Congo belge: mise au point face au mensonge organisé

Le Congo belge : mise au point

 

PLAN

 

0 Introduction: histoire

1 Politique

1.1-1.5 Extraits des Ă©tudes de

       1.1 Jean Stengers (ULB), Congo / Mythes et réalités, éd. Racine, 2007

       1.2 Jacques A.M. Noterman, Congo belge, L’empire d’Afrique, Souvenirs du XXe siùcle,

             Arobase éd. 2004

       1.3 AndrĂ©-Bernard Ergo, Congo belge, La colonie assassinĂ©e, Ă©d. L’Harmattan, 2008

       1.4 Jules Marchal, E.D. Morel contre LĂ©opold II, L’Histoire du Congo 1900-1910, Ă©d.    

             L’Harmattan, Volumes 1 et 2, 1996

       1.5 Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s’appelait Congo, LB, s.d.

1.6 Autres intervenants

      1.6.1 A propos de Lumumba

      1.6.2 Vingt ans de rĂ©actions face au mensonge organisĂ© par la France et d’autres pays en  

               vue de discréditer la Belgique sur le plan international

2 Economie

3 Social

4 Culture

5 Liste des menteurs anti-belges

0 Introduction

 

A l’Ă©chelle internationale, on assiste depuis quelques annĂ©es Ă  une campagne de dĂ©nigrement de la Belgique Ă  propos de son ancienne colonie, le Congo. Une mise au point Ă©tait nĂ©cessaire face Ă  ce mensonge organisĂ© notamment par la France, l’Allemagne, les Pays-Bas et leurs collabos nĂ©gationnistes dans notre pays.

Jean Schoonjans, in: Jean-Léon Huens, Auguste Vanderkelen, Histoire illustrée de la Belgique, T3, éd. Racine 2003

 

(p.66) Les Belges ont fait du Congo une des plus belles colonies du monde. Ils ne nĂ©gligĂšrent pas leurs efforts pour la moderniser, l’embellir et l’enrichir.

 

P.V., Empires belges, français, anglais… : tous pareils ?, LB 08/04/2004

 

Non, répond Joël Kotek (ULB), coauteur  du « SiÚcle des camps ».

Le travail forcĂ© au Congo qui est, comme dans les colonies britanniques, du racisme d’exploitation, est diffĂ©rent de l’élimination des HĂ©rĂ©ros en Namibie par les Allemands.

De mĂȘme, les camps ouverts par les Britanniques en Afrique du Sud dans le cadre de la rĂ©pression des Boers – qui avaient pour but non d’exterminer mais d’interner les civils Ă  titre prĂ©ventif – ont inspirĂ© Herman Göring, qui les a connus par son pĂšre, ancien gouverneur de Namibie.

« Quand les nazis ont ouvert leurs tout premiers camps, ils ont mĂȘme affirmĂ© qu’on y mourait moins que dans les camps africains des Anglais. »

 

 

Le Congo et l’Europe…

Avant la colonisation du Congo par la Belgique

(in: Congo, Meer dan een kolonie, Knack Historia, 2018, p.22-23)

Préparation de la colonisation

(Jo GĂ©rard, in: LB, s.d.)

1884

(Jo GĂ©rard, in: LB, s.d.)

Jumet (Charleroi) - Hommage aux soldats morts au Congo au cours de leur lutte contre l'esclavage arabo-musulman

Centre de documentation historique des forces armĂ©es, Histoire de l’armĂ©e belge de 1980 Ă  nos jours, T1: de 1830 Ă  1919, 1982

 

(p.269) Les frontiĂšres orientales

 

En 1895, au terme des campagnes d’occupation et de la campagne arabe, il restait Ă  l’E. I. C. /= Etat IndĂ©pendant du Congo/  Ă  affirmer sa prĂ©sence dans l’Est, notamment dans le Kivu, rĂ©gion convoitĂ©e Ă©galement par l’Allema­gne et Ă  laquelle les Anglais ne restaient pas insen­sibles.

DÚs 1900, Costermans qui commandait les trou­pes de la région mit celle-ci en état de défense; pendant 10 ans, la tension fut constante. Le 14 mai

1910, un accord entre l’Angleterre, l’Allemagne et la Belgique rĂ©gla dĂ©finitivement le problĂšme.

 

LA FIN DE LA TRAITE DES ESCLAVES

 

Introduction

 

L’abolition de l’esclavage figurait, nous l’avons mentionnĂ©, parmi les obligations imposĂ©es par la ConfĂ©rence de Berlin Ă  l’Etat indĂ©pendant du Congo. Or, la traite des esclaves Ă©tait pratiquĂ©e par les « Arabes » qui occupaient en fait la moitiĂ© est du territoire de l’Etat. L’extension progressive de l’influence de ce dernier et la modification du rapport des forces en prĂ©sence allaient bientĂŽt ren­dre l’explosion inĂ©vitable. Les postes blancs gĂȘnaient en effet les Arabes, et le modus vivendi conclu le 24 fĂ©vrier 1877 entre Tippo-Tip et Stan­ley ne put se prolonger.

La ConfĂ©rence internationale anti-esclavagiste qui se tint fin 1889 Ă  Bruxelles prit des mesures concrĂštes qui se matĂ©rialisĂšrent par un dĂ©cret pĂ©nal pour faits de traite (1891) et par la crĂ©ation de nouveaux postes. Par ailleurs, des commer­çants blancs s’installĂšrent peu Ă  peu dans les zones arabes et menacĂšrent ainsi le commerce « honnĂȘte » (p.270) qui avait Ă©tĂ© proposĂ© aux Arabes en Ă©change de la traite. L’exaspĂ©ration des Arabes alla crois­sant et le commandant FivĂ©, chargĂ© d’une mission spĂ©ciale d’inspection dans la rĂ©gion, ne put que constater en 1891 que : « La conflagration gĂ©nĂ©rale est imminente, elle peut ĂȘtre retardĂ©e, mais il n ‘est plus au pouvoir de personne de l’Ă©viter » (A. Lejeune-Choquet, Histoire militaire du Congo). En fait, Ă  cette Ă©poque, de nombreux incidents s’Ă©taient dĂ©jĂ  produits.

 

Les forces en présence

 

Dans le camp arabe, la retraite de Tippo-Tip en 1890 avait crĂ©Ă© un vide dans la rĂ©gion et chacun de ses anciens subordonnĂ©s rĂ©gnait en maĂźtre sur son territoire. InstallĂ©s dans des villes relativement prospĂšres, ces sultans disposaient de troupes importantes de guerriers aguerris et bien armĂ©s. Leurs rivalitĂ©s, les distances, l’impossibilitĂ© d’assurer le ravitaillement de colonnes importan­tes les empĂȘchaient toutefois de rĂ©unir leurs for­ces.

De son cĂŽtĂ©, la Force Publique ne comptait, en 1890, que 3.500 hommes et n’occupait que deux postes importants dans la rĂ©gion : Basoko et Lusambo (forts chacun de 300 hommes environ). Il faut y ajouter la colonne Vankerckhoven qui se trouvait, nous l’avons dit, au nord du Bomu et qui coupait les Arabes de leurs coreligionnaires mahdistes installĂ©s au Soudan. Autre Ă©lĂ©ment blanc, les hommes du capitaine Jacques qui tenait les pos­tes du lac Tanganika pour le compte de la SociĂ©tĂ© anti-esclavagiste belge. Pour Ă©toffer ces effectifs, la F. P. procĂ©da Ă  des recrutements importants et fit appel Ă  4.200 mercenaires Ă©trangers. De son cĂŽtĂ©, Dhanis, qui se trouvait Ă  Lusambo, enrĂŽla de nombreux auxiliaires indigĂšnes Ă  qui il fit donner une instruction militaire sommaire.

 

La mort de Lippens et Debruyne

 

Diverses escarmouches avaient vu s’affronter de 1890 Ă  1892 Ă©lĂ©ments arabes et Force Publique. Deux Ă©vĂ©nements allaient mettre le feu aux pou­dres : le massacre de Riba-Riba au mois de mai 1882 et les victoires de Dhanis sur Gongo-Lutete, suivies du ralliement de celui-ci et de Lupungu, le chef des Baluba.

Sefu, Vali de l’Etat Ă  Kasongo et auprĂšs de qui rĂ©sidaient Lippens et Debruyne annonça son inten­tion de marcher contre les blancs et rĂ©clama la tĂȘte du traĂźtre Gongo-Lutete. Le 15 novembre 1892 se dĂ©roula sur le Lomami la cĂ©lĂšbre entrevue entre Debruyne et Scheerlinck. Sefu assassina les deux rĂ©sidents le 1er dĂ©cembre 1892, tandis que la F. P. entamait son offensive.

 

La campagne du Lomami-Lualaba

 

Elle se dĂ©roula de novembre 1892 Ă  aoĂ»t 1893 et comporta trois phases : la marche de Dhanis de Lusambo Ă  Kasongo, celle de Chaltin vers Kasongo — interrompue pour porter secours Ă  Tobback menacĂ© aux Stanley-Falls — et celle de Gonthier, successeur de Chaltin, vers Kasongo et sa jonction avec Dhanis le 28 aoĂ»t 1893.

 

Rumaliza

 

InstallĂ© Ă  Ujiji, Rumaliza dominait toute la rĂ©gion du Tanganyika; il avait dĂ©jĂ  causĂ© bien du souci Ă  Dhanis et tenait en Ă©chec les troupes de la SociĂ©tĂ© anti-esclavagiste commandĂ©es par Jac­ques. Disposant de plus de deux mille hommes, Rumaliza quitta Ujiji et se dirigea vers Kasongo. A l’approche de la ville, instruit de la sortie de Dhanis, le sultan entreprit de fortifier la rĂ©gion en construisant une sĂ©rie de bornas : « La rĂ©gion qu ‘ils enclosent, espĂšce de camp retranchĂ©, assure le ravitail­lement en eau, la plupart de temps en vivres. » (L. Lejeune, Lothaire.)

Cette lutte d’un genre nouveau allait se poursui­vre pendant un an et demi et se terminer par (p.271) l’entrĂ©e des troupes de la F. P. Ă  Uvira le 17 mars 1894.

 

Le nettoyage

 

Le nettoyage des derniers Ăźlots arabes continua en 1894 et 1895. Le rĂ©sultat final en fut l’Ă©limina­tion des esclavagistes et l’implantation de l’E. I. C. dans de nouvelles rĂ©gions : ManiĂ©ma, Ituri, zone du Tanganika oĂč furent installĂ©es cinq nouvelles compagnies actives; la rĂ©gion fut baptisĂ©e Pro­vince orientale et placĂ©e sous le commandement d’un Vice-Gouverneur gĂ©nĂ©ral.

 

La campagne Mahdiste

 

EnvoyĂ© de Dieu, Mohammet Ahmet dit le Mahdi avait chassĂ© les Anglais et les Egyptiens du Soudan devenu, de ce fait, terre sans maĂźtre. En 1892, l’expĂ©dition Vankerckhoven reprise par Milz avait atteint le Nil, coupant le contact entre le Mahdi et les Arabes du Sud. Entre temps, les Anglais se prĂ©parĂšrent Ă  reprendre le Soudan et obtinrent l’aide de LĂ©opold II en lui cĂ©dant Ă  bail l’enclave de Lado.

Tandis que Kitchener quittait Le Caire en 1896, Dhanis partit de Stanleyville en septembre et Chai-tin de Dungu en décembre.

ArrivĂ© Ă  Ndiri en janvier, Chaltin n’y retrouva pas Dhanis dont la colonne, comme on le verra, s’Ă©tait rĂ©voltĂ©e. Il continua donc seul, battit les Mahdistes Ă  Bedden et Redjaf le 17 fĂ©vrier 1897 et alla occuper Lado qu’il organisa tant bien que mal.

L’annĂ©e suivante, il dut livrer de nouveaux com­bats, mais les Mahdistes avaient perdu la partie, car Kitchener avait pris Khartoum et Fachoda.

Marche-en-Famenne - monument en mémoire du capitaine Ponthier, tué au combat contre des troupes des esclavagistes arabo-musulmans

Salzinnes (Namur) - une rue à la mémoire d'Alexis Vrithoff, mort au cours d'un combat contre les esclavagistes arabo-musulmans

(in: VA, 04/04/1992)

Le Congo belge dans la guerre 1914-1918

(source: Musée Africain, Namur)

Le Congo belge dans la guerre 1914-18

(in : Congo, 125 ans de relations militaires belgo-congolaises, Institut des Vétérans, 2011)

Le Congo belge dans la guerre 1914-18

(in: Belgisch Leger, 14 tot 18, Oorlog in Afrika, 2014, p.125; 127; 128)

La colonisation belge au Congo, mĂȘme si elle n'a pas Ă©tĂ© aussi brutale que veulent le faire croire les hypocrites allemands, français et anglais suivis par des bobos en Belgique, n'a pas Ă©tĂ© une sinĂ©cure pour les habitants.

(in: Les Atlas de ‘lHistoire, aoĂ»t 2016, p.51-52)

1964 - Stanleyville

(J(ean) K(estergat), in: LB, 1974)

tenue d'un officier des chasseurs ardennais, Musee africain, Namur

1973, ... - magouilles entre le dictateur Mobutu et les partis belges dits démocratiques

(in: UBU, 01/03/1973)

1 Politique

1.1 Extraits de l’Ă©tude de Jean Stengers (ULB), Congo / Mythes et rĂ©alitĂ©s, Ă©d. Racine, 2007

(un livre Ă  lire absolument)

 

PLAN

0 Introduction

1 Histoire du Congo belge

2 Les chiffres de la population du Congo selon Stanley

3 Critiques du livre d’Adam Hochschild Les fantĂŽmes du roi LĂ©opold II. Un holocauste oubliĂ©.

 

 

0 Introduction

 

(p.5) La renommĂ©e scientifique de Jean Stengers en Belgique et Ă  l’Ă©tranger s’est construite au dĂ©part de l’histoire coloniale belge, oĂč il a fait Ɠuvre de pionnier. C’est en toute conscience du bouleversement des perspec­tives de l’histoire de l’Afrique Ă  la fin du xxe siĂšcle qu’il publie en 1989 Congo. Mythes et rĂ©alitĂ©s, recueil de plusieurs de ses articles sur l’histoire de la colonisation et de la dĂ©colonisation du Congo, sans les retoucher en fonction de l’esprit du temps, mais aussi comme tĂ©moignage d’une Ă©poque oĂč l’histoire coloniale prospĂ©rait sans complexe et avait droit de citĂ© dans l’enseignement supĂ©rieur. La rĂ©Ă©dition de cet ouvrage respecte l’Ă©tat d’esprit dans lequel il fut conçu par son auteur. Il nous a paru utile de le complĂ©ter pour deux raisons: la rĂ©surgence des dĂ©bats sur l’exploi­tation du Congo par LĂ©opold II et le renouveau de l’intĂ©rĂȘt pour le passĂ© colonial de la Belgique.

En 1998 paraĂźt la traduction française du best-seller d’Adam Hoch­schild, Les fantĂŽmes du roi LĂ©opold II. Un holocauste oubliĂ©. Ce livre inspire le film de Peter BĂąte, White King, Red Rubber, Black Death, docu­mentaire thĂ©Ăątral produit par la BBC, dont la diffusion par la VRT et la RTBF au printemps 2004  suscite un vif Ă©moi et des dĂ©bats passionnĂ©s. La thĂšse de l’extermination, voire du gĂ©nocide, est fondĂ©e sur les chiffres de la population du Congo en 1885 publiĂ©s par Stanley. Le premier texte prĂ©sentĂ© en complĂ©ment de la premiĂšre Ă©dition du livre de Jean Sten­gers concerne la surĂ©valuation de la population du Congo par Stanley dont les calculs n’ont jamais Ă©tĂ© mis en question. Il est suivi de la critique de la version française de l’ouvrage de Hochschild, parue dans Le Soir du 13 octobre 1998. À titre de troisiĂšme et dernier complĂ©ment, l’article «Les malaises de l’histoire coloniale», publiĂ© en 1979, prĂ©sente Ă  la fois une analyse lucide et un tĂ©moignage Ă©clairant sur le dĂ©clin de l’enseignement et de la recherche en histoire coloniale en Belgique depuis l’accession du Congo Ă  l’indĂ©pendance.

 

Ginette Kurgan-van Hentenryk

 

 

1 Histoire du Congo belge

 

(p.63) Les premiers qui rĂ©pondront ‘oui’ /Ă  la reconnaissance de l’Etat du Congo/ seront les Etats-Unis qui, en avril 1884,  reconnaĂźtront le drapeau de l’AIC Ă  l’égal de celui d’un ‘Gouvernement ami’.

 

(p.99) De 1885 Ă  1908, l’Etat IndĂ©pendant du Congo se dit en anglais Congo Free State.

(p.100) Le souverain du Congo a menĂ© la politique congolaise, jusqu’en 1908, de maniĂšre effectivement indĂ©pendante, sans que la Belgique y assume aucune responsabilité : la rĂ©alitĂ© s’exprime donc bien dans le terme de ‘Congo Free State’.

 

(p.105) /Un/  caractĂšre original de l’État du Congo: c’est que pour tirer un maximum de profit de la monopolisation des produits domaniaux, il Ă©tablit un systĂšme d’exploitation qui, fatalement, devait mener Ă  de graves abus dans le traitement des indigĂšnes.

Dans presque toutes les histoires coloniales, faut-il le dire, il y a des pages chargĂ©es de brutalitĂ©s. Le mot cĂ©lĂšbre suivant lequel « on ne fait pas de colonies avec des enfants de chƓur», ce mot a une valeur presque universelle. L’expĂ©dition coloniale, au sens classique du mot, l’occupation de territoires hostiles, la rĂ©pression des rĂ©voltes indigĂšnes se sont rarement dĂ©roulĂ©es d’une maniĂšre satisfaisante pour l’esprit humanitaire.

Le cas du Congo, cependant, prĂ©sente un aspect spĂ©cial. L’occupation du territoire se fit de maniĂšre plus pacifique que dans la plupart des autres colonies. Stanley, qui la dirigea au dĂ©but, mit son point d’honneur Ă  ne pas user de la force. Comme explorateur, il avait eu parfois la main rude, et cette brutalitĂ© lui avait Ă©tĂ© reprochĂ©e ; comme chef d’expĂ©dition, il Ă©vita au maximum toute violence. Ceux qui vinrent aprĂšs lui n’eurent pas toujours les mĂȘmes qualitĂ©s mais comme, dans leur progression vers l’intĂ©rieur, ils ne rencontrĂšrent en gĂ©nĂ©ral que peu de rĂ©sistance de la part des indigĂšnes – car ils ne se heurtĂšrent que rarement Ă  des groupes suffisamment nombreux et surtout organisĂ©s que pour ĂȘtre capables d’offrir une rĂ©sistance -, ils rĂ©ussirent Ă  soumettre les popula­tions sans grandes effusions de sang. Les luttes les plus Ăąpres furent celles qu’il fallut mener, non contre les indigĂšnes, mais contre les Arabes et les troupes qu’ils avaient formĂ©es, dans l’est du Congo. Par ailleurs, une fois la soumission rĂ©alisĂ©e, il n’y eut aucune rĂ©volte importante ‘.

La pĂ©riode des violences, au Congo, fut beaucoup moins la pĂ©riode d’occupation du territoire que celle, par la suite, de l’exploitation Ă©cono­mique. Et – situation que l’on ne rencontre pas ailleurs – les abus furent moins dus aux hommes ou aux circonstances qu’Ă  un systĂšme dans lequel les hommes se trouvĂšrent pris comme dans un engrenage.

Comment les choses se prĂ©sentent-elles, en effet, Ă  partir de 1891-1892? L’État, conformĂ©ment aux principes du rĂ©gime domanial, entame la rĂ©colte de son caoutchouc. Cette rĂ©colte, bien entendu, sera faite par les indigĂšnes, qui se la voient imposer au titre de l’impĂŽt en travail. Les agents de l’État sont chargĂ©s de veiller Ă  ce que le travail se fasse, et char­gĂ©s de rassembler le caoutchouc rĂ©coltĂ©.

 

1 Les seules rĂ©voltes dangereuses, Ă  l’Ă©poque de l’État IndĂ©pendant, furent celles dĂ©clenchĂ©es par des Ă©lĂ©ments de la Force Publique, c’est-Ă -dire de l’armĂ©e congolaise. Les deux rĂ©voltes les plus redoutables furent Ă  cet Ă©gard celle de Luluabourg, dans le Kasai, en 1895, et celle de l’expĂ©dition Dhanis, dans le nord-est du Congo, en 1897.

 

(p.106) Si la contrainte et la rĂ©pression sont prĂ©vues, les violences, elles, en principe, sont Ă©videmment proscrites. Le Code pĂ©nal les punit, et la justice est lĂ  pour veiller au respect du Code. La justice congolaise est loin d’ĂȘtre inactive, et des EuropĂ©ens coupables de violences envers les indigĂšnes sont rĂ©guliĂšrement traduits devant les tribunaux et condam­nĂ©s. Mais si la magistrature est de bonne volontĂ©, et si elle compte des Ă©lĂ©ments de valeur, ses effectifs sont ridiculement rĂ©duits par rapport Ă  l’Ă©tendue du territoire qu’elle doit contrĂŽler. L’agent, en pratique, Ă©chappe donc dans la majoritĂ© des cas Ă  toute surveillance efficace de la justice. La surveillance exercĂ©e sur lui par l’administration elle-mĂȘme est encore plus lĂąche. L’administration tout entiĂšre est tendue vers l’objectif majeur qui lui est assignĂ©, et qui est la rĂ©colte du caoutchouc. Un agent qui a la main un peu lourde sait qu’on ne lui en fera pas grief s’il atteint un bon niveau de production. Une baisse dans la production est la seule chose qui ne se pardonne pas.

Les conséquences de ce systÚme, pour les populations vivant dans les régions caoutchoutiÚres, sont faciles à deviner, et elles se résument en peu de mots : astreintes à un travail forcé intensif, souvent inhumain, elles souffrirent aussi durement dans leur chair.

La Commission d’EnquĂȘte envoyĂ©e au Congo en 1904-1905 a dĂ©crit de maniĂšre concrĂšte ce qu’Ă©tait la vie de l’indigĂšne soumis au travail forcĂ© :

(p.107) « Dans la plupart des cas, il doit, chaque quinzaine, faire une ou deux journĂ©es de marche, et parfois davantage, pour se rendre Ă  l’endroit de la forĂȘt oĂč il peut trouver, en assez grande abondance, les lianes caoutchoutiĂšres. LĂ , le rĂ©colteur mĂšne, pendant un certain nombre de jours, une existence misĂ©rable. Il doit se construire un abri improvisĂ©, qui ne peut Ă©videmment remplacer sa hutte, il n’a pas la nourriture Ă  laquelle il est accoutumĂ©, il est privĂ© de sa femme, exposĂ© aux intempĂ©ries de l’air et aux attaques des bĂȘtes fauves. Sa rĂ©colte, il doit l’apporter au poste de l’État ou de la Compagnie, et ce n’est qu’aprĂšs cela qu’il rentre dans son village, oĂč il ne peut guĂšre sĂ©journer que deux ou trois jours, car l’Ă©chĂ©ance nouvelle le presse. Il en rĂ©sulte que, quelle que soit son acti­vitĂ© dans la forĂȘt caoutchoutiĂšre, l’indigĂšne, Ă  raison des nombreux dĂ©placements qui lui sont imposĂ©s, voit la majeure partie de son temps absorbĂ© par la rĂ©colte du caoutchouc ‘. »

À ces souffrances du travail forcĂ© s’ajoutaient celles dues aux mĂ©thodes de coercition. Si l’EuropĂ©en, dans le poste qu’il dirigeait, se contentait en gĂ©nĂ©ral de la chicotte et de la prise d’otages, les « senti­nelles », pour leur part, allaient beaucoup plus loin : dans les villages oĂč elles Ă©taient placĂ©es, et oĂč elles rĂ©gnaient en despotes, elles maltrai­taient et tuaient. On tuait aussi lors des expĂ©ditions militaires dirigĂ©es contre des villages «rĂ©fractaires Ă  l’impĂŽt», et qui Ă©taient frĂ©quentes. C’est de ces expĂ©ditions que, dans certaines rĂ©gions, des soldats rappor­taient des mains coupĂ©es aux morts ( ou aux mourants ), afin de prouver Ă  leurs officiers qu’ils avaient fait bon usage des cartouches qu’on leur avait distribuĂ©es2.

Casement qui, en sa qualitĂ© de consul britannique au Congo, avait menĂ© sur place une enquĂȘte directe – c’est l’enquĂȘte qui lui permettra d’Ă©crire le fameux Casement Report – dĂ©nonçait en septembre 1903, dans une lettre au vice-gouverneur gĂ©nĂ©ral du Congo, les sources du mal profond qu’il avait constatĂ© :

 

I cannot conceal from Your Excellency that, to me, the responsibility for the dreadful state of affairs prevailing in many parts of thé country I have visited is not to be attributed to the  meaner instruments of crime and the savage agents of extortion I have seen at their dirty work, but to the System of general exploitation of an entire population, which can only be rendered successful by the employment of arbitrary and illegal force.

 

1 Bulletin Officiel de l’État IndĂ©pendant du Congo, septembre-octobre 1905, pp. 191 -192.

2 Ces mutilations, on le notera, n’Ă©taient pas infligĂ©es Ă  titre de chĂątiment. La version populaire qui a tait et qui fait encore des « mains coupĂ©es » le symbole du rĂ©gime lĂ©opoldien a donc, sur ce point, dĂ©viĂ© vers la lĂ©gende.

 

(p.108) That population is supposed to be free and protected by excellent laws ; those laws are nowhere visible ; that force is everywhere. Well-nigh each village has its gang of armed and unscrupulous ruffians quartered upon it ; and where they are not actively present, the shadow of the public forces of this Government in the background, ready to be impelled into any district failing or unwilling to comply which th” excessive demands continuously made upon it by th” public officials of this country, serves as an ever-impending reminder of the doom awaiting the recalcitrants. Communities that fail to satisfy the unceasing demands made upon them, either for India-rubber, food-stuffs, or some other local want of the European establishments in their neighbourhood are then said to be « in a state of revolt », and the entire population, men, women, and children, are treated worse than the worst criminals in any country I have knowledge of…

 

Ce tableau fort sombre ne doit cependant pas ĂȘtre appliquĂ© en bloc au Congo de LĂ©opold II. Ce serait lĂ  une gĂ©nĂ©ralisation grossiĂšre. Casement lui-mĂȘme l’Ă©vite puisque, dans la lettre que nous venons de citer, il parle de many parts of the country. Les sentiments d’horreur de Casement, d’autre part, Ă©taient d’autant plus vifs qu’il comparait la situation Ă  celle qu’il avait connue durant les premiĂšres annĂ©es de l’État IndĂ©pendant, c’est-Ă -dire Ă  une Ă©poque oĂč le systĂšme gĂ©nĂ©rateur d’abus n’existait pas encore.

Du point de vue chronologique, en effet, le systĂšme d’exploitation domaniale ne fut introduit qu’Ă  partir de 1891-1892 et, dans certaines rĂ©gions, de maniĂšre nettement plus tardive. À dater de 1906, par ailleurs,

 

1 Je ne puis dissimuler Ă  Votre Excellence que, Ă  mon avis, la responsabilitĂ© de la situation affreuse qui prĂ©vaut dans de nombreuses rĂ©gions du pays que j’ai visitĂ©es ne doit pas ĂȘtre attribuĂ©e aux criminels minables et aux sauvages agents d’extorsion que j’ai vus Ă  l’Ɠuvre dans leur rĂ©pugnant travail, mais au .systĂšme d’exploitation gĂ©nĂ©rale d’une population entiĂšre, systĂšme qui ne peut ĂȘtre rendu efficace que par l’emploi d’une violence arbitraire et illĂ©gale.

Cette population est supposĂ©e ĂȘtre libre et ĂȘtre protĂ©gĂ©e par des lois excellentes ; ces lois, on ne les aperçoit nulle part ; la violence, elle, est partout. Dans presque tous les villages, on trouve cantonnĂ©e une bande de brutes armĂ©es et sans scrupules ; et quand les forces armĂ©es du Gouvernement ne sont pas prĂ©sentes et actives, l’ombre, Ă  l’arriĂšre-plan, de ces forces, prĂȘtes Ă  ĂȘtre engagĂ©es dans tout district qui n’a pas pu ou voulu se soumettre aux exigences continuellement imposĂ©es par les agents du Gouvernement, joue le rĂŽle d’un rappel toujours menaçant du sombre destin qui attend les rĂ©calcitrants.

Les communautĂ©s qui ne rĂ©ussissent pas Ă  satisfaire ces exigences incessantes, que ce soit pour le caoutchouc, pour des vivres, ou pour tout autre besoin spĂ©cifique des Ă©tablis­sements europĂ©ens situĂ©s dans leur voisinage, sont dĂ©clarĂ©es dans ce cas ĂȘtre « en Ă©tat de rĂ©volte », et la population entiĂšre, hommes, femmes et enfants, est traitĂ©e d’une maniĂšre pire que les pires criminels dans aucun pays que je connaisse.

 

Casement Ă  Fuchs, 12 septembre 1903 ; copie dans les Morel Papers ( London, British Library of Political and Economie Science ).

 

(p.109) l’État limitera de plus en plus strictement le recours aux moyens de coercition qui avaient engendrĂ© le plus de violences ( c’est-Ă -dire essen­tiellement le systĂšme des «sentinelles» et les expĂ©ditions militaires), ce qui aura pour effet d’Ă©liminer la plus grosse partie des abus. D’un point de vue gĂ©ographique, en second lieu, seules les zones riches en caout­chouc oĂč le rĂ©gime domanial Ă©tait appliquĂ© – et qui se trouvaient prin­cipalement dans la cuvette congolaise – connurent ces annĂ©es sombres. MĂȘme dans ces zones, un bon nombre d’agents surent obtenir les pres­tations exigĂ©es des indigĂšnes en se conduisant avec humanitĂ© et en usant du minimum de contrainte.

Le tableau doit donc souvent ĂȘtre nuancĂ© ou adouci. Il ne saurait    ‱ cependant l’ĂȘtre lorsque l’on Ă©voque le cas particulier des sociĂ©tĂ©s concessionnaires.

Si l’État, en effet, exploita le plus souvent son domaine de maniĂšre . directe – ce qui est le rĂ©gime que nous avons dĂ©crit jusqu’ici – il usa aussi, pour deux rĂ©gions de la cuvette congolaise, de la formule de la concession: les sociĂ©tĂ©s concessionnaires, l’Abir et l’Anversoise, reçu­rent Ă  la fois le droit de rĂ©colter les produits du domaine et celui de percevoir l’impĂŽt – c’est-Ă -dire, en pratique, le droit d’exiger Ă  leur profit le travail des indigĂšnes. L’État, en Ă©change, obtenait gratuitement la moitiĂ© des actions des sociĂ©tĂ©s et touchait par consĂ©quent la moitiĂ© des dividendes. L’Abir et l’Anversoise firent des bĂ©nĂ©fices inouĂŻs, mais leurs concessions furent des enfers. Les agents de ces sociĂ©tĂ©s ne connais­saient qu’une loi: celle du lucre. Leur conduite, dans plus d’un cas, ne diffĂ©ra guĂšre de celle des « sentinelles » indigĂšnes qu’ils employaient.

D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, il est clair que, partout oĂč fut appliquĂ© le rĂ©gime domanial, le sort des indigĂšnes dĂ©pendit en partie de ce que valaient, comme hommes, les agents europĂ©ens. LĂ  oĂč les agents valaient le moins, comme dans les sociĂ©tĂ©s concessionnaires, le sort des indigĂšnes fut particuliĂšrement tragique. Mais les hommes, quels qu’ils fussent, quelles que fussent leurs vertus ou leurs dĂ©ficiences, Ă©taient tous dominĂ©s et Ă©crasĂ©s par le systĂšme, qui exerçait sur eux une pression irrĂ©sistible. C’Ă©tait le systĂšme qui, fatalement, devait engendrer de graves abus.

On le vit fort bien au moment oĂč il fut aboli. Ceux qui dĂ©nonçaient   -les abus du Congo dĂ©claraient avec force que ces abus ne pourraient prendre fin que si l’on Ă©liminait de l’administration du pays tous ceux qui les avaient commis. En fait, cette Ă©puration massive ne fut nulle­ment nĂ©cessaire. L’État du Congo, nous l’avons dit, introduisit des mesures de rĂ©forme importantes dĂšs 1906, sans renoncer cependant au travail forcĂ©. AprĂšs l’annexion Ă  la Belgique, en 1908, le travail forcĂ©, lui-mĂȘme fut supprimĂ©. La situation des indigĂšnes s’amĂ©liora trĂšs rapidement (
).

 

(p.111) Chose curieuse, l’État IndĂ©pendant ne remboursera pas Ă  la Belgique le montant des deux prĂȘts qui lui avaient Ă©tĂ© octroyĂ©s. Ses gĂ©nĂ©rositĂ©s envers la Belgique prendront une autre forme : une grandiose politique de travaux publics et d’urbanisme va ĂȘtre entreprise, sur le sol belge, aux frais du Congo. À partir de 1900, partout les chantiers s’ouvrent: construction de l’Arcade du Cinquantenaire, Ă  Bruxelles, construction du MusĂ©e de Tervuren, agrandissement du chĂąteau de Laeken, travaux Ă  Ostende, travaux d’urbanisme divers.

 

(p.114) DĂšs 1888-1889, les points qu’il faudrait chercher Ă  atteindre sont prĂ©cisĂ©s : c’est le Haut-ZambĂšze, le lac Nyassa, le lac Victoria, le Haut-Nil. Toute une politique s’Ă©labore afin d’atteindre ces objectifs. Pour la poussĂ©e vers l’est, par exemple, c’est sur une alliance avec les Arabes que l’on compte : on espĂšre obtenir leur appui afin d’Ă©tendre l’influence de l’État jusqu’au lac Victoria.

Cette vaste politique, mais qui manquait de moyens, va presque partout rencontrer l’Ă©chec. Les expĂ©ditions projetĂ©es vers le Haut-ZambĂšze n’aboutiront pas. On ne parviendra pas Ă  s’entendre avec les Arabes et bien au contraire, il faudra en fin de compte engager la lutte contre eux. Mais dans une direction cependant, la poussĂ©e va persister, et elle persistera presque jusqu’Ă  la fin de l’État IndĂ©pendant : la direc­tion du Nil.

Les efforts dĂ©ployĂ©s de ce cĂŽtĂ©, et qui seront Ă©paulĂ©s en Europe par des manƓuvres diplomatiques de grande envergure, seront incessants. Faute de pouvoir dĂ©crire dans le dĂ©tail cette politique du Nil, marquons-en au moins quelques Ă©tapes essentielles. En 1890 – c’est-Ă -dire dĂšs le moment oĂč, grĂące Ă  l’aide financiĂšre apportĂ©e au Congo par la Belgique, ses ressources s’accroissent quelque peu -, LĂ©opold II organise et dirige vers le Nil la plus grosse expĂ©dition qu’il ait montĂ©e jusqu’alors en Afrique: l’expĂ©dition Van Kerckhoven. DĂšs 1892, l’expĂ©dition atteint le Haut-Nil, alors que d’autres forces congolaises poussent en direction du Bahr-el-Ghazal. En 1894, l’Angleterre, s’inclinant devant ce qui est dĂ©jĂ  en grande partie un fait accompli, accepte l’occupation du Soudan mĂ©ridional par LĂ©opold II : elle conclut avec lui un traitĂ© par lequel elle lui accorde Ă  bail – en qualitĂ©, par consĂ©quent, de locataire – tout le sud du bassin du Nil, au sud du 10e degrĂ© de latitude (ce qui est la latitude de Fashoda ). Ce locataire aura pour avantage, considĂšre-t-elle, d’Ă©carter du Haut-Nil un autre compĂ©titeur beaucoup plus redoutable, et qui est la France.

(p.115) Mais la France, prĂ©cisĂ©ment, va se fĂącher et, usant de tous les moyens de pression dont elle dispose, elle va forcer LĂ©opold II Ă  renoncer au bĂ©nĂ©fice de son accord avec l’Angleterre. En aoĂ»t 1894, LĂ©opold II s’en­gage Ă  renoncer Ă  toute occupation du territoire qui lui a Ă©tĂ© donnĂ© Ă  bail ; il ne garde le droit d’occuper que la partie la plus mĂ©ridionale du bail, ce que l’on appellera dĂ©sormais l’enclave de Lado.

Est-ce la fin de la politique du Nil? Nullement, car aprĂšs un bref temps d’arrĂȘt elle va prendre plus d’ampleur encore. En 1896, on assiste Ă  la concentration dans l’est du Congo d’une expĂ©dition qui est sans doute la plus considĂ©rable que l’Afrique centrale ait jamais connue au xixe siĂšcle. Cette expĂ©dition, qui est placĂ©e sous la direction de Dhanis, a pour objectif officiel l’enclave de Lado, qui est un objectif parfaitement lĂ©gitime, puisque LĂ©opold II a conservĂ© le droit d’occu­per Lado. Mais nous savons aujourd’hui ce qu’Ă©tait son objectif vĂ©ritable : aprĂšs avoir traversĂ© la rĂ©gion oĂč le traitĂ© d’aoĂ»t 1894 avec la France interdisait Ă  LĂ©opold II toute occupation, elle devait, au nord de cette rĂ©gion, c’est-Ă -dire au nord du parallĂšle de Fashoda, et en direction de Khartoum, planter sur les bords du Nil le drapeau congolais.

Les pensĂ©es et les ambitions de LĂ©opold II ne s’arrĂȘtent d’ailleurs pas Ă  Khartoum. Au-delĂ  de Khartoum il y a l’ErythrĂ©e, cette ErythrĂ©e qu’Ă  la suite du dĂ©sastre d’Adoua de mars 1896, une partie considĂ©rable de l’opinion italienne paraĂźt disposĂ©e Ă  abandonner. LĂ©opold II, lĂ  aussi, est prĂȘt Ă  saisir sa chance. Il est en nĂ©gociations secrĂštes avec le gouverne­ment italien, Ă  qui il offre de reprendre l’ErythrĂ©e Ă  bail. Des rives du Congo, l’Empire africain de LĂ©opold II s’Ă©tendrait ainsi jusqu’Ă  la mer Rouge.

La rĂ©alisation de ces projets grandioses dĂ©pendait du succĂšs de l’ex­pĂ©dition Dhanis. Ils vont s’Ă©crouler lorsque l’expĂ©dition elle-mĂȘme va s’effondrer. En 1897 en effet, aux confins des bassins du Congo et du Nil, une partie des troupes de Dhanis se rĂ©volte, et l’expĂ©dition tout entiĂšre finit par sombrer dans cette rĂ©volte. Avec des moyens qui sont dĂ©sor­mais beaucoup plus limitĂ©s – car l’expĂ©dition Dhanis Ă©tait rĂ©ellement le grand atout sur lequel il avait presque tout misĂ© -, LĂ©opold II rĂ©ussira nĂ©anmoins Ă  occuper l’enclave de Lado et, avec une persĂ©vĂ©rance inlas­sable, tentera de pousser ses forces vers le nord. Ses efforts Ă  la fois mili­taires et diplomatiques pour obtenir une partie aussi considĂ©rable que possible du Soudan mĂ©ridional dureront ainsi jusqu’en 1906, date d’un nouvel accord avec l’Angleterre et de l’Ă©chec final: en 1906, loin d’arra­cher aucune concession territoriale Ă  l’Angleterre, LĂ©opold II devra consentir Ă  ce que l’enclave de Lado soit Ă©vacuĂ©e aprĂšs sa mort. C’Ă©tait, selon les propres mots du Roi, « son Fashoda ».

 

(p.124) En faisant le rapprochement LĂ©opold II-Rhodes, on met cependant le doigt, du mĂȘme coup, sur une diffĂ©rence profonde. L’impĂ©rialisme de Rhodes Ă©tait nourri d’une foi profonde dans la supĂ©rioritĂ© de la race britannique. Rien n’indique par contre que LĂ©opold II ait jamais cru Ă  la vertu surhumaine des Belges ; il Ă©tait le premier, au contraire, Ă  les juger quand il le fallait avec une sĂ©vĂ©ritĂ© un peu mĂ©prisante. Mais c’est prĂ©ci­sĂ©ment parce que la Belgique Ă©tait petite qu’il avait pour elle des visions de grandeur: il en tirait le sentiment exaltant d’ĂȘtre, Ă  lui seul, l’artisan de cette grandeur.

 

(p.128) La Belgique, aprĂšs 1908, a le Congo et elle s’en satisfait pleinement. Elle ne songe pas Ă  acquĂ©rir quoi que ce soit d’autre.

L’acquisition du Ruanda-Urundi, aprĂšs la PremiĂšre Guerre mondiale – Ă  titre non de colonies, d’ailleurs, mais de mandat de la SDN – ne sera nullement le rĂ©sultat d’une volontĂ© expansionniste. Ce sera un accident non prĂ©mĂ©ditĂ©. Ayant menĂ© en Afrique des opĂ©rations militaires victo­rieuses contre les forces allemandes, la Belgique se refusera, par une sorte de rĂ©flexe, Ă  en perdre le bĂ©nĂ©fice. On ne revient pas d’une guerre victorieuse les mains vides. Cela aussi, Ă  bien voir les choses, est pleine­ment orthodoxe.

Léopold II avait créé le Congo, mais un Congo à lui, aussi original que lui ; la Belgique en a fait une colonie classique.

 

(p.201) La politique belge, faut-il le dire, n’a jamais Ă©tĂ© une politique d’assimilation, tendant Ă  fondre les Congolais dans un moule belge. Mais ce Ă  quoi l’on visait, c’était Ă  attirer vers le Belgique seule toute la fidĂ©litĂ© et tout l’attachement sentimental des Congolais.

 

(p.204) Les Noirs le ressentaient. Le travailleur africain de LĂ©opoldville faisait la comparaison entre son logement, ses ressources, ses difficultĂ©s, et le luxe des quartiers europĂ©ens, et ses rĂ©flexions n’Ă©taient pas toujours amĂšnes. Mais il pouvait faire aussi la comparaison entre LĂ©opoldville et Brazzaville, entre son sort matĂ©riel et celui des Africains du Congo fran­çais, de l’autre cĂŽtĂ© du Stanley Pool, et cette comparaison-lĂ  Ă©tait incontestablement Ă  son avantage. Si l’on se tient Ă  ce second volet – c’est-Ă -dire si l’on envisage le niveau de rĂ©munĂ©rations et le niveau de vie des Congolais par rapport Ă  celui des Africains des autres colonies tropicales – on peut dire que les rĂ©sultats obtenus par le rĂ©gime belge Ă©taient, dans l’ensemble, parmi les plus brillants d’Afrique.

L’action mĂ©dicale fut, quant Ă  elle, d’une remarquable efficacitĂ©. LĂ  aussi, cependant, le dĂ©marrage fut lent, et l’on avait mĂȘme commencĂ© non par des succĂšs, mais par des catastrophes. Le premier rĂ©sultat de l’arrivĂ©e des EuropĂ©ens au Congo fut en effet, une chute considĂ©rable de la population. La Commission pour la Protection des IndigĂšnes, dans son rapport de 1919, estimait que, depuis le dĂ©but de l’occupation euro­pĂ©enne, la population du Congo avait sans doute Ă©tĂ© rĂ©duite de moitiĂ©. L’estimation Ă©tait peut-ĂȘtre trop pessimiste, mais elle venait de person­nalitĂ©s sĂ©rieuses et compĂ©tentes. On a cru parfois trouver la cause prin­cipale de cette dĂ©population dans les abus dont les indigĂšnes furent victimes Ă  l’Ă©poque de LĂ©opold II. C’est lĂ  une vue polĂ©mique parfaite­ment absurde. À l’origine de la dĂ©population se trouve avant tout la mortalitĂ© causĂ©e par diffĂ©rentes maladies, le plus souvent Ă©pidĂ©miques, dont les ravages furent effroyables. La variole, et plus encore la maladie du sommeil, furent les flĂ©aux les plus Ă©pouvantables. Certaines rĂ©gions furent littĂ©ralement vidĂ©es par la maladie du sommeil. Dans cette exten­sion tragique des maladies, la responsabilitĂ© directe incombe incontes­tablement aux colonisateurs europĂ©ens: en crĂ©ant des courants de circulation, ils ont fait circuler et, en fait, le plus souvent, apportĂ© les maladies. (p.205) Mais c’est le type de la responsabilitĂ© sans fautre : nulle part dans le monde, pratiquement, on n’a pu ouvrir des pays neufs, isolĂ©s, aux contacts extĂ©rieurs, sans provoquer de telles catastrophes dĂ©mographiques. La place du Congo, dans le tableau gĂ©nĂ©ral de ces catastrophes, qui s’échelonnent du XVIe au XXe siĂšcle, est, si l’on voit bien les choses, une place en quelque sorte moyenne. (
)

 

(p.206) Certains, Ă  propos de l’enseignement, n’ont pas hĂ©sitĂ© Ă  parler d’une vĂ©ritable faillite de la Belgique. À l’appui de ce constat de faillite revien­nent toujours, bien entendu, les seize diplĂŽmĂ©s universitaires de 1960: seize, souligne-t-on, pour un pays de treize millions d’habitants, et qui accĂ©dait Ă  l’indĂ©pendance. En retenant provisoirement ( nous devrons revenir lĂ -dessus par la suite ) le critĂšre un peu simpliste dont on se sert (p.207) en l’occurrence, et qui consiste Ă  mesurer l’ensemble d’une Ɠuvre d’en­seignement Ă  l’aune du nombre de diplĂŽmĂ©s universitaires, il nous faut d’emblĂ©e faire deux observations.

Tout d’abord, le Congo n’a pas Ă©tĂ© une Cendrillon qui faisait contraste avec tout le reste de l’Afrique. Avec les territoires de l’Afrique occiden­tale, certes, ou encore avec le Kenya ou l’Ouganda, le contraste a Ă©tĂ© vif: dans ces pays, aux environs de 1960, les Africains qui avaient bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une formation universitaire se comptaient non par unitĂ©s, mais dĂ©jĂ  par centaines. Mais si l’on considĂšre la RhodĂ©sie du Nord (aujourd’hui Zambie) ou le Nyassaland (aujourd’hui Malawi), on y trouve, pour la mĂȘme Ă©poque, des chiffres qui ressemblent trĂšs fort Ă  ceux du Congo. Le Congo, on l’a souvent soulignĂ©, ne possĂ©dait au moment de son indé­pendance aucun mĂ©decin africain, mais la Zambie ( 3 millions et demi d’habitants), au moment de sa propre accession Ă  l’indĂ©pendance, en 1964, n’en possĂ©dait que trois. Il y a donc eu, suivant les pays d’Afrique, de grosses inĂ©galitĂ©s de dĂ©veloppement, et nullement une opposition Congo-reste de l’Afrique.

Une deuxiĂšme remarque, beaucoup plus importante, est que ce que l’on a qualifiĂ© de faillite se ramĂšne au fond essentiellement Ă  un retard – un retard dans la formation des Ă©lites universitaires qui, par rapport Ă  l’Afrique orientale britannique par exemple, Ă©tait approximativement d’une dizaine ou d’une quinzaine d’annĂ©es. Dans les derniĂšres annĂ©es du rĂ©gime belge, cependant, la machine s’Ă©tait mise en marche. Deux universitĂ©s avaient Ă©tĂ© fondĂ©es, la premiĂšre, l’UniversitĂ© catholique de Lovanium, prĂšs de LĂ©opoldville, en 1954, puis l’UniversitĂ© de l’État Ă  Élisabethville, en f 956. De jeunes Africains commençaient Ă©galement Ă  arriver dans les universitĂ©s belges. Un petit nombre d’annĂ©es auraient sans doute suffi pour faire passer le Congo, au point de vue des effectifs universitaires, de la catĂ©gorie des pays presque dĂ©shĂ©ritĂ©s Ă  celle des pays se situant, dans le cadre africain, dans une trĂšs honorable moyenne.

Le phĂ©nomĂšne historique qu’il importe d’expliquer est donc, non pas une faillite, mais le retard du Congo par rapport Ă  d’autres pays africains. C’est un phĂ©nomĂšne de dĂ©calage dans le dĂ©veloppement. La raison fondamentale de ce dĂ©calage est facile Ă  dĂ©couvrir : c’est que le secteur de l’enseignement a Ă©tĂ©, pendant longtemps, abandonnĂ© aux missions. (
)

 

(p.208) Le rĂŽle capital jouĂ© par les missions dans l’enseignement n’a pas Ă©tĂ© propre, certes, au seul Congo. On le rencontre ailleurs encore en Afrique, notamment dans les territoires britanniques. Mais presque toujours, et par exemple dans les colonies britanniques, l’administration coloniale a pris soin d’Ă©laborer des plans, un programme d’enseignement, et a fait appel aux missions, dans une mesure plus ou moins grande, pour rĂ©ali­ser ce programme.

Au Congo – et c’est lĂ  que rĂ©side l’originalitĂ© du cas – il n’y a pas eu de plan dressĂ© par le gouvernement. Toute l’initiative a Ă©tĂ© laissĂ©e aux missions, et le gouvernement s’est bornĂ© Ă  subsidier ce que les missions crĂ©aient. Bien entendu, l’administration coloniale a fait de temps Ă  autre des suggestions, exprimĂ© des desiderata, mais il n’y a rien eu qui ressem­blĂąt Ă  un programme gouvernemental d’ensemble.

La consĂ©quence en est que les missionnaires, laissĂ©s libres d’agir, ont rĂ©alisĂ© par prioritĂ© ce qu’ils devaient naturellement rĂ©aliser en tant que missionnaires.

Comme missionnaires, leur tendance naturelle, et mĂȘme leur devoir Ă©tait tout d’abord de faire de l’enseignement un instrument d’Ă©vangĂ©li-sation de la masse. Ceci impliquait le dĂ©veloppement, au maximum, de l’enseignement primaire et c’est de ce cĂŽtĂ© qu’a portĂ©, en effet, l’effort majeur des missionnaires.

 

(p.210) Pour comprendre le monopole des missions, il faut comprendre la psychologie qui a Ă©tĂ© longtemps celle de tous les dirigeants de la poli­tique coloniale belge, hommes de gauche et hommes de droite indis­tinctement : pour eux – et c’Ă©tait chez eux une conviction profonde -instruction et Ă©vangĂ©lisation devaient nĂ©cessairement aller de pair. L’instruction, pensaient-ils, ne pouvait avoir de valeur que si elle Ă©tait accompagnĂ©e d’une Ă©ducation morale. Or la formation morale ne pouvait ĂȘtre le fruit que de l’Ă©vangĂ©lisation.

Le texte le plus cĂ©lĂšbre, Ă  cet Ă©gard, que l’on a citĂ© et rĂ©citĂ© en toute occasion, est celui d’un homme qui Ă©tait Ă  la fois libĂ©ral, agnostique et franc-maçon, Louis Franck, ministre des Colonies de 1918 Ă  1924. Franck Ă©crivait en 1924: «Pour l’Ă©ducation morale, c’est sur l’Ă©vangĂ©li­sation qu’il faut surtout compter. On ne fera rien de permanent sans elle. Cette conviction est indĂ©pendante de toute conviction de foi ou de dogme. Elle est basĂ©e sur cette observation que la vie indigĂšne est profondĂ©ment pĂ©nĂ©trĂ©e de religiositĂ© et de mystĂšre. Seul un autre senti­ment religieux, plus Ă©levĂ©, mais aussi profond, paraĂźt capable de remplacer ces influences traditionnelles et d’amener la moralitĂ© indi­gĂšne Ă  un plan supĂ©rieur 1. »

Les idĂ©es de Louis Franck, mĂȘme si elles Ă©taient discutables, avaient en tout cas une certaine envolĂ©e. Mais les hommes de gauche qui Ă©taient convaincus, comme lui, de la nĂ©cessitĂ© de l’Ă©vangĂ©lisation, se laissaient guider, en gĂ©nĂ©ral, non pas par un raisonnement aussi Ă©levĂ©, mais par une idĂ©e beaucoup plus simple : on avait affaire, au Congo, Ă  des populations frustres, et quand il s’agit de donner Ă  des Ăąmes frustres une bonne morale Ă©lĂ©mentaire, rien ne vaut la religion.

 

1 L. Franck, Quelques aspects de notre politique indigĂšne au Congo, dans le recueil Études de colonisation comparĂ©e, Bruxelles, 1924, p. 123.

 

(p.211) On retrouve ici trĂšs exactement l’attitude d’esprit qui avait Ă©tĂ© celle de la bourgeoisie Ă  l’Ă©gard des classes populaires, dans l’Europe occiden­tale du milieu du xixe siĂšcle. Le parallĂšle est frappant. Les bourgeois voltairiens du milieu du siĂšcle, qui n’avaient pas de foi religieuse, et qui n’en dĂ©siraient pas pour leurs propres enfants, Ă©taient les premiers Ă  dĂ©clarer qu’« il fallait une religion pour le peuple ». La loi sur l’enseigne­ment primaire de 1842, en Belgique, qui donnait Ă  l’Ă©cole communale, c’est-Ă -dire Ă  l’Ă©cole pour les enfants du peuple, un caractĂšre pratique­ment confessionnel, fut votĂ©e Ă  la quasi-unanimitĂ© des libĂ©raux comme des catholiques. Pour des gens simples, considĂ©rait-on, il fallait une morale simple, mais une morale qui s’impose en mĂȘme temps avec force : rien ne valait Ă  cet Ă©gard les prĂ©ceptes simples de la morale reli­gieuse – «Tu feras ceci», «Tu ne feras pas cela» – solidement appuyĂ©s par l’appareil de sanctions de la religion, sanctions de ce monde et sanc­tions de l’au-delĂ . Religion et morale ainsi unies constituaient en mĂȘme temps le meilleur rempart de l’ordre social. «La religion est la seule garantie de l’ordre», Ă©crivait en 1845 un homme politique belge, fidĂšle interprĂšte des vues dominantes de son Ă©poque.

Toutes ces idĂ©es appliquĂ©es au me siĂšcle aux classes populaires d’Eu­rope ont Ă©tĂ© transposĂ©es par la suite, en gros, aux indigĂšnes du Congo. MĂȘme l’idĂ©e de la garantie de l’ordre – non pas de l’ordre social, mais de l’ordre tout court – s’est retrouvĂ©e au Congo, trĂšs forte elle aussi. Si l’on ne s’efforçait pas de rĂ©pandre le christianisme et sa morale, soulignait-on, on risquait de voir se dĂ©velopper d’autres religions, d’autres fois reli­gieuses qui, elles, n’inspireraient pas, bien au contraire, le respect de l’autoritĂ©. Ces religions, c’Ă©tait par exemple l’Islam, que l’on craignait comme la peste, car l’on s’imaginait qu’il serait nĂ©cessairement xĂ©no­phobe et porteur d’idĂ©es subversives. C’Ă©taient Ă©ventuellement aussi des religions autochtones : on avait sous les yeux l’exemple du kibanguisme, qui s’Ă©tait dĂ©veloppĂ© dans le Bas-Congo au lendemain de la PremiĂšre Guerre mondiale et qui avait effectivement pris, aux environs de 1930, une allure souvent hostile Ă  l’autoritĂ© coloniale, et mĂȘme anti­europĂ©enne. En l’absence de la foi chrĂ©tienne, enfin, l’on redoutait l’influence que pourrait exercer la foi communiste.

Citons Ă  cet Ă©gard un texte, trĂšs caractĂ©ristique, datant de 1948. «L’Ă©volution des indigĂšnes, Ă©crit l’auteur, doit aller de pair avec une formation morale et religieuse solide. Une Ă©volution intellectuelle et technique sans contre-valeur spirituelle et morale serait extrĂȘmement dangereuse, car elle exposerait les esprits Ă  toutes les propagandes subversives, notamment Ă  la propagande communiste. L’État a Ă©tabli rĂ©cemment en certaines villes des institutions scolaires neutres pour enfants europĂ©ens. Cette initiative n’aura sans doute pas d’autre

(p.212) consĂ©quence fĂącheuse pour la colonie que les lourdes charges qui en rĂ©sulteront pour son budget. Mais si l’on s’avisait d’Ă©tendre cette mesure aux indigĂšnes en Ă©tablissant pour eux des Ă©coles laĂŻques Ă  caractĂšre neutre, ce serait tĂŽt ou tard la catastrophe. Nous n’hĂ©sitons pas Ă  dire que ceux qui prendraient pareille responsabilitĂ© commettraient un crime contre la colonie. »

Ces lignes, en 1948, Ă©taient du cardinal Van Roey, archevĂȘque de Malines1, mais en 1948 encore, parmi les coloniaux, bon nombre de libĂ©raux et mĂȘme certains socialistes n’auraient sans doute pas hĂ©sitĂ© Ă  y souscrire.

L’Ă©volution des esprits, en effet, dans les milieux de gauche, a Ă©tĂ© fort lente. Il a fallu cependant que l’on entende pour finir les voix des Afri­cains eux-mĂȘmes. Les parents congolais non chrĂ©tiens – ou encore les parents chrĂ©tiens mais qui s’entendaient mal avec les missionnaires – se plaignaient de la difficultĂ© de trouver une Ă©cole pour leurs enfants. En principe, certes, les Ă©coles missionnaires devaient ĂȘtre ouvertes aux enfants non chrĂ©tiens, mais de la thĂ©orie Ă  la pratique, il y a souvent une certaine distance, et ĂȘtre mal vu des missionnaires signifiait dans plus d’un cas ne pas pouvoir faire faire d’Ă©tudes Ă  ses enfants. Les parents congolais qui se trouvaient ainsi lĂ©sĂ©s ont rĂ©clamĂ© des Ă©coles officielles. Auguste Buisseret – le ministre qui devait prendre l’initiative de crĂ©er ces Ă©coles – a souvent racontĂ© un fait qui l’avait fort frappĂ©. À Luebo, dans le KasaĂŻ, en 1947, une mission parlementaire belge dont il faisait partie avait Ă©tĂ© accueillie par un groupe d’Africains qui avaient entonnĂ© un chant en son honneur. Ce chant cĂ©lĂ©brait la gloire et les mĂ©rites de la Belgique, mais au second couplet, les Congolais attaquaient en chƓur:

« Le Congo demande encore à la Belgique chérie

Une école laïque pour les garçons et les filles2 ! »

Une fois qu’une telle demande Ă©tait formulĂ©e par des Congolais eux-mĂȘmes, les hommes de gauche, en Belgique, ne pouvaient pas, sauf Ă  fouler aux pieds leurs principes les plus fondamentaux, ne pas y donner suite. Ce fut une des origines les plus directes de la politique nouvelle inaugurĂ©e par Buisseret en 1954.

 

1 E. Van Roey, Visions du Congo, Bruxelles, 1948, pp. 29-30. iurs à la Chambre du 7 décembre 1954.

2 Discours à la Chambre du 7 décembre 1954.

 

(p.213) Par la suite, on ne cessera d’aligner des statistiques toujours triom­phales. En 1955, soulignait-on, les effectifs scolaires reprĂ©sentaient au Congo 10 pour 100 de la population, alors que le pourcentage n’Ă©tait que de 7 pour 100 au Ghana, de 6 pour 100 aux Indes, de 3 pour 100 dans les territoires français de l’Afrique Équatoriale.

 

(p.218) Un des Ă©lĂ©ments de faiblesse, comme instrument culturel, de l’ensei­gnement primaire, a Ă©tĂ© l’engouement des missionnaires pour les langues indigĂšnes. De tous les territoires d’Afrique, le Congo est, en effet, celui oĂč l’on a le plus largement usĂ© dans les Ă©coles des langues indigĂšnes. Ceci est Ă  mettre en rapport direct, sans aucun doute, avec l’origine gĂ©ographique de la majoritĂ© des missionnaires. Soixante-quinze Ă  quatre-vingts pour cent des religieux belges enseignant au Congo Ă©taient des Flamands. Certains, dans la prĂ©fĂ©rence qu’ils ont donnĂ©e aux langues indigĂšnes, ont sans doute Ă©tĂ© mus par le peu de sympathie qu’ils Ă©prouvaient pour la langue française. Mais un autre facteur psychologique a jouĂ© d’une maniĂšre beaucoup plus gĂ©nĂ©rale, et avec d’autant plus de force qu’il relevait, quant Ă  lui, d’une conception sincĂšre et dĂ©sintĂ©ressĂ©e du bien de l’Africain. TrĂšs simplement, beau­coup de missionnaires ont transportĂ© au Congo les convictions dont ils avaient Ă©tĂ© nourris en Flandre mĂȘme. Le grand malheur de la Flandre, leur avait-on dit et rĂ©pĂ©tĂ©, avait Ă©tĂ© son envahissement par une langue Ă©trangĂšre qui avait pris, dans les classes supĂ©rieures, la place de la langue flamande. La Flandre en avait profondĂ©ment souffert, car un peuple ne peut se dĂ©velopper naturellement et harmonieusement que

 

(1 C’est dans une large mesure, pour avoir violĂ© ce tabou, et pour avoir Ă©tĂ© le premier Ă  le violer, qu’un rapport sur l’enseignement rĂ©digĂ© en 1954 par MM. Coulon, Deheyn et Renson crĂ©era un vĂ©ritable scandale (La RĂ©forme de l’Enseignement au Congo Belge, Mission pĂ©dagogique Coulon-Deheyn-Renson, Bruxelles, 1954).)

 

(p.219) dans sa langue propre : telle a Ă©tĂ© l’idĂ©e fondamentale du mouvement flamand. De nombreux missionnaires ont Ă©tĂ© imbus de cette idĂ©e. Leur devoir, tel qu’il se dessinait clairement Ă  eux, Ă©tait d’Ă©pargner aux Congolais ce dont avaient souffert les Flamands. Il fallait que tous les Congolais conservent prĂ©cieusement le trĂ©sor de leurs langues afri­caines, reflets de leurs valeurs propres, reflets de leur Ăąme. Le devoir de ceux qui les enseignaient Ă©tait d’y veiller. Si nous ne remplissons pas ce devoir, pensaient et disaient les missionnaires, les Congolais pourront plus tard, et Ă  bon droit, nous reprocher d’avoir dĂ©truit leur patrimoine spirituel.

La politique de dĂ©fense et d’illustration des langues indigĂšnes a donc Ă©tĂ© conçue par les missionnaires pour le bien des Congolais. Ceux-ci, cependant – jusqu’Ă  prĂ©sent du moins – ne leur en ont su aucun grĂ©. On avait prĂ©dit, du cĂŽtĂ© flamand, que tĂŽt ou tard les Congolais eux-mĂȘmes prendraient conscience de la valeur fondamentale de leurs langues propres. On considĂ©rait cette Ă©volution comme inĂ©luctable : un peuple qui s’affirme, pensait-on, doit affirmer nĂ©cessairement les droits de sa langue, puisque le peuple et la langue ne font qu’un. Jusqu’Ă  prĂ©sent, cette prĂ©vision ne s’est pas rĂ©alisĂ©e. Le français est demeurĂ© jusqu’ici la seule langue que les Congolais ont eu soif d’apprendre et de connaĂźtre. Ils ont reprochĂ© aux missionnaires, et parfois de maniĂšre fort vive, de ne pas la leur avoir suffisamment enseignĂ©e. Lorsque des Ă©coles officielles laĂŻques ont Ă©tĂ© crĂ©Ă©es au Congo Ă  partir de 1954, leur succĂšs, qui a Ă©tĂ© grand, a Ă©tĂ© dĂ» pour une bonne part au fait que l’enseignement y Ă©tait donnĂ©, dĂšs le degrĂ© primaire, en langue française1.

Sur le plan Ă©ducatif et mĂȘme sur le plan politique, l’emploi systĂ©ma­tique des langues indigĂšnes dans les Ă©coles missionnaires – surtout, bien entendu, au degrĂ© primaire – n’a pas Ă©tĂ© sans de sĂ©rieuses consé­quences. La grosse majoritĂ© des Ă©lĂšves des Ă©coles de brousse ont Ă©tĂ© formĂ©s dans des langues dans lesquelles ils demeuraient en quelque sorte enfermĂ©s, avec peu de possibilitĂ© d’accĂ©der Ă  un niveau de culture supĂ©rieur (sic) D’autre part, comme les langues indigĂšnes variaient d’une rĂ©gion Ă  l’autre, l’accent mis sur ces langues n’a certainement pas favo­risĂ© l’unification morale du Congo. L’unification, vue sous son aspect linguistique, ne pouvait rĂ©sulter que de l’extension du français. Moins de français a signifiĂ© plus de fractionnement.

 

1 Dans une localitĂ© du KasaĂŻ, les missionnaires rĂ©pandirent une grande affiche illus­trĂ©e Ă©voquant l’histoire d’Ésaii et du plat de lentilles. Ésaii, rappelait la lĂ©gende, « a vendu son hĂ©ritage pour un plat de lentilles». Et l’on ajoutait, s’adressant aux Africains que l’on voulait dĂ©tourner de l’Ă©cole officielle: «Vendrez-vous votre Ăąme pour un peu de kifrançais?»

 

(p.233) Une seconde crise trĂšs grave se produisit au lendemain de la PremiĂšre Guerre mondiale. Le marchĂ© du cuivre, Ă  ce moment, se trouvait sursa­turĂ©, Ă  cause notamment de la mise en vente des stocks de guerre. Les cours s’effondraient. Encore une fois, devant les pertes accumulĂ©es, certains considĂ©raient qu’il fallait arrĂȘter au moins provisoirement la production et mettre en quelque sorte l’affaire en veilleuse. C’Ă©tait la politique de prudence, qu’avaient pratiquĂ©e d’ailleurs toute une sĂ©rie de grands producteurs mondiaux. Le reprĂ©sentant de la sociĂ©tĂ© en Afrique, Edgar Sengier, que le conseil d’administration avait muni de pleins pouvoirs, opta pour l’audace: loin d’arrĂȘter la production, comme beaucoup le pressaient de le faire, il dĂ©cida de la doubler. De cette maniĂšre, et de cette maniĂšre seulement, affirmait-il, l’on pourrait abaisser le prix de revient et cesser de vendre Ă  perte. De 19000 tonnes en 1920, la production fut ainsi portĂ©e Ă  43000 tonnes en 1922. Sengier avait pariĂ© sur l’avenir, et il gagna: (
).

 

(p.234) Le cuivre est demeurĂ© constamment le fleuron de l’Union MiniĂšre, mais celle-ci a produit aussi d’autres mĂ©taux: le cobalt – dont elle fournissait avant l’indĂ©pendance du Congo 60 pour 100 de la production mondiale -, le radium et l’uranium. L’histoire du radium et de l’uranium a dĂ©butĂ©, par le rĂŽle du hasard et des accidents, un peu comme celle du diamant. En 1915, un prospecteur anglais au service de l’Union MiniĂšre, Sharp, venait de repĂ©rer un affleurement cuprifĂšre d’ailleurs peu impor­tant, au sud-ouest de Likasi, et il s’apprĂȘtait Ă  y planter un poteau signal lorsque, ainsi qu’il le raconte lui-mĂȘme, « quelque chose de jaune accro­cha son regard2». C’Ă©tait une pierre qui, lorsqu’il l’examina, lui parut remarquable par son poids. En faisant des recherches aux alentours et en creusant quelques tranchĂ©es, Sharp dĂ©couvrit divers Ă©chantillons du mĂȘme type, qu’il put faire analyser: le minerai, on le constata, Ă©tait

 

1    Ce calcul est fondĂ© sur la valeur rĂ©elle des produits, et non sur leur valeur doua­niĂšre: cf. G. Vandewalle, De conjoncturel? evoliitie in Kongo en Riuinda-Urundl van 1920 tĂŽt 1939 en L’an 1949 tĂŽt 1958, Gand, 1966, p. 257.

2 R. R. Sharp, En prospection au Katanga il y a cinquante ans, Élisahethville, 1956, p. 133.

 

(p.235) uranifĂšre, Sharp Ă©tait tombĂ© sur le gĂźte de Shinkolobwe, qui allait ĂȘtre pendant longtemps le gisement uranifĂšre le plus riche connu au monde.

L’exploitation du gisement commença en 1921. Le seul intĂ©rĂȘt Ă©cono­mique du minerai, Ă  cette Ă©poque, Ă©tait sa teneur en radium. Les sels d’uranium, en effet, qui n’Ă©taient guĂšre utilisĂ©s que dans l’industrie cĂ©ramique, n’avaient, en comparaison du radium, qu’une importance Ă©conomique tout Ă  fait minime. Le minerai fut envoyĂ© en Belgique et traitĂ© dans une usine spĂ©cialement construite pour la production du radium, Ă  Olen, en Campine. La rĂ©alisation d’Olen constitua un vĂ©ritable tour de force industriel. Les premiĂšres caisses de minerai de Shinko­lobwe arrivĂšrent Ă  Anvers en dĂ©cembre 1921. En quelques mois, on rĂ©us­sit Ă  mettre au point les procĂ©dĂ©s de fabrication, Ă  dresser les plans de l’usine, Ă  la construire. Un an plus tard exactement, en dĂ©cembre 1922, Olen produisait du radium. TrĂšs rapidement, aprĂšs ce dĂ©marrage Ă©tour­dissant, l’usine de Campine allait conquĂ©rir le premier rang dans le monde.

Ce n’est que dans les annĂ©es prĂ©cĂ©dant immĂ©diatement la Seconde Guerre mondiale que l’attention commença Ă  se porter sur l’uranium. Les physiciens s’attaquaient au problĂšme de la fission du noyau de l’atome d’uranium. Au siĂšge de l’Union MiniĂšre, Ă  Bruxelles, on suivait attentivement ces travaux. Les Joliot-Curie vinrent Ă  Bruxelles exposer l’Ă©tat d’avancement de leurs recherches. Edgar Sengier, dont nous avons dĂ©jĂ  citĂ© le nom, et qui Ă©tait le plus remarquable des dirigeants de la sociĂ©tĂ©, comprenant l’importance que pourrait Ă©ventuellement revĂȘtir la fission nuclĂ©aire dans la conduite de la guerre, fit secrĂštement expé­dier aux États-Unis, en 1940, un millier de tonnes de minerai uranifĂšre ; il fut entreposĂ© Ă  New York. D’oĂč un peu plus tard, lorsque les États-Unis eurent dĂ©cidĂ© de construire la bombe atomique, la scĂšne cĂ©lĂšbre de l’officier amĂ©ricain demandant Ă  Sengier comment son pays pourrait se procurer de l’uranium dans les dĂ©lais les plus brefs, et s’entendant rĂ©pondre : « La mine est ici, Ă  New York… »

 

(p.249) Une pensĂ©e politique exige une certaine conceptualisation des phĂ©nomĂšnes politiques, elle exige aussi une certaine capacitĂ© de se servir de notions abstraites et de raisonner Ă  partir d’elles : toutes choses Ă  quoi l’éducation des Africains ne les avait nullement prĂ©parĂ©s .

 

(p.249) (
) Ils ont d’autant moins tendance Ă  intervenir dans ces affaires dont les Belges ont le secret, ou de demander simplement Ă  intervenir, que – et ceci est un second facteur psychologique -, on leur a enseignĂ© qu’ils doivent tout aux Belges. Ils ont subi Ă  cet effet un endoctrinement qui a Ă©tĂ© un vĂ©ritable matraquage intellectuel : cet endoctrinement a portĂ© ses fruits. Lisons dans La Voix du Congolais, en 1949, l’article d’un Ă©voluĂ© assez connu, Antoine Omari, qui sera prĂ©sident de l’Association congo­laise des Amis de la Croix-Rouge et jouera un certain rĂŽle politique Ă  l’Ă©poque de l’indĂ©pendance1. Le texte est extraordinaire. Omari expose dans quels abĂźmes les Congolais Ă©taient plongĂ©s avant l’arrivĂ©e des Blancs: «L’idolĂątrie et la superstition prĂ©dominaient tout. L’ignorance Ă©tait hĂ©rĂ©ditaire. L’hygiĂšne Ă©tait inconnue. Les Ă©pidĂ©mies sĂ©vissaient. L’anthropophagie Ă©tait quotidienne. La sous-alimentation, due Ă  des mĂ©thodes culturelles improductives, Ă©tait le partage de plusieurs rĂ©gions. On n’avait que des pistes pourvoies de communication. S’il faut reconnaĂźtre l’existence de quelques bonnes coutumes, il convient toutefois d’admettre la carence d’une loi bien organisĂ©e ; ce qui donnait naissance Ă  d’innombrables conflits et Ă  des guerres intestines intermi­nables… Bref, nous Ă©tions un peuple arriĂ©rĂ©, accablĂ© de tous les maux de la nature et Ă©loignĂ© de la civilisation mondiale. » LĂ -dessus, les Belges sont venus, et tout a changĂ©. Omari Ă©numĂšre leurs rĂ©alisations admi­rables, tous leurs bienfaits. D’oĂč l’hymne final qu’il entonne : « Belgique, Ă  Toi toute notre gratitude, Ă  Toi notre confiance inĂ©branlable. Nous Te devons tout, ta 10e province par colonisation2… »

 

 

Faisons Ă©videmment la part, dans un texte comme celui-lĂ , de la flagornerie Ă  l’Ă©gard des maĂźtres. Mais Omari croit sans doute une grande partie de ce qu’il Ă©crit: Ă  force d’avoir entendu dire que les Congolais doivent tout Ă  leurs colonisateurs, il a fini vraisemblablement par y croire. C’est donc bien d’un succĂšs de l’endoctrinement menĂ© par les Belges qu’il s’agit ; on en trouve la trace dans nombre d’autres textes Ă©crits par des Ă©voluĂ©s3. De pareils sentiments chez les dominĂ©s inhibent Ă©videmment la revendication politique.

 

1    Sur Antoine Omari, cf. L’Avenir colonial belge, 9 sept. 1953 ; Le Courrier d’Afrique, 9 oct. 1953 ; Crawford Young, Politics in thĂ© Congo. DĂ©colonisation and Independence, Princeton, 1965, p. 82 et 404-405 ; B. Verhaegen, RĂ©bellions au Congo, t. 2, Bruxelles, s.d., sub Va l’Index.

2    A. Omari, Le rÎle civilisateur de Léopold 11, dans La Voix du Congolais, déc. 1949. pp. 461-463.

3 Voir par exemple l’article Reconnaissance de Ferdinand Wassa, dans La Voix du Congolais, janvier 1951, pp. 22-25. Le thĂšme: «Le peuple congolais, opprimĂ© par un rĂ©gime chaotique et plongĂ© dans la dĂ©tresse et la dĂ©solation, reçut de Dieu la grĂące insigne d’ĂȘtre sauvĂ© par la Belgique».

 

(p.250) Le facteur le plus important, cependant, est peut-ĂȘtre celui qui est liĂ© Ă  un trait particulier de la psychologie des Ă©voluĂ©s. L’ambition majeure des Ă©voluĂ©s, dans les annĂ©es qui suivent immĂ©diatement la guerre, est d’arriver Ă  se rapprocher le plus possible des EuropĂ©ens. L’EuropĂ©en constitue un modĂšle social enviĂ©. Les Ă©voluĂ©s aspirent Ă  lui ressembler, ils aspirent Ă  un statut spĂ©cial qui, consacrant leur degrĂ© de civilisation, attĂ©nuera les formes multiples de discrimination qui existent entre l’Eu­ropĂ©en et eux. Leur grand espoir, leur grande affaire, ce sont les « brevets de civilisation» que l’autoritĂ© coloniale instaure et grĂące auxquels ils pourront obtenir des droits particuliers; il s’agit de la carte du mĂ©rite civique et de l’immatriculation1. Par l’immatriculation surtout, qui est le brevet le plus important, ils espĂšrent obtenir les mĂȘmes droits civils que les Blancs, les mĂȘmes moyens de transport, le mĂȘme enseignement, et l’essentiel sans doute: la mĂȘme considĂ©ration. Toute l’histoire de la pĂ©riode est dominĂ©e, pour les Ă©voluĂ©s, par celle de ces brevets. Mais en en faisant leur grande affaire, ils tendent Ă©videmment Ă  se distinguer de la masse, Ă  bien marquer la distance qui les sĂ©pare des non Ă©voluĂ©s, qui n’auront pas droit aux mĂȘmes avantages ; on trouve souvent d’ailleurs chez eux des attitudes de mĂ©pris Ă  l’Ă©gard de cette masse « ignorante et arriĂ©rĂ©e2 ». LĂ  gĂźt sans doute l’obstacle psychologique majeur aux reven­dications politiques. De telles revendications impliquent, pour avoir un sens, que ceux qui les formulent se fassent les porte-paroles du peuple. Les Ă©voluĂ©s sont, psychologiquement, paralysĂ©s : se sĂ©parant dĂ©libĂ©ré­ment de la masse populaire, comment pourraient-ils, en son nom, tenir un langage politique?

 

1 Parmi les multiples exposĂ©s qui ont Ă©tĂ© consacrĂ©s au sujet, renvoyons spĂ©cialement Ă  ceux que l’on trouve dans Crawford Young, Politics in thĂ© Congo, op. cil., et dans M, De Schrevel, Les forces politiques de la dĂ©colonisation, op. cit.

2 MĂ©moire prĂ©sentĂ© par les Ă©voluĂ©s noirs de Luluabourg, mars 1944, dans Docu­ments parlementaires. Chambre, 1947-1948, n°662 ( Projet de loi contenant le budget ordi­naire du Congo belge… pour 1948. Rapport l’ait au nom de la Commission des Colonies), pp. 32 et 34. Les « gens rĂ©sidant en brousse » sont « en majoritĂ© encore arriĂ©rĂ©s », Ă©crit Ferdinand Wassa dans l’article « Reconnaissance» que nous avons citĂ© un peu plus haut, p. 25. Mais dans La Voix dit Congolais, on peut le penser, de telles expressions Ă©taient sans doute souvent gommĂ©es ou attĂ©nuĂ©es par les fonctionnaires responsables de cet organe.

 

(p.261)

Tel est le substrat de l’Ă©vĂ©nement de juillet 1956: le manifeste de Conscience africaine. Ce texte Ă©mane d’un petit groupe de jeunes Afri­cains de LĂ©opoldville, ayant fait en gĂ©nĂ©ral d’assez bonnes Ă©tudes, sans que ce soient des Ă©tudes universitaires, et qui ont des contacts avec un ou deux professeurs belges de Lovanium, qui leur servent de conseil­lers1. «Nous ne sommes qu’un petit groupe, dĂ©clarent-ils, mais nous pensons pouvoir parler au nom d’un grand nombre, parce que nous nous sommes volontairement limitĂ©s Ă  dĂ©gager et Ă  formuler les aspira­tions et les sentiments de la majoritĂ© des Congolais qui rĂ©flĂ©chissent. » Les auteurs du manifeste s’expriment sans dĂ©tours : ils se sentent, en tant que Congolais, une «vocation nationale», et ils veulent [‘«éman­cipation progressive, mais totale » de leur pays.

 

(p.259)  Pour la masse des Belges, le 4 janvier et le 13 janvier 1959 furent donc un double coup de tonnerre, tout Ă  fait inat­tendu. La rĂ©action de l’opinion fut assez morne, assez informe, mais son sens fut trĂšs clair : les Belges ne voulaient pas de lutte. Le nationalisme congolais venait de leur ĂȘtre rĂ©vĂ©lĂ© de maniĂšre soudaine et brutale : ils l’acceptaient comme un fait contre lequel on ne pouvait rien. La nouvelle politique dĂ©finie par le gouvernement consistait Ă  donner aux revendications de ce nationalisme une rĂ©ponse positive. Ce oui des diri­geants eut pour Ă©cho un oui morne, mais non moins net, de la masse. Les mots que l’on entendit le plus souvent, mots sans gloire et sans Ă©clat, mais qui traduisaient bien le sentiment gĂ©nĂ©ral, furent : « II n’y a rien d’autre Ă  faire… »

 

(p.300)  Le Congo au jour de son indĂ©pendance, Ă©tait Ă  peine une nation. Ici encore, l’explication se trouve, en partie tout au moins, dans la politique menĂ©e par la Belgique. Dans l’Ă©mancipation des peuples coloniaux, en effet, il est facile de le constater, ce qui a presque toujours donnĂ© le plus puissant des coups de fouet Ă  l’esprit national, ce qui a renforcĂ© le plus la cohĂ©sion des colonisĂ©s, a Ă©tĂ© la lutte contre les colonisateurs. Les nouvelles nations se sont forgĂ©es, dans une large mesure, au feu de la lutte. La Belgique, elle, a refusĂ© la lutte. Elle n’a pas donnĂ© l’occasion au peuple congolais de s’affirmer dans un combat commun. Si elle avait rĂ©sistĂ©, si les nationalistes congolais avaient dĂ» effectivement conquĂ©rir leur indĂ©pendance, comme le disait Patrice Lumumba le 30 juin, dans les larmes, le feu et le sang, sans doute, sur le plan moral, le Congo fĂ»t-il sorti plus fort de l’Ă©preuve. C’est lĂ  et ce sera encore dans l’avenir un thĂšme de mĂ©ditations. Pour les Belges, qui ont voulu pratiquer au Congo une politique libĂ©rale, au sens noble du terme, on doute qu’il y ait jamais lĂ  matiĂšre Ă  regrets.

 

 

2 LES CHIFFRES DE LA POPULATION DU CONGO SELON STANLEY

 

(p.305) Stanley, lorsqu’il publie en 1885 son livre The Congo and the Founding of its Free State, considĂšre qu’il se doit d’indiquer au lecteur ce qu’est la population de ce vaste pays qu’il vient, pour employer les termes de l’Ă©poque, d’ouvrir Ă  la civili­sation. Ses observations personnelles, Ă  cet Ă©gard, ont Ă©tĂ© faites avant tout le long du fleuve et sur certains de ses affluents. Les rives qu’il a observĂ©es de part et d’autre de ces grandes voies de communication, calcule-t-il, font au total 2 030 miles. La population qu’il a rencontrĂ©e lĂ , toujours selon ses calculs, se monte Ă  806000 habitants. Reste Ă  faire une rĂšgle de trois. Comme ce chiffre de 806000 habitants vaut pour une superficie de 2030 miles de longueur sur 10 miles de profondeur, connaissant la superficie totale du pays, on arrive Ă  une population totale de 42608 000 habitants1. Ces 42 millions de Stanley, dans le monde anglo-saxon, vont ĂȘtre repris Ă  satiĂ©tĂ©, et citĂ©s comme le chiffre faisant autoritĂ©.

Ce qu’aucun de ceux qui utilisaient The Congo and the Founding of its Free State ne semble avoir remarquĂ©, est que Stanley, dans ses calculs, avait commis une erreur de multiplication2. Il indique, en miles, la longueur des trajets qu’il a parcourus sur le fleuve et sur ses affluents 1515 miles au total. Mais il lui faut multiplier 1515 par deux pour obtenir la longueur des rives et cette multiplica­tion de 1515 par deux donne… 20303. Toute la rĂšgle de trois ultĂ©rieure est fondĂ©e sur ces 2 030 miles de rives. Si la multiplication par deux avait Ă©tĂ© faite correctement, les 3 030 miles de rives auraient, la rĂšgle de trois aidant, donnĂ© au Congo une population de 29 millions, au lieu de 42. Le traducteur français de Stanley, cependant, a relevĂ© l’erreur. Il n’Ă©tait pas personnellement un calcula­teur de premier ordre, car il s’est embrouillĂ© dans les miles carrĂ©s et les kilo­mĂštres carrĂ©s. Mais il a du moins vu que 1515 multipliĂ©s par 2 ne font pas 2 030, et, discrĂštement, sans un mot d’avertissement au lecteur, il a rectifiĂ© les calculs

 

(1   The Congo and the Founding of its Free State, t. 2, pp. 350, 364-365.

2    Je crois avoir Ă©tĂ© le premier Ă  le signaler, en 1968 : voir ma note critique, E.D.M’s calculations of the Congo’s population, dans B.D. Moreis History of the Congo Reform Movement, publiĂ© par R. Louis et J. Stengers, Oxford, 1968, pp. 252-256.

3    T. 2, p. 350.)

 

(p.306) de Stanley. Il aboutissait ainsi Ă  une population, pour l’État du Congo, de 2 769 400 habitants1. Ce chiffre, lui aussi, fera fortune, cette fois dans les pays de langue française.

On a ainsi eu, pendant de trĂšs longues annĂ©es, selon la source des auteurs – c’est-Ă -dire en fait selon leur langue – deux chiffres de la population du Congo selon Stanley brandis avec une Ă©gale ardeur: 27 ou 42 millions (ou souvent, en arrondissant, 28 ou 43). Ces chiffres n’ont pas seulement Ă©tĂ© repris dans de multiples ouvrages scientifiques ou de vulgarisation, passant de lĂ  dans les revues et dans la presse – on pourrait, Ă  cet Ă©gard, fournir une liste de rĂ©fĂ©rences interminables -, ils ont servi aussi Ă  nourrir la polĂ©mique au sujet du rĂ©gime congolais de LĂ©opold II. Comme, au fur et Ă  mesure que des observations plus poussĂ©es Ă©taient faites, on constatait au Congo une population fort infĂ©rieure Ă  celle annoncĂ©e par Stanley, on en dĂ©duisait, dans les milieux hostiles Ă  LĂ©opold II, que celui-ci avait massacrĂ© des millions d’hommes. L’idĂ©e – on pourrait aussi le montrer par de nombreuses citations – est toujours prĂ©sente aujourd’hui.

27 ou 28,42 ou 43 millions : ce qui est Ă©videmment important en l’occurrence est non pas l’erreur de calcul de Stanley, mais le caractĂšre totalement absurde de sa mĂ©thode. Attribuer au Congo tout entier – qu’il ne connaissait pas – une densitĂ© de population moyenne Ă©gale Ă  celles des rives du fleuve, apparaĂźt rĂ©trospectivement comme ce que l’on pourrait appeler une mauvaise plaisan­terie. Mais personne, Ă  l’Ă©poque et dans les annĂ©es qui suivent, n’a parlĂ© de plai­santerie : on a citĂ© Stanley avec respect.

 

1 H. M. Stanley, Cinq annĂ©es au Congo, 1879-1884. Voyages, Explorations, Fondation de l’État libre du Congo, traduit par GĂ©rard Harry, Bruxelles, 1985, pp. 560-561, 569.

 

 

 

2 CRITIQUE DU LIVRE DE HOCHSCHILD

 

(p.307) PlutĂŽt que d’Ă©piloguer sur les qualitĂ©s du livre (car il y en a de rĂ©elles), il faut aller d’emblĂ©e Ă  ce qui sera certainement au cƓur de la discussion : le choc provoquĂ© par le sous-titre de l’ouvrage, «Un holocauste oublié». C’est un coup de poing. La publicitĂ© de l’Ă©diteur prĂ©cise: «De 1880 Ă  1920, le Congo est le thĂ©Ăątre d’un des plus grands holocaustes de l’histoire: la moitiĂ© d’un peuple de vingt millions de personnes est exterminĂ©e. »

PremiĂšre remarque : le sous-titre en coup de poing est celui de la traduction française, non de l’original anglais, paru aux États-Unis : Une histoire de cupi­ditĂ©, d’horreur et d’hĂ©roĂŻsme dans l’Afrique coloniale.

Mais le sous-titre français ne trahit pas le contenu du livre : Hochschild insiste effectivement sur le fait qu’il y a eu au Congo, avec des millions de morts, une tragĂ©die comparable Ă  celle de l’holocauste. « Un holocauste oubliĂ© » est en tout cas une formule impossible Ă  dĂ©fendre. Si holocauste il y avait rĂ©ellement eu, il aurait fallu dire « Un holocauste inconnu ». À l’Ă©poque des faits, les critiques les plus virulents du rĂ©gime de LĂ©opold II au Congo n’ont jamais Ă©tĂ© jusqu’Ă  Ă©voquer un holocauste, ou son Ă©quivalent.

Hochschild le fait, mais sur quelles bases ? Il part de la premiĂšre estimation de la population du Congo en 1924 ( il ne s’agit encore que d’une estimation, pas du rĂ©sultat d’un recensement complet ) : environ dix millions d’habitants. Or, dĂšs le lendemain de la PremiĂšre Guerre, Ă©crit-il, des spĂ©cialistes ont considĂ©rĂ© que la population du pays, depuis la fondation de l’État IndĂ©pendant du Congo, avait diminuĂ© de moitiĂ©. On a donc au dĂ©but vingt millions d’habitants et on tombe Ă  dix: c’est la disparition d’environ dix millions d’individus.

Ceux qui parlaient, au lendemain de la PremiĂšre Guerre, de la terrible dĂ©po­pulation du Congo, l’attribuaient en ordre principal aux Ă©pidĂ©mies souvent Ă©pouvantables, surtout de maladie du sommeil et de variole (…), et Ă  la baisse de la natalitĂ© due Ă  des maladies et aussi – ce sont souvent des missionnaires qui parlent – Ă  l’« immoralitĂ© ». Hochschild ne nie pas ces facteurs, mais Ă  ses yeux, maladies et chute de la natalitĂ© s’expliquent largement par l’affaiblissement de la population dĂ» aux crimes du rĂ©gime. L’essentiel remonte donc Ă  ces crimes.

C’est ici que son analyse se rĂ©vĂšle trĂšs insuffisante. La rĂ©colte du caoutchouc, rĂ©alisĂ©e grĂące au travail forcĂ©, s’est accompagnĂ©e d’abus gravissimes, qui ont (p.308) pris dans nombre de cas le caractĂšre de vĂ©ritables crimes. Les cas concrets citĂ©s par Hochschild, et qui sont glaçants, sont incontestables. Mais l’auteur ne fait aucun effort pour localiser ces abus dans le temps et dans l’espace. S’agissant de la chronologie, il y a mĂȘme sous sa plume une erreur manifeste (…).

Il regarde le CƓur des tĂ©nĂšbres, le chef-d’Ɠuvre de Joseph Conrad, comme une mise en accusation du rĂ©gime de LĂ©opold II. Or, si Conrad dĂ©crit les crimes d’un EuropĂ©en dĂ©saxĂ©, il ne peut s’attaquer au rĂ©gime lĂ©opoldien, puisque les faits, dans Au cƓur des tĂ©nĂšbres, se situent en 1890. À cette date, la rĂ©colte forcĂ©e du caoutchouc, source majeure des abus systĂ©matiques, n’avait pas encore dĂ©butĂ©. Ces abus, d’autre part, ne se sont pas Ă©tendus Ă  l’ensemble du Congo: des distinctions gĂ©ographiques, lĂ , sont indispensables. Localisations dans le temps et localisations dans l’espace font de l’idĂ©e d’un «holocauste» dĂ» Ă  LĂ©opold II, non pas une absurditĂ©, mais simplement une impossibilitĂ©.

Si l’on parle non pas d’holocauste, mais d’abus et de crimes, ceux-ci ont-ils Ă©tĂ© «oubliĂ©s»? À l’Ă©poque, ils ont Ă©tĂ© dĂ©noncĂ©s, non seulement en Angleterre mais en Belgique mĂȘme. On nĂ©glige trop facilement le fait que le rĂ©quisitoire le plus impitoyable contre le rĂ©gime lĂ©opoldien a Ă©tĂ© dressĂ© par un Belge qui n’Ă©tait pas le premier venu: FĂ©licien Cattier, professeur Ă  l’UniversitĂ© de Bruxelles, qui deviendra par la suite prĂ©sident de l’Union miniĂšre, et dont le portrait trĂŽne dans les salons de la Fondation universitaire, dont il fut Ă©gale­ment le prĂ©sident. L’Étude sur la situation de l’État IndĂ©pendant du Congo de Cattier – que M. Hochschild ne cite pas – date de 1906. AprĂšs la parenthĂšse de 1’entre-deux-guerres, toute Ă  la glorification de LĂ©opold II, des historiens, belges et Ă©trangers, ont repris l’Ă©tude du sujet, dans un esprit d’indĂ©pendance.

(…) S’il y a, aux mains de M. Hochschild, une victime, c’est LĂ©opold II. Je crois pouvoir dire que M. Hochschild n’a pas compris grand-chose Ă  la personnalitĂ© du roi, dont le portrait qu’il trace est une caricature.

 

1.2 Jacques A.M. Noterman, Congo belge, L’empire d’Afrique, Souvenirs du XXe siĂšcle, Arobase Ă©d. 2004

 

(p.15) Les accusateurs de gĂ©nocide oublient que les Congolais Ă©taient victimes de noirs arabisĂ©s, souvent mĂ©tis, qui les vendaient comme esclaves Ă  raison de plusieurs dizaines de mille l’an. Comment, d’ailleurs, ose-t-on avancer le chiffre de 10 millions de morts? Il n’y avait, Ă©videmment, ni Ă©tat civil ni registres paroissiaux. Dans ces conditions avancer un chiffre, quel qu’il soit, relĂšve de la fantaisie calomnieuse. D’autant qu’en 1908, quand la Belgique reprend le Congo, la population est de 11 millions d’indigĂšnes. Cette annĂ©e-lĂ , il n’y avait que 2 943 Blancs au Congo. Comment auraient-ils fait, matĂ©riellement, pour occire autant d’indigĂšnes? Au moment des faits, que personne ne se donne la peine de prĂ©ciser, y avait-il 500 Blancs au Congo? Comment aurait-ils pu, matĂ©riellement, tuer autant de gens sur un territoire aussi vaste avec de mauvaises communications, quand il y en avait? De plus quel intĂ©rĂȘt y avait-il Ă  massacrer de la main-d’oeuvre? Bref, le prĂ©tendu gĂ©nocide lĂ©opoldien s’apparente plus Ă  une honteuse manipulation qu’Ă  une rĂ©alitĂ© historique dĂ©montrĂ©e. Que LĂ©opold II se soit fait beaucoup de sous est indĂ©niable. En quoi est-il plus critiquable que l’Angleterre, la France ou le Portugal?

Il y a aussi l’histoire des mains coupĂ©es. Selon la lĂ©gende, pour ne pas gaspiller de munitions, on ne donnait une cartouche qu’en Ă©change d’une main coupĂ©e, preuve que l’homme avait Ă©tĂ© abattu. Cependant, les dĂ©tracteurs de LĂ©opold II sont incapables de dĂ©montrer qu’elles sont la suite d’instructions royales. Au contraire, il semble bien que la coutume de l’amputation soit d’origine africaine. Une commission d’enquĂȘte internationale sera envoyĂ©e sur place en 1905. Elle rĂ©duira Ă  nĂ©ant la lĂ©gende des mains coupĂ©es par les Blancs. C’est une tradition barbare, certes, mais locale. Il est vrai que le vice-gouverneur Paul Costermans se suicide Ă  son arrivĂ©e. Mais on ne peut lui imputer aucune responsabilitĂ© dans les abus rĂ©els, indiscutables. Son suicide peut s’expliquer par son surnom local gondoko (lĂ©opard) donnĂ© Ă  cause de son tempĂ©rament nerveux et inquiet .

La commission d’enquĂȘte internationale sera critique mais juste. D’un cĂŽtĂ©, elle relĂšvera la fin de l’esclavage, du cannibalisme, la construction de chemins de fer, de lignes tĂ©lĂ©graphiques, d’hĂŽpitaux et de missions, une administration et une justice efficaces. Parmi les aspects nĂ©gatifs, elle cite l’interpĂ©tation trop large de la notion de terre vacante, la prise d’otages, bien traitĂ©s, pour contraindre les chefs d’appliquer les directives coloniales et l’adoption abusive d’orphelins par les missions.

C’est aussi le moment de rappeler que les Britanniques sont assez mal placĂ©s pour donner des leçons de moralitĂ© coloniale, eux qui rĂ©priment la rĂ©volte des Cipayes de 1857 en (p.16) plaçant les meneurs sur la gueule des canons, avant d’ouvrir le feu, bien entendu. Joseph Chamberlain dĂ©clarera Ă  la chambre des Communes. Les cruautĂ©s commises au Congo n’ont rien de pire que celles qui continuent Ă  se commettre sous le drapeau anglais au Transvaal.. Et il savait de quoi il parlait, puisqu’il Ă©tait ministre britannique des Colonies et qu’Ă  ce titre il avait menĂ© la guerre contre les Boers et rĂ©activĂ© les camps de concentration – pour femmes et enfants encore bien – qui ne sont pas une invention allemande mais espagnole.

 

 

Les esclavagistes

 

La lutte contre les esclavagistes connaĂźtra une victoire Ă©clatante, celle du colonel

bruxellois Louis NapolĂ©on Chaltin contre les Madhistes. Ceux-lĂ  mĂȘme qui tuĂšrent le Ir,

(p.18) gĂ©nĂ©ral Charles Gordon dit Gordon Pacha lors de la chute de Khartoum en 1885 . C’Ă©tait en 1897 Ă  la bataille de Bedden.

En 1906, quand LĂ©opold II a la bonne idĂ©e d’autoriser les participations britannique et amĂ©ricaine dans les principales sociĂ©tĂ©s chargĂ©es d’exploiter le Congo belge, la campagne anti-belge cesse immĂ©diatement. Si ça n’est pas tĂ©lĂ©phonĂ©, c’est trĂšs bien imitĂ©.

Les Anglais n’ont jamais digĂ©rĂ© le fait que le Congo, et surtout le Katanga, leur soit passĂ© sous le nez. Ainsi en 1937, le Premier Chamberlain proposera le Congo belge (et l’Angola) Ă  Hitler en Ă©change de la paix. Hitler dĂ©clinera quand il apprendra que ni la Belgique ni le Portugal n’ont donnĂ© leur accord. ForcĂ©ment, on ne leur avait pas demandĂ© leur avis. Alors, Hitler gentleman ? Dans le cas prĂ©sent, la rĂ©ponse est oui. Pendant la guerre, les Anglais exigeront une dĂ©valuation de 30 % du franc congolais, histoire d’obtenir le cuivre nĂ©cessaire Ă  la guerre moins cher que dans leur propres colonies… Le Premier ministre rhodĂ©sien Sir Roy Welensky ira mĂȘme jusqu’Ă  proposer que le Katanga soit admis dans le Commonwealth. C’Ă©tait en 1960. Audacieux pour le moins.

 

 

Quand les noirs torturent les noirs

 

Toutes les races Ă  toutes les Ă©poques ont connu des tyrans sanguinaires. Les Congolais ne

font pas exceptions. Un exemple suffira, celui de M’Siri. Vers 1892, ce despote de la race

bayeke vieillit assez mal. Qu’on en juge.

Il fait enfermer des femmes dans un enclos avec des molosses. Quelques jours plus tard, on ne trouve plus que des squelettes soigneusement nettoyĂ©s. Il y a aussi l’enterrement de victimes, vivantes, debout, seule la tĂȘte dĂ©passant. Envie d’une petite gĂąterie? Un homme est choisi au hasard. On lui enfonce des coins de bois entre les cĂŽtes pour lui arracher le coeur dont M’Siri suce avidement le sang et en recrache une partie sur sa suite. Pour les courtisans, c’est un honneur et une marque… d’affection d’ĂȘtre ainsi aspergĂ© de sang encore chaud.

Variante: le coeur humain est jetĂ© dans un vase de pombĂ© (biĂšre locale) dont toute la cour s’abreuve. Je vous ai gardĂ© le pire pour la fin (ou faim). La victime est (p.19) attachĂ©e Ă  un arbre sans ĂȘtre nourri. Quand il hurle de faim, on lui donne Ă  manger. Mais pas n’importe quoi: ses propres oreilles, son nez et jusqu’Ă  son bras .

Tout ça c’est de l ‘histoire ancienne, rĂ©torquera-t-on. Et les femmes blanches violĂ©es lors de l’indĂ©pendance? Et les colons assassinĂ©s et torturĂ©s? L’enthousiasme de l’indĂ©pendance? C’est aussi du passĂ©!

Reste tout de mĂȘme la pratique de l’excision. Encore et toujours effectuĂ©e de nos jours. Rappel, l’excision est l’ablation du clitoris chez les jeunes filles Ă  peine pubĂšres. But: Ă©viter qu’elles ne puissent jouir durant l’acte sexuel.

 

 

La population

 

(p.34) Le moins qu’on puisse en dire est qu’elle est fort diversifiĂ©e: plus de 300 ethnies. Des pygmĂ©es aux Baluba, des Lulua aux Batetela et aux Bangala. De lĂ , des centaines d’idiomes contribuent Ă  former les quatre langues vĂ©hiculaires: lingala (Bas Congo, LĂ©o), kikongo, tshiluba et swahili (Katanga). RĂ©sultat, il n y a pas de langue indigĂšne nationale. La seule langue nationale, c’est le français. Toutefois, le lingala a Ă©tĂ© imposĂ© comme langue administrative par le colonisateur.

En matiĂšre judiciaire, la peine de mort a Ă©tĂ© appliquĂ©e par pendaison. Etaient particuliĂšrement visĂ©s les crimes rituels oĂč le sorcier ordonnait Ă  tel chef de manger le coeur ou le foie d’un enfant.

 

(p.37) Un mot aussi, sur la chicotte ou nerf de bƓuf. C’était un chĂątiment traditionnel que les justiciables prĂ©fĂ©raient, et e loin, Ă  la prison. La chicotte sera abandonnĂ©e arĂšs la derniĂšre guerre sauf comme saction disciplinaire Ă  la Foce publique et dans les prisons. On notera, sans malice, qu’elle a Ă©tĂ© rĂ©utilisĂ©e par certains chefs aprĂšs l’indĂ©pendance


 

 

(p.56) Que reproche-t-on le plus aux Belges? Leur désengagement, leur absence sur le terrain. La preuve? La nouvelle politique africaine de la Belgique est accueillie au Congo avec faveur, voire avec ferveur.

Souvent, on compare la relation Belgique – Congo Ă  celle d’un couple: pour le meilleur et pour le pire. Dans leur langage imagĂ©, les Congolais ne surnomment-ils pas les Belges noko. Le noko, c’est l’oncle maternel, celui qui prend en charge l’enfant en cas de carence parentale.

Cette prise en charge ne s’arrĂȘte pas Ă  la majoritĂ©. MĂȘme si d’aucuns estiment que le terme noko implique une supĂ©rioritĂ© de l’oncle sur l’enfant. Evidemment, s’il y demande implicite d’assistance, c’est qu’il y a des assistĂ©s, au moins en puissance. Ce surnom, rĂ©servĂ© uniquement aux Belges, n’est-il pas un Ă©mouvant appel au secours ? Il n Ji a sans doute pas de plus convaincante dĂ©monstration que la Belgique et les Belges ont fait au Congo plus que leur devoir.

 

 

Le colon, un raté?

 

Disait-on souvent en Belgique. Et sans doute y avait-il dans le tas des aventuriers plus ou

moins scrupuleux. Mais le Congo belge n’a pas Ă©tĂ©, comme l’Australie, fondĂ©e par des bagnards. Sans doute cette apprĂ©ciation peu flatteuse provient-elle du fait que les employĂ©s

des grosses sociétés percevaient de plantureux traitements: deux salaires (dont un en

Belgique), une maison Ă  disposition et plusieurs dizaines de milliers de francs pour

s’installer. En ajoutant le personnel domestique, boys et nounous, voilĂ  assez pour susciter

la jalousie des métropolitains. Ces sociétés commerciales ne faisaient pas ça par philanthropie mais par nécessité: sans ces avantages, les colons ne seraient pas venus.

En effet, outre l’exil, les inconvĂ©nients ne manquaient pas. Ils ont pour noms chaleur et humiditĂ© mais, surtout, maladies.

 

(p.72) On a reprochĂ© Ă  la Belgique de n’avoir formĂ© que peu d’universitaires congolais. Et trop tardivement. On a oubliĂ© que dĂšs le dĂ©but des annĂ©es ’20, l’universitĂ© de Louvain crĂ©e une

fondation universitaire, la Fomulac (Fondation mĂ©dicale de l’universitĂ© de Louvain au Congo). Une deuxiĂšme est fondĂ©e en 1932, c’est le Cadulac (Centre agronomique de l’universitĂ© de Louvain au Congo). Si le succĂšs n’est pas au rendez-vous, c’est sans doute Ă  mettre au compte de la mauvaise qualitĂ© de l’enseignement secondaire et, donc, des missionnaires qui l’ont en charge.

 

(p.104) Au Congo belge, l’industrie c’est, pour l’essentiel, le Katanga. Et le Katanga, c’est Jules Cornet. A qui revient le titre de pĂšre de la gĂ©ologie congolaise». A la demande de LĂ©opold II, il Ă©value les rĂ©serves de cuivre katangaises Ă  plusieurs dizaines de millions de tonnes.

 

 

LES NON-FERREUX

 

Par cette province, la Belgique est 3e producteur du monde de cuivre. Depuis sa crĂ©ation le 28 octobre 1906 jusqu’Ă  sa nationalisation, l’Union miniĂšre du Haut Katanga extraira 7,8 millions de tonnes de mĂ©tal rouge. Bien sĂ»r, indispensable pour tout ce qui est Ă©lectrique, le cuivre est essentiel en temps de guerre: de quoi est fait une douille ou un radiateur de camion? la premiĂšre coulĂ©e du cuivre katangais se fait en 1911. Cette annĂ©e-lĂ , 998 tonnes de cuivre seront produites. De 1911 Ă  1938, ce sera un total de 1 839 000 tonnes. AssociĂ© au cuivre, tous les mĂ©taux nonjerreux : or, argent, platine, Ă©tain, zinc, plomb, cobalt, manganĂšse, radium, uranium, germanium, cadmium. La mine d’uranium et de radium de Shinkolobwe est dĂ©couverle par l’Anglais Sharp en 1915. Elle se trouve Ă  20 km de Jadotville (Likasi). En 1919 naĂźt la SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale mĂ©tallurgique d’Hoboken, encore aujourd’hui spĂ©cialisĂ©e dans le traitement des mĂ©taux nonjerreux. DĂšs 1921, on sy attache Ă  la rĂ©cupĂ©ration du radium. A cette fin, on s’adjoint la collaboration de Marie Sklodowska, plus connue sous son nom de femme mariĂ©e, Curie. Le 8 juillet 1922, l’usine est en route et produit ses premiers huit grammes de radium le 15 dĂ©cembre.

 

 

L’uranium

 

L’uranium de Chinkolobwe est unique en son genre. Sa teneur d’U 308 Ă©tait de 65 %. En AmĂ©rique du Nord, une teneur de 0,3 % Ă©tait considĂ©rĂ©e comme satisfaisante… N’empĂȘche, il fallait quand mĂȘme six tonnes de minerais pour obtenir un gramme de radium. L U.M.H.K fournira prĂšs de 4 000 tonnes d’U 308 aux Etats-Unis d’AmĂ©rique.

Ainsi, la Belgique livre plus des 3/4 de l’uranium nĂ©cessaire Ă  la fabrication des trois premiĂšres bombes atomiques, grĂące Ă  la prĂ©voyance d’Edgard Sengier, directeur de l’Union miniĂšre qui prend la prĂ©caution d’Ă©vacuer une parlie du minerais extrait vers les Etats-Unis.

 

(p.107) Au Congo belge, on trouve de l’or, du diamant, surtout, industiel, du platine, du fer, du charbon, de la malachite, de la cassitĂ©rite (70 % d’étain) et des pierres prĂ©cieuses et semi-prĂ©cieuses. (p.108) « On comprend mieux l’acharnement, encore actuel, des Britanniques qui n’ont toujours pas digĂ©rĂ© leur propre refus de s’intĂ©resser Ă  ces contrĂ©es. L’empressement français de s’assurer une prĂ©sence au Congo n’a pas, non plus, d’autre raison. LĂ  se trouve, en effet, tout ce qu’ils n’ont jamais eu dans leurs propres colonies. »

 

 

La guerre 14-18

 

(p.119) Comme en Europe, les Allemands attaquent les premiers. Pourtant, dÚs le 7 août 14, le roi Albert avait proposé la neutralité du bassin du Congo. Huit jours plus tard, les Allemands viennent couper les fils télégraphiques sur la rive ouest du lac Tanganika.

Les forces belges comptent 12 000 hommes, sous les ordres du général Tombeur20, futur vice-gouverneur du Katanga.

La Force publique aidera d’abord les Français Ă  conquĂ©rir le Cameroun. Les Belges entrent Ă  Yaounde en janvier 1915.

A la demande des Britanniques, une colonne belge dĂ©gage le nord de la RhodĂ©sie en novembre de la mĂȘme annĂ©e.

 

(p.120) Mais la plus grande opĂ©ration, celle qui a le pus rand retentissement, c’est Ă©videmment la conquĂȘte par les belges de la « Deutsch Ost Afrika » qui dĂ©butera en avriil 1916. Pour ce faire deux brigades de deux rĂ©giments chacune sont nĂ©cessaires. Elles sont constituĂ©es avec ‘laide du gouverneur gĂ©nĂ©ral baron Henry de la Lindi.

La premiĂšre est aux ordres du colonel Philippe Molitor, futur gĂ©nĂ©ral, la deuxiĂšme est commandĂ©e par le lieutenant-colonel Frederick olsen. AprĂšs avoir traversĂ© le Ruanda et l’Urundi, les forces coloniales belges pĂ©nĂštrent dans l’Est africain allemand avec armes, y compris l’artillerie, et bagages. AprĂšs une bataille de 18 jours Tabora, la deuxiĂšme ville en importance de la colonie allemande, est conquise le 19 septembre 1916. A la grande surprise (p.121) des Anglais d’ailleurs. De la sorte, 200 000 kmÂČ tombent sous l’autoritĂ© belge. Mais les Allemands, sous les ordres du colonel Lettow-Vorbeck, ne s’avouent pas vaincus pour autant. Aussi, en 1917, les Britanniques sont contraints de faire appel aux forces belges. Le colonel HuyghĂ© concentre ses troupes Ă  Dodona et Ă  Kilossa au sud-est de l’Afrique orientale allemande. MalgrĂ© un terrain difficile, il prend Mahenge le 9 octobre 1917. Ce qui reste des troupes allemandes se rĂ©fugie au nord du Mozambique portugais. La campagne d’Afrique est terminĂ©e. Au prix de 257 morts belges, 2500 soldats indigĂšnes et 20 000 porteurs.

Les succĂšs de nos forces coloniales seront rĂ©compensĂ©s par une tutelle belge sur le Rwanda et l’Urundi, accordĂ©e par la SociĂ©tĂ© des Nations en 1922, confirmĂ©e plus tard par l’ONU. On ne savait pas alors que les casques bleus de l’ONU se conduiraient de façon criminelle lors de la sĂ©cession katangaise allant jusqu’Ă  bombarder ou mitrailler des hĂŽpitaux, des Ă©coles ou des stations d’Ă©puration d’eau. Les criminels de guerre suĂ©dois, indiens, Ă©thiopiens ou marocains ne seront jamais poursuivis. GĂ©nie politique (trĂšs) limitĂ© en matiĂšre de politique Ă©trangĂšre, John F. Kennedy soutiendra l’ONU. Il ira mĂȘme jusqu’Ă  menacer de faire intervenir l’armĂ©e amĂ©ricaine. MĂȘme les AmĂ©ricains salivent devant les richesses katangaises.

 

 

La guerre 1940-45

 

Lors de la 2e Guerre Mondiale, la Force publique formera trois brigades de la 10 000 hommes qui interviendra au Nigeria, au Soudan, en Egypte, en Abyssinie et en Birmanie. Un hĂŽpital militaire de la Force publique soutiendra les troupes britanniques en Birmanie. Qui s’en souvient? Au Soudan, le 3 juillet 1941, le gĂ©nĂ©ral Gazzera se rend aux forces belges avec huit autres gĂ©nĂ©raux, 370 officiers, 2 600 soldats italiens et quelque 12 000 indigĂšnes. Il n’existe pas de cartes postales.

 

 

2

LES PIONNIERS

 

(p.126) Il va sans dire qu’ici n’est pas la place pour donner une biographie dĂ©taillĂ©e des premiers Belges oeuvrant au Congo. En effet, leurs aventures pourraient leur valoir, Ă  chacun, un volume complet. Cependant, il m’a semblĂ© important, pour ne pas dire essentiel, d’en rappeler les principales figures. Ceriains sont maris hĂ©roĂŻquement. Tous travaillaient Ă  la grandeur de la patrie. Mais, semble-t-il, pas assez, puisqu’une majoritĂ© d’entre eux n’ont pas leur rue Ă  Bruxelles. Honte et consternation.

 

Emile Banning (LiĂšge, 1836 – Ixelles, 1898)

D’origine hollandaise. Docteur en philosophie et lettres de l’UniversitĂ© de LiĂšge. journaliste puis fonctionnaire Ă  la BibliothĂšque royale. Directeur gĂ©nĂ©ral du ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres. A ce titre, secrĂ©taire de la confĂ©rence gĂ©ographique de Bruxelles, Ă  l’origine du Congo. SurnommĂ© narquoisement «clopinard» par LĂ©opold II Ă  cause d’une malformation qui le faisait boĂźter. Avait sa ville au nord-est de LĂ©opoldville. Au cimetiĂšre d’Ixelles, son monument a Ă©tĂ©, bĂȘtement, dĂ©truit.

 

Lucien Bia (LiĂšge, 1852 – Tenke, Katanga, 1892)

(p.127) S’engage au 1er Chasseurs Ă  cheval. Lieutenant au ? Guides. Au Congo en 1887. Accompagne le gĂ©ologue jules Cornet Ă  la dĂ©couvel1e du Katanga oĂč ils prĂ©cĂšdent de justesse une mission britannique. A un mois prĂšs, le Katanga aurait pu ĂȘtre anglais. Y meurt d’Ă©puisement. Son nom est donnĂ© Ă  un minerai, la bialite. Le missionnaire britannique David Crawford en dira -He was the most noble Belgian who ever penetrated Katanga, an al1istocratic looking gentleman.- EnterrĂ© dans une ancienne termitiĂšre enveloppĂ© dans le drapeau congolais et le drapeau belge. Avait ses monts au Congo, son barrage (sur le lac Tchangalele, prĂšs de jadotville) et sa centrale Ă©lectrique au Katanga. La centrale alimentait les usines de Panda.

 

Louis NapolĂ©on Chaltin (Ixelles, 1857 – Uccle, 1933)

Lieutenant en 1885. Au Congo depuis 1891. Pal1icipe aux campagnes antiesclavagistes. Commande l’expĂ©dition du Nil et inflige une dĂ©faite aux Madhistes. Capitaine­commandant en 1893. Secoul1 la station des Stanley Falls menacĂ©e par les Arabes. Commandant du district de l’UĂ©lĂ© qu’il pacifie au prix d’une blessure. Le musĂ©e royal de l’ArmĂ©e montre encore fiĂšrement les armes qu’il a prises Ă  l’ennemi. A sa rue Ă  Uccle et son buste Ă  Ixelles. Au cimetiĂšre d’Ixelles.

 

Camille-AimĂ© Coquilhat (LiĂšge, 1853 – Boma, 1891)

Lieutenant. Au 1er, puis au 2e Guides. Au Congo en 1882. Parlicipe Ă  l’expĂ©dition de Stanley au Haut-Congo. Termine sa carriĂšre militaire comme capitaine. Cofondateur d’Equateuroille. A l’origine de la creation de la Force publique conçue comme force de police et non comme vĂ©ritable armĂ©e. Commandant du territoire de Bangala. En 1888, nommĂ© par LĂ©opold II comme administrateur gĂ©nral du dĂ©partement de l’intĂ©rieur du Congo. Vice-gouverneur de la colonie le 1er dĂ©cembre 1890. Avait sa ville sur le fleuve dans la province de l’Equateur. Son dossier, au musĂ©e royal de l’ArmĂ©e, est vide.

 

Jules Cornet (Saint-Vaast, 1865 – Mons, 1929)

Docteur en sciences naturelles de l’UniversitĂ© de Gand (avec la plus grande distinction) et gĂ©ologue. Son premier livre est Ă©crit en nĂ©erlandais: Iets over de jongst in Henegouw ontdekte fossiele dieren. Au Congo en 1891. PĂšre de la gĂ©ologie congolaise et dĂ©couvreur des richesses miniĂšres katangaises. Jules sillonnera le Congo armĂ© de son seul marteau de gĂ©ologue, mais escortĂ©. Il a bien un gros revolver dans ses bagages. Mais il ne servira qu’Ă … Mons quand il doit aller cherche sa femme et ses enfants un soir oĂč une lionne s’Ă©tait Ă©chappĂ©e d’un cirque.

Auteur de plusirues ouvrages qui font toujours autoritĂ©. Prof Ă  l’Ă©cole des Mines de Mons. Donne son nom Ă  la cornetite et Ă  des chutes d’eau sur la Lufira.

 

Paul Costermans (Bruxelles, 1860 – Banana, Etat du Congo, 1903)

(p.128) Vice-gouverneur du Congo en 1903. SurnommĂ© Gondoko (lĂ©opoard) Ă  cause de son tempĂ©rament nerveux. En effet, se suicide Ă  l’arrivĂ©e de la commission d’enquĂȘte internationale instituĂ©e par LĂ©opold II sans qu’on puisse lui attribuer une quelconque responsabilitĂ© dans les abus constatĂ©s. A sa ville de Kivu, la future Bukavu. Au cimetiĂšre de Forest.

 

Henri De Bruyne (Blankenberge, 1868 – Kasongo, 1892)

Sous-lieutenant en 1891, rejoint le lieutenant Lippens Ă  Kasongo oĂč ils sont fait prisonniers. Henri transmet les conditions de leur libĂ©ration, inacceptables pour les Belges. On lui conseille de franchir le Lomami. Il refuse, arguant qu’il ne veut pas abandonner son ami et chef, Lippens. Ont leur monument Ă  Blankenberge. Seront vengĂ©s par Dhanis (» et par la mort de l’instigateur de la rĂ©volte, Munie Mohara.

 

Alexandre Delcommune (Namur,1855-Bruxelles1922)

Le plus oublié de nos pionniers africains. Premier Belge à mettre les pieds au Congo dÚs

  1. Assiste Ă  l’arrivĂ©e de Stanley Ă  Boma en 1877. Premier Ă  explorer le Haut Congo et le KasaĂŻ. Consul de Belgique Ă  LĂ©opoldville. Son nom est donnĂ© Ă  un barrage de lU.M.H.K. sur les chutes du Zilo (lac de retenue de 20000 ha, production de 560 millions de kw/h). Reçoit des mains de LĂ©opold II une mĂ©daille d’or avec la mention «La Belgique reconnaissante Ă  Alexandre Delcommune». L U.M.H.K. lui dĂ©dicacera une centrale Ă©lectrique. Au cimetiĂšre de Bruxelles-Evere oĂč son buste a Ă©tĂ© volĂ© par des vandales. Il y Ă©tait reprĂ©sentĂ© avec son couvre-chef prĂ©fĂ©rĂ©, un chapeau Ă  large bord et non un casque colonial.

 

EugĂšne Derscheid

(Saint-Vaast, – Bourg-LĂ©opold, hĂŽpital militaire, 19(2)

Lieutenant au 1″ Grenadiers. FrĂšre de Georges, fondateur d’un sanatorium dans la forĂȘt de Soignes, devenu clinique, et de Marie, premiĂšre femme mĂ©decin diplĂŽmĂ©e en Belgique.

Termine sa carriĂšre militaire comme capitaine au 7e de Ligne.

 

Baron Francis Dhanis (Londres, 1862 – Bruxelles, 1909)

Capitaine-commandant du 1er Grenadiers, rĂ©giment d’Ă©lite de l’infanterie belge. Arrive trop tard pour sauver les lieutenants De Bruyne et Lippens. Livre bataille contre le sultan Sefu qu’il vainc (J 000 morts). Termine comme vice-gouverneur du Congo belge. A sa rue Ă  Etterbeek. Au cimetiĂšre de St-josse-ten­Noode.

 

Gustave, Gaspard, Edouard FivĂ© (St-Josse-ten-Noode, 1849 – Bruxelles, 1909).

(p.129) Fils du cousin germain d’AndrĂ© FivĂ© (LiĂšge, 1811 – Herstal, 1880) qui participe Ă  la rĂ©volution belge puis s’engage au :J Chasseurs Ă  pied oĂč il termine lieutenant-colonel. AndrĂ© refusera la croix de fer, crĂ©Ă©e par LĂ©opold r, parce qu’elle est assortie d’avantages financiers. Gustave est engagĂ© volontaire en 1865. Sous-lieutenant au 1er Chasseurs Ă  cheval, doit payer 1 216 F Ă  la caisse du rĂ©giment pour… se marier avec Juliette van der Vinnen. Inspecteur de l’Etat du Congo. N’oublie pas qu’il est avant tout militaire et s’empare d1sanghi le 20 mai 1893. ChargĂ© par LĂ©opold II de missions dĂ©licates en Chine sans qu’on n’en sache guĂšre

plus. Traverse toute la Chine pendant la rĂ©volte des Boxers et revient en traversant la SibĂ©rie et la Russie, ce qui dĂ©montre un tempĂ©rament, au moins, volontaire. En Belgique, tout le monde le croyait mort. Plusieurs fois prĂ©sident du Cercle africain et prĂ©sident-fondateur de l’Union philanthropique coloniale. Colonel, commandant du 2e Guides. A ce titre, dĂ©pose

plainte devant un conseil d’honneur contre le lieutenant-colonel A. du :J Lanciers. Ce dernier avait, en effet, rĂ©pandu la rumeur que Gustave avait volĂ©, sans la moindre preuve. La dĂ©cison du conseil d’honneur est nette: le lieutenant-colonel A. avait agi par jalousie (il visait le commandement du 2 G). Et la sanction est lourde: A. est mis Ă  la retraite d’office. Gustave est considĂ©rĂ© comme zĂ©lĂ©, d’un caractĂšre Ă©nergique et excellent cavalier. L’aspect Ă©nergique de son caractĂšre est dĂ©montrĂ© par ses punitions: 4 jours d’arrĂȘt pour avoir abritĂ© son propre cheval en dĂ©laissant celui de son colonel, 8 jours pour avoir brossĂ© (sic) le

pansage du matin et avoir rĂ©pondu de façon insolente Ă  son capitaine et 2 jours par le conseil de guerre. Il avait Ă©tĂ© accusĂ© d’injure verbale et de provocation au duel. Il sera reconnu coupable de coup volontaire excusable. Mais devra payer les frais: 193,80 F. Termine comme lieutenant-gĂ©nĂ©ral. Contrairement Ă  une lĂ©gende familiale, n’a pas Ă©tĂ© aide de camp de LĂ©opold II. A sa rue Ă  Etterbeek.

 

Emile Francqui

(Bruxelles, 1862 – Ol’erijse, 1935).

Orphelin, entre Ă  l’Ecole des pupilles. S’engage au 2e de Ligne. Au Congo en 1885. Sous-lieutenant, effectue, des missions en Afrique du sud, au Katanga et Ă  Madagascar. A l’Ecole militaire, sera l’ins/mcteur du futur Albert 1er. Quitte l’armĂ©e avec le grade de capitaine. Consul de Belgique en Chine oĂč il oeuvre Ă  la rĂ©ali5ation du chemin de fer PĂ©kin-HankĂ©ou rĂ©alisĂ© par fadot (>). y rencontre Paul Claudel qui le surnomme le « Bonaparte brabançonl». Ministre des Finances en 1926. CrĂ©ateur du Fonds national de la recherche scientifique, de la Fondation universitaire et du prix qui porte son nom, surnommĂ© le Nobel belge. Avait son port Ă  l’ouest du KasaĂŻ. Une centrale Ă©lectrique de l’U.M.H.K. portera son nom. Au cimetiĂšre d’Ixelles.

 

Josué Henry de la Lindi (Bohan, 1869 Bruxelles, 1957).

FraĂźchement sorti de l’Ecole royale militaire, part au Congo dĂšs 1892. Y dirige les opĂ©rations qui mĂšnent Ă  la capture de chef rebelle Kibonge. CĂ©lĂšbre pour la rapiditĂ© de ses dĂ©cisions ce qui lui vaut le surnom de Bwana Ndeke (l’homme oiseau). De retour en (p.130) Belgique reçoit ses dĂ©corations de la main du Roi lui-mĂȘme. Revient au Congo en 1897 et assure la sĂ©curitĂ© des Stanley Falls jusqu’au lac Albert. Gagne la bataille de la Lindi contre les Batetela en 97. Commissaire gĂ©nĂ©ral de la province Orientale. AprĂšs la ]Ăšre G.M., quitte l’armĂ©e pour entrer Ă  la ForminiĂšre puis Ă  la Compagnie des grands lacs. En dĂ©cembre 1938 reçoit le titre de chevalier et l’autorisation d’ajouter de la Lindi Ă  son patronyme. Le musĂ©e Africain de Namur lui consacre une salle avec de nombreux objets personnels dont le clairon qui sonna la charge lors de la bataille de Lindi. Sy trouve aussi le fĂ©tiche que le chef adverse jette puisqu’il ne lui a pas donnĂ© la victoire. DĂ©couvre la mine d’or de Kilo.

 

Jean Jadot (Orp-lez-Jemelle, 1862 – Bruxelles, 1932)

IngĂ©nieur, des mines, notamment. Construit des chemins de fer en Egypte, en Chine et au Congo belge. Sa plus Ă©tonnante rĂ©alisation, c’est le chemin de fer PĂ©kin-HankĂ©ou et ses 1 250 km construits par 120 000 hommes pendant six ans. Y compris un pont de 3 km sur le fleuve

jaune qui n’est remplacĂ© qu’en 1958. A HankĂ©ou, la gare belge existe toujours, bien que

dĂ©saffectĂ©e. Fait mandarin Ă  bouton de corail par l’impĂ©ratrice Tzu-Hi qui inaugure cette ligne dite du Grand Central. Gouverneur de la SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale en 1913. Avait sa ville au Katanga, depuis 1931, surnommĂ©e la capitale du cuivre. Au cimetiĂšre d1xelles.

 

Paul Le Marinel (Davenport, US.A., 1858 – Watermael 1912)

Capitaine-commandant du Génie. Au Congo en 1884. Fait partie de la commissionfranco­congolaise qui fixe la frontiÚre du Bas-Congo. Directeur de la station de Léopoldville. Bia disait de lui «Tu aurais mérité de servir aux Guides. Fonde le poste de Bakuma et le premier

poste belge au Katanga, LofoĂŻ. Commandant de l’expĂ©dition Ubangi-Bomu. Directeur de la Compagnie des chemins de fer des grands lacs. Termine comme directeur au ministĂšre des Colonies. Son dossier, au musĂ©e royal de l’ArmĂ©e, est vide. L’UMB.K. lui dĂ©dicacera une centrale Ă©lectrique dont la puissance (J 478000000 kw/h) est Ă©gale, Ă  l’Ă©poque, Ă  la plus grande centrale d’Europe occidentale (GĂ©nissiat, sur le Rhone). A son avenue Ă  Etterbeek.

 

Hubert Lothaire (Rochefort, 1865 – Ixelles, 1929)

S’engage au 1er Chasseurs Ă  pied. Puis Ă  la Force publique. EnvoyĂ© en Oubangui en 1890. JugĂ© en 1896 pour avoir fait pendre le trafiquant anglais Stokes. DĂ©nomme Marolles un patelin au nom imprononçable Ă  l’est des Stanley Falls, qui deviendra Maolle.

Commissaire gĂ©nĂ©ral du Congo belge. Termine comme directeur de la SociĂ©tĂ© anversoise de commerce au Congo. A son avenue Ă  Etterbeek. Au cimetiĂšre d’Ixelles.

 

Joseph Lippens (Bruxelles, 1855 – Kasongo, 1892)

Sous-lieutenant d’artillerie. Fait prisonnier par le sultan Setu avec son camarade, le sous­lieutenant De Bruyne. Meurt poignardĂ©. A les pieds et les mains coupĂ©s selon la coutume locale. EnterrĂ© Ă  Kasongo avec De Bruyne. En 1960, la 2 compagnie du 3e Para 130 les exhume pour Ă©viter leur profanation. Stupidement, le gouvernement belge refusera de les rapatrier. Ils seront rĂ©inhumĂ©s Ă  la base de Kamina.

 

Pierre Ponthier (Ouffet, 1858 – Congo, 1893)

Sous-lieutenant. Au Congo en 1887. Avec son avant-garde, prend d’assaut un camp d’esclavagistes et libĂšre plus de 250 esclaves. Doit rentrer en Belgique suite Ă  une blessure au pied mais revient en 1893 pour commander le poste des Stanley Falls. Meurt des blessures reçues en opĂ©rations contre les Arabes esclavagistes. Avait sa ville au sud de Stanleyville, province Orientale. A sa rue Ă  Etterbeek.

 

Albert Thys (Dalhem, 1849 Bruxelles, 1915)

Major, officier d’ordonnance de LĂ©opold II. ChargĂ© du secrĂ©tariat de l’administration de l’Etat du Congo. A ce titre, prend part Ă  l’organisation de la plupart des expĂ©ditions belges. Au Congo en 1887, pour constater sur place la nĂ©cessitĂ© d’un chemin de fer Matadi ­LĂ©opoldville. Homme d’affaires remarquable, est Ă  l’origine des nombreuses sociĂ©tĂ©s coloniales : la Compagnie des magasins gĂ©nĂ©raux, la SociĂ©tĂ© anonyme belge pour le commerce du Haut-Congo, le Chemin de fer du Congo, etc. Avait sa ville entre Matadi et LĂ©opoldville. A sa rue Ă  Ixelles.

 

Il serait cependant injuste de limiter cette liste de pionniers aux seuls officiers. Un unique exemple suffira Ă  dĂ©montrer que les sous-officiers, eux aussi feront tout le devoir et au­delĂ . Ainsi le sergent Cassart, aprĂšs deux ans de fatigues africaines, voudra rejoindre Dhanis. Avec 27 soldats et une cinquantaine de guerriers, il fera face Ă  5 000 guerriers et passera. Ce qui lui vaudra son Ă©toile d’or de sous-lieutenant.

La seule expĂ©dition Bia-Francqui parcourera 6212 km en 14 mois, le plus souvent Ă  pied. Au prix de 500 morts dont Bia. Les survivants n’ont pas fiĂšre allure. L’expĂ©dition part du camp de Lusambo le 21 octobre 1891 pour y revenir le 11 janvier 1893. On sait dĂ©sormais le Katanga riche d’Ă  peu prĂšs tous les minerais mais, surtout, bien sĂ»r, de cuivre.

 

Le dĂ©but de la fin de l’aventure congolaise, ce sera les 4 et 5 janvier 1959 et les Ă©meutes durement rĂ©primĂ©es au prix officiel de 42 morts et de 300 blessĂ©s. En rĂ©alitĂ©, il y a eu plus de 200 morts. En 1955, aprĂšs le voyage triomphal du Roi, le professeur A. Van Bilsen avait prĂ©sentĂ© un plan conduisant le Congo belge Ă  l’indĂ©pendance en 30 ans. Tout le monde lui avait ri au nez. Le 13 janvier 1959, le Roi s’adressait Ă  la population en ces termes: « Notre ferme rĂ©solution est aujoud’hui de conduire sans atermoiementsfunestes, mais sans prĂ©cipitation inconsidĂ©rĂ©e, les populations congolaises Ă  l’indĂ©pendance dans la prospĂ©ritĂ© et la paix. »

 

Personne ne prĂ©voyait que ces bonnes intentions paveraient un enfer d’atrocitĂ©s et de barbarie.

1.3 Extraits de l'étude d'André-Bernard Ergo, Congo belge, La colonie assassinée, éd. L'Harmattan, 2008

1.3 AndrĂ©-Bernard Ergo, Congo belge, La colonie assassinĂ©e, Ă©d. L’Harmattan, 2008

 

(p.7) Des hommes qui, dans ces contrĂ©es inconnues et souvent hostiles par le fait de certains habitants et de la nature, vont ĂȘtre les seuls, parmi tous les peuples colonisateurs, Ă  parler la langue du pays car la communication est difficile. La langue? Les langues, plus de 200 qu’il va falloir dĂ©couvrir, maĂźtriser, Ă©crire, Ă©laguer, apprendre avant de pouvoir instruire, car l’écriture est inconnue, le calcul, la roue et tout ce qu’ils autorisent Ă©galement.

Et pourtant les populations qu’on y rencontre sont structurĂ©es, les tĂąches y sont partagĂ©es, les artisans fabriquent des objets qu’on Ă©change par le troc, une autoritĂ©, basĂ©e sur la force, existe qu’on respecte et Ă  laquelle on obĂ©it. Les Belges vont changer le moins possible cet ordre des choses sinon pour rĂ©duire ce qui y semble excessif ou contraire Ă  l’ordre naturel; ils vont dĂ©cider d’introduire le droit coutumier dans le droit.

 

(p.8) Fin du dix neuviĂšme siĂšcle, celui de la mĂ©canique. MĂ©canique qui Ă©pouse le Congo avec, trĂšs vite, la construction d’un chemin de fer Ă  travers les Monts de Cristal. Y arriveront- ils jamais ? Jamais, qui pour ces hommes garde sa signification premiĂšre et n’a pas une acception nĂ©gative. Ils y arriveront Ă  force de souffrances acceptĂ©es puis surmontĂ©es! Ils suppri­meront le portage et dans la foulĂ©e l’esclavage venu de l’Est. Guerre coloniale pour certains thĂ©oriciens intellectuels embour­geoisĂ©s, aux idĂ©es systĂ©matiques, qui croient brĂ»ler leurs excĂšs de graisse en usant de la diatribe ; libĂ©ration des chaĂźnes et retour parfois difficile voire impossible Ă  la vie tribale, pour d’autres qui pourront encore regarder vers l’avenir.

Paternalisme, pour beaucoup qui jugent sans participer et qui pensent que le passage obligĂ© du poste Ă  la factorerie, de celle- ci Ă  l’usine, de l’usine Ă  l’éducation Ă  l’hygiĂšne et Ă  la santĂ© relĂšvent plus de la charitĂ© forcĂ©e que de l’élĂ©mentaire justice.

Les Belges n’ont comme richesses que leur savoir-faire et leur instinct de libertĂ© ; n’ont-ils pas Ă©tĂ©, pendant des siĂšcles, suffisamment ballottĂ©s d’un maĂźtre Ă  l’autre que pour abhorrer toute idĂ©e de domination et d’exploitation Ă  leur Ă©gard comme Ă  celui des autres ?

Curieusement, l’apparition des premiĂšres critiques assassines coĂŻncide avec la dĂ©couverte qualitative et quantitative des richesses miniĂšres du Katanga et de l’Est du Congo. Tout est  encore possible, les Belges ne sont lĂ  que depuis 7 ans ; leur autoritĂ© est encore fragile et non aoĂ»tĂ©e.

Une diplomatie du complot s’installe qui n’arrĂȘtera jamais, qui est mal connue, qu’on paraĂźt oublier et qu’on tait parce qu’elle est souvent le fait de pays dont l’amitiĂ© nous semble acquise, parfois mĂȘme de compatriotes en recherche de sensationnel qui n’hĂ©sitent pas Ă  transfĂ©rer leurs vues de l’esprit, du sĂ©minaire oĂč elles auraient dĂ» rester, au forum oĂč elles n’avaient que faire. Narcissisme intellectuel. Un beau sujet pour la thĂšse d’envol d’un jeune historien qui ne craindrait pas de prendre le risque de se brĂ»ler le bout des ailes.

Si l’on entend par colonialisme, la soif de domination politique, le dĂ©sir de perpĂ©tuer des privilĂšges ou d’exploiter la faiblesse d’autres peuples; il est clair, car son attitude et ses (p.9) rĂ©alisations le prouvent, que la Belgique ne fut pas moins anticolonialiste que les nations de PONU qui prĂ©tendaient l’ĂȘtre. Au contraire, chez celles qui, durant sa prĂ©sence au Congo, l’attaquent de maniĂšre virulente, existent bien souvent de larges minoritĂ©s de population qui vĂ©gĂštent dans des conditions de misĂšre Ă©conomique aiguĂ«, qui sont dĂ©pourvues des soins mĂ©dicaux Ă©lĂ©mentaires et qui sont soumises Ă  un rĂ©gime d’exploitation et de travail serviles. Aucun de ces pays, ni l’ONU d’ailleurs, ne sont venus aujourd’hui Ă  due rĂ©sipiscence.

(…) Le travail fut si important qu’il est illusoire de croire * que ce sont les expatriĂ©s seuls qui l’ont rĂ©alisĂ©. Les Congolais en ont pris une trĂšs large part, mĂȘme s’ils n’en furent jamais les initiateurs. Nouvelle source de reproches : l’absence de cadres, d’élites universitaires formĂ©es, pourquoi pas, dans les univer­sitĂ©s belges ! Comme c’est facile d’écrire cela, sur une page blanche, assis devant un bureau. Les Belges avaient choisi d’élever progressivement la masse Ă  la connaissance, les Ă©lites devant Ă©merger d’elles-mĂȘmes d’une masse suffisamment (p.10) intelligente que pour pouvoir les juger et les contrĂŽler. La formation des Ă©lites devait se faire sur place, dans l’espace des contraintes qui conditionnaient le travail de tous les jours. 11 est Ă©vident que les deux guerres et le crash boursier ont ralenti l’apparition des universitĂ©s locales mais il est tout aussi Ă©vident que celles-ci ont Ă©tĂ© crĂ©Ă©es officiellement en 1953, 45 ans aprĂšs le dĂ©but de la colonisation, ce qui est si rapide qu’aucune autre colonie au monde n’a fait aussi vite, et d’autre part, que les Belges du Congo avaient montrĂ© leur dĂ©termination Ă  avoir un enseignement supĂ©rieur sur place, Ă  Elisabethville, encore plus tĂŽt, dĂšs 1944.

(…) Les idĂ©alistes de la mĂ©tropole vont se complaire dans la stratĂ©gie du « lĂąchez tout », l’ONU jubile et l’indĂ©pendance arrivera au terme de la pĂ©riode la plus riche et la plus vivante de l’histoire de la colonie juste avant celle programmĂ©e de dĂ©veloppements importants qui ne verront jamais le jour.

Les peuples du Congo vont apprendre, trĂšs vite, qu’il existe des grandes indĂ©pendances plus pesantes Ă  porter que des petites contraintes.

 

En Afrique centrale
sur les pas de Joseph Conrad

(p.11) Ce qu’on sait moins, c’est qu’au cours de l’annĂ©e 1909, Morel parcourut la France et la Suisse pour ameuter l’opinion contre l’Ɠuvre coloniale des Belges, sans se rendre compte, qu’il prouvait de cette maniĂšre, qu’il n’était pour rien dans la reprise du Congo dont il prĂ©tendait avoir Ă©tĂ© un des Ă©lĂ©ments dĂ©terminants. Ce qu’on sait (p.12) moins aussi, c’est qu’en 1911, au cours d’une cĂ©rĂ©monie publique couverte par les mĂ©dias de l’époque, Conan Doyle remit Ă  Morel, un important chĂšque de 4 000 guinĂ©es, pour qu’il puisse continuer ses actions contre la Belgique.

On a Ă©galement Ă©voquĂ© les tractations de la diplomatie allemande de von Kinderlen Wachter et de von Jagow cherchant dans les autres nations d’Europe des complices pour rĂ©aliser, en Afrique, leurs rĂȘves pangermaniques. On peut Ă©galement mentionner, avec le baron Pierre van Zuylen, des faits moins connus, comme l’accord entre l’Allemagne et l’Angleterre pour imposer Ă  la Belgique en 1910 une solution de force dans les litiges provoquĂ©s par ces deux puissances aux frontiĂšres du Kivu et comment le major Olsen dut mettre en place d’importants effectifs de la Force publique pour dĂ©fendre, s’il le fallait par les armes, l’intĂ©gritĂ© du territoire congolais. On peut rappeler l’attitude de la France qui, en 1911, fut prĂȘte Ă  abandonner Ă  l’Allemagne son « droit de prĂ©fĂ©rence » sur le Congo belge, pour assurer son protectorat au Maroc, et comment l’Angleterre donna son approbation moyennant une part du «gĂąteau» congolais, notamment le Katanga … qui s’avance directement dans la RhodĂ©sie\ attitude qui amĂšnera le vice gouverneur WangermĂ©e Ă  choisir le site d’Élisabethville, pour sa position stratĂ©gique, en place de Kambove comme chef lieu du district du Katanga.

On croit trop facilement que certains Ă©tats ont, par vocation, la mission d’ĂȘtre nos amis et nos protecteurs contre d’autres Ă©tats qui seraient, Ă©galement par nature, nos ennemis jurĂ©s. La rĂ©alitĂ© politique est nettement plus perverse; Palmerston, l’éminent homme d’état britannique n’affirmait-il pas : « L ‘Angleterre n ‘a ni amis, ni ennemis Ă©ternels ; elle a des intĂ©rĂȘts Ă©ternels et son devoir est de les servir ! » L’Allemand von Jagow tenait Ă©galement des propos sans Ă©quivoque au dĂ©but du vingtiĂšme siĂšcle affirmant que … les petits pays Ă©taient destinĂ©s Ă  disparaĂźtre ou Ă  graviter dans l’orbite des grandes puissances.

La Belgique Ă©tait avertie qu’elle aurait Ă  lutter successivement contre tous ses voisins pour protĂ©ger l’intĂ©gritĂ© du territoire congolais, mais comme la lutte est une loi de l’existence, il n’y a pas lieu d’en gĂ©mir ou de s’en indigner; c’est un fait. Cette lutte courageusement acceptĂ©e et prise en charge fait la noblesse et la grandeur d’un peuple digne de ses destinĂ©es.

(p.13) L’histoire des lĂąchetĂ©s et des calomnies est rĂ©currente tout au long de la durĂ©e de la colonie elle est le fait de journalistes Ă  la recherche de sensationnel ; d’hommes d’état comme le premier ministre Chamberlain qui, en 1937-1938, pour tenter d’apaiser les convoitises d’Hitler en Europe, lui propose … des territoires du bassin du Congo, sur lesquels l’Angleterre n’a aucune autoritĂ© ; de savants mĂȘme, comme le prix Nobel Russel qui fait la dĂ©monstration qu’on peut ĂȘtre Ă  la fois gĂ©nie dans un domaine et bĂ©atement ignare dans d’autres (on reviendra sur ce cas); de pays du bloc communiste dont l’objectif est de dĂ©stabiliser le systĂšme colonial parce qu’il est, Ă  leurs yeux, un Ă©lĂ©ment pilier de l’économie capitaliste.

(p.36) Fernand Waleffe a vĂ©cu 10 annĂ©es au Congo entre 1896 et 1906 pendant lesquelles il fut successivement juge, substitut du procureur d’Etat puis procureur d’Etat. Durant sa carriĂšre belge, il fut prĂ©sident de la Cour de Cassation. Comme on n’a jamais donnĂ© beaucoup de relief Ă  ses propos, je tiens Ă  les reproduire intĂ©gralement, Ă  la virgule prĂšs. Le texte date de 1953, quelques mois avant son dĂ©cĂšs.

DerniĂšrement, un de mes collĂšgues du Conseil dAdminis­trĂąt ion de la SociĂ©tĂ© Belge d’Etudes et d’Expans ion de LiĂšge me communiquait la lettre suivante, qu’il avait adressĂ©e Ă  un magistrat liĂ©geois :

« Depuis de nombreuses annĂ©es, Ă  la lecture de livres Ă©tran­gers, s’affirme en moi la convictions que les atrocitĂ©s congo­laises sous le rĂ©gime lĂ©opoldien ont laissĂ©, dans l’esprit des Ă©trangers, une trace profonde qui fait le plus grand tort au nom belge.

Je crois que le temps est venu de jeter un coup d’Ɠil objectif sur cette question et de rĂ©unir les piĂšces du procĂšs avant que les derniers tĂ©moins de l ’épopĂ©e congolaise aient quittĂ© ce monde.

* Les initiateurs de la campagne contre le Congo, MM. Casement et Morel de Glasgow, ont eu, tous deux, une fin peu Ă©difiante. Le premier a Ă©tĂ© pendu en 1917 pour haute trahison, le second n ’a, je crois, pas mieux tournĂ©. Mais mes souvenirs sont impré­cis.

 

(p.39) Et dĂšs la page 37, il s’en prend Ă  l ’entreprise de la construction du chemin de fer, qui a commencĂ© ses travaux bien avant 1897 puisque, quand je suis arrivĂ© Ă  Matadi, en fĂ©vrier 1896, les travaux Ă©taient dĂ©jĂ  prĂšs de Tumba.

C’est avec indignation que je lis ce qu’en dit le sieur Conan Dovle : « L ’entreprise en elle-mĂȘme Ă©tait bienfaisante et splen­dide. Les moyens d’exĂ©cution furent dĂ©pourvus de scrupules et d’humanitĂ©. La civilisation n’eut-elle d’autres griefs contre l’État du Congo, que l’histoire de la construction de ce chemin de fer, par le travail forcĂ©, qui diffĂšre tant des procĂ©dĂ©s em­ployĂ©s par les autres nations europĂ©ennes dans leurs colonies, ce serait dĂ©jĂ  une lourde charge. Mais elle tombe Ă  rien, en regard de l’asservissement de tout un peuple et de vingt annĂ©es de massacres ininterrompus ».

Je convie les lecteurs Ă  lire La Bataille du Rail de Cornet, pour se rendre compte de quelle colossale entreprise il s ’agit et com­bien nous devons ĂȘtre fiers de nos ingĂ©nieurs belges. J’ai habitĂ© Matadi deux ans et demi, pour remplir mes fonctions (les Magistrats du Parquet remplissent les fonctions de Juges d Instruction). Je circulais trĂšs frĂ©quemment sur les travaux, presque toute la ligne traversait mon ressort. Il faut que l’on sache que peu d’indigĂšnes du Congo travaillaient Ă  ces tra­vaux. On avait recrutĂ© des centaines et des centaines d’indigÚ­nes du SĂ©nĂ©gal ou de la cĂŽte anglaise, Ă  Sierra Leone, Ă  Accra, a Lagos etc. Lors de leur arrivĂ©e Ă  Matadi, les AutoritĂ©s vĂ©ri­fiaient leurs contrats. Nous siĂ©gions Ă  Matadi ou Ă  Tumba, derniĂšre station du chemin de fer Ă  mon arrivĂ©e Ă  Matadi.

 

(p.56) DĂšs 1909, la Colonie du Congo belge est donc en danger; et le danger se prĂ©cise avec les solutions   que prĂ©conise  le pamphlĂ©taire qui reviennent toutes Ă  un schĂ©ma identique, la partition du Congo belge, par une confĂ©rence internationale des grands pays, Ă  mettre en place. La Cuvette centrale deviendrait une sorte de rĂ©serve indigĂšne, la France aurait la partie au nord du fleuve pour autant            qu’elle rĂ©forme           ses maniĂšres    de gouverner, l’Allemagne          aurait l’est en agrandissant son protectorat est africain et l’Angleterre aurait le reste dont le Catanga bien sĂ»r. Si les autres pays ne veulent pas de cette solution, alors l’Angleterre devra s’engager seule et faire son levoir comme elle l’a toujours fait dans le monde. Et si la Belgique rĂ©siste; il y a plusieurs maniĂšres de briser cette Ă©sistance. Le blocus bien sĂ»r, ou la dĂ©claration hors-la-loi de ce pays, ou l’occupation de Borna, ou la guerre avec la Belgique et tant pis pour elle-; ou ce qui serait mieux, l’entrĂ©e au Congo, par le nord de la RhodĂ©sie, d’une trĂšs forte caravane commerciale qui occuperait le terrain.

Toutes les solutions sont valables et acceptables pour autant que les Belges dégagent le terrain et déguerpissent.

(p.56) In 2005, le livre de Conan Doyle est rĂ©imprimĂ© en France par la maison d’édition « les nuits rouges », mais le titre de l’édition originale a Ă©tĂ© adroitement changĂ© puisqu’il est devenu « Le crime du Congo belge » crĂ©ant de la sorte un anachronisme historique, le Congo belge n’ayant existĂ© que de 1908 Ă  1960. Il y a quelques photos hors contexte comme celle d’un collecteur l’impĂŽts en 1918 (?) et une carte Ă©tonnante du Congo belge en 1900 ( ? ). On ne prend pas le risque d’une lĂ©gende sur la photographie de la premiĂšre couverture; on peut donc l’interp rĂ©ter comme on veut.

(p.57) Mais la Force publique montre son utilitĂ© sur les frontiĂšres de l’Est oĂč de graves incidents surgissent en juillet 1909. En vertu d’un arrangement anglo-allemand de 1894, des troupes anglai­ses sont en marche pour occuper la rĂ©gion d’Ufumbiro que l’Allemagne abandonne Ă  l’Angleterre en Ă©change d’une rĂ©gion situĂ©e au Kilimandjaro. Cette rĂ©gion d’Ufumbiro appartient au Congo belge et le commandant Olsen, un Danois, en charge des territoires de la Ruzizi-Kivu, envoie une protestation Ă©nergique au Gouvernement anglais de l’Uganda. Cette manƓuvre trĂšs adroite des autoritĂ©s allemandes a pour but de mettre en conflit les Belges et les Anglais qui n’ont toujours pas reconnu la colo­nie du Congo Belge. Les Allemands espĂšrent retirer un avan­tage de cette situation conflictuelle.

 

(p.61) Le 15 aoĂ»t 1914, les troupes coloniales allemandes agressent le village de Mokolobu au sud d’Uvira sur le lac Tanganyika et elles rĂ©cidivent le 22 aoĂ»t sur le poste de Lukuga. Les autoritĂ©s du Congo dĂ©cident alors d’activer sur place un dispositif de dĂ©fense des frontiĂšres de l’est qu’elles confient au commissaire gĂ©nĂ©ral lieutenant-colonel J. Henry de la Lindi qui est, par un heureux hasard, en mission dans la rĂ©gion. Il Ă©tait impossible de tenir tĂȘte aux Allemands sur les lacs. Ils avaient armĂ©s sur le lac Kivu, un canot automobile cĂ©dĂ© par son propriĂ©taire, le missionnaire von Bodelschwung, et le von Wissman armĂ© d’excellents petits canons n’avait aucun adversaire Ă  sa taille sur le lac Tanganyika.

Henry, qui dispose de trĂšs peu d’effectifs, va organiser une dĂ©fense au moyen de petits groupes trĂšs mobiles spĂ©cialisĂ©s dans les escarmouches et les coups de mains audacieux. C’est une tactique oĂč il excelle et l’ennemi ne pourra prendre pied au Congo qu’en un seul endroit, l’üle Kwidjwi oĂč les habitants s’étaient ralliĂ©s au hauptmann Wintgens rĂ©sident allemand Ă  Kissenye. Pour cacher la faiblesse de ses forces, Henry joue au bluff en crĂ©ant un poste de dĂ©fense Ă  Kibati (400 soldats, un (p.62) canon de 47 mm, 150 cartouches par homme et aucun renfort  possible) et en marchant Ă  l’ennemi dans la direction de Kissenye. Son but Ă©tait de faire croire qu’il avait reçu des renforts et de retarder l’offensive allemande qu’il sentait immi­nente, vu la concentration des troupes coloniales allemandes et les renseignements qu’il recevait des indigĂšnes.

C’est ainsi que le 4 octobre, une attaque allemande (deux compagnies commandĂ©es par Wintgens) dans les envi­rons du mont Lubafu, fut repoussĂ©e par deux compagnies en reconnaissance, de la Force publique du camp hĂątivement crĂ©Ă© Ă  Kibati. Combat acharnĂ© et pertes sĂ©vĂšres ; du cĂŽtĂ© de la Force publique, une quarantaine de soldats tuĂ©s ainsi que les sous- lieutenants de l’Épine et Terlinden. Les pertes allemandes sont Ă©galement trĂšs Ă©levĂ©es et tous leurs officiers sont blessĂ©s.

Le lendemain du combat, les paysans du Congo apportent des vivres en grande quantité au camp de Kibati pour rendre hom­mage aux troupes qui avaient mis hors de combat tous les Blancs allemands.

Au dĂ©but de 1915, les Allemands enregistrent un Ă©chec au cours d’une attaque vers Tshalafi dĂ©fendu par la Force publi­que pour couvrir les frontiĂšres de l’Uganda. Le poste de Binei, qui couvre la route de Kibati Ă  Rutshuru est vainement attaquĂ© par les Allemands. Le 28 mai de la mĂȘme annĂ©e, au cours d’un engagement d’une journĂ©e entiĂšre, la Force publique dĂ©truit le poste de Kissenye. Le 15 juin, Henry dĂ©cide d’occuper le mont Lubafu dont les pentes sont escaladĂ©es par surprise par une colonne d’assaut, qui renforcĂ©e Ă  temps, parvient Ă  se maintenir sur la position. Dans la nuit du 26 au 27 septembre, deux colonnes allemandes appuyĂ©es par une forte artillerie tentent d’établir une tĂȘte de pont Ă  Luvungi, pour couper les commu­nications entre les troupes coloniales belges du Kivu et du Tanganyika. DĂšs 5 heures du matin l’ennemi tente de tourner les compagnies de la Force publique, mais il est contenu de toutes parts. Le combat intense dure jusque 16 heures et le lieutenant Lallement, commandant du poste est tuĂ©.

On peut apprĂ©cier le lendemain, l’importance du succĂšs, au matĂ©riel et aux morts abandonnĂ©s sur place.

 

(p.65) Le 22 octobre, les troupes coloniales allemandes (600 . hommes, des canons et des mitrailleuses) tentent de reprendre le mont Lubafu, poste clef occupĂ© par le major Bataille en terri­toire allemand. La Force publique au prix de pertes lĂ©gĂšres rejette l’adversaire en dĂ©sordre.

Le 22 novembre, les Allemands, avec des effectifs plus considĂ©rables encore, tentent un dĂ©barquement sur la rive ouest du lac Kivu, au sud de Bobandana. Ils sont facilement repoussĂ©s par une colonne mobile de la Force publique occupant judicieu­sement une position dominante. Cinq jours plus tard, nouvelle tentative allemande avec des forces encore plus nombreuses. Couvertes par le canot mitrailleur, deux baleiniĂšres transportant chacune un peloton sont accompagnĂ©es d’une centaine de pirogues amenant des Askaris et des auxiliaires. Le dĂ©barque­ment de ces troupes est difficile Ă  cause de l’escarpement des berges et une colonne mobile de la Force publique conduite par les lieutenants Hommelen et Bems, le sous-lieutenant Garnier et le sous-officier Collignon, qui Ă©tait restĂ© aux aguets depuis le 22, inflige un nouvel Ă©chec aux Allemands. Le mĂȘme jour, une compagnie commandĂ©e par le lieutenant Defoin qui avait pour mission d’occuper le mont Tshandjarue en territoire allemand, est prise Ă  partie par une force supĂ©rieure allemande et est dĂ©cimĂ©e malgrĂ© une rĂ©sistance hĂ©roĂŻque. Tous les EuropĂ©ens de la

compagnie sont tués.

(p.66) Le 27 janvier 1916, une colonne allemande se dirige vers le poste de Kabale, centre commercial important en Uganda. Deux compagnies de la Force publique attaquent le mont Ruakagigi et rĂ©ussissent Ă  entourer le rĂ©duit oĂč l’adver­saire est retranchĂ©.

GrĂące Ă  cette rĂ©sistance gĂ©nĂ©rale, des forces d’Henry, au nord du lac Kivu et de Renard au sud, le groupement Molitor put ĂȘtre organisĂ© Ă  l’aise, en trois bataillons, comme celui du Katanga.

Devant l’évidence des intentions agressives des troupes coloniales allemandes, le Gouvernement belge avait dĂ©cidĂ© d’aider les Anglais et les Français Ă  l’envahissement du Came­roun, colonie allemande. Un dĂ©tachement de la Force publique fort de 3 compagnies groupant 600 hommes (capitaines Bal, Marin et Wayemberg), d’un vapeur armĂ© le Luxembourg, pour appuyer l’action des troupes dans la partie navigable de la Sangha, et d’une section d’artillerie Nordenfelt, fut placĂ© sous les ordres du gĂ©nĂ©ral français Aymerich durant 16 mois. Ces compagnies ont remontĂ© la Sangha affluent du fleuve Congo jusqu’à Ouesso. Puis elles se sont sĂ©parĂ©es en deux groupes, le premier se dirigeant vers le nord (N’Zimu et Nola) puis vers l’ouest (Yokaduma) et le second allant via Molundu vers Besam oĂč les deux colonnes se sont rejointes avant d’investir Lomie et de participer Ă  l’encerclement et Ă  la prise de YaoundĂ© oĂč rĂ©sidait l’état-major des troupes coloniales allemandes.

Fin juin 1915, le poste militaire de Saisi Ă  35 km Ă  l’est d’Abercorn en RhodĂ©sie fut attaquĂ© par un fort contigent alle­mand composĂ© de 70 Blancs et de 500 Noirs. Appel fut fait Ă  la Force publique par les Anglais pour les aider Ă  dĂ©fendre la fron­tiĂšre qu’ils avaient en commun avec l’Afrique Orientale Alle­mande. La nuit du 25 au 26 juillet, les Allemands revinrent en force, mettant en ligne pas moins de 2 000 Noirs encadrĂ©s par plus de 300 Blancs. Ces troupes possĂ©daient de l’artillerie et des mitrailleuses. Les Anglais pouvaient y opposer un dĂ©tachement comptant 11 Blancs et 160 indigĂšnes; le dĂ©tachement des trou­pes coloniales belges venu en renfort comptait 7 EuropĂ©ens et 283 Congolais ainsi qu’un canon. Le combat se poursuivit jour et nuit et la rĂ©sistance fut admirable. Le 30, les Allemands sommĂšrent en vain la garnison de se rendre. Celle-ci fut secourue Ă  temps par le major belge De Coninck Ă  la tĂȘte d’un groupement de 284 soldats congolais encadrĂ© par 14 EuropĂ©ens (p.67) auxquels s’était joint un dĂ©tachement de 50 soldats anglais et de 3 civils europĂ©ens. Le groupement de De Coninck manoeuvra sur les arriĂšres des Allemands, qui, aprĂšs une semaine de lutte ardente, se retirĂšrent vers Bismarckburg en laissant sur le terrain de nombreux morts, dont 29 EuropĂ©ens.

Le Gouvernement britannique dĂ©tacha un ministre pour remer­cier le roi pour l’aide et l’assistance apportĂ©es aux troupes rhodĂ©siennes et le roi Albert envoya au Katanga la citation suivante : « premier bataillon du Katanga est portĂ© ordre du jour des troupes campagne frontiĂšre orientale du Congo pour bravoure et hautes qualitĂ©s militaires dĂ©ployĂ©es dans les combats livrĂ©s Saisi du 25 juillet au 2 aoĂ»t. C.G.G. 23-10-1915- Albert ».

Jusqu’en novembre 1915, deux bataillons de la Provin­ce du Katanga sous les ordres du lieutenant-colonel Olsen sont venus en aide aux troupes coloniales anglaises attaquĂ©es Ă  Abercorn et Ă  Sumbu en RhodĂ©sie et assurĂšrent l’inviolabilitĂ© de la frontiĂšre nord de ce pays.

NĂ©anmoins les troupes coloniales allemandes contrĂŽlent la totalitĂ© du lac Tanganyika sur lequel elles possĂšdent un remorqueur de 25 tonnes (le Kingani) et un bateau de 60 tonnes (le Hedwig von Wissmann) armĂ© de 3 canons de 37 mm. En juin 1915 elles mettront Ă  l’eau un autre bateau de 1200 tonnes (le Graf von Götzen), capable de transporter 800 personnes et armĂ© d’un canon de 105 mm provenant du croiseur (p.68) Köningsberg. Le 22 aoĂ»t 1914, le Von Wissmann avait mis hors service l’Alexandre Delcommune, vieux bateau de 70 tonnes non armĂ© qui constituait la seule flotte congolaise sur le lac.

L’importance de la maĂźtrise du lac apparaĂźt trĂšs vite ainsi que la nĂ©cessitĂ© d’un commandement unique pour la dĂ©fense de cette frontiĂšre. Ce commandement sera rĂ©alisĂ© en mars 1915 en groupant les forces navales de Kalemie et les forces terrestres composĂ©es du 6eme bataillon du commandant Borgerhoff, sous les ordres du major Stinglhamber d’abord puis du lieutenant colonel du gĂ©nie Georges Moulaert ensuite.

La premiĂšre tĂąche de ceux-ci, avec l’aide du commandant de gĂ©nie Odon Jadot, sera de constituer une base navale composĂ©e d’un mĂŽle de 80 m permettant d’abriter une flotille belge, de construire une cale de montage pour le Baron Dhanis qui se trouve lĂ  en piĂšces dĂ©tachĂ©es, et de protĂ©ger cette base par une batterie de canon de 75 mm provenant de Belgique et de 2 canons de 160 mm amenĂ©s depuis le fort de Shinkakasa au Bas Congo.

En juillet 1915, l’Alexandre Delcommune est rĂ©parĂ©, armĂ© et remis en service sous le nom de Le Vengeur. En dĂ©cembre 1915 on amĂšne de LĂ©opoldville et on lance sur le lac le glisseur- torpilleur Netto bateau rapide de 16 tonnes armĂ© d’un canon de 37 mm.

(p.69) La flottille alliée comprend dÚs lors 3 bateaux congolais dont le Kingani capturé le 26 décembre et remis en état sous le nom de Fifi et 2 canonniÚres des troupes coloniales britanniques.

Cette petite flotte dĂ©truit le Hedwig von Wissmann le 9 fĂ©vrier 1916. Pour venir Ă  bout du Graf von GĂŽtzen, il faudra faire venir en mai 1916, quatre hydravions Short, moteur Sunbeam anglais et leurs trois Ă©quipages belges (lieutenants Behaege et Collignon) commandĂ©s par le commandant aviateur de Bueger. Il faudra Ă©galement trouver un plan d’eau suffisamment calme pour qu’ils puissent Ă©voluer. AprĂšs plusieurs bombardements infructueux et de nombreuses pannes, (p.70) le 10 juin 1916, un des hydravions pilotĂ© par Behaege avec Collignon comme observateur, rĂ©duisit au silence le bateau allemand, assurant Ă  la flotte congolaise la maĂźtrise du lac. En aoĂ»t 1916, le Baron Dhanis vapeur de 700 tonnes construit entiĂšrement Ă  Albertville entra en service sur le lac et permit d’utiliser au mieux, notamment pour le transport de troupes et de matĂ©riel, la maĂźtrise totale retrouvĂ©e.

DĂšs le dĂ©but de 1915, le principe d’une action offensive conjointe avec les troupes coloniales britanniques contre l’Afrique Orientale Allemande avait Ă©tĂ© mis en projet, les gouvernements respectifs estimant que l’attaque Ă©tait la meil­leure façon de se dĂ©fendre et de protĂ©ger les frontiĂšres. On envisage alors une offensive congolaise au dĂ©part du Kivu avec l’occupation du Ruanda comme objectif et une autre en commun avec les troupes rhodĂ©siennes au dĂ©part d’Abercom avec Bismarckburg comme objectif. En juin 1915, le gouverne­ment anglais renonce momentanĂ©ment Ă  toute offensive gĂ©nĂ©rale et le Ministre Renkin demande Ă  Tombeur de borner l’essentiel de ses actions Ă  la dĂ©fense des frontiĂšres de l’est Ă©ventuellement en occupant le Ruanda et l’Urundi mais sans aller au-delĂ . Le regroupement des forces coloniales congolai­ses au Kivu est organisĂ© en vue d’une offensive en septembre 1915 mais deux tiers des troupes de la province du Katanga doivent alors ĂȘtre acheminĂ©es en RhodĂ©sie pour protĂ©ger les frontiĂšres de ce pays et l’offensive prĂ©vue n’aura pas lieu.

Tombeur met Ă  profit ce contretemps pour organiser et crĂ©er de toutes piĂšces une nouvelle armĂ©e congolaise de 10 000 hommes, constituĂ©e en unitĂ©s tactiques, munie de matĂ©riel mo­derne et dotĂ©e des services accessoires lui assurant le transport de vivres et de munitions (66 000 charges) pour une expĂ©dition longue de plusieurs mois dans les zones dĂ©sertiques et sauvages de l’Est africain. Cette nouvelle armĂ©e est composĂ©e de deux brigades. La brigade sud (Katanga) sous les ordres du lieutenant-colonel Olsen est concentrĂ©e sur la Ruzizi entre les lacs Kivu et Tanganyika; elle comprend deux rĂ©giments de trois bataillons; le 1er rĂ©giment sous les ordres du major Muller (bataillons 1, 2 et 3) le second rĂ©giment sous le commandement du major WĂ©ber (bataillons 4, 5 et 7). La brigade nord (Province orientale) sous les ordres du (p.71) colonel Molitor est composĂ©e du troisiĂšme rĂ©giment commandĂ© par le major Bataille (bataillons 8, 9 et 10) et du quatriĂšme rĂ©giment sous le commandement du major Rouling (bataillons 11, 12 et 13). Le troisiĂšme rĂ©giment dĂ©fend la frontiĂšre dans la rĂ©gion de Rutshuru et le quatriĂšme dĂ©fend des positions organisĂ©es au nord du lac Kivu. On a vu que le sixiĂšme bataillon, sous les ordres du lieutenant-colonel Moulaert, avait Ă©tĂ© dĂ©tachĂ© Ă  la dĂ©fense des rives du lac Tanganyika.

En dĂ©cembre 1915, le gouvernement britannique dĂ©cide d’envoyer au Kenya par bateau, des forces considĂ©rables (4 brigades d’infanterie et 2 brigades de cavalerie organisĂ©es en 3 divisions) sous les ordres du gĂ©nĂ©ral sud-africain Smuts. Le gĂ©nĂ©ral Tombeur dĂ©cide alors de coordonner l’offensive prĂ©vue avec l’entrĂ©e en action de ces forces, c’est-Ă -dire en avril 1916. Le personnel d’encadrement lui est envoyĂ© de Belgique tous les mois, Ă  raison de 15 Ă  20 europĂ©ens par mois, et cela Ă  partir de septembre 1915. L’armement est amĂ©liorĂ© par l’envoi de fusils Gras et Mauser ainsi que par celui de quelques piĂšces d’artil­lerie. L’ordre d’attaque est donnĂ© le 25 avril 1916; les forces congolaises sont fortes Ă  ce moment de 719 officiers et sous- officiers europĂ©ens et de 11 698 gradĂ©s et soldats congolais.

La campagne de Tabora.

Les troupes coloniales allemandes opposĂ©es aux troupes alliĂ©es sont fortes de 45 compagnies armĂ©es de fusils Mauser du modĂšle le plus rĂ©cent et comportent, en dĂ©cembre 1915, pas moins de 2 712 EuropĂ©ens, 11 367 soldats rĂ©guliers askaris et Ă©galement des auxiliaires Rugaruga (2 591). La compagnie est l’unitĂ© supĂ©rieure mais des groupements sont parfois opĂ©rĂ©s suivant les circonstances.

Au moment de l’offensive des troupes congolaises en 1916, la dĂ©fense de l’Afrique Orientale Allemande est organisĂ©e en deux secteurs. Celui de l’est qui se trouve au contact du gĂ©nĂ©ral Smuts dans la rĂ©gion du Kilimandjaro comporte le plus fort des troupes et est commandĂ© par le colonel von Lettow-Vorbeck et le secteur de l’ouest en face de la Force publique est, quant Ă  lui, dirigĂ© par le gĂ©nĂ©ral Walhe. Ce secteur comprend deux groupements; le premier occupe au nord-est du lac Kivu la solide position de la Sebea qui barre la seule trouĂ©e le long de la frontiĂšre entre le lac Kivu et le massif volcanique des Virunga.

(p.72) Ces positions englobent trois massifs d’une altitude de 2 000 mĂštres, dont les sommets sont formidablement organisĂ©s. Toutes les pentes possĂšdent des ouvrages pouvant rĂ©sister aux tirs d’artillerie, entourĂ©s d’importants rĂ©seaux de dĂ©fense accessoires Ces positions avancĂ©es sont flanquĂ©es par des mitrailleuses et des canons au mont Kama. On compte dans ce secteur 1 200 hommes sous le commandement du hauptmann Wintgens. Le second groupement dĂ©fend la Ruzizi entre les lacs Kivu et Tanganyika. Fort de 600 fusils, de mitrailleuses et de canons, il est sous les ordres du major von Langen. Face Ă  la frontiĂšre de l’Uganda Ă  l’ouest du lac Victoria on trouve un dĂ©tachement de 1 000 hommes sous le commandement de l’hauptmann Godovius que les troupes congolaises rencon­treront plus tard. DerriĂšre, un peu en retrait, on trouve les troupes du gĂ©nĂ©ral Walhe. Plus au sud, sur le lac Tanganyika, de nombreux points sont dĂ©fendus, dont les plus fortement occupĂ©s sont les postes d’Usumbura, d’Ujiji et de Kigoma. Sur toutes les lignes de communication vers l’ouest, sont installĂ©s de nombreux magasins de vivres, des dĂ©pĂŽts de matĂ©riel et de munitions. La guerre a manifestement Ă©tĂ© prĂ©parĂ©e de longue date. Pendant que le troisiĂšme rĂ©giment des troupes congo­laises part de la frontiĂšre ougandaise et fonce sur Kigali qu’il atteint au dĂ©but mai aprĂšs avoir culbutĂ© l’ennemi au mont Kasibu, le premier rĂ©giment de la brigade sud marche vers Nyanza de maniĂšre Ă  encercler le dĂ©tachement Wintgens qui, se voyant tournĂ© abandonne ses positions poursuivi par le quatriĂšme rĂ©giment. Kigali, oĂč les 3eme et 4eme rĂ©giments se rejoignent, est pris le 6 mai et Nyanza le 19 mai. Tandis que la brigade nord se dirige vers le sud du lac Victoria en deux colonnes, pour isoler le groupement Godivius, le 1er rĂ©giment franchit l’Akanjaru et fonce sur Kitega la capitale de l’Urundi oĂč il entrera le 16 juin, pendant que le 2eme rĂ©giment investit Usumbura le 6 juin, bouscule les arriĂšres gardes ennemies Ă  Kokawani et Ă  Niawiogi (le 12 juin) puis fait jonction Ă  Kitega le 17 juin avec le 1er rĂ©giment.

Cette manƓuvre avait pour but l’encerclement du groupement von Langen fixĂ© sur la Ruzizi. S’ils abandonnent le terrain aux troupes congolaises, tous les groupements de l’armĂ©e coloniale allemande parviennent Ă  se dĂ©gager en livrant de durs combats retardateurs entraĂźnant des pertes sĂ©rieuses de part et d’autre.

(p.75) Le 3 juillet, le major Rouling livre un violent combat Ă  Kato contre le groupement Godivius en retrait; il y sera trĂšs griÚ­vement blessĂ© et remplacĂ© au commandement du quatriĂšme rĂ©giment par le lieutenant-colonel HuyghĂ©. C’est au cours de ce combat que le sous-lieutenant vicomte de Beughem se dĂ©fendra Ă©nergiquement jusqu’à la mort Ă  la tĂȘte de sa section de mitrailleuses. Toute la brigade nord se dirige ensuite vers le sud du lac Victoria, pour aider les troupes du gĂ©nĂ©ral anglais Crewe, venant par la voie du lac, Ă  investir le poste de Mwanza. Elle livre Ă  cette occasion Ă  Djobahika un violent combat indĂ©cis contre les troupes de Wintgens et de von Longen rassemblĂ©es dans ce lieu. Pendant le mois de juillet, la brigade sud marche en deux colonnes vers le chemin de fer de Dar es Salam Ă  Kigoma. Le 2eme rĂ©giment entre dans cette ville le 28 juillet tandis que le 1er rĂ©giment occupe Rutshugi-Gottorp le 30 juillet.

Puis c’est la marche convergente des deux brigades vers Tabora, ville de 40 000 habitants et mĂ©tropole commerciale de l’Est Africain Allemand. La brigade sud suit le rail en deux colonnes et livre de glorieux combats aux arriĂšre-gardes ennemies Ă  Ussoke et Ă  Mabama (le 7 septembre). Le 1er rĂ©giment est rejoint par le 6eme bataillon en provenance de KarĂ©ma juste avant d’ĂȘtre violemment accrochĂ© par les forces coloniales allemandes, Ă  Lulanguru, les 10, 11 et 12 septembre La brigade nord livre un combat victorieux Ă  Kologwe le 2 septembre et entre en contact avec la dĂ©fense de Tabora Ă  Itaga (p.76) les 13 et 14 septembre avec alternativement des succĂšs et des revers. Mais cette arrivĂ©e oblige les ennemis Ă  rĂ©partir leurs forces sur deux fronts.

La pression constante des deux brigades sur Tabora et l’arrivĂ©e imminente Ă  l’est d’une colonne anglaise incitent les troupes coloniales allemandes Ă  quitter la ville et Ă  se replier sur la partie sud-est de leur colonie. Les deux brigades congolaises investissent Tabora le 19 septembre, 8 jours aprĂšs le dĂ©but des combats, alors que les troupes coloniales anglaises sont encore Ă  quelques milles de la ville.

En moins de six mois, un territoire peuplĂ© de 4 millions d’habitants et cinq fois plus grand que la Belgique a Ă©tĂ© conquis par les soldats de la Force publique.

 

(p.78) Le soir de cette journĂ©e mĂ©morable, la ville de Tabora fut Ă©clairĂ©e par les incendies allumĂ©s par ces Ndakis. La revue des troupes terminĂ©e, celles-ci allĂšrent cantonner dans une sĂ©rie de positions formant une ceinture de dĂ©fense autour de la ville. Le lendemain, une grosse voiture grise entra dans la ville de Tabora ; c’était le gĂ©nĂ©ral anglais sir Charles Crewe qui venait saluer le gĂ©nĂ©ral Tombeur lequel avait Ă©tabli les bureaux de son quartier gĂ©nĂ©ral Ă  la mission des PĂšres Blancs.

(p.79) Ce sera le dĂ©but de laborieuses nĂ©gociations avec les ^ Britanniques jusqu’à la dĂ©claration faite par ceux-ci le 19 janvier 1917, que l’assistance des troupes coloniales belges n’Ă©tait plus nĂ©cessaire Ă  la poursuite des opĂ©rations en Afrique Orientale Allemande. En fait, le gĂ©nĂ©ral anglais digĂ©rait trĂšs mal le fait que Tabora Ă©tait tombĂ©e devant les troupes congo­laises et pas devant ses propres troupes.

Le 25 fĂ©vrier 1917, le gouvernement belge fut amenĂ© Ă  remettre l’administration du district de Tabora aux Anglais. C’est le colonel Bataille, la mort dans l’ñme et des larmes dans les yeux qui fut chargĂ© de cette pĂ©nible mission. Une semaine auparavant, le gĂ©nĂ©ral Tombeur avait remis son commandement au colonel HuyghĂ© et avait rejoint le front de l’Yser avec son Ă©tat-major et avec un grand nombre d’officiers et de sous- officiers belges, ainsi qu’avec une grande partie de l’artillerie. L’évacuation des troupes coloniales congolaises vers le Congo dĂ©buta en janvier 1917, Ă  l’exception d’un corps de 2 000 hommes chargĂ© d’occuper les territoires conquis, Ă  la demande expresse et Ă  l’initiative personnelle du gĂ©nĂ©ral Smuts qui n’avait pas les Ă©tats d’ñme du gĂ©nĂ©ral Crewe et qui savait pertinemment que les troupes anglaises Ă©taient insuffisantes, en nombre, pour assurer ce service.                                                                                                ^

Le 18 avril 1918, un Ordre du Jour de l’ArmĂ©e rendait hommage Ă  l’hĂ©roĂŻsme des troupes coloniales pendant la campagne d’Afrique en autorisant les 1er, 2eme, 3eme et 4eme rĂ©giments Ă  broder sur leurs drapeaux le nom de « Tabora » et en autorisant le 1er rĂ©giment Ă  y broder en outre le nom de (p.80) « Lulanguru ». Il autorisait Ă©galement la seconde batterie d’ar­tillerie St. Chamond Ă  inscrire « Lulanguru » sur les boucliers de ses canons et une section de la premiĂšre batterie St. Cha­mond Ă  inscrire « Itaga » sur les boucliers des siens.

Le 13 mars 1917, le rapatriement des troupes est brusquement interrompu car la situation dans le sud-est de l’Afrique Orientale Allemande requiert Ă  nouveau la participa­tion des troupes congolaises pour contrer les troupes coloniales allemandes rĂ©organisĂ©es Ă  l’est sous le commandement de von Lettow et autour de Mahenge sous les commandements de Wintgens et de von Langen.

La campagne de Mahenge.

Cette campagne conduite par le colonel HuyghĂ© prĂ©sente deux missions trĂšs diffĂ©rentes attribuĂ©es Ă  chacune des brigades, la premiĂšre sous le commandement du lieutenant-colonel Thomas aidĂ©e de deux bataillons anglais est chargĂ©e de poursuivre le dĂ©tachement Wintgens-Naumann (4 compagnies, 600 soldats, 40 EuropĂ©ens, 16 mitrailleuses et deux canons) qui faisait une diversion vers le nord-est. Wintgens est fait prisonnier le 23 mai par le bataillon congolais qui couvrait le sud de Tabora et Naumann qui prit le commandement du dĂ©tachement ne put Ă©viter deux fois le combat Ă  Mkalama le 7 juin et Ă  Ikoma le 29 juin. Sa colonne rejetĂ©e vers l’est et scindĂ©e en plusieurs dĂ©tachements tomba facilement, plus tard, aux mains des troupes coloniales anglaises qui occupaient cette rĂ©gion.

Le colonel HuyghĂ© au cours d’une rĂ©union Ă  Dar es- Salam a marquĂ© sa volontĂ© de maintenir les forces congolaises groupĂ©es en une unitĂ© distincte sous son commandement. Les deux brigades (13 bataillons) sont donc rassemblĂ©es sur le chemin de fer Ă  Dodoma et Ă  Kilosa, bases de dĂ©part de leurs actions vers les zones au sud du rail. Le major Bataille commande la brigade sud. A la mi-aoĂ»t, deux colonnes enta­ment une marche concentrique vers Ifakara au nord de la riviĂšre Kilombero couvrant Mahenge, Ă  23 Ă©tapes de marche. L’enne­mi a fait le vide des vivres et des populations et Ă  partir du 15 novembre et de la saison des pluies, les riviĂšres grossissent et le Kilombero fera 3 kilomĂštres de large.

(p.81) Il est clair que les Allemands comptent utiliser la mĂ©tĂ©orologie et la disette comme facteurs stratĂ©giques pour isoler et mettre en difficultĂ© les troupes congolaises. Celles-ci devront donc agir vite. Du premier au dix septembre, les deux colonnes rĂ©unies forcent le passage de la Kilombero, foncent vers Mahenge forçant les troupes coloniales allemandes de Tafel au repli par la manƓuvre et par les combats (Kalimoto du 12 au 15 septembre et Kinkengena le 22 septembre). Le 8 octobre les troupes congolaises entrent dans Mahenge abandonnĂ©e par les troupes allemandes craignant un encerclement, mais dont le repli se fait en ordre au moyen de combats retardateurs (Katula, 13 octobre ; Lohombelo 24 octobre ; Dongawalla, 25 octobre et Chongawale, 29 octobre).

Pendant ce temps, un groupement belge confiĂ© au major HĂ©rion (deux bataillons d’infanterie le 6eme et le 4emc et une compagnie cycliste) dĂ©barque Ă  Kilwa sur les cĂŽtes de l’OcĂ©an indien pour prendre l’ennemi Ă  revers en s’emparant et en occupant un important nƓud routier dans les environs de Liwale, localitĂ© par oĂč pouvait passer Tafel et dont les accĂšs Ă©taient sous le contrĂŽle d’un petit bataillon britannique des King’s African Rifles commandĂ© par le major Hawkins. Le capitaine Bems du dĂ©tachement congolais fut envoyĂ© avec une compagnie vers le bataillon anglais pour lui porter assistance. A cette petite colonne Ă©tait joint un peloton cycliste, car on Ă©tait en saison sĂšche, une mitrailleuse escortĂ©e de 15 soldats, un infirmier europĂ©en assistĂ© d’une dizaine de brancardiers et 150 porteurs sous les ordres d’un officier anglais. A peine la colonne fut-elle en marche que le sergent-major Kodja, un Azande remarquable, entendit de nombreux coups de feu dans (p.82) le lointain. Le commandant Bems marcha rapidement, Ă  la boussole dans leur direction et vers 11 heures du matin, la fu­sillade devenant plus distincte, les soldats de la Force publique marchĂšrent en Ă©ventail aprĂšs avoir chargĂ© leurs armes et mis la baĂŻonnette au canon. Vers 11 heures et demie, une avant-garde tomba sur un sous officier noir des troupes coloniales allemandes blessĂ© et accompagnĂ© de trois brancardiers. Celui-ci fut immĂ©diatement interrogĂ© et appris Ă  Bems que les Anglais Ă©taient complĂštement encerclĂ©s par huit compagnies allemandes commandĂ©es par le major Tafel et qu’ils Ă©taient sur le point de se rendre. Le dĂ©tachement de la Force publique se dĂ©ploie immĂ©diatement. Les 38 cyclistes du lieutenant Delmotte et du sous-officier Thibaut attaquent de front. Le lieutenant Versluys et son peloton forment l’aile gauche avec le sous-officier Roberti et ses hommes Ă  l’extrĂȘme gauche. Le commandant Bems occupe l’aile droite avec la mitrailleuse du sous-officier Manisse. Les 186 hommes de la Force publique ont l’avantage de la surprise et engagent un combat qui va durer 2 heures avant que les Allemands ne battent en retraite vers le sud et rompent l’encerclement du bataillon britannique.

Le major Hawkins enverra un mot de remerciement au com­mandant Bems dans lequel il s’exprimait comme suit : « Je tiens Ă  vous remercier, ainsi que vos troupes, pour l’aide que vous nous ctvez prĂȘtĂ©e. Nous Ă©tions engagĂ©s dans un combat depuis 5 h. 30 et nous avions grand besoin de renforts. J’ai commencĂ© la retraite Ă  14 h. 30. Je suis trĂšs content que vous ayez trouvĂ© le capitaine Hunt. J’ai aussi dĂ» abandonner une mitrailleuse Maxim, un trĂ©pied pour Maxim, la crosse d’une mitrailleuse Lewis et plusieurs barils de munitions et d’outils. Je serais trĂšs heureux si vous aviez rĂ©ussi Ă  reprendre quelques-unes des piĂšces mentionnĂ©es ci-dessus ».

(signé) E.B.Hawkins. Major 1/4 KAR.

Un officier allemand blessĂ© (l’hauptmann Bauer) est fait prisonnier et un officier anglais (le capitaine Hunt) est libé­rĂ©. L’ennemi a laissĂ© aux mains du commandant Bems, 6 EuropĂ©ens et 24 Askaris, du matĂ©riel pris aux Anglais, des armes et des munitions et une caisse de mĂ©dicaments. Mais la prise la plus importante est un volumineux document saisi dans les papiers du hauptmann Bauer (p.83) concernant les plans de retraite de la plupart des colonnes de Tafel, avec toutes les prĂ©cisions concernant les chemins Ă  suivre et les haltes Ă  observer pour rejoindre le gros des troupes de von Lettow. Le commandant Berns fit parvenir ce document au colonel HuyghĂ©. Les Anglais n’eurent aucune difficultĂ© Ă  barrer la ligne de retraite allemande et Tafel dut se rendre, sans combattre, avec la totalitĂ© de ses troupes (1 500 hommes). Seules les forces du talentueux offi­cier qu’était von Lettow purent pĂ©nĂ©trer dans le Mozambique portugais.

Les quelque 1 200 fusils, les 125 hommes de troupe blancs et la trentaine d’officiers et de fonctionnaires militarisĂ©s qu’elles comptaient encore, combattront jusqu’à l’armistice et menaceront mĂȘme la province du Katanga. Il aurait pu en ĂȘtre autrement, car dĂšs juin 1917, le colonel HuyghĂ© avait demandĂ© Ă  l’État Major anglais, sans succĂšs, l’autorisation de dĂ©barquer quelques bataillons belges au Mozambique.

Dans son livre « Heia Safari », von Lettow Ă©crira plus tard : la colonne Tafel a dĂ» mettre bas les armes fin novembre 1917 au nord de la Ruwama. Ceci fut pour moi un coup dur et imprĂ©vu. Cette seconde campagne offensive en Afrique allemande n’a pu ĂȘtre pleinement rĂ©ussie que grĂące aux tours de force rĂ©alisĂ©s par les troupes congolaises du gĂ©nie, qui construisirent des routes carrossables en terrain accidentĂ©, avec une vitesse Ă©tonnante, ce qui permit le ravitaillement permanent des troupes.

 

(p.84) Fin 1917, la dĂ©cision fut prise de renvoyer en arriĂšre, vers Lindi, les troupes congolaises pour qu’elles puissent retourner au Congo par chemin de fer au dĂ©part de Dar es-Salam. L’annĂ©e 1918 sera consacrĂ©e Ă  ce repli sauf pour les trois bataillons dĂ©signĂ©s pour occuper les territoires de la zone belge d’occupation.

Cette seconde campagne, n’eut pas le retentissement de la campagne de Tabora et les vainqueurs de Mahenge furent long­temps oubliĂ©s et ignorĂ©s de maniĂšre injuste et impardonnable par le pouvoir. Mais les Allemands s’en souvinrent durant la seconde guerre lorsqu’ils arrĂȘtĂšrent en France, le gĂ©nĂ©ral en retraite HuyghĂ©, qui fut transfĂ©rĂ©, au dĂ©part de la prison de Fresnes, dans un camp de concentration en Allemagne oĂč il mourut d’une pneumonie. Dans un extrait des Ordres du Jour de l’ArmĂ©e du 30 septembre 1919, c’est le colonel HuyghĂ© lui- mĂȘme qui signera l’extrait suivant : «Je cite Ă  l’ordre du jour des troupes coloniales dans le German Est Africain les 1er, Tme, 3eme et 4eme rĂ©giments mixtes ainsi que les services divers pour la vaillance, l’endurance et le bel esprit d’abnĂ©gation dont ces unitĂ©s ont fait preuve au cours des opĂ©rations qui ont entraĂźnĂ© la chute des derniers rĂ©duits dĂ©fensifs ennemis de Mahenge et de Luvale en Afrique Occidentale Allemande ». Ce n’est qu’en 1931, dans l’Ordre du Jour de l’ArmĂ©e n° 68 du 27 novembre, que par dĂ©cision du roi, le nom de Mahenge sera inscrit sur les drapeaux du rĂ©giment des troupes coloniales et sur les boucliers des piĂšces d’artillerie, en tĂ©moignage de reconnaissance pour les faits d’armes accomplis par les troupes coloniales durant la campagne de 1917. C’est la mĂȘme annĂ©e Ă©galement dans un Ordre du Jour de l’ArmĂ©e datĂ© du 10 juillet, que le Corps des volontaires coloniaux organisĂ© Ă  Namur en 1914 sera mis Ă  l’honneur, …en tĂ©moignage d’admiration pour cette vaillante phalange de vĂ©tĂ©rans coloniaux dont 50 pour-cent des hommes Ă©taient ĂągĂ©s de 40 Ă  50 ans et plus et qui, nonobstant leur Ăąge, se groupĂšrent spontanĂ©ment, dĂšs la premiĂšre heure, pour courir Ă  la dĂ©fense de nos foyers. Participa Ă  la glorieuse dĂ©fense de Namur en 1914.

Un fait important est liĂ© Ă  cette phalange des vĂ©tĂ©rans coloniaux commandĂ©e par le major en retraite Chaltin et les officiers en retraite De Cock et Laplume, Ă  savoir l’engagement volontaire de quelques jeunes Congolais prĂ©sents en Belgique Ă  la dĂ©cla­ration (p.85) de guerre, notamment Joseph Adipanga, Albert Kudjabo et Paul Panda Famana dont on reparlera plus tard. L’armĂ©e demanda Ă  ce corps de volontaires de couvrir la retraite des troupes belges des positions de dĂ©fense de Namur. IsolĂ©s, cer­nĂ©s dans le bois de Maizeret, ils furent tous fait prisonniers et envoyĂ©s en Allemagne. Dans les camps allemands, les volon­taires congolais furent sĂ©parĂ©s des volontaires belges et joints aux prisonniers sĂ©nĂ©galais des troupes françaises. Une sĂ©gré­gation qui aura son importance plus tard.

 

 

(p.94) Avec l’exploitation des mines de cuivre, le Katanga est devenu une rĂ©gion industrielle trĂšs active, de mĂȘme envergure que celles qu’on peut trouver en Europe ou aux Etats-Unis. La zone miniĂšre s’étend sur 15 000 kilomĂštres carrĂ©s et le principal minerai de cuivre qu’on y exploite est la malachite. En 1930, l’exploitation s’effectue dans six mines Ă  ciel ouvert et dans une mine souterraine. La main d’Ɠuvre Ă©tant rare, les travaux sont conduits en utilisant le plus souvent possible les procĂ©dĂ©s mĂ©caniques d’extraction et de transport. L’ampleur des travaux se mesure par le tonnage des roches extrait qui s’élĂšve annuellement, une vingtaine d’annĂ©es aprĂšs le dĂ©but des mines, Ă  environ 4 500 000 tonnes.

On n’insistera jamais assez sur cette rĂ©alisation des ingĂ©nieurs belges de l’Union MiniĂšre dans une rĂ©gion oĂč le travail Ă©tait particuliĂšrement difficile suite Ă  l’éloignement des pays oĂč le savoir industriel Ă©tait actif et innovant et surtout, suite Ă  la nature des minerais oxydĂ©s Ă  traiter, opĂ©ration considĂ©rĂ©e Ă  l’époque comme particuliĂšrement difficile voire impossible par les experts amĂ©ricains.

Trois grands sites métallurgiques ont été créés :

(p.95) le site de Lubumbashi oĂč l’on traite les minerais riches dont la teneur en cuivre dĂ©passe 15%; avec une force motrice de 9 000 KW (chaudiĂšres Ă  charbon pulvĂ©risĂ©); le site de Jadotville-Panda dans lequel on traite les minerais contenant de 6 Ă  10% de cuivre et oĂč on a crĂ©Ă©, innovation importante dans la mĂ©tallurgie du cuivre, les fours Ă  rĂ©verbĂšre dont la capacitĂ© unitaire de 250 tonnes de charge par journĂ©e correspond Ă  une production de 70 tonnes de lingots. La force motrice utilisĂ©e est de 35 000 KW.

On trouve Ă©galement Ă  Jadotville-Panda un atelier de construction et de rĂ©parations mĂ©caniques, une usine Ă  four Ă©lectrique, une fabrique de glace, une fabrique d’oxygĂšne et les installations hydrauliques nĂ©cessaires pour un dĂ©bit mensuel d’un million de mĂštres cubes; le site de Jadotville-Chituru oĂč certains minerais de cuivre sont traitĂ©s par lixiviation et Ă©lectrolyse, avec utilisation d’acide sulfurique.

 

 

Les lingots produits dans les deux premiers sites doivent encore subir un raffinage.

 

(p.123) En janvier 1941, suite Ă  ce contact, la 3eme compagnie du 6eme bataillon (BCS1) des troupes du Nord-Est Ă©tait envoyĂ©e au Soudan pour installer une base Ă  Juba et le 1 lĂšme bataillon (BCS2) de la mĂȘme brigade Ă©tait placĂ© aux ordres du commandement anglais. Pour la Force publique, la campagne d’Abyssinie commence donc le 2 fĂ©vrier 1941 Ă  l’arrivĂ©e Ă  Juba. Au dĂ©but du mois de mars, le BCS2 reçoit l’ordre d’occuper la rĂ©gion de Belatoma prĂšs de la frontiĂšre Ă©thiopienne puis de participer, avec deux bataillons britanniques, Ă  l’attaque du poste italien d’Asosa occupĂ© par deux bataillons. AprĂšs une marche pĂ©nible en montagne par une chaleur torride, la Force publique livre combat Ă  Mahdi et le 11 mars occupe Asosa Ă©vacuĂ© par les troupes italiennes qui laissent sur le terrain du matĂ©riel et des vivres bien utiles. Le 12 mars, elle remet ce poste aux Anglais. Le 1 leme bataillon reçoit ensuite l’ordre de rejoindre le secteur sud, Ă  900 kilomĂštres, pour participer, avec un bataillon britannique, Ă  l’attaque de Gambela poste occupĂ© par des « bandas » (partisans ou irrĂ©guliers) lequel est Ă©vacuĂ© par les Italiens et occupĂ© par la Force publique dĂšs le 23. Ces deux combats et cette longue marche coĂ»tent cher Ă  la Force publique qui n’a plus que 13 EuropĂ©ens valides et dont 17 % de la troupe sont hospitalisĂ©s.

 

(p.124) Outre l’obligation de tenir Gambela, le BCS3 reçoit comme mission de rechercher le contact avec l’ennemi sur l’axe Saio-Gimbi et de pousser des reconnaissances vers Gore, Mogi et Saio. En l’absence du commandant du BCS3, le 12 avril 1941, le commandant du 5eme rĂ©giment (colonel Van der Meersch) groupant deux bataillons envoie une compagnie de reconnaissance vers Saio. Celle-ci rencontre une forte rĂ©sistance sur la riviĂšre BortaĂŻ et le 11Ăšme bataillon est alors engagĂ© en entier. Mais le 15 avril, ce dernier surpris par une contre-attaque italienne, doit se replier aprĂšs avoir perdu 2 EuropĂ©ens et une douzaine de soldats. Le 16 avril, le commandant du 5eme rĂ©giment reçoit deux ordres distincts d’échelons hiĂ©rarchiques (p.125) diffĂ©rents, le premier du commandant du BCS3 ordonnant un simple mouvement vers Saio, le second du Quartier GĂ©nĂ©ral de Khartoum ordonnant une action offensive avec un objectif au- delĂ  de Saio. Toujours en l’absence du commandant du BCS3 retenu chez les Britanniques, le commandant du 5eme rĂ©giment exĂ©cute une marche offensive avec le 5eme bataillon et le 23 avril, il s’installe de part et d’autre de la riviĂšre BortaĂŻ. AttaquĂ© par les Italiens Ă  l’aube du 24 avril, il doit replier ses forces derriĂšre la riviĂšre aprĂšs de lourdes pertes. Un soldat de la Force publique est fait prisonnier par les Italiens (le seul qu’ils firent prisonnier). Durant la nuit, il se dĂ©shabille pour ĂȘtre inaperçu dans l’obscuritĂ©, rĂ©cupĂšre son fusil dont il avait repĂ©rĂ© l’emplacement durant la journĂ©e et rejoint, tout fier, les lignes congolaises.

Le plus grave problĂšme rencontrĂ© par les troupes coloniales congolaises fut l’insuffisance des services et l’impos­sibilitĂ© de vivre sur le Soudan oĂč il n’y a rien ou presque. Au Congo, aucun stock n’avait Ă©tĂ© prĂ©vu et on doit Ă  la sociĂ©tĂ© Shun d’avoir consenti Ă  fournir la plus grande partie des vivres pour la troupe. Les EuropĂ©ens ont vĂ©cu longtemps grĂące aux boites de corned beef et de crabe collectĂ©es dans les magasins de la Province orientale. Le problĂšme des transports Ă©tait angoissant surtout durant la saison des pluies oĂč les camions Ă©taient inutilisables.

 

(p.126) Pour amĂ©liorer ceux-ci une flottille belge a Ă©tĂ© transportĂ©e par voie de terre sur 1 050 kilomĂštres d’Aketi Ă  Juba et mise Ă  l’eau sur le Nil. Cette flottille comportait un remorqueur, 15 barges et 4 baleiniĂšres Ă  moteur pour un total de 300 tonnes. À la guerre il faut aller parfois au-delĂ  de la tĂ©mĂ©ritĂ© pour faire passer des poids de trente tonnes sur des ponts prĂ©vus pour en porter quatre; mais cela ne se rĂ©alise pas sans peur.

Le service de santĂ©, malgrĂ© le dĂ©vouement de la douzaine de bons mĂ©decins, ne disposait ni du matĂ©riel ni des mĂ©dicaments dĂ©sirables pour Ă©viter les Ă©pidĂ©mies d’avitaminose et de dysenterie responsables de 90% des pertes. En 9 semaines d’avril Ă  juin, 1 502 hommes sur un total de 4 000 ont dĂ» ĂȘtre hospitalisĂ©s pour affections graves. Pendant deux mois, les troupes Ă  Bangala seront coupĂ©es de Malakal Ă  cause de la saison des pluies. Le commandant du BCS3 est malade et il se suicide. Les troupes reçoivent la visite du gĂ©nĂ©ral Ermens commandant en chef de la Force publique qui vient mettre en place le nouveau commandant du BCS3, le lieutenant colonel Dronkers-Martens. En accord avec les Anglais, la dĂ©cision est prise de s’emparer du nƓud routier de Saio, pour permettre une meilleure liaison entre les troupes anglaises et la Force publique. Mais auparavant, il faut renforcer les deux secteurs et exercer une pression sur les positions italiennes.

Le 8 juin, le 1 leme bataillon rejette les Italiens au nord de la BortaĂŻ et le lendemain, le 5eme bataillon attaque Mogi sans arriver Ă  le prendre. Des renforts arrivent entre le 18 et le 26 juin et la Force publique peut aligner prĂšs de 6 000 hommes, les porteurs y compris. Le gĂ©nĂ©ral Gillaert, commandant des troupes du Nord Est vient prendre le commandement du BCS3 renforcĂ©; il attaque Ă  cinq heures du matin la position de la BortaĂŻ avec le 6eme bataillon appuyĂ© par l’artillerie et les mortiers, et l’encercle avec le lleme pendant que la compagnie cycliste et deux pelotons du 5emc font des diversions dans les directions de Bure et de Mogi; les liaisons radio se font en clair, en flamand. Une compagnie du 6eme s’écarte et crĂ©e une brĂšche dans le dispositif, brĂšche comblĂ©e d’initiative par le com­mandant du 5eme..

(p.127) Ce 3 juillet vers 13 heures au moment oĂč l’attaque sur le pont de la BortaĂŻ toujours tenu par les Italiens, va se dĂ©clencher, 3 parlementaires italiens avec des drapeaux blancs viennent pré­senter la reddition des troupes italiennes et vers 22 heures le mĂȘme jour, le gĂ©nĂ©ral Gillaert signe, avec les reprĂ©sentants du gĂ©nĂ©ral Gazzera, les conditions d’arrĂȘt des hostilitĂ©s et la red­dition de tout le Galla-Sidamo. La Force publique peut alors entrer dans Saio ; elle y fait prisonniers 9 gĂ©nĂ©raux, 370 officiers, 2 574 militaires italiens, dont des chemises noires, et de nombreux militaires indigĂšnes.

(p.128) Elle récupÚre aussi des armes et des munitions (18 canons, 200 armes automatiques, 8 000 fusils), des véhicules (200 gros camions), du matériel de transmission (20 tonnes), 500 animaux de bùt, des médicaments et des vivres.

A Bure, la 3eme compagnie cycliste capture 650 officiers et sous officiers de la 22eme division italienne et le 5eme arrĂȘte la garnison de Mogi. La capitulation s’étend Ă  toutes les troupes du Galla-Sidamo, c’est-Ă -dire Ă  plCet Ă©vĂ©nement est rapportĂ© dans les termes suivants dans l’histoire officielle de la conquĂȘte de l’Est africain italien : « This contingent played a part in the campaign out of ail proportion to his number. On the third of july, the Belgian contingent advanced to the assault of Saio. Their attack carried out by three bataillons was completely succesfull and at 2 a.m. on the fourth of july, general Gazzera capitulated to them. A Belgian force, under 3 000 men strong had taken about 15 000 prisoners and three times the amount of equipment which they themselves possessed ».

 

(p.129) En mai 1941, la premiĂšre brigade des troupes de Nord- Est est concentrĂ©e dans le Bas et le Moyen Congo et mise Ă  l’entraĂźnement pendant huit mois. Cette situation est la rĂ©sultante de contacts entre les Ă©tats-majors anglais, français- libres et belges en vue de mettre au point la dĂ©fense des territoires alliĂ©s des cĂŽtes ouest de l’Afrique car Ă  cette Ă©poque la France de Vichy a autorisĂ© les Allemands Ă  utiliser les bases aĂ©riennes et navales françaises de cette rĂ©gion. (Accords Darlan-Warlimont).

Le 22 juillet 1942, les 13 000 hommes de cette brigade sont transportĂ©s par mer de Matadi Ă  Lagos pour participer Ă  l’attaque du Dahomey dont l’administration est restĂ©e fidĂšle Ă  Vichy mais ce projet n’est pas rĂ©alisĂ© suite au dĂ©barquement amĂ©ricain en Afrique du Nord et les soldats de la Force publique restent inactifs jusqu’en mars 1943. A cette date, le gouvernement britannique demande au gouvernement belge d’utiliser la premiĂšre brigade au Moyen-Orient. Les troupes sans charroi sont alors transportĂ©es par deux bateaux de Lagos Ă  Suez, par le cap de Bonne EspĂ©rance, entassĂ©es dans les cales et les entreponts, dans des conditions pĂ©nibles qui rappellent le transport des esclaves. 27 soldats dĂ©cĂšdent d’ailleurs en cours de route, 75 autres ont Ă©tĂ© hospitalisĂ©s Ă  Aden et 200 sont transportĂ©s Ă  l’hĂŽpital Ă  Suez.

(p.130) Le charroi et 2 000 hommes, quant Ă  eux, ont fait le dĂ©placement par voie de terre sur prĂšs de 6 000 kilomĂštres de Zaria jusqu’au Caire par Fort Lamy, El Fasher, Khartoum et Assouan, ce que jamais une colonne motorisĂ©e n’avait fait, par des pistes mal connues et en perdant Ă  peine 5 % du matĂ©riel; une quarantaine de vĂ©hicules sur les 850 au dĂ©part. Le voyage avait durĂ© moins de 4 mois. Un vĂ©ritable exploit.

Ce corps expĂ©ditionnaire est rassemblĂ© Ă  Tahag, puis Ă  Fayid dans la rĂ©gion du canal de Suez pour garder les prisonniers et surveiller les dĂ©pĂŽts. Seuls les chasseurs motorisĂ©s purent crĂ©er un « spĂ©cial raiding squadron » et s’entraĂźner au combat.

Une participation active aux opérations dépendait de plusieurs choses :

l’adoption par la Force publique de l’organisation britannique ;

un entraßnement spécifique comme les troupes anglaises ;

l’acceptation du gouvernement belge.

Toutes ces conditions étant réunies, le corps expéditionnaire porte le nom de « Troupes coloniales belges au Moyen-Orient » (TCBMO) et est organisé de la maniÚre suivante : un quartier général installé au Caire;

(p.131) une brigade-group de type britannique installée à Tahag ;

un groupement de renfort et d’instruction localisĂ© Ă  Fayid ;

une « battle-school située au km 81 de la route Le Caire-Suez.

L’entraĂźnement soutenu dĂ©bute en juillet 1943 mais le 23 fĂ©vrier 1944 la Force publique n’est pas encore entrĂ©e en action et un sĂ©rieux mouvement d’humeur provoquĂ© par la dĂ©ception est observĂ© au sein du 3eme bataillon.

La Force publique n’entrera pas en action; elle sera transfĂ©rĂ©e en Palestine Ă  Isdud oĂč elle reprendra l’entraĂźnement et la surveillance des installations militaires contre les pillards et voleurs d’armes et de munitions arabes et juifs.

(p.132) DĂšs le dĂ©but des hostilitĂ©s, le 12 aoĂ»t 1940, le ministre des colonies exprima le souhait du gouvernement belge d’aider les Anglais, et le service mĂ©dical du Congo proposa Ă  ceux-ci l’envoi, aux Forces britanniques de l’Est africain, Ă  court de personnel mĂ©dical, d’un hĂŽpital mobile de campagne commandĂ© par le major mĂ©decin de rĂ©serve Thomas en poste Ă  la province de LĂ©opoldville. L’unitĂ© proposĂ©e qui comprenait au dĂ©part 10 EuropĂ©ens et une centaine de Congolais avec quelque 20 vĂ©hicules, fut rĂ©pertoriĂ©e dans les effectifs anglais sous le nom de « 1 Oth Casualty Clearing Station ». Elle participa dĂšs lors aux opĂ©rations des Forces britanniques, notamment en Abyssinie et dans les Somalies (janvier 1941 Ă  aoĂ»t 1942), Ă  Madagascar (septembre 1942 Ă  mai 1943) et en Birmanie (novembre 1943 Ă  janvier 1946). Au moment de la cessation des hostilitĂ©s, lors de la capitulation japonaise, l’hĂŽpital mobile comportait 23 EuropĂ©ens dont 7 mĂ©decins, 300 gradĂ©s et soldats congolais et 63 vĂ©hicules.

(p.133) L’hĂŽpital de campagne quitta LĂ©opoldville en novembre 1940 et via Stanleyville rejoignit, Ă  la pointe nord du lac Rudolph, la 23eme brigade est africaine (brigadier Owen) Ă  laquelle elle fut incorporĂ©e. Cette brigade devait marcher en direction des Somalies et plus particuliĂšrement de Mogadiscio qui fut prise aux Italiens. Avant la fin de la campagne de Somalie, l’hĂŽpital de campagne fut avisĂ© qu’il Ă©tait incorporĂ© Ă  la Task Forces 121 du gĂ©nĂ©ral Sturge destinĂ©e Ă  une opĂ©ration de dĂ©barquement Ă  Madagascar en septembre 1942. Cette opĂ©ration terminĂ©e, l’hĂŽpital de campagne rentra Ă  Stanleyville pour une refonte de l’unitĂ© avant qu’elle ne rejoigne, en novembre 1943 via Ceylan, la lleme division est africaine dĂ©signĂ©e pour la dĂ©fen­se du port militaire de Tricomalee.

(p.134) Cette division fut incorporĂ©e ensuite au 4eme Corps hindou (gĂ©nĂ©ral Scoones) dans l’Arakan rĂ©gion du golfe de Bengale, puis au 33eme Corps hindou du gĂ©nĂ©ral Sir Montau Stoppford avec laquelle elle fut isolĂ©e durant deux mois au cours des combats sur la Chindwin pendant lesquels elle dut ĂȘtre ravitaillĂ©e par avion. L’hĂŽpital de campagne apprit la capi­tulation japonaise le 15 aoĂ»t 1945 alors qu’il se trouvait prĂšs des Etats Shan Ă  la frontiĂšre chinoise du Yunan. Pour rejoindre l’Afrique et le port de dĂ©part de Mombasa, il dut traverser le Nord-Burma, l’Assam et les Indes de l’est Ă  l’ouest jusque Karachi. Il rentra au Congo via le Kenya et l’Uganda, BĂ©ni et Stanleyville.

(p.134) On avait envisagĂ© Ă  la Force publique la crĂ©ation d’une aviation militaire coloniale en 1935, mais cela resta en projet jusqu’en 1940 lorsque le major aviateur Lucien Leboutte fut chargĂ© d’une mission d’étude au Congo.

Cependant la jeunesse belge du Congo Ă©tait dĂ©sireuse de se battre contre l’envahisseur nazi de la Belgique ; certains s’enga­geant directement dans l’armĂ©e britannique et 227 autres, rĂ©pondant Ă  l’appel du capitaine aviateur Franz Bumiaux, seront volontaires Ă  la South African Air Force pour devenir pilotes, observateurs, radios ou mĂ©caniciens.

Leur engagement ne fut pas facile car les frais d’écolage importants (de 3000 Ă  5000 ÂŁ) devaient ĂȘtre rĂ©glĂ©s Ă  l’avance et ce n’est qu’en juillet 1941 que les premiers volontaires seront reçus aux Ă©coles d’aviation du Transvaal, Ă  Lyttelton, Vereniging et Wakkerstroom. Certains de ces jeunes se sont engagĂ©s Ă  la South African Air Force (22 pilotes, 11 observateurs, 9 radios et 7 mĂ©caniciens); d’autres ont choisi la

RAF (49 pilotes, 10 observateurs, 11 mécaniciens et 2 météos). Dix de ces jeunes pilotes tomberont en service commandé : C.E.J. Fostier, au Kenya le 1/02/1943;

M.A. Hagico, en Méditerranée, le 11/02/1943;

J.J.A. Cochet en Tripolitaine le 5/04/1943;

R.A. Parmentier, en Italie le 27/07/1943;

G.B. Janssens en Afrique Orientale le 7/11/1943; P.J.C.V.G. Watteyne, en Italie du Nord le 25/11/1943; M. De Leender, en Égypte le 4/01/1944;

F.L.V. Quenon, en Mer ÉgĂ©e le 6/03/1944 A.C.J.L. Massar, en Italie du Nord, le 16/03/1944 C.J.P. Brichard, en Italie du Nord le 29/12/1944.

D’autres seront intĂ©grĂ©s Ă  la Force publique (11 pilotes, 18 ob­servateurs et 4 mĂ©tĂ©os) pour crĂ©er la premiĂšre escadrille de liaison qui attendra jusqu’en juin 1944 ses premiers avions, 6 Airspeed Oxford bimoteurs achetĂ©s en Angleterre et 7 S.V 4 bis, mono-moteurs provenant de l’école de pilotage de Wevelgem et restituĂ©s par les Français.

 

(p.141) Lorsque la Belgique est envahie le 10 mai 1940, personne ne prĂ©voit la capitulation rapide et lorsque celle-ci advient, c’est la consternation gĂ©nĂ©rale. Pierre Ryckmans, le Gouverneur du Congo, comprend qu’il faut rĂ©agir trĂšs vite et par deux fois, le 10 et le 28 mai 1940 c’est lui surtout qui incarne l’ñme et l’honneur de la Belgique. Bien avant l’appel du * GĂ©nĂ©ral de Gaulle, 8 heures Ă  peine aprĂšs la capitulation de la Belgique, il montre au Congo et au monde une dĂ©termination sans Ă©quivoque : « Le Congo reste dans la guerre ! Il est tout entier au service de l’Alliance et, par elle, au service de la Patrie…La paix n’est pas signĂ©e et ne le sera pas avant la libĂ©ration du territoire. De toutes nos forces, et plus encore qu’hier nous devons travailler Ă  hĂąter le jour de la dĂ©li­vrance ».

Pierre Ryckmans est un Anversois dont le coeur saigne . lorsque on crache sur le mot Belgique. Jeune avocat, volontaire de guerre en 1914-1918, il se bat d’abord sur le territoire belge puis en 1915 avec la Force publique au cours de la campagne du Cameroun et ensuite durant toute la campagne de Mahenge.

Il terminera la guerre avec 8 chevrons de front et une immense passion pour cette Afrique qui va le modeler Ă  son image faite de sĂ©duction et de complexitĂ©. En retour, il offrira Ă  ce conti­nent une grande partie de sa vie d’homme responsable et engagĂ©, d’écrivain et de tribun.

Il faut parler de l’homme pour comprendre sa dĂ©termination. Ce – n’est pas la colonisation qui l’intĂ©resse, mais plutĂŽt le rĂŽle exaltant et les responsabilitĂ©s de celui qui amĂšne la civilisation.

Pas n’importe quelle civilisation, mais celle qui respecte les droits des indigĂšnes, leurs coutumes et leurs intĂ©rĂȘts. JosĂ© Gers qui signe l’hommage rendu Ă  Pierre Ryckmans Ă  sa mort rappelait certaines de ses paroles qui caractĂ©risent bien (p.142) l’homme : « …dam la vie des peuples comme dans celle des hommes, il y a d’autres intĂ©rĂȘts que l’intĂ©rĂȘt » et aussi « la gĂ©nĂ©rositĂ©, en colonisation comme en diplomatie, est encore la meilleure politique » ou encore « …servir l’Afrique, c’est la civiliser ; pour pouvoir servir il faut connaĂźtre, pour vouloir servir, il faut aimer, car aimer n ‘est que comprendre et com­prendre jusqu ’à l ’hĂ©roĂŻsme ».

 

(p.143) L’élaboration d’un plan de coopĂ©ration Ă©conomique avec la Grande-Bretagne et avec l’aide de Lord Hailey permit d’amé­nager la rĂ©partition de l’effort Ă©conomique et d’apporter les premiers remĂšdes Ă  une situation difficile. MĂȘme si les Anglais ont insistĂ© pour que l’argent congolais dĂ©value, grĂące Ă  ce plan de coopĂ©ration, des dĂ©bouchĂ©s nouveaux s’ouvrirent progres­sivement, notamment en Afrique du Sud. NĂ©anmoins, il fallut rĂ©organiser la production, mettre en veilleuse certaines activitĂ©s et en dĂ©velopper d’autres, crĂ©er des entreprises nouvelles et se passer de nombreuses choses. Les exportations de produits vĂ©gĂ©taux n’atteignirent que 224 000 tonnes en 1941 alors qu’elles avaient Ă©tĂ© de 330 000 tonnes en 1939. L’agriculture congolaise connut alors des moments critiques.

La situation changea brusquement avec l’entrĂ©e en guerre du Japon et la perte rapide de la Malaisie, des Indes nĂ©erlandaises, de l’Indochine, de la ThaĂŻlande et de la Birmanie, ce qui eut pour effet de fermer aux AlliĂ©s des sources prĂ©cieuses d’approvisionnement de l’ExtrĂȘme Orient qui reprĂ©sentaient 80% de la production mondiale de caoutchouc, 50% de la production d’huile de palme, 45% de celle de l’étain et pratiquement la totalitĂ© des Ă©corces de quinquina. Il Ă©tait essentiel de combler ces pertes par une production intensive. Pierre Ryckmans le comprit trĂšs vite. Le 10 mars 1942 il s’adressa aux habitants du Congo belge dans un discours mĂ©morable : « …une Ă©crasante responsabilitĂ© vient d’ĂȘtre jetĂ©e sur nos Ă©paules…Nos revers d’ExtrĂȘme Orient modifient du tout au tout la position de l’Afrique dans l’alliance et dans le monde… l’Ă©quilibre des ressources est rompu au profit de l’ennemi par la poussĂ©e japonaise, on compte sur nous pour la rĂ©tablir.»

(p.146) Au dĂ©but de la guerre, deux mĂ©taux ont la prioritĂ© sur tous les autres, l’or et l’étain. L’or du Congo est achetĂ© par le gouvernement de la colonie et stockĂ© en Afrique du Sud. Mais les conditions Ă©conomiques changent et l’or n’est plus consi­dĂ©rĂ© comme matĂ©riel de guerre. On assiste alors Ă  un transfert des ouvriers du secteur aurifĂšre vers le secteur de production d’étain dont la production a Ă©tĂ© largement accrue pour combler la perte des gisements de Malaisie. Le surplus du minerai est envoyĂ© aux Etats-Unis.

L’Union MiniĂšre du Haut Katanga augmenta sa production de cuivre de 33% en ouvrant de nouvelles usines, en crĂ©ant des installations supplĂ©mentaires et en augmentant le rendement des usines existantes.

Les producteurs de diamants ralentirent la production de pierres de joaillerie et augmentĂšrent celle des diamants industriels dont l’emploi dans l’industrie de guerre pris une extension sans prĂ©cĂ©dent. D’autres mĂ©taux furent Ă©galement fournis aux AlliĂ©s durant la guerre ; le cobalt, le zinc, l’uranium, le cadmium, le manganĂšse, le tantale, le nobium, la wolframite, entre autres.

 

(p.147) Mais c’est dans le domaine de la production de caoutchouc que l’effort de guerre, en matiĂšre agricole, se manifesta avec la plus grande ampleur. Pour pouvoir rĂ©pondre aux demandes pressantes des AlliĂ©s, le gouvernement dĂ©crĂ©ta la cueillette du caoutchouc sylvestre. Il fallut d’abord vaincre les mauvais souvenirs et la crainte, laissĂ©s par cette pratique parmi la population et ensuite retrouver les peuplements naturels de lianes et les plantations de millions de lianes faites durant l’Etat IndĂ©pendant du Congo et jamais rĂ©coltĂ©es. Mais il fallut Ă©galement reconstituer puis amĂ©liorer des techniques oubliĂ©es et organiser de maniĂšre rationnelle la rĂ©colte, la prĂ©paration, le sĂ©chage, l’achat et l’emballage. On estime Ă  250 000 le nombre d’autochtones affectĂ©s Ă  ces tĂąches. Les plantations d’Hevea passĂšrent de prĂšs de 14 900 hectares en 1940 Ă  73 000 hectares en 1944 dont 28 143 hectares appartenaient aux indigĂšnes contre 2 099 en 1941. D’autre part, Ă  la demande appuyĂ©e des Nations Unies, des accords furent passĂ©s entre certaines compa­gnies et la « Rubber Development Corporation » agissant pour le compte des États-Unis, dans le but de crĂ©er des plantations Ă  peuplement dense (2 500 pieds par hectare) et Ă  rendement rapide (aprĂšs deux Ă  trois ans), technique de guerre trĂšs peu apprĂ©ciĂ©e des agronomes belges, qui d’ailleurs ne donna jamais les rendements annoncĂ©s. Travail exceptionnel et provisoire comme le rappelle le Gouverneur gĂ©nĂ©ral le 23 novembre 1943. « …ce travail (la rĂ©colte de caoutchouc sylvestre) si nĂ©cessaire (p.148) et apparemment si fructueux -, seuls les besoins de la guerre le justifient. Au point de vue Ă©conomique, il est aussi stĂ©rile que la fabrication d’obus, car cette immense somme de labeur, si nous pouvions la consacrer Ă  l’établissement de plantations d’Hevea, ferait du Congo, d’ici quelques annĂ©es, le premier producteur de caoutchouc du monde. Pour faire la guerre, nous avons sacrifiĂ© Ă  un rĂ©sultat sans lendemain nos programmes de plantation et leur magnifique promesse d’avenir. Jamais en temps de paix, le Gouvernement n ‘eĂ»t tolĂ©rĂ© un pareil gaspil­lage de main d’Ɠuvre ». L’augmentation du nombre de salariĂ©s dans les industries extractives et l’engagement de la Force publique dans des missions de guerre obligĂšrent le gouvernement, pour assurer leur ravitaillement, Ă  donner une extension considĂ©rable aux cultures vivriĂšres au dĂ©triment de certaines cultures d’exportation. Le tableau suivant montre mieux que des phrases la croissance des superficies consacrĂ©es Ă  la culture des plantes vivriĂšres pendant les annĂ©es de guerre.

 

(p.149) Les AlliĂ©s Ă©taient Ă©galement demandeurs de fibres. Une grande partie de la production de coton du Congo a Ă©tĂ© vendue Ă  la Grande-Bretagne et au Commonwealth britannique, aprĂšs dĂ©ductions des besoins pour les entreprises textiles locales. Les États-Unis ont achetĂ© la totalitĂ© des fibres d’Urena lobata de premiĂšre qualitĂ© ainsi que la totalitĂ© de la production des fibres de Punga dont les superficies plantĂ©es passĂšrent de 14 900 hectares en 1940 Ă  19 500 hectares en 1943. La sĂ©riciculture occupa 1 208 familles en 1944 contre 673 quatre ans plus tĂŽt. Si l’on prend en compte l’impossibilitĂ© de remplacer le matĂ©riel agricole durement Ă©prouvĂ©, l’augmentation sensible des charges sociales et les prix conventionnels payĂ©s pour les diffĂ©rentes productions, prix nettement infĂ©rieurs aux conditions gĂ©nĂ©rales des marchĂ©s de l’époque, il faut convenir sans atermoiement que la guerre n’a pas Ă©tĂ© une source d’enrichissement pour l’agriculture congolaise. Bien au contraire, cette extension obligĂ©e des zones de culture qui hypothĂ©quera lourdement l’avenir, constitue, autant que les exportations elles-mĂȘmes, une contribution apprĂ©ciable du Congo belge Ă  l’effort de guerre. Une autre remarque doit ĂȘtre faite. Ironie de l’histoire, ce sont les millions de lianes Ă  caoutchouc plantĂ©es suivant la lĂ©gislation de l’État IndĂ©pendant du Congo avant 1908, qui permirent au Congo belge de fournir aux AlliĂ©s les quantitĂ©s apprĂ©ciables de caoutchouc qui leur Ă©taient nĂ©cessaires pour gagner la guerre. Il y eut des rĂ©voltes contre ce travail inhumain et elles furent rĂ©primĂ©es. N’est-il pas paradoxal qu’aucune voix anglo-saxonne ne se soit Ă©levĂ©e pour maudire ce type de travail comme elles le firent trente cinq annĂ©es plus tĂŽt ? Sur le plan industriel, de nouvelles industries furent mises sur pied, notamment pour fabriquer le petit outillage agricole (pelles, machettes, etc.) et les piĂšces de rechange qui Ă©taient importĂ©s jadis. Les usines textiles produisirent des pansements et des tonnes de ouate pour les armĂ©es.

 

(p.150) Mais l’effort de guerre de la colonie se marqua Ă©gale­ment sur le plan financier et plus particuliĂšrement par l’appui apportĂ© Ă  la Belgique et Ă  son gouvernement dans ce domaine. C’est le Congo belge qui, durant la guerre, a fourni au gouver­nement belge en exil Ă  Londres les moyens de vivre et d’exister et celui d’entretenir toutes les reprĂ©sentations diplomatiques dans les diffĂ©rents pays du monde. C’est Ă©galement lui qui se chargea d’assurer le service de la dette belge extĂ©rieure. De plus, en fournissant Ă  la trĂ©sorerie britannique l’excĂ©dent de la production d’or du Congo belge, celui-ci contribuait de maniĂšre efficace Ă  l’alimentation du trĂ©sor de guerre des AlliĂ©s.

 

(p.235) Les années cinquante ont été, pour la colonie du Congo, celles de tous les développements, mais pour les observateurs lucides qui débarquent dans ce pays deux impressions domi­nent :

1)     nulle part dans le monde n’a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e, en un demi siĂšcle, la somme de travail accomplie ici par quelques milliers d’hom­mes, sur les plans du dĂ©veloppement Ă©conomique, du dĂ©velop­pement social et sur celui de l’évangĂ©lisation ;

2)     les circonstances du moment sont telles que l’Ɠuvre accom­plie, dans son ensemble, va totalement ĂȘtre remise en cause dans les annĂ©es qui suivent.

 

(p.244) Au moment ou la mission d’enquĂȘte vient au Congo, en 1904, pour Ă©tudier Ă  charge et Ă  dĂ©charge les griefs reprochĂ©s au rĂ©gime LĂ©opoldien, un missionnaire amĂ©ricain va contredire les propos de certains de ses confrĂšres. Le personnage m’intĂ©resse particuliĂšrement car pratiquement personne n’en parle, alors que son attitude me paraĂźt essentielle dans l’histoire de cette pĂ©riode difficile du Congo. Il s’appelle Ellsworth Faris, mis­sionnaire protestant originaire des Etats-Unis, il exerce son (p.245) apostolat en brousse et est au Congo depuis sept annĂ©es. Il a trente ans en 1904. Alors que tout le monde s’attendait Ă  ce qu’il confirme tous les griefs avancĂ©s par ses collĂšgues, il en confirme certains mais en nie d’autres trĂšs importants. C’est manifestement un fou ou un honnĂȘte homme.

Le reste de sa carriĂšre et de sa vie prouve que ce n’est pas un fou. C’est donc le geste rĂ©flĂ©chi et dĂ©terminĂ© d’un honnĂȘte homme qui refuse de mentir. Quel aurait Ă©tĂ© d’ailleurs l’intĂ©rĂȘt d’une telle attitude ?

Faris va ĂȘtre chassĂ© de la mission oĂč il se dĂ©voue depuis sept ans et va devoir rentrer aux Etats-Unis Ă  ses propres frais ; sa vie semble brisĂ©e. La science va venir Ă  son secours et c’est en spĂ©cialiste de la sociologie qu’il enseignera cette science Ă  l’UniversitĂ© de Chicago durant un vingtaine d’annĂ©es, pendant lesquelles il reçut tous les honneurs acadĂ©miques auxquels peut aspirer un professeur amĂ©ricain. Durant onze annĂ©es, il sera le directeur du cĂ©lĂšbre American Journal of Sociology.

Mais Faris continue Ă  s’intĂ©resser Ă  ce Congo auquel il a consacrĂ© les premiĂšres annĂ©es de sa carriĂšre ; il l’évoque Ă©galement constamment dans ses cours et y fait deux autres sĂ©jours en 1932-1933 et en 1949. TĂ©moin oculaire impartial d’une Ă©poque et du travail des Belges dans sa durĂ©e, la Belgique lui doit certainement une grande partie du revirement observĂ© chez les sociologues amĂ©ricains au sujet de son Ɠuvre africaine.

Faris mourut en 1954; il est curieusement oubliĂ© aujourd’hui et mĂ©rite certainement, bien mieux que Casement ou Morel, d’a­voir droit Ă  quelques lignes dans l’histoire de la colonie du Congo belge.

 

1.4 Extraits du livre magnifique de Jules Marchal, E.D. Morel contre LĂ©opold II, L'Histoire du Congo 1900-1910, Ă©d. L’Harmattan, Volumes 1 et 2, 1996

Jules Marchal, E.D. MOREL CONTRE LEOPOLD II,

L’Histoire du Congo 1900-1910, Ă©d. L’Harmattan,

Volume 1

 

Le Congo de LĂ©opold II, roi de Belgique – ou État IndĂ©pendant du Congo (EIC) – a fait couler beaucoup d’encre au dĂ©but du siĂšcle. Que s’y passait-il ? Y commettait-on, contre les Noirs, les crimes les plus abominables, afin d’accĂ©lĂ©rer l’exploitation coloniale notamment du caoutchouc ou, au contraire, introduisait-on dans ce milieu sauvage, la Civilisation chrĂ©tienne indispensable Ă  l’humanitĂ© ?

La question du Congo fut Ă  la une de l’actualitĂ© en Europe et en AmĂ©rique entre 1900 et 1910. Plusieurs journaux furent crĂ©Ă©s spĂ©cialement pour attaquer l’EIC et d’autres pour le dĂ©fendre. Des dizaines de livres furent publiĂ©s aussi bien par les adversaires que par les thurifĂ©raires de l’EIC.

L’ouvrage prĂ©sent, en deux volumes, donne un large aperçu de cette abondante littĂ©rature dĂ©versĂ©e sur les lecteurs de l’Ă©poque. Il analyse les mobiles de leurs auteurs et notamment ceux du journaliste anglais E.D. Morel qui Ă©tait Ă  la source de cette campagne internationale contre LĂ©opold H.

L’action de l’infatigable Morel est suivie ainsi jour aprĂšs jour. Mais l’Ă©tude dĂ©passe la relation des rĂ©actions Ă  l’Ă©tranger face aux Ă©vĂ©nements se passant au Congo. On entre directement dans le fait – et le mĂ©fait -colonial grĂące aux documents d’archives disponibles en Europe et en AmĂ©rique, que l’ouvrage analyse, critique, replace dans leur contexte.

On a donc ici la synthĂšse narrative de l’Histoire vĂ©ridique du Congo avant que le roi LĂ©opold II, mandatĂ© au dĂ©part par les grandes puissances pour en faire une colonie internationale, ne doive le cĂ©der Ă  la Belgique sous la pression de Morel.

 

Jules MARCHAL est né en 1924 dans le Limbourg (Belgique). Docteur es philosophie et lettres (Université Catholique de Louvain) ; fonctionnaire territorial au Congo belge (1948-1960) ; conseiller technique au Congo-Zaïre (1960-67) ; diplomate (1968-89).

 

Jules Marchal, E.D. MOREL CONTRE LEOPOLD II,

L’Histoire du Congo 1900-1910, Vol.2, Ă©d. L’Harmattan, 1996

 

(p.408) Et tout ceci s’est passĂ©, et tout ceci a Ă©tĂ© tolĂ©rĂ© dans cet Ăąge de progrĂšs. Le crime le plus grand, le plus profond, le crime de la plus grande envergure des annales de l’histoire, a Ă©tĂ© rĂ©servĂ© Ă  ces derniĂšres annĂ©es. Il y a quelque excuse pour une extermination raciale quand deux peuples, comme les Saxons et les Celtes, luttent pour le mĂȘme pays qui n’en contiendra qu’un seul. Quelque excuse aussi pour des massacrĂ©s religieux quand, comme c’Ă©tait le cas… pour Alva dans les Pays-Bas, les assassins sectaires croyaient sincĂšrement que leur Ɠuvre brutale Ă©tait dans l’intĂ©rĂȘt de Dieu. Mais ici les acteurs rĂ©els sont assis au loin, le sang froid dans les veines, sachant bien de jour en jour ce qu’ils font, dans le but unique d’accroĂźtre leur richesse dĂ©jĂ  Ă©norme. ConsidĂ©rez cette circonstance, et considĂ©rez aussi les professions de philanthropie avec lesquelles l’immense massacre fut inaugurĂ©, la nuĂ©e des mensonges avec laquelle il fut cachĂ©, la persĂ©cution et la calomnie Ă  l’Ă©gard des quelques honnĂȘtes hommes qui l’ont dĂ©couvert, la mise en place de religion contre religion et de nation contre nation dans la tenta­tive de le perpĂ©tuer. AprĂšs avoir pesĂ© tout ceci, dites-moi oĂč dans le cours de l’histoire il y a eu un Ă©vĂ©nement pareil…

 

(p.447) La conclusion de ce livre peut ĂȘtre trĂšs brĂšve. LĂ©opold II a fait une sale guerre, vingt ans durant, aux Congolais. Je dis sale guerre parce qu’elle a Ă©tĂ© conduite sans merci contre des gens sans dĂ©fense qu’on prĂ©tendait civiliser. Cette guerre, caractĂ©risĂ©e par une terreur sans relĂąche, a fait des millions de victimes par les causes Ă©numĂ©rĂ©es par Morel dans la Westminster Gazette du 1er juillet 1912.

Morel n’y mentionne pas la maladie du sommeil comme grande faucheuse de victimes, comme on l’a fait gĂ©nĂ©ralement. Mais cette maladie, dont les effets nĂ©fastes ont Ă©tĂ© grandement exagĂ©rĂ©s comme alibi pour la disparition de la population, n’Ă©tait que la suite directe de la terreur1. Elle n’a par ailleurs jamais Ă©tĂ© un motif pour arrĂȘter la terreur. L’existence de celle-ci est prouvĂ©e, au-delĂ  de tout doute possible, par les faits dĂ©noncĂ©s par Morel, et encore davantage par des faits inconnus de Morel : ceux relatĂ©s Ă  la partie IV du prĂ©sent livre et ceux figurant dans mes publications sur la Commission d’EnquĂȘte et sur la pĂ©riode 1876-1900 de l’histoire du Congo.

Cette terreur a Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e par les grands Ă©crivains contemporains Joseph Conrad, Mark Twain et Arthur Conan Doyle. De ces auteurs il est question assez souvent en Belgique, mais sans qu’il soit fait mention de leurs relations avec les affaires du Congo.

A cĂŽtĂ© de cette terreur, je ne vois aucun rayon de lumiĂšre dans l’Ɠuvre africaine de LĂ©opold II. Il a certes crĂ©Ă© un grand pays en Afrique Centrale, mais quel est le mĂ©rite d’un grand propriĂ©taire terrien se forgeant par des moyens violents et frauduleux un latifundium pour ses esclaves. LĂ©opold II n’est pas comparable au bĂątisseur d’empire de son temps, Cecil Rhodes . (sic) La diffĂ©rence entre eux se tient au fait que Rhodes vivait en Afrique, se sentait Africain et fut enterrĂ©, selon son dĂ©sir, dans les collines Matopos au Zimbabwe.

 

(p.448) a) Les sĂ©quelles – William Lever et Morel

 

Morel a chassĂ© LĂ©opold II de son trĂŽne. Il l’a fait principalement en tant que journaliste par une campagne de mobilisation de l’opinion publique, fl a ensuite forcĂ© Renkin Ă  liquider le systĂšme de l’EIC. Lors de la suppression de la CRA en 1913, lui-mĂȘme et ses adeptes criaient victoire : la colonie du Congo Belge Ă©tait devenue une colonie comme les autres. C’Ă©tait vrai apparemment, mais les sĂ©quelles du systĂšme perdureraient. L’hĂ©ritage de LĂ©opold II fut gĂ©rĂ© sur tous les plans, aussi bien au Congo qu’en Belgique, par des hommes Ă  sa dĂ©votion et imprĂ©gnĂ©s de son esprit. Le Congo ne devait rien coĂ»ter Ă  la Belgique et devait rapporter aux EuropĂ©ens. Renkin commença par dĂ©crĂ©ter un impĂŽt Ă©crasant pour les Africains. Les travaux forcĂ©s continuĂšrent dans les mines de Kilo-Moto. Le recrutement forĂ© pour les mines du Katanga se poursuivit.

 

(p.456) AprĂšs la guerre Morel resta la figure dominante de l’Union of Democratic Control. En 1919 il transforma le pĂ©riodique de guerre plutĂŽt humble du mĂȘme nom en un respectable journal, Foreign Affairs, le porte-parole de la gauche britannique en matiĂšre de politique internationale. Sa campagne se dirigea dĂšs lors contre le TraitĂ© de Versailles, lequel partait du principe que seule l’Allemagne Ă©tait responsable de la guerre29. Erreur selon Morel, admise par ailleurs aujourd’hui par l’historiographie30. Morel lutta pour la rĂ©vision du traitĂ© en faveur de l’Allemagne, ce qui Ă©videmment fut saluĂ© avec sympathie dans ce pays.

 

Il attaqua Ă  peu prĂšs tout ce que le traitĂ© avait rĂ©glĂ© : la rĂ©partition des colonies allemandes entre les vainqueurs, les paiements de rĂ©paration par l’Allemagne, le retour de l’Alsace-Lorraine Ă  la France, le corridor de Dantzig, l’annexion du pays des SudĂštes Ă  la TchĂ©coslovaquie, l’occupation de la RhĂ©nanie. Sur ce dernier point, il se jeta Ă  corps perdu dans la campagne de dĂ©nigrement raciste contre les troupes africaines d’occupation incorporĂ©es Ă  l’armĂ©e française. Ces troupes Ă©taient accusĂ©es par les Allemands d’attentats sexuels imaginaires sur des filles et des femmes allemandes.

Le fait que Morel, le champion des Africains, se soit laissĂ© prendre Ă  cette campagne raciste est la meilleure preuve qu’en tout homme un raciste sommeille. Cela lui arriva Ă  peine quelques semaines aprĂšs la publication de son livre The Black Mans Burden, visant Ă  Ă©clairer l’opinion publique sur le mal infligĂ© par les blancs aux noirs, et Ă  dĂ©finir les principes fondamentaux de la politique Ă  appliquer par les administrations europĂ©ennes en Afrique. Morel attaqua violemment le stationnement imposĂ© par la France de troupes africaines en RhĂ©nanie. Il le fit dans de nombreux articles de presse et dans un pamphlet, intitulĂ© The Horror on the Rhine (24 pages), paru en aoĂ»t 1920, rĂ©Ă©ditĂ© sept fois en anglais, publiĂ© Ă©galement en allemand, français, italien et nĂ©erlandais. Pour combattre le TraitĂ© de Versailles, il fit flĂšche de tout bois, transformant en l’occurrence les Africains en criminels sexuels. Ceci constitue une souillure Ă  sa rĂ©putation, en dĂ©pit du fait qu’il soulignait que son accusation ne visait pas tellement les Africains, mais bien le militarisme français, qui les gardait sĂ©parĂ©s de leurs femmes, aprĂšs les avoir utilisĂ©s comme chair Ă  canon pendant la guerre.

 

 

1.5 Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, s.d. - 1 Naissance d'un Etat

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 2 Assurer les frontiĂšres

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 3 Les royaumes perdus

Jean Kestergat, Quand le Zaïre s'appelait Congo, LB, 1985 - 4 "Tristes et vilains cÎtés"

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 5 Mise en oeuvre

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 6 "Le caoutchouc rouge"

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 7 Colonie belge

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 8 Heures de gloire

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 9 "Dominer pour servir"

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 10 L'aventure des territoriaux

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 11 De rudes missionnaires

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 12 Et les indigĂšnes ?

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 13 Colons et plantations

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 14 Cultures obligatoires

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 15 Les grandes peurs des villages

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 16 Tribus et cultures

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 17 "Union MiniĂšre" et les autres...

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 18 Rythme de croisiĂšre

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 19 La colonie vue par les Belges

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 20 Simon le prophĂšte

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 21 Psychologie africaine

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 22 1940: le drame

Jean Kestergat, Quand le Zaïre s'appelait Congo, LB, 1985 - 26 (en fait: 23) Les grands désarrois de l'an 40

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 28 Mutins en 1944

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 29 renaissance de la Territoriale

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 30 Un certain racisme

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 31 "Bwana Kitoko"

Jean Kestergat, Quand le Zaïre s'appelait Congo, LB, 1985 - 32 La colline inspirée

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 33 Pour un plan de trente ans

Jean Kestergat, Quand le Zaïre s'appelait Congo, LB, 1985 - 34 La tragédie du 4 janvier 1959

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 37 Encore des atermoiements

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 38 Lumumba marque des points

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 39 Plus rien ne va.

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 41 Les Belges Ă©taient-ils honnĂȘtes?

Jean Kestergat, Quand le Zaïre s'appelait Congo, LB, 1985 - 42 La grande déglingue

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 44 Les derniers jours

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 45 Le bouquet final

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 46 Les royaumes du Ruanda-Urundi

Jean Kestergat, Quand le Zaïre s'appelait Congo, LB, 1985 - 47 La révolte des Hutu du Ruanda

Jean Kestergat, Quand le ZaĂŻre s'appelait Congo, LB, 1985 - 48 La fin du mandat

1.6 Autres intervenants

1.6.1 A propos de Lumumba

A propos de Lumumba: Jacques Lefevre, député, membre de la commission Lumumba: "Lumumba n'était pas un enfant de choeur": ce fut un assassin, qui a poussé à des meurtres et à des viols

(in: La Libre Belgique, 07/05/2001)

A propos de Lumumba: Dr Marcel Delannay (Bruxelles): Lumumba et ses partisans s'étaient associés aux Balubakat, propageant des théories raciales et tribales: ils assassinÚrent des villageois sans défense, détruisirent des hÎpitaux

(in: La Libre Belgique, 25/05/2001)

België en Lumumba

(in: Knack Historia, Congo, Meer dan een kolonie, 2018, p.144)

A propos de Lumumba: René Feyereisen (Chaudfontaine) : "Un flop"

(in: La Libre Belgique, 09/05/2001)

 

1.6.2 rĂ©actions face au mensonge organisĂ© par la France et d’autres pays en vue de discrĂ©diter la Belgique sur le plan international

1998

Guy Belleflamme, Haversin (Ciney), Les FantĂŽmes de LĂ©opold II, VA 11/11/1998

 

À propos de l’ouvrage de Hochschild, je constate que tout ouvrage engagĂ© entraĂźne inĂ©vitablement des lectures plurielles.

Je voudrais simplement en tirer quelques phrases qui invitent Ă  rela­tiviser une lecture Ă©ventuellement passionnelle qu’on ferait de l’ouvra­ge : « ce qui s’est passĂ© au Congo n’est malheureusement pas pire que ce qui s’est passĂ© dans les territoires voisins. Moins d’une dĂ©cennie aprĂšs qu’il eut donnĂ© l’exemple, des systÚ­mes analogues de travail Ă©taient mis en place dans les territoires fran­çais situĂ©s Ă  l’ouest et au nord du fleuve Congo, dans la colonie portu­gaise de l’Angola, et au Cameroun allemand. » ; « le massacre fut enco­re pire chez les Hereros du Sud-Ouest africain colonisĂ© par les Alle­mands, l’actuelle Namibie. Les mas­sacres n’Ă©taient pas cachĂ©s par un ri­deau de fumĂ©e ni dissimulĂ©s par des discours philantropiques. C’Ă©tait purement et simplement un gĂ©nocide, brutalement annoncĂ© avant son dĂ©clenchement. » ; « l’opinion mondia­le ignorait aussi dans une grande mesure les sauvages opĂ©rations anti­guĂ©rilla menĂ©es par les AmĂ©ricains aux Philippines. Leurs soldats y tor­turĂšrent des prisonniers, incendiÚ­rent des villages et tuĂšrent vingt mil­le rebelles ; deux cent mille autres Philippins moururent de faim ou de maladies directement imputables Ă  la guerre. La Grande-Bretagne ne fit l’objet d’aucune autre critique inter­nationale pour le massacre des aborigĂšnes d’Australie. » ; « Ce qui s’est produit au Congo Ă©tait indubitable­ment de l’assassinat de masse Ă  grande Ă©chelle, mais la triste vĂ©ritĂ©, c’est que les hommes qui appli­quaient cette politique au nom de LĂ©opold n’Ă©taient pas plus meur­triers que de nombreux EuropĂ©ens Ă  l’Ɠuvre dans d’autres rĂ©gions d’Afri­que. »

LĂ©opold II d’abord, la Belgique ensuite, et leurs sbires coupables ? SĂ»rement, mais pas rien qu’eux. Il est trop facile de se donner bonne conscience (en invoquant des inten­tions philanthropiques) et en refu­sant de regarder la vĂ©ritĂ© en face (fai­te aussi et surtout d’intĂ©rĂȘts Ă©cono­miques). Quand Ă  l’affirmation que la colonisation a, entre autres bien­faits, apportĂ© « l’instruction Ă  des peuples qui, au mieux, avaient at­teint l’Ăąge du fer », j’aime Ă  me sou­venir qu’en 1960, l’immense Congo comptait six diplĂŽmĂ©s universitai­res, pas un de plus. C’est fort peu au regard de l’effort de promotion des Ă©lites intellectuelles accompli par la France Ă  la mĂȘme Ă©poque dans ses colonies : le systĂšme d’instruction belge, n’a, quant Ă  lui, suscitĂ© l’Ă©mer­gence d’aucun LĂ©opold SĂ©dar Senghor ni d’aucun AimĂ© CĂ©saire…

 

1998

Pol Halut (Huy), Les fantĂŽmes du roi LĂ©opold II, VA 06/11/1998

 

Le mĂ©chant ouvrage Les Fantέmes du roi LĂ©opold II n’est qu’un re­make de plus des multiples accusa­tions qui n’ont cessĂ©, de 1900 Ă  1960, de salir la mĂ©moire de LĂ©o­pold II et l’Ɠuvre des laĂŻcs et mis­sionnaires belges au Congo… dont nos enfants peuvent ĂȘtre fiers. La presse se devrait d’apprendre aux en­fants, puisque la sociĂ©tĂ© et l’Ă©cole le font si mal, que les Belges ont appor­tĂ© la « civilisation » au Congo. Il faut aujourd’hui le clamer haut et fort que « civiliser », cela a Ă©tĂ© :

1. Établir dans cet immense pays la paix, je dirais la pax belgica. Avant notre arrivĂ©e, il y avait des guerres tribales incessantes avec leurs sĂ©quelles barbares.

2.  Supprimer l’esclavage interne.

3.  Battre et rejeter hors du Con­go, et cela au prix de durs combats au cours desquels nombre de nos compatriotes trouvĂšrent la mort, les esclavagistes arabes qui, dans l’est et le nord du pays, razziaient de nom­breux villages, emmenant avec eux de nombreux indigĂšnes de tout Ăąge comme esclaves.

4.  Juguler les grandes endémies qui décimaient ces populations en soignant celles-ci avec les moyens médicaux les plus modernes du mo­ment.

  1. Enfin, pour les chrĂ©tiens, ap­porter les valeurs Ă©vangĂ©liques en Afrique centrale et en mĂȘme temps l’instruction Ă  des peuples qui, au mieux, avaient atteint l’Ăąge du fer.

 

1998

Pol Mouzon (1010 Bxl), in : LS 16/12/1998

 

(…) Ancien Ă©lĂšve de l’Ecole roya­le militaire (105e promotion po­lytechnique), je me sens particu­liĂšrement offensĂ© par cet article qui dĂ©nigre ce que les conqué­rants Belges d’armĂ©e) ont fait au Congo, mĂȘme si quelques ex­cĂšs ont parfois Ă©tĂ© enregistrĂ©s durant toute cette pĂ©riode. (…) Venons-en plutĂŽt Ă  la politique menĂ©e par LĂ©opold II dans sa recherche de se forger, dans l’intĂ©rĂȘt de la petite Belgique

(…), une place sur le continent africain que se disputent quatre puissances europĂ©ennes: la France, la Grande-Bretagne, l’Al­lemagne et le Portugal sans par­ler de l’Espagne. La pĂ©riode de conquĂȘte du territoire a Ă©tĂ© sui­vie d’une pĂ©riode de colonisa­tion civilisatrice, pacifique et ad­ministrative; avec exploitation commerciale et logique dĂ©bou­chant sur des emplois indigĂšnes en surnombre. D’origine latine, les deux mots « colon » et « colo­nie» signifient l’un «cultivateur» et l’autre «établissement agrico­le fondĂ© par une nation dans un pays Ă©tranger». (…)

Au contraire des grandes puis­sances de l’Ă©poque, LĂ©opold II base surtout sa «conquĂȘte» sur une campagne « anti-esclavagis­te » Ă  laquelle les autres nations europĂ©ennes ne s’associent guĂšre.

(…) Pour terminer, j’aimerais ajouter que l’auteur du livre incri­minĂ© fait partie de la nation qui, «elle», a accompli un vĂ©ritable gĂ©nocide en exterminant la qua­si-totalitĂ© des Indiens (…) et que par aprĂšs c’est ce mĂȘme peuple amĂ©ricain qui Ă©tait le principal acheteur mondial des esclaves noirs (…). Avant de regarder dans l’assiette des autres, Adam Hochschild ferait mieux d’examiner ce que ses ancĂȘtres ont perpĂ©trĂ© (…) dans son pro­pre pays dont il est: fils de colonisateurs. Aurait-il publiĂ© Ă  bon escient dans son livre que c’est grĂące au labeur des coloni­sateurs belges (ses cousins) ex­ploitant les ressources miniĂšres d’uranium, achetĂ© par son gou­vernement, que la guerre mon­diale a Ă©tĂ© abrĂ©gĂ©e atomique-ment. Cette finalitĂ© a permis l’effort Ă©conomique du plan Mar­shall dont la Belgique a bĂ©nĂ©ficiĂ©.

 

1998

R. Pire – Cercle Royal des Anciens Officiers des Campagnes d’Afrique (Namur), in : LB 16/12/1998

 

Histoire: rĂ©actions au compte rendu du livre de l’AmĂ©ricain Adam Hochschild qui apporte un autre regard sur la colonisation du Congo

Le 13 octobre dernier paraissait dans (…) votre journal un article intitulĂ© «Le Congo de LĂ©opold revisitĂ© par un iconoclaste».

Soucieuse de dĂ©fendre la mé­moire de ceux qui ont fait le Congo, notre Association ne peut accepter la qualification de «reĂźtres venus de toute l’Euro­pe» dans laquelle l’auteur de l’article englobe les 2.260 offi­ciers et sous-officiers belges qui ont servi en Afrique de 1877 Ă  1908. Ils constituaient la large majoritĂ© des cadres de l’Etat indĂ©pendant du Congo oĂč ils exercĂšrent aussi bien des fonc­tions d’administration au sens large du terme que des activitĂ©s d’encadrement des troupes au­tochtones. Celles-ci Ă©taient peu nombreuses eu Ă©gard Ă  l’im­mensitĂ© du pays: une centaine en 1888, 700 en 1891, 15.000 en 1900, aprĂšs que fut instituĂ© un recrutement de miliciens. El­les durent faire face (…) aux esclavagistes de l’Est du Congo (ce fut la campagne arabe) et aux madhistes menaçant la fron­tiĂšre avec le Soudan (campagne madhiste).

Si des exactions, voire des cri­mes” furent commis, ce ne put ĂȘtre que le fait d’isolĂ©s, Ă©chappant au contrĂŽle de leurs chefs

européens en raison de leur éloignement ou de leur indisci­pline. Faire porter la responsabi­lité de ces faits aux militaires belges qui encadraient la Force publique est une calomnie.

 

1998

Roger Beelen (Bierghes), A propos du Congo, Le Soir illustré, 25/11/1998

 

L’État libre du Congo a Ă©tĂ© attribuĂ© Ă  notre grand roi LĂ©opold II, lors de la ConfĂ©rence de Berlin en 1885, les autres nations participantes ne parvenant pas Ă  se mettre d’accord pour se partager le beau morceau; mais, de toutes maniĂšres, Ă  la grande rage de l’ Angleterre et de la France entre autres, ce qu’ils ne nous ont encore jamais pardonnĂ©.

Le monde entier et l’Ă©crivain en particulier oublient volontiers que:

. Des militaires belges sont morts lĂ -bas en combattant l’ esclavagisme pratiquĂ© par des tribus noires Ă  la solde des marchands arabes.

. Que le roi LĂ©opold II, pour finalement neutraliser un des plus puissants chefs esclavagistes Tipo Tip (vous connaissez?) en a fait un alliĂ© en le nommant “gouverneur”.

. Que des rĂ©gions entiĂšres, grandes comme la Belgique, Ă©taient quasiment vides d’habitants, Ă©liminĂ©s par la maladie du sommeil (la mouche tsĂ©-tsĂ© a progressĂ© depuis le dĂ©part

des Belges) et tant d’autres maladies. 

. Qu’une des premiĂšres mesures prises par l’administration coloniale fut de combattre l’anthropophagie.

. Que des centaines d’agents sanitaires et de missionnaires ont passĂ© une grande partie de leur carriĂšre en brousse pour y construire des dispensaires et soigner les innombrables malades.

. Que ce n’est pas nous qui avons inventĂ© la chicote (fouet) mais que ce sont Ă©galement les Arabes qui infligeaient ainsi une punition aux rĂ©calcitrants.

. Que ce sont encore les Arabes qui coupaient la main aux voleurs, coutume d’ailleurs toujours en vigueur dans certains pays.

 

2000

Jean-Marc Goffart (Bruxelles), 30 juin 1960, indépendance du Congo, in : LSI, 12/07/2000

 

Qui osera un jour comparer les bilans des quarante derniĂšres annĂ©es de la colonisation et des quarante annĂ©es d’indĂ©pendance qui ont suivi ?  Le bilan de la colonisation ferait honneur Ă  la Belgique. Les Congolais qui ont eu le courage de rester au pays le disent, mais la RTBF n’en fera jamais Ă©cho.

Que nous ayons libĂ©rĂ© l’Afrique cetnrale des raids esclavagistes, le fait d’avoir rĂ©duit et maintenu sous contrĂŽle les maladies endĂ©miques dĂ©vastatrices et davoir rĂ©ussi Ă  faire cohabiter dans la paix des ethnies tojours prĂȘtes Ă  se faire la guerre, nous sera reprochĂ© jusqu’à la fin des temps (
).

Depuis quarante ans, la RTBF, mĂ©dia officiel des pliticiens belges de la mĂ©tropole, hargneux envers les Belges sur place, matraque ses auditeurs par de vĂ©ritables campagnes de dĂ©sinformation. Rien de ce que les Belges ont rĂ©alisĂ© avec enthousiasme, intelligence, courage et humanitĂ© n’est citĂ©. Ceux qui ont donnĂ© le meilleur d’eux-mĂȘmes sont prĂ©setnĂ©s comme des monstres sangunaires, coupeurs de mains, sillonnant la Colonie l’injure Ă  la bouche et le fouet au poing. Les informations de la RTBF reprĂ©sentent quatre dĂ©cennies d’appels Ă  la haine raciale anti-Belge, ce racisme Ă©tant, comme chacun le sait, favorablement admis en Belgique et mĂȘme valorisant pour ceux qui le pratiquent. »

 

2001

Louis De Clerck (Braine-l’Alleud), Colonialisme et esclavage, LB 25/09/2001

 

Je me rĂ©fĂšre Ă  votre Ă©ditorial dans “La Libre Belgique” du 10 septembre (p.10) intitulĂ© « Un succĂšs. Durban ? » Vous Ă©crivez qu’ « on aurait aimĂ© se rĂ©jouir » de l’adoption, par la confĂ©rence de Durban, de la dĂ©claration que “l’esclavage est un crime contre l’humanitĂ© et aurait toujours dĂ» ĂȘtre reconnu comme tel.” Quelques lignes plus loin, vous Ă©crivez :  “Aucune nation qui a un passĂ© colonial n’est autorisĂ©e, en effet, Ă  ne pas se sentir directement concernĂ©e; et chacune d’entre elles, dont la Belgique notamment, doit encore faire sien cet acte de RĂ©demption.”

Vous confirmez par ces propos de confusion, soigneusement entretenue par les journalistes de la presse radiophonique et tĂ©lĂ©visĂ©e, entre la condamnation du colonialisme et celui de l’esclavage. Les journalistes sont souvent ignares de l’histoire et plus souvent encore imbus de prĂ©jugĂ©s. Ce n’est certainement pas votre cas, et je suis dĂ©solĂ© de constater que vous commettez la mĂȘme erreur.

La Belgique peut se rĂ©jouir sans arriĂšre-pensĂ©e de la condamnation de l’esclavage. Non seulement les Belges, et leurs ancĂȘtres des Pays-Bas du Sud, n’ont pas participĂ© Ă  la traite des esclaves, mais l’Etat indĂ©pendant du Congo de LĂ©opold II a largement contribuĂ© Ă  mettre fin Ă  ce trafic, qui s’est poursuivi en Afrique centrale et de l’Est europĂ©ens bien aprĂšs que les Etats cessĂšrent de le pratiquer. Les victoires des troupes de l’Etat indĂ©pendant du Congo, en 1892 et 1893, sur les trafiquants d’esclavages et arabisĂ©s qui rĂ©gnaient en maĂźtres dans l’est du pays, ont dĂ©barrassĂ© dĂ©finitivement le Congo de ce flĂ©au. Il faut lire les Ă©crits du Dr Livingstone, le missionnaire-explorateur, pour se faire une idĂ©e des ravages Ă©pouvantables que le trafic des esclaves faisait Ă  l’Ă©poque dans cette rĂ©gion de l’Afrique.

L’esclavage est un fait historique, la colonisation en est un autre. Et, en ce qui concerne la Belgique, il est injustifiĂ© de confondre colonisation et esclavage. La colonisation du Congo a Ă©tĂ© accompagnĂ©e de graves abus Ă  l’Ă©poque de l’Etat indĂ©pendant du Congo, et la colonisation belge, depuis 1908, n’en a pas Ă©tĂ© exempte, mais elle a eu le mĂ©rite de mettre fin Ă  la traite des esclaves au Congo. Si l’on veut ĂȘtre objectif, cela doit ĂȘtre relevĂ© dans le  dĂ©bat en cours sur l’esclavage et la colonisation.

 

2002

L. Bauchau (Bruxelles), Afrique / Propos calomnieux sur l’Ă©poque coloniale, in : LB 14/10/2002

 

“LA LIBRE BELGIQUE” DU 23 SEPTEMBRE 2002 publie en page 21 un article sur l’art des Bakongo.

On Ă©crit sur l’art africain : “le colonialisme et l’action mis­sionnaire l’ayant trop souvent anĂ©anti”.

Ce sont lĂ  encore une fois pro­pos calomnieux sur l’Ă©poque coloniale.

J’ai vĂ©cu 15 ans au KasaĂŻ occi­dental. Dans cette rĂ©gion il y avait Ă  l’initiative de l’adminis­tration deux musĂ©es locaux d’art africain, l’un Ă  Mushenge, l’autre Ă  Tshikapa. Dans la rĂ©gion de Mushenge, un pĂšre missionnaire de l’or­dre des JosĂ©phites s’occupait de promouvoir l’art des Kuba. Dans la rĂ©gion de Tshikapa, un artiste peintre belge, engagĂ© par l’administration, s’occupait de promouvoir l’art des Pende et des Tsjokwe. Bien d’autres actions exis­taient en d’autres lieux du Congo.

 

2004

Jean-Marc Veszely, Le dossier noir de LĂ©opold II, LSM 07/04/04

 

Suivant Lucas Catherine, qui a servi de guide Ă  Bruxelles Ă  l’équipe de la BBC ayant tournĂ© le documentaire du cinĂ©aste anglais Peter Bate, « on ne peut pas comparer LĂ©opold II Ă  Hitler. LĂ©opold II est un produit de son Ă©poque. Il faut donc le comparer aux autres colonisateurs de son temps. Les autres monarques Ă©taient coupables de la mĂȘme façon que lui. Les Hollandais ont anĂ©anti des populations entiĂšres de certaines Ăźles d’IndonĂ©sie pour contrĂŽler le trafic du clou de girofle. Les Français et les Anglais Ă©taient de grands trafiquants d’esclaves. Soixante millions de Noirs de l’est de l’Afrique furent dĂ©portĂ©s comme esclaves..

 

2004

Léopold II : la controverse, LB 08/04/2004

 

Diffusion sur « la deux » de la version française du film à thÚse de Peter Bate, « White King, Red Rubber, Black Death ».

Une vision ‘gĂ©nocidaire’ du Congo sous LĂ©polod II, qui suscite de vives polĂ©miques.

 

2004

Mario Spandre (avocat) , Carte blanche d’un enfant nĂ© au Congo, L’élaboration d’un mensonge, LSM 07/04/2004

 

Nous donnons, dans le cadre de ce dossier, la parole Ă  Mario Spandre, avocat au barreau de

Bruxelles, qui a vécu prÚs de quarante ans au Congo.

 

Le film sur LĂ©opold II produit par la BBC que nos deux chaĂźnes nationales diffusent ces jours-ci a Ă©tĂ© – Ă©laborĂ© Ă  partir d’un livre intitulĂ© : « Les fantĂŽmes du roi LĂ©opold – Un holocauste oubliĂ© ” Ă©crit par le journalite amĂ©ricain Adam Hochschild. Il a l’air trĂšs

savant, bourrĂ© de notes qui peuvent laisser croire qu’ il serre au plus prĂšs la vĂ©ritĂ© historique. Or la thĂšse qui le sous-tend, que « jusqu’ Ă  l’ apparition de Hitler, LĂ©opold II Ă©tait un des hommes les plus cruels d’Europe ” et que par ce qui peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme « un des plus importants massacres de notre Ă©poque ” dix millions d’hommes ont pĂ©ri, est fausse. D’autres expliqueront pourquoi. Mais ce qui est tout aussi intĂ©resssant est de rechercher comment et pourquoi un tel mensonge a pu ĂȘtre Ă©laborĂ©. Cela permet de mesurer le peu de crĂ©dit qu’il y a lieu d’accorder Ă  celivre.

L’auteur confesse que l’idĂ©e et la base de son livre proviennent de sa rencontre avec l’oeuvre d’Edmund Dene Morel qui selon lui est le promoteur du « premier grand mouvement international pour les Droits de l’Homme » .

Ce serait une merveilleuse histoire si elle Ă©tait vraie. Il se trouve qu’ elle est fausse et que Morel a Ă©tĂ©, au contraire, l’ auteur dela premiĂšre et de la plus efficace campagne de « lobbying ” qu’a connu le XXe siĂšcle.

Avant que LĂ©opold II n’ ait obtenu, par la ConfĂ©rence de Berlin, la souverainetĂ© sur le Congo, Morel travaillait pour des sociĂ©tĂ©s de Liverpool qui « commerçaient ” en Afrique. Ce commerce consistait Ă  « importer » du continent des esclaves triĂ©s Ă  Liverpool et « dispatchĂ©s ” vers l’ AmĂ©rique et Ă  « exporter ” vers les recruteurs d’ esclaves les armes, les munitions,

et l’alcool dont ils avaient besoin.

C’est cete activitĂ© qui a enrichi la ville, ses commerçants et Monsieur Morel. À la fin du siĂšcle, cinq sixiĂšmes du commerce avec l’Afrique (et donc du commerce des esclaves) Ă©taient concentrĂ©s Ă  Liverpool,.. En 1807le nombre de bateaux de Liverpool engagĂ©s dans

le trafic d’esclaves Ă©tait de l85, transportant 49 213 esclaves par an (Encyclopaedia Britannica – Ă©dition l966). On sait que durant le XIXe le commerce des esclaves se dĂ©veloppa jusqu’ au moment oĂč LĂ©opold II, par les campagnes anti-esclavagistes qu’il a financĂ©es, est parvenu

Ă  mettre fin Ă  cette activitĂ©…

Lorsque la ConfĂ©rence de Berlin attribua le Congo Ă  LĂ©opold II et que celui-ci dĂ©clara qu’il allait mettre fin Ă  l’ esclavage et au monopole des « African Companies » enrichies par l’esclavage, les commerçants de Liverpool prirent peur et engagĂšrent et financĂšrent E. D.

Morel. Avec un gĂ©nie pervers, il monta et organisa des campagnes de presse et de lobbying qui, comme le dĂ©montre le livre de Hochschild, Ă©tendent leurs effets jusqu’Ă  nos jours.

Morel commença Ă  Ă©crire au sujet du Congo dans “West Africa», un hebdomadaire  appartenant Ă  John Holt, un nĂ©gociant de Liverpool qui avait des intĂ©rĂȘts en Afrique et un

vĂ©ritable monopole sur le commer ce du Congo. Morel fonda par la suite son propre organe, le «West African Mail», en association avec Holt et d’ autres bailleurs de fonds de Liverpool. Cette activitĂ© lui permit de vivre trĂšs confortablement, de voyager et de se «mĂ©diatise» en

Europe et en Amérique.

C’est ainsi que fut accrĂ©ditĂ©e l’accusation «d’holocauste». Hochschild, avec perfidie, justifie ce terme et Ă©carte celui de gĂ©nocide parce que, dit-il, « les hommes de LĂ©opold II cherchaient simplement de la main- d’oeuvre, comme l’avaient fait pendant des siĂšcles les marchands d’esclaves qui Ă©cumaient l’ Afrique. Et si la recherche et l’utilisation de cette main-d’ oeuvre faisaient des milliers de victimes, c’Ă©tait une considĂ©ration accessoire ». Ainsi, insinue-t-il,

l’oeuvre de LĂ©opold II pourrait ĂȘtre le prolongement de l’ esclavage, alors que c’est lui quiy a mis fin. 

Perfidie est un terme insuffisant. Mauvaise foi est plus appropriĂ©. En effet, la bibliographie d’ Hochschild cite au moins 300 ouvrages, plus des journaux et des pĂ©riodiques et des sources inĂ©dites et des archives, mais omet – et ce ne peut ĂȘtre que volontaire – un ouvrage de 634 pages publiĂ© Ă  Londres et Ă  New York en 1905 qui dĂ©monte les accusations de Morel et relate un intĂ©ressant procĂšs qui s’est dĂ©roulĂ© en 1904 devant la « King’s Bench Division of the High Court of Justice » Ă  Londres. Dans les campagnes de propagande organisĂ©es en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, il avait Ă©tĂ© publiĂ© un livre d’un certain Guy Burrows qui avait commis l’ imprudence d’ accuser le Capitaine Henri de Keyser d’un certain nombre de crimes. Il apparut que ces accusations Ă©taient fausses et le tribunal condamna Monsieur Burrows Ă  payer cinq cent livres sterling, ce qui Ă©tait enorme Ă  l’ Ă©poque.

Il est plus que probable que ce livre avait Ă©tĂ© commanditĂ©. Il apparaĂźt donc que le travail mercenaire de Monsieur Morel n’ est pas « le premier grand mouvement international pour les Droits de l’Homme » mais bien, en utilisant les moyens modernes que permet 1’internationalisation des mĂ©dias (on ne parlait pas encore de mondialisation), la premiĂšre campagne du XXe siĂšcle de propagande en vue de tromper l’ opinion publique. Depuis lors nous avons appris que « l’opinion publique dans le marchĂ© libre des dĂ©mocraties Ă©tait fabriquĂ©e tout comme d’ autres produits de masse – savonnettes, interrupteurs, ou pain

coupĂ©. Nous savons que tandis que lĂ©galement et constitutionnellement, la parole est libre, l’espace dans lequel cette libertĂ© peut atre exercĂ©e nous a Ă©tĂ© arrachĂ© et a Ă©tĂ© adjugĂ© au plus haut renchĂ©risseur… Et, naturellement, ceux qui peuvent se la payer, utilisent cette libertĂ© de parole pour manufacturer ce type de produits, confectionner cette sorte d’ opinion publique qui convient Ă  leur intĂ©rĂȘt». (Arundhati Roy; The loneliness of Noam Chomsky in «The Ordinary Person’s Guide to Empire»). Il est Ă©vident que 1’on ne peut accorder aucun crĂ©dit Ă  un livre fondĂ© sur une campagne de lobbying inspirĂ©e et financĂ©e par les marchands d’esclaves de Liverpool Ă  qui LĂ©opold II, a retirĂ© le quasi-monopole du commerce qu’ils avaient sur le bassin du Congo.

 

2004

Michel Konen, LĂ©opold II et son Congo, LB 08/04/2004

 

Est-ce un hasard ? la diffusion, par la RTBF, du documpentaire consacrĂ© au Congo de LĂ©opolod II tombe quasiment le jour oĂč, au Rwanda, ont lieu les commĂ©morations du dixiĂšme anniversaire du gĂ©nocide ! (…)

Des crimes furent commis au Congo, mais en 1899, le Roi écrivait : « Ces horreurs doivent cesser ou je me retirerai du Congo. Je me refuse à me laisser éclabousser de sang et de boue. »

« Le patriote » combattait la politique coloniale du Roi, et dĂšs 1906, F. Cattier, professeur Ă  l’ULB, dressait un rĂ©quisitoire impitoyable sur la politique congolaise du souverain. d’autres, ensuite, dĂ©noncĂšrent ces hures noires.

On n’en parle nullement dans le documentaire.

Nous sommes en prĂ©sence d’une instruction menĂ©e Ă  charge uniquement.

 

2004

 

P.V., Empires belges, français, anglais… : tous pareils ?, LB 08/04/2004

 

Non, répond Joël Kotek (ULB), coauteur  du « SiÚcle des camps ».

Le travail forcĂ© au Congo qui est, comme dans les colonies britanniques, du racisme d’exploitation, est diffĂ©rent de l’élimination des hĂ©rĂ©ro en Namibie par les Allemands.

De mĂȘme, les camps ouverts par les Britanniques en Afrique du Sud dans le cadre de la rĂ©pression des Boers – qui avaient pour but non d’exterminer mais d’interner les civils Ă  titre prĂ©ventif – ont inspirĂ© Herman Göring, qui les a connus par son pĂšre, ancien gouverneur de Namibie.

« Quand les nazis ont ouvert leurs tout premiers camps, ils ont mĂȘme affirmĂ© qu’on y mourait moins que dans les camps africains des Anglais. »

 

2004

Paul Vaute, Une instruction Ă  charge, LB 08/04/2004

 

Le professeur Jean-Luc Vellut (UCL), spécialiste de la colonisation belge, décortique le film de la BBC.

Il y Ă©pingle nombre d’approximations et d’outrances sensationnalistes.

Ainsi, on traite comme un génocide ce qui fut un ensemble de brutalités.

Pendant la pĂ©riode dite « du caoutchouc » qui a durĂ© une dizaine d’annĂ©es dans une rĂ©gion oĂč il y avait une centaine d’EuropĂ©ens.

Ensuite, le film fait la part belle aux dĂ©nonciations venues d’Angleterre , sans un mot sur ceux qui ont dĂ©noncĂ© les brutalitĂ©s chez nous Ă  l’époque. Le sensationnalisme est poussĂ© jusqu’Ă  prĂ©senter l’attitude de la Belgique comme nĂ©gationniste.

On ne doit pas perdre de vue que les violences dont il est question au temps des ‘mains coupĂ©es’ ont concernĂ© quelques milliers de personnes

 

Les gens des compagnies de caoutchouc se sont accommodĂ©s facilement de ces brutalitĂ©s. Ils les ont utilisĂ©es pour leur propre profit. Les exploitants des mines de diamant font la mĂȘme chose aujourd’hui. Ce qui se passe actuellement en Afrique est bien pire qu’à l’époque coloniale. 

 

Du cĂŽtĂ© des experts apparaĂźt surtout comme un guide constant du dĂ©but Ă  la fin Elikia M’Bokolon, directeut d’études Ă  l’Ecole des hautes Ă©tudes en science sociales Ă  Paris . Auteurs d’ouvrages en Afrique noire en gĂ©nĂ©ral et le rĂŽle de la France, il n’est pas inscrit au rĂ©gime des experts de la colonisation belge.

Les spĂ©cialistes qui font le plus autoritĂ© sur notre passĂ© africain, tels que Ginette Kurgan (ULB) ou Jean-Luc Vellut (UCL) n’ont pas Ă©tĂ© rencontrĂ©s par l’équipe anglaise.

 

2004

Victimes de l’esclavagisme musulman, LB 08/04/2004

 

Le film de Peter Bate ne s’étend pas sur le passĂ© prĂ©colonial du Congo. On estime qu’avant la campagne anti-esclavagiste, les trafiquants de « bĂ©tail humain » – Arabes, arabisĂ©s, sang-mĂȘlĂ©s et sultans –  exportaient environ 70 000 Congolais par an. Et de nombreux massacres accompagnaient les razzias dans les tribus.

 

2005

Jean-Marc Goffart (Bruxelles), Le Congo à Tervuren, in : Le Vif 14/10/2005

 

L’exposition sur le Congo colonial Ă  Tervuren aura Ă©tĂ© extrĂȘmement dĂ©cevante. La volontĂ© de masquer les nombreuses rĂ©alisations belges Ă©tait Ă©vidente.

La mĂ©decine? Quelques mĂštres carrĂ©s de panneaux lamentables, une boĂźte de secours datant des annĂ©es 1920 et puis plus rien. J’ai un souvenir d’enfance, celui de l’hĂŽpital gĂ©nĂ©ral pour Africains d’Elisabethville. Des hĂŽpitaux comme celui-lĂ , il y en avait dans toutes les villes. Ne parlons pas des milliers de petits dispensaires et maternitĂ©s dans « l’intĂ©rieur ». Le volet « santĂ© » de cette exposition est un camouflet pour ceux qui ont crĂ©Ă©, avant 1960 au Congo, les services mĂ©dicaux les plus perfor­mants d’Afrique.

Les barrages et la production d’Ă©lectri­citĂ© ? A peine citĂ©s ! Pourtant, mĂȘme Ă  Butembo, le colonisateur avait installĂ© un groupe Ă©lectrogĂšne. Il y avait de l’Ă©lectricitĂ© dans toutes le villes. Les universitĂ©s? Le guide de l’exposi­tion reconnaissait que le colonisateur avait construit Lovanium. Il oubliait le campus d’Elisabethville et l’universitĂ© en construction Ă  Kisangani. Il oubliait Ă©galement les instituts d’enseignement supĂ©rieur, qui sont devenus des insti­tuts supĂ©rieurs pĂ©dagogiques aprĂšs l’indĂ©pendance. Ce guide insistait sur le fait qu’on n’avait pas diplĂŽmĂ© d’uni­versitaires congolais, c’est faux. Il eĂ»t Ă©tĂ© mieux inspirĂ© de reconnaĂźtre que ce fut un vĂ©ritable exploit que d’avoir crĂ©Ă© trois universitĂ©s en un temps si court. Les missions? Leur enseignement pri­maire, secondaire, professionnel et de promotion sociale, leurs actions huma­nitaires au sein des populations… Je n’ai rien trouvĂ© sur le dĂ©vouement des missionnaires. Cette exposition aura fait une prĂ©sentation exclusive d’Ă©lé­ments anciens (de la pĂ©riode de pion­niers) et de l’indĂ©pendance. Il eĂ»t fallu montrer le Congo de 1958. Les visiteurs belges en seraient sortis fiers de ce que les petits Belges ont Ă©tĂ© capables de faire en Afrique en quelques courtes dĂ©cennies.

 

2005

William Bourton, Belgique: l’histoire continue, LS 14/11/2005

 

Mark Van den Wijngaert (KUL) : Concernant LĂ©opold II, quand l’AmĂ©ricaiin Adam Hochschild Ă©crit un livre sur « l’holocausdte oublié » du Congo, et parle de dix millions de victimes noires, il s’agit d’une exagĂ©ration Ă©norme. Un certain nombre d’historiens ont Ă©tĂ© en mesure de le dĂ©montrer et de dĂ©noncer la manƓuvre.

 

2007

Van: roland marico [mailto:roland.marico@telenet.be] Verzonden: zondag 1 april 2007

 

17:01 Onderwerp: DE ACHT VAN STANLEYSTAD Een mensonterende gijzeling DE ACHT VAN STANLEYSTAD Dit boeiende boek is zeker een aanrader !!! Wij zijn zes maanden gefolterd en mishandeld geweest door de rebellen in Congo.Waar ik nu nog steeds de gevolgen van draag.Het boek is niet geschikt voor gevoelige lezers. Ter info:Mijn naam is Roland Marico  geboren te Vlamertinge (Ieper) en  woont nu  te Leopoldsburg 3970  in de Guillaumelaan 5

E mail : roland.marico@telenet.be

 

Als jongen van 19 jaar ben ik als militair verplicht geweest twee maal naar Congo te gaan 1960 en1961, daar ben ik zes maanden gevangen genomen geweest door de rebellen. Wij zijn gefolterd en mishandeld, wat kunnen toch sommige mensen gruwelijk zijn.

Mijn goede vriend Frans Alaeys uit Vlamerting heeft zijn leven gelaten in Congo. Ze hebben hem nooit meer terug gevonden. De vliegbacis van Koksijde is naar hem genoemd.   Momenteel komt het boek  DE ACHT VAN STANLEYSTAD uit. Het heeft ongeveer 4 jaar in beslag genomen om al de nodige gegevens te verzamelen en te verwerken. Het is een waar gebeurd verhaal dat handelt over 8 Belgische soldaten, waarvan ik er  een was. Zes maanden krijgsgevangen, in een hel van  een Congolese gevangenis waar mishandelingen en folteringen dagelijks gebeurden. . Een verhaal waar men dagelijks in doodsangst en in dramatische onzekerheid moest leven. In  de kranten werden hardnekkige geruchten verspreid met de melding over onze terechtstelling  Het was op dat ogenblik dat Lumumba vermoord werd.Wij waren geen paras, maar gewone soldaten .Senator Wouter Beke (CD&V) mijn dorpsgenoot uit Leopoldsburg Telf; 011-391974 heeft onlangs  naar Congo geweest, en de plaats bezocht waar ik gevangen  gezeten heb. Indien U het rijk gellustreerde boek(160 bladzijden) in uw bezit wilt krijgen kan dat voor de spotprijs van   12,70..  onderstaand adres of bestellen via E-mail of via de telefoon.   Mijn adresgegevens: Marico Roland Guillaumelaan 5 B3970 Leopoldsburg (0475/66 42 81  of 011/747782) E-mail: roland.marico@telenet.be   Indien U mijn boek wenst kan je telefoneren, mailen,opsturen, of er zelf om komen, er word een overschrijving bij het boek gevoegd  Tel     : 011-747782  Betaling kan geschieden na ontvangst van het boek d.m.v. bijgevoegde overschrijving

Drie van ons zijn gestorven.

 

2008

H. Falesse (Champion), Parler le swahili Ă©tait un honneur, LS 18/01/2008

 

On peut ĂȘtre professeur philo­sophe Ă  l’UCL et Harvard et malheureusement transmettre un avis erronĂ©.

Nous ne mettons pas en cause l’avis gĂ©nĂ©ral de la Carte blanche de Philippe Van Parijs, dans Le Soir du 12 et 13 janvier, sauf son point de vue sur la façon dont « le co­lon» s’est distinguĂ© pendant sa prĂ©sence dans l’ex-Congo Belge.

Oui, d’accord pour les Anglais et les Français, non pour les Belges. Car aussi bien les colons que les membres de l’Administration coloniale avaient, Ă  la base, l’obliga­tion d’apprendre, soit le swahili, soit le lingala pour se mettre au travail,.et pas l’inverse.

Cela n’Ă©tait pas en dessous de notre dignitĂ© d’adopter la langue locale, au contraire, nous en Ă©tions fiers! Cela nous permettait de nous rendre aussi en Ouganda ou au Kenya ! Y parler le swahili Ă©tait un honneur trĂšs apprĂ©ciĂ© par les autochtones.

 

L'histoire de la Force publique racontée par le général Janssens

(LB, 28/03/1980)

Katanga / Les "Affreux" et leur légende (Christian Souris)

(in: Pourquoi Pas?, 24/08/1983)

Congo / Nos paras sautaient sur Stanleyville et Paulis (Isy Laloux)

(VA, 18/11/1989)

Le mĂ©decin-colonel Jacobs, chef de l’Ă©quipe mĂ©dicale Ă  Stan(leyville) et Paulis

LĂ©opold II, Congo, Namur (Etienne Delmotte (Profondeville)), GrĂące pour LĂ©opold II (Jean GĂ©rard (Beez))

(VA, 25/06/2511)

Jimmy Sierens, ex-paracommando: "Gruwelijke dingen gezien in Afrika" (in nieuwe Canvas-reeks "Den Troep")

(in: HLN, 25/10/2013)

LĂ©opold II, un grand roi (Luc Matthys)

(in: Le Vif, 25/01/2013)

L'essor de la Belgique sous LĂ©opold II et entĂȘtement d'un parti fasciste, Ecolo, Ă  le nier

(Ubu, 07/02/2013)

Gérard Dasnois: Accueillir l'Afrique? (à propos des infrastructures magnifiques laissées par la Belgique au Congo et de la déglingue totale dans ce pays à l'heure actuelle)

(VA, 04/11/2014)

Congo / Les Arabes, esclavagistes, y pratiquaient la politique des mains coupĂ©es, les Africains eux-mĂȘmes punissaient leurs victimes en leur coupant la/ les mains et/ou une oreille (ou deux).

(in: Georges Antippas, Pionniers méconnus du Congo belge, 2016, p.41-42)

Mise au point concernant les mains coupĂ©es : dans des zones oĂč rĂ©gnait la Charia ! / La population du Congo lors des 60 ans de colonisation a ... triplĂ© !

(in: Georges Antippas, Pionniers méconnus du Congo belge, 2016, p.44)

Congo / A propos de l'acte colonial

(in: Georges Antippas, Pionniers méconnus du Congo belge, 2016, p.45)

(in: Georges Antippas, Pionniers méconnus du Congo belge, 2016, p.134)

(in: Georges Antippas, Pionniers méconnus du Congo belge, 2016, p.136)

(in: Georges Antippas, Pionniers méconnus du Congo belge, 2016, p.163)

(in: Georges Antippas, Pionniers méconnus du Congo belge, 2016, p.164)

Pierre-Luc Plasman (UCL): Léopold II, potentat mais pas génocidaire

(VA, 24/03/2018)

Mia Vossen: mise au point concernant le Congo belge

(DH, 05/01/2019)

La vérité sur le Congo belge

(in: UBU, 11/05/2016)

Congo belge / Philippe Lebacq (Namur) - Namur et notre passé colonial: mise au point

(VA, 30/03/2019)

(La Belgique contre les trafiquants d’esclaves, arabo-musulmans, au Congo) (coll. J. Huens)

Léopold II, réhabilité par un professeur d'histoire congolais, Jean-Pierre Nzeza

(Echo, 13/02/2019)

Congo belge : mise au point (M.V. (Rochefort))

(in: Pan, 15/02/2019)

Repentance pour nos colonies (Viviane Marlier)

(VA, 20/02/2019)

1900 - scheutist Constant De Deken: Twee jaar in Congoland

(in: Walter Pauli, De Congoliteratuur in Vlaanderen, Knack, 13/11/2019, p.115)

Historicus Zana Mathieu Etambala over Leopold II

(in: De Morgen, 04/03/2020)

 

2 L’Ă©conomie au Congo belge

L'Ă©conomie au Congo belge: mise au point

(Pan, 17/01/2020)

L'Ă©conomie au Congo belge: mise au point

(Georges Antippas, Pionniers méconnus du Congo belge, 2016, p.141)

L'économie au Congo belge: mise au point - 52 années de travail et de progrÚs (Union Royale belge pour les Pays d'Outre-Mer)

(p.40) 

L'Ă©conomie au Congo belge: mise au point - Steamer Thysville Ă  Boma

L'Ă©conomie au Congo belge: mise au point - pont de lianes

 (Congo belge, s.d., p.549)

L'Ă©conomie au Congo belge: mise au point – pont sur le Sankuru

(Congo belge, s.d., p.549)

L'Ă©conomie au Congo belge: mise au point – Matadi

(Congo belge, s.d., p.552)

L'Ă©conomie au Congo belge: mise au point – chemin de fer

(Congo belge, s.d., p.552)

L'Ă©conomie au Congo belge: mise au point – route

(Congo belge, s.d., p.552)

L'Ă©conomie au Congo belge: mise au point – usine de Panda (Katanga)

(Congo belge, s.d., p.553)

L'Ă©conomie au Congo belge: mise au point – le fleuve Congo

(Congo belge, s.d., p.553)

L'Ă©conomie au Congo belge: mise au point – arbres Ă  caoutchouc

(Congo belge, s.d., p.555)

L'Ă©conomie au Congo belge: mise au point – l'Anversville 1924 (bateau)

L'Ă©conomie au Congo belge: mise au point – le bateau Elisabethville

(1925 & intérieur: 1924)

 

3 Le volet social au Congo belge

Le cannibalisme au Congo avant l'arrivée des colons belges: atrocités

(in: Georges Antippas, Pionniers méconnus du Copngoi belge, 2016, p.26-27)

Les soins de santé au Congo belge: un prestigieux bilan (Jo Gérard)

(in: LB, 02/12/1980)

La médecine tropicale au Congo belge

(Jo Gérard, in: LB, 11/07/1988)

le tam-tam pour régler la circulation au Congo belge

(in: Georges Antippas, Pionniers méconnus du Congo belge, 2016, p.142)

HĂŽpital belge de campagne au Congo

(coll. Musée africain, Namur)

 

4 La richesse culturelle du Congo (belge et indépendant)

carte ethnique du Congo

(Musée africain, Namur)

la musique au Congo (belge et indépendant)

(in: Le Congo belge, p.566, 267: flûte)

riche collection culturelle du Musée africain de Namur

Musée africain (Namur): à visiter

Musée du Génie (Jambes, désormais à Amay) - section consacrée au Congo

Kongo, een dramareeks

Terres brûlées / Le Congo tel qu'il est (affiche)

3 films belges sur le Congo (belge): Le Soldat Inconnu, Terres Brûlées, En avant la musique

(in: VA, 29/07/1997)

"Revivez la grande histoire du Congo belge": Congo belge (Gérard De Boe, André Cauvin, Ernest Genval (2 DVD)

5 Présentation des menteurs anti-belges concernant le Congo belge

Le cinéaste anglais Peter Bate, réalisateur du film "Le Roi blanc, le caoutchou rouge, la mort noire" est un sale menteur. Critique par le professeur Jean-Luc Vellut (UCL)

(LB, 08/04/2004)

La statue de Léopold II à Salzinnes: un lecteur de l'Avenir, Willy Colette (Saint-Marc), déraille.

(VA, 18/06/2011)

Le Vif (contrÎlé de la France) déraille à propos de Léopold II

(Le Vif, 11/01/2013)

Emile Vandervelde baisait avec les Anglais contre le Congo belge.

(in: UBU, 07/02/2013)

Un journaliste (sic) de Vers l'Avenir déraille concernant le Congo belge. Mise au point par Gérard Dasnois (Bertrix).

(VA, 04/11/2014)

Mensonges de Marc Wiltz dans son navet "Il pleut des mains sur le Congo".

Marc Wiltz, Il pleut des mains sur le Congo, Ă©d. Magellan & Cie, 2015
magellan-infos@sfr.fr

(p.11-12) On parle aujourd’hui de dix millions de morts et disparus entre 1885 et 1908, soit le tiers de la population concernĂ©e. Sans compter les mutilĂ©s, impossibles Ă  dĂ©nombrer. Dix millions, victimes de la cupiditĂ© d’un seul. A-t-on dĂ©jĂ  vu cela dans notre Ă©poque « moderne » oĂč pourtant les exemples ne manquent pas ? On connaĂźt Hitler et Mussolini. On a aimĂ© un temps en Occident la nouvelle impulsion initiĂ©e par Mao, en pleine concurrence meurtriĂšre avec les dĂ©placements de populations ordonnĂ©s par Staline, autrement appelĂ© le « petit pĂšre des peuples ». On redĂ©couvre le gĂ©nocide armĂ©nien, que les Turcs contestent encore avec vigueur. On a subi plus rĂ©cemment les Khmers rouges de Pol Pot au Cambodge (trois millions de morts et disparus) et l’épouvante du Rwanda avec les massacres au coupe-coupe entre les Hutus et les Tutsis. Et d’autres carnages ailleurs. On dispose de tous les chiffres de ces foisonnements du sang des innocents, de ces geysers rouges en forme de feux d’artifice. On a mĂȘme reconnu, et presque admis, que le grand Empire amĂ©ricain s’est forgĂ© dans le sang des Indiens, jusqu’à les exclure dĂ©finitivement de leur territoire lĂ©gitime en un siĂšcle Ă  peu prĂšs – un record sur une gĂ©ographie aussi vaste-, exterminant au passage treize millions d’individus libres et Ă©gaux en droit. Dans ces grands chambardements criminels, il y avait les aiguillons de la politique, de la volontĂ© de puissance, avec la ferveur d’une « religion » du dĂ©passement de soi. On a subi cette Ă©poque cruelle, violente, incroyablement violente. C’est notre Ă©poque, avec laquelle on compose, qu’on essaye de comprendre, souvent de justifier. Quelques-uns tentent de passer outre pour lui redonner des couleurs d’humanitĂ©. C’est tout Ă  leur honneur car la tĂąche est (p.13) bien lourde. Ces leaders couverts de sang ont tous voulu mener les hommes. Mais vouloir prendre en charge la destinĂ©e d’autrui, si l’on n’est pas animĂ© d’une vraie gĂ©nĂ©rositĂ© et d’une abnĂ©gation intrinsĂšque, est une folie.

(p.13) Dans le cas du Congo, on parle de dix millions de morts, mais personne ne s’en soucie vraiment. Il n’y a pas eu de commissions d’enquĂȘte dignes de ce nom ou de repentir. Il n’y a presque pas de conscience de cette tragĂ©die. Il n’y est jamais fait allusion pour servir d’exemple ou de rĂ©fĂ©rence dans les dĂ©bats nombreux oĂč la barbarie est Ă©voquĂ©e. La chose a glissĂ© et rien ne reste. Dix millions. Le chiffre est considĂ©rable et se situe en bonne place dans le palmarĂšs de cette modernitĂ© sanguinaire. Il est le fait d’un seul, sans une goutte de sang sur ses mains restĂ©es propres, laissant agir cette invraisemblable cupiditĂ©, transmise, dĂ©multipliĂ©e et lui rendant compte. Dix millions de (p.14) morts pour le caoutchouc du Congo, en vingt ans, pour amasser une Ă©norme fortune personnelle. Sans compter les mains coupĂ©es et les trĂšs seyants colliers d’oreilles. Dix millions de morts sur la conscience de LĂ©opold II, roi des Belges.
(p.14) En fait, on ne connaĂźt pas prĂ©cisĂ©ment le nombre de ces morts et on ne le connaĂźtra jamais. On a juste une idĂ©e approximative de l’ampleur du phĂ©nomĂšne. Les plus « conservateurs » sur ce point, les « minimalistes » qui dĂ©fendent la couronne par principe ou par Ă©ducation, parlent de quelques centaines de milliers, ce qui est dĂ©jĂ  considĂ©rable. D’autres ont poussĂ© l’extrĂȘme jusqu’à trente millions, en se basant sur les estimations de populations rĂ©alisĂ©es par Stanley, l’explorateur prestigieux qui avait comptĂ© ces indigĂšnes. Ils Ă©taient venus le voir et l’admirer pendant sa descente du fleuve Congo entre 1874 et 1877. Il a extrapolĂ©, pensant avec sincĂ©ritĂ© que le pays comptait alors au moins quarante millions d’habitants, mais sans vraiment tenir compte du fait que les forĂȘts profondes sont nĂ©cessairement moins peuplĂ©es. Ses premiers dĂ©tracteurs se sont emparĂ©s de ses propres chiffres pour mieux le discrĂ©diter. D’autres chiffres, plus rĂ©alistes, parlent d’une population de vingt-sept millions d’habitants. Mais il n’y a pas eu de recensement. Le rapport Casement de 1904 Ă©voque des centaines de milliers de morts. Un autre expert de la mĂȘme Ă©poque en mentionne cinq millions. L’historien amĂ©ricain contemporain Adam Hochschild en comptabilise dix, et (p.15) c’est peut-ĂȘtre ce chiffre inouĂŻ le plus vraisemblable. Les encyclopĂ©dies modernes, avec leurs innombrables sujets traitĂ©s par des spĂ©cialistes, situent le chiffre astronomique de la perte de population entre huit et trente millions de personnes, histoire de ratisser large et de couvrir la marge d’erreur. Alors dix millions, pourquoi pas ? Les derniers chiffres avancĂ©s sont infĂ©rieurs. Admettons. Divisons mĂȘme par deux ou par dix ces donnĂ©es alĂ©atoires : le rĂ©sultat reste dĂ©mesurĂ©, la cruautĂ© des mĂ©thodes employĂ©es par l’administration de l’« État indĂ©pendant du Congo » est indigne.
(p.16) Le jeune Lumumba a Ă©tĂ© l’un des rares (p.17) Congolais Ă  bĂ©nĂ©ficier des prĂ©misses de l’éducation « pour tous » voulue par le roi Baudouin, l’un des j successeurs de LĂ©opold ; il a cru au dĂ©but Ă  « l’Ɠuvre gĂ©niale » du roi des Belges, au point d’écrire ces mots lui-mĂȘme, tels qu’on les lui avait appris, avant que sa curiositĂ© le pousse dans les pages de l’Histoire, puis de la politique. De libĂ©ral pro-belge, il est devenu 7 nettement et dĂ©finitivement indĂ©pendantiste. Comme d’autres, il paiera de sa vie son impatience lĂ©gitime, assassinĂ© en janvier 1961 par les services secrets belges, avec l’aide de la CIA, quand le chaos s’installait dans le pays. Il avait trente-cinq ans. Le texte intĂ©gral 4 de son discours, qui a tellement choquĂ© les autoritĂ©s bientĂŽt ex-coloniales prĂ©sentes dans l’auditoire, est pourtant mesurĂ©, voire doux. Il demande sans violence l’exercice du pouvoir par les Congolais eux-mĂȘmes. Rien d’autre.
Quel que soit le chiffre rĂ©el que l’histoire finira par figer dans ses livres, il s’agit bien lĂ  d’un gĂ©nocide, d’un dĂ©mocide, d’un ethnocide, d’un multi-ethnocide exercĂ© Ă  l’encontre de quatre cents peuples diffĂ©rents, rassemblĂ©s sur le cours du fleuve Congo. C’est la destruction Ă  grande Ă©chelle de populations innocentes, en dehors de toute guerre, et c’est le premier « gĂ©nocide » europĂ©en avĂ©rĂ©.

 

(p.18) Mes seules passions, devenues ma raison de vivre depuis vingt ans, sont le goĂ»t des voyages et le goĂ»t des livres. Je suis toujours admiratif de ces quelques individus capables de mettre un pied devant l’autre pour aller au bout du monde, Ă  la rencontre de leurs rĂȘves. Henry Morton Stanley, l’un des plus incontestables « dĂ©couvreurs » de l’Afrique, a Ă©veillĂ© ma curiositĂ©. J’en ai publiĂ© une biographie signĂ©e Adolphe Burdo, initialement parue en 1888. J’ai republiĂ© aussi son rĂ©cit original (1872) de la recherche du docteur Livingstone, perdu en pleine brousse, et raison premiĂšre de sa prĂ©sence sur le continent noir. (…)
(p.34) (…) la grande tache morale du commerce des esclaves par ces affreux Arabes s’efface de la rĂ©gi L’affaire est rĂ©glĂ©e par la froce, entre 1892 et 1893.on.

(p.68) CinquiĂšmement, le traitement des prisonniers est cruel. Les condamnĂ©s, quelles que soient les infractions commises, sont attachĂ©s ensemble par le cou Ă  la chaĂźne des forçats, ce qui provoque de larges plaies difficiles Ă  soigner dans cette chaleur et cette humiditĂ©, et dont les mouches se repaissent. Nulle part, dans un autre gouvernement, qu’il soit barbare ou civilisĂ©, on n’inflige pareil chĂątiment. Il y a aussi quelques prisons dans l’eau, laissant juste la tĂȘte dĂ©passer, dont la justification est contestable. Surtout, Ă  la moindre occasion, les condamnĂ©s sont frappĂ©s Ă  l’aide d’une chicotte, un morceau de peau d’hippopotame sĂ©chĂ©e qui fait couler le sang et tue en quelques coups. Tous les tĂ©moignages ultĂ©rieurs Ă  celui de George Washington feront une large place Ă  ce qui est presque devenu le symbole de l’administration de LĂ©opold. C’est un certain capitaine Chicot, douĂ© de sens pratique, qui l’aurait inventĂ©. GrĂące Ă  cet instrument vite passĂ© entre les mains de tous les dĂ©tenteurs de l’autoritĂ©, il a obtenu sĂ©ance tenante la satisfaction de toutes ses exigences.
(p.115) De la part de Morel, les flĂšches les plus acĂ©rĂ©es ont / toujours Ă©tĂ© dirigĂ©es vers LĂ©opold, l’unique responsable de ce dĂ©sastre humain, qui a prĂ©fĂ©rĂ© adopter une voie « qui l’a conduit de l’illĂ©galitĂ© Ă  la violence et de la violence Ă  la barbarie ».
La Congo Reform Association s’organise. Un comitĂ© directeur Ă©nergique se met en place. Morel et ) Casement se dĂ©pensent sans compter.

 

(p.136) ComposĂ©e d’une quinzaine d’hommes, avec un mĂ©decin et un naturaliste, lĂ  oĂč Stanley se dĂ©place avec une vĂ©ritable caravane, l’équipĂ©e de Brazza va durer trois ans, entre 1875 et 1878. Il voyage et dĂ©couvre, plutĂŽt qu’il ne conquiert ; il noue des relations avec les chefs locaux, plutĂŽt qu’il ne les soumet. Il y retourne entre 1879 et 1882, financĂ© cette fois par la SociĂ©tĂ© de GĂ©ographie et des subsides ministĂ©riels. Il parvient sur le fleuve Congo en 1880, signe un vĂ©ritable traitĂ© de protection avec le roi des TĂ©kĂ©s et installe lĂ  un Ă©tablissement qui deviendra Brazzaville, Ă  la stupĂ©faction de Stanley. (…)
(p.137) Au fil des accords nouĂ©s avec les tribus, c’est toute 1 la rive nord qui passe ainsi dans le giron français sous la forme d’un protectorat. La lĂ©gende se construit. Les Français sont ravis de faire ainsi la nique Ă  ce Stanley amĂ©ricain, mais gallois, donc britannique, mais belge, on ne sait plus… Tout s’est passĂ© en douceur, sans y consacrer des fortunes, sans morts violentes susceptibles de heurter l’opinion publique. (…)

Sauf que ce cĂ©lĂšbre garçon rechigne quand des annĂ©es plus tard il entrevoit les nouveaux dĂ©veloppements de « mise en valeur » de cette colonie, dĂ©cidĂ©s par les ministĂšres successifs de la RĂ©publique française. L’affaire de LĂ©opold est maintenant connue, avec tous ses dĂ©bordements. Si les dĂ©buts congolais de la France ont touchĂ© Ă  l’idĂ©al, l’accent est portĂ© dĂ©sormais sur la conquĂȘte militaire : soumettre les populations sans trop se soucier de leurs droits et installer un capitalisme de concessions cĂ©dĂ©es Ă  des sociĂ©tĂ©s privĂ©es, comme sur la rive d’en face. Il s’y oppose avec vigueur, ce qui a pour consĂ©quence sa mise Ă  la retraite d’office en 1898.
(p.138) Le 14 juillet 1903, un Ă©norme scandale Ă©clate. Un administrateur des colonies (Georges ToquĂ©) et un responsable des affaires indigĂšnes (Fernand Gaud) dĂ©cident de faire un exemple pour montrer Ă  ces pauvres nĂšgres de quel bois se chauffe l’autoritĂ© quand elle le juge nĂ©cessaire. En ce jour de fĂȘte nationale, un malheureux chef, un peu rebelle, un peu guide, un peu interlocuteur Ă  tout faire du Blanc, explose avec de la dynamite attachĂ©e autour de son cou, dit-on avec pudeur. En rĂ©alitĂ©, puisque les festivitĂ©s du 14 juillet incitent Ă  des exagĂ©rations, les deux zigotos lui ont fourrĂ© ce gros bĂąton dans le cul, avant d’allumer la mĂšche. C’est effectivement assez marrant ! Le procĂšs est retentissant, la valeur civilisatrice de la colonisation en prend un sacrĂ© coup, mais comme tous les procĂšs, il passe. Par un drĂŽle de scrupule Ă  retardement, les autoritĂ©s proposent Ă  Brazza de sortir alors de sa retraite et d’aller inspecter les conditions de vie dans les colonies. Il y a quelques inquiĂ©tudes « nationales » qui motivent ce revirement. Brazza, bon prince, s’y rend Ă©videmment, trop content de revoir ces gens et ce pays qu’il aime. Mais son Ă©cƓurement est manifeste. Il ne reconnaĂźt rien. Il n’y a plus que des rapports de domination qu’il juge abjects et complĂštement C dĂ©placĂ©s, lui l’aristo qui croit en l’homme. FĂ©licien Challaye en parle ainsi : « De ces sinistres (p.139) dĂ©couvertes, M. de Brazza souffrit au plus intime de son cƓur. Ce chagrin hĂ©roĂŻque, cette tristesse sublime usĂšrent ses forces, hĂątĂšrent sa fin. »
On le dit fatiguĂ©, malade, mourant… Quelques-uns, dont sa femme, affirment qu’il a Ă©tĂ© empoisonnĂ©. C’est possible, mais rien n’est prouvĂ©. On le dit aussi trop faible pour avoir rĂ©digĂ© le rapport que ses commanditaires attendaient de lui. LĂ , rien n’est prouvĂ© non plus, mais c’est impossible. Ce rapport a existĂ©, plusieurs tĂ©moins l’ont vu l’écrire. Il a Ă©tĂ© transmis justement parce qu’il Ă©tait atteint de faiblesse. Le document a disparu sur quelque Ă©tagĂšre obscure d’un ministĂšre, et jamais retrouvĂ©… Les mystĂšres de la diplomatie et de la paix sociale s’accommodent parfois de ceux de l’intendance. Pas vu ! Pas compris ! DĂ©solĂ© pour le dĂ©rangement. Il reste de cet homme du ~ monde, au sens propre comme au sens figurĂ©, une ombre splendide, un peu Ă©vanescente, qui surplombe les intĂ©rĂȘts plus terre-Ă -terre de ses concitoyens.

(p.140). Depuis que le Congo français est passĂ© en 1899 aux mains des sociĂ©tĂ©s concessionnaires (quarante dĂ»ment enregistrĂ©es), les deux rives se sont mises Ă  se ressembler furieusement. Exactement ce que Brazza ne voulait pas. LĂ©opold a rĂ©ussi le tour de force de dĂ©pecer son territoire grand comme l’Europe occidentale avec une brutalitĂ© de sauvage ; sur le sien, la France rĂ©publicaine s’y met Ă  son tour, par capillaritĂ©.
(p.141) Monseigneur Augouard, prĂȘtre qui construira la cathĂ©drale de Brazzaville, rĂ©sume la situation : « Plus de deux mille Noirs ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© tuĂ©s par la malheureuse question de l’impĂŽt et il faut avouer Ă  notre honte que dans le Congo français on a dĂ©passĂ© toutes les atrocitĂ©s tant reprochĂ©es Ă  nos voisins belges. […] Jusqu’à prĂ©sent, qu’a-t-on fait pour l’indigĂšne, ou mĂȘme pour les colons blancs ? Rien, absolument rien. Tout l’argent de la colonie est employĂ© exclusivement Ă  payer les fonctionnaires. » AndrĂ© Gide, dans son Voyage au Congo (1927) et son Retour du Tchad (1928), splendides livres de voyage par leur simplicitĂ© et leur authenticitĂ©, dĂ©nonce (p.142) avec une telle vigueur les abus en tout genre du colonialisme Ă  la française.
(p.143) /Georges Simenon a dĂ©noncĂ© dans “Coup de lune” (1933) au Gabon le cotĂ© pour le moins abusif (sic) de la colonisation française en Afrique.

 

(p.147) “Le plus grand crime de tous les temps.” VoilĂ  qui clot en 1909 l’affaire du Congo de LĂ©opold, quelques semaines avant la mort du roi des Belges. Cette Ă©pitaphe sans concession est signĂ©e d’Arthur Conan Doyle (1859-1930).
(p.170) /Jules Marchal, ancien haut fonctionnaire colonial, corrobore es propos de Casement sur les mains coupées. /
(p.175) Adam Hochschild est l’auteur de la somme dĂ©finitive sur le sujet avec “Les fantĂŽmes du roi LĂ©opold” (1898).
(p.187) La seule chose dĂ©routante reste encore l’ignorance publique gĂ©nĂ©rale ; c’est la vĂ©ritable victoire de LĂ©opold. Il faut donc au moins lui refuser la paix, dĂ©baptiser les rues et les places innombrables en (p.188) Belgique qui portent son nom et dĂ©boulonner ses statues, en particulier la majestueuse statue Ă©questre qui trĂŽne en plein cƓur de Bruxelles, siĂšge du Conseil de l’Union europĂ©enne. A Paris, il existe une avenue LĂ©opold II dans le 16e arrondissement. Peut-on accepter de nos jours de telles complaisances ? Il faut aussi le faire savoir en expliquant ses actes en dĂ©tail. Les libĂ©rateurs qui se sont soulevĂ©s un peu partout contre l’oppression l’ont fait pour moins que ça. Les bonnes consciences ont exigĂ© des sanctions lourdes contre des fauteurs de trouble insignifiants en comparaison. Les prisons ont accueilli des criminels politiques ou des tyrans moins endurcis. Au panthĂ©on des malfaisants, il revient une place de choix Ă  LĂ©opold. Qu’on se le dise.
(p.188) Les guerres qui ont opposĂ© ces nations /Congo, Rwanda, Ouganda/ entre 1996 et 2003 ont Ă  nouveau provoquĂ© la mort de quatre millions de Congolais. Dans sa postface Ă  l’édition du livre de Conan Doyle, la journaliste belge Colette Braeckman explique que l’histoire se rĂ©pĂšte. À la fin du xixe siĂšcle, l’ivoire et le caoutchouc Ă©taient les causes de ces dĂ©chirements. Le cuivre et l’uranium sont venus ensuite, permettant aux AlliĂ©s de produire la bombe atomique. Aujourd’hui, d’autres matiĂšres premiĂšres suscitent les mĂȘmes cupiditĂ©s dans un pays qui dĂ©borde de richesses : l’or, les mines de diamants ou le coltan, ce minerai rare, composant essentiel du dĂ©veloppement des ordinateurs et des tĂ©lĂ©phones portables, dont le Congo est le plus important producteur au monde.

(p.188) LĂ©opold a Ă©tĂ© celui qui le premier a violemment inscrit le Congo dans le cercle infernal de la mondialisation. La chaĂźne de violence qui a suivi ses mĂ©faits est toujours en vigueur. La chose Ă  entreprendre qui ne soit pas de l’ordre du constat attristĂ© ou de la rĂ©paration symbolique serait de donner la possibilitĂ© au Congo de tenir un rĂŽle influent dans le concert des nations et de l’aider Ă  sortir de l’état guerrier endĂ©mique dans lequel le pays reste engluĂ©, victime de toutes les convoitises.

 

Bruno De Lille et Benoßt Hellings, négationnistes de Groen-Ecolo à propos du Congo belge

(De Standaard, 17/12/2015)

Bas De Roo (UGent), négationniste à propos du Congo belge

(DS, 30/09/2016)

Revue allemande négationniste (Fragen & Antworten) à propos du Congo belge

(9/2016) 

L'Université Queen Mary (Londres), négationniste à propos de Léopold II

(Sept Dimanche, 18/12/2016)

Georges-Louis Bouchez (MR) nie les crimes de Lumumba

(DH, 14/08/2017)

Benoßt Hellings et Ecolo: négationnisme envers la colonisation au Congo belge

(DH, 14/08/2017)

Le bobo Théophile De Giraud, négationniste concernant Léopold II

(DH, 14/08/2017)

Gaëtan Bangisa (PS pas trÚs socialiste), Germain Mugemangango nient les crimes de Lumumba

(DH, 14/08/2017)

”Max

(LW, 26/08/2017)

Le grand (sic) acteur Ben Affleck va faire un film (négationniste) sur le Congo belge.

(Echo, 23/11/2019)