1983 Les services secrets français aussi ont employé un tortionnaire nazi, LB 27/08/1983

On s’en doutait un peu : bien qu’ils aient été les seuls jusqu’ici à le reconnaître publiquement, les Américains n’ont pas eu le monopole de l’exploitation par leurs services de renseignements, de l’expérience d’anciens nazis ayant exercé leurs, talents dans l’Europe occupée, fussent-ils, comme Klaus Barbie, des tortionnaires patentés.
Dans le journal « Le Monde » de vendredi, Beate et Serge Klarsfeld, qui ont voué leur existence à ne pas laisser s’installer l’oubli des crimes nazis, révèlent que les services secrets français ont utilisé, immédiatement après la guerre, Ernst Misselwitz, l’un des plus hauts responsables de la Gestapo a Paris, le tortionnaire d’une grande figure de la résistance française, le député Pierre Brossolette qui se jeta du quatrième étage de l’immeuble de la Gestapo, avenue Foch, pour éviter de parler.
Me Serge Klarsfeld révèle d’autre part que les Britanniques auraient pu agir de même avec Hans Dietrich Ernst, l’ancien chef de la Gestapo d’Angers.
Tout comme les services secrets américains ont fait travailler Klaus Barbie dans l’immédiat après-guerre, la D.S.T. (Direction de la surveillance du territoire) française a protégé, pour l’utiliser, un autre criminel de guerre nazi, Ernst Misselwitz, et les Britanniques auraient pu agir de même avec Heins Dietrich Ernst, a révélé Me Serge Klarsfeld.
L’avocat souligne que ses propres informations et le document de la D.S.T. les corroborant, qu’il a fait publier dans le quotidien «Le Monde», devraient logiquement amener à la constitution par les autorités françaises d’une commission d’enquête, à l’instar de la commission américaine qui a récemment reconnu l’utilisation de Barbie par les services secrets des U.S.A., ce qui entraîne, de la part de ces pays, des excuses officielles à la France. Vendredi, aux ministres de la justice et de l’intérieur français, on n’avait encore fait aucun commentaire sur les révélations de Me Klarsfeld.
Premier cas: dans un document rédigé en 1947, la D.S.T. explique comment elle a été amenée à utiliser, au début de 1946, Ernst Misselwitz, ancien haut responsable de la Gestapo à Paris, qui avait notamment torturé Pierre Brossolette, l’un des animateurs de la résistance. Misselwitz fui jugé par contumace et condamné à 5 ans de prison en 1952 par le tribunal militaire de Paris.
Mme Gilberte Brossolette, épouse du grand résistant, a déclaré à l’A.F.P. « qu’à l’époque, les autorités lui avaient expliqué qu’il était impossible de toucher à MisselWitz qui avait été enrôlé par les services secrets américains ».
Deuxième cas: Me Klarsfeld, qui avait enquêté ‘en 1976 en Allemagne de l’Ouest sur la reconversion de Hans Dietrich Ernst, ancien chef de la Gestapo d’Angers, avait découvert
dans son dossier judiciaire que le nazi avait été arrêté par les Soviétiques en 1946, comme agent britannique infiltré en zone d’occupation soviétique, avant de passer huit ans en camp, à Vorkuta, dans le nord de l’Union soviétique.
Interviewé la semaine dernière par la télévision française, M. Roger Wybot, l’un des fondateurs de la D.S.T. à la libération, a reconnu que la D.S.T. avait utilisé de tout temps des agents étrangers, sans donner aucun nom, en soulignant que les services secrets, dans leur action, ne pouvaient se soumettre à de quelconques préoccupations morales.
Commentaire de Klarsfeld dans « Le Monde » : « L’utilisation de Barbie par les services spéciaux américains a été une pratique déplorable, comme on l’a officiellement souligné à Paris… Nous voulions, pour notre part, rappeler que les Etats-Unis n’ont pas eu l’exclusivité d’une pareille pratique. Mais peut-être conserveront-ils d’elle, en un semblable cas, d’avoir suscité une efficace commission d’enquête ».

1992 Mitterrand fils /très controversé/ quitte la cellule Afrique de l’Elysée, LB 06/07/1992

1993 Les « précédents » de la Ve république : jamais un ministre n’avait démissionné, LB 26/09/1993

Tandis que la marée noire provoquée par le bateau écologique Greenpeace – quel paradoxe ! – ne fait que s’étendre dans les milieux gouvernementaux et militaires de la France, il faut bien constater que c’est la première fois depuis que la Ve République existe qu’un scandale de ce genre a entraîné la démission d’un ministre et une mise en cause aussi virulente des hommes au pouvoir par les leaders de l’opposition.
Remontons à 1965. Le 29 octobre de cette année-là, Mehdi Ben Barka, chef de l’opposition marocaine, se fait pousser dans une voiture par deux agents du SDECE, en plein boulevard Saint-Germain devant la brasserie Lipp. Qui a ordonné cet enlèvement ? Depuis lors, la vérité n’a jamais été découverte, ou du moins révélée. Le général de Gaulle limoge rapidement les responsables des services secrets et retire ceux-ci du service de tutelle du Premier ministre pour les rattacher au ministre des Armées. Puis, impassible et dédaigneux, le général laisse tomber lors d’une conférence de presse : «Ce qui s’est passé, n’a rien eu que de vulgaire et de subalterne».
Deux ans plus tard, nouveau scandale. Le 1er octobre 1968, Stefan Markovic, garde du corps d’Alain Delon, est retrouvé dans une décharge publique à Elancourt (Yvelines). Il a une balle de 9 mm dans la tête. Des hommes du SDECE auraient cherché à compromettre Georges Pompidou à travers les fréquentations de sa femme, parce qu’il a osé annoncer qu’il était candidat à la présidence de la République en cas de retrait du général de Gaulle. Le général ne fera rien pour défendre l’honneur de son ancien Premier ministre. Aucun ministre n’a démissionné…
Huit ans plus tard, M. Giscard d’Estaing étant à l’Elysée, on découvre le prince de Broglie, fondateur du Parti républicain, signataire des accords d’Evian, assassiné devant la porte de son domicile, rue des Dardanelles. En quelques heures, M. Poniatowski, ministre de l’Intérieur, exhibe un tueur, dénoue l’enquête, et proclame : « La boucle est bouclée». Mais on apprend que la police était au courant des menaces qui pesaient sur le prince. Le ministre dément. «Le Canard enchainé» publie un rapport de la brigade territoriale qui réfute l’allégation du ministre, et accable les responsables de l’administration policière, ainsi que M. Poniatowski lui-même. Celui-ci s’en tire par une pirouetté « L’affaire de Broglie, tout le monde s’en fout». Et il conserve son portefeuille.
Plus tard encore, on retrouve le cadavre du ministre Boulin. «Il s’est suicidé», concluent lapidairement les enquêteurs. La famille proteste, réclame. Il n’y a pas de problème, pas de scandale, disent haut et fort MM. Giscard d’Estaing et Barre. M. Alain Peyrefitte, alors ministre de la Justice, dont Boulin avait écrit qu’il était « plus préoccupe de sa carrière que du bon fonctionnement de la justice», ne bronche pas, ne démissionne pas.
Personne non plus ne démissionna lorsque fut découverte la pose de micros dans les locaux du « Canard enchaîné ». Aucune démission, non plus, dans l’affaire des diamants offerts par le sanguinaire Bokassa au président de la République Giscard d’Estaing. Cela fait pas mal de scandales-politiques depuis vingt ans en France… Ils furent tous étouffés par les prédécesseurs de MM. Mitterrand et Fabius.

1994 Jacques Cordy, France: suicide, à l’ Elysée, d’un fidèle déchu, LS 09/04/1994

François de Grossouvre, 76 ans, un des proches du président Mitterrand évoqua un souvenir de 1961: François Mitterrand, sur le oint d’aller en Chine, l’invita à déjeuner avec « une de ses relations qui ne manquait pas de contacts en Asie. » « Et François de Grossouvre de découvrir avec surprise que le convive était… René Bousquet (l’ex-chef de la police de Vichy!), à l’époque l’un des responsables de l’ancienne banque d’Indochine devenue Indo-Suez. »