1970s

ASSIMIL OCCITAN, Leiçon 55, p.259

 

Nice et la c√īte

1 Nice n’est devenue définitivement française qu’en 1860.

¬†¬ę¬†Mais alors, quand on apprend (ils apprennent) aux petits Ni√ßois, √† l‚Äô√©cole, l‚Äôhistoire des rois de France, ce n‚Äôest pas leur histoire¬†!¬†¬Ľ

3 ¬ę¬†L‚Äôhistoire de France que nous connaissons est une jolie chose (…), quand il n‚Äôy pas trop de choses qui ne sont pas vraies.¬†¬Ľ

 

Leiçon 9

1 L’occitan est la langue naturelle de l’Occitanie.

 

1972

Jean Larzac, √©d., ¬ę¬†4 Vertats¬†¬Ľ, Le petit Livre de l‚ÄôOccitanie, √©d. Maspero, 1972

 

(p.11) Conqu√™te militaire de l’Occitanie

 

Entre l’Occitanie [I] et la France, Augustin Thierry parle d’une v√©ritable aversion nationale ‘. Les liens de vassalit√© n’y font rien. ¬ę Qui t’a fait comte ?¬†¬Ľ¬† dit un des premiers Cap√©tiens. ¬ę Qui t’a fait roi ?¬†¬Ľ lui r√©torque un seigneur occitan. Le malheur veut que, des trois mai¬≠sons f√©odales puissantes en Occitanie, la seule v√©ritable¬≠ment centrale et dont l’int√©r√™t est li√© √† celui de l’Occitanie seule, la maison de Toulouse, ne soit pas parvenue √† la royaut√©. Le comte d’Aquitaine devient duc en 1032 et Ali√©ner d’Aquitaine, devenue reine d’Angleterre n’a pas besoin du reste de l’Occitanie, que son anc√™tre Guillaume IX, le troubadour, essaya de conqu√©rir. La maison de Barcelone, devenue la famille royale d’Aragon avec le troubadour Alphonse le Sage (1152), sera aussi tent√©e de dominer le reste de l’Occitanie, et Ramon Berenguier re√ßoit en dot la Provence, terre lotharingienne : les fronti√®res artificielles des royaumes carolingiens ne comptent pas 2. Mais les rois catalans se consoleront de

 

1 ¬ę¬† A la fin du x¬ę si√®cle, les pays de langue d’oc √©taient s√©par√©s du royaume de France par une aversion nationale aussi pro¬≠nonc√©e que pouvait l’√™tre celle qui existait entre les Fran√ßais et les Allemands. ¬Ľ (Lettres snr l’histoire de France), repris par Engels :

¬ę¬† La nationalit√© des Fran√ßais du Midi n’√©tait au Moyen Age pas plus apparent√©e √† celle des Fran√ßais du Nord que ne l’est aujourd’hui la nationalit√© polonaise √† la nationalit√© russe. ¬Ľ (D√©bat sur la Pologne √† la Di√®te de Francfort.)

2 Devant le danger d’annexion, Toulouse et Barcelone -Provence signent en 1204, √† Millau, un pacte d’assistance mutuelle. La grande Occitanie tric√©phale est en train de se cr√©er au moment ou le pape va pr√©cipiter la Croisade.

 

(p.12) l’Occitanie perdue √† la d√©faite de Muret : Pierre II d’Aragon a ouvert une aire d’expansion vers le Sud, sur les Arabes, avec la victoire de Las Navas de Tolosa.

Reste la maison de Toulouse, ancienne capitale des Wisigoths. Originaires de Saint-Gilles, les Raimond √©ten¬≠dent leurs domaines de Forcalquier √† la Garonne. Pour eux, il n’est point d’aire d’extension hors de l’Occitanie, qu’ils d√©signent comme la terre des hommes ¬ę de n√īstre lengatge ¬Ľ.

Mais le roi de France entend bien s’emparer de l’Occi¬≠tanie pour son propre compte. Il n’a sur elle qu’une autorit√© nominale de suzerain. Or c’est un principe que les vassaux ont le droit de choisir leur souverain, et les comtes de Toulouse, pour √©chapper au p√©ril fran√ßais, feront hommage au roi d’Angleterre comme au roi d’Aragon. Il est plus s√Ľr d’√™tre le seigneur direct. En somme, de transformer un protectorat en d√©partement d’Outre-Loire.

 

[3] 1re √©tape : l’Anschluss manqu√©e de l’Aquitaine

En 1137, Louis VII essaie de s’approprier l’ouest de l’Occitanie en √©pousant Ali√©ner d’Aquitaine, fille de Guilhem X, dernier duc d’Aquitaine ; c’est la tactique du cheval de Troie : il compte bien, ayant mis les pieds en Occitanie, la conqu√©rir tout enti√®re. Au nom des droits de sa femme, petite-fille de Philippe de Toulouse, il vient assi√©ger Toulouse, qui r√©siste victorieusement. Et, Ali√©ner divor√ßant en 1152 pour √©pouser deux mois plus tard Henri de Plantagen√™t, un angevin qui devient roi d’Angle¬≠terre en 1154, l’Occitanie lui passe sous le nez.

[4] 2e √©tape : l’Anschluss de “l’Auvergne

En 1189, Richard CŇďur de Lion, roi d’Angleterre dont les possessions aquitaines sont envahies p√©riodiquement par le roi de France, √©change le Quercy occup√© contre l’Auvergne. (p.13) Les populations n’ont pas √©t√© consult√©es : elles pr√©f√©¬≠raient l’Anglais lointain et respectueux de la culture occi¬≠tane (on a attribu√© des po√®mes occitans √† Richard CŇďur de Lion, ami des troubadours). C’est la r√©sistance. Philippe-Auguste se charge de la mater.

 

[5] 3e √©tape : l’Anschluss de l’Occitanie centrale

Les * cathares

Eloign√©e des centres th√©ologiques carolingiens, l’Occi¬≠tanie est livr√©e √† elle-m√™me. Faute de ma√ģtres incontest√©s, tout le monde discute de tout. M√™me les femmes se m√™lent de th√©ologie. Lorsque l’Eglise veut rattraper la situation, il est d√©j√† trop tard. Ses technocrates ne mordront pas sur un pays, une mentalit√© auxquels ils sont √©trangers, pla¬≠qu√©s. Saint Bernard et saint Dominique √©chouent : leur saintet√© vient aussi trop tard, apr√®s la le√ßon donn√©e par les aust√®res cathares au clerg√© catholique dissolu. Et chacun s’est fait une opinion : les cathares ne sont pas nombreux, mais au lieu de les br√Ľler comme dans le Nord, on les respecte, on discute avec eux, on les estime. La persuasion ne marchant pas, le pape d√©cide d’employer la force.

 

La  croisade contre les Albigeois

 

Dans le monde du Moyen Age, caract√©ris√© par le ser¬≠vage, la f√©odalit√©, la confusion entre l’Eglise et l’Etat, l’emprise de la soci√©t√© sur l’individu, l’Occitanie, terre de libert√©, jetait comme un d√©fi.

‚ÄĒ¬† D√©fi de la libert√© de religion, et donc de la pens√©e libre, si dangereuse pour ¬ę la bonne marche de la soci√©t√© ¬Ľ : c’est pour d√©fendre la soci√©t√© beaucoup plus que la foi (car la foi est libre par d√©finition), que les Crois√©s vont d√©ferler de France, d’Allemagne, d’Angleterre et de toute la ¬ę chr√©tient√© ¬Ľ pour massacrer les cathares et leurs fr√®res catholiques respectueux de leurs croyances.

‚ÄĒ¬† D√©fi pour le roi de France, que cette terre ouvrant sur la M√©diterran√©e,¬† riche,¬† et o√Ļ la f√©odalit√© disparais¬≠sait devant les libert√©s communales, devant la d√©mocratie (p.14) de v√©ritables r√©publiques consulaires. Le roi transforma la croisade en conqu√™te : une politique de la terre br√Ľl√©e an√©antit la richesse du Midi, et la guerre √©conomique dou¬≠blait l’invasion.

‚ÄĒ 1209-1213. Le l√©gat Arnauld Amalric, √† la t√™te des Crois√©s, br√Ľle, √† B√©ziers, catholiques et cathares r√©unis dans l’√©glise de la Madeleine. Carcassonne tombe, le Crois√© Simon de Montfort s’en fait nommer vicomte √† la place de Raimond Roger Trencavel, le l√©gitime seigneur, qu’il emprisonne, puis liquide. Alors Raimond VI entre en guerre et pendant que Simon prend Minerve, Termes, Cabaret, Lavaur, le Rouergue et le Quercy, Pierre II d’Aragon rejoint le comte de Toulouse. Mais Simon de Montfort √©crase la coalition *catalano-occitane √† Muret le 12 septembre 1213 ; le roi Pierre II meurt sur le champ de bataille. Simon de Montfort se fait accepter par le roi de France et par le concile de Latran comme comte de Toulouse.

 

La résistance (1216-1224)

 

II reste au jeune comte Raimond VII la Provence (terre d’Empire). Mais Beaucaire, puis Toulouse le r√©clament. Les villes occitanes se r√©voltent, dressent des barricades. Rai¬≠mond VII, port√© par tout un peuple qui crie r√©surrection, reprend Beaucaire et Toulouse, aux clameurs de ¬ę Tolosa e Proven√ßa ¬Ľ, rappelle d’Aragon le vieux comte exil√©, Raimond VI. Simon est tu√© devant Toulouse (1219) : ¬ę Lo lop es mort, visca Tolosa ciutat radiosa ! ¬Ľ chantent les Toulousains qui tournent en d√©rision les deux Montfort, le p√®re abattu par l’arbal√®te d’une femme, le fils, Amaury, revenu en France avec le cadavre de son p√®re dans ses bagages (1224).

 

L’occupation

 

Philippe-Auguste auquel le pape faisait miroiter l’Occi-tanie expos√©e en proie, et qui tentait d√©j√†, gr√Ęce √† l’exp√©¬≠dition de Dampierre, de s’assurer l’Auvergne (1211-1212). avait envoy√© son fils, le prince Louis, contre Toulouse. Coup manqu√© en 1219. En 1226, devenu roi, Louis VIII s’entend avec le pape Honorius III. On excommunie Raimond VII, on affame Avignon qui capitule. En 1229, apr√®s vingt ans de guerre, Raimond VII comprend que son (p.15)

peuple, saign√© √† blanc, ne peut plus r√©sister. Il se rend √† Paris o√Ļ, devant Notre-Dame, il est flagell√© et doit se soumettre au trait√© de Meaux : sa fille √©pousera Alphonse de Poitiers, fr√®re de Louis IX. Ainsi l’Occitanie centrale passerait √† la couronne… et r√©int√©grerait le sein de l’Eglise car il faudra payer une universit√© √† Toulouse : universit√© r√©pressive aux mains des dominicains, charg√©s bient√īt de l’Inquisition (cr√©√©e en 1234). L’Eglise, qui a n√©glig√© l’Occi¬≠tanie au moment o√Ļ une universit√© e√Ľt √©t√© n√©cessaire √† ses chr√©tiens, et une bonne r√©forme √† son clerg√©, ne peut plus servir qu’√† fournir une gestapo au r√©gime.

 

Le b√Ľcher de Monts√©gur

 

En 1242, Raimond VII pense pouvoir se d√©gager du pi√®ge de Meaux : les Inquisiteurs sont ex√©cut√©s √† Avignon-net, et Raimond reprend √† Narbonne le titre de duc, essaie de se remarier pour qu’un h√©ritier m√Ęle prive Alphonse de Poitiers, son gendre impos√©, de sa succession. Il tisse une coalition groupant les ¬ę bons ¬Ľ souverains de l’Occi¬≠tanie, c’est-√†-dire Henri III d’Angleterre (Aquitaine), Fr√©¬≠d√©ric d’Allemagne (Provence) et le roi d’Aragon, suzerain du jeune Trencavel, h√©ros de la r√©sistance √† Carcassonne. Mais Louis IX √©crase un des alli√©s, Lusignan, en Poitou, et Raimond VII se retrouve seul. En 1244, Monts√©gur, refuge des cathares et des justiciers d’Avignonnet, est r√©duit, et ses cathares br√Ľl√©s sur place, semble-t-il, au ¬ę camp dels cremats ¬Ľ (1244).

 

[6] 4e √©tape : l’Anschluss de la * Provence

Blanche de Castille, qui avait mari√© Alphonse de Poi¬≠tiers √† l’h√©riti√®re de Toulouse, fait √©pouser √† l’h√©riti√®re de Provence, B√©atrice, son quatri√®me fils, Charles d’Anjou (1246). Mais les Proven√ßaux ne sont pas d’accord, qui tiennent √† leurs d√©mocraties urbaines. Charles ¬ę pacifie ¬Ľ une √† une Arles, Avignon, Marseille. La conqu√™te dure dix ans (1251-1262). Le troubadour Boniface de Castellane, h√©ros de la r√©sistance, s’exile en Italie. Les r√©publiques consulaires sont supprim√©es.

(p.16) En 1271 pour le Languedoc, en 1481 pour la Provence, le descendant des fr√®res de Louis IX restant sans h√©ritier, c’est le roi de France qui les r√©cup√©rera..

 

[7] L’Occitanie, terre confisqu√©e

Les rois de France se rendent compte que les terres du comte de Toulouse ne sont qu’une partie des terres de langue d’Oc. Mais en s’affirmant les ma√ģtres de ce qu’ils appellent la * ¬ę langue d’Oc ¬Ľ (Occitania en latin), ils pr√©tendent avoir des droits sur les parties non encore annex√©es. C’est ainsi que, plus tard, Louis XIV s’emparant de l’Alsace, allemande de langue, y verra un dire √† reven¬≠diquer l’Empire d’Allemagne et, pour cette raison, se gar¬≠dera bien de franciser l’Alsace. De la m√™me fa√ßon, les cap√©tiens officialisent l’usage de l’occitan, diff√©rencient l’administration au Sud de la Loire, gouvernant ici par s√©n√©chaux et l√†-haut par baillis.

Seigneurs de l’Occitanie, les voici √† la conqu√™te de la Catalogne (1282-1291). C’est l’√©chec. Et l’Aragon conti¬≠nue √† disputer la Provence aux Anjou. Mais ils se rattra¬≠pent sur l’Aquitaine. Louis IX, en 1259, a obtenu que l’Anglais lui laisse ses terres fran√ßaises (Normandie -Anjou), et lui fasse hommage pour ses terres occitanes (qu’il appelle ¬ę Guyenne ¬Ľ : * Gascogne, P√©rigord, “”Limousin et Quercy). Mais les Anglais ont l’habilet√© de laisser √† la Guyenne son organisation d√©mocratique (les fors). Le prince de Galles √©tait plus Occitan qu’Anglais, et sa principaut√© d’Aquitaine, dont Bordeaux est la brillante capitale, le soutient contre les incursions des Fran√ßais, appel√©s par Jean d’Armagnac et les Rouergats qui refusent de lui payer la foatge (1369-1374). D’ailleurs, en 1377, c’est contre les imp√īts, impos√©s par Bernard d’Armagnac et Charles VI que se r√©voltent les Tuchins de Languedoc.

Au d√©but du xv* si√®cle, si le Languedoc et les Arma¬≠gnacs soutiennent le roi de France, c’est pour s’opposer √† la domination bourguignonne. Il s’agit bien d’un conflit Nord-Sud. Le ¬ę royaume de Bourges ¬Ľ auquel se r√©duit la France de Charles VII est tout entier au sud de la

(p.17) Loire (1429), plus occitan que fran√ßais. Mais Jeanne-d’Arc boute les Anglais hors de France, et Charles VII hors de ¬ę son ¬Ľ Occitanie, √©crase en 1452 la r√©sistance de la ligue des cit√©s aquitaines qui avaient appel√© √† la rescousse les Anglais de lord Talbot. Charles VII s’em¬≠pare de Bordeaux et y supprime les libert√©s d√©mocratiques. Montpellier ayant √©t√© achet√© en 1439, Mont√©limar troqu√© en 1447, il reste √† Louis XI de recueillir en 1481 la Provence sans h√©ritier. Toute l’Occitanie √©tait aux Fran¬≠√ßais.

 

(p.29) L’√©cole du m√©pris et de l’ignorance [89]

 

Pendant ce temps, l’Occitanie est ¬ę la France obscure ¬Ľ des statistiques de Dupin (1825) car la scolarisation en fran√ßais y est apprentissage d’une langue √©trang√®re : ¬ę Un ministre de l’Int√©rieur qui voudrait faire son m√©tier… devrait demander un cr√©dit de deux millions par an pour amener au niveau d’instruction des autres Fran√ßais les peuples qui habitent dans le fatal triangle qui s’√©tend entre Bordeaux, Bayonne et Valence. On croit aux sor¬≠ciers, on ne sait pas lire, et on ne parle pas fran√ßais dans ces pays… ¬Ľ √©crit Stendhal (Vie d’H. Br√Ľlard). Taine d√©crit ainsi Toulouse : ¬ę Tout est italien. Nous avons une France qui n’est pas la France. Les rues en pente escarp√©e, le soir √† peine √©clair√©es √† la longue distance d’une lumi√®re vacillante, sont pareilles √† celles de Rome et de P√©rouse… Mes coll√®gues me disent que de tout temps le Midi s’est montr√© moins loyal que le Nord. ¬Ľ (Carnets de voyage.) Michelet rench√©rit, toujours √† propos de Toulouse : ¬ę Les gens ais√©s du moins sont Fran√ßais ; le petit peuple est tout autre chose, peut-√™tre Espagnol ou Maure… Dans la France, la premi√®re gloire est d’√™tre

(p.30) Fran√ßais. Les extr√©mit√©s sont opulentes, fortes, h√©ro√Įques, mais souvent elles ont des int√©r√™ts diff√©rents de l’int√©r√™t national ; elles sont moins fran√ßaises. ¬Ľ (Tableau de la France.) Or, la R√©publique bourgeoise avait besoin pour ses guerres coloniales ou imp√©rialistes de b√™tes √† boucherie, et pour son expansion, d’une table rase. Tout habitant de l’hexagone doit √™tre mobilisable pour l’arm√©e, la production et la consommation.

Il faut donc, profitant de ce qu’il ne sait rien de lui-m√™me (et on y a veill√© !) faire croire √† ce peuple qu’il est fran√ßais : le mythe de la nation invent√© en 1789, n’y suffit pas. L’√©cole obligatoire va √™tre un merveilleux ins¬≠trument d’ali√©nation. On va y enseigner une histoire falsi¬≠fi√©e ‚ÄĒ selon une tradition d’ailleurs ancienne, qui remonte √† l’histoire sacralis√©e, dont les moines de Saint-Denis ont dot√© les Cap√©tiens, et au-del√† m√™me, √† la loi salique : gesta dei per francos l

Cette falsification de l’histoire se fait justement au moment o√Ļ les Occitans red√©couvraient la v√©rit√©, et au moment des renaissances nationales, au d√©but du xix’ si√®cle.

Que l’on compare l’histoire avant et apr√®s Michelet. Avant, on sait encore que l’Occitanie n’est pas la France. Michelet, lui-m√™me, dit : < La vraie France, celle du Nord ¬Ľ, mais il ne pardonne pas au reste de n’√™tre rien du tout, puisque pas fran√ßais. Et sa conception nationa¬≠liste, volontairement partiale influencera l’histoire officielle des √©coles libres ou la√Įques et obligatoires, celles o√Ļ l’on apprend aux Occitans √† s’ignorer, plus : √† se m√©priser ‘.

 

Ignorance de soi

 

Par une sorte de falsification g√©n√©alogique, on donne aux Occitans des anc√™tres fran√ßais aux yeux bleus et che¬≠veux blonds, dont avec leur teint brun, ils ne peuvent se croire que b√Ętards : par del√† les Francs, qu’on n’ose pas faire prog√©niturer dans le Midi o√Ļ ils ne sont jamais all√©s., on trouve ces Gaulois comme d√©nominateur commun aux nouveaux Fran√ßais ‚ÄĒ oubliant que l’Italie du Nord √©tait

 

1 ¬ę L’oubli, et je dirai m√™me l’erreur historique, sont un facteur essentiel de la cr√©ation d’une nation, et c’est ainsi que le progr√®s des √©tudes historiques est souvent pour la nationalit√© un danger. L’investigation historique, en effet, remet en lumi√®re les faits de violence qui se sont pass√©s √† l’origine de toutes les formations politiques, m√™me de celles dont les cons√©quences ont √©td les plus bienfaisantes. L’unit√© se fait toujours brutalement ; la r√©union de la France du Nord et de la France du Midi a √©t√© la r√©sultat d’une extermination et d’une terreur continu√©e pen¬≠dant pr√®s d’un si√®cle ¬Ľ (Ernest renan, Qu’est-ce qu’une nation ? 1882).

 

(p.31) aussi gauloise, et que seuls les Bretons ‚ÄĒ aussi peu Fran¬≠√ßais ‚ÄĒ peuvent se dire descendants des Celtes.

On ne dira rien de la civilisation occitane du Moyen Age et les troubadours, class√©s manuscrits fran√ßais √† la Biblioth√®que nationale (comme la Pietat de Villeneuve-les-Avignon est class√©e ¬ę art fran√ßais ¬Ľ au Louvre) auront droit √† l’extr√™me rigueur √† √™tre pr√©sent√©s en traduction aux √©l√®ves. De toute fa√ßon, on fait croire que la “”langue d’oc et la langue *d’o√Įl sont devenues le fran√ßais… Rien sur les massacres de la croisade contre les cathares, sur toutes les r√©pressions qui ont suivi l’annexion des terres occitanes ; la r√©volte de Montmorency est class√©e parmi les frondes des ¬ę grands ¬Ľ, et les manuels d’histoire chan¬≠tent la ¬ę n√©cessaire unit√© fran√ßaise ¬Ľ au m√™me titre que l’Ňďuvre admirable de la colonisation outre-mer. C’esl Jules Ferry qui programme ici le d√©cervelage des Occitans par l’√©cole, et l√† la guerre coloniale. R√©sultat : les jeunes Occitans, se croyant Fran√ßais, peuvent aller massacrer du n√®gre ou du ¬ę bougnoul ¬Ľ.

 

Mépris de soi

 

Les enfants apprennent qu’ils ne parlent pas une langue, mais un * ¬ę patois ¬Ľ. Et comme on a morcel√© l’Occitanie en provinces (c’est-√†-dire en territoires d√©coup√©s au hasard d’annexions successives) et non en dialectes (le gascon se parle en Guyenne, le languedocien aussi, et le proven√ßal √† N√ģmes, qui est en Languedoc, et le Nord-Occitan en Dauphin√© comme en Auvergne), comme on l’a atomis√©e en d√©partements, on montre que le ¬ę patois ¬Ľ varie de village √† village ‚ÄĒ que les uns disent balaja, d’autres escoba et d’autres engrani√®ra, moyennant quoi il est plus simple de se mettre au fran√ßais. Au nom du m√™me rai¬≠sonnement, les Ch’timis, les Berrichons, les Normands et les Parisiens devraient apprendre l’anglais ! Mais le ma√ģtre d’√©cole ‚ÄĒ m√™me s’il ne sait rien ‚ÄĒ ne se discute pas.

Il est vrai que, au r√©giment, cet autre ¬ę creuset ¬Ľ o√Ļ l’on fond Bretons, Alsaciens, Occitans, Corses et Basques dans une m√™me conscience ¬ę nationale ¬Ľ, les B√©arnais et les Proven√ßaux arrivent √† se comprendre en parlant chacun son dialecte. Ils red√©couvrent l’unit√© de ce que,

(p.32) faute de savoir le mot propre, ils appellent ¬ę le Midi ¬Ľ ‚ÄĒ mot des autres, car on est toujours le midi de quelque __ part ‚ÄĒ, en d√©couvrant que le ¬ę patois ¬Ľ est en quelque “sorte leur langue nationale. Ils arriveront m√™me, avec un peu de chance, √† savoir qu’il y a des ¬ę monsieurs ¬Ľ qui √©crivent < en patois ¬Ľ. Qu’√† cela ne tienne : au moment o√Ļ Mistral re√ßoit le prix Nobel, les instituteurs font la guerre aux ¬ę patois ¬Ľ avec les m√™mes m√©thodes en Occi-tanie, en Flandre ¬ę fran√ßaise > ou belge, en ¬ę Alg√©rie fran√ßaise ¬Ľ et en Bretagne ou √† Madagascar : celui qui parle √† l’√©cole dans la langue de sa maison est cafard√© par son voisin, et n’√©chappe √† la punition qu’en cafar¬≠dant un autre camarade. C’est la terreur √† l’√©cole, ce que l’U. N. E. S. C. O. d√©finit comme un *g√©nocide cul¬≠turel.

 

C’est au xx* si√®cle que ce g√©nocide culturel est syst√©¬≠matiquement organise. :

Demandez √† vos grands-parents ce qu’est le ¬ę *signal ¬Ľ. Leur g√©n√©ration parlait encore l’occitan quotidiennement, mis √† part quelques bourgeois d√©j√† int√©gr√©s, ali√©n√©s.

 

(p.170) (…) l’information de la population occitane (…), trop souvent engluée dans un chauvinisme français que l’école et les moyens de communication de masse ne cessent de véhiculer, pervertie par les séquelles de l’impérialisme triomphaliste tricolore.

 

(p.191) francophonie : territoires sous domination culturelle française

 

(p.192) L‚ÄôUNESCo a d√©clar√© en 1967 qu‚Äôil y a g√©nocide culturel chaque fois ,qu‚Äôil y a une ¬ę¬† exclusion de l‚Äô√©cole d‚Äôune langue parl√©e par une collectivit√©¬†¬Ľ.

 

1972

Rencontre, une √©mission consacr√©e √† marie Mauron ou ‚Äėla Provence¬† qu‚Äô on assassine‚Äô, Centre RTBF Hainaut, 3e programme, synth√®se de l‚Äô amission Rencontre, pas√©e sur antenne, le 28/10/1972

 

‚ÄúAu si√®cle dernier, quand j‚Äô √©tais enfant, on nous punissait atrocement quand nous avions prononc√© un mot de proven√ßal dans la cour de l‚Äô √©cole et nous avions des ma√ģtres – parce qu‚Äô ils recevaient des ordres de Paris – qui faisaient cette chose ignoble pour des √©ducateurs de donner un jeton √† celui qui parlait proven√ßal.¬† Il avait la charge de le donner, lui le gosse, √† celui qui parlait proven√ßal.¬† Ce qui encourageait la d√©lation, bien entendu.¬† Ce qui encourageait aussi que s‚Äô il en voulait √† quelqu‚Äô un et voulait se d√©barasser de son jeton, il le donnait √† l‚Äô importe qui en affirmant qu‚Äô il l‚Äô avait entendu parler proven√ßal.¬† Ce qui les portait √† mentir.¬† C‚Äô est tellement ignoble.¬† J‚Äô ai √©t√© victime de cela.‚ÄĚ (p.12-13)

 

1973

Robert Lafont, Lettre ouverte aux Français d’un Occitan, Albin Michel 1973

 

(p.19) Je nais. On me d√©clare √† la Mairie. L’√©tat civil, depuis le xvie si√®cle, est fran√ßais. L’√©tat civil, c’est l’Etat imprim√© dans mon pr√©nom. Je m’appellerai Pierre et non P√®ire, Jacques et non Jaunie, Dominique et non Domenge, Jean et non Joan. A peine mon p√®re aura-t-il le droit, si l’officier municipal est bienveillant, de m’appeler Guilhem. Mais, ne nous y trompons pas, ce pr√©nom sera enregistr√© comme un exotisme et un snobisme (√ßa (p.20) pourrait √™tre Jack ou Harry), non comme une substitution √† Guillaume. L’autochtone parvient √† se faire admettre quand il passe pour √©tranger. Si les Occitans d√©cidaient de nommer leurs enfants droitement en occitan, ils ren¬≠contreraient les m√™mes difficult√©s qu’on conna√ģt aux Bre¬≠tons : on leur refuse leurs saints 5 !

Depuis quatre si√®cles donc, cela dure. La famille gas¬≠conne des Garros pr√©nomme ses enfants en langue d’oc jusqu’√† Pey, le po√®te, qui ne prolonge cet usage que par d√©cision patriotique. Le grand-p√®re du p√©rigourdin Mon¬≠taigne n’a jamais sign√© que Ramon ; lui-m√™me s’est appel√© Michel et non Miqu√®l. Dans nos textes administratifs du xvne si√®cle, le t√©moignage circule encore, de ces pr√©¬≠noms d’oc toujours vivants, mais d√©nonc√©s comme popu¬≠laires, patoisants, pittoresques, presque des surnoms. Con¬≠curremment jusque dans la langue parl√©e, qui n’est pas alors fran√ßaise, le pr√©nom fran√ßais redescend comme signe d’officialit√©, de dignit√© sociale, de liaison au pouvoir. Rares sont les Occitans aujourd’hui qui savent dire P√®ire, et Jaume, et Joan, et Domenge. M√™me quand nous parlons notre langue, nous sommes un peuple traduit.

Du moins ai-je droit √† mon nom de famille, o√Ļ je peux r√©apprendre Peyre, Jaulmes, Jouan, Doumenge et Doumergue. Le souci d’attester les filiations, en favori¬≠sant l’archa√Įsme (en conservant les √©paves du pr√©celtique, du celtique, du germanique ‚ÄĒ qui est chez nous wisi-gothique) a pr√©serv√© dans leur masse nos appellatifs d’oc. Le r√īle des imp√īts et l’annuaire des t√©l√©phones suffisent ainsi √† Limoges, √† Marseille, √† Toulouse comme √† Cler-mont-Ferrand, √† prouver l’Occitanie et √† restaurer son langage. Noms de m√©tier : Fabre ou Faure, Fournier, Fustier, P√©lissier, Sabatier, Teyssier. Noms d’√©tats

 

5. Un officier municipal d’Avignon vient de refuser Esclarmonda.

 

(p.21) sociaux : Pages, Bayle, Ramonet, Canonge, S√©nescal. Noms qui reconstituent un paysage v√©g√©tal : Castan, Ghassan, Delcass√©, Roure, Sauze, Delteil ; les lignes du relief et le visage des cit√©s : Campredon, Clapar√®de, Castelnau, Laborie, Lasserre, Delrieu, Carri√®re, Dubarry, Costefr√®ge ; et la vari√©t√© des types humains : Roussel, Peloux, Mouret, Calvet, Canut, Cambefort… J’√©num√®re quelques pi√®ces d’un tr√©sor linguistique. Mais pour le savoir sien, il faudrait le comprendre. L’enfant exclu de la langue d’oc avance dans la vie sous le myst√®re de son origine.

De son nom d’ailleurs vous avez fait un barbarisme. Renon√ßant √† le traduire (combien de Boyer cependant sont devenus Bouvier et combien de Villanove, Ville¬≠neuve ?), vous lui avez impos√© l’accent du fran√ßais. Vous avez effac√© notre finale f√©minine au b√©n√©fice de votre e, que vous rendez muet : nos rythmes vocaliques se perdent entre vos consonnes. Tous nos au diphtongues sont devenus des o. Voici maintenant que ey et ay tour¬≠nent √† Y√® de votre mode : Rey ne se reconna√ģt plus en raie et Bayle d√©finitivement b√™le.

Oserai-je dire que j’enrage de la b√īria (la ferme) incon¬≠naissable sous Laborie et de barri (le rempart, le fau¬≠bourg) camoufl√© par Barry ? L’affaire est-elle mineure ? Mon d√©pit est-il d’√©rudition bless√©e ? Non, car une lan¬≠gue comme l’occitan n’est elle-m√™me que chaque mot frapp√© de son accent tonique. Il y a tr√®s longtemps que ce type d’accent, le fran√ßais l’a perdu. Sur ce point les deux langages romans de l’ancienne Gaule divergent fonda¬≠mentalement.

J’√©largis la question. On sait bien que les Fran√ßais acqui√®rent difficilement l’accent tonique des autres lan¬≠gues latines. De leur incapacit√© ils n’ont aucune ver¬≠gogne : il faut les entendre en Espagne et en Italie filer avec l’impudeur de l’ignorance les Mont√©cassin√≤ et les (p.22)

Toled√≤. Ainsi font les speakers de l’O.R.T.F. qui nous servent quotidiennement des Franco et des Leone. Tou¬≠ristes et speakers r√©servent leur attention aux langues germaniques, qu’il n’est pas permis de trop mal pro¬≠noncer. Pour les Fran√ßais, la norme linguistique est auto¬≠ritaire si elle descend du nord ; au sud, il n’y a que des parlers soumis, des mollesses latines. Nous sommes parmi ces Latins. En choisissant d’√©crire chato (jeune fille), les f√©libres nous ont valu bien des ch√Ęteaux en Provence. Ai-je donc tort de voir dans ces Delcass√© et ces Dubarry que vous nous avez impos√©s et que nous avons fini par trouver normaux, la trace ind√©l√©bile de votre m√©pris ?

Dois-je passer sur les accidents de la graphie ? Vous avez largement fait dispara√ģtre nos usages d’√©criture, mais quand vous les gardez, c’est bien pire. Comme Ih et nh ne sont pas fran√ßais6 (vous √©crivez ill et gri), vous avez impos√© d’√©tranges prononciations √† Darius Milhaud, √† Jean Paulhan et √† Jean Brunhes.

Comprenez-vous maintenant quel int√©r√™t il y a, de langage en son lieu et de langue en la bouche, √† sugg√©rer que Joseph Delteil redevienne Jos√®p Deltelh ? Irons-nous jusqu’√† d√©sirer que Montesquieu (ce ¬ę mont sau¬≠vage ¬Ľ) retourne √† Montesquiu et Pompidou √† Pompidor (ce qui nous √©viterait ¬ę pompidolien ¬Ľ) ?

Ce que je dis de nos noms vaut aussi pour les noms de nos villes, de nos villages, de nos montagnes et de nos rivi√®res. Il y a quelques ann√©es les instituteurs de G√©nolhac en C√©vennes s’obstinaient √† combattre une pro¬≠nonciation spontan√©e et donc la seule juste ; le niveau social s’y reconna√ģt depuis eux √† l’erreur institutionnelle :

 

6. Rappelons que les Portugais ont emprunt√© ces graphies √† l’occitan. Elles sont donc all√©es au Br√©sil. Les J√©suites portugais les ont transport√©es au Vi√™t-Nam. Peletier du Mans, qui √©tait au xvi” si√®cle un linguiste s√©rieux, aurait voulu Ih pour le fran√ßais.

 

(p.23) ¬ę G√©nolac ¬Ľ. Personne ne dit plus correctement Sernhac. On nous a fabriqu√© des monstres, comme ce Pas des Lanciers (lo pas de l’enci√Ę, ¬ę le pas de la faille ¬Ľ) pr√®s de l’√©tang de Berre, ou le Valcar√®s en Camargue (lo Vacar√©s, ¬ę le lieu des troupeaux ¬Ľ). Consolons-nous en pensant que les Bretons sont bien plus mal lotis : avec leur jolie ¬ę Baie de la Rivi√®re ¬Ľ on a fait la Baie des Tr√©pass√©s, de sinistre renom, au hasard d’un jeu de mots.

Tout cela dans l’impunit√© de l’incompr√©hension r√©¬≠pandue. Ecrit dans une langue refoul√©e, le merveilleux paysage de Marseille ne dit plus rien √† l’enfant de la ville ; les Accules (les contreforts), la Madrague (le grand filet), la Canebi√®re (la ch√®nevi√®re), l’Estelle (l’√©toile). Vous nous d√©racinez en notre propre pays. Bient√īt √† Nice, si nous n’y prenons garde, on ne comprendra plus, malgr√© le vent, Raubacap√®u.

A moins qu’on ne change tous ces noms… Un grand linguiste le proposait d√©j√† vers 1950. Toute la toponymie de France enfin traduite en fran√ßais, comment n’y a-t-on pas pens√© plus t√īt ? Le territoire enfin lisible avec le seul recours du Larousse, quelle commodit√© ! J’y r√©siste: accusez-moi de chauvinisme. Je voudrais que Toulouse f√Ľt Tolosa, au risque de vous entendre dire T√īl√īs√†. Allons, appelez-moi occitan. C’est en effet de cela qu’il s’agit : de me retrouver sous mon nom en mon pays qui recevrait de lui-m√™me tous les mots dont il se d√©crit.

 

(p.29) Votre, notre √©cole n’a jamais apport√© de chances √† l’enfant que dans un syst√®me donn√©, celui qui lui p√©tris¬≠sait des programmes. A l’heure de l’imp√©rialisme, elle a √©t√© l’√©cole du soldat. Temple d’une mystique du peuple, elle a pr√©par√© le peuple au massacre des guerres et lui a fourni le droit d’aller massacrer en Afrique, en Asie au nom de la mission de la France. C’√©tait l’√©cole de (p.30) l’unitarisme et l’√©cole de l’expansion guerri√®re, l’une et l’autre au service des fortunes au pouvoir. Jules Ferry, son bon ap√ītre, est aussi le ¬ę tonkinois ¬Ľ colonialiste. Je fr√©mis √† regarder cette image d’une classe primaire en 1916 : dict√©e corrig√©e au tableau qui parle de mitrail¬≠leuses prises √† l’ennemi, enfants v√™tus d’une blouse qui ressemble √† un uniforme militaire, portraits de g√©n√©raux et drapeaux aux murs, instituteur aux allures de sergent recruteur. Ecole du peuple ou des marchands de canons ? Votre, notre √©cole n’a jamais apport√© la culture aux masses populaires qu’en d√©truisant les cultures v√©cues par elles. Elle l’a fait chez nous, elle l’a fait sur trois continents. De cette fa√ßon, c’√©tait une √©cole de la d√©cul-turation, une √©cole du m√©pris, une √©cole coloniale.

 

(p.100) e ¬ę m√©ridional ¬Ľ na√ģt au xvie si√®cle. C’est un accent. C’est un type humain. J’ai essay√© de montrer ailleurs * comment il appara√ģt dans les lettres fran√ßaises en image r√©pulsive. Rien n’approche en signification radicale la somme parfaitement organis√©e de clich√©s qu’Agrippa d’Aubign√© r√©unit sous le titre des Aventures du Baron de Faeneste. Paris au xvne si√®cle consomme, pour s’assu¬≠rer une pr√©√©minence dans le royaume, des plaisanteries sur le capitaine gascon : non seulement Paris, mais tout le monde d’o√Įl. On sait bien alors qu’il y a deux France, celle d’A-diou-sias et celle de Dieu-vous-conduise, pour suivre Malherbe. Ne parlant pas le m√™me langage, elles ne sont pas peupl√©es des m√™mes √™tres. Ceux du nord de Loire ont pour eux la sagesse, la mesure, la finesse d’es¬≠prit et le raffinement des mŇďurs, le go√Ľt des r√©alit√©s, le s√©rieux ; ceux du Sud gardent en un mauvais partage l’outrecuidance, la grossi√®ret√©, le r√™ve et le verbe, la parole qui ment.

On interroge les Ňďuvres litt√©raires. On cherche chez d’Aubign√©, chez Malherbe, d√©gasconneur de la cour, chez le Corneille de L’Illusion comique, chez le Moli√®re des Pr√©cieuses ridicules et de Monsieur de Pourceaugnac (le beau nom fran√ßais, pour qu’on comprenne l’allusion ! et suffixe √† l’occitane, pour qu’on voie qui elle d√©signe !), chez tant d’autres auteurs, des images du m√©ridional comi¬≠que. Reste-t-on ainsi dans l’analyse du ¬ę sentiment litt√©¬≠raire ¬Ľ ? Non, car cette litt√©rature-l√† ne parle pas dans le d√©sert. Vers elle monte un sentiment diffus dans le corps social et d’elle redescend, preuve de son succ√®s, dans le

 

1 Renaissance du Sud, op. cit., chap. V ; Naissance d’un Midi, Le Sud et le Nord, Priv√Ęt, 1971, chap. III ; Deux types ethniques, et Clefs pour l’Occitanie, Seghers, 1971, chap. VII ; Du bon usage des fausses clefs.

 

(p.101) corps social tout entier le pr√©jug√© qui nous situe √† l’envers de toutes vos vertus. Quelle Ňďuvre a connu plus de succ√®s en France que celle d’Alphonse Daudet ? Quelle Ňďuvre a plus fait pour ridiculiser les Proven√ßaux que les trois Tartarin ? Tartarin, baron de Faeneste embourgeois√© √† Tarascon, reproduit le mod√®le de vantardise, de mensonge et de pleutrerie qui a deux cent cinquante ans lorsqu’il est propos√© au rire de la France. La France enti√®re rit de l’homme du Sud. Elle rit encore en 1973 aux histoires de Marius et d’Olive, qui ne sont pas compl√®tement sorties de la mode. Riant, elle sait que notre accent s’accompagne toujours de fain√©antise et de menteries. Pour d’Aubign√©, vous √©tiez l’√™tre, nous √©tions le para√ģtre. Rien n’a chang√©. Vous √™tes la raison et l’√©loquence froide, nous sommes le verbe intemp√©rant : Mirabeau, Gambetta, Jaur√®s n’√©taient-ils pas de chez nous qui, d’√™tre dits m√©ridionaux, perdent leur pens√©e en √©loquence sonore ! La t√©l√©vision, encore elle, interpr√©tant Roger Martin du Gard vient de nous proposer un Jaur√®s path√©tique, mais tellement occi¬≠tan dans son emphase que la France y a encore reconnu un capitan gascon ou un tartarin.

Ah ! le verbe m√©ridional ! Il est toujours l√†, stigmatis√©, quand il s’agit de nous √©carter du d√©bat qui nous importe. J’√©tais l’autre jour √† d√©battre de r√©gionalisation et d’am√©nagement du territoire avec un r√©gionalisateur de l’√©conomie et un am√©nageur du Languedoc. Quand j’ai os√© le mot de ¬ę colonisation ¬Ľ, l’auditoire d’√©tudiants a applaudi imprudemment. Mon contradicteur s’est indi¬≠gn√© qu’on se laiss√Ęt prendre au ¬ę verbe ¬Ľ. Les chiffres et les d√©cisions qu’ils soutiennent, c’est le s√©rieux fran√ßais. Nous n’avons que le verbe !

Oui, je dis que vous √™tes racistes. Vous l’√™tes par plai¬≠santerie, vous l’√™tes innocemment. Mais votre pr√©jug√© n’en est que plus grave de s’habiller, de se d√©guiser en bonhomie. Au proc√®s du Front de Lib√©ration de la Bretagne, (p.102) o√Ļ j’√©tais cit√© comme t√©moin, j’ai cru devoir r√©pon¬≠dre √† une certaine presse parisienne qui ridiculisait la r√©volte. J’ai parl√© de B√©cassine et des histoires marseil¬≠laises. Le Pr√©sident m’a fait remarquer que, dans les plai¬≠santeries de la famille fran√ßaise, toutes les provinces ont leurs types humains. Paris a bien Gavroche ! Certaine¬≠ment, mais Gavroche est pour toute la France le mod√®le de l’intelligence populaire critique, B√©cassine est le mod√®le du peuple stupide, Marius celui de la veulerie. Telle est la bonne entente en notre famille… On rit ensemble, mais toujours des m√™mes, et toujours aux m√™mes occasions.

Le racisme est-il une r√©pulsion √©pidermique faite bien souvent d’attrait refoul√© ? On le croirait √† lire certains de vos auteurs. Nous ne sommes physiquement pas telle¬≠ment diff√©rents de vous. Mais il vous a fallu b√Ętir une image de notre personne physique. A quoi reconna√ģt-on sur la sc√®ne de boulevard ou sur l’√©cran publicitaire, le m√Ęle occitan avant qu’il n’ouvre la bouche ? Il a le poil noir et l’Ňďil de velours, il bedonne, il a les jambes cour¬≠tes. Personne ne s’y trompe. Voici qu’il parle : l’accent confirme l’allure de ces bons plaisants m√©ridionaux, ces ¬ę √™tres au brou de noix ¬Ľ que Huysmans avait la fran¬≠chise de ha√Įr, Latins m√Ętin√©s d’Arabes, surtout pas Celtes ou Germains. Je l’ai d√©j√† dit √† propos du choix que vous faites en Europe des langues respectables, nous sommes du c√īt√© o√Ļ la France humainement se d√©grade. Vous vous r√©servez le blond, le regard clair (¬ę Comment se fait-il que des Occitans aient l’Ňďil bleu ? ¬Ľ me disait un jour une speakerine parisienne), la haute taille que vous pr√™¬≠tez √† vos anc√™tres, Gaulois ou Francs.

Mais j’oublie que l’√©cole nous a enseign√© que ces anc√™¬≠tres sont aussi les n√ītres. Vous l’oubliez aussi ? Cet oubli, cette contradiction ne sont pas d√©pourvus de sens. Il fal¬≠lait, dans l’√©quilibre national, nous assimiler pour nous (p.103) effacer comme peuple, et nous restaurer sur une identit√© raciale suspecte. Nous devions cesser d’√™tre l’autre que nous sommes et devenir l’autre que vous vouliez que nous fussions.

Dans l’inconscience du racisme se r√©v√®lent de profondes intentions. Quand vous avez besoin de nous √©carter de vous, vous recourez √† la couleur de notre peau. Nous devenons des ¬ę bicots ¬Ľ s’il le faut. Une grande affiche, le long de nos routes, vante le charme de nos ports : nos p√™cheurs y ont le type physique des Levantins ou des Alg√©riens.

S’il le faut… Un type racial, galvaud√© et clich√© √† l’infini, r√©pond √† des n√©cessit√©s sociologiques, historiques, mora¬≠les : nous avons servi, comme les Italiens, les Espagnols, les Grecs, de concr√©tion fantasmatique √† vos hantises sexuelles les plus courantes. Le M√©ridional a du temp√©¬≠rament, n’est-ce pas ? ¬ę Le Midi est polygame ¬Ľ, disait Alphonse Daudet, et L√©on Daudet contait des nuits de noces proven√ßales au-del√† de l’hyperbole. La fille du Midi rec√®le en son corps la chaleur d’un climat torride. Voil√† qui nous vaut une variante du m√Ęle m√©ridional : l’homme maigre, d’Artagnan ou Maurin des Maures, coq de vos basses-cours. De toute fa√ßon, puisque nous n’avons pas l’esprit, il faut bien que nous ayons le sexe. Nous sommes votre r√™ve erotique dans l’intervalle de vos labeurs et de vos affaires. Le Midi chante, le Midi parle, le Midi r√™ve, le Midi baise. Le Midi n’agit pas.

Mais je me lasse de parcourir votre sottisier raciste, o√Ļ les plus grands auteurs devenus ben√™ts c√ītoient la gal√©jade scatologique de l’Almanach Vermot. Si je parle sociologie et histoire, je dirai des choses plus graves, et sans doute atteindrons-nous le cŇďur du probl√®me dont nous n’avons vu que le pittoresque.

Le ridicule gascon na√ģt √† Paris √† la suite de grands √©v√©nements politiques et militaires. Le dernier tiers du (p.104) xvie si√®cle a vu les guerres de religion constituer en Occitanie un parti r√©form√© puissant, autour du roi de Navarre. On n√©glige trop ce fait majeur : que le roi Henri est d’abord le roi d’un petit royaume moderne qui refuse la langue fran√ßaise comme toute ing√©rence politique √©trang√®re. A partir de 1572, il a √©largi son pouvoir √† toute l’Aquitaine. Il a remport√© d’√©clatantes victoires √† la t√™te d’une arm√©e qui parle occitan. Voici qu’abjurant le protestantisme, il est entr√© dans ce Paris qui a √©t√© longtemps de la Ligue. Son arm√©e le suit. Ses capitaines sont surcharg√©s d’honneurs. Ils occupent les grands commandements du royaume. Ils parlent occi¬≠tan, estropient le fran√ßais. Mieux encore : derri√®re la carri√®re d’Henri IV, il y a la Renaissance litt√©raire gas¬≠conne, qui affirme son caract√®re national et s’enivre d’h√©ro√Įsme.

¬ę Lo noste Enric ¬Ľ des B√©arnais n’est pas seulement un fils du pays qui a r√©ussi dans la capitale. C’est le souverain en une autre capitale que Paris. Paris va donc conjurer la menace de cette occupation m√©ridionale de ses h√ītels et de son Louvre. Quelle meilleure arme trou¬≠verait-il que le ridicule ? Et comment le ridicule pour¬≠rait-il √™tre plus efficace qu’en retroussant en grimace les nobles attitudes du Gascon ? En faisant des chefs de guerre des Matamores ? L’ethnotype renverse le h√©ros en antih√©ros.

De 1610 √† 1660, l’Occitanie sera r√©volt√©e et ces illustres capitaines ou leurs fils, pour des raisons poli¬≠tiques ou religieuses, battront la campagne. Il est donc important que le type ridicule persiste. En fait, qu’il s’agisse de Rohan, de Montmorency, de Monluc, vous d√©truisez notre ¬ę h√©ros flamboyant ¬Ľ. Le mettre en √©vi¬≠dence, comme je l’ai fait en parlant de litt√©rature d’oc, am√®ne √† l’√©vidence de votre acharnement contre lui.

Acharnement¬† social¬† autant qu’ethnique.¬†¬† La France (p.105) royaliste et centralis√©e qui se met en place au cours du xviie si√®cle, d’abord par Richelieu et Mazarin, est une France bourgeoise qui doit rabaisser les ¬ę grands ¬Ľ. L’Occitanie √©tait depuis Henri IV apparemment du c√īt√© des Grands, frondeuse avec imp√©nitence. Voici donc l’heure de sa chute : Louis XIV r√®gne personnellement, √©tant entr√© dans Marseille par une br√®che ouverte au canon dans les remparts ; l’administration du royaume revient √† des ministres qui ne sont ni nobles ni occitans. Colbert r√©git la France tout enti√®re comme une colonie. Ce qui ne veut pas dire que sa gestion soit toujours nuisible. D√©cidant en Languedoc le creusement du canal du Midi et du port de S√®te, la construction de la manu¬≠facture de Villeneuvette, il est le p√®re de l’am√©nagement du territoire. Les notables provinciaux, le capitalisme r√©gional entrent dans son jeu. Il n’est plus besoin de ridiculiser le capitaine gascon. Le type litt√©raire tombe en d√©su√©tude.

La France est en attente du proven√ßal ridicule, ou du proven√ßal sauvage. D’un autre en elle.

 

(p.139) Mais le refus des simplifications (le refus d’un Lavisse occitan) ne va pas jusqu’√† me faire perdre de vue les fils conducteurs de notre conscience r√©tablie. J’en vois trois pour le moment :

1. Que la politique d’annexion territoriale des Cap√©¬≠tiens et des Valois a tendu √† poss√©der l’Occitanie, d’une fa√ßon constante du xiiie au xvie si√®cle, comme elle a tendu concurremment √† poss√©der la Bretagne. Ainsi ce qui est, dans votre imagerie, r√©duction de la f√©odalit√© ou combat contre l’√©tranger √† l’int√©rieur du royaume, est pour moi la r√©solution √† votre avantage de la ¬ę ques¬≠tion occitane ¬Ľ, une question de niveau europ√©en et qui engage les puissances d’Europe.

2.¬† Que votre pouvoir a signifi√© un assombrissement de la vie intellectuelle et morale, depuis l’invention de l’In¬≠quisition en 1233 √† Toulouse jusqu’√† la prise de posses¬≠sion¬† du¬† florissant¬† Bordeaux par le¬† triste¬† Louis¬† XI.

3 Que la conqu√™te fran√ßaise a √©t√© l’installation de l’absolutisme royal sur les ruines de la citoyennet√© bour¬≠geoise, depuis la Toulouse du xiii* si√®cle jusqu’√† Bor¬≠deaux au xv*. J’en trouverai m√™me une preuve compl√©¬≠mentaire en Sicile : d√®s qu’elle eut chass√© les Fran√ßais, l’√ģle s’organisa en conf√©d√©ration de communes. Ou, beau¬≠coup plus tard, en Corse o√Ļ vous avez r√©duit une r√©pu¬≠blique √† votre Ancien R√©gime.

 

1974

Michel Le Bris, Floride ou champ de manoeuvres ?, in : Occitanie : Volem Viure !, Ed. Gallimard, 1974, p. 186-187

 

On rel√®ve … 22 terrains de manoeuvres diss√©min√©s dans toute l‚ÄôOccitanie.

 

L’Occitanie n’aura pas l’unique destin de ¬ę bronze-cul de l’Europe industrielle ¬Ľ. Par la gr√Ęce du minis¬≠t√®re des Arm√©es un autre type ¬ę d’am√©nagement du territoire ¬Ľ, une autre ¬ę vocation ¬Ľ lui sont impos√©s : la transformation de ce qui n’est pas prioritairement touristicable en camps d’entra√ģnement militaires…

Chass√©e d’Indochine, d’Afrique, d’Alg√©rie, l’arm√©e fran√ßaise se replie sur l’hexagone. Mais il lui faut de l’espace, beaucoup d’espace pour exp√©rimenter les armes nouvelles, pour s’entra√ģner en pr√©vision d’une ¬ę guerre civile ¬Ľ : cet espace, il sera √©videmment pris en Occitanie et occup√© de force, parce que dans le Nord ¬ę les pressions √©conomiques sont trop fortes ¬Ľ (Michel Debr√©).

Le nord de la France doit accueillir les troupes de manŇďuvres, le Sud se consacrera √† l’instruction. Mais les besoins de l’instruction ont chang√©. Les cadres et les hommes utilisent un mat√©riel chaque jour plus moderne. La m√©ca¬≠nisation rend les anciennes installations bien d√©pass√©es. D’o√Ļ un probl√®me nouveau d’infra¬≠structure1.

Pendant qu’elle revend rapidement de vieilles casernes, immeubles et terrains inadapt√©s aux besoins actuels, l’arm√©e envahit le Sud.

 

1 G√©n√©ral Andr√© Varlet. Cit√© dans L’Express M√©diterra¬≠n√©e, n¬į 14.

 

1974

Michel Le Bris, Floride ou champ de manoeuvres ?, in : Occitanie : Volem Viure !, Ed. Gallimard, 1974, p. 186-187

 

On rel√®ve … 22 terrains de manoeuvres diss√©min√©s dans toute l‚ÄôOccitanie.

 

1977

Alain de Benoist, Vu de droite, Anthologie critique des idées contemporaines, 1977, éd. Copernic

 

(p.499) ¬ę¬†Cl√©ment Marot (1496-1544) d√©clare ¬ę¬†abandonner la langue maternelle pour la paternelle¬†¬Ľ, car ¬ę¬†seule la langue du prince paie¬†¬Ľ.

 

(p.500) M. Jean cau, originaire de l‚ÄôAude, se souvient, lui aussi¬†: ¬ę¬†Mon p√®re et ma m√®re vouvoyaient mes grands parents, et ne parlaient avec eux que la langue d‚Äôoc.¬†¬Ľ

 

(p.503) ¬ę¬†Ce qui a fait le plus mal au Midi, affirme M. Jean-Marcel Franco, √©tudiant √† l‚Äôuniversit√© d‚ÄôAix-en-Provence, ce sont les ethnotypes conventionnels¬†: le Gascon ridicule, √† l‚Äôaccent rocailleux, le mythe de matamore, le Corse paresseux, le Marseillais h√Ębleur, Marius et Olive, tartarin, le pastis et la p√©tanque¬†! D‚Äôailleurs, qu‚Äôest-ce que la gal√©jade, sinon une plaisanterie coloniale¬†?¬†¬Ľ

 

1977

Yvon Bourdet, L’éloge du patois (sic) ou l’itinéraire d’un occitan, éd. Galilée 1977

 

(p.13) Je n’ai pas √©t√© ¬ę nourri aux lettres d√®s mon enfance ¬Ľ (si, du, moins, nous entendons aujourd’hui par ¬ę enfance ¬Ľ les toutes premi√®res ann√©es de la vie et non, comme sans doute du temps de Descartes, l’adolescence). A l’√Ęge de cinq ans, j’ai √©t√© brusquement transplant√© ‚ÄĒ huit heures par jour ‚ÄĒ dans une √©cole de la R√©publique fran√ßaise, en laquelle ma langue maternelle (la seule dont j’eusse l’usage) non seulement ne se parlait pas mais √©tait inter¬≠dite. Le reste de la journ√©e et dans la cour m√™me de r√©cr√©a¬≠tion de l’√©cole, je continuais √† parler ce ¬ę patois corr√©-zien ¬Ľ que beaucoup s’amusent de m’entendre aujourd’hui qualifier de ¬ę langue occitane ¬Ľ. De fait le passage d’une expression √† l’autre constitue l’objet de ce livre.

L’√©cole primaire se mit donc √† produire en moi une structure mentale parall√®le. Le cloisonnement √©tait parfai¬≠tement √©tanche.

 

(p.15) Davantage, il ne nous serait jamais venu √† l’id√©e d’√©crire un mot de patois sur une feuille, sur une √©corce, pas m√™me sur le sable, comme s’il n’√©tait pas de l’essence de ce parler d’√™tre √©crit. Nous ignorions d’ailleurs qu’il y en e√Ľt un seul mot √©crit quelque part. Pendant un demi-si√®cle, tout en continuant √† ¬ę parler patois ¬Ľ sans diffi¬≠cult√© avec les gens du pays, je suis rest√© ‚ÄĒ non seulement un occitan sans culture occitane ‚ÄĒ mais, √† proprement parler, analphab√®te, un illettr√© total en ma langue mater¬≠nelle, incapable de la lire ou de l’√©crire. L’usage courant de cette langue vernaculaire √©tait un pur fait a-culturel, comme d’√™tre blond, grand ou petit. En un sens, cette langue n’√©tait pas ¬ę d√©valoris√©e ¬Ľ explicitement ; il n’√©tait pas besoin d’en faire une critique quelconque ; il allait sans dire qu’elle n’avait aucune valeur √©ducative ; s’ins¬≠truire, c’√©tait apprendre le fran√ßais ; le patois √©tait ¬ę v√©cu ¬Ľ comme un moyen d’expression √† peu pr√®s au m√™me titre que les cordes vocales. S’oublier √† prononcer un seul mot de patois dans la classe √©tait aussi malsonnant que de l√Ęcher un pet. Lorsque (rarement) cela arrivait, toute la classe √©clatait de rire avec ostentation et flagornerie ; scan¬≠dalis√©s, nous regardions le ma√ģtre pour bien montrer que nous √©tions particuli√®rement conscients de cette incon¬≠gruit√©, pendant que le ¬ę coupable ¬Ľ rougissait. Je ne me souviens pas d’avoir vu l’inscription dont certains t√©moi¬≠gnages font √©tat : ¬ę II est interdit de cracher par terre et de parler patois ¬Ľ, mais je suis s√Ľr qu’elle ne m’aurait pas choqu√©.

A l’√©cole, il n’√©tait pas question de r√©pondre autre¬≠ment qu’en fran√ßais, car le mode m√™me du questionner excluait par nature toute autre possibilit√© ; l’enseigne¬≠ment produisait en fran√ßais ses questions et ses r√©ponses sans aucune contamination.

 

Claude Duneton, dans ¬ę¬†Parler croquant¬†¬Ľ¬†:

(p.17) De ce fait (on le comprendra sans peine), d√®s la sortie de l’√©cole et m√™me dans la cour de r√©cr√©ation, cette langue, r√©serv√©e √† la culture, ne pouvait nous servir de moyen d’expression courant pour les choses de la vie : manger, jouer, commenter les √©v√©nements locaux. Un jour, 7 un nouvel instituteur se mit en t√™te d’imposer l’usage du fran√ßais dans la cour ; ce fut la g√™ne et la paralysie ; nous ne pouvions pas nous parler s√©rieusement en ce langage litt√©raire ; c’e√Ľt √©t√© transformer nos jeux en th√©√Ętre, comme si on obligeait aujourd’hui nos lyc√©ens √† parler anglais, allemand ou russe pour jouer aux billes ; nous nous croisions en ricanant et ne communiquions que par ges¬≠tes ; si nous disions avec emphase quelques mots en fran¬≠√ßais, c’√©tait pour en accentuer le caract√®re inadapt√©.

Pour r√©ussir son op√©ration de ¬ę francisation ¬Ľ de la cour, notre jeune ma√ģtre z√©l√© avait adopt√© le syst√®me du ¬ę signe ¬Ľ ou ¬ę signal ¬Ľ : au d√©but de la r√©cr√©ation, il confia le ¬ę signe ¬Ľ (je ne me souviens plus de quel objet il s’agissait, un petit caillou ou un bout de bois) √† un √©l√®ve qui devait s’en d√©barrasser au d√©triment de qui pro¬≠non√ßait un mot patois ; naturellement, ce dernier tendait aussit√īt l’oreille pour s’en d√©faire car le dernier possesseur de l’objet, la r√©cr√©ation finie, √©tait puni.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

Comme beaucoup le savent, ce proc√©d√© n’√©tait pas de

 

1 Claude Duneton, Parler croquant, Paris, Stock 2,  1973, pp. 188-189.

 

(p.18) l’invention de notre jeune instituteur (que nous appelions : ¬ę Barbe s√®che ¬Ľ pour le distinguer assez facilement du pr√©¬≠c√©dent qui avait pour surnom : ¬ę Barbe n√®gre ¬Ľ). Dans ses ¬ę M√©moires d’un breton du pays bigouden ¬Ľ, Le cheval d’orgueil, Pierre Jakez Helias, d√©crit en d√©tail le fonctionnement du ¬ę signe ¬Ľ, qu’il appelle ¬ę le symbole ¬Ľ et m√™me d’une fa√ßon plus expressive : ¬ę la vache ¬Ľ (ce qui fait peut-√™tre allusion √† la fois au flic et au mal-parler fran√ßais de la ¬ę vache espagnole ¬Ľ, sans compter que le symbole √©tait attach√© au cou du ¬ę coupable ¬Ľ comme une clochette !) Au-del√† du simple r√©cit de cette ¬ę op√©¬≠ration punitive ¬Ľ, Robert Lafont a cherch√© √† en expliquer la fonction, les causes et les buts 1 : ce proc√©d√©, apparu sous la troisi√®me R√©publique, apr√®s la perte de l’Alsace et la Lorraine, manifestait un souci patriotique de rassem¬≠blement national, l’unification linguistique pouvant contri¬≠buer √† am√©liorer l’unit√© de commandement √† l’heure de la Revanche. Mais ce n’√©tait pas le seul ¬ę avantage ¬Ľ de cette uniformisation : elle rendait en m√™me temps plus facile la mobilit√© ouvri√®re en p√©riode d’industrialisation. Enfin, dans l’esprit du corps enseignant, une motivation plus ¬ę noble ¬Ľ encore ne pouvait manquer de produire son effet : l’Ňďuvre de ¬ę colonisation int√©rieure ¬Ľ (dont le concept √©tait loin d’√™tre conscient et aurait m√™me √©t√© refus√© avec violence) √©tait assimil√©e √† la ¬ę mission civilisa¬≠trice ¬Ľ quasi universelle de la France.

Toutefois, ce proc√©d√© d’inter-d√©lation (qui semble avoir assez ¬ę correctement ¬Ľ fonctionn√© en maints endroits, car il y avait une quasi √©galit√© et comme un jeu entre le ¬ę donneur ¬Ľ et le ¬ę r√©cepteur ¬Ľ qui esp√©rait le transmettre avant le fatidique coup de sifflet final) n’eut qu’une vie fort br√®ve dans la cour de l’√©cole d’Albussac : d√®s le

 

1 Robert Lafont, La revendication occitane, Paris, Flam­marion, 1974, p. 216.

 

(p.19) second jour, le dernier possesseur, Marcel Bray, mon futur beau-fr√®re, ¬ę balan√ßa ¬Ľ le ¬ę t√©moin ¬Ľ, par-del√† le mur et les grilles ; l’instituteur, par chance, avait le dos tourn√© et personne ne l’avait vu. Prudent et peu s√Ľr de son autorit√©, le ma√ģtre renon√ßa. Ce sentiment d’√©tranget√©, ¬ę d’extran√©it√© ¬Ľ de la langue fran√ßaise, dans son usage courant, √©tait renforc√©, dans mon cas (loin d’√™tre unique) par la francisation de mon nom : Bordet, prononc√© loca¬≠lement ¬ę Bourdi ¬Ľ, devenant Bourdet, et aussi par la transformation de mon pr√©nom. Lorsque mon p√®re avait √©t√© me ¬ę d√©clarer ¬Ľ √† la mairie, il avait fait √©tat du vŇďu de ma marraine, la sŇďur de ma m√®re, qui voulait m’ap¬≠peler Ivan. L’instituteur-secr√©taire de mairie s’√©tonna d’un tel choix : personne dans la commune, ni, √† sa connais¬≠sance, dans tout le canton ne portait un tel pr√©nom, ni non plus dans ma famille. Ma tante, qui vivait √† Limoges, avait aim√© ce nom dans un roman. Ce n’√©tait pas une justi¬≠fication suffisante. L’instituteur persuada mon p√®re de faire inscrire, comme premier pr√©nom, Fran√ßois qui avait √©t√© pr√©vu en second ; c’√©tait l√† un pr√©nom ¬ę bien de chez nous ¬Ľ ; il avait √©t√© celui de mon arri√®re-grand-p√®re mater¬≠nel, une sorte de personnage, ancien ¬ę soldat du pape ¬Ľ √† Rome et conducteur d’omnibus √† Paris du temps de la Commune de 71, revenu ensuite ¬ę au pays ¬Ľ o√Ļ il avait fait construire la maison en laquelle je venais de na√ģtre et que les gens du village appelaient encore ¬ę chez Fran√ßois ¬Ľ (prononc√© ¬ę Franchu√© ¬Ľ). Pouvait-on trouver, pour moi, un pr√©nom plus heureux ? De fait, sur les papiers officiels, mon pr√©nom est Fran√ßois (et ainsi par¬≠fois certains de mes condisciples malchanceux purent esp√©rer que j’√©tais moi aussi ¬ę coll√© ¬Ľ, bien qu’un autre Bourdet figur√Ęt sur la liste des re√ßus).

Cependant mon p√®re avait bien conscience d’avoir re√ßu un ¬ę mandat imp√©ratif ¬Ľ de la ¬ę marraine d√©sign√©e ¬Ľ et il insista pour que Ivan f√Ľt inscrit au moins comme second pr√©nom. Mais ¬ę Barbe-n√®gre ¬Ľ fut inflexible et il (p.20) ne consentit √† tenir un certain compte de la volont√© de ma famille qu’en rempla√ßant Ivan par Yvon, un pr√©nom breton √©galement inusit√© dans la r√©gion mais qui faisait sans doute davantage partie de la culture de l’instituteur, √† moins que ce dernier n’estim√Ęt subtilement que son r√īle de ¬ę francisateur ¬Ľ pouvait bien impliquer une certaine ¬ę d√©provincialisation ¬Ľ des pr√©noms ?

Quoi qu’il en soit, √† mon arriv√©e √† l’√©cole, cinq ans plus tard, le ma√ģtre qui puisait ses informations sur la liste de l’√©tat civil, m’appela Fran√ßois ; mais devant mon √©tonnement et les protestations de mes camarades (chez moi, en effet, on n’avait tenu aucun compte des r√©sistances du secr√©taire de mairie, d’autant moins que le cur√© avait, sans rechigner, marqu√© Ivan sur ses registres) l’instituteur souligna comme ¬ę usuel ¬Ľ mon second pr√©nom et √©crivit Yvon sur mon premier cahier. Je pris cet ¬ę Yvon ¬Ľ pour la traduction en fran√ßais de mon pr√©nom en patois : si mon nom se pronon√ßait autrement, pourquoi pas le pr√©¬≠nom? Ainsi, je me mis √† √©crire une langue que je ne parlais pas sous un nom et un pr√©nom que je n’avais jamais entendus.

 

1979

André Armengaud, Robert Lafont, éd., Histoire d’Occitanie, Hachette, 1979

 

(p.786) (‚Ķ) la francisation forc√©e de l’Occitanie Nombre de politiques imp√©rialistes du pass√© ont √©t√© men√©es au nom de la religion et de l’√©vang√©lisation. La France lib√©rale et la√Įque substitue, d√©sormais, les dogmes de la R√©volution √† ceux de la religion : le b√©n√©fice des droits de 1789 apport√© √† certains peuples expliquera les conqu√™tes coloniales.

 

(p.887) (‚Ķ) la recherche et l‚Äôenseignement ont besoin de ¬ę¬†formes de r√©f√©rence¬†¬Ľ pour d√©crire un dialecte ou la langue dans son entier. Il y aura donc des formes typiques et uniques pour chaque dialecte. Il y en aura aussi pour toute la langue, cette derni√®re vari√©t√© se nommant ¬ę¬†occitan de r√©f√©rence¬†¬Ľ.

 

1984

Michel Tozzi, Apprendre et vivre sa langue, éd. Syros, 1984

 

(p.15) 1. Trois générations : une même envie

¬ę Mes grands-parents, raconte Jean Carbonnel, ne parlaient le fran√ßais que dans les grandes occasions. Mon p√®re a connu l’interdit scolaire de l’occitan. Mais comme il √©tait r√©gisseur √† Carcas-sonne, il a continu√© √† le parler : c’√©tait le point de rencontre de tous les travailleurs de la vigne, viticulteurs, salari√©s espagnols ou italiens… C’est lorsque j’ai √©t√© expatri√© √† Paris que je me suis aper√ßu que j’avais l’accent : ils me l’ont foutu en travers de la gorge, ils m’ont fait avaler les ¬ę r ¬Ľ. C’est apr√®s 68 que j’ai os√© retrouver ma langue enfouie et la ressortir. Maintenant que je suis (rede¬≠venu bilingue, non seulement j’ai reconquis mon accent, mais je me laisse aller avec volupt√© √† des occitanismes conscients…

Fils de viticulteur du Bas-Languedoc, je ne peux faire abstraction dans mon identit√© de mes sources. L’occitan, c’est ce sur quoi je me suis construit : la langue, c’est le moyen individuel et collectif de revenir √† soi, d’approfondir d’o√Ļ on vient pour mieux (p.16) savoir o√Ļ et qui on est. Aujourd’hui, il faut r√©gionali¬≠ser. La langue, c’est pour moi un moyen concret de le faire, en le disant au sens propre. L’occitan, je veux d’abord le parler pour pas qu’il disparaisse. Apr√®s on verra bien ce qu’on en fera…

Dans mon club, √† c√īt√© de Toulouse, il y a des gens tr√®s diff√©rents : des intellectuels d’origine rurale qui jouissent de r√©entendre la langue de l’enfance ou du pays, veulent renouer avec les vieux et le village, ou alors parler d’autre chose que de banalit√©s ou de la vie des champs, par exemple p√©dagogie ou politique, en occitan. Des jeunes qui viennent voir, parce que l’oc est dans l’air, ou qu’ils veulent s’entra√ģner pour le bac. Des √©trangers qui s’int√©ressent aux langues romanes. Et des vieilles du coin qu’on a r√©ussi √† d√©complexer de leur ¬ę patois ¬Ľ et qui ont os√© revenir √† l’√©cole le reparler, parce que ce n’est plus un d√©faut, mais un plaisir et un droit… ¬Ľ

 

¬ę Ma famille et tout mon village, √† c√īt√© de Carcas-sonne, confie Jacky Sorli parlaient l’oc. Mais c’√©tait le ¬ę patois des plouks ¬Ľ. La langue officielle et sacr√©e √©tait celle de l’√©cole de la R√©publique. D’o√Ļ une auto-censure volontaire. Ils voulaient que je devienne fonctionnaire. Il ne fallait pas que je m’impr√®gne d’une langue qui m’aurait fait rejeter. J’entendais l’oc chez moi, mais comme √† la d√©ro¬≠b√©e. On ne me le parlait pas et je ne l’ai jamais parl√©.

 

(p.27) ¬ę Mes grands-parents parlaient proven√ßal entre eux, mais jamais avec moi. Ce tabou m’a coup√© d’une certaine communication. Il y eut dichotomie. Plus tard, on me disait que je m’exprimais mal en fran√ßais. Je me disais que j’√©tais un mauvais instituteur. √áa a fait tilt sur la trentaine, quand je me suis mis au proven√ßal… J’ai compris l’origine de mes confusions et de ma g√™ne et par l√†-m√™me la situation linguistique de mes √©l√®ves ; le sens qu’il fallait d√©sormais donner √† mon enseignement : faire la chasse √† la norme, valoriser au d√©part ce que l’enfant est et parle, pour aller plus loin, mais apr√®s ¬Ľ (Guy).

Cette attitude est d’ailleurs mal comprise par les g√©n√©rations qui se sont volontairement emp√™ch√©es de parler ¬ę patois ¬Ľ ¬ę dans l’int√©r√™t de leurs enfants ¬Ľ : ¬ę¬† c’est-y pas possible que ce qu’on nous a interdit et puni √† l’√©cole, on l’apprenne maintenant et on le passe √† la t√©l√© ¬Ľ une vieille auvergnate.

Mes parents ne comprennent plus : ils ont eu beau¬≠coup de mal √† apprendre le fran√ßais, ils nous interdi¬≠saient de parler flamand √† la maison. Et voil√† maintenant que j’en fais faire √† mes gosses. Ils refusent de le parler √† mes enfants, et c’est dommage, parce qu’ils le connaissent bien et le parlent entre eux. Ils pensent qu’on va leur porter tort ¬Ľ. Et Jo√ęl, professeur de flamand √† l’Ecole Normale de Lille : ¬ę J’ai √©t√© √©lev√© par mes grands-parents qui parlaient les deux langues. Quand ils ont appris que j’enseignais le flamand, ils ont eu peur que je me fasse virer. Ils se demandaient √† quoi cela pouvait bien servir. Heureusement maintenant, ils se rendent compte que c’√©tait plut√īt une aberration de ne pas l’enseigner ! ¬Ľ

 

(p.69) 1. La lutte contre une répression bicentenaire et pour un statut des langues de France

L’oppression linguistique et culturelle

‚ÄĘ Des faits. – Citons en premier l’ordonnance toujours en vigueur de Villers-Cotterets, o√Ļ Fran√ßois Ier impose en 1539 la langue fran√ßaise dans les actes de la vie officielle. Et prenons quelques dates significatives :

 

(p.70) L’ALSACE : ENTRE LE MARTEAU ET L’ENCLUME (d’apr√®s P. Klein)

 

XIXe – L’Alsacien doit comprendre qu’il parle alsacien et non allemand, langue √©trang√®re.

1871 – Dans les zones dialectophones annex√©es, le fran√ßais, langue √©trang√®re, est √©vinc√© de l’√©cole.

1918 – Allemand d’abord suspendu, puis r√©introduit trois heures par semaine.

Jusqu’en 40 – le fran√ßais est enseign√© comme ¬ę langue maternelle ¬Ľ aux dialectophones.

De 40 √† 45 –¬† Fran√ßais (et expressions fran√ßaises int√©gr√©es aux dialectes) interdits.

–¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† 1945 – Allemand interdit √† l’√©cole primaire.

 

FLANDRE FRAN√áAISE : PAR LE SABRE CONTRE LE GOUPILLON (d’apr√®s P. Simon)

1684 РLouis XIV, pour franciser la Flandre, impose le français dans les actes de justice.

1802 – Existe d√©j√† dans certains coll√®ges le ¬ę signum ¬Ľ (objet transmis d’√©l√®ve √† √©l√®ve parlant flamand, le dernier d√©tenteur ayant une mauvaise note).

–¬†¬†¬† 1832 – Service militaire de 7 ans introduisant le fran√ßais dans les classes populaires.

1833 – Loi Guizot interdisant l’enseignement du flamand (jus¬≠que-l√†, enseignement oral √† l’√©cole primaire en flamand).

1853 – Le Conseil acad√©mique du Nord demande de joindre un texte fran√ßais au cat√©chisme flamand. Le ministre Duruy invite en 1854 l’archev√™que de Cambrai √† s’ex√©cuter : refus de l’archev√™que.

1877 РLa Troisième République anti-cléricale se retourne contre le flamand soutenu par le clergé, celui-ci utilisant le flamand contre les idées républicaines.

1890 РArrêté ministériel interdisant catéchisme et sermons en flamand. 57 communes du Westhoek ont un tel catéchisme. Plusieurs maires sont suspendus. 43 communes en 1900 ont toujours ce catéchisme.

1950¬† – On peut encore lire sur le mur de la cour : ¬ę Interdit de parler flamand ¬Ľ (ex. commune de Berthen).

1951¬†¬† –¬† Refus de reconna√ģtre dans la loi le flamand comme ¬ę langue r√©gionale ¬Ľ.

 

¬†(p.71) NIER LE BRETON (d’apr√®s Y. Jardin)

 

–¬† 1789 – L’abb√© Gr√©goire, auteur d’un ¬ę Rapport sur la n√©cessit√©

et les moyens d’an√©antir les patois ¬Ľ, d√©clare que ¬ę l’unit√© de l’idiome est une partie int√©grante de la r√©volution ¬Ľ, et Barr√®re devant la Convention : ¬ę les jargons sont autant de barri√®res qui g√™nent les mouvements du commerce et att√©nuent les relations sociales… Le f√©d√©ralisme et la superstition parlent bas-breton, les Basques ignorent la langue des lois de la R√©publique ¬Ľ.

–¬† 1832 – Le duc de Rovigo d√©clare : ¬ę Je regarde la propagation

de notre langue comme le moyen le plus efficace de faire faire des progr√®s √† notre domination dans le pays. Le vrai prodige √† op√©rer serait de remplacer peu √† peu l’arabe par le fran¬≠√ßais ¬Ľ.

A rapprocher de :

–¬†¬†¬†¬† 1831 – ¬ę Favoriser, par tous les moyens possibles, l’appauvrissement, la corruption du bas-breton, jusqu’au point que d’une commune √† l’autre on ne puisse plus s’entendre… ¬Ľ (Comit√© d’Instruction primaire de Quimper).

–¬†¬†¬† 21/11 /46 – ¬ę Nos √©coles dans la Basse-Bretagne ont particu-

li√®rement pour objet de substituer la langue fran√ßaise au breton ¬Ľ (pr√©fet des C√ītes-du-Nord).

–¬†¬†¬†¬† 1897 – ¬ę Pas un mot de breton en classe, ni dans les cours de r√©cr√©ation ¬Ľ (inspecteur d’acad√©mie Dosimont).

1925 – ¬ę Pour l’unit√© linguistique de la France, la langue bretonne doit dispara√ģtre ¬Ľ (A. de Monzie, ministre de l’Instruction publique).

–¬†¬†¬†¬† 1945 – Des gens parlant le breton ont √©t√© inqui√©t√©s, arr√™t√©s,

condamn√©s parfois, alors que beaucoup d’entre eux n’avaient pas √©t√© collaborateurs ou avaient parfois √©t√© r√©sistants. Certains n’ont plus voulu parler breton en public par souci de tranquillit√©.

–¬† Vers 1950 – ¬ę Le symbole √©tait un morceau de fer pour mettre sous les sabots des chevaux. On le donnait au premier qui arrivait et qui parlait breton, et ensuite, quand celui-ci trouvait un autre qui parlait breton, il le lui donnait. Le dernier attrap√© √©tait mis en p√©nitence et devait √©crire en fran√ßais, 50 ou 100 fois : “je ne parlerai plus jamais breton”. Celui qui √©tait pris restait souvent √† l’√©cole, apr√®s 16 h 30, une demi-heure ou une heure dans le coin de la salle ¬Ľ (Evid ar Brezhoneg n¬į 14 mai 74).

 

(p.72) Les cons√©quences – L’√©chec scolaire

 

¬ę L’√©l√®ve impr√©gn√© d’occitan parle un fran√ßais ¬ę incorrect ¬Ľ, non conforme au mod√®le. Le r√īle du fran√ßais dans le cursus scolaire provoque alors une s√©lection rigoureuse. Mais plus l’√©l√®ve avance, plus le mod√®le est exigeant. Beaucoup d’enseignants du primaire ont un accent occitan, mais les marques diminuent au fur et √† mesure qu’on va vers l’univer¬≠sit√©. Comme il faut du temps pour assimiler le mod√®le, la diff√©rence est toujours maintenue, et c’est elle qui joue le r√īle de marque discriminatoire. En fin d’√©tudes sup√©rieures on se verra encore tancer par un jury de concours pour son accent, et fermer les carri√®res du journalisme ou du th√©√Ętre ¬Ľ, rel√®ve Serge Granier.

Il y a dans les enqu√™tes une forte corr√©lation entre un bas niveau scolaire et un fort usage des langues de France. Ces langues sont parl√©es le plus dans les milieux populaires ruraux. Le fils de petit paysan breton est ainsi aussi scolairement d√©favoris√© que celui d’un O.S. du Mans. Au fran√ßais normatif de l’√©cole et ¬ę recherch√© ¬Ľ de la bourgeoisie, s’opposent √† la fois le fran√ßais ¬ę rel√Ęch√© ¬Ľ de l’ouvrier et celui, ¬ę patoisant ¬Ľ, du petit paysan ou de l’artisan. La coupure ville/campagne se juxtapose √† celle de bourgeois/ouvrier, et bien souvent s’y superpose, quand l’ouvrier est d’origine rurale. Elles se rejoignent dans celle de manuel/intellectuel. L’√©cole met donc en situation d’√©chec scolaire et social ceux qui sont por¬≠teurs des langues de France. Il faudrait plut√īt dire qu’elle √©choue √† les faire r√©ussir.

¬ę Je suis entr√©e √† l’√©cole √† sept ans sans savoir un mot de fran√ßais. Il √©tait interdit de parler b√©arnais. Soit j’arrivais √† communiquer sans parler, soit je parlais b√©arnais sans me faire attraper, soit j’avais compris que pour √™tre comme les autres, avoir des amies, avoir les bonnes gr√Ęces de l’institutrice, il fallait vite apprendre le fran√ßais. Pendant longtemps la langue r√©gionale fut pour moi un handicap √† mon(p.73) insertion sociale. Elle contribua √† accro√ģtre ma timidit√©. Ce ¬ę bilinguisme ¬Ľ √©tait difficile √† vivre, car il y avait r√©f√©rence √† deux mod√®les, la culture pay¬≠sanne de mes parents et la culture dominante, la seule reconnue √† l’√©cole ¬Ľ (Simone, quarante ans).

 

Quand un √©l√®ve n’est pas reconnu pour ce qu’il est, il rejette l’√©cole. On affichait partout √† Strasbourg apr√®s la guerre : ¬ę II est chic de parler fran√ßais ¬Ľ. Mais un dialec-tophone alsacien √† qui on inculque le fran√ßais comme une langue maternelle pratiquera mal le fran√ßais, perdra l’usage de son dialecte et ne saura peut-√™tre jamais l’allemand. D’une double chance d’√™tre bilingue, l’√©cole a fait une double difficult√©, √† cause de sa double erreur. En fait, dit la CFDT d’Alsace, ¬ę la bourgeoisie ne pouvait se priver de l’arme essentielle de la domination qu’est la r√©pression linguistique dans la s√©lection scolaire. Elle r√©servait le bilinguisme √† ses propres enfants ¬Ľ. C’est pourquoi Holderith a dit : ¬ę La d√©mocratie de l’enseigne¬≠ment en Alsace passe par le bilinguisme ¬Ľ. Aujourd’hui, ajoute Y. Jardin ¬ę des psychiatres attribuent √† la d√©pos¬≠session de la langue maternelle et de la culture propre les troubles de certains malades et y voient une des raisons de l’alcoolisme en Bretagne ¬Ľ.

 

¬ę Jean, exclusivement dialectophone, a dit, le soir de sa premi√®re journ√©e d’√©cole maternelle : ” D’Mamseil redd nit wie min ” (la ma√ģtresse ne parle pas comme nous). Son premier contact a √©t√© p√©nible : environnement social nouveau, mais aussi milieu linguistique ¬ę √©tranger ¬Ľ. Quand il s’adresse √† la ma√ģtresse, elle aussi dialectophone, celle-ci fait semblant de ne pas comprendre et r√©pond en fran√ßais. Cette tricherie le trouble. Longtemps, il se taira, ou ne s’exprimera qu’en ¬ę appris par cŇďur ¬Ľ. Il ne commencera √† se sentir √† l’aise que lorsqu’il aura d√©sappris sa propre langue, et acquis une person¬≠nalit√© conforme. Ce qui compromet son dialogue avec ses parents et son int√©gration dans la collecti¬≠vit√© alsacienne ¬Ľ (cit√© par P. Klein).

 

(p.74) La déstructuration des communautés

 

R√©sultat foudroyant d’une telle politique : plus de 60 % de la population du Bas-Rhin parle l’Alsacien, mais moins de 1 % des jeunes enfants de Strasbourg ! L’irrespect de la personne est en m√™me temps destruction de la langue et de la communaut√© culturelle qui l’utilise. Quand des inspecteurs disaient encore en 1973-1974 : ¬ę Laisser parler alsacien serait retourner √† l’homme des cavernes ¬Ľ ou ¬ę II n’y a aucune raison de maintenir les √©l√®ves dans leur sous-culture d’origine ¬Ľ, on comprend comment la ¬ę langue de la honte ¬Ľ (Yezh Ar Vezh) peut marquer une collectivit√©.

¬ę Cette domination produit une crise d’identit√© qui trouve sa contrepartie dans une surench√®re patrio¬≠tique, dans la culpabilisation de la sp√©cificit√© r√©gio¬≠nale, dans des ph√©nom√®nes d’auto-censure. Cela se traduit par une sous-scolarisation, une ma√ģtrise tr√®s imparfaite des langues, un acc√®s plus difficile √† la vie culturelle et sociale, une r√©signation face au mod√®le impos√© et une soumission politique ¬Ľ, dit P. Klein.

¬ę Parler pointu fait raffin√©, l’occitan est per√ßu comme vulgaire. L’inf√©riorisation du langage rejaillit sur l’individu et sa communaut√© (cf. ¬ę Portrait du colonis√© ¬Ľ de Memmi). D’o√Ļ le malaise, la mutilation, la perte de dynamisme. Le ¬ę complexe du patois ¬Ľ, ¬ę fa√ßon vicieuse de parler abandonn√©e √† la popu¬≠lace ¬Ľ (Encyclop√©die) culpabilise, ill√©gitime, dissout. On r√©ussit quand on est docile, reniant sa commu¬≠naut√© d’origine. On est alors senti par les siens comme √©tranger ¬Ľ, ajoute Serge Granier.

L’usage purement priv√©, oral, local d’une langue l’am√®ne √† d√©p√©rir et se d√©naturer. On prive ainsi une population de sa personnalit√©. Certains parlent de ¬ę g√©¬≠nocide culturel ¬Ľ. ¬ę C’est blesser un peuple au plus profond de lui-m√™me que de l’atteindre dans sa langue et sa culture ¬Ľ constatait F. Mitterrand. D’o√Ļ le devoir de r√©paration historique envers les langues de France.

(p.75) ¬ę Nos parents sont arriv√©s √† l’√©cole en disant en occitan ¬ę quauqu’un mai ¬Ľ. A coups de punitions, la scolarit√© obligatoire les a amen√©s √† ¬ę quelqu’un plus ¬Ľ, occitanisme en fran√ßais. Notre g√©n√©ration conna√ģt le ¬ę quelqu’un plus ¬Ľ, et apprendra √† l’√©cole √† dire ¬ę quelqu’un d’autre ¬Ľ, avec en prime un petit dipl√īme. Les √©l√®ves actuels en sont √† ce ¬ę quelqu’un d’autre ¬Ľ, et quand ils se mettent √† parler occitan, ils disent ¬ę quauqu’un d’autre ¬Ľ, un francisme en occi¬≠tan ¬Ľ (M.S. Cahiers P√©dagogiques n¬į 190).

 

(p.76) L’opposition √† cette politique

¬ę A l’√©cole, j’ai √©t√© plusieurs fois oblig√© de reco¬≠pier le r√®glement scolaire en fran√ßais, parce que je parlais alsacien. Cela suffit pour dire que je me sens Alsacien avant de me sentir Fran√ßais ¬Ľ dit le chan¬≠teur R. Siffer.

 

1989

Robert Lafont, ¬†1789 – 1993: √† partir de l’ Occitanie, in: Toudi, 1989, pp. 325-334

 

(p.326) “Il m’ a fallu arriver √† l’ √Ęge d’ homme pour apprendre , hors des √©coles, que mes lointains anc√™tres s’ √©taient battus au lendemain de Poitiers avec les Arabes contre les Francs, qu’ils s’ √©taient battus contre les Fran√ßais envahisseurs au XIIIe si√®cle, qu’ ils s’ √©taient r√©volt√©s contre Richelieu au XVIIe si√®cle, qu’ ils √©taient R√©sistants huguenots au XVIIIe si√®cle contre les Dragons du Roi, qu’en 1907 encore, ils avaient, vignerons languedociens, rompu avec le pouvoir central et qu’ en 1917, comme en 1861, certains d’ entre eux avaient pay√© de leur vie de ne pas croire aux grandeurs militaires et √† la D√©raison de l’ Etat.”

(p.328) “La premi√®re d√©mocratie de l’ Europe moderne n’ est pas n√©e entre Versailles et Paris en 1789.¬† Elle a 20 ans de plus.¬† C’ est la nation de Pascal Paoli.¬† Elle est d√©truite en 1769 par l’ arm√©e fran√ßaise d’ intervention.”

 

1990s

Partit Occitan
http://partitoccitan.org

 

1997

L’occitan en pleine expansion, LB 30/07/1997

 

La pratique de l’occitan, qui avait peu √† peu disparu au milieu du si√®cle, est d√©sormais en pleine expansion, comme en atteste le succ√®s de l’enseignement de cette langue, autant dans les √©coles bilingues, les calandretas, qu’√† l’universit√©.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

¬ę¬†Il y a un int√©r√™t √©vident pour la langue occitane¬†¬Ľ, assure Philippe Hammel, directeur du Centre de formation des ma√ģtres des calandretas.¬† Cofmanc√©es par l’√Čtat, les r√©gions, les d√©partements et les communes, ces √©coles sont au nombre de vingt-huit dans trente d√©partements du sud de la France.¬† Elles accueillent 1.350 √©l√®ves, de la maternelle au CM2.

Au Conseil r√©gional Languedoc-Roussillon, on note aussi que ¬ę¬†la politique de cultures r√©gionales est en progression en termes de chiffres, avec de nouvelles ouvertures de classes bilingues et un √©largissement de ces classes¬†¬Ľ.

Jean-Fran√ßois Courouau, responsable du service de langue occitane de l’universit√© Paul Val√©ry de Montpellier, rel√®ve √©galement ‘une explosion de la fr√©quentation des calandretas’.¬† Soulignant qu’il est possible de pr√©senter l’occi-‘ tan au baccalaur√©at en premi√®re langue, il indique qu’√† l’universit√©, le nombre d’√©tudiants suivant un enseignement en occitan a doubl√© en cinq ans, passant de 350 √† 700 pour l’ann√©e scolaire 96/97.¬† Et, en septembre prochain, ouvrira √† Montpellier le premier coll√®ge bilingue comprenant, dans un premier temps, des classes de 6- et 5-, les premi√®res ann√©es du secondaire. De nombreux parents consid√®rent que, quand un enfant entend une langue nouvelle, il est plus apte √† en acqu√©rir d’autres.¬† ‘Ils ont la perception que le multilinguisme, adapt√© √† l Europe, se d√©veloppe mieux sur un bilinguisme pr√©coce’, -r√©sume M. Hammel.

 

ROCK, RAP, RAGGA ET RUES

Pour M. Courouau, il existe ‘une demande de transmission de la langue.¬† Le succ√®s de groupes occitans de rock prouve que lesjeunes ont un rapport affectif √† l’occitan.¬† Cela ne signifie pas forc√©ment qu’iis parlent la langue, mais qu’ils y sont attach√©s’.¬† Il poursuit: ‘Autrefois, parler occitan √©tait consid√©r√© comme un obstacle √† la r√©ussite sociale.¬† La g√©n√©ration actuelle des 40 ans est moins sensible √† ce discours mais on ne lui a pas transmis la langue.¬† Alors elle envoie ses .enfants dans les calandretas.’

 

 

Guy Barral, √©diteur et biblioth√©caire √† Montpellier, estime pour sa part, que, ‘peut-√™tre, pour-la premi√®re fois depuis un si√®cle, la g√©n√©ration des jeunes √©crivains ne se dit pas qu’elle va √™tre la derni√®re.¬† La preuve de la vitalit√© et de la spontan√©it√© de l’occitan est que l’on retrouve cette langue chez des artistes actuels comme les rappeurs de Massilia Sound System ou de L4M, qui l,emploient dans leurs textes.’ A qui l’on peut ajouter les Fabulous Troubadours toulousains. – Autre exemple de ce renouveau, bien que dans un registre diff√©rent, la r√©cente d√©nomination dans les deux langues de la totalit√© des rues et places de Gabian, pr√®s de .B√©ziers (H√©rault).¬† Il s’agit d’une premi√®re mm l’ensemble d’une commune, non seulement en Langliedoc-Roussillon, mais aussi dans les r√©gions de langue et culture occitanes.¬† Cette op√©ration, soutenue par les √©lus locaux, permet √† la r√©gion et au grand sud ‘de seioindre au concert des r√©gions qui valorisent leur patrimoine linguistique comme la Bretagne, l’Alsace ou le Pays Basque’, fait valoir M. Courouau,..(D’apr√®sAFP)

 

2002

Michèu PRAT
9, lèia de Chabanòtas
05 000 Gap / Occitània
E.Malh: Micheu.Prat@wanadoo.fr

        Gap, la dimenja 24 de març de 2002

Et √ßa s’appelle d√©mocratie¬†!

 

¬† Je viens de d√©couvrir (avec stup√©faction) la premi√®re liste des candidats d√©clar√©s √† l’√©lection pr√©sidentielles de 2002.

 

  Je vous félicite pour votre site et votre travail de citoyen, vrai travail de fourmi !

http://collectif2002.free.fr/

http://jjmettling.free.fr/candidats.html

 

  Je suis atterré de constater le déni de démocratie que représente la désinformation dans laquelle nous entretiennent les médias. (seul le Monde, à ma connaissance, a bien voulu donner écho à la constitution de ce collectif des candidats.)

¬† Sans un camarade de Montpelhier qui m’a appris l’existence de votre site, je serai comme tous ces millions de fran√ßais entretenus dans l’ignorance du v√©ritable d√©bat. 68 candidats alors que la t√©l√©, la radio, les journaux m’en pr√©sentent 2, une dizaine quand ils sont en forme.

¬† Votre site et le collectif des “petits” candidats auquel a conduit votre pers√©v√©rance montrent bien qu’un sursaut citoyen est possible et que nous sommes encore libres de ne pas rentrer dans le “moule” dans lequel¬†certains voudraient bien nous enfermer.¬†

 

¬†¬†Je me permets de joindre ci-dessous l’appel pour la justice linguistique en France que plus de 350 personnes ont sign√© √† ce jour.

  Pour recevoir la liste des 350 signataires et plus, en faire la demande à Michèu Prat: Micheu.Prat@wanadoo.fr

 

2006

A Diu siatz

¬† Coralament e amistosament.¬†¬†¬† De c√≤r e d’√≤c.¬†¬†¬†¬†¬† Mich√®u Prat

¬† “Pr√®tz, Paratge, Larguesa”¬†¬† Mem√≤ria trobador√®nca, Occit√†nia encu√®i.

 

APPEL POUR LA JUSTICE

LINGUISTIQUE EN FRANCE

¬† Les signataires de cet appel sont tous des citoyens fran√ßais conscients de l’√™tre. Un certain nombre d’entre eux, parmi les a√ģn√©s, ont inaugur√© leur vie d’hommes et de femmes par la lutte contre l’Occupant nazi et ses valets, pour la restauration de la R√©publique. Les autres ont pendant le demi-si√®cle √©coul√© prouv√© par leur action civique, dans le cadre ou non de partis ou d’associations d√©mocratiques et la√Įques, leur attachement aux valeurs universellement reconnues qui fondent en droit cette R√©publique. Usagers et pour beaucoup enseignants de la langue fran√ßaise, ayant pass√© les examens et concours qui sanctionnent sa connaissance, pour certains √©crivains qui ont d√©montr√© qu’ils savaient en utiliser les ressources et en √©puiser les subtilit√©s, ils se sont inscrits dans la pratique √† √©galit√© avec ses d√©fenseurs proclam√©s. Ils n’ont donc, ni sur le plan de la citoyennet√© ni sur le plan de la culture, aucune le√ßon √† recevoir de personne en France.

¬† Mais ils se sont prononc√©s, pour des raisons d’h√©ritage familial ou de choix raisonn√©, pour la d√©fense et promotion des langues dites ”¬†r√©gionales¬†“. √Ä ce titre, ils se disent aujourd’hui personnellement bless√©s et intellectuellement indign√©s par une campagne qui se d√©veloppe, √† partir du texte de la Constitution de l’√Čtat et de vieilles habitudes mentales incrust√©es en pr√©jug√©s opaques dans l’opinion publique, contre cette promotion, en particulier scolaire. Ils d√©noncent dans une partie de la presse des attaques o√Ļ la mauvaise foi le dispute √† l’ignorance, tendant √† les situer dans le camp qu’ils ont combattu et continueront de combattre. Ils s’attristent d’une conjuration de syndicats et de groupements qui conduit une offensive visiblement orchestr√©e contre la modernisation de la France qu’ils ont la¬† conviction de repr√©senter. Pour le pass√©, il leur est un devoir de rappeler, selon une morale culturelle maintenant acquise au niveau mondial comme selon les enseignements de la socio- et de la psycholinguistique dans leurs progr√®s :

Ôā∑ÔĆque la campagne men√©e jusqu’√† une date r√©cente par l’√Čcole et tout l’appareil d’√Čtat contre les ”¬†langues r√©gionales¬†“, d√©valu√©es en ”¬†patois¬†“, s’inscrit en fait contre l’exp√©rience r√©pandue que le multilinguisme pr√©coce favorise les aptitudes √† l’apprentissage de nouvelles langues. Le monolinguisme au contraire d√©veloppe un blocage sp√©cifique dans les limites d’un seul syst√®me. La France s’est ainsi forg√© une nation d’infirmes linguistiques, ce qui est aujourd’hui patent.

Ôā∑ÔĆque cette campagne punitive, intervenant d√®s l’enfance sur des sujets humains d√©j√† construits dans un cadre d’usages familiaux et locaux, revient √† une invalidation de l’origine d’effet hautement traumatisant. Elle fabrique une n√©vrose sp√©cifique (haine de soi, adh√©sion √† la r√©pression, surestimation nationaliste propre √† l’ali√©n√© culturel). La R√©publique et son √Čcole ont ainsi sous-tendu la mission √©ducatrice et de promotion sociale √† laquelle elles pr√©tendaient de la g√©n√©ralisation d’un malaise d√©vastateur de la personne.

¬† La d√©pr√©ciation sociale des langues d√©chues du haut usage que se r√©servait la langue fran√ßaise revient √† une ignorance entretenue de leur nature et de leur importance culturelle pass√©e. La France a ainsi priv√© de dignit√©, en r√™vant de les priver d’existence, outre les langues qui enveloppaient toute la vie sociale et culturelle, comme le corse, le flamand, le germanique d’Alsace-Lorraine, le basque ou le cr√©ole, le breton, dont le celtisme est une des sources de la culture europ√©enne, l’occitan, qui de cette culture a √©t√© au XIIe si√®cle la source principale, le catalan, son fr√®re, qui a reconquis son statut √† Barcelone sans que Perpignan le sache, une forme linguistique aussi originale que le basque. Si l’on ajoute la fa√ßon dont a √©t√© r√©interpr√©t√©e l’histoire de l’¬†”¬†Unit√© fran√ßaise¬†“, en effa√ßant les crimes d’annexion et les atrocit√©s de conqu√™te, on peut dire sans erreur que la France s’est rendue coupable de ce qui a √©t√© appel√© un ”¬†ethnocide culturel¬†“, digne d’un √Čtat totalitaire.

¬† Ces ”¬†fautes contre l’humanit√©¬†” peuvent √™tre mises au compte d’un passif de violations des principes fondant la R√©publique, qui comprend aussi la conqu√™te, l’exploitation et la r√©pression coloniales avec la haine de l’√©tranger, tournant aux r√©flexes racistes en temps de guerre. Elles ont aussi leur gravit√© et sont de nature, nous semble-t-il, √† poser un ”¬†droit √† r√©paration historique¬†“. Pour le pr√©sent, sans aller jusqu’√† la reconnaissance de ce droit, l’ensemble de la population fran√ßaise a abandonn√© ses pr√©jug√©s nationalo-linguistiques, comme le prouvent les enqu√™tes.

¬† Une sorte de nostalgie de ce qui a manqu√© √™tre tu√© s’est mise √† vibrer en elle. Mis √† part quelques forcen√©s de l’unitarisme obtus, personne n’ose plus se d√©clarer ouvertement ”¬†contre les langues r√©gionales¬†“. On se contente de les priver des moyens de survivre. √Ä cela, sert l√©galement la correction faite √† l’article II de la Constitution, correction sans arr√™t rappel√©e. Nous rappelons pour notre part que le d√©bat qui eut lieu aux Assembl√©es r√©unies en Congr√®s pour l’occasion, vit plusieurs fois la d√©fense des langues r√©gionales et qu’il fut dit clairement que le texte n’√©tait pas dirig√© contre elles. Il √©tait dirig√© contre l’anglais h√©g√©monique. Or, on peut maintenant constater que cette modification d’article, pas plus que la loi Toubon, n’a en rien interdit en France m√™me l’invasion de l’anglo-saxon dans les usages commerciaux, techniques, scientifiques et artistiques d’avant-garde. Il n’a fait que progresser.

¬† La France s’est ainsi donn√© le ridicule, comme jadis les √Čtats fascistes, d’intervenir n√©gativement sur les usages linguistiques en oubliant qu’ils sont socio-√©conomiques et non juridictionnels. Par contre, le texte a √©t√© r√©guli√®rement utilis√© pour interdire tout progr√®s √† l’enseignement et √† l’usage public des langues r√©gionales. Cette utilisation par le Conseil constitutionnel a pris un aspect √† la fois odieux et comique quand elle a fait revenir la France sur la signature que le Gouvernement avait donn√© √† la Charte europ√©enne des langues r√©gionales et minoritaires, compte tenu du fait que sa signature √©tait au choix des articles et que la France ne s’engageait par elle √† rien d’autre qu’√† ce qu’elle faisait d√©j√†.

¬† Une autre utilisation, contre l’int√©gration dans l’√Čducation nationale des √©coles bretonnes Diwan, donn√© comme refus de l’enseignement des langues r√©gionales ”¬†par immersion¬†“, revient √† trois d√©cisions de haute port√©e civique :

1. refuser √† ces langues une normalit√© d’emploi communicationnel qui seule peut assurer leur reconduction sociale et p√©dagogique,

2. invalider l’effort exceptionnel d’enseignants de tradition la√Įque qui ont abondamment prouv√© qu’un enseignement bilingue permet d’obtenir de meilleurs r√©sultats en langue fran√ßaise et de fa√ßon g√©n√©rale un plus haut niveau scolaire et culturel,

3. dissocier l’√Čtat de ses collectivit√©s locales qui, nombreuses, ont soutenu cette mission √©ducative, qu’elles fussent communales, d√©partementales ou r√©gionales.

¬† La campagne qui s’accroche √† ces d√©cisions fait constamment √©tat de l’Unit√© de la R√©publique et de l’¬†”¬†exception fran√ßaise¬†“. Comme citoyens conscients, comptables de cette unit√© et juges de cette exception, nous en venons √† demander de fa√ßon d√©cisive si cette Unit√© est fond√©e sur un principe sacralis√© et une th√©ologie de l’√Čtat dont on conna√ģt l’origine napol√©onienne, ou sur l’adh√©sion √† un contrat civique historiquement adaptable, et si cette ”¬†exception¬†” est faite d‚Äôautre chose que des infractions √† ce contrat par un unitarisme totalitaire et un imp√©rialisme arrogant.

En prenant la responsabilité des termes de cet appel, nous sollicitons:

Ôā∑ÔĆles pouvoirs locaux et r√©gionaux, en principe d√©fenseurs des richesses culturelles de leur juridiction, et qui ont prouv√© souvent, par leur soutien √† la cause des langues r√©gionales, qu’ils l’entendaient ainsi, √† s’unir pour favoriser cette cause et la faire accepter par l’√Čtat,

Ôā∑ÔĆles candidats aux prochaines √©lections pr√©sidentielles √† s’engager eux aussi en faveur de cette cause, et d’abord √† faire modifier l’hypocrite article II de la Constitution.

Nous nous r√©servons en outre le droit d’intervenir aupr√®s des instances europ√©ennes et internationales en d√©nonciation du manquement au droit culturel dont est encore et toujours coupable la France.

Anaram Au Patac       movement revolucionari de l’esquèrra occitana

 

2006

ANARAM AU PATAC

COMUNICAT DE PREMSA¬†¬† –¬†¬† COMMUNIQUE DE PRESSE¬† /¬† 07-2006

 

Merci de har passar aus vòstes lejedor(a)s e auditor(a)s aquera informacion

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                                                           Pau, lo 29 de març de 2007

(version en français ci-dessous)

 

 

MANIFESTACION DE BESIERS DEU 17 DE MARC DE 2007

 

Aqueth 17 de Mars de 2007, mei de 20 000 personas que s’amassèn a Besièrs entà sostiéner la lenga occitana, entà reivindicar l’estacament a la cultura, la lenga, lo país. Sia mei deu doble de manifestants au par de l’aplec de Carcassona en 2005.

Occitans vienguts deus tres estats qui’ns dominan (italian, francés e espanhòu), qu’èran presents au parat d’aqueth rassemblament, hèra dinamic, hestiu, inter-generacionau e vertaderament popular.

Ua demonstracion de la hòrça collectiva cara a la dominacion !

 

Entà Anaram au Patac aquera escaduda shens precedent que constitueish entau movement occitan ua etapa suplementària e istorica tà çò qui ei de la defensa deus drets deus occitans e de las occitanas.

La reivindicacion culturau que toquè a Besièrs un nivèu qualitatiu e quantitatiu important tà l’aviéner deu movement.

¬ę¬†S√®m f√≤r√ßa¬†¬Ľ ce-dis√®van los manifestant-a-s. E ne podem pas denegar uei lo dia que lo movement occitan ei a v√†der ua h√≤r√ßa sociau.

 

D’ara enlà qu’ei clar que la lenga occitana n’ei pas sonque la preocupacion de quauques militants associatius e politics. La poblacion occitana qu’a prés consciéncia que cau shens que sauvar la lenga mes subretot que deu despassar ua logica de defensa e aquesir drets navèths entà tornar trobar la plaça sancèra dens la societat : dens la vita vitanta e publica, dens l’administracion, l’ensenhament, la cultura, los mèdias…

 

Lo movement que deu uei contunhar lo vam impulsat per aquera manifestacion e passar a ua etapa superiora en reivindicar clarament un estatut oficiau entà l’occitan. Que n’avèm uei los mejans e las condicions sociaus.

 

La reivindicacion ¬ę¬†Occitan lenga oficiau¬†¬Ľ, portada per Anaram au Patac desempuish la creacion en 1992, qu‚Äô√®ra h√®ra mei presenta dens la manifestacion que pendent la de Carcassona, muishant atau la maturitat tocada peu movement occitan en lo maine. Qu‚Äôaperam lo movement culturau a seguir aquera via e atau participar t√† bastir lo camin de l‚Äôemancipacion.

La reivindicacion ¬ę¬†Occitan lenga oficiau¬†¬Ľ qu‚Äôei au c√≤r d‚Äôua campanha nacionau d‚ÄôAAP orbida au comen√ßar de 2007. En mei deus visuaus (afichas, pegasolets, bander√≤las‚Ķ) e de las accions (seradas publicas a Pau, Bord√®u, Cah√≤ra, confer√©ncia de premsa‚Ķ) aquera campanha qu‚Äôest√≥ ahortida per un document presentant l‚Äôanalisa d‚ÄôAAP t√† l‚Äôoficializacion de la lenga. Ua analisa qui‚Äôs premia sus proposicions precisas e concretas.

 

Aqueth tribalh, com l‚Äôaccion d‚ÄôAAP pendent aqueras quinze annadas passadas, que ns‚Äôa perm√©s de superar un solh qualitatiu e quantitatiu au parat de la manifestacion de Besi√®rs. Atau, un plen bus qu‚Äôest√≥ organizat per AAP Biarn e Hart√®ra, mantuas aut√≤s per AAP Gasconha N√≤rd e lo-a-s militant-a-s d‚ÄôAAP Lengad√≤c qu‚Äô√®ran tanben mobilizats. Qu‚Äôei fin finala un seguissi joen e dinamic de mei d‚Äôun centenat de personas qui trobavam darr√®r la bander√≤la c√≤-signada per AAP e Hart√®ra ¬ę¬†S√®m un p√≤ple, Occitan lenga oficiala¬†¬Ľ.

Aquera banderòla que rebat la vision d’AAP : qu’èm un pòple, e en tant que tau, qu’avem drets legitimes de har arrespectar : l’oficializacion de l’occitan que n’ei un.

 

Mei que jamei Anaram Au Patac que’s peleja entà reivindicacions legitimas contra los Estats imperialistas qui’ns mespresan :

–¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Ent√† un estatut de lenga legitima atau com definit dens las proposicions nostas.

–¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Ent√† avan√ßar shens esperar de cap t√† la reconeishen√ßa deu dret a l‚Äôaut√≤-determinacion, a l‚Äôunitat nacionau e politic√≤-territoriau d‚ÄôOccit√†nia.

–¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Ent√† la luta nacionau e la luta sociau qui non podem pas desseparar.

 

Entà Anaram au Patac, la manifestacion de Besièrs qu’estó tanben lo parat de popularizar lo tribalh internacionalista dab la quita desclaracion de Còrti, signada per mantuas organizacions politicas : còrsa, catalana, basca, bretona, alsaciana, guianesa, martiniquesa, polinesiana e occitana.

 

Dab aquera desclaracion de las nacions shens estat devath tutela francesa, que reivindicam lo resp√®cte deus drets inalienables en tant que p√≤ple¬†: lo dret a l‚Äôaut√≤-determinacion, lo dret de botar en √≤bra, dens l‚Äôencastre d‚Äôun estatut oficiau, lo desvolopament de las lengas e culturas nostas, lo dret de prom√≤uver e mestrejar lo son desvolopament economic e sociau e lo dret de botar en √≤bra un processus de descolonizacion. Distribuida a mil√®rs d‚Äôexemplars la desclaracion qu‚Äôest√≥ arcuelhuda favorablament peus-per las ‚Äďmilitant-a-s.

 

La desclaracion de C√≤rti qu‚Äôest√≥ illustrada dens lo seguissi d‚ÄôAAP per la pres√©ncia de las delegacions basca (Batasuna) e bretona (Emgann) darr√®r la bander√≤la signada de l‚Äôap√®u de C√≤rti ¬ę¬†un estatut oficiau ent√† las lengas nostas¬†¬Ľ. Que‚Äôns serviram d‚Äôaquera bander√≤la ent√† desfilar en Bretanha (a Lorient, lo 31 de mars) o au Bascoat ent√† la defensa deus drets linguistics.

D’autes internacionaus qu’èran tanben presents atau com delegacions catalanas (Maulets e Endavant), ua delegacion aragonesa e ua basca de la platafòrma d’accions entà la lenga basca Euskal Herriaren Euskaraz.

 

Aqueste 17 de Mars qu’estó lo parat entà AAP de balhar un present de planvienguda en Occitània a Felip Bidart, militant d’Iparretarrak recentament liurat après quasi 19 ans de preson. Felip Bidart que viu peu moment a Besièrs, puish que n’a pas lo dret d’anar tau Bascoat. Planvienguda en Occitània Felip !

 

AAP que vòu arremerciar totas las delegacions e l’enseme deus-de las militant-a-s e simpatisant-a-s. AAP que saluda tanben la preséncia deus companhons de la CNT 11, dejà presents en 2005 a Carcassona.

 

Ua escaduda de las b√®ras donc, e com ac dis√®van lo-a-s manifestant-a-s ¬ę¬†S√®m f√≤r√ßa¬†¬Ľ.

 

L’escadença seguenta de la dinamica e de l’aviéner de nosaute-a-s, occitan-a-s, que serà en 2009. Que convienerà que d’aci Anem Òc ! e’s balha un servici d’encadrament de la manifestacion, a la mesura d’un eveniment qu’Anaram Au Patac desira de l’amplor mei grana.

Que perpausam au collectiu Anem Òc ! de participar a ua reflexion collectiva a aqueth subjècte e de contribuir a botar en plaça un sistèmi bon, eficaç e de pèrhem, entà har cara a las provocacions d’estrèma dreta.

 

Qu’èm un pòple en construccion, un pòple en movement qui sabó brembar aus tres governaments que ne’ns panarén pas jamei mei la dignitat.

 

AAP que publicarà dens lo numèro de la revista Har/Far qui vien ua analisa mei completa de la manifestacion de Besièrs e de las seguidas impensaderas.

 

Qu’èm ua hòrça !

Occitan Lenga Oficiau !

 

MANIFESTACION DE BESIERS DEU 17 DE MARC DE 2007

 

Ce 17 mars 2007, plus de 20 000 personnes se sont réunies à Béziers pour soutenir la langue occitane, pour revendiquer l’attachement à notre culture, notre langue, notre pays. Soit plus du double que lors de la précédente manifestation à Carcassonne en 2005.

Des occitans venus des 3 états qui nous dominent (italien, français et espagnol), étaient présents lors de ce rassemblement, extrêmement dynamique, festif, intergénérationnel et véritablement populaire.

Une démonstration de notre force collective face à la domination.

 

Pour Anaram au Patac cette réussite sans précédent constitue pour le mouvement occitan une étape supplémentaire et historique dans la défense des droits des occitans et des occitanes.

La revendication culturelle a atteint à Béziers un niveau qualitatif et quantitatif important pour l’avenir du mouvement.

¬ę¬†S√®m f√≤r√ßa¬†¬Ľ disaient les manifestant-es. Et il est ind√©niable aujourd‚Äôhui que le mouvement occitan est en passe de devenir une force sociale.

 

Désormais il est clair que la langue occitane n’est pas uniquement la préoccupation de quelques militants associatifs et politiques. La population occitane a pris conscience qu’il faut non seulement sauver notre langue mais surtout qu’elle doit dépasser une logique de défense et acquérir de nouveaux droits pour retrouver sa place entière dans la société : dans la vie publique et quotidienne, dans l’administration, l’enseignement, la culture, les médias…

 

Le mouvement doit aujourd’hui continuer l’élan impulsé par cette manifestation et passer à une étape supérieure en revendiquant clairement un statut officiel pour l’occitan. Nous en avons aujourd’hui les moyens et les conditions sociales.

 

La revendication ¬ę¬†Occitan lenga oficiau¬†¬Ľ, port√©e par Anaram au Patac depuis sa cr√©ation en 1992, √©tait bien plus pr√©sente dans la manifestation que lors de celle de Carcassone, montrant ainsi la maturit√© atteinte par le mouvement occitan en ce domaine. Nous appelons le mouvement culturel √† suivre cette voie et ainsi participer √† b√Ętir le chemin de notre √©mancipation.

La revendication ¬ę¬†Occitan lenga oficiau¬†¬Ľ est au cŇďur d‚Äôune campagne nationale d‚ÄôAAP lanc√©e d√©but 2007. Outre les visuels (affiches, autocollants, banderoles‚Ķ) et les actions (soir√©es publiques √† Pau, Bordeaux, Cahors, conf√©rences de presse‚Ķ) cette campagne a √©t√© appuy√©e par un document pr√©sentant l‚Äôanalyse d‚ÄôAAP sur l‚Äôofficialisation de notre langue. Une analyse appuy√©e par des propositions pr√©cises et concr√®tes.

 

Ce travail, ainsi que l‚Äôaction d‚ÄôAAP pendant les 15 derni√®res ann√©es, nous a permit de franchir un seuil qualitatif et quantitatif lors de la manifestation de B√©ziers. Ainsi, un bus plein a √©t√© organis√© par AAP B√©arn et Hart√®ra, plusieurs voitures par AAP Gasconha Nord et les militant-es d‚ÄôAAP Lengad√≤c √©taient √©galement mobilis√©s. C‚Äôest au final un cort√®ge jeune et dynamique de plus d‚Äôune centaine de personnes que l‚Äôon trouvait derri√®re la banderole co-sign√©e par AAP et Hart√®ra ¬ę¬†S√®m un p√≤ple, Occitan lenga oficiala¬†¬Ľ.

Cette banderole reflète la vision d’AAP : nous sommes un peuple, et en tant que tel, nous avons des droits légitimes à faire respecter : l’officialisation de l’occitan en est un.

 

Plus que jamais Anaram Au Patac se bat pour des revendications légitimes contre les Etats impérialistes qui nous méprisent  :

–¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Pour un statut de langue l√©gitime comme d√©finit dans nos propositions

–¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Pour avancer sans attendre vers la reconnaissance du droit √† l‚Äôautodeterminatio, √† l‚Äôunit√© nationale et politico-territoriale de toute l‚ÄôOccitanie.

–¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Pour la lutte nationale et la lutte sociale qui ne peuvent √™tre s√©par√©es

 

Pour Anaram au Patac, la manifestation de Béziers fut aussi l’occasion de populariser notre travail internationaliste au sein de la déclaration de Corti, signée par plusieurs organisations politiques : corse, catalane, basque, bretonne, alsacienne, guyanaise, martiniquaise, polynésienne et occitane.

Avec cette d√©claration des nations sans √©tat sous tutelle fran√ßaise, nous revendiquons le respect de nos droits inali√©nables en tant que peuple¬†: le droit √† l‚Äôautod√©termination, le droit de mettre en Ňďuvre, dans le cadre d‚Äôun statut officiel, le d√©veloppement de nos langues et cultures, le droit de promouvoir et ma√ģtriser son d√©veloppement √©conomique et social et le droit de mettre en Ňďuvre un processus de d√©colonisation. Distribu√©e √† des milliers d‚Äôexemplaires la d√©claration a √©t√© favorablement accueillie par les manifestants.

La d√©claration de Corti √©t√© illustr√©e dans le cort√®ge d‚ÄôAAP par la pr√©sence des d√©l√©gations basque (Batasuna) et bretonne (Emgann) derri√®re la banderole¬†sign√© de l‚Äôappel de Corti ¬ę¬†un statut officiel pour nos langues¬†¬Ľ. Nous nous servirons de cette banderole pour d√©filer en Bretagne (√† Lorient, le 31 mars) ou au Pays Basque pour la d√©fense de nos droits linguistiques.

D’autres internationaux été également présents comme des  délégations catalanes (Maulets et Endavant), une délégation aragonaise et une basque de la plateforme d’actions pour la langue basque Euskal Herriaren Euskaraz.

 

Ce 17 mars a été également l’occasion pour AAP de remettre un cadeau de bienvenu en Occitanie à Filipe Bidart, militant d’Iparretarrak récemment libéré après quasiment 19 ans de prison. Filipe Bidart vit pour l’instant à Bésiers, n’ayant pas le droit de se rendre en pays basque. Planviengut en Occitània Filipe.

 

AAP tient à remercier toutes les délégations et l’ensemble des militant-es et sympathisant-es. AAP salue également la présence des compagnons de la CNT 11, déjà présents en 2005 à Carcassone.

 

Une tr√®s belle r√©ussite donc, et comme disaient les manifestants ¬ę¬†Sem for√ßa¬†¬Ľ.

 

L’√©ch√©ance suivante de notre dynamique et de¬†notre avenir d’occitan-nes se situera en 2009. Il conviendra d’ici l√† que Anem Oc ! se dote d’un service d’encadrement de la manifestation, √† la mesure d’un √©v√©nement qu’Anaram au Patac souhaite de la plus grande ampleur.

Nous proposons au collectif Anem Oc ! de participer √† une r√©flexion collective √† ce sujet et de contribuer √† mettre en place un syst√®me bon, efficace et ferme, pour faire face aux provocations d’extr√®me droite.¬†

 

Nous sommes un peuple en construction, un peuple en mouvement qui a su rappeler aux trois gouvernements que jamais plus ils ne nous voleraient notre dignité.

 

AAP publiera dans le prochain numéro de sa revue Har Far une analyse plus complète de la manifestation de Béziers et des suites envisageables.

 

Nous sommes une force !

Occitan Langue Officielle !

 

2007

  A Dieu siatz

¬† Coralament e amistosament.¬†¬†¬† De c√≤r e d’√≤c.¬†¬†¬†¬†¬† Mich√®u Prat

¬† “Pr√®tz, Paratge, Larguesa”¬†¬† Mem√≤ria trobador√®nca, Occit√†nia encu√®i.

¬†¬†—– Messatge originau —–
Mandat per : “Partit Occitan” <partitoccitan@free.fr>
Recegut per¬†: mai d’un destinatari
Mandat¬†: div√®ndres, lo 15 de junh de 2007 a 5 oras 14 de l’apr√®s-dinnar
Subjècte : FTP 38

http://grenoble.indymedia.org/index.php?page=article&filtre=0&droiteA=0&numpageA=1&id=5198

D√ČFENSE D’AFFICHER !!!!
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En attendant qu’il soit possible d’envoyer des fichiers pdf sur Indy Grenoble, vous pouvez t√©l√©charger les derni√®res affiches sur le site
www.paulot.net, √ßa se trouve en page d’accueil.
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FRAN√áAFRIQUE / BOUYGUES / ELF / TOTAL / BOLLOR√Č / PINAULT / EADS / AREVA …
Certains murs du silence en béton très très bien armé peuvent tomber sous le poids de petites affichettes A3. Vous en doutez ? Nous on y croit.
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  Les rues de nos villes sont envahies de pub. Pour manifester leur désapprobation, les collectifs FTP (ça peut vouloir dire FAREM TOT PETAR en
occitan, mais c’est pas exclusif) collent des trucs sur les pubs Decaux.

¬† Leur priorit√© n’est d’ailleurs pas l’action antipub, mais plut√īt la diffusion d’infos censur√©es dans les grands m√©dias de masse. Et d’abord en direction des gens qui n’ont acc√®s √† aucune info ind√©pendante. Cour de cible¬†: le contribuable qui comate tous les soirs devant le JT de TF1, la contribuable qui finit son repassage devant la StarAc.

¬† Les collectifs FTP, pour arriver √† leurs fins, collent des affiches-argumentaires de contre-info, dans des lieux fr√©quent√©s o√Ļ les pi√©tons ont le temps de lire. Et le meilleur endroit pour √ßa, c’est encore un abribus.

¬† Th√®me des affiches : l’√©cologie au sens large, donc Sarkozy, la Fran√ßafrique, le nucl√©aire, le g√©nocide au Rwanda, les trafics d’armes et de came de Pasqua, les strat√©gies esclavagistes de Bouygues.

  Et plus si affinités.

¬† Qu’est-ce que les collectifs FTP ?

¬† Ce sont des filles et des gar√ßons qui vivent dans un grand pays d√©mocratique et industrialis√©, o√Ļ la presse est libre de s’exprimer sur le classement des 100 meilleurs h√īpitaux.

¬† Ce pays tire sa prosp√©rit√© d’un immense empire colonial, dictatorial, mafieux, sanguinaire et fasciste, situ√© pour une grande part en Afrique.

¬† Ce pays cesse d’√™tre d√©mocratique, et sa presse d√©j√† muette devient propagandesque et mensong√®re d√®s qu’on √©voque l’origine de sa prosp√©rit√© industrielle : le gaz, le p√©trole, l’uranium, le cacao, le ColTan, les ouvriers maghr√©bins et africains… et les armes.

¬† Et les filles et les gar√ßons, √ßa les chagrine un peu que 95% de la population n’ait pas acc√®s aux informations essentielles qui leur permettraient de visualiser dans son ensemble la machine √† broyer les peuples sur laquelle repose leur cher pays.

¬†¬†Un peu DonQuichottiens vaut mieux que deux tu l’auras, les filles et les gars d√©cident qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-m√™me, et que rien ne vaut les circuits courts. Si les m√©dias sont tous aux mains des marchands d’armes, des nucl√©ocrates et de la Fran√ßafrique, nous au moins, nous ne leur appartenons pas en totalit√©. Nous allons donc diffuser ces fameuses infos qui f√Ęchent, celles qui sont travesties et ni√©es chaque jour sur TF1 et dans le Daub√©.

¬† Les collectifs FTP ne roulent pour aucun parti en particulier. Certain-es membres sont de sales libertaires qui pensent que toute √©olienne de plus de 4 m de haut est forc√©ment √† la solde du M√©def. D’autres prient Saint Jos√© Bov√© en ruminant des osties bio. D’autres ont peint leur v√©lo en jaune pour s’approcher du facteur O. D’autres croient encore √† la r√©surrection de Dominique Voynet. Tout √ßa n’est pas tr√®s grave. Dans 50 ans on sera tou(te)s mort(e)s.

¬† Le principal c’est notre volont√©, dans un pays o√Ļ les m√©dias sont musel√©s par les marchands d’armes (Charlie Hebdo a le m√™me avocat que Clearstream), de faire de la contre-info.

  En quoi ça consiste ?

¬† Faire de la contre-info √† l’int√©rieur du petit milieu militant, √ßa ne sert pas √† grand-chose puisque tout le monde est d√©j√† (ou croit d√©j√† √™tre) inform√©.

¬† L’objectif est de diffuser toutes ces infos censur√©es aupr√®s des personnes les plus vuln√©rables : celles qui ne s’informent QUE par TF1 et la PQR.

¬† Et comme ce sont souvent des infos un peu complexes qui ne se d√©veloppent pas en 3 mots, il faut un endroit o√Ļ les gens ont du temps. Les abribus Decaux (sur la pub, face int√©rieure) sont un de ces endroits. Avec l’avantage que le fait de recouvrir la pub est le plus souvent bien per√ßu par les usagers, qui en ont marre de se faire agresser par des images putassi√®res surdimensionn√©es (puisque destin√©es aux bagnoles).

COMMENT FAIRE ?

  Nous envoyer un e-mail à faremtotpetar@orange.fr en précisant quels thèmes vous intéressent.
¬† On vous envoie les affichettes au format pdf. (Nous n’avons pas encore de site web, faute de temps et de comp√©tences.)

¬† Imprimer les affichettes en A4 noir et blanc (c’est pr√©vu pour), puis les photocopier agrandies format A3, et les coller dans la rue. Privil√©gier les murs en b√©ton bien lisse (inarrachable) pr√®s des passages pi√©tons. Coller les argumentaires pleins de texte sur les panneaux Decaux √† l’int√©rieur des abribus.
  Ça a 2 avantages :
. Les gens ont le temps de lire
. √áa fait une action antipub en m√™me temps, on joint l’utile √† l’agr√©able.

¬† Et bien s√Ľr, ne pas se faire gauler. (On pr√©conise de faire √ßa √† v√©lo, la colle dans une sacoche, les affiches dans l’autre.)

POURQUOI DES COLLAGES ILL√ČGAUX ?

¬†¬†Si ces infos restent dans un petit r√©seau de militants, elles ne servent pas √† grand-chose. Un collage sauvage n’a pas du tout le m√™me impact qu’un collage l√©gal. De toute fa√ßon, un collage l√©gal a une dur√©e de vie moyenne de 48h, et les panneaux d’affichage libre sont dans des endroits passants, et le passant, par d√©finition, passe et ne s’arr√™te pas pour lire des trucs politic-prizdet√™te.

  À défaut de pouvoir coller, diffuser les fichiers pdf.

ATTENTION : les affiches sur les déchets nucléaires (URANIUMsuicide) sont particulièrement insoutenables.

¬†¬†Elles sont destin√©es en priorit√© √† la zone Europole/CEA. (Elles sont pr√©vues pour repro en photocopie, en noir et blanc c’est un peu moins violent)
¬† N’ouvrez pas le fichier si vous n’√™tes pas dans de bonnes conditions.
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Fonctionnement du collectif

¬† C’est plus que simple : on fait des projets d’affiches, seul ou en commun, on les finalise, on les montre aux copains-ines, s’ils ricanent on recommence, s’ils disent “c’est pas mal mais ya trop de texte et c’est un peu rigide ton truc” on se dit qu’ils ont raison mais on imprime quand m√™me parce qu’on n’a pas toute la vie.

¬† N’importe qui peut reprendre le nom de “collectif FTP” si √ßa lui pla√ģt, ou en inventer un autre. (Le nom n’a pas grande importance, nous on a choisi de ne pas s’identifier). ( FTP √ßa peut vouloir dire FAREM TOT PETAR en occitan, mais c’est pas exclusif )

  Si on arrivait à créer dans quelques grandes villes de France un réseau de petits groupes de colleurs, échanger des idées et du matos, ça serait déjà beau.
¬† Pour l’instant on est trois pel√©(e)s √† Toulouse, deux tondu(e)s √† Grenoble et quelques autres √† Marseille. √áa d√©marre.

¬† S’il y a des volontaires, voil√† des th√®mes d’affiches qu’on aimerait faire vite, mais le temps et les photos manquent… :
. Bouygues – gr√®ve √† la mine d’or de MORILA (Mali) (avez-vous de bonnes photos de cette affaire ???)
. Bouygues – ambitions dans le NUCL√ČAIRE via la prochaine privatisation du parc AREVA/EDF par le copain Sarkozy
. Portrait de l’oligarque Pinault (et son grand pote Chirac)
. Portrait de l’oligarque Bollor√© (et son grand pote Chirac)
. Portrait du dictateur Omar BONGO (et son grand pote Sarkozy)
. Le g√©n√©ral Larbi BELKHEIR, proche de Chirac et Mitterrand, vrai ma√ģtre de l’Alg√©rie, cr√©ateur des GIA et du GSPC, vrai responsable d’au moins la moiti√© des massacres de la guerre civile.
Etc.

Envoyez-nous ça à faremtotpetar@orange.fr

√Ä bient√īt.

Farem Tot Petar !

2007

From: Michèu Prat

To: Michèu Prat

Sent: Saturday, June 16, 2007 8:43 AM

Subject: Remandar : FTP 38 (remandar en FLOCJ2)

 

Michèu PRAT

9, lèia de Chabanòtas
Amèus de Puèi Maure
05 000 Gap / Occitània
Telefòn: 04/92/53/50/73

Telefòn: 08/75/48/18/79

Telecòpia: 08/75/48/18/79
Corrieu : micheu.prat@orange.fr

 

        Gap, dissande, lo 16 de junh de 2 007  

 

  A Dieu en tot(a)s, 

 

veno de re√ßaupre aqu√®la informacion e me creo que vos p√≤t interessar. Es en franc√©s… mai policament incorrecte, ce que me plai ben.

 

2008

Bilanç de l’aplec de solidaritat dab Jacques MORIO deu 7 de heurèr

 

(version en français ci-dessous)

 

 

150 personas que‚Äôs son amassadas uei, dijaus lo 7 de heur√®r de 2008, dabans lo tribunau de Pau en solidaritat dab Jacques MORIO ¬ę¬†Jac√≥¬†¬Ľ, arrestat ger e pla√ßat en guarda a vista a Baiona.

Aqueth amassad√≠s qu‚Äôei estat tanben lo parat d‚Äôexprimir la nosta solidaritat dab Jean No√ęl ETXEVERRY ¬ę¬†Txetx¬†¬Ľ, militant basco interpellat en medish temps que Jacques MORIO a Baiona.

 

La familha, lo-a-s amic-ga-s e Anaram Au Patac que vòlen arremerciar tots los, presents o non a l’aplec, qui an manifestat lo lor sostien tà Jacó.

 

Uei, a 6 òras, un perlongament de guarda a vista de 24 òras qu’estó decidit per la jutja Levert. Jacó que recebó la vesita d’un mèdge entà problèmas de santat minimes segon la polícia.

 

De cara a aquera situacion, un aute apèu a solidaritat qu’ei d’ara enlà lançat entà doman, divés lo 8 de heurèr de 2008, a 18 òras 30, dabans lo Tribunau de Pau.

 

Anaram Au Patac qu’exija la liberacion immediata de Jacó  e de Txetx.

 

Arren non justifica aqueras detencions qui son, a priòri, ligadas a las declaracions hèitas per Robert Arricau, militant d’Anaram Au Patac, au parat de la soa guarda a vista en deceme de 2004. Declaracions denonciadas mei tard per Robert Arricau, pr’amor qu’èran estadas extirpadas devath la pression.

Entà brembà’s, Robert Arricau que demorrè 11 dias au secret, puish 571 dias en detencion shens procès. Qu’ei liure despuish lo 23 de junh de 2006, mes n’a tostemps pas avut nat procès.

Anaram Au Patac que torna ahortir tota la soa solidaritat tà Robert.

(entà informacions mei : http://libertat.ta.robert.free.fr )

 

La justícia qu’a avut tot lo temps entà enténer Jacó e Txetx, ac desirèsse. Qu’ac tornam díser : arren non justifica aqueras arrestacions.

 

Anaram Au Patac que vòu brembar que l’estrategia repressiva de cap tà l’independentisme basco de gaucha, e de totas las solidaritats qui’u sostienen, que n’arriba uei a escarnir los principis mei democratics qui sian.

Atau dens los dias a viéner, lo partit istoric de la gaucha basca ANV que serà interdit d’eleccions, atau com ac estón abans eth mantuas platafòrmas electoraus, dab per pretèxte, la luta antiterrorista.

Lo conflit au Bascoat, que siam d’acòrdi o pas dab las fòrmas de lutas qui s’i expriman, ne’s poderà pas resòlver per la via repressiva. Sola ua resolucion politica qui reconesca lo dret a l’autò-determinacion deu pòble basco ac permeterà.

 

Enq√ľ√®ra e tostemps, qu‚Äôei la solidaritat qui deu primar, e qu‚Äôei aquera solidaritat entre los p√≤bles qui avem de bastir.

 

Anaram Au Patac, Pau,  lo 7 de heurèr de 2008

Bilan du rassemblement de solidarité avec Jacques MORIO du 7 février

 

 

 

150 personnes se sont rassembl√©es aujourd‚Äôhui, jeudi 7 f√©vrier 2008, devant le tribunal de Pau en solidarit√© avec Jacques MORIO ¬ę¬†Jacou¬†¬Ľ, arr√™t√© hier et plac√© en garde √† vue √† Bayonne.

Ce rassemblement a √©t√© √©galement l‚Äôoccasion d‚Äôexprimer notre solidarit√© envers Jean No√ęl ETXEVERRY ¬ę¬†Txetx¬†¬Ľ, militant basque interpell√© en m√™me temps que Jacques MORIO √† Bayonne.

 

La famille, les ami-es et Anaram Au Patac tiennent à remercier tous ceux, présents ou non au rassemblement, qui ont manifesté leur soutien à Jacou.

 

Aujourd’hui, à 6 h, un prolongement de garde à vue de 24 h a été décidé  par la juge Levert. Jacou a reçu la visite d’un médecin pour des problèmes de santé minimes selon la police.

 

Face à cette situation, un nouvel appel à solidarité est d’ores et déjà lancé pour demain, vendredi 8 février 2008, à 18 h 30, devant le Tribunal de Pau.

 

Anaram Au Patac exige la libération immédiate de Jacó  et de Txetx.

 

Rien ne justifie ces détentions qui sont à priori liés aux déclarations faites par Robert Arricau, militant d’Anaram au Patac, lors de sa garde à vue en décembre 2004. Déclarations dénoncées plus tard par Robert Arricau, car extirpées sous la pression.

Pour rappel, Robert Arricau est resté 11 jours au secret, puis 571 jours en détention sans procès. Il est aujourd’hui libre depuis le 23 juin 2006, mais n’a toujours pas de procès.

Anaram Au Patac réaffirme toute sa solidarité à Robert.

(pour plus d’infos : http://libertat.ta.robert.free.fr )

 

La justice a eu tout le temps pour entendre Jacou et Txetx si elle le souhaitait. Nous le réffirmons, rien ne justifie ces arrestations.

 

Anaram Au Patac tient à rappeler que la stratégie répressive vis-à-vis de l’indépendantisme basque de gauche, et de toutes les solidarités qui le soutiennent, en arrive aujourd’hui à bafouer les principes les plus démocratiques qui soient.

Ainsi dans les jours à venir, le parti historique de la gauche basque ANV sera interdit d’élections, comme l’ont été avant lui plusieurs plateformes électorales, sous prétexte de lutte anti-terroriste.

Le conflit au Pays Basque, que l’on soit d’accord ou pas avec les formes de luttes qui s’y expriment, ne pourra en aucun cas se résoudre par la voie répressive. Seule une résolution politique reconnaissant le droit à l’autodétermination du peuple basque le permettra.

 

Encore et toujours, c‚Äôest la solidarit√© qui doit primer, et c‚Äôest cette solidarit√© entre les peuples que nous devons b√Ętir.

 

 

Anaram Au Patac, Pau, le 7 février 2008

info@anaram.org         www.anaram.org