) (p.13)

 

(p.19) La France du natio­nalisme intĂ©gral, de la droite rĂ©volutionnaire, est le vĂ©ritable berceau du fascisme. Nous l’avons dĂ©jĂ  sou­tenu ailleurs, aussi n’en sera-t-il pas question ici. Mais la France, c’est aussi le berceau du rĂ©visionnisme rĂ©volutionnaire sorĂ©lien, composante premiĂšre du fas­cisme. LancĂ© en France, le rĂ©visionnisme rĂ©volution­naire se dĂ©veloppe en Italie en force intellectuelle, politique et sociale. AlliĂ©s aux nationalistes et aux futu­ristes, les rĂ©visionnistes rĂ©volutionnaires italiens trouvent en Ă©tĂ© 1914 les troupes, les conditions et le chef qui leur permettent de transformer en force histo­rique la longue incubation intellectuelle commencĂ©e au dĂ©but du siĂšcle.

(
) Le fascisme ne saurait en aucune façon ĂȘtre identifiĂ© avec le nazisme. Certes, les deux idĂ©ologies, les deux (p.20) mouvements et les deux rĂ©gimes possĂšdent des points communs. Ils peuvent souvent ĂȘtre tangents l’un à  l’autre ou bien se recouper, mais ils diffĂšrent sur une

question fondamentale : la pierre de touche du natio­nal-socialisme allemand est le dĂ©terminisme biologique. C’est le racisme dans son sens le plus extrĂȘme qui fait le fond du nazisme ; et la guerre aux Juifs, la guerre aux races infĂ©rieures, y joue un rĂŽle plus pré­pondĂ©rant que la guerre au communisme. Des mar­xistes peuvent ĂȘtre convertis au national-socialisme – bon nombre d’entre eux l’ont effectivement Ă©tĂ©; de mĂȘme, le national-socialisme peut signer des traitĂ©s avec les communistes, Ă©changer des ambassadeurs, voire coexister avec eux, ne serait-ce que temporaire­ment Rien de tel pour ce qui est des Juifs. Les concer­nant, le seul « arrangement » possible est la destruction.

Certes, le racisme n’est pas limitĂ© Ă  l’Allemagne. À la fin du xixe siĂšcle, le dĂ©terminisme biologique se dĂ©ve­loppe aussi dans un pays comme la France; mais s’il constitue un Ă©lĂ©ment de la montĂ©e de la droite rĂ©volu­tionnaire, le racisme, dans sa variante française, ne devient jamais Ă  lui tout seul l’alpha et l’omĂ©ga d’une idĂ©ologie, d’un mouvement et d’un rĂ©gime.

De fait, le dĂ©terminisme racial n’est pas prĂ©sent dans toutes les variĂ©tĂ©s de fascisme. Si Robert Brasillach professe un antisĂ©mitisme trĂšs proche de celui du nazisme, le Faisceau de Georges Valois en est totale­ment dĂ©pourvu. Et si certains fascistes italiens pratiquent un antisĂ©mitisme militant, les Juifs fascistes ne se comptent plus en Italie ; leur pourcentage au sein du mouvement est mĂȘme trĂšs supĂ©rieur Ă  ce qu’il est dans la population. On le sait, en Italie, les lois raciales ne seront promulguĂ©es qu’en 1938 et, durant les annĂ©es de guerre, un Juif se sentira nettement moins en dan­ger Ă  Nice ou en Haute-Savoie, territoires occupĂ©s par

les troupes italiennes, qu’Ă  Marseille, rĂ©gentĂ©e par la police de Vichy.

(p.21) Le racisme n’est donc pas de ces conditions nĂ©ces­saires Ă  l’existence d’un fascisme; il contribue par contre Ă  l’Ă©clectisme fasciste. C’est pourquoi une thĂ©o­rie gĂ©nĂ©rale qui voudrait englober fascisme et nazisme , butera toujours sur cet aspect essentiel du problĂšme. En fait, une telle thĂ©orie n’est pas possible. Certes, il existe des similaritĂ©s, surtout pour ce qui est du carac­tĂšre « totalitaire » des deux rĂ©gimes, mais les dif­fĂ©rences ne sont pas moins significatives. Karl Bracher a bien vu l’importance cardinale de ces diffĂ©rences que l’ouvrage de Nolte – et c’est lĂ  sa principale faiblesse -a complĂštement ignorĂ©es “.                                        

Cette question clarifiĂ©e, revenons Ă  notre conception du fascisme. Si l’idĂ©ologie fasciste ne peut ĂȘtre dĂ©finie en termes d’une simple rĂ©ponse au marxisme, sa nais­sance, par contre, reprĂ©sente le rĂ©sultat direct d’une rĂ©vision trĂšs spĂ©cifique du marxisme. RĂ©vision du marxisme et non pas variĂ©tĂ© de marxisme ou ombre portĂ©e du marxisme. L’objet de ce livre est d’Ă©tudier cette rĂ©vision antimatĂ©rialiste et antirationaliste du mar­xisme. Il est indispensable d’insister sur cet aspect essentiel de la dĂ©finition du fascisme. Car la cristallisa­tion des concepts fondamentaux du fascisme, de la phi­losophie et de la mythologie fascistes, devient difficile­ment intelligible si l’on refuse de la percevoir aussi en fonction de cette rĂ©volte d’origine marxiste contre le matĂ©rialisme. Ce sont les sorĂ©liens de France et d’Ita- -, lie, thĂ©oriciens du syndicalisme rĂ©volutionnaire, qui lancent cette nouvelle et originale rĂ©vision du mar­xisme : c’est en cela, prĂ©cisĂ©ment, que consiste leur contribution Ă  la naissance de l’idĂ©ologie fasciste.

En ce sens, la poussée du fascisme constitue une des faces de la révolution intellectuelle, scientifique et technologique qui emporte le continent européen à la charniÚre des 19e et 20e siÚcles.

 

(p.352) Mussolini explique la crise politique et sociale en Italie par la dĂ©cadence bourgeoise, par l’incapacitĂ© de l’Ă©lite au pouvoir de gouverner le pays et de faire face Ă  ses problĂšmes. Cette dĂ©gĂ©nĂ©rescence bourgeoise touche dans la mĂȘme mesure le socialisme rĂ©formiste, qui ne cesse de descendre la pente. Comme tout rĂ©volutionnaire qui se respecte, Musso-

lini s’estime marxiste. (p.353) en Marx « le plus grand thĂ©oricien du socialisme », et dans le marxisme « la doctrine scientifique de la rĂ©volution des classes n ». Mais ce jeune militant n’est pas lui-mĂȘme un thĂ©ori­cien marxiste. Le marxisme lui parvient sous une forme rĂ©visĂ©e et digĂ©rĂ©e, d’abord par l’intermĂ©diaire d’Arturo Labriola et de Leone, finalement par l’inter­mĂ©diaire de Sorel. En mĂȘme temps, d’autres influences se font jour dans ses Ă©crits : celle de Rosa Luxemburg, notamment, mais aussi de Guesde et de JaurĂšs l2. Les idĂ©es exprimĂ©es par Mussolini sur toutes les questions clĂ©s du dĂ©bat idĂ©ologique de l’Ă©poque ne diffĂšrent aucunement de celles mises en avant par nombre d’autres intellectuels socialistes, qu’il s’agisse de l’internationalisme, du militarisme, de la guerre, de la lutte des classes ou de la grĂšve gĂ©nĂ©rale.

Quelle que soit la dĂ©finition que l’on donnerait aujourd’hui du marxisme auquel se rattache Mussolini au temps oĂč il est membre du parti socialiste, il est incontestable que son approche de ces questions est d’abord dĂ©terminĂ©e par la thĂ©orie de la lutte des classes et par sa conviction que la rĂ©volution socialiste est en marche. Mussolini ne manque alors jamais de manifester son adhĂ©sion au mouvement socialiste international et Ă  l’Internationale socialiste. À l’instar de n’importe quel autre militant socialiste, il soutient que le militarisme n’est qu’un des corollaires du capi­talisme, et la guerre un des moyens dont se sert la bourgeoisie pour conserver le pouvoir et exploiter au maximum le prolĂ©tariat.

 

(p.405) Une seconde possibilitĂ© de dĂ©loger les fascistes s’offre deux ans plus tard. L’assassinat, le 10 juin 1924, du dĂ©putĂ© socialiste Matteotti, dont le cĂ©lĂšbre discours du 30 mai a Ă©tĂ© durement ressenti par les fascistes, ouvre une crise trĂšs grave. La force de caractĂšre et le courage de Matteotti Ă©taient lĂ©gendaires. Son enlĂšve­ment au cƓur mĂȘme de la capitale provoque une Ă©norme Ă©motion. Les rĂ©actions jettent la panique dans l’entourage du chef du gouvernement et la rĂ©volte gronde jusque chez les ministres fascistes modĂ©rĂ©s. Une intervention des libĂ©raux auprĂšs du roi aurait sans doute suffi pour le dĂ©cider Ă  remplacer Mussolini, mais les amis de Giolitti sont alors encore trop bien disposĂ©s envers le fascisme pour exiger le dĂ©part de son chef.

Cependant, c’est la position de Benedetto Croce, premier intellectuel du pays, et, vis-Ă -vis du monde exté­rieur, le reprĂ©sentant le plus cĂ©lĂšbre de la culture ita­lienne, qui est la plus significative. En ce moment critique, Croce estime que le fascisme, malgrĂ© tout, a fait beaucoup de bien, et qu’il ne serait nullement avisĂ© de travailler Ă  sa chute. Au contraire, pense Croce, il faut lui laisser le temps de parachever son Ă©volution vers l’assagissement et la normalisation. Le 26 juin, le sĂ©nateur vote la confiance au gouvernement Musso­lini 138. Cette main levĂ©e d’un des EuropĂ©ens les plus fameux de son temps en faveur de l’apprenti dictateur, au pouvoir depuis prĂšs de deux ans et responsable d’un crime odieux, Ă  un moment oĂč le rĂ©gime (dont la vĂ©ri­table nature ne peut plus ĂȘtre ignorĂ©e) est particuliĂšre­ment vulnĂ©rable, est rĂ©vĂ©latrice. Elle symbolise par excellence la problĂ©matique que reprĂ©sente le fas­cisme, aux quatre coins du continent, pour cette intel­ligentsia europĂ©enne si fine, si cultivĂ©e, mais dont la foi dans les vertus de la dĂ©mocratie libĂ©rale s’est effon­drĂ©e depuis fort longtemps.

 

Annales historiques de la Révolution française, Numéro 340, Comptes rendus

Patrice Bret   (http://ahrf.revues.org/document2025.html)

Orientales I. Autour de l’expĂ©dition d’Égypte

Zusammenfassung

 

Henry LAURENS, Orientales I. Autour de l’expĂ©dition d’Égypte, Paris, CNRS Éditions (Coll. Moyen-Orient), 2004, 306 p., ISBN 2-271-06193-8, 24 €.

Quelques articles ont Ă©tĂ© lĂ©gĂšrement remaniĂ©s. C’est le cas de celui sur « Le projet d’État juif en Palestine attribuĂ© Ă  Bonaparte » (pp. 121-143), l’un des principaux de la deuxiĂšme partie (« NapolĂ©on et l’Islam ») et un bel exemple de construction et de dĂ©tournement de l’histoire Ă  d’autres fins. Initialement publiĂ© dans la Revue d’études palestiniennes en 1989, il a Ă©tĂ© mis Ă  jour Ă  l’occasion d’une traduction en arabe et pour rĂ©pondre Ă  l’ouvrage de Jacques Derogy et Hesi Carmel, Bonaparte en Terre sainte (Fayard, 1992) qui tentait d’en infirmer les conclusions. Laurens a enquĂȘtĂ© sur une Ă©phĂ©mĂšre rumeur qui parcourut l’Europe en 1799 pour ĂȘtre tirĂ©e de l’oubli un siĂšcle plus tard et posĂ©e en fait Ă©tabli par le mouvement sioniste autour de la Grande guerre, puis devenir, par contrecoup, un argument de l’historiographie arabe pour dĂ©montrer l’existence d’un complot occidental permanent des Croisades Ă  nos jours. La thĂšse de l’existence de ce projet d’État juif repose sur quelques articles de l’époque et sur deux documents dont des traductions ont Ă©tĂ© mises au jour en 1940 par un juif autrichien : une proclamation de Bonaparte, datĂ©e de JĂ©rusalem (oĂč les Français ne sont pas allĂ©s
), et une lettre du grand rabbin de la ville sainte Ă  cette Ă©poque. De fait, outre quelques vagues mentions dans Le Moniteur, un article de la DĂ©cade philosophique en avril 1798 (un mois avant l’embarquement Ă  Toulon et un an avant la campagne de Syrie), « un certain LB. qui pourrait ĂȘtre Lucien Bonaparte lui-mĂȘme » selon Laurens (selon M. Regaldo, il s’agit en fait de Joachim Le Breton, de l’Institut national), propose de rĂ©gĂ©nĂ©rer l’Égypte et la Syrie en appelant en Palestine les juifs qui « ont participĂ© aux lumiĂšres de l’Europe » et « accourront des quatre parties du monde, si on leur donne le signal ». Quant Ă  la proclamation du gĂ©nĂ©ral en chef et Ă  la lettre du grand rabbin de JĂ©rusalem appelant Ă  combattre pour l’Éternel et pour Bonaparte, ce sont des faux, rĂ©digĂ©s dans le milieu messianique juif frankiste, nĂ© autour de Jacob Frank (1726-1791) dans la rĂ©gion de Francfort, avec des ramifications en BohĂȘme et jusqu’à Paris. Avec la destruction de l’ordre d’Ancien RĂ©gime, les guerres et l’expulsion du pape de Rome, puis l’expĂ©dition d’Égypte qui rend possible le retour en Palestine, la Terre sainte redevient un enjeu gĂ©opolitique. « La tourmente rĂ©volutionnaire en Europe a intensifiĂ© parallĂšlement les deux courants apocalyptiques protestant et juif en leur permettant de croire que la fin des temps Ă©tait proche. [
] Bonaparte, tout en accomplissant le programme rĂ©volutionnaire de rĂ©gĂ©nĂ©ration des peuples du monde, vĂ©ritable fin de l’histoire pour les IdĂ©ologues de la RĂ©volution finissante, se prenait pour le Mahdi des Musulmans. Pour les protestants anglais, il Ă©tait l’AntĂ©christ, et pour les messianistes juifs, l’exĂ©cuteur de la volontĂ© divine » (pp. 142-143).

 

Les autres articles de cette partie – dans laquelle les rapports de la RĂ©volution française avec l’Islam et avec l’Empire ottoman ont toute leur place (pp. 67-85) – soulignent la cohĂ©rence de Bonaparte dans ses rapports avec l’Islam, ce qui n’exclut pas son opportunisme : « La reconnaissance de cette double dimension permet de dĂ©passer le dĂ©bat dĂ©jĂ  ancien sur l’existence ou non d’un rĂȘve oriental. » (p. 145). Sur le terrain, cet imaginaire et la rivalitĂ© des puissances europĂ©ennes font Ă©merger le Grand Jeu Ă©voquĂ© par Kipling, avec sa multiplicitĂ© de dimensions, politique, Ă©conomique, culturelle, et la figure nouvelle de l’aventurier assis « entre deux cultures et surtout deux loyautĂ©s » (p. 168), depuis Lascaris, chevalier de Malte qui suit Bonaparte en Égypte aprĂšs la prise de l’archipel, jusqu’à Lawrence d’Arabie (« Le chevalier de Lascaris et les origines du Grand Jeu » (pp. 167-183).

 

« La postĂ©ritĂ© de l’expĂ©dition d’Égypte », objet de la troisiĂšme partie, porte essentiellement sur la longue durĂ©e. Le mythe politique de l’expĂ©dition, en France et en Égypte, du XIXe siĂšcle Ă  nos jours, « informe plus sur l’état des relations entre les deux pays que de l’apport de l’expĂ©dition » (p. 205). La comparaison de deux articles rĂ©digĂ©s en 1990 et en 1998 montre d’ailleurs la dĂ©tĂ©rioration de la perception de l’Occident en Égypte dans la derniĂšre dĂ©cennie, probablement accrue depuis le 11 septembre 2001. Suivent un volet français et un volet Ă©gyptien. Ce dernier porte sur la modernisation accomplie par Muhammad Ali et ses successeurs (Élites et rĂ©forme dans l’Égypte du XIXe siĂšcle », pp. 231-243) et sur « La naissance de la nation Ă©gyptienne » (pp. 245-251). Le premier concerne la politique française au Levant, jusqu’au projet de royaume arabe de Syrie (« NapolĂ©on III et le Levant », pp. 255-265) – la suite se trouve dans les deux autres volumes. Retenons un document important retrouvĂ© naguĂšre par Laurens et publiĂ© par lui dans les Annales islamologiques en 1987. Second volet de la premiĂšre mission de SĂ©bastiani Ă  Constantinople, destinĂ©e Ă  ratifier les prĂ©liminaires de paix entre la France et la Porte, et de prĂ©parer le traitĂ© dĂ©finitif, ce document donne toute la mesure et l’ambiguĂŻtĂ© de la politique orientale du Premier Consul, pour ne pas dire son double jeu, un an aprĂšs l’évacuation de l’Égypte (« L’Égypte en 1802 : un rapport inĂ©dit de SĂ©bastiani », pp. 187-204).

 

Avec deux articles seulement, la derniĂšre partie, « Race et histoire », pourrait ĂȘtre le parent pauvre de l’ouvrage. Il n’en est rien. Le mythe-histoire de la Raison, fondateur de l’expĂ©dition, s’accompagne de la genĂšse d’un autre mythe des origines, qui Ă©merge en parallĂšle en puisant notamment dans le comparatisme linguistique, celui des aryens, qui crĂ©e une culture commune entre l’Inde et l’Europe, posant les fondements d’une ethnologie linguistique et la question de ses liens avec l’anthropologie physique. « Le mythe aryen, malgrĂ© tout son romantisme inquiĂ©tant, est le produit des mĂ©thodes mises au point par les LumiĂšres finissantes », prĂ©cise Henry Laurens (p. 284). Les hommes de la RĂ©volution ne sont pas absents des premiers dĂ©bats. Bailly postule l’existence « d’un peuple dĂ©truit et oubliĂ© qui a prĂ©cĂ©dĂ© et Ă©clairĂ© les plus anciens peuples connus », de l’Inde et la ChaldĂ©e (Lettres sur l’origine des sciences et sur celle des peuples de l’Asie, adressĂ©es Ă  M. de Voltaire, 1777 ; Lettres sur l’Atlantide de Platon et sur l’origine des sciences, 1779). Rabaut de Saint-Étienne imagine un peuple original du Gange au Danube Ă  l’écriture allĂ©gorique rĂ©duite par l’invention de l’alphabet au rang de mythologie (Lettres Ă  Sylvain Bailly sur l’histoire primitive de la GrĂšce, 1787). Volney, enfin, importe du comparatisme linguistique allemand l’idĂ©e d’une « nation scythique » s’étendant par vagues successives des plaines du Gange aux Ăźles britanniques (1818). « Ainsi, une nouvelle gĂ©nĂ©alogie de l’Europe se dessine : la thĂ©orie germanique Ă©tait l’apanage de l’aristocratie, l’indo-germanique ne la concerne plus seulement, elle porte sur l’ensemble des populations de l’Europe, une race en tant que telle qui va se poser en aristocratie par rapport au reste du monde et dont l’origine est Ă  rechercher en Asie » (p. 288). Les Indo-EuropĂ©ens sont nĂ©s, suivis dĂšs les annĂ©es 1840 par les SĂ©mites, « la seconde race nĂ©cessaire pour la comprĂ©hension historique de l’état du monde » (p. 289).

 

Léon Poliakov, Bréviaire de la haine, Le IIIe Reich et les Juifs, éd. Calmann-Lévy, 1951

 

(p.8) (Mauriac)

Mais ce brĂ©viaire a Ă©tĂ© Ă©crit pour nous aussi Fran­çais,  dont l’antisĂ©mitisme  traditionnel a survĂ©cu Ă  ces excĂšs d’horreur dans lesquels Vichy a eu sa timide et  ignoble  part —r- pour  nous  surtout,   catholiques français, qui devons certes Ă  l’hĂ©roĂŻsme et Ă  la charitĂ© de tant d’Ă©vĂȘques, de prĂȘtres et de religieux Ă  l’Ă©gard des Juifs traquĂ©s, d’avoir sauvĂ© notre honneur, mais qui n’avons pas eu la consolation d’entendre le suc­cesseur du GalilĂ©en, Simon-Pierre, condamner claire­ment, nettement et non par des allusions diplomati­ques, la mise en croix de ces innombrables « frĂšres du Seigneur ». Au vĂ©nĂ©rable cardinal Suhard qui a d’ailleurs tant fait dans l’ombre pour eux, je deman­dai un jour, pendant l’occupation : « Eminence, ordon­nez-vous de prier pour les Juifs… », il leva les bras au ciel : nul doute que l’occupant n’ait eu des moyens de pression irrĂ©sistibles, et que le silence du pape et  de la hiĂ©rarchie n’ait  Ă©tĂ© un affreux devoir;   il s’agissait d’Ă©viter de pires malheurs. Il reste qu’un crime de cette envergure retombe pour une part non mĂ©diocre sur tous les tĂ©moins qui n’ont pas criĂ© et quelles qu aient Ă©tĂ© les raisons de leur silence.

(p.9) Surtout que ce livre ne nous dĂ©sespĂšre pas : il y a ceux qui ont tuĂ© mais il y a aussi ceux qui ont su mourir. Nous n’avions pas attendu Hitler et les nazis pour savoir que l’homme n’est pas nĂ© innocent et que le mal est en lui et que la nature est blessĂ©e. Mais un hĂ©ros et un saint demeurent en germe au plus secret de nos misĂ©rables cƓurs.

Il dĂ©pend de nous que les martyrs n’aient pas Ă©tĂ© torturĂ©s en vain. Il dĂ©pend de nous de ne pas Ă©carter cette multitude qui, bien loin de crier vengeance, nous crie inlassablement ce que le premier d’entre eux, le fils de David, nous a enseignĂ© sur la montagne : « Bienheureux les doux car ils possĂšdent la terre. Bienheureux ceux qui pleurent car ils seront conso­lĂ©s. Bienheureux ceux qui ont faim et soif de jus­tice, car ils seront rassasiĂ©s. Bienheureux les misĂ©ri­cordieux car ils obtiendront eux-mĂȘmes misĂ©ricorde. Bienheureux ceux qui souffrent persĂ©cution pour la justice… »

 

(p.35) Le jour mĂȘme oĂč le gouvernement hitlĂ©rien ordon­nait le tamponnage des passeports des Juifs, le gou­vernement polonais prescrivait Ă  ses nationaux habitant Ă  l’Ă©tranger un tamponnage d’un autre genre. Faute de faire revĂȘtir leurs passeports par un cachet spĂ©cial apposĂ© par les consulats, ils allaient ĂȘtre dĂ©chus de la nationalitĂ© polonaise. De leur cĂŽtĂ©, les consulats polonais avaient reçu l’ins­truction de ne pas renouveler les passeports des Juifs vivant Ă  l’Ă©tranger depuis plus de cinq annĂ©es. Plus de 20 000 Juifs polonais rĂ©sidant en Allemagne depuis de longues annĂ©es allaient se trouver apa­trides du jour au lendemain. Cette fois-ci, la Ges­tapo le soulignait ironiquement, c’est sur la sugges­tion du ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres que Himm-ler ordonna l’arrestation immĂ©diate et l’expulsion de tous les Juifs polonais habitant en Allemagne. Dans la seule ville de Vienne, 3 135 Juifs furent arrĂȘtĂ©s et envoyĂ©s en Pologne.

Mais le gouvernement de Varsovie refusa de les laisser entrer en territoire polonais. C’est ainsi que dans la rĂ©gion de Zbonszyn, des milliers d’hommes, femmes et enfants, premiĂšres personnes dĂ©placĂ©es de notre Ă©poque, durent camper de longues se­maines dans un no maris land sur la frontiĂšre, par un froid rigoureux, en attendant que les gouver­nements se missent d’accord sur leur sort.

 

(p.38) Le jour suivant, Ă  une confĂ©rence convoquĂ©e par GƓring dont il sera question plus loin, Heydrich parle dĂ©jĂ  de 7 500 magasins dĂ©truits. Les archives du camp de Buchenwald indiquent que ce seul camp recevait entre le 10 et le 13 novembre livraison de 10 454 Juifs, oĂč ils Ă©taient reçus et traitĂ©s avec les sadiques raffinements d’usage, couchĂ©s en plein air hivernal, battus et torturĂ©s Ă  longueur de journĂ©e, tandis qu’un haut-parleur proclamait : « Tout Juif qui veut se pendre est priĂ© d’avoir l’amabilitĂ© de mettre un morceau de papier portant son nom dans sa bouche, afin que nous sachions de qui il s’agit. » Cette orgie dĂ©vastatrice n’Ă©mut pas outre mesure le peuple allemand, qui en Ă©tait le tĂ©moin global. Elle se poursuivait devant une indiffĂ©rence quasi gĂ©nĂ©rale. « La rĂ©action du peuple allemand aux pogromes de l’automne 1938 montre jusqu’oĂč Hitler l’a menĂ© en cinq ans et jusqu’Ă  quel point il l’a avili », Ă©crivait Rauschning en 1939(18). Et Karl Jaspers observe : « Lorsqu’en novembre 1938 les synagogues brĂ»laient et que les Juifs Ă©taient dĂ©por­tĂ©s pour la premiĂšre fois… les gĂ©nĂ©raux Ă©taient prĂ©sents; dans chaque ville, le commandant avait la possibilitĂ© d’intervenir… ils n’ont rien fait (19). »

 

(p.75) / Varsovie/  le jour du Vendredi Saint 1940 (
): c’est le jour oĂč on disait dans les Ă©glises catholiques la messe dans laquelle il Ă©tait question de la « perfidia judaĂŻca » et oĂč les fidĂšles tapaient du bĂąton, maudissant les ennemis du Seigneur. On voit comment les enseignements de l’Eglise catho­lique pouvaient contribuer, eux aussi, Ă  l’acharne­ment des fidĂšles du FĂŒhrer.

 

(p.82) L’impulsion  est donnĂ©e par l’expulsion des  Juifs d’Alsace-Lorraine,  pratiquement  terminĂ©e  au  dĂ©but d’octobre 1940.

 

(p.84) Aux Pays-Bas et au Luxembourg, la situation est quelque peu diffĂ©rente, puisqu’il s’agit de « peuples de souche germanique », aux­quels tĂŽt ou tard on espĂšre inculquer l’Ă©vangile raciste, aprĂšs quoi ils seront incorporĂ©s dans les rangs de la Race des MaĂźtres — tandis qu’on a affaire en France (et en Belgique wallonne) Ă  des sous-hommes quelque peu exotiques, de toute Ă©vi­dence dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s, mais Ă  l’Ă©gard desquels on res­sent confusĂ©ment un complexe d’infĂ©rioritĂ© inavouable mais tenace. Politiquement, on aspire Ă  les mainte­nir dans un Ă©tat de division et de faiblesse, sien dĂ©sintĂ©ressant pour le reste et les laissant cuire dans leur mauvais jus de sous-natalitĂ© biologique. Mais humainement on craint parfois de trop les choquer.

 

(p.85) L’antisĂ©mitisme de Vichy Ă©tait le produit d’un croisement de la xĂ©nophobie si caractĂ©ristique d’une certaine bour­geoisie française avec une vieille doctrine antisé­mite traditionnellement rĂ©actionnaire et clĂ©ricale, qui prĂ©tendait puiser ses inspirations chez les doc­teurs de l’Eglise moyenĂągeux, et se rĂ©clamait de la Somme de saint Thomas d’Aquin. Les Allemands n’imposent rien de force Ă  Vichy : ils conseillent, « ils font des suggestions », allant mĂȘme jusqu’Ă  « laisser entrevoir aux Français l’abrogation des mesures allemandes, afin de stimuler leur initiative dans le domaine de la question juive (47) ». Vichy s’y prĂȘte de bonne grĂące, et mĂȘme — dans la mesure oĂč la politique allemande Ă©tait conforme Ă  sa doctrine — avec un zĂšle convaincu. De cette politique, PĂ©tain et Xavier Vallat (le premier commissaire gĂ©nĂ©ral aux Questions juives) sont les protagonistes attitrĂ©s : PĂ©tain prend mĂȘme la prĂ©caution de se renseigner auprĂšs du Saint-SiĂšge sur l’opportunitĂ© des mesures vichyssoises, et la rĂ©ponse trĂšs prĂ©cise de son ambassadeur : « Jamais il ne m’avait rien Ă©tĂ© dit au Vatican qui supposĂąt, de la part du Saint-SiĂšge, une critique ou une dĂ©sapprobation des actes lĂ©gislatifs et rĂ©glementaires dont il s’agitl » apaise sans doute dĂ©finitivement sa conscience.

 

1.      Rapport du 7 septembre 1941 de LĂ©on BĂ©rard, ambassadeur de France prĂšs du Saint-SiĂšge, au marĂ©chal PĂ©tain, sur les « questions et difficultĂ©s que pouvaient soulever les mesures prises Ă  l’Ă©gard des Juifs ». A propos de l’attitude du Vatican, voir pp. 433 et suiv.

 

(p.175) Jodl : « Rompre tous les ponts 
 afin d’exciter le peuple Ă  une combativitĂ© plus forte encore  »

 

(p.206) Lors du procĂšs des principaux membres des groupes, qui eut lieu Ă  Nuremberg plusieurs annĂ©es plus tard, leur attitude mit Ă  jour l’Ă©tonnante confusion men­tale rĂ©gnant dans les cervelles nazies. Parmi les vingt-deux accusĂ©s, se trouvaient un professeur d’uni­versitĂ©, huit avocats, un chirurgien dentiste, un archi­tecte, un expert d’art, et mĂȘme un thĂ©ologien, ancien pasteur1. Tous plaidĂšrent non coupables; aucun n’exprima le moindre regret; tout au plus se rĂ©fé­raient-ils aux ordres reçus et aux dures nĂ©cessitĂ©s de la guerre. Et cependant, lors de leur dĂ©fense, ils se rĂ©fĂ©raient aux mĂȘmes valeurs de la civilisation occidentale qu’ils avaient, des annĂ©es durant, fou­lĂ©es aux pieds : leurs tĂ©moins, leurs avocats, cĂ©lé­braient Ă  l’envi leur honnĂȘtetĂ©, leurs vertus fami­liales, leurs sentiments chrĂ©tiens, et mĂȘme la dou­ceur de leur caractĂšre…

 

1. Biberstein-Szymanovski. Citons cette incroyable rĂ©plique de ce dernier, auquel le prĂ©sident du tribunal demandait si, en sa qualitĂ© d’ancien ecclĂ©siastique, il n’estimait pas utile d’adresser des paroles de consolation, voire de confesser les Juifs immolĂ©s.

« Monsieur le Président, on ne jette pas des perles devant les pourceaux. » (Audience du 21 novembre 1947.)

 

 

(p.278-279) Plusieurs psychiatres allemands de renom, tels que les professeurs Heyde,

1.      L’association des mĂ©decins chargĂ©s d’administrer l’eutha­nasie portait le nom de « Reichsarbeitsgemeinschaft Heil-und Pflegeanstalten (Association du Reich, Ă©tablissements thĂ©rapeuthiques et hospitaliers).

 

Nietzsche, PfannmĂčller, apportĂšrent au T-4un concours actif et enthousiaste. Une autre autoritĂ© scientifique, le professeur Kranz, Ă©valuait Ă  un million le nombre d’Allemands dont « l’extirpation » lui paraissait souhai­table (280).

 

(p.315) Peut-ĂȘtre le lecteur trouvera-t-il tout de mĂȘme quel­que intĂ©rĂȘt Ă  jeter un regard dans la conscience de ces techniciens ? Voici un extrait du journal intime de l’un d’eux, un intellectuel celui-lĂ , le mĂ©decin docteur Kremer :

« 1.IX.1942. J’ai Ă©crit Ă  Berlin pour comman­der une ceinture en cuir et des bretelles. J’ai assistĂ© l’aprĂšs-midi Ă  la dĂ©sinfection d’un bloc avec du Cyclone B, afin de dĂ©truire les poux.

« 2.IX.1942. Ce matin Ă  trois heures, j’ai assistĂ© pour la premiĂšre fois Ă  une action spĂ©ciale. En comparaison, l’enfer de Dante me paraĂźt une comé­die. Ce n’est pas pour rien qu’Auschwitz est appelĂ© un camp d’extermination.

« 5.IX.1942. J’ai assistĂ© cet aprĂšs-midi Ă  une action spĂ©ciale appliquĂ©e Ă  des dĂ©tenues de camp fĂ©minin (Musulmanes *), les pires que j’aie jamais vues. Le docteur Thilo avait raison ce matin en me disant que nous nous trouvons dans l’anus du monde 2.

 

1.  Ainsi qu’on le verra plus loin, on dĂ©signait Ă  Auschwitz sous le terme de  « Musulmans   » les dĂ©tenus arrivĂ©s au degrĂ© limite d’usure physique.

2.  A cet  endroit,   le  texte  porte  en  latin   :  anus mundi.

 

(p.315) Ce soir vers huit heures j’ai assistĂ© Ă  une action spé­ciale de Hollandais. Tous les hommes tiennent Ă  prendre part Ă  ces actions, Ă  cause des rations spé­ciales qu’ils touchent Ă  cette occasion, consistant en 1/5 de litre de schnaps, 5 cigarettes, 100 grammes de saucisson et pain.

« 6-7.IX.1942. Aujourd’hui, mardi, dĂ©jeuner excel­lent : soupe de tomates, un demi-poulet avec des pommes et du chou rouge, petits fours, une merveil­leuse glace Ă  la vanille. J’ai Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© aprĂšs dĂ©jeu­ner Ă  1… Parti Ă  huit heures du soir pour une action spĂ©ciale, pour la quatriĂšme fois…

« 23.IX.1942. AssistĂ© la nuit derniĂšre aux sixiĂšme et septiĂšme actions spĂ©ciales. Le matin, l’Obergruppen-fiihrer Pohl est arrivĂ© avec son Ă©tat-major Ă  la maison des Waffen-SS. La sentinelle prĂšs de la porte a Ă©tĂ© la premiĂšre Ă  me saluer. Le soir, Ă  vingt heures, dĂźner dans la maison des chefs avec le gĂ©nĂ©ral Pohl, un vĂ©ri­table banquet. Nous eĂ»mes de la tarte aux pommes, servie Ă  volontĂ©, du bon cafĂ©, une excellente biĂšre et des gĂąteaux.

« 7.X.1942. Assisté à la neuviÚme action spéciale. Etrangers et femmes.

« 11.X.1942. Aujourd’hui dimanche, liĂšvre, une belle cuisse, pour dĂ©jeuner, avec du chou rouge et du pudding, le tout pour 1.25 RM.

«12.X.1942. Inoculation contre le typhus. A la suite de quoi, Ă©tat fĂ©brile dans la soirĂ©e; ai assistĂ© nĂ©an­moins Ă  une action spĂ©ciale dans la nuit (1 600 per­sonnes de Hollande). ScĂšnes terribles prĂšs du der­nier bunker. C’Ă©tait la dixiĂšme action spĂ©ciale (348). »

 

1.      Mot illisible.

 

(p.370) /Himmler/

Le culte du passĂ© germanique Ă©tait l’un de ses objets de prĂ©ocuppation les plus graves.

(p.371) (
) dans le Jutland une vieille Danoise, seule au monde, lui avait-on assurĂ©, Ă  connaĂźtre encore les mĂ©tho­des de tricot en usage chez les anciens Vikings (395). En de pareilles questions, il ne lĂ©sinait ni avec le temps ni avec l’argent : dans tous les recoins de l’Europe occupĂ©e, dans la Russie Ă  feu et Ă  sang, et jusque dans le lointain Tibet, de coĂ»teuses expĂ©ditions avaient mission de retrouver les traces des passages des tribus germaniques (396). Parmi d’autres indices, la couleur des cheveux et des yeux lui paraissait particuliĂšrement convaincante dans cet ordre d’idĂ©es : et un rĂ©cit nous montre Himmler, complimentant le Grand Mufti de JĂ©rusalem pour ses yeux bleus, cette preuve formelle d’une ascendance nordique. (C’Ă©tait leur premiĂšre ren­contre : au cours du thĂ© qu’il offrit Ă  quelques chefs SS Ă  cette occasion, les convives furent una­nimes Ă  dĂ©plorer que l’aveugle Histoire, en per­mettant au xvii* siĂšcle au Saint-Empire de triom­pher sur les Turcs, retarda d’autant l’Ă©crasement dĂ©finitif du christianisme enjuivĂ© . )

 

(p.380-381) /L’Europa-Plan visant Ă  dĂ©porter les Juifs Ă  Madagascar/

Il est caractĂ©ristique que Himmler hĂ©sita lon­guement avant de donner Ă  Wisliceny des instruc­tions prĂ©cises. Sa premiĂšre rĂ©action paraĂźt avoir Ă©tĂ© favorable : il semble bien qu’une Ă©migration massive d’enfants figurait parmi les premiĂšres mesures envisagĂ©es. Mais Eichmann, solidement installĂ© dans sa position-clef, s’efforçait de son mieux Ă  torpiller un accord de cette nature; il trouva un alliĂ© inattendu et influent en la personne du Grand Mufti de JĂ©rusalem (rĂ©fugiĂ© en Allemagne depuis l’Ă©tĂ© 1941), qui veillait jalousement Ă  ce qu’aucun Juif ne pĂ»t quitter vivant le continent europĂ©en. D’autres SS importants, en premier lieu Walter Schellenberg, le chef du service de ren­seignements de la SS, s’efforçaient d’influencer Himmler en sens contraire : pendant de longs mois, sa rĂ©ponse dĂ©finitive se fit attendre.

 

(p.386) D’autres nĂ©gociations de cette espĂšce eurent lieu cependant, et furent menĂ©es Ă  bien. Ainsi, celles rela­tives aux grands blessĂ©s de guerre, qui au cours des hostilitĂ©s furent Ă©changĂ©s Ă  plusieurs reprises entre la Grande-Bretagne et le IIP Reich. Il en fut de mĂȘme en ce qui concernait les internĂ©s civils. C’est que, et quelle qu’ait Ă©tĂ© la sauvagerie du conflit, certains grands accords internationaux, tels que la Conven­tion de GenĂšve sur les prisonniers de guerre, restÚ­rent en vigueur tout au long des hostilitĂ©s, sans jamais ĂȘtre dĂ©noncĂ©s. Les Juifs des pays conquis n’Ă©taient pas protĂ©gĂ©s par ces textes : ainsi que nous l’avons dĂ©jĂ  notĂ©, seuls ceux qui appartenaient Ă  une nation belligĂ©rante ou neutre Ă©chappaient au sort commun. De cette maniĂšre, et « fondĂ©s en droit », les Allemands avaient beau jeu de refuser aux dĂ©lĂ©guĂ©s de la Croix-Rouge internationale ou aux missions neutres l’accĂšs des camps de concentration. Signa­lons Ă  ce propos que lorsqu’en 1939, dĂšs la dĂ©claration de la guerre, le ComitĂ© de la Croix-Rouge proposa aux belligĂ©rants d’Ă©tendre aux populations civiles, « sans distinction de race, de confession ou d’opinions politiques », le bĂ©nĂ©fice de la Convention de GenĂšve, ce fut — par une trĂšs cruelle ironie — la Grande-Bretagne qui manifesta le plus de rĂ©ticence Ă  l’Ă©gard d’un projet que le IIIe Reich, Ă  l’Ă©poque, « se dĂ©cla­rait prĂȘt Ă  discuter 1 » (Certes, eĂ»t-il mĂȘme Ă©tĂ© acceptĂ©,

 

1. Par sa lettre circulaire du 4 septembre 1939, le ComitĂ© international de la Croix-Rouge proposait aux belligĂ©rants, entre autres, « …l’adoption anticipĂ©e et au moins provisoire, pour le seul conflit actuel et pour sa seule durĂ©e, des dispositions du projet de Convention sus-mentionnĂ©… » (II s’agissait du projet dit « de Tokio » Ă©tendant aux civils les bĂ©nĂ©fices de la Conven­tion de GenĂšve.)

Par lettre du 30 novembre 1939, le ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres du Reich confirmait que, « du cĂŽtĂ© allemand, on estimait que le « projet de Tokio » pourrait servir de base Ă  la conclu­sion d’un accord international sur le traitement et la protection des civils se trouvant en territoire ennemi ou occupĂ© »…

Le 23 novembre 1939, le gouvernement de la IIIe RĂ©publique Ă©crivait : « Le gouvernement français reconnaĂźt pleinement 1 in­tĂ©rĂȘt… du projet dit de Tokio. Il estime, cependant, que le texte dont il s’agit nĂ©cessiterait encore une Ă©tude attentive… qui ris­querait de demander un assez long dĂ©lai et de retarder d autant la solution des problĂšmes… »

Quant au gouvernement britannique, ce n’est que le 30 avril 1940 qu’il donnait une rĂ©ponse Ă  la lettre-circulaire, indiquant qu’il prĂ©fĂ©rait avoir recours Ă  un accord bilatĂ©ral avec le gouver­nement du IIF Reich. (Cf. ComitĂ© international de la Croix-Rouge; documents sur l’activitĂ© du ComitĂ© en faveur des civils dĂ©tenus dans les camps de concentration d’Allemagne, GenĂšve, 1946.)

 

(p.387) un pareil texte n’aurait pas empĂȘchĂ© les Nazis d’y passer outre : mais la question se serait trouvĂ©e pla­cĂ©e sur un nouveau terrain, mettant Ă  la disposition de la Croix-Rouge, des neutres et des AlliĂ©s de meil­leurs moyens d’action. Le privilĂšge dont bĂ©nĂ©fi­ciĂšrent jusqu’Ă  la fin les prisonniers de guerre juifs est Ă  cet Ă©gard bien significatif.) DĂšs lors n’eĂ»t-il pas fallu, dans le camp alliĂ©, faire un puissant effort d’imagination, afin de tenter de mettre un terme Ă  l’agonie des premiĂšres victimes dĂ©signĂ©es de l’enne­mi ? Rien de pareil ne fut fait, ou trop peu et trop tard : un organisme spĂ©cialement crĂ©Ă© dans ce but par le prĂ©sident Roosevelt, le « War Refugees Board », ne surgit qu’en 1944, et son activitĂ© fut ligotĂ©e jusqu’Ă  la fin par de mesquines entraves administratives. Le gouvernement britannique pour­suivait sa politique palestinienne (celle du « Livre Blanc » de 1939) avec une obstination implacable, et rejetait systĂ©matiquement dans la mer les quelques rares bateaux transportant des rĂ©fugiĂ©s Ă©chappĂ©s Ă  l’enfer hitlĂ©rien. Des accusations sĂ©vĂšres, venant par­fois de bouches trĂšs autorisĂ©es, furent Ă©levĂ©es Ă  ce propos contre les chancelleries alliĂ©es, et un tĂ©moin tel que Henry Morgenthau, secrĂ©taire au TrĂ©sor du cabinet amĂ©ricain, a pu parler de « combinaison

 

(p.388) satanique d’ambiguĂŻtĂ© et de glaciale froideur britan­niques, Ă©quivalant Ă  une sentence de mort (418) ». Le mĂȘme Morgenthau accusait, dans un document of­ficiel, les hauts fonctionnaires du State Department :

« 1° D’avoir entiĂšrement Ă©chouĂ© Ă  empĂȘcher l’ex­termination des Juifs dans l’Europe contrĂŽlĂ©e par les Allemands.

« 2° D’avoir camouflĂ© leur mauvaise volontĂ© par la constitution d’organisations factices, telles que les organisations intergouvernementales pour contrέler le problĂšme des rĂ©fugiĂ©s.

« f D’avoir supprimĂ© pendant deux mois les rap­ports adressĂ©s au State Department sur les atrocitĂ©s allemandes, aprĂšs que la publication de rapports analogues eut intensifiĂ© la pression de l’opinion publique (419). »

Quant Ă  des moyens d’action plus puissants, telles de vastes mesures de reprĂ©sailles, que la suprĂ©matie aĂ©rienne des AlliĂ©s rendait possibles, ils ne furent jamais envisagĂ©s. Et le bombardement des usines de la mort — opĂ©ration militairement facile, qui aurait dĂ©rĂ©glĂ© le processus exterminatoire et qui aurait Ă©tĂ© grosse d’effets psychologiques — bien que maintes fois rĂ©clamĂ© par les organisations juives, leur fut toujours refusĂ©.

Divers auteurs, des historiens juifs en particulier, en commentant la somme de toutes ces carences, ont ouvertement parlĂ© d’antisĂ©mitisme systĂ©matique : une phrase terrible a Ă©tĂ© citĂ©e, venant de la bouche d’un homme d’Etat alliĂ© Ă  l’Ă©poque oĂč, au prin­temps 1944, des diplomates allemands avaient lancĂ© le bruit d’un prochain refoulement massif des Juifs sur un territoire alliĂ© ou neutre l : « Mais oĂč allons-

1.      Il semble qu’il s’est agi d’une idĂ©e de Ribbentrop, nĂ©e dans son esprit Ă  l’Ă©poque oĂč, Ă  la veille du dĂ©barquement alliĂ© en Normandie, la propagande allemande se livrait Ă  diverses ma­nƓuvres psychologiques.

 

(p.389) nous les mettre 1 ? » Sans doute un tel facteur peut-il expliquer maintes rĂ©ticences; mais peut-ĂȘtre n’est-il pas nĂ©cessaire de chercher dans une hostilitĂ© consciente la raison essentielle de l’inactivitĂ© presque totale du monde en face du martyrologe juif. PlutĂŽt s’agissait-il d’un Ă©tat de choses Ă©tabli; et l’absence de textes ou de conventions protĂ©geant les Juifs ne faisait que consacrer leur faiblesse sĂ©culaire. Si leurs souffrances ne trouvaient pas d’Ă©cho, c’est que le monde prenait facilement son parti de leurs plaintes. Et ils n’avaient rien d’autre Ă  jeter dans la balance. La situation d’un peuple sans patrie, dont l’impuis­sance mĂȘme, Ă  travers les Ăąges, a toujours Ă©tĂ© comme une provocation au massacre, fut Ă  la vĂ©ritĂ© la rai­son majeure d’une impunitĂ© de fait dont les Nazis se sentaient bien le bĂ©nĂ©fice assurĂ©. (
)

 

Cf. le rapport de Veesenmayer, ambassadeur allemand Ă  Bu­dapest, Ă  son gouvernement, en date du 3 avril 1944 : « La rĂ©ac­tion de la population de Budapest aux deux attaques aĂ©riennes amenait dans de nombreux milieux une recrudescence de l’anti­sĂ©mitisme. Hier, des tracts furent distribuĂ©s, qui rĂ©clamaient la vie de cent Juifs pour chaque Hongrois tuĂ©… Je n’aurais aucun scrupule Ă  faire fusiller dix Juifs judicieusement choisis pour chaque Hongrois tuĂ©… J’avais du reste l’impression que le gou­vernement (hongrois) serait prĂȘt Ă  mettre Ă  exĂ©cution pareille mesure, et de son propre chef. D’autre part, une telle action, si elle est engagĂ©e, doit ĂȘtre exĂ©cutĂ©e sans faiblesse. Pour tenir compte des propositions faites au Fiihrer par M. le ministre des Affaires Ă©trangĂšres, concernant la possibilitĂ© d’offrir tous les Juifs en cadeau Ă  Churchill et Ă  Roosevelt, je vous prie de bien vou­loir me faire savoir si cette idĂ©e est toujours retenue, ou si je puis commencer avec lesdites reprĂ©sailles aprĂšs la prochaine attaque. »

 

1.      L’authenticitĂ© de cette phrase, dont les termes nous ont Ă©tĂ© confirmĂ©s par une source trĂšs autorisĂ©e, ne laisse la place au moindre doute. Son auteur Ă©tait Lord Moyne, Ă  l’Ă©poque mi­nistre d’Etat britannique au Proche-Orient.

 

 

(p.391) LES GRANDS DESSEINS NAZIS

 

Nous allons sortir maintenant de l’atmosphĂšre de haine pure, de la destruction comme fin en soi, et, quittant la dĂ©mente ambiance des industries de la mort, entrer dans un domaine oĂč les intentions et les actes des dirigeants nazis, aussi implacables, aussi fĂ©roces qu’ils aient Ă©tĂ©, revĂȘtent Ă  premiĂšre vue un aspect moins dĂ©concertant. Ils ne sont plus sans pré­cĂ©dent : ils paraissent faire Ă©cho aux entreprises des grands conquĂ©rants Ă  travers les Ăąges, poussĂ©es en l’espĂšce, il est vrai, Ă  leurs consĂ©quences les plus extrĂȘmes. Il s’agit du sort rĂ©servĂ© par le IIIe RĂ©ich aux peuples asservis, aux races dites « infĂ©rieures » : projets qui, bien qu’ils ne dussent connaĂźtre leur plein accomplissement qu’aprĂšs la victoire, Ă©taient dĂ©jĂ  mis Ă  exĂ©cution avec une hĂąte fĂ©brile, Ă  mesure que l’emprise allemande s’Ă©tendait sur l’Europe.

Si, dans l’eschatologie nazie, le Juif occupait la place de Satan, le non-germain en gĂ©nĂ©ral, le « sous-homme », dĂ©muni de tout attribut sacrĂ©, Ă©tait dĂ©libé­rĂ©ment rangĂ© parmi les catĂ©gories du monde animal, et considĂ©rĂ© tout au mieux (suivant une dĂ©finition courante) comme « une forme de transition entre l’animal et l’homme nordique ». A l’Ă©gard du Polo-lonais, du TchĂšque ou du Français, le souffle de (p.392) haine paraĂźt donc absent, qui aurait poussĂ© Ă  dĂ©cré­ter l’extermination de cette bĂȘte de somme par ail­leurs si utile, appelĂ©e Ă  jouer son rĂŽle dans l’Ă©difi­cation du IIP Reich millĂ©naire. Les mesures de per­sĂ©cution, en ce qui le concerne, sont motivĂ©es tout autrement. Il s’agit dans ce cas de considĂ©rations Ă©co­nomiques et dĂ©mographiques qui, s’insĂ©rant dans le cadre d’un plan impĂ©rialiste, visent Ă  assurer la primautĂ© permanente et certaine de la race germa­nique; il est question de courbes de natalitĂ© et d’in­dices de reproduction, de la prolifĂ©ration menaçante des Slaves, de la saignĂ©e occasionnĂ©e par la guerre parmi les Allemands… Et cependant, partant d’un point de vue apparemment plus rationnel, et faisant appel Ă  des techniques plus subtiles, les Nazis ten­daient, ainsi qu’on le verra, au mĂȘme but, celui de la suppression physique des autres peuples : le mĂȘme terme de gĂ©nocide s’y applique, mĂȘme s’il s’est par­fois agi en l’espĂšce d’un gĂ©nocide « Ă  retardement », plus insidieux et plus lent. DerriĂšre les nuances de terminologie et de mĂ©thodes, on retrouve en fin de compte l’identitĂ© des faits; derriĂšre les superstruc­tures et les rationalisations, on retrouve le mĂȘme dĂ©ferlement homicide, et les mĂȘmes fleuves de sang. Du coup, en embrassant l’ensemble, on aperçoit mieux la vraie signification de l’extermination totale des Juifs, signe avant-coureur d’holocaustes plus vastes et plus gĂ©nĂ©ralisĂ©s. En fait, une fois dĂ©clen­chĂ©e la « solution finale », les barriĂšres mentales sont rompues, et le prĂ©cĂ©dent psychologique crĂ©Ă© : Ă©prou­vĂ©s aussi de leur cĂŽtĂ©, les procĂ©dĂ©s techniques. Aussi bien, on aurait pu conclure, par un simple raisonne­ment inductif, qu’une entreprise aussi dĂ©mente ne pouvait s’arrĂȘter Ă  mi-chemin, et que, si seulement la fortune des armes en eĂ»t laissĂ© le temps aux Nazis, elle aurait, par la seule force de sa logique interne, happĂ© d’autres peuples et d’autres races dans son engrenage implacable. Car « le racisme est comme la maladie de la rage : nul ne peut savoir d’avance sur qui l’adorateur (p.393) de son propre sang dĂ©chargera la fureur qui le tourmente 1 ».

 

Rien n’est aussi oiseux que la tentative de pré­figurer des Ă©vĂ©nements qui n’eurent jamais lieu, et l’hé­gĂ©monie allemande sur l’Europe fut de trop courte durĂ©e pour que ces destins menaçants aient eu le temps de s’accomplir. Mais en cinq annĂ©es de guerre, la courbe d’un gĂ©nocide plus gĂ©nĂ©ralisĂ© se dessinait avec assez de nettetĂ© dĂ©jĂ  pour qu’on puisse, sans quitter le terrain de l’Histoire pure, Ă©voquer Ă©gale­ment le sort des sous-hommes qui n’Ă©taient pas nĂ©s Juifs. A leur Ă©gard, deux procĂ©dĂ©s sont appliquĂ©s si­multanĂ©ment, avec une ampleur variant suivant les rĂ©gions gĂ©ographiques : une extermination directe partielle, caractĂ©ristique surtout pour l’URSS, et un ensemble de mesures plus circonspectes, plus caute­leuses, en vue d’une extinction.

 

(p.426)  Mais jusqu’aux organisations de rĂ©sistance, ces conclusions furent loin d’ĂȘtre unanimement tirĂ©es dans les pays de l’Est. Nous avons dĂ©jĂ  eu l’occasion de parler de l’attitude rĂ©ticente des organisations clan­destines polonaises Ă  l’Ă©gard de ceux-lĂ  mĂȘmes d’entre les Juifs qui s’efforçaient de combattre les armes Ă  la main. Quant aux masses populaires (et contraire­ment aux prĂ©visions exprimĂ©es en 1940 par le gĂ©nĂ©ral Blaskowitz : « TrĂšs rapidement… les Polonais et les Juifs, appuyĂ©s par l’Eglise catholique, se coali­seront sur toute la ligne dans leur haine contre leurs bourreaux… » : cf. p. 25), leur attitude paraissait surtout faite d’indiffĂ©rence — tandis que des mino­ritĂ©s agissantes s’attachaient Ă  recueillir les innom­brables fruits que le pillage et les dĂ©nonciations pouvaient leur assurer. Il y eut certes aussi en sens contraire un certain nombre d’actes de dĂ©vouement et d’hĂ©roĂŻsme individuels : mais la tendance domi­nante s’exprimait en complĂšte apathie, rĂ©sultante de rĂ©actions de peur et aussi de satisfaction inavouable. Cette apathie, qui ne faisait que rĂ©pondre Ă  l’antisé­mitisme traditionnel des Polonais, trouve son expres­sion nĂ©gative dans l’absence absolue de protestations ou manifestations collectives, telles que par exemple l’Ă©piscopat de la trĂšs catholique Pologne les adressa Ă  des reprises rĂ©itĂ©rĂ©es au gouverneur gĂ©nĂ©ral Frank Ă  d’autres sujets. (Lorsque, dans un de ces documents, son auteur mentionne le sort des Juifs, ce n’est que pour s’indigner de la dĂ©pravation morale suscitĂ©e chez les exĂ©cutants des massacres : «…Je ne vais pas m’Ă©tendre longuement sur un fait aussi affreux que l’utilisation de la jeunesse alcoolisĂ©e du service du travail pour l’extermination des Juifs. » Cette phrase d’une ambiguĂŻtĂ© terrible est extraite d’une protes­tation adressĂ©e Ă  Frank par Adam Sapieha, prince-archevĂȘque de Cracovie) (468). Quelles qu’en aient Ă©tĂ© les profondes raisons historiques, quels qu’aient Ă©tĂ© aussi le nombre et la qualitĂ© des exceptions indivi­duelles, les innombrables tĂ©moignages sont tellement concordants 1, que l’amĂšre constatation ne peut ĂȘtre Ă©vitĂ©e : l’attitude populaire polonaise, en face de l’agonie des Juifs, ne se distinguait guĂšre de l’atti­tude allemande. Et plus loin Ă  l’Est, en Ukraine en particulier, pour laquelle nous ne disposons guĂšre de tĂ©moignages directs, les dispositions populaires semblent avoir Ă©tĂ© du mĂȘme ordre, du moins si l’on en croit les avis placides ou les sarcasmes fielleux dont abondent les archives nazies : « La population indigĂšne, qui n’ignore rien du processus de la liqui­dation, le considĂšre avec calme, en partie avec satis­faction, et la milice ukrainienne y prend part (469). » « La population de CrimĂ©e a une attitude antijuive, et dans des cas isolĂ©s remet elle-mĂȘme des Juifs aux kommandos aux fins de liquidation. Les Starostas (maires) demandent Ă  ĂȘtre autorisĂ©s Ă  liquider eux-mĂȘmes les Juifs (470). »

Peut-ĂȘtre un jugement quelque peu plus nuancĂ© pourrait-il ĂȘtre portĂ© sur les autres pays de l’Est et du Sud-Est. Ce n’est pas que la population hongroise, par exemple, ait donnĂ© des preuves d’une vive Ă©mo­tion, lors de la dĂ©portation-Ă©clair des Juifs de Hongrie 2,

 

1.  Des  dizaines  d’ouvrages,   des  centaines  de  dĂ©positions  et rĂ©cits  de  survivants,  fournissaient   un  tableau  d’une  unanimitĂ© Ă  peu prĂšs complĂšte. Si nous n’apportons ni citations ni dĂ©tails, c’est pour ne pas  nous rĂ©pĂ©ter, et aussi par manque de place.

2.  On   trouve   dans   un   rapport   soumis   à   Washington   par l’« Office of StratĂ©gie Services », et datĂ© du 19 octobre 1944, une intĂ©ressante analyse des rĂ©actions  hongroises  aux dĂ©portations de Juifs. « La rĂ©action gĂ©nĂ©rale de la population hongroise aux mesures   antisĂ©mites   du   gouvernement   est   difficile   à   caracté­riser. D’une part il y a des preuves que de larges couches de l’in­telligentsia hongroise et de la classe moyenne infĂ©rieure en par­ticulier ont  adhĂ©ré  Ă  la propagande  antijuive. 

 

(p.430-431) Insensiblement, on tend Ă  se dĂ©solidariser du rĂ©prouvĂ©, marquĂ© du signe Ă©vident du chĂątiment et du malheur. (Ainsi voit-on les foules se porter au secours de l’homme poursuivi par la police; et s’Ă©car­ter sur le passage du condamnĂ© qui sort de geĂŽle; on ne se soucie guĂšre de connaĂźtre son crime, les portes se ferment devant lui, il est relĂ©guĂ© au ban de la sociĂ©tĂ©.) De sourdes hostilitĂ©s ancestrales se rani­maient de la sorte, sur le fond d’une campagne de diffamation poursuivie sans relĂąche, insinuante et omniprĂ©sente, soulevant une attention interrogative jusqu’au sein de milieux traditionnellement indiffĂ©rents ou rĂ©fractaires 1.

 

1. Voici, parmi tant d’autres, un document particuliĂšrement caractĂ©ristique Ă  cet Ă©gard. Il s’agit d’une supplique collective adressĂ©e, en 1941, au marĂ©chal PĂ©tain par la population de Tpurnon-d’Agenais, village perdu de Lot-et-Garonne, dont les ha­bitants n’avaient sans doute de leur vie jamais aperçu de Juifs ! La pĂ©tition est revĂȘtue de cent quatre-vingt-quinze signatures :

« Nous soussignĂ©s, habitants de l’agglomĂ©ration du chef-lieu de canton de Tournon-d’Agenais (Lot-et-Garonne) avons l’honneur de porter Ă  votre connaissance les faits suivants :

« La population totale de notre petite citĂ© est de 275 per­sonnes et on nous annonce l’arrivĂ©e prochaine de 150 Juifs indé­sirables, qui devront habiter parmi nous en rĂ©sidence assignĂ©e. Tout nous porte Ă  croire que ce renseignement est exact, car on a dĂ©jĂ  dĂ©posĂ© de la literie et une certaine quantitĂ© de paille dans nos Ă©tablissements publics.

« Nous sommes tous, Monsieur le MarĂ©chal, trĂšs fortement Ă©mus de cette perspective. L’invasion de 150 Juifs indĂ©sirables chez 275 Français au caractĂšre paisible par excellence Ă©quivaut Ă  une vĂ©ritable colonisation et nous apprĂ©hendons de voir des Ă©trangers grĂące Ă  leur nombre nous supplanter outrageusement.

« Ce sont, nous a-t-on prĂ©cisĂ©, des indĂ©sirables que nous allons recevoir. Ils le sont au mĂȘme titre pour tous les Fran­çais sans nul doute et ne sauraient l’ĂȘtre moins pour nous que pour les rĂ©gions qui s’en dĂ©barrassent.

« Cent cinquante indĂ©sirables peuvent Ă  la rigueur passer presque inaperçus au milieu de plusieurs milliers d’habitants. Leur prĂ©sence devient intolĂ©rable et dĂ©gĂ©nĂšre en brimade, pour une population qui est moins du double qu’eux et se trouve astreinte de ce fait Ă  une promiscuitĂ© pour ne pas dire Ă  une cohabitation rĂ©voltante.

« FidĂšles Ă  notre rĂ©putation d’hospitalitĂ©, nous avons accueilli de notre mieux des Sarrois, des Espagnols, puis des Français

(p.432)  « En outre, nous n’avons Ă  Tournon ni eau, ni cabinets d’aisance. Nous n’avons pas non plus de marchĂ© pour notre approvisionnement et les trois petits restaurants qui s’y trouvent alimentent actuellement Ă  grand-peine les quelques clients de passage qui s’y prĂ©sentent occasionnellement.

« Les questions d’hygiĂšne et d’alimentation doivent certaine­ment tenir une trĂšs grande place dans les prĂ©occupations de votre administration; elles s’allient ici, d’une façon Ă©troite et la plus intime, avec la question morale, ethnique et vraiment fran­çaise.

« Connaissant votre paternelle sollicitude Ă  l’Ă©gard de tous nos intĂ©rĂȘts, nous sommes sĂ»rs. Monsieur le MarĂ©chal, qu’il vous suffira de connaĂźtre la pĂ©nible et injuste perspective qui nous menace, pour que vous provoquiez des ordres susceptibles de nous en Ă©pargner la douloureuse rĂ©alisation.

« Cependant nous nous rendons bien compte que des Juifs sont des humains comme nous, qui, un jour, sont obligĂ©s de trou­ver leur gĂźte quelque part. — Si, dans votre sagesse, vous estimez que le bien supĂ©rieur de l’Etat exige de nous le sacrifice de les supporter, nous nous rĂ©signerons, mais non sans une incommen­surable amertume; en vous demandant s’il ne vous serait pas possible de nous attĂ©nuer ce pĂ©nible contact, en les logeant dans un camp sĂ©parĂ© prĂšs d’une source, ou d’un petit ruisseau (il en existe dans notre commune) oĂč toutes les questions de surveillance, d’hygiĂšne et de ravitaillement pourraient ĂȘtre avantageusement rĂ©solues, pour les hĂŽtes qui nous sont imposĂ©s par le malheur, aussi bien que pour nous-mĂȘmes.

« Dans cet espoir nous vous prions, Monsieur le MarĂ©chal, de daigner agrĂ©er l’expression de notre sincĂšre reconnaissance, avec l’assurance de notre respectueux dĂ©vouement. »

 

(p.433) Ainsi, et quelles qu’aient Ă©tĂ© les innombrables marques de bienveillance et de solidaritĂ© prodiguĂ©es au cours des annĂ©es de vicissitudes, son sort d’Ă©ternel proscrit Ă©tait durement rappelĂ© au peuple d’IsraĂ«l.

De l’Italie Ă  la NorvĂšge, les rĂ©actions populaires dans les pays de l’Ouest furent-elles partout les mĂȘmes ? Evaluer des comportements collectifs est une dĂ©li­cate entreprise; et ces Ă©vĂ©nements sont trop rĂ©cents encore, trop rapprochĂ©s de nous, pour faciliter les jugements dĂ©finitifs. Mais si on se livre Ă  une compa­raison rapide, on croit apercevoir nettement que les petits peuples pacifiques, aux vieilles traditions dĂ©mocratiques, furent ceux Ă  rĂ©agir avec le plus de fermetĂ© et d’unanimitĂ©. Ainsi les Pays-Bas, oĂč les premiĂšres dĂ©portations, en fĂ©vrier 1941, suscitĂšrent un Ă©moi tel que, chose inconcevable sous la botte nazie, une grĂšve gĂ©nĂ©rale de plusieurs jours se dĂ©clencha spontanĂ©ment Ă  Amsterdam; ou le Danemark, oĂč les dĂ©portations furent dĂ©jouĂ©es avec la collaboration active de la population tout entiĂšre, oĂč, nous l’avons vu, les Allemands n’osĂšrent pas imposer l’Ă©toile jaune aux Juifs, Ă  la suite de l’attitude du roi Christian X. (Rappelons aussi que dans la lointaine et petite Bulgarie, de vastes manifestations populaires eurent lieu lors des dĂ©portations, aux cris de : « Nous vou­lons que les Juifs reviennent ! ») Ainsi, ces faibles pays, que leur histoire mĂȘme avait harmonieuse­ment mis Ă  l’abri des excĂšs et tentations impĂ©rialistes, auront donnĂ© au monde une fois de plus la preuve de leur maturitĂ© et de leur Ă©quilibre.

 

(p.435)

(p.434) A cet Ă©gard, un champ d’action particuliĂšrement vaste s’ouvrait au monolithe de l’Eglise catholique, Ă  laquelle Ă©taient rattachĂ©es (l’URSS exceptĂ©e) plus des trois quarts des populations de l’ensemble des pays subjuguĂ©s. En des temps rĂ©volus, au cours du Moyen Age, l’attitude du catholicisme envers les Juifs comportait deux aspects, et la doctrine officielle, telle qu’elle a Ă©tĂ© articulĂ©e par saint Thomas d’Aquin, tout en prescrivant d’une part de protĂ©ger la vie des Juifs, approuvait de l’autre toutes les mesures d’exac­tions et d’abaissement Ă  leur Ă©gard. S’il est vrai que les papes et les princes de l’Eglise s’opposĂšrent maintes fois, au nom de la charitĂ© chrĂ©tienne, aux massacres des Juifs, il est Ă©galement vrai que ses thĂ©ologiens et ses penseurs acceptaient comme natu­relle et salutaire leur condition particuliĂšre 1.

 

1. Voici comment saint Thomas d’Aquin rĂ©sumait la doctrine gĂ©nĂ©rale, dans une rĂ©ponse Ă  la duchesse de Brabant, qui lui demandait « dans quelle mesure elle pouvait exercer des exac­tions contre les Juifs » :

« …bien que, selon les lois, les Juifs sont “promus par leur propre faute Ă  la servitude perpĂ©tuelle, et que les seigneurs peu­vent considĂ©rer comme leurs tous leurs biens terrestres, compte tenu de cette rĂ©serve que l’indispensable Ă  la vie ne leur soit pas retirĂ© — (…) il semble que l’on doit s’en tenir Ă  ne contrain­dre les Juifs Ă  aucune servitude dont ils n’auraient pas fait l’ob­jet les annĂ©es passĂ©es, car c’est ce qui sort des usages qui trouble le plus les esprits. En vous conformant Ă  de tels principes de modĂ©ration, vous pouvez suivre les usages de vos prĂ©dé­cesseurs en ce qui concerne les exactions Ă  exercer Ă  l’Ă©gard des Juifs, Ă  condition cependant que rien ne s’y oppose par ailleurs » (470 bis).

 

(p.436) PrĂ©curseur de l’Ă©toile jaune, le port de la « rouelle » ne fut-il pas introduit en 1215 par le concile de Latran ? C’est que, face Ă  l’Eglise Triomphante, un rĂŽle par­ticulier revenait Ă  la Synagogue VoilĂ©e 1; les Juifs abaissĂ©s et humiliĂ©s Ă©taient les tĂ©moins tangibles de la vĂ©ritĂ© de la Foi, de la grandeur et de la rĂ©alitĂ© des dogmes. Ainsi donc, une volontĂ© soutenue d’abaisse­ment d’une part, le principe de l’intangibilitĂ© des vies juives de l’autre, caractĂ©risaient de tous temps l’action de l’Eglise catholique. Impossible compatibilitĂ©, sans cesse mise en question au cours de siĂšcles de massacres, et dont il appartenait Ă  notre Ăąge de faire Ă©clater les contradictions profondes !

Empressons-nous de dire tout de suite que, face Ă  la terreur hitlĂ©rienne, les Eglises dĂ©ployĂšrent sur le plan de l’action humanitaire immĂ©diate une activitĂ© inlassable et inoubliable, avec l’approbation ou sous l’impulsion du Vatican. Nous manquons d’Ă©lĂ©ments pour parler des instructions prĂ©cises communi­quĂ©es par le Saint-SiĂšge aux Eglises des diffĂ©rents pays : mais la concordance des efforts entrepris Ă  l’heure des dĂ©portations Ă©tablit que de telles dĂ©marches eurent lieu. Nous avons eu l’occasion de mentionner l’intervention du clergĂ© slovaque 2, qui, ainsi que le prĂ©cise le rapport allemand qui traite de cette ques­tion, agissait sous l’influencedu Saint-SiĂšge. En Pologne, on trouve un Ă©cho d’une telle prise de position du Vatican dans les considĂ©rations dĂ©veloppĂ©es en privĂ© par Mgr Szepticki, mĂ©tropolite de l’Eglise catholique

 

1.  Opposition   Eglise   Triomphante-Synagogue   VoilĂ©e;   c’est   le thĂšme qu’on  retrouve sur le fronton de mainte cathĂ©drale, oĂč l’Eglise est  reprĂ©sentĂ©e sous les traits d’une jeune femme res­plendissante, tandis qu’une autre figure, portant un bandeau sur les yeux, personnifie la Synagogue.

1.      Cf. p. 245.

 

(p.436) uniate de Galicie ‘, suivant lesquelles « l’extermina­tion des Juifs Ă©tait inadmissible ». (Un des tĂ©moins de cet entretien confidentiel s’Ă©tait empressĂ© d’en faire part aux Allemands, en ajoutant : « II (le mĂ©tro­polite) formule les mĂȘmes pensĂ©es que les Ă©vĂȘques français, belges et hollandais, comme s’ils avaient tous reçu du Vatican des instructions identi­ques (471). ») Encore que dans les pays de l’Est, conformĂ©ment en ceci Ă  la mentalitĂ© ambiante, l’atti­tude du clergĂ© fĂ»t infiniment moins combative qu’Ă  l’Ouest, oĂč nombre de prĂ©lats, en France, aux Pays-Bas et ailleurs, ne se contentant pas de dĂ©marches prudentes et diplomatiques, firent dire publique­ment des priĂšres pour les Juifs. — Dans ce mĂȘme ordre d’idĂ©es, la sĂ©rie des cahiers de TĂ©moignage chrĂ©tien, perpĂ©tuant dans la clandestinitĂ© la tradition d’un Charles PĂ©guy, et barrant le chemin Ă  la conta­gion raciste, sous l’exergue « France, prends garde de perdre ton Ăąme », appartient certainement aux pages les plus belles de la RĂ©sistance française. — Ajoutons que, dans sa citĂ©, le Saint PĂšre en personne accordait aide et protection Ă  des dizaines de Juifs romains : de mĂȘme lorsque en octobre 1943 les Nazis imposĂšrent une contribution exorbitante Ă  la communautĂ© juive de Rome, il offrit quinze kilos d’or afin de parfaire la somme.

Cette activitĂ© humanitaire du Vatican se poursui­vait nĂ©cessairement d’une maniĂšre prudente et dis­crĂšte. L’immensitĂ© des intĂ©rĂȘts dont le Saint PĂšre avait la charge, les puissants moyens de chantage dont disposaient les Nazis Ă  l’Ă©chelle de l’Eglise uni­verselle, contribuaient sans doute Ă  l’empĂȘcher de prononcer en personne cette protestation solennelle et publique qui, cependant, Ă©tait ardemment atten­due par les persĂ©cutĂ©s. Il est pĂ©nible de constater

 

1.      L’Eglise catholique uniate (ruthĂ©nienne) est soumise Ă  l’au­toritĂ© suprĂȘme du Saint-SiĂšge aussi inconditionnellement que les autres Ă©glises catholiques, dont elle ne se distingue que par quelques particularitĂ©s de rite (liturgie en ancien slavon, etc.).

 

(p.437) que tout le long de la guerre, tandis que les usines de la mort tournaient tous fours allumĂ©s, la papautĂ© gardait le silence : il faut toutefois reconnaĂźtre qu’ainsi que l’expĂ©rience l’a montrĂ© Ă  l’Ă©chelle locale, des protestations publiques pouvaient ĂȘtre immé­diatement suivies de sanctions impitoyables. (C’est ainsi qu’aux Pays-Bas, les Juifs convertis au catho­licisme furent dĂ©portĂ©s en mĂȘme temps que les autres, Ă  la suite d’un mandement Ă©piscopal rendu public dans les Eglises catholiques, tandis qu’un sursis fut accordĂ© aux Juifs protestants, l’Eglise pro­testante s’Ă©tant abstenue de protester publiquement. Sursis, il est vrai, de peu de durĂ©e; quelques mois plus tard, ils partageaient le sort commun.) Qu’aurait Ă©tĂ© l’effet d’une condamnation solennelle prononcĂ©e par l’autoritĂ© suprĂȘme du catholicisme ? La portĂ©e de principe d’une attitude intransigeante en la matiĂšre aurait Ă©tĂ© immense : quant Ă  ses consĂ©quences pra­tiques immĂ©diates et prĂ©cises, tant pour les Ɠuvres et institutions de l’Eglise catholique que pour les Juifs eux-mĂȘmes, c’est une question sur laquelle il est plus hasardeux de se prononcer.

 

 

(p.439) (
) la promulgation, en juin 1941, du « Statut des Juifs » ne provoqua de la part de l’Ă©piscopat français (malgrĂ© l’exemple qui lui avait Ă©tĂ© donnĂ© par l’Eglise rĂ©formĂ©e de France, sur ce point) aucune protestation spĂ©cifique. En outre, il existe un tĂ©moignage d’aprĂšs lequel ce Statut n’aurait soulevĂ© aucune rĂ©probation au sein des milieux du gouvernement suprĂȘme de l’Eglise catholique. LĂ©on BĂ©rard, ambassadeur de l’,Etat français au Saint-SiĂšge, fut en effet expressĂ©ment chargĂ© par le marĂ©chal PĂ©tain de s’assurer des dispo­tions romaines en la matiĂšre, et son rapport, qu’il mit plusieurs semaines Ă  Ă©laborer, prĂ©cisait que le « sta­tut » ne soulevait, du point de vue catholique romain, nulle critique ou rĂ©probation. AprĂšs avoir mis en valeur le soin et la minutie avec lesquels il avait recueilli ses informations, et s’ĂȘtre couvert de l’auto­ritĂ© de saint Thomas d’Aquin, l’ambassadeur BĂ©rard concluait :

« Comme quelqu’un d’autorisĂ© me l’a dit au Vati­can, il ne nous sera intentĂ© nulle querelle pour le sta­tut des Juifs. Un double vƓu cependant m’a Ă©tĂ© exprimĂ© par les reprĂ©sentants du Saint-SiĂšge, avec le dĂ©sir visible qu’ils fussent soumis au Chef de l’Etat français :

« 1° Qu’il ne soit ajoutĂ© Ă  la loi sur les Juifs aucune disposition touchant au mariage. LĂ , nous irions au devant de difficultĂ©s d’ordre religieux…

« 2″ Qu’il soit tenu compte, dans l’application de la loi, des prĂ©ceptes de la justice et de la charitĂ©. Mes interlocuteurs m’ont paru viser surtout la liquidation des affaires oĂč les Juifs possĂšdent des intĂ©rĂȘts.

« Veuillez m’excuser, Monsieur le MarĂ©chal, de vous avoir si longuement Ă©crit… »

 

Or, s’il est loisible de supposer que le diplomate de Vichy alla chercher ses informations auprĂšs des prĂ©lats qu’il se savait favorables et qu’il les interprĂ©ta (p.440)

de maniĂšre Ă  incommoder le moins possible le maĂźtre qu’il servait, il n’en reste pas moins qu’un tel rap­port aurait Ă©tĂ© impossible si son auteur avait eu Ă  faire face Ă  une dĂ©sapprobation formelle et franche du pape… Il n’appartient pas Ă  un auteur IsraĂ©lite de se prononcer au sujet des dogmes sĂ©culaires d’une autre religion; mais devant l’immensitĂ© des consé­quences, on ne peut s’empĂȘcher d’ĂȘtre profondĂ©ment troublĂ©.

Qu’on ne se mĂ©prenne pas sur le sens de notre Ă©moi. Nous n’admettons pas qu’il y eĂ»t, fĂ»t-ce une trace d’antisĂ©mitisme dans la pensĂ©e du pape. Si, contrairement Ă  tant d’Ă©vĂȘques français, il n’avait pas Ă©levĂ© la voix, c’est que sans doute sa juridiction s’Ă©tendait Ă  l’ensemble de l’Europe, et qu’il avait Ă  tenir compte non seulement des graves menaces suspendues au-dessus de l’Eglise, mais aussi de l’Ă©tat d’esprit de ses fidĂšles dans tous les pays. Le penseur catholique Jacques Madaule a fait observer que « l’Eglise est une dĂ©mocratie », « qu’il est Ă  peu prĂšs impossible que le pape se prononce s’il n’y est poussĂ© par une espĂšce de grand mouvement d’opinion qui vient de la masse et qui doit remonter des fidĂšles aux prĂȘtres (472) ». On peut admettre que si le pape est restĂ© inactif, c’est qu’il ne se sentait pas assurĂ© de ce « grand mouvement d’opinion qui vient de la masse ». Mais il en dĂ©coulerait alors — et c’est lĂ  que rĂ©side la gravitĂ© du problĂšme — que le silence du Vatican ne faisait que reflĂ©ter les dispositions profondes des masses catholiques d’Europe. On croit voir s’illuminer ainsi une essentielle toile de fond, et dĂ©celer Ă  l’arriĂšre-plan des sĂ©quences causales qui ont abouti au gĂ©nocide, son ultime condition nĂ©ces-. saire… Un catĂ©chisme inculquĂ© des siĂšcles durant Ă  tous les enfants chrĂ©tiens ne leur apprenait-il pas que les Juifs, meurtriers de JĂ©sus sont damnables ? Une priĂšre dite le Vendredi saint ne parlait-elle pas des « Juifs perfides » et de la « perfidie juive » ? Les prĂ©dicateurs, de l’Aigle de Meaux au curĂ© du village, (p.441) ne les ont-ils pas qualifiĂ©s, de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ra­tion, de « peuple monstrueux, sans feu ni lieu » ? HĂątons-nous de dire que de nos jours, l’Eglise catho­lique a commencĂ© en ce domaine une rĂ©vision radi­cale de son enseignement. Le clergĂ© français, en par­ticulier, semble avoir dĂ©clarĂ© Ă  l’antisĂ©mitisme un combat rĂ©solu; Ă  Rome aussi, Ă  l’heure oĂč nous revi­sons la nouvelle Ă©dition de ce BrĂ©viaire, des rĂ©formes semblent prochaines. Mais il a fallu Auschwitz pour que tout cela soit entrepris : et qui pourra jamais dire le rĂŽle que de pareilles impressions de prime enfance, profondĂ©ment gravĂ©es dans les esprits, ont pu jouer dans le dĂ©roulement des Ă©vĂ©nements qui ont conduit Ă  Auschwitz ? 1

Certes, le problĂšme ne concerne pas les catholiques seuls, et s’Ă©tend Ă  la chrĂ©tientĂ© tout entiĂšre. Sans remonter au Moyen Age, il est utile de rappeler qu’il y a quelques dĂ©cades Ă  peine, des prĂ©dicateurs chré­tiens d’Allemagne, d’Autriche et d’ailleurs, qu’ils s’appelassent LĂčger, Stocker ou Mgr Jouin, Ă©taient les principaux hĂ©rauts de l’antisĂ©mitisme europĂ©en. La graine ainsi semĂ©e a prolifĂ©rĂ©, et les fruits fina­lement recueillis auraient sans doute vivement sur­pris ces imprudents pasteurs. Ils Ă©taient inconscients de ce que l’antisĂ©mitisme comporte de fondamenta­lement antichrĂ©tien; l’agressivitĂ© destructrice, ou, pour mieux dire, « destructivitĂ© », telle que l’exprime le gĂ©nocide, restait encore bridĂ©e chez eux.

 

1.      (Note de 1974). Ces lignes datent de l’annĂ©e 1958. Depuis, au-delĂ  des dĂ©cisions historiques du concile Vatican II, il y a eu dans les pays occidentaux, et notamment en France, une rĂ©vision si radicale de l’attitude catholique Ă  l’Ă©gard des Juifs, que la mise Ă  jour de ce livre m’aurait imposĂ© une assez longue digres­sion. J’ai donc prĂ©fĂ©rĂ© me satisfaire de ce bref rappel.

 

(p.443) Les pages qui prĂ©cĂšdent ne sont qu une tentative pour dĂ©mĂȘler, parmi toute la multiplicitĂ© de facteurs qui ont abouti au gĂ©nocide, ses causes majeures, proches pu lointaines. Rien ne serait plus Ă©loignĂ© de notre but que de faire mĂ©connaĂźtre la gĂ©nĂ©reuse acti­vitĂ© dĂ©ployĂ©e sur le plan local par le clergĂ© des pays de l’Ouest, et en France en particulier. Ce n’est qu’en haut de l’Ă©chelle que le mutisme obstinĂ© du Vatican trouve sa contrepartie dans la prudente rĂ©serve d’un cardinal Suhard, archevĂȘque de Paris, et d’autres hauts dignitaires (tandis que les archevĂȘques de Lyon et de Toulouse ainsi que nombre d’Ă©vĂȘques font entendre leurs protestations). Le bas clergĂ©, par contre, et les ordres monastiques, rivalisaient de hardiesse et d’ardeur, et furent les principaux anima­teurs des efforts entrepris pour le sauvetage des Juifs. Des dizaines de prĂȘtres et d’humbles moines payĂšrent de leur vie leur dĂ©vouement. Dans cette Ɠuvre d’amour humaine, on croit retrouver l’empreinte de la puretĂ© intransigeante et de l’Ă©lan des premiers martyrs chrĂ©tiens…

 

RĂ©actions juives.

 

Plus de trois annĂ©es aprĂšs la fin de la guerre, les misĂ©rables survivants juifs de l’enfer concentration­naire vĂ©gĂ©taient encore en Allemagne, derriĂšre les enceintes des camps pour « personnes dĂ©placĂ©es ». Aucun pays ne voulait les accueillir; la Palestine juive, dont les habitants leur tendaient les bras, Ă©tait gar­dĂ©e par les croiseurs anglais. Allaient-ils se morfondre indĂ©finiment dans le pays mĂȘme de leur agonie ? Il fallut la naissance de l’Etat d’IsraĂ«l pour mettre un terme au drame.

 

François Reynaert, Nos ancĂȘtres les Gaulois et autres fadaises, Ă©d. Fayard, 2010-12-26

 

(p.308) /L’esclavage/

L’Afrique le connaissait bien avant l’arrivĂ©e du premier Blanc. La Bible ne s’en Ă©meut guĂšre,

(p.309) bien au contraire elle le codifie. GrĂšce, Rome, pour ne parler que des mondes dont nous nous sentons les hĂ©ritiers, ont dĂ» leur pros­pĂ©ritĂ© au travail servile. Comme on l’a mentionnĂ© dĂ©jĂ , et malgrĂ© ce que l’on a pu croire, il a survĂ©cu sous cette forme tout droit venue de l’AntiquitĂ© pendant trĂšs longtemps. En Italie, durant la Renaissance, la plupart des grandes familles, comme leurs ancĂȘtres romains, possĂšdent des esclaves – souvent blancs, d’ailleurs. Dans . Une histoire de l’esclavage1, Christian Delacampagne rapporte que le dernier acte d’affranchissement d’un individu dans ce qui est aujourd’hui la France a Ă©tĂ© trouvĂ© dans le Roussillon et date de 1612. Pourtant, depuis un noble Ă©dit de Louis X le Hutin, le royaume se targuait de rendre sa libertĂ© Ă  tous les asservis qui y poseraient le pied. C’est ce qui explique en partie, notons-le par parenthĂšse, pourquoi les Noirs furent si rares dans l’Hexagone durant l’Ancien RĂ©gime : les nĂ©gociants ne voulaient pas ĂȘtre contraints si bĂȘtement d’avoir Ă  les relĂącher.

Le monde musulman fut, lui aussi, un Ă©norme consommateur d’esclaves. On a parlĂ© de l’infĂąme trafic qui ravagea l’Ouest de l’Afrique. Pendant prĂšs de mille ans, les marchands arabes s’enten­dirent Ă  en saigner la moitiĂ© est. Les routes passent par Zanzibar, oĂč les bateaux viennent chercher les cargaisons qui iront alimenter les marchĂ©s des grands ports de la pĂ©ninsule Arabique, ou coupent Ă  travers le Sahara pour remonter jusqu’au Caire, ou au Maghreb. Olivier PĂ©trĂ©-Grenouilleau donne des descriptions de cette « traite transsaharienne » dont l’horreur n’a rien Ă  envier Ă  sa jumelle trans­atlantique : 3 000 kilomĂštres Ă  pied, en longue caravane, avec un peu d’eau et une poignĂ©e de maĂŻs pour seul viatique.

Il existe aussi, dans l’islam, de trĂšs nombreux esclaves blancs. On ‘ ne peut oublier la terreur que causĂšrent durant trois siĂšcles (XVIe, XVIIe et XVIIIe) les raids lancĂ©s par les « Barbaresques », comme on les appelait, ces pirates partis des rĂ©gences ottomanes de Tunis ou d’Alger pour rafler tous les malheureux qui avaient le tort de se trouver sur les cĂŽtes europĂ©ennes de la MĂ©diterranĂ©e. Un historien

1 – Le Livre de poche, 2002.

 

(p.312) amĂ©ricain, Robert Davis1, estime Ă  un million le nombre de vic­times de ces razzias, que l’on vendait aux locaux ou que l’on envoyait pourrir dans d’anciens Ă©tablissements de bains – qui nous ont laissĂ© leur nom de bagnes – en attendant leur hypothĂ©tique rachat par leurs familles europĂ©ennes ou par des confrĂ©ries chrĂ©tiennes entiĂšrement dĂ©volues Ă  cette tĂąche.

L’Empire ottoman avait mĂȘme systĂ©matisĂ© le recours Ă  l’escla­vage de chrĂ©tiens pour en faire la base de son administration. Tous les ans, selon une pratique appelĂ©e le devchirme (la rĂ©colte, en turc), des soldats envoyĂ©s par le sultan parcouraient les villages chrĂ©tiens de l’Empire – par exemple les Balkans, ou encore le pourtour de la mer Noire – pour enlever ou, au mieux, acheter les enfants qui leur semblaient les plus beaux. AmenĂ©s Ă  Istanbul, convertis, Ă©duquĂ©s, ils Ă©taient destinĂ©s Ă  former l’armĂ©e d’Ă©lite du souverain : les janissaires. Le principe Ă©tait brutal et simple : en coupant les enfants de leur religion et de leur famille, on Ă©tait sĂ»r d’en faire des serviteurs d’une loyautĂ© absolue. Tout leur Ă©tait per­mis alors, et on en a vu qui montĂšrent trĂšs haut. De nombreux grands vizirs, les Premiers ministres de l’empire, Ă©taient d’anciens esclaves. Par un procĂ©dĂ© similaire Ă  celui des janissaires, l’Egypte avait ses mamelouks. Ils rĂ©gnĂšrent sur le pays pendant des siĂšcles, jusqu’Ă  leur dĂ©faite devant les armĂ©es de Bonaparte, Ă  la fin du XVIIIe.

 

1 – Esclaves chrĂ©tiens, maĂźtres musulmans, « Babel », Acte Sud, 2007.

 

(p.313) HĂ©las, ce qui a Ă©tĂ© arrachĂ© par les Noirs est vite repris par les Blancs. En 1802, Bonaparte rĂ©tablit l’esclavage. Je sais, les dĂ©fen­seurs de l’Empereur trouveront la phrase inexacte, et argueront que les choses sont plus complexes : aprĂšs avoir signĂ© la paix avec les Anglais, le Premier Consul se contente, dans les possessions qu’il rĂ©cupĂšre, comme la Martinique, d’avaliser une situation existante. Les colons n’y avaient jamais voulu abandonner l’esclavage. Notons tout de mĂȘme ces dĂ©tails : quand il s’agit d’une position dĂ©fendue par les planteurs, NapolĂ©on leur donne raison. Quand en mĂȘme temps Ă  Saint-Domingue la rĂ©volte d’anciens esclaves conti­nue, il envoie la troupe – un de ses plus grands dĂ©sastres militaires, d’ailleurs, qui aboutira Ă  l’indĂ©pendance d’une partie de l’Ăźle et Ă  la crĂ©ation de la rĂ©publique d’HaĂŻti. Toujours est-il que, grĂące Ă  cette loi de Bonaparte, il faut attendre encore quarante-six ans et 1848 pour qu’on en ait enfin fini avec l’esclavage en France. On voit Ă  quel point notre pays tenait Ă  l’abolition : il a fallu s’y reprendre Ă  deux fois pour la rendre effective.

 

(p.314) Au-dessus de tous les autres, on trouve enfin le vrai grand argu­ment pour dĂ©fendre l’esclavage : Dieu. Sans doute les chrĂ©tiens seront-ils horrifiĂ©s de l’apprendre, c’est avant tout en son nom que l’on se dĂ©barrassa de tout scrupule pour asservir, durant trois siĂšcles, des millions d’ĂȘtres humains. Aujourd’hui, il nous semble Ă©vident Ă  tous, chrĂ©tiens ou non, que la parole du Christ, vĂ©hiculĂ©e par le Nouveau Testament, ne peut qu’aller Ă  l’encontre d’une telle dĂ©shumanisation. Bossuet, derriĂšre saint Thomas d’Aquin, tenait le raisonnement inverse : dans quelques-unes de ses Ă©pĂźtres, saint Paul prĂȘche aux esclaves d’accepter leur statut puisque la seule vraie libĂ©ration n’est pas de ce monde, elle vient aprĂšs la mort. C’est bien la preuve que le grand saint, et donc Celui au nom de qui il parle, accepte l’esclavage.

Pour les pieux esprits du XVIIe siĂšcle, une seule chose compte : il faut baptiser tous ces sauvages, c’est ainsi que nous les sauverons ; pour le reste, on peut bien faire d’eux ce que l’on veut. VoilĂ  aussi le sens du Code noir, voilĂ  pourquoi il insiste tant sur les questions religieuses. Ce n’est pas le moindre des paradoxes qu’il soulĂšve : ce texte nous apparaĂźt, Ă  raison, comme une abomination. Il est (p.315) probable qu’en le signant, Louis XIV comme ses contemporains Ă©taient certains de faire Ɠuvre d’humanitĂ© : ne sommes-nous pas admirables envers ces pauvres Noirs, en les enlevant Ă  leur monde sauvage, nous les avons sortis des tĂ©nĂšbres du paganisme pour les amener Ă  la lumiĂšre du Christ ?

Faut-il, pour autant, faire le procĂšs du christianisme ? Certaine­ment pas sur ce sujet. D’autres chrĂ©tiens eurent des positions dia­mĂ©tralement opposĂ©es Ă  celle-ci. DĂšs le XVIe siĂšcle, Paul III, pape, parlant pour les Indiens mais prĂ©cisant que son texte concernait « toutes les nations », avait clairement condamnĂ© l’esclavage, comme inspirĂ© par Satan. N’oublions pas enfin que la plupart des grands mouvements abolitionnistes, tout particuliĂšrement en Angleterre, et plus tard aux Etats-Unis, furent menĂ©s par des chrĂ©tiens convaincus.

 

François Reynaert, Nos ancĂȘtres les Gaulois et autres fadaises, Ă©d. Fayard, 2010-12-26

 

(p.427) L’AlgĂ©rie, aprĂšs une longue « pacification » (
) est devenue une colonie de peuplement, comme le sera la Nouvelle-CalĂ©donie (
).

 

François Reynaert, Nos ancĂȘtres les Gaulois et autres fadaises, Ă©d. Fayard, 2010-12-26

 

(p.433) Le rĂ©cit de Gide est moins isolĂ© qu’on ne le croĂźt, d’ailleurs. L’histoire coloniale est Ă©maillĂ©e de scandales qui bouleversent la mĂ©tropole, quand elle les apprend. DĂšs les premiers temps de la « pacification de l’AlgĂ©rie », quelques gĂ©nĂ©raux français, prĂ©textant les horreurs dont se rendent coupables les Arabes, en inventent d’autres : par trois fois, durant l’Ă©tĂ© 1845, ils allument des feux devant les grottes oĂč se sont rĂ©fugiĂ©s des villageois pour les asphyxier. La nouvelle des « enfumades » indigne Paris, provoque des incidents Ă  la Chambre et, selon le trĂšs rigoureux Dictionnaire de la France coloniale, suscite des pĂ©titions jusque dans les Ă©coles.

En 1898-1899, deux officiers français, Voulet et Chanoine, Ă  la   / tĂȘte d’un millier d’hommes, dirigent une « mission » au Tchad et, peut-ĂȘtre pris de folie, rĂ©pandent terreur et barbarie partout oĂč ils passent, massacrant des populations, brĂ»lant les villages. AlertĂ©, Paris finit par envoyer un colonel constater ce qui se passe. Il est abattu par les deux dĂ©ments alors qu’il approche de la colonne. La presse s’empare de l’affaire, il est vrai que le scandale est Ă©norme : dĂ©truire des villages, c’est une chose, mais tirer sur un officier français…

Congo, Gallimard, 1927.

 

(p.434) En 1903, en Oubangui-Chari (l’actuelle RĂ©publique centrafri­caine), deux petits fonctionnaires coloniaux, cherchant un moyen, diront-ils, de « mĂ©duser les indigĂšnes pour qu’ils se tiennent tran­quilles », se saisissent de l’un d’entre eux et le font sauter vivant Ă  la dynamite. Nous sommes le 14 juillet. La date Ă©tait mal choisie. La nouvelle dĂ©clenche en France un tel tollĂ© que le gouvernement dĂ©cide de dĂ©pĂȘcher sur place le vieux Brazza, celui-lĂ  mĂȘme qui avait conquis la rĂ©gion vingt ans auparavant pour lui apporter les bienfaits du progrĂšs. Il sera tellement atterrĂ© de ce qu’il y dĂ©cou­vrira qu’il mourra sur le bateau du retour. L’Ă©tonnant est que rien de tout cela ne pousse quiconque Ă  ce qui nous semble aujourd’hui Ă©vident : remettre en cause le systĂšme lui-mĂȘme.

 

Une pure domination raciste

(
) Toutes les conquĂȘtes colo­niales, nous rappelle La RĂ©publique coloniale^, ont Ă©tĂ© initiĂ©es sous des prĂ©textes humanitaires : il s’agit toujours de sauver des peuples d’affreux despotes ou de les arracher Ă  des pratiques hor­ribles. L’esclavage en est une. Deux mois aprĂšs qu’il a obtenu la

1 – CoĂ©crit par Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Françoise VergĂ©s, Hachette littĂ©ratures, 2006.

 

(p.435) soumission de Madagascar, le gĂ©nĂ©ral Gallieni le fait abolir et reçoit pour cela une magnifique mĂ©daille de la grande sociĂ©tĂ© antiesclava­giste de Paris. Quelques semaines plus tard, il introduit dans la Grande Ile le « travail forcĂ© » : l’organisation d’Ă©pouvantables corvĂ©es auxquelles sont soumis de force, et sans contrepartie de salaire, les « indigĂšnes ». L’histoire se rĂ©pĂ©tera partout. Partout, la RĂ©publique arrive avec la DĂ©claration des droits de l’homme en bandouliĂšre, partout, elle se hĂąte bien vite de rappeler que, dans les faits, il faudra attendre pour les mettre en Ɠuvre. Dans toutes les colonies rĂšgne Ă  partir des annĂ©es 1880 le « Code de l’indigĂ©nat », qui crĂ©e un statut particulier pour les habitants des pays soumis. Les colons sont des citoyens de plein droit, les gens qu’ils viennent dominer, non. Ils ne bĂ©nĂ©ficieront jamais d’aucune des libertĂ©s dont la France se proclame la championne, m les droits politiques, ni le droit de rĂ©union, ni les droits syndicaux : ils deviennent des parias dans leur propre pays.                                                          

(
)En 1871, nous explique encore La RĂ©publique coloniale, le 7 Parlement prĂ©voit de donner aux colons d’AlgĂ©rie 100 000 hectares de terres. Il ne dit pas un mot des gens qui y vivaient jusqu’alors, sauf pour mentionner les punitions prĂ©vues pour ceux qui rĂ©siste- ) raient aux spoliations.

 

(p.436) En AlgĂ©rie, jusqu’en 1958, on vote selon un « double collĂšge » qui dĂ©note une conception trĂšs particuliĂšre de l’Ă©quitĂ© Ă©lectorale : la , voix d’un « Français » vaut celle de 7 « musulmans ». Tout un symbole.

 

François Reynaert, Nos ancĂȘtres les Gaulois et autres fadaises, Ă©d. Fayard, 2010-12-26

 

(p.455) /L’affaire Dreyfus/

En quelques annĂ©es, l’antisĂ©mitisme, hier encore dans les marges, devient une opinion proclamĂ©e avec une fiertĂ© impensable aujourd’hui : il y a des livres antisĂ©mites, des chansons antisĂ©mites, des candidats antisĂ©mites aux Ă©lections. L’Église, soucieuse de reconquĂ©rir un plus vaste public, a lancĂ© grĂące aux Assomption-nistes un nouveau grand journal, La Croix. Il sera sous titrĂ© « le journal le plus anti-juif de France ». Et jamais ni lui ni aucun des titres plus populaires qui vont pĂȘcher dans les mĂȘmes eaux ne lĂ©si­neront Ă  se servir d’une explication du monde qui nous semble dĂ©li­rante, et qui, prĂ©cisĂ©ment, est d’autant plus redoutable qu’elle l’est. Qu’il se produise n’importe quel scandale politico-financier – la IIIe RĂ©publique en connaĂźt d’innombrables -, la presse antisĂ©mite dĂ©clenche un jeu qu’elle ne perd jamais. S’il se trouve Ă  quelque niveau de l’affaire un protagoniste qu’elle estime juif, elle oublie Ă©videmment qu’il y en a vingt Ă  cĂŽtĂ© qui ne le sont pas : une fois de plus, « ils » sont coupables ! Si aucun n’apparaĂźt, c’est encore plus Ă©vident : « ils » adorent le secret, si « ils » n’apparaissent pas, c’est bien la preuve qu’« ils » y sont encore.

(p.456) Le capitaine est français, on pourrait mĂȘme dire qu’il l’est dou­blement, puisqu’il appartient Ă  une de ces familles qui ont choisi de quitter l’Alsace aprĂšs 1871 pour ne pas devenir allemandes; il est d’un patriotisme sans faille, chauvin, souvent butĂ© comme le sont la plupart des militaires Ă  l’Ă©poque. Pour les antisĂ©mites, il est juif, il n’y a donc pas Ă  chercher plus loin. DĂšs l’arrestation, le jour­nal de Drumont s’enflamme et l’accable. Bien plus tard, quand les preuves de l’innocence s’accumulent, Maurice BarrĂ©s, le chef des nationalistes, ne se dĂ©monte aucunement. Il Ă©crit : « Que Dreyfus est capable de trahir, je le conclus de sa race. »

 

XĂ©nophobie

 

À la haine des Juifs, dans ces derniĂšres dĂ©cennies du XIXe siĂšcle, s’en ajoute une autre, moins frontale dans l’Affaire, mais tout aussi prĂ©sente : celle de l’Ă©tranger.

La xĂ©nophobie est une maladie ancienne et commune Ă  de nom­breux peuples. À cette Ă©poque, elle aussi prend une forme plus moderne – celle que nous connaissons toujours -, la haine du tra­vailleur immigrĂ©.

Eux non plus ne sont pas une nouveautĂ© dans le pays. Sous la monarchie de Juillet, puis sous le Second Empire, d’innombrables Allemands, fuyant la pauvretĂ©, sont venus se placer dans les grandes villes, en particulier comme tailleurs, domestiques ou bonnes. La plupart d’entre eux ont fui avec les dĂ©buts de la guerre de 1870, ou se sont sentis obligĂ©s de changer leur nom, ou de mentir sur leur origine. Dans le Sud-Ouest, on compte depuis longtemps de nom­breux Espagnols. Sur la frontiĂšre des Alpes, des Suisses. Les nĂ©ces­sitĂ©s de l’Ă©conomie et la faiblesse de la dĂ©mographie amplifient ce mouvement et conduisent, dans les annĂ©es 1880, aune grande vague d’immigration comparable Ă  celles que l’on verra dans les annĂ©es 1920 ou aprĂšs la Seconde Guerre mondiale. La France compte alors plus d’un million d’Ă©trangers, nous rappelle l’Histoire des Ă©trangers et de l’immigration 1. Les deux populations les plus nombreuses

 

1 – Sous la direction d’Yves Lequin, op. cit.

 

(p.457) sont les Belges dans la France du Nord et les Italiens dans celle du Sud.

Les bases du ressentiment Ă  leur Ă©gard sont Ă©conomiques : on en veut Ă  ces concurrents qui prennent les emplois et font chuter les salaires en acceptant de travailler Ă  n’importe quelle condition. Les formes qu’il prend sont brutales. Les Italiens, tout particuliÚ­rement, en sont victimes. Dans les journaux, dans une partie de l’opinion publique, ils sont toujours Ă©crasĂ©s sous d’Ă©ternels stĂ©rĂ©o­types. Les macaronis sont des criminels en puissance, des pouilleux sans feu ni lieu, des bagarreurs toujours prĂȘts Ă  sortir le couteau, Ă  qui, en outre, les milieux ouvriers plutĂŽt dĂ©christianisĂ©s reprochent leur bigoterie et leur soumission aux prĂȘtres : en argot, on les appelle les christos. On notera au passage que les prĂ©jugĂ©s contre les immigrĂ©s du XXe puis du XXIe n’ont guĂšre changĂ©, Ă  un dĂ©tail prĂšs : on continue toujours de leur reprocher leur religion, mais le plus souvent ce n’est pas la mĂȘme.

Parfois les tensions explosent. Les circonstances sont diverses. En 1881, la France et l’Italie s’opposent car elles veulent toutes deux mettre la main sur la Tunisie : le dĂ©barquement des troupes françaises Ă  Marseille fournit le prĂ©texte de manifestations anti-italiennes, qui dĂ©gĂ©nĂšrent en violences contre les Italiens de la ville – vingt blessĂ©s, trois morts. D’autres dĂ©bordements auront lieu en 1894 quand Sadi Carnot, le prĂ©sident de la RĂ©publique, sera assas- , sine par un anarchiste italien.

Les plus graves se sont produites un an seulement auparavant, au mois d’aoĂ»t 1893, Ă  AiguĂ«s-Mortes : un vĂ©ritable pogrom d’une sauvagerie inouĂŻe est organisĂ© contre les ouvriers italiens, dont huit seront assassinĂ©s et cinquante blessĂ©s. Les responsables seront jugĂ©s quelques mois plus tard et acquittĂ©s.