La France détruit l'environnement à l'échelle planétaire...

in: Le Matin, 15/07/1995

Quand la France irradiait l’AlgĂ©rie et la PolynĂ©sie


 

De 1960 Ă  1996, 100 000 personnes ont Ă©tĂ© exposĂ©es dans le Sahara et dans le Pacifique. L’armĂ©e française a reconnu officiellement neuf irradiations. Les contaminations se poursuivent


 

 

Contamination mortelle au nom de la France impérialiste

 

35 articles édifiants 

 

 

 

0 L’hĂ©ritage de la bombe, 9 mars 2003

par Michel Verger (*)

Pour se doter du feu nuclĂ©aire et devenir la quatriĂšme puissance mondiale Ă  possĂ©der la force de frappe, la France a effectuĂ©, de 1960 Ă  1996, 210 essais nuclĂ©aires dont 160 souterrains et 50 aĂ©riens. La plus forte explosion a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e en aoĂ»t 1968 au-dessus de l’atoll de Fangataufa. Sa puissance de 2 700 KT Ă©quivalait 170 fois celle d’Hiroshima. La quasi-totalitĂ© de ces essais souterrains et aĂ©riens se sont dĂ©roulĂ©s sur deux atolls du Pacifique : Moruroa et Fangataufa. Nul besoin de possĂ©der une imagination fertile pour mesurer les dĂ©gĂąts provoquĂ©s dans le sol des lagons et dans les Ăźles habitĂ©es environnantes de Tureia et de Mangareva (200 Ă  400 km). Nul besoin d’ĂȘtre un expert en nuclĂ©aire pour comprendre que si les essais militaires Ă©taient sans danger, (ou particuliĂšrement ” propres ” pour reprendre une expression officielle), on n’aurait pas construit notre dĂ©fense nationale sur une force de frappe nuclĂ©aire aussi peu efficace (1). Ce qui fit dire Ă  l’amiral Sanguinetti que si les essais nuclĂ©aires avaient Ă©tĂ© si peu dangereux pourquoi les faire Ă  des milliers de kilomĂštres de la France et pas en Auvergne ?

Nos lointains compatriotes polynĂ©siens, les populations touareg du Sahara et de nombreux VĂ©tĂ©rans (appelĂ©s du contingent, militaires, travailleurs civils) apportent aujourd’hui leur pierre Ă  l’édification de la vĂ©ritĂ© sur les essais nuclĂ©aires de la France. Beaucoup ont payĂ© un lourd tribut Ă  la bombe : dĂ©cĂšs prĂ©maturĂ©s, atteintes cancĂ©reuses, maladies inexpliquĂ©es, enfants mort-nĂ©s ou avec des malformations, allergies… Leurs tĂ©moignages constituent aujourd’hui, aprĂšs des annĂ©es de souffrances silencieuses pour certains, un terrible acte d’accusation sur l’irresponsabilitĂ© de ceux qui ont fait croire parfois avec succĂšs, auprĂšs des populations locales et des militaires, Ă  l’innocuitĂ© des expĂ©riences françaises. Tellement innocentes qu’aucun suivi mĂ©dical n’est effectuĂ©, aucun examen ni avant, ni pendant (sauf irradiation immĂ©diate), ni aprĂšs (les dosimĂštres chargĂ©s de mesurer le taux d’irradiation ne sont souvent pas relevĂ©s, j’ai conservĂ© le mien). Dans ces conditions, parler d’essais propres alors qu’aucun contrĂŽle n’est effectuĂ© ensuite sur les contaminations internes (inhalation, ingestion suite aux vents de sable) et externe par le contact avec du matĂ©riel contaminĂ© (lavage des avions, des bateaux, dĂ©montage de chars…) relĂšve du conditionnement idĂ©ologique.

Au fil des tĂ©moignages, une vĂ©ritĂ© incroyable se fait jour. A Reggane (AlgĂ©rie), ce sont des militaires venus d’Allemagne que l’on fait manoeuvrer sitĂŽt aprĂšs l’explosion de la 4e bombe sur le point zĂ©ro. LĂ , toujours en AlgĂ©rie Ă  In Eker, c’est un essai souterrain qui rate, la poussiĂšre radioactive fuit, se rĂ©pand aux alentours provoquant des irradiations et des contaminations. Neuf militaires oubliĂ©s restent dans le nuage pendant trois heures. Un ministre du gĂ©nĂ©ral de Gaulle, Gaston Palewski, irradiĂ©, est mort plus tard d’une leucĂ©mie. Il a toujours professĂ© que c’était la consĂ©quence de cet essai ratĂ©. Des AlgĂ©riens ont Ă©tĂ© contaminĂ©s pendant et aprĂšs la prĂ©sence française. Ailleurs en PolynĂ©sie, ce sont des populations que l’on enferme dans des hangars en tĂŽle ondulĂ©e quand les nuages radioactifs survolent leur Ăźle (ils reçoivelt 1 500 francs Pacifique -12 euros environ – aprĂšs chaque essai !) La nourriture des PolynĂ©siens est essentiellement constituĂ©e de poissons pĂȘchĂ©s et de fruits, les probabilitĂ©s d’attraper des maladies radio-induites sont Ă  l’évidence plus grandes ici qu’ailleurs. De nombreux rĂ©cits sont Ă©difiants. Suite aux essais, les militaires devaient marcher sur des tapis dĂ©roulĂ©s devant eux, les rats (qualifiĂ©s de ” mutants “) et les fruits Ă©taient anormalement gros ou dĂ©formĂ©s.

Le dernier rapport de l’Office parlementaire sur le sujet (2 janvier 2002), bĂąclĂ© en quelques mois, mais sans mentionner aucun des tĂ©moignages de VĂ©tĂ©rans recueillis (dont le mien relatant les expĂ©riences et l’état de santĂ© de nombre d’entre eux), ne reconnaĂźt que d’hypothĂ©tiques effets. Comment les rapporteurs peuvent-ils l’affirmer en l’absence d’études mĂ©dicales sur la santĂ© des VĂ©tĂ©rans depuis leur participation aux essais ni sur leur descendance ? Voudraient-ils nous faire croire que l’interdiction des essais, dont la nocivitĂ© n’est plus Ă  dĂ©montrer, ne s’appliquerait pas Ă  la France ? Dans quel but ? La cĂ©citĂ© française, comme avec Tchernobyl, atteint des sommets. Pourtant depuis 1988, une loi amĂ©ricaine a reconnu cette dangerositĂ©, en instituant une prĂ©somption d’origine pour ceux qui ont assistĂ© aux expĂ©riences nuclĂ©aires. Le nombre de type de cancers rĂ©pertoriĂ©s s’élĂšve Ă  dix-neuf et les zones Ă  risques sont situĂ©es dans un pĂ©rimĂštre de 700 km de rayon autour du point zĂ©ro.

Pour faire Ă©clater la vĂ©ritĂ©, les vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires et leur famille se sont constituĂ©s en association (l’AVEN) le 9 juin 2001 qui pourrait concerner plus de 80 000 personnes dĂ©cĂ©dĂ©es ou vivantes. En PolynĂ©sie et au Sahara, deux associations viennent aussi de se crĂ©er ainsi qu’un rĂ©seau international (AmĂ©ricains, Anglais, Australiens…) L’AVEN, dont le prĂ©sident est un ancien mĂ©decin-chef, le docteur Jean-Louis Valatx, a dĂ©jĂ  effectuĂ© une enquĂȘte auprĂšs de plus de 400 personnes. Elle indique que la frĂ©quence des pathologies, en particulier cancĂ©reuses, est supĂ©rieure (prĂšs du double) chez les VĂ©tĂ©rans Ă  celle de la population gĂ©nĂ©rale du mĂȘme Ăąge. Au vu des ces rĂ©sultats partiels, une Ă©tude Ă©pidĂ©miologique rĂ©trospective de l’ensemble des personnels civils et militaires et leurs familles devrait absolument ĂȘtre entreprise. D’ores et dĂ©jĂ , trente trois dĂ©putĂ©s ont apportĂ© leur soutien Ă  cette demande soit en dĂ©posant une proposition de loi (trois dĂ©putĂ©s Verts et tout rĂ©cemment les dĂ©putĂ©s et sĂ©nateurs communistes), soit par Ă©crit : cinq socialistes, deux UMP et un UDF. · plusieurs reprises, depuis 1994, les Ă©lus du PCF avaient rĂ©clamĂ© une commission d’enquĂȘte, toujours refusĂ©e par le gouvernement de droite ou de gauche.

Les VĂ©tĂ©rans formulent plusieurs demandes : le recensement des personnels civils et militaires et des entreprises sous-traitantes concernĂ©s. La levĂ©e du secret dĂ©fense sur les dossiers mĂ©dicaux des VĂ©tĂ©rans et de leurs ayants droit. La prĂ©somption d’origine des maladies radio-induites Ă  dĂ©finir par une lĂ©gislation appropriĂ©e et qui ne se limite pas aux seuls cancers. La constitution d’un observatoire de la santĂ© dont la composition devra ĂȘtre paritaire. La crĂ©ation d’un fonds d’indemnisation et d’un droit Ă  pension pour les personnels et leurs ayants droit.

(*) Vice-prĂ©sident de l’Association des vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires

(1) Voir le livre de Bruno Barrillot “L’hĂ©ritage de la Bombe” Observatoire des armes nuclĂ©aires françaises, 187 montĂ©e de Choulans 69005 LYON (18 euros + frais de port 3,20 euros)

 

1 in : Sud-Ouest, 29/04/2005 : 

Le combat des irradiés

BILLERE (64) – L’Association des vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires est dorĂ©navant reprĂ©sentĂ©e dans le dĂ©partement. Elle regroupe une trentaine d’adhĂ©rents.

Lorsqu’il Ă©tait jeune, Patrice Pfeffer a participĂ© en tant que membre de la Marine nationale Ă  trois campagnes d’essais nuclĂ©aires. Cela se passait Ă  Mururoa, entre 1969 et 1973. Ce BillĂ©rois de 54 ans est aujourd’hui invalide Ă  80 %. Ces jours derniers, il a supervisĂ© dans sa commune la premiĂšre rencontre dĂ©partementale de l’AVEN. Traduisez l’Association des vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires. Un organisme comptant une trentaine d’adhĂ©rents dans les PyrĂ©nĂ©es-Atlantiques, et 2 500 au niveau national. Tous militent pour que l’Etat prenne ses responsabilitĂ©s vis-Ă -vis des personnes qui ont Ă©tĂ© exposĂ©es aux expĂ©rimentations nuclĂ©aires. Ce qui les amĂšne aujourd’hui Ă  demander un recensement des civils et militaires ayant participĂ© Ă  des tests au Sahara et dans le Pacifique; mais aussi un accĂšs Ă  leurs dossiers mĂ©dicaux, et… une reconnaissance officielle. Sans oublier la crĂ©ation d’un fonds d’indemnisation et de pension pour les victimes et leurs ayant-droits.
« Le secret-dĂ©fense est encore prĂ©vu pour vingt ans, mais les nouveaux cas sont mensuels. Combien y aura-t-il de plaignants en 2020 ? », s’interroge le collectif.
Certains membres sont persuadĂ©s d’avoir contaminĂ© leurs enfants, la plupart d’entre-eux Ă©tant stĂ©riles ou malades, comme Marie Pietzak : « Mon mari est mort d’un cancer dans d’atroces souffrances aprĂšs avoir Ă©tĂ© exposĂ© Ă  Tahiti. Quand il en est revenu, mon fils avait 3 ans. Il est toujours malade depuis. »

Difficile bataille. La prise de conscience n’est pas nouvelle. En 1996, une association des anciens du Sahara, depuis intĂ©grĂ©e Ă  l’Aven, avait Ă©tĂ© crĂ©Ă©e par Roland Weil.
Lors de la premiĂšre explosion atomique dans le Sahara, en 1960 Ă  Reggane, ce dernier effectuait son service militaire en tant que radio. « Une heure aprĂšs l’explosion, on m’a envoyĂ© au point zĂ©ro, Ă  l’endroit mĂȘme oĂč la bombe avait Ă©tĂ© posĂ©e. Je suis malade depuis. Mais je n’ai jamais eu de reconnaissance de l’Etat; et je viens de perdre en appel… », dit-il, amer et déçu.
D’autres veulent des preuves mĂ©dicales, comme le jeune Leny Paris. EngagĂ© volontaire entre 1990 et 1991, il travaillait dans une base de missiles sol-sol, sur le plateau d’Albion, dans le Sud-Est de la France (son combat avait Ă©tĂ© relatĂ© en septembre dernier dans nos pages). Aujourd’hui, il tempĂȘte : « On admet que je suis irradiĂ©, mais ce que je veux, c’est mon dossier dosimĂ©trique journalier ! »
Qu’ils soient militaires, Ă©pouses de militaires ou veuves, chaque adhĂ©rent a sa propre histoire. Tous ont une douleur commune, et ont le sentiment d’avoir Ă©tĂ© sacrifiĂ©s, comme si le matĂ©riel nuclĂ©aire testĂ© importait plus que leurs vies. Aujourd’hui, le partage de leur impuissance au sein de l’Aven redouble l’espoir d’ĂȘtre un jour entendus.

Aven Pyrénées-Atlantiques, 3, impasse Jules Ferry à BillÚre. Renseignements auprÚs de Patrice Pfeffer au 06.09.91.17.02 ou sur le site www.aven.org

 

2      Essais nucléaires: une expertise demandée pour un ancien militaire

13/04/2005 – Le tribunal des pensions de Saint-Brieuc a ordonnĂ© mercredi une expertise mĂ©dicale pour un ancien militaire qui demande une pension d’invaliditĂ© affirmant avoir Ă©tĂ© contaminĂ© lors des essais nuclĂ©aires français dans le Pacifique, a-t-on appris de source judiciaire.
Un ancien appelĂ© du contingent, qui avait fait la mĂȘme demande, a de son cĂŽtĂ© Ă©tĂ© dĂ©boutĂ©, selon la mĂȘme source.
Le tribunal a jugĂ© recevable la demande de pension d’invaliditĂ© de Joseph Romain, 69 ans, ancien Ă©lectronicien Ă  bord d’un bĂątiment de la Marine, sous rĂ©serve d’une expertise mĂ©dicale confiĂ©e Ă  un mĂ©decin qui devra dĂ©terminer si son cancer de la peau est imputable Ă  son service dans la Marine.
L’ancien militaire Ă©tait sur le site des essais nuclĂ©aires entre 1966 et 1970. Il est tombĂ© malade en 1985, et a subi jusqu’Ă  prĂ©sent 14 interventions chirurgicales liĂ©es Ă  son cancer de la peau.
Un autre plaignant, AndrĂ© Dayot, 58 ans, qui avait fait son service militaire dans le Pacifique au mĂȘme moment, a quant Ă  lui Ă©tĂ© dĂ©boutĂ© de sa demande de pension d’invaliditĂ©. Il souffre du mĂȘme type de cancer de la peau que M. Romain, mais son taux d’invaliditĂ© n’a pas Ă©tĂ© suffisant par le tribunal pour prĂ©voir une pension.
Leur avocat avait plaidĂ© Ă  l’audience, le 23 mars dernier, que “cette pathologie rare a touchĂ© deux personnes qui se trouvaient au mĂȘme moment sur un site d’essais atomiques. Il y a un lien manifeste entre ce type de pathologie et les rayons ionisants”.
Les deux plaignants Ă©taient soutenus par l’association des vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires (AVEN).
Le 15 fĂ©vrier dernier, le tribunal des pensions d’Ille-et-Villaine avait dĂ©jĂ  ordonnĂ© une expertise suite Ă  la plainte d’une veuve de militaire mort d’un cancer, causĂ©, selon el

le, par sa participation Ă  une campagne d’essais nuclĂ©aires Ă  Mururoa.

 

3 in : L’Express, 14/03/2005: 

Les cancers de Mururoa

Une étude soulÚve à nouveau la question des conséquences des essais nucléaires sur la santé des populations polynésiennes

Les PolynĂ©siens tiennent peut-ĂȘtre lĂ  l’une des preuves qu’ils attendaient. Dans une rĂ©cente Ă©tude, des chercheurs de l’Institut Gustave-Roussy et de l’Inserm ont comparĂ© le risque de voir apparaĂźtre des malformations chromosomiques chez 50 «mĂ©tropolitains» et 30 patients polynĂ©siens atteints de cancer de la thyroĂŻde. Ces rĂ©sultats, publiĂ©s dans le dernier numĂ©ro de l’European Journal of Nuclear Medicine and Molecular Imaging, sont sans appel: ce taux est trois fois supĂ©rieur dans le deuxiĂšme groupe. «Sans exclure d’autres facteurs, on ne peut pas ne pas penser aux essais nuclĂ©aires», constate Dominique Violot, l’un des auteurs de l’Ă©tude. D’autant que ce type de malformation est souvent consĂ©cutif Ă  une exposition Ă  la radioactivitĂ©, et que ce soupçon n’est pas isolĂ©. «Nous savons dĂ©jĂ  que le taux de cancers de la thyroĂŻde est deux fois plus Ă©levĂ© dans la population polynĂ©sienne que chez les Maori ou les HawaĂŻens», analyse Florent de Vathaire, Ă©pidĂ©miologiste Ă  l’Inserm et coauteur de l’Ă©tude.
Entre 1966 et 1996, date du dernier essai nuclĂ©aire, les lagons polynĂ©siens de Mururoa et de Fangataufa se sont troublĂ©s 193 fois. Une puissance Ă©quivalant Ă  700 fois la bombe d’Hiroshima. Reste maintenant Ă  prouver que ce n’Ă©tait pas sans consĂ©quences pour les 250 000 PolynĂ©siens qui vivent aux alentours. «Nous avons rĂ©alisĂ© une Ă©tude pour analyser prĂ©cisĂ©ment ce lien, affirme Florent de Vathaire, les rĂ©sultats arriveront dans six mois.» Ce sera peut-ĂȘtre alors l’Ă©pilogue scientifique d’une histoire vieille de quarante ans. Et son envol judiciaire.

Laurent Simon

 

4 Essais nuclĂ©aires: expertise Ă  la suite de la plainte d’une veuve de militaire

15/02/05 – Le tribunal des pensions d’Ille-et-Villaine a ordonnĂ© mardi une expertise suite Ă  la plainte d’une veuve de militaire mort d’un cancer, causĂ©, selon elle, par sa participation Ă  une campagne d’essais nuclĂ©aires Ă  Mururoa, a-t-on appris de source judiciaire. Le mari de la plaignante, Mme Victoire Le Souder, avait participĂ© en 1966 Ă  une campagne de tirs nuclĂ©aires Ă  Mururoa en tant que contrĂŽleur aĂ©rien sur le porte-avions Foch. Il est dĂ©cĂ©dĂ© en 2000 des suites d’un cancer du poumon.
Mme Le Souder demande que le dĂ©cĂšs de son mari soit reconnu comme une consĂ©quence d’une “exposition aux rayons ionisants” lors de sa participation Ă  cette campagne, qui se faisait par des largages de bombes par des avions dĂ©collant du Foch. Cette reconnaissance lui donnerait droit Ă  une pension d’invaliditĂ©. Le tribunal, qui avait examinĂ© cette plainte le 11 janvier, a estimĂ© qu’il ne disposait pas des Ă©lĂ©ments permettant “d’affirmer la cause prĂ©cise et Ă©ventuellement exclusive du dĂ©cĂšs”. Il a ordonnĂ© une mesure d’expertise, confiĂ©e Ă  deux mĂ©decins de Rennes. Ces derniers ont huit mois pour rendre leur rapport. “Pendant les essais, il y a un risque d’exposition nuclĂ©aire. Ce risque n’a pas Ă©tĂ© Ă©valuĂ© correctement par les autoritĂ©s militaires et l’Etat n’a pas pris les mesures de protection qui y sont liĂ©es”, avait plaidĂ© l’avocat de la dĂ©fense lors de l’audience publique du 11 janvier.
Le commissaire au gouvernement avait fait valoir de son cĂŽtĂ© qu’aucun lien n’avait pu ĂȘtre Ă©tabli entre le cancer du militaire et sa participation aux essais nuclĂ©aires. Le ministĂšre de la DĂ©fense a rappelĂ© en septembre que des tests nuclĂ©aires en atmosphĂšre avaient eu lieu de 1962 Ă  1975 – en PolynĂ©sie et dans le Sahara – et que les “mesures de protection des personnes Ă  l’Ă©poque Ă©taient sĂ©rieuses, Ă©tayĂ©es, adaptĂ©es aux risque et conformes Ă  la lĂ©gislation” Ă  l’Ă©poque en vigueur. Une information judiciaire a Ă©tĂ© ouverte le 20 septembre 2004 pour enquĂȘter sur les consĂ©quences des essais nuclĂ©aires français, menĂ©s entre 1960 et 1996, sur les personnes civiles et militaires qui y assistaient.

 

5 in : Nouvel Obs, 13/01/2005:

Essais nucléaires: plainte examinée

Le tribunal des pensions de Rennes a examinĂ© mardi 11 janvier la plainte de la veuve d’un militaire mort d’un cancer du poumon liĂ©, selon elle, Ă  la prĂ©sence de son Ă©poux Ă  Mururoa lors d’une campagne d’essais nuclĂ©aires, a-t-on appris auprĂšs de l’avocat de la plaignante, Me Jean-Paul TeissoniĂšre. L’affaire a Ă©tĂ© mise en dĂ©libĂ©rĂ© au 15 fĂ©vrier.
Le mari de la plaignante, Victoire Le Souder, avait participĂ© en 1966 Ă  une campagne de tirs nuclĂ©aires Ă  Mururoa en tant que contrĂŽleur aĂ©rien sur le porte-avions Foch. Il est dĂ©cĂ©dĂ© en 2000 des suites d’un cancer du poumon.
Me TeissoniĂšre a demandĂ© que le dĂ©cĂšs du militaire, qui n’Ă©tait pas fumeur, a-t-il prĂ©cisĂ©, soit reconnu comme la consĂ©quence d’une “exposition aux rayons ionisants” lors de sa participation Ă  cette campagne qui se faisait par des largages de bombes par des avions dĂ©collant du Foch. La veuve demande une revalorisation de sa pension.

Pas de lien
“Pendant les essais, il y a un risque d’exposition nuclĂ©aire. Ce risque n’a pas Ă©tĂ© Ă©valuĂ© correctement par les autoritĂ©s militaires et l’Etat n’a pas pris les mesures de protection qui y sont liĂ©es”, a plaidĂ© l’avocat de la dĂ©fense.
Le commissaire du gouvernement a fait valoir de son cĂŽtĂ© qu’aucun lien n’avait pu ĂȘtre Ă©tabli entre le cancer du militaire et sa participation aux essais nuclĂ©aires.
Une information judiciaire a Ă©tĂ© ouverte le 20 septembre 2004 Ă  Paris pour enquĂȘter sur les consĂ©quences des essais nuclĂ©aires français, menĂ©s entre 1960 et 1996 au Sahara et en PolynĂ©sie, sur les personnes civiles et militaires qui y assistaient.
L’enquĂȘte contre X vise des faits d'”homicide involontaire”, “atteinte involontaire Ă  l’intĂ©gritĂ© physique ayant causĂ© une incapacitĂ© totale de travail de plus de trois mois ou n’excĂ©dant pas trois mois”.

 

6 in : Paris Normandie, 27/12/2004 : 

Ces malades du nucléaire

Des Normands, présents en Polynésie ou au Sahara algérien lors des premiers essais nucléaires, souffrent de maladies graves. Ils veulent comprendre.

VoilĂ  trois ans que les vĂ©tĂ©rans du nuclĂ©aire se battent pour la reconnaissance de certaines maladies graves, cancer notamment, qu’ils estiment avoir contractĂ©es lors des campagnes d’essais français. Plus de 200 essais nuclĂ©aires ont, en effet, Ă©tĂ© menĂ©s entre 1960 et 1996, par l’armĂ©e française au Sahara algĂ©rien et en PolynĂ©sie. Et certains vĂ©tĂ©rans considĂšrent que des « dysfonctionnement se sont alors produits. » Une premiĂšre victoire est enregistrĂ©e par leurs associations « AVEN » et « Moruroa e tatou » qui rassemblent cinq mille adhĂ©rents en France. Le FĂ©campois Jean-Claude Duchateau, prĂ©sident de la section « Aven » de Haute-Normandie (plus d’une centaine de membres) se fĂ©licite de l’ouverture d’une information judiciaire pour enquĂȘter sur les consĂ©quences des essais.
« Un premier pas important ! »
Le responsable haut-normand de l’association, qui a passĂ© deux ans en PolynĂ©sie, avait Ă©tĂ© frappĂ©, en 1986, par un cancer des ganglions lymphatiques.
Sur les bords de Seine, Ă  Duclair, Pierre Le Borgne veut savoir. Ancien maĂźtre Ă©lectricien dans la marine nationale, il soigne aujourd’hui sa thyroĂŻde, et s’interroge sur ses problĂšmes de santĂ©, d’autant qu’il a eu le « triste privilĂšge » d’ĂȘtre probablement le seul marin Ă  avoir connu les premiers essais des deux bombes, « A » et « H ».
D’abord sur la zone de Regane au Sahara, oĂč il assiste au tir Ă  seulement onze kilomĂštres de l’explosion. « Nous Ă©tions Ă  genoux, le dos tournĂ© au point zĂ©ro, lunettes noires et mains sur les yeux. Et nous fĂ»mes malgrĂ© tout transpercĂ©s par l’Ă©clair ! » Pierre se souvient Ă©galement s’ĂȘtre rendu en short et torse nu dans le cratĂšre dix jours aprĂšs le tir de cette charge nuclĂ©aire plus puissante que celle de Hiroshima. « Lorsque je suis parti, aprĂšs dix-huit mois et trois tirs, je n’ai mĂȘme pas fait l’objet d’une prise de sang. »

 

7 in : 20 minutes, Jeudi 23 décembre 2004:

L’armĂ©e, famille nuclĂ©aire
Jean Lecardonnel, 58 ans, vétéran des essais atteint de leucémie

Printemps 1970 Un vaisseau amiral de la marine française, le De Grasse, mouille au large de Mururoa (PolynĂ©sie). Les marins sont sur le pont. Parmi eux, Jean Lecardonnel, 24 ans, officier de transmission. Tous ont les yeux levĂ©s vers le ciel. Ils fixent un ballon dirigeable auquel est arrimĂ©e une bombe. C’est un essai nuclĂ©aire. Depuis le navire, un dĂ©clencheur radioĂ©lectrique provoque l’explosion. Une boule de feu monte dans le ciel. Les marins, seulement protĂ©gĂ©s par une paire de lunettes, font route vers le point zĂ©ro de l’explosion. Ils y effectuent des prĂ©lĂšvements dans l’eau. A mains nues. Ce scĂ©nario, Jean Lecardonnel le vivra six fois. La distance le sĂ©parant de la bombe varie entre 1 et 65 km.
Fin juin 2003 Jean Lecardonnel, retraité depuis 1982, ressent « une grosse fatigue ». Il est hospitalisé. Diagnostic : une leucémie.
24 septembre 2003 Le professeur de mĂ©decine chargĂ© des soins de l’ancien militaire Ă©crit : « L’interrogatoire professionnel a permis de relever (…) que deux agents peuvent ĂȘtre incriminĂ©s. Une exposition au benzĂšne et une exposition aux radiations ionisantes. »
Fin 2004 Jean Lecardonnel a perdu plus de 60 kilos en un an, de 137 Ă  75 kilos. Son teint est cireux, il semble fatiguĂ©, mais son regard est franc et son vocabulaire prĂ©cis. Lorsqu’on lui demande s’il en veut aux autoritĂ©s françaises, il rĂ©torque sans ciller : « On ne peut pas en vouloir Ă  ceux qui ne savaient pas. » Il sort une photo de l’Ă©poque. Le ministre de l’IntĂ©rieur, Michel DebrĂ©, est sur le pont du De Grasse, juste aprĂšs l’explosion, en bras de chemise. « Personne ne connaissait les risques, la preuve. » Il reste si fidĂšle au drapeau qu’il refuse aujourd’hui encore de dĂ©voiler le contenu, mĂȘme le plus anodin, des transmissions radio dont il avait la charge.
Ce que demande Jean Lecardonnel comme des dizaines d’autres « irradiĂ©s pour la France », c’est une reconnaissance. Celle de la maladie professionnelle. « C’en est une. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les mĂ©decins. » Ministre des ArmĂ©es de 1960 Ă  1969, Pierre Messmer a rĂ©cemment admis sur un plateau tĂ©lĂ© « les imprudences » de la France Ă  l’Ă©gard de ses militaires lors des essais.

A savoir :
MichÚle, sa femme, rencontrée en 1983
« Quand il est entrĂ© en milieu stĂ©rile pour ses soins, je lui ai dit : “Tu vas t’embarquer, tu es dans la cabine d’un bateau, on ne sait pas pour combien de temps”. A la maison on est trĂšs marine. Je m’intĂ©resse Ă  son passĂ©, c’est ce qui l’a construit, qui fait ses qualitĂ©s, sa rigueur. »

Jean-Louis Valatx prĂ©sident de l’AVEN (Association des vĂ©tĂ©rans du nuclĂ©aire)
« Nous demandons une reconnaissance de responsabilitĂ© de la France et des rĂ©parations. Il leur faut aussi un suivi mĂ©dical rĂ©alisĂ© par une structure indĂ©pendante. Pour eux, leurs enfants et leurs petits-enfants qui peuvent aussi ĂȘtre atteints. »

Stéphane Colineau

 

8  Ouverture d’une information judiciaire sur les essais nuclĂ©aires français
(Le dĂ©lai inhabituel entre le dĂ©pĂŽt de plainte et l’ouverture de l’instruction – prĂšs de dix mois – souligne l’embarras du ministĂšre de la dĂ©fense qui devra justifier son discours irrĂ©aliste sur des essais nuclĂ©aires français “particuliĂšrement propres”.)

PARIS (29/09/2004) – Le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire contre X pour “homicides involontaires” et “atteinte Ă  l’intĂ©gritĂ© physique” suite au dĂ©pĂŽt d’une plainte en novembre 2003 des victimes des essais nuclĂ©aires français effectuĂ©s entre 1960 et 1996 dans le Sahara et en PolynĂ©sie, a-t-on appris mercredi de sources judiciaires. L’enquĂȘte, ouverte le 20 septembre dernier, a Ă©tĂ© confiĂ©e Ă  deux juges du PĂŽle de SantĂ© du tribunal de grande instance de Paris, Anne Auclair-Rabinovitch et Anne-Marie Bellot. L’information judiciaire ne vise que les faits les plus rĂ©cents, les essais nuclĂ©aires du Sahara, notamment, Ă©tant trop anciens pour faire l’objet de poursuites, a-t-on prĂ©cisĂ© de sources judiciaires. Le nombre de victimes concernĂ©es par l’enquĂȘte est donc infĂ©rieur au nombre de personnes ayant portĂ© plainte.
Fin novembre 2003, deux associations et onze victimes des essais nucléaires français avaient déposé une plainte à Paris. Les plaignants, civils et militaires ayant été exposés aux essais nucléaires atmosphériques ou souterrains menés dans les années 60 dans le Sahara algérien, puis en Polynésie, souffrent tous de pathologies graves liées à cette irradiation massive.
Les familles de deux personnes dĂ©cĂ©dĂ©es se sont jointes Ă  leur action, ainsi que l’Association des vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires (AVEN) et l’Association Moruroa e tatou qui comptent plus de 5.000 adhĂ©rents. Une association algĂ©rienne est en cours de constitution. Ses membres n’ont pas obtenu de visas pour venir en France. “Les autoritĂ©s militaires et civiles françaises en charge des expĂ©riences nuclĂ©aires n’ignoraient pas les risques auxquels elles exposaient les personnels civils et militaires chargĂ©s de procĂ©der Ă  ces expĂ©riences, les populations vivant Ă  proximitĂ© des lieux de ces expĂ©riences”, notait la plainte.
On estime Ă  150.000 le nombre de personnes qui ont assistĂ© aux 210 essais nuclĂ©aires français. Une premiĂšre Ă©tude mĂ©dicale rĂ©alisĂ©e par les associations sur 720 vĂ©tĂ©rans montre que 30% d’entre eux sont atteints de cancers, contre 17% de la population nationale du mĂȘme Ăąge. MĂ©decins du Monde a lancĂ© une nouvelle Ă©tude en PolynĂ©sie.

 

9 Papeete, le 3 juillet 2004

Le nouveau Gouvernement de PolynĂ©sie française s’engage

aux cÎtés des victimes des essais nucléaires

Association Moruroa e tatou
SiĂšge : 403 Boulevard Pomare
Papeete Tahiti
E-mail : moruroaetatou@mail.pf  

A l’occasion du 38Ăšme anniversaire de la premiĂšre bombe Ă  Moruroa (2 juillet 1966) les reprĂ©sentants de l’association Moruroa e tatou ont rencontrĂ© le nouveau prĂ©sident de la PolynĂ©sie française, M. Oscar Manutahi Temaru.

La proposition de la mise en place prochaine d’un groupe de travail sur le suivi des consĂ©quences des essais nuclĂ©aires composĂ© de reprĂ©sentants du Gouvernement, de l’AssemblĂ©e de PolynĂ©sie et de Moruroa e tatou a Ă©tĂ© agrĂ©Ă©e par le PrĂ©sident.

Le 2 juillet, Mme Chantal FlorĂšs Tahiata, vice-prĂ©sidente de l’AssemblĂ©e, a reçu dans la salle des confĂ©rences de l’AssemblĂ©e de PolynĂ©sie le conseil d’administration de Moruroa e tatou qui a tenu une confĂ©rence de presse devant les mĂ©dias locaux et plusieurs journalistes Ă©trangers et la participation de plusieurs invitĂ©s.

Le Dr Jean-Louis Valatx, prĂ©sident de l’association des vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires français (AVEN), a donnĂ© les principaux rĂ©sultats de l’enquĂȘte de santĂ© rĂ©alisĂ©e auprĂšs des vĂ©tĂ©rans français montrant que 30 % d’entre eux sont atteints ou dĂ©cĂ©dĂ©s de cancers et que des rĂ©percussions sanitaires apparaissent mĂȘme chez leurs enfants et petits-enfants.

MaĂźtre Jean-Paul TeissonniĂšre, avocat de Moruroa e tatou et de l’AVEN, a annoncĂ© la nomination prochaine d’un juge d’instruction suite Ă  la plainte contre X dĂ©posĂ©e par les deux associations en novembre 2003 au Parquet de Paris. Il a Ă©galement annoncĂ© que plusieurs dossiers d’anciens travailleurs de Moruroa allaient faire l’objet d’un procĂšs en demande de rĂ©paration qui se tiendra dans les prochains mois Ă  Papeete.

Bruno Barrillot, directeur de l’Observatoire des armes nuclĂ©aires françaises, a soulignĂ© que l’engagement annoncĂ© du PrĂ©sident de la PolynĂ©sie pour la reconnaissance des droits des victimes constituait un Ă©vĂ©nement dans l’histoire de la lutte contre les essais nuclĂ©aires. Pour la premiĂšre fois, une autoritĂ©, au plus haut niveau, reconnaĂźt les responsabilitĂ©s de l’Etat qui a conduit les essais nuclĂ©aires en PolynĂ©sie. Cette prise de position ne manquera pas d’avoir des rĂ©percussions sur le Gouvernement et les autoritĂ©s de la RĂ©publique française.

Le 3 juillet, prĂšs de trois cents anciens travailleurs de Moruroa se sont retrouvĂ©s dans les locaux de la paroisse d’Arue (Tahiti) pour l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de l’association Moruroa e tatou qui compte Ă  ce jour plus de 3700 membres.

Une autre invitĂ©e de Moruroa e tatou, la Rev. Valamotu Palu, SecrĂ©taire gĂ©nĂ©rale de la ConfĂ©rence des Eglises du Pacifique a rappelĂ© que les peuples du Pacifique ont eu Ă  subir les consĂ©quences nĂ©fastes des expĂ©riences nuclĂ©aires amĂ©ricaines, anglaises et françaises. Elle a apportĂ© l’entier soutien des Eglises du Pacifique aux victimes des essais nuclĂ©aires, Ă  l’instar de l’engagement de longue date de l’Eglise EvangĂ©lique en PolynĂ©sie française dont le PrĂ©sident, le Pasteur Taaroanui Maraea, ouvrait les travaux de cette assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale.

L’assemblĂ©e a reconduit le PrĂ©sident Roland Pouira Oldham dans ses fonctions et renouvelĂ© une partie de son conseil d’administration, marquant ainsi l’enracinement de Moruroa e tatou sur l’ensemble de la PolynĂ©sie française.

Le PrĂ©sident a annoncĂ© que l’association attendait le rapport final de la mission de MĂ©decins du Monde portant sur les examens de santĂ© de plus de 800 anciens travailleurs de Moruroa dont la communication est prĂ©vue pour fin juillet 2004.

Moruroa e tatou

 

10 CrĂ©ation d’un « Observatoire de la santĂ© des vĂ©tĂ©rans »

Le ministĂšre de la dĂ©fense vient, par dĂ©cret du 10 juin 2004, de crĂ©er un « Observatoire de la santĂ© des vĂ©tĂ©rans » qui a pour objectif « d’amĂ©liorer la prise en charge mĂ©dicale des militaires et des anciens militaires ». Outre le fait que le ministĂšre de la dĂ©fense dispose dĂ©jĂ  du Service de santĂ© des armĂ©es et de la Direction des pensions pour ces personnels, on imagine guĂšre que cet Observatoire puisse assurer le suivi sanitaire des vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires comme l’annonçait rĂ©guliĂšrement la ministre de la dĂ©fense en rĂ©ponse aux questions des parlementaires.

L’association Moruroa e tatou regroupant les anciens travailleurs polynĂ©siens des sites nuclĂ©aires du Pacifique et l’association des VĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires (AVEN) rappellent que les personnels concernĂ©s par les essais nuclĂ©aires n’Ă©taient pas uniquement des militaires et des appelĂ©s du contingent mais aussi des civils : personnels du Commissariat Ă  l’Energie Atomique ou d’entreprises sous-traitantes, personnels recrutĂ©s localement (AlgĂ©riens, PolynĂ©siens), sans oublier les populations voisines des anciens sites d’essais au Sahara comme en PolynĂ©sie.

Cet Observatoire, crĂ©Ă© par voie rĂ©glementaire, n’a pas fait l’objet d’un dĂ©bat. Pourtant, depuis le 17 janvier 2002, une proposition de loi sur le suivi sanitaire des essais nuclĂ©aires a Ă©tĂ© dĂ©posĂ©e au Parlement – et redĂ©posĂ©e au dĂ©but de la nouvelle lĂ©gislature -, soutenue actuellement par 36 dĂ©putĂ©s et 22 sĂ©nateurs, appuyĂ©e par de nombreux conseillers gĂ©nĂ©raux, rĂ©gionaux et maires et par l’ensemble des Ă©lus de la nouvelle majoritĂ© de l’assemblĂ©e territoriale de PolynĂ©sie française.

Cette proposition de loi – qui n’a toujours pas Ă©tĂ© inscrite Ă  l’ordre du jour du Parlement – prĂ©voit une « commission nationale de suivi des essais nuclĂ©aires » composĂ©e de reprĂ©sentants des ministĂšres concernĂ©s, de reprĂ©sentants du Parlement et des reprĂ©sentants des associations concernĂ©es.

« La crĂ©ation de l’Observatoire de la santĂ© des vĂ©tĂ©rans – organisme dĂ©pendant du ministĂšre de la dĂ©fense, soumis au secret dĂ©fense ne correspond en aucune façon aux demandes des associations, dĂ©clare le Dr Jean-Louis Valatx, prĂ©sident de l’AVEN. La composition de cet Observatoire est mĂȘme en retrait par rapport aux dĂ©clarations du PrĂ©sident Jacques Chirac du 25 juillet 2003, Ă  Papeete, annonçant la crĂ©ation d’un « suivi interministĂ©riel » sur les consĂ©quences sanitaires des expĂ©rimentations nuclĂ©aires assurant la liaison avec les personnes et les associations concernĂ©es. En dĂ©cembre 2003, Ă  la demande du ministĂšre de la dĂ©fense, les deux associations ont renouvelĂ© leurs propositions qui n’ont pas Ă©tĂ© manifestement prises en compte. »

Moruroa e tatou et l’AVEN, confrontĂ©es aux graves problĂšmes de santĂ© des anciens personnels des essais, rĂ©itĂšrent leur demande de mise Ă  l’ordre du jour des dĂ©bats parlementaires de la proposition de loi sur le suivi sanitaire des essais nuclĂ©aires et la mise en place d’une vĂ©ritable concertation avec les organisations concernĂ©es. Les deux associations attendent Ă©galement avec impatience la dĂ©signation d’un juge d’instruction pour la plainte contre X qu’elles ont dĂ©posĂ©e auprĂšs du Doyen des Juges d’Instruction de Paris en dĂ©cembre 2003 pour « abstention dĂ©lictueuse, administration de substances nuisibles, homicide involontaire et atteinte Ă  l’intĂ©gritĂ© physique ».

Dr Jean-Louis Valatx, prĂ©sident de l’AVEN
M. Roland Pouira Oldham, président de Moruroa e tatou
M. Bruno Barrillot, Observatoire des armes nucléaires

 

11 CommuniquĂ© de l’association Moruroa e Tatou,
l’Association des VĂ©tĂ©rans des Essais NuclĂ©aires
et l’Observatoire des armes nuclĂ©aires.

DĂ©cĂšs d’Alfred Pautehea, ancien travailleur de Moruroa

Alfred Pautehea, ancien travailleur de Moruroa, qui Ă©tait venu tĂ©moigner Ă  Paris le 28 novembre 2003 Ă  la confĂ©rence de presse au SĂ©nat, est dĂ©cĂ©dĂ© dimanche 22 fĂ©vrier Ă  Atuona (Iles Marquises). Atteint d’une leucĂ©mie qui s’Ă©tait dĂ©clarĂ©e en novembre 2000, Alfred avait travaillĂ© sur les sites d’essais nuclĂ©aires de Moruroa et de Fangataufa de 1968 Ă  1979 et notamment sur des sites contaminĂ©s Ă  la suite des explosions nuclĂ©aires atmosphĂ©riques. (Voir son tĂ©moignage en maron ci-dessous)

Alfred Pautehea Ă©tait un membre actif de l’association polynĂ©sienne Moruroa e tatou (Moruroa et nous) qui regroupe prĂšs de 3000 anciens travailleurs polynĂ©siens des sites nuclĂ©aires. Il Ă©tait Ă  l’origine de la crĂ©ation d’une section de Moruroa e tatou dans l’Ăźle de Hiva Oa (Marquises).

DĂšs la crĂ©ation de l’association Moruroa e tatou en juillet 2001, Alfred avait tenu Ă  tĂ©moigner sans relĂąche sur les consĂ©quences humaines et sanitaires des essais nuclĂ©aires. Le 15 mars 2002, lors d’une confĂ©rence de presse Ă  Papeete, Alfred Pahutehea avait dĂ©clarĂ© : « Je ne pense plus Ă  moi. Je ne sais pas encore pour combien de temps j’en ai, six mois, un an. Je pense Ă  mes enfants, Ă  mes amis, aux gĂ©nĂ©rations Ă  venir. Je veux une loi qui reconnaisse notre maladie comme maladie professionnelle. »

Le 28 novembre, malgrĂ© son Ă©tat de faiblesse, il Ă©tait venu Ă  Paris pour rappeler Ă  la presse qu’Ă  travers lui ce sont de nombreux anciens travailleurs polynĂ©siens qui sont dĂ©jĂ  dĂ©cĂ©dĂ©s ou qui sont gravement atteints de pathologies – cancers principalement – qu’ils estiment avoir pour origine leur prĂ©sence sur les sites d’essais nuclĂ©aires. De mĂȘme, des centaines de vĂ©tĂ©rans français – les « IrradiĂ©s de la RĂ©publique » – subissent les mĂȘmes consĂ©quences et ne reçoivent en retour, comme les PolynĂ©siens et les AlgĂ©riens, que mĂ©pris et indiffĂ©rence de la part des responsables civils et militaires qui les ont envoyĂ©s sur les sites nuclĂ©aires du Sahara et de PolynĂ©sie sans prĂ©paration ni information ni protection suffisante.

Le 28 novembre, Alfred Pautehea au nom de l’association Moruroa e tatou et plusieurs vĂ©tĂ©rans français de l’association des vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires (AVEN) avaient dĂ©posĂ© plainte contre X auprĂšs du doyen des Juges d’instruction du tribunal de grande instance de Paris. Les associations attendent encore aujourd’hui, avec impatience, la nomination d’un juge d’instruction qui verra enfin la justice prendre en charge le dossier effarant des consĂ©quences sanitaires des essais nuclĂ©aires français.

Alfred Pautehea, ancien travailleur polynésien de Moruroa et Fangataufa

« J’ai travaillĂ© successivement pour le GĂ©nie de l’Air et les entreprises sous-traitantes SOFEL, SEGT et SOGEPA de 1968 Ă  1979.

Dans le cadre de mon emploi au GĂ©nie de l’Air, j’Ă©tais conducteur d’engin Michigan pour l’amĂ©nagement des pistes. Nous avons participĂ© Ă  la rĂ©paration de la piste de Fangataufa aprĂšs les tirs nuclĂ©aires. Nous Ă©tions Ă  proximitĂ© des zones indiquĂ©es comme contaminĂ©es (panneau spĂ©cial indiquant la radioactivitĂ©) dĂ©limitĂ©es seulement par des rubans rouge et blanc entre des piquets. Pendant notre travail, des camarades du CEA circulaient en tenue chaude grise et portaient chacun un dosimĂštre, mais nous, les travailleurs polynĂ©siens, nous n’avions aucune protection et on ne nous avait pas distribuĂ© de dosimĂštre.

J’ai fait ce travail sans poser de question, car nous faisions confiance aux chefs qui nous disaient que nous ne craignions rien. Mais aussi, nous savions que nous ne pouvions pas poser de questions sur les risques parce que cela aurait tout de suite entraĂźnĂ© notre renvoi et une interdiction de travail Ă  Moruroa.

AprÚs la réfection de la piste de Fangataufa, nous allions réparer celles de Moruroa et de Hao.

Par la suite, j’ai eu un emploi de maçon dans les entreprises sous-traitantes SOFEL, SEGT et SOGEPA. Comme auparavant, les Ă©quipes de PolynĂ©siens travaillaient sans protection alors que les personnels du CEA qui venaient sur nos chantiers Ă©taient vĂȘtus de combinaisons et portaient un dosimĂštre.

A l’Ă©poque, nous n’avions comme eau de boisson de l’eau dĂ©salinisĂ©e qui venait de l’ocĂ©an alors que les personnels CEA buvaient de l’eau en bouteille (Evian). Nous, on acceptait ce qu’on nous donnait.

AprĂšs 1979, j’ai travaillĂ© comme conducteur de machines agricoles aux Australes Ă  la SDAP, puis pour le Service du Fonds d’Entraide aux Iles (dĂ©pendant du Territoire) jusqu’Ă  la dĂ©claration de ma leucĂ©mie.

Ma leucĂ©mie s’est rĂ©vĂ©lĂ©e Ă  la suite d’une blessure lĂ©gĂšre lors d’une partie de chasse en octobre 2000. Le Docteur Soubiran m’a examinĂ© Ă  l’hĂŽpital Mamao de Papeete, la leucĂ©mie a Ă©tĂ© dĂ©pistĂ©e en novembre et j’ai Ă©tĂ© Ă©vacuĂ© sanitaire en France (HĂŽtel Dieu de Paris).

Ma maladie a perturbĂ© ma vie professionnelle (j’ai dĂ» arrĂȘter mon travail) et ma vie familiale. Je me fais du souci pour mes enfants (j’ai six enfants), notamment parce que deux d’entre eux ont des anomalies difficilement explicables. »

Propos recueillis Ă  Pirae (Tahiti), le 3 juillet 2003 par Bruno Barrillot

Pour tout contact : brunobarrillot@obsarm.org ou 04.78.36.93.03

 

12 in : Libération du 29/11/03

Essais nucléaires français: des vétérans devant la justice

Pour la premiĂšre fois, des vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires français ont dĂ©posĂ© vendredi soir une plainte contre X pour homicide involontaire, atteinte Ă  l’intĂ©gritĂ© des personnes et administration de substances nuisibles. Nombre d’entre eux souffrent de maladies, en particulier de cancers, comme LibĂ©ration le racontait dĂšs janvier 2002. «Nous voulons faire reconnaĂźtre la responsabilitĂ© de l’Etat», indique le docteur Jean-Louis Valatx, prĂ©sident de l’Association des vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires (Aven), qui revendique deux mille adhĂ©rents.

«Faire la lumiĂšre». Onze anciens employĂ©s civils ou militaires, ainsi que deux associations, l’Aven et son homologue polynĂ©sienne, Moruroa e Tatou, se sont associĂ©s pour dĂ©poser cette plainte auprĂšs du tribunal de grande instance de Paris. «Le but de cette procĂ©dure est de demander aux institutions judiciaires de faire la lumiĂšre sur ce qui s’est passĂ© de 1960 Ă  1996», explique leur avocat, Me Jean-Paul TeissonniĂšre. Il pointe «une succession de dysfonctionnements, d’erreurs, de nĂ©gligences et de choix aberrants qui a conduit Ă  des irradiations».

Une enquĂȘte conduite par l’Aven auprĂšs de 720 de ses membres indique que 30 % d’entre eux souffrent de cancers, le double de la moyenne dans cette classe d’Ăąge. En termes statistiques, les rĂ©sultats de cette enquĂȘte doivent ĂȘtre pris avec prudence, car rien n’indique que l’Ă©chantillon soit reprĂ©sentatif. Faute d’Ă©tudes Ă©pidĂ©miologiques au niveau national, on ne dispose d’aucune donnĂ©e fiable sur la santĂ© des vĂ©tĂ©rans des essais.
«Environ 150 000 personnes ont participĂ© aux 210 essais nuclĂ©aires français», affirme le chercheur Bruno Barrillot, qui publie un livre sur «les IrradiĂ©s de la RĂ©publique» (1). Sur ces 210 essais, une cinquantaine ont eu lieu dans l’atmosphĂšre, dans le Sahara et le Pacifique.

En juillet, lors de sa visite officielle en PolynĂ©sie française, Jacques Chirac avait annoncĂ© la crĂ©ation d’un «comitĂ© de suivi» de la santĂ© des anciens du nuclĂ©aire. Ce comitĂ©, copilotĂ© par les ministĂšres de la SantĂ© et de la DĂ©fense, devrait voir le jour «dans les prochaines semaines», explique un proche du dossier. Dans un premier temps, il devrait procĂ©der Ă  un Ă©tat des lieux, sans exclure la possibilitĂ© d’une Ă©tude Ă©pidĂ©miologique.
Doses. Selon les donnĂ©es dont dispose le ministĂšre de la DĂ©fense, «de l’ordre d’une centaine» de personnes ont Ă©tĂ© exposĂ©es Ă  des «doses significatives» de rayonnements dans le Sahara et «moins d’une dizaine» en PolynĂ©sie. Une dose «significative» est supĂ©rieure Ă  50 millisieverts, c’est-Ă -dire le maximum que peut recevoir un travailleur du nuclĂ©aire. Dans le Sahara, lors de l’accident BĂ©ryl du 1er mai 1962, des doses de 600 millisieverts ont Ă©tĂ© reçues. Dans le Pacifique, un pilote qui traversait le champignon atomique pour des prĂ©lĂšvements en avait reçu 180. L’un des problĂšmes rencontrĂ©s par les vĂ©tĂ©rans est que leur dossier, libre d’accĂšs grĂące Ă  la loi Kouchner de mars 2002, ne contient pas de relevĂ©s de dosimĂ©trie. NĂ©gligence, dĂ©sorganisation ? Quoi qu’il en soit, depuis un an, la justice a donnĂ© raison Ă  trois vĂ©tĂ©rans malades, qui demandaient des pensions militaires d’invaliditĂ©. Au bĂ©nĂ©fice du doute.

Jean-Dominique MERCHET

(1) Bruno Barrillot, les Irradiés de la République. Editions Complexe-Grip-Cdrpc, 15 €.

 

13 Essais nuclĂ©aires : Les victimes irradiĂ©es portent plainte contre l’Etat

 

SAHARA, 1963. La France a commencĂ© ses essais nuclĂ©aires en Afrique du Nord au dĂ©but des annĂ©es soixante. Aujourd’hui, les victimes des radiations porteront plainte pour « homicide involontaire » .

C’EST UNE PREMIÈRE. Ce matin, les associations des victimes des essais nuclĂ©aires français, qui regroupent 1 200 personnes, dĂ©poseront plainte devant le tribunal de Paris pour « homicide involontaire » et « atteinte Ă  l’intĂ©gritĂ© physique par imprudence ». « Nous attendons que l’Etat reconnaisse sa responsabilitĂ© dans les manques de prĂ©caution et la contamination des personnels des sites d’essais », explique M e Jean-Paul TessonniĂšre, l’avocat des victimes. Avant ce dĂ©pĂŽt de plainte, des Ă©lus de PolynĂ©sie, des anciens travailleurs du nuclĂ©aire, tiendront une confĂ©rence de presse au SĂ©nat pour exprimer ce qu’ils ont vĂ©cu. Ils parlent de populations enfermĂ©es dans des abris antiatomiques gardĂ©s, de fuite de produits radioactifs, de cancers prĂ©maturĂ©s, de naissances de bĂ©bĂ©s mal formĂ©s.

Cancers et maladies rares

De 1960 Ă  1996, plus de quatre-vingt mille personnes ont participĂ© aux expĂ©riences nuclĂ©aires rĂ©alisĂ©es dans le Sahara et en PolynĂ©sie. Les premiĂšres conclusions de l’Ă©tude Ă©pidĂ©miologique menĂ©e par Jean-Louis Valatx, prĂ©sident de l’Aven, Association de victimes des essais nuclĂ©aires, Ă©galement directeur de recherche Ă  l’Inserm, relĂšvent une recrudescence de cancers pour les personnes qui ont vĂ©cu prĂšs de ces sites. « Le taux de cancers du sang sur les hommes de moins de 65 ans atteint 34,6 % soit deux fois plus que la moyenne nationale, rĂ©sume Jean-Louis Valatx, sans compter toutes ces maladies rares qui se manifestent parfois quarante ans plus tard. » Les rĂ©sultats recueillis aprĂšs le dĂ©pouillement de 670 questionnaires envoyĂ©s Ă  des vĂ©tĂ©rans de PolynĂ©sie ou du Sahara sont comparables aux statistiques des enquĂȘtes rĂ©alisĂ©es par les Anglais et les AmĂ©ricains dans ce domaine. « Dans ces pays anglo-saxons, ces populations Ă  risques sont surveillĂ©es tout comme leurs enfants et leurs petits-enfants », analyse Michel BrugiĂšre, directeur gĂ©nĂ©ral de MĂ©decins du monde, dont une mission d’observation s’est installĂ©e en PolynĂ©sie. Jusqu’Ă  aujourd’hui, l’Etat français a toujours affirmĂ© que les essais nuclĂ©aires dans le Pacifique n’avaient eu aucune incidence sur la santĂ© de la population ni sur le milieu naturel. Plusieurs Ă©tudes sont venues Ă©tayer cette thĂšse. DĂ©boutĂ©s souvent devant les tribunaux des pensions militaires, les vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires comptent dĂ©sormais sur le pĂŽle santĂ© du tribunal de Paris pour faire toute la lumiĂšre sur ces 210 essais nuclĂ©aires français rĂ©alisĂ©s pendant trente ans.

François Vignolle, Le Parisien, vendredi 28 novembre 2003.

 

14 in : Le Télégramme de Brest 17/11/03

Nucléaire. Les vétérans sortent de leur silence

Alors que les ravages de l’amiante Ă©clatent au grand jour, un autre scandale, longtemps « Secret dĂ©fense », sort peu Ă  peu des limbes de l’Histoire rĂ©cente. Entre 1960 et 1998, au Sahara puis en PolynĂ©sie, l’armĂ©e française s’est livrĂ© Ă  200 essais nuclĂ©aires. Cancers, maladies cardio-vasculaires… dĂ©cimeraient aujourd’hui les vĂ©tĂ©rans de ces essais.

Ils viennent de crĂ©er l’Aven (*).
Les Etats-Unis reconnaissent, depuis 1998, une vingtaine de cancers directement liĂ©s Ă  leurs essais nuclĂ©aires. « Pourquoi la France ne veut-elle pas donner les mĂȘmes droits Ă  ses vĂ©tĂ©rans ? », interroge Pierre Marhic, Jean-Henri Bouffard et Jacques Dezetter, membres de l’Association nationale des vĂ©tĂ©rans victimes des essais nuclĂ©aires.

154.700 personnes concernées
Dans le dĂ©sert du Sahara, 17 essais nuclĂ©aires furent rĂ©alisĂ©s par l’armĂ©e française entre 1960 et 1966 avant qu’elle ne choisisse le site de l’atoll de Mururoa, pour 193 autres (dont 46 atmosphĂ©riques), entre 1966 Ă  1996 (le site est aujourd’hui encore interdit d’accĂšs). Cent cinquante mille personnels – militaires ou membres du commissariat Ă  l’Ă©nergie atomique – ainsi que 4.700 travailleurs polynĂ©siens, auraient ainsi Ă©tĂ© exposĂ©s, sans protection particuliĂšre, Ă  des doses radioactives importantes. « Plus l’irradiation est importante, plus les effets sont retardĂ©s », pointe Jacques Dezetter. Depuis une quinzaine d’annĂ©es, d’alarmantes pathologies se dĂ©clarent, selon eux, chez de nombreux vĂ©tĂ©rans.

Cancers du sang, tumeurs…
Las « du mĂ©pris des autoritĂ©s militaires », quelques-uns d’entre eux viennent donc de crĂ©er une association, dont le siĂšge est situĂ© Ă  Bohars (29). « Aucun gouvernement ne s’est penchĂ© sur le suivi mĂ©dical des vĂ©tĂ©rans. 37 % d’entre eux sont aujourd’hui atteints de maladies diverses; cardio-vasculaires, endocriniennes, ophtalmologiques ».
Les cancers sont aussi, selon eux, légion : « Chez les vétérans et les anciens travailleurs polynésiens, les cancers du sang, ainsi que des tumeurs malignes comme les lymphomes ou les myélomes sont trois fois plus élevés que la moyenne française ». Une adhérente raconte encore le calvaire de sa fille, née avec trois chevilles. « Des fausses couches, des malformations congénitales ont été constatées dans les familles de vétérans ».

Droit aux soins gratuits et Ă  l’information
L’Aven va maintenant militer pour, notamment, l’obtention de la carte de soins gratuits pour les vĂ©tĂ©rans et leurs descendants, un suivi mĂ©dical permanent et gratuit, l’attribution de pension de rĂ©version Ă  100 % pour les veuves et orphelins, le versement de pension d’invaliditĂ©, le droit Ă  l’information et l’accĂšs aux dossiers mĂ©dicaux…
Ainsi que sa participation aux travaux de l’observatoire de la santĂ© des vĂ©tĂ©rans.
Michel Alliot Marie, ministre de la DĂ©fense, en a, en effet, annoncĂ© la crĂ©ation. Selon l’Avven, aucun reprĂ©sentant d’associations n’est encore prĂ©vu au sein des comitĂ©s directeur et scientifique de cet observatoire. Simple oubli sans doute.

* Association nationale des vétérans victimes des essais nucléaires.
06.63.76.68.56 ou 02.98.47.02.84.

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Les oubliĂ©s de l’atome
Victimes prĂ©sumĂ©es de radiations, les “vĂ©tĂ©rans” des essais nuclĂ©aires français

au Sahara et en Polynésie se mobilisent.

Peut-on mourir de loyautĂ©  ? Non, bien sĂ»r. Ce sont les cancers – d’abord un cancer du cavum (cavitĂ© interne du nez), puis du sinus, puis des poumons -, qui ont emportĂ© Bernard Ista, 67 ans, ingĂ©nieur au Commissariat Ă  l’Ă©nergie atomique (CEA), le 1er  fĂ©vrier 1998. Sur la photo, posĂ©e dans un coin du salon, on voit un bel homme, le cheveu brun, l’air Ă©nergique. “Il faisait partie de cette gĂ©nĂ©ration, nĂ©e avant-guerre, qui avait conscience de participer Ă  une aventure extraordinaire qui allait faire la grandeur de la France”, souligne Danielle, sa veuve. Aucune ironie dans la voix. Un brin d’amertume, c’est tout. Les souvenirs du gĂ©nĂ©ral Charles Ailleret – l’officier chargĂ© de dĂ©marrer les premiers essais nuclĂ©aires français au Sahara – ne s’intitulent-ils pas, prĂ©cisĂ©ment, L’Aventure atomique française (Grasset, 1968)  ?

“Hourra la France  !”, s’Ă©crie le gĂ©nĂ©ral de Gaulle, le 13  fĂ©vrier 1960, en saluant la premiĂšre explosion saharienne effectuĂ©e dans la rĂ©gion de Reggane (sud de l’AlgĂ©rie). “Bernard y Ă©tait, note Danielle Ista. Il a fait tous les tirs. Mais, dans ses lettres, il ne nous parlait pas de son travail. Jamais. J’ai appris bien plus tard que cela faisait partie des consignes.” Elle-mĂȘme, sur le coup, ne s’inquiĂšte de rien. MĂȘme l’accident de BĂ©ryl – du nom du deuxiĂšme essai souterrain dans le Sahara -, le 1er  mai 1962, ne lui laisse aucun souvenir. “Quand, bien aprĂšs, j’ai entendu Bernard et ses collĂšgues Ă©voquer cette histoire, ça ne m’a pas affolĂ©e. Ils en parlaient comme d’un incident un peu ridicule, un ratĂ© technique, raconte-t-elle. Avec le recul, je me rends compte Ă  quel point ils Ă©taient conditionnĂ©s. Mon mari a toujours pensĂ© que la sĂ©curitĂ© maximale Ă©tait assurĂ©e. Il disait  : “Nous, on n’est pas comme les AmĂ©ricains  ! On fait ça proprement  !” Il avait toute confiance dans le savoir-faire des Ă©quipes. Pour lui, c’Ă©tait une Ă©vidence  : s’il y avait eu le moindre danger, la France ne les aurait pas exposĂ©s.”

Jacques Muller, alors jeune militaire, Ă©tait Ă©galement sur place lors du “ratĂ© technique” de BĂ©ryl, le 1er  mai 1962, dans la rĂ©gion d’In-Eker. Ce jour-lĂ , se souvient-il, c’est “en short et chemisette” qu’il assiste au “spectacle”: “La montagne blanchit, le sol ondule. Pour moi, c’est trĂšs beau, cette flamme rouge et noire qui sort de la montagne (…). Le “Venez voir, c’est beau, vous ne risquez rien  !” m’empĂȘche de rĂ©agir, et je ne suis pas le seul.” Le soldat met plusieurs secondes avant de rĂ©aliser que ce qu’il voit n’est pas normal  : “Le nuage nuclĂ©aire est sorti de la montagne.”C’est la panique. “Officiels, civils, curieux, tout le monde court, se vĂ©hicule, se sauve vers la base-vie – sauf peut-ĂȘtre les appelĂ©s, qui attendent les ordres.”Le nuage atomique, lui aussi, se dĂ©place. Tranquillement. Mortellement. Le ministre de la recherche scientifique et des affaires atomiques, Gaston Palewski, prĂ©sent lors de cet accident, succombera Ă  une leucĂ©mie en 1986. Plus chanceux, le ministre des armĂ©es, Pierre Messmer, s’en tirera sain et sauf. Bien que “fortement irradiĂ©”, il a Ă©tĂ©, dit-il, “trĂšs bien soignĂ©”.

Jacques Muller, aujourd’hui militant de l’Association des vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires français (AVEN), a du mal Ă  en dire autant. Son tĂ©moignage, livrĂ© en janvier  2002, lors d’un colloque Ă  Paris, a Ă©tĂ© publiĂ©, avec une dizaine d’autres, dans Les Essais nuclĂ©aires et la santĂ© (Ă©ditĂ© par le Centre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits, CDRPC, Lyon, juillet  2002). Devenu aveugle, l’ancien militaire de carriĂšre est convaincu que sa cĂ©citĂ© est la consĂ©quence de l’accident du 1er  mai 1962. Mais comment le prouver  ? Toutes les opĂ©rations de tirs nuclĂ©aires de l’Ă©poque restant classĂ©es “secret-dĂ©fense”, le ministĂšre des armĂ©es “lui rĂ©pond invariablement que sa cĂ©citĂ© est “non imputable au service” et qu’aucune piĂšce de son dossier mĂ©dical ne figure dans les archives militaires”, rĂ©sume Bruno Barrillot, dans L’HĂ©ritage de la bombe(Edition du CDRPC, 2002).

Ya-t-il eu d’autres “ratĂ©s” au Sahara ou par la suite en PolynĂ©sie – oĂč le dernier tir a eu lieu en 1996  ? Militant pacifiste, Bruno Barrillot, ancien prĂȘtre Ă  Lyon et principal animateur de l’Observatoire des armes nuclĂ©aires françaises, en est persuadĂ©. Outre l’accident de BĂ©ryl, les autoritĂ©s reconnaissent, en 1981, devant l’AssemblĂ©e nationale, par la voix de Charles Hernu, alors chargĂ© du portefeuille de la dĂ©fense, que les “dĂ©chets d’une explosion nuclĂ©aire” ont Ă©tĂ© “dispersĂ©s”, en mars de cette mĂȘme annĂ©e, sur l’atoll de Mururoa, Ă  la suite d’un cyclone, “crĂ©ant une situation radiologique nouvelle”.

Deux accidents en trente-six ans  ? Deux accidents seulement, pour l’ensemble des 210 essais nuclĂ©aires français effectuĂ©s au Sahara (de 1960 Ă  1966) puis en PolynĂ©sie (de 1966 Ă  1974, puis de 1975 Ă  1996)  ? Au siĂšge parisien du CEA, on confirme ce bilan  : “A posteriori, en examinant l’ensemble des donnĂ©es, j’ai le sentiment que tout a Ă©tĂ© fait de maniĂšre trĂšs professionnelle et que cela a conduit Ă  une protection efficace des populations et des personnels”, explique le docteur Anne FlĂŒry-Herard, chercheuse au CEA. “Les anciens n’ont peut-ĂȘtre pas Ă©tĂ© parfaits, mais ils ont fait de leur mieux”, renchĂ©rit son confrĂšre Jean-Michel Giraud, conseiller mĂ©dical au CEA – au sein duquel seulement “une dizaine de maladies professionnelles” ont Ă©tĂ© reconnues chez des personnes “ayant participĂ© aux essais nuclĂ©aires”.

CĂŽtĂ© militaire, sur cinquante-sept demandes de pension d’invaliditĂ©, douze ont, Ă  ce jour, Ă©tĂ© accordĂ©es, nous a prĂ©cisĂ© le mĂ©decin-colonel FrĂ©dĂ©ric Poirrier, du service de santĂ© des armĂ©es. “De nombreuses demandes ont Ă©tĂ© rejetĂ©es pour dĂ©faut de preuve, prĂ©cise le docteur Poirrier. Cette constatation peut s’expliquer sans doute par le fait que la preuve de la contamination n’a pas toujours Ă©tĂ© rapportĂ©e avec certitude. Et, quand bien mĂȘme celle-ci a Ă©tĂ© Ă©tablie, il n’est pas toujours possible d’Ă©tablir un lien de causalitĂ© entre le fait et l’affection d’apparition tardive, souvent plusieurs annĂ©es aprĂšs.” Tout en pesant ses mots, Mme FlĂŒry-Herard (CEA) se veut optimiste pour l’avenir  : “Globalement, il ne devrait pas y avoir d’excĂšs de cancers parmi les travailleurs des sites.”

Les Ă©tudes scientifiques de l’Agence internationale de l’Ă©nergie atomique (AIEA) et de l’Institut national de la santĂ© et de la recherche mĂ©dicale (Inserm), publiĂ©es toutes deux en 1998, vont dans le mĂȘme sens. Les traces de radioactivitĂ© dĂ©tectĂ©es sur les atolls de Mururoa et Fangataufa ne seront d’“aucune consĂ©quence sur la santĂ© humaine”, conclut l’AIEA. “Aucune augmentation significative de l’incidence des cancers” n’a pu ĂȘtre relevĂ©e, du moins “dans les Ăźles et atolls situĂ©s Ă  moins de cinq cents kilomĂštres de Mururoa”, ajoute l’Inserm – Ă  deux rĂ©serves prĂšs  : le constat d’une incidence “plus importante” des cancers de la thyroĂŻde et le souhait qu’une Ă©tude similaire puisse ĂȘtre conduite ultĂ©rieurement, lorsque les “sujets” observĂ©s, “qui Ă©taient enfants durant les tirs atmosphĂ©riques (…), seront plus ĂągĂ©s”.

Il faut, en effet, de quinze Ă  trente ans pour qu’un cancer, “radio-induit” ou pas, se dĂ©clare. En espĂ©rant que le bon diagnostic soit fait Ă  temps. “En 1984, j’ai eu du sang dans les urines et on m’a envoyĂ© en examen Ă  l’hĂŽpital Jean-Prince Ă  Papeete. J’attends toujours les rĂ©sultats”, raconte un ancien travailleur du Centre d’expĂ©rimentation du Pacifique (CEP), citĂ© dans Moruroa et nous, un ouvrage qui relate l’expĂ©rience de PolynĂ©siens (CDRPC, 1997). L’infatigable Bruno Barrillot devrait publier, lui aussi, d’ici Ă  la fin novembre, un nouveau recueil de tĂ©moignages, Les IrradiĂ©s de la RĂ©publique (Editions Complexe).

C’est qu’ils sont lĂ©gion, ceux qui, aujourd’hui malades ou craignant de l’ĂȘtre, estiment qu’ils n’ont pas bĂ©nĂ©ficiĂ© de cette “protection efficace” dont parlent les responsables du CEA. Selon Anne FlĂŒry-Herard (CEA), sur les “quelque 150  000 personnes prĂ©sentes sur les sites, au Sahara et en PolynĂ©sie, 80  000 ont reçu un dosimĂštre -qui permet de mesurer les doses de radioactivitĂ©-. Ceux qui n’en avaient pas sont ceux dont l’activitĂ© ou la situation par rapport aux essais n’en rendait pas, Ă  priori, l’usage nĂ©cessaire”.

Michel Verger, jeune appelĂ© affectĂ© au centre d’expĂ©rimentations militaires de Reggane, en AlgĂ©rie, a fait partie de ces heureux Ă©lus, porteurs d’un dosimĂštre. “L’armĂ©e ne me l’a jamais rĂ©clamĂ©  !”, s’esclaffe-t-il, en brandissant la petite plaque en plastique, censĂ©e symboliser la rigueur du suivi mĂ©dical des services de santĂ© de l’armĂ©e française… Michel Verger est aujourd’hui vice-prĂ©sident de l’AVEN.

Pour sa part, Philippe Bignon, un ancien militaire lui aussi, recrutĂ© comme plongeur en PolynĂ©sie fin 1975, n’a jamais reçu de dosimĂštre durant son sĂ©jour sur les atolls de Mururoa et de Fangataufa. Quant Ă  son dossier mĂ©dical, ni l’armĂ©e ni le CEA n’en ont trace. Le myĂ©lome qu’il a dĂ©veloppĂ©, vingt-six ans aprĂšs son sĂ©jour en PolynĂ©sie, reste donc un mystĂšre. Faute de mieux, l’ancien plongeur a dĂ©couvert sur Internet que les causes prĂ©cises du myĂ©lome ne sont pratiquement jamais retrouvĂ©es. “On sait simplement que les radiations ionisantes peuvent favoriser la survenue du myĂ©lome.” Philippe Bignon n’accuse personne. “Mais le doute est permis”, dit-il.

“Il y a une telle accumulation de silences, de rĂ©ponses floues, de lacunes, de mensonges, qu’on ne peut pas ne pas se poser des questions – et ressentir de la colĂšre face au mutisme des autoritĂ©s”, rĂ©sume Danielle Ista, la veuve de l’ingĂ©nieur du CEA. Mme Ista a, elle aussi, rejoint les rangs de l’AVEN. CrĂ©Ă©e au dĂ©but de l’Ă©tĂ© 2001 (comme sa cousine polynĂ©sienne, Moruroa e tatou), l’association des vĂ©tĂ©rans français compte aujourd’hui prĂšs de 2  000 membres et s’est choisi comme avocat Me Jean-Paul TeissonniĂšre, connu pour avoir dĂ©fendu les victimes de l’amiante. Une dizaine de plaintes ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© dĂ©posĂ©es devant le tribunal des pensions militaires ou auprĂšs de la SĂ©curitĂ© sociale. Et ce n’est qu’un dĂ©but. D’ici la fin de l’annĂ©e, “une cinquantaine de plaintes nouvelles”, Ă©manant de “vĂ©tĂ©rans” d’AlgĂ©rie ou de PolynĂ©sie, devraient ĂȘtre dĂ©posĂ©es et “annoncĂ©es collectivement”.

Pour couronner le tout, deux membres de MĂ©decins du monde (MDM) devraient prochainement ouvrir Ă  Papeete une antenne de contrĂŽle. “Nous prendrons le temps qu’il faudra – sans doute pas moins de six mois – pour examiner les quelque 1  500 vĂ©tĂ©rans de l’association Moruroa e tatou”, annonce le docteur Michel BrugiĂšre. “Nous n’avons pas la prĂ©tention de faire une Ă©tude Ă©pidĂ©miologique, prĂ©vient-il. Simplement, nous allons tenter d’Ă©tablir une estimation, distinguant les pathologies imputables aux essais et les autres – en nous basant sur la lĂ©gislation amĂ©ricaine, qui, depuis 1988, reconnaĂźt la prĂ©somption d’origine.”

Parmi les oubliĂ©s de l’atome, certains le sont plus que d’autres. “Les risques sont plus Ă©levĂ©s pour les populations avoisinantes – y compris celles qui vivent Ă  plusieurs centaines de kilomĂštres du lieu des tirs – que pour les travailleurs des sites”, estime Florent de Vathaire, responsable de l’Ă©tude de l’Inserm de 1998. “On a dĂ©nombrĂ© dix-huit Ăźles ou atolls habitĂ©s dans un pĂ©rimĂštre de 700 kilomĂštres, dont les populations sont affectĂ©es par un risque radioactif”, avance de son cĂŽtĂ© Bruno Barrillot. Le risque  ? Il suffit de lire cette note de service que l’ancien soldat Michel Verger a prĂ©cieusement gardĂ©e dans ses archives. Ce texte, datĂ© du 4  fĂ©vrier 1960, concerne la “zone de l’Ouest saharien” oĂč ont lieu les essais et oĂč transitent, traditionnellement, les tribus nomades touarĂšgues. Parmi les missions confiĂ©es au “peloton fixe”, figurent les suivantes  : “Faire respecter le couvre-feu. (…) S’il y a lieu, rassurer la population en lui rappelant qu’elle ne risque rien  ; qu’elle doit faire confiance Ă  cette France qui ne lui a rapportĂ© que du bien  ; qu’une seule prĂ©caution est Ă  prendre pour Ă©viter les risques d’aveuglement  ; pendant tout le mois de fĂ©vrier, et de toute façon jusqu’Ă  nouvel ordre, ne pas quitter les habitations de minuit au lever du soleil  ; si, pour une raison quelconque, des personnes avaient Ă  sortir au cours de cette partie de la nuit, elles devraient avoir pour souci constant de ne pas regarder vers le sud (Tanezrouft) et plutĂŽt de conserver le visage dans la direction de l’Adrar.”

A ce jour, aucune Ă©tude n’a Ă©tĂ© faite sur les Ă©ventuelles consĂ©quences des essais nuclĂ©aires français dans le Sahara sur les populations locales et l’environnement. Quant au chercheur Florent de Vathaire (Inserm), sa nouvelle Ă©tude sur le cancer de la thyroĂŻde en PolynĂ©sie française – sans doute “la plus puissante qu’il est et qu’il sera possible de rĂ©aliser” – pourrait bien ĂȘtre stoppĂ©e net d’ici deux ou trois mois, “faute de financement”. Sur les 600 enquĂȘtes prĂ©vues, 450 ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es. Mais il manque 70  000 euros pour achever le travail. “Jusqu’Ă  prĂ©sent, toutes nos demandes ont Ă©chouĂ©, et, notamment, celles adressĂ©es Ă  l’armĂ©e sont restĂ©es lettre morte”, prĂ©cise le chercheur. En langue polynĂ©sienne, le mot “mururoa” ne signifie-t-il pas “grand secret” ou “grand silence”  ?

Catherine Simon, Le Monde du 23/10/03.

 

16 Libération jeudi 24 janvier 2002 Les soldats français irradiés «proprement»
PARIS, 23 jan (AFP) Essais nuclĂ©aires français : Des effets “dĂ©risoires” (rapport parlementaire)

Chirac remercie la Polynésie de sa contribution au nucléaire

Voir: “Dans le secret du Paradis“, 60 mn en Realvideo 33Kb
Ce film réalisé par les journalistes Jacques Cotta et Pascal Martin met en avant les conséquences sur la personne des explosions nucléaires menées par les autorités françaises au Sahara (Regane et In Eker) et en Polynésie (Moruroa et Fangataufa). Une période qui court du 13 février 1960 au 27 janvier 1996 et couvre 210 essais nucléaires, aériens ou souterrains.

TAHITI (27 juillet 2003) – Sept ans aprĂšs l’arrĂȘt des essais nuclĂ©aires Ă  Mururoa et Fangataufa, qui continuent de susciter la controverse dans le Pacifique Sud, Jacques Chirac a exprimĂ© samedi la reconnaissance de la France Ă  la PolynĂ©sie française, affirmant que la RĂ©publique “n’oubliera jamais”.

“La PolynĂ©sie française a participĂ© de maniĂšre dĂ©terminante Ă  la DĂ©fense nationale et Ă  la SĂ©curitĂ© extĂ©rieure de la France, qui ne l’oubliera jamais”, a dĂ©clarĂ© le chef de l’Etat lors d’un discours au siĂšge du gouvernement de PolynĂ©sie française.

“A partir de 1960, comme l’avait voulu le gĂ©nĂ©ral de Gaulle et jusqu’en 1996, le centre d’expĂ©rimentation du Pacifique a permis Ă  notre pays de prĂ©server sa souverainetĂ© et son indĂ©pendance dans un monde de plus en plus dangereux”, a-t-il poursuivi, sans Ă©voquer explicitement les essais controversĂ©s de 1995 et 1996.

“Sans la PolynĂ©sie, la France ne serait pas la grande puissance qu’elle est aujourd’hui, capable d’exprimer, dans le concert des nations, une position autonome, indĂ©pendante et respectĂ©e”. “La RĂ©publique ne l’oublie pas. C’est pourquoi j’ai souhaitĂ© la pĂ©rennisation du Fonds de reconversion de l’Ă©conomie polynĂ©sienne, mis en place Ă  la suite de l’arrĂȘt des essais nuclĂ©aires”, a-t-il ajoutĂ©.

La reprise des essais aĂ©riens sur les atolls de Mururoa et Fangataufa (archipel des Gambier), dĂ©cidĂ©e par Jacques Chirac aprĂšs son Ă©lection en mai 1995, avait entraĂźnĂ© de violentes manifestations en PolynĂ©sie et une levĂ©e de boucliers mondiale, notamment dans les pays voisins du Pacifique Sud, Australie et Nouvelle-ZĂ©lande en tĂȘte.

La France a procédé à 193 essais nucléaires en Polynésie entre juillet 1966 et janvier 1996.

Dans une interview publiĂ©e vendredi dans Les Nouvelles de Tahiti, Jacques Chirac assure que les essais n’auront pas “d’effet sur la santĂ©, Ă  court terme comme Ă  long terme”, ce que contestent d’anciens salariĂ©s polynĂ©siens du Cep, qui se disent victimes de maladies – des cancers en majoritĂ© – liĂ©es Ă  la contamination radioactive.

Une association, Moruroa e Tatou (Mururoa et nous), crĂ©Ă©e en juillet 2001 Ă  Papeete, milite pour le droit Ă  l’indemnisation des anciens salariĂ©s malades ou des familles des salariĂ©s dĂ©cĂ©dĂ©s, s’inspirant de la loi d’indemnisation des vĂ©tĂ©rans exposĂ©s aux radiations votĂ©e en avril 1988 aux Etats-Unis.

MANIFESTATION A PAPEETE

Quelque 200 membres de l’association, qui regroupe au total 1.478 adhĂ©rents dont les familles de 71 salariĂ©s dĂ©cĂ©dĂ©s, ont manifestĂ© samedi matin Ă  Papeete en marge de la visite de Jacques Chirac, brandissant une banderole sur laquelle on pouvait lire: “VĂ©ritĂ© et justice pour les victimes de Mururoa”. Une dĂ©lĂ©gation de Moruroa e tatou sera reçue lundi matin Ă  Papeete par un conseiller de Jacques Chirac.

“Je suis d’accord pour les pirogues, les danses, mais un peu de respect pour les anciens travailleurs du centre”, a dĂ©clarĂ© Ă  des journalistes John Taroanui Doom, coordinateur de l’association.

Un millier de personnes ont par ailleurs manifestĂ© Ă  Papeete Ă  l’appel du Tavini Huiraatira (Etre au service du peuple), parti de l’indĂ©pendantiste Oscar Temaru, qui a expliquĂ© vouloir protester contre “le Chirac des essais nuclĂ©aires de 1995”.

Oscar Temaru, adversaire de longue date de Gaston Flosse, avait boycottĂ© vendredi la cĂ©rĂ©monie d’accueil du chef de l’Etat.

Sur les quelque 50.000 salariĂ©s du Cep, 4.700 Ă©taient polynĂ©siens. Selon Bruno Barillot, chercheur au Centre de documentation et de recherche sur la guerre et les conflits, Ă  Lyon, on observe un taux de cancers anormalement Ă©levĂ© au sein des salariĂ©s, ainsi que des problĂšmes de stĂ©rilitĂ©. Le chercheur, qui travaille avec l’association, Ă©tait prĂ©sent samedi Ă  la manifestation.

Faute de donnĂ©es prĂ©cises sur l’impact sanitaire des essais, l’association a demandĂ© Ă  MĂ©decins du Monde une Ă©valuation des cas “suspects”. Un mĂ©decin est attendu en octobre Ă  Tahiti, oĂč il restera un an pour procĂ©der Ă  des examens.

Jacques Chirac affirme dans Les Nouvelles de Tahiti que l’Ă©tude rĂ©alisĂ©e aprĂšs la fin des essais par l’Agence internationale de l’Ă©nergie atomique (AIEA) dĂ©montre qu”il n’y aura pas d’effet sur la santĂ©, Ă  court terme, comme Ă  long terme”, qu”il n’y a pas d’effets Ă  craindre sur le biotope”. “Aucune surveillance radiologique et gĂ©omĂ©canique des atolls Ă  des fins de protection radiologique n’a Ă©tĂ© jugĂ©e utile”, indique-il.

Seule concession, le chef de l’Etat prĂ©cise que le dossier de Mururoa et Fangataufa fera l’objet d’un “suivi interministĂ©riel”, l’une des revendications de Moruroa e tatou.

Selon une étude réalisée en février 1999 par le laboratoire indépendant de la Crii-Rad, les 193 essais ont bien provoqué une contamination radioactive. Ils ont enregistré à Mururoa 13.729 térabecquerels, soit 371 fois plus que le seuil réglementaire (94 fois plus à Fangataufa).

InterrogĂ© Ă  ce sujet, le prĂ©sident du gouvernement de PolynĂ©sie française Gaston Flosse, un proche de Jacques Chirac, a dĂ©noncĂ© vendredi les “affabulations” de Moruroa e tatou. “Je me suis baignĂ© dans le lagon onze fois aprĂšs les essais. Regardez-moi, j’ai 72 ans, est-ce que j’ai l’air de quelqu’un atteint de contamination radioactive?”. “S’il y avait eu le moindre soupçon, j’aurais Ă©tĂ© le premier Ă  demander l’arrĂȘt des essais”, a-t-il dit Ă  des journalistes.

Gaston Flosse a remerciĂ© samedi l’Etat pour ses “mesures gĂ©nĂ©reuses” aprĂšs l’arrĂȘt des essais nuclĂ©aires.

La France a mis en place en 1996 le Fonds de reconversion Ă©conomique pour la PolynĂ©sie (Frep). Cette aide financiĂšre, qui reprĂ©sente prĂšs de 151 millions d’euros par an, a Ă©tĂ© pĂ©rennisĂ©e en 2002 et transformĂ©e en dotation globale illimitĂ©e au dĂ©veloppement Ă©conomique (DGDE).

 

 

17 Polynésie: les vétérans du nucléaire manifesteront pendant la visite de Jacques Chirac

PAPEETE (6 juillet 2003) – Moruroa e Tatou, association des anciens travailleurs des sites nuclĂ©aires français dans le Pacifique, organisera un rassemblement Ă  Papeete pendant la visite de Jacques Chirac en PolynĂ©sie française, fin juillet.

“Nous manifesterons le lendemain de son arrivĂ©e, samedi 26 juillet. Cela dĂ©butera par un rassemblement et il y aura peut-ĂȘtre une marche”, a dĂ©clarĂ© Ă  l’Associated Press Roland Oldham, prĂ©sident de Moruroa e Tatou, Ă  l’issue de l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de l’association, samedi Ă  Arue (Tahiti).

“Les militants ont dĂ©cidĂ© qu’il fallait agir; ne pas agir serait de la complicitĂ©”, a-t-il ajoutĂ©.

Jacques Chirac est attendu en PolynĂ©sie française du 25 au 28 juillet, mais son dĂ©placement dans le territoire du Pacifique-Sud n’a pas encore Ă©tĂ© confirmĂ© officiellement.

Moruroa e Tatou a transmis le mois dernier au reprĂ©sentant de l’Etat en PolynĂ©sie française, le haut-commissaire Michel Mathieu, une demande de rendez-vous avec Jacques Chirac lors de sa visite.

“Nous n’avons pas encore eu de rĂ©ponse”, a assurĂ© samedi Roland Oldham. Moruroa e Tatou souhaite, Ă  l’instar de l’association mĂ©tropolitaine des vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires (AVEN), que soient reconnues les consĂ©quences sanitaires des expĂ©rimentations atomiques militaires et qu’un cadre lĂ©gislatif soit mis en place au profit des vĂ©tĂ©rans malades.

“Comme ce qui s’est passĂ© pour l’amiante, nous souhaitons que l’Etat soit obligĂ© de crĂ©er un fonds d’indemnisation des victimes”, prĂ©cise Bruno Barrillot, chercheur au Centre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits.

L’association, qui revendique 1.500 adhĂ©rents, va mobiliser pour son rassemblement Ă  Papeete non seulement ses troupes, mais demande “le soutien de la population, car ce problĂšme concerne l’ensemble de la PolynĂ©sie française”, rappelle Roland Oldham. Le prĂ©sident de Moruroa e Tatou dĂ©nonce au passage le “mutisme” du gouvernement territorial sur la question des vĂ©tĂ©rans. “Le prĂ©sident du gouvernement du territoire, Gaston Flosse (sĂ©nateur UMP), ne veut toujours pas nous rencontrer, malgrĂ© plusieurs courriers”, regrette M. Oldham.

La France a procĂ©dĂ© Ă  193 essais nuclĂ©aires, dont 41 aĂ©riens, sur les atolls polynĂ©siens de Moruroa (orthographiĂ©e Ă  tort Mururoa) et Fangataufa, de 1966 Ă  1996. AprĂšs son Ă©lection en 1995, Jacques Chirac avait dĂ©cidĂ© d’une ultime campagne d’essais en PolynĂ©sie française, aprĂšs leur suspension en 1992 par François Mitterrand.

 

18 Les vétérans des essais nucléaires cherchent à coordonner leurs actions en justice

AIFFRES (Deux-SĂšvres), 6 avr 03 – Anciens appelĂ©s du contingent, militaires de carriĂšre ou civils, irradiĂ©s Ă  la suite d’essais nuclĂ©aires, ils Ă©taient rĂ©unis samedi et dimanche prĂšs de Niort, Ă  la recherche d’actions coordonnĂ©es de recours contre l’Etat.

Trois succĂšs judiciaires individuels rĂ©cents ont mis du baume au coeur des 600 membres de la rĂ©cente Association des vĂ©tĂ©rans du nuclĂ©aire (AVEN), crĂ©Ă©e en 2001. Le tiers des membres participait Ă  Aiffres, prĂšs de Niort, Ă  la troisiĂšme assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale aprĂšs celles de Lyon et d’Angers.

A l’avenir, “la coordination des actions est essentielle et il faut commencer par les cas qui sont sĂ»rs d’ĂȘtre gagnĂ©s afin de crĂ©er une jurisprudence pour les autres cas plus difficiles”, a estimĂ© Me Jean-Paul TeissonniĂšre, du barreau de Paris, qui a dĂ©fendu avec succĂšs les victimes de l’amiante.

“En 1995, quand nous avons dĂ©butĂ© pour l’amiante, c’Ă©tait la mĂȘme situation, dĂ©ni des maladies, de leurs consĂ©quences et maintenant nous traitons plus de 3.000 dossiers et nous en avons dĂ©jĂ  gagnĂ© 1.000”, a-t-il indiquĂ©.

Beaucoup de vĂ©tĂ©rans ont les plus grandes difficultĂ©s Ă  obtenir de l’armĂ©e leur dossier mĂ©dical et parfois Ă  faire reconnaĂźtre qu’ils Ă©taient bien prĂ©sents lors des essais.

Ainsi Lucien Parfait, retraitĂ© maçon ardĂ©chois, l’oeil gauche retirĂ© Ă  la suite d’un cancer cutanĂ© et osseux Ă  la face. Il Ă©tait au “point zĂ©ro” lors du fameux tir mal dirigĂ© du 1er mai 1962, Ă  In Eker, dans le Sahara algĂ©rien.

“AppelĂ© au 11e rĂ©giment du GĂ©nie, j’ai creusĂ© la galerie pour le tir dans la montagne, j’ai posĂ© les portes blindĂ©es et j’ai des photos de notre campement mais rien n’est mentionnĂ© dans mon dossier militaire et mes trois demandes de pension ont Ă©tĂ© rejetĂ©es”, affirme-t-il avec vĂ©hĂ©mence.

“Quatre jours aprĂšs, l’armĂ©e nous a renvoyĂ©s sur les lieux comme si rien ne s’Ă©tait passĂ©”, soutient-il, rappelant que ses cancers lui ont valu 27 opĂ©rations et 6.400 points de suture.

D’autres cas flagrants ont Ă©tĂ© Ă©voquĂ©s comme ces appelĂ©s dits du “groupe des 9” qui affirment avoir Ă©tĂ©, en 1962, “abandonnĂ©s Ă  leur sort” par la hiĂ©rarchie militaire, Ă  10 km du “point zĂ©ro”.

Tous les vĂ©tĂ©rans Ă©voquent le manque de mesures de prĂ©caution. “Sur la base d’Hao, en PolynĂ©sie française, je dĂ©chargeais des caisses et des vĂ©hicules contaminĂ©s venant de Mururoa (lieu des essais, ndlr) en shorts et mains nues”, raconte Pierre Philippe, 55 ans, de VitrĂ© (Orne) qui a de gros problĂšmes dermatologiques.

Les maladies sont multiples chez les membres de l’AVEN. “80% ont des problĂšmes de santĂ©, et 34% ont des cancers alors que la moyenne en France est de 17%”, relĂšve Bruno Barrillot, un chercheur de Lyon, Ă  l’origine de l’AVEN. “21 cas de cancers liĂ©s aux essais ont Ă©tĂ© recensĂ©s aux Etats-Unis”, assure-t-il.

Les nouvelles gĂ©nĂ©rations peuvent ĂȘtre atteintes. “En 1971, notre premier enfant avait un pied mal formĂ© et n’a vĂ©cu que deux heures, et deux camarades de rĂ©giment ont connu le mĂȘme cas”, raconte M. Philippe.

Pour obtenir rĂ©paration du prĂ©judice, Me TeissonniĂšre suggĂšre de privilĂ©gier les commissions dĂ©partementales d’indemnisation des victimes. Les succĂšs rĂ©cents ont Ă©tĂ© obtenus auprĂšs des tribunaux des pensions militaires de ChambĂ©ry, Toulon et de la cour administrative de Bordeaux.

L’AVEN a des difficultĂ©s Ă  se faire entendre auprĂšs des politiques, hormis les Verts et les communistes qui ont dĂ©posĂ© deux propositions de loi. Elle entend agir en solidaritĂ© avec la PolynĂ©sie et l’AlgĂ©rie oĂč deux associations ont vu le jour.

 

19 L’Etat condamnĂ© pour l’irradiation d’un appelĂ© en 1962 lors un essai nuclĂ©aire

24/03/03 – La cour administrative d’appel de Bordeaux a dĂ©clarĂ© l’Etat français “responsable” de l’irradiation d’un ancien appelĂ© lors d’un essai nuclĂ©aire menĂ© en 1962 dans le Sud algĂ©rien, ouvrant ainsi la voie Ă  son indemnisation, selon un arrĂȘt rendu public lundi.

Alain Duterde, qui effectuait Ă  l’Ă©poque son service militaire comme chauffeur du ministre des ArmĂ©es Pierre Messmer au sein du 621e groupe d’armes spĂ©ciales basĂ© dans le Sahara algĂ©rien, a “Ă©tĂ© victime le 1er mai 1962 d’irradiations radioactives lors de l’essai par l’armĂ©e d’une bombe atomique de forte puissance sur la montagne de Talafela”, rappelle la cour dans son arrĂȘt datĂ© du 18 mars.

L’avoir laissĂ© “assister Ă  l’essai nuclĂ©aire (…) Ă  l’extĂ©rieur de l’abri anti-atomique existant, puis participer Ă  plusieurs reprises sans protection particuliĂšre au prĂ©lĂšvement d’Ă©chantillons dans la zone contaminĂ©e dans les semaines ayant suivi l’explosion, constitue une faute lourde de l’Etat”, selon la cour.

Victime depuis les annĂ©es 80 de nombreuses sĂ©quelles de son irradiation, l’ancien appelĂ© ĂągĂ© aujourd’hui d’une soixantaine d’annĂ©es a rĂ©clamĂ© des indemnitĂ©s que lui avaient refusĂ©es le tribunal administratif de Pau, le 2 mai 2000, au motif qu’il percevait dĂ©jĂ  une pension militaire d’invaliditĂ©.

L’avocat du plaignant, Me Jean-Philippe Labes a soulignĂ© que c’Ă©tait la premiĂšre fois que l’Etat français Ă©tait condamnĂ© pour les consĂ©quences de ses essais nuclĂ©aires, ouvrant ainsi la voie pour d’autres dossiers en cours. Il a cependant jugĂ© probable que le Conseil d’Etat soit saisi d’un recours en cassation.

La cour va faire procĂ©der Ă  une expertise mĂ©dicale pour Ă©valuer le prĂ©judice global de l’ancien appelĂ© qui rĂ©clame 500.000 francs (plus de 76.000 euros) au titre de dommage et intĂ©rĂȘts.

 

20 in : LE TELEGRAMME DE BREST 17/11/2002

Essais nucléaires: les vétérans accusent

2 00 vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires français, essentiellement des FinistĂ©riens et des Costarmoricains se sont rĂ©unis hier Ă  La Martyre, prĂšs de Landerneau pour s’informer et tĂ©moigner.

200 vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires se sont retrouvĂ©s hier Ă  la Martyre en prĂ©sence de l’amiral Antoine Sanguinetti. Ce dernier a dĂ©gagĂ© toute responsabilitĂ© de l’armĂ©e et dirigĂ© les accusations vers les gouvernements successifs.

Ils exigent que l ‘ Etat reconnaisse officiellement le lien entre leur prĂ©sence sur les sites d ‘ expĂ©rimentation et la dĂ©gradation de leur Ă©tat de santĂ©. « Nous estimons Ă  82.000 le nombre de personnes concernĂ©es par notre dĂ©marche (210 essais nuclĂ©aires ont Ă©tĂ© effectuĂ©s par la France entre 1960 et 1996 au Sahara et en PolynĂ©sie) », expliquait hier Jacques Melon, dĂ©lĂ©guĂ© finistĂ©rien de l’association des vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires (Aven).

« Manque criant »

En prĂ©sence de l ‘ amiral Antoine Sanguinetti , ancien commandant du ClĂ©menceau, et de la veuve du gĂ©nĂ©ral Jacques de BollardiĂšre, les membres de l’ Aven ont dĂ©noncĂ© le « manque criant » selon eux de prĂ©cautions prises lors des expĂ©rimentations nuclĂ©aires menĂ©es par la France entre 1960 et 1996 au Sahara et en PolynĂ©sie.
Antoine Sanguinetti, qui a assistĂ© Ă  quatre explosions au Sahara, a saluĂ© la dĂ©marche des vĂ©tĂ©rans, en estimant que « ce qui est important, c ‘ est que pour la premiĂšre fois des gens qui ont Ă©tĂ© mĂȘlĂ©s Ă  ces questions d ‘ irradiation parlent ». De son cĂŽtĂ©, Simone de BollardiĂšre, qui milite en faveur de la vĂ©ritĂ© sur les explosions nuclĂ©aires, a rappelĂ© l’ action conduite par son mari, notamment en 1973, contre les essais nuclĂ©aires, pour laquelle il avait Ă©tĂ© sanctionnĂ©.
Entre la premiĂšre explosion « Gerboise bleue » au Sahara le 13 fĂ©vrier 1960, et la derniĂšre, le 27 janvier 1996 sur l’atoll de Fangataufa (PolynĂ©sie), la France a procĂ©dĂ©, selon les chiffres officiels, Ă  210 essais nuclĂ©aires, d’abord atmosphĂ©riques puis souterrains .

« Un tissu de mensonges »

« Le voile se lĂšve sur un tissu de mensonges » : le QuimpĂ©rois, Jacques Melon est le dĂ©lĂ©guĂ© finistĂ©rien de l’Association des vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires (Aven). OpĂ©rĂ© d’un cancer de la prostate Ă  50 ans (il en a aujourd’hui 52), il est persuadĂ© que sa maladie est liĂ©e Ă  des problĂšmes d’irradiation. Comme d’autres, il tĂ©moigne.

La Bretagne est l’une des rĂ©gions les plus touchĂ©es en raison de la prĂ©sence de la Marine nationale. « Le ministĂšre de la DĂ©fense ayant refusĂ© de nous communiquer la liste des gens qui Ă©taient sur site, nous lançons des appels Ă  tĂ©moins pour Ă©tablir des statistiques », explique Jacques Melon.

Actions juridiques

Si les politiques continuent Ă  faire la sourde oreille, Aven aura recours Ă  la voie juridique. « Nous jetterons les bases de notre stratĂ©gie lors de notre assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale en juin 2003 ». DĂ©cĂšs prĂ©maturĂ©s, pathologies cancĂ©reuses, « nous entendons prouver de façon irrĂ©futable la relation de cause Ă  effet entre la prĂ©sence des vĂ©tĂ©rans sur les sites d’expĂ©rimentations nuclĂ©aires et leur Ă©tat de santĂ© actuel », confie Jacques Melon. Lui, Ă©tait appelĂ© en 1970. Il travaillait au laboratoire de radiologie de l’hĂŽpital de Papeete oĂč il effectuait des mesures de radioactivitĂ© du corps humain.

« Vie foutue en l’air »

« Jusqu’en avril 1971, j’ai uvrĂ© Ă  cĂŽtĂ© de sources de cĂ©sium 137, les mĂȘmes qu’Ă  Tchernobyl. Durant 15 ans, j’ai connu les mĂȘmes angoisses que les malades ukrainiens, c’est ce qui m’a ouvert les yeux. Ma vie professionnelle et familiale a Ă©tĂ© foutue en l’air ». Jacques Melon n’a assistĂ© Ă  aucun tir. « Mais, j’ai fait de la plongĂ©e sous-marine dans le lagon. Parmi la population polynĂ©sienne, on dĂ©nombre d’Ă©normes pathologies liĂ©es aux poissons infectĂ©s dont les autochtones sont friands. Mais, tout le monde nie l’Ă©vidence ».
Plus tard, Ă  50 ans, Jacques Melon a Ă©tĂ© opĂ©rĂ© d’un cancer de la prostate. « Le cancĂ©rologue qui m’a opĂ©rĂ© Ă  Lyon m’a parlĂ© de cause gĂ©nĂ©tique. Mon gĂ©nĂ©raliste est persuadĂ© qu’il est liĂ© Ă  des problĂšmes d’irradiation ». Jacques Melon a entamĂ© une dĂ©marche individuelle. Mais, il est convaincu que c’est un collectif qui triomphera.

Travail de mémoire et secret défense

C’est aussi le sentiment de l’historienne toulousaine, Christine Chanton, fille d’un vĂ©tĂ©ran du Sahara. Aujourd’hui, son pĂšre souffre d’un cancer de la peau. Alors, elle a choisi de collecter les tĂ©moignages oraux. Elle a fait son mĂ©moire de maĂźtrise sur la pĂ©riode qui couvre les annĂ©es 60 Ă  70 au Sahara. Actuellement, elle planche sur la PolynĂ©sie. « AprĂšs avoir rencontrĂ© deux vĂ©tĂ©rans, je sais, par exemple, que les relevĂ©s dosimĂ©triques effectuĂ©s sur eux ont Ă©tĂ© falsifiĂ©s ». Pour les plus anciens, les archives seront ouvertes en 2020, soixante ans aprĂšs la levĂ©e du secret dĂ©fense.

CrĂ©Ă©e en juin 2001 Ă  Lyon, l’Aven s’organise en rĂ©seau national, rĂ©gional et dĂ©partemental.

Contact FinistĂšre : Jacques Melon,
7 rue de l’Hippodrome Ă  Quimper. Tel 02.98.90.31.82
E-mail : jacquesmelon@hotmail.com

 

21  Dominique Le Bian-Rivier

Réunion des vétérans des essais nucléaires samedi à Brest

BREST, 13 nov 02 – L’Association des vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires (AVEN) organise samedi Ă  Brest une rĂ©union d’information sur les consĂ©quences sanitaires “catastrophiques” des expĂ©rimentations nuclĂ©aires menĂ©es par la France entre 1960 et 1996, a-t-on appris mercredi dans un communiquĂ©.

Un appel Ă  tĂ©moins sera lancĂ© Ă  cette occasion afin de recueillir un maximum de tĂ©moignages de victimes ou de leurs ayant-droit, le ministĂšre de la DĂ©fense refusant, selon l’AVEN, de fournir la liste des personnes prĂ©sentes Ă  l’Ă©poque sur les sites d’expĂ©rimentation.

Entre la premiĂšre explosion, “Gerboise bleue” au Sahara le 13 fĂ©vrier 1960, et la derniĂšre, le 27 janvier 1996 sur l’atoll de Fangataufa (PolynĂ©sie), la France a procĂ©dĂ©, selon les chiffres officiels, Ă  210 essais nuclĂ©aires, d’abord atmosphĂ©riques puis souterrains.

“Nous estimons Ă  environ 82.000 le nombre de personnes concernĂ©es par notre dĂ©marche. La Bretagne est l’une des rĂ©gions les plus touchĂ©es en raison de la prĂ©sence de la Marine nationale lors des essais”, a commentĂ© un responsable breton, Jacques Melon, atteint d’un cancer.

L’Association des vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires qui a dĂ©passĂ© le cap des 1.000 adhĂ©rents, a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e en juin 2001 afin de contraindre le gouvernement Ă  reconnaĂźtre ses responsabilitĂ©s et faire la vĂ©ritĂ© sur “l’origine des maladies de nombre d’entre eux, et qui est Ă  trouver dans le manque de prĂ©cautions Ă©lĂ©mentaires prises pour leur protection lors des essais”.

L’AVEN entend prouver de “façon irrĂ©futable” la relation de cause Ă  effet entre la prĂ©sence des vĂ©tĂ©rans sur les sites d’expĂ©rimentations nuclĂ©aires (Sahara et PolynĂ©sie) et leur Ă©tat de santĂ© actuel.

“De nombreux dĂ©cĂšs prĂ©maturĂ©s ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s ainsi que de nombreuses pathologies cancĂ©reuses et autres y compris sur les descendants”, a ajoutĂ© M. Melon.

 

22 in : LE PARISIEN 13/09/2002
Polémique sur le nucléaire

Le douloureux combat d’une veuve

BERNARD Ă©tait ingĂ©nieur au CEA (Commissariat Ă  l’Ă©nergie atomique) de BruyĂšres-le-ChĂątel. En 1998, Ă  67 ans, il est dĂ©cĂ©dĂ© des suites d’une trĂšs longue maladie. Un cancer rare, de la cave du nez, qui s’est propagĂ© aux poumons. Aujourd’hui, sa femme voudrait savoir pourquoi le CEA n’a jamais voulu lui transmettre le dossier mĂ©dical complet de son mari, qui a pourtant participĂ© aux essais nuclĂ©aires français rĂ©alisĂ©s dans le Sahara et dans le Pacifique. Ce soir, Danielle tĂ©moigne dans un reportage diffusĂ© sur France 2 (*) et consacrĂ© aux Ă©ventuelles consĂ©quences des explosions nuclĂ©aires menĂ©es par les autoritĂ©s françaises. Danielle habite dĂ©sormais Breuillet. Elle a rejoint les rangs de l’Association des vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires français, crĂ©Ă©e voilĂ  un an pour « rĂ©clamer la transparence sur ce qui s’est vraiment passĂ© ». A 62 ans, elle se souvient avec nostalgie de « ces belles annĂ©es » passĂ©es Ă  Papeete (Tahiti), de 1966 Ă  1972. « J’Ă©tais jeune, avec trois enfants, vivant sur une Ăźle superbe avec des habitants trĂšs chaleureux. » LĂ -bas, « les travailleurs du nuclĂ©aire » Ă©taient confiants, convaincus qu’ils ne risquaient rien. « Mon mari Ă©tait trĂšs bien suivi mĂ©dicalement, avec toutes sortes d’examens poussĂ©s rĂ©alisĂ©s rĂ©guliĂšrement. Et puis le nuclĂ©aire ne fait pas peur car il ne se voit pas, ne se touche pas, et ne se sent pas ! » Danielle non plus ne se posait pas de questions. De toute façon, elle ne savait presque rien des activitĂ©s exactes de son mari. « La loi du silence faisait partie du contrat, raconte-t-elle. Mon mari s’est lancĂ© avec enthousiasme dans l’aventure du nuclĂ©aire menĂ©e par le gĂ©nĂ©ral de Gaulle. Il Ă©tait fier de travailler pour la grandeur de la France, alors il respectait le secret dĂ©fense. »

Les premiers doutes sont finalement nĂ©s avec la maladie. En 1991, alors qu’il devait partir pour une nouvelle mission en PolynĂ©sie, Bernard dĂ©couvre qu’il est atteint d’un cancer. « Il Ă©tait enrhumĂ© depuis des mois, se rappelle Danielle. En fait, c’Ă©tait une tumeur trĂšs rare en France. Je n’accuse personne, mais je veux juste que l’on dĂ©termine les dangers exacts du nuclĂ©aire pour prĂ©server les gĂ©nĂ©rations futures. Ça ne changera plus rien Ă  la douleur de ma famille. » Bernard vivra sept ans avec la maladie. Sept longues annĂ©es pendant lesquelles ses enfants vont chercher Ă  comprendre. « Ma plus jeune fille l’a harcelĂ© pour savoir quelles Ă©taient prĂ©cisĂ©ment ses missions. Et puis mon mari en a parlĂ© Ă  ses collĂšgues, dont certains Ă©taient aussi malades. AprĂšs sa mort, j’ai demandĂ© son dossier mĂ©dical. On m’a envoyĂ© un rĂ©sumĂ© oĂč ne figurent mĂȘme pas les mesures de radiomĂ©trie. » Danielle se bat dĂ©sormais pour que la lumiĂšre soit faite. « Je suis en colĂšre contre certains agents du CEA qui nous mĂ©prisent », tempĂȘte-t-elle. Elle dĂ©nonce ainsi « cette espĂšce de certitude dans laquelle sont installĂ©es les scientifiques qui jouent les apprentis sorciers en permanence, sans savoir oĂč ils nous mĂšnent. La France est le seul pays oĂč les douaniers ont pu stopper le nuage de Tchernobyl ! »

*« Dans le secret du paradis », de Jacques Cotta et Pascal Martin, en deuxiÚme partie de soirée, ce soir sur France 2.

 

 23 in : LA DEPECHE DU MIDI 13/09/2002
Jacques Muller, de Montbeton, témoigne vendredi soir sur France 2

« Dans le secret du Paradis » et combien de misÚres ?

A ne pas manquer vendredi sur France 2, à 23 h 50, la diffusion du documentaire « Dans le secret du Paradis ». Ce film réalisé par les journalistes Jacques Cotta et Pascal Martin met en avant les conséquences sur la personne des explosions nucléaires menées par les autorités françaises au Sahara (Regane et In Eker) et en Polynésie (Moruroa et Fangataufa). Une période qui court du 13 février 1960 au 27 janvier 1996 et couvre 210 essais nucléaires, aériens ou souterrains.

Ces tirs pour mettre au point la bombe atomique ont marquĂ© Ă  jamais les populations, acteurs ou spectateurs des explosions. Les dommages n’apparaissent que des dĂ©cennies plus tard, atteignant l’ĂȘtre humain dans sa chair. De nombreux vĂ©tĂ©rans constituĂ©s en association le 9 juin 2001 (1) ont Ă©tĂ© tĂ©moins et malheureusement victimes. « Certains ont travaillĂ© en zone contaminĂ©e, parfois sans les plus Ă©lĂ©mentaires prĂ©cautions, rapportent-ils lors de leur confĂ©rence au SĂ©nat le 19 janvier 2002. Plusieurs ont ajourd’hui des problĂšmes de santĂ©; certains sont dĂ©cĂ©dĂ©s prĂ©maturĂ©ment. »

Eux-mĂȘmes ou leurs familles se heurtent Ă  une fin de non-recevoir de la part des autoritĂ©s militaires qui rĂ©pĂ©tent contre toute Ă©vidence que les essais ont Ă©tĂ© effectuĂ©s selon les conditions de sĂ©curitĂ©, tant pour les personnels civils et militaires que pour l’environnement. Plusieurs vĂ©tĂ©rans ont entamĂ© des procĂ©dures judiciaires pour faire reconnaĂźtre leur droit Ă  pension et indemnisation. Longtemps les tribunaux se sont alignĂ©s sur le point de vue des autoritĂ©s militaires, mais rĂ©cemment certains tribunaux (la Cour des pensions militaires de ChambĂ©ry, par exemple) donnent raison aux vĂ©tĂ©rans en refusant d’admettre que le « secret militaire » puisse couvrir tous les risques sanitaires auxquels les vĂ©tĂ©rans ont Ă©tĂ© exposĂ©s.

MAI 1962 A IN-AMGUEL

Parmi eux, Jacques Muller de Montbeton, ancien mĂ©canicien pilote de l’aviation lĂ©gĂšre de l’ArmĂ©e de terre. Une profession qu’il a exercĂ©e durant trente-trois ans, la dĂ©couverte en juin 1985 d’une cataracte complĂ©te Ă  l’oeil gauche et partielle Ă  l’oeil droit entraĂźnant sa mise Ă  la retraite, sans suivi mĂ©dical. « Pourtant en 1973, lors d’un contrĂŽle du personnel navigant, un problĂšme rĂ©tinien avait Ă©tĂ© dĂ©celĂ©. Cette anomalie ne m’a pas Ă©tĂ© communiquĂ©e… » Jacques Muller Ă©tait prĂ©sent le 1er mai 1962 Ă  In-Amguel au Sahara algĂ©rien lors du deuxiĂšme essai nuclĂ©aire souterrain dĂ©nommĂ© « BĂ©ryl ». Il raconte: « La montagne s’est couverte de blanc, le sol ondulait. C’Ă©tait beau, mais brusquement, ce fut la panique. On a rĂ©alisĂ© que le nuage nuclĂ©aire Ă©tait sorti de la montagne! Officiels, civils, curieux, tout le monde se sauvait vers la base-vie… »

L’aggravation de l’Ă©tat de Jacques Muller justifiĂ©e par un dĂ©collement bi-latĂ©ral de la rĂ©tine en juillet 1987 l’amenait Ă  faire une demande de pension d’invaliditĂ© auprĂšs du ministĂšre des Anciens combattants. Un taux de 86 % Ă©tait retenu par la commission de rĂ©forme mais finalement rejetĂ© au motif de « non imputable au service ».

Aujourd’hui, le dossier est devant le Conseil d’Etat. La santĂ© de Jacques Muller continue de se dĂ©grader avec la dĂ©couverte d’un cancer en juin 2002…

Martine CASSAN.

(1) Vétérans des essais nucléaires français, 187, Montée de Choulans, 69.005 Lyon. Tel: 04.78.36.93.03. Internet : www.obsarm.org

24
CommuniquĂ© de l’Observatoire des armes nuclĂ©aires françaises 05/09/02

Un reportage accusateur

Vendredi 13 septembre 2002, StĂ©phane Paoli prĂ©sentera sur France 2 (Contre courant Ă  23 h 45) une enquĂȘte rĂ©alisĂ©e par Jacques Cotta et Pascal Martin intitulĂ©e « Dans le secret du paradis ».

Ce reportage de plus d’une heure prĂ©sente la lutte des PolynĂ©siens employĂ©s Ă  Moruroa et des vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires qui, depuis des annĂ©es, tentent de faire reconnaĂźtre leurs droits et rĂ©clament l’ouverture de leurs dossiers mĂ©dicaux. En vain, jusqu’Ă  prĂ©sent.

Ce reportage est d’autant plus poignant que, depuis le tournage, des deux premiers vĂ©tĂ©rans interrogĂ©s, l’un, M. Jacques Muller, dĂ©jĂ  aveugle Ă  90 %, est depuis quelques semaines traitĂ© pour un cancer et l’autre, M. Robert Audinet est dĂ©cĂ©dĂ© dĂ©but juillet 2002 « des suites d’une longue maladie ».

D’autres tĂ©moignages viennent renforcer l’inquiĂ©tude des PolynĂ©siens sur la situation sanitaire actuelle des petites populations des atolls et Ăźles proches de Moruroa. Plusieurs vĂ©tĂ©rans rĂ©vĂšlent qu’un imprĂ©vu mĂ©tĂ©orologique a prĂ©cipitĂ© le nuage radioactif de l’essai atmosphĂ©rique du 12 juin 1971 sur l’atoll habitĂ© de Tureia et les “graves nĂ©gligences” des autoritĂ©s militaires qui n’ont pas pris les dispositions nĂ©cessaires pour la protection des insulaires. Comme le rappelait un habitant de Tureia invitĂ© Ă  Hiroshima, le 5 aoĂ»t dernier, 7 adultes de son atoll de moins de 200 habitants sont dĂ©cĂ©dĂ©s d’un cancer depuis 1999, « cela fait beaucoup pour une si petite population ».

Les associations Moruroa e tatou, en PolynĂ©sie, et des VĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires, ainsi que l’Observatoire des armes nuclĂ©aires renouvellent, Ă  l’occasion de la diffusion de cette enquĂȘte, leurs demandes maintes fois rĂ©itĂ©rĂ©es :

– ouverture des archives des essais nuclĂ©aires,
– accĂšs Ă  l’intĂ©gralitĂ© des dossiers mĂ©dicaux,
– adoption d’une loi sur le suivi des essais nuclĂ©aires français
– participation des associations au processus de rĂšglement des consĂ©quences des essais nuclĂ©aires.

 

25 

“Dialogue ratĂ©” entre les anciens travailleurs de Mururoa

et la ministre des DOM-TOM

PAPEETE, 25 aoĂ»t – La dĂ©lĂ©gation de l’Association Mururoa E Tatou, qui souhaitait rencontrer Brigitte Girardin, ministre des DOM-TOM, pour lui remettre le dossier des anciens travailleurs de Muroroa, a dĂ» “se contenter d’une entrevue express avec Jean-François Delage, chef de cabinet de Mme Girardin, indique, samedi Ă  Papeete, Roland Oldham, prĂ©sident de l’association.

“Nous nous rĂ©jouissions de cette occasion de dialogue”, prĂ©cise Roland Oldham, “mais c’est ratĂ©”. Le prĂ©sident de Mururoa E Tatou ajoute qu’il ne comprend pas qu’une dĂ©mocratie comme la France “traite avec autant de mĂ©pris et de dĂ©dain les PolynĂ©siens qu’elle a exposĂ©s pendant trente ans Ă  193 expĂ©riences nuclĂ©aires sans leur demander leur avis”.

De leur cĂŽtĂ©, Jean-Louis Valatx pour les VĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires français et Bruno Barillot, directeur de l’Observatoire des armes nuclĂ©aires françaises, dĂ©noncent “l’indiffĂ©rence des responsables de l’Etat français et leur absence de sens des responsabilitĂ©s dans leur refus de mettre en place -comme ailleurs- une lĂ©gislation qui Ă©tablit un lien entre les essais nuclĂ©aires et les problĂšmes de santĂ©”.

L’association Mururoa E Tatou, qui regroupe 1160 anciens travailleurs des sites nuclĂ©aires en PolynĂ©sie, souhaite l’ouverture des dossiers mĂ©dicaux de ces travailleurs “comme l’autorise la loi du 5 mars 2002 sur la communication Ă  tout particulier de son dossier mĂ©dical”. L’association note encore que le taux de cancers de la thyroĂŻde est, en PolynĂ©sie, parmi les plus Ă©levĂ©s au monde -le deuxiĂšme, en fait, aprĂšs la Nouvelle-CalĂ©donie- et que refuser d’admettre le lien entre ces cancers et les essais nuclĂ©aires, “c’est pour les autoritĂ©s, aujourd’hui comme autrefois, faire la preuve de leur incurie et de l’absence de prĂ©cautions vis-Ă -vis de tous ceux qui ont Ă©tĂ© exposĂ©s aux risques de radio-activitĂ©”.

26
Un millier d’anciens de Mururoa rĂ©clament l’ouverture de leurs dossiers mĂ©dicaux

PAPEETE, 20 aoĂ»t – RĂ©unis au sein de l’association “Mururoa E Tatou” (Mururoa et nous), 1.160 anciens travailleurs sur les sites nuclĂ©aires de Mururoa et Fangataufa, ainsi que les familles des travailleurs aujourd’hui disparus, rĂ©clament Ă  l’Etat l’ouverture de leurs dossiers mĂ©dicaux, a-t-on appris auprĂšs du prĂ©sident de l’association.

Ils rĂ©clament Ă©galement “le suivi mĂ©dical” de l’ensemble du personnel prĂ©sent sur les sites pendant trente annĂ©es d’essais nuclĂ©aires. “Non seulement ce personnel, mais aussi leurs familles”, a prĂ©cisĂ© Roland Oldham, prĂ©sident de l’association, “ainsi que toutes les populations des Ăźles, dans un rayon de 700 km autour de Mururoa”.

“Mururoa E Tatou” doit remettre le 23 aoĂ»t Ă  la ministre de l’Outre-mer, Brigitte Girardin, Ă  l’occasion de sa premiĂšre visite en PolynĂ©sie, un dossier dans lequel l’association apporte son soutien Ă  la proposition de loi dĂ©posĂ©e dĂ©but juillet par les Verts, visant Ă  Ă©tablir – comme aux Etats-Unis ou en Australie – un lien entre les essais nuclĂ©aires et des problĂšmes de santĂ©.

L’association rĂ©clame “la reconnaissance officielle” par l’Etat des consĂ©quences des essais nuclĂ©aires, ainsi que le droit aux compensations. Elle souhaite aussi que soit effectuĂ© le test radiobiologique de l’ADN de chaque ancien travailleur Ă  Mururoa et Fangataufa.

CrĂ©Ă©e il y a un an, en juillet 2001, l’association “Mururoa E Tatou” se dĂ©clare elle-mĂȘme “surprise” par le nombre et l’affluence des adhĂ©sions ainsi que par “l’ampleur, la gravitĂ© des questions” que se posent aujourd’hui les anciens travailleurs, qu’ils soient polynĂ©siens ou mĂ©tropolitains.

“Le problĂšme, explique Roland Oldham, est qu’en PolynĂ©sie, les essais nuclĂ©aires ont constituĂ© la trame d’enjeux, de luttes politiques : ĂȘtre pronuclĂ©aire, c’Ă©tait appartenir Ă  la majoritĂ©, et s’y opposer, c’Ă©tait ĂȘtre indĂ©pendantiste”. Aujourd’hui, “Mururoa E Tatou” veut donc expliquer aux PolynĂ©siens que “les maladies liĂ©es aux radiations ne sont pas politiques”.

LA VOIX DU NORD 24/07/02
Les apprentis sorciers du nucléaire

27 in : LE POINT 02/08/2002

Le secret des irradiés du Sahara

En 1960 et 1961, l’armĂ©e française a profitĂ© des essais nuclĂ©aires dans le Sahara pour organiser des manoeuvres en milieu radioactif. Les appelĂ©s cobayes n’ont jamais entendu parler d’indemnisation.

Christophe Labbé et Olivia Recasens

«Nous Ă©tions une vingtaine dans la tranchĂ©e, assis en tailleur, dos Ă  la bombe. Pendant le compte Ă  rebours, certains se sont mis Ă  pleurer. » Ce 25 avril 1961, Francis Paquez a 21 ans. Il participe en tant qu’appelĂ© du contingent au dernier essai nuclĂ©aire français Ă  Reggane, dans le Sahara algĂ©rien.

La bombe atomique, installĂ©e au sommet d’un pylĂŽne de 50 mĂštres, explose Ă  7 heures du matin, libĂ©rant une puissance de prĂšs d’une kilotonne. A trois kilomĂštres de lĂ , Francis Paquez est transpercĂ© par le flash lumineux. « Je me suis senti devenir transparent comme un verre d’eau. Au-dessus de nous, il y avait deux chĂšvres, attachĂ©es chacune Ă  un piquet, qui se sont mises Ă  hurler. » Deux minutes plus tard, les hommes du 42e rĂ©giment d’infanterie, Ă©quipĂ©s d’une combinaison blanche et d’un masque Ă  gaz, reçoivent l’ordre de s’avancer vers le « point zĂ©ro », l’endroit prĂ©cis oĂč vient d’exploser la bombe.

Lorsqu’ils s’extraient de la tranchĂ©e, le champignon atomique commence Ă  peine Ă  s’Ă©lever dans le ciel. « Les chĂšvres Ă©taient brĂ»lĂ©es, elles n’avaient plus de poils et leurs yeux Ă©taient opaques. Je n’ai pas eu le temps de me poser des questions, il fallait avancer », raconte Francis Paquez. La progression en formation de combat dure prĂšs d’une heure. « A un kilomĂštre du point zĂ©ro, les compteurs Geiger ont crĂ©pitĂ© si fort que le capitaine nous a ordonnĂ© de faire demi-tour. » Pendant quarante ans, Francis Paquez, qui souffre aujourd’hui d’une maladie de peau et d’une hypersensibilitĂ© Ă  la lumiĂšre, a respectĂ© la consigne de l’armĂ©e. Il a gardĂ© le silence sur cette manoeuvre secrĂšte, baptisĂ©e « Hippocampe vert ».

Entre février 1960 et 1961, la France a non seulement fait exploser quatre bombes atmosphériques au Sahara mais elle en a profité, lors des deux derniers essais, pour simuler une guerre nucléaire en envoyant 291 hommes, pour la plupart des appelés du contingent, manoeuvrer sous le champignon atomique. Le Point a retrouvé ces anciens « cobayes » qui témoignent pour la premiÚre fois.

« En fĂ©vrier 1961, j’ai appris que je partais pour une destination inconnue. » A l’Ă©poque, Paul Chesseron est pilote de char Patton M47 au 12e rĂ©giment de cuirassĂ©s, stationnĂ© en Allemagne. C’est seulement Ă  son arrivĂ©e Ă  Reggane qu’on lui annonce que son peloton va « participer Ă  une explosion nuclĂ©aire ».

Le jour J, les chars sont alignĂ©s Ă  trois kilomĂštres du point zĂ©ro. « Le souffle a secouĂ© les 42 tonnes d’acier. J’ai regardĂ© par le pĂ©riscope le champignon s’Ă©lever, c’Ă©tait un spectacle effroyable. Il a fallu se diriger droit dessus. Le pylĂŽne sur lequel reposait la bombe n’Ă©tait plus qu’un moignon tordu. » Son char croise des camions renversĂ©s, des avions, des bateaux disposĂ©s par l’armĂ©e autour du point zĂ©ro afin d’Ă©tudier la rĂ©sistance Ă  l’effet de souffle et Ă  la chaleur. « Ils Ă©taient chauffĂ©s Ă  blanc, certains chars avaient fondu et ressemblaient Ă  des morceaux de chocolat. Nous avons manoeuvrĂ© toute la journĂ©e, la trouille au ventre. » Paul Chesseron n’a jamais pu connaĂźtre la quantitĂ© de radiations qu’il a encaissĂ©es. Mais, deux ans aprĂšs la fin de son service militaire, de larges plaques brunes sont apparues de maniĂšre inexplicable sur tout son corps. « Je les ai gardĂ©es plus de dix ans. »

Michel Bouquet, pilote d’un transport de troupes AMX13 au 42e rĂ©giment d’infanterie motorisĂ©e, basĂ© en Allemagne, avait lui aussi Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ© pour participer Ă  la « parade » nuclĂ©aire. « Pendant un mois, je me suis entraĂźnĂ©, avec une dizaine d’autres chars, dans la zone contaminĂ©e par l’explosion prĂ©cĂ©dente. » A chaque exercice, il garde les yeux rivĂ©s sur le compteur Geiger, qui crĂ©pite comme une sonnerie de rĂ©veil. « Peu Ă  peu, j’ai pris peur et j’ai tout fait pour ĂȘtre renvoyĂ© de mon unitĂ© avant le jour J. »

Sur le champ de tir, auquel on accĂšde par une route goudronnĂ©e que l’armĂ©e a fait construire pour l’occasion, Ă©merge du sable le blockhaus Alpha, un Ă©norme bloc en bĂ©ton muni de hublots derriĂšre lesquels sont placĂ©es des camĂ©ras chargĂ©es de filmer l’explosion. A l’extĂ©rieur, jusqu’Ă  300 mĂštres du point zĂ©ro, sont Ă©parpillĂ©s des rats, des lapins et des chĂšvres. « Nous avons testĂ© sur les rats un produit radioprotecteur », raconte le docteur Daver, alors lieutenant du contingent au centre mĂ©dical de Reggane. Un antidote Ă  double tranchant, puisque les sels de mĂ©taux lourds utilisĂ©s pour piĂ©ger les radiations provoquent Ă  long terme des intoxications mortelles… « On travaillait aussi sur les lapins pour mesurer l’effet des radiations sur l’oeil, car nous redoutions que les participants aux manoeuvres ne dĂ©veloppent des cataractes. »

Au centre mĂ©dical, on pratique Ă©galement des examens sanguins sur les hommes qui vont pĂ©nĂ©trer en zone contaminĂ©e. « On faisait environ 80 analyses de sang par jour. Quelqu’un qui manquait de globules blancs Ă©tait Ă©cartĂ© », explique le docteur Lacassie, affectĂ© Ă  Reggane en tant qu’hĂ©matologue appelĂ© du contingent.

Il arrive aussi que l’Ă©quipe mĂ©dicale intervienne en urgence. « Je me souviens d’un pilote d’hĂ©licoptĂšre d’une quarantaine d’annĂ©es qui s’Ă©tait brutalement retrouvĂ© paralysĂ© des quatre membres quelques heures aprĂšs avoir survolĂ© le champignon atomique. Nous l’avons rĂ©animĂ©, puis il a Ă©tĂ© transportĂ© par avion Ă  l’hĂŽpital d’Alger. Je n’ai jamais su ce qu’il est devenu. »

InterrogĂ© par Le Point, le ministĂšre de la DĂ©fense reconnaĂźt l’existence de ces « manoeuvres tactiques en milieu contaminĂ© », rĂ©pondant aux noms de code d’« Hippocampe rouge » et d’« Hippocampe vert ». Et d’expliquer que ces exercices, « constituĂ©s de mouvements de fantassins » et de « reconnaissances d’itinĂ©raires avec des hĂ©licoptĂšres guidant des blindĂ©s », avaient pour objectif de vĂ©rifier la rĂ©sistance des matĂ©riels et de tester les rĂ©actions des hommes de troupe dans une ambiance radioactive.

Selon Pierre Messmer, Ă  l’Ă©poque ministre des ArmĂ©es, ces manoeuvres secrĂštes avaient aussi un autre but. C’est ce que l’actuel chancelier de l’Institut de France a expliquĂ© au Point : « Nous voulions surtout Ă©valuer le niveau de radiations subi par les hommes afin de dĂ©finir des distances de sĂ©curitĂ©. » Les seuls documents traitant de la question Ă©taient amĂ©ricains. « Les Etats-Unis avaient dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ© plusieurs expĂ©riences comme celles-lĂ , mais ils refusaient de nous en communiquer les rĂ©sultats. Les rares donnĂ©es qu’ils laissaient filtrer Ă©taient dĂ©libĂ©rĂ©ment faussĂ©es pour nous induire en erreur. »

Quant Ă  savoir s’il fallait utiliser des militaires comme « cobayes », l’ancien ministre rappelle le contexte de guerre froide et prĂ©cise : « Nous ne disposions pas d’engins tĂ©lĂ©guidĂ©s. Maintenant, on opĂ©rerait autrement. » Du cĂŽtĂ© du ministĂšre de la DĂ©fense, on se veut toutefois rassurant sur les Ă©ventuelles consĂ©quences sanitaires : « Les doses reçues par les participants ont Ă©tĂ© faibles, bien en deçà des limites annuelles professionnelles. » (C’est un monsonge Ă©norme!)

Certes, mais aujourd’hui encore les archives militaires sur les manoeuvres Hippocampe restent couvertes par le secret dĂ©fense…

Jean Vautrin et la bombe A
« Tout a commencĂ© en 1959 au fort d’Ivry, oĂč j’avais Ă©tĂ© mis au secret avec ordre d’Ă©crire un scĂ©nario sur la premiĂšre bombe atomique française. » Jean Vautrin, prix Goncourt 1989, effectue alors son service militaire en tant que cinĂ©aste des armĂ©es. En dĂ©cembre 1959, une fois son scĂ©nario bouclĂ©, il est envoyĂ© au centre d’expĂ©rimentation nuclĂ©aire de Reggane, dans le Sahara, pour y filmer l’explosion. « Je garde de cette expĂ©rience le souvenir de quelque chose de typiquement français : un mĂ©lange de grandeur, de bordel ambiant et d’apprentis sorciers. » Dans le dĂ©sert algĂ©rien, les haut-parleurs diffusent de la musique, puis le compte Ă  rebours dĂ©marre. « Au moment du tir, l’Ă©clair nous a envahi la cervelle. Ensuite, dans un silence impressionnant, le champignon s’est Ă©levĂ©, monstrueux. L’onde de choc est arrivĂ©e Ă  la façon des cavaliers de l’Apocalypse, roulant sur nous et nous traversant. Soudain, au milieu du tonnerre, nous nous sommes aperçus que nous n’avions pas enregistrĂ© le son de l’explosion… » Impossible d’annoncer la nouvelle aux militaires, qui comptent sur le film pour montrer au monde la puissance de la France. « Alors, nous avons trichĂ©. On peut le dire maintenant parce qu’il y a prescription, nous avons rĂ©cupĂ©rĂ© le son d’une bombe amĂ©ricaine pour sonoriser la premiĂšre explosion nuclĂ©aire française ! » C. L. et O. R.

 

 29 in : LA VOIX DU NORD 21/07/2002

Ils étaient dans le Sahara ou en Polynésie
Les vĂ©tĂ©rans du nuclĂ©aire s’organisent

L’AVEN (association des vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires français) vient de crĂ©er une antenne rĂ©gionale de sa structure : une AVEN Nord – Pas-de-Calais – Somme existe depuis peu avec l’aide de Jean-Claude Egginton.

De nombreux civils et militaires du Nord et du Pas-de-Calais Ă©taient prĂ©sents ou ont participĂ© aux essais nuclĂ©aires de l’armĂ©e française au Sahara et en PolynĂ©sie. Il y a quelques mois, un projet de loi avait Ă©tĂ© esquissĂ© par la dĂ©putĂ© Marie-HĂ©lĂšne Aubert . Malheureusement, la proposition de loi de Mme Aubert n’a eu aucune chance d’ĂȘtre discutĂ©e avant la fin de la session parlementaire. Un prĂ©-rapport sur les incidences environnementales et sanitaires des essais nuclĂ©aires effectuĂ©s par la France n’a aucunement satisfait les associations de vĂ©tĂ©rans, qui rencontrent pas mal de difficultĂ©s pour avoir accĂšs Ă  leur dossier mĂ©dical militaire : le poids du fameux « secret dĂ©fense » Ă©tant au moins Ă©gal Ă  celui d’un rĂ©acteur de centrale nuclĂ©aire…

L’association tient une premiĂšre rĂ©union d’information et d’Ă©changes ce mardi 23 juillet Ă  14 h 30 salle Aragon Ă  Camon, prĂšs d’Amiens.

Renseignements auprĂšs de M. Egginton au 03 22 47 26 65.
Email : EJegginton@aol.com

 

30

Association Moruroa e Tatou

Communiqué

Papeete-Lyon, 2 juillet 2002.

Le 2 juillet 1966, la France procĂ©dait Ă  sa premiĂšre explosion nuclĂ©aire sur l’atoll de Moruroa qui sera suivie par 45 autres essais atmosphĂ©riques dans le ciel polynĂ©sien et par 147 tirs souterrains dans le “ventre” des atolls de Moruroa et Fangataufa. Ce 2 juillet 2002 est le 36Ăšme anniversaire de ce triste Ă©vĂ©nement.

L’association Moruroa e tatou, crĂ©Ă©e le 4 juillet 2001, compte Ă  ce jour plus de 1000 membres, anciens travailleurs de Moruroa et Fangataufa. A l’occasion de cet anniversaire, elle tient Ă  rappeler que de nombreux anciens travailleurs ont subi de graves prĂ©judices du fait de leur prĂ©sence Ă  Moruroa : nombre d’entre eux sont dĂ©cĂ©dĂ©s prĂ©maturĂ©ment et plus nombreux encore sont ceux qui subissent de graves problĂšmes de santĂ©, cancers et autres maladies. Moruroa e tatou veut aussi alerter les pouvoirs responsables sur les risques sanitaires auxquels ont Ă©tĂ© exposĂ©s les populations de PolynĂ©sie et plus particuliĂšrement celles des Ăźles et atolls habitĂ©s proches des anciens sites d’essais.

Depuis un an, les anciens travailleurs PolynĂ©siens ne sont plus isolĂ©s avec la crĂ©ation, en mĂ©tropole, de l’association des VĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires qui regroupe actuellement plus de 700 anciens – militaires et civils – des sites d’essais du Sahara et de PolynĂ©sie. Une enquĂȘte santĂ© auprĂšs de l’association mĂ©tropolitaine rĂ©vĂšle que 85 % des vĂ©tĂ©rans ont des problĂšmes de santĂ© et que 32,4 % des vĂ©tĂ©rans signalent un ou plusieurs cancers alors que le pourcentage de l’incidence annuelle du cancer en France est de 17 %. Ces donnĂ©es recoupent les premiĂšres informations recueillies auprĂšs des membres de Moruroa e tatou.

Le 20 juillet prochain, l’association Moruroa e tatou tiendra sa premiĂšre assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale dans la maison des jeunes de la paroisse d’Arue. De nombreux invitĂ©s Ă©trangers, experts dans le suivi des consĂ©quences sur la santĂ© des essais nuclĂ©aires seront prĂ©sents : le professeur Al Rowland, de l’UniversitĂ© de Massey en Nouvelle ZĂ©lande ; le Docteur Jean-Louis Valatx, chercheur Ă  L’INSERM, France ; Madame Lyn Allison, SĂ©natrice d’Australie, M. Bruno Barrillot, chercheur et Directeur du Centre de Documentation et de Recherche sur la Paix et les conflits Ă  Lyon ; M. Paul Ahpoi, vĂ©tĂ©ran fidjien et Vice PrĂ©sident des vĂ©tĂ©rans de Fidji ; une dĂ©lĂ©gation japonaise reprĂ©sentant les associations de victimes d’Hiroshima et de Nagasaki ; Le Pasteur Jean-Arnold de Clermont, PrĂ©sident de FĂ©dĂ©ration Protestante de France.

Le 5 aoĂ»t, Ă  la veille des cĂ©rĂ©monies d’anniversaire du bombardement de 1945, se tiendra Ă  Hiroshima, une grande confĂ©rence sur les consĂ©quences des essais nuclĂ©aires français. Trois reprĂ©sentants de l’Association Moruroa e tatou aux cĂŽtĂ©s de dĂ©lĂ©guĂ©s français des VĂ©tĂ©rans et de dĂ©lĂ©guĂ©s AlgĂ©riens tĂ©moigneront de ce qu’ils ont vĂ©cu lors des essais nuclĂ©aires et lanceront un appel aux responsables des puissances nuclĂ©aires. Ensemble, ils demanderont aux chefs d’Etat de renoncer dĂ©finitivement Ă  leurs arsenaux nuclĂ©aires et d’assumer leurs responsabilitĂ©s vis Ă  vis de tous ceux – travailleurs, militaires et populations – qu’ils ont exposĂ©s dĂ©libĂ©rĂ©ment aux bombardements et aux retombĂ©es des essais nuclĂ©aires.

Association Moruroa e tatou
BP 5456 Pirae Tahiti (Polynésie Française)
TĂ©l (689) 43.09.05 TĂ©l/Fax : (689) 42.15.69
E-mail : moruroaetatou@mail.pf

 

31 in : Ouest-France du17/12/01

« Je bloquais le compteur Geiger »

Les vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires français s’associent

Une association de vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires (Aven) s’est crĂ©Ă©e en juin Ă  Lyon. Tous ont des problĂšmes de santĂ©. Ils dĂ©noncent l’irresponsabilitĂ© de l’armĂ©e, rĂ©clament la rĂ©ouverture des dossiers mĂ©dicaux et demandent Ă  l’État de reconnaĂźtre ses responsabilitĂ©s.

En 1961, Valentin Mentz a 20 ans quand il effectue son service militaire en AlgĂ©rie. Il participe alors Ă  deux essais nuclĂ©aires. Le 1er novembre, il se trouve Ă  960 m du point d’impact de la bombe atomique. Six mois plus tard, le 1er mai 1962, il voit la montagne d’In Eker exploser. Un essai ratĂ© auquel assiste Pierre Messmer, ministre de la DĂ©fense. « L’onde de choc a durĂ© 30 secondes, raconte-t-il. On Ă©tait cramponnĂ©s au 4X4. Le vent a tournĂ© et on s’est pris le nuage radioactif. J’Ă©tais en short et en chemisette. Je suis passĂ© trente fois sous la douche pour la dĂ©contamination. »

GĂ©rard Dellac, lui, est restĂ© 24 heures sous la douche. « Quand je sortais, je bloquais le compteur Geiger. » Depuis, il a des problĂšmes de dermatose et a subi neuf opĂ©rations au visage. A l’Ă©poque, un officier lui avait demandĂ© de planter un drapeau français au point zĂ©ro d’impact de la premiĂšre bombe atomique française. C’Ă©tait le 13 fĂ©vrier 1960. Michel Verger, appelĂ© affectĂ© Ă  la poste militaire de Reggane, s’en souvient. Ce jour-lĂ , l’armĂ©e lui avait remis un dosimĂštre, censĂ© mesurer le niveau de contamination au moment de l’explosion. On ne le lui a jamais rĂ©clamĂ©.

Quarante ans plus tard, les vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires du Pacifique et du Sahara s’interrogent. Ils sont anciens appelĂ©s du contingent, militaires de carriĂšre, personnels civils du Commissariat Ă  l’Ă©nergie atomique. Leurs bilans de santĂ© sont inquiĂ©tants : cancers, cĂ©citĂ©, acouphĂšne, dermatose, hypertension, paralysie faciale… Depuis juin, 250 d’entre eux se sont regroupĂ©s au sein d’une association implantĂ©e Ă  Lyon. Une antenne rĂ©gionale a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e Ă  Angers, en septembre (1). Elle regroupe une cinquantaine de personnes du Grand Ouest et s’est rĂ©unie ce week-end dans le Maine-et-Loire.

Reçus au Sénat

Les adhĂ©rents rĂ©clament la rĂ©ouverture des dossiers mĂ©dicaux, et dĂ©noncent l’irresponsabilitĂ© de l’armĂ©e. De cette Ă©poque, Michel Verger a conservĂ© quelques documents militaires internes qui montrent combien les risques encourus avaient Ă©tĂ© sous-Ă©valuĂ©s. Dans une note officielle, datĂ©e du 6 fĂ©vrier 1960, l’armĂ©e prĂ©voit la distribution d’une paire de lunettes pour quarante personnes. « Des officiers ont fait venir leur famille pour assister au spectacle. On nous conseillait juste de mettre nos mains dans nos poches et de nous protĂ©ger la tĂȘte avec un chĂšche. »

De1960 Ă  1996, 100 000 personnes auraient Ă©tĂ© exposĂ©es dans le Sahara ou dans le Pacifique. L’armĂ©e a reconnu officiellement neuf irradiations. Ceux qui ont voulu attaquer en justice l’armĂ©e ou le Commissariat Ă  l’Ă©nergie atomique ont Ă©tĂ© dĂ©boutĂ©s : la plainte devait intervenir dans les 30 jours suivant la « quille ». Trois demandes de commission d’enquĂȘte ont Ă©tĂ© rejetĂ©es par la commission de la DĂ©fense nationale.

Une dĂ©lĂ©gation de l’Aven a Ă©tĂ© reçue, en novembre, Ă  l’office parlementaire d’Ă©valuation des choix scientifiques et technologiques. Elle a demandĂ© des statistiques sur l’Ă©tat de santĂ© des populations exposĂ©es. Selon le prĂ©sident rĂ©gional de l’Aven, AndrĂ© Davena, « contrairement Ă  d’autres puissances, la France continue de nier tout effet de ses essais nuclĂ©aires sur la santĂ© et l’environnement ».

(1) Aven : 02 41 76 22 88.

William MAUXION

 

32 CommuniquĂ©s de l’association des VĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires

Samedi 9 juin 2001 Ă  Lyon, a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e l’association des VĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires français et leurs familles.

Les membres fondateurs de l’association des vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires dĂ©clarent que nombre d’entre eux ont subi des consĂ©quences dramatiques pour leur santĂ©. Ils pensent que l’origine de leurs maladies est Ă  trouver dans le manque de prĂ©cautions Ă©lĂ©mentaires prises pour leur protection lors des essais nuclĂ©aires. « Nous estimons que le moment est enfin venu pour la France de reconnaĂźtre ses responsabilitĂ©s, de faire la vĂ©ritĂ© sur des expĂ©riences nuclĂ©aires qui ont engagĂ© plusieurs dizaines milliers de personnes, militaires professionnels et militaires du contingent, personnels civils des armĂ©es, du Commissariat Ă  l’Ă©nergie atomique et des entreprises sous-traitantes, mĂ©tropolitains, polynĂ©siens ou algĂ©riens » a dĂ©clarĂ© le docteur Jean-Louis Valatx, prĂ©sident de l’association.

Les vĂ©tĂ©rans prĂ©sents ont fait Ă©tat des nombreux problĂšmes rencontrĂ©s pour faire reconnaĂźtre leurs droits devant les tribunaux. L’association a dĂ©cidĂ© de travailler Ă  la mise en place en France d’une lĂ©gislation similaire Ă  la loi amĂ©ricaine sur les VĂ©tĂ©rans, datant de 1988, qui « Ă©tablit une prĂ©somption d’un lien avec le service » pour une liste de maladies dont souffre n’importe quel vĂ©tĂ©ran ayant Ă©tĂ© exposĂ© aux radiations dans les 40 annĂ©es aprĂšs sa derniĂšre participation Ă  une activitĂ© Ă  risque radioactif.

La nouvelle association va Ă©tablir des liens avec les autres associations, organisations et groupes prĂ©occupĂ©s par les consĂ©quences des essais nuclĂ©aires dans le monde. Des contacts particuliers vont avoir lieu dans les prochaines semaines avec le « ComitĂ© de suivi Moruroa et nous » de Tahiti et l’association algĂ©rienne, crĂ©Ă©e Ă  Reggane et dĂ©nommĂ©e « 13 fĂ©vrier 1960 », date du premier essai français dans le Sahara.

Les membres fondateurs ont adoptĂ© les statuts de la nouvelle association et dĂ©signĂ© un conseil d’ administration de neuf membres. Ils ont Ă©lu le Docteur Jean-Louis Valatx, vĂ©tĂ©ran du Sahara et aujourd’hui directeur de recherche Ă  l’INSERM, prĂ©sident de l’association. Mme Paulette Muller-Dupont, Ă©pouse de Jacques Muller, vĂ©tĂ©ran du Sahara, a Ă©tĂ© Ă©lue secrĂ©taire. M. AndrĂ© Devena, vĂ©tĂ©ran de PolynĂ©sie, a Ă©tĂ© Ă©lu trĂ©sorier.

Pour tout contact :
Jean-Louis Valatx TĂ©l : 04 78 77 71 27
Bruno Barrillot TĂ©l 04 78 36 93 03

 

 

33

Contre le silence de l’armĂ©e française sur les cancers Ă©ventuellement liĂ©s aux essais nuclĂ©aires.

LE RÉVEIL DES IRRADIÉS

Une association de «vĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires», en contact avec 380 malades, dĂ©nonce l’inertie de l’armĂ©e. Elle rĂ©clame une Ă©tude Ă©pidĂ©mio-logique sur tous les personnels civils et militaires qui ont Ă©tĂ© exposĂ©s depuis 1960.

Treize fĂ©vrier 1960, dans le Sahara. Gerboise bleue, la premiĂšre bombe atomique française, vient d’ĂȘtre testĂ©e avec succĂšs. «Hourra pour la France!» s’Ă©crie le gĂ©nĂ©ral de Gaulle. GĂ©rard Dellac effectue alors son service militaire au 620e groupement des armes spĂ©ciales. Un officier lui demande de le conduire en Jeep au «point zĂ©ro», Ă  l’endroit exact oĂč l’explosion nuclĂ©aire a eu lieu quelques heures auparavant. Pour y planter un drapeau tricolore ! A peine arrivĂ©s sur place, un hĂ©licoptĂšre les survole et leur ordonne de s’en aller immĂ©diatement. De retour Ă  la base de Reggane, en AlgĂ©rie, on les passe au compteur Geiger et on dĂ©couvre des poussiĂšres radioactives dans les cheveux. Direction la douche, pour dĂ©contamination.

«Je ne suis mĂȘme pas allĂ© Ă  l’infirmerie. Rien !» raconte aujourd’hui GĂ©rard Dellac. En 1991, trente et un ans plus tard, un mĂ©decin diagnostique chez lui un cancer de la peau (lĂ©sions spino-cellulaires) sur le visage. GĂ©rard Dellac subira au total neuf opĂ©rations, dont l’une au cours de laquelle un chirurgien lui enlĂšvera l’oreille droite. Ce plombier du Tarn demande alors rĂ©paration Ă  l’armĂ©e. L’affaire traĂźne. En janvier 2001, la Cour des pensions le dĂ©boute. En ces termes: «Le livret mĂ©dical porte trace d’une irradiation. […] Ce facteur peut constituer un risque supplĂ©mentaire de cancer de la peau au mĂȘme titre que le soleil». Il est donc «impossible de dĂ©terminer une relation directe et certaine de cause Ă  effet». L’affaire attend toujours d’ĂȘtre jugĂ©e en appel.

Le cas de GĂ©rard Dellac n’est pas unique. CrĂ©Ă©e en juin 2001, l’association des VĂ©tĂ©rans des essais nuclĂ©aires (1) est en contact avec 380 malades anciens militaires, salariĂ©s du CEA (Commissariat Ă  l’Ă©nergie atomique). Ou avec leur veuve… Aucune certitude scientifique, mais beaucoup de questions. Et surtout la volontĂ© de «faire la lumiĂšre sur l’impact sanitaire des essais nuclĂ©aires», comme l’explique Bruno Barrillot, l’un des animateurs de l’association et auteur de l’HĂ©ritage de la bombe (2). Samedi 19 janvier, les «VĂ©tĂ©rans» organisent une confĂ©rence, qui se tiendra au SĂ©nat, Ă  Paris. «Ceux qui nous contactent sont Ă©videmment ceux qui ont des problĂšmes. Quatre cents cas, c’est important mais pas forcĂ©ment significatif. Mais une chose est certaine: il y a vĂ©ritablement matiĂšre Ă  aller plus Ă  fond dans les Ă©tudes mĂ©dicales», affirme Jean-Louis Valatx, prĂ©sident de l’association et ancien mĂ©decin militaire. CrĂ©Ă©e Ă  l’initiative de militants antinuclĂ©aires proches des milieux chrĂ©tiens de gauche, l’association des VĂ©tĂ©rans est en contact Ă©troit avec une organisation polynĂ©sienne, «Mururoa e Tatou», qui rassemble environ 850 anciens travailleurs du nuclĂ©aire. En PolynĂ©sie, les essais ont durĂ© de 1966 Ă  1996, les tests atmosphĂ©riques ayant cessĂ© dĂšs 1974. Aucune information n’est en revanche disponible sur l’Ă©tat de santĂ© des populations touareg du Sahara, oĂč les premiers essais français ont eu lieu, entre 1960 et 1966.


Les yeux fermés

C’est pourtant en AlgĂ©rie que les essais nuclĂ©aires se sont le plus mal passĂ©s. Les conditions de l’Ă©poque laissent songeur. Ainsi, une «note de service», classĂ©e «secret», prĂ©cisait la dotation en «lunettes spĂ©ciales» pour le «jour J»: Ă  l’exception des «expĂ©rimentateurs appelĂ©s par leurs fonctions Ă  observer l’explosion», l’armĂ©e prĂ©voyait «une paire de lunettes pour 40 personnes environ»… Mieux, «les membres des familles de militaires ou fonctionnaires prĂ©sents Ă  Reggane sont autorisĂ©s Ă  assister Ă  l’explosion». Suivent les consignes de sĂ©curitĂ© : «le personnel se tiendra assis par terre, le dos tournĂ© Ă  l’explosion, les yeux fermĂ©s et masquĂ©s par un bras repliĂ© […] Le personnel devra Ă©viter d’exposer la peau nue (mains dans les poches, utilisation du chĂšche)». Ça, c’Ă©tait pour une explosion en temps normal.

Rien n’Ă©tait prĂ©vu pour les fiascos. Comme celui du 1er mai 1962, lors de l’essai «BĂ©ryl» Ă  In-Eker (AlgĂ©rie). Un test sous-terrain pour lequel un tunnel avait Ă©tĂ© creusĂ© dans une montagne granitique, la Taourirt Tan Afella, au nord de Tamanrasset. Au moment du tir de l’arme atomique, les calculs des physiciens se sont rĂ©vĂ©lĂ©s faux. Plus forte que prĂ©vue, l’explosion a fait sauter le bouchon du puits. Michel Dessoubrais, appelĂ© au 621e groupement des armes spĂ©ciales, y Ă©tait: «Avec ma patrouille, nous Ă©tions Ă  une dizaine de kilomĂštres. Le sol tremblait et une trĂšs grande flamme horizontale est sortie de la montagne. Puis un grand nuage de fumĂ©e noire. Ce n’Ă©tait pas normal, mais nous ne savions pas quoi faire. Nous avons mis nos masques Ă  gaz et nous sommes restĂ©s prĂšs de trois heures sur place. Des gars en combinaison sont arrivĂ©s pour faire des prĂ©lĂšvements et nous ont dit de foutre le camp». Les neufs militaires sont dĂ©contaminĂ©s: «Sous la douche, deux gars m’ont frottĂ© pendant plus de trois heures. Et on m’a rasĂ© les cheveux.» Une semaine plus tard, les soldats sont transfĂ©rĂ©s Ă  l’hĂŽpital Percy de Clamart, en rĂ©gion parisienne. «On nous a mis dans le pavillon des officiers, avec des gendarmes Ă  l’entrĂ©e.» Pendant prĂšs de trois mois, les examens se succĂšdent, jusqu’Ă  deux ou trois prises de sang quotidiennes. «On ne nous a jamais donnĂ© aucun rĂ©sultat», assure Michel Dessoubrais, aujourd’hui retraitĂ© dans l’Indre.

LibĂ©rĂ©, Michel Dessoubrais obtient une pension d’invaliditĂ© temporaire (trois ans) Ă  10 %. «Des sĂ©quelles? Ce que je sais, c’est que nos deux premiers enfants sont morts Ă  la naissance. Mais ce n’est peut-ĂȘtre pas Ă  cause de cela», dit-il. Michel Muller Ă©tait Ă©galement sur place le 1er mai 1962, comme pilote d’hĂ©licoptĂšre. Ilest aujourd’hui aveugle, mais le ministĂšre de la DĂ©fense estime que sa cĂ©citĂ© «n’est pas imputable au service». L’accident de l’essai «BĂ©ryl» aurait pu tourner Ă  l’affaire d’Etat: deux ministres assistaient en effet au tir et ont directement Ă©tĂ© touchĂ©s par les retombĂ©es: Pierre Messmer, ministre des ArmĂ©es, et Gaston Palewski, ministre de la Recherche scientifique. A 85 ans, le premier se porte bien; le second est mort d’un cancer en 1984, convaincu d’ĂȘtre une victime d’In-Eker.


Plus de 76 000 personnes concernées

Comment savoir? «Il n’y a jamais eu aucune Ă©tude sur les anciens militaires et civils des essais nuclĂ©aires», regrette Florent de Vathaire, Ă©pidĂ©miologiste de l’Inserm. Ce chercheur de Villejuif Ă©tudie leur impact sur la santĂ© de la population polynĂ©sienne, qui aurait pu ĂȘtre victime de retombĂ©es radioactives entre 1966 et 1974. «Nous avons pu constater qu’il n’y a pas eu de gros problĂšmes, explique-t-il. Mais maintenant nous voulons aller plus loin, avec une Ă©tude plus fine sur les cancers de la thyroĂŻde. Or, nous n’avons aucun financement public pour le faire…». «Rien n’autorise Ă  dire que les vĂ©tĂ©rans n’ont pas Ă©tĂ© contaminĂ©s lors des essais, mais rien ne le prouve non plus. Ce qui est sĂ»r, c’est que certains sont psychologiquement traumatisĂ©s» (Comme d’habitude le nuclĂ©aire n’est pas dangereux sauf pour la santĂ© mentale, c’est une dĂ©couverte russe due Ă  Tchernobyl), dit le dĂ©putĂ© (PS, Nord) Christian Bataille (il fait partie du lobby pronuclĂ©aire), coauteur d’un rapport parlementaire sur les essais nuclĂ©aires français, qui doit ĂȘtre rendu public fin janvier. Cet Ă©lu reconnaĂźt qu’il «sera peut-ĂȘtre nĂ©cessaire de procĂ©der Ă  une Ă©tude Ă©pidĂ©miologique sur l’ensemble de cette population». (il est coauteur d’un rapport parlementaire sur les essais nuclĂ©aires français, rapport qui n’a pas Ă©tudiĂ© les effets sur la santĂ©, mais merde, pourquoi est-il payĂ© ce con !)
——> Commission d’enquĂȘte sur les essais nuclĂ©aires en PolynĂ©sie française

Une telle Ă©tude est l’une des principales revendications de l’association des VĂ©tĂ©rans», confirme Bruno Barrillot. D’autres pays ont donnĂ© l’exemple. L’Australie et la Nouvelle-ZĂ©lande, directement concernĂ©s par les essais britanniques, ont entamĂ© de vastes recherches. En Grande-Bretagne, les militants de la British Nuclear Veterans Association ont contraint le gouvernement Ă  rĂ©examiner le dossier. Aux Etats-Unis, Washington reconnaĂźt depuis 1988 le «principe de prĂ©somption», dispensant les malades de faire la preuve que leur affection est due Ă  leur participation aux essais ou leur simple prĂ©sence Ă  proximitĂ©. Mais dans la rĂ©alitĂ© les vĂ©tĂ©rans atomiques sont rarement indemnisĂ©s. L’association des VĂ©tĂ©rans rĂ©clame que la France se dote d’une lĂ©gislation similaire.

Combien d’hommes sont concernĂ©s? Le Commissariat Ă  l’Ă©nergie Atomique (CEA) possĂšde des chiffres. Anne FlĂŒry-HĂ©rard, mĂ©decin au cabinet du haut-commissaire: «En nous basant sur les dosimĂ©tries, nous savons qu’il y a environ 24 000 personnes au Sahara et 52 750 en PolynĂ©sie.» Au total, 76 750 personnes ont donc participĂ© aux essais: des militaires, du personnel du CEA ou d’entreprises sous-traitantes, comme Thomson. Parmi eux, des populations locales: les PELO (personnels laborieux des oasis) en AlgĂ©rie, puis les PolynĂ©siens. Selon le CEA, 26 % des personnels ont Ă©tĂ© en contact avec des Ă©lĂ©ments radioactifs dans le Sahara et seulement 7 % dans le Pacifique. «Il s’agit essentiellement de doses extrĂȘmement faibles, assure Anne FlĂŒry-HĂ©rard. Si l’on prend le seuil de 100 millisiverts, Ă  partir duquel on peut commencer Ă  avoir un risque de cancer (Non il n’y a aucun seuil, cette personne en affirmant cela est en contradiction avec tous les rĂšglements internationaux sur le nuclĂ©aire), nous avons deux cas en PolynĂ©sie – des pilotes qui allaient faire des prĂ©lĂšvements dans les nuages radioactifs – et quarante-neuf dans le Sahara, la plupart liĂ©s Ă  l’accident BĂ©ryl.»
——> La France aurait employĂ© des adolescents et des enfants sur les sites du Pacifique

«Bureaucratie un peu lourde»

Tout a-t-il Ă©tĂ© correctement enregistrĂ© Ă  l’Ă©poque? Ce n’est pas certain. «Nous avions un dosimĂštre pour quatre ou cinq militaires. C’est le chef qui l’avait», raconte GĂ©rard Dellac. Au service de santĂ© des armĂ©es, on reconnaĂźt qu’il peut y avoir des trous. «Nous n’avons pas retrouvĂ© la trace de certains personnels qui ont pu aller dans le Sahara pour une mission sans y ĂȘtre affecté», constate le mĂ©decin chef Christian Estripeau, pour qui il y a «sĂ»rement» des affections liĂ©es au nuclĂ©aire.

Jean-Louis Valatx de l’association des VĂ©tĂ©rans demande un «accĂšs aux dossiers mĂ©dicaux militaires en levant le secret-dĂ©fense qui n’a pas lieu d’ĂȘtre». Cet accĂšs au dossier, qui permet d’appuyer une demande de pension, est libre, Ă  condition que la demande soit faite par le mĂ©decin traitant. En revanche, les veuves des vĂ©tĂ©rans rencontrent des difficultĂ©s pour y accĂ©der. La loi sur le droit des malades – qui devrait ĂȘtre adoptĂ©e avant la fin de la session parlementaire – devrait simplifier leurs dĂ©marches. Elle autorisera les patients Ă  demander directement leur dossier, mais ce nouveau texte ne sera applicable en PolynĂ©sie française – un territoire d’outre-mer – que si le gouvernement le souhaite. «En PolynĂ©sie, nous n’avons aucune demande de dossier mĂ©dical», explique un officier supĂ©rieur qui a Ă©tĂ© en poste Ă  Tahiti. «Aucun mĂ©decin ne peut fournir les dossiers mĂ©dicaux lorsque c’est une association qui les rĂ©clame,reconnaĂźt le chercheur Florent de Vathaire. En fait, les gens s’y prennent mal.»
——–> Tahiti et la nĂ©cessitĂ© des enquĂȘtes Ă©pidĂ©miologiques

En mĂ©tropole, les dossiers des anciens militaires sont conservĂ©s dans plusieurs endroits: les suivis dosimĂ©triques Ă  Clamart, les dossiers mĂ©dicaux Ă  Pau et les archives hospitaliĂšres Ă  Limoges. Quant aux demandes de pensions, c’est le secrĂ©tariat d’Etat aux Anciens Combattants qui s’en charge. Mieux vaut frapper Ă  la bonne porte. Dans l’entourage du ministre de la DĂ©fense, on reconnaĂźt l’existence d’«une bureaucratie un peu lourde» et l’on rĂ©flĂ©chit Ă  la crĂ©ation d’une «interface» pour mieux rĂ©pondre aux «demandes lĂ©gitimes». AprĂšs les Ă©lections.

Par Jean-Dominique MERCHET

(1)Vétérans des essais nucléaires-CDRPC,187, montée de Choullans, 69005 Lyon. Tél.: 04 78 36 93 03. Sur le Net: cdrpc@obsarm.org

(2) L’HĂ©ritage de la bombe, Ă©ditions CDRPC, 320 pages, 18 a.

 

34 Méconnaissance ou négligence ?

Que savait-on dans les annĂ©es 60 des risques liĂ©s Ă  la radioactivitĂ© ? Le caractĂšre dĂ©risoire de certaines mesures de protection lors des essais nuclĂ©aires est-il dĂ» Ă  l’ignorance ou Ă  une certaine lĂ©gĂšretĂ© ? Les effets aigus des rayonnements ionisants ont Ă©tĂ© connus presque en mĂȘme temps que la radioactivitĂ©. Les pionniers Henri Becquerel, Pierre et Marie Curie avaient constatĂ© des brĂ»lures de la peau dĂšs 1904. Marie Curie dĂ©cĂ©dera d’une leucĂ©mie. TrĂšs vite, des interrogations surgissent sur la modification de la formule sanguine. Et une Commission internationale de protection contre les radiations voit le jour dĂšs 1928. Les questions sur les effets liĂ©s Ă  des doses plus faibles sont apparues plus tard, notamment aprĂšs les pathologies apparues chez les survivants des deux bombes amĂ©ricaines de Hiroshima et de Nagasaki. «D’aprĂšs les contacts que j’ai eus avec les “anciens”, j’ai le sentiment que l’idĂ©e prĂ©dominante dans les annĂ©es 60 considĂ©rait encore les cancers comme une complication Ă  la suite d’une forte exposition», analyse Jean-LucPasquier, directeur scientifique de l’Office de protection contre les rayonnements ionisants. Autrement dit, pas de trace apparente de brĂ»lure, pas de suspicion de cancer. «Les connaissances n’Ă©taient pas traduites en termes de radioprotection», souligne le scientifique qui rappelle que jusqu’Ă  trĂšs rĂ©cemment les expĂ©rimentateurs avaient encore l’habitude de prĂ©lever des liquides radioactifs ou toxiques par aspiration dans une pipette. «On savait pratiquement tout Ă  l’Ă©poque des tirs atmosphĂ©riques, confirme Jean-Claude Nenot, de l’Institut de protection et de sĂ©curitĂ© nuclĂ©aire. D’ailleurs les normes ont relativement peu Ă©voluĂ© depuis. Les effets aigus Ă©taient bien connus et on savait ce qu’il fallait faire pour se protĂ©ger des cancers.» Pour lui, la protection des travailleurs du CEA Ă©tait satisfaisante au regard des normes de l’Ă©poque. «Mais il est vrai qu’il y a beaucoup d’autres personnes qui ont travaillĂ© sur les tirs, en particulier les militaires. Ces derniers ont une apprĂ©ciation du risque diffĂ©rente de celle des civils.»

Par Denis DELBECQ

En fait dĂšs que les radiographies ont commencĂ© Ă  ĂȘtre utilisĂ©es en grand nombre (pendant la 1Ăšre guerre mondiale), il a commencĂ© Ă  y avoir beaucoup de dĂ©cĂšs parmi les mĂ©decins radiologues (et quelques uns parmi certains cobayes radiographiĂ©s). C’est pour protĂ©ger les toubibs que la rĂ©glementation a Ă©tĂ© mise en place. La norme a beaucoup Ă©voluĂ© (actuellement 200 fois moins pour les travailleurs du nuclĂ©aire qu’il y a 50 ans), et elle ne correspond pas Ă  un seuil en dessous duquel il n’y aurait pas de mort mais Ă  un seuil acceptable au niveau d’un calcul coĂ»t/bĂ©nĂ©fice, le rayonnement entraĂźne des morts mais aussi des bĂ©nĂ©fices car on sauve un certain nombre de patients en localisant les balles ou Ă©clats d’obus (pendant la guerre) ou les fractures…

Evolution des normes de radioprotection de la CIPR

Pour les travailleurs :

De 1934 Ă  1950 : 46 rem/an,
1950 : 15 rem/an,
1956 : 5 rem/an,
1990 : 2 rem/an (20 mSv/an).

Pour la population :

1959 : 0,5 rem/an (5 mSv/an),
1985 : 0,1 rem/an (1 mSv/an).

Nota : En France la réglementation fixe les limites annuelles à 50 mSv (5 rem) pour les travailleurs et à 5 mSv (0,5 rem) pour la population. La réglementation française ne respecte pas les recommandations de la CIPR.

 

Effets cancérogÚnes à long terme

Si 1 million de personnes reçoivent 1 rem (10 millisievert), quel sera le nombre de cancers mortels radio-induits ? La rĂ©ponse dĂ©pend de l’institution qui effectue l’estimation.

CIPR-26 (1977) : 125 cancers mortels

UNSCEAR (1977) : 75 Ă  175 cancers mortels

BEIR III (1980) : 158 Ă  501 cancers mortels

MSK (1980) : 6 000 cancers mortels

RERF (1987) : 1740 cancers mortels

BEIR V (1990) : 800 cancers mortels

CIPR-60 (1990) : 500 cancers mortels

NRPB (1992) : 1000 cancers mortels

CIPR : Commission Internationale de Protection Radiologique.

UNSCEAR : Comité scientifique des Nations Unies pour les effets des rayonnements atomiques.

BEIR : ComitĂ© de l’AcadĂ©mie des Sciences des Etats-Unis pour l’Ă©tude des effets biologiques du rayonnement ionisant.

RERF : Fondation arnĂ©ricano-japonaise pour l’Ă©tude du suivi des survivants japonais des bombes atomiques. (La valeur indiquĂ©e correspond aux rĂ©sultats bruts, avant l’utilisation des coefficients de rĂ©duction).

MSK : Mancuso, Stewart et Kneale. Equipe de chercheurs ayant Ă©tudiĂ© la mortalitĂ© par cancers parmi les travailleurs de l’usine nuclĂ©aire amĂ©ricaine de Hanford. (la valeur indiquĂ©e est dĂ©duite de leur dose de doublement)

NRPB : National Radiological Protection Board (Agence Nationale de Protection Radiologique du Royaume-Uni). D’aprĂšs le suivi de mortalitĂ© effectuĂ© sur les travailleurs de l’industrie nuclĂ©aire du Royaume-Uni.)

 

Moruroa, bombe coloniale française

Polynésie "française" / Site d'essais nucléaires

Poisson radioactif pĂȘchĂ© en PolynĂ©sie 'française'

Plongée dans l'océan contaminé en Polynésie 'française'

abri 'anti-atomique' de Rikitea

Association polynésienne pour les victimes de la contamination nucélaire française