1.3.2 Remarques

 

1.3.2.1 Le wallon ignore les constructions suivantes qui existent dans le français populaire (ainsi qu’en espagnol et en portugais): les d’Inde ‘les [marrons] d’Inde’, les en cuivre, des comme ça, des qui causent sans savoir, du en morceaux; les du pays ‘ceux du pays’ (esp. el de mi vecino, port. os do filhos).  (Remacle 1952, 114-115) Il emploie dans tous ces cas le pronom démonstratif : lès cis d’ Inde, lès cis d’ keûve, dès cis come citi-là, dès cis qu’ causenut, dès cis à bokèts…

 

 

1.3.2.2 La substantivation affecte pourtant beaucoup de qualificatifs wallons à des degrés fort divers.  (Remacle 1952, 115-116)

 

Elle est complète dans « on djane d’ oû » (un jaune d’oeuf), « do clér di makéye » (du clair de caillebotte, reste du lait battu qu’on a fait cailler), on « bia nwâr » (un beau noir (couleur)).  Elle est complète aussi dans le cas de « c’ èst l’ bon », où le substantif masculin serait rendu dans d’autres langues par un neutre.

Ex.

C’ èst  l’ bon, savoz, qui ça coûrt.

C’est le bon, vous savez, que ça coule (un abcès), càd. c’est quelque chose de bon).

Gn-a-t-i do vraî là-d’dins ?

Y a-t-il du vrai, là-dedans?

li malauji dins tot ça

le difficile, càd. ce qu’il y a de difficile dans tout cela);

li tinre di

le tendre, la partie tendre de;

Il èst quâsi fini, m’ corti: lu fwêrt èst fêt enfin. (Remacle 1952, 115) (E)

Il est presque fini, mon jardin; le fort, càd. le plus dur, est fait, du moins.

Il ont v’lu brûler l’ pus laîd.

Ils ont voulu brûler le plus laid, càd. ce qu’il y avait de plus abîmé (dans leur foin).

Lu souke vint à do frèh èt i fond. (Remacle 1952, 115) (E)

Le sucre vient à de l’humide, càd. en contact avec quelque chose d’humide, et il fond.

dîre one saqwè inte lu hôt èt l’ bas

dire quelque chose entre le haut et le bas, càd. à mi-voix

magni s’ binâhe (Remacle 1952, 116) (E) (= binauje (C))

manger son saoûl (binâhe: content)

 

Bien que le qualificatif ne soit pas accompagné de l’article, il est également substantivé dans les exemples suivants, où il équivaut encore à un neutre  (Remacle 1952, 116).

 

Ex :

I vôreut aler su pus gros.

Il voudrait aller sur plus gros, càd. aller occuper un plus gros bâtiment.

Dji n’ saureu pwârter gros d’on costé.

Je ne saurais porter gros, càd. un lourd fardeau, d’un côté.

Dju nu l’ freû nin po gros.

Je ne le ferais pour rien au monde.

I n’ vaut nin gros asteûre.

Il ne vaut pas lourd maintenant.

I tape crås èvôye (E)

Il jette gras, càd. il n’est pas regardant.

 

 

1.3.2.3 La substantivation du participe passé (lès blèssés (les blessés), ça sint l’ tchamossé (ça sent le moisi), etc.) possède en wallon une remarquable souplesse. 

Elle apparaît surtout après les verbes ou les locutions verbales « avoir », « c’est » et « il y a », et le wallon met souvent un article partitif ou indéfini, alors que le français mettrait seulement la préposition « de ». (Remacle 1952, 119)

 

Ex :

awè (/ aveûr (EW))

avoir

Dji n’ a vèyu qu’ lèye qu’ aveut on faît insi.

Je n’ai vu qu’elle qui avait un (par ex.: manteau) fait comme ça.

Vos ‘nn’ avoz co dè l’ dimérèye su l’ vôye, dè l’ mârtchandîje ?

Vous en avez encore de la restée en chemin, de la marchandise?

Vos-avîz co d’ l’ ôte soyîye.

Vous aviez encore de l’autre fauché (sous-entendu: du foin).

– Vos n’ v’loz nin prinde di l’ abwèsson?

– Non.na, dj’ènn’ a co d’ l’ achetéye.

– Ne voulez-vous pas prendre de l’eau?

– Non, j’en ai encore, de l’achetée.

c’ èst

c’est

Su c’ èsteût do soy à l’ machine. (Remacle 1952, 119) (EW)

Si c’était du [foin] fauché à la machine.

C’ è-st-one fêt fé. (Remacle 1952, 119) (E)

C’est une fait faire, càd. une [pièce] qu’on a fait faire, faite sur commande ou sur mesure.

i gn˗a

il y a

I gn-aveut dès rauyîs.

Il y avait des arrachés (sous-entendu: des arbres), càd. il y en avait d’arrachés.

I gn-a dès v’nus èt dès nin v’nus.

Il y en a de venus et de pas venus.

I gn-a dès courus lauvau dèviè l’ pont.

Il y a des courus là-bas du côté du pont, càd. il y a des gens qui ont couru.

 

Remarque

 

Quand le wallon aura « do», « dè l’ », « dès », le français utilisera « de » mais il fait précéder le verbe de « en ».  Si, en général, le wallon omet ce représentant, il peut aussi l’employer : Vos ‘nn’ avoz dè l’ dimèréye (ou: Vos-avoz dè l’ dimèréye) (Vous en avez de (la) restée), mais il maintient l’article devant le participe.  De toute façon, «  en » est insensible dans « i gn-a » (« il y a » ou « il y en a »). (Remacle 1952, 120)