1830-1831-1839: indépendance de la Belgique et du Grand-Duché: faits méconnus

 

Le 27 septembre 1830

 

Un drapeau commémorant la participation des citoyens de multiples communes à la révolution.

Le choix des cités et des villages illustre et confirme le caractère national de la fête du 27 sep­tembre.

Voici la liste trop peu connue de ces communes.

 

Tout d’abord les francophones (sic – en fait, √† cette √©poque en majorit√© wallophone):¬† Andenne, Ans et Glain, Arlon, Ath, Bastogne, Binche, Bouillon, Braine¬≠l’Alleud, Braine-le-Comte, Charleroi, Ch√Ętelet, Couvin, Dinant, Dour, Enghien, Ensival, Fayt-lez-Manage, Fleurus, Fontaine-l’Ev√™que, Gembloux, Genappe, Gos¬≠selies, Gr√†ce-Montegn√©e, Grez-Doiceau, Herm√©e, Herstal, Herve, Hodimont, Huy, Ixelles, Jemappes, Je¬≠meppe-sur-Meuse, Jodoigne, La Hestre, La Hulpe, Leuze, Li√®ge, Luxembourg, Maffle, Meslin-l’Ev√™que, Mons, Morlanwelz, Namur, Neufch√Ęteau, Nivelles, P√©¬≠ruwelz , Perwez, Philippeville, Quaregnon, Qui√©vrain, Rebecq-Rognon, Saint-Ghislain, Saintes, Sclayn, Seneffe, Soignies, Thuin, Tournai, Verviers, Waterloo, Wavre.¬†

On y ajouta Paris en gratitude envers la France.

 

Et voilà les communes alors à majorité néerlandophone: Aalst, Aarschot, Anderlecht, Antwerpen, Boom, Brugge, Bruxelles, Dendermonde, Diest, Geel, Gent, Geraardsbergen, Halle, Hasselt, Herenthout, Herzele, Heverlée, Kortrijk, Leuven, Lier, Maaseik, Meerhout, Menen, Mol, Molenbeek, Oostende, Overijse, Roermond, Roeselare.  Ronse, Sint-Pieters-Leeuw, Tervuren, Tielt, Venloo, Watermael-Boisfort, Westerloo.

 

D√®s le matin du 27 septembre 1830, Bruxelles s’√©veille au son des cloches et des salves d’artillerie.

La place Royale est envahie par la foule, on se presse aux fen√™tres pour assister √† l’arriv√©e de l’√©mouvant cort√®ge des bless√©s de septembre 1830.¬† On en compte quatre cents qui, partis de l’h√ītel de ville, atteignent la place Royale pr√©c√©d√©s par une fanfare et und √©tachement e cavalerie.

 

1830

Alfred Dubru, Houffalize et l’indépendance belge, GSHA, 51, 2000, p.26-35

 

(p.27) De jeunes Ardennais n‚Äôh√©sit√®rent pas √† rejoindre Bruxelles. On ne conna√ģt que les noms de quelques-uns de ceux qui se battirent dans la capitale.

 

1830

 

Christian Laporte, Constitution ‚Äď 175 ans / ¬ę¬†Un mod√®le au si√®cle des nationalit√©s¬†¬Ľ, LB 07/02/2006

 

En quoi, la Constitution belge fut-elle si originale?

Pour son p√īle des libert√©s et son p√īle parlementaire. On n’imaginerait plus une Constitu¬≠tion qui n’√©voqu√Ęt les droits et les devoirs mais notre origina¬≠lit√© fut de l’ins√©rer directement dans la loi fondamentale. A l’√©po¬≠que, la mode √©tait plut√īt √† la r√©¬≠daction de pr√©ambules ou de d√©¬≠clarations de droits avec des dis¬≠cussions r√©currentes et aga√ßan¬≠tes sur la force de leurs disposi¬≠tions respectives. C’√©taient des morceaux de litt√©rature mi-poli¬≠tique, mi-juridique. On y eut en¬≠core recours pour la Constitu¬≠tion fran√ßaise de 1958 avec un renvoi √† celle de 1946 qui ren¬≠voyait elle-m√™me √† 1789. Plus pr√®s de nous, il y a la charte europ√©enne. Nos p√®res fonda¬≠teurs ont √©t√© originaux dans la mesure o√Ļ ils ont associ√© droits et devoirs et aussi gouvernants et gouvern√©s -je pr√©f√®re le terme de citoyens… Les uns et les autres se rendirent compte que la Constitution leur apparte¬≠nait au premier chef. Au-del√† des principes g√©n√©raux, elle don¬≠nait des lignes de force en ma¬≠ti√®re de libert√©s d’enseigne¬≠ment, des cultes, de la presse, d’association. Plus personne ne pourrait contester le caract√®re juridique de ces droits. T

Puis, il y a le p√īle parlementaire.

Gare √† l’√©quivoque : beaucoup croient que quand on a un Parle¬≠ment, il y a automatiquement un r√©gime parlementaire. C’est oublier, que dans les pires dicta¬≠tures, il y a aussi des Parle¬≠ments. Mais ils ne connaissent pas la r√©vocabilit√© mutuelle.

 

Chez nous, la Chambre peut renverser le gouvernement et ce der¬≠nier a la capacit√© de la dissou¬≠dre. De vrais r√©gimes parlemen¬≠taires ne sont pas l√©gion. Les Etats-Unis, par exemple, n’en sont pas un puisque le pr√©sident ne peut dissoudre le Congr√®s et celui-ci ne peut pas le renverser directement.

 

1830

Jo Gérard, La première campagne électorale en Belgique, LB, 12/05/1995

 

Les Belges vot√®rent le 3 novembre 1830.¬† Il y eut 380429 √©lecteurs ‚Äėcensitaires‚Äô et 7.670 ‚Äėcapacitaires‚Äô.

La constitution la plus démocratique d’ Europe.

Les députés du Congrès national décidèrent que notre futur roi ne disposerait d’ aucun pouvoir sans la signature d’ un au moins de ses ministres, mais que ceux-ci ne pourraient rien sans la signature royale.

 

1830

Jo Gérard, Les mythes belges, LB 08/08/1995

 

Anne Morelli (ULB) n’aura jamais fini de nous amuser, surtout quand elle √©crit qu’il ne se passa rien, le 27 septembre 1830. Ce matin-l√†, des milliers de nos jeunes volontaires partirent √† l’assaut du Parc o√Ļ √©taient retranch√©s 10.000 soldats hollandais. Nos volontaires √©taient pr√™ts √† risquer leur vie car ils ignoraient encore que leurs adversaires avaient fui durant la nuit. Il ne se passa rien, le 27 septembre 1830 ? .. Anne Morelli tient-elle pour rien les souffrances de nos centaines de bless√©s dans les h√īpitaux bruxellois, ce jour-l√† ?

M. Franck a raison de mettre en valeur le texte de Stengers, qui s’est bas√© sur la th√®se de doctorat du professeur Demoulin, parue il y a quarante ans : ¬ę Les journ√©es de septembre 1830 ¬Ľ. Mais n’oublions pas le r√īle d√©cisif en 1830 de la garde bourgeoise compos√©e de 4.000 bourgeois bruxellois command√©s par le baron Van der Linden d’Hoogvorst. Oui au caract√®re populaire de notre r√©volution, oui aussi √† son caract√®re bourgeois.

Quant √† Godefroid de Bouillon, Isabelle Wanson semble ignorer les archives prouvant que, tant au nord et au sud de notre pays, comtes, barons et chevaliers vendirent leurs domaines pour √©quiper leurs hommes, que ces nobles qui ne s’√©taient jamais vus, firent connaissance dans l’arm√©e de Godefroid de Bouillon o√Ļ les rassemblaient les m√™mes convictions. D’o√Ļ cette unit√© de foi dontj’ai parl√©. Par ailleurs, natif de Boulogne, Godefroid √©tait duc de Bouillon et marquis d’Anvers, donc bien enracin√© dansle ¬ę chez nous¬†¬Ľ de son temps.¬†

 

1830

Jo Gérard, Souvenirs de 1830, II Le son du canon

 

Et le prince d’Orange?¬† Il se replie sur Anvers non sans voir ses troupes attaqu√©es sans cesse par des partisans d’une rare audace.

 

IV La révolution en province

 

Les paysans flamands de Berthem, d’Heverlee, de la r√©gion de Diet et d’Aarschot (JG: Aerschot) accourernt aucombat, tandis que sonne le tocsin de leurs √©glises.

un historien nous la décrit (= réaction des masses flamandes):

“La promptitude avec laquelle le peuple flamand se soul√®ve, chasse l’arm√©e, et balaie les minist√©riels est l’indice le plus s√Ľr que les sentiments belges de la population pr√©existaient mais refoul√©s par l’appareil militaire et judiciaire.”

Il ne faut pas frustrer les Belges de leur révolution de 1830 et prétndre que sans les Français elle aurait échoué.

Fait toujours pass√© sous silence √† paris, les nombreux clubx r√©publicains, bien que tenus au courant des √©v√©nements de Belgique par nos concitoyens De Potter et bartels, se gardent d’envoyer des renforts √† nos compatriotes qui se battent si rudement et risquent le tout pour le tout.

 

1830

Léon Vander Essen, Pour mieux comprendre notre histoire nationale, s.d.

 

(p.203) XXIV LES JOURNEES DE SEPTEMBRE 1830

 

S’EST-ON d√©j√† demand√© comment, pendant les journ√©es de septembre 1830, le prince hollandais Fr√©d√©ric d’Orange et ses troupes, charg√©s par le roi Guillaume de mettre fin √† l’√©meute qui avait suivi la repr√©sentation de la Muette de Portici, furent battus par les ¬ę volontaires ¬Ľ; comment des soldats et des g√©n√©raux qui avaient servi dans les arm√©es napo¬≠l√©oniennes durent honteusement se retirer devant des combattants improvis√©s et rendre ainsi possible le triomphe de la r√©volution ? C’est ce que nous nous proposons d’expliquer ici.

L’√©meute qui suivit la repr√©sentation de la Muette de Portici au Th√©√Ętre de la Monnaie, et dans l’origine de laquelle des √©missaires fran√ßais, envoy√©s par des clubs parisiens qui d√©siraient provoquer l’annexion de la Belgique √† la France, avaient incontestablement eu (p.204) la main, ne fut au d√©but, comme l’√©crit Gendebien lui-m√™me, qu’ ¬ę une mauvaise farce d’√©coliers ¬Ľ. Dans la nuit, grossie de contingents d’ouvriers ch√īmeurs et de chenapans sortis des bas-fonds de Bruxelles, la foule des manifestants se livra √† des actes de pillage, d’in¬≠cendie et √† des exc√®s que les promoteurs du mouve¬≠ment n’avaient pas pr√©vus.

Une commission de notables se r√©unit le lendemain et organise, sous la direction du baron van der Linden d’Hoogvorst, une garde bourgeoise et r√©tablit l’ordre.

Personne ne songe en ce moment √† se s√©parer de la Hollande. Les bourgeois qui ont mis fin √† l’√©meute envoient une d√©l√©gation √† La Haye, chez le Roi, pour lui montrer qu’il est de son devoir d’aider les ¬ę bons citoyens ¬Ľ et de r√©aliser enfin le redressement des griefs que les Belges r√©clamaient de lui avec tant d’in¬≠sistance depuis 1828. Le roi Guillaume √©couta ces d√©l√©gu√©s et promit de pourvoir √† la disparition des griefs par ¬ę voie constitutionnelle ¬Ľ : il fit cependant entendre qu’il ne pouvait capituler devant une √©meute et que d’abord l’ordre devait √™tre r√©tabli.

A la nouvelle des √©v√©nements du 25 et du 26 ao√Ľt, le Roi avait d√©cid√© instantan√©ment d’envoyer en Belgi¬≠que ses deux fils, les princes Guillaume et Fr√©d√©ric d’Orange, pour ¬ę y dompter la r√©volte ¬Ľ avec l’aide d’une petite arm√©e.

Il fournit ainsi des armes au parti des extr√©mistes (p.205) qui, √† la diff√©rence des mod√©r√©s du genre d’Hoog-vorst, ne voulaient pas d’ ¬ę opposition l√©gale ¬Ľ, mais qui tendaient √† la s√©paration des deux pays, avec l’espoir d’√™tre soutenus par la France. Ce sont les pro¬≠clamations enflamm√©es et les excitations de ces extr√©¬≠mistes qui firent accourir dans Bruxelles des volontai¬≠res arm√©s, parmi lesquels se distinguent, d√®s le premier jour, les bouillants Li√©geois conduits par Charles Rogier. Alors que les mod√©r√©s attendent patiemment les suites de leur visite √† La Haye et s’efforcent, par tous les moyens, de retenir le peuple dans la ¬ęl√©galit√©¬Ľ, les extr√©mistes et les volontaires prennent peu √† peu le dessus. Ces derniers cr√©ent le ¬ę Club de la R√©union centrale ¬Ľ, analogue aux clubs d’agitation politique existant √† Paris; les discours violents qu’y prononcent Rogier, Ducp√©tiaux, le Fran√ßais Chazal am√®nent le peuple √† envahir subitement l’H√ītel de Ville de Bru¬≠xelles et √† en chasser les mod√©r√©s. Les extr√©mistes, les partisans de la s√©paration l’ont emport√©.

Cette nouvelle ne surprit pas le roi Guillaume : il donna l’ordre √† ses troupes de marcher sur Bruxelles et d’ occuper la capitale.

* * *

La lutte va donc s’engager entre les ¬ę volontaires ¬Ľ et l’arm√©e royale. C’est le 20 septembre. Les chefs du mouvement, effray√©s √† la nouvelle de l’approche des troupes du roi Guillaume et convaincus que le bas peuple, les paysans, les mineurs wallons et les √©trangers (p.206) dont se composent les bandes de ¬ę volontaires ¬Ľ sont incapables de d√©fendre la ville, estiment la cause perdue et s’en vont : Van de Weyer et Rouppe se ren¬≠dent √† Valenciennes, bient√īt rejoints par Van der Burght, Moyard, Fleury, Van der Smissen, Van der Meeren, Levae et Niellon. F√©lix de M√©rode se retire dans son ch√Ęteau de Trelon; Vleminckx et P. Roden-. bach se r√©fugient √† Lille. Le dernier √† partir fut Char¬≠les Rogier : apr√®s avoir err√© comme un fou, se deman¬≠dant ce qu’il devait faire, il finit par s’enfoncer dans les taillis de la for√™t de Soignes au moment o√Ļ le canon hollandais tonna √† la porte de Schaerbeek.

Le baron van der Linden d’Hoogvorst ne voulut pas quitter Bruxelles : aid√© de Charles Pletinckx, un ancien officier de cavalerie, et d’Andr√© Jolly, qui avait d√©j√† essay√©, avant lui, d’organiser une autorit√© respon¬≠sable, il va diriger la d√©fense de la capitale.

Abandonn√©s par les chefs politiques, les ¬ę volon¬≠taires ¬Ľ d√©cid√®rent de vendre ch√®rement leur vie. Une femme du peuple remarqua pittoresquement : ¬ę Main¬≠tenant on ne voit plus ces messieurs en redingote qui si√©geaient √† l’H√ītel de Ville. Quand il s’agit de se battre, on ne voit plus ces damn√©s gaillards. Ce sont les ¬ę blouses bleues ¬Ľ qui doivent d√©fendre Bruxelles! ¬Ľ

Les paysans venus des environs de Bruxelles et du Brabant wallon, les mineurs du Borinage, les volontai¬≠res li√©geois et louvanistes, les ouvriers et le petit peuple (p.207) de Bruxelles furent dispos√©s en ordre de combat, aux portes de la ville et aux barricades qu’on avait √©lev√©es, par l’Espagnol Don Juan van Haelen, Ernest Gr√©goire, l’ancien g√©n√©ral fran√ßais Mellinet, P. Parent, le vicomte de Culhat et Larivi√®re. Le baron d’Hoog-vorst alla si√©ger √† l’H√ītel de Ville.

Le prince Fr√©d√©ric et ses soldats, au nombre de 10.000, accompagn√©s de vingt-six pi√®ces d’artillerie, sachant que les chefs du gouvernement avaient quitt√© Bruxelles, ne songeaient gu√®re √† se battre. Ils s’imagi¬≠naient qu’ils n’avaient qu’√† montrer ¬ę leurs billets de logement ¬Ľ aux habitants pour √™tre partout re√ßus.

Le 23 septembre, √† 7 heures du matin, les troupes royales se dirig√®rent sur Bruxelles, r√©parties en quatre colonnes. La premi√®re de celles-ci, sous les ordres du g√©n√©ral Schuurman, s’empara de la porte de Schaer-beek, poussa jusqu’au parc et occupa le palais. La deuxi√®me colonne prit la porte de Louvain. La troi¬≠si√®me r√©ussit √† se rendre ma√ģtre de la porte d’Anvers, mais fut clou√©e sur place par le feu violent des volon¬≠taires. La quatri√®me colonne tomba dans une embus¬≠cade √† la porte de Flandre et fut rejet√©e en d√©sordre. L’avance des troupes royales se buta aux barrica¬≠des de la Place Royale, d√©fendues par environ 1.200 paysans et ouvriers, sous les ordres de Mellinet, Parent et de Culhat. S’y faisait remarquer surtout le Li√©geois Charlier, surnomm√© ¬ę Jambe de bois ¬Ľ, qui (p.208) servait sa pi√®ce d’artillerie avec une v√©ritable rage et qui semait la mort dans les rangs hollandais.

Des h√ītels qui entouraient la place des tireurs d’√©lite entretenaient une fusillade nourrie : les troupes royales furent oblig√©es de se replier sur le Parc, laissant le haut de la ville aux mains des insurg√©s.

Une grande faute fut commise par le prince Fr√©d√©¬≠ric. Au lieu d’encercler Bruxelles avec ses troupes, ren¬≠forc√©es au pr√©alable par la cavalerie du g√©n√©ral Cort-Heyligers qui courait sans but entre Louvain et Tirle-mont, il s’engagea imprudemment dans une bataille de rues, o√Ļ l’assaillant est toujours en position d√©favora¬≠ble.

Les g√©n√©raux du prince, convaincus qu’il faudrait prendre Bruxelles maison par maison, lui propos√®rent le dilemme suivant : ou bombarder la ville ou se retirer.

Le prince Fr√©d√©ric s’indigna : il ne voulait pas ver¬≠ser le sang ou d√©truire Bruxelles. Ind√©cis, il donna, vers le soir, l’ordre de cesser le feu et commit la fai¬≠blesse d’envoyer un parlementaire aux insurg√©s. C’√©tait avouer son impuissance… .

L’effet se fit imm√©diatement sentir. Les Hollandais s’√©tant retir√©s dans le Parc et sur les boulevards, au¬≠tour de leur bivouac, les volontaires belges abandonn√®¬≠rent tranquillement leurs barricades et leurs chefs et all√®rent se d√©salt√©rer dans les ¬ę estaminets ¬Ľ voisins !

Comment le prince Fr√©d√©ric n’en profita-t-il pas (p.209) pour s’emparer des barricades ? C’est ce que l’on ne comprend pas.

Pendant la nuit, le baron d’Hoogvorst quitta en secret l’H√ītel de Ville et s’en alla au quartier g√©n√©ral du prince hollandais pour l’engager √† √©vacuer Bruxel¬≠les. Fr√©d√©ric d’Orange r√©pondit que c’√©tait le Roi son p√®re qui lui avait ordonn√© d’occuper la capitale, qu’il ne pouvait lui d√©sob√©ir, mais que, ne d√©sirant pas la ruine de Bruxelles, et dans l’int√©r√™t de la bourgeoi¬≠sie ‚ÄĒ qui s’√©tait tenue tranquille ‚ÄĒ il se contenterait d’une attitude d√©fensive.

Si √©norme que le fait puisse para√ģtre, le prince tint parole : pendant les “trois jours qui suivirent, ses sol¬≠dats ne quitt√®rent pas leurs positions ! La m√™me nuit, Rogier, ayant appris le succ√®s des volontaires, rentra √† Bruxelles. En m√™me temps que lui, des volontaires accoururent encore, venant de Ha√Į, Genappe, Wavre, Nivelles, Binche; de la poudre √† canon fut exp√©di√©e, le tocsin sonnait partout dans les campagnes braban¬≠√ßonnes.

Le 24 septembre, √† 9 heures du matin, le combat reprit, et sous^ forme nouvelle. Les chefs politiques, qui s’√©taient r√©fugi√©s en France, revinrent l’un apr√®s l’autre √† Bruxelles et Rogier installa avec eux √† l’H√ītel de Ville une ¬ę Commission administrative ¬Ľ sous le baron d’Hoogvorst, pour donner plus de coh√©sion √† la r√©sistance. Il nomma le colonel espagnol Don Juan van (p.210) Haelen comme g√©n√©ral des patriotes et dressa un plan d’attaque. On allait enfermer les Hollandais dans le Parc.

Bient√īt, des tirailleurs, s’√©tant gliss√©s dans les h√ītels de la rue de la Loi et de la rue Royale, firent pleuvoir de l√† une gr√™le de balles sur les troupes qui se trou¬≠vaient, presque √† d√©couvert, dans le Parc. Le prince Fr√©d√©ric ordonna alors de tirer au canon sur la ville.

Ces coups de canon secou√®rent la bourgeoisie, qui jusque-l√† s’√©tait tenue en dehors du mouvement, trem¬≠blant derri√®re ses portes et fen√™tres herm√©tiquement closes. Ce r√©veil fut encore accentu√© par une procla¬≠mation des volontaires annon√ßant aux habitants que les Hollandais allaient se livrer au pillage des maisons. Cette fois, les bourgeois boug√®rent et beaucoup vin¬≠rent rejoindre le peuple aux barricades.

Le courage des volontaires en fut consid√©rablement augment√©. M√™me, sur l’ordre de Rogier, Don Juan van Haelen d√©clencha une violente attaque, mais il fut repouss√©.

La ¬ę Commission administrative ¬Ľ si√©geant √† l’H√ītel de Ville fit alors conna√ģtre aux volontaires qu’on √©l√®¬≠verait aux tu√©s un monument national sur la place Saint-Michel (maintenant la place des Martyrs).

Les Hollandais s’√©taient tenus immuablement sur la d√©fensive : ils avaient m√™me perdu du terrain.

Le dimanche 26 septembre, le prince Fr√©d√©ric avait compl√®tement perdu courage : les Belges qui faisaient partie de ses troupes, impressionn√©s par la victoire des (p.211) volontaires, s’√©taient mis √† d√©serter. Enfin, la bataille ayant provoqu√© de nombreux incendies, le palais des Etats G√©n√©raux et le palais royal menac√®rent de pren¬≠dre feu. Le fils du roi Guillaume estima alors que les instructions de son p√®re √©taient devenues inex√©cu¬≠tables.

Vers minuit, il donna l’ordre de retraite et fit √©va¬≠cuer en silence le Parc. Le lendemain, les volontaires constat√®rent avec stup√©faction que l’ennemi avait d√©camp√©: 125 cadavres furent trouv√©s dans les all√©es du Parc de Bruxelles, et il semble que le nombre des bless√©s que les troupes royales emport√®rent se montait √† 2,000 environ. Quant aux volontaires, ils comptaient 450 morts et 1,300 bless√©s.

Ce sont ces humbles combattants des ¬ę Journ√©es de Septembre ¬Ľ qui sont les vrais cr√©ateurs de la Belgique ind√©pendante.

 

1830

Léon Vander Essen, Pour mieux comprendre notre histoire nationale, s.d.

 

(p.221) LA REVOLUTION BELGE DE 1830 ET LES ORIGINES DIPLOMATIQUES DE NOTRE INDEPENDANCE

LA R√©volution belge de 1830 est l’aboutissement de la d√©sunion progressive de la Belgique et de la Hollande, provoqu√©e par la politique autocratique et inhabile de Guillaume Ier. Cette politique suscita finalement un mouvement de m√©con¬≠tentement dans toutes les classes de la population belge et fit na√ģtre l’Union catholico-lib√©rale de 1828. Ce mouvement, o√Ļ catholiques et lib√©raux belges s’√©taient unis pour combattre le gouvernement despo¬≠tique du Roi et pour obtenir des libert√©s et des garan¬≠ties constitutionnelles comme Louis-Philippe allait en donner aux Fran√ßais apr√®s la r√©volution de juillet 1830 √† Paris, resta cependant dans les limites de la l√©galit√©, malgr√© les excitations du groupe francophile de Gendebien et les manŇďuvres des agents fran√ßais, venus de Paris comme mandataires de coteries qui pr√īnaient l’annexion de la Belgique √† la France. A la veille de la R√©volution belge, l’opposition au r√©gime de (p.222) Guillaume I” √©tait rest√©e enti√®rement aux mains du groupe des mod√©r√©s et des partisans de l’agitation l√©gale qui se retrouvaient dans l’Union catholico-lib√©-rale.

En germe depuis plusieurs ann√©es, la r√©volte √©clata brusquement par suite de circonstances d’ordre secon¬≠daire et presque fortuites. C’est ce qu’il importe de remarquer et c’est ce que nous montrons dans les pages qui suivent.

Les d√©buts de la R√©volution se placent entre le 25 ao√Ľt et le 3 septembre 1830. Depuis la r√©volution de juillet √† Paris, qui avait amen√© sur le tr√īne le roi ¬ę bourgeois ¬Ľ Louis-Philippe, la population bruxelloise √©tait rest√©e surexcit√©e et cet √©tat d’esprit n’avait pas manquer d’alarmer les repr√©sentants de l’autorit√©. Dans les caf√©s, des jeunes gens de la bourgeoisie avaient arbor√© des cocardes fran√ßaises : les nombreux ouvriers ch√īmeurs √©taient l’objet de sollicitations con¬≠tinuelles de la part d’√©missaires des clubs politiques parisiens, de ces clubs qui visaient √† l’extension de la France jusqu’au Rhin et dont Louis-Philippe avait grand-peine √† comprimer l’audace, dangereuse pour sa tranquillit√© et sa situation vis-√†-vis des Puissances de la Sainte-Alliance.

Le petit groupe de Gendebien, en rapport avec ces clubs, se d√©menait sans tr√™ve et des ambassades par¬≠taient continuellement pour Paris pour se tenir en contact (p.223) avec les agitateurs fran√ßais. On n’avait pas l’id√©e de l’annexion √† la France, mais on esp√©rait obtenir l’appui de celle-ci pour arriver √† redresser compl√®te¬≠ment les griefs dont se plaignaient les Belges. Le 17 ao√Ľt 1830, dans les milieux lib√©raux et francophiles . du ¬ę Courrier des Pays-Bas ¬Ľ, on chochute que la France n’est pas pr√™te √† intervenir, qu’il est encore trop t√īt, que l’autorit√© de Louis-Philippe n’est pas encore bien assise. Le m√™me jour, on apprend que la r√©volution, que d’aucuns parmi le groupe Gendebien pr√©paraient f√©brilement, serait remise jusqu’au 15 sep¬≠tembre. De fait, on voit Gendebien calmer l’ardeur de ses partisans.

Pendant ce temps, les mod√©r√©s de l’Union catholico-lib√©rale songeaient encore toujours √† une forme d’opposition ¬ę l√©gale, paisible et grave ¬Ľ : ils regar¬≠daient avec d√©dain et non sans amusement, dirait-on, l’agitation bruyante des francophiles.

Il n’en reste pas moins vrai que l’atmosph√®re √©tait charg√©e d’√©lectricit√© : on sentait partout que ¬ę quelque chose se pr√©parait ¬Ľ et qu’√† la moindre occasion les extr√©mistes, les partisans de la mani√®re forte, seraient pr√™ts √† frapper un coup.

Le 24 ao√Ľt √©tait le jour anniversaire de S.M. le roi des Pays-Bas : de grands pr√©paratifs avaient √©t√© faits pour c√©l√©brer cette f√™te, un feu d’artifice devait √™tre tir√© porte de Namur et le parc de Bruxelles tout entier devait √™tre illumin√©. La population bruxelloise, loin de se r√©jouir, critiquait vertement la d√©pense de 7.000 florins (p.224)

que ces festivit√©s allaient co√Ľter √† une municipa¬≠lit√© au budget d√©s√©quilibr√© et qui essayait de boucler ci budget en maintenant un imp√īt odieux sur le pain.

Sur le mur du Palais des Etats G√©n√©raux, on pu> lire, trac√©e au charbon, cette menace, provenant sans ‚ÄĘdoute d’un partisan de la mani√®re forte :

Lundi, feu d’artifice; Mardi, illumination; Mercredi, r√©volution.

Chose √©tonnante, ni les autorit√©s civiles ni les auto¬≠rit√©s militaires ne prirent aucune mesure pr√©ventive : elles se content√®rent de d√©commander les f√™tes sous pr√©texte de mauvais temps. Mais la municipalit√© n’osa pas, par crainte de d√©sordres, interdire la repr√©senta¬≠tion de La Muette de Portici, le nouvel op√©ra d’Aubcr, qui √©tait annonc√©e pour le 25 ao√Ľt au Th√©√Ętre Royal de la Monnaie. Cet op√©ra avait eu beaucoup de succ√®s : lorsqu’il fut jou√© pour la premi√®re fois le 12 f√©vrier 1829, Guillaume I”r et la famille royale y avaient assist√© et avaient donn√© le signal des applaudisse¬≠ments.

Longtemps avant le commencement du spectacle, le soir du 25 ao√Ľt 1830, la salle √©tait occup√©e par un public fr√©missant : on savait qu’un certain nombre de jeunes gens de la bourgeoisie avaient d√©cid√© de pro¬≠fiter de la repr√©sentation pour organiser une mani¬≠festation contre le pouvoir, c’est-√†-dire contre les autorit√©s hollandaises. Mais ‚ÄĒ il faut insister sur ce (p.225) point ‚ÄĒ on ne songeait pas √† une r√©volution destin√©e √† chasser les Hollandais.

Sur la place, devant le th√©√Ętre, une foule compacte de badauds, o√Ļ la populace √©tait majorit√©, attendait les √©v√©nements. Pendant la repr√©sentation, tous les appels √† la libert√©, chant√©s par Lafeuillade, qui incar¬≠nait Mazaniello, toutes les allusions patriotiques d√©¬≠cha√ģn√®rent des applaudissements. Apr√®s le quatri√®me acte la foule, √©lectris√©e, sortit du th√©√Ętre et se r√©pandit sur la place. Des badauds se joignent √† elle, une mani¬≠festation s’organise sur-le-champ. On voit dans ce cort√®ge houleux et enthousiaste des √©missaires fran¬≠√ßais ‚ÄĒ qui s’imaginent que l’heure a sonn√© pour les plans d’annexion ‚ÄĒ des fils de famille, et m√™me des gar√ßons de 12 √† 15 ans. C’est ce qui fit √©crire √† Gendebien, dans une lettre dat√©e de cette soir√©e, que ‚Äʬę ce fut une mauvaise farce d’√©coliers ¬Ľ.

On saccagea les bureaux et l’imprimerie du Natio¬≠nal, l’organe officieux de Guillaume Ier, on pilla la maison du directeur du journal, Libry ‚ÄĒ un pam¬≠phl√©taire fran√ßais, que le roi avait pris √† gages ‚ÄĒ, on finit par incendier les demeures du directeur de la police M. de Knijff, et du ministre de la Justice, Van Maanen, que les Belges consid√©raient comme ¬ę l’√Ęme damn√©e ¬Ľ, l’inspirateur des mesures r√©actionnaires du souverain. Bient√īt, des bas-fonds de la ville arrive, pour se joindre aux manifestants, cette tourbe ano¬≠nyme des gens sans aveu et sans moyens d’existence, qui sont toujours pr√™ts √† profiter des mouvements (p.226) populaires pour piller ce qui leur tombe sous la main. Levae, r√©dacteur du journal Le Belge, √©crivant √† De Potter, rend tr√®s bien la physionomie de cette premi√®re nuit de r√©volution :

¬ę A minuit, dit-il, le mouvement √©tait encore con-¬Ľ duit par des gens bien mis et honorables, mais √† ¬Ľ 3 heures du matin, lorsqu’on a mis le feu chez Van ¬Ľ Maanen, tous ces gens comme il faut avaient dis-¬Ľ paru. Je n’ai plus aper√ßu que l’√©cume de la soci√©t√©… ¬Ľ Ce peuple a bient√īt senti sa force et en a profit√©, ¬Ľ non pour faire une r√©volution, comme l’avaient sans ¬Ľ doute esp√©r√© ceux qui l’avaient d√©cha√ģn√©, mais pour ¬Ľ faire ses propres affaires : il s’est mis √† br√Ľler les ¬Ľ fabriques, √† briser les m√©caniques, √† piller, √† d√©-¬Ľ vaster. ¬Ľ

Affol√©es, les autorit√©s constitu√©es livr√®rent la ville √† l’√©meute : le g√©n√©ral comte de Bylandt, commandant de la province du Brabant, laissa ses troupes l’arme au pied; les autorit√©s civiles ne boug√®rent pas et la police ne tenta m√™me pas d’emp√™cher les d√©sordres.

Le 26 ao√Ľt, les bourgeois eurent alors un sursaut d’√©nergie. Un √©tranger ‚ÄĒ un √©missaire fran√ßais ‚ÄĒ ayant arbor√© les couleurs fran√ßaises √† l’H√ītel de ville, les bourgeois les arrach√®rent instantan√©ment et les remplac√®rent, non par les couleurs n√©erlandaises, mais par les vieilles couleurs braban√ßonnes : noir, jaune, rouge, qui avaient fait pour la premi√®re fois leur appa¬≠rition lors de la R√©volution contre Joseph II, en 1789.

Remarquons cet incident : il montre clairement que, (p.227) si des √©trangers tent√®rent un instant d’exploiter au profit de leur cause le mouvement populaire, la popu¬≠lation les d√©savoua sur l’heure.

Le baron Van der Linden d’Hoogvorst, un homme √©nergique, au temp√©rament calme et d√©cid√©, organisa une ¬ę garde bourgeoise ¬Ľ, √† laquelle fut provisoire¬≠ment confi√© le maintien de l’ordre et la protection des propri√©t√©s tant publiques que priv√©es. C’√©tait rester dans les traditions : au XVIe et au XVIIIe si√®cle, lors¬≠que la force publique ne fait pas son devoir ou outre¬≠passe ses droits, c’est toujours la garde bourgeoise, institution plongeant ses racines jusqu’√† l’√©poque des communes, qui maintient la s√©curit√© dans la ville et prot√®ge la vie et les biens des citoyens. Le 27 ao√Ľt, gr√Ęce √† l’√©nergie de la garde bourgeoise et aussi parce que la populace √©tait fatigu√©e de ses exc√®s, le calme se r√©tablit. C’est alors qu’une cinquantaine des prin¬≠cipaux citoyens de Bruxelles se r√©unirent spontan√©¬≠ment √† l’H√ītel de ville, sous la pr√©sidence du baron de S√©cus, le mentor des d√©put√©s de l’opposition, pour d√©lib√©rer sur la situation.

C’est √† partir de ce moment que commence r√©elle¬≠ment la R√©volution : sous l’apparence de la l√©galit√©, et sans qu’on puisse m√©conna√ģtre leurs excellentes inten¬≠tions, ces citoyens s’arrogent en r√©alit√© un pouvoir extra-l√©gal, posent, de fait, un acte r√©volutionnaire. Les autorit√©s hollandaises, en effet, sont regard√©es d√®s lors comme inexistantes.

(p.228) Ces citoyens paisibles ne sont cependant pas des extr√©mistes : ce sont des membres du parti des mod√©¬≠r√©s, de l’Union catholico-lib√©rale. Aussi, ils vont es¬≠sayer de tirer parti des √©v√©nements qui viennent de se d√©rouler, non pour provoquer la s√©paration de la Belgique et de la Hollande ‚ÄĒ ils n’y songent pas ‚ÄĒ mais pour poursuivre la r√©alisation du programme de redressement des griefs √©tabli en 1828. Une adresse au Roi est r√©dig√©e et vot√©e par acclamation : elle fut imm√©diatement envoy√©e √† La Haye.

On n’y trouve gu√®re le langage de r√©volutionnaires: c’est Je langage d’hommes mod√©r√©s et honn√™tes qui, ayant dompt√© la r√©volte, supplient le Roi de les aider en faisant montre de bonne volont√© √† l’√©gard des Bel¬≠ges. C’est la politique de ¬ę l’opposition l√©gale, paisf-bl√© et grave ¬Ľ dont on parlait en 1829 et au d√©but de 1830.

Il est √† remarquer que ces mod√©r√©s ont su garder prisonniers et forcer d’adh√©rer √† leur mouvement des hommes comme Gendebien, qui √©taient, au fond, des extr√©mistes, mais que la soudainet√© des √©v√©nements avait d√©sempar√©s et forc√©s de se mettre provisoirement du c√īt√© des partisans de l’agitation l√©gale et parle¬≠mentaire.

Ce que ces hommes demandaient √† Guillaume Ier, ce n’√©tait pas de consentir √† la s√©paration des deux pays, mais de tenir compte des vŇďux de la population, qu’un imprim√© anonyme fit conna√ģtre ce m√™me jour, le 28 ao√Ľt.

(p.229) L’avenir √©tait dans les mains du Roi.

Autoritaire comme il l’√©tait, il lui semblait qu’il ne pouvait c√©der devant l’√©meute : il se sentait d’ailleurs soutenu dans la voie de l’inflexibilit√© par. les gens de son pays qui, tr√®s contents du r√©gime, ne parvenaient pas √† comprendre toute cette agitation en Belgique.

A la nouvelle des √©v√©nements du 25 et du 26 ao√Ľt, le roi Guillaume avait instantan√©ment d√©cid√© d’envoyer √† Bruxelles ses deux fils, les princes Guil-Jaume et Fr√©d√©ric, √† la t√™te de 6.000 soldats. Mais, comme le roi √©tait aussi h√©sitant en politique qu’il √©tait obstin√© dans ses id√©es personnelles, il ne donna pas aux deux princes des instructions pr√©cises : ils marcheraient sur Bruxelles, on verrait apr√®s ce qu’il y aurait √† faire.

Pendant ce temps, la députation de notables bruxel­lois envoyée à La Haye attendait impatiemment une réponse du Roi : celui-ci ne lui donna aucune indica­tion définitive. Faute capitale, qui allait immédiate­ment fournir des armes aux extrémistes !

Cependant, les troupes hollandaises s’√©taient appro¬≠ch√©es de la capitale : elles s’arr√™t√®rent √† Vilvorde, o√Ļ les princes Fr√©d√©ric et Guillaume √©tablirent leur quar¬≠tier g√©n√©ral.

N’obtenant aucune r√©ponse de La Haye, sentant que la direction du mouvement allait leur √©chapper ‚ÄĒ les journaux commen√ßaient √† exciter le public ‚ÄĒ les chefs des mod√©r√©s, le baron d’Hoogvorst en t√™te, d√©ci¬≠d√®rent de se mettre en rapport avec les princes hollandais. (p.230) Une entrevue eut lieu √† Vilvorde, o√Ļ Fr√©d√©ric et Guillaume firent conna√ģtre les ordres qu’ils avaient re√ßus de leur p√®re : ils allaient entrer dans la capitale √† la t√™te de leurs soldats.

D√®s que cette nouvelle se r√©pand √† Bruxelles, une √©motion intense s’empare de la population. On court aux armes et l’on voit des gens du peuple, aid√©s de bourgeois, se pr√©parer √† √©riger dans les rues des’ bar¬≠ricades. Ce fut, d√®s lors, dans la masse du peuple, une attitude ouvertement r√©volutionnaire; les cocardes aux couleurs braban√ßonnes se multiplient, on se pr√©pare √† combattre. De plus en plus, l’id√©e de la r√©sistance violente gagne du chemin.

Aussi, les leaders des mod√©r√©s sollicitent une secon¬≠de entrevue √† Laeken, o√Ļ les chefs des troupes hollan¬≠daises s’√©taient install√©s. L’un des deux princes, le prince d’Orange, √©tait populaire parmi les Belges : il n’avait point le caract√®re hautain de son p√®re, il √©tait jovial et enjou√©, et, par l√† m√™me, plus indiqu√© pour s’entendre avec la population. C’est aupr√®s de lui que les d√©l√©gu√©s belges, le duc d’Arenberg et le prince de Ligne, firent un supr√™me effort. Le prince accepta de se rendre √† Bruxelles, seul, pour y agir en m√©diateur. Il tint parole.

On assista alors √† une sc√®ne √©mouvante. Le prince s’avan√ßa √† travers les rues de la capitale, sans escorte, entre les haies de gardes bourgeois en armes, au milieu (p.231) du silence impressionnant de la foule, que cette cr√Ęnerie disposait √† l’admiration. Arriv√© √† l’H√ītel de ville, il installa imm√©diatement une commission consul¬≠tative, qui avait √† sugg√©rer une solution.

Gendebien proposa alors une formule : la s√©paration administrative, l√©gislative et financi√®re de la Belgique et de la Hollande, id√©e qui avait √©t√© mise pour la pre¬≠mi√®re fois en avant en 1829 par De Potter ‚ÄĒ alors en prison pour ¬ę crime de presse ‚ÄĒ dans sa fameuse Lettre de D√©mophile au Roi, Gendebien avait fait par- . tie, nous l’avons vu, de la d√©putation de notables envoy√©s √† La Haye apr√®s les d√©sordres des 25-26 ao√Ľt. Au cours de cette mission, il avait eu un entretien avec le ministre Lacoste. Comme Gendebien lui avait parl√© des griefs des Belges, le ministre lui r√©pondit : ¬ę Si le Roi accorde satisfaction sur ces points, la Hollande se soul√®vera ! ¬Ľ ¬ę Cette observa-¬Ľ tion, √©crivit Gendebien √† De Potter, fut pour moi ‚ÄʬĽ un trait de lumi√®re et je con√ßus d√®s lors le projet ¬Ľ de la s√©paration du Nord et du Midi ¬Ľ. En pr√©sentant cette formule, Gendebien avait esp√©r√© que le prince d’Orange l’accepterait et qu’il se laisserait peut-√™tre proclamer roi des Belges. Lorsqu’il d√©couvrit cette pens√©e au fils de Guillaume Ier celui-ci refusa, indign√©, mais il consentit √† partir pour La Haye afin de plaider aupr√®s de son p√®re en faveur de l’id√©e de la s√©paration administrative.

(p.232) Nous sommes maintenant au d√©but de septembre, On attendait anxieusement la r√©ponse que ferait le Roi √† son fils, porteur des propositions belges. H√©las ! fid√®le √† son caract√®re et √† sa politique h√©sitante, Guil¬≠laume se contenta de r√©pondre que, le 13 septembre, il inviterait les Etats-G√©n√©raux √† examiner ¬ę si les rela¬≠tions √©tablies par les trait√©s devaient changer de forme et de nature ¬Ľ. Ce proc√©d√© dilatoire, dit l’historien hollandais Colenbrander, ¬ę lui fit perdre la Belgique pour sa dynastie, alors qu’elle √©tait d√©j√†, en ce mo¬≠ment, perdue pour sa personne ¬Ľ.

Ce qui aggrava la situation, c’est la guerre √† coups d’√©pingles que se livraient les journaux hollandais et les journaux belges. Les diatribes de la presse du Nord devenaient de plus en plus dolentes et la presse bruxelloise les r√©imprimait avec complaisance, certaine qu’elle √©tait de monter ainsi les t√™tes. A ces excita¬≠tions venaient s’ajouter les alarmes qu’occasionnait la pr√©sence des troupes royales √† deux lieues de Bruxel¬≠les. Le 5 septembre, √† Tervueren, des patrouilles de la garde bourgeoise faillirent ouvrir les hostilit√©s contre !es avant-postes du prince Fr√©d√©ric.

En quelques jours, tout le bon effet produit par les promesses du prince d’Orange et par l’espoir d’une s√©paration administrative s’en alla sans retour. Le mouvement contre le r√©gime hollandais fit des progr√®s surprenants. Beaucoup de volontaires √©trangers, de ces gens qui aiment les coups de mains et la violence, des Fran√ßais, des Polonais, des Espagnols, des Italiens, (p.233) m√™me des Anglais accourent pour renforcer la garde bourgeoise. Les autres villes suivent l’exemple de Bruxelles : Li√®ge et Louvain, Mons, Charleroi, Namur, Bruges commencent √† s’agiter. Spontan√©ment, les vil¬≠les de province offrent leur aide √† Bruxelles : des pay¬≠sans des Flandres, des ouvriers du Hainaut et du Borinage, des bourgeois de Namur, de Tournai et de Courtrai s’enr√īlent comme volontaires. Toutefois, dans la premi√®re quinzaine de septembre, le calme r√®gne encore dans l’ensemble des Flandres. A Gand et √† Anvers on ne bouge pas : ce sont des centres ¬ę orangistes ¬Ľ, o√Ļ les grands fabricants sont fid√®les aux Nassau. C’est ce qui fit dire √† la presse : ¬ę Mes-¬Ľ sieurs du commerce et de l’industrie ont peur que, le ¬Ľ divorce accompli, les Hollandais ne mettent l’Escaut ¬Ľ en bouteilles. ¬Ľ A Attdenarde, √† Alost, √† Lierre, en Campine, la population se tient tranquille : on y soup¬≠√ßonne les chefs du mouvement de vouloir chercher l’annexion √† la France, et, en tous cas, l’enthousiasme n’y existe pas.

Louvain et Bruges, au contraire, s’agitent, il s’y enr√īle des volontaires; Li√®ge envoie √† Bruxelles Char¬≠les Rogier avec un contingent de gens d√©cid√©s √† tout et follement enthousiastes. Le danger cro√ģt de jour en jour. Mons, Charleroi, Bruges, Namur font parvenir au Roi des adresses semblables √† celle que Bruxelles avait exp√©di√©e √† La Haye; elles ont toutes le m√™me th√®me : s√©paration administrative des deux pays.

Tandis que les mod√©r√©s, d’Hoogvorst en t√™te, essaient (p.234) de maintenir le peuple dans un calme relatif, en attendant la r√©union des Etats-G√©n√©raux promise par le roi, une minorit√© de radicaux, s’appuyant sur les volontaires ‚ÄĒ principalement sur les volontaires li√©¬≠geois de Rogier ‚ÄĒ veut aller de l’avant, escomptant l’appui de la France, et √©tablir un gouvernement pro¬≠visoire. Ils admettent le principe de la s√©paration, sous la dynastie des Nassau.

Emport√©s par les avanc√©s, les mod√©r√©s, avec d’Hoogvorst et de Gerlache, sentant que la direction des affaires va irr√©m√©diablement leur √©chapper, accep¬≠tent √† contre-cŇďur la cr√©ation d’une ¬ę Commission provisoire de s√Ľret√© publique ¬Ľ, qui leur est impos√©e par les huit sections de la garde bourgeoise, dont les d√©l√©gu√©s s’√©taient r√©unis √† l’H√ītel de ville.

Cette ¬ę commission de s√Ľret√© publique ¬Ľ avait pour mission, comme l’apprend la proclamation adress√©e au peuple, ¬ę d’assurer le maintien de la dynastie, de ¬Ľ maintenir le principe de la s√©paration du Nord et du ¬Ľ Midi; de prendre, enfin, les mesures n√©cessaires ¬Ľ dans l’int√©r√™t du commerce, de l’industrie et de l’or-¬Ľ dre public. 2¬Ľ

C’√©tait, pour les mod√©r√©s, un pas de plus dans la voie de l’opposition extra-l√©gale : d√®s ce moment, il existe en fait une autorit√© dirigeante r√©volution¬≠naire.

(p.235) Ce premier gouvernement provisoire n’allait pas du¬≠rer longtemps : douze jours. Le calme relatif qui suc¬≠c√©da √† la cr√©ation de la ¬ę Commission de s√Ľret√© publique ¬Ľ n’√©tait qu’apparent. Le 13 septembre s’ou¬≠vrit la session tant attendue des Etats-G√©n√©raux √† La Haye. Dans son discours du tr√īne, Guillaume I” fit conna√ģtre que la demande de s√©paration introduite par les Belges serait soumise au vote de la Chambre; c’est la majorit√© qui d√©ciderait en cette mati√®re.

L’impression caus√©e par les paroles royales fut d√©¬≠sastreuse : comme c’√©tait le Roi lui-m√™me qui dirigeait la majorit√© des Etats-G√©n√©raux, le r√©sultat √©tait pr√©vu. Les Belges n’obtiendraient point gain de cause, et, en cas d’√©meute, c’√©taient les armes qui r√©tabliraient l’autorit√© du souverain. On n’osa pas afficher le texte des paroles royales : il fut distribu√© en feuilles volan¬≠tes dans la soir√©e du H septembre. Dans une r√©union des Li√©geois, Charles Rogier lut le texte du document : cette lettre fut re√ßue aux cris de Aux armes ! Vive la libert√©! A bas le Roi! Dans la soir√©e, la populace br√Ľla les exemplaires du discours royal et l’efferves¬≠cence fut telle que la garde bourgeoise dut intervenir √©nergiquement.

Le lendemain, √† la s√©ance de la ¬ę Commission de s√Ľret√©-publique ¬Ľ, de M√©rode proposa d’envoyer une d√©putation aupr√®s des membres belges des Etats-G√©n√©raux √† La Haye pour leur faire comprendre qu’ils devaient obtenir la s√©paration et leur faire conna√ģtre (p.236) l’effet malheureux des paroles royales. C’√©tait un dernier essai des mod√©r√©s.

Mais les Li√©geois protest√®rent violemment : ils assis¬≠taient, en ma√ģtres, aux s√©ances de la ¬ę Commission de s√Ľret√© publique ¬Ľ et essayaient de la terroriser. Selon eux, il fallait rompre avec le Roi et √©tablir tout de suite un gouvernement provisoire. Ils se plaignent de la poli¬≠tique d’agitation l√©gale des Bruxellois et finissent par menacer ceux-ci de l√Ęcher contre eux les mineurs du Borinage. Les volontaires de Verviers, de Luxembourg et d’autres villes encore parl√®rent dans le m√™me sens.

Comme les Bruxellois de la ¬ę Commission ¬Ľ tinrent t√™te, une scission se produisit : Rogier et les volon¬≠taires li√©geois abandonn√®rent la salle des s√©ances, Ducp√©tiaux les suivit. Ensemble avec Je Fran√ßais Cha-zal, ils fond√®rent alors un club aux allures r√©volution¬≠naires qu’ils appel√®rent le ¬ę club de la r√©union cen¬≠trale ¬Ľ.

L’agent diplomatique anglais Cartwright, venu de La Haye pour observer les √©v√©nements, note en ce moment dans sa correspondance : ¬ę Les lib√©raux ¬Ľ (c.-√†-d. les extr√©mistes ou radicaux) deviennent de ¬Ľ plus en plus exasp√©r√©s et se trouvent maintenant ¬Ľ compl√®tement sous la d√©pendance de M. Ducp√©tiaux ¬Ľ et de la d√©putation de Li√®ge, compos√©e principale-¬Ľ ment de jeunes gens aux id√©es les plus exag√©r√©es ¬Ľ.

Les discours enflamm√©s du ¬ę Club de la r√©union centrale ¬Ľ excit√®rent consid√©rablement le peuple : les volontaires li√©geois demand√®rent de marcher contre les (p.237) troupes hollandaises. Aussi, le 29 septembre, on les vit partir pour Tervueren et Vilvorde, dans l’espoir d’en venir aux mains avec les avant-postes du prince Fr√©¬≠d√©ric, Cette dangereuse √©quip√©e fut bl√Ęm√©e par une proclamation de la ¬ę Commission de s√Ľret√© publique ¬Ľ.

C’est ce qui mit le feu aux poudres. Le peuple crut voir dans cette proclamation la preuve de m√©nage¬≠ments inopportuns et de manque d’enthousiasme pa¬≠triotique. Le cri de Trahison ! retentit : ont se crut vendu. Dans la soir√©e du 19 septembre, la foule atta¬≠qua l’H√ītel de ville, mais dut reculer devant l’attitude de la garde bourgeoise, qui fit usage de ses armes. Le lundi 20 septembre, une troupe furieuse, compos√©e surtout de volontaires li√©geois, mais o√Ļ se trouvaient aussi des ouvriers, des paysans, de la populace, des bandes √©trang√®res, foule lasse de toute autorit√©, se rua √† l’assaut de la maison communale et l’emporta, en dis¬≠persant les mod√©r√©s qui y si√©geaient.

Ainsi fut dissous le pouvoir temporaire cr√©√© par la bourgeoisie, ainsi prit fin l’essai de r√©volution ¬ę l√©gale ¬Ľ. C’est le r√®gne de l’√©l√©ment r√©volutionnaire qui commence.

C’est le moment attendu par le roi Guillaume; il donna au prince Fr√©d√©ric l’ordre de marcher sur Bruxelles.

Le 22 septembre, les forces royales, compos√©es de 12.000 fantassins, 1.500 cavaliers et 52 bouches √† feu, (p.238) s’avanc√®rent pour entrer en ville. Les ¬ę orangistes ¬Ľ ou partisans des Nassau, un nombre consid√©rable de mod√©r√©s, beaucoup de n√©gociants se r√©jouirent en secret, dans la pens√©e de voir enfin ¬ę Tordre r√©tabli ¬Ľ.

Le peuple, lui, n’eut point peur de la lutte : aussit√īt Ja marche en avant des troupes connue, une nu√©e de tirailleurs sortit de la ville pour aller harceler l’avant-garde ennemie.

Mais les chefs bourgeois, qu’on venait de d√©poss√©¬≠der de leur autorit√©, ne partagent point cette con¬≠fiance. Ils s’imaginent que toute r√©sistance est impos¬≠sible. La plupart d√©s extr√©mistes partagent cette opi¬≠nion. Aussi voit-on tour √† tour Gendebien, Van de Weyer, Rouppe, F√©lix de M√©rode, d’autres encore, s’appr√™ter √† quitter la ville. La plupart se rendent en France. Seul le fougueux Rogier, h√©sitant, d√©sesp√©r√©, erre pendant des heures dans la for√™t de Soignes, se demandant s’il doit aider le peuple dans la lutte in√©¬≠gale qui va s’engager, ou partir. Finalement, lui aussi s’en va, au moment o√Ļ le canon hollandais tonne √† la Porte de Schaerbeek. Seul le baron Van der Linden d’Hoogvorst reste √† Bruxelles. Avec Charles Pl√©-tinckx, un ancien officier de cavalerie de l’Empire, il va diriger la d√©fense et repr√©senter la seule autorit√© existant dans la ville.

Malgr√© sa fureur de voir les chefs dispara√ģtre au moment critique, le peuple affronte courageusement Je danger. Les combattants des ¬ę Journ√©es de Septem¬≠bre ¬Ľ. ce sont, certes, des bourgeois, mais ce sont (p.239) surtout des habitants des quartiers pauvres, des gens appartenant aux classes inf√©rieures de la population, des ruraux des environs de Bruxelles, de Ha√Į, de Lou-vain, du Brabant wallon, des volontaires li√©geois et hennuyers, m√™me des √©trangers, des braconniers aussi.

Il suffit de rappeler ici pour m√©moire les combats de rue dont Bruxelles fut le th√©√Ętre pendant les 23. 24, 25 et 26 septembre 1830. Aux portes de Louvain, de Laeken et de Flandre, les troupes du prince Fr√©d√©¬≠ric furent tenues en √©chec. Elles eurent un succ√®s pas¬≠sager √† la porte de Schaerbeek, et parvinrent √† gagner le Parc, o√Ļ elles s’√©tablirent. Elles ne r√©ussirent point √† un d√©boucher, √† cause de la r√©sistance acharn√©e des volontaires, embusqu√©s derri√®re les barricades de la Place Royale, Au fur et √† mesure que la victoire du peuple s’affirme et que la stup√©fiante nouvelle se r√©¬≠pand ‚ÄĒ 6.000 volontaires, sans chefs, avaient arr√™t√© 13.000 soldats instruits et disciplin√©s, command√©s par des g√©n√©raux form√©s √† l’√©cole de Napol√©on ‚ÄĒ la population de Bruxelles se sent prise d’enthousiasme. De nouvelles recrues affluent et viennent grossir le noyau des d√©fenseurs.

L’Anglais Cartwright note √† ce propos dans sa cor¬≠respondance : ¬ę L’exasp√©ration est intense et gagne ¬Ľ maintenant toutes les classes, m√™me les habitants les ¬Ľ plus respectables, et tous sont √©galement pris de ¬Ľ fureur √† l’id√©e des dommages inflig√©s √† leur ville ¬Ľ (lettre du 26 septembre). Et quelques jours apr√®s, il √©crit : ¬ę Tous les partis se sont maintenant unis et (p.240) cette r√©bellion est maintenant en voie de devenir ¬Ľ une question nationale. Les habitants mod√©r√©s et ¬†bien pensants (better dispos√©e) qui, il y a dix jours, ¬Ľ priaient positivement pour que les troupes entras-¬Ľ sent en ville, du moment qu’ils ont vu que les efforts ¬Ľ de la populace arm√©e allaient √™tre couronn√©s de suc-¬Ľ ces et que l’arm√©e serait repouss√©e, se ralli√®rent √† la ¬Ľ cause et tous sont maintenant unis aux lib√©raux et ¬Ľ ne forment plus qu’un seul parti ¬Ľ.

Apr√®s la premi√®re journ√©e de lutte, d√®s qu’il apprit que le peuple avait remport√© des succ√®s, Rogier s’√©tait h√Ęt√© de rentrer √† Bruxelles et de se joindre √† d’Hoog-vorst. Successivement, au fur et √† mesure que les bon¬≠nes nouvelles se pr√©cisaient, les chefs politiques suivi¬≠rent cet exemple et revinrent dans la capitale. Ils firent bien, car si le peuple s’√©tait bien battu, il √©tait totalement incapable de tirer politiquement parti de la victoire. Par la s√Ľret√© de leur coup d’Ňďil et leur √©ner¬≠gie surprenante, ils allaient racheter les faiblesses et les fautes des jours pr√©c√©dents.

Le 26 septembre, pendant qu’on se battait encore, ils d√©cid√®rent la cr√©ation d’un gouvernement provisoire. En firent partie d’Hoogvorst, ‚ÄĒ qui m√©ritait bien d’√™tre √† l’honneur apr√®s avoir √©t√© √† la peine, ‚ÄĒ Charles Rogier, Andr√© Jolly, F√©lix de M√©rode, Gendebien, Sylvain Van de Weyer, J. Van der Linden, le baron de Coppin et Nicolay.

Dans la nuit du 26 au 27 septembre, les soldats du prince Fr√©d√©ric abandonn√®rent la lutte et battirent en (p.241) retraite. Aussit√īt, une exaltation intense s’empara ‚ÄĘde tout le pays. Alost se d√©barrassa de sa garnison hollandaise, en m√™me temps que Ath et Tournai. Le 6 octobre, la citadelle de Namur est prise par les pa¬≠triotes. Bient√īt, l’une apr√®s l’autre, toutes les places fortes sont √©vacu√©es. En dehors de la province d’An¬≠vers, tout le territoire belge fut bient√īt nettoy√© de troupes. De Flandre et de Wallonie arriv√®rent conti¬≠nuellement des contingents arm√©s, qui vinrent grossir l’embryon d’arm√©e nationale qui se constituait. Bien¬≠t√īt, toutes les villes reconnaissent l’autorit√© du gouver¬≠nement provisoire. Seules Anvers, Gand, Saint-Nico¬≠las, Termonde restent fid√®les aux Nassau.

Finalement, pendant que les volontaires repoussent les derniers contingents hollandais vers le Nord, le 4 octobre, le Gouvernement provisoire proclama l’in¬≠d√©pendance de la Belgique.

Le lendemain de cette proclamation, le 5 octobre, le prince d’Orange arriva inopin√©ment √† Anvers. Il sem¬≠blait s’√™tre tenu √† l’√©cart des affaires du gouvernement depuis que, le 3 septembre, il √©tait parti pour La Haye porter √† son p√®re les propositions de s√©paration. Le prince Fr√©d√©ric avait √©chou√© par la force, le prince Guillaume essaya la politique de conciliation. Mais, malgr√© le fait que le Roi avait fini par lui c√©der ¬ę le gouvernement des provinces m√©ridionales ¬Ľ, malgr√© ses tentatives aupr√®s du gouvernement provisoire, malgr√© sa proclamation du 16 octobre o√Ļ il alla jusqu’√† (p.242) reconna√ģtre l’Ňďuvre de la r√©volution, tous ses efforts rest√®rent st√©riles.

Comprenant qu’il n’y avait plus rien √† esp√©rer, le roi Guillaume r√©voqua tous les pouvoirs donn√©s √† son fils et le rappela √† La Haye.

Au moment de se s√©parer des Belges, le prince d’Orange leur adressa une proclamation o√Ļ il leur fit ses adieux. Si ceux-ci touch√®rent le cŇďur de nombreux Belges, ils ne purent emp√™cher l’irr√©parable. Quelques jours apr√®s, les volontaires entr√®rent √† Anvers, apr√®s un sanglant combat √† Berchem, o√Ļ fut tu√© Fr√©d√©ric de M√©rode. Ne pouvant s’emparer de la citadelle, d√©fen¬≠due par le ¬ę grognard ¬Ľ de l’Empire qu’√©tait le g√©n√©ral hollandais baron Chass√©, ils conclurent une convention par laquelle ils s’engageaient √† ne rien entreprendre contre la forteresse. A la suite d’incidents qui √©clat√®¬≠rent entre des volontaires ivres et des soldats hollan¬≠dais r√©fugi√©s √† la citadelle, des coups de feu furent √©chang√©s. Alors que la tr√™ve durait toujours, Kessels, commandant de l’artillerie mobile, fit sauter √† coups de canon la porte de l’enceinte de l’arsenal encore aux mains des Hollandais.

Chass√©, furieux, fit bombarder, √† boulets rouges, grenades et obus, la ville d’Anvers, dont plusieurs quartiers furent incendi√©s.

Ce bombardement, explicable en la circonstance, n’en marqua pas moins la fin de toute possibilit√© d’en¬≠tente entre les Belges et le roi Guillaume.

Comme on le dit dans le style grandiloquent de (p.243) l’√©poque : ¬ę un fleuve de feu et de sang divisait les deux peuples ¬Ľ.

Belgique et  Hollande  étaient désormais  séparées, et pour toujours.

Le Gouvernement provisoire, qui avait déployé, au milieu du désarroi suivant la retraite des troupes hol­landaises, une activité fébrile et étonnante, fut prié par le Congrès national de rester à la tête des affaires. Le 16 novembre, il créa un Comité diplomatique pour diriger la politique extérieure : Sylvain Van de Weyer fut nommé président de cet organisme.

Il √©tait temps. La ¬ę question belge ¬Ľ allait se poser maintenant devant l’Europe. Qu’allaient faire les Puissances, dont l’Ňďuvre venait d’√™tre si soudainement ruin√©e par les Belges ? D√®s le d√©but d’octobre, le roi des Pays-Bas avait r√©clam√© l’appui militaire des quatre co-signataires du trait√© des XIII articles : Angleterre, Autriche, Prusse et Russie. L’Angleterre r√©pondit √©vasivement √† cet appel et fit annoncer ¬ę qu’une con¬≠f√©rence se r√©unirait √† Londres ¬Ľ pour aviser aux moyens de mettre de l’ordre dans le royaume.

Très déçu, Guillaume Ier demanda alors la médiation des Puissances pour préparer la séparation adminis­trative de la Belgique et de la Hollande.

Mais les Puissances, y compris la France, d√©cid√®¬≠rent de r√©gler elles-m√™mes la question hollando-belge : leurs d√©l√©gu√©s se r√©unirent bient√īt √† Londres en conf√©rence. (p.244) Talleyrand y repr√©sentait le gouvernement de Louis-Philippe, Palmerston l’Angleterre, le baron de Bulow la Prusse, Estherhazy et Wessemberg l’Autri¬≠che, le prince de Lieven et le comte Matuscewic la Russie.

Le 4 novembre, la Conf√©rence reconnut la situation de fait, consid√©ra les Belges comme bellig√©rants ‚ÄĒ non comme rebelles ‚ÄĒ et proposa aux deux gouver¬≠nements de Belgique et de Hollande un armistice, sui¬≠vant lequel les troupes en pr√©sence se retireraient res¬≠pectivement sur une ligne, qui correspondait aux fronti√®res de la R√©publique des Provinces-Unies ant√©¬≠rieurement √† l’invasion fran√ßaise. Le Gouvernement provisoire adh√©ra √† ce projet : Guillaume Ier fit des r√©serves, mais respecta la tr√™ve pendant neuf mois.

Des n√©gociations furent alors entam√©es entre les Puissances, la Hollande et le comit√© diplomatique belge, en vue de r√©soudre le probl√®me soulev√© par la R√©volution. Les Puissances √©taient partag√©es en deux camps : celui des Etats ¬ę r√©actionnaires ¬Ľ de la Sainte-Alliance, comprenant la Prusse, l’Autriche et la Rus¬≠sie, et que dominait le ministre autrichien Metternich, et celui des Etats √† tendances ¬ę lib√©rales ¬Ľ, la France et l’Angleterre.

Dans le groupe ¬ę r√©actionnaire ¬Ľ, des liens de famille unissaient les souverains √† la famille des Nas¬≠sau et on y envisageait la n√©cessit√© de r√©primer mili¬≠tairement le soul√®vement des Belges. En Angleterre, o√Ļ un gouvernement lib√©ral venait d’arriver au pouvoir (p.245) avec Lord Grey et Palmerston, on d√©sirait la s√©para¬≠tion des deux parties du royaume des Pays-Bas, s√©paration favorable aux int√©r√™ts √©conomiques anglais. La France de Louis-Philippe voulait l’√©croulement de la barri√®re que les trait√©s de 1814 avaient dress√©e contre elle, et elle nourrissait le secret espoir de domi¬≠ner enti√®rement la Belgique affranchie.

Un √©v√©nement fortuit fit pencher la balance du c√īt√© des Puissances lib√©rales. Fermement d√©cid√© √† intervenir en Belgique, l’empereur de Russie venait de concentrer √† Varsovie des r√©giments polonais, qui devaient marcher sur Bruxelles. A la nouvelle de la r√©volution belge qui leur parvint au moment du d√©part, les Polonais d√©cid√®rent d’imiter les Belges et d’essayer de secouer le joug russe. Les r√©giments destin√©s √† la r√©pression en Belgique se r√©volt√®rent et refus√®rent d’ob√©ir. Cet √©v√©nement sauva le Gouvernement provi¬≠soire : il permit √† l’Angleterre et √† la France de prendre la direction de la Conf√©rence de Londres et les deux Puissances lib√©rales firent imm√©diatement adopter le principe de non-intervention.

Le 20 d√©cembre, impressionn√©es par l’√©nergie mon¬≠tr√©e par le Gouvernement provisoire, les Puissances invit√®rent celui-ci √† envoyer des d√©l√©gu√©s √† Londres, pour y travailler de concert avec elles ¬ę √† combiner ¬Ľ l’ind√©pendance future de la Belgique avec les stipu-¬Ľ lations des trait√©s, avec les int√©r√™ts et la s√©curit√© des ¬Ľ Puissances et avec la conservation de l’√©quilibre ¬Ľ europ√©en ¬Ľ.

(p.246) A Van de Weyer et au vicomte Charles Vilain XI√ĮII √©chut le p√©rilleux honneur de repr√©senter la Belgique.

C’est alors que commence cette lutte opini√Ętre entre les Belges et les Puissances, dont l’ensemble se r√©sume en r√©alit√© dans l’histoire des revendications territo¬≠riales du Gouvernement provisoire. Nous esquissons cette histoire dans les paragraphes qui suivent.

Lorsque, sur la proposition des Puissances, un ar¬≠mistice avait √©t√© conclu, il fut stipul√© que ¬ę les troupes respectives ¬Ľ se retireraient ¬ę r√©ciproquement derri√®re ¬Ľ la ligne qui s√©parait, avant l’√©poque du trait√© du ¬Ľ 30 mai 1814, les possessions du prince souverain ¬Ľ des Pays-Bas de celles qui ont √©t√© jointes √† son ¬Ľ territoire, pour former le royaume des Pays-Bas, par ¬Ľ le dit trait√© de paix et par ceux de Vienne et de ¬Ľ Paris de l’ann√©e 1815 ¬Ľ.

Du coup les Puissances r√©v√®lent quels seront les principes d’apr√®s lesquels toutes les questions territo¬≠riales, affectant la s√©paration de la Belgique et de la Hollande, vont √™tre envisag√©es. En fixant les bases de la s√©paration, elles mettent en avant que, lors de la s√©paration de deux partenaires dans une affaire com¬≠mune, chaque parti rentrera en possession de la por¬≠tion qui lui appartenait en toute propri√©t√© au moment de la r√©union ou de la mise en commun de leur avoir.

Restait ensuite √† √©tablir quelle √©tait la propri√©t√© de (p.247) chaque partenaire avant la r√©union, en d’autres termes quelles √©taient les limites respectives de la Belgique et de la Hollande avant la cr√©ation du royaume des Pays-Bas.

Cette question n’√©tait pas aussi facile √† r√©soudre pour la Belgique que pour la Hollande. Les Puissances jugeaient que seule la R√©publique des Provinces-Unies formait un Etat ind√©pendant au moment de la r√©union de 1814, tandis que les Pays-Bas dits autri¬≠chiens (ou Belgique) n’avaient pas form√© un tel Etat. C’est pour ce motif qu’on les avait regard√©s comme un ensemble anonyme, un ¬ę accroissement de terri¬≠toire ¬Ľ donn√© √† la Hollande. Il restait d√®s lors √† r√©gler, lors de la s√©paration de 1830, le sort de ce tout ano¬≠nyme, destin√© √† devenir, pour la premi√®re fois, un Etat ind√©pendant, une personne politique.

C’est parce que la Hollande √©tait un Etat, une per¬≠sonne politique en droit public, que l’armistice propos√© par les Puissances indiquait, d√®s l’abord, quelles seraient les limites qu’on lui assignerait :‚ÄĘ les troupes se retireraient sur les fronti√®res ant√©rieures au trait√© du 30 mai 1814. C’√©tait d√©signer, en d’autres termes, les limites de 1790, sur la base desquelles la Hollande s’√©tait reconstitu√©e en d√©cembre 1813. C’√©tait donner, d√®s l’abord, l’avantage d’une fixation de fronti√®res, un droit de postliminium, comme l’on dit, √† celui des deux antagonistes qui, seul, pouvait se vanter d’avoir poss√©d√© l’ind√©pendance politique en 1814. C’√©Fait ne pas se prononcer sur les limites √† attribuer √† la Belgique, qui, ne jouissant pas encore en ce mo¬≠ment de l’ind√©pendance reconnue formellement par l’Europe, √©tait laiss√©e dans une situation ind√©finie et ind√©finissable quant √† l’extension de ses fronti√®res.

Les Belges saisirent imm√©diatement toute l’impor¬≠tance de la question. Le caract√®re vague de cette d√©li¬≠mitation de fronti√®res allait permettre au Gouverne¬≠ment provisoire de pousser ab ovo des revendications d’ordre territorial ou du moins d’essayer d’interpr√©ter en leur faveur un texte dont la port√©e exacte n’√©tait pas encore pr√©cis√©e.

En annon√ßant qu’il accepte les termes de l’armistice propos√©, le Gouvernement provisoire ne manque pas l’occasion de faire observer que, pour lui, ces limites sont celles ¬ę qui, conform√©ment √† l’article 2 de la Loi fondamentale des Pays-Bas, s√©paraient les provinces septentrionales des provinces m√©ridionales, y compris toute la rive gauche de l’Escaut ¬Ľ. D√®s le premier mo¬≠ment o√Ļ ils viennent en contact avec les Puissances, les Belges avancent hardiment cette revendication de la rive gauche ¬ę sans laquelle, comme le diront un peu plus tard leurs commissaires √† Londres, la Belgique serait √† d√©couvert de ce c√īt√©, et la libre navigation de ce fleuve pourrait n’√™tre qu’une stipulation illusoire ¬Ľ.

Plusieurs notes furent adress√©es √† la Conf√©rence des Puissances r√©unies √† Londres pour appuyer ces pr√©¬≠tentions. Le 1er d√©cembre 1830, MM. Cartwright et Bresson, commissaires de la Conf√©rence √† Bruxelles, remettaient de la part des Puissances une contre-note (p.248) repoussant les pr√©tentions des Belges. On fait enten¬≠dre durement √† ces derniers que si l’on fixe la limite de 1790 pour la Hollande, celle-ci avait en 18H son existence politique, tandis, que ¬ę la Belgique n’existait pas comme √©tat distinct ¬Ľ √† ce moment-l√†, qu’elle n’√©tait qu’un ¬ę d√©membrement de l’Empire fran√ßais, en d√©p√īt entre les mains des Puissances alli√©es ¬Ľ. Et l’en sommait le Gouvernement provisoire de montrer les actes de cession ou d’incorporation montrant que ¬ę la Flandre hollandaise, ou Maestricht, ont jamais appar¬≠tenu √† la Belgique ¬Ľ.

Les Belges ne s’√©murent pas de cette fin de non-recevoir; ils soup√ßonnaient bien que, pour le moment, le roi de Hollande parlait par les bouches des commis¬≠saires de la Conf√©rence. Ils attendaient anxieusement le moment o√Ļ ils pourraient envoyer eux-m√™mes des d√©l√©gu√©s √† Londres pour entrer en contact direct avec Palmerston et ses coll√®gues.

Le 20 décembre, ce moment arriva.

En transmettant aux Belges l’invitation d’envoyer des repr√©sentants √† Londres, la Conf√©rence leur fit savoir que les arrangements √† envisager ne pourraient ¬ę affecter en rien les droits que le roi des Pays-Bas et la Conf√©d√©ration germanique exercent sur le Grand-Duch√© de Luxembourg ¬Ľ. C’√©tait une restriction par avance des revendications que les Belges ne manque¬≠raient point de pr√©senter.

La r√©ponse du Gouvernement provisoire ne se fit pas attendre. Loin de se laisser intimider, il fit savoir (p.250) qu’en envoyant des commissaires munis de pleins pou¬≠voirs, il lui paraissait cependant impossible ¬ę que la ¬Ľ Belgique constitu√Ęt un Etat ind√©pendant sans la garantie imm√©diate de la libert√© de l’Escaut, de la ¬†possession de la province de Limbourg en entier et du grand duch√© de Luxembourg, sauf les relations ¬Ľ (de ce dernier) avec la conf√©d√©ration germanique.

C’√©tait, on le voit, un programme maximum, dont le sens fut vigoureusement soulign√© au Congr√®s par Lebeau. Lebeau alla jusqu’√† dire : ¬ę Eh bien, Mes-¬Ľ sieurs ! il faut que la Conf√©rence de Londres sache ¬Ľ que la question des limites ne la regarde pas; qu’au ¬Ľ Congr√®s national seul appartient le droit de r√©gler ¬Ľ les limites et de d√©cider les questions relatives au ¬Ľ Limbourg et au grand duch√© de Luxembourg ¬Ľ. Des applaudissements couvrirent cette d√©claration pour le moins audacieuse.

C’est ici que l’on saisit sur le vif l’ab√ģme qui s√©parait l’attitude de la Conf√©rence et celle de la Belgique pen¬≠dant toutes ces n√©gociations.

En 18H, les Puissances, ¬ępar droit de conqu√™te¬Ľ, avaient dispos√© de la Belgique dans l’int√©r√™t de l’√©qui¬≠libre europ√©en et de la paix g√©n√©rale. En 1830, apr√®s l’√©croulement de l’Ňďuvre qu’elles avaient √©difi√©e avec tant d’optimisme, elles estiment encore avoir le droit d’intervenir dans les affaires belges, au m√™me titre ou sous le m√™me pr√©texte qu’en 1814.

Les Belges partent d’un tout autre point de vue. Aux ¬ę droits de l’Europe ¬Ľ, ils opposent ¬ę le droit des (p.251) peuples de disposer d’eux-m√™mes ¬Ľ. Ils refusent de reconna√ģtre toute d√©limitation de territoire qui leur serait impos√©e. Ils r√©clament comme limite, non la fronti√®re ¬ę juridique ¬Ľ ou soi-disant telle de 18H ou de 1790, mais la limite de facto des provinces soule¬≠v√©es, qui voulaient √™tre ind√©pendantes et ¬ę en avaient le droit, par cela seul qu’elles le voulaient ¬Ľ. L’on ne peut oublier cet aspect du probl√®me : il domine toute la question des n√©gociations de 1830-1839. C’est ce que l’historien fran√ßais R. Guyot a tr√®s bien saisi et expos√© dans son article sur La derni√®re n√©gociation de Tal-leyrand.

Le programme des revendications belges avait √©i√© pr√©cis√©, tel que nous l’avons fait conna√ģtre, dans une note du 3 janvier 1831. La Conf√©rence la fit restituer au gouvernement belge, en faisant remarquer qu’elle tendait ¬ę √† √©tablir le droit d’agrandissement et ce conqu√™te en faveur de la Belgique ¬Ľ et que c’√©tait con¬≠traire au syst√®me de paix g√©n√©rale et d’√©quilibre euro¬≠p√©en pr√©conis√© √† Londres.

Inlassablement, les Belges revinrent √† la charge. D√®s leur arriv√©e √† Londres, les commissaires belges remirent un m√©morandum sur le syst√®me de limites que leur gouvernement d√©sirait faire pr√©valoir. Il importe de s’y arr√™ter un instant. Cette note n’insiste pas beau¬≠coup.sur l’argument historique ni sur les limites ¬ę juri¬≠diques ¬Ľ; elle met surtout en avant l’argument de (p.252) n√©cessit√©, des questions de fait et le droit de libre dis¬≠position des populations. Les Belges ne r√©clament pas seulement ¬ę l’ancienne Flandre Z√©landaise ¬Ľ, Maes-tricht et la province de Luxembourg pendant la dur√©e de l’armistice, mais aussi en vue de la d√©marcation des limites d√©finitives. Ils font observer que la ci-devant Flandre des Etats (ou Flandre Z√©landaise), r√©unie en 1795, par le trait√© de La Haye, aux d√©partements fran¬≠√ßais de l’Escaut-et de la Lys, ne peut cesser de faire partie de la Flandre orientale et de la Flandre occiden¬≠tale, qui remplacent, sous une autre d√©nomination, ces deux anciens d√©partements ¬ę belges ¬Ľ.

Puis, passant tout de suite au c√īt√© pratique de la question, ils insistent sur le fait que, sans la possession de la rive gauche de FEscaut, la Belgique serait √† d√©couvert, et la libre navigation sur le fleuve illusoire. ¬ę Les Hollandais, continue la note, ma√ģtres du pays ¬Ľ situ√© sur cette rive, et ma√ģtres par cons√©quent de ¬Ľ toutes les √©cluses construites pour l’√©coulement des ¬Ľ eaux de la Flandre ci-devant autrichienne, inonde-¬Ľ raient √† volont√©, comme ils l’ont fait √† des √©poques ¬Ľ ant√©rieures, le sol dont se composerait le territoire ¬Ľ belge. La ville de Gand, qui communique avec l’em-‚ÄʬĽ bouchure de l’Escaut par le nouveau canal de Ter-¬Ľ neuzen, perdrait tous les avantages commerciaux ¬Ľ r√©sultant pour elle de ce moyen de grande naviga-¬Ľ tion ¬Ľ.

Les commissaires belges font ensuite valoir que Maestricht ¬ę est encore une de ces possessions qu’on

(p.253)

¬Ľ ne saurait disputer √† la Belgique avec quelque appa-¬Ľ rence de justice et de raison. Elle n’a jamais fait ¬Ľ partie de la R√©publique des Provinces-Unies, mais ¬Ľ les Etats-G√©n√©raux y exer√ßaient certains droits en ¬Ľ concurrence avec le prince-√©v√™que de Li√®ge ¬Ľ.

Quant au Luxembourg, les commissaires rappellent bri√®vement qu’il faisait partie int√©grante de l’ancienne Belgique; ils insistent surtout sur la volont√© du peuple luxembourgeois, qui a particip√© √† la r√©volution de 1830, qui a d√©clar√© que ses repr√©sentants ne pouvaient si√©ger aux Etats-G√©n√©raux √† La Haye; qui a, au con¬≠traire, envoy√© ses d√©put√©s au Congr√®s belge, qui a vot√© l’exclusion des Nassau, qui ¬ę ne peut et ne veut plus rentrer sous la domination de cette famille ¬Ľ. Et aux droits de l’Europe et aux principes de l’√©quilibre invoqu√©s √† Londres, les Belges opposent, une fois de plus, leur conception : ¬ę Telles sont les dispositions des Belges rendus √† la libert√©, telles sont les conditions n√©cessaires de leur ind√©pendance ¬Ľ.

Peu de temps apr√®s la remise de cette note, la Con¬≠f√©rence, press√©e d’en finir √† cause de l’agitation qui se manifestait dans le pays √† propos du choix d’un souve¬≠rain, trancha le diff√©rend par le protocole du 20 jan¬≠vier, qui √©tait destin√© √† √©tablir ¬ę les bases de s√©para¬≠tion ¬Ľ de la Belgique et de la Hollande. Dans les deux premiers articles de ce ‘protocole, les Puissances reprennent le principe d√©j√† d√©pos√© dans le protocole du 4 novembre 1830 relatif √† l’armistice. Les limites de la Hollande seront celles de 1790. La Belgique sera (p.254) form√©e de tout le reste du territoire qui avait re√ßu la d√©nomination de ¬ę royaume des PayS’Bas ¬Ľ dans le trait√© de 1815. Mais on lui refuse la possession du Luxembourg. Sur cette revendication, la Conf√©rence se prononce cat√©goriquement : ce territoire, ¬ę poss√©d√© ¬Ľ √† un titre diff√©rent par les princes de la maison de ¬Ľ Nassau, fait et continuera affaire partie de la conf√©-¬Ľ d√©ration germanique ¬Ľ.

En accordant √† la Hollande le retour au postHmi-nium de 1790, les membres de la conf√©rence avaient agi sans entrevoir exactement la port√©e de cette d√©ci¬≠sion. Tout comme en 1919 √† Versailles, les diplomates de 1830, surpris par une catastrophe politique, n’√©taient domin√©s que par des id√©es g√©n√©rales et ne s’int√©ressaient pas beaucoup aux questions de d√©tail, qu’ils ignoraient pour la plupart. Une de ces id√©es g√©n√©rales, √©quitable du reste, √©tait de rendre apr√®s la s√©paration √† la Hollande tout ce qui lui avait appar¬≠tenu avant l’union. En d√©cembre 1813, la Hollande s’√©tait reconstitu√©e sur la base de 1790 : c’est ce que tout le monde savait √† Londres, mais on ne savait que cela ! De l√† l’ignorance qui se manifeste dans la dis¬≠cussion d√©taill√©e des revendications territoriales, et le peu de compte que l’on tint des m√©moires et des notes remises sur ce point.

Plus tard, lors du trait√© des XVIII articles, J. B. Nothomb, en se basant sur les principes du postliminium (p.255) de 1790, parvint √† arracher √† Lord Grey, le chef du cabinet britannique, la r√©ponse que, si en 1790 Amsterdam n’avait pas appartenu aux Provinces-Unies, cette ville, d’apr√®s les articles 1 et 2 du proto¬≠cole du 20 janvier, appartiendrait √† la Belgique ! Les membres de la conf√©rence eurent alors la franchise d’avouer qu’ils ne s’√©taient pas rendu compte des con¬≠s√©quences de leur syst√®me abstrait, mais que le b√©n√©¬≠fice du principe restait acquis √† la Belgique. Lord Pal-merston s’√©cria : ¬ę Nous n’avions pas bien su ce que ¬Ľ nous faisions. Mais c’est fait; tenez-vous y ! ¬Ľ

Quoi qu’il en soit, les ¬ę bases de s√©paration ¬Ľ du protocole du 20 janvier 1831 ne plurent point aux Belges. Le Congr√®s national fit entendre une violente protestation. Conform√©ment √† l’attitude que nous avons expos√©e plus haut, il protesta, au nom de la souverainet√© nationale, contre toute intervention dans les d√©limitations de territoires, et refusa de se soumet¬≠tre ¬ę √† une d√©cision qui d√©truirait l’int√©grit√© du terri-¬Ľ toire et mutilerait la repr√©sentation nationale ¬Ľ.

Et, de nouveau, la Conf√©rence r√©pond √† cette th√®se de libre disposition des peuples par les droits de l’Eu¬≠rope : ¬ę Chaque nation a ses droits particuliers, mais ¬Ľ l’Europe a aussi son droit : c’est l’ordre social qui ¬Ľ le lui a donn√© ¬Ľ. Les trait√©s qui r√©gissent l’Europe doivent √™tre respect√©s. Quant √† la protestation de la Belgique, on y oppose le principe d√©j√† mentionn√© plus haut : c’est en vain qu’elle invoque √† son tour un droit de postl√ģminium ¬ę qui n’appartient qu’aux Etats ind√©pendants (p.256) et qui ne saurait par cons√©quent lui appar-¬Ľ tenir, puisqu’elle n’a jamais compt√© au nombre de ¬Ľ ces Etats ¬Ľ.

Le conflit, n√© de points de d√©part absolument diff√©¬≠rents, mena√ßait de devenir insoluble. La Belgique s’en tint, pour le moment, √† son refus obstin√© de reconna√ģ¬≠tre les ¬ę bases de s√©paration ¬Ľ,

Le choix de L√©opold de Saxe-Cobourg comme roi des Belges allait heureusement offrir l’occasion de sor¬≠tir de l’impasse o√Ļ l’on se trouvait engag√©.

Le Congr√®s national avait proclam√© la d√©ch√©ance des Nassau : l’hypoth√®se de l’√©lection du prince d’Orange, comme roi des Belges √©tait, de ce fait, √©cart√©e. Les partisans d’un rapprochement avec la France, relativement peu nombreux mais tr√®s actifs, √©taient majorit√© dans le Gouvernement provisoire et dans le ¬ę Comit√© diplomatique ¬Ľ. Ce parti francophile ‚ÄĒ comprenant tous ceux qui voulaient une interven¬≠tion plus ou moins accentu√©e du gouvernement de Louis-Philippe dans les affaires belges ‚ÄĒ n’avait aucun programme bien arr√™t√©; Rares √©taient ceux qui d√©siraient l’annexion pure et simple. La majorit√© d’entre eux menaient cette politique francophile plus comme ¬ęmoyen¬Ľ que comme but. Gendebien lui-m√™me avait dit au Congr√®s national : ¬ę La Belgique ne veut pas √™tre r√©unie √† la France ¬Ľ. Si, disait-il, nous avons song√©, au d√©but, √† cette r√©union ¬ę nous le consid√©rions (p.257) comme moyen mais jamais comme but ¬Ľ. Le Gouver¬≠nement provisoire cherchait d’ailleurs √† se m√©nager l’appui √©ventuel de la Conf√©d√©ration germanique, et lui envoya un agent √† Francfort. La note remise par cet agent disait : ¬ę La politique francophile a √©t√© pour ¬Ľ la Belgique une n√©cessit√© r√©sultant de la situation du ¬Ľ moment ¬Ľ.

C’est parce qu’ils croyaient que l’ind√©pendance du pays serait sauvegard√©e le mieux avec l’appui de la France que tous les membres du parti francophile s’√©taient ralli√©s √† la candidature du fils de Louis-Philippe, le duc de Nemours, au tr√īne de Belgique. En face d’eux se dressait le groupe ¬ę doctrinaire ¬Ľ ou parti de l’ind√©pendance, compos√© surtout de catholiques et de-Flamands. Ceux-ci patronnaient la candidature du duc Auguste de Leuchtenberg, fils d’Eug√®ne de Beau-harnais et mari d’Am√©lie, fille du roi de Bavi√®re.

Malgr√© l’existence d’autres candidatures, fin jan¬≠vier 1831 la lutte √©tait circonscrite entre Nemours et Leuchtenberg. Pendant cette p√©riode, la politique de Louis-Philippe, dirig√©e par S√©bastian!, est faite d’ater¬≠moiements, d’h√©sitations et d’intrigues, qui ne s’expli¬≠quent que par la peur de la Sainte-Alliance et la crainte de m√©contenter Palmerston.

Les d√©bats au sujet de l’√©lection d’un roi furent violents. Le baron de Gerlache, pr√©sident du Congr√®s national, prodigua ses avertissements aux partisans de Nemours et leur pr√©dit des complications internatio¬≠nales si le candidat fran√ßais √©tait √©lu. Rien n’y fit. Les (p.258) francophiles l’emport√®rent au vote et le fils de Louis-Philippe fut √©lu roi des Belges.

Imm√©diatement, Palmerston entra en sc√®ne et fit conna√ģtre aux Belges et √† Louis-Philippe que l’Angle¬≠terre √©tait pr√™te √† d√©clarer la guerre si un prince fran¬≠√ßais montait sur le tr√īne du nouvel Etat. Aussi, Louis-Philippe se vit-il contraint de d√©clarer √† la d√©l√©gation belge qui √©tait venue √† Paris pour offrir la couronne √† Nemours, qu’il √©tait oblig√© de ¬ę sacrifier ses int√©r√™ts de famille √† la s√©curit√© de la France >.

Cette attitude provoqua, comme bien l’on pense, le plus complet d√©sarroi √† Bruxelles : le Gouvernement provisoire fut oblig√© de s’en aller.

Le Congr√®s national nomma alors un ¬ę R√©gent de Belgique ¬Ľ en la personne du baron Erasme Sur√ģet de Chokier, homme int√®gre, mais personnage d√©bonnaire et insignifiant.

II eut √† se d√©battre contre des tentatives de r√©volte des ¬ę Orangistes ¬Ľ, les partisans des Nassau, qui √©taient secr√®tement encourag√©s par Lord Ponsonby, ambassadeur de l’Angleterre √† Bruxelles. Ce diplo¬≠mate anglais travaillait, malgr√© le veto du Congr√®s national, √† l’√©lection du prince d’Orange et s’accro¬≠chait obstin√©ment √† cette id√©e. Les troubles orangistes et le mouvement violent de r√©action qu’ils provoqu√®¬≠rent finirent par ouvrir les yeux √† Ponsonby. D’accord avec le g√©n√©ral Belliard, envoy√© extraordinaire fran¬≠√ßais √† Bruxelles, il approcha Joseph Lebeau, la figure la plus int√©ressante et l’homme d’Etat le plus distingu√© (p.259) de cette premi√®re p√©riode de notre ind√©pendance, et essaya de travailler dans un sens d’apaisement.

Ponsonby mit alors en avant la candidature du prince Lcopold de Saxe-Cobourg-Gotha, qui √©tait devenu depuis peu le favori de l’Angleterre, sur¬≠tout depuis les troubles anti-orangistes du mois de mars 1831.

L√©opold avait pris part aux campagnes de 1813 et 1814 contre Napol√©on. Nationalis√© anglais, il avait ensuite √©pous√© Charlotte, h√©riti√®re du tr√īne de Grande-Bretagne. Profond√©ment amoureux de sa jeune femme, il eut la douleur de la voir mourir en couches apr√®s un an de mariage. Il avait √©t√© nomm√© field-mar√©chal et venait de refuser le tr√īne de Gr√®ce.

Consult√© par une d√©l√©gation belge au sujet de son acceptation √©ventuelle du tr√īne de Belgique, L√©opold de Saxe-Cobourg se d√©clara pr√™t √† √©couter la propo¬≠sition, √† condition que les Belges acceptassent les pro¬≠tocoles de janvier et se r√©conciliassent avec les Puis¬≠sances. Il n’entendait point assumer les responsabilit√©s royales dans un pays en proie √† l’agitation et en froid avec l’Europe. Il fut √©lu roi des Belges par le Congr√®s national, le 4 juin 1831. Apr√®s avoir quitt√© l’Angle¬≠terre, L√©opold arriva en France et fut solennellement re√ßu √† la fronti√®re belge, pr√®s de La Panne; le 19 juil¬≠let il s’installa √† Laeken. Il pr√™ta serment et fut inaugur√© comme roi le 21 juillet suivant.

(p.260) Cet événement mémorable marqua le triomphe de la politique de Palmerston.

Le choix de L√©opold Ier comme roi des Belges allait offrir l’occasion de sortir de l’impasse o√Ļ se trouvaient les n√©gociations de Londres. Les Belges s’√©tant ralli√©s au candidat anglais, le gouvernement britannique pesa sur les d√©cisions de la Conf√©rence et obtint de meil¬≠leures conditions pour notre pays. D’ailleurs, Lebeau et Nothomb avaient habilement travaill√© les milieux des pl√©nipotentiaires, avec lesquels ils avaient √©t√© mis en contact intime gr√Ęce √† l’interm√©diaire du prince L√©opold. Ils appel√®rent l’attention de la Conf√©rence sur la difficult√© que cr√©ait la d√©cision ant√©rieure de ne pas toucher au Luxembourg; ils firent valoir que la question belgo-luxembourgeoise n’√©tait qu’une querelle entre la Belgique et la maison de Nassau, non entre la Belgique’ et les sujets des Nassau. Ils sugg√©r√®rent d√®s lors de maintenir le statu que* dans le Luxembourg, et d’autoriser des n√©gociations entre la Belgique, les Nassau et la Conf√©d√©ration germanique. La Conf√©¬≠rence se rangea √† leurs vues et modifia en faveur des Belges l’article 2 des ¬ę bases de s√©paration ¬Ľ.

La revendication de la rive gauche de l’Escaut dut √™tre abandonn√©e, cette pr√©tention √©tant consid√©r√©e ind√©fendable √† la suite du droit de postliminium accor¬≠d√© √† la Hollande et constituant le principe de toutes les n√©gociations. Les Belges eurent la prudence de ne (p.261) pas insister, mais ils obtinrent une stipulation qui leur garantissait le libre usage du canal de Terneuzen et l’adoption de mesures pour pr√©server la Flandre de l’inondation par un syst√®me de d√©charge des eaux int√©rieures.

Les commissaires belges profit√®rent du fait que la Conf√©rence ne s’√©tait pas rendu compte des cons√©¬≠quences du principe proclamant en faveur de la Hol¬≠lande le droit au posttiminium de 1790. Nous avons vu que J.-B. Nothomb avait arrach√© √† Lord Grey une interpr√©tation qui √©tait en faveur des pr√©tentions belges.

Les Belges dirent √† la Conf√©rence : ¬ę En vertu de votre principe, la Hollande n’a droit qu’au territoire qui lui appartenait en 1790 et rien qu’√† celui-l√†; par cons√©quent, tout ce qui ne lui appartenait pas √† cette date exacte, nous le r√©clamons ¬Ľ.

Arm√© de vieilles cartes et de documents de tout genre, J.-B. Nothomb parvint √† faire reconna√ģtre √† la Conf√©rence que les Belges pouvaient r√©clamer, en se fondant sur l’histoire, la moiti√© de la souverainet√© sur Maestricht. Forts de l’acquiescement de Lord Grey √† leur interpr√©tation du postlimininm de 1790, les com¬≠missaires r√©ussirent aussi √† prouver qu’il existait en Hollande des enclaves allemandes, acquises apr√®s 1790, et que par cons√©quent ces enclaves revenaient √† la Belgique. Ces enclaves allemandes en Hollande devenaient donc entre les mains des Belges une mon¬≠naie d’√©change pour obtenir en retour les enclaves hollandaises (p.262) du Limbourg. L’on sait que ces enclaves hollandaises dans le Limbourg se groupaient surtout autour de Venloo, Stcvensweert et Maestricht et que notamment les 53 villages dits ¬ę de g√©n√©ralit√© ¬Ľ, s’√©tendant sur les deux rives de la Meuse, en faisaient partie.

La Conf√©rence accepta la th√®se de MM. Lebeau et Nothomb : on put esp√©rer que gr√Ęce √† l’√©change des enclaves, l’int√©grit√© territoriale du Limbourg serait sauv√©e.

Les efforts √©nergiques des commissaires belges et l’action secr√®te mais efficace du prince L√©opold, con¬≠duisirent finalement √† la r√©daction du protocole connu comme le Trait√© des XVIII articles.

L’article 2 introduit des modifications tr√®s favora¬≠bles pour la question du Luxembourg, en disant que ¬ę les cinq Puissances emploieront leurs bons offices ¬ę pour que Je statu qtto dans le duch√© de Luxembourg ¬Ľ soit maintenu pendant le cours de la n√©gociation ¬Ľ s√©par√©e, que le souverain de la Belgique ouvrira > avec le roi des Pays-Bas et avec la Conf√©d√©ration ¬Ľ germanique…, n√©gociation distincte de la question ¬Ľ des limites entre la Hollande et la Belgique ¬Ľ. L’ar¬≠ticle 4 reconnaissait la th√®se belge concernant Maes¬≠tricht en disant : ¬ę S’il est constat√© que la R√©publique ¬Ľ des Provinces-Unies des Pays-Bas n’exer√ßait pas ¬Ľ exclusivement la souverainet√© dans la ville de Maes-¬Ľ tricht en 1790, il sera avis√© par les deux partis aux ¬Ľ moyens de s’entendre √† cet √©gard sur un arrangement (p.263) convenable ¬Ľ. Enfin, l’article 5 admettait l’√©change des enclaves ¬ę respectives ¬Ľ.

Il est √† remarquer aussi que la conf√©rence n’inter¬≠venait plus que comme c simple m√©diatrice ¬Ľ et qu’elle respectait donc la souverainet√© que les Belges avaient si √©nergiquement r√©clam√©e.

C’√©tait un beau succ√®s diplomatique. Aussi, le roi Guillaume ne put-il cacher sa fureur. Le 12 juillet 1831, une d√©p√™che fut adress√©e par le ministre hollan¬≠dais baron Verstolk √† la Conf√©rence, d√©clarant ces pr√©liminaires de paix inadmissibles et discutant point par point les satisfactions qu’ils accordaient aux Belges. Le roi de Hollande ne se bornerait pas l√†. D√®s la retraite de son arm√©e en 1830, il avait nourri des plans de revanche, et avait pr√©par√© en secret une campagne d’invasion, destin√©e √† peser sur les d√©ci¬≠sions des grandes Puissances ou √† reconqu√©rir pure¬≠ment et simplement la Belgique. L’homme tr√®s tenace et tr√®s intelligent qu’√©tait le roi de Hollande savait qu’une question de fait l’emporte souvent sur une question de droit.

Au d√©but d’ao√Ľt 1831, le roi L√©opold √©tait occup√© fi faire sa joyeuse entr√©e dans nos principales villes, lorsque subitement une arm√©e hollandaise de pr√®s de 38.000 hommes envahit la Belgique. L√©opold Ier ne put lui opposer que des troupes indisciplin√©es, mal √©qui¬≠p√©es, d√©pourvues de mat√©riel. Des deux arm√©es belges, celle de la Meuse fut coup√©e, rejet√©e sur Hasselt et √©cras√©e : celle de l’Escaut, apr√®s s’√™tre vaillamment (p.264) battue, fut cern√©e √† Louvain et allait √™tre an√©antie, lorsque l’arriv√©e des troupes fran√ßaises du mar√©chal G√©rard, accourues √† l’appel de L√©opold Ior, et l’inter¬≠vention diplomatique de la France et de l’Angleterre impos√®rent un armistice imm√©diat et forc√®rent le prince d’Orange √† √©vacuer notre territoire.

Aussit√īt les sentiments de la Conf√©rence chang√®¬≠rent √† l’√©gard des Belges : on se mit √† douter de la solidit√© du jeune Etat. Apr√®s avoir examin√© une fois de plus les pr√©tentions en pr√©sence et constat√© que Belges et Hollandais ne s’entendaient point ‚ÄĒ les Belges avaient cependant accept√© le trait√© des XVIII articles ‚ÄĒ la Conf√©rence brusqua le d√©nouement. Elle appliqua la dure loi du vae victis, et trancha elle-m√™me la question, non plus en m√©diatrice, mais en manda¬≠taire de l’Europe, par l’√©nonc√© du Trait√© des XVIII articles (M octobre 1831). La Belgique perdait tout le fruit de ses efforts ant√©rieurs, les concessions obte¬≠nues au Trait√© des XVIII articles lui √©taient enlev√©es.

Par les articles 1 et 2 de ce trait√©, les Puissances con¬≠sentaient √† d√©tacher du Grand-Duch√© de Luxembourg, tel qu’il avait √©t√© constitu√© par le Congr√®s de Vienne, la partie qui correspond √† la province belge actuelle de Luxembourg. En √©change de ce ¬ę sacrifice ¬Ľ le roi de Hollande re√ßoit, comme le stipule l’article 3, une ¬ę indemnit√© territoriale ¬Ľ dans la province de Lim-bourg. Sur la rive droite de la Meuse, on laisse au roi Guillaume les anciennes enclaves hollandaises (Venloo, Stevenswert, parties de Fauquemont, villages (p.265) ¬ę de g√©n√©ralit√© ¬Ľ etc.). Mais, de plus, pour relier ces enclaves, on y joint les districts limbourgeois qui, en 1790, n’appartenaient pas aux Etats G√©n√©raux. La partie du Limbourg situ√©e sur la rive droite apparte¬≠nait ¬ę d√©sormais tout enti√®re √† S. M. le Roi des Pays-Bas ¬Ľ. Sur la rive gauche de la Meuse, les quelques enclaves hollandaises, comme Zepperen, Houpertin-gen, Peen, Rutten, etc. sont donn√©es √† la Belgique, mais on en excepte Maestricht, laquelle, ¬ę avec un rayon de territoire de 1200 toises, continuera d’√™tre poss√©d√©e en toute souverainet√© et propri√©t√© par S. M. le Roi des Pays-Bas ¬Ľ. De plus, sur la rive gauche encore, au nord d’une ligne aboutissant au fleuve au-dessous de Wessem, les anciens territoires de Bergerot, Stamproy, Neer-Itteren, Ittervoord, Thorn, etc., sont donn√©s (¬ę feront partie ¬Ľ) √† la Hol¬≠lande.

Une émotion très vive se manifesta dans le pays : de violentes protestations se firent entendre; les dépu­tés du Limbourg et du Luxembourg ne furent pas les moins empressés à répudier un arrangement, qui fai­sait fi de leurs désirs légitimes. Toutefois, pour ne pas provoquer une conflagration générale en Europe, les Chambres belges, adhérèrent finalement au traité, qui fut signé le 15 novembre 1831.

Malgr√© les avantages d’ordre territorial qu’il retirait du trait√©, le roi de Hollande refusa de le reconna√ģtre. Il avait escompt√© des conditions plus avantageuses encore; il esp√©rait, par la politique d’inertie, pouvoir (p.266) provoquer un fait nouveau qui changerait une fois de plus les dispositions des Puissances; il entrevoyait toujours la possibilit√© de reprendre la Belgique √† la faveur d’une guerre.

Comme Guillaume persistait √† garder les forts de Lillo et de Liefkenshoek, qu’il √©tait tenu d’√©vacuer en vertu de l’armistice ‚ÄĒ pour le d√©loger d’Anvers, il avait fallu le si√®ge de la citadelle par l’arm√©e fran¬≠√ßaise ‚ÄĒ les Belges, avec le consentement tacite de la Conf√©rence, dont les travaux ne continuaient d’ailleurs plus, rest√®rent en possession effective du Limbourg e’t du Luxembourg tout entiers, except√©s Maestricht et la forteresse de Luxembourg.

Ce r√©gime provisoire dura jusqu’en 3838. Les Bel¬≠ges avaient fini par s’imaginer que ce provisoire de¬≠viendrait d√©finitif et que les stipulations du trait√© des XXIV articles ne seraient pas appliqu√©es. Aussi, leur stup√©faction, leur effarement furent grands lorsque, le M mars 1838, Guillaume de Hollande, las d’attendre en vain ¬ę le fait nouveau ¬Ľ qu’il escomptait, fit brus¬≠quement savoir √† Londres qu’il acceptait les XXIV articles.

C’est alors que les repr√©sentants des populations limbourgeoises √©lev√®rent la voix pour protester contre la s√©paration d√©finitive dont ils √©taient menac√©s. On entendit des accents vraiment tragiques, lorsque ces d√©put√©s suppli√®rent les Chambres belges de ne pas les abandonner, les insult√®rent, les trait√®rent de l√Ęches, rappelant qu’ils avaient vot√©, eux aussi, l’exclusion des (p.267) Nassau et qu’ils ne d√©siraient pas rentrer sous l’ob√©is¬≠sance de cette dynastie.

L’agitation fut intense. L√©opold Ier offrit de racheter √† prix d’argent le Limbourg et le Luxembourg : on songea m√™me un instant ‚ÄĒ id√©e folle et impraticable ‚ÄĒ √† faire la guerre, mais l’hostilit√© nettement marqu√©e des Puissances fit comprendre aux Belges que cette attitude pouvait causer leur ruine d√©finitive.

Aussi, les Chambres se r√©sign√®rent finalement √† signer les trait√©s r√©dig√©s par la Conf√©rence de Lon¬≠dres : cette signature eut lieu le 9 avril 1839. D√®s ce . moment, on incorpora d√©finitivement √† la Hollande les territoires contest√©s, on frappa la navigation sur l’Es¬≠caut d’un droit de p√©age au profit des Pays-Bas, on √©tablit qu’Anvers ne pourrait √™tre port de guerre, on r√©duisit, d’autre part, de 8.400.000 √† 5.000.000 de flo¬≠rins la part de la rente commune entre eux et la Hol¬≠lande. Enfin, la neutralit√© perp√©tuelle et l’int√©grit√© et l’inviolabilit√© du territoire belge furent proclam√©es. Ces trait√©s de 1839 mirent fin aux longues tenta¬≠tives europ√©ennes pour doter la Belgique d’un statut international.

Ce sont ces trait√©s que, en ao√Ľt 1914, le chancelier von Bethmann-Holweg traita de ¬ę chiffon de papier ¬Ľ dans sa c√©l√®bre entrevue avec l’ambassadeur d’Angle¬≠terre.

 

1830

M. Désir* et l’ histoire, LB 18/09/1980

 

‚ÄúDans un flamboyant ‚ÄúBillet du Bourgmestre‚ÄĚ diffus√© dans sa commune, Georges D√©sir* proclame qu‚Äô en 1830: ‚ÄúNaissait la solidarit√© Wallonie-Bruxelles.‚Ä̬† Et de citer avec √©loge le r√īle de Charles Rogier √† l‚Äôappui de sa th√®se dont on trouve pas la moindre trace dans les journaux et les discours de 1830, car la r√©volution fut essentiellement nationale, ce qui g√™ne Georges D√©sir.

L‚Äôexcellent homme ignore que son h√©ros Rogier deviendra gouverneur d‚ÄôAnvers et que lorsqu‚Äôil quitta sa charge, les Anversois lui pay√®rent par souscription, une maison √† Saint-Josse: ‚ÄúPour les services qu‚Äôil avait, en tant que gouverneur, rendus aux arts et aux lettres flamands.‚ÄĚ

 

* Georges Désir, du parti raciste FDF

 

1830

 

Paul Vaute (vertaling M. Duyck), Belgi√ę was er v√≥√≥r de Belgische staat!, p.2-6,¬† in¬†: Delta, 1, 2005

 

(p.2) “Voorafgaand moet men in de denkcate¬≠gorie√ęn van de betrokken tijd geraken. “

Sébastien Dubois

 

Dit jaar wordt de 175ste verjaardag van de Belgische onafhankelijkheid gevierd. Een eerbiedwaardige leeftijd, die door het me­rendeel van de huidige Staten niet bereikt wordt. . . Maar de Belgischeidee is veel ouder dan de barricaden van 1830.

 

“En zeggen dat er mensen zijn die schrij¬≠ven dat het woord “Belgi√ę” na 1830 uitge¬≠vonden werd! Terwijl diezelfden voor veffe tijden de woorden “Vlamingen” of “Walen” zonder enig aanhalingsteken gebruiken…” Zoals velen allicht, heeft S√©bastien Dubois ten aanzien van onze identiteitsperikelen de gave van de verwondering nog niet verloren.

 

“Waar sommige van onze tijdgenoten zich niet meer met Belgi√ę verbonden voelen ¬≠dit is hun volste recht -, staat de intellec¬≠tuele eerl/ijkheid niet toe de geschiedkun¬≠dige werke/ijkheid te vervalsen zegt onze man.

 

Als jonge archivaris (geboren in 1977) bij het Luikse Rijksarchief, heeft hij enkele maanden terug aan de UCL een totnogtoe onuitgegeven doctoraatsthesis verdedigd die hem de prijs Burggraaf Terlinden op¬≠bracht. De titel luidt “De uitvinding van Belgi√ę. Vorming en voorstellingen van het grondgebied van een Natie-Staat, van de Vrede van Westfalen tot aan de onafhan¬≠kelijkheid (1648-1839)”.

1648, het vertrekpunt, is de erkenning van de breuk tussen onze provinci√ęn (Spaan¬≠se Nederlanden) en Nederland (Verenigde Provinci√ęn). 1839 is het punt van aan¬≠komst, de definitieve regeling van het Bel¬≠gisch-Hollands conflict door het Verdrag van Londen.

Besloten als hij was om het onbekende, namelijk het aanhorigheidgevoel van de mannen en vrouwen die dit “land” op het einde van het Ancien R√©gime en ten tijde van de revoluties bezielden, te doorgron¬≠den, moest hij heel wat klippen omzeilen.

 

“De zaak aanpakken vanuit onze begrip¬≠pen natie en nationalisme die beide in de helft van de XIXde eeuw ontstonden, is een anachronisme plegen”, zegt hij.

“Men moet voorafgaand in de denkcatego¬≠rie√ęn van die tijd intreden”. ln zijn licenti¬≠aatthesis over moderne geschiedenis, had de doctorandus de nationale problematiek reeds aangepakt via de uitermate con¬≠crete component van de territoriale gren¬≠zen. Hier kwamen heel wat onontgonnen archiefstukken aan te pas, achtergelaten door de kleine comit√©s die zich in de XVI¬≠IIde eeuw bogen over de geschillen in de katholieke Nederlanden en het Prinsbis¬≠dom Luik. In deze archivalische zee gooi¬≠de de geschiedkundige zijn netten uit en haalde een visie op over de wegen langs¬≠waar de bepaling van de ‚Äď tijdens het Ancien Regime zeer vrije ‚Äď grenzen geleidelijkaan verwezenlijkt werd.

 

Zo te zien dagtekent het lapwerk van de ontelbare enclaves die aan oudere landkaarten het uitzicht geven van opgeapte kledingstuken, niet van 1789 en de gevolgen ervan.

 

Wie zetelde in deze grenscomit√©s? Dormeel de vorst, de gouverneur-generaal, de gevolmachtigde ministers zoals Neny…

‘Wanneer zij zich ter plaatse begeven, bijvoorbeeld bij een schending van het grondgebied, stellen zij processen-verbaal op die soms tot tweehonderd pagina’s dik zijn. Het gebeurt dat al de bewoners van een bepaalde plaats opgeroepen worden om te getuigen. Zo kan men lezen dat ie¬≠mand riep “Leve de keizer van Oostenrijk!” Of hoe de mensen hun aanhorigheid bij een land be/even, hoe.zij het noemen.”

 

Een andere goudmijn, die in het nationale Archief van Parijs ligt, vloeit voort uit de onderhandelingen die leidden tot de ver¬≠splintering van Belgi√ę in departementen na de aanhechting bij Frankrijk in 1795. Er zijn klachten, schrijft de wetenschapper. Zo die van een Naams dorp dat tot het Land van Luik behoorde en naar het kan¬≠ton Dinant overgeheveld werd. Men leest daarin:”Wij hebben met Dinant niet meer te doen dan met Peking!”.

Er zijn ook Luikse bronnen die betreuren dat Luik aan Belgi√ę gekoppeld werd terwijl het een onafhankelijk prinsdom geweest was. Op dat punt zullen de meningen mettertijd wei veranderen. ln 1814-1815 vragen Luikse petities om hetzelfde lot ais Belgi√ę te kennen. De kortstondige poging van de gewezen prins-bisschop de M√©an om het prinsdom op¬≠nieuw op te richten zal op niets uitdraaien.”

Gaandeweg lijkt S√©bas¬≠tien Dubois helemaal dezelfde weg op te gaan ais wijlen Jean Stengers, die hem trouwens geen lof spaarde. De profes¬≠soremeritus van de ULB was trouwens zelf op¬≠nieuw aan het werk ge¬≠togen en pleegde twee boekdelen over de “Ge¬≠schiedenis van het nati¬≠onaal gevoel in Belgi√ę” (Uitg. Racine, 2000 en 2002). Twee boeken die niets van doen hadden met het unitaristische militantisme – de huidige tijd werd er niet in behandeld – maar die een grote nul gaven aan heel wat, al dan niet, beroemde auteurs van pareltjes: zo de socioloog Claude Javeau die verklaarde dat “Belgi√ę slechts voor een handjevol mensen een natie geweest is” of generaal de Gaulle die ons land aanzag ais “een tegennatuurlijke vereni¬≠ging opgedrongen door de Engelsen”, of die Minister-president van de Vlaamse Gemeenschap die aan de vroegere cor¬≠respondent van “Le Monde” verkondigde dat Vlaanderen sedert eeuwen bestaat, Belgi√ę slechts sedert anderhalve eeuw”, waarbij hij zonder enig speurwerk of con¬≠trole het samenleven van de Belgen redu¬≠ceerde tot “150 jaar”. Ja, de lijst is vrij lang!

 

Nochtans moet je geen grote geleerde zijn om onder andere te vatten dat wanneer de revolutionairen van 1790 de “Veree¬≠nigde Nederlandse Staten” uitroepen, de¬≠ze uitdrukking niet uit de lucht is komen vallen. Als erfgoed van een oude geschie¬≠denis waarvan de omtrekken vrij vaag wa¬≠ren, wordt de benaming “Belgi√ę” van in de Renaissance weer levendig waaronder het geheel van graafschappen, hertog¬≠dom men en heerlijkheden bedoeld wordt (p.4) die door de hertogen van Bourgondi√ę ver¬≠zameld werden. De Latijnse namen “Bel¬≠gium”en “Belgica” worden gebruikt, in het Frans “Belgique” of “Pays-Bas” en in het Nederlands “Nederland( en)”.

 

Maar ja, de taal kan grillig zijn. “Soms, zegt onze specialist, wordt het woord “Vlaanderen” gebruikt om het geheel aan te duiden, een beetje zoals “Holland” de ganse noordelijke Nederlanden zal aan¬≠duiden. Met de Brabantse Omwenteling is het Brabant dat voor gans Belgi√ę gebruikt wordt. “Deze stijlfiguren verklaren waarom vooral in het buitenland, de uitdrukking “de Vlaamse schilderkunst” ook gebruikt wordt om artiesten uit de Romaanse gouwen aan te duiden…zonder dat daarom enige politiek¬≠culturele Nederlandstalige hier¬≠om zou gelobbyd hebben. Nu is wei duidelijk dat de geografi¬≠sche betekenis die vandaag gegeven wordt aan “Vlaande¬≠ren” en “Walloni√ę” amper terug¬≠ gaat tot in de helft van de XIXde eeuw.

 

De bronnen die voor de naam van het land pleiten laten ook de kennis zien die de autochtonen over zijn vorm hadden. “Een van de geliefde straffen in de les aardrijkskunde was de landkaart te laten tekenen met de hoofdsteden van de pro¬≠vinci√ęn. Voordien was er de voorstelling in de vorm van de Belgische Leeuw, die vanaf de XVlde eeuw in zwang kwam. Deze uitbeelding heeft de scheiding in de Oostenrijkse Nederlanden overleefd maar niet in de Verenigde Provinci√ęn”.

 

De wijze waarop het nationale verleden onderwezen wordt, brengt ook alweer een boel bewijsstukken aan. “De studieher¬≠vorming van 1777 legt verplicht” een cur¬≠sus “nationale Belgische geschiedenis” op in aile colleges. Onder de examenvragen, leest men wanneer de “Etat belgique” of Nederlandse Staat ontstaan is en het te geven antwoord luidt: in de XVde eeuw. ln diezelfde tijd werd ook reeds gezegd dat de Grote Markt van Brussel de mooiste in de wereld is!” En sedert onheuglijke tijden dreunen de leerlingen de beroemde woor¬≠den van Cesar af “fortissimi sunt Belgae”, ook al bewoonde de betrokken bevolking niet helemaal het latere Belgische grond¬≠gebied.

 

Formeel echter waren de zuidelijke Ne­derlanden toen Oostenrijks bezit. Maar technisch vormen

zij wei een aparte Staat, met zijn eigen gouverneur-generaal en met zijn hofhouding die ais soeverein werd beschouwd. Vandaar de inhoud van de handboeken. “Wenen verlangt niet

Belgi√ę tegen te werken. Het zal er onder de Franse overheersing helemaal anders aan toe gaan.‚ÄĚ

 

Dit gezegd zijnde, mag niet ver¬≠geten worden dat die boeken uiteraard slechts de geletterde minderheid bereikten. Wat weten wij over de mening van de “lage¬≠re” bevolking?”

 

De gewone sterveling hoort allereerst bij zijn dorp, antwoordt onze deskundige. Maar het feit dat in een bepaalde plaats ordonnanti√ęn door de pastoor worden voorgelezen betekent dat men onderdaan is van deze of gene vorst. Wanneer in Fontaine-L’Ev√™que een ordonnanti√ęnoor¬≠log uitbarst tussen Luik en de Nederlan¬≠den, rukken de partizanen van het √©ne kamp de ordonnanti√ęn af die diegenen van het andere kamp hebben aange¬≠plakt. . . “De zeer Belgische gewoonte van vernieling en overschildering heeft dus niet gewacht op de taalperikelen om zich te ontplooien!”.

 

Buiten de dorpen zijn er de provinci√ęn met de rivaliteiten waardoor zij soms tegen elkaar – opgezet raken, zoals tussen- het hertogdom Brabant en het graafschap Vlaanderen. “Maar het nationale gevoel komt duidelijker naar boven in de stads¬≠kringen waar men meer contacten met de centrale overheid heeft”. In tegenstelling tot wat veellandgenoten menen, refereert de leuze “Eendracht maakt macht” niet naar Vlamingen en Walen, maar wei naar katholieken en liberalen alsmede naar de provinci√ęn die – bij ons evengoed ais bij de buren – hun particularismen moesten overstijgen om tot √©√©n Staat uit te groeien.

 

In tegenstelling tot Pirenne, gelooft S√©¬≠bastien Dubois niet dat de eenheid van beschaving de Belgische staat opgedron¬≠gen heeft: “Integendeel, het is de on der¬≠werping aan dezelfde overheden die het land een eigen gelaat en gemeenschap¬≠

pelijke karakteristieken heeft verleend”, Deze primaire identiteit wordt uiteraard eerst in de hogere sferen waargenomen.

Terwijl het proto-patriottisme van het volk veeleer uit een dynastische trouw bestaat, minder aan de grond verbonden dan aan de vorst van wie de afbeelding op de munten staat, van wie huwelijk of overlij¬≠den door de klokken aangekondigd wordt, voor wie men een “Te Deum” bidt “.., al¬≠lemaal tekenen die tot de nederigsten in den lande reiken”.

 

Voor zover de vrijheden en de privilegies van het land worden ge√ęerbiedigd ‚Äď en dat men… niet te veel belastingen eist! ¬≠blijkt deze aanhankelijkheid goed veran¬≠kerd en oprecht. Het verzet tegen de tra¬≠wanten van Lodewijk XIV die naar de tal¬≠loze Vlaamse, Naamse en Luxemburgse dorpen gezonden werden om de bewo¬≠ners er toe te dwingen hun onderdanig¬≠heid aan de Zonnekoning te betuigen, is er een sprekend getuigenis van. En in de stormachtige jaren 1780-1830, tel kens als de vorst afgezet wordt, wordt men op¬≠nieuw ais vanzelf Belgisch patriot.

 

Deze gevoelens veranderen niet funda¬≠menteel on der het Franse, noch onder het Hollandse bewind. “Onder het Directoire is er echt sprake van een ware vogelvrijver¬≠klaring. Men spreekt van “het voormalige Belgi√ę” of de “voormalige Luikenaars”. Wanneer iemand in Gent een¬† “Gazet van Belgi√ę” wil uitgeven, wordt dit hem verbo¬≠den omdat het woord te veel aan het Ancien Regime herinnert. Maar na 1800 wordt het regime soepeler. De woorden “Belg” en “Belgi√ę” worden aanvaard en zelfs door de gezagvoerders, de prefec¬≠ten, gebruikt.”

 

Eenzelfde verdraagzaamheid ten tijde van Den Haag: “Belg” of “Belgi√ę” en “Neder¬≠lander” of “Nederlanden” zijn samen offici¬≠eel algemeen goed terwijl het in de prak¬≠tijk, om zich toch van het Noorden te on¬≠derscheiden, eerder de eerste twee ter¬≠men gebruikt worden.

 

Zo is het niet te verwonderen dat de patri¬≠ottische verzuchtingen van 1830 in het verlengde van die van 1789 zullen liggen. “Bij de aanvang van de Septemberdagen in Brussel, wordt soms de indruk gewekt dat sommigen hun kentekenen en vlaggen bij de Brabantse Omwenteling zijn gaan zoeken. Louis Dewez die 1789 mee¬≠maakte, spreekt er over in zijn “Histoire de la Belgique”, verschenen in 1805-1807, ais over een eerste omwenteling naar onafhankelijkheid”.

En in de wandelgangen van het Nationaal Congres, zwaait de patriot Jean-Joseph Raepsaet, geboren onder het bewind van Maria-Theresia, met de Blijde Intrede van Brabant. . .

 

En de taal?

Bij de aanvang van de negentiende eeuw blijkt zij niet een bepalende factor te zijn. “ln de Verenigde Staten spreekt men En¬≠gels al hebben zij de Britten er uit ge¬≠gooid. De Oostenrijkers spreken Duits zonder daarom bij Duitsland te willen ho¬≠ren. Ook mag men niet vergeten dat de volkstaal van plaats tot plaats verschilt. Zo vond ik het verhaal van een Franse reizi¬≠ger uit de XVIlide eeuw die zich naar Ber¬≠gen begaf. Hij schrijft: “Ik ben in Belgi√ę, iedereen spreekt hier Vlaams!” Versta hieruit dat hij een dialect hoorde spreken dat hij niet kende. Wanneer geletterde reizigers in een dorp aankomen, zoeken zij dadelijk de pastoor op want met hem zullen zij ten minste dan toch in het Latijn (p.6) kunnen spreken.”

 

Bij de lectuur van het werk van S√©bastien Dubois zullen wei de laatste twijfels ver¬≠zwinden, mochten die er nog zijn. De the¬≠orie van Belgi√ę – kunstmatige schepping van de grootmogendheden – heeft nooit grond gehad.

 

Paul Vaute (vertaling M. Duyck)

 

1830

Pierre Thomas, /Brugge/, Belgische vlag, in: DS 12/11/1999

 

In 1830 bestond de Belgische vlag uit horizontale banen.  Rood bovenaan, midden geel en onderaan zwart.  deze horizontale vlag bleef in gebruik tot 1848.  de Brugse schilder désiré Donny (1798) maakte in 1831 een groot schilderij van de Brugse Burgerwacht op de Grote markt van Brugge voor het provinciehuis met wapperende horizontale Belgische vlaggen.

Door de vlag te keren ging de Belgische vlag qua vorm althans wat meer op de Franse lijken en wat minder op de Nederlandse.

 

1830

Robert Baude, REVISIONNISTE de l’HISTOIRE de BELGIQUE ?, s.r.

 

Lors des √©missions produites par la RTB les 26 et 27 septembre 1988, √† l‚Äôoccasion des f√™tes de la “Communaut√© fran√ßaise”(!), nous avons vu un gar√ßonnet recevoir de Monsieur FEAUX, pr√©sident de l’Ex√©cutif Wallon, une le√ßon d’histoire de Belgique quelque peu ahurissante.

Selon cette Excellence un tantinet r√©gionalis√©e,la R√©volution Belge de 1830 aurait √©t√© l’oeuvre des Wallons et des Bruxellois.

Jusqu’√† pr√©sent, on nous avait enseign√© que cet √©pisode de notre histoire nationale, qui avait vu les Hollandais repouss√©s dans leur pays d‚Äôorigine, avait √©t√© une oeuvre commune des Belges et que de tous les coins du pays, des Flandriens, des Limbourgeois, des Anversois s’√©taient m√™l√©s aux Wallons de partout pour participer avecr les Bruxellois et les Braban√ßons √† ces combats dans les rues de Bruxelles et dans d‚Äôautres r√©gions du pays.

Faut-il croire que les m√©thodes de critique historique moderne bouleversent √† ce point nos croyances que vous devrions conclure que notre premier roi des Belge, L√©opold ler,ne fut qu’un faussaire ?

Mais contentons-nous de rappeler à Monsieur FEAUX de l’Exécutif Wallon,d es témoignages qui ne peuvent être récusés.

Le premier: Tous nous connaissons la Place des Martyrs √† Bruxelles et le monument PRO PATRIA qui rappelle √† tous,le souvenir des combats de 1830. Ce monument est √©lev√© sur un soole imposant construit en-dessous du niveau du sol sur une aire que nous appelons ‚Äúcrypte‚ÄĚ. Les murs de celle-ci sont recouverts de plaques de bronze sur lesquelles sont grav√©e les noms et les commumes d’origine des 467 combattants enterr√©s nous cette Place.

Que Monsieur FEAUX daigne un jour descendre dans cette crypte; il y verra que les Flamands ne sont nullement absents de cette nécrologie.

Un deuxi√®me t√©moignage est celui produit par le Minist√®re de l‚ÄôIint√©rieur qui, le 7 juin 1982, fit parvenir au Secr√©taire de Pro Belgica, √† l’√©poque, Mr MONIQUET, une lettre dans laquelle sont repris les noms des communes ayant re√ßu, le 27 septembre 1832, des mains de-S.M., le roi L√©opold ler, le drapeau de la reconnaissance.

 

Parmi ces noms de communes nous y trouvons Aalst, Antwerpen, Boom, Brugge, Dendermonde, Diest, Geel, Gent, Geraardsbergen, Hal, Hasselt, Herenthout, Herzele,Heverlee, Kortrijk, Leuven, Lier, Maaseik, Meerhout, Menen, Mol, Oostende, Roeselaar, Ronse, Tervuren, Tielt, Tienen, Westerlo.

A moins que nos connaissances g√©ographiques soient troubl√©es par nos r√©formes constitutionnelles, nous certifions que ces comunes ne sont ni en Wallonie ni dans la “R√©gion Bruxelloise” ni en partie germanophone du pays.

Alors ?’

Alors pourquoi Monsieur FEAUX veut-il tromper non seulement un gar√ßonnet qui fait foi √† ce que lui disent les grandes personnes, mais √©galement le public na√Įf et ignorant l’histoire de Belgique ?

Pourquoi la RTB s’est-elle faite complice d’une mauvaise action?

Nous connaissons certains pays o√Ļ les r√©visionnistes de l‚Äôhistoire font flor√®s.

Allons-nous employer en Belgique les méthodes de ces spécialistes ?

Est-cela le style des nouveaux Belges ?

 

1830

 

Roger Angot, ORIGINE DE LA BRABANÇONNE,  in : Le Messager, 05/01/1996

 

S’il est profond√©ment regrettable que certains Belges – et surtout parmi les plus jeunes – ignorent le texte actuel de la Bra¬≠ban√ßonne , beaucoup plus encore n’ont ja¬≠mais entendu parler de l’auteur des pa¬≠roles, ou, plus exactement, des auteurs car ils furent au moins deux.

Un coup d’Ňďil r√©trospectif dans les pre¬≠mi√®res d√©cennies du XIXe s. va, d’embl√©e, √©clairer notre lanterne. Apr√®s la d√©faite de Waterloo (18 juin 1815), les provinces de Belgique furent r√©unies √† la “N√©erlnnde” sous la houlette de Guillaume I d’Orange.

Les bévues et les maladresses de ce mo­narque protestant Рqui ne cessait de pro­voquer nos populations par des mesures vexatoires et par des atteintes à nos liber­tés fondamentales Рengendrèrent les pré­mices de la Révolution de 1830.

Chant martial pour la libert√©, symbole par excellence de l’union des Belges, la ‘Braban√ßonne” fut compos√©e, en effet, √† l’occasion des luttes pour notre ind√©pen¬≠dance, en 1830.

Le public manifesta avec enthousiasme le 25 ao√Ľt 1830, √† la sortie du Th√©√Ętre de la Monnaie, √† Bruxelles, o√Ļ l’on avait jou√© “La muette de Portici” qui exaltait le patriotis¬≠me des Napolitains luttant contre leurs op¬≠presseurs espagnols. La foule se d√©cha√ģna quand le t√©nor La Feuillade entonna le c√©¬≠l√®bre duo :

Amour sacr√© de la patrie, Rends-nous l’audace et la fiert√© ! A mon pays je dois la vie, II me devra la libert√© !”

Au sein d’une atmosph√®re, √† la fois vio¬≠lente et f√©brile, un certain Chevalier Louis-Alexandre D√©chet (1801-1830), √©crivit un po√®me exaltant la lutte du peuple belge contre le despotisme n√©erlandais.

 

Mais, qui √©tait ce Louis-Alexandre D√©chet? C’√©tait un com√©dien fran√ßais, n√© √† Lyon en 1801. Apr√®s des √©tudes √† Paris, il se produisit en Corse, en France, et enfin, en1828, au Th√©√Ętre de la Monnaie √† Bruxelles. D√©chet fit sensation partout et, bient√īt, les Bruxellois, amateurs de th√©√Ętre, l’adopt√®rent puis le port√®rent aux nues.

Devenu ¬ę Bruxellois ¬Ľ sous le nom de ]en-neval (ou Geneval), il se fit incorporer dans la garde civique charg√©e de maintenir l’ordre √† Bruxelles pendant l’insurrection. Combattant, il fut tu√© par un boulet hol¬≠landais, le 18 octobre 1830, pr√®s de Lierre. De nouvelles chansons patriotiques inci¬≠t√®rent bient√īt les Belges √† ne pas c√©der face aux Bataves. Ce fut aussi du d√©lire quand le t√©nor La Feuillade, chanta, √† la Monnaie, la ¬ę Braban√ßonne ¬Ľ √©crite par Jenneval.

On sait que les troubles se prolong√®rent, notamment, par les combats des Quatre glo¬≠rieuses du 23 au 26 septembre pour chasser les troupes hollandaises. Il y avait bien eu, auparavant, ce que l’on appella la ¬ę R√©volu¬≠tion l√©gale ¬Ľ dont le sens avait √©t√© pr√©cis√© par la c√©l√®bre √©nigme des douze w que le peuple tra√ßait sur les murs √† cette √©poque : ¬ę w(ij) w(illen) w(illem) w(eg). w(√Ľ) w(illem) w(iizem) w(ezem), w(ij) w(illen) w(illem) iu(een) \ ¬Ľ (Nous voulons que Guillaume parte, si Guillaume veut √™tre plus sage, nous vou¬≠lons ravoir Guillaume).

 

Cependant, au d√©but, la ¬ę Braban√ßonne ¬Ľ se pr√©sentait sous un accent assez loyalis¬≠te. Qu’on en juge plut√īt ! Il y √©tait ques¬≠tion, notamment, de… ¬ę greffer l’Orange sur l’arbre de la libert√© ¬Ľ et encore cet extait du 2e couplet :

Restons armés, que rien ne change,

Gardons la même volonté !

Et nous verrons fleurir l’Orange

Sur l’arbre de la libert√© ! ¬Ľ

L’offensive hollandaise vers Bruxelles modifia totalement les mentalit√©s et le chant, en sa nouvelle version, devint net¬≠tement r√©volutionnaire. Voici un extrait du 1er couplet :

C’en est fait ! oui, Belges, tout change,

Avec Nassau plus d’indigne traite.

La mitraille a bris√© l’Orange

Sur l’arbre de la Libert√©…¬Ľ

 

Le po√®me de Jenneval avait re√ßu un ac¬≠cueil favorable au sein de la bourgeoisie bruxelloise et un certain √©diteur Jorez sugg√©ra de l’adapter √† un air d√©j√† existant : ¬ę Les Lanciers polonais.¬Ľ

Toutefois, un professeur de musique, compositeur et t√©nor bruxellois, Fran√ßois van Campenhout (1774 -1848) se proposa d’√©crire une m√©lodie pour le po√®me pa¬≠triotique. Ce fils d’aubergiste se lan√ßa dans la musique, entra √† la Monnaie en tant que violoniste, suivit des cours de chant et se produisit en qualit√© de t√©nor √† Gand, Anvers, Bruxelles ainsi qu’√† l’√©tran¬≠ger et, notamment, √† Bordeaux, Lyon et Amsterdam. Quand √©clata la R√©volution, √† Bruxelles, il refusa la chaire de profes¬≠seur que la Hollande lui offrait au Conservatoire de la Haye, opta pour la patrie belge, composa une musique pour le po√®me de Jenneval et chanta celui-ci dans divers caf√©s c√©l√®bres o√Ļ se r√©unis¬≠saient de gais lurons.

Cependant, ce poème ne fut finalement, que fidée originale de notre hymne natio­nal. Il fut souvent remanié et adapté aux circonstances du moment.

Apr√®s l’acceptation du Trait√© des XXIV ar¬≠ticles par le roi de Hollande, le 14/ 03/ 1838, les relations s’am√©lior√®rent avec nos voisins du Nord, √† telle enseigne qu’une nouvelle version de la ¬ę Braban√ßonne ¬Ľ vit le jour en 1856 sous l’impulsion du juriste Charles Rogier qui avait √©t√© membre du gouvernement provisoire au Congr√®s National.

 

Il ne s’y trouvait plus de paroles offen¬≠santes pour la Maison d’Orange mais bien un couplet ¬ę pacificateur ¬Ľ. Si je ne m’abu¬≠se le voici √† titre documentaire :

¬ę Rallions-nous √† d’anciens fr√®res,

De nous trop longtemps désunis.

Belges et Battaves plus de guerre !

Les peuples libres sont amis.

A jamais resserons ensemble

Les liens de fraternité

Et qu’un m√™me cri nous rassemble :

Le Roi, la Loi, la Libert√© ! ¬Ľ Sans commentaire ! (√† suivre)¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

 

1831

Jean-Léon Huens, Auguste Vanderkelen, Histoire illustrée de la Belgique, T3, éd. Racine 2003

(texte : Schoonjans Jean)

 

Le 21 juillet 1831, le roi Léopold Ier prêta le serment de fidélité à la Constitution.sur la Place Royale à Bruxelles.

 

(p.66) Les Belges ont fait du Congo une des plus belles colonies du monde. Ils ne négligèrent pas leurs efforts pour la moderniser, l’embellir et l’enrichir.

 

1831

Vive la Belgique!, VA 30/07/1998

 

Le 21 juillet 1831, L√©opold Ier quittait l‚ÄôAngleterre afin de guider la Belgique vers l‚Äô√©quilibre et la prosp√©rit√© .¬† Ce jour-l√†, il faisait son entr√©e √† Bruxelles, pr√™tait serment en tant que premier Roi des Belges et prenait place sur le tr√īne.

 

La Brabançonne: origine et les 4 versions

(Le Messager, 05/01/1996)

(LS, 27/07/1999)

1830 - Joseph Lebeau

(in: LS, 23/07/1991)

1830 - La première campagne électorale en Belgique / Le constitution belge, la plus démocratique d'Europe

Louis Surlet de Chokier, uit Gingelom, eerste regent van Belgi√ę

(DS, 14/03/2005)

Lucien Jottrand (Genappe) a créé le drapeau belge

(VA, 19/11/2018)

1830

(Knack, 03/04/2020)

1830 - Comment la Pologne aida la Belgique à assurer son indépendance

(Yolanta Krafft-Grenet, in: LB, 1980s)

Les Flamands de 1830 - 1 les bobards et la vérité; 2 mourir pour Anvers ?; 3 Gand et ses orangistes

(Jo Gérard, in: LB, 1980s)

1831 - le tout premier drapeau régimentaire belge

(LB, 01/1974)

1831 - La Constitution belge de 1831 - Un modèle au siècle des nationalités

(LB, 07/06/2006)

Le 7 février 1831, la Belgique se dotait d'une constitution

(LS, 06/02/2006)

drapeau d'honneur 1830

1839 - Grand-Duché - Les Prussiens à l'assaut d'un drapeau

(in: X. Michaelis, Arlon et la Révolution, 1964, éd. Dryade, Virton, p.34-35)

1930 - centenaire de l'indépendance de la Belgique

(Daniel Conraads, Visé, Terre de gildes, 2010, p.158)

2015 - Hermalle-sous-Argenteau - "L'union fait la force"

2017

Commémoration

Ce samedi 30 septembre, LE ROUX et le Groupe des Volontaire de 1830 du village commémoreront les Journées de Septembre 1830.

Vous êtes cordialement invités à rehausser de votre présence cette commémoration en Mémoire des Vaillants combattants de notre Indépendance.

Les porte-drapeaux sont attendus nombreux aux c√īt√©s du comit√© organisateur.

10h45 : Rendez-vous √† la caf√©t√©ria du Hall Sportif “Michel Dargent”, rue Grande, n¬į 33 √† 5070 LE ROUX

11h00 : D√©part du cort√®ge vers la plaque comm√©morative de l’Ind√©pendance fix√©e aux √©coles communales – Discours et d√©p√īts de gerbes.

11h30 : Cort√®ge dans le centre du village et retour vers le Hall Sportif – Vin d’honneur offert par la ville de Fosses-la-Ville.

Possibilité de petite restauration.

Avec le plaisir chaleureux de vous rencontrer dans ce Relais de la Mémoire.

MERCI de diffuser cette invitation autour de vous pour réunir un maximum de porte-drapeaux.

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Daniel Tilmant