1970s

ASSIMIL OCCITAN, Leiçon 55, p.259

 

Nice et la côte

1 Nice n’est devenue définitivement française qu’en 1860.

 « Mais alors, quand on apprend (ils apprennent) aux petits Niçois, à l’école, l’histoire des rois de France, ce n’est pas leur histoire ! »

3 « L’histoire de France que nous connaissons est une jolie chose (…), quand il n’y pas trop de choses qui ne sont pas vraies. »

 

Leiçon 9

1 L’occitan est la langue naturelle de l’Occitanie.

 

1972

Jean Larzac, éd., « 4 Vertats », Le petit Livre de l’Occitanie, éd. Maspero, 1972

 

(p.11) Conquête militaire de l’Occitanie

 

Entre l’Occitanie [I] et la France, Augustin Thierry parle d’une véritable aversion nationale ‘. Les liens de vassalité n’y font rien. « Qui t’a fait comte ? »  dit un des premiers Capétiens. « Qui t’a fait roi ? » lui rétorque un seigneur occitan. Le malheur veut que, des trois mai­sons féodales puissantes en Occitanie, la seule véritable­ment centrale et dont l’intérêt est lié à celui de l’Occitanie seule, la maison de Toulouse, ne soit pas parvenue à la royauté. Le comte d’Aquitaine devient duc en 1032 et Aliéner d’Aquitaine, devenue reine d’Angleterre n’a pas besoin du reste de l’Occitanie, que son ancêtre Guillaume IX, le troubadour, essaya de conquérir. La maison de Barcelone, devenue la famille royale d’Aragon avec le troubadour Alphonse le Sage (1152), sera aussi tentée de dominer le reste de l’Occitanie, et Ramon Berenguier reçoit en dot la Provence, terre lotharingienne : les frontières artificielles des royaumes carolingiens ne comptent pas 2. Mais les rois catalans se consoleront de

 

1 «  A la fin du x« siècle, les pays de langue d’oc étaient séparés du royaume de France par une aversion nationale aussi pro­noncée que pouvait l’être celle qui existait entre les Français et les Allemands. » (Lettres snr l’histoire de France), repris par Engels :

«  La nationalité des Français du Midi n’était au Moyen Age pas plus apparentée à celle des Français du Nord que ne l’est aujourd’hui la nationalité polonaise à la nationalité russe. » (Débat sur la Pologne à la Diète de Francfort.)

2 Devant le danger d’annexion, Toulouse et Barcelone -Provence signent en 1204, à Millau, un pacte d’assistance mutuelle. La grande Occitanie tricéphale est en train de se créer au moment ou le pape va précipiter la Croisade.

 

(p.12) l’Occitanie perdue à la défaite de Muret : Pierre II d’Aragon a ouvert une aire d’expansion vers le Sud, sur les Arabes, avec la victoire de Las Navas de Tolosa.

Reste la maison de Toulouse, ancienne capitale des Wisigoths. Originaires de Saint-Gilles, les Raimond éten­dent leurs domaines de Forcalquier à la Garonne. Pour eux, il n’est point d’aire d’extension hors de l’Occitanie, qu’ils désignent comme la terre des hommes « de nôstre lengatge ».

Mais le roi de France entend bien s’emparer de l’Occi­tanie pour son propre compte. Il n’a sur elle qu’une autorité nominale de suzerain. Or c’est un principe que les vassaux ont le droit de choisir leur souverain, et les comtes de Toulouse, pour échapper au péril français, feront hommage au roi d’Angleterre comme au roi d’Aragon. Il est plus sûr d’être le seigneur direct. En somme, de transformer un protectorat en département d’Outre-Loire.

 

[3] 1re étape : l’Anschluss manquée de l’Aquitaine

En 1137, Louis VII essaie de s’approprier l’ouest de l’Occitanie en épousant Aliéner d’Aquitaine, fille de Guilhem X, dernier duc d’Aquitaine ; c’est la tactique du cheval de Troie : il compte bien, ayant mis les pieds en Occitanie, la conquérir tout entière. Au nom des droits de sa femme, petite-fille de Philippe de Toulouse, il vient assiéger Toulouse, qui résiste victorieusement. Et, Aliéner divorçant en 1152 pour épouser deux mois plus tard Henri de Plantagenêt, un angevin qui devient roi d’Angle­terre en 1154, l’Occitanie lui passe sous le nez.

[4] 2e étape : l’Anschluss de « l’Auvergne

En 1189, Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre dont les possessions aquitaines sont envahies périodiquement par le roi de France, échange le Quercy occupé contre l’Auvergne. (p.13) Les populations n’ont pas été consultées : elles préfé­raient l’Anglais lointain et respectueux de la culture occi­tane (on a attribué des poèmes occitans à Richard Cœur de Lion, ami des troubadours). C’est la résistance. Philippe-Auguste se charge de la mater.

 

[5] 3e étape : l’Anschluss de l’Occitanie centrale

Les * cathares

Eloignée des centres théologiques carolingiens, l’Occi­tanie est livrée à elle-même. Faute de maîtres incontestés, tout le monde discute de tout. Même les femmes se mêlent de théologie. Lorsque l’Eglise veut rattraper la situation, il est déjà trop tard. Ses technocrates ne mordront pas sur un pays, une mentalité auxquels ils sont étrangers, pla­qués. Saint Bernard et saint Dominique échouent : leur sainteté vient aussi trop tard, après la leçon donnée par les austères cathares au clergé catholique dissolu. Et chacun s’est fait une opinion : les cathares ne sont pas nombreux, mais au lieu de les brûler comme dans le Nord, on les respecte, on discute avec eux, on les estime. La persuasion ne marchant pas, le pape décide d’employer la force.

 

La  croisade contre les Albigeois

 

Dans le monde du Moyen Age, caractérisé par le ser­vage, la féodalité, la confusion entre l’Eglise et l’Etat, l’emprise de la société sur l’individu, l’Occitanie, terre de liberté, jetait comme un défi.

—  Défi de la liberté de religion, et donc de la pensée libre, si dangereuse pour « la bonne marche de la société » : c’est pour défendre la société beaucoup plus que la foi (car la foi est libre par définition), que les Croisés vont déferler de France, d’Allemagne, d’Angleterre et de toute la « chrétienté » pour massacrer les cathares et leurs frères catholiques respectueux de leurs croyances.

—  Défi pour le roi de France, que cette terre ouvrant sur la Méditerranée,  riche,  et où la féodalité disparais­sait devant les libertés communales, devant la démocratie (p.14) de véritables républiques consulaires. Le roi transforma la croisade en conquête : une politique de la terre brûlée anéantit la richesse du Midi, et la guerre économique dou­blait l’invasion.

1209-1213. Le légat Arnauld Amalric, à la tête des Croisés, brûle, à Béziers, catholiques et cathares réunis dans l’église de la Madeleine. Carcassonne tombe, le Croisé Simon de Montfort s’en fait nommer vicomte à la place de Raimond Roger Trencavel, le légitime seigneur, qu’il emprisonne, puis liquide. Alors Raimond VI entre en guerre et pendant que Simon prend Minerve, Termes, Cabaret, Lavaur, le Rouergue et le Quercy, Pierre II d’Aragon rejoint le comte de Toulouse. Mais Simon de Montfort écrase la coalition *catalano-occitane à Muret le 12 septembre 1213 ; le roi Pierre II meurt sur le champ de bataille. Simon de Montfort se fait accepter par le roi de France et par le concile de Latran comme comte de Toulouse.

 

La résistance (1216-1224)

 

II reste au jeune comte Raimond VII la Provence (terre d’Empire). Mais Beaucaire, puis Toulouse le réclament. Les villes occitanes se révoltent, dressent des barricades. Rai­mond VII, porté par tout un peuple qui crie résurrection, reprend Beaucaire et Toulouse, aux clameurs de « Tolosa e Provença », rappelle d’Aragon le vieux comte exilé, Raimond VI. Simon est tué devant Toulouse (1219) : « Lo lop es mort, visca Tolosa ciutat radiosa ! » chantent les Toulousains qui tournent en dérision les deux Montfort, le père abattu par l’arbalète d’une femme, le fils, Amaury, revenu en France avec le cadavre de son père dans ses bagages (1224).

 

L’occupation

 

Philippe-Auguste auquel le pape faisait miroiter l’Occi-tanie exposée en proie, et qui tentait déjà, grâce à l’expé­dition de Dampierre, de s’assurer l’Auvergne (1211-1212). avait envoyé son fils, le prince Louis, contre Toulouse. Coup manqué en 1219. En 1226, devenu roi, Louis VIII s’entend avec le pape Honorius III. On excommunie Raimond VII, on affame Avignon qui capitule. En 1229, après vingt ans de guerre, Raimond VII comprend que son (p.15)

peuple, saigné à blanc, ne peut plus résister. Il se rend à Paris où, devant Notre-Dame, il est flagellé et doit se soumettre au traité de Meaux : sa fille épousera Alphonse de Poitiers, frère de Louis IX. Ainsi l’Occitanie centrale passerait à la couronne… et réintégrerait le sein de l’Eglise car il faudra payer une université à Toulouse : université répressive aux mains des dominicains, chargés bientôt de l’Inquisition (créée en 1234). L’Eglise, qui a négligé l’Occi­tanie au moment où une université eût été nécessaire à ses chrétiens, et une bonne réforme à son clergé, ne peut plus servir qu’à fournir une gestapo au régime.

 

Le bûcher de Montségur

 

En 1242, Raimond VII pense pouvoir se dégager du piège de Meaux : les Inquisiteurs sont exécutés à Avignon-net, et Raimond reprend à Narbonne le titre de duc, essaie de se remarier pour qu’un héritier mâle prive Alphonse de Poitiers, son gendre imposé, de sa succession. Il tisse une coalition groupant les « bons » souverains de l’Occi­tanie, c’est-à-dire Henri III d’Angleterre (Aquitaine), Fré­déric d’Allemagne (Provence) et le roi d’Aragon, suzerain du jeune Trencavel, héros de la résistance à Carcassonne. Mais Louis IX écrase un des alliés, Lusignan, en Poitou, et Raimond VII se retrouve seul. En 1244, Montségur, refuge des cathares et des justiciers d’Avignonnet, est réduit, et ses cathares brûlés sur place, semble-t-il, au « camp dels cremats » (1244).

 

[6] 4e étape : l’Anschluss de la * Provence

Blanche de Castille, qui avait marié Alphonse de Poi­tiers à l’héritière de Toulouse, fait épouser à l’héritière de Provence, Béatrice, son quatrième fils, Charles d’Anjou (1246). Mais les Provençaux ne sont pas d’accord, qui tiennent à leurs démocraties urbaines. Charles « pacifie » une à une Arles, Avignon, Marseille. La conquête dure dix ans (1251-1262). Le troubadour Boniface de Castellane, héros de la résistance, s’exile en Italie. Les républiques consulaires sont supprimées.

(p.16) En 1271 pour le Languedoc, en 1481 pour la Provence, le descendant des frères de Louis IX restant sans héritier, c’est le roi de France qui les récupérera..

 

[7] L’Occitanie, terre confisquée

Les rois de France se rendent compte que les terres du comte de Toulouse ne sont qu’une partie des terres de langue d’Oc. Mais en s’affirmant les maîtres de ce qu’ils appellent la * « langue d’Oc » (Occitania en latin), ils prétendent avoir des droits sur les parties non encore annexées. C’est ainsi que, plus tard, Louis XIV s’emparant de l’Alsace, allemande de langue, y verra un dire à reven­diquer l’Empire d’Allemagne et, pour cette raison, se gar­dera bien de franciser l’Alsace. De la même façon, les capétiens officialisent l’usage de l’occitan, différencient l’administration au Sud de la Loire, gouvernant ici par sénéchaux et là-haut par baillis.

Seigneurs de l’Occitanie, les voici à la conquête de la Catalogne (1282-1291). C’est l’échec. Et l’Aragon conti­nue à disputer la Provence aux Anjou. Mais ils se rattra­pent sur l’Aquitaine. Louis IX, en 1259, a obtenu que l’Anglais lui laisse ses terres françaises (Normandie -Anjou), et lui fasse hommage pour ses terres occitanes (qu’il appelle « Guyenne » : * Gascogne, Périgord, «  »Limousin et Quercy). Mais les Anglais ont l’habileté de laisser à la Guyenne son organisation démocratique (les fors). Le prince de Galles était plus Occitan qu’Anglais, et sa principauté d’Aquitaine, dont Bordeaux est la brillante capitale, le soutient contre les incursions des Français, appelés par Jean d’Armagnac et les Rouergats qui refusent de lui payer la foatge (1369-1374). D’ailleurs, en 1377, c’est contre les impôts, imposés par Bernard d’Armagnac et Charles VI que se révoltent les Tuchins de Languedoc.

Au début du xv* siècle, si le Languedoc et les Arma­gnacs soutiennent le roi de France, c’est pour s’opposer à la domination bourguignonne. Il s’agit bien d’un conflit Nord-Sud. Le « royaume de Bourges » auquel se réduit la France de Charles VII est tout entier au sud de la

(p.17) Loire (1429), plus occitan que français. Mais Jeanne-d’Arc boute les Anglais hors de France, et Charles VII hors de « son » Occitanie, écrase en 1452 la résistance de la ligue des cités aquitaines qui avaient appelé à la rescousse les Anglais de lord Talbot. Charles VII s’em­pare de Bordeaux et y supprime les libertés démocratiques. Montpellier ayant été acheté en 1439, Montélimar troqué en 1447, il reste à Louis XI de recueillir en 1481 la Provence sans héritier. Toute l’Occitanie était aux Fran­çais.

 

(p.29) L’école du mépris et de l’ignorance [89]

 

Pendant ce temps, l’Occitanie est « la France obscure » des statistiques de Dupin (1825) car la scolarisation en français y est apprentissage d’une langue étrangère : « Un ministre de l’Intérieur qui voudrait faire son métier… devrait demander un crédit de deux millions par an pour amener au niveau d’instruction des autres Français les peuples qui habitent dans le fatal triangle qui s’étend entre Bordeaux, Bayonne et Valence. On croit aux sor­ciers, on ne sait pas lire, et on ne parle pas français dans ces pays… » écrit Stendhal (Vie d’H. Brûlard). Taine décrit ainsi Toulouse : « Tout est italien. Nous avons une France qui n’est pas la France. Les rues en pente escarpée, le soir à peine éclairées à la longue distance d’une lumière vacillante, sont pareilles à celles de Rome et de Pérouse… Mes collègues me disent que de tout temps le Midi s’est montré moins loyal que le Nord. » (Carnets de voyage.) Michelet renchérit, toujours à propos de Toulouse : « Les gens aisés du moins sont Français ; le petit peuple est tout autre chose, peut-être Espagnol ou Maure… Dans la France, la première gloire est d’être

(p.30) Français. Les extrémités sont opulentes, fortes, héroïques, mais souvent elles ont des intérêts différents de l’intérêt national ; elles sont moins françaises. » (Tableau de la France.) Or, la République bourgeoise avait besoin pour ses guerres coloniales ou impérialistes de bêtes à boucherie, et pour son expansion, d’une table rase. Tout habitant de l’hexagone doit être mobilisable pour l’armée, la production et la consommation.

Il faut donc, profitant de ce qu’il ne sait rien de lui-même (et on y a veillé !) faire croire à ce peuple qu’il est français : le mythe de la nation inventé en 1789, n’y suffit pas. L’école obligatoire va être un merveilleux ins­trument d’aliénation. On va y enseigner une histoire falsi­fiée — selon une tradition d’ailleurs ancienne, qui remonte à l’histoire sacralisée, dont les moines de Saint-Denis ont doté les Capétiens, et au-delà même, à la loi salique : gesta dei per francos l

Cette falsification de l’histoire se fait justement au moment où les Occitans redécouvraient la vérité, et au moment des renaissances nationales, au début du xix’ siècle.

Que l’on compare l’histoire avant et après Michelet. Avant, on sait encore que l’Occitanie n’est pas la France. Michelet, lui-même, dit : < La vraie France, celle du Nord », mais il ne pardonne pas au reste de n’être rien du tout, puisque pas français. Et sa conception nationa­liste, volontairement partiale influencera l’histoire officielle des écoles libres ou laïques et obligatoires, celles où l’on apprend aux Occitans à s’ignorer, plus : à se mépriser ‘.

 

Ignorance de soi

 

Par une sorte de falsification généalogique, on donne aux Occitans des ancêtres français aux yeux bleus et che­veux blonds, dont avec leur teint brun, ils ne peuvent se croire que bâtards : par delà les Francs, qu’on n’ose pas faire progéniturer dans le Midi où ils ne sont jamais allés., on trouve ces Gaulois comme dénominateur commun aux nouveaux Français — oubliant que l’Italie du Nord était

 

1 « L’oubli, et je dirai même l’erreur historique, sont un facteur essentiel de la création d’une nation, et c’est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger. L’investigation historique, en effet, remet en lumière les faits de violence qui se sont passés à l’origine de toutes les formations politiques, même de celles dont les conséquences ont étd les plus bienfaisantes. L’unité se fait toujours brutalement ; la réunion de la France du Nord et de la France du Midi a été la résultat d’une extermination et d’une terreur continuée pen­dant près d’un siècle » (Ernest renan, Qu’est-ce qu’une nation ? 1882).

 

(p.31) aussi gauloise, et que seuls les Bretons — aussi peu Fran­çais — peuvent se dire descendants des Celtes.

On ne dira rien de la civilisation occitane du Moyen Age et les troubadours, classés manuscrits français à la Bibliothèque nationale (comme la Pietat de Villeneuve-les-Avignon est classée « art français » au Louvre) auront droit à l’extrême rigueur à être présentés en traduction aux élèves. De toute façon, on fait croire que la «  »langue d’oc et la langue *d’oïl sont devenues le français… Rien sur les massacres de la croisade contre les cathares, sur toutes les répressions qui ont suivi l’annexion des terres occitanes ; la révolte de Montmorency est classée parmi les frondes des « grands », et les manuels d’histoire chan­tent la « nécessaire unité française » au même titre que l’œuvre admirable de la colonisation outre-mer. C’esl Jules Ferry qui programme ici le décervelage des Occitans par l’école, et là la guerre coloniale. Résultat : les jeunes Occitans, se croyant Français, peuvent aller massacrer du nègre ou du « bougnoul ».

 

Mépris de soi

 

Les enfants apprennent qu’ils ne parlent pas une langue, mais un * « patois ». Et comme on a morcelé l’Occitanie en provinces (c’est-à-dire en territoires découpés au hasard d’annexions successives) et non en dialectes (le gascon se parle en Guyenne, le languedocien aussi, et le provençal à Nîmes, qui est en Languedoc, et le Nord-Occitan en Dauphiné comme en Auvergne), comme on l’a atomisée en départements, on montre que le « patois » varie de village à village — que les uns disent balaja, d’autres escoba et d’autres engranièra, moyennant quoi il est plus simple de se mettre au français. Au nom du même rai­sonnement, les Ch’timis, les Berrichons, les Normands et les Parisiens devraient apprendre l’anglais ! Mais le maître d’école — même s’il ne sait rien — ne se discute pas.

Il est vrai que, au régiment, cet autre « creuset » où l’on fond Bretons, Alsaciens, Occitans, Corses et Basques dans une même conscience « nationale », les Béarnais et les Provençaux arrivent à se comprendre en parlant chacun son dialecte. Ils redécouvrent l’unité de ce que,

(p.32) faute de savoir le mot propre, ils appellent « le Midi » — mot des autres, car on est toujours le midi de quelque __ part —, en découvrant que le « patois » est en quelque « sorte leur langue nationale. Ils arriveront même, avec un peu de chance, à savoir qu’il y a des « monsieurs » qui écrivent < en patois ». Qu’à cela ne tienne : au moment où Mistral reçoit le prix Nobel, les instituteurs font la guerre aux « patois » avec les mêmes méthodes en Occi-tanie, en Flandre « française > ou belge, en « Algérie française » et en Bretagne ou à Madagascar : celui qui parle à l’école dans la langue de sa maison est cafardé par son voisin, et n’échappe à la punition qu’en cafar­dant un autre camarade. C’est la terreur à l’école, ce que l’U. N. E. S. C. O. définit comme un *génocide cul­turel.

 

C’est au xx* siècle que ce génocide culturel est systé­matiquement organise. :

Demandez à vos grands-parents ce qu’est le « *signal ». Leur génération parlait encore l’occitan quotidiennement, mis à part quelques bourgeois déjà intégrés, aliénés.

 

(p.170) (…) l’information de la population occitane (…), trop souvent engluée dans un chauvinisme français que l’école et les moyens de communication de masse ne cessent de véhiculer, pervertie par les séquelles de l’impérialisme triomphaliste tricolore.

 

(p.191) francophonie : territoires sous domination culturelle française

 

(p.192) L’UNESCo a déclaré en 1967 qu’il y a génocide culturel chaque fois ,qu’il y a une «  exclusion de l’école d’une langue parlée par une collectivité ».

 

1972

Rencontre, une émission consacrée à marie Mauron ou ‘la Provence  qu’ on assassine’, Centre RTBF Hainaut, 3e programme, synthèse de l’ amission Rencontre, pasée sur antenne, le 28/10/1972

 

“Au siècle dernier, quand j’ étais enfant, on nous punissait atrocement quand nous avions prononcé un mot de provençal dans la cour de l’ école et nous avions des maîtres – parce qu’ ils recevaient des ordres de Paris – qui faisaient cette chose ignoble pour des éducateurs de donner un jeton à celui qui parlait provençal.  Il avait la charge de le donner, lui le gosse, à celui qui parlait provençal.  Ce qui encourageait la délation, bien entendu.  Ce qui encourageait aussi que s’ il en voulait à quelqu’ un et voulait se débarasser de son jeton, il le donnait à l’ importe qui en affirmant qu’ il l’ avait entendu parler provençal.  Ce qui les portait à mentir.  C’ est tellement ignoble.  J’ ai été victime de cela.” (p.12-13)

 

1973

Robert Lafont, Lettre ouverte aux Français d’un Occitan, Albin Michel 1973

 

(p.19) Je nais. On me déclare à la Mairie. L’état civil, depuis le xvie siècle, est français. L’état civil, c’est l’Etat imprimé dans mon prénom. Je m’appellerai Pierre et non Pèire, Jacques et non Jaunie, Dominique et non Domenge, Jean et non Joan. A peine mon père aura-t-il le droit, si l’officier municipal est bienveillant, de m’appeler Guilhem. Mais, ne nous y trompons pas, ce prénom sera enregistré comme un exotisme et un snobisme (ça (p.20) pourrait être Jack ou Harry), non comme une substitution à Guillaume. L’autochtone parvient à se faire admettre quand il passe pour étranger. Si les Occitans décidaient de nommer leurs enfants droitement en occitan, ils ren­contreraient les mêmes difficultés qu’on connaît aux Bre­tons : on leur refuse leurs saints 5 !

Depuis quatre siècles donc, cela dure. La famille gas­conne des Garros prénomme ses enfants en langue d’oc jusqu’à Pey, le poète, qui ne prolonge cet usage que par décision patriotique. Le grand-père du périgourdin Mon­taigne n’a jamais signé que Ramon ; lui-même s’est appelé Michel et non Miquèl. Dans nos textes administratifs du xvne siècle, le témoignage circule encore, de ces pré­noms d’oc toujours vivants, mais dénoncés comme popu­laires, patoisants, pittoresques, presque des surnoms. Con­curremment jusque dans la langue parlée, qui n’est pas alors française, le prénom français redescend comme signe d’officialité, de dignité sociale, de liaison au pouvoir. Rares sont les Occitans aujourd’hui qui savent dire Pèire, et Jaume, et Joan, et Domenge. Même quand nous parlons notre langue, nous sommes un peuple traduit.

Du moins ai-je droit à mon nom de famille, où je peux réapprendre Peyre, Jaulmes, Jouan, Doumenge et Doumergue. Le souci d’attester les filiations, en favori­sant l’archaïsme (en conservant les épaves du préceltique, du celtique, du germanique — qui est chez nous wisi-gothique) a préservé dans leur masse nos appellatifs d’oc. Le rôle des impôts et l’annuaire des téléphones suffisent ainsi à Limoges, à Marseille, à Toulouse comme à Cler-mont-Ferrand, à prouver l’Occitanie et à restaurer son langage. Noms de métier : Fabre ou Faure, Fournier, Fustier, Pélissier, Sabatier, Teyssier. Noms d’états

 

5. Un officier municipal d’Avignon vient de refuser Esclarmonda.

 

(p.21) sociaux : Pages, Bayle, Ramonet, Canonge, Sénescal. Noms qui reconstituent un paysage végétal : Castan, Ghassan, Delcassé, Roure, Sauze, Delteil ; les lignes du relief et le visage des cités : Campredon, Claparède, Castelnau, Laborie, Lasserre, Delrieu, Carrière, Dubarry, Costefrège ; et la variété des types humains : Roussel, Peloux, Mouret, Calvet, Canut, Cambefort… J’énumère quelques pièces d’un trésor linguistique. Mais pour le savoir sien, il faudrait le comprendre. L’enfant exclu de la langue d’oc avance dans la vie sous le mystère de son origine.

De son nom d’ailleurs vous avez fait un barbarisme. Renonçant à le traduire (combien de Boyer cependant sont devenus Bouvier et combien de Villanove, Ville­neuve ?), vous lui avez imposé l’accent du français. Vous avez effacé notre finale féminine au bénéfice de votre e, que vous rendez muet : nos rythmes vocaliques se perdent entre vos consonnes. Tous nos au diphtongues sont devenus des o. Voici maintenant que ey et ay tour­nent à de votre mode : Rey ne se reconnaît plus en raie et Bayle définitivement bêle.

Oserai-je dire que j’enrage de la bôria (la ferme) incon­naissable sous Laborie et de barri (le rempart, le fau­bourg) camouflé par Barry ? L’affaire est-elle mineure ? Mon dépit est-il d’érudition blessée ? Non, car une lan­gue comme l’occitan n’est elle-même que chaque mot frappé de son accent tonique. Il y a très longtemps que ce type d’accent, le français l’a perdu. Sur ce point les deux langages romans de l’ancienne Gaule divergent fonda­mentalement.

J’élargis la question. On sait bien que les Français acquièrent difficilement l’accent tonique des autres lan­gues latines. De leur incapacité ils n’ont aucune ver­gogne : il faut les entendre en Espagne et en Italie filer avec l’impudeur de l’ignorance les Montécassinò et les (p.22)

Toledò. Ainsi font les speakers de l’O.R.T.F. qui nous servent quotidiennement des Franco et des Leone. Tou­ristes et speakers réservent leur attention aux langues germaniques, qu’il n’est pas permis de trop mal pro­noncer. Pour les Français, la norme linguistique est auto­ritaire si elle descend du nord ; au sud, il n’y a que des parlers soumis, des mollesses latines. Nous sommes parmi ces Latins. En choisissant d’écrire chato (jeune fille), les félibres nous ont valu bien des châteaux en Provence. Ai-je donc tort de voir dans ces Delcassé et ces Dubarry que vous nous avez imposés et que nous avons fini par trouver normaux, la trace indélébile de votre mépris ?

Dois-je passer sur les accidents de la graphie ? Vous avez largement fait disparaître nos usages d’écriture, mais quand vous les gardez, c’est bien pire. Comme Ih et nh ne sont pas français6 (vous écrivez ill et gri), vous avez imposé d’étranges prononciations à Darius Milhaud, à Jean Paulhan et à Jean Brunhes.

Comprenez-vous maintenant quel intérêt il y a, de langage en son lieu et de langue en la bouche, à suggérer que Joseph Delteil redevienne Josèp Deltelh ? Irons-nous jusqu’à désirer que Montesquieu (ce « mont sau­vage ») retourne à Montesquiu et Pompidou à Pompidor (ce qui nous éviterait « pompidolien ») ?

Ce que je dis de nos noms vaut aussi pour les noms de nos villes, de nos villages, de nos montagnes et de nos rivières. Il y a quelques années les instituteurs de Génolhac en Cévennes s’obstinaient à combattre une pro­nonciation spontanée et donc la seule juste ; le niveau social s’y reconnaît depuis eux à l’erreur institutionnelle :

 

6. Rappelons que les Portugais ont emprunté ces graphies à l’occitan. Elles sont donc allées au Brésil. Les Jésuites portugais les ont transportées au Viêt-Nam. Peletier du Mans, qui était au xvi » siècle un linguiste sérieux, aurait voulu Ih pour le français.

 

(p.23) « Génolac ». Personne ne dit plus correctement Sernhac. On nous a fabriqué des monstres, comme ce Pas des Lanciers (lo pas de l’enciâ, « le pas de la faille ») près de l’étang de Berre, ou le Valcarès en Camargue (lo Vacarés, « le lieu des troupeaux »). Consolons-nous en pensant que les Bretons sont bien plus mal lotis : avec leur jolie « Baie de la Rivière » on a fait la Baie des Trépassés, de sinistre renom, au hasard d’un jeu de mots.

Tout cela dans l’impunité de l’incompréhension ré­pandue. Ecrit dans une langue refoulée, le merveilleux paysage de Marseille ne dit plus rien à l’enfant de la ville ; les Accules (les contreforts), la Madrague (le grand filet), la Canebière (la chènevière), l’Estelle (l’étoile). Vous nous déracinez en notre propre pays. Bientôt à Nice, si nous n’y prenons garde, on ne comprendra plus, malgré le vent, Raubacapèu.

A moins qu’on ne change tous ces noms… Un grand linguiste le proposait déjà vers 1950. Toute la toponymie de France enfin traduite en français, comment n’y a-t-on pas pensé plus tôt ? Le territoire enfin lisible avec le seul recours du Larousse, quelle commodité ! J’y résiste: accusez-moi de chauvinisme. Je voudrais que Toulouse fût Tolosa, au risque de vous entendre dire Tôlôsà. Allons, appelez-moi occitan. C’est en effet de cela qu’il s’agit : de me retrouver sous mon nom en mon pays qui recevrait de lui-même tous les mots dont il se décrit.

 

(p.29) Votre, notre école n’a jamais apporté de chances à l’enfant que dans un système donné, celui qui lui pétris­sait des programmes. A l’heure de l’impérialisme, elle a été l’école du soldat. Temple d’une mystique du peuple, elle a préparé le peuple au massacre des guerres et lui a fourni le droit d’aller massacrer en Afrique, en Asie au nom de la mission de la France. C’était l’école de (p.30) l’unitarisme et l’école de l’expansion guerrière, l’une et l’autre au service des fortunes au pouvoir. Jules Ferry, son bon apôtre, est aussi le « tonkinois » colonialiste. Je frémis à regarder cette image d’une classe primaire en 1916 : dictée corrigée au tableau qui parle de mitrail­leuses prises à l’ennemi, enfants vêtus d’une blouse qui ressemble à un uniforme militaire, portraits de généraux et drapeaux aux murs, instituteur aux allures de sergent recruteur. Ecole du peuple ou des marchands de canons ? Votre, notre école n’a jamais apporté la culture aux masses populaires qu’en détruisant les cultures vécues par elles. Elle l’a fait chez nous, elle l’a fait sur trois continents. De cette façon, c’était une école de la décul-turation, une école du mépris, une école coloniale.

 

(p.100) e « méridional » naît au xvie siècle. C’est un accent. C’est un type humain. J’ai essayé de montrer ailleurs * comment il apparaît dans les lettres françaises en image répulsive. Rien n’approche en signification radicale la somme parfaitement organisée de clichés qu’Agrippa d’Aubigné réunit sous le titre des Aventures du Baron de Faeneste. Paris au xvne siècle consomme, pour s’assu­rer une prééminence dans le royaume, des plaisanteries sur le capitaine gascon : non seulement Paris, mais tout le monde d’oïl. On sait bien alors qu’il y a deux France, celle d’A-diou-sias et celle de Dieu-vous-conduise, pour suivre Malherbe. Ne parlant pas le même langage, elles ne sont pas peuplées des mêmes êtres. Ceux du nord de Loire ont pour eux la sagesse, la mesure, la finesse d’es­prit et le raffinement des mœurs, le goût des réalités, le sérieux ; ceux du Sud gardent en un mauvais partage l’outrecuidance, la grossièreté, le rêve et le verbe, la parole qui ment.

On interroge les œuvres littéraires. On cherche chez d’Aubigné, chez Malherbe, dégasconneur de la cour, chez le Corneille de L’Illusion comique, chez le Molière des Précieuses ridicules et de Monsieur de Pourceaugnac (le beau nom français, pour qu’on comprenne l’allusion ! et suffixe à l’occitane, pour qu’on voie qui elle désigne !), chez tant d’autres auteurs, des images du méridional comi­que. Reste-t-on ainsi dans l’analyse du « sentiment litté­raire » ? Non, car cette littérature-là ne parle pas dans le désert. Vers elle monte un sentiment diffus dans le corps social et d’elle redescend, preuve de son succès, dans le

 

1 Renaissance du Sud, op. cit., chap. V ; Naissance d’un Midi, Le Sud et le Nord, Privât, 1971, chap. III ; Deux types ethniques, et Clefs pour l’Occitanie, Seghers, 1971, chap. VII ; Du bon usage des fausses clefs.

 

(p.101) corps social tout entier le préjugé qui nous situe à l’envers de toutes vos vertus. Quelle œuvre a connu plus de succès en France que celle d’Alphonse Daudet ? Quelle œuvre a plus fait pour ridiculiser les Provençaux que les trois Tartarin ? Tartarin, baron de Faeneste embourgeoisé à Tarascon, reproduit le modèle de vantardise, de mensonge et de pleutrerie qui a deux cent cinquante ans lorsqu’il est proposé au rire de la France. La France entière rit de l’homme du Sud. Elle rit encore en 1973 aux histoires de Marius et d’Olive, qui ne sont pas complètement sorties de la mode. Riant, elle sait que notre accent s’accompagne toujours de fainéantise et de menteries. Pour d’Aubigné, vous étiez l’être, nous étions le paraître. Rien n’a changé. Vous êtes la raison et l’éloquence froide, nous sommes le verbe intempérant : Mirabeau, Gambetta, Jaurès n’étaient-ils pas de chez nous qui, d’être dits méridionaux, perdent leur pensée en éloquence sonore ! La télévision, encore elle, interprétant Roger Martin du Gard vient de nous proposer un Jaurès pathétique, mais tellement occi­tan dans son emphase que la France y a encore reconnu un capitan gascon ou un tartarin.

Ah ! le verbe méridional ! Il est toujours là, stigmatisé, quand il s’agit de nous écarter du débat qui nous importe. J’étais l’autre jour à débattre de régionalisation et d’aménagement du territoire avec un régionalisateur de l’économie et un aménageur du Languedoc. Quand j’ai osé le mot de « colonisation », l’auditoire d’étudiants a applaudi imprudemment. Mon contradicteur s’est indi­gné qu’on se laissât prendre au « verbe ». Les chiffres et les décisions qu’ils soutiennent, c’est le sérieux français. Nous n’avons que le verbe !

Oui, je dis que vous êtes racistes. Vous l’êtes par plai­santerie, vous l’êtes innocemment. Mais votre préjugé n’en est que plus grave de s’habiller, de se déguiser en bonhomie. Au procès du Front de Libération de la Bretagne, (p.102) où j’étais cité comme témoin, j’ai cru devoir répon­dre à une certaine presse parisienne qui ridiculisait la révolte. J’ai parlé de Bécassine et des histoires marseil­laises. Le Président m’a fait remarquer que, dans les plai­santeries de la famille française, toutes les provinces ont leurs types humains. Paris a bien Gavroche ! Certaine­ment, mais Gavroche est pour toute la France le modèle de l’intelligence populaire critique, Bécassine est le modèle du peuple stupide, Marius celui de la veulerie. Telle est la bonne entente en notre famille… On rit ensemble, mais toujours des mêmes, et toujours aux mêmes occasions.

Le racisme est-il une répulsion épidermique faite bien souvent d’attrait refoulé ? On le croirait à lire certains de vos auteurs. Nous ne sommes physiquement pas telle­ment différents de vous. Mais il vous a fallu bâtir une image de notre personne physique. A quoi reconnaît-on sur la scène de boulevard ou sur l’écran publicitaire, le mâle occitan avant qu’il n’ouvre la bouche ? Il a le poil noir et l’œil de velours, il bedonne, il a les jambes cour­tes. Personne ne s’y trompe. Voici qu’il parle : l’accent confirme l’allure de ces bons plaisants méridionaux, ces « êtres au brou de noix » que Huysmans avait la fran­chise de haïr, Latins mâtinés d’Arabes, surtout pas Celtes ou Germains. Je l’ai déjà dit à propos du choix que vous faites en Europe des langues respectables, nous sommes du côté où la France humainement se dégrade. Vous vous réservez le blond, le regard clair (« Comment se fait-il que des Occitans aient l’œil bleu ? » me disait un jour une speakerine parisienne), la haute taille que vous prê­tez à vos ancêtres, Gaulois ou Francs.

Mais j’oublie que l’école nous a enseigné que ces ancê­tres sont aussi les nôtres. Vous l’oubliez aussi ? Cet oubli, cette contradiction ne sont pas dépourvus de sens. Il fal­lait, dans l’équilibre national, nous assimiler pour nous (p.103) effacer comme peuple, et nous restaurer sur une identité raciale suspecte. Nous devions cesser d’être l’autre que nous sommes et devenir l’autre que vous vouliez que nous fussions.

Dans l’inconscience du racisme se révèlent de profondes intentions. Quand vous avez besoin de nous écarter de vous, vous recourez à la couleur de notre peau. Nous devenons des « bicots » s’il le faut. Une grande affiche, le long de nos routes, vante le charme de nos ports : nos pêcheurs y ont le type physique des Levantins ou des Algériens.

S’il le faut… Un type racial, galvaudé et cliché à l’infini, répond à des nécessités sociologiques, historiques, mora­les : nous avons servi, comme les Italiens, les Espagnols, les Grecs, de concrétion fantasmatique à vos hantises sexuelles les plus courantes. Le Méridional a du tempé­rament, n’est-ce pas ? « Le Midi est polygame », disait Alphonse Daudet, et Léon Daudet contait des nuits de noces provençales au-delà de l’hyperbole. La fille du Midi recèle en son corps la chaleur d’un climat torride. Voilà qui nous vaut une variante du mâle méridional : l’homme maigre, d’Artagnan ou Maurin des Maures, coq de vos basses-cours. De toute façon, puisque nous n’avons pas l’esprit, il faut bien que nous ayons le sexe. Nous sommes votre rêve erotique dans l’intervalle de vos labeurs et de vos affaires. Le Midi chante, le Midi parle, le Midi rêve, le Midi baise. Le Midi n’agit pas.

Mais je me lasse de parcourir votre sottisier raciste, où les plus grands auteurs devenus benêts côtoient la galéjade scatologique de l’Almanach Vermot. Si je parle sociologie et histoire, je dirai des choses plus graves, et sans doute atteindrons-nous le cœur du problème dont nous n’avons vu que le pittoresque.

Le ridicule gascon naît à Paris à la suite de grands événements politiques et militaires. Le dernier tiers du (p.104) xvie siècle a vu les guerres de religion constituer en Occitanie un parti réformé puissant, autour du roi de Navarre. On néglige trop ce fait majeur : que le roi Henri est d’abord le roi d’un petit royaume moderne qui refuse la langue française comme toute ingérence politique étrangère. A partir de 1572, il a élargi son pouvoir à toute l’Aquitaine. Il a remporté d’éclatantes victoires à la tête d’une armée qui parle occitan. Voici qu’abjurant le protestantisme, il est entré dans ce Paris qui a été longtemps de la Ligue. Son armée le suit. Ses capitaines sont surchargés d’honneurs. Ils occupent les grands commandements du royaume. Ils parlent occi­tan, estropient le français. Mieux encore : derrière la carrière d’Henri IV, il y a la Renaissance littéraire gas­conne, qui affirme son caractère national et s’enivre d’héroïsme.

« Lo noste Enric » des Béarnais n’est pas seulement un fils du pays qui a réussi dans la capitale. C’est le souverain en une autre capitale que Paris. Paris va donc conjurer la menace de cette occupation méridionale de ses hôtels et de son Louvre. Quelle meilleure arme trou­verait-il que le ridicule ? Et comment le ridicule pour­rait-il être plus efficace qu’en retroussant en grimace les nobles attitudes du Gascon ? En faisant des chefs de guerre des Matamores ? L’ethnotype renverse le héros en antihéros.

De 1610 à 1660, l’Occitanie sera révoltée et ces illustres capitaines ou leurs fils, pour des raisons poli­tiques ou religieuses, battront la campagne. Il est donc important que le type ridicule persiste. En fait, qu’il s’agisse de Rohan, de Montmorency, de Monluc, vous détruisez notre « héros flamboyant ». Le mettre en évi­dence, comme je l’ai fait en parlant de littérature d’oc, amène à l’évidence de votre acharnement contre lui.

Acharnement  social  autant qu’ethnique.   La France (p.105) royaliste et centralisée qui se met en place au cours du xviie siècle, d’abord par Richelieu et Mazarin, est une France bourgeoise qui doit rabaisser les « grands ». L’Occitanie était depuis Henri IV apparemment du côté des Grands, frondeuse avec impénitence. Voici donc l’heure de sa chute : Louis XIV règne personnellement, étant entré dans Marseille par une brèche ouverte au canon dans les remparts ; l’administration du royaume revient à des ministres qui ne sont ni nobles ni occitans. Colbert régit la France tout entière comme une colonie. Ce qui ne veut pas dire que sa gestion soit toujours nuisible. Décidant en Languedoc le creusement du canal du Midi et du port de Sète, la construction de la manu­facture de Villeneuvette, il est le père de l’aménagement du territoire. Les notables provinciaux, le capitalisme régional entrent dans son jeu. Il n’est plus besoin de ridiculiser le capitaine gascon. Le type littéraire tombe en désuétude.

La France est en attente du provençal ridicule, ou du provençal sauvage. D’un autre en elle.

 

(p.139) Mais le refus des simplifications (le refus d’un Lavisse occitan) ne va pas jusqu’à me faire perdre de vue les fils conducteurs de notre conscience rétablie. J’en vois trois pour le moment :

1. Que la politique d’annexion territoriale des Capé­tiens et des Valois a tendu à posséder l’Occitanie, d’une façon constante du xiiie au xvie siècle, comme elle a tendu concurremment à posséder la Bretagne. Ainsi ce qui est, dans votre imagerie, réduction de la féodalité ou combat contre l’étranger à l’intérieur du royaume, est pour moi la résolution à votre avantage de la « ques­tion occitane », une question de niveau européen et qui engage les puissances d’Europe.

2.  Que votre pouvoir a signifié un assombrissement de la vie intellectuelle et morale, depuis l’invention de l’In­quisition en 1233 à Toulouse jusqu’à la prise de posses­sion  du  florissant  Bordeaux par le  triste  Louis  XI.

3 Que la conquête française a été l’installation de l’absolutisme royal sur les ruines de la citoyenneté bour­geoise, depuis la Toulouse du xiii* siècle jusqu’à Bor­deaux au xv*. J’en trouverai même une preuve complé­mentaire en Sicile : dès qu’elle eut chassé les Français, l’île s’organisa en confédération de communes. Ou, beau­coup plus tard, en Corse où vous avez réduit une répu­blique à votre Ancien Régime.

 

1974

Michel Le Bris, Floride ou champ de manoeuvres ?, in : Occitanie : Volem Viure !, Ed. Gallimard, 1974, p. 186-187

 

On relève … 22 terrains de manoeuvres disséminés dans toute l’Occitanie.

 

L’Occitanie n’aura pas l’unique destin de « bronze-cul de l’Europe industrielle ». Par la grâce du minis­tère des Armées un autre type « d’aménagement du territoire », une autre « vocation » lui sont imposés : la transformation de ce qui n’est pas prioritairement touristicable en camps d’entraînement militaires…

Chassée d’Indochine, d’Afrique, d’Algérie, l’armée française se replie sur l’hexagone. Mais il lui faut de l’espace, beaucoup d’espace pour expérimenter les armes nouvelles, pour s’entraîner en prévision d’une « guerre civile » : cet espace, il sera évidemment pris en Occitanie et occupé de force, parce que dans le Nord « les pressions économiques sont trop fortes » (Michel Debré).

Le nord de la France doit accueillir les troupes de manœuvres, le Sud se consacrera à l’instruction. Mais les besoins de l’instruction ont changé. Les cadres et les hommes utilisent un matériel chaque jour plus moderne. La méca­nisation rend les anciennes installations bien dépassées. D’où un problème nouveau d’infra­structure1.

Pendant qu’elle revend rapidement de vieilles casernes, immeubles et terrains inadaptés aux besoins actuels, l’armée envahit le Sud.

 

1 Général André Varlet. Cité dans L’Express Méditerra­née, n° 14.

 

1974

Michel Le Bris, Floride ou champ de manoeuvres ?, in : Occitanie : Volem Viure !, Ed. Gallimard, 1974, p. 186-187

 

On relève … 22 terrains de manoeuvres disséminés dans toute l’Occitanie.

 

1977

Alain de Benoist, Vu de droite, Anthologie critique des idées contemporaines, 1977, éd. Copernic

 

(p.499) « Clément Marot (1496-1544) déclare « abandonner la langue maternelle pour la paternelle », car « seule la langue du prince paie ».

 

(p.500) M. Jean cau, originaire de l’Aude, se souvient, lui aussi : « Mon père et ma mère vouvoyaient mes grands parents, et ne parlaient avec eux que la langue d’oc. »

 

(p.503) « Ce qui a fait le plus mal au Midi, affirme M. Jean-Marcel Franco, étudiant à l’université d’Aix-en-Provence, ce sont les ethnotypes conventionnels : le Gascon ridicule, à l’accent rocailleux, le mythe de matamore, le Corse paresseux, le Marseillais hâbleur, Marius et Olive, tartarin, le pastis et la pétanque ! D’ailleurs, qu’est-ce que la galéjade, sinon une plaisanterie coloniale ? »

 

1977

Yvon Bourdet, L’éloge du patois (sic) ou l’itinéraire d’un occitan, éd. Galilée 1977

 

(p.13) Je n’ai pas été « nourri aux lettres dès mon enfance » (si, du, moins, nous entendons aujourd’hui par « enfance » les toutes premières années de la vie et non, comme sans doute du temps de Descartes, l’adolescence). A l’âge de cinq ans, j’ai été brusquement transplanté — huit heures par jour — dans une école de la République française, en laquelle ma langue maternelle (la seule dont j’eusse l’usage) non seulement ne se parlait pas mais était inter­dite. Le reste de la journée et dans la cour même de récréa­tion de l’école, je continuais à parler ce « patois corré-zien » que beaucoup s’amusent de m’entendre aujourd’hui qualifier de « langue occitane ». De fait le passage d’une expression à l’autre constitue l’objet de ce livre.

L’école primaire se mit donc à produire en moi une structure mentale parallèle. Le cloisonnement était parfai­tement étanche.

 

(p.15) Davantage, il ne nous serait jamais venu à l’idée d’écrire un mot de patois sur une feuille, sur une écorce, pas même sur le sable, comme s’il n’était pas de l’essence de ce parler d’être écrit. Nous ignorions d’ailleurs qu’il y en eût un seul mot écrit quelque part. Pendant un demi-siècle, tout en continuant à « parler patois » sans diffi­culté avec les gens du pays, je suis resté — non seulement un occitan sans culture occitane — mais, à proprement parler, analphabète, un illettré total en ma langue mater­nelle, incapable de la lire ou de l’écrire. L’usage courant de cette langue vernaculaire était un pur fait a-culturel, comme d’être blond, grand ou petit. En un sens, cette langue n’était pas « dévalorisée » explicitement ; il n’était pas besoin d’en faire une critique quelconque ; il allait sans dire qu’elle n’avait aucune valeur éducative ; s’ins­truire, c’était apprendre le français ; le patois était « vécu » comme un moyen d’expression à peu près au même titre que les cordes vocales. S’oublier à prononcer un seul mot de patois dans la classe était aussi malsonnant que de lâcher un pet. Lorsque (rarement) cela arrivait, toute la classe éclatait de rire avec ostentation et flagornerie ; scan­dalisés, nous regardions le maître pour bien montrer que nous étions particulièrement conscients de cette incon­gruité, pendant que le « coupable » rougissait. Je ne me souviens pas d’avoir vu l’inscription dont certains témoi­gnages font état : « II est interdit de cracher par terre et de parler patois », mais je suis sûr qu’elle ne m’aurait pas choqué.

A l’école, il n’était pas question de répondre autre­ment qu’en français, car le mode même du questionner excluait par nature toute autre possibilité ; l’enseigne­ment produisait en français ses questions et ses réponses sans aucune contamination.

 

Claude Duneton, dans « Parler croquant » :

(p.17) De ce fait (on le comprendra sans peine), dès la sortie de l’école et même dans la cour de récréation, cette langue, réservée à la culture, ne pouvait nous servir de moyen d’expression courant pour les choses de la vie : manger, jouer, commenter les événements locaux. Un jour, 7 un nouvel instituteur se mit en tête d’imposer l’usage du français dans la cour ; ce fut la gêne et la paralysie ; nous ne pouvions pas nous parler sérieusement en ce langage littéraire ; c’eût été transformer nos jeux en théâtre, comme si on obligeait aujourd’hui nos lycéens à parler anglais, allemand ou russe pour jouer aux billes ; nous nous croisions en ricanant et ne communiquions que par ges­tes ; si nous disions avec emphase quelques mots en fran­çais, c’était pour en accentuer le caractère inadapté.

Pour réussir son opération de « francisation » de la cour, notre jeune maître zélé avait adopté le système du « signe » ou « signal » : au début de la récréation, il confia le « signe » (je ne me souviens plus de quel objet il s’agissait, un petit caillou ou un bout de bois) à un élève qui devait s’en débarrasser au détriment de qui pro­nonçait un mot patois ; naturellement, ce dernier tendait aussitôt l’oreille pour s’en défaire car le dernier possesseur de l’objet, la récréation finie, était puni.                        

Comme beaucoup le savent, ce procédé n’était pas de

 

1 Claude Duneton, Parler croquant, Paris, Stock 2,  1973, pp. 188-189.

 

(p.18) l’invention de notre jeune instituteur (que nous appelions : « Barbe sèche » pour le distinguer assez facilement du pré­cédent qui avait pour surnom : « Barbe nègre »). Dans ses « Mémoires d’un breton du pays bigouden », Le cheval d’orgueil, Pierre Jakez Helias, décrit en détail le fonctionnement du « signe », qu’il appelle « le symbole » et même d’une façon plus expressive : « la vache » (ce qui fait peut-être allusion à la fois au flic et au mal-parler français de la « vache espagnole », sans compter que le symbole était attaché au cou du « coupable » comme une clochette !) Au-delà du simple récit de cette « opé­ration punitive », Robert Lafont a cherché à en expliquer la fonction, les causes et les buts 1 : ce procédé, apparu sous la troisième République, après la perte de l’Alsace et la Lorraine, manifestait un souci patriotique de rassem­blement national, l’unification linguistique pouvant contri­buer à améliorer l’unité de commandement à l’heure de la Revanche. Mais ce n’était pas le seul « avantage » de cette uniformisation : elle rendait en même temps plus facile la mobilité ouvrière en période d’industrialisation. Enfin, dans l’esprit du corps enseignant, une motivation plus « noble » encore ne pouvait manquer de produire son effet : l’œuvre de « colonisation intérieure » (dont le concept était loin d’être conscient et aurait même été refusé avec violence) était assimilée à la « mission civilisa­trice » quasi universelle de la France.

Toutefois, ce procédé d’inter-délation (qui semble avoir assez « correctement » fonctionné en maints endroits, car il y avait une quasi égalité et comme un jeu entre le « donneur » et le « récepteur » qui espérait le transmettre avant le fatidique coup de sifflet final) n’eut qu’une vie fort brève dans la cour de l’école d’Albussac : dès le

 

1 Robert Lafont, La revendication occitane, Paris, Flam­marion, 1974, p. 216.

 

(p.19) second jour, le dernier possesseur, Marcel Bray, mon futur beau-frère, « balança » le « témoin », par-delà le mur et les grilles ; l’instituteur, par chance, avait le dos tourné et personne ne l’avait vu. Prudent et peu sûr de son autorité, le maître renonça. Ce sentiment d’étrangeté, « d’extranéité » de la langue française, dans son usage courant, était renforcé, dans mon cas (loin d’être unique) par la francisation de mon nom : Bordet, prononcé loca­lement « Bourdi », devenant Bourdet, et aussi par la transformation de mon prénom. Lorsque mon père avait été me « déclarer » à la mairie, il avait fait état du vœu de ma marraine, la sœur de ma mère, qui voulait m’ap­peler Ivan. L’instituteur-secrétaire de mairie s’étonna d’un tel choix : personne dans la commune, ni, à sa connais­sance, dans tout le canton ne portait un tel prénom, ni non plus dans ma famille. Ma tante, qui vivait à Limoges, avait aimé ce nom dans un roman. Ce n’était pas une justi­fication suffisante. L’instituteur persuada mon père de faire inscrire, comme premier prénom, François qui avait été prévu en second ; c’était là un prénom « bien de chez nous » ; il avait été celui de mon arrière-grand-père mater­nel, une sorte de personnage, ancien « soldat du pape » à Rome et conducteur d’omnibus à Paris du temps de la Commune de 71, revenu ensuite « au pays » où il avait fait construire la maison en laquelle je venais de naître et que les gens du village appelaient encore « chez François » (prononcé « Franchué »). Pouvait-on trouver, pour moi, un prénom plus heureux ? De fait, sur les papiers officiels, mon prénom est François (et ainsi par­fois certains de mes condisciples malchanceux purent espérer que j’étais moi aussi « collé », bien qu’un autre Bourdet figurât sur la liste des reçus).

Cependant mon père avait bien conscience d’avoir reçu un « mandat impératif » de la « marraine désignée » et il insista pour que Ivan fût inscrit au moins comme second prénom. Mais « Barbe-nègre » fut inflexible et il (p.20) ne consentit à tenir un certain compte de la volonté de ma famille qu’en remplaçant Ivan par Yvon, un prénom breton également inusité dans la région mais qui faisait sans doute davantage partie de la culture de l’instituteur, à moins que ce dernier n’estimât subtilement que son rôle de « francisateur » pouvait bien impliquer une certaine « déprovincialisation » des prénoms ?

Quoi qu’il en soit, à mon arrivée à l’école, cinq ans plus tard, le maître qui puisait ses informations sur la liste de l’état civil, m’appela François ; mais devant mon étonnement et les protestations de mes camarades (chez moi, en effet, on n’avait tenu aucun compte des résistances du secrétaire de mairie, d’autant moins que le curé avait, sans rechigner, marqué Ivan sur ses registres) l’instituteur souligna comme « usuel » mon second prénom et écrivit Yvon sur mon premier cahier. Je pris cet « Yvon » pour la traduction en français de mon prénom en patois : si mon nom se prononçait autrement, pourquoi pas le pré­nom? Ainsi, je me mis à écrire une langue que je ne parlais pas sous un nom et un prénom que je n’avais jamais entendus.

 

1979

André Armengaud, Robert Lafont, éd., Histoire d’Occitanie, Hachette, 1979

 

(p.786) (…) la francisation forcée de l’Occitanie Nombre de politiques impérialistes du passé ont été menées au nom de la religion et de l’évangélisation. La France libérale et laïque substitue, désormais, les dogmes de la Révolution à ceux de la religion : le bénéfice des droits de 1789 apporté à certains peuples expliquera les conquêtes coloniales.

 

(p.887) (…) la recherche et l’enseignement ont besoin de « formes de référence » pour décrire un dialecte ou la langue dans son entier. Il y aura donc des formes typiques et uniques pour chaque dialecte. Il y en aura aussi pour toute la langue, cette dernière variété se nommant « occitan de référence ».

 

1984

Michel Tozzi, Apprendre et vivre sa langue, éd. Syros, 1984

 

(p.15) 1. Trois générations : une même envie

« Mes grands-parents, raconte Jean Carbonnel, ne parlaient le français que dans les grandes occasions. Mon père a connu l’interdit scolaire de l’occitan. Mais comme il était régisseur à Carcas-sonne, il a continué à le parler : c’était le point de rencontre de tous les travailleurs de la vigne, viticulteurs, salariés espagnols ou italiens… C’est lorsque j’ai été expatrié à Paris que je me suis aperçu que j’avais l’accent : ils me l’ont foutu en travers de la gorge, ils m’ont fait avaler les « r ». C’est après 68 que j’ai osé retrouver ma langue enfouie et la ressortir. Maintenant que je suis (rede­venu bilingue, non seulement j’ai reconquis mon accent, mais je me laisse aller avec volupté à des occitanismes conscients…

Fils de viticulteur du Bas-Languedoc, je ne peux faire abstraction dans mon identité de mes sources. L’occitan, c’est ce sur quoi je me suis construit : la langue, c’est le moyen individuel et collectif de revenir à soi, d’approfondir d’où on vient pour mieux (p.16) savoir où et qui on est. Aujourd’hui, il faut régionali­ser. La langue, c’est pour moi un moyen concret de le faire, en le disant au sens propre. L’occitan, je veux d’abord le parler pour pas qu’il disparaisse. Après on verra bien ce qu’on en fera…

Dans mon club, à côté de Toulouse, il y a des gens très différents : des intellectuels d’origine rurale qui jouissent de réentendre la langue de l’enfance ou du pays, veulent renouer avec les vieux et le village, ou alors parler d’autre chose que de banalités ou de la vie des champs, par exemple pédagogie ou politique, en occitan. Des jeunes qui viennent voir, parce que l’oc est dans l’air, ou qu’ils veulent s’entraîner pour le bac. Des étrangers qui s’intéressent aux langues romanes. Et des vieilles du coin qu’on a réussi à décomplexer de leur « patois » et qui ont osé revenir à l’école le reparler, parce que ce n’est plus un défaut, mais un plaisir et un droit… »

 

« Ma famille et tout mon village, à côté de Carcas-sonne, confie Jacky Sorli parlaient l’oc. Mais c’était le « patois des plouks ». La langue officielle et sacrée était celle de l’école de la République. D’où une auto-censure volontaire. Ils voulaient que je devienne fonctionnaire. Il ne fallait pas que je m’imprègne d’une langue qui m’aurait fait rejeter. J’entendais l’oc chez moi, mais comme à la déro­bée. On ne me le parlait pas et je ne l’ai jamais parlé.

 

(p.27) « Mes grands-parents parlaient provençal entre eux, mais jamais avec moi. Ce tabou m’a coupé d’une certaine communication. Il y eut dichotomie. Plus tard, on me disait que je m’exprimais mal en français. Je me disais que j’étais un mauvais instituteur. Ça a fait tilt sur la trentaine, quand je me suis mis au provençal… J’ai compris l’origine de mes confusions et de ma gêne et par là-même la situation linguistique de mes élèves ; le sens qu’il fallait désormais donner à mon enseignement : faire la chasse à la norme, valoriser au départ ce que l’enfant est et parle, pour aller plus loin, mais après » (Guy).

Cette attitude est d’ailleurs mal comprise par les générations qui se sont volontairement empêchées de parler « patois » « dans l’intérêt de leurs enfants » : «  c’est-y pas possible que ce qu’on nous a interdit et puni à l’école, on l’apprenne maintenant et on le passe à la télé » une vieille auvergnate.

Mes parents ne comprennent plus : ils ont eu beau­coup de mal à apprendre le français, ils nous interdi­saient de parler flamand à la maison. Et voilà maintenant que j’en fais faire à mes gosses. Ils refusent de le parler à mes enfants, et c’est dommage, parce qu’ils le connaissent bien et le parlent entre eux. Ils pensent qu’on va leur porter tort ». Et Joël, professeur de flamand à l’Ecole Normale de Lille : « J’ai été élevé par mes grands-parents qui parlaient les deux langues. Quand ils ont appris que j’enseignais le flamand, ils ont eu peur que je me fasse virer. Ils se demandaient à quoi cela pouvait bien servir. Heureusement maintenant, ils se rendent compte que c’était plutôt une aberration de ne pas l’enseigner ! »

 

(p.69) 1. La lutte contre une répression bicentenaire et pour un statut des langues de France

L’oppression linguistique et culturelle

• Des faits. – Citons en premier l’ordonnance toujours en vigueur de Villers-Cotterets, où François Ier impose en 1539 la langue française dans les actes de la vie officielle. Et prenons quelques dates significatives :

 

(p.70) L’ALSACE : ENTRE LE MARTEAU ET L’ENCLUME (d’après P. Klein)

 

XIXe – L’Alsacien doit comprendre qu’il parle alsacien et non allemand, langue étrangère.

1871 – Dans les zones dialectophones annexées, le français, langue étrangère, est évincé de l’école.

1918 – Allemand d’abord suspendu, puis réintroduit trois heures par semaine.

Jusqu’en 40 – le français est enseigné comme « langue maternelle » aux dialectophones.

De 40 à 45 –  Français (et expressions françaises intégrées aux dialectes) interdits.

–          1945 – Allemand interdit à l’école primaire.

 

FLANDRE FRANÇAISE : PAR LE SABRE CONTRE LE GOUPILLON (d’après P. Simon)

1684 – Louis XIV, pour franciser la Flandre, impose le français dans les actes de justice.

1802 – Existe déjà dans certains collèges le « signum » (objet transmis d’élève à élève parlant flamand, le dernier détenteur ayant une mauvaise note).

–    1832 – Service militaire de 7 ans introduisant le français dans les classes populaires.

1833 – Loi Guizot interdisant l’enseignement du flamand (jus­que-là, enseignement oral à l’école primaire en flamand).

1853 – Le Conseil académique du Nord demande de joindre un texte français au catéchisme flamand. Le ministre Duruy invite en 1854 l’archevêque de Cambrai à s’exécuter : refus de l’archevêque.

1877 – La Troisième République anti-cléricale se retourne contre le flamand soutenu par le clergé, celui-ci utilisant le flamand contre les idées républicaines.

1890 – Arrêté ministériel interdisant catéchisme et sermons en flamand. 57 communes du Westhoek ont un tel catéchisme. Plusieurs maires sont suspendus. 43 communes en 1900 ont toujours ce catéchisme.

1950  – On peut encore lire sur le mur de la cour : « Interdit de parler flamand » (ex. commune de Berthen).

1951   –  Refus de reconnaître dans la loi le flamand comme « langue régionale ».

 

 (p.71) NIER LE BRETON (d’après Y. Jardin)

 

–  1789 – L’abbé Grégoire, auteur d’un « Rapport sur la nécessité

et les moyens d’anéantir les patois », déclare que « l’unité de l’idiome est une partie intégrante de la révolution », et Barrère devant la Convention : « les jargons sont autant de barrières qui gênent les mouvements du commerce et atténuent les relations sociales… Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton, les Basques ignorent la langue des lois de la République ».

–  1832 – Le duc de Rovigo déclare : « Je regarde la propagation

de notre langue comme le moyen le plus efficace de faire faire des progrès à notre domination dans le pays. Le vrai prodige à opérer serait de remplacer peu à peu l’arabe par le fran­çais ».

A rapprocher de :

–     1831 – « Favoriser, par tous les moyens possibles, l’appauvrissement, la corruption du bas-breton, jusqu’au point que d’une commune à l’autre on ne puisse plus s’entendre… » (Comité d’Instruction primaire de Quimper).

–    21/11 /46 – « Nos écoles dans la Basse-Bretagne ont particu-

lièrement pour objet de substituer la langue française au breton » (préfet des Côtes-du-Nord).

–     1897 – « Pas un mot de breton en classe, ni dans les cours de récréation » (inspecteur d’académie Dosimont).

1925 – « Pour l’unité linguistique de la France, la langue bretonne doit disparaître » (A. de Monzie, ministre de l’Instruction publique).

–     1945 – Des gens parlant le breton ont été inquiétés, arrêtés,

condamnés parfois, alors que beaucoup d’entre eux n’avaient pas été collaborateurs ou avaient parfois été résistants. Certains n’ont plus voulu parler breton en public par souci de tranquillité.

–  Vers 1950 – « Le symbole était un morceau de fer pour mettre sous les sabots des chevaux. On le donnait au premier qui arrivait et qui parlait breton, et ensuite, quand celui-ci trouvait un autre qui parlait breton, il le lui donnait. Le dernier attrapé était mis en pénitence et devait écrire en français, 50 ou 100 fois : « je ne parlerai plus jamais breton ». Celui qui était pris restait souvent à l’école, après 16 h 30, une demi-heure ou une heure dans le coin de la salle » (Evid ar Brezhoneg n° 14 mai 74).

 

(p.72) Les conséquences – L’échec scolaire

 

« L’élève imprégné d’occitan parle un français « incorrect », non conforme au modèle. Le rôle du français dans le cursus scolaire provoque alors une sélection rigoureuse. Mais plus l’élève avance, plus le modèle est exigeant. Beaucoup d’enseignants du primaire ont un accent occitan, mais les marques diminuent au fur et à mesure qu’on va vers l’univer­sité. Comme il faut du temps pour assimiler le modèle, la différence est toujours maintenue, et c’est elle qui joue le rôle de marque discriminatoire. En fin d’études supérieures on se verra encore tancer par un jury de concours pour son accent, et fermer les carrières du journalisme ou du théâtre », relève Serge Granier.

Il y a dans les enquêtes une forte corrélation entre un bas niveau scolaire et un fort usage des langues de France. Ces langues sont parlées le plus dans les milieux populaires ruraux. Le fils de petit paysan breton est ainsi aussi scolairement défavorisé que celui d’un O.S. du Mans. Au français normatif de l’école et « recherché » de la bourgeoisie, s’opposent à la fois le français « relâché » de l’ouvrier et celui, « patoisant », du petit paysan ou de l’artisan. La coupure ville/campagne se juxtapose à celle de bourgeois/ouvrier, et bien souvent s’y superpose, quand l’ouvrier est d’origine rurale. Elles se rejoignent dans celle de manuel/intellectuel. L’école met donc en situation d’échec scolaire et social ceux qui sont por­teurs des langues de France. Il faudrait plutôt dire qu’elle échoue à les faire réussir.

« Je suis entrée à l’école à sept ans sans savoir un mot de français. Il était interdit de parler béarnais. Soit j’arrivais à communiquer sans parler, soit je parlais béarnais sans me faire attraper, soit j’avais compris que pour être comme les autres, avoir des amies, avoir les bonnes grâces de l’institutrice, il fallait vite apprendre le français. Pendant longtemps la langue régionale fut pour moi un handicap à mon(p.73) insertion sociale. Elle contribua à accroître ma timidité. Ce « bilinguisme » était difficile à vivre, car il y avait référence à deux modèles, la culture pay­sanne de mes parents et la culture dominante, la seule reconnue à l’école » (Simone, quarante ans).

 

Quand un élève n’est pas reconnu pour ce qu’il est, il rejette l’école. On affichait partout à Strasbourg après la guerre : « II est chic de parler français ». Mais un dialec-tophone alsacien à qui on inculque le français comme une langue maternelle pratiquera mal le français, perdra l’usage de son dialecte et ne saura peut-être jamais l’allemand. D’une double chance d’être bilingue, l’école a fait une double difficulté, à cause de sa double erreur. En fait, dit la CFDT d’Alsace, « la bourgeoisie ne pouvait se priver de l’arme essentielle de la domination qu’est la répression linguistique dans la sélection scolaire. Elle réservait le bilinguisme à ses propres enfants ». C’est pourquoi Holderith a dit : « La démocratie de l’enseigne­ment en Alsace passe par le bilinguisme ». Aujourd’hui, ajoute Y. Jardin « des psychiatres attribuent à la dépos­session de la langue maternelle et de la culture propre les troubles de certains malades et y voient une des raisons de l’alcoolisme en Bretagne ».

 

« Jean, exclusivement dialectophone, a dit, le soir de sa première journée d’école maternelle :  » D’Mamseil redd nit wie min  » (la maîtresse ne parle pas comme nous). Son premier contact a été pénible : environnement social nouveau, mais aussi milieu linguistique « étranger ». Quand il s’adresse à la maîtresse, elle aussi dialectophone, celle-ci fait semblant de ne pas comprendre et répond en français. Cette tricherie le trouble. Longtemps, il se taira, ou ne s’exprimera qu’en « appris par cœur ». Il ne commencera à se sentir à l’aise que lorsqu’il aura désappris sa propre langue, et acquis une person­nalité conforme. Ce qui compromet son dialogue avec ses parents et son intégration dans la collecti­vité alsacienne » (cité par P. Klein).

 

(p.74) La déstructuration des communautés

 

Résultat foudroyant d’une telle politique : plus de 60 % de la population du Bas-Rhin parle l’Alsacien, mais moins de 1 % des jeunes enfants de Strasbourg ! L’irrespect de la personne est en même temps destruction de la langue et de la communauté culturelle qui l’utilise. Quand des inspecteurs disaient encore en 1973-1974 : « Laisser parler alsacien serait retourner à l’homme des cavernes » ou « II n’y a aucune raison de maintenir les élèves dans leur sous-culture d’origine », on comprend comment la « langue de la honte » (Yezh Ar Vezh) peut marquer une collectivité.

« Cette domination produit une crise d’identité qui trouve sa contrepartie dans une surenchère patrio­tique, dans la culpabilisation de la spécificité régio­nale, dans des phénomènes d’auto-censure. Cela se traduit par une sous-scolarisation, une maîtrise très imparfaite des langues, un accès plus difficile à la vie culturelle et sociale, une résignation face au modèle imposé et une soumission politique », dit P. Klein.

« Parler pointu fait raffiné, l’occitan est perçu comme vulgaire. L’infériorisation du langage rejaillit sur l’individu et sa communauté (cf. « Portrait du colonisé » de Memmi). D’où le malaise, la mutilation, la perte de dynamisme. Le « complexe du patois », « façon vicieuse de parler abandonnée à la popu­lace » (Encyclopédie) culpabilise, illégitime, dissout. On réussit quand on est docile, reniant sa commu­nauté d’origine. On est alors senti par les siens comme étranger », ajoute Serge Granier.

L’usage purement privé, oral, local d’une langue l’amène à dépérir et se dénaturer. On prive ainsi une population de sa personnalité. Certains parlent de « gé­nocide culturel ». « C’est blesser un peuple au plus profond de lui-même que de l’atteindre dans sa langue et sa culture » constatait F. Mitterrand. D’où le devoir de réparation historique envers les langues de France.

(p.75) « Nos parents sont arrivés à l’école en disant en occitan « quauqu’un mai ». A coups de punitions, la scolarité obligatoire les a amenés à « quelqu’un plus », occitanisme en français. Notre génération connaît le « quelqu’un plus », et apprendra à l’école à dire « quelqu’un d’autre », avec en prime un petit diplôme. Les élèves actuels en sont à ce « quelqu’un d’autre », et quand ils se mettent à parler occitan, ils disent « quauqu’un d’autre », un francisme en occi­tan » (M.S. Cahiers Pédagogiques n° 190).

 

(p.76) L’opposition à cette politique

« A l’école, j’ai été plusieurs fois obligé de reco­pier le règlement scolaire en français, parce que je parlais alsacien. Cela suffit pour dire que je me sens Alsacien avant de me sentir Français » dit le chan­teur R. Siffer.

 

1989

Robert Lafont,  1789 – 1993: à partir de l’ Occitanie, in: Toudi, 1989, pp. 325-334

 

(p.326) « Il m’ a fallu arriver à l’ âge d’ homme pour apprendre , hors des écoles, que mes lointains ancêtres s’ étaient battus au lendemain de Poitiers avec les Arabes contre les Francs, qu’ils s’ étaient battus contre les Français envahisseurs au XIIIe siècle, qu’ ils s’ étaient révoltés contre Richelieu au XVIIe siècle, qu’ ils étaient Résistants huguenots au XVIIIe siècle contre les Dragons du Roi, qu’en 1907 encore, ils avaient, vignerons languedociens, rompu avec le pouvoir central et qu’ en 1917, comme en 1861, certains d’ entre eux avaient payé de leur vie de ne pas croire aux grandeurs militaires et à la Déraison de l’ Etat. »

(p.328) « La première démocratie de l’ Europe moderne n’ est pas née entre Versailles et Paris en 1789.  Elle a 20 ans de plus.  C’ est la nation de Pascal Paoli.  Elle est détruite en 1769 par l’ armée française d’ intervention. »

 

1990s

Partit Occitan
http://partitoccitan.org

 

1997

L’occitan en pleine expansion, LB 30/07/1997

 

La pratique de l’occitan, qui avait peu à peu disparu au milieu du siècle, est désormais en pleine expansion, comme en atteste le succès de l’enseignement de cette langue, autant dans les écoles bilingues, les calandretas, qu’à l’université.                    

« Il y a un intérêt évident pour la langue occitane », assure Philippe Hammel, directeur du Centre de formation des maîtres des calandretas.  Cofmancées par l’État, les régions, les départements et les communes, ces écoles sont au nombre de vingt-huit dans trente départements du sud de la France.  Elles accueillent 1.350 élèves, de la maternelle au CM2.

Au Conseil régional Languedoc-Roussillon, on note aussi que « la politique de cultures régionales est en progression en termes de chiffres, avec de nouvelles ouvertures de classes bilingues et un élargissement de ces classes ».

Jean-François Courouau, responsable du service de langue occitane de l’université Paul Valéry de Montpellier, relève également ‘une explosion de la fréquentation des calandretas’.  Soulignant qu’il est possible de présenter l’occi-‘ tan au baccalauréat en première langue, il indique qu’à l’université, le nombre d’étudiants suivant un enseignement en occitan a doublé en cinq ans, passant de 350 à 700 pour l’année scolaire 96/97.  Et, en septembre prochain, ouvrira à Montpellier le premier collège bilingue comprenant, dans un premier temps, des classes de 6- et 5-, les premières années du secondaire. De nombreux parents considèrent que, quand un enfant entend une langue nouvelle, il est plus apte à en acquérir d’autres.  ‘Ils ont la perception que le multilinguisme, adapté à l Europe, se développe mieux sur un bilinguisme précoce’, -résume M. Hammel.

 

ROCK, RAP, RAGGA ET RUES

Pour M. Courouau, il existe ‘une demande de transmission de la langue.  Le succès de groupes occitans de rock prouve que lesjeunes ont un rapport affectif à l’occitan.  Cela ne signifie pas forcément qu’iis parlent la langue, mais qu’ils y sont attachés’.  Il poursuit: ‘Autrefois, parler occitan était considéré comme un obstacle à la réussite sociale.  La génération actuelle des 40 ans est moins sensible à ce discours mais on ne lui a pas transmis la langue.  Alors elle envoie ses .enfants dans les calandretas.’

 

 

Guy Barral, éditeur et bibliothécaire à Montpellier, estime pour sa part, que, ‘peut-être, pour-la première fois depuis un siècle, la génération des jeunes écrivains ne se dit pas qu’elle va être la dernière.  La preuve de la vitalité et de la spontanéité de l’occitan est que l’on retrouve cette langue chez des artistes actuels comme les rappeurs de Massilia Sound System ou de L4M, qui l,emploient dans leurs textes.’ A qui l’on peut ajouter les Fabulous Troubadours toulousains. – Autre exemple de ce renouveau, bien que dans un registre différent, la récente dénomination dans les deux langues de la totalité des rues et places de Gabian, près de .Béziers (Hérault).  Il s’agit d’une première mm l’ensemble d’une commune, non seulement en Langliedoc-Roussillon, mais aussi dans les régions de langue et culture occitanes.  Cette opération, soutenue par les élus locaux, permet à la région et au grand sud ‘de seioindre au concert des régions qui valorisent leur patrimoine linguistique comme la Bretagne, l’Alsace ou le Pays Basque’, fait valoir M. Courouau,..(D’aprèsAFP)

 

2002

Michèu PRAT
9, lèia de Chabanòtas
05 000 Gap / Occitània
E.Malh: Micheu.Prat@wanadoo.fr

        Gap, la dimenja 24 de març de 2002

Et ça s’appelle démocratie !

 

  Je viens de découvrir (avec stupéfaction) la première liste des candidats déclarés à l’élection présidentielles de 2002.

 

  Je vous félicite pour votre site et votre travail de citoyen, vrai travail de fourmi !

http://collectif2002.free.fr/

http://jjmettling.free.fr/candidats.html

 

  Je suis atterré de constater le déni de démocratie que représente la désinformation dans laquelle nous entretiennent les médias. (seul le Monde, à ma connaissance, a bien voulu donner écho à la constitution de ce collectif des candidats.)

  Sans un camarade de Montpelhier qui m’a appris l’existence de votre site, je serai comme tous ces millions de français entretenus dans l’ignorance du véritable débat. 68 candidats alors que la télé, la radio, les journaux m’en présentent 2, une dizaine quand ils sont en forme.

  Votre site et le collectif des « petits » candidats auquel a conduit votre persévérance montrent bien qu’un sursaut citoyen est possible et que nous sommes encore libres de ne pas rentrer dans le « moule » dans lequel certains voudraient bien nous enfermer. 

 

  Je me permets de joindre ci-dessous l’appel pour la justice linguistique en France que plus de 350 personnes ont signé à ce jour.

  Pour recevoir la liste des 350 signataires et plus, en faire la demande à Michèu Prat: Micheu.Prat@wanadoo.fr

 

2006

A Diu siatz

  Coralament e amistosament.    De còr e d’òc.      Michèu Prat

  « Prètz, Paratge, Larguesa »   Memòria trobadorènca, Occitània encuèi.

 

APPEL POUR LA JUSTICE

LINGUISTIQUE EN FRANCE

  Les signataires de cet appel sont tous des citoyens français conscients de l’être. Un certain nombre d’entre eux, parmi les aînés, ont inauguré leur vie d’hommes et de femmes par la lutte contre l’Occupant nazi et ses valets, pour la restauration de la République. Les autres ont pendant le demi-siècle écoulé prouvé par leur action civique, dans le cadre ou non de partis ou d’associations démocratiques et laïques, leur attachement aux valeurs universellement reconnues qui fondent en droit cette République. Usagers et pour beaucoup enseignants de la langue française, ayant passé les examens et concours qui sanctionnent sa connaissance, pour certains écrivains qui ont démontré qu’ils savaient en utiliser les ressources et en épuiser les subtilités, ils se sont inscrits dans la pratique à égalité avec ses défenseurs proclamés. Ils n’ont donc, ni sur le plan de la citoyenneté ni sur le plan de la culture, aucune leçon à recevoir de personne en France.

  Mais ils se sont prononcés, pour des raisons d’héritage familial ou de choix raisonné, pour la défense et promotion des langues dites  » régionales « . À ce titre, ils se disent aujourd’hui personnellement blessés et intellectuellement indignés par une campagne qui se développe, à partir du texte de la Constitution de l’État et de vieilles habitudes mentales incrustées en préjugés opaques dans l’opinion publique, contre cette promotion, en particulier scolaire. Ils dénoncent dans une partie de la presse des attaques où la mauvaise foi le dispute à l’ignorance, tendant à les situer dans le camp qu’ils ont combattu et continueront de combattre. Ils s’attristent d’une conjuration de syndicats et de groupements qui conduit une offensive visiblement orchestrée contre la modernisation de la France qu’ils ont la  conviction de représenter. Pour le passé, il leur est un devoir de rappeler, selon une morale culturelle maintenant acquise au niveau mondial comme selon les enseignements de la socio- et de la psycholinguistique dans leurs progrès :

que la campagne menée jusqu’à une date récente par l’École et tout l’appareil d’État contre les  » langues régionales « , dévaluées en  » patois « , s’inscrit en fait contre l’expérience répandue que le multilinguisme précoce favorise les aptitudes à l’apprentissage de nouvelles langues. Le monolinguisme au contraire développe un blocage spécifique dans les limites d’un seul système. La France s’est ainsi forgé une nation d’infirmes linguistiques, ce qui est aujourd’hui patent.

que cette campagne punitive, intervenant dès l’enfance sur des sujets humains déjà construits dans un cadre d’usages familiaux et locaux, revient à une invalidation de l’origine d’effet hautement traumatisant. Elle fabrique une névrose spécifique (haine de soi, adhésion à la répression, surestimation nationaliste propre à l’aliéné culturel). La République et son École ont ainsi sous-tendu la mission éducatrice et de promotion sociale à laquelle elles prétendaient de la généralisation d’un malaise dévastateur de la personne.

  La dépréciation sociale des langues déchues du haut usage que se réservait la langue française revient à une ignorance entretenue de leur nature et de leur importance culturelle passée. La France a ainsi privé de dignité, en rêvant de les priver d’existence, outre les langues qui enveloppaient toute la vie sociale et culturelle, comme le corse, le flamand, le germanique d’Alsace-Lorraine, le basque ou le créole, le breton, dont le celtisme est une des sources de la culture européenne, l’occitan, qui de cette culture a été au XIIe siècle la source principale, le catalan, son frère, qui a reconquis son statut à Barcelone sans que Perpignan le sache, une forme linguistique aussi originale que le basque. Si l’on ajoute la façon dont a été réinterprétée l’histoire de l’  » Unité française « , en effaçant les crimes d’annexion et les atrocités de conquête, on peut dire sans erreur que la France s’est rendue coupable de ce qui a été appelé un  » ethnocide culturel « , digne d’un État totalitaire.

  Ces  » fautes contre l’humanité  » peuvent être mises au compte d’un passif de violations des principes fondant la République, qui comprend aussi la conquête, l’exploitation et la répression coloniales avec la haine de l’étranger, tournant aux réflexes racistes en temps de guerre. Elles ont aussi leur gravité et sont de nature, nous semble-t-il, à poser un  » droit à réparation historique « . Pour le présent, sans aller jusqu’à la reconnaissance de ce droit, l’ensemble de la population française a abandonné ses préjugés nationalo-linguistiques, comme le prouvent les enquêtes.

  Une sorte de nostalgie de ce qui a manqué être tué s’est mise à vibrer en elle. Mis à part quelques forcenés de l’unitarisme obtus, personne n’ose plus se déclarer ouvertement  » contre les langues régionales « . On se contente de les priver des moyens de survivre. À cela, sert légalement la correction faite à l’article II de la Constitution, correction sans arrêt rappelée. Nous rappelons pour notre part que le débat qui eut lieu aux Assemblées réunies en Congrès pour l’occasion, vit plusieurs fois la défense des langues régionales et qu’il fut dit clairement que le texte n’était pas dirigé contre elles. Il était dirigé contre l’anglais hégémonique. Or, on peut maintenant constater que cette modification d’article, pas plus que la loi Toubon, n’a en rien interdit en France même l’invasion de l’anglo-saxon dans les usages commerciaux, techniques, scientifiques et artistiques d’avant-garde. Il n’a fait que progresser.

  La France s’est ainsi donné le ridicule, comme jadis les États fascistes, d’intervenir négativement sur les usages linguistiques en oubliant qu’ils sont socio-économiques et non juridictionnels. Par contre, le texte a été régulièrement utilisé pour interdire tout progrès à l’enseignement et à l’usage public des langues régionales. Cette utilisation par le Conseil constitutionnel a pris un aspect à la fois odieux et comique quand elle a fait revenir la France sur la signature que le Gouvernement avait donné à la Charte européenne des langues régionales et minoritaires, compte tenu du fait que sa signature était au choix des articles et que la France ne s’engageait par elle à rien d’autre qu’à ce qu’elle faisait déjà.

  Une autre utilisation, contre l’intégration dans l’Éducation nationale des écoles bretonnes Diwan, donné comme refus de l’enseignement des langues régionales  » par immersion « , revient à trois décisions de haute portée civique :

1. refuser à ces langues une normalité d’emploi communicationnel qui seule peut assurer leur reconduction sociale et pédagogique,

2. invalider l’effort exceptionnel d’enseignants de tradition laïque qui ont abondamment prouvé qu’un enseignement bilingue permet d’obtenir de meilleurs résultats en langue française et de façon générale un plus haut niveau scolaire et culturel,

3. dissocier l’État de ses collectivités locales qui, nombreuses, ont soutenu cette mission éducative, qu’elles fussent communales, départementales ou régionales.

  La campagne qui s’accroche à ces décisions fait constamment état de l’Unité de la République et de l’  » exception française « . Comme citoyens conscients, comptables de cette unité et juges de cette exception, nous en venons à demander de façon décisive si cette Unité est fondée sur un principe sacralisé et une théologie de l’État dont on connaît l’origine napoléonienne, ou sur l’adhésion à un contrat civique historiquement adaptable, et si cette  » exception  » est faite d’autre chose que des infractions à ce contrat par un unitarisme totalitaire et un impérialisme arrogant.

En prenant la responsabilité des termes de cet appel, nous sollicitons:

les pouvoirs locaux et régionaux, en principe défenseurs des richesses culturelles de leur juridiction, et qui ont prouvé souvent, par leur soutien à la cause des langues régionales, qu’ils l’entendaient ainsi, à s’unir pour favoriser cette cause et la faire accepter par l’État,

les candidats aux prochaines élections présidentielles à s’engager eux aussi en faveur de cette cause, et d’abord à faire modifier l’hypocrite article II de la Constitution.

Nous nous réservons en outre le droit d’intervenir auprès des instances européennes et internationales en dénonciation du manquement au droit culturel dont est encore et toujours coupable la France.

Anaram Au Patac       movement revolucionari de l’esquèrra occitana

 

2006

ANARAM AU PATAC

COMUNICAT DE PREMSA   –   COMMUNIQUE DE PRESSE  /  07-2006

 

Merci de har passar aus vòstes lejedor(a)s e auditor(a)s aquera informacion

Merci de relayer auprès de vos lecteurs / lectrices et auditeurs / auditrices cette information 

 

                                                           Pau, lo 29 de març de 2007

(version en français ci-dessous)

 

 

MANIFESTACION DE BESIERS DEU 17 DE MARC DE 2007

 

Aqueth 17 de Mars de 2007, mei de 20 000 personas que s’amassèn a Besièrs entà sostiéner la lenga occitana, entà reivindicar l’estacament a la cultura, la lenga, lo país. Sia mei deu doble de manifestants au par de l’aplec de Carcassona en 2005.

Occitans vienguts deus tres estats qui’ns dominan (italian, francés e espanhòu), qu’èran presents au parat d’aqueth rassemblament, hèra dinamic, hestiu, inter-generacionau e vertaderament popular.

Ua demonstracion de la hòrça collectiva cara a la dominacion !

 

Entà Anaram au Patac aquera escaduda shens precedent que constitueish entau movement occitan ua etapa suplementària e istorica tà çò qui ei de la defensa deus drets deus occitans e de las occitanas.

La reivindicacion culturau que toquè a Besièrs un nivèu qualitatiu e quantitatiu important tà l’aviéner deu movement.

« Sèm fòrça » ce-disèvan los manifestant-a-s. E ne podem pas denegar uei lo dia que lo movement occitan ei a vàder ua hòrça sociau.

 

D’ara enlà qu’ei clar que la lenga occitana n’ei pas sonque la preocupacion de quauques militants associatius e politics. La poblacion occitana qu’a prés consciéncia que cau shens que sauvar la lenga mes subretot que deu despassar ua logica de defensa e aquesir drets navèths entà tornar trobar la plaça sancèra dens la societat : dens la vita vitanta e publica, dens l’administracion, l’ensenhament, la cultura, los mèdias…

 

Lo movement que deu uei contunhar lo vam impulsat per aquera manifestacion e passar a ua etapa superiora en reivindicar clarament un estatut oficiau entà l’occitan. Que n’avèm uei los mejans e las condicions sociaus.

 

La reivindicacion « Occitan lenga oficiau », portada per Anaram au Patac desempuish la creacion en 1992, qu’èra hèra mei presenta dens la manifestacion que pendent la de Carcassona, muishant atau la maturitat tocada peu movement occitan en lo maine. Qu’aperam lo movement culturau a seguir aquera via e atau participar tà bastir lo camin de l’emancipacion.

La reivindicacion « Occitan lenga oficiau » qu’ei au còr d’ua campanha nacionau d’AAP orbida au començar de 2007. En mei deus visuaus (afichas, pegasolets, banderòlas…) e de las accions (seradas publicas a Pau, Bordèu, Cahòra, conferéncia de premsa…) aquera campanha qu’estó ahortida per un document presentant l’analisa d’AAP tà l’oficializacion de la lenga. Ua analisa qui’s premia sus proposicions precisas e concretas.

 

Aqueth tribalh, com l’accion d’AAP pendent aqueras quinze annadas passadas, que ns’a permés de superar un solh qualitatiu e quantitatiu au parat de la manifestacion de Besièrs. Atau, un plen bus qu’estó organizat per AAP Biarn e Hartèra, mantuas autòs per AAP Gasconha Nòrd e lo-a-s militant-a-s d’AAP Lengadòc qu’èran tanben mobilizats. Qu’ei fin finala un seguissi joen e dinamic de mei d’un centenat de personas qui trobavam darrèr la banderòla cò-signada per AAP e Hartèra « Sèm un pòple, Occitan lenga oficiala ».

Aquera banderòla que rebat la vision d’AAP : qu’èm un pòple, e en tant que tau, qu’avem drets legitimes de har arrespectar : l’oficializacion de l’occitan que n’ei un.

 

Mei que jamei Anaram Au Patac que’s peleja entà reivindicacions legitimas contra los Estats imperialistas qui’ns mespresan :

–          Entà un estatut de lenga legitima atau com definit dens las proposicions nostas.

–          Entà avançar shens esperar de cap tà la reconeishença deu dret a l’autò-determinacion, a l’unitat nacionau e politicò-territoriau d’Occitània.

–          Entà la luta nacionau e la luta sociau qui non podem pas desseparar.

 

Entà Anaram au Patac, la manifestacion de Besièrs qu’estó tanben lo parat de popularizar lo tribalh internacionalista dab la quita desclaracion de Còrti, signada per mantuas organizacions politicas : còrsa, catalana, basca, bretona, alsaciana, guianesa, martiniquesa, polinesiana e occitana.

 

Dab aquera desclaracion de las nacions shens estat devath tutela francesa, que reivindicam lo respècte deus drets inalienables en tant que pòple : lo dret a l’autò-determinacion, lo dret de botar en òbra, dens l’encastre d’un estatut oficiau, lo desvolopament de las lengas e culturas nostas, lo dret de promòuver e mestrejar lo son desvolopament economic e sociau e lo dret de botar en òbra un processus de descolonizacion. Distribuida a milèrs d’exemplars la desclaracion qu’estó arcuelhuda favorablament peus-per las –militant-a-s.

 

La desclaracion de Còrti qu’estó illustrada dens lo seguissi d’AAP per la preséncia de las delegacions basca (Batasuna) e bretona (Emgann) darrèr la banderòla signada de l’apèu de Còrti « un estatut oficiau entà las lengas nostas ». Que’ns serviram d’aquera banderòla entà desfilar en Bretanha (a Lorient, lo 31 de mars) o au Bascoat entà la defensa deus drets linguistics.

D’autes internacionaus qu’èran tanben presents atau com delegacions catalanas (Maulets e Endavant), ua delegacion aragonesa e ua basca de la platafòrma d’accions entà la lenga basca Euskal Herriaren Euskaraz.

 

Aqueste 17 de Mars qu’estó lo parat entà AAP de balhar un present de planvienguda en Occitània a Felip Bidart, militant d’Iparretarrak recentament liurat après quasi 19 ans de preson. Felip Bidart que viu peu moment a Besièrs, puish que n’a pas lo dret d’anar tau Bascoat. Planvienguda en Occitània Felip !

 

AAP que vòu arremerciar totas las delegacions e l’enseme deus-de las militant-a-s e simpatisant-a-s. AAP que saluda tanben la preséncia deus companhons de la CNT 11, dejà presents en 2005 a Carcassona.

 

Ua escaduda de las bèras donc, e com ac disèvan lo-a-s manifestant-a-s « Sèm fòrça ».

 

L’escadença seguenta de la dinamica e de l’aviéner de nosaute-a-s, occitan-a-s, que serà en 2009. Que convienerà que d’aci Anem Òc ! e’s balha un servici d’encadrament de la manifestacion, a la mesura d’un eveniment qu’Anaram Au Patac desira de l’amplor mei grana.

Que perpausam au collectiu Anem Òc ! de participar a ua reflexion collectiva a aqueth subjècte e de contribuir a botar en plaça un sistèmi bon, eficaç e de pèrhem, entà har cara a las provocacions d’estrèma dreta.

 

Qu’èm un pòple en construccion, un pòple en movement qui sabó brembar aus tres governaments que ne’ns panarén pas jamei mei la dignitat.

 

AAP que publicarà dens lo numèro de la revista Har/Far qui vien ua analisa mei completa de la manifestacion de Besièrs e de las seguidas impensaderas.

 

Qu’èm ua hòrça !

Occitan Lenga Oficiau !

 

MANIFESTACION DE BESIERS DEU 17 DE MARC DE 2007

 

Ce 17 mars 2007, plus de 20 000 personnes se sont réunies à Béziers pour soutenir la langue occitane, pour revendiquer l’attachement à notre culture, notre langue, notre pays. Soit plus du double que lors de la précédente manifestation à Carcassonne en 2005.

Des occitans venus des 3 états qui nous dominent (italien, français et espagnol), étaient présents lors de ce rassemblement, extrêmement dynamique, festif, intergénérationnel et véritablement populaire.

Une démonstration de notre force collective face à la domination.

 

Pour Anaram au Patac cette réussite sans précédent constitue pour le mouvement occitan une étape supplémentaire et historique dans la défense des droits des occitans et des occitanes.

La revendication culturelle a atteint à Béziers un niveau qualitatif et quantitatif important pour l’avenir du mouvement.

« Sèm fòrça » disaient les manifestant-es. Et il est indéniable aujourd’hui que le mouvement occitan est en passe de devenir une force sociale.

 

Désormais il est clair que la langue occitane n’est pas uniquement la préoccupation de quelques militants associatifs et politiques. La population occitane a pris conscience qu’il faut non seulement sauver notre langue mais surtout qu’elle doit dépasser une logique de défense et acquérir de nouveaux droits pour retrouver sa place entière dans la société : dans la vie publique et quotidienne, dans l’administration, l’enseignement, la culture, les médias…

 

Le mouvement doit aujourd’hui continuer l’élan impulsé par cette manifestation et passer à une étape supérieure en revendiquant clairement un statut officiel pour l’occitan. Nous en avons aujourd’hui les moyens et les conditions sociales.

 

La revendication « Occitan lenga oficiau », portée par Anaram au Patac depuis sa création en 1992, était bien plus présente dans la manifestation que lors de celle de Carcassone, montrant ainsi la maturité atteinte par le mouvement occitan en ce domaine. Nous appelons le mouvement culturel à suivre cette voie et ainsi participer à bâtir le chemin de notre émancipation.

La revendication « Occitan lenga oficiau » est au cœur d’une campagne nationale d’AAP lancée début 2007. Outre les visuels (affiches, autocollants, banderoles…) et les actions (soirées publiques à Pau, Bordeaux, Cahors, conférences de presse…) cette campagne a été appuyée par un document présentant l’analyse d’AAP sur l’officialisation de notre langue. Une analyse appuyée par des propositions précises et concrètes.

 

Ce travail, ainsi que l’action d’AAP pendant les 15 dernières années, nous a permit de franchir un seuil qualitatif et quantitatif lors de la manifestation de Béziers. Ainsi, un bus plein a été organisé par AAP Béarn et Hartèra, plusieurs voitures par AAP Gasconha Nord et les militant-es d’AAP Lengadòc étaient également mobilisés. C’est au final un cortège jeune et dynamique de plus d’une centaine de personnes que l’on trouvait derrière la banderole co-signée par AAP et Hartèra « Sèm un pòple, Occitan lenga oficiala ».

Cette banderole reflète la vision d’AAP : nous sommes un peuple, et en tant que tel, nous avons des droits légitimes à faire respecter : l’officialisation de l’occitan en est un.

 

Plus que jamais Anaram Au Patac se bat pour des revendications légitimes contre les Etats impérialistes qui nous méprisent  :

–          Pour un statut de langue légitime comme définit dans nos propositions

–          Pour avancer sans attendre vers la reconnaissance du droit à l’autodeterminatio, à l’unité nationale et politico-territoriale de toute l’Occitanie.

–          Pour la lutte nationale et la lutte sociale qui ne peuvent être séparées

 

Pour Anaram au Patac, la manifestation de Béziers fut aussi l’occasion de populariser notre travail internationaliste au sein de la déclaration de Corti, signée par plusieurs organisations politiques : corse, catalane, basque, bretonne, alsacienne, guyanaise, martiniquaise, polynésienne et occitane.

Avec cette déclaration des nations sans état sous tutelle française, nous revendiquons le respect de nos droits inaliénables en tant que peuple : le droit à l’autodétermination, le droit de mettre en œuvre, dans le cadre d’un statut officiel, le développement de nos langues et cultures, le droit de promouvoir et maîtriser son développement économique et social et le droit de mettre en œuvre un processus de décolonisation. Distribuée à des milliers d’exemplaires la déclaration a été favorablement accueillie par les manifestants.

La déclaration de Corti été illustrée dans le cortège d’AAP par la présence des délégations basque (Batasuna) et bretonne (Emgann) derrière la banderole signé de l’appel de Corti « un statut officiel pour nos langues ». Nous nous servirons de cette banderole pour défiler en Bretagne (à Lorient, le 31 mars) ou au Pays Basque pour la défense de nos droits linguistiques.

D’autres internationaux été également présents comme des  délégations catalanes (Maulets et Endavant), une délégation aragonaise et une basque de la plateforme d’actions pour la langue basque Euskal Herriaren Euskaraz.

 

Ce 17 mars a été également l’occasion pour AAP de remettre un cadeau de bienvenu en Occitanie à Filipe Bidart, militant d’Iparretarrak récemment libéré après quasiment 19 ans de prison. Filipe Bidart vit pour l’instant à Bésiers, n’ayant pas le droit de se rendre en pays basque. Planviengut en Occitània Filipe.

 

AAP tient à remercier toutes les délégations et l’ensemble des militant-es et sympathisant-es. AAP salue également la présence des compagnons de la CNT 11, déjà présents en 2005 à Carcassone.

 

Une très belle réussite donc, et comme disaient les manifestants « Sem força ».

 

L’échéance suivante de notre dynamique et de notre avenir d’occitan-nes se situera en 2009. Il conviendra d’ici là que Anem Oc ! se dote d’un service d’encadrement de la manifestation, à la mesure d’un événement qu’Anaram au Patac souhaite de la plus grande ampleur.

Nous proposons au collectif Anem Oc ! de participer à une réflexion collective à ce sujet et de contribuer à mettre en place un système bon, efficace et ferme, pour faire face aux provocations d’extrème droite. 

 

Nous sommes un peuple en construction, un peuple en mouvement qui a su rappeler aux trois gouvernements que jamais plus ils ne nous voleraient notre dignité.

 

AAP publiera dans le prochain numéro de sa revue Har Far une analyse plus complète de la manifestation de Béziers et des suites envisageables.

 

Nous sommes une force !

Occitan Langue Officielle !

 

2007

  A Dieu siatz

  Coralament e amistosament.    De còr e d’òc.      Michèu Prat

  « Prètz, Paratge, Larguesa »   Memòria trobadorènca, Occitània encuèi.

  —– Messatge originau —–
Mandat per : « Partit Occitan » <partitoccitan@free.fr>
Recegut per : mai d’un destinatari
Mandat : divèndres, lo 15 de junh de 2007 a 5 oras 14 de l’après-dinnar
Subjècte : FTP 38

http://grenoble.indymedia.org/index.php?page=article&filtre=0&droiteA=0&numpageA=1&id=5198

DÉFENSE D’AFFICHER !!!!
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En attendant qu’il soit possible d’envoyer des fichiers pdf sur Indy Grenoble, vous pouvez télécharger les dernières affiches sur le site
www.paulot.net, ça se trouve en page d’accueil.
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FRANÇAFRIQUE / BOUYGUES / ELF / TOTAL / BOLLORÉ / PINAULT / EADS / AREVA …
Certains murs du silence en béton très très bien armé peuvent tomber sous le poids de petites affichettes A3. Vous en doutez ? Nous on y croit.
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  Les rues de nos villes sont envahies de pub. Pour manifester leur désapprobation, les collectifs FTP (ça peut vouloir dire FAREM TOT PETAR en
occitan, mais c’est pas exclusif) collent des trucs sur les pubs Decaux.

  Leur priorité n’est d’ailleurs pas l’action antipub, mais plutôt la diffusion d’infos censurées dans les grands médias de masse. Et d’abord en direction des gens qui n’ont accès à aucune info indépendante. Cour de cible : le contribuable qui comate tous les soirs devant le JT de TF1, la contribuable qui finit son repassage devant la StarAc.

  Les collectifs FTP, pour arriver à leurs fins, collent des affiches-argumentaires de contre-info, dans des lieux fréquentés où les piétons ont le temps de lire. Et le meilleur endroit pour ça, c’est encore un abribus.

  Thème des affiches : l’écologie au sens large, donc Sarkozy, la Françafrique, le nucléaire, le génocide au Rwanda, les trafics d’armes et de came de Pasqua, les stratégies esclavagistes de Bouygues.

  Et plus si affinités.

  Qu’est-ce que les collectifs FTP ?

  Ce sont des filles et des garçons qui vivent dans un grand pays démocratique et industrialisé, où la presse est libre de s’exprimer sur le classement des 100 meilleurs hôpitaux.

  Ce pays tire sa prospérité d’un immense empire colonial, dictatorial, mafieux, sanguinaire et fasciste, situé pour une grande part en Afrique.

  Ce pays cesse d’être démocratique, et sa presse déjà muette devient propagandesque et mensongère dès qu’on évoque l’origine de sa prospérité industrielle : le gaz, le pétrole, l’uranium, le cacao, le ColTan, les ouvriers maghrébins et africains… et les armes.

  Et les filles et les garçons, ça les chagrine un peu que 95% de la population n’ait pas accès aux informations essentielles qui leur permettraient de visualiser dans son ensemble la machine à broyer les peuples sur laquelle repose leur cher pays.

  Un peu DonQuichottiens vaut mieux que deux tu l’auras, les filles et les gars décident qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même, et que rien ne vaut les circuits courts. Si les médias sont tous aux mains des marchands d’armes, des nucléocrates et de la Françafrique, nous au moins, nous ne leur appartenons pas en totalité. Nous allons donc diffuser ces fameuses infos qui fâchent, celles qui sont travesties et niées chaque jour sur TF1 et dans le Daubé.

  Les collectifs FTP ne roulent pour aucun parti en particulier. Certain-es membres sont de sales libertaires qui pensent que toute éolienne de plus de 4 m de haut est forcément à la solde du Médef. D’autres prient Saint José Bové en ruminant des osties bio. D’autres ont peint leur vélo en jaune pour s’approcher du facteur O. D’autres croient encore à la résurrection de Dominique Voynet. Tout ça n’est pas très grave. Dans 50 ans on sera tou(te)s mort(e)s.

  Le principal c’est notre volonté, dans un pays où les médias sont muselés par les marchands d’armes (Charlie Hebdo a le même avocat que Clearstream), de faire de la contre-info.

  En quoi ça consiste ?

  Faire de la contre-info à l’intérieur du petit milieu militant, ça ne sert pas à grand-chose puisque tout le monde est déjà (ou croit déjà être) informé.

  L’objectif est de diffuser toutes ces infos censurées auprès des personnes les plus vulnérables : celles qui ne s’informent QUE par TF1 et la PQR.

  Et comme ce sont souvent des infos un peu complexes qui ne se développent pas en 3 mots, il faut un endroit où les gens ont du temps. Les abribus Decaux (sur la pub, face intérieure) sont un de ces endroits. Avec l’avantage que le fait de recouvrir la pub est le plus souvent bien perçu par les usagers, qui en ont marre de se faire agresser par des images putassières surdimensionnées (puisque destinées aux bagnoles).

COMMENT FAIRE ?

  Nous envoyer un e-mail à faremtotpetar@orange.fr en précisant quels thèmes vous intéressent.
  On vous envoie les affichettes au format pdf. (Nous n’avons pas encore de site web, faute de temps et de compétences.)

  Imprimer les affichettes en A4 noir et blanc (c’est prévu pour), puis les photocopier agrandies format A3, et les coller dans la rue. Privilégier les murs en béton bien lisse (inarrachable) près des passages piétons. Coller les argumentaires pleins de texte sur les panneaux Decaux à l’intérieur des abribus.
  Ça a 2 avantages :
. Les gens ont le temps de lire
. Ça fait une action antipub en même temps, on joint l’utile à l’agréable.

  Et bien sûr, ne pas se faire gauler. (On préconise de faire ça à vélo, la colle dans une sacoche, les affiches dans l’autre.)

POURQUOI DES COLLAGES ILLÉGAUX ?

  Si ces infos restent dans un petit réseau de militants, elles ne servent pas à grand-chose. Un collage sauvage n’a pas du tout le même impact qu’un collage légal. De toute façon, un collage légal a une durée de vie moyenne de 48h, et les panneaux d’affichage libre sont dans des endroits passants, et le passant, par définition, passe et ne s’arrête pas pour lire des trucs politic-prizdetête.

  À défaut de pouvoir coller, diffuser les fichiers pdf.

ATTENTION : les affiches sur les déchets nucléaires (URANIUMsuicide) sont particulièrement insoutenables.

  Elles sont destinées en priorité à la zone Europole/CEA. (Elles sont prévues pour repro en photocopie, en noir et blanc c’est un peu moins violent)
  N’ouvrez pas le fichier si vous n’êtes pas dans de bonnes conditions.
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Fonctionnement du collectif

  C’est plus que simple : on fait des projets d’affiches, seul ou en commun, on les finalise, on les montre aux copains-ines, s’ils ricanent on recommence, s’ils disent « c’est pas mal mais ya trop de texte et c’est un peu rigide ton truc » on se dit qu’ils ont raison mais on imprime quand même parce qu’on n’a pas toute la vie.

  N’importe qui peut reprendre le nom de « collectif FTP » si ça lui plaît, ou en inventer un autre. (Le nom n’a pas grande importance, nous on a choisi de ne pas s’identifier). ( FTP ça peut vouloir dire FAREM TOT PETAR en occitan, mais c’est pas exclusif )

  Si on arrivait à créer dans quelques grandes villes de France un réseau de petits groupes de colleurs, échanger des idées et du matos, ça serait déjà beau.
  Pour l’instant on est trois pelé(e)s à Toulouse, deux tondu(e)s à Grenoble et quelques autres à Marseille. Ça démarre.

  S’il y a des volontaires, voilà des thèmes d’affiches qu’on aimerait faire vite, mais le temps et les photos manquent… :
. Bouygues – grève à la mine d’or de MORILA (Mali) (avez-vous de bonnes photos de cette affaire ???)
. Bouygues – ambitions dans le NUCLÉAIRE via la prochaine privatisation du parc AREVA/EDF par le copain Sarkozy
. Portrait de l’oligarque Pinault (et son grand pote Chirac)
. Portrait de l’oligarque Bolloré (et son grand pote Chirac)
. Portrait du dictateur Omar BONGO (et son grand pote Sarkozy)
. Le général Larbi BELKHEIR, proche de Chirac et Mitterrand, vrai maître de l’Algérie, créateur des GIA et du GSPC, vrai responsable d’au moins la moitié des massacres de la guerre civile.
Etc.

Envoyez-nous ça à faremtotpetar@orange.fr

À bientôt.

Farem Tot Petar !

2007

From: Michèu Prat

To: Michèu Prat

Sent: Saturday, June 16, 2007 8:43 AM

Subject: Remandar : FTP 38 (remandar en FLOCJ2)

 

Michèu PRAT

9, lèia de Chabanòtas
Amèus de Puèi Maure
05 000 Gap / Occitània
Telefòn: 04/92/53/50/73

Telefòn: 08/75/48/18/79

Telecòpia: 08/75/48/18/79
Corrieu : micheu.prat@orange.fr

 

        Gap, dissande, lo 16 de junh de 2 007  

 

  A Dieu en tot(a)s, 

 

veno de reçaupre aquèla informacion e me creo que vos pòt interessar. Es en francés… mai policament incorrecte, ce que me plai ben.

 

2008

Bilanç de l’aplec de solidaritat dab Jacques MORIO deu 7 de heurèr

 

(version en français ci-dessous)

 

 

150 personas que’s son amassadas uei, dijaus lo 7 de heurèr de 2008, dabans lo tribunau de Pau en solidaritat dab Jacques MORIO « Jacó », arrestat ger e plaçat en guarda a vista a Baiona.

Aqueth amassadís qu’ei estat tanben lo parat d’exprimir la nosta solidaritat dab Jean Noël ETXEVERRY « Txetx », militant basco interpellat en medish temps que Jacques MORIO a Baiona.

 

La familha, lo-a-s amic-ga-s e Anaram Au Patac que vòlen arremerciar tots los, presents o non a l’aplec, qui an manifestat lo lor sostien tà Jacó.

 

Uei, a 6 òras, un perlongament de guarda a vista de 24 òras qu’estó decidit per la jutja Levert. Jacó que recebó la vesita d’un mèdge entà problèmas de santat minimes segon la polícia.

 

De cara a aquera situacion, un aute apèu a solidaritat qu’ei d’ara enlà lançat entà doman, divés lo 8 de heurèr de 2008, a 18 òras 30, dabans lo Tribunau de Pau.

 

Anaram Au Patac qu’exija la liberacion immediata de Jacó  e de Txetx.

 

Arren non justifica aqueras detencions qui son, a priòri, ligadas a las declaracions hèitas per Robert Arricau, militant d’Anaram Au Patac, au parat de la soa guarda a vista en deceme de 2004. Declaracions denonciadas mei tard per Robert Arricau, pr’amor qu’èran estadas extirpadas devath la pression.

Entà brembà’s, Robert Arricau que demorrè 11 dias au secret, puish 571 dias en detencion shens procès. Qu’ei liure despuish lo 23 de junh de 2006, mes n’a tostemps pas avut nat procès.

Anaram Au Patac que torna ahortir tota la soa solidaritat tà Robert.

(entà informacions mei : http://libertat.ta.robert.free.fr )

 

La justícia qu’a avut tot lo temps entà enténer Jacó e Txetx, ac desirèsse. Qu’ac tornam díser : arren non justifica aqueras arrestacions.

 

Anaram Au Patac que vòu brembar que l’estrategia repressiva de cap tà l’independentisme basco de gaucha, e de totas las solidaritats qui’u sostienen, que n’arriba uei a escarnir los principis mei democratics qui sian.

Atau dens los dias a viéner, lo partit istoric de la gaucha basca ANV que serà interdit d’eleccions, atau com ac estón abans eth mantuas platafòrmas electoraus, dab per pretèxte, la luta antiterrorista.

Lo conflit au Bascoat, que siam d’acòrdi o pas dab las fòrmas de lutas qui s’i expriman, ne’s poderà pas resòlver per la via repressiva. Sola ua resolucion politica qui reconesca lo dret a l’autò-determinacion deu pòble basco ac permeterà.

 

Enqüèra e tostemps, qu’ei la solidaritat qui deu primar, e qu’ei aquera solidaritat entre los pòbles qui avem de bastir.

 

Anaram Au Patac, Pau,  lo 7 de heurèr de 2008

Bilan du rassemblement de solidarité avec Jacques MORIO du 7 février

 

 

 

150 personnes se sont rassemblées aujourd’hui, jeudi 7 février 2008, devant le tribunal de Pau en solidarité avec Jacques MORIO « Jacou », arrêté hier et placé en garde à vue à Bayonne.

Ce rassemblement a été également l’occasion d’exprimer notre solidarité envers Jean Noël ETXEVERRY « Txetx », militant basque interpellé en même temps que Jacques MORIO à Bayonne.

 

La famille, les ami-es et Anaram Au Patac tiennent à remercier tous ceux, présents ou non au rassemblement, qui ont manifesté leur soutien à Jacou.

 

Aujourd’hui, à 6 h, un prolongement de garde à vue de 24 h a été décidé  par la juge Levert. Jacou a reçu la visite d’un médecin pour des problèmes de santé minimes selon la police.

 

Face à cette situation, un nouvel appel à solidarité est d’ores et déjà lancé pour demain, vendredi 8 février 2008, à 18 h 30, devant le Tribunal de Pau.

 

Anaram Au Patac exige la libération immédiate de Jacó  et de Txetx.

 

Rien ne justifie ces détentions qui sont à priori liés aux déclarations faites par Robert Arricau, militant d’Anaram au Patac, lors de sa garde à vue en décembre 2004. Déclarations dénoncées plus tard par Robert Arricau, car extirpées sous la pression.

Pour rappel, Robert Arricau est resté 11 jours au secret, puis 571 jours en détention sans procès. Il est aujourd’hui libre depuis le 23 juin 2006, mais n’a toujours pas de procès.

Anaram Au Patac réaffirme toute sa solidarité à Robert.

(pour plus d’infos : http://libertat.ta.robert.free.fr )

 

La justice a eu tout le temps pour entendre Jacou et Txetx si elle le souhaitait. Nous le réffirmons, rien ne justifie ces arrestations.

 

Anaram Au Patac tient à rappeler que la stratégie répressive vis-à-vis de l’indépendantisme basque de gauche, et de toutes les solidarités qui le soutiennent, en arrive aujourd’hui à bafouer les principes les plus démocratiques qui soient.

Ainsi dans les jours à venir, le parti historique de la gauche basque ANV sera interdit d’élections, comme l’ont été avant lui plusieurs plateformes électorales, sous prétexte de lutte anti-terroriste.

Le conflit au Pays Basque, que l’on soit d’accord ou pas avec les formes de luttes qui s’y expriment, ne pourra en aucun cas se résoudre par la voie répressive. Seule une résolution politique reconnaissant le droit à l’autodétermination du peuple basque le permettra.

 

Encore et toujours, c’est la solidarité qui doit primer, et c’est cette solidarité entre les peuples que nous devons bâtir.

 

 

Anaram Au Patac, Pau, le 7 février 2008

info@anaram.org         www.anaram.org