La Belgique sous l'occupation française au temps de Napoléon: collaboration et résistance, conscription, camps de concentration, réquisitions, pillages, marasme économique, un état policier, Waterloo: la libération

PLAN

4.0 vue générale

4.1 la collaboration et la résistance (passive et active)

4.2 la conscription et les guerres

4.3 un camp de concentration

4.4 les réquisitions et les pillages

4.5 le marasme √©conomique, la mauvaise gestion et l’endettement

4.6 un √©tat policier, la censure et l’injustice

4.7 la lutte contre le néerlandais et le wallon

4.8 à Waterloo et après Waterloo

4.0 Vue g√©n√©rale de la Belgique sous l’occupation fran√ßaise √† l’√©poque de Napol√©on

 

Julos Beaucarne

 

Les soldats de Napol√©on disent merde √† leur patron le boucher de l’Europe qui bien que mort a un service de presse bien organis√©.

 

Bernard Coppens, Patrice Courcelle, Le chemin d‚ÄôOhain, Waterloo 1815, Les carnets de la campagne, n¬į2, √©d. De la Belle Alliance, 1999

 

(p.143) Un régime despotique

 

Les exp√©ditions militaires de l’empe¬≠reur ne firent pas que des heureux chez nous, tant s’en faut. Il fallait recru¬≠ter de plus en plus de soldats et si les Belges s’engageaient assez volontiers comme mercenaires dans les arm√©es √©trang√®res, ils n’entendaient pas se voir enr√īler malgr√© eux au service d’un pouvoir √©tranger. De 1798 √† 1813, sur 89267 conscrits, 24460 seulement rejoignirent leur r√©giment et, quand ils n’avaient pu √©chapper aux recruteurs, ils d√©sertaient all√®grement.

 

Bonaparte avait effectu√© un pre¬≠mier voyage en Belgique en 1803. Il y avait re√ßu un accueil tr√®s favorable : les habitants voyaient en lui le pacifica¬≠teur qui avait mis fin aux exc√®s r√©vo¬≠lutionnaires. Mais √† sa seconde visite √† Bruxelles en 1810, tout avait chang√©. Les seuls applaudissements qui salu√®¬≠rent son passage allaient √† l’imp√©ra¬≠trice Marie-Louise ‚ÄĒ parce qu’elle descendait de Marie-Th√©r√®se, l’Autri¬≠chienne.

C’est qu’au fil des ann√©es le r√©gime imp√©rial s’√©tait consid√©rable¬≠ment durci. Son omnipr√©sente police s’attira tr√®s vite la haine des Belges. La s√©v√®re censure de la presse, des livres, des repr√©sentations th√©√Ętrales m√™me, plongea le pays dans un marasme intel¬≠lectuel dont Napol√©on ne d√©sirait pas le sortir : il voulait des sujets capables de travailler et de se battre et non de briller par l’esprit.

 

Par ailleurs, ob√©issant aux ordres de Paris, les pr√©fets s’efforc√®rent d’extirper le flamand non seulement dans son usage officiel mais tout aussi bien sur le terrain culturel, et il n’est pas exag√©r√© de consid√©rer qu’en Bel¬≠gique, la question linguistique a trouv√© ses premiers ferments √† cette √©poque-l√†. En majorit√© catholiques, les habi¬≠tants de nos provinces n’√©prouv√®rent plus qu’hostilit√© pour l’empereur quand les soldats fran√ßais enlev√®rent le pape et que celui-ci excommunia Napol√©on. Non seulement les cur√©s cess√®rent d’ob√©ir √† Paris et de r√©citer des pri√®¬≠res pour l’empereur mais ils entrepri¬≠rent d’organiser et d’encadrer l’agita¬≠tion des m√©contents.

 

F.-A. Sondervorst, Histoire de la médecine belge, éd. Séquoia, 1981

 

(p.147) La Belgique sous la domination française

La médecine sous la République

 

Les sans-culottes qui s’oppos√®rent aux troupes imp√©riales et √† l’action des √©migr√©s, furent d’abord accueillis avec une certaine sympathie, car ils arboraient la devise: libert√©, √©galit√©, fraternit√©. Toutefois, l’heure de l’ind√©pendance n’avait pas encore sonn√© pour notre pays. Les envahis¬≠seurs se livraient au pillage, au m√™me titre que les arm√©es qui les avaient pr√©c√©d√©es. Les combats se succ√©d√®rent avec des fortunes diverses. Apr√®s la victoire des Fran√ßais √† Jemappes (1792) et la d√©faite de Dumouriez √† Neerwinden (1793), la France triompha d√©finitivement avec Jourdan √† Fleuras (1794). Ainsi, tour-√†-tour, nos populations go√Ľt√®rent-elles les joies am√®res de la souverainet√© populaire et les rigueurs d’un ordre absolutiste r√©tabli. La Belgique, jadis √©tablie en rempart contre les vis√©es de la France, se vit du jour au lendemain transform√©e en plate-forme de d√©part des futures √©quip√©es de nos voisins d’outre-Qui√©vrain.

 

Les vainqueurs de 1789, flanqu√©s de commissaires du peuple, se promettaient de faire dispara√ģtre chez nous toutes les traces du despotisme ancien, notamment √† l’aide d’une campagne antireligieuse effr√©n√©e. Les √©glises furent transform√©es en ¬ęTemples de la Raison¬Ľ, en salles de spectacle ou en d√©p√īts de munitions, les couvents ferm√©s, les pr√™tres et les religieuses pourchass√©s, les biens des poss√©dants ou des ennemis du r√©gime pill√©s ou vendus √† l’encan. Les richesses de nos palais, √©glises et mus√©es, prirent par convois entiers le chemin de la France, o√Ļ ils devaient orner le Louvre et d’autres mus√©es et ne nous revenir plus tard que dans une faible proportion. Toutes nos organisations corpora¬≠tives disparurent par l’application, le 18 ao√Ľt 1792, du d√©cret 2 du 17 mars 1791. Celui-ci supprimait aussi les ma√ģtrises et jurandes corpora¬≠tives de nos communaut√©s de chirurgiens et de pharmaciens. Nos coll√®ges m√©dicaux se virent √©galement supprim√©s. En France, on mit fin au recrutement des Ma√ģtres-es-Arts, tant futurs chirurgiens que phili√Ętres, licenci√©s ou docteurs en m√©decine. Cependant, nos √©coles d’anatomie et (p.148) de chirurgie, ne disparurent pas imm√©diatement, car elles r√©pondaient √† des besoins imp√©rieux, ce qui devait d’ailleurs les aider √† se reconstituer plus rapidement par la suite. L’universit√© de Louvain s’effor√ßa de poursuivre ses activit√©s en invoquant la libert√© d’association.

 

Lorsque la Convention annexa la Belgique en 1794, on caressa l’espoir que la situation s’am√©liorerait, mais l’opposition du clerg√© alla grandissante et la pers√©cution religieuse reprit sous le Directoire. Si la libert√© du culte ne fut pas supprim√©e, l’Etat pr√©tendit en r√©gler l’exercice et la soumettre √† son int√©r√™t. Les Confr√©ries et les corporations religieuses √©pargn√©es jusqu’alors furent supprim√©es. On interdit aux pr√™tres de percevoir des taxes culturelles et de se m√™ler des fonctions r√©serv√©es aux officiers de l’√©tat civil. On leur imposa le serment r√©publicain et de haine √† la royaut√© en d√©portant ceux qui refusaient de s’y soumettre. Tous les chapitres s√©culiers, b√©n√©fices simples, s√©minaires, ainsi que toutes les corporations la√Įques des deux sexes furent abolis d√©finitivement. Le 4 brumaire de l’an VI (25 octobre 1797), l’adminis¬≠tration centrale du d√©partement de la Dyle, consid√©rant qu’il ne devait plus y avoir, dans toute l’√©tendue de la R√©publique, qu’un seul mode d’instruction publique, arr√™ta que l’enseignement public devait cesser imm√©diatement √† l’universit√© de Louvain. D√©j√† menac√©e en 1794, l’universit√© avait transf√©r√© ses archives aux Pays-Bas, o√Ļ elles furent h√©las perdues ou dispers√©es. La ville de Louvain fut frapp√©e d’une contribution de guerre de deux millions de florins, dont l’universit√© √©tait partiellement redevable. Sa r√©sistance √† ces exactions fut un des pr√©textes qui servirent √† la fermeture. Comme nous l’avons vu, le Professeur G. Buesen fut enferm√© √† la prison de la Porte de Ha√Į. Vounck fut arr√™t√© √† son tour, frapp√© √† coups de crosse et d√©port√© √† P√©ronne, d’o√Ļ on le lib√©ra apr√®s quelques semaines pour mener √† bien la liquidation de la dette de guerre et remettre de l’ordre dans les affaires. La mort de son coll√®gue Vander Belen (24 avril 1794) avait report√© tout le fardeau sur ses √©paules. Apr√®s que l’universit√© fut ferm√©e, Vounck, √©puis√© par le surmenage, mourut de chagrin le 20 mars 1799. Le recteur, Havelange, et de nombreux professeurs furent d√©port√©s √† l’√ģle de R√© et √† Cayenne, d’o√Ļ plusieurs ne devaient jamais revenir. Ainsi disparut cet √©tablissement qui, pendant quatre si√®cles, s’√©tait rendu utile √† la science et √† la patrie.

 

(p.148) J. Henri Matthey

 

La mise en adjudication des biens de l’Eglise profita √† des sp√©culateurs et des r√©publicains qui s’enrichirent facilement et qui occup√®rent par la suite de hautes fonctions. Ces nouveaux propri√©taires √©taient √©videmment de chauds partisans de la R√©publique et ne manquaient pas d’en chanter les louanges, car √† travers toute l’histoire, on retrouve des hommes pr√™ts √† acclamer les nouveaux ma√ģtres, pour s’assurer une position avantageuse. Tel fut aussi le cas de J. Henri Matthey de Maaseik (1742-1796), d’abord chirurgien dans l’arm√©e autrichienne et qui avait acquis sa licence m√©dicale √† Louvain en 1776 (Fig. 107). En 1771 il avait publi√©

(p.149) une int√©ressante brochure consacr√©e aux soins √† donner aux noy√©s. Il devint m√©decin fonctionnaire de la ville d’Anvers (1783) et pr√©lecteur de son √©cole d’anatomie. Son d√©sir d’y enseigner la clinique chirurgicale ayant indispos√© le magistrat et ses confr√®res, il fut tout heureux, lorsque les Fran√ßais occup√®rent la m√©tropole, de se voir install√© dans un fauteuil municipal. D√®s 1794, il fut nomm√© officier municipal et bient√īt (1795) maire de la ville. Il ne cessa de donner de nombreux gages de sa fid√©lit√© au nouveau r√©gime. Il fut pr√©sent √† toutes les f√™tes et √† toutes les spoliations. Il tint pour justes tous les imp√īts de guerre qui frapp√®rent la ville et trouva ses concitoyens trop peu z√©l√©s √† remplir les coffres de la R√©publique. Il se fit le d√©lateur de tous les absents, mena la chasse aux cur√©s et aux rares couvents que Joseph II avait laiss√© subsister. Lorsque, le 17 ao√Ľt 1794, les Fran√ßais f√™t√®rent la r√©ouverture de l’Escaut (d√©j√† r√©ouverte en 1792), Matthey, les yeux pleins de larmes, les remercia pour cet acte lib√©rateur et √©mit le vŇďu de voir notre pays r√©uni pour toujours √† la France. Aussi, lorsque J.H. Matthey, en passant l’Escaut, succomba le 9 octobre 1796 √† une attaque d’apoplexie, tr√®s peu d’Anversois vers√®rent des larmes!

 

Une forte coalition s’√©tant form√©e contre la France, une nouvelle loi d√©cr√©ta la conscription obligatoire alors que les lev√©es, m√™me au temps des Espagnols et des Autrichiens, avaient toujours √©t√© volontaires dans notre pays. La r√©action du peuple, surtout √† la campagne, fut brutale et violente. Comment, en effet, esp√©rer que nos compatriotes soutien¬≠draient un r√©gime impie contre un ennemi ext√©rieur qui promettait de r√©tablir la libert√© du culte? Les paysans arm√©s de piques et de fourches attaqu√®rent les postes municipaux, br√Ľl√®rent les registres de l’√©tat civil contenant les noms des conscrits et s’attaqu√®rent aux convois de l’intendance. Le mouvement, n√© dans le pays de Waes, s’√©tendit au Hageland, √† la Hesbaye et surtout √† la Campine. Mal arm√©e, apr√®s deux mois de lutte acharn√©e, la r√©volte fut √©cras√©e dans le sang √† Hasselt (4 d√©cembre 1798). Ainsi prit fin la Guerre des Paysans.

 

La r√©pression fut g√©n√©rale, n’√©pargnant m√™me pas les intellectuels, car le grand √©lan de fraternit√© que la R√©volution avait voulu engendrer ne dura gu√®re. La pl√®be, les meneurs, les commissaires du peuple se montr√®rent souvent f√©roces et plusieurs de nos savants durent fuir devant la tourmente. Tandis qu’on assistait √† une refonte totale de nos institutions, certains esprits, nourris aux vues de ceux qui proclamaient que ¬ędoit √™tre heureuse la nation gouvern√©e par la philosophie¬Ľ, esp√©raient voir fleurir les lettres, les arts et les sciences, et suivre des voies nouvelles. Au pays de Li√®ge, par exemple, o√Ļ les salons parisiens avaient d√©j√† eu plus d’emprise sur les esprits que l’Aufkl√§rung germanique, on dig√©rait mieux cette r√©volution venue de France encore que beaucoup d’intellectuels y avaient d√Ľ prendre le chemin de l’exil.

Beaucoup d’esprits jeunes br√Ľlaient cependant du d√©sir de sortir de l’orni√®re, sans voir fl√©trir le patrimoine acquis. Ce n’√©tait pas facile puisque tous les centres de la vie intellectuelle et scientifique √©taient supprim√©s.

 

Joseph Lefevre, L’Angleterre et la Belgique, à travers les 5 derniers siècles, éd. universitaires, 1946, Bruxelles

 

¬†( Le r√©gime imp√©rial. – Chute de Napol√©on. – L’arriv√©e des alli√©s)

 

(p.150) De la m√™me ann√©e date le c√©l√®bre d√©cret de Berlin proclamant le Blocus Continental, l’interdiction du trafic avec l’Angleterre et du d√©bit de produits anglais sur le continent. C’√©tait la paralysie du commerce, l’invite √† la fraude et √† la sp√©culation. Depuis 1811, l‚ÄôEurope enti√®re se d√©bat dans une crise √©conomique terrible qui multiplie les ruines et les mis√®res. L’administration d’un immense empire, le gouffre des d√©penses militaires am√®ne l’√©tablissement perp√©tuel de nouveaux imp√īts et ach√®ve d ‘exasp√©rer les habitants.

 

Infiniment plus lourd est le tribut du sang. La conscription est √©tendue √† la Belgique d√®s la conqu√™te. Elle se fait par la voie du tirage au sort, temp√©r√©e encore au d√©but par la facult√© du remplacement. Depuis 1805 elle devient d’une rigueur extr√™me; on l√®ve chaque ann√©e des parties de plus en plus √©tendues du contingent, on fait des pr√©l√®vements sur les classes ant√©rieures, appelant sous les drapeaux des jeunes gens qui se croyaient √† l’abri. On se montre exigeant √† l‚Äôextr√™me pour les exemptions d ‘ordre physique. L’examen des registres de lev√©es, qui restent dans nos archives, laisse une impression troublante. Des affections graves, comme l’h√©maturie, sont d√©cel√©es chez certains conscrits. La colonne lat√©rale du registre n ‘en mentionne pas moins la formule sinistre. Bon pour le service. On sait quelle fut la r√©action. La jeunesse s ‘ing√©nia de plus en plus pour √©viter l’appel sous les drapeaux √©quivalant si souvent √† une condamnation √† mort. Les mutilations, les mariages fictifs avec de vieilles femmes, la corruption des fonctionnaires du service de 1’√©tat-civil qui se pr√™taient √† des falsifications dans les registres, √† des omissions, √† des insertions d ‘actes de d√©c√®s, tout fut mis en oeuvre. Enfin restait la supr√™me ressource : prendre le maquis.¬†

 

Les montagnes et les bois forment l’asile des r√©fractaires.¬† En vain, le gouvernement tente de recourir √† des mesures de Dracon, il rend les parents responsables, les frappe de fortes amendes , √©tablit chez eux des gendarmes √† demeure. Les p√®res et m√®res d√©plor√©s se r√©signent, plut√īt que d ‘envoyer leurs fils mourir dans les steppes de la Russie ou les montagnes de Castille. Non pas que le service militaire ait √©t√© odieux √† tous. Le prestige de l’uniforme, l’orgueil de figurer dans l’arm√©e du grand empereur, le d√©sir de voir du pays, de courir l’aventure, fascinent bien des gars. Pour juger de la mentalit√© des soldats de notre pays nous disposons d ‘une documentation attachante. On conserve quelques centaines de lettres √©crites par des conscrits originaires du pays de Li√©ge, envoy√©e par eux √† leurs parents, au cours de leurs diverses campagnes. Ces Lettres de Grognards √©crites dans un style na√Įf et touchant, d ‘une √©criture souvent maladroite, d ‘une orthographe fantaisiste d√©peignent sur le vif le caract√®re du soldat, la vie qu’il m√®ne. Beaucoup de correspondants se vantent de leurs exploits, parfois de leurs bonnes, (p. 151) fortunes, sont fiers d’avoir vu l‚ÄôEmpereur, d’avoir d√©fil√© devant lui.¬† Mais, chez tant d’autres appara√ģt le mal du pays, la nostalgie du clocher de village,¬† de la maison paternelle, de la vie familiale.¬† Si la guerre pouvait enfin finir, tel est le souhait g√©n√©ral qui transpire dans toutes les lettres.

 

Pers√©cution religieuse, crise √©conomique, rigueurs de la conscription finissent par rendre odieuse √† la population belge la personne du souverain, son r√©gime administratif, voire la nation fran√ßaise tout enti√®re. On regrette le vieux temps, l‚Äô√©poque de Marie-Th√©r√®se et de ses successeurs, on se r√©jouit √† l‚Äôannonce des d√©faites du tyran, on s‚Äôefforce de lire entre les lignes des informations ambigu√ęs que donne la presse censur√©e, on colporte les bruits les plus √©tranges, on attend avec impatience la chute du colosse.

 

La d√©faite finale de Napol√©on est due en ordre principal √† trois s√©ries de causes : l’action de l‚ÄôAngleterre, l’oeuvre du colosse russe et la s√©rie ininterrompue des erreurs du tyran lui-m√™me. On le voit une fois de plus : il n ‘est rien de nouveau sous le soleil.

 

(p.152) S’il e√Ľt mieux connu les enseignements de l’histoire, Napol√©on se f√Ľt inspir√© de l’exemple de ses pr√©d√©cesseurs, Louis XIV et Louis XV. Il e√Ľt renonc√© √† cette conqu√™te de la Belgique, que l’Angleterre ne pouvait tol√©rer, faute de perdre sa place sur le continent. Il e√Ľt consid√©r√© que, d√©pourvu d‚Äôune marine militaire, il ne pouvait abattre la puissance britannique bas√©e sur l’empire des mers; que les ressources dont¬† lui-m√™me disposait pour grandes qu’elles fussent, ne devaient pas suffire √† une guerre sans fin. Mais, il est empereur des Fran√ßais, √©poux d’une archiduchesse, p√®re du roi de Rome, pourquoi s ‘arr√™terait-il?

 

Les guerres d‚ÄôEspagne et de Russie ont d√©cid√© du sort de l’empire fran√ßais. Quand il revient de Moscou, Napol√©on ne dispose plus que de quelques d√©bris d‚Äôarm√©e. En 1814 il tente un effort d√©sesp√©r√©, en vue duquel il a mobilis√© de toutes jeunes classes et des v√©t√©rans. La fortune avait d√©cid√©ment d√©sert√© ses drapeaux. Battu en Allemagne par la coalition russo-prussienne, il doit successivement √©vacuer la Hollande et la Belgique, assister impuissant √† l’invasion de la France, puis enfin abdiquer √† Fontainebleau le 4 avril 1814. Le colosse aux pieds d ‘argile s’√©croulait comme un ch√Ęteau de cartes. Depuis les revers de 1812, l’esp√©rance d’une prochaine d√©livrance n‚Äôavait cess√© de cro√ģtre en Belgique. La population suivait les progr√®s des arm√©es alli√©es, dans la mesure o√Ļ l’on pouvait en prendre connaissance, un peu par la voix de la presse et plus encore par les rumeurs. En plein mois de d√©cembre se r√©pandit √† Bruxelles le bruit, bient√īt d√©menti, d‚Äôune arriv√©e des Cosaques √† Cortenberg.¬† L’arri√®re-garde fran√ßaise √©vacua la capitale belge le 1er f√©vrier 1814 au soir. Les alli√©s firent leur entr√©e quelques heures plus tard aux applaudissements de la foule en d√©lire.

 

Le régime français de Fleurus à Waterloo, in : Chronique de la Belgique, éd. RTL1987

 

(p.513) De Fleurus à la Belle-Alliance, l’occupation française fut avant tout entre deux codes et deux réformes, une ère de pillages, de centralisation abusive, d’oppression linguistique et religieuse, de batailles sanglantes.

 

Napol√©on a “provoqu√© plus de morts belges que 14-18”

 

7 sur 7 Р9/06/15 Р15h26  Source: Belga

 

Les auteurs Dave Warnier, Luc De Vos et Franky Bostyn © belga.

Le livre “Waterloo 1815: De val van Napoleon” (La chute de Napol√©on) a √©t√© pr√©sent√© mardi sur les lieux m√™mes o√Ļ s’est d√©roul√©e la bataille de Waterloo. Ecrit par le professeur Luc De Vos et les historiens Dave Warnier et Franky Bostyn, l’ouvrage est destin√© √† faire mieux connaitre cette bataille primordiale pour l’histoire de l’Europe.

Les auteurs confrontent des sources de diff√©rents pays, et √©voquent des aspects moins connus comme l’implication des Belges dans la bataille.¬†Les auteurs ont constat√© qu’en Flandre, le public attachait davantage d’importance √† la Premi√®re Guerre mondiale qu’√† la bataille de Waterloo.

“D√©clin de la France”
“Mais pour toute l’Europe, la bataille de Waterloo est tr√®s importante. Elle marque le d√©clin de la France et annonce le si√®cle des Britanniques. Il est aussi int√©ressant de noter que les campagnes napol√©oniennes ont provoqu√© plus de morts belges que la Premi√®re Guerre mondiale”, explique Luc De Vos.

Soldats belges
Les auteurs de l’ouvrage se sont d’ailleurs pench√©s sur le sort des Belges dans la bataille de Waterloo: ils √©taient environ 4.000 c√īt√© fran√ßais, et le m√™me nombre c√īt√© hollandais. Ces Belges qui se battaient sous le drapeau hollandais √©taient des anciens soldats fran√ßais, qui s’√©taient engag√© apr√®s le d√©part de Napol√©on √† l’√ģle d’Elbe. A Waterloo, ils ont d√Ľ se battre contre leurs anciens camarades.

“De Val van Napoleon” est √©dit√© par la maison d’√©dition du Davidsfonds. Il n’est actuellement pas disponible en fran√ßais.

 

4.1 collaboration et r√©sistance (passive et active) en Belgique √† l’√©poque napolo√©nienne

 

Adelson Garin, Binche et le carnaval, éd. IP (check), 1998

 

(p.48) Un choix de figures binchoises à (re)découvrir

 

Un enfant de Binche, Andr√© Boussart, devenu G√©n√©ral de Division, Baron de l’Empire

 

Andr√©-Joseph Boussart est n√© √† Binche le 13 novembre 1758 dans un milieu modeste, il √©tait l’a√ģn√© d’une famille nombreuse. Son p√®re, ancien militaire, avait servi dans l’arm√©e hollandaise et avait obtenu le grade de lieutenant porte-enseigne √† la bataille de Fontenoy (1745) qui marqua la victoire des Fran√ßais sur les Anglais et les Hollandais lors de la guerre de succession d’Autriche. Andr√© Boussart fit ses √©tudes au Coll√®ge Saint-Augustin (actuellement M.I.C.M.). Un de ses oncles avait servi dans l’arm√©e autrichienne, √† l’√©poque o√Ļ Marie-Th√©r√®se fut imp√©ratrice d’Autriche, de 1740 √† 1780. Les r√©cits des combats que faisaient son p√®re et son oncle fermentaient dans la t√™te du jeune homme qui r√™vait de s’engager √† l’arm√©e, ce qu’il fit √† l’√Ęge de dix-sept ans, au moment o√Ļ √©clata la guerre de Bavi√®re (1776). Il fut caserne √† Bruges en qualit√© de cadet. Trois mois plus tard, son r√©giment re√ßut l’ordre de partir pour l’Allemagne. Sa m√®re vint rejoindre son fils √† Bruges pour l’embras¬≠ser avant son d√©part et attacher au cou de son enfant ch√©ri l’image protectrice de Saint-Ursmer qu’il conservera toute sa vie. Le jeune cadet partit donc en 1777 et fut nomm√© porte-enseigne √† la suite d’une action d’√©clat. Au retour de la campagne de Bavi√®re, Andr√© Boussart rentra en Belgique avec son r√©giment qui y tenait garnison ; apr√®s neuf ann√©es de repos forc√©, le lieutenant porte-enseigne donna sa d√©mission (1785). L’insurrection braban√ßonne survint en 1789 ; un corps franc s’organisa et Boussart y entra comme capitaine, mais bien vite, il eut honte de faire partie de cette arm√©e d√©sorganis√©e par des tra√ģtres et puis licenci√©e par les Autrichiens.

 

Il revint chez lui, sa m√®re √©tait d√©c√©d√©e. En 1791, il s’engagea dans l’arm√©e du Nord et re√ßut tr√®s vite le commandement d’une com¬≠pagnie. Il participa √† la bataille de Jemmapes1 (1792)¬† o√Ļ¬† les¬† Fran√ßais triomph√®rent¬† des Autrichiens avec une telle force qu’il re√ßut le grade de lieutenant-colonel. Le 1er mars 1793, il fut nomm√© lieutenant-colonel des dragons du Hainaut et dans la m√™me ann√©e, il devint chef d’escadron. Peu de temps apr√®s, les Belges de presque toutes les provinces furent appel√©s √† suivre le g√©n√©ral Bonaparte dans la campagne d’Italie o√Ļ les triomphes s’accumulent ; par la suite, Bonaparte le d√©signa pour la campagne d’Egypte ; ses vieux compagnons d’armes mettaient en √©vidence son courage excep¬≠tionnel et la grande bont√© dont il entourait ses soldats et l’un d’eux de signaler avec une grande fiert√© : ¬ęNous √©tions sept enfants de Binche dans sa brigade et le g√©n√©ral √©tait toujours heureux et fier de nous r√©unir et de faire des plaisanteries en wallon : si Saint-Ursmer ne nous assiste pas, nous n’irons plus en conter aux dentelli√®res de Binche¬Ľ. Les historiens ont toujours mis en √©vidence la grande intr√©pidit√© du g√©n√©ral Boussart. Il faut aussi reconna√ģtre le d√©vouement et l’amour sinc√®re qu’il vouait √† l’empereur Napol√©on.

 

Soulignons √©galement sa grande g√©n√©rosit√© √† l’√©gard de sa famille nombreuse qui ne vivait pas dans l’aisance.

En juin 1802, il fit une visite à Binche. Les Binchois, fiers de ses succès, lui réservèrent une réception splendide. Nommé général commandant du département de Jemappes (notre pays est sous domination française), André Boussart avait tenu à réserver sa première visite pour sa ville natale.

¬ęIl marchait sous les fleurs et sous les arcs de triomphe de verdure. Tous les notables de la ville venaient lui serrer la main. Le maire de l’√©poque, Monsieur Coquiart, le harangua mais le bon enfant de Binche se d√©barrassait rapidement de tout le c√©r√©monial officiel pour donner ses poign√©es de main √† ses anciens camarades et causer avec sa famille et ses amis, avec ses sŇďurs surtout qu’il aimait en bon fr√®re et qu’il prot√©geait de loin¬Ľ. Sa premi√®re visite en ville, il la fit au Coll√®ge des Augustins o√Ļ il avait fait ses humanit√©s.

 

(p.49) Il r√©pondit aux vŇďux de ses concitoyens en faisant rouvrir l’√©glise paroissiale et tint sur les fonts baptismaux l’enfant d’une de ses sŇďurs, d√©cision d’autant plus audacieuse qu’√† l’√©poque, le r√©tablissement du culte n’√©tait pas encore d√©cr√©t√©.

 

En juillet 1805, l’empereur le nomma com¬≠mandant du d√©partement de la Haute-Sa√īne et le fit commandant de la L√©gion d’Honneur. Le 13 octobre 1806, il est √† la t√™te d’une division de dragons √† la fameuse bataille d’I√©na (Allemagne) qui consomme la ruine de la monarchie prussienne. De jour en jour, il remporte de tr√®s nom¬≠breuses victoires √† travers toute l’Allemagne et ex√©cute diverses missions √† Ulm, Vienne et Berlin et le 2 d√©cembre, il se retrouve au Quartier G√©n√©ral de Varsovie √† la t√™te de la cinqui√®me division de la Grande Arm√©e. Le 20 d√©cembre, il contribue √† battre la division russe √† Czarnevo et est gri√®vement bless√© mais le jour de No√ęl, il a d√©j√† repris le combat, malgr√© les routes difficilement praticables.

 

Le 26 d√©cembre, il est √† nouveau bless√© mais c’est l√† aussi que, selon l’expression d’une de ses biographes, Boussart ¬ęm√©rita les suffrages de toute l’arm√©e¬Ľ. Un mois plus tard, il avait repris le combat, il fut √† nouveau bless√© ; son incomparable ardeur l’avait entra√ģn√© trop loin mais il fut sauv√© par l’amour de ses soldats.

Le 2 novembre 1807, il prend le comman¬≠dement de la cavalerie du deuxi√®me corps d’observation de la Gironde et en d√©cembre, il re√ßoit l’ordre de partir pour l’Espagne et l’em¬≠pereur lui attribue le titre de baron de l’Empire ainsi que quelques faveurs p√©cuniaires. En 1808, ce fut la campagne d’Espagne o√Ļ Boussart se distingua encore √† plusieurs reprises et o√Ļ il refusa toute id√©e de capitu¬≠lation que voulait imposer le g√©n√©ral en chef. ¬ęIl ne sera pas dit qu’un soldat des Pyramides ait mis son nom au bas de ce honteux trait√©¬Ľ, disait Boussart.

 

Le 1er mars 1809, l’empereur le nomme Chevalier de la couronne de fer et Boussart continua le combat de ville en ville √† travers

l’Espagne, sans subir le moindre revers et l’on put mentionner ce fait par ces mots : ¬ęCette victoire remport√©e contre toute une arm√©e par moins de cinq cents cavaliers est l’un des plus beaux faits d’armes des longues guerres de l’Empire¬Ľ.

Le ministre de la guerre en Belgique le cite comme ¬ęun exemple m√©morable des ressources que peut tirer un chef de corps de l’emploi d’une grosse cavalerie conduite avec r√©solution¬Ľ et il se plut √† constater que ce fut un enfant du Hainaut qui en fournit la preuve. Dans une lettre dat√©e du 25 avril 1810 envoy√©e √† son beau-fr√®re, le g√©n√©ral rend simplement compte de ce glorieux combat et dit : ¬ęJ’ai √©t√© embrass√© et compliment√© par notre g√©n√©ral en chef et tous mes autres camarades m’ont aussi f√©licit√© de bon cŇďur. J’ai voulu vous faire part de mon bonheur en vous annon√ßant tout de suite cette victoire. Cela fera aussi plaisir √† ma sŇďur¬Ľ. Cette joie na√Įve est touchante et nous pousse √† aimer l’homme qu’il √©tait. En 1811, il remporta de nouvelles victoires, capturant de nombreux prisonniers et armes de guerre. Il √©tait un exemple de courage, obligeant souvent l’ennemi √† abandonner ses positions ; il en fut ainsi jusqu’au sud de l’Espagne.

 

Le 15 mai 1812, Boussart fut nomm√© G√©n√©ral de Division et √† Valence, o√Ļ retenu par les blessures qu’il avait subies lors des combats, il s’occupait d’administration militaire, il se faisait aimer des Valenc√©ens qui l’appelaient ¬ęle brave Wallon¬Ľ. H√©las, au cours de ses multiples combats, notre c√©l√®bre Binchois avait re√ßu vingt-trois blessures graves dont il portait les cicatrices.

En juillet 1813, notre illustre g√©n√©ral est forc√© de quitter l’Espagne pour soigner sa sant√©. Il se retrouve en France, √† Bagn√®res-de-Bigorre o√Ļ son beau-fr√®re, le lieutenant-colonel Isaac, vient l’entourer de son amiti√©. Sa fin √©tait proche mais il idol√Ętrait toujours Napol√©on et le 10 ao√Ľt 1813, il mourut en exprimant un regret : ¬ęC’est de n’avoir pu faire davantage pour son service et pour mon pays¬Ľ !

 

F.-A. Sondervorst, Histoire de la médecine belge, éd. Séquoia, 1981

 

(p.144) Dans la nouvelle bourgeoisie ralliée au césarisme napoléonien, Jean-Philippe de Limbourg (natif de Theux), fut l’un des conseillers les plus écoutés du département.

 

P. Pierret, éd., Province de Luxembourg, 1973, St-Hubert

 

(p.27) ‚ÄúDurant la p√©riode napol√©onienne qui apporte la paix int√©rieure, on constate cependant, un peu partout, une apathie fonci√®re des populations …‚ÄĚ

 

Paul Bay, Le pays natal /Thuin/, 1961

(p.17-18)

/1789-1794  Р1815/

¬ę¬†Je n‚Äôoserais pas √©crire (‚Ķ.) que les Wallons devenus sujets fran√ßais l‚Äôeussent √©t√© ¬ę¬†de cŇďur¬†¬Ľ. Apr√®s la bataille de Jemappes, Dumouriez¬† ne cacha pas qu‚Äôil rencontrait certaine r√©sistance, certaine opposition de la part des Belges de l‚Äô√©poque. Depuis l‚Äôorigine des libert√©s communales, le patriotisme belge s‚Äôest toujours accommod√© du cloisonnement √† outrance. Sous toutes les dominations ant√©rieures, nous r√©clamions √† nos princes le serment de respecter nos franchises communales.

(…) Le régime français républicain, dès son origine en 1792, n’a cessé de proscrire les dialectes locaux et la division du pays en provinces comme sous la monarchie.

 

Pol Gérard, Thierry Grosbois, Marie-Rose Toussaint, Petite histoire de Biesme-la-Colonoise depuis les origines, s.d.

 

(p.130) 2   Un anti-Bonapartiste

 

Quand le R√©v√©rend J.Deltenre vint prendre possession de la cure de Biesme en 1807, il √©tait, dans une certaine mesure, ce que nous appellerions aujourd’hui, une personne d√©plac√©e. Non point qu’il fut un √©tranger puisqu’il √©tait originaire de Morialm√©, mais parce qu’il n’√©tait nullement pr√©par√© √† remplir les fonctions qu’il allait assumer pendant plus de trente ans.4

La R√©volution avait ferm√© tous les monast√®res depuis plusieurs ann√©es d√©j√† et il √©tait un de ces religieux chass√©s pour toujours et priv√©s √† jamais de la solitude et du recueillement de leurs clo√ģtres. Aussi, est-ce peut-√™tre avec une certaine nostalgie qu’il √©crit en grandes lettres, au d√©but du livre des recommandations qu’il commence “a prima die octobris anno 1807: R√™verendus Dominus Magister R.J.Deltenre, olim religiosus Monasteriorum Walciodorencis et Hasteriensis ordinis

 

4 L’abb√© Deltenre fut cur√© de Biesme du 1-10-1807 au 1-7-1828 et mourut √† Moignel√©e.

 

(p.131) Sancti Benedicti, nunc pastor in Biema colonensi” 5. I1 √©tait autrefois moine b√©n√©dictin des abbayes de Waulsort et d’Hasti√®re.

Mais cet homme ne sait porter dans son coeur ce r√©gime fran√ßais qui l’a replong√© brutalement dans le monde, et il le porte d’autant moins que le repr√©sentant de l’√©poque, Napol√©on, qui en m√™me temps s’est tr√®s mal conduit vis-√†-vis de sa propre autorit√© supr√™me, le Pape, a d√©truit d√©finitivement par le Concordat tout espoir de revenir √† l’ancien temps. Aussi, si l’abb√© Deltenre invite ses fid√®les, au pr√īne du dimanche de la Pentec√īte 1811 √† chanter un Te Deum en action de gr√Ęces pour l’heureuse naissance du jeune prince fran√ßais, voici, comment il relate les √©v√©nements qui marquent l’ann√©e 18156 :

“Napol√©on Bonaparte, en 1812, p√©n√©tra avec une arm√©e formidable jusqu’√† Moscou au milieu d’un hiver rigoureux. L’Empereur Alexandre fit incendier Moscou par o√Ļ l’arm√©e de Napol√©on fut d√©pourvue de toute subsistance, les Russes les arcel√®rent 7 sans cesse et toute cette belle arm√©e fut p√©rie dans les neiges et les glaces de Moscou. Il revint en France et fit lever encore une pareille arm√©e qui fut d√©truite √† Lipsick. Les alli√©s, c’est-√†-dire les russiens, les prussiens, et les autrichiens, les princes du rhin les poursuivirent si vivement qu’il entr√®rent √† Paris au commencement de 1813 et Napol√©on abdiqua l’empire √† Fontainebleau dans la m√™me place, sur la m√™me table o√Ļ il avait d√©tenu le Tr√®s Saint P√®re Pie VII prisonnier longtemps o√Ļ il l’avait tra√ģn√© par les cheveux, et fut rel√©gu√© dans l’√ģle d’Elbe qu’on lui donna en propri√©t√© avec 3 millions et Louis XVIII r√©tabli sur le tr√īne de ces anc√™tres. Mais les acqu√©reurs des biens des Emigr√©s et des eccl√©siastiques sentant que le roi de France ferait rendre ces biens √† leurs l√©gitimes propri√©taires, firent tant d’efforts que Napol√©on au bout de sept mois revint en France, il fit marcher tout le peuple en masse et vint attaquer les prussiens √† la pleine de Fleurus qui en √©tait en petit nombre. La Bataille commence le 15 juin 1815 (8). Entre Charleroy et Martiennes au pont trois mille des braves belges Soutinrent sans canon depuis 4 h du matin jusqu’√† midi contre trente mille fran√ßais avec leurs canons. Pendant ce temps, les prussiens se

 

5 Archive de la cure.

6 L’auteur √©crit ces lignes au 10e dimanche apr√®s la Pentec√īte 1815, soit un mois et demi apr√®s les faits.

7 L’orthographe et la ponctuation de l’auteur sont respect√©s.

8 L’auteur √©crit “juillet”.

 

(p.132) rassembl√®rent sur les pleines de Fleurus qui estaient dispers√©es depuis un an dans toute la Belgique, les ardennes ou ils se nourrissaient aux frais des paysans, on se battit le 16 avec acharnement de part et d’autre. Le G√©n√©ral Wellington anglais avait donn√© ordre au g√©n√©ral Blucher de se retirer de la nuit. Le 17, pareil combat au quatre-bras. Enfin, le 18 journ√©e √† jamais m√©morable, les prussiens, les anglais les Hollandais et les Belges qui furent des prodiges de valeur livr√®rent le combat aux Fran√ßois, plus de trois quart de ceux-ci y p√©rirent, le carnage fut horrible de part et d’autre. Plusieurs villages furent d√©truits entre autres Livier. Wavre Fleurus. Le 18 au soir : les Fran√ßais furent culbut√©s abandonn√®rent tous les parcs d’artillerie. Napol√©on n’eut pas le temps de prendre sa voiture qui fut prise avec tous les ornements imp√©riaux qu’il avait amen√© pour s’√©riger un tr√īne √† Bruxelles avec tous les papiers des acqu√©reurs qu’avaient correspondu avec lui. L’arm√©e fran√ßaise √©tait de trois cent cinquante mille hommes. Les alli√©s les poursuivirent l’√©p√©e aux reins et 15 jours apr√®s l’ayant d√©faite une seconde fois enti√®rement a Paris ou Louis XVIII fut une seconde fois r√©tabli sur le tr√īne dans cette ville impie qui fit couler le sang de Louis XVI et de Marie Antoinette d’autriche reine de fronce et de tant de millier de victimes innocentes qui pass√®rent au rasoir de la guillotine.

Napol√©on ce tyran a jamais exc√©crable voulu s’embarquer √† Rochefort pour passer en Am√©rique apr√®s avoir fait p√©rir plus de quatre millions d’hommes mais il fut pris par les anglais avec tous ceux qui l’accompagnaient et conduit en Angleterre dou l’on esp√®re qu’il n’√©chappera plus.

Prenez le sang de Robespierre les os la t√™te de Tib√®re les entrailles de N√©ron vous ferez un Napol√©on aujourd’hui 29 juillet on si√®ge Philippeville. Maubeuge, Lille Valenciennes Landueries sont rendus et poss√©d√©s par les prussiens pour √™tre occup√©s par notre digne roi des pays Bas guillaume d’Orange de Nassau.”

Et non content d’avoir √©crit cette petite histoire, le narrateur ajoute sur la page de garde du m√™me registre :

“Le 18 juin 1815 Bonaparte l’apostat fut terrass√© au quatre Bras par l’arm√©e des alli√©s command√©es par le prince royal d’orange, par le lord

 

9 L’auteur √©crit “Louis XVII”.

 

(p.133) Wellington et par le g√©n√©ral prussien le prince de Blucher. La bataille commen√ßa le 15 et finit le 18 juin.”

Cette d√©faite de l’empereur, l’abb√© Deltenre la fera c√©l√©brer solennellement en invitant chaque ann√©e ses fid√®les √† la date anniversaire, en action de gr√Ęces, √† “un Te Deum en M√©moire de la victoire remport√©e par les troupes alli√©es dans le champ de Waterloo.”

 

 

 

Lucette Graas-Hoisnard, Arlon aux portes de la plaine, éd. Quorum, 1997

 

(p.104) L’introduction de la conscription, le 5 septembre 1798, n’allait pas apaiser les esprits.

 

Dans le Luxembourg, la col√®re se transforma en petite insurrection lorsque les jeunes conscrits furent pr√™ts √† partir. Deux √† trois mille paysans se soulev√®rent. Ce fut le ¬ę Klepelkrich ¬Ľ ou guerre des gourdins, r√©prim√©e dans le sang. Cela se passa fin 1798 dans l’actuel Grand-Duch√© de Luxembourg et dans la r√©gion d’Arlon. En mesure de r√©torsion contre ces troubles, une liste des pr√™tres non asserment√©s fut dress√©e le 4 novembre 1798. On les accusait d’avoir pouss√© les paysans √† la r√©volte. Ils devaient partir en d√©portation.

Mais la plupart, appuyés par la population, passèrent dans la clandestinité. À Arlon, sur cinquante-deux prêtres re­cherchés, seuls quinze furent capturés et effectivement déportés.

 

Michel Gourdin, Charles W√©rotte / One Sovnance des Joeuts di noss j√īnne Teimps, M√©moire de Philologie romane, UCL 1973

 

gu√®rnadi√®, s. m., personne (homme ou femme) de haute statu¬≠re et large d’√©paules. A La Hestre, on conna√ģt l’expression: abiy√ģ √† gu√®rnadi√®, leurrer, tromper. Je pense que cette expres¬≠sion remonte √† l’√©poque napal√©onienne car des recruteurs de l’envahisseur corse so√Ľlaient des jeunes gens et, lorsqu’ils reprenaient leurs esprits, ils avaient un uniforme de grena¬≠dier, gu√ęrnadi√®, sur le dos car ils avaient sign√© un engagement dans les arm√©es de Napol√©on pendant leur ivresse: is-avin’te stj√† abiy√ģs √† gu√®rnadi√®. Cf. MA, d√©cembre 1981, p. 229; avril 1982, p. 70. Synon. tir√® au gu√®rn√Ędi√®, DWC.

 

Pol Gérard, Thierry Grosbois, Marie-Rose Toussaint, Petite histoire de Biesme-la-Colonoise depuis les origines, s.d.

 

(p.72) 1796. La premi√®re lev√©e de conscrits est organis√©e √† Biesme au service de la R√©publique. Ces lev√©es continueront jusqu’en 1815. On recrute peu √† peu tous les hommes valides; beaucoup se cachent, on les appellent les r√©fractaires.

 

Lucette Graas-Hoisnard, Arlon aux portes de la plaine, éd. Quorum, 1997

 

Le Consulat et l’Empire (1799-1815)

 

(p.108) Les guerres napol√©oniennes furent co√Ľteuses en hom¬≠mes et en argent. Des 14 171 conscrits fournis de 1795 √† 1814 par le d√©partement des For√™ts, 9 089 n’√©taient pas revenus en 1815. (…)

Toute l’administration finit par n’avoir qu’un but : fi¬≠nancer les batailles. Toute d√©pense √† but non militaire fut vite interrompue. C’est pourquoi l’Empire n’apporta pas la prosp√©rit√©.

Et, en 1815, après la bataille de Waterloo, ce fut sans regrets que le Luxembourg vit partir les Français. (…).

 

Edward de Masschalck, Overleven in de revolutietijd, Een ooggetuige over het Franse Bewind (1792-1815), Davidsfonds Leuven, 2003

 

(p.148) /over de zoon van Hous in Spanje/

 

‘Op 2 april is mijn zoon uit Spanje in Parijs gearriveerd, gezond en wel te

pas!’ Wat de jongen in Spanje heeft uitgevreten, blijft onbekend, vermoedelijk ook voor de vader, want alle brieven met nare berichten worden door de politie onderschept. En uit Spanje komen enkel nare berichten, want de Fransen vechten er uitzichtloos tegen een genadeloze guerilla die van geen wijken wil weten. plaats van Hendrik: in Bordeaux, in Bayonne, in Logrono en in Burgos. Dan blijft het meer dan een jaar stil. tot Hous in april 1812 eindelijk weer bericht ontvangt: De gruwelen tarten er elke verbeelding. De guerilleros snijden Fransen de keel over, ¬†jukken hen de ogen uit en laten de lijken achter met de geslachtsdelen in hun mond. De Fransen van hun kant hangen de brigands op zonder vorm van proces, hakken ze soms met hun bajonet in stukken en vermoorden zelfs kinderen tot in de wieg. Ook de godvrezende en brave conscrits uit de Lage Landen worden algauw gevaarlijke vechtjassen en cynische veteranen.

 

Edward de Masschalck, Overleven in de revolutietijd, Een ooggetuige over het Franse Bewind (1792-1815), Davidsfonds Leuven, 2003

 

(p.180) Het einde nadert

 

Als Napoleon in december 1812 terugkeert van zijn catastrofale krijgstocht in Rusland, is zijn macht danig aangetast. Zijn reusachtige leger is door de Russische winter gedecimeerd, maar hij laat zich niet uit het veld slaan en begint meteen een grootscheepse campagne om nieuwe troepen te werven. Op enkele maanden tijd worden meer dan 600.000 manschappen opgetrommeld, van wie bijna 45.000 uit de Belgische departementen. Bijna niemand glipt nog door de mazen van het net. Ook jongens onder de twintig jaar moeten nu marcheren, want de lichting van 1814 wordt voortijdig opgeroepen. Van de andere kant wordt ook een beroep gedaan op de garde nationale, dat zijn reservisten tussen 20 en 40 jaar, die eerder door loting aan de krijgsdienst zijn ontsnapt. Maar het gaat niet van harte: ‘Op 17

januari (1813) zijn de garnizoenen van Brussel en Mechelen, de gewezen Garde nationale, in Leuven aangekomen en s‚Äô anderendaags vertrokken naar Tienen. Het heeft in Mechelen veel moeite gekost, want zij wilden niet vertrekken’

 

(p.182) In het najaar van 1813 worden nogmaals 580.000 manschappen opgeroepen, waaronder zelfs de lichting van 1815. Dat betekent dat voortaan ook jongens van 18 jaar moeten marcheren. Maar de meesten weigeren dienst en duiken onder of ze deserteren bij de eerste gelegenheid. De jacht op deze landverraders wordt nog opgevoerd. Hous noteert tussen september en december 1813 niet minder dan zeventien keer een doortocht van opgepakte deserteurs en dienstweigeraars, telkens in groepen van 100 tot 600, samen wel 4000 man: (…).

 

De geallieerden in Leuven

 

(p.189) Er vinden meerdere arrestaties plaats. De meest gezochte mannen zijn degenen die bij de inkomst van de kozakken voorop zijn gereden om de weg te wijzen. Eerst wordt visverkoper Francis Pauwels opgepakt en later is het de beurt aan Arts, de herbergier van de Korenbloem. Pauwels is voor de Fransen een oude bekende. Hij had eerder al twee keer in de gevangenis gezeten wegens vermeende spionage voor de Oostenrijkers. Ook de Heer Robijns, ontvanger van de domeinen, wordt om onbekende redenen gearresteerd en naar Brussel afgevoerd.

 

Het Franse schrikbewind is op een minimum van tijd weer helemaal in voege. De gevangengenomen deserteurs sjokken weer door de straten en ‘op 23 december (1813) was het bureau van de Droits R√©unis volop in gang, met al zijn commiezen.

 

 

4.3 un camp de concentration en Belgique sous l’occupation fran√ßaise √† l’√©poque napol√©onienne et des Belges envoy√©s au bagne

 

400 chronogrammes curieux, in: Le Messager de Ch√Ętelet, 03/12/1987

 

Un chronogramme relate le ressentiment d’un prêtre de chez nous envoyé au bagne par les révolutionnaires français après l’annexion de la principauté de Liège et des Pays-bas autrichiens.  L’abbé Lecocq, curé de Florennes, exprima ainsi sa haine des Français:

 

ConfVDIt MosCoVIta gaLLos

Le Moscovite a confondu les Français (1812);

DeCIMa oCtaVaIVaIl belgIo Laeta

le 18 juin, bonheur pour la Belgique (bataille de Waterloo, 1815)

 

(dans le recueil de chronogrammes publiés par le Musée de cerfontaine, A. Lepine, conservateur)

 

Eddy Surmont, Du haut de ce fort … l’ Angleterre, LS 16/06/1992

 

Le fort Napoléon à Ostende

D√®s 1810, des prisonniers de guerre espagnols devaient venir en aide aux ma√ßons locaux.¬† “Ces for√ßats √©taient oblig√©s de passer deux fois par jour √† travers les marais de “Liefkes Morre”.¬† Il n’est pas √©tonnant d√®s lors qu’ils succombent en masse, victimes de la fi√®vre des marais.”

 

4.4 r√©quisitions et pillages sous l’occupation fran√ßaise √† l’√©poque napol√©onienne

Henri Guillemin, Napol√©on, L√©gende et v√©rit√©, √©d d’utovie, 2005

 

(p.47) On cite trop peu, dans les manuels, les instructions de Carnot, d√®s 1794 (et contre la volont√© de Robespierre) √† Jourdan et √† Pichegru: ¬ę Montrez √† vos hommes les richesses de l‚ÄôAllemagne ¬Ľ; ¬ę En Belgique, prenez tout; il faut vider le pays. ¬Ľ

 

René-P. Hasquin, Les grandes colères du Pays Noir, éd. Londot, 1972

 

(p.49) (…) il importe d‚Äôajouter les exactions dont les R√©volutionnaires, puis les soldats d‚ÄôEmpire, se rendirent coupables.

 

Luc De Vos, De val van Napoleon, Davidsfonds, 2015 

 

(p.188) Het Franse schrikbewind is op een minimum van tijd weer helemaal in voege. De gevangengenomen deserteurs sjokken weer door de straten en ‘op 23 december (1813) was het bureau van de Droits R√©unis volop in gang, met al zijn commiezen. De Franse militairen gedragen zich nu openlijk als bezetters van een heroverd gebied en eisen met harde hand tal van goederen op. zoals vlees, bier en jenever, haver, hooi en stro, trekpaarden, rijpaarden en koetsen. Als laatste gebaar persen de Droits R√©unis de brouwers van Leuven nog een belasting van 40.000 francs af, ‘zoniet gaven ze de soldaten bevel om te plunderen .

 

(p.188) Er vinden meerdere arrestaties plaats. De meest gezochte mannen zijn degenen die bij de inkomst van de kozakken voorop zijn gereden om de weg te wijzen. Eerst wordt visverkoper Francis Pauwels opgepakt en later is het de beurt aan Arts, de herbergier van de Korenbloem. Pauwels is voor de Fransen een oude bekende. Hij had eerder al twee keer in de gevangenis gezeten wegens vermeende spionage voor de Oostenrijkers. Ook de Heer Robijns, ontvanger van de domeinen, wordt om onbekende redenen gearresteerd en naar Brussel afgevoerd.

 

Georges Krug s.j., Rassemblement Wallonie-France, LB 08/12/1999

 

Il faut prendre les auditeurs pour des ignares de l‚ÄôABC de notre histoire pour oser parler d‚Äôun ‚Äėretour‚Äô √† une m√®re-patrie qui serait la France.

Sur un pass√© de plus deux mille ans, les Pays-Bas du Sud ont √©t√© annex√©s par la force √† la France de 1792 √† 1815.¬† Ces 23 pauvres ann√©es furent marqu√©es par le pillage de nos tr√©sors d‚Äôart, la mise √† sac de plusieurs sanctuaires, l‚Äôembrigadement forc√© de toute une jeunesse dans les arm√©es de la r√©publique, puis de l‚Äôempire …Waterloo fut un soulagement, mais la libert√© ne nous √©chut que 15 ans apr√®s.

 

Aline Octave, Porte ouverte sur … Bourcy, 1973

1792-1815

 

(p.34) “L’arm√©e fran√ßaise tra√ģna derri√®re elle des pillards, s’enrichissant au d√©triment des populations, sous pr√©texte de fausses r√©quisitions.”

 

Edward de Masschalck, Overleven in de revolutietijd, Een ooggetuige over het Franse Bewind (1792-1815), Davidsfonds Leuven, 2003

 

(p.212) Wat Hous echt verfoeit is het blinde fanatisme van de revolutionairen, die alles op hun weg lijken te vernietigen. ‘De Fransen zijn brekers, geen makers’, schrijft hij. De puinhoop die ze achterlaten vindt Hous verschrikkelijk: de scholen gesloten, de universiteit opgeheven, de coll√®ges verkocht, de kerken afgebroken, het meubilair aan stukken geslagen, de priesters vervolgd, de boeren mishandeld… ‘ We waren beter afin de tijd van de slavernij dan nu in de tijd van de vrijheid.’ Wat hem het meest schokt in deze zee van ellende is de opkomst van de nieuwe rijken, ‘republikein geworden om hun interest’, die gewetenloos kerkelijke goederen inkopen en collaboreren met de vijand: ‘Mocht dit allemaal gebeuren door toedoen van de Fransen, zou ik er niet over willen spreken, maar het gebeurt door volk van onze eigen stad.’ Met de jaren wordt hij echter milder, als hij merkt dat er zich onder de Franse medestanders en logebroeders ook ernstige en sociaal bewogen mensen bevinden.

De jaren na 1800 vormen een duidelijke breuk met het verleden. Ook Hous juicht Bonaparte toe omdat die een concordaat sluit met de paus en omdat hij rust en vrede belooft, maar de nieuwe keizer kan het niet waarmaken. Onder zijn bewind vallen uiteindelijk nog meer slachtoffers dan in de revolutietijd: piepjonge soldaten die wenend in dienst gaan en nooit meer terugkeren, d√©serteurs of hun gegijzelde familieleden die wegrotten in gevangenissen, stervende gewonden en (p.213) uitgemergelde krijgsgevangenen: ‘Hei zal vandaag ofmorgen ongelofelijk schijnen’, herhaalt Hous keer op keer. Maar als het Franse bewind voorbij is, herinnert Hous zich ook de positieve kanten, zoals de toename van de welvaart onder Napoleon. Hij begint zelfs te beseffen dat sommige revolutionaire idealen een kern van waarheid bevatten. Ondertussen voelt hij steeds meer sympathie voor de Belgen, de bewoners van het ‘Nederland’, die blijkbaar noch bij Oostenrijk noch bij Frankrijk noch bij Holland thuishoren. De Belgische Revolutie van 1830 heeft hij echter niet meer mogen meemaken. Hous sterft enkele maanden voordien in een tehuis voor ouderlingen en wezen.

 

Lucette Graas-Hoisnard, Arlon aux portes de la plaine, éd. Quorum, 1997

 

Le Consulat et l’Empire (1799-1815)

 

(p.107) En 1804, Bonaparte devint empereur sous le nom de Napoléon Ier. Il passa quelques jours en octobre dans le département des Forêts.

Une grande partie de l’arm√©e traversa la ville entre le 11 et le 20 septembre 1805. Il s’agissait du IIIe corps, com¬≠mand√© par le mar√©chal Davout. Bien s√Ľr, il fallut nourrir les soldats et leurs montures, et aussi leur fournir des chevaux. Un bien grand tracas pour le maire R√©sibois charg√© des r√©quisitions !

 

Georges Lecomte, Un réfractaire ardennais sous Napoléon Ier, Ed. Petitpas

 

(p.41) Pillages …

Napo est venu ¬ę¬†emprunter¬†¬Ľ en Belgique 1500 manuscrits pour la‚ÄĚBiblioth√®que Nationale de Paris‚ÄĚ.

 

Edward de Masschalck, Overleven in de revolutietijd, Een ooggetuige over het Franse Bewind (1792-1815), Davidsfonds Leuven, 2003

 

(p.130) In 1800 wijst Bonaparte alle goederen van de afgeschafte universiteit van Leuven toe aan het Prytanée Français, dat is de instelling van hoger onderwijs in Parijs.

 

4.5 le marasme √©conomique, la mauvaise gestion et l’endettement sous l’occupation fran√ßaise √† l’√©poque napol√©onienne

 

Charles Nollomont, Le Pays de La Roche par les textes, Coll. Histoire Collective & asbl Action-Animation-Tourisme, 1999

 

(p.218) La grande misère du service des postes

 

Sous le r√©gime fran√ßais, le r√©seau routier s’est peu d√©velopp√©. Des difficult√©s de tr√©sorerie ont r√©duit √† sa plus simple expression la mise en chantier de nouveaux tron√ßons. La r√©organisation de l’administration et la perception des taxes par l’Etat central vont mettre les travaux publics en veilleuse. L’entretien du r√©seau existant ob√®re les maigres budgets qui ont √©t√© d√©gag√©s par l’√Čtat, les d√©partements et les communes; ils ne permettent pas la construction de nouveaux axes.

 

Edward de Masschalck, Overleven in de revolutietijd, Een ooggetuige over het Franse Bewind (1792-1815), Davidsfonds Leuven, 2003

 

(p.150) Schrijnende armoede

 

De oorlog, de conscriptie en het tromgeroffel bepalen in hoge mate de sfeer in de Napoleontische p√©riode, maar ondertussen gaat het gewone leven zijn gang, in goede en kwade dagen. Kenmerkend voor deze woelige periode is de opkomst van nieuwe klassen, zowel arm als rijk. Hous, die het zelf niet erg breed heeft, sympathiseert met de armen en mijmert soms over het verleden: ‘In die tijd toen dit land nog aan Oostenrijk toebehoorde, ten tijde van Maria Theresia, waren er ook arme mensen, maar die waren arm in naam en niet metterdaad. want in alle kloosters gaven zij toen alle middagen potagie en in de abdijen om de twee dagen brood en dat aan al het arme volk dat zich vertoonde. Zelfs de kinderen die zij op de arm droegen, kregen een klomp brood.’ De afschaffing van de kerkelijke instellingen, de bestuurlijke en financi√ęle ontreddering, de permanente oorlogstoestand en de economische crisis dwingen vele mensen tot bedelarij, landloperij en banditisme. Sinds 1796 bestaat er weliswaar een Commission de bienfaisance of Commissie van weldadigheid, maar het zal nog velejaren duren eer daar een behoorlijk bestuur van de grond komt. Ondertussen troepen de armen samen in leegstaande panden, zoals Hous terloops getuigt naar aanleiding van overstromingen in februari 1799. Het voormalige Craenendonck¬≠college is door het water helemaal van de buitenwereld afgesloten:

‘In het Craenendonckcollege woonde enkel arm volk en die mensen zaten nu zonder eten, wat erg droevig was. Dan is er iemand rondgegaan voor aalmoezen, heeft daarmee brood gaan kopen en is te paard naar het genoemd coll√®ge gereden. Ter hoogte van het huis van de weduwe Robijns, waar het water het diepst was, dachten we dat hij zou verdrinken met paard en al… Het arm volk van het Craenendonckcollege is met alle kinderen naar buiten gekomen en waadde door het water, vooraleer het nog hoger zou staan. In het voornoemde coll√®ge wonen 29 huishoudens.’

 

Edward de Masschalck, Overleven in de revolutietijd, Een ooggetuige over het Franse Bewind (1792-1815), Davidsfonds Leuven, 2003

 

(p.153) Ondertussen blijven horden bedelaars het normale leven verstoren. zodat in 1808 de bedelarij bij keizerlijk decreet andermaal verboden wordt. In elk d√©par¬≠tement wordt een centraal depot opgericht waar het arme volk zonder pardon wordt opgesloten. Het depot voor het d√©partement van de Dijle komt echter pas klaar eind 1811. Het gaat meer bepaald om de vroegere abdij van Terkameren in Elsene, waar plaats is voor 1200 personen. Ook hier komt echter niet veel van in huis. Hous vermeldt nog een nieuw keizerlijk decreet waarin sprake is van publieke soepbedeling voor de armen, maar voegt er ietwat sarcastisch aan toe: Tot nog toe heeft het arm volk geen soep gezien. En zo blijven vele goed bedoelde pogingen in de startblokken zitten. Van 1811 af heerst er immers in het land een ware crisissfeer tengevolge van de stijgende graanprijzen, de aanslepende oorlog en de verpletterende belastingen, tot de industrie helemaal stilvalt: ‘Bij mensen gedenken heeft er nooit zo een tijd geweest. Bijna alle ambachten staan stil. Voor niemand voit er iets te verdienen. Veel ambachtsmannen verlaten vrouw en kinderen en gaan voorgeld als vervanger in militaire dienst.’ Eer de mensen deze laatste stap zetten, moet de toestand wel heel ernstig zijn.

 

H. Pirenne, Histoire de Belgique, TVI, 1926

 

(p.206) ‚ÄúEn 1813, le mouvement √©conomique √©tait tomb√© dans un marasme complet.¬† Le pr√©fet de l‚ÄôEscaut constatait que la fabrication des toiles √©tait r√©duite au dixi√®me de ce qu‚Äôelle avait √©t√©.‚ÄĚ

 

J.-P. De Clippele, Bruxelles étouffée par la régionalisation?, LB 19/05/1982

 

“La seule grave r√©cession qu’elle ait subie se situe sous l’occupation fran√ßaise (1795 √† 1815).¬† D’une capitale, le r√©gime fran√ßais en fit un chef-lieu de d√©partement, la d√©tachant des villages environnants qui formaient son “hinterland”.”

 

Lucette Graas-Hoisnard, Arlon aux portes de la plaine, éd. Quorum, 1997

 

(p.102) Puis ce fut Thyes, l’un des associ√©s de la fabrique de c√©ramique qui avait achet√© le couvent des Carmes pour y √©tablir son industrie. Il resta jusqu’en 1803. Quant √† la fa√Įencerie, elle ferma ses portes peu apr√®s. Le maire suivant resta plus longtemps. C’√©tait Antoine R√©sibois, qui mena les destin√©es d’Arlon pendant vingt-cinq ans.

Il avait beaucoup de projets dont bien peu furent r√©alis√©s faute d’argent. Cependant, il fit beaucoup d’efforts en faveur de l’√©cole qui, presque totalement br√Ľl√©e lors de l’incendie de 1785, fut successivement tenue au couvent des Carmes, puis dans une maison lou√©e, enfin au rez-de-chauss√©e du presbyt√®re. En 1811, les classes √©migr√®rent au couvent des Capucins, jusqu’en 1825, date o√Ļ elles furent install√©es chez les trois ma√ģtres d’√©cole. L’histoire a retenu le nom de deux d’entre eux : Kuborn et Proschaska.

 

Tr√®s vite, de gros probl√®mes financiers surgirent : Les assignats se d√©pr√©ciaient √† grande allure. Si, en janvier 1790, ils faisaient encore 90 pour cent de leur valeur, en juillet 1795 ils n’en √©taient plus qu’√† 2,97 pour cent et, en f√©vrier 1796 lors de leur destruction, √† 0,25 pour cent. La valeur d’un assignat de cent livres √©tait alors de 5 sous. Dans ces conditions, les prix en assignats s’envolaient, passant par exemple pour le quintal de seigle de 60 livres le 1er flor√©al an III (20 avril 1795), √† 100 livres trois semai¬≠nes plus tard, alors que ce m√™me quintal de seigle, vendu en pi√®ces d’or ou d’argent, co√Ľtait 10 livres le quintal, en d√©cembre 1795.

 

Et quand la R√©publique r√©clama un emprunt forc√© aux habitants d’Arlon, il √©tait, bien entendu, payable en pi√®¬≠ces. Il s’agissait de 28 000 livres.

Devant les nombreuses réclamations, on procéda à des réquisitions.

Le 28 novembre 1795, Arlon dut fournir 1 400 voitures de fourrage. Le 5 décembre 1795, 3000 quintaux de grains, tant de froment, que de méteil, seigle et orge, à livrer avant le 1er janvier 1796.

(p.104) Comme le grain √©tait rare, une loi d√©fendit de l’utiliser pour faire de l’alcool de grain ou de la bi√®re.

 

La R√©publique, poursuivant sa qu√™te incessante d’argent, d√©cida de confisquer les biens des √©migr√©s. Puis on ex¬≠pulsa les religieux de leurs couvents. Les Capucins et les Carmes d’Arlon durent partir. Leurs biens et revenus furent saisis et s√©questr√©s le 20 ao√Ľt 1796.

Au mois de novembre suivant, il fut d√©cid√© de transfor¬≠mer le couvent des Capucins en caserne pour la gendar¬≠merie, mais les travaux furent estim√©s trop importants et il fallut finalement renoncer au projet. Il fallait √©galement loger la 24e demi-brigade d’artillerie, casern√©e √† Arlon d√®s le 16 d√©cembre 1795. Elle compor¬≠tait 3 officiers et 54 hommes.

 

Le couvent des Capucins fut provisoirement affect√© au logement des pauvres de la commune. L’h√īpital qu’ils occupaient auparavant ainsi qu’un b√Ętiment national voisin, dit ¬ę le Bock ¬Ľ, fut consacr√© au casernement de la brigade de gendarmerie cr√©√©e le 19 novembre 95 (28 brumaire an IV).

En 1811, la municipalit√© racheta l’ancien hospice et les pauvres regagn√®rent leurs locaux.

 

Puis ce fut la vente des b√Ętiments appartenant au clerg√©. Le couvent de Clairefontaine avait br√Ľl√© en 1794 et les moniales s’√©taient r√©fugi√©es √† Luxembourg. Elles durent quitter leur retraite le 4 d√©cembre 1795. Le 27 niv√īse (16 janvier 1797), eut lieu la vente publique du refuge de Clairefontaine √† Luxembourg, estim√© 7 500 livres et vendu finalement 12 100 livres √† Marlet, rece¬≠veur des domaines du d√©partement. Le m√™me jour, le moulin d’Etalle, appartenant √† l’abbaye d’Orval, estim√© 17 172 livres, fut aussi vendu. Le 25 f√©vrier 1797 (7 vent√īse), on mit en adjudication le couvent des Carmes d’Arlon, estim√© 12 000 livres, et des b√Ętiments et ruines d√©pendant de la maison conventuelle (p.105) de Clairefontaine, estim√©s 27 980 livres. Mais l’adjudica¬≠tion dut √™tre remise, faute d’acqu√©reurs. Les habitants ne voyaient pas d’un bon Ňďil cette destruc¬≠tion syst√©matique de l’ancienne √Čglise. Et quand on ap¬≠prit que les pr√™tres devaient pr√™ter serment ¬ę de haine √† la royaut√© et √† l’anarchie, d’attachement et de fid√©lit√© √† la R√©publique ¬Ľ, le refus du serment fut quasi g√©n√©ral. Sur environ cinquante pr√™tres dans le canton d’Arlon, seuls deux pr√™t√®rent serment. Les chapelles et les √©glises furent ferm√©es.

 

Paul Vaute, Du ma√Įeur qui d√©range, la police fait un corrompu, LB 05/03/1997

 

En 1811, le maire Werbrouck est poursuivi pour détournement de fonds publics à Anvers.  Mais le commissaire général Bellemare cherche surtout à se subordonner le pouvoir civil.  Un affaire hautement révélatrice des moeurs du régime français.

Fin 1810, une rumeur de scandale se r√©pand sur Anvers.¬† Le caissier municipal, Bunelle, a fil√© √† l’anglaise en laissait un trou dans les comptes de la Ville, d√©j√† accabl√©e de dettes.¬† Apr√®s v√©rification, il appara√ģt que les recettes des octrois –¬† les taxes pr√©lev√©es par la commune √† l‚Äôentr√©e des biens de consommation – ont √©t√© en partie d√©tourn√©s. Au profit de qui ?

Le responsable est un ex-pr√™tre fran√ßais, Marescal,¬† introduit dans l’administration.¬† Mais on ne reconna√ģtra que plus tard, quand la cour le condamnera, le 21 juin 1817, qu‚Äôil a agi √† peu pr√®s seul.¬† Pour l’heure, c‚Äôest vers le maire que remonte la recherche des n√©gligences inadmissibles ou des complicit√©s d√©lib√©r√©es.¬† Parce qu’il est le ‘coupable id√©al’… Banquier, fr√®re d’un vicaire-g√©n√©ral, Etienne a pourtant √©t√© un fid√®le serviteur du r√©gime fran√ßais. D’ailleurs, il a vot√© pour Bonaparte au Conseil des Anciens.¬† Mais il a des doutes, n‚Äôest plus tr√®s bien vu en haut lieu et m√™me oppos√© au g√©n√©ral Colaud qui a durement r√©prim√© la guerre des paysans.

 

 

LE MINISTRE PRESIDE LES AUDITIONS

 

Pour son malheur, c’est le fougueux Bellemare, commissaire g√©n√©ral d’Anvers, qui m√®ne l‚Äôenqu√™te, au printemps 1811, avec la volont√© manifeste de se subordonner le pouvoir civil… et, accessoirement, de se venger d’un affront inflig√© √† sa ma√ģtresse dont Mme Werbrouck a refus√© publiquement la compagnie..

Dans un premier temps, Marescal et ses complics, arr√™t√©s, passent aux aveux complets et mouillent le maire.¬† Celui-ci se d√©fend.¬† Il ne s‚Äôagit pas de fraude, dit-il: il a retir√© des fonds de l‚Äôoctroi, certes, mais le plus r√©guli√®rement du monde, pour se payer les indemnit√©s que lui devait la Ville dont la caisse principale √©tait vide. Bellemare n’en envoie pas moins √† Paris un dossier ficel√© √† sa mani√®re.¬† L’ayant lu, Napol√©on, dans une col√®re hom√©rique, suspend Werbrouck et charge une commission de trois conseillers d’Etat d’examiner l’affaire

Suivent des auditions, entre autres du ma√Įeur et des coaccus√©s.¬† Celles-ci, raconte P. Verhaegen, qui a √©pluch√© le dossier de la poursuite conserv√© au greffe de la cour d’assises de Gand, ‘eurent lieu √† Paris avec une solennit√© peu ordinaire sous la pr√©sidence du ministre de la Justice’ (“Revue g√©n√©rale”, 1922).¬† Le rapport conclut √† la r√©vocation et √† la mise en jugement pendant que Bellemare, √† Anvers, intoxique l’opinion, laissant entendre que le pr√©fet du d√©partement, le baron de Voyer d’Argenson, est aussi impliqu√© : ‘D√©j√†, des listes circulaient dans la ville, et chaque jour voyait la malignit√© publique y ajouter quelques noms’.

Pourtant, la population n’est pas pleinement convaincue et la Justice r√©serve une d√©sagr√©able surprise au pouvoir.¬† Les inculp√©s ont demand√© et obtenu le renvoi de la cause devant les tribunaux de Bruxelles en invoquant la suspicion l√©gitime envers les juges d’Anvers, ‘travaill√©s’ par la police locale.¬† Et le pr√©fet, au nom de la pr√©somption d’innocence, a pr√©f√©r√© d√©missionner plut√īt que d’ob√©ir √† un ordre de s√©questration des biens des ‘fraudeurs”.

 

UN DEFI  A NAPOLEON

 

La cour d’assises de la Dyle ne trouve rien qui confirme les accusations.¬† Ses jur√©s ont beau avoir √©t√© tri√©s sur le volet (des Fran√ßais pour la plupart), l’√©loquence des avocats, parmi lesquels Paul Berryer, venu de Paris, entra√ģne la conviction.¬† Un acquittement g√©n√©ral est finalement prononc√©, sauf pour Marescal qui a, dans l’intervalle, r√©ussi √† prendre la fuite.

Sc√®nes insolites. le public applaudit, les notables en liesse viennent chercher Werbrouck au Palais de Justice et on fait aussi la f√™te dans la M√©tropole.¬† Mais ‘acclamer la victime du despotisme, c’√©tait huer le despote.¬† Napol√©on ne s’y trompa point’, √©crit Henri Pirenne.¬† Bellemare fait jouer la grosse artillerie et alerte l’Empereur.¬† Celui-ci, depuis le camp de Dresde o√Ļ il se trouve, √©crit au prince archichancelier Cambac√©r√®s : ‘Les faits de Bruxelles sont un scandale public. ¬†Faites arr√™ter le maire et les autres accus√©s par mesure de haute police.¬† Voyez avec le comte Merlin √† faire casser le jugement’.¬† Aussit√īt dit, aussit√īt fait.

 

Le S√©nat n’ose pas d√©sob√©ir au Souverain: il casse le jugement au nom de la s√©curit√© de l’Etat et charge la Cour de cassation de d√©signer une Cour imp√©riale qui jugera l’affaire de nouveau, sans jur√©s.¬† Comme la Cour de Paris n’est pas tr√®s docile, on choisit les juges de Douai.¬† Une lettre dans laquelle Cambac√©r√®s fait part de ces intrigues √† Napol√©on tombe entre les mains d’un parti de cosaques, qui la fera para√ģtre dans le ‘Journal de Francfort‚Äô.

A sa nouvelle √©preuve, l’ex-ma√Įeur, gravement malade, ne survivra pas.¬† Il succombera, prisonnier, √† Douai, le 16 d√©cembre 1813, et justice ne lui sera rendue qu’√† titre posthume.¬† Dans son acte de d√©ch√©ance du 2 avril 1814, le S√©nat reprochera au vaincu de Leipzig, entre autres, ‘d’avoir confondu tous les pouvoirs et viol√© l’ind√©pendance des corps judiciaires.

 

Au d√©but de notre si√®cle, on repr√©sentait encore souvent, sur les sc√®nes flamandes, une pi√®ce de Frans Gittens, ‘De Maire van Antwerpen’, cr√©√©e en 1891 et consacr√©e √† l’affaire Werbrouck.¬† Dans la poignante derni√®re sc√®ne, le h√©ros, qui va bient√īt mourir entour√© des siens, regrette que son fils Steven ne soit pas l√†: ‘Je lui dirais: ne sers jamais des ma√ģtres √©trangers, mon enfant jamais !jamais !’

 

René-Pierre Hasquin, Les grandes colères du Pays Noir, T1, éd. Londot, 1972

 

(p.58) DES LOIS ANTI DEMOCRATIQUES

On √©tait certes encore loin des libert√©s octroy√©es par la R√©volution et confirm√©e par l‚ÄôEmpire. Il est vrai qu‚Äôen y regardant de plus pr√®s, on e√Ľt d√©couvert, dans la for√™t des lois √©dict√©es sous le r√©gime r√©volutionnaire et maintenues sous Napol√©on et sous le Royaume, une loi aussi inique que celle dite de ¬ę Le Chapelier ¬Ľ et que tous les patrons du XIXe si√®cle semblaient conna√ģtre sur le bout des doigts. Cette loi, vot√©e √† l‚ÄôAssembl√©e Constituante le 17 juin 1791, avait pour objectif d‚Äôemp√™cher la reconstitution des corporations, en interdisant aux entrepreneurs, commer√ßants, ouvriers et compagnons d‚Äôune m√™me profession, de se r√©unir en associations organis√©es. Cette loi anti-d√©mocratique √©tait ainsi libell√©e :

‚ÄĒ¬†¬†¬† ¬ę Les citoyens d‚Äôun m√™me √©tat ou profession, les entre¬≠preneurs, ceux qui ont boutique ouverte, les ouvriers et les compa¬≠gnons d‚Äôun art quelconque ne pourront, quand ils se trouveront ensemble, nommer ni pr√©sidents, ni secr√©taires, ni syndics, tenir des registres, prendre des arr√™t√©s ou d√©lib√©rations, former des r√®glements sur leurs pr√©tendus int√©r√™ts communs ¬Ľ.

‚ÄĒ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† A part cela, vive la R√©publique et vivent aussi la Justice, l‚ÄôEgalit√© et la Fraternit√© !

Vint 1810 et le Code P√©nal de Napol√©on avec notamment ses articles 414 et 415 qui poussaient les in√©galit√©s plus loin encore que la loi de Le Chapelier : il √©tablissait une distinction de fait entre les coalitions de patrons et celles d‚Äôouvriers. La coalition des ouvriers √©tait interdite m√™me si elle se fondait sur des r√©clama¬≠tions absolument l√©gitimes ; par contre, la coalition des patrons pouvait √™tre admise d√®s l‚Äôinstant o√Ļ ils administraient la preuve que cette coalition n‚Äô√©tait pas abusive !

L’article 291 de ce même Code Pénal de 1810, est tout aussi révélateur quant à l’état d’esprit du législateur :

‚ÄĒ¬†¬†¬† ¬ę Toute association de plus de vingt personnes dont le but sera de se r√©unir tous les jours ou √† certains jours marqu√©s pour s occuper d‚Äôobjets religieux, litt√©raires, politiques ou autres, ne pourra se former qu‚Äôavec l‚Äôagr√©ment du gouvernement et sous les conditions qu‚Äôil plaira √† l‚Äôautorit√© publique d‚Äôimposer √† la soci√©t√©. ¬Ľ

L’article 414 visait pourtant les patrons :

‚ÄĒ¬† ¬ę Toute coalition entre ceux qui font travailler des ouvriers (p.59) tendant √† forcer injustement et abusivement l‚Äôabaissement des salaires suivie d‚Äôune tentative ou d‚Äôun commencement d‚Äôex√©cution sera punie d‚Äôun emprisonnement de six jours √† un mois et d‚Äôune amende de 200 √† 3 000 F ¬Ľ.

Mais l’article 415 ne ménage pas les ouvriers :

‚ÄĒ¬†¬†¬† ¬ę Toute coalition de la part des ouvriers pour cesser en m√™me temps le travail dans certains ateliers, emp√™cher de s‚Äôy rendre et d‚Äôy rester apr√®s certaines heures et en g√©n√©ral pour suspendre, emp√™cher, ench√©rir les travaux, sera punie d‚Äôun empri¬≠sonnement d‚Äôun mois au moins et de trois mois au plus. Les chefs ou moteurs (meneurs) seront punis d‚Äôun emprisonnement de deux √† cinq ans. ¬Ľ

Et cela continue à l’article 416 :

‚ÄĒ¬†¬†¬† ¬ę Seront aussi punis de la peine port√©e √† l‚Äôarticle pr√©c√©dent et d‚Äôapr√®s les m√™mes distinctions, les ouvriers qui auront prononc√©s des amendes, des d√©fenses, des interdictions ou toute proscription vers le nom de damnation ou sous quelque qualification que ce puisse √™tre, soit contre les directeurs d‚Äôateliers et entrepreneurs d‚Äôouvrages, soit les uns contre les autres. Dans le cas du pr√©sent article, et dans celui du pr√©c√©dent, les chefs ou moteurs du d√©lit pourront, apr√®s l‚Äôexpiration de leur peine, √™tre mis sous la surveil¬≠lance de haute police pendant deux ans au moins et cinq ans au plus. ¬Ľ

Ces articles 291, 414, 415, 416 auraient-ils inspir√© les promo¬≠teurs de nos r√©centes lois sur le ¬ę maintien de l‚Äôordre ¬Ľ ?

Quoi qu’il en soit, elles expliquent pourquoi l’ouvrier, des XVIII et XIXe siècles, analphabète en général, abruti par le tra­vail le plus souvent, restait assez docilement prisonnier d’une législation à laquelle il ne comprenait rien et qu’il ne lui venait donc pas à l’idée de contester.

La Constitution Belge promulgu√©e va certes accorder aux Belges le droit d‚Äôassociation mais dans la pratique ce ne sera longtemps qu‚Äôun leurre : de 1830 √† 1860 plus de 1 500 ouvriers belges seront poursuivis pour d√©lit d‚Äôopinion et plus d‚Äôun millier seront condamn√©s √† des peines d’emprisonnement.

C‚Äôest dire que la lutte contre le ¬ę d√©lit de coalition ¬Ľ √©tait loin d‚Äô√™tre gagn√©e.

 

s.n., Assassiner la forêt wallonne?, PP? 06/04/1983, p. 24-25

 

(p.24) ‚ÄúSous le r√©gime hollandais, entre 1815 et 1830, l‚ÄôEtat, confront√© √† des communes endett√©es jusqu‚Äô√† l‚Äôos – r√©sultat des guerres napol√©oniennes – se refusa √† les aider en vue d‚Äô√©ponger leur d√©faite.‚ÄĚ

 

4.6 sous Napol√©on, un √©tat policier en Belgique: censure, injustice, …

 

Edward de Masschalck, Overleven in de revolutietijd, Een ooggetuige over het Franse Bewind (1792-1815), Davidsfonds Leuven, 2003

 

(p.177) Frankrijk is echter niet enkel een rechtsstaat, maar ook een politiestaat. Naar mate het bewind van Napoleon vordert, wordt de sluipende dictatuur van de staat steeds duidelijker en arroganter. Overal opereren spionnen die zelfs de minste kritiek melden aan de hogere overheid.

 

(p.178) /20/08/1809/ Ook onder de burgerbevolking groeit de onvrede en steeds meer maakt Hous melding van arrestaties m politieke redenen.

 

In tegenstelling tot het ancien r√©gime, waarin criminelen foltering en lijfstraffen moesten ondergaan, worden in de Franse tijd veel meer mensen opgesloten. (p.179) (‚Ķ)Nu blijven de gevangenen soms jaren opgesloten in ongezonde en vooral overbevolkte plaatsen. Voor de meesten is het een ware hel op aarde. In Leuven is er een gevangenis in de kelders onder het stadhuis en verder in de oude Brusselse binnenpoort. Volgens een officieel rapport uit 1807 is laatstgenoemde gevangenis zo ongezond dat de mensen er aan de koorts bezwijken en zo vervallen dat verbetering onmogelijk is. Veel mensen verkiezen liever de dood dan in dergelijke krochten te moeten leven: ‘Er is een vrouw un een van de hoge vensters van de gevangenis in de Brusselse binnenpoort gesprongen in de tuin van de heer Ducuper. Zij heeft haar been gebroken en is naar het gasthuis gedragen. waar ze de volgende nacht gestorven is.’

De overbevolking is het gevolg van een andere kwaal van de Franse tijd, namelijk de opsluiting zonder vorm van proces van grote groepen mensen – dikwijls onschuldigen – die verdacht worden van banditisme of complotteren tegen de staat. Soms wordt het zo erg dat de prefect ingrijpt en een aantal mensen vrijlaat, nog altijd zonder vorm van proc√®s: ‘De heer de Chaban, prefect, heeft verleden week een bezoek gebracht aan het tuchthuis van Vilvoorde en heeft er in de vijftig verlost die daar zaten zonder termijn.’ In de loop van 1806 wordt in √©√©n keer de vrijlating bevolen van 480 mensen, van wie er ondertussen al 70 zijn overleden en dat na amper anderhalf jaar gevangenis. Hoevelen hebben niet gebeden en gehoopt dat de Engelsen zouden landen en de Fransen uit het land verdrijven!

 

Jean Huens, Histoire illustr√©e de Belgique, √©d. Racine, 200…

 

Police impériale

 

S’il √©tait un bon organisateur, Napol√©on n’en √©tait pas moins un despote. Nous ne jouissions plus d’aucune libert√© ni de presse ni de parole. Tout √©tait censur√©, d√©nonc√©, condamn√©. Une formidable police imp√©riale, dirig√©e par le ministre Fouch√©, surveillait et traquait les suspects. Chez nous presque tout le monde √©tait suspect.

 

M. Chapelle R. Angot, Les processions et la marche militaire de la Saint-Feuillen à Fosses-la-Ville, s.d.

 

(p.172)

En 1802 [3 octobre]

Mais, d√®s le 6 vend√©miaire an XI (28 septembre 1802), la ville de Fosse √©tait d√©j√† en √©moi. En effet, les organisateurs de la Procession avaient appris que les autorit√©s religieuses ne participeraient pas √† la sortie tradition¬≠nelle …. (1)

Que l’on ait supprim√© les ¬ę Marches ¬Ľ pendant les premi√®res ann√©es de la R√©publique, soit ! Mais en 1802, sous le Consulat √† vie de Bonaparte, au lendemain du Concordat sign√© avec le Pape Pie VII, interdire de ¬ę marcher ¬Ľ √† la Saint-Feuillen, c’√©tait vraiment d√©passer les bornes. (2)

Le cur√© de Fosse, l’abb√© Ferdinand Bauwens n’en menait pas large. Soucieux d’ob√©ir aux ordres de l’Ev√™que Mgr Claude-L√©opold de Bexon (3), il s’√©tait vu contraint de refuser aux ¬ęMarcheurs¬Ľ la permission de sortir le Buste et de le porter en procession. (4)

 

(1) E. Fivet, O.c. p. 905.

(2) Idem.

(3) II succ√©da √† Mgr de Lichtervelde qui avait exerc√© son minist√®re jusqu’en 1796. Mgr de Bexon avait √©t√© appel√© au si√®ge √©piscopal de Namur peu apr√®s la signature du Concordat. Mgr Charles-Fran√ßois-Joseph, baron Pisani de la Gaude, lui succ√©da en 1804.

(4) E. Fivet, pp. 906-907.

 

(p.174)¬† Les Fossois s’√©taient donc arrog√© le droit de promener un Reliquaire de saint Feuillen, √† travers la ville et les campagnes, et cela en bravant l’interdiction de l’Ev√™que et celle du Pr√©fet. Il est vrai que P√©r√®s avait d√©fendu de sortir le ¬ęBuste¬Ľ … mais n’avait pas ¬ępens√©¬Ľ √† la nouvelle ch√Ęsse ; tout restait donc ‚ÄĒ si l’on peut dire ‚ÄĒ dans la l√©galit√©. (2)

 

Quand Napoléon interdit nos marches …

 

Ernest Fivet, La marche de saint Feuillen à Fosses sous le Consulat, p.905-918, s.r.

 

(p.905) ” Le 28 septembre 1802 ‚ÄĒ officiellement le 6 vend√©miaire an XI de la R√©publique fran√ßaise ‚ÄĒ, la ville de Fosses √©tait en √©moi. Les organisateurs de la procession-marche de saint Feuillen, martyr du VIIe si√®cle et patron de la cit√©, avaient appris que l’autorit√© religieuse ne participerait pas √† la sortie traditionnelle du dimanche 6 vend√©miaire qui co√Įncidait avec la f√™te locale ‘.

Que l’on ait cess√© de marcher dans les premi√®res ann√©es de la r√©publique, d’accord ! Encore sous le coup des √©v√©nements qui avaient entra√ģn√© leur rattachement √† la France, les Fossois avaient volontiers rompu avec la tradition, peu soucieux, en paradant en armes, d’√™tre enr√īl√©s de force dans les arm√©es de la Conven¬≠tion. Mais, en 1802, sous le consulat √† vie de Bonaparte 2, au lendemain de la paix d’Amiens conclue avec l’Angleterre 3, du concordat sign√© avec le pape Pie VII 4, interdire de marcher √† la Saint-Feuillen, c’√©tait, franchement, d√©passer les bornes !

Le concordat, il est vrai, ne r√©tablissait pas l’√Čglise dans tous ses droits; l’article 45 de la loi qui le ratifie 5 stipule que ¬ę aucune ¬Ľ c√©r√©monie religieuse n’aura lieu hors des √©difices consacr√©s ¬Ľ au culte catholique dans les villes o√Ļ il y a des temples destin√©s aux diff√©rents cultes.¬†¬Ľ ((p.906) /Pourtant, il n‚Äôy avait pas de temple protestant , voire isra√©lite √† Fosses./) ¬ę¬†Mais une ancienne loi, celle du 7 vend√©miaire an IV (29 septembre 1795) avait interdit ¬ę¬†les c√©r√©monies de tous cultes hors l‚Äôenceinte de l‚Äô√©difice choisi pour leur exercice¬†¬Ľ.

 

1.¬†¬† De temps imm√©morial la kermesse annuelle de Fosses a lieu le dernier dimanche de septembre.Nous ignorons pourquoi, en 1802, elle avait √©t√© retard√©e d’une semaine.

2.¬†¬† Nomm√© consul √† vie par s√©natus-consulte du 14 thermidor an X (z ao√Ľt 1802).

3.   Le 6 germinal an X (27 mars  1802).

4.   Le  23  fructidor an   IX   (10  septembre   1801).

5.¬†¬† Loi du 18 germinal an X (8 avril 1802), relative √† l’organisation des cultes. (Cf. bon, L√©gislation des paroisses en Belgique,¬† 1842, p. 60).

 

(p.911) Ainsi donc, les Fossois s’√©taient permis de promener, par en Leiche, Saint-Roch et la Folie, un reliquaire de saint Feuillen en d√©pit des interdictions de l’√©v√™ch√© et de la pr√©fecture (1).

P√©r√®s /pr√©fet du d√©partement/ ne se f√Ęcha point, du moins ouvertement. Le pouvait -il¬†? Certes, il avait d√©fendu de promener le buste du saint, mais il avait omis de parler de la ch√Ęsse. Quant au pasteur de Fosses, a-t-il c√©d√© in extremis aux sollicitations de ses ouailles ? C’est tr√®s possible. Nous ne voyons pas bien, en effet, les marcheurs faire irruption dans la coll√©giale et, manu militari, s’approprier, ne f√Ľt-ce que pour quelques heures, l’un ou l’autre reliquaire.

Il semble bien que, de son c√īt√©, l’√©v√™que soit rest√© sur ses po¬≠sitions car, l’ann√©e suivante, o√Ļ les Fossois voulurent r√©cidiver, l’autorit√© religieuse fut nettement prise √† partie par l’adjoint au maire de Fosses :

 

(1) La ch√Ęsse porte la date du 18 octobre 1802 ; c’est sans doute celle de sa b√©n√©¬≠diction. L’√©vcque, nous l’avons vu, n’avait pas autoris√© la procession ; rien ne prouve que, le 3 octobre, la fiert√© renfermait des reliques.

 

4.7 la lutte contre les langues n√©erlandaise et wallonne sous l’occupation fran√ßaise √† l’√©poque napol√©onienne

Hervé Hasquin, éd., La Belgique française, 1792-1815, Crédit Communal, 1993

 

(p.421) La bigarrure linguistique des ¬ę provinces belgiques ¬Ľ

 

Pour les r√©volutionnaires fran√ßais, cart√©siens par tradition et porteurs d’un projet si neuf qu’il paraissait ne pouvoir s’accomplir qu’au moyen d’une po¬≠litique de la ¬ętable rase¬Ľ, les provinces belges n’allaient pas manquer, par la diversit√© de leurs comportements linguistiques, de susciter de nombreuses difficult√©s √† la mise en application d’une politique coh√©rente et syst√©matique en mati√®re de langue.

A Bruxelles, la-situation √©tait pour le moins complexe. Ainsi pouvait-on li¬≠re, par exemple, dans une Description de la ville de Bruxelles √©dit√©e chez Bou47bers en 1782, ces quelques lignes: ¬ęLa langue naturelle des habitants de Bruxelles est le flamand, mais presque tous entendent et parlent le fran√ßais ; c’est m√™me aujourd’hui la langue que l’on parle le plus commun√©ment¬Ľ. La pr√©sence de la Cour, qui avait contribu√© √† promouvoir le fran√ßais comme langue principale dans la vie sociale, de m√™me que la pratique du fran√ßais par les classes ais√©es de la population, qui y avaient trouv√© une sorte de pas¬≠seport culturel dans l’orbite de la vie parisienne, ne pouvaient cependant fai¬≠re oublier que Bruxelles √©tait et restait une ville flamande. Des √©tudes r√©cen¬≠tes ont permis de fixer aux environs de 10 √† 15% le pourcentage de fran¬≠cophones dans la capitale du Brabant d’avant la R√©volution. A cet √©gard, la relation entre l’appartenance √† un certain milieu social et l’emploi de l’une ou l’autre langue est apparue de fa√ßon particuli√®rement explicite : on parle surtout fran√ßais dans les quartiers hupp√©s du haut de la ville, du parc de Bru¬≠xelles, ou de la rue Neuve. Le bilinguisme de fait d’une bonne partie des Bruxellois avait par ailleurs entra√ģn√©, dans le courant du si√®cle, un relatif ab√Ętardissement du flamand parl√© dans la capitale, qui, fortement contami¬≠n√© par le fran√ßais, avait cr√©√© quantit√© de vocables hybrides plus ou moins sa¬≠voureux. Cette proximit√© relative avec les tournures fran√ßaises, ainsi que la facilit√© avec laquelle il √©tait loisible de se faire comprendre et de converser en fran√ßais aux quatre coins de la ville, n’allaient pas manquer, dans un premier temps, d’induire les occupants en erreur quant √† l’appartenance linguistique des Bruxellois.

En Flandre m√™me, malgr√© la diversit√© des patois d’une ville ou d’une r√©¬≠gion √† l’autre, la conscience d’appartenir √† une m√™me entit√© linguistique et culturelle √©tait vive. La tradition, quelque peu surann√©e, des ¬ęchambres de rh√©torique¬Ľ dans les villes, et l’influence du clerg√© dans la vie sociale des campagnes constituaient notamment un ciment culturel particuli√®rement solide. Bien que pratiquant dans une large mesure le fran√ßais, les √©lites socia¬≠les flamandes elles-m√™mes n’en √©taient pas pour autant coup√©es de leurs ra¬≠cines linguistiques et culturelles. Elles continuaient √† employer le flamand dans leurs rapports avec la population locale, et, pour ce qui est de la vie so¬≠ciale et administrative, on peut parler, dans les provinces flamandes sous l’Ancien R√©gime, d’un v√©ritable unilinguisme. Au niveau local, comme √† l’√©¬≠chelon provincial, tout se traitait en flamand. De m√™me, dans leurs rapports avec l’administration centrale √† Bruxelles, les diff√©rentes instances flaman¬≠des, tout comme les particuliers, pouvaient user sans difficult√© de l’idiome

(p.424)

du pays. La plupart des fonctionnaires du gouvernement central √©taient d’ailleurs astreints au bilinguisme pour pouvoir exercer leur fonction. Ce n’est donc gu√®re que dans quelques salons, parmi l’√©lite cultiv√©e, que le fran¬≠√ßais √©tait parl√©, en Flandre, √† la veille de l’invasion fran√ßaise.

La principaut√© de Li√®ge, dont un bon tiers chevauchait l’actuelle province de Limbourg, n’√©chappait pas √† la double appartenance linguistique, com¬≠pliqu√©e encore par l’usage, largement majoritaire dans les campagnes et fort r√©pandu en milieu urbain, du wallon.

La m√™me situation pr√©valait dans le comt√© de Namur et le duch√© de Lu¬≠xembourg, ce dernier comportant en outre, dans sa partie orientale, un ¬ę quartier allemand¬Ľ, dont la fid√©lit√© au pouvoir autrichien, fortement condi¬≠tionn√©e par des facteurs de nature culturelle, allait constituer une source suppl√©mentaire de r√©sistance √† l’occupant.

Seul, peut-√™tre, le Hainaut pouvait para√ģtre pr√©senter une situation lin¬≠guistique propice √† une politique de francisation. Bien qu’on y parl√Ęt √©gale¬≠ment le wallon et le picard, la proximit√© de la fronti√®re et les vicissitudes de l’histoire avaient fait depuis longtemps du fran√ßais une langue usuelle pour une bonne partie de la population.

Premières mesures prudentes sous le Directoire

V ot√©e quelques jours avant la chute de Robespierre, la loi du 2 thermidor an ii ne devait lui survivre que quelques semaines. Suspendue d√®s le 16 fruc¬≠tidor (2 septembre 1794), elle ne fut d’ailleurs jamais remise en vigueur par le Directoire. Au contraire, celui-ci allait – tout comme Dumouriez l’avait fait pendant les quelques mois (novembre 1792-mars 1793) de la premi√®re occupation fran√ßaise – pratiquer, en mati√®re linguistique, une politique de type pragmatique qui, sans abandonner l’id√©al de francisation, tiendrait compte du multilinguisme de fait des provinces belges. Dans un rapport pr√©¬≠sent√© √† la Convention au d√©but de l’ann√©e 1794, les commissaires Camus et Treilhard, d√©l√©gu√©s en Belgique pour y organiser la premi√®re occupation, avaient en effet rendu compte des difficult√©s suppl√©mentaires ¬ęconsid√©ra¬≠bles¬Ľ que repr√©sentait, pour la p√©n√©tration des id√©es r√©volutionnaires, l’obs¬≠tacle de la langue. En Flandre, par exemple, ils avaient relev√© que le fran√ßais n’√©tait pratiquement pas compris de la masse de la population dans des villes comme Courtrai, Bruges, ou Ostende, o√Ļ il avait fallu faire appel √† la bonne volont√© de quelques r√©publicains locaux pour se faire entendre d’elle. A Meerhout, en Campine limbourgeoise, c’est en latin que le commissaire de la R√©publique Publicola Chaussard avait d√Ľ s’entretenir avec le bourgmestre, qui ignorait le fran√ßais. L’Ancien R√©gime se vit d√®s lors accus√©, entre autres maux, par le m√™me Chaussard, d’avoir entretenu √† dessein la diversit√© des langues pour mieux asservir les peuples.

La ¬ęr√©union¬Ľ des provinces belges √† la France, proclam√©e officiellement le 1er octobre 1795, allait √™tre l’occasion, pour les nouvelles autorit√©s, de ten¬≠ter de rem√©dier √† cette situation pr√©occupante. Le 21 vend√©miaire an iv (13 octobre 1795), un d√©cret prescrivait que les lois et arr√™t√©s ne seraient d√©-

(p.425)

sormais plus envoy√©s aux administrations d’arrondissement et aux municipa¬≠lit√©s qu’en fran√ßais. L’article 3 pr√©cisait cependant que ¬ępartout o√Ļ besoin serait¬Ľ, une traduction flamande pourrait y √™tre jointe. Face √† une situation locale peu favorable √† une francisation rapide, les autorit√©s se r√©signaient provisoirement √† une sorte de compromis.

L’ann√©e suivante, la loi du 2 frimaire an v (22 novembre 1796) amor√ßait clairement une proc√©dure de francisation dans le domaine judiciaire : d√©sor¬≠mais, seul le fran√ßais devait √™tre employ√© au cours de la proc√©dure, quelle que soit la langue des parties. Les actes en flamand devraient faire l’objet d’une traduction certifi√©e, qui seule aurait force de preuve. Il n’y eut, de pri¬≠me abord, que peu de r√©actions au sein de la magistrature flamande, compo¬≠s√©e il est vrai, pour l’essentiel, de partisans du nouveau r√©gime et au sein de laquelle le bilinguisme √©tait d√©j√† un fait acquis. Quelques voix s’√©lev√®rent bien lorsque la conjoncture politique fran√ßaise parut permettre, dans le cou¬≠rant de 1797, au parti royaliste de relever la t√™te, mais le coup d’Etat r√©pu¬≠blicain du 18 fructidor an v (4 septembre 1797) mit fin √† toutes vell√©it√©s en ce sens. L’arriv√©e au minist√®re de la Justice du campinois Charles-Joseph

(p.426)

Lambrechts, originaire de Samt-Trond, fut cependant suivie de la publica­tion en flamand du Bulletin des lois, ce qui mettait au moins la population a même de prendre connaissance dans sa propre langue des mesures législati­ves décidées à Paris.

De ce point de vue, il faut reconna√ģtre qu’en pays flamand comme √† Bru¬≠xelles, la plupart des affiches officielles √©taient bilingues. De m√™me, en ce qui concerne la presse, et m√™me si le gouvernement tentait d’imposer ses pro¬≠pres publications, la plupart des journaux flamands avaient pu continuer √† para√ģtre.

En mati√®re d’enseignement, la d√©liquescence de l’ensemble des r√©seaux apr√®s cinq ann√©es de troubles, n’avait pu √™tre endigu√©e. De ce point de vue, flamand et wallon faisaient, en principe, l’objet d’un traitement diff√©rent. Consid√©r√© comme un ¬ęidiome¬Ľ, et donc une entit√© linguistique √† part enti√®¬≠re, susceptible de v√©hiculer une id√©ologie contre-r√©volutionnaire, le flamand devait a priori √™tre √©radiqu√© du territoire national, au m√™me titre par exem¬≠ple que l’allemand ou l’italien. L’envoi ¬ęd’instituteurs de langue¬Ľ, pr√©vu dans les r√©gions concern√©es par un d√©cret du 8 pluvi√īse ann (27 janvier

(p.428)

1794), √©tait pratiquement rest√© lettre morte en Flandre. La m√©fiance de la population envers un enseignement consid√©r√© comme impie avait fait le res¬≠te : les √©coles flamandes, trop peu nombreuses et d√©sert√©es par les √©l√®ves, n’avaient pu jouer dans le processus de francisation le r√īle qui leur √©tait en principe assign√©.

Quant au wallon, class√© dans la cat√©gorie des ¬ępatois¬Ľ par le d√©cret du 8 pluvi√īse, il ne faisait pas, en raison de l’absence de danger pour l’identit√© nationale qu’√©tait suppos√©e pr√©senter sa parent√© avec le fran√ßais, l’objet de mesures sp√©cifiques. Bien que fr√©quemment employ√©, notamment √† Li√®ge, dans les pamphlets contre-r√©volutionnaires, il fut plus m√©pris√©, ou simple¬≠ment ignor√©, que v√©ritablement combattu par les autorit√©s directoriales.

Si le fran√ßais avait certes fait des progr√®s dans la vie sociale et admini¬≠strative – ainsi qu’en t√©moignent les registres notariaux bruxellois, au sein desquels la proportion d’actes en fran√ßais passe, entre 1794 et 1799, de 24 √† 60% -, il ne faudrait cependant pas se m√©prendre sur l’impact r√©el, tr√®s min¬≠ce, de la francisation de la population au cours de ces premi√®res ann√©es du r√©gime fran√ßais. Sans doute, le contact quotidien avec les nouvelles autorit√©s et les nombreux Fran√ßais pr√©sents dans nos r√©gions fit-il plus, pendant cette p√©riode, pour familiariser la population avec la langue de l’occupant, que des mesures administratives √† la fois trop peu nombreuses, incoh√©rentes et mal appliqu√©es, dont l’effet vexatoire ne pouvait, dans un milieu souvent hostile au r√©gime lui-m√™me, en particulier en mati√®re de politique religieuse et de conscription, que susciter des r√©actions de rejet. Dans ce contexte, ce n’est sans doute pas un hasard si la ¬ęguerre des Paysans¬Ľ, qui √©clate en Cam-pine et en Flandre fin 1798, et le ¬ęKl√ępelkrich¬Ľ luxembourgeois, qui lui est contemporain, constituent pratiquement les deux principaux faits de r√©sis¬≠tance collective arm√©e au pouvoir fran√ßais, synonyme non seulement de conscription forc√©e, mais aussi d’oppression linguistique dans ces r√©gions de langue germanique.

 

Le Consulat et l’Empire : une francisation ¬ę√† marche forc√©e¬Ľ

 

Le coup d’Etat du 18 brumaire (9 novembre 1799) et l’installation du Con¬≠sulat (15 d√©cembre 1799), bient√īt confi√© ¬ę√† vie¬Ľ au seul Bonaparte (2 ao√Ľt 1801), assurent dans la vie politique int√©rieure de la France, et par cons√©¬≠quent dans nos provinces, la stabilit√© n√©cessaire √† la poursuite d’une politi¬≠que de francisation active. Apr√®s un statu quo de quelques ann√©es, la loi du 24 prairial an xi (14 juin 1803) remet √† l’ordre du jour les dispositions du 2 thermidor an n. De nouveau, il est stipul√© que tout acte public devra √™tre r√©dig√© en fran√ßais, et que les actes sous seing priv√© ne vaudront que munis d’une traduction certifi√©e par un traducteur jur√©, laquelle seule sera receva-ble. Les officiers publics sont cependant autoris√©s, si les justiciables en font la demande, √† inscrire en marge de l’acte officiel en fran√ßais, une traduction en idiome du pays. Bien qu’appliqu√©es dans une large mesure – la propor¬≠tion d’actes notari√©s en fran√ßais √† Bruxelles d√©passe d√©sormais les 80% – ces directives ne le sont pas avec la m√™me exactitude dans toutes les r√©gions du (p.429) pays, et ne manquent d’ailleurs pas de susciter certaines protestations. Ainsi, les notaires, pourtant devenus fonctionnaires publics depuis la r√©forme du 3 prairial an iv (22 mai 1796), contestent-ils notamment cette mesure √† l’√©¬≠gard des testaments, et ce au nom de l’article 972 du nouveau Code Civil, pu¬≠bli√© le 21 mars 1804, qui stipule qu’ils doivent √™tre couch√©s dans la langue du testateur. R√©gnier, ministre de la Justice, refusera tout accommodement √† ce sujet : bien que dict√© dans la langue du testateur, le testament devra √™tre transcrit en fran√ßais par le notaire et seule cette transcription pourra √™tre consid√©r√©e comme authentique. Bien qu’un d√©lai d’un an f√Ľt accord√© pour la mise en pratique de ces mesures, il para√ģt √©vident que leur application fut (p.433) loin d’√™tre un fait acquis au cours des ann√©es suivantes dans l’ensemble des d√©partements r√©unis.

Si la francisation des classes dominantes se poursuivait – notamment √† tra¬≠vers un enseignement pratiquement francis√© aux niveaux secondaire et su¬≠p√©rieur, par le brassage culturel de l’institution militaire, et au sein de la fonction publique qui connaissait un d√©veloppement sans pr√©c√©dent – il s’en faut de beaucoup que tous les cŇďurs aient √©t√© gagn√©s au fran√ßais et √† la Fran¬≠ce dans ces milieux. Ainsi, en Flandre, les chambres de rh√©torique, qui p√©ri¬≠clitaient sous le Directoire, rel√®vent-elles la t√™te et permettent-elles de main¬≠tenir, au sein de l’environnement culturel flamand, une certaine tradition dialectale. Parfois d√©baptis√©es en ¬ęgenootschap¬Ľ voire en ¬ęsoci√©t√©¬Ľ, elles entretiennent parmi les √©lites intellectuelles flamandes la conscience tangi¬≠ble d’une identit√© s√©par√©e. De m√™me, les journaux flamands subsistent-ils dans un premier temps. Un seul exemple permettra de v√©rifier ce maintien tenace, √† travers les vicissitudes politiques du temps, d’un v√©ritable ¬ę senti¬≠ment flamand¬Ľ. En 1796, des m√©decins progressistes avaient fond√© √† Anvers une association dont les r√©unions se tenaient en n√©erlandais. R√©primand√©s par les autorit√©s, il n’h√©sit√®rent pas √† publier, en t√™te du premier volume de leurs annales, un texte intitul√© Lof der rijke en bevallige Moedertael (¬ęEloge de la riche et √©l√©gante langue maternelle¬Ľ). Mieux encore, contraints de fusion¬≠ner en 1801 avec la tr√®s francophone et francophile Soci√©t√© d’Emulation de la ville, ils s’en s√©par√®rent d√®s 1806, pour fonder la Soci√©t√© m√©dico-latine, dont les d√©bats se faisaient dans la langue de Cic√©ron ! Chez ces bourgeois cultiv√©s, progressistes, et qui maniaient tr√®s probablement le fran√ßais quand besoin √©tait, c’est l√† le signe √©vident de la volont√© de conserver une identit√© flaman¬≠de. De m√™me peut-on signaler la fondation par J.A. Stips et J.A. Terbruggen d’une soci√©t√© intitul√©e Tot Nut der jeugd (¬ęPour le bien de la jeunesse¬Ľ), dont l’objectif essentiel √©tait le maintien de la langue maternelle dans l’enseigne¬≠ment.

De ce c√īt√©, la volont√© de francisation s’√©tait √©galement affirm√©e. Dans les coll√®ges et lyc√©es, seul le fran√ßais devait √™tre enseign√©, tandis qu’un effort particulier √©tait fait dans l’enseignement primaire afin d’y implanter la (p.434)

langue de l’occupant, √† l’aide d’instituteurs form√©s dans les nouvelles √©coles normales. Certains parents c√©d√®rent sans doute √† l’envie d’assurer √† leurs en¬≠fants un meilleur avenir gr√Ęce √† l’apprentissage du fran√ßais, mais la mesure semble cependant avoir √©t√© un √©chec, puisqu’il fallut, en 1804, ouvrir au ly¬≠c√©e de Bruxelles une classe pr√©paratoire de fran√ßais. La r√©sistance du clerg√© √† la politique du nouveau r√©gime, bien qu’att√©nu√©e apr√®s la signature du Concordat de 1801, n’avait pas r√©ellement cess√©, et est sans doute responsa¬≠ble, pour l’essentiel, de cet √©chec scolaire de la francisation des populations flamandes, pour lesquelles la langue fran√ßaise restait souvent synonyme d’impi√©t√© et d’incroyance. La nomination, par Napol√©on, d’√©v√™ques fran√ßais dans les d√©partements r√©unis ne parvint pas √† renverser la situation, l’opi¬≠nion restant fermement attach√©e au bas-clerg√© qui maintenait, dans l’ensem¬≠ble, son opposition au r√©gime.

Face √† cette r√©sistance, certains pr√©fets, v√©ritables petits despotes locaux, choisirent la mani√®re forte pour tenter d’imposer le fran√ßais comme seule et unique langue dans leur d√©partement. Ainsi vit-on √† Anvers, le pr√©fet Voyer d’Argenson interdire les p√©riodiques en langue flamande. A Gand, d’Houdetot se signalait par son z√®le √©galement, en obligeant par exemple la Gazette van Cent √† publier dor√©navant ses articles en fran√ßais, en interdisant, en 1810, l’impression de tout ouvrage ou p√©riodique en flamand dans le d√©par¬≠tement de l’Escaut, et en tentant deux ans plus tard d’imposer une traduc¬≠tion obligatoire des noms de rues et des enseignes, alors m√™me qu’on avait d√Ľ, √† Bruxelles, six ans auparavant, en revenir aux d√©nominations usit√©es sous l’Ancien R√©gime, en raison des protestations r√©p√©t√©es de la population.

Malgr√© ces mesures coercitives, et nonobstant l’usage g√©n√©ralis√© du fran¬≠√ßais dans la vie mondaine, sociale et administrative, le r√©gime √©tait loin d’√™tre parvenu, apr√®s vingt ans d’efforts, √† la francisation souhait√©e. La m√©thode

(p.435) employ√©e, souvent brutale, l’attitude, fr√©quemment arrogante, des fonction¬≠naires fran√ßais ne pouvaient certes pas favoriser la r√©alisation d’un tel objec¬≠tif. Sans doute des progr√®s avaient-ils √©t√© accomplis dans la direction souhai¬≠t√©e, mais il y manquait l’adh√©sion de la population sans laquelle une v√©ritable francisation ne pouvait s’accomplir.

La facilit√© avec laquelle le r√©gime hollandais put s’installer en 1815 est une preuve suppl√©mentaire de cet √©chec, que l’on aurait facilement pu pr√©dire au vu des r√©actions suscit√©es dans une r√©gion aussi potentiellement fran¬≠cophile que celle de Mons par la d√©faite des Fran√ßais √† Neerwinden. Amers, apr√®s six mois √† peine de pr√©sence fran√ßaise, les m√™mes qui avaient chant√© en wallon l’arriv√©e des lib√©rateurs, composaient une pi√®ce intitul√©e Les Montwas in sont d√©go√Ľt√©s, proclamaient que les Etats ¬ęvaliont bi√© mie√Ľs que l’club¬Ľ et se r√©jouissaient de pouvoir √† nouveau porter en procession la ch√Ęsse de Sain¬≠te Waudru.

¬ęL’abject et insignifiant jargon¬Ľ d√©cri√© par le r√©publicain li√©geois Dieu-donn√© Malherbe dans un ouvrage dat√© de 1802, le langage ¬ęimpur¬Ľ que stig¬≠matisait le Flandricismes, wallonismes et expressions impropres dans la langue fran√ßaise publi√© en 1806 ¬ępar un ancien professeur¬Ľ tout acquis √† la cause de la francisation, avait encore devant lui, tout comme les diff√©rents patois fla¬≠mands, un bel avenir.

Dans un pays o√Ļ le provincialisme √©tait depuis des si√®cles cultiv√© comme une vertu, l’Ňďuvre centralisatrice et rationalisante des r√©volutionnaires fran¬≠√ßais √©tait, par avance, condamn√©e √† s’embourber dans le maquis inextricable des particularismes. Pourquoi en aurait-il √©t√© autrement dans le domaine lin¬≠guistique ?

 

Paul Bay, Le pays natal /Thuin/, 1961

 

(p.18) /1789-1794  Р1815/

 

¬ę¬†(‚Ķ) Le r√©gime fran√ßais r√©publicain, d√®s son origine en 1792, n‚Äôa cess√© de proscrire les dialectes locaux et la division du pays en provinces comme sous la monarchie.

 

Jo Gérard, Les Flamands et leur langue au fil du temps, LB 02/03/1987

 

L’abb√© Gr√©goire va sugg√©rer dans son “Rapport sur la n√©cessit√© et les moyens d’an√©antir les patois et d’universaliser l’usage de la langue fran√ßaise” r√©dig√© √† la demande de la Convention en 1794″ qu’on interdise le mariage aux citoyens qui ne pourraient pas prouver “qu’ils savent lire, √©crire et parler la langue nationale.”¬† Celle-ci √©tant, bien entendu, le fran√ßais.

“La m√™me francisation fut appliqu√©e au syst√®me judiciaire o√Ļ elle eut de graves cons√©quences, celle que souligna le professeur Paul Hamelius: “Bien des Belges furent condamn√©s sans pouvoir s’expliquer par les juges √©trangers ou n√©gligents que devait compter le personnel bizarre de la R√©volution.”

“Les lyc√©ens imp√©riaux √©tablis √† Bruges, Gand et Bruxelles ostracisent le flamand.”

 

Abbé Raymond Mouzon, s.r., in : VA, s.d.

 

Napoléon

 

Les al√©as de l’histoire nous ont impos√© la langue fran√ßaise, pr√©sent√©e √† l’√©poque commune universelle. Napol√©on a sign√© l’arr√™t de mort des dialectes (sic). Comme d’autres dialectes (sic), le wallon fut pourchass√© dans les √©coles et charg√© d’un m√©pris qui n’a pas encore tout √† fait dis¬≠paru de nos jours, d√©plore l’abb√© Raymond Mouzon.

 NDLR: Le wallon est bien une langue et non un dialecte, une variété du français.

4.8 les Belges à Waterloo et après Waterloo

Charles Terlinden, Histoire militaire des Belges, T II, p.281-302, …

 

SOUS LA COCARDE ORANGE (1814-1830)

(p.281) La popularit√© toute personnelle dont avait joui en Belgique le Premier Consul, au lendemain de la pacification int√©rieure, s’√©vanouit d√®s que s’appesantit sur nos provinces la formidable armature du pouvoir imp√©rial. Parmi les nom¬≠breuses causes qui rendirent le r√©gime impopu¬≠laire, figurent certes au premier rang les exigences sans cesse croissantes de la conscription qui, de 1798 √† 1814, co√Ľta la vie √† 51.000 jeunes Belges. Aussi, lorsque parvint la nouvelle des terribles revers de la campagne de Russie, l’espoir d’une prompte d√©livrance ranima une opposition g√©n√©rale qui, √† vrai dire, n’avait jamais compl√®¬≠tement d√©sarm√©.

Les mesures de salut public, d√©cr√©t√©es par l’Empereur d√®s le d√©but de 1813, accrurent encore l’animosit√©. L’appel anticip√© des jeunes classes, l’augmentation formidable du contingent port√© √† pr√®s de 10.000 hommes pour une population de moins de trois millions d’√Ęmes, l’enr√īlement forc√© d’enfants de seize ans, l’incorporation dans les r√©giments de Gardes d’Honneur des jeunes gens de famille ais√©e s’√©tant lib√©r√©s de la¬† milice, (p.282) l’arrestation des s√©minaristes de Gand pour les incorporer dans un r√©giment d’artillerie, l’emploi de garnisaires vivant √† discr√©tion dans les familles dont les fils ne r√©pondaient pas √† l’appel, les exc√®s des colonnes mobiles, parcourant les campagnes pour faire la chasse aux r√©fractaires de plus en plus nombreux, les r√©quisitions de denr√©es, de chevaux et de b√©tail eurent pour r√©sultat de pousser √† l’extr√™me la haine de tous les Belges contre la domination √©trang√®re.

 

Cependant, d√®s que les jeunes gens ainsi arrach√©s de force √† leur famille avaient rev√™tu l’uniforme, l’honneur militaire les portait √† faire bravement leur devoir. Les Gardes d’Honneur, en d√©pit de leur inexp√©rience, se conduisirent bravement au cours de la campagne de Saxe, sp√©cialement √† Hanau et au si√®ge de Mayence. Plusieurs m√™me, comme le jeune baron Lambert de Bar√© de Comogne, mort √† Ingolstadt de ses blessures, vers√®rent leur sang pour une cause qui n’avait pas leur sympathie. Semblable esprit animait les jeunes mili¬≠ciens de la lev√©e de 1813. C’est presque uniquement avec des conscrits belges, dress√©s par quelques semaines d’instruction intensive et aid√©s par une poign√©e de marins, que le g√©n√©ral Bizanet repoussa, les 8 et 9 mars 1814, une attaque anglaise contre Berg-op-Zoom, derni√®re ville occup√©e par les Fran√ßais en Hollande, causant √† l’assaillant une perte de 4.000 hommes, faisant prisonniers deux g√©n√©raux et prenant quatre drapeaux.

C’√©tait avec all√©gresse, qu’en d√©pit des efforts de la censure, on avait appris en Belgique le d√©sastre de Leipzig, puis le passage du Rhin par les Alli√©s. La fronti√®re de l’Empire avait craqu√© de toutes parts. Le 21 janvier 1814, les soldats de la coalition √©taient entr√©s √† Li√®ge, et le 1″ f√©vrier, de grand matin, le g√©n√©ral Maison et les derni√®res troupes fran√ßaises avaient √©vacu√© Bruxelles o√Ļ, quelques instants apr√®s, les Cosaques avaient p√©n√©tr√© par la porte de Louvain.

 

L’arriv√©e de ces hardis batteurs d’estrade, sales, d√©gue¬≠nill√©s, barbus et hirsutes, arm√©s de longues lances et de fouets et mont√©s sur de nerveux petits chevaux √† tous crins, suscite dans la population un enthousiasme indescriptible. On se dispute l’honneur de leur fournir (p.283) l’hospitalit√©, de leur apporter des rafra√ģchissements. Tout le monde saluait en eux les pr√©curseurs de la d√©livrance.

On sait combien ces esp√©rances devaient √™tre d√©√ßues. En d√©pit de l’accueil enthousiaste fait aux arm√©es victorieuses, les Alli√©s trait√®rent la Belgique en ¬ę pays conquis ¬Ľ. Des agents orangistes avaient exploit√© dans les chancelleries le fait que les Belges n’avaient pu suivre l’exemple de leurs voisins du Nord et ne s’√©taient pas soulev√©s pour chasser eux-m√™mes les Fran√ßais. Ils se gardaient de laisser voir que notre situation √©tait bien diff√©rente de celle de la Hollande, presque enti√®rement √©vacu√©e, d√®s 1813, par les garnisons fran√ßaises, tandis que les d√©partements belges avaient √©t√©, jusqu’au dernier moment, tenus en respect par l’arm√©e du g√©n√©ral Mai¬≠son, par une partie de la Garde imp√©riale, infanterie et cavalerie, sous les ordres du duc de Tr√©vise, et par la forteresse d’Anvers, confi√©e √† l’√©nergique Carnot. Tandis que les Hollandais avaient pu imm√©diatement se grouper autour du prince d’Orange, continuateur de leurs anciens Stadhouders et repr√©sentant la tradition nationale, les Belges n’avaient trouv√© aucun chef assez influent pour prendre la t√™te d’un mouvement g√©n√©ral. C’est pour cette raison qu’un vaste complot, √©tendant ses ramifications jusque dans la Flandre fran√ßaise, n’avait pas eu l’occasion d’√©clater pour h√Ęter la chute du r√©gime imp√©rial.

 

D√©j√†, avant de passer le Rhin, les Alli√©s s’√©taient mis d’accord concernant l’organisation provisoire des terri¬≠toires qu’ils allaient envahir et les avaient divis√©s en ¬ę gouvernements ¬Ľ. Apr√®s quelques modifications, les d√©partements belges situ√©s sur la rive droite de la Meuse furent plac√©s sous le contr√īle de la Prusse, ceux de la rive gauche sous celui de l’Autriche.

 

Un des premiers soins du pouvoir occupant fut de lever des troupes. D√®s qu’il eut constitu√© le Gouvernement provisoire de la Belgique, le duc Charles-Auguste de Saxe-Weimar d√©cr√©ta la formation imm√©diate, sous les couleurs braban√ßonnes, d’une L√©gion belge, compos√©e des r√©giments de Brabant, de Flandre, de Hainaut et de ‘ Namur et de deux r√©giments de cavalerie : les (p.284) chevau-l√©gers, lev√©s √† Malines par le comte van der Burch, et les hussards lev√©s √† Tervueren par le prince de Croy. Un corps d’artillerie, fort d’un bataillon √† pied et de deux compagnies mont√©es, compl√©tait cet embryon d’arm√©e belge. On y joignit peu apr√®s, un r√©giment de Volontaires des Flandres, recrut√©s √† Bruges par le comte de Puckler-Muskau, aide de camp du duc de Saxe-Weimar, un r√©giment d’infanterie l√©g√®re, sous les ordres du prince E. d’Arenberg, un bataillon de chasseurs, lev√© dans le pays de Chimay et appel√© chasseurs Le Loup, en souvenir de l’ancien corps national du m√™me nom, et un autre r√©giment d’infanterie l√©g√®re, recrut√© sur la rive gauche de la Meuse par les soins du comte de Murray. Toutes ces formations, sur lesquelles on ne poss√®de que peu de documents, int√©ressent au plus haut point les origines de notre arm√©e, plusieurs de nos unit√©s actuelles en descendent par une filiation inin¬≠terrompue.

 

En m√™me temps, les Provinces-Unies des Pays-Bas, assur√©es de leur ind√©pendance d√®s la fin de 1813, faisaient recruter dans notre territoire un bataillon de chasseurs, organis√© √† Br√©da par le major Perez, Belge d’origine, et deux bataillons li√©geois lev√©s par le colonel van der Maesen, sous le nom de L√©gion du Bas-Rhin.

Alors qu’elles commen√ßaient √† peine √† s’organiser, les troupes de la L√©gion belge √©taient intervenues √† c√īt√© des Alli√©s, en mars 1814, contre un retour offensif des Fran√ßais. Quelques volontaires du r√©giment de Flandre, unis √† deux cents Cosaques, tent√®rent de d√©fendre Gand contre toutes les forces du g√©n√©ral Maison et les artilleurs belges bris√®rent net, par la vigueur et la pr√©cision de leur feu, une attaque de vive force de la division Roguet contre Tournai.

 

Malheureusement, les Alli√©s renonc√®rent √† leur projet initial de constituer, au moyen des d√©partements belges et de quelques territoires rh√©nans un ¬ę Etat barri√®re ¬Ľ, sous le sceptre de notre dernier gouvernement g√©n√©ral, l’archiduc Charles, et ils se ralli√®rent √† l’id√©e, mise en avant par l’Angleterre, d’amalgamer la Belgique et la Hollande en un seul royaume. En cons√©quence, Guil¬≠laume d’Orange, d√©j√† Prince Souverain des Pays-Bas, (p.284) fut investi par le trait√© de Paris du pouvoir sur nos provinces. Il y activa le recrutement des troupes, et au d√©but de 1815, les forces belges comportaient deux bataillons de chasseurs, quatre bataillons d’infanterie de ligne, plus vingt-cinq bataillons de milices en formation, un r√©giment de hussards, un r√©giment de chevau-I√©gers, un r√©giment de grosse cavalerie, lev√© √† Bruxelles, sous le nom de carabiniers belges, un corps d’artillerie √† cheval de deux compagnies, un bataillon d’artillerie √† pied, trois bataillons d’artillerie de milice en formation, deux compagnies du train et sept compagnies de mar√©¬≠chauss√©e. A partir du 21 avril 1815, ces troupes furent incorpor√©es √† l’arm√©e n√©erlandaise, avec un num√©rotage unique pour les deux pays.

 

Au mois de juin toutes les forces mobiles des pro¬≠vinces m√©ridionales, soit 5.500 hommes, entr√®rent, avec celles des provinces du Nord, dans l’arm√©e tr√®s disparate confi√©e au duc de Wellington pour arr√™ter la marche de Napol√©on. Dans la division de cavalerie, forte de 3.600 sabres, mise √† la disposition des Alli√©s par le roi Guillaume, les Belges √©taient en majorit√©. Le com¬≠mandant de la division, le lieutenant g√©n√©ral de Collaert et deux g√©n√©raux de brigade sur trois, de Ghigny et van Merlen, √©taient Belges; √©tait Belge √©galement le com¬≠mandant de la 2e brigade de la division d’infanterie Chass√©, le g√©n√©ral d’Aubrem√©, ancien volontaire de la R√©volution braban√ßonne, devenu colonel du 136e de ligne apr√®s avoir fait toutes les campagnes de la R√©pu¬≠blique et de l’Empire. A Lutzen, il avait re√ßu pour son r√©giment, qui s’√©tait comport√© d’une fa√ßon admirable, quarante-deux croix de la L√©gion d’honneur, ne s’en r√©servant pas pour lui et gagnant la sienne √† Bautzen, quelques semaines plus tard, par de nouveaux exploits.

 

La m√©fiance et la suspicion injustifi√©es du haut √©tat-major alli√© √† l’√©gard des officiers et soldats issus des arm√©es de l’Empire et pass√©s au service des Pays-Bas, eurent pour r√©sultat l’√©tablissement dans l’arm√©e de Wellington d’un amalgame n√©faste, qui rend difficile la d√©termination exacte de la part prise par chaque corps dans les op√©rations de juin 1815. Cette circonstance a (p.286) permis la cr√©ation de l√©gendes outrageantes pour la r√©putation des troupes des Pays-Bas.

 

Les solides r√©futations publi√©es par les g√©n√©raux Eenens, Renard, Brialmont, de t’Serclaes de Wommerson, de Bas et d’autres auteurs encore, ont r√©duit √† n√©ant ces calomnies et ont confirm√© l’hommage publiquement rendu aux Hollando-Belges, imm√©diatement apr√®s Water¬≠loo, par Wellington, Bliicher et par l’unanimit√© des contemporains.

Il a √©t√© √©tabli d’une mani√®re irr√©futable que c’est aux Hollando-Belges qu’est d√Ľ en grande partie le succ√®s des Alli√©s aux Quatre-Bras, o√Ļ les jeunes troupes de la division Perponcher, avec 16 canons, tinrent t√™te, pendant trois heures √† deux corps d’arm√©e, command√©s par Ney et soutenus par une nombreuse cavalerie et 62 canons. Cette h√©ro√Įque r√©sistance donna aux Anglais le temps d’accourir et permit d’√©luder les cons√©quences f√Ęcheuses de l’erreur strat√©gique de Wellington, qui s’√©tait compl√®tement tromp√© sur la ligne d’op√©rations des Fran√ßais. Il avait cru que l’attaque serait dirig√©e contre lui par Mons et Nivelles et, nonobstant le passage de la Sambre par Napol√©on, il avait prescrit d’abandonner les Quatre-Bras et de concentrer toutes les troupes sur Nivelles. Si ces ordres avaient √©t√© ex√©cut√©s, remarque Henri Houssaye, une trou√©e large de quatre lieues, e√Ľt √©t√© ouverte entre Nivelles et la Haute-Dyle trou√©e par laquelle Ney aurait pu s’avancer, sans devoir tirer un coup de fusil, jusqu’√† mi-chemin de Bruxelles.

 

Heureusement, le chef d’√©tat-major du prince d’Orange, le baron de Constant-Rebecque, voyant plus clair que le g√©n√©rallissime, avait pris sur lui de porter aux Quatre-Bras la brigade du prince de Saxe-Weimar, ordon¬≠n√© au g√©n√©ral Chass√© de concentrer sa division √† Fay et prescrit au g√©n√©ral de Collaert de rassembler sa cavalerie derri√®re la Haine et √† Perponcher de rejoindre Saxe-Weimar aux Quatre-Bras. La petite arm√©e hollando-belge formait ainsi, au point le plus menac√©, l’avant-garde des Alli√©s.

 

Les g√©n√©raux hollando-belges firent preuve du m√™me esprit d’initiative. Quand arriva l’ordre de repli sur Nivelles, ¬ę le lieutenant g√©n√©ral de Perponcher, √©crit Gneisenau,¬† (p.287) chef d’√©tat-major de Bl√Ľcher, sentit que le duc avait donn√© cet ordre sans se rendre un compte bien exact de la situation de l’arm√©e. Il comprit le danger qu’il y aurait si l’ennemi, trouvant les routes de Bruxelles et de Namur libres, se portait en avant et s√©parait les deux arm√©es. Il assuma la responsabilit√© de la r√©sistance et demeura dans sa position des Quatre-Bras. Le lendemain, il fut attaqu√© par des forces sup√©rieures; il perdit un tiers de son monde et se maintint jusqu’√† l’arriv√©e des soutiens. Si le lieutenant g√©n√©ral de Per-poncher avait suivi l’ordre du duc de Wellington, s’il avait march√© sur Nivelles et n’avait pas fait une aussi bonne r√©sistance, le mar√©chal Ney, atteignant les Quatre-Bras, aurait pu tourner √† droite, arriver sur le derri√®re de l’arm√©e qui combattait √† Ligny, sous le comman¬≠dement du prince Bl√Ľcher, et causer ainsi sa destruction totale ¬Ľ.

Dans cette lutte √©nergique pour la d√©fense des Quatre-Bras, plusieurs corps belges se distingu√®rent particu¬≠li√®rement. Le 7e bataillon de ligne, sous les ordres du lieutenant-colonel Van de Sanden, ancien chasseur de Le Loup, puis capitaine au 112e, bless√© √† Raab, arriva sur le champ de bataille vers trois heures de l’apr√®s-midi, au moment o√Ļ les troupes de la brigade Saxe-Weimar, accabl√©es sous le nombre, c√©daient peu √† peu le terrain. Le bataillon belge fut charg√© de tenir √† tout prix dans le bois de Boussu, clef de la position. Il s’y maintint jusqu’au soir, perdant 92 hommes, dont deux officiers. Il repoussa toutes les attaques, ce qui permit l’arriv√©e du prince d’Orange avec des renforts et, √† la fin de la journ√©e, chassa d’un supr√™me effort les soldats de Ney de leurs derni√®res positions. En t√™te des renforts amen√©s par le prince d’Orange galopaient les hussards hollandais de Boreel et les chevau-l√©gers belges de van der Burch, devenus les dragons l√©gers n¬į 5, formant la brigade van Merlen. Ils venaient de faire neuf lieues d’une traite. Le prince les lance imm√©diatement contre la colonne fran√ßaise du g√©n√©ral Foy, qui mena√ßait de percer le centre des Alli√©s. Les hussards, vivement rame¬≠n√©s par la cavalerie de Pire, sont d√©gag√©s par nos dragons l√©gers, qui, non loin de la ferme de Gemioncourt, foncent (p.288) sur le 6e chasseurs √† cheval fran√ßais, command√© par le colonel de Fodoas. Les deux r√©giments se comp√©n√®trent et se m√™lent pour se sabrer. ¬ę Plusieurs de nos braves, √©crit le g√©n√©ral Renard, furent soumis √† une p√©nible √©preuve; ils se trouv√®rent en pr√©sence de camarades avec lesquels, quelques mois auparavant, ils bravaient les m√™mes dangers. Ceux-ci appelaient les n√ītres par leurs noms, en les engageant √† rejoindre leur drapeau. De cet appel infructueux on en vint aux coups. Le capitaine Delenne se trouva en face de Devielle, son fr√®re d’arm√©e de France. Le capitaine Van Remoortere re√ßut un coup de pointe dans le ventre d’un de ses anciens sous-officiers. Le mar√©chal des logis Beauce se sabrait avec un des mar√©chaux de logis chefs de son ancien escadron ¬Ľ.

Le colonel belge Courtin, qui avait servi dans les chasseurs de la Garde, d√©clarait plus tard : ¬ę J’ai fait bien des charges, mais je n’en ai ex√©cut√© aucune o√Ļ nous ayons √©t√© m√™l√©s si longtemps avec l’ennemi ¬Ľ.

 

Au cours de cette lutte, qui demeurera un √©ternel titre de gloire pour notre cavalerie, le lieutenant colonel Ed. de Mercx est renvers√© d’un coup de sabre. Le major qui le remplace, voyant arriver un r√©giment de lanciers en soutien des chasseurs √† cheval fran√ßais, fait sonner la retraite et indique comme point de ralliement la ferme de G√©mioncourt. Nos dragons l√©gers, reform√©s en ordre parfait, approchaient du but lorsque soudain une ligne rouge se dresse devant eux et les fusille presque √† bout portant. C’√©tait un bataillon de la division Picton, fra√ģchement arriv√© sur le champ de bataille et abrit√© dans le foss√© d’accotement de la grand-route de Char-leroi. Tromp√© par la ressemblance entre l’uniforme des chasseurs √† cheval fran√ßais et nos dragons l√©gers (veste verte et collet jaune), il avait accueilli par une d√©charge meurtri√®re nos cavaliers d√©j√† si durement √©prouv√©s par l’ennemi. Cette m√©prise, qui nous co√Ľta 40 hommes, ne provoqua qu’un d√©sordre passager, nos dragons l√©gers, rapidement ralli√©s, occup√®rent leurs positions jusqu’√† la fin de la journ√©e. Sur les 400 hommes que comportait le r√©giment, 157 officiers, sous-officiers et soldats avaient √©t√© tu√©s ou bless√©s.

 

(p.289) La batterie d’artillerie belge du capitaine St√©venart prit part √©galement √† cette m√©morable journ√©e. Six de ses pi√®ces √©taient en position en avant de la ferme de G√©mioncourt; les deux autres, sous les ordres du lieutenant Winssinger, plus tard g√©n√©ral au service belge, √©taient plac√©es entre la ferme du Grand-Pierrepont et le bois de Boussu.

 

Apr√®s un long duel d’artillerie contre les pi√®ces plus nombreuses de la division Foy, les trois premi√®res sec¬≠tions se rapproch√®rent du bois de Boussu, de mani√®re √† prendre la chauss√©e en √©charpe. Le brave capitaine St√©venart est tu√© et une de ses pi√®ces d√©mont√©e. La place n’√©tant plus tenable, les cinq pi√®ces restantes prennent une nouvelle position plus pr√®s des Quatre-Bras et appuient de leur feu la charge de la brigade van Merlen. Mais les hussards hollandais n¬į 6, vivement ramen√©s comme nous l’avons dit, par la cavalerie de Pire, se replient sur nos pi√®ces et entravent leur tir. Les Fran√ßais, poursuivant les Hollandais, arrivent avec eux au milieu des canons. Paralys√©s dans leur action, nos artilleurs se d√©fendent, comme ils le peuvent, √† l’arme blanche et √† coups d’√©couvillons. Officiers et soldats sont hach√©s sur leurs pi√®ces, deux de celles-ci restent aux mains des Fran√ßais, et lorsqu’un retour offensif des Alli√©s d√©gage les trois autres, tous les officiers et servants √©taient morts en braves ou gri√®ve¬≠ment bless√©s. Seule la section de Winssinger qui, pendant toute la bataille, avait appuy√© de son feu la vaillante infanterie de Nassau, d√©fendit jusqu’au bout avec avantage la lisi√®re du bois de Boussu.

 

Le surlendemain, les Belges se battirent tout aussi h√©ro√Įquement √† Waterloo. Les trois bataillons belges de la division Chass√© : 35e chasseurs, lieutenant-colonel Ar-nould; 36e chasseurs, lieutenant-colonel Goethals; 3e de ligne, lieutenant-colonel L’Honneux, lui aussi un ancien du 112e, apr√®s avoir escarmouche pendant toute la matin√©e du c√īt√© de Braine-l’Alleud avec les patrouilles fran√ßaises, se port√®rent en avant pour appuyer la droite de Wellington. Vers 5 heures, au moment des grandes charges de la cavalerie fran√ßaise, ils se form√®rent en carr√©s et subirent sans broncher le choc des escadrons (p.290) fran√ßais. Vers 7 heures, lors de la fameuse attaque de la Garde imp√©riale, lord Hill fit remplacer ses bataillons √©puis√©s par des troupes hollando-belges, parmi lesquelles figuraient le 35e chasseurs et le groupe d’artillerie du major van der Smissen (batteries Lux et Krahmer). Le r√īle de ces troupes fut brillant : le 36e chasseurs prit une part glorieuse √† la charge √† la ba√Įonnette qui rejeta du plateau les grenadiers fran√ßais. Le 35e chas¬≠seurs et le 3e de ligne, rest√©s d’abord en seconde ligne, particip√®rent avec vaillance √† l’attaque g√©n√©rale, o√Ļ tomb√®rent le capitaine Guyot et le lieutenant Roberti, et qui d√©cida du sort de la bataille. Dans toute cette journ√©e, les fantassins de la division Chass√©, bien que, pour la plupart, de r√©cente lev√©e, encadr√©s, il est vrai, par des v√©t√©rans de l’Empire, avaient d√©pass√© l’attente de Wellington. ¬ę Dans la position d√©fensive o√Ļ ils furent plac√©s pendant la premi√®re partie de la bataille, ils avaient support√© avec une solidit√© remar¬≠quable un feu d’artillerie d√©passant en intensit√© celui des plus grandes batailles de l’Empire; lorsqu’ils furent directement abord√©s par l’avalanche formidable des escadrons fran√ßais, ils se form√®rent en carr√© avec le sang-froid et la pr√©cision d’une vieille troupe; enfin, √† l’approche du moment d√©cisif, ils se port√®rent en avant avec tout l’√©lan dont une jeune troupe est susceptible¬Ľ, et le g√©n√©ral baron van Rode, ancien officier du 35e chasseurs, √©crivait : ¬ę les bataillons belges de la division Chass√© √©taient superbes, bien disciplin√©s, leur conduite a √©t√© irr√©prochable, √©tonnante m√™me pour des troupes qui voyaient le feu pour la premi√®re fois ¬Ľ.

 

Plus importante encore fut la part prise √† l’√©chec de la Garde imp√©riale par le groupe d’artillerie belge du major van der Smissen. Les auteurs anglais sont unani¬≠mes √† faire l’√©loge de l’aide ¬ę tr√®s efficace et tr√®s opportune, pr√™t√©e par les artilleurs belges aux 30e et 70e r√©giments britanniques pour repousser l’attaque des grenadiers fran√ßais ¬Ľ. Le groupe van der Smissen avait √©t√© plac√© d’une fa√ßon si judicieuse et ouvrit un feu si bien dirig√© et si d√©cisif que les Fran√ßais faits prisonniers se plaignaient d’avoir √©t√© victimes de ¬ę batteries mas¬≠qu√©es ¬Ľ.

 

(p.291) Tandis que les Belges de la division Chass√© se couvraient ainsi de gloire √† l’aile droite, √† l’aile gauche ceux de la brigade de Bylandt se tiraient √† leur honneur des plus rudes √©preuves. Le 7e bataillon de ligne avait √©t√© plac√© dans l’ordre de bataille √† l’Est de la route, vers Papelotte, sur le grand chemin de terre conduisant √† Ohain, non loin de l’endroit o√Ļ se dresse actuellement le monument comm√©moratif belge. C’√©tait la position la plus expos√©e de la premi√®re ligne, √©tant la plus rapproch√©e des Fran√ßais, au point m√™me o√Ļ l’Em¬≠pereur avait mass√© six divisions pour percer le centre britannique. Cette attaque fut longuement pr√©par√©e par le feu d’une batterie de 80 pi√®ces de gros calibre, plac√©e en avant de la Belle-Alliance. Cette pluie de fer s’abattait sur la brigade hollando-belge de Bylandt, seule expos√©e √† d√©couvert, tandis que les masses anglaises, plus en arri√®re, √©taient abrit√©es par la cr√™te de Mont-Saint-Jean. Pendant deux heures, le 7e de ligne, couch√© le long du chemin, avec sa compagnie de voltigeurs d√©ploy√©e en tirailleurs, subit une effroyable canonnade. Lorsque l’empereur put croire, comme il l’√©crit dans ses M√©¬≠moires, que la seule troupe qu’il voyait devant lui, sur le plateau, √©tait d√©truite par les boulets et la mitraille, il lan√ßa sur la gauche de Wellington trois colonnes fortes chacune de deux divisions. Plac√©e en avant-ligne, comme sur un promontoire, la brigade de Bylandt supporte seule le premier choc. Sous l’avalanche, le bataillon de chasseurs hollandais n¬į 27 recule de quelques m√®tres pour se reformer sur la cr√™te. Le 7e de ligne belge reste couch√© jusqu’au moment o√Ļ la t√™te de colonne fran√ßaise est √† port√©e de pistolet, puis, se levant comme un seul homme, il ouvre le feu. Les premiers rangs fran√ßais commettent la faute de s’arr√™ter pour y r√©pon¬≠dre. ¬ę Nous tirions de si pr√®s, √©crit le colonel Scheltens, que le capitaine l’Olivier re√ßut la bourre d’une cartou¬≠che, avec la balle, dans la blessure ¬Ľ. Cet arr√™t momen¬≠tan√© de la colonne fran√ßaise, qui cherche √† se d√©ployer au lieu de pousser en avant, permet √† Wellington de lancer contre elle la cavalerie de lord Uxbridge. La fameuse charge des Scots Greys et des Innisk√Įllings passe comme un ouragan sur les ailes du 7e de ligne, (p.292) dont quelques hommes sont m√™me bouscul√©s. Le batail¬≠lon, qui a cess√© le feu pour laisser passer la cavalerie anglaise, franchit le chemin, se porte en avant et se joint aux r√©giments de Picton pour exploiter le succ√®s de la charge triomphale d’Uxbridge. Cette vaine tenta¬≠tive pour conqu√©rir le plateau co√Ľtait aux Fran√ßais les Aigles du 45e et du 105e, 3.000 tu√©s, bless√©s et prisonniers et de la d√©sorganisation de toute l’artillerie de leur aile droite. Cet √©chec, auquel le 7e de ligne avait pris une part si importante, fut d√©cisif au point de vue du r√©sultat de la journ√©e. Le brave bataillon retourna pren¬≠dre sa position premi√®re, harcelant par le feu de ses tirailleurs le flanc droit des grandes charges de la cavalerie fran√ßaise, et prit part √† l’attaque finale.

 

Le soir, au bivouac, 300 hommes √† peine r√©pondirent √† l’appel : c’√©tait la moiti√© de l’effectif. Trois semaines plus tard, dans une revue pass√©e au bois de Boulogne, Wellington s’arr√™ta devant le bataillon et le f√©licita de sa belle conduite √† Waterloo. Ce corps conserva dans le pays et dans l’arm√©e une renomm√©e sans pareille. La ville de Tournai, o√Ļ il tenait garnison, lui envoya un drapeau d’honneur; le peintre officiel Odevaere le repr√©¬≠senta √† c√īt√© des Ecossais au plus fort de l’action. La l√©gende m√™me s’en m√™la, on racontait que les soldats du 7e √©taient all√©s d√©livrer le prince d’Orange envelopp√© par les cuirassiers fran√ßais et que celui-ci, en ign√© d’admiration, avait attach√© sa croix √† leur drapeau. Cette l√©gende, reprise par Lamartine dans son Histoire de la Restauration, suffit √† prouver qu’√† Waterloo le 7e de ligne belge fit plus que son devoir.

 

La section Winssinger de la batterie belge St√©venart, renforc√©e d’un obusier, dernier d√©bris des trois autres sections, rendit √©galement de grands services √† Waterloo. Rattach√©e √† la brigade de Nassau, elle resta toute la journ√©e sur une √©minence en arri√®re de la Haie-Sainte et contribua par son feu √† retarder la conqu√™te par les Fran√ßais de cette position importante et √† les emp√™cher d’en d√©boucher.

 

La cavalerie belge se montra √† Waterloo digne des autres armes. Les chevau-l√©gers n¬į5 fortement r√©duits par leur h√©ro√Įque charge des Quatre-Bras, servirent pendant (p.293) toute la journ√©e de soutien de batteries, op√©r√®rent dans les intervalles des carr√©s, prirent part √† l’offensive finale et poursuivirent l’ennemi jusqu’√† la nuit tombante. Le brave g√©n√©ral belge van Merlen, averti par un pressen¬≠timent funeste, doi.t il avait fait part √† ses camarades le matin m√™me de la bataille, fut emport√© en pleine victoire par un boulet.

 

Le r√©giment des hussards de Croy, devenu hussards, belges n¬į 8 et les dragons hollandais n¬į 4, formant brigade avec lui sous les ordres du g√©n√©ral Ghigny, furent em¬≠ploy√©s pendant les premi√®res heures de la bataille √† emp√™cher les tirailleurs fran√ßais et la cavalerie l√©g√®re de Jacqueminot de prendre pied au bas du plateau, tandis que se d√©roulait l’attaque de Drouet d’Erlon sur la Haie-Sainte. Apr√®s l’√©chec de cette tentative, la brigade Ghigny re√ßut l’ordre de se d√©ployer derri√®re la droite de la ligne de la bataille.

 

On conserve √† Londres, dans une vitrine du palais d’Aspley House, un ordre crayonn√© en toute h√Ęte, par Wellington au cours de l’action et prescrivant d’envoyer la cavalerie belge pour colmater une br√®che dans la ligne de bataille entre les deux routes. C’est ainsi que d√®s que se dessin√®rent les grandes charges de la cava¬≠lerie fran√ßaise sur le centre, nos escadrons s’avanc√®rent, en colonne serr√©e, les hussards en t√™te pour r√©tablir la premi√®re ligne britannique.

Apr√®s avoir pass√© entre deux carr√©s, les hussards d√©bouchent sur les pentes du plateau et s’y heurtent √† plusieurs r√©giments ennemis, notamment aux grenadiers √† cheval de la Garde, soutenus par une batterie, qui ouvre sur la t√™te de colonne un feu de mitraille. En un instant, presque tout le premier escadron, hommes et chevaux, g√ģt dans la poussi√®re. Le g√©n√©ral Ghigny et: le colonel Louis Duvivier, le cadet des deux fr√®res montois qui s’√©taient couverts de gloire pendant toutes; les campagnes de l’Empire, ont leurs chevaux tu√©s sous; eux. Ce feu terrible provoque un moment de d√©sordre. Ghigny prescrit de faire d√©bo√ģter le r√©giment pour le porter en arri√®re des dragons n¬į 4, mais cet ordre, donn√© en n√©erlandais, est mal compris par les hussards belges,, les escadrons de t√™te, au lieu de faire √† gauche par(p.294) quatre, font demi-tour, se heurtent aux escadrons qui les suivent et les entra√ģnent dans leur marche r√©tro¬≠grade. Heureusement, avec des chefs aussi exp√©riment√©s que Ghigny et Duvivier, le d√©sordre ne pouvait se prolonger; au bout de quelques instants, la colonne est arr√™t√©e, reform√©e et report√©e en avant. Cependant, de¬≠vant l’attaque massive de toute la cavalerie fran√ßaise, les Alli√©s √©taient r√©duits √† la d√©fensive. Les hussards n¬į8, ayant √† leur droite les dragons n¬į4 et, √† leur gauche, les hussards noirs de Brunswick, sont employ√©s √† repousser les escadrons fran√ßais dans les intervalles des carr√©s et par leurs charges r√©p√©t√©es emp√™chent l’ennemi d’utiliser ses avantages.

 

A la fin de la journ√©e, nos hussards, r√©duits √† l√† force d’un faible escadron, se joignirent √† la charge de la cavalerie anglaise de Vivian et Vandeleur qui eut raison de la derni√®re r√©sistance des Fran√ßais. Fort de 400 hommes, au d√©but de l’action, le r√©giment avait perdu, d’apr√®s les documents officiels, en tu√©s et bless√©s, 8 officiers, 277 sous-officiers et soldats. Parmi les morts figuraient le major de Villers et le capitaine comte Camille du Chastel de la Howarderie, dont le fr√®re Alb√©ric, capitaine aux chevau-l√©gers n¬į 5, avait √©t√© gri√®ve¬≠ment bless√© l’avant-veille aux Quatre-Bras.

 

C’est ce r√©giment, dont les pertes √©normes prouvent, mieux que les meilleurs arguments, la part importante dans la lutte, que le pseudo-historien anglais Siborne, repris par le romancier Thackeray dans Vanity /azY, a d√©peint comme fuyant le champ de bataille, √† toutes brides, et semant la panique jusqu’√† Bruxelles. L’histoire √† eu raison de ces calomnies et si, un moment, un ‚ÄĘordre donn√© dans une langue incomprise de la plupart des cavaliers provoqua quelque d√©sordre, il est injuste de parler de fuite. Sans vouloir ouvrir des pol√©miques, depuis longtemps apais√©es, rappelons qu’un seul r√©gi¬≠ment de l’arm√©e alli√©e fut pris d’une de ces paniques inexplicables, comme on en constate m√™me dans les troupes les plus braves et les plus aguerries… Ce fut le r√©giment des hussards hanovriens de Cumberland qui, voyant les cuirassiers fran√ßais prendre pied sur le (p.295) plateau, s’engouffra ventre √† terre sur la route de Bruxelles, son colonel von Hacke-Ohr en t√™te.

 

Le troisi√®me r√©giment de cavalerie belge engag√© √† Waterloo √©tait celui des carabiniers n¬į2; il √©tait com¬≠mand√© par le colonel J.B. Debruyn, dont la carri√®re aventureuse et en grande partie √©nigmatique a √©t√© r√©cemment retrac√©e par M. W. Aerts, attach√© au Mus√©e royal de l’Arm√©e. Ce r√©giment formait brigade, sous les ordres du g√©n√©ral Trip, avec les carabiniers hollandais nos 1 et 3. Ces cavaliers, se substituant aux escadrons fatigu√©s de Somerset, charg√®rent √† plusieurs reprises, avec succ√®s, les cuirassiers de Milhaud et la cavalerie l√©g√®re de la Garde, lanc√©s en avant pour amorcer la grande attaque de toute la cavalerie fran√ßaise.

 

Au cours de cette lutte, rapporte le g√©n√©ral Renard, passa un incident remarquable : ¬ę Un capitaine de cui¬≠rassiers fran√ßais, se portant en avant de ses lignes, appela un des officiers ennemis en combat singulier. Un de nos Belges se d√©tacha des rangs et r√©pondit √† son appel. C’√©tait un officier sortant du 27e chasseurs √† cheval fran√ßais, command√© par notre brave duc d’Arenberg, que les Anglais ont bien connu en Espagne. Les deux antagonistes se bless√®rent mutuellement¬Ľ. La pr√©sence de trois anciens officiers du 27e chasseurs √† cheval dans les cadres de nos carabiniers n¬į2 nous emp√™che malheureusement de pr√©ciser quel fut le h√©ros de cette lutte in√©gale contre un adversaire prot√©g√© par une cuirasse.

 

Lors des grandes charges contre les carr√©s, les carabiniers, en d√©blayant les intervalles, jou√®rent un r√īle important dans cette lutte h√©ro√Įque, o√Ļ, dit Renard, ¬ęla premi√®re cavalerie du monde, abandonn√©e √† ses seules ressources contre toute une arm√©e en position, trouva son glorieux tombeau ¬Ľ. Ils prirent part √† la charge finale, au cours de laquelle fut bless√© le lieutenant g√©n√©¬≠ral de Collaert, et lanc√©s dans la poursuite ne s’arr√™t√®rent que vers minuit pr√®s de Genappe. Leurs pertes avaient √©t√© lourdes : 87 tu√©s, 56 bless√©s. Le lieutenant J.J. Henry √©tait parmi les morts, le major Maurice de Mercx, fr√®re du lieutenant-colonel commandant des chevau-l√©gers n¬į 5, le major Bouwens van der Boyen, les capitaines James-Bernard (p.296) de Liedekerke de Pailhe et van der Duyn, l’adjudant-major Anoul, les lieutenants Majoie, Arnould, d’Astier, Charles-Louis de Macar, Louis-J√©r√īme de Woor de Trixhe, qui sortait des lanciers rouges de la Garde imp√©riale, Delobel, plus tard g√©n√©ral au service belge, de Goldstein, Prudent-Joseph de Ladri√®re, Fran√ßois van der Veken Hacquart, Pierre-Jacques Rodenbach √©taient bless√©s.

Cette longue liste suffit √† prouver que, quoi qu’en aient dit certains √©crivains anglais, d√©sireux de monopo¬≠liser pour leurs compatriotes la gloire de la bataille, les carabiniers belges n¬į 2 m√©rit√®rent largement les vingt croix de l’Ordre militaire de Guillaume attribu√©es au r√©giment pour sa belle conduite √† Waterloo.

Les chiffres parlent un langage plus sinc√®re que certains historiens. Aux Quatre-Bras, sur 1.313 soldats belges engag√©s, plus de 200 sont tu√©s ou bless√©s; √† Waterloo, sur un total d’environ 4.000 hommes, les pertes se montent √† plus de 800!

 

Edward de Masschalck, Overleven in de revolutietijd, Een ooggetuige over het Franse Bewind (1792-1815), Davidsfonds Leuven, 2003

 

De slag van Waterloo

 

(p.200) Geheel nieuw is het gevoel van trots over het opmerkelijke feit dat er voortaan ook ‘Belgische’ soldaten bestaan. Er zijn natuurlijk altijd soldaten van eigen bodem geweest, maar die liepen verloren in het grote Franse leger. Nu krijgen de soldaten van de Zuidelijke Nederlanden hun eigen generaals, zoals Jean de Cobbart en Jean Baptiste van Merlen, zelf oudgedienden van het Franse leger.

Begin april 1815 maakt Hous voor het eerst melding van ‘de Belgen, Nederlandse troepen’. Het begrip ‘Nederlands’ is hier synoniem voor ‘Belgisch’. want als Hous het heeft over de Nederlanders uit het noorden, spreekt hij steevast over ‘Hollanders’. Dat Hous trots is op deze ontwikkeling, blijkt duidelijk uit volgend incident: ‘Op 14 met, op Sinksendag. is er ruzie geweest tussen de Belgen en de Pruisen. Aanstonds grepen al de Belgen naar hun wapens en daar was meteen een menigte volk op de markt. De Pruisen hebben van de Belgen veel slaag gekregen met de kolf van het geweer. De burgers van de stad waren allemaal tegen de Pruisen. Zij die woonden aan de kant van de markt sloegen al hun deuren en vensters toe, want de Belgen kregen op de markt poeder en lood.

De kanonniers kregen het bevel hun kanon te laden. Het is er zo erg aan toe gegaan dat de generaal van de Belgen, de Heer Van Merlen. en de commandant van de Pruisische troepen zijn moeten tussenkomen om ze te bedaren.’

 

(p.201) Er is nog een belangrijke wijziging die Hous met verbazing gadeslaat. Een nieuwe lichting van 25.000 man wordt uitgeschreven, van wie 4160 voor rekening van het Dijledepartement. Het gaat om de mannen tussen 18 en 35 jaar, inclusief de weduwnaars zonder kinderen. Maar terwijl vroeger zo’n tijding meteen leidde tot onderduiking of zelfs rebellie, is de sfeer nu helemaal omgeslagen: ‘Op 24 april is er op het stadhuis en de voormalige prefectuur loting geweest van de dorpen Heverlee, Oud-Heverlee en Bertem. Ook alle andere dorepen moeten dat lot ondergaan. De boeren van Bertem die moesten loten kwa-men in massa (zij waren in de 70 sterk en het dorp moest er maar 11 leveren). met het vaandel voorop en de maire, de Heer Stroobants, aan het hoofd. Ook de volgende dagen blijven zich dergehjke patriottische taferelen afspelen:

‘Het is wonderlijk en bijna ongelofelijk hoe dat de boeren naar de stad komen om te loten, nu met slaande trommel het vaandel voorop en de oranje cocarde op de hoed. Vroeger bij het loten van de Fransen werd alle mogelijke geweld gebruikt door de gendarmes.’ Algauw krijgt Leuven echter ook te maken met typisch ‘Belgische’ toestanden: ‘De loting van de stad Leuven is geannuleerd en moet overgedaan worden, omdat er iets niet in orde was. De schrijver van de onderintendant, de Heer Hambroeck, is gevangen gezet omdat hij, naar men zegt, de briefjes van de hoge nummers groter gevouwen heeft dan de andere en dat aan heel wat personen heeft gezegd.

 

Eric Meeuwissen, Un livre, un prof, pour jouer au stratégo à Waterloo, LS 31/5/1990

 

A propos du livre de Luc Devos, Les 4 jours de Waterloo 15-16-17-18 juin 1815, éd. Hatier.

Le livre mentionne une erreur parue dans le ‚ÄúDictionnaire d‚Äôhistoire de Belgique ‚Äú, publi√© en 1988 sous la direction d‚ÄôHerv√© Hasquin et dans lequel on peut lire: ‚ÄúLes Belges qui particip√®rent √† la bataille de Waterloo le firent surtout dans les rangs de l‚Äôarm√©e fran√ßaise.‚Ä̬†

 

Les Belges à Waterloo

 

Frans Van Kalken, Histoire du Royaume des Pays-Bas et de la révolution belge de 1830, Bruxelles, s.d.

 

(p.27) (‚Ķ) un certain nombre de membres de la classe moyenne d√©siraient le maintien de la domination fran√ßaise, par attache¬≠ment aux principes de 89, ou par admiration pour la centralisation imp√©riale, mode de gouvernement plut√īt opportun ‚ÄĒ il faut en convenir ‚ÄĒ dans nos provinces ultra-particularistes. C’√©taient pour la plupart des officiers et des fonctionnaires belges autrefois au service de Napol√©on, ou des r√©publicains fran√ßais et des bonapartistes √©migr√©s apr√®s la restau¬≠ration des Bourbons. Peu nombreux et isol√©s au milieu d’une population pleine de rancune au souvenir du r√©gime de coercition qu’elle venait de subir, ils ne semblent gu√®re avoir fait, en 1814, de propagande en faveur de leurs id√©es.

 

(p..34) Nous n’avons pas √† retracer ici, en d√©tail, la p√©riode des Cent-Jours. L’arm√©e hollando-belge, √† peine cr√©√©e, fut h√Ętivement mobilis√©e, puis encadr√©e dans les troupes d’√©lite du duc de Wellington. Quoi¬≠que jeunes et inexp√©riment√©s, les soldats belges et bataves surent, par deux fois, rivaliser en intr√©pidit√© et en force d’endurance avec les v√©t√©rans de Sa Majest√© Britannique (3) : le 16 juin aux Quatre-Bras, en repoussant, sous les ordres du prince d’Orange, fils a√ģn√© de Guillaume Ier, les soldats du mar√©chal Ney; le 18, √† Waterloo, en d√©fendant la ferme de la Haye-Sainte et en participant √† la derni√®re attaque contre les grenadiers de la garde (4). Fait √† noter : ce furent

 

(3)¬† Le fait est d’autant plus notoire qu’au d√©but de 1814 l’on avait, dans plusieurs villes belges, d√Ľ proc√©der aux op√©rations du tirage au sort avec l’appui de la force arm√©e, tant les nouvelles lois de milice, pourtant si n√©cessaires, avaient √©t√© mal accueillies par les jeunes gens et leurs familles. Voir buffin, Documents in√©dits, Introduction, p. vu.

 

(4) Sur la campagne de 1815, voir F. db bas et comte J. db T’SERclaEbs de wommersom, La Campagne de 1815 aux Pays-Bas, d’apr√®s les rapports officiels n√©erlandais (3 vol., Bruxelles, 1908, A. Dewit). Ce grand ouvrage, fruit de longues et judicieuses √©tudes, met d√©finitivement fin √† la l√©gende calomnieuse de la l√Ęchet√© des troupes hollando-belges, durant la campagne de 1815.

 

(p.35) Durant cette grande journ√©e de Waterloo, les g√©n√©raux, officiers et soldats du prince d’Orange pay√®rent h√©ro√Įquement de leur personne. Le prince fut m√™me bless√© √† l’assaut final. Certains historiens √©trangers ont cherch√© dans la suite √† diminuer la valeur des troupes hollando-belges, avec l’intention de mettre d’autant plus en relief les m√©rites de leurs compatriotes. Les Alli√©s, en 1815, furent plus justes. Le g√©n√©ral Pirch, s’adressant au maire de Namur, disait : ¬ę De tous temps, les Belges se sont montr√©s un peuple brave, g√©n√©reux et vail¬≠lant. ¬Ľ Bl√ľcher, dans une. proclamation ¬ę aux braves Belges ¬Ľ, les apostrophait ainsi : ¬ę Vous √™tes un peuple brave, loyal et noble… ¬Ľ

 

Jusqu’√† la fin de la guerre les soldats du nouveau royaume firent loyalement leur devoir, participant √† l’envahissement du nord de la France et aux si√®ges du Quesnoy, de Cond√© et de Valenciennes.

 

 

Luc De Vos, Les quatre jours de Waterloo, 15-18 juin 1815, éd. Versant Sud,  2002

 

(p.7) √Ä l’heure actuelle, les Belges francophones optent de plus en plus pour le mythe napol√©onien. Ils sont √† ce point subjugu√©s par l’imp√©rialisme culturel de Paris que seul mon √©minent pr√©¬≠d√©cesseur, feu Henri Bernard, a embrass√© la th√®se britannique. Certaines t√™tes chaudes voudraient m√™me faire dispara√ģtre le Lion. Un coll√®gue a os√© √©crire dans le Dictionnaire d’histoire (p.8) de Belgique, publi√© sous la direction de Herv√© Hasquin : ¬ę Des Belges particip√®rent √† la bataille de Waterloo, surtout dans les rangs de l’arm√©e fran√ßaise ¬Ľ ! Les N√©erlandais et les Belges fla¬≠mands semblent √† peine s’int√©resser √† la bataille de Waterloo. L’arm√©e belge n’a conserv√© aucune tradition de ces combats titanesques. Il n’existe en n√©erlandais aucun ouvrage digne de ce nom sur la bataille.

Le nombre de soldats belges ayant combattu au sein des arm√©es pr√©sentes sur le site de Waterloo n’a jamais pu √™tre tr√®s d√©termin√©. Diverses √©tudes ont √©t√© entreprises afin de r√©soudre ce probl√®me mais pour l’une ou l’autre raison, elles se sont tou¬≠jours r√©v√©l√©es tr√®s partielles. Aujourd’hui, nous pouvons cependant avancer un chiffre qui doit pouvoir se rapprocher de la r√©alit√©. Sur les 70 000 soldats pr√©sents dans le camp fran√ßais sur le site m√™me de Waterloo, il semblerait que 1350 ¬ęBelges¬Ľ (dont beaucoup d’officiers) aient pris part √† la bataille. Un travail de recherche a √©galement √©t√© entrepris pour les unit√©s alli√©es. Ici, bien plus que pour le camp fran√ßais, les chiffres avanc√©s peuvent √™tre discut√©s. Andr√© Bikar d√©ment formellement, exemples pr√©cis √† l’appui, les affirmations de de Bas et de ‘t Serclaes de Wommersom. Selon lui, les bataillons de Zuid-Nederlanders qui combattirent √† Waterloo n’√©taient pas compos√©s que de ¬ęBelges¬Ľ. L’effectif des unit√©s de Zuid-Nederlanders atteignait le chiffre de 4 315 unit√©s. L’√©tude de l’ensemble des documents nous am√®ne √† penser que le nombre de soldats ¬ę belges ¬Ľ au service des Alli√©s qui semble se rapprocher le plus de la r√©alit√© serait de 3 600 unit√©s. Mais rien n’est moins s√Ľr !

 

(p.50) La faiblesse de la flotte fran√ßaise ne permettant pas une attaque directe contre la Grande-Bretagne, Napol√©on chercha un recours dans la strat√©gie indirecte. Le blocus continental d√©cr√©t√© contre la Grande-Bretagne depuis 1806 devait mettre fin √† la prosp√©rit√© et √† la puissance de cet √Čtat industriel. Le blocus apparut comme une b√©vue dans le domaine de la Grande strat√©¬≠gie et il s’av√©ra un tournant dans la carri√®re de Napol√©on. Non seulement, le blocus √©tait inefficace, mais il √©tait aussi tr√®s impopulaire, surtout au Danemark, dans les Pays-Bas, en Italie et en France m√™me, en particulier √† Bordeaux, Nantes et La Rochelle. L’extension du blocus au Portugal et √† l’Espagne allait mener √† une lutte sans fin. Le Portugal refusa d’appliquer les mesures √† l’encontre de son vieil alli√© britannique, tandis qu’une petite arm√©e anglo-portugaise soutenait l’insurrection espa¬≠gnole d√®s 1808. Enfin, la Grande- Bretagne trouvait de nouveaux d√©bouch√©s en se tournant vers le march√© latino-am√©ricain.

 

(‚Ķ) L’absorption des √Čtats pontificaux aboutit en 1811 √† l’excom¬≠munication de l’Empereur. Ce faisant, il dressait contre lui la France rurale encore majoritairement catholique.

 

(p.64) Napol√©on croyait-il que l’on parlait partout le n√©erlandais en Belgique? Toujours est-il qu’il √©crivait dans son ordre de mouvement du 14 juin: ¬ęReille, Vandamme, G√©rard et Pajol (…) mettront, autant que possible, √† l’avant-garde les officiers parlant le flamand, pour interroger les habitants et prendre des renseignements ¬Ľ !

(…)

Le peuple se réjouissait de pouvoir assister à la grande cérémonie militaire prévue pour le 21 juin, en souvenir de la bataille de Vittoria, remportée par Wellington contre le maréchal Jourdan en 1813.

 

(p.72) Entre-temps, Constant-Rebecque avait install√© son quar¬≠tier g√©n√©ral aux Quatre-Bras. Le prince d’Orange y arriva vers 5 heures. √Ä 9 heures, le prince disposait √† peine de 4300 hommes aux Quatre-Bras, et de 8 canons. Vers 14 heures, le nombre √©tait pass√© √† 7 500 hommes et 16 canons. En face, plus de 13 000 hommes et 24 canons attendaient l’ordre d’attaquer.

√Ä Sainte-H√©l√®ne, Napol√©on reconnut que la d√©cision de Constant-Rebecque d’amener des troupes aux Quatre-Bras fut une initiative capitale qui l’emp√™cha de prendre les Anglais en d√©faut. C’est ce coup de g√©nie militaire, que Napol√©on attribua initialement au prince d’Orange, qui devait en grande partie sceller la d√©cision finale de la campagne de 1815. Et personne ne semble s’y √™tre tromp√© ! En effet, apr√®s la bataille et en signe de reconnaissance, un palais construit √† Bruxelles lui fut attribu√©. C’est l’actuel palais des Acad√©mies. Un domaine lui sera c√©d√© √† Tervuren pour qu’il puisse s’y faire construire une seconde r√©sidence. Elle deviendra le mus√©e colonial, aujour¬≠d’hui mus√©e d’Afrique centrale.

(.108)

Napol√©on d√©cida alors de d√©clencher l’assaut principal, mais son attention fut d√©tourn√©e vers Goumont. Cette grosse ferme, transform√©e en redoute, apparaissait sur la carte de Ferraris sous l’appellation ¬ę Hougoumont ¬Ľ, mais il s’agissait d’une transcription phon√©tique de ¬ę au Goumont ¬Ľ.

 

(p.131) La phrase c√©l√®bre ¬ę La Garde meurt, mais ne se rend pas !¬Ľ n’a jamais √©t√© prononc√©e par Cambronne. C’est une invention d’un journaliste nomm√© Rou-gemont qui √©crivit cela dans le Journal g√©n√©ral de la France, du 24 juin 1815. Le romantisme qui suivit la p√©riode napol√©o¬≠nienne a colport√© le mot qui a surv√©cu jusqu’√† nos jours. Mais, comme c’est souvent le cas, ce genre de propos traduit bien l’√©tat d’esprit qui r√®gne dans un corps d’√©lite √† un moment cru¬≠cial. Diverses contre-attaques men√©es par quelques escadrons de la garde personnelle de Napol√©on n’apport√®rent aucun sou¬≠lagement. Partout r√©sonnaient les cris ¬ętrahison¬Ľ et ¬ęsauve qui peut¬Ľ. Les mensonges concernant l’arriv√©e de Grouchy se retournaient √† pr√©sent contre l’Empereur. Le faux espoir d√©g√©¬≠n√©ra en d√©sespoir. Il n’√©tait plus possible d’arr√™ter dans leur fuite les d√©bris des corps d’arm√©e de Drouet d’Erlon et de Reille. Seule une brigade de la division Durutte put se retirer en combattant en bon ordre sous la direction de Ney.

 

(p.156) Le nom de Waterloo continue toutefois d’intriguer. De nos jours, plus de 130 villes, villages et lieux-dits portent ce nom en Grande-Bretagne et dans ses anciennes colonies, surtout au Canada. Mais le nom appara√ģt √©galement aux √Čtats-Unis et en Allemagne. Quelques villages d’Allemagne s’appellent La Belle Alliance. Toutefois, depuis la fin de la Deuxi√®me Guerre mondiale, les Allemands se sont √©galement ralli√©s au nom de Waterloo.

 

Luc De Vos, Les quatre jours de Waterloo, 15-18 juin 1815, éd. Versant Sud,  2002

 

(p.72) Entre-temps, Constant-Rebecque avait install√© son quar¬≠tier g√©n√©ral aux Quatre-Bras. Le prince d’Orange y arriva vers 5 heures. √Ä 9 heures, le prince disposait √† peine de 4300 hommes aux Quatre-Bras, et de 8 canons. Vers 14 heures, le nombre √©tait pass√© √† 7 500 hommes et 16 canons. En face, plus de 13 000 hommes et 24 canons attendaient l’ordre d’attaquer.

√Ä Sainte-H√©l√®ne, Napol√©on reconnut que la d√©cision de Constant-Rebecque d’amener des troupes aux Quatre-Bras fut une initiative capitale qui l’emp√™cha de prendre les Anglais en d√©faut. C’est ce coup de g√©nie militaire, que Napol√©on attribua initialement au prince d’Orange, qui devait en grande partie sceller la d√©cision finale de la campagne de 1815. Et personne ne semble s’y √™tre tromp√© ! En effet, apr√®s la bataille et en signe de reconnaissance, un palais construit √† Bruxelles lui fut attribu√©. C’est l’actuel palais des Acad√©mies. Un domaine lui sera c√©d√© √† Tervuren pour qu’il puisse s’y faire construire une seconde r√©sidence. Elle deviendra le mus√©e colonial, aujour¬≠d’hui mus√©e d’Afrique centrale.

 

Martin Bril, De kleine keizer, Prometheus Uitg., 2009

 

(p.143) Of ik wist dat er Nederlandse en Belgische soldaten aan de kant van Wellington tegen Napoleon hadden gevochten, bij Waterloo, en dat die jongens zelfs een belangrijke rol hadden gespeeld, tijdens de gevechten bij Quatre-Bras, twee dagen voor de grote slag die de laatste van de keizer zou zijn?

 

(p.144) Nadat ik met Amersfoort wat brieven had gewisseld, werd ik uitgenodigd voor de jaarlijkse kranslegging bij Quatre-Bras. Daar staat sinds 1990 een monument dat de Nederlandse bijdrage aan de gevechtshandelingen memoreert.

(…) Deze keer vond ik het goede kruispunt, de kransleggers waren er al. Ze zaten in hun auto’s te wachten op het mo­ment suprême, het uur U: twaalf uur precies. Het waren commandanten van Nederlandse huzarenregimenten, de heren Johan, Alexander en Metzger (tevens commandant van de Cavalerieschool).

(p.146) Daarna vertelde overste Rens, de historicus met de dochter, dat we hier bijna op de exacte plek stonden waar in 1815 de huzaren van Boreel hun charge tegen de Fransen hadden uitgevoerd: de mannen hadden de hele dag te paard gezeten, waren moe en onervaren, hadden hun dieren nog maar nauwelijks kunnen laten grazen; toen moesten ze de strijd al in. Ze werden door Franse cavalerie teruggeslagen en hoefden de rest van de dag niet meer mee te doen. Het latere eerste regiment der Belgische lansiers daarentegen zou nog furore maken.

 

Bernard Coppens, Patrice Courcelle, Le chemin d‚ÄôOhain, Waterloo 1815, Les carnets de la campagne, n¬į2, √©d. De la Belle Alliance, 1999

(p.23) LE 7e BATAILLON DE LIGNE BELGE

 

L’arm√©e des Pays-Bas qui combattit √† Waterloo √©tait issue de la fusion h√Ętive d’√©l√©ments constitu√©s dans deux pays diff√©rents, la Hollande et la Belgique, que la politique europ√©enne avait r√©unis sans que les sentiments des populations aient √©t√© pris en compte.

Le sort de la Belgique, au moment de l’invasion par les troupezs alli√©es √©tait demeur√© incertain. Trois solutions furent envisag√©es : l’ind√©pendance, le retour √† la souverainet√© de la maison d’Autriche, et l’union de la Belgique et de la Hollande, afin de former un √©tat en mesure de s’opposer √† l’expansionnisme fran√ßais. Une partie du pays, les d√©partements de la Meuse-Inf√©rieure (Limbourg) et celui de l’Ourthe (Li√®ge), form√®rent avec le d√©partement de la Roer, le gouvernement g√©n√©ral du Bas-Rhin dont le si√®ge √©tait √† Aix-la-Chapelle, et que la Prusse esp√©rait pouvoir s’attribuer.

Finalement, les Hautes Puissances alli√©es, sur les instances pressantes de Guillaume d’Orange, se mirent d’accord sur la r√©union de la Belgique et de la Hollande, et sign√®rent un protocole dans ce sens au mois de juin 1814. Le 21 juillet le Prince souverain des Pays-Bas “accepta” la souverainet√© des provinces belgiques. D√®s ce moment, la fusion des troupes belges et hollandaises devait s’op√©rer. Mais pour des raisons de haute diplomatie, le secret fut gard√© sur le trait√©. La r√©union de la Belgique et des Pays-Bas ne fut connue qu’√† la fin du mois de f√©vrier 1815 ; quant aux fronti√®res du nouveau royaume, elles ne furent arr√™t√©es d√©finitivement que par le trait√© de Vienne, sign√© le 31 mars 1815. Tout ceci explique que la mise sur pied d’une force arm√©e en Belgique fut plut√īt d√©cousue.

En janvier 1814, l’organisation de l’arm√©e hollandaise fut fix√©e √† 16 bataillons de ligne et 6 bataillons de chasseurs ; chaque bataillon devant √™tre constitu√© de 10 compagnies, dont deux compagnies d’√©lite d√©sign√©es sous le nom de flanqueurs.

D√®s la fin de f√©vrier 1814, le gouverneur militaire de Bruxelles faisait para√ģtre une proclamation pour la formation de r√©giments belges.

Une “l√©gion belge” avait √©t√© mise sur pied en mars 1814, elle devait √™tre compos√©e √† l’origine de quatre r√©giments d’infanterie (r√©giments de Brabant, de Flandre, de Hainaut et de Namur) et d’un r√©giment de chevau-l√©gers. Cette l√©gion fut plac√©e sous le commandement du comte de Murray, lieutenant g√©n√©ral au service de l’empereur d’Autriche, belge de naissance, et dont le nom rappelait celui du r√©giment wallon de Murray.

Plus tard deux bataillons d’infanterie l√©g√®re et une division d’artillerie compl√©t√®rent la l√©gion.

Les régiments devaient être de deux bataillons de six compagnies chacun, la compagnie étant de 100 hommes.

 

Un avenir incertain

souvenirs et symbolisait l’oppression du r√©gime imp√©rial, avait √©t√© abolie. Et les Pays-Bas autrichiens n’avaient jamais connu d’autre r√©gime que celui du volontariat.

Lorsqu’il prit les r√™nes du gouvernement des mains du baron Vincent, en ao√Ľt 1814, le Prince-souverain des Pays-Bas avait institu√© une commission pour la direction des affaires militaires

Le pays avait √©t√© √©puis√© par les r√©quisitions militaires de toutes sortes, et la Belgique, du fait de l’incertitude sur son avenir se trouvait gouvern√©e sans vision d’avenir par un gouverneur autrichien, le baron Vincent, lequel ne faisait rien pour favoriser l’organisation militaire d’un pays qui ne devait pas rester sous la domination de son ma√ģtre. De ce fait, la l√©gion belge √©tait dans un grand d√©nuement. Le cadre en officiers √©tait h√©t√©rog√®ne, compos√© d’officiers ayant servi en Autriche ou en France ; quelques officiers √©taient hollandais ou nassauviens. Dans ces conditions, l’instruction de la troupe ne pouvait √™tre que m√©diocre.

Le recrutement ne pouvait se faire que sur la base du volontariat, car la conscription, qui avait laissé tant de mauvais

 

Soldat d’une compagnie de flanqueurs.

de la Belgique, qui travailla √† rendre compatible l’organisation militaire de la Belgique avec celle de la Hollande, afin de pouvoir int√©grer les deux forces en un seul ensemble le moment venu.

Le 7 ao√Ľt, la l√©gion belge √©tait plac√©e sous les ordres du g√©n√©ral anglais sir Thomas Graham.

Le 1er septembre, l’infanterie belge fut r√©organis√©e √† la hollandaise et se composait de huit bataillons d’infanterie de ligne (portant les num√©ros 1, 2, 3, 4, 6, 7, 8, et 9) et de deux bataillons d’infanterie l√©g√®re portant les num√©ros 5 et 10.

Tous ces bataillons se composaient d’un √©tat-major et de six compagnies, dont deux de flanqueurs, et d’un d√©p√īt. L’effectif de chaque bataillon devait s’√©lever √† 30 officiers et 912 hommes de troupe.

L’organisation du 7e bataillon fut enti√®rement termin√©e le 17 septembre. Mais l’habillement et l’armement continuaient √† faire d√©faut. Le g√©n√©ral Tindal, inspecteur g√©n√©ral des troupes belges, √©crivait le 7 novembre au prince-souverain : “L’arm√©e, surtout l’infanterie, n’a que peu de bons officiers… Tous les soldats ne sont pas encore casernes, ce qui est naturellement nuisible √† la discipline. (…) L’armement est tr√®s mauvais et des bataillons entiers n’en ont point. La comparaison avec l’arm√©e anglaise, abondamment pourvue de tout et n’ayant que des effets des meilleures qualit√©s, est peu propre √† porter les jeunes gens √† s’enr√īler dans l’arm√©e nationale. Cet √©tat de choses me d√©sole.”

Mais petit √† petit, gr√Ęce √† la rentr√©e d’officiers lib√©r√©s du service fran√ßais, les troupes belges am√©lior√®rent leur instruction. On lit dans le “Journal de la Belgique”, √† la date du 8 mars 1815, dans une lettre √©crite √† Gand :

“Le 7e bataillon belge, dans les rangs duquel on remarque avec plaisir des officiers qui se sont distingu√©s dans les arm√©es fran√ßaise et autrichienne, s’est fait admirer par une pr√©cision et une promptitude de mouvements qui feraient honneur aux troupes les plus exerc√©es.

Scheltens, un des anciens officiers de ce bataillon, qui sortait des grenadiers à pied de la garde, et qui, à ce titre, devait savoir juger les troupes, rend le témoignage suivant :

“Notre bataillon √©tait parfaitement compos√© : tous des officiers c√©libataires ; (…) Quoique jeunes d’√Ęge, nous √©tions vieux soldats exp√©riment√©s. Il en √©tait de m√™me des sous-officiers et de beaucoup de soldats. Tous les officiers savaient faire des armes, plusieurs √©taient de premi√®re force, ainsi que les sous-officiers. Les caporaux et presque tous les soldats tiraient √©galement bien. Nous avions plus de 200 ma√ģtres et autant de pr√©v√īts au bataillon.

 

MOBILISATION

 

La nouvelle du d√©barquement effectu√© par Napol√©on le 1er mars 1815 au Golfe Juan arriva √† Vienne le 7 mars, et √† La Haye le 11 mars. Le 13 mars, les signataires du trait√© de Paris proclam√®rent que Napol√©on Bonaparte √©tait l’ennemi de l’Europe, le d√©clar√®rent hors la loi des nations civilis√©es et s’engag√®rent √† soutenir Louis XVIII avec toutes les forces dont ils disposaient. Le prince d’Orange pressa le g√©n√©ral Tindal afin de mettre le plus rapidement possible les troupes belges en √©tat de faire campagne. L’ordre de mobilisation des troupes belges fut lanc√© le 24 mars. Des fusils furent envoy√©s d’Angleterre pour remplacer ceux du mod√®le fran√ßais qui √©quipaient encore en partie certaines unit√©s. Le 21 avril 1815, une derni√®re r√©organisation compl√©ta l’amalgame entre les troupes belges et hollandaises. Tous les corps de ligne devaient √™tre compris, √† partir du 1er juin, dans la m√™me s√©rie de num√©ro, sans distinction d’origine. Le 7e bataillon de ligne belge conserva, dans cette r√©organisation, son num√©ro. Il combattit dans les rangs de la premi√®re brigade (Bijlandt) de la deuxi√®me division n√©erlandaise, plac√©e sous les ordres du g√©n√©ral Perponcher.

 

COMPOSITION

 

Les bataillons d’infanterie n√©erlandais comprenaient six compagnies, dont deux de flanqueurs, et une compagnie de d√©p√īt. Les compagnies √©taient compos√©es de : 1 capitaine ; 1 premier lieutenant ; 1 second lieutenant ;

1  sergent-major ; 4 sergents ; 1 fourrier ; 8 caporaux ;

2 tambours ; 1 fifre et 108 soldats.

 

HABILLEMENT :

Le règlement du 9 janvier 1815 définit la tenue des bataillons de ligne :

Habit bleu fermant sur la poitrine au moyen d’un seul rang de 9 boutons, portant le num√©ro du bataillon, collet parements et passepoils blancs, doublure (retroussis) rouge ponceau. Veste √† manche blanche sans distinction, pantalon large gris sur demi-gu√™tres grises, capote grise, shako portant sur le devant une plaque orn√©e de la lettre “W” (pour Willem : Guillaume), pompon vert de 43/4 pouces (mesure du Rhin).

Bonnet de police de drap bleu, avec distinctive blanche.

Les compagnies de flanqueurs se distinguaient par des wings de drap bleu liserés de blanc, et par un pompon vert à sommet blanc. Certains auteurs ont donné aux flanqueurs belges le pompon et le cordon rouge.

Les officiers portaient l’habit √† pans longs. Sur le shako ils avaient, √† la place du pompon, un petit plumet de plumes de coq de la m√™me dimension et couleur que le pompon. Ils portaient, comme signe de service, l’√©charpe orange autour de la taille, nou√©e derri√®re l’√©p√©e. Les officiers sup√©rieurs √©taient distingu√©s par deux √©paulettes √† bouillons, les capitaines par une √©paulette √† bouillons sur l’√©paule droite, les lieutenants par une √©paulette √† franges sur l’√©paule droite. Les adjudants portaient l’√©paulette de leur grade sur l’√©paule gauche.

Les officiers portaient un pantalon collant gris, avec bottes à la Souwarow, mais non échancrées dans le haut, sans galon ni gland.

Les sous-officiers avaient des chevrons au-dessus des parements : deux galons d’argent pour le sergent-major, un I chevron d’argent pour le sergent, deux chevrons de poils de chameau blancs pour le caporal ; sergents et caporaux √©taient arm√©s du sabre-briquet ; les dragonnes √©taient, pour les sergents, de ruban argent √† gland orange, et pour les caporaux de ruban blanc √† gland orange.

Les nids d’hirondelle pour les tambours et cornets √©taient blancs √† galons et frange blanc. Le tambour-major avait le fond et la frange de couleur argent, les caporaux-cornets portaient le fond et les galons de couleur blanche avec la frange d’or.

Les bataillons du Nord et ceux du Sud ne différaient que par la coiffure: shako tronconnique à visière et couvre-nuque pour les premiers, shako du modèle anglais pour les seconds.

D’apr√®s les journaux, les troupes belges √©taient habill√©es selon le r√®glement du 9 janvier 1815 d√®s la fin de ce m√™me mois. Le Journal de la Belgique √©crit le 23 janvier : “Le bataillon belge, qui se trouve ici (Bruxelles) en garnison, s’est rendu aujourd’hui √† k messe avec le nouvel uniforme. Ceux qui le composent portent le shako forme anglaise, avec un W sur le devant.

Et le 31 janvier : “Le bataillon belge, en garnison dans cette ville, a pass√© aujourd’hui une grande revue sur la place de l’h√ītel de ville. Hors la couleur de l’uniforme, qui est bleu, l’infanterie belgique est habill√©e √† l’anglaise : m√™me coupe d’habit, m√™me shako, pantalon large et demi-gu√™tres grises. Les officiers sont d√©cor√©s de l’√©charpe orange.”

Légende des illustrations:

En haut à gauche; sergent, à droite; officier.

Au centre; tambour des compagnies du centre.

En bas à gauche; sapeur, à droite; fusilier des compagnies du centre.

 

 

(p.143) Un régime despotique

 

Les exp√©ditions militaires de l’empe¬≠reur ne firent pas que des heureux chez nous, tant s’en faut. Il fallait recru¬≠ter de plus en plus de soldats et si les Belges s’engageaient assez volontiers comme mercenaires dans les arm√©es √©trang√®res, ils n’entendaient pas se voir enr√īler malgr√© eux au service d’un pouvoir √©tranger. De 1798 √† 1813, sur 89267 conscrits, 24460 seulement rejoignirent leur r√©giment et, quand ils n’avaient pu √©chapper aux recruteurs, ils d√©sertaient all√®grement.

Bonaparte avait effectu√© un pre¬≠mier voyage en Belgique en 1803. Il y avait re√ßu un accueil tr√®s favorable : les habitants voyaient en lui le pacifica¬≠teur qui avait mis fin aux exc√®s r√©vo¬≠lutionnaires. Mais √† sa seconde visite √† Bruxelles en 1810, tout avait chang√©. Les seuls applaudissements qui salu√®¬≠rent son passage allaient √† l’imp√©ra¬≠trice Marie-Louise ‚ÄĒ parce qu’elle descendait de Marie-Th√©r√®se, l’Autri¬≠chienne.

C’est qu’au fil des ann√©es le r√©gime imp√©rial s’√©tait consid√©rable¬≠ment durci. Son omnipr√©sente police s’attira tr√®s vite la haine des Belges. La s√©v√®re censure de la presse, des livres, des repr√©sentations th√©√Ętrales m√™me, plongea le pays dans un marasme intel¬≠lectuel dont Napol√©on ne d√©sirait pas le sortir : il voulait des sujets capables de travailler et de se battre et non de briller par l’esprit.

Par ailleurs, ob√©issant aux ordres de Paris, les pr√©fets s’efforc√®rent d’extirper le flamand non seulement dans son usage officiel mais tout aussi bien sur le terrain culturel, et il n’est pas exag√©r√© de consid√©rer qu’en Bel¬≠gique, la question linguistique a trouv√© ses premiers ferments √† cette √©poque-l√†. En majorit√© catholiques, les habi¬≠tants de nos provinces n’√©prouv√®rent plus qu’hostilit√© pour l’empereur quand les soldats fran√ßais enlev√®rent le pape et que celui-ci excommunia Napol√©on. Non seulement les cur√©s cess√®rent d’ob√©ir √† Paris et de r√©citer des pri√®¬≠res pour l’empereur mais ils entrepri¬≠rent d’organiser et d’encadrer l’agita¬≠tion des m√©contents.

 

(p.149) /tableau/ La charge du 2e Carabiniers √† Waterloo¬†: les Belges y jou√®rent un r√īle important lors des combats qui bloqu√®rent les assauts du mar√©chal Ney.

 

(p.212) /photo/ En 1940, les r√©fugi√©s se tra√ģnaient, par dizaines de milliers, sur les routes, emportant avec eux le peu de biens qu‚Äôils pouvaient transporter. Ils voyaient dans la France un havre. Il y furent souvent mal accueillis au d√©but de leur exode. Par la suite, les choses s‚Äôarrang√®rent.

 

Gaston Remacle, Notice sur Salmch√Ęteau, GSHA, 1, 1978

 

(p.26) Au temps  de  Napoléon

 

Beaucoup de jeunes gens, dans les arm√©es de Napol√©on jusqu’en 1814, ne¬† revinrent¬† jamais de leurs¬† randonn√©es¬† √† travers¬† l’Europe; ils¬† rest√®rent sur les champs de bataille ou moururent dans¬† les¬† h√īpitaux.¬†

 

Voici le nom de plusieurs de ces jeunes¬† gens, de Salmch√Ęteau et B√™che (58)¬†¬† :

Jean-Hubert RULMONT, de B√™che. N√© le 21 janvier 1790; fusi¬≠lier au 51e¬† r√©giment d’infanterie¬† de ligne. D√©c√©d√© le 2 novembre 1809 √† l’h√īpital militaire de Bruxelles.

Jean-Guillaurne LEMAIRE. N√© √† Salmch√Ęteau le 24 d√©cembre 1784. Conscrit de l’an 14, incorpor√© le 16 septembre 1806 dans la 2e¬† compagnie du 1e bataillon de sapeurs,¬† corps imp√©rial du g√©nie.¬† D√©c√©d√© le 3 f√©vrier 1808 √† l’h√īpital militaire d’Ancone (Italie) “par suite¬† de fi√®vre”.

Guillaume MASSON. Caporal au 115e r√©giment de ligne (arm√©e d’Espagne), tu√© le 23 mai 1809 √† “l’affaire Dalcauiz, province d’Aragon”.

No√ęl LAURENT. N√© le 22 d√©cembre 1887. Sapeur √† la 2e compagnie du bataillon des sapeurs de Walcheren. Entr√© √† l’h√īpital de Gand le¬† 19 septembre 1811 et y d√©c√©d√© le 29 aovembre 1811.

Andr√©-Fran√ßois LEMAIRE. N√© le 23 f√©vrier 1794. Chasseur au 21e¬† r√©giment d’infanterie l√©g√®re, compagnie des voltigeurs. Entr√© √† l’h√īpital de Dobernai,¬† d√©partement du Rhin,¬† le¬† 29 octobre 1813, et y d√©c√©d√©¬† le 4 novembre 1813.

Henri HEBAN.  Né le 25 mars  1787. Entré au 26e régiment de chasseurs  à cheval en février 1807. Mort à Victoria (Espagne) le 4  juin 1812.

(p.27) Fran√ßois LAPLUME. N√© le 16 d√©cembre 1789. Du 30e¬† r√©giment d’infanterie de¬† ligne.¬† D√©c√©d√© le 19 janvier 1814 √† l’h√īpital de Maastricht.

Gengoux LAPLUME.  Né le 12 mai 1787. Décédé à Ratisbonne le 9 mars 1809.

Paul-Louis EVRARD.¬† N√© le 15 janvier 1788. D√©c√©d√©¬† √† l’h√īpital de B… (?), pr√®s de Vielle,¬† le 29 mars 1810, √† 22 ans.

 

in : Twintig eeuwen militaire glorie, Belgische militaire tafereelen, Ministerie van Landsverdediging, 1946

 

HET   HOLLANDSCHE   TIJDVAK (1814-1830)

 

(p.26) Op den rechtervleugel van Wellingtons leger ingezet, weerstaan drie Belgische bataljons, tijdens den slag van Waterloo, (18 Juni 1815) aan de onstuimige charges der Fransche¬† ruiterij en nadien aan den aanval der Keizerlijke Garde. Op den linkervleugel ondergaat het 7e Belgische bataljon gedurende twee uren het helsche vuur van 80 vuurmonden. Het blijft gedekt liggen totdat de Fransche colonnes binnen zijn bereik komen, veert dan recht a√Įs √©√©n man en opent op den vijand een moorddadig vuur. Verrast blijft de vijand aan den grond gespijkerd. Het bataljon gaat nadien tot den tegenaanval over.

Wellington feliciteert dit bataljon in ‘t bijzonder, de helft van het effectief sneuvelde in den strijd. In zijn carr√© zou de Prins van Oranje zijn erekruis geworpen hebben roepende : ¬ę Ik kan u allen niet decoreeren, al hebt ge ‘t ook allen verdiend ! ¬Ľ

Heel de Belgische ruiterij chargeert en verliest de helft harer manschappen.

 

de Maesschalck Edward (doctor in de geschiedenis), Overleven in de revolutietijd, Een ooggetuige over het Franse bewind (1792-1815), Davidsfonds Leuven, 2003

 

P. Blondeau, Au pays des Rièzes et des Sarts, 97, 1984, p.37-39

 

‚ÄúLes ‚Äėpilleries‚Äô fran√ßaises

 

C‚Äôest dans cette ‚Äėfameuse vo√Įe‚Äô Nord-Sud que la tradition situe, en 1815, un des nombreux assassinats, par les gens des villages, de soldats fran√ßais, de retour de Waterloo. …

Nous sommes donc en 1815 …

Nos villageois viennent de subir l‚Äôannexion de 1793 par les r√©volutionnaires √©trangers, la Terreur et les pers√©cutions religieuses.¬† Ils ont vu leurs florins devenir francs puis papiers.¬† Ils ont trembl√© lors de la conscription qui a fait fuir dans les bois la plupart des gar√ßons appel√©s √† servir dans une arm√©e occupante.‚ÄĚ (…)

 

(p.39) ‚ÄúOn comprend tr√®s bien leur soif de vengeance quand, enfin, ils ont pris la ‚Äėd√©route‚Äô de leurs ennemis dans la ‚ÄėMorne plaine‚Äô.¬† Et ils d√©sirent se venger, faire leur part, en m√™me temps que soulager leur mis√®re.‚ÄĚ

(p.39) ‚ÄúEt voici l‚Äôexplication que ces fusils de l‚Äôarm√©e de Waterloo, ‚Äėbutin de guerre‚Äô, conserv√©s dans certaines maisons du pays …‚ÄĚ