1915

Le pantalon, d’Yves Boisset – 1996, ARTE 07/11/2003

 

Concernant les fusillés pour l’exemple…

Dans ce cas, Lucien Bersot, en 1915, a été fusillé pour avoir refusé d’échanger son pantalon non réglementaire contre un pantalon conforme taché de sang…

 

1916

Michel Paquot, La première guerre mondiale sous de nouveaux éclairages, AL 17/11/2001

 

Entre juillet et novembre 1916, la Bataille de la Somme a fait plus d’un million de morts anglais, français et allemands, mais aussi belges. Pourquoi ce carnage, dont le souvenir est entretenu par l’Angleterre, a-t-il été « enterré » par la France ?

(Pierre Miquel) (in : Les Oubliés de la Somme)

« Elle est oubliée parce que, à la suite de son échec, deux des plus grands chefs de l’armée française, Joffre et Foch, vont être virés . Or les Français ont le culte des généraux.. Et en plus, Foch, rappelé en 17, finira généralissime des armées alliées et sera l’un des négociateurs de l’Armistice. »

Dans « Le gâchis des généraux », l’historien stigmatise l’incurie du commandement français, s’arrêtant longuement sur le cas de Georges Nivelle, le seul général en chef à avoir fait l’objet d’une enquête militaire – qui le blanchira – à la suite de la tuerie du Chemin des Dames en 1917.

 

1937

Hannah Arendt, Sur l’antisémitisme, Calmann-Lévy, 1973

 

(p.115) Céline, antisémite

(p.116) Dans son pamphlet de 1937, “Bagatelles pour un massacre”, il réclamait le massacre de tous les Juifs.

“Le premier livre de Céline fut reçu avec faveur par de nombreux intellectuels français, (…).” ((p.61-62) “André Gide se dit publiquement ravi dans les pages de la N.R.F., (p.62) non qu’il voulût tuer les Juifs, mais parce qu’il appréciait l’aveu brutal d’un tel désir (…).”)

 

(p.205) “Le clan de Pétain n’était en rien un produit du fascisme allemand, comme le montra son attachement obstiné à des formules vieilles de quarante ans.

Tandis que l’Allemagne mutilait adroitement la France et ruinait son économie au moyen de la ligne de démarcation, les dirigeants français de Vichy réutilisaient tant bien que mal la vieille formule barrésienne des “provinces autonomes”, qui allait la paralyser plus encore.  Ils adoptèrent une législation antijuive plus promptement que Quisling, tout en se vantant de n’avoir aucun besoin de l’antisémitisme importé d’Allemagne, et de l’originalité de leurs lois concernant les Juifs, par rapport aux lois du Reich.”

Avec l’affaire Dreyfus, on comprend “pourquoi la France fut une proie si facile pour l’agression nazie.  La propagande hitlérienne parlait un langage depuis longtemps familier, qui n’avait jamais été vraiment oublié.”

 

1940s

/Sartre en De Beauvoir /, in : Delta, 1, 2007, p.20

 

Hun aandeel in het ‘verzet’ tijdens de Tweede Wereldoorlog staat bol van dubieuze kantjes. Sartres wel erg ambivalente instelling ten overstaan van het antisemitisme kan wedijveren met dit van het gros van de Franse intellectuelen…

 

1940s

« Un lien psychanalytique », LB 10/05/2001

 

Pour Pierre Bergé, PDG d’Yves Saint-Laurent, ami de Mitterrand, déclare qu’ « avant 1943, 95 pc des Français étaient, comme Mitterrand, en faveur de Vichy. » (…)

« En 1944, deux mois avant que de Gaulle entre en triomphe dans Paris, la place de l’Hôtel de Ville était noire de monde pour accueillir Pétain ! Les Français se racontent des histoires : ils veulent tous croire qu’ils ont entendu l’appel du 18 juin, qu’ils ont été héroïques et formidables. La vérité est un peu plus nuancée… »

 

1940s

Die Gestapo (2), 01/12/2004 – in : TV Magazin

 

« Im Krieg wütete die Terrorgruppe auch im Ausland. Teilweise mit Unterstützung lokaler Behörden, wie etwa in Frankreich. »

 

1940s

François Reynaert, Nos ancêtres les Gaulois et autres fadaises, éd. Fayard, 2010-12-26

 

(p.505) /WWII/

À la fin des années 1960, un célèbre documentaire, Le Chagrin et la Pitié, puis des tra­vaux historiques précis et implacables – en particulier ceux de l’his­torien américain Robert Paxton – montrent que la sympathie pour Pétain était plus répandue qu’on avait voulu le croire et la collabo­ration de son gouvernement beaucoup plus active. Ce « retour du refoulé », comme on dit en psychanalyse, tord le bâton dans l’autre sens : les Français auraient donc tous été collabos ?             

 

1940s

Henri Amouroux, La collaboration prend le chemin de l’Allemagne, Le Figaro Magazine, p.82-86

 

(…) « en juin 44, la collaboration militante, celle qui vaut adhésion aux thèses nazies, ne rassemble plus que quelques dizaines de milliers d’hommes. » (…)

« Associés à des SS, les miliciens qui ont participé aux combats de Loudéac et de Trébivan ont également participé aux exécutions qui ont suivi. Elles ont été précédées de supplices, puisque trente-huit corps de maquisards seront retrouvés en forêt de Lorges, « enfouis à fleur de tere, disloqués, tordus, membres brisés, mâchoire fracturée, thorax enfoncé », et que l’un des suppliciés avait eu les lèvres cousues avec du fil de fer.

 

1940s

http://www.flna.net/flna/page/le_martyr_des_enfants_alsaciens.htm

Le martyr des enfants Alsaciens-Lorrains au camp Margueritte

Les patriotes Alsaciens-Lorrains savent que l’histoire de leur pays leur est cachée par l’occupant français qui a intérêt à organiser une amnésie collective pour asseoir sa domination. Nous menons là aussi un combat quotidien pour relier ce triste présent à un passé que nous revendiquons.

Peu nombreux aujourd’hui sont nos compatriotes qui se souviennent des atrocités françaises à l’encontre de notre peuple à la fin de la seconde guerre mondiale. Pour la plupart d’entre nous, le martyr des enfants Alsaciens-Lorrains au camp Margueritte, près de Roazhon (Rennes), était inconnu. Il faut dire que le pouvoir a les moyens d’imposer le silence. Voici à ce propos le témoignage d’une patriote Alsacienne-Lorraine sur cette période de l’immédiat après-guerre : « L’affaire du camp Margueritte que vous évoquez est exacte. Cela s’est passé quelques mois après le cessez le feu. Tout le monde au pays en parlait à demi-mots bien qu’aucun article n’ait été écrit au moment des faits. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point la peur régnait à cette époque. » La peur, le crime et l’arbitraire en effet.

Le camp de concentration Margueritte n’a officiellement jamais existé, c’est la réponse qui est donnée par la mairie de Rennes à ceux qui tentent d’en savoir plus. Mais outre le fait que de nombreux survivants de cette époque se souviennent parfaitement avoir entendu relater les crimes qui y étaient perpétrés, nous disposons de deux témoignages de personnes incarcérées à Margueritte ainsi que de documents attestant de son existence et mentionnant le nom de son commandant, le lieutenant Lucas. Le premier témoignage est celui que rapporte Olier Mordrel dans son livre Breizh Atao, et qu’il a recueilli auprès d’anciens détenus: « Des jeunes filles alsaciennes, filles-mères du fait de militaires allemands, avaient été arrêtées à Strasbourg et envoyées à Rennes en wagon plombé avec une infirmière allemande. A l’arrivée, 12 enfants étaient morts. L’infirmière, envoyée au camp Margueritte, fut violée par tous les gardiens et décéda des suites des violences subies. »1 Comme le précise l’auteur, les patriotes incarcérés subirent comme les autres la torture et le viol et « l’incarcération des parents (…) à la place du suspect absent, parfois d’enfants à la place des parents, était monnaie courante »1

Le second témoignage est paru dans le n°71 (Février/Mars 1989) du journal nationaliste Gwenn ha Du, et a été aimablement mis à notre disposition par son directeur M. Jacques Le Maho. Il s’agit de l’entretien que Yann Bouessel du Bourg a eu avec madame Finotte Peresse, militante nationaliste incarcérée arbitrairement par les Français au camp Margueritte en 1944 ou elle est restée neuf mois. Nous extrayons de cet entretien le passage qui se rapporte à la déportation de nos compatriotes.

« Y. B.d.B.: Ils avaient déportés de petits Alsaciens?

F. P.: Oui, c’est un souvenir terrible. J’étais aux pluches ce jour-là. On était dans les quatre milles au camp Marguerite. (…) On les a vus arriver. C’était un vendredi et G… qui avait été directeur des Nouvelles Galeries et était alors chef de baraque vient nous trouver. Le vendredi matin dans le camp Margueritte, on faisait des prévisions de nourriture pour jusqu’au lundi soir. Si vous arriviez le samedi et que vous n’étiez pas trop nombreux, vous pouviez espérer manger quand même quelques pommes de terre. (…) Mais vous n’étiez pas prévus. Vous étiez là effectivement, mais pas pour manger!

Donc ce vendredi après-midi G… se présente et dit : « Voilà, il y a un contingent de femmes alsaciennes qui arrivent avec quelques hommes et des enfants – il y avait peut-être une cinquantaine d’enfants – rien n’est prévu pour leur donner à manger. Ils ne seront pas à l’effectif de nourriture avant mardi, alors, c’est un geste de Français si vous voulez les aider… » Alors j’ai crié: « De Français? Ah non! Humain peut-être mais pas de Français! » Nous les avons nourris pendant quatre jours. Réellement ça a été spontané, que ce soit les filles de joie, que ce soit n’importe qui, nous leur avons donné absolument tout ce que nous avions, ce que nos parents nous apportaient – ce qui n’était pas grand-chose parce qu’on nous en fauchait une grande partie à la réception. Et ces enfants restèrent dans le camp. A quelques temps de là, j’étais encore aux pluches, un plateau de chez Métrailles est arrivé. Un de ces plateaux tiré par un cheval qui servait à transporter les provisions. Je vois encore le conducteur (…) un type très grand et bourru. (…) Pour lui, nous étions des femmes infectes sûrement et on méritait bien d’être là et d’être massacrées probablement. Et à ce moment, un groupe d’enfants est passé. Ils étaient conduits par un « Corps Urbain » qu’on appelait 10h10 parce qu’il marchait comme un métronome. (…) Il avait une petite badine avec laquelle il tapotait les mollets des enfants. (…) Ils étaient dans un état squelettique et le charretier nous regarde et nous dit: « Qu’est ce que c’est que ça? » On lui répond: « Eh bien ce sont des enfants! » – « Des enfants? (…) Pourquoi sont-ils là? » – « Ce sont des enfants qui viennent d’Alsace. » Il est entré en colère! Il s’est mis à jurer, mais à jurer! Je crois qu’il était à un kilomètre de là qu’on l’entendait encore jurer! « Si c’est pas une honte! Mais qu’est ce qu’on nous raconte! Et on met des enfants dans un camp de concentration! » Il était dans un état!

Et alors tous les petits enfants alsaciens sont morts.

Ils sont tous morts les uns après les autres, de choléra infantile mais surtout de privations. Ce fut réellement horrible. Et il y avait là parmi ces Alsaciens, des hommes, des bossus, des infirmes, enfin vous savez, ceux qui n’avaient pas pu suivre, de pauvres gens! Ah le pays de la liberté et de la civilisation! Mais oui! Ces choses-là on ne les dit pas! Moi je l’ai dit autant que j’ai pu… »

Le sang de nos martyrs, et ils se comptent au moins par dizaines de milliers depuis le début de l’occupation, est un appel bouleversant au combat. La justice que nous leur devons ne s’accomplira qu’avec le départ des Français. Ceux-ci n’en seront pas quittes pour autant, ils devront impérativement reconnaître leurs crimes et présenter des excuses officielles à l’Etat Libre d’Alsace-Lorraine.

 

1940s

http://www.religioustolerance.org/holo_apol.htm

 

France

French complicity in Nazi atrocities was a dirty-little-secret that was not publicly acknowledged by senior French officials, until recently:

1940: The Vichy government of France collaborated with Nazi Germany by freezing about 80,000 Jewish bank accounts. During the following four years, the government deported about 76,000 Jews to Nazi death camps. Only about 2,500 survived.

1995: It took more than five decades after the atrocities ended until a French president, Jacques Chirac, was finally able « to admit that the state bore a heavy share of responsibility in the mass round-ups and deportations of Jews, as well as in the property and asset seizures that were carried out with the active help of the Vichy regime. » 1

1997: Lawyers representing thousands of death camp survivors and relatives of camp victims initiated a group of lawsuits in the United States. These were launched to force French banks to return the money seized from Jewish accounts.

1998: During this year:

 

Maurice Papon, a senior official in the Vichy regime was sentenced to ten years in prison for his role in organizing the deportation of 1,590 Jews from the Bordeaux area.

French officials installed a committee in the central bank’s headquarters to oversee an inventory of all suspect accounts. They set no deadline for the completion of the task. It was established to « report to an official state commission led by concentration camp survivor Jean Matteoli, which is attempting to systematically track down and make an inventory of goods of all types seized from French Jews during the Nazi occupation years. 2

 

2000: During this year:

A Wall of Memory was erected at the Memorial to the Jewish Martyr in Paris’ Marais district, the home of most of the capital’s pre-war Jewish community. Dozens of trees were planted, forming an « avenue of the righteous » that leads up to the memorial. They honor those French citizens who protected Jews or helped them to escape from the Nazis.

Lionel Jospin, the prime minister of France, announced that children of those Jews deported by the Vichy regime will get either a lump sum payment or a monthly pension. 1

The French government set up a committee to process individual requests of reparation for confiscated French property. The Mattéoli Commission estimated that art work and other property worth US$ 1.5 billion was stolen. The French National Museum is actively trying to locate the owners of about 2,000 works of art that were seized from Jews during World War II and shipped to Germany.

 

2001: The U.S. and French governments reached an agreement which is expected to be signed in late 2001-JAN. The U.S. lawsuits will probably be dropped, in exchange for a « substantial, multi-million dollar sum » to be paid by French banks to Holocaust survivors and descendents of Holocaust victims. The Mattéoli Commission estimated that about US$ 450 million lies dormant in French accounts.

Michel Japkowicz is a 65-year-old pharmacist in Paris. His father and brother, then 15 years of age, were exterminated in the Holocaust. He commented: « The deal was 55 years [too] late. But it’s moral satisfaction. For so long, we’ve had the impression that France was saying ‘we’re not guilty — it’s the others.’ Now, they’re finally making amends.« 

 

1940s

Jacques Cordy, Les patrons français sous l’ occupation, LS 06/11/1995

 

Renaud de Rochebrune (49 ans), Jean-Claude Hazera (48 ans), dirigeants de revues économiques, après 4 ans d’ enquêtes: la politique de destruction des entreprises juives menée par l’ administration française fut systématique …

 

1940s

Jean-Pierre Azéma, Olivier Wieviorka, Vichy 1940-1944, éd. Perrin, 2000

 

(p.20) Entre-temps, le 14 juin, les troupes allemandes avaient pénétré, l’arme à la bretelle, dans Paris déclaré ville ouverte ; les avant-gardes avaient dépassé Lyon et menaçaient Bordeaux.

La fin de la campagne, l’annonce de l’armistice aidant, s’effectua presque partout dans un désordre incroyable. A Rennes, un simple caporal fit prisonnier à lui seul l’état-major de la Xe armée.

C’est cette débandade ultime qui allait donner de la cam­pagne de France une image injustement (sic) dérisoire.

 

(p.24) Jusqu’au début de juin, l’évacuation de Belges puis de Français des zones situées à proximité directe des combats s’était faite sans trop de heurts (sic), d’autant que les cheminots avaient consenti un gros effort pour achemi­ner vers le sud les plus inquiets.

 

(p.42) La Grande-Bretagne, qui jouait sa survie sur la maîtrise de la mer par la Royal Navy, serait gravement menacée si les forces de l’Axe mettaient la main sur la flotte française, la quatrième du monde par son tonnage, forte d’unités très modernes, montées par des équipages expérimentés (sic).

 

(p.53) « Cette politique est la mienne […] C’est moi seul que l’Histoire jugera», affirmait Pétain le 30 octobre 1940. Ce souci honore le vainqueur de Verdun. Car en exigeant, par des manœuvres douteuses, la conclusion de l’armistice et la remise des pleins pouvoirs, il engageait une politique dont la collaboration constituerait l’aboutissement naturel. Au rebours de la France, la Belgique et les Pays-Bas évitaient en capitulant d’enclencher un mécanisme de négociation conduisant à rechercher, quel qu’en soit le prix, la conclu­sion d’un traité de paix. De leur côté, en plaidant pour un alignement inconditionnel sur le Reich, les petites cohortes nazies, guidées par un Quisling — en Norvège — ou un Ante Pavelic — en Croatie —, se disqualifiaient, n’ayant qu’une modeste audience auprès de leur population. Héros de la Grande Guerre révéré par la population, Philippe Pétain, maréchal de France, s’engageait donc sur de dange­reuses traverses. D’autant que l’Allemagne — contrairement à une légende vivace — n’a jamais exigé de la France qu’elle collaborât, se bornant à escompter sa neutralisation et à entreprendre son pillage.

 

(p.60) Pour sa part, Otto Abetz milite activement pour un rap­prochement franco-allemand. Sentimentalement favorable à une entente entre les deux pays et désireux, par pacifisme, de construire une nouvelle Europe, l’ambassadeur allemand veut desserrer la bride en offrant aux vaincus des conces­sions tangibles. Qu’on ne se méprenne pas, pourtant, sur cette francophilie. Dans l’esprit de ses promoteurs, la France demeure un pays vaincu, à traiter comme un partenaire mineur puisque le Reich se réserve la direction exclusive de l’Europe nouvelle.

 

(p.69) Les Allemands laissent ainsi Vichy mener une politique antisémite autonome et n’imposent pas, en zone libre, le port de l’étoile jaune. Pour la police, les accords Bousquet-Oberg, conclus en juillet 1942, distinguent la répression politique — confiée aux Français — de la répression militaire — qui relève des Allemands. A de rares reprises, le Reich envisage d’accroître les forces militaires pour que la France défende seule son Empire, une proposition que les militaires allemands formu­lent au printemps 1941, par exemple. Et bien que les nazis, idéologie nationaliste oblige, soutiennent un temps les auto­nomistes bretons et flamands, ils les sacrifient sans hésiter pour ne pas ébranler l’intégrité territoriale que Vichy affirme défendre.

Quelques gestes, symboliques ou concrets, doublent ces concessions. Le 15 décembre 1940, Hitler, sacrifiant à la légende napoléonienne, restitue les cendres de l’Aiglon afin que l’Empereur et son fils soient, au-delà de la mort, enfin réunis.

 

(p.85) Les collaborationnistes

 

Vichy, à l’évidence, déplore cette fronde. Non que les col­labos alignent des effectifs spectaculaires : 150 000 militants en 1942, 250 000 en 1944. Réactionnaires et cléricaux, les pétainistes ne partagent pas, on le sait, les options fascistes que professent ces exaltés. Mais en divisant l’opinion publique, en contestant l’autorité du régime, ils sapent les fondements d’un État qui se prétend autoritaire et affirme réaliser l’unité nationale. Les Allemands, Abetz en tête, jouent de cette rivalité. Arrosant journaux et partis de copieux subsides, ils agitent P« épouvantail parisien » (J.-P Azéma) pour montrer qu’une équipe, prête à la relève, peut supplanter la vieille garde. Sans penser à confier le pouvoir à des hommes au crédit limité (bien qu’un million de per­sonnes soient proches de cette mouvance), ils utilisent ces exaltés à titre dissuasif, pour faire pression sur Vichy. (…)

 

On pourra, en entomologiste, nuancer ces constats, en soulignant la diversité des collaborationnistes. La gauche fournit quelques recrues. Membre du bureau politique, le communiste Marcel Gitton, échaudé par le pacte germano-soviétique, bascule dans la collaboration dès 1940. Quelques syndicalistes, dont Georges Dumoulin, ci-devant cégétiste, célèbrent l’œuvre sociale des nazis. Mais les plus fortes cohortes proviennent de l’ultra-droite. Familière de l’antisé­mitisme, éprise d’ordre et de violence, elle trouve dans le nazisme un exutoire à ses fascinations morbides. L’écrivain (p.86) Drieu la Rochelle « aime trop la force […] et [a] trop déses­pérément souhaité sa renaissance pour ne pas la saluer là où elle estl ». Passé au fascisme dans les années trente, Doriot espère, grâce aux Allemands, accéder au pouvoir. Député conservateur catholique avant la débâcle, un Henriot, après le 22 juin 1941, rallie les nazis par anticommunisme. Mais, par-delà ce pluralisme, les solidarités l’emportent. Tous les collabos tablent sur la victoire du Reich. Tous recourent à des moyens identiques — partis, presse, radio pour les mieux en cour. De gauche comme de droite enfin, les ultras finissent par user de méthodes policières, devenant déla­teurs puis bourreaux, avant de défendre, sous l’uniforme allemand, les décombres de l’Allemagne nazie. Une concep­tion pour le moins dévoyée de l’intérêt national.

 

(p.91) Roosevelt considère De Gaulle comme un apprenti-dictateur, (…).

 

(p.102) Ces efforts répondent parfois aux attentes de patrons que les scrupules patriotiques n’étouffent guère. Au nom de l’en­treprise, ils sont prêts à travailler avec le diable et n’hésitent pas, lors des « déjeuners de la trahison », à festoyer au Ritz avec un occupant qui paie si bien. Mais ces patrons, jaloux de leur indépendance, récusent le droit de regard que l’Etat français prétend s’arroger. En traitant directement avec les Allemands, ils contournent, au vrai, le contrôle que Vichy prétend leur imposer. Certes, le patronat repousse parfois les offres de l’occupant. Si la firme de BTP Sainrapt et Brice

 

(p.104) Vichy/Auschwitz

 

« II faut, de nouveau, proclamer avec vigueur que le pro­blème juif n’est pas un problème spécifiquement alle­mand mais un problème qui se pose pour toutes les nations, et pour la France d’une façon urgente», affirme Louis Darquier, dit de Pellepoix, en août 1940. En menant une politique antisémite autonome, Vichy répond sans attendre à cette injonction. Dans un premier statut (3 octobre), il considère comme juive « toute personne issue de trois grands-parents de race juive ou de deux grands-parents de la même race, si son conjoint lui-même est juif». Fondée sur un critère racial, cette définition exclut les juifs de nom­breuses fonctions (le service de l’Etat, la presse, le cinéma notamment), l’accès aux professions libérale étant par ail­leurs soumis à des quotas1.

Manquant de clarté, cette loi est remplacée, le 2 juin 1941, par un nouveau statut qui aggrave le précédent. Outre qu’il allonge la liste des métiers interdits, il étend les dispositions restrictives à des catégories jusque-là épargnées. Les demi-juifs sont ainsi considérés comme juifs si leur conjoint est demi-juif. En créant le 29 mars 1941 un Commissariat géné­ral aux questions juives (CGQJ) qu’il confie à un antisémite convaincu, Xavier Vallat, l’État français se dote d’un instru­ment renforçant l’efficacité de sa politique raciale. L’admi­nistration française recense, fiche ou interne une population désormais marginalisée. Mais hormis le CGQJ — qu’a réclamé le Reich —, ces mesures, répétons-le, ne répondent (p.105) pas à des pressions allemandes. Prônant un antijudaïsme d’État, l’État français, dans une logique xénophobe et anti­sémite, veut limiter l’influence des juifs et épurer la commu­nauté française de ses éléments étrangers *. (…)

 

La Solution finale postule en France le concours de la police nationale, les Allemands n’ayant pas les effectifs suffi­sants pour opérer les arrestations. Vichy, ici, ne marchande pas son soutien2. Laval espère ainsi prouver sa loyauté tout en sauvegardant la souveraineté vichyste — l’État français conservant le contrôle des opérations. En livrant les juifs étrangers, il reste fidèle à un ethnocentrisme visant à exclure les éléments apatrides. Cette logique criminelle conduit la police française à organiser la rafle du Vél’d’Hiv’ des 16 et 17 juillet 1942. Elle incite Laval à proposer, le 4 juillet, la déportation des adolescents de moins de seize ans et des enfants — une exigence que les Allemands n’avaient pas formulée. Elle l’amène à livrer les juifs apatrides qui avaient cru trouver, en zone libre, un précaire refuge. Certes, le pouvoir n’impose pas, au sud, l’étoile jaune et défend ses ressortissants. En septembre 1942, il refuse d’arrêter 20 000 juifs français et s’oppose, en 1943, à la dénaturalisation des citoyens devenus français après 1927. Pour conserver le concours vichyste, les autorités allemandes font mine de s’incliner. Mais ces résistances restent sans effet. Arrivés au pouvoir à l’hiver 1943, les collaborationnistes contrôlent l’appareil répressif. Et les responsables allemands (Oberg, (p.106) Knochen, Brunner) contournent localement les digues fra­giles qu’érigé le pouvoir central. Ils contraignent ainsi les policiers à rafler les juifs bordelais — pourtant français — en janvier 1944.

 

Sans être l’auteur de l’extermination, l’État français en a donc été le complice. Par connivence idéologique et intérêt politique mal compris, Vichy a placé son appareil d’État au service du Reich, lui permettant de recenser, d’arrêter puis de déporter 80 000 juifs — dont 24 500 citoyens français. 2 500 seulement reviendront des camps de la mort. « Si l’on avait pu seulement supposer cette « solution finale », il est vraisemblable que la politique de Vichy eût été différente », plaidera l’amiral Auphan. Une politique se juge sur des réa­lités, non sur des intentions. Parce qu’elles furent drama­tiques pour les juifs, elles accablent Vichy.

 

(p.114) Le Reich, par ailleurs, compte sur les séides de Darnand pour assurer un maintien de l’ordre qu’il serait bien en peine d’assumer seul. La Milice, forte de 26 000 à 30 000 hommes au début de l’année 1944, s’efforce, malgré sa piètre valeur militaire, de tenir le pays. Certes, les forces allemandes, aux Glières ou dans le Jura, montent de sanglantes opérations contre les maquis. Mais le concours des services répressifs français évite à l’Allemagne d’affecter ses troupes au main­tien d’un ordre désormais ouvertement contesté par la Résis­tance. L’aide de la Milice qui, à Grenoble comme à Bordeaux, torture les résistants et obtient quelques aveux ne saurait dès lors être tenue pour quantité négligeablel.

 

(p.121) Philippe Pétain et nombre de ceux qui l’entouraient se seraient bien passés de la collaboration d’État avec le Reich, de plus en plus risquée au fil des mois. Leur grand dessein, c’était de remodeler la France, de la remettre sur les rails après ce qu’ils considéraient comme des décennies d’erreurs et de gabegie démocratique, pour façonner un homme nou­veau. Cette révolution menée d’en haut, au nom d’une idéo­logie dont les fondements relativement syncrétiques puisaient à des sources françaises, fut finalement baptisée Révolution nationale.

 

(p.123) (…) toutes les droites se sont retrouvées au rendez-vous vichyssois …

 

(p.124) (…) avec la crise de l’automne 1943, émarge un Etat milicien haï par tous. (…) Et, parmi les forces sociales organisés, seuls des anciens combattants et une majorité d’évêques restent fidèles.

 

(p.140) (…) Nombre de dirigeants des associations les plus droitières, y compris l’UNC (Union nationale des combattants) qui avait regroupé plus de 900 000 membres, plus ou moins brouillés avc la République, allaient se retrouver dans les instances dirigeantes de la Légion, (…).

Ces légionnaires qui participèrent jusqu’au bout aux grandes messes du régime, saluant – curieusement – bras tendu le ‘vainqueur de Verdun’ bénéficièrent au retour du soutien indéfectible de Pétain.

 

(p.157) Pour les quelque 350 000 juifs français (à l’époque sou­vent nommés « Israélites »), ou de nationalité étrangère (notamment polonaise, russe, allemande), ces années-Vichy furent particulièrement noires1. Ce sont bien les nazis qui ont planifié et organisé la déportation des juifs de France. Mais il y fallut la complicité pleine et entière des hommes de Vichy, même si ceux-ci affirmaient volontiers que l’anti­sémitisme « d’État » dont ils faisaient profession différait de l’antisémitisme dit « de peau ».

 

La Révolution nationale se réclamait d’un « nationalisme fermé » (la formule est de Michel Winock) ethnocentrique. La droite extrême en avait fait depuis quelques décennies un de ses chevaux de bataille. Car l’antijudaïsme chrétien, pourfendeur du peuple décide, avait été relayé, à compter des années 1890, par l’antisémitisme propagé par les néo­nationalistes, et notamment par l’Action française : à leurs yeux, « l’Anti-France » menait un travail de sape contre la nation ; et c’était le juif qui était le plus dangereux, surtout s’il se prétendait assimilé alors qu’il ne serait jamais qu’un métèque.

Cette analyse, la plupart des hommes de Vichy la font leur, pour mettre en œuvre une politique de ségrégation des juifs français et d’exclusion des juifs étrangers. Immédiate­ment, et sans que l’occupant exerce alors une quelconque pression, Vichy, pratiquant ce que Maurras appelle l’antisé­mitisme d’Etat, établit une réglementation spécifique des (p.158) conditions de vie civiles et professionnelles des juifs français.

 

(p.175) Et, sous bénéfice d’inventaire, il paraît bien que le maréchalisme de base ait suscité plus d’adhésion de la part des Françaises que des Français ; en tout cas, celles-ci, par la suite, se sont montrées moins sévères que les hommes pour la méomire du Maréchal.

 

(p.176) Comme tout régime autoritaire l’Etat français allait rechercher l’appui politique de l’Église catholique, en tant que pouvoir intermédiaire, d’autant que celle-ci avait conservé en France une influence culturelle certaine qui avait encore crû avec le désastre1. Il prit seulement garde de ne pas froisser les 700 000 protestants français, traités avec une relative bienveillance.

(p.177) Sur l’école, en revanche, les discussions furent beaucoup plus âpres. L’épiscopat désirait à la fois pénétrer idéologiquement l’école publique, pour en finir avec l’« école sans Dieu », et recevoir une aide pécuniaire au nom de la « répar­tition proportionnelle scolaire ». Sur le premier point, les gains furent minces puisqu’il fut décidé, en mars 1941, que la religion serait une matière facultative et enseignée à l’exté­rieur des locaux scolaires, au nom du principe : « neutralité religieuse dans les écoles de l’État, liberté de l’enseignement dans la nation ». En revanche, l’aide financière fut accor­dée : l’État consentait, en effet, contrairement à une tradi­tion antérieure solidement établie, à allouer, sous certaines conditions, de l’argent public à l’enseignement privé (…).

 

(p.178) (…), Vichy manifestait bien un esprit clérical, même si c’était encore à la manière française. Et jusqu’au bout l’épiscopat reconnaîtra la légitimité du régime du Maréchal.

 

(p.180) Les catholiques allaient tirer leur épingle de la nouvelle donne, eux qui s’étaient sentis cantonnés, sous la Répu­blique, dans une sorte d’exil politique. Le catholique est devenu persona grata dans les cercles gouvernementaux, occupant par exemple, comme le firent Georges Lamirand et le général de La Porte du Theil, des postes clés dans les mouvements de jeunesse.

 

(p.183) Le retour de Laval aux affaires, en avril 1942, boleverse de nouveau l’équipe gouvernementale. (…) Il s’entoure de fidèles. Ils ne proviennent pas des rangs des droites réactionnaires mais plutôt de familles de la droite radicale-socialiste d’avant guerre. (…)

 

(p.195) Qui étaient les miliciens ? La Milice était dirigée par un noyau solidaire, provenant dans sa quasi-totalité de la droite extrême. Un deuxième cercle rassemblait des pétainistes purs et durs dont certains, il est vrai, quittèrent le mouve­ment lorsque Darnand et les siens adoptèrent une stratégie ouvertement collaborationniste ; leur départ fut compensé par l’enrôlement de jeunes peu politisés, issus de milieux plus populaires, donnant au régime l’un des caractères du fascisme plébéien. Ils étaient environ 25 000 en 1944. (…)

 

Quelque 45 000 gendarmes, 6 000 gardes mobiles, 25 000 GMR (groupes mobiles de réserve, particulièrement répressifs) et tous les corps de police.

(p.196) Avec le plein accord du gouvernement, Darnand lança ses miliciens et ces forces répressives contre les résistants1, quelle que fût leur appartenance idéologique : ce sont les miliciens qui investirent notamment le plateau des Glières, traquant voire torturant les survivants, et qui montèrent de véritables opérations de guerre civile après le débarque­ment. Dans le même temps, la Milice réglait ses comptes politiques en assassinant entre autres Hélène et Victor Basch, Georges Mandel et Jean Zay.

La très grande majorité des Français, sachant qu’on tortu­rait même dans leur château des Brosses, situé à quelques kilomètres de Vichy, les tenait pour des tortionnaires et des traîtres manifestant une complicité active avec l’occupant. A la Libération, ils furent livrés, après un jugement souvent sommaire, aux pelotons d’exécution de l’épuration. Cin­quante ans après, la mémoire de la Milice demeure unifor­mément noire.

 

(p.198) /en 1970,/ le film de Max Ophuls, Le Chagrin et la Pitié, est alors interdit en télévision pour sa présentation non conformiste de Clermont-Ferrand durant les années noires.

 

(p.201) /Vichy/ Causeries prononcées par quelques célébrités, Giraucoux, Sacha Guitry, Claudel (…)

 

(p.214) L’annexion brutale des départements de l’Est préci­pite 150 000 Alsaciens-Lorrains dans les affres de l’exil. Outre un départ pour le moins hâtif qui les oblige à aban­donner tous leurs biens — ces infortunés n’ont le droit d’emporter que 2 000 francs et 30 kilos de bagages —, l’in­sertion en zone libre de cette population n’est pas toujours aisée. Les départements d’accueil se plaignent de cette sur­charge démographique qui complique le ravitaillement. Et comment ne pas comprendre la détresse d’un enfant qui, parti chez le cordonnier à Saint-Jean-d’Angély, revient avec des chaussures non réparées où le mot « Boche » est inscrit à la craie sur les semelles?

 

(p.229) Mais des considérations plus sordides dictent partois des conduites guidées par un opportunisme brutal. En dislo­quant les repères familiers et en semblant garantir la victoire à l’Allemagne, la débâcle de 1940 incite en effet une partie des Français à préserver leurs intérêts privés, sans se soucier des conséquences générales de leurs attitudes. Pour sauve­garder leurs entreprises, les patrons entretiennent de fruc­tueux contacts avec l’occupant. Dès 1941, les fabricants de pneumatiques installés dans la région clermontoise — Michelin et Bergougnan — négocient de juteuses commandes avec le Reich, et les établissements Ducellier fournissent en pièces détachées Bosch et Ford-Kôln1. Les intellectuels suivent parfois le même chemin. En 1942, le responsable allemand de l’édition, le lieutenant Heller, spontanément contacté par Giono — pourtant réfugié en zone sud —, le trouve « extrêmement bien disposé » à l’égard de la collaboration. De même, en zone nord cette fois, les universités anticipent l’application des textes antisé­mites et chassent les enseignants juifs sans attendre que les Allemands en formulent la demande. Le sous-directeur de l’École libre des Sciences politiques, Roger Seydoux, élimine professeurs juifs ou anti-allemands, avant de proposer quelques cours aux nouveaux mentors, Benoist-Méchin ou Jean Legay2.

 

(p.236) Motivations idéologiques et matérielles se conjuguent pour expliquer l’attrait d’un collaborationnisme fort éloigné du modèle notabiliste proposé par Vichy, et auquel auront succombé quelque 250 000 Français.

 

(p.237) Le cinéma français connaît ainsi une heure de gloire. Malgré la division en deux zones, le nord dépendant de la Propaganda-Abteilung et le sud relevant dans un premier temps de Jean-Louis Tixier-Vignancour, secrétaire général adjoint à l’Information, la France produit dans la nuit de l’Occupation 225 films et 400 documentaires. Et si l’histoire a oublié Coup de feu dans la nuit (un film de Robert Péguy) et Le Loup des Malveneurs (signé Guillaume Radot), elle a en revanche retenu La Nuit fantastique de Marcel Lherbier, Les Inconnus dans la maison (qui marque les premiers pas d’Henri Decoin), Le Corbeau d’Henri-Georges Clouzot, sans omettre Les Visiteurs du soir du trio Prévert-Carné-Kosma1.

(p.238) De même, le théâtre connaît des jours fastes. Car les auteurs, loin de se cantonner dans un mutisme réprobateur, ont produit avec une belle constance. Henry de Montherlant donne La Reine morte, Jean-Paul Sartre propose Les Mouches et Huis clos. Et Jean-Louis Barrault crée l’événe­ment de la saison 1943 en montant en novembre Le Soulier de satin de Paul Claudel. Une large majorité d’écrivains suit le même chemin et propose à un public affamé de robora­tives nourritures intellectuelles. Car les valeurs consacrées n’ont pas toutes rangé leur plume, tant s’en faut. Georges Duhamel publie le tome IX de La Chronique des Pasquier, François Mauriac La Pharisienne, Louis Aragon Les Voyageurs de l’impériale — mais dans une version expurgée. Et de jeunes talents font leurs premières armes, de Margue­rite Duras (Les Impudents) à Albert CamusL’Étranger et Le Mythe de Sisyphe sortent en 1942 —, sans oublier le Cas­tor dont L’Invitée figure aux étals des libraires en 1943. Les jurys littéraires persistent à siéger et le prix Concourt récompense en 1941 Henri Pourrait pour Vent de mars, en 1942 Marc Bernard pour Pareils à des enfants1

 

(p.240) Marcel Pagnol, dans La fille du puisatier, adhère aux valeurs pétainistes (…).

 

(p.242) Le 15 mai 1942, le Gotha artistique et mondain se préci­pitait à l’Orangerie des Tuileries pour honorer de sa pré­sence le vernissage des œuvres d’Arno Breker1. De passage à Paris, l’artiste préféré du Führer allait de réception en réception, accueilli au musée Rodin par Landowski et Vlaminck, reçu à Matignon par Pierre Laval, fêté dans les salons de l’ambassade par Arletty, Brasillach et Copeau. Certes, la curiosité mondaine expliquait la présence des élites françaises à cette débauche de cocktails, de même qu’une servilité certaine à l’égard de l’occupant incitait quelques artistes à partir outre-Rhin dans des voyages savamment orchestrés par la propagande. Mais les motiva­tions intéressées ne sauraient voiler l’intérêt que suscitait, pour les adeptes de l’Europe nouvelle, le nazisme. Nombre d’intellectuels ne considéraient-ils pas Berlin comme une nouvelle Athènes où puiser désormais les sources d’une ins­piration renouvelée ? Car artistes et intellectuels se sont mobilisés en nombre aux côtés du nazisme. Engagés dès l’avant-guerre à l’ex­trême droite, quelques écrivains poursuivent leur combat contre la décadence à l’ombre de la croix gammée. Brasillach et Drieu la Rochelle militent dans Je suis partout, pour l’Europe nouvelle et Lucien Rebatet, avec Les Décombres, règle en 1942 ses comptes avec la gauche, les juifs et la droite (Maurras inclus) dans un pamphlet violence inouïe. (…)

(p.244) Quelques éditeurs célèbrent les vertus e l’ordre nouveau, tels Robert Denoël ( …) ou Bernard Grasset, très empressé auprès de l’occupant.

 

(p.245) Se rangeant aux côtés de l’Allemagne nazie ou misant, parfois naïvement, sur le régime vychiste, nombre d’artistes se sont soumis aux nouvelles règles du jeu, aliénant ainsi leur indépendance créatrice, bridée ou mise au service d’un combat politique.

 

(p.250) (…) quelques expositions militantes (« Le juif et la France » en septembre 1941, « Le bolchevisme contre l’Europe » en mars 1942) d’inspiration allemande mais de réalisation bien française sont organisées pour mobiliser l’opinion publique.

 

(p.259) Sur 130 000 soldats d’Alsace-Lorraine enrôlés de force dans la Wehrmacht, dont 80%  partiront sur le ront russe, 22 mourront au feu et 18 000 disparaîtront, la plupart dans les camps soviétiques où ils furent traités, malgré les efforts gaullistes (sic), en ennemis.

 

(p.260) Pourtant — et au rebours d’une légende pieuse — les Alsaciens-Lorrains furent parfois les complices du nazisme. Outre les autonomistes qui croyaient — fort naïvement — que Hitler reconnaîtrait leur identité régionale, des milliers d’individus, par opportunisme ou par conviction, aidèrent les Allemands à imposer leur loi. En Alsace, un tiers des maires furent maintenus — preuve que leurs maîtres leur accordaient pleine confiance. Et 74 000 petits chefs, en Alsace, prêtèrent main-forte aux nazis pour encadrer la population. Certes, la Moselle resta très réservée à l’égard de l’ordre brun. Mais une partie de l’Alsace succomba à ses charmes. A la Libération, un voile pudique dissimula cette étrange connivence, et les Alsaciens, refusant tout examen de conscience, endossèrent l’habit — respectable — de vic­times. Une vision pour le moins optimiste que l’historien se doit de nuancer1.

 

La persécution antisémite

 

(p.269) Dès 1940 en effet, le régime vichyste persécute les juifs, français ou étrangers. Outre qu’il promulgue, sans avoir subi  de pressions allemandes, deux statuts (le 3 octobre 1940 et le 2 juin 1941), il oblige les juifs à se faire recenser en zone libre (2 juin 1941), suivant le processus inauguré par les Allemands au Nord le 27 septembre 1940. Des recense­ments qui cherchent évidemment à faciliter les opérations de police dans l’une et l’autre zones2. Ces opérations admi­nistratives se doublent de mesures policières visant principa­lement les juifs d’origine étrangère. Le 27 septembre 1940, une loi permet d’intégrer tout étranger en

« surnombre dans l’économie française » dans des Groupements de travailleurs étrangers (GTE).

(…) (p.270) Les juifs sont mal protégés contre la haine des nazis français.

 

(p.272) La traque des juifs

Le travail bureaucratique de l’administration française avait facilité la tâche de la police. Recensés au Nord en octobre 1940, au Sud à partir du 2 juin 1941, les juifs, désor­mais fichés, devenaient des proies faciles puisque les auto­rités répressives disposaient de leur nom et de leur adresse. Les arrestations s’appuyèrent sur l’exploitation rationnelle de ces fichiers. Le 14 mai 1941, la première grande rafle se déroulait à Paris.

 

(p.273) La traque des juifs constitue donc un lieu privilégié de la collaboration franco-allemande. Sans le concours de la police et de la gendarmerie françaises — qui assument seules la quasi-totalité des arrestations, voire la garde des camps — le Reich n’aurait pu conduire comme il l’a fait sa politique antisémite.

 

(p.284) En dévoilant les connivences qui avaient uni le rénovateur du socialisme français au régime vichyste, Péan, outre les révélations troublantes apportées sur François Mitterrand, restaurait les années sombres dans une complexité parfois occultée. La figure d’un jeune Rastignac, venu de la droite et tenté par Vichy, basculant dans la Résis­tance avant d’être touché par la grâce socialiste, illustrait la diversité d’itinéraires rebelles à toute généralisation.

(p.285) François Mitterrand, enfin, comprenant tardivement les méfaits du vichysme, s’engage pleinement dans la Résistance non sans avoir, au préalable, été décoré de la francisque (printemps 1943).

 

(p.289) (…), la gauche n’est pas exempte de toute compromission avec le Reich ou Vichy. Le pacifisme et l’anticommunisme dessinaient, il est vrai, de possibles connivences. Dans l’ensemble pourtant, Vichy tenta peu la mouvance progressiste. La légitimité du modèle républicain, l’imprégnation marxiste et le réflexe laïcard rendaient diffi­cile le ralliement à un régime qui se vantait d’étrangler la gueuse et célébrait les noces du sabre et du goupillon. Les flottements de l’an 40 furent, dans l’ensemble, assez tôt dis­sipés et si toute la gauche ne bascula pas dans la Résistance, elle prit assez tôt ses distances avec l’Etat français.

 

(p.296) /Jusqu’en 1942,/ les modestes effectifs qu’alignaient la France libre et la Résistance intérieure…

 

(p.335) Procès de Pétain

Maîter Isorni se faisait un malin plaisir de rapeler que le président et le procureur général, à l’image d’une magistrature qui s’était dans sa grande majorité couchée, étaient des pétainistes très récemment repentis.

(p.336) (…) ce procès politique fut dans une large mesure tronqué : juges et témoins appartenaient en majorité à ces élites qui, surtout si elles n’avaient pas trop souffert des années noires, demeu­raient sous le choc du désastre de 40, et qui d’autre part préféraient interpréter les mesures les plus graves prises par Vichy, celles qui mettaient en œuvre répression et exclusion, comme des retombées de la collaboration d’État, occultant ainsi les logiques spécifiquement vichyssoises.

 

(p.337) /Tentatives de réhabilitation/

 

On ne chercha guère à réhabiliter la mémoire de Darlan : l’homme et encore plus ses retournements de veste succes­sifs paraissaient décourager. Récemment, Hervé Coutau-Bégarie et Claude Huan lui ont consacré une biographie aussi bonne qu’indulgente. En revanche, Josée de Chambrun, la fille très aimée de Laval, aidée par son mari, a beaucoup -7 fait pour réhabiliter la mémoire de son père. Elle a notam­ment réuni entre 1945 et 1955 plus de trois cents témoi­gnages d’acteurs et de témoins, publiés en 1957 sous le titre La Vie de la France sous l’occupation. Ils font de Laval un « républicain » et un « criminel de paix » qui s’est sacrifié pour que la France demeure en dehors du conflit et ne soit , pas « polonisée ».

Pour la cause du Maréchall fut créée dès novembre 1951 J une association posthume, l’Association pour défendre la mémoire du Maréchal Pétain (l’ADMP), dont la cheville ouvrière était maître Isorni qui, lors du procès, avait refusé de plaider les circonstances atténuantes pour mieux défendre l’héritage du « bon Vichy ». Ces nostalgiques inconditionnels de Vichy, rejoints par les pétaino-gaullistes qu’emmenait le colonel Rémy, ont milité pour la révision du (p.338) procès (huit fois rejetée) et la translation des cendres du Maréchal à l’ossuaire de Douaumont (mais ils désavouèrent l’action du commando dirigé par Hubert Massol qui enleva le cercueil de Pétain en 1973).

 

La guerre froide aidant, la défense politico-culturelle du « bon Vichy » allait prendre de l’assurance. Des ouvrages écrits par des acteurs, on retiendra pour être les mieux argu­mentes ceux de Henri du Moulin de Labarthète, Le Temps des illusions, publié à Genève en 1946, et de Yves Bouthil-lier, Le Drame de Vichy, paru en 1951. Mais c’est Robert Aron, un « non-conformiste » des années trente converti au giraudisme qui, avec son Histoire de Vichy sortie en 1954, eut un rôle déterminant, en vulgarisant pour le grand public la thèse du double jeu maréchaliste.

A en croire les sondages, la personne même de Philippe Pétain bénéficia presque toujours — sauf en 1945 dans les mois qui suivirent le retour des déportés — d’une image relativement positive. En novembre 1994 encore, selon une enquête de la SOFRES, nombre de Français continuent de lui accorder des circonstances atténuantes : 22 % des sondés lui reprochent bien d’avoir « trahi la France », mais 24 % accordent qu’il « s’est trompé de bonne foi » et 30 % esti­ment même qu’il « a cherché à sauvegarder les intérêts de la France », alors que 24 % se déclarent sans opinion.

 

Quelques esprits inquiets affirment volontiers que la France serait menacée d’un retour de flamme du pétainisme. C’est confondre la difficulté qu’éprouvent certains Français à assumer la mémoire des années noires avec un projet poli­tique. Que tous les défilés — ou presque — du Front natio­nal comportent des portraits du Maréchal, brandis comme des icônes, et qu’un certain nombre de propositions du pro­gramme rédigé par Bruno Mégret s’inspirent de la Révolu­tion nationale, c’est l’évidence même. Mais, pour son fonds de commerce électoral, Jean-Marie Le Pen compte sur des thèmes plus adaptés aux peurs de ses contemporains. Dans la production historique récente figurent quelques ouvrages néo-aroniens, telle la très contestable Histoire de Vichy (p.339) publiée en 1990 par François-Georges Dreyfus. Mais leur audience reste médiocre. Si les nostalgiques ou les défen­seurs de l’État français ne font plus recette, cela ne signifie pas pour autant que l’opinion reste insensible à tous les enjeux symboliques qui tournent autour de Vichy. Les trois premiers présidents de la Ve République avaient fait déposer une gerbe sur la tombe de Pétain à une seule reprise et dans l’indifférence. En revanche, François Mitterrand qui, à partir du 11 novembre 1987, avait agi de même, fut contraint d’y renoncer en 1993. Les enjeux de mémoire s’étaient à nouveau déplacés.

 

(p.341) Roger Bourdreon définira Vichy comme une « variante du fascisme », sous-estimant le fait qu’il manquait à ce régime l’une des caractéristiques majeures du fascisme : l’expansionnisme guerrier.

 

(p.343) Le 5 avril 1971 finissait par sortir sur les écrans de deux cinémas parisiens Le Chagrin et la Pitié, initialement prévu pour la télévision française1. Malgré la longueur de sa pro­jection (quatre heures et demie) et son titre un peu énigma-tique (explicité il est vrai par son sous-titre : « Chronique d’une ville française sous l’Occupation »), ce film fut avec 600000 entrées un incontestable succès commercial2. Il avait rassemblé la moitié des spectateurs qui avaient plébis­cité, en 1966, La Grande Vadrouille, le plus fort triomphe du cinéma français, et une autre vision de la guerre… Ce succès était symptomatique de l’évolution des esprits.

Réalisé en 1967 par Marcel Ophuls en collaboration avec André Harris et Alain de Sédouy (les deux premiers ayant dû quitter l’ORTF après les « événements » de mai 1968), le film fut bloqué par les patrons successifs des chaînes de télévision jusqu’en 1981, alors qu’il était entre-temps distri­bué par une vingtaine de télévisions étrangères.

Pour quelles raisons les téléspectateurs français furent-ils privés du Chagrin et la Pitié ? Ce n’était pas à cause de la technique — il est vrai neuve pour l’époque — qui confron­tait bandes d’actualités, documents de l’époque (quarante-cinq minutes en tout) et interviews, trente ans après les faits représentés, de témoins et d’acteurs en majorité français. Non, ce qui était en cause c’était bien le parti pris idéologique, car les auteurs avaient nettement choisi, à travers (p.344) cette chronique en demi-teinte de la vie quotidienne à Clermont-Ferrand, de se lancer dans une entreprise de démystification.

 

(p.349) Les historiens confrontés aux rejeux de mémoire

 

Nous pouvons notamment affirmer que les hommes de Vichy n’ont mené aucune politique qui puisse correspondre, de près ou de loin, à un double jeu. Ajoutons qu’entre les options défen­dues respectivement par Pétain, Darlan (dont le proconsulat doit voir son importance réévaluée) et Laval, il n’existe plus qu’une différence de degré et non de nature.                     

Les enjeux de mémoire continuent, en revanche, à susciter des pseudo-querelles dont L’Idéologie française, publié en 1981 par Bernard-Henri Lévy, est l’exemple le plus cari­catural. Cet essayiste affirmait notamment que Vichy avait été « un fascisme aux couleurs de la France » et que le pétainisme était la pierre angulaire de la culture française. Le  soutien de Jean-François Revel, de Jean-François Kahn et (p.350)  de divers journalistes du Nouvel Observateur ne put dissimuler sa totale incompétence historique. (sic)

 

(p.354) les fonctionnaires de Vichy : celui d’avoir favorisé la collaboration avec l’Alle­magne, celui de s’être accommodés de l’abolition de la République, celui d’être restés indifférents devant les persé­cutions. Le premier ne concerne qu’une petite minorité de fonctionnaires, surtout des hauts commis ; les deux derniers ont été le fait du plus grand nombre, du moins jusqu’en 1944. C’est ce qui amène l’historien à formuler un jugement global plutôt pessimiste devant des gens qui ont confondu la conjonction du devoir d’obéissance et du formalisme bureaucratique avec l’éthique de responsabilité, au détri­ment le plus souvent des impératifs de l’éthique de conviction.

 

(p.355) On appelle « vichysto-résistants » des Français qui ont, dans un premier temps, cru en la Révolution nationale, ont sou­vent servi le régime, mais sont ensuite entrés en résistance

(p.356) sans esprit de retour. Ils le firent le plus souvent dans les semaines qui suivent le débarquement anglo-saxon en Algé­rie et au Maroc, et, pour la plupart d’entre eux, en emprun­tant, comme une sorte de sas, la voie du giraudisme.

Le corps social d’où sont issus le plus grand nombre est l’ex-armée d’armistice. Un certain nombre de ses officiers, sous l’impulsion des généraux Frère, Verneau et Revers, constituèrent TO.R.A. (Organisation de résistance de l’ar­mée). Il y eut également un certain nombre de fonction­naires à sauter le pas, à titre individuel. Pour illustrer le cas de ces ralliés à Giraud, puis à de Gaulle, qui avaient aupara-‘vant servi fort loyalement l’État français, on peut rappeler celui d’un futur Premier ministre, Maurice Couve de Mur-ville, qui gagna confortablement Alger, en mars 1943, via la Suisse, après avoir exercé sans rechigner des fonctions importantes comme directeur au ministère des Finances.

 

C’est sur François Mitterrand que s’est surtout focalisée l’attention, parce que, jusqu’aux tout derniers mois de sa présidence, il a, sinon dissimulé, du moins arrangé à sa manière la période qu’il avait passée à Vichy (au cours de laquelle il avait été décoré d’une des 2 500 francisques qui furent la récompense des loyaux serviteurs du régime), en déclarant dans Ma part de vérité : « Rentré en France je devins résistant sans problème déchirant. »

En fait, le sergent Mitterrand, prisonnier qui avait réussi la belle à sa troisième tentative d’évasion, en décembre 1941, était devenu à la fois maréchaliste et pétainiste, marqué qu’il était par une défaite dont il rendait responsables les hommes politiques, mais aussi par sa captivité. Après avoir trouvé un petit emploi à la Légion des combattants, il devenait en juin 1942 chef de la section presse du Commissariat au reclasse­ment des prisonniers de guerre. Les dérives de Vichy l’ame­nèrent en février-mars 1943 à entrer en contact avec l’Organisation de résistance de l’armée, puis à fonder, sous les pseudonymes de Morland ou de Monnier, son propre mouvement de résistance, le Rassemblement national des prisonniers de guerre II coupe alors toute relation avec (p.357) Vichy, mène une vie clandestine, poursuivi par les polices allemande et française, rencontre de Gaulle à Alger en décembre et se retrouve à la Libération secrétaire général du Commissariat aux prisonniers.

François Mitterrand, on le voit, est un vichysto-résistant caractéristique : il a, dans un premier temps, mis sa confiance dans le Maréchal qui manifestait un intérêt incon­testable pour les prisonniers et que Mitterrand créditait d’un double jeu au bénéfice des Alliés. Sa conversion au girau-disme accélère son engagement dans la Résistance. Ajoutons qu’à Vichy, il avait évité les compromissions possibles, d’au­tant qu’il fut continûment allergique à tout antisémitisme. Il ne devint vulnérable que lorsque, bien plus tard, il joua — comme nombre d’autres vichysto-résistants — avec sa propre histoire, avec la chronologie et donc avec les faits*.

 

1940s

Louis-Ferdinand Céline (chez Gallimard: check)

 

« Je me sens très ami d’Hitler, très ami de tous les Allemands, je trouve que ce sont des frères, qu’ils ont bien raison d’être si racistes. Ça me ferait énormément de peine si jamais ils étaient battus. Je trouve que nos vrais ennemis c’est les Juifs et les francs-maçons. Que la guerre qui vient c’est la guerre des Juifs et des francs-maçons, que c’est pas du tout la nôtre. Que c’est un crime qu’on nous oblige à porter les armes contre des personnes de notre race, qui nous demandent rien, que c’est juste pour faire plaisir aux détrousseurs du ghetto. Que c’est bien la dégringolade au dernier cran de dégueulasserie. Les juifs, racialement, sont des monstres, des hybrides, des loupés tiraillés qui doivent disparaître. Dans l’élevage humain, ce ne sont, tout bluff à part, que bâtards gangréneux, ravageurs, pourrisseurs. Le juif n’a jamais été persécuté par les aryens. Il s’est persécuté lui-même. Il est le damné des tiraillements de sa viande d’hybride. »

1940s

Manfred Weber-Lamberdière, Frankreich / « Kinder der Schande », Focus 30/2004, S. 160-161

 

200 000 « Kinder der Schande » wie Daniel Rouxelleben heute in Frank­reich. Doch bis diese Zahl der von Wehr­machtssoldaten gezeugten Kinder an die Öffentlichkeit drang, vergingen fast 60 Jahre. Erst heute und ganz allmählich wird der Schleier des Schweigens über diesem dunklen Kapitel der französi­schen Nachkriegsgeschichte gelüftet. (S.160)

 

Prieto Joaquin, Los 200.000 hijos de la ocupación nazi, El País 21/05/2004

 

Un libro revela la lapidación moral de los hijos de francesas y alemanes nacidos durante la II Guerra Mundial

 

La primero que soprende es la amplitud de afectados. (…)

En mater­nidades de Paris, donde la tasa de hijos « ilegitimos » superaba el 50% al final de la guerra. (…)

« Los hijos y nietos franceses de aquellos a los que se llamaba los boches, y que

actualmente se han converti­do en nuestros amigos alemanes, deben aproximarse fácilmente al millón », calculan los autores del libro, Jean-Paul Picaper y Lud­wig Norz.

 

1941

Voyage d’automne, LB 03/05/2003

 

Documentaire de Claude Vajda, La Deux 20.30

Automne 1941. Sur l’invitation du Dr Goebbels, sept écrivains français partent à la découverte du Reich : Marcel Jouhandeau, jacques Chardonne, Ramon Fernandez, Robert Brasillach, Piere Drieu la Rochelle, Abel Bonnard et André Fraigneau. (…)

Ce document permet de saisir les mécanismes de l’aveuglement des intellectuels du XXe siècle face aux régimes totalitaires.

 

La vanité : les écrivains sont flattés pour aller en Allemagne.

« La Légion d’Honneur », ce merveilleux attrape-mouche qui dure encore.

Sur les traces des écrivains, les peintres, musiciens et acteurs s’extasieront eux aussi à leur retour sur les réalisations du régime national-socialiste.

Cf le cas de l’Union Soviétique dans les années 30 et J.-P. sartre, rentrant de l’URSS en 1954.

 

1942

Gerd Kröncke, Französischer Nazi-Kollaborateur Maurice Papon gestorben, SDZ 19/02/2007

 

Wahrscheinlich hat Papon niemals an sich gezweifelt, zumindest ist kein Wort des Bedauerns für seine Opfer von ihm überliefert. Schon als junger Mann war er Generalsekretär an der Präfektur in Bordeaux geworden, er war ein willfähriger Kollaborateur, der im Zweiten Weltkrieg eng mit den deutschen Besatzern zusammenarbeitete. Er war es, der die Transporte französischer Juden aus Bordeaux und der umliegenden Gironde vorbereitete. Seine Unterschrift war nötig fur eine Reise in den Tod. Unter seiner Verantwortung wurden etwa 1500 Juden aus Bordeaux und dem Département in deutsche Konzentrationslager deportiert. Doch Papon stellte sich stets dar als jemand, der Schlimmeres verhüten wollte. Es gebe Situationen, da sei es schwerer zu bleiben aïs zu fliehen, sagte er.

 

Als der Krieg zu Ende war, galt Papon als ehemaliger Widerstandskämpfer. Es gibt ein Photo nach der Befreiung, da stand er während einer Rede von Charles de Gaulle unmittelbar neben dem Gene­ral. Ohne Bruch ging seine Karriere weiter. Paponhatte dem Regme von Vichy gedient und im Nachkriegs-Frankreich wurde er einer der jüngsten Präfekten.

 

Einige Male rückte er in den Blickpunkt. Unter seiner Verantwortung als Polizei-Präfekt von Paris gab es in einer Oktobernacht 1961 einen Polizei-Einsatz gegen algerische Demonstranten, der in ein Massaker mündete. Hunderte von Algeriern, allesamt unbewaffnet, wurden in die Seine getrieben. Die Zahl der Todespfer ist nie eindeutig festgestellet worden, manche Historiker sprechen von Hunderten von Toten. Papon liess hinterher Polizeieinheiten im Ehrenhof der Präfektur antreten, um ihnen ,,den Dank der Nation » auszusprechen.

Er hatte beste Beziehungen zu General de Gaulle und dessen Nachfolger Georges Pompidou. In den siebziger Jahren liess er sich zum Abgeordneten wählen. Zum Abschluss seiner Karriere wurde er vom damaligen Staatspräsidenten Giscard d’Estaing noch zum Budget-Minister berufen.

 

Craig R. Whitney, The death of a Vichy war criminal, IHT 19/02/2007

 

Maurice Papon, a prominent French functionary convicted in 1998 of com-plicity in Nazi crimes against humanity during the German occupation in World War II, died Saturday at a private clinic near Paris. He was 96.

He underwent heart surgery related to his pacemaker on Tuesday, and died in bis sleep, said his lawyer, Francis Vuilleman, The Associated Press re-ported.

In the end, Papon served less than three years of his 10-year sentence for deporting hundreds of Jews to their deaths in German concentration camps from southwestern France, where he was an officiai of thé Vichy government, which collaborated with the Germans. He always protested that he had done only what the Germans had made him do.                                            

He appealed after his trial ended in April 1998, but fled to Switzerland the next year rather than go to jail, where French law required him to be before his appeal could be heard.

Soon caught and bundled back to France, where his attempted escape had invalidated his appeal, he started serving his sentence in October 1999. The European Court of Human Rights ruled in 2002 that the French law on appeals had violated his civil rights, but he stayed in thé Santé Prison in Paris until that September, when a French

court agreed with a new appeal that heart trouble and advanced age should spare him further time in prison. (…)

 

Papon became a powerful police official and eventually a Gaullist government minister before his past finally caught up with him in his old age, which then abbreviated the punishment that survivors of his victims believed he de-served.

He was assigned to the civil adminis­tration in Bordeaux by the collaborationist government in Vichy, but as the tide of war turned, he developed con­tacts with Résistance leaders who vouched for him after the Liberation.

After the war, Papon rose through the bureaucracy. He became prefect of po­lice in Paris, one of the country’s top security posts, in 1958, when divisions over how to deal with the Algerian war for independence threatened to bring on civil war in France. After de Gaulle agreed to take power under a new French Constitution, he confirmed Pa pon in the key police position    .

 

In Paris, Papon again presided over police actions that would not be fully exposed until decades later, when it be­came clear that the forces of order had taken the law into their own hands, beating up and killing scores of Algerians in 1962, just before the colony achieved its independence.                  

A career in Gaullist politics followed^ his retirement from the civil service in 1967.

 

Call for Papon’s burial with medal is resisted

 

The convicted collaborator Maurice l’apon asked to be buried wearing his Légion d’Honneur modal for services to France, his lawyer said Sunday, causing fresh controversy.

« I will personally ensure that he will be accompanied in his grave by the Order of Commander of the Légion of Honour, which he received from the hands of Charles de Gaulle, for eternity, » his lawyer, Francis Vuillemin, said. Bernard Accoyer, floor leader of the governing UMP party in Parliament, called the statement « shocking. » He said he was sure that Président Jacques Chirac, would make sure that « nothing will sully his award. »

 

1942

Maurice Papon est mort, LB 19/02/2007

 

Il fut confirmé après la guerre par de Gaulle pour lequel il fallait des hommes de sa trempe pour combattre le… com­munisme. Malgré qu’ils s’étaient compromis avec Vichy ! Préfet des Landes, Papon réintégra donc le ministère de l’Intérieur. S’ensuivit une belle carrière de haut fonctionnaire. Et d’autres promotions : on lui prêta un rôle de pointe en coulisses lors de la (re)prise du pouvoir par de Gaulle en mai 1958. La Ve Republique ferma les yeux sur sa ges­tion très musclée comme préfet de Paris d’une « marche de la Paix » organisée par le FLN algé­rien en octobre 1961. Les forces de police tuèrent entre 320 et 325 manifestants. Le gouvernement Debré ne réagit pas. Normal : il soutenait Papon. Une affaire tel­lement trouble qu’on ne connaît toujours pas le nombre précis de victimes… Qu’à cela ne tienne, le très autoritaire préfet remit cela  le 8 février 1962 dans le métro Charonne. Bilan : neuf morts suite à l’extrême brutalité de la police. Cinq ans plus tard, Mau­rice Papon entamait une carrière politique dans les rangs gaullistes. Avec, comme point d’orgue, un poste de ministre du Budget. / C’est alors que son destin bas­cula : le « Canard enchaîné » rap­pela son passé noir bordelais. « L’affaire Papon » se clôtura par sa condamnation en 1998…

 

1942

Papon face à la Justice, JDE – (journal des Enfants), 200, 1996

 

En 1983, Maurice Papon était jugé pour des crimes qui ont eu lieu pendant la Seconde Guerre mondiale  alors qu’ il était secrétaire général de la préfecture de Gironde (le chef d’ une région du sud-ouest de la France) ( de 1942 à 1944).  Maurice Papon est accusé de crimes contre l’ humanité. En effet, il donnait des ordres dans cette région pour arrêter et déporter des juifs. 

Pendant 15 ans, il est passé de procès en procès, refusant toujours le jugement de la justice.

Il a été ministre du budget sous la présidence de Valéry Giscard d’ Estaing (de 1974 à 1981).

 

1942

Rafles juives: la dette française, LB, 17/07/1995

 

Chirac reconnaît la responsabilité de la France dans la déportation et l’extermination de juifs pendant la seconde guerre mondiale.

Le 16 juillet 1942, la police française avait arrêté 13.000 juifs, dont plus de 4000 enfants, les parquant dans le vélodrome d’ hiver.  ces personnes devaient ensuite être déportées vers les camps de la mort nazis.  Seules 30 d’entre elles devaient en revenir.

 

1942

Sage Adam, French railway is sued by son of death camp Jews, The Times, 17/03/2003

 

Kurt Schächter will take the SNCF to court for an unprecedented hearing into its role I transporting French Jews to Nazi concentration camps between 1942 and 1944.

About 7,000 Jews were deported from France by train during the Second World War, and 75,721 died.

“If they had been taken in normal trains, M. Schächter said, it would have been dificult to sue the SNCF because it could have argued that it knew nothing about the extermination camps at the end of the journey. But when people were travelling like cattle and dying along the way, it is a different matter”, he said.

 

M. Schächter discovered the role of the SNCF over the past decade after photocopying 12,000 Vichy documents held in archives in Toulouse, south-west France.

He said: “It was the senior directors of the SNCF who first proposed to Vichy officials that people held in internment camps in France should be deported. They said that would make room in the French internment camps for others. They did this for money, to improve their annual accounts.”

 

1942

Un historien à la rescousse de l’accusé Maurice Papon, LB 22/10/1997

 

Il s’agit de Michel Bergès, qui fut à l’origine des poursuites engagées à Bordeaux contre l’ancien fonctionnaire du régime de Vichy.

Après avoir découvert de nouvelles archives, il affirme que Papon a “saboté le service des questions juives de Bordeaux et qu’il ne devrait donc pas se trouver dans le box des accusés.”

L’historien déclare qu’il inculperait pour crimes contre l’humanité, outre la police française des questions juives, notamment “le SS Knochen qui vit encore et a été gracié par de Gaulle.”

 

1944

G.P., Le nazi Aloïs Brunner loin de ses juges, LB 02/03/2001

 

« Condamné à mort par contumace en 1946 et 1947, le milicien Paul Touvier, accusé de l’exécution de sept otages juifs en juillet 1944, fut gracié par le président Pompidou en 1971. »

« L’ancien secrétaire général de la police de Vichy, René Bousquet, un ami personnel de François Mitterrand. »

 

1944

Henri Amouroux, la collaboration prend le chemin de l’Allemagne, Le figaro magazine, 29/07/1994, p.82-85

 

En juin 1944, la collaboration militante, celle qui vaut adhésion adhésion aux thèses nazies, ne rassemble plus (sic) que quelques dizaines de milliers d’hommes.”

 

1944

Les auteurs du massacre d’Oradour étaien alsaciens. Pour garder l’ unité du pays, on a dit qu’ils s’agissait d’Allemands.

 

1944

RMC – 09/10/2016

 

Claude Lecluz (ancien combattant):

« Les FFI : tous les bandits étaient dans les FFI. »

 

1944

Une caution gaulliste pour Maurice Papon, LB 19/10/1995

 

A la Libération, au nom de l’unité nationale, De Gaulle avait absous les fonctionnaires de Vichy, a expliqué aux assises de Bordeaux Olivier Guichard.

“Tous les anciens Premiers ministres du général étaient dans la fonction publique de Vichy mais cela n’a pas paru extraordinaire.”  (notamment Pompidou, Michel Debré, Maurice Couve de Murville)

Raymond Barre ne s’était pas posé de questions sur l’ancien haut fonctionnaire de Vichy.

 

Bertrand Poirot-Delpech, 16/10/1997, à ENVOYE SPECIAL

La culture a servi la barbarie:

Des professeurs juifs de la Sorbonne (Cohen, …) furent écartés: Pétain ne les voulait pas! Il n’y eut pas de réaction des collègues de La Sorbonne.

 

1956

G.Dy., Guerre d’Algérie: la torture était la règle, LB 27/06/2001

 

Dès 1956, la terreur fut instituée en système et couverte par l’Elysée: 24 000 arrestations; 13 000 personnes sont envoyées dans des camps de rétention ou en centres de tortures; 3 024 ne sont jamais revenues.

Alger comptait 14 centres de torture; il y en avait 584 dans tout le pays, sans compter les fours crématoires à Zéralda.

Les tortures pratiquées jour et nuit: la gégène, la baignoire, les exécutions, l’abandon des corps suppliciés en pleine forêt, etc.

« Les suspects ne parlaient pas tous », se souvient un ancien sous-officier para. « certains crevaient dans la dignité sans parler. »

 

1961

Alain Heyrendt, Diffamation, LB 27/03/1999

 

Maurice Papon débouté de sa plainte contre l’écrivain Jean-Luc Einaudi

L’ancien préfet de police de Paris pas innocent des ratonnades de 61

 

Vendredi, la 17e chambre cor­rectionnelle du tribunal de Paris a débouté Maurice Papon, 88 ans, de sa plainte en dif­famation contre l’écrivain Jean-Luc Einaudi.

Condamné le 2 avril 1998 à dix ans de réclusion par la cour d’assi­ses de Bordeaux pour complicité de crimes contre l’humanité, le plaignant incriminait une tribune parue en mai 1998 dans « Le Monde », dans laquelle M. Einaudi imputait à l’ancien préfet de police de Paris la responsabilité du « massacre » perpétré le 17 octobre 1961 par les forces de l’ordre contre des manifestants algé­riens.

En 1991 déjà, Jean-Luc Einaudi avait publié un livre inti­tulé « La bataille de Paris, 17 octo­bre 1961 ».

 

L’auteur y avançait des don­nées chiffrées faisant état de plu­sieurs dizaines de victimes tom­bées sous les coups de la police parisienne et jetées à la Seine.

Dans « Le Monde », M. Einaudi avait déclaré que les exactions policières avaient eu lieu « sous les ordres » de Maurice Papon.

Le 12 février dernier, cette affir­mation fut jugée non fondée par le procureur de la République Vin­cent Lesclous.

Il réclama la condamnation de principe d’Einaudi, tout en recon­naissant – une première dans une déclaration à caractère officiel -qu’un massacre avait bien eu lieu le 17 octobre 1961 et qu’il était l’œuvre de membres des forces de l’ordre « devenus les jouets de la haine qui les a aveuglés ».

M. Lesclous ajoutait qu’il en était résulté « un grand nombre de morts, pour la plupart des gens simples et laborieux qui resteront anonymes ».

 

UNE ÉNORME BAVURE

 

Cette reconnaissance d’une énorme bavure à caractère raciste par une autorité publique avait été saluée par ceux qui militent depuis des dizaines d’années pour faire éclater la vérité sur un épi­sode sinistre de l’histoire de la France gaullienne.

La manifestation du 17 octobre 61 avait été organisée par le FLN (Front de libération nationale) algérien pour protester contre le couvre-feu imposé par le ministre de l’Intérieur Roger Frei. Le pré­texte de la mesure était la vague d’attentats commis par l’OAS (Organisation armée secrète), un groupe terroriste soutenant la thèse de l’Algérie française.

En 1962, alors que l’enquête sur le massacre s’était soldée par un rapide non-lieu, une manifesta­tion pacifique fut organisée pour condamner les attentats de l’OAS. Une fois encore, la répression poli­cière fut féroce. Huit personnes perdirent la vie dans des bousculades, certaines écrasées contre les grilles du métro Charonne.

L’indignation est générale. Des syndicalistes policiers mettent en cause la responsabilité du minis­tre de l’Intérieur et de Papon, son bras armé. Celui-ci « couvre ». L’an­née précédente, il avait déclaré que la police n’avait fait que son devoir.

 

REFUS DE L’OUBLI

 

A l’ouverture du procès de Bor­deaux, Jean-Luc Einaudi et l’his­torien David Assouline étaient venus, avec des fils et filles de vic­times du pogrom de 1961, témoi­gner de leur refus de l’oubli.

Le 21 octobre 1997, dans les colonnes de « Libération », David Assouline avait publié des pièces d’archives contredisant la thèse « réductionniste » entretenue par Papon et d’autres sur le nombre des morts du 17 octobre 1961.

Il révèle des listes de noms de personnes tuées, corroborant en cela les données avancées en 1991 par Jean-Luc Einaudi. Des pages d’archives des mois d’octobre et novembre 1961 « sont remplies de noms de FMA (Français musul­mans d’Algérie), frappés du tam­pon « Mort » par coups et blessures volontaires », écrit Assouline.

Il ajoute que pour certains figure même la mention « repêché » ou « repêchage ».

L’historien concluait que, pour peu que le gouvernement de Lio­nel Jospin tienne ses promesses d’ouvrir toutes les archives, « on pourra établir une liste proche de la réalité, qui mettra un terme aux dénégations absurdes de Maurice Papon ».

 

1961

Bernard Delattre, L’octobre noir de Paris, LB 17/10/2001

 

A l’Elysée, d’une semaine à l’autre, de Gaulle oscillait entre la politique de la main tendue à l’égard des indépendantistes algériens et une impitoyable répression. (…)

 

/Attentas quasi quotidiens du FLN et de l’OAS/

 

Les syndicats de policiers réclamèrent des têtes, exigèrent « une justice plus expéditive’, parlèrent d’organiser « des commandos de représailles’ Les rafles se multiplièrent. Des premiers témoignages firent état de lynchages de Maghrébins, de corps sans vie découverts dans les bois, au petit matin. « Pour un coup reçu, nous en porterons dix’, avait promis Papon, qui avait officiellement autorisé ses policiers à tirer les premiers s’ils se sentaient menacés.  Le 5 octobre, les autorités imposèrent un couvre-feu aux « Français musulmans d’Algérie » Ce couvre-feu interdisait aux Nord-Africains de Paris de circuler dehors entre 20h30 et 5h30 du matin et les invitait même à renoncer à sortir en groupes de jour, ces groupes « risquant de paraître suspects aux rondes et patrouilles de police ». Justification officielle de ces mesures : il faut  « protéger les travailleurs musulmans contre le FLN ».

 

A la mi-octobre, la tension était à son comble. Chaque soir voyait l’interpellation de dizaines de musulmans. Le soir du 17 octobre, à l’appel du FLN, des milliers de manifestants descendirent dans la rue pour réclamer la levée de ce couvre-feu fonctionnant « au faciès ». Le mot d’ ordre était clair : « Manifester publiquement, ne pas provoquer et ne répondre à aucune provocation des forces de répression, ne faire aucun slogan avant que la police commence à frapper dans la foule’. Sur les grands boulevards, au carrefour de l’Odéon ou à l’Etoile, place de l’Opéra ou à République, ils furent de plus en plus nombreux : 10 000 d’abord, 20 000 ensuite, 30 000 bientôt. Soudain, un coup de feu éclata, puis deux, puis trois. Et ce fut la tragédie. Les musulmans sortant du métro, même des non-manifestants rentrant paisiblement chez eux, furent mis en joue. Ils eurent beau lever bien haut leurs mains grandes ouvertes pour montrer leurs intentions pacifiques, ils furent roués de coups de crosse, de barre de fer et de matraque, voire abattus à bout portant. Des femmes tombées par terre furent frappées au visage et au ventre. Des rafales de fusil automatique déchirèrent la nuit. Des enfants voyant s’écrouler leurs parents hurlèrent de terreur. Aux abords et sur les quais des stations de métro, des corps par dizaines gisaient, inanimés. Boulevard Saint-Michel, des gens furent piétinés par la foule terrorisée. Boulevard St-Germain, on tira dans la masse. La terrible nuit avait commencé.

 

Nous avons retrouvé deux protagonistes de ce drame, qui l’ont vécu de manière bien différente mais qui, tous deux, quarante ans plus tard, s’en disent encore « traumatisés’. « J’avais quatorze ans’, se souvient Khaled Benaïssa, dont la famille, venue des Aurès, s’était installée à la fin des années 50 dans un bidonville de Nanterre. Le soir du 17 octobre, lui-même, son père, ses deux frères et son oncle descendent joyeusement sur Paris pour manifester. « Dans le bus, il n’y avait que des musulmans », se remémore Khaled. « L’ambiance était très bon enfant, les gens s’embrassaient, ils me semblaient sans appréhension ni colère ». Arrivé au pont de Courbevoie, le chauffeur du bus refuse d’aller plus loin. C’est donc à pied que les passagers accomplissent les derniers mètres qui les séparent du pont de Neuilly, lieu de rendez-vous des manifestants.

 

 « Les gens ne scandaient aucun slogan agressif, du genre « A bas la France » ou « A bas la police », poursuit notre interlocuteur. La densité de la foule fait se scinder la petite famille Benaïssa. Tandis que le père, marchant difficilement, se fait dépasser par tout le monde, le jeune Khaled, lui, se retrouve vite dans les premiers rangs du cortège. « A un moment, la foule s’est arrêtée. J’ai vu que des soldats équipés de mitrailleuses sur trépied bloquaient le passage.

 

Des coups de feu ont éclaté. Ce fut la panique. Les gens hurlaient, couraient partout. J’ai moi-même couru pour me réfugier derrière les arbres situés sur le côté gauche du boulevard. Mais avant de les atteindre, j’ai trébuché sur quelque chose. Je suis tombé sur un amas d’une douzaine de corps. Certains gémissaient, la plupart étaient muets. Des gens sont alors tombés sur moi, puis d’autres encore. Je ne pouvais plus respirer, ni me libérer.

 

J’ai cru que ma dernière heure était venue. Soudain, j’ai senti quelqu’un me tirer par le pied hors de cette énorme masse inerte: c’était mon oncle, il avait dû me reconnaître à mes chaussures ou à mes chaussettes. Nous nous sommes enfuis. »

Commence alors, pour Khaled et les siens, un longue traque dans une cité en état de siège, direction Nanterre. « Nous courions de recoin en recoin pour ne pas nous faire prendre par les policiers », se souvient notre interlocuteur. « Nous allions d’arbre en arbre, de lampadaire en lampadaire. Ce retour à la maison m’a semblé interminable. J’étais terrorisé.»

 

A la même heure, c’est un sentiment de « stupéfaction» et d' »horreur » qui emplit Georges Azenstarck, notre deuxième témoin, 26 ans au moment des faits. En début de soirée, ce jeune reporter-photographe du quotidien « L’Humanité » assiste médusé, à la charge des policiers contre les manifestants défilant boulevard Poissonnière. « C’était le massacre», nous raconte-t-il. Un peu plus tard juché à plat ventre sur le balcon de l’immeuble de  son journal, vue imprenable et discrète sur le boulevard Bonne nouvelle, Georges n’en croit pas ses yeux. « On ouvrait le feu sur des manifestants sans armes! Devant le cinéma Rex,j’ai vu des policiers tirer par les bras ou par les vêtements une dizaine de corps inertes, puis les empiler les uns sur les autres. Un panier à salade est arrivé. Lorsqu’il est parti, les cadavres avaient disparu. Un policier jetait des seaux d’eau par terre pour effacer les traces de sang. J’étais effaré. Des agents hurlaient, frappaient sur tout ce qui bougeait. J’ai pensé que le monde était devenu fou ».

 

La nuit du 17 octobre 1961, en effet, c’est un véritable vent de folie qui souffla sur Paris. Dans toute la capitale, les gens arborant un faciès arabe furent débarqués manu militari des autobus, forcés de s’agenouiller sur la chaussée puis copieusement passés à tabac par les « unités spéciales » de Papon. Sur les berges de la Seine, du haut des ponts, des manifestants par dizaines, pieds et poings liés, furent jetés par les policiers dans les eaux glacées du fleuve. Les autobus de la RATP furent réquisitionnés avec leurs chauffeurs – du jamais vu depuis les rafles de juifs de 1942 – pour terrorisés s étaient cachés. Des  garçons de café empêchèrent des manifestants de se réfugier dans leur établissement. De leurs fenêtres, de bons Parisiens bombardèrent les Algériens de bouteilles de verre.

 

Au petit matin, la ville se réveilla groggy. La préfecture signala que 14000 musulmans avaient été interpellés et qu’une demi-douzaine de manifestants avaient été tués. Le FLN, lui, parla de 200 morts et de 400 disparus. Aujourd’hui encore, le bilan exact de la répression n’est pas connu. On sait cependant que, dans les jours qui suivirent le 17 octobre, une soixantaine de cadavres de Nord-Africains furent repêchés dans la Seine et dans les canaux y débouchant. « La police a fait son devoir, rien que son devoir, tout son devoir », estima un ministre gaulliste. Tenue à l’écart des événements, la presse ne prit pas immédiatement la mesure de son extrême gravité. Certains journaux se félicitèrent de « la vigilance » des forces de l’ordre face à « ce déferlement musulman ». D’autres, comme « Le Monde », re1ayèrent sans états d’âme la thèse officielle des heurts meurtriers entre manifestants et policiers. Il faudra des jours avant que soient dénoncées la brutalité et la gratuité de la répression.

 

Pendant des jours, aussi, on tortura les musulmans détenus au palais des Sports et dans les commissariats – des tortures « comme là-bas » : supplice de l’eau, empalement sur bouteille, décharges électriques. Mauriac eut beau se dire « saoulé d’horreur », Sartre, Leiris et Butor eurent beau  pétitionner, « Les Cahiers de la République » de  Mendès France eurent beau parler de « nuit de cristal », Charles de Gau11e se tut. Se sentant couvert, Papon interdit alors les meetings de protestation, saisit les journaux trop curieux ou trop critiques, activa ses puissants relais pour empêcher la mise sur pied de commissions parlementaires d’ enquête. Les cadavres retrouvés dans la Seine ? Ce sont ceux d’Algériens victimes du FLN ou de règlements de comptes entre musulmans, assura-t-il, balayant d’un revers de la main des milliers de témoignages en sens contraire. Les exécutions sommaires pratiquées dans la cour même de la préfecture? Des ragots. La majorité des gourdins des policiers brisés nets à cause de la violence avec laquelle ils avaient été utilisés ? Du mauvais matériel, sans doute…

Un lourd voile noir tomba sur la France. Il faudra des années pour que la République accepte d’entrevoir la réalité de ce que furent exactement ce que, longtemps, on appela pudiquement les « ratonnades » du 17 octobre. Il faudra aussi la condamnation de Maurice Papon pour crime contre l’humanité pour que la version officielle des événements de 1961 soit remise en cause.

 

Ce mercredi, quarante ans plus tard, au grand déplaisir de la droite gaulliste et des syndicats de policiers, les autorités municipales parisiennes apposeront au pont Saint-Michel, à deux pas de la préfecture, une plaque commémorative en mémoire des victimes du 17 octobre. Son texte, savamment elliptique, sonnera comme un hommage tardif et dérisoire. Révélateur aussi, d’un immense malaise encore loin d’être dissipé.

 

1961

LB 29/11/2000

 

Papon, préfet de police en poste au moment des massacres du 17 octobre 1961, lorsque la police parisienne a réprimé dans le sang une manifestation du FLN.
Papon avait été secrétaire général de la préfecture de Bordeaux sous l’Occupation.

(Pierre Vical-Naquet, historien)

 

1969

ARTE / Le chagrin et la pitié – Chronique d’une ville française sous l’occupation, LB 20/10/1994

 

Chronique de Marcel Ophüls (France 1969)

A l’aide d’archives internationales et de témoignages inédits, recueillis dans la région de Clermont-ferrand et dans le monde entier, les auteurs proposent  une vision jusque là taboue de la collaboration et de la résistance.  La France du régime de Vichy, avec ses ombres et ses lâchetés, apparâit soudain en pleine lumière, loin de l’image d’Epinal d’un pays uni contre l’occupant …  Si les vrais résistants sont bien présents,  le film donne pour la première fois la parole à des collaborateurs et des miliciens.  Surtout, il dresse un tableau des lâchetés ordinaires, des compromissions courantes d’une large patie de la population… Le film provoque à sa sortie en salles, le 5 avril 1971, un véritable séisme dans la conscience nationale. (…)  Conçu pour la télévision, le film n’y sera finalement diffusé qu’en 1981, douze ans après sa réalisation.  L’ORTF avait en effet refusé de l’acheter …

 

1999

Papon gagne une autre manche, LB 05/07/2003

 

Le Conseil d’Etat a ordonné au ministère français des Finances de rétablir le versement de la pension de Maurice Papon et de payer à l’ancien secrétaire général de la préfecture de la Gironde les arriérés de paiement depuis la suspension des versements en octobre 1999.

 

2000

Laurence D’Hondt, Le rapport Mattéoli chiffre pour la première fois le montant de la dette de l’Hexagone envers les Juifs, Plus de 50 milliards spoliés, LB 18/04/2000

 

Le rapport Mattéoli –  du nom de son président Jean Mattéoli – évalue la spoliation à 8,8 milliards de FF actuels (1,34 milliard d’euros ou 54 milliards de FB).

Cette somme a été établie à partir de trois types de spoliation: la spoliation financière, l’aryanisation des entreprises (vente ou liquidation des entreprises, biens immobiliers ou valeurs mobilières) et les sommes confisquées sur les internés des camps français (de Drancy, Pithiviers, Beaune-la-Rolande, et quelques autres camps de provinces).